Health and Social Services — 13 February 2018 (41st Legislature, 1st Session)
CSSS 2018-02-13
Quebec — Committees
D'entrée de jeu, M.
le Président, je rappelle que ce projet de loi donne suite au dépôt par le
gouvernement fédéral — hein, parce que la légalisation, c'est
l'affaire du gouvernement fédéral — du projet de loi C-45 qui, comme
je le disais, vise la légalisation du
cannabis au plus tard le 1er juillet 2018. Et là, M. le Président, je
prends la peine de vous le dire, tous
les documents que nous avons pu prendre, sur lesquels nous avons... avec
lesquels nous avons travaillé, plutôt, nous
faisaient part de mentions que ce serait au plus tard le
1er juillet 2018. Alors, dans cette foulée-là, nous nous préparons
ici, au Québec.
Alors,
dans la foulée des démarches qui entourent le projet de loi n° 157 — je vais me calmer — je tiens à souligner l'implication de tous les parlementaires lors des
consultations et dans le cheminement du projet de loi. Parce qu'honnêtement
je pense qu'on a tous à coeur la santé et la
sécurité des Québécoises et Québécois. Cette volonté commune va nous permettre de compléter nos travaux en vue de
définir au Québec un cadre législatif rigoureux et robuste, et ce, pour
faire face à cet important changement de société. Nos consultations et les
travaux menés, qui nous ont permis de constater qu'il y a un consensus sur la majorité des mesures proposées dans le
projet de loi, alors, j'en suis ravie parce que tout ça nous mène vers
un projet de loi qui est viable, mais qui aura besoin d'améliorations.
Nous
sommes également confiants que nos travaux se dérouleront rondement, toujours
dans le meilleur intérêt des
Québécoises et Québécois. En ce sens, M. le Président, j'aimerais rappeler que
le but ultime est d'offrir le meilleur encadrement
possible à cette substance sur notre territoire québécois, compte tenu des
enjeux qu'il comporte. Les mesures proposées
dans le projet de loi ont comme objectif de prévenir et réduire les méfaits du
cannabis afin de protéger la santé et
la sécurité de la population, particulièrement nos jeunes. Elles visent aussi à
préserver l'intégrité du marché légal du cannabis. Elles servent également à lutter contre la banalisation de la
substance, notamment chez les adolescents et les jeunes adultes, de même que chez les personnes les plus vulnérables de
notre société. Nous l'avons déjà affirmé, ce sont nos priorités, et
elles le demeurent.
Afin de protéger la santé
des Québécoises et Québécois, particulièrement celle des générations futures,
nous avons poursuivi notre réflexion et
amorcerons aujourd'hui cette nouvelle étape dans le cheminement du projet de
loi. Nous allons débattre au cours des
prochaines heures, voire les prochains jours et, peut-être, semaines du projet
de loi n° 157 dans la perspective de l'améliorer.
À cet effet,
M. le Président, je dépose maintenant une série de propositions d'amendement...
Je dépose ici une série de
propositions d'amendement et je suis certaine que, tout comme moi, vous
constaterez que ces amendements sont sérieux, robustes et importants. Je
veux aussi souligner que ces amendements ne sont pas limitatifs et que, dans
une perspective constante de vouloir améliorer le projet de loi, nous, ainsi
que mes collègues, aurons assurément d'autres propositions.
Alors, vous comprenez qu'il y aura d'autres amendements à venir. En effet,
devant ce nouveau phénomène qu'est la
légalisation du cannabis, nous devons assurer un suivi continu de l'évolution
de la situation au cours des prochaines années. Nous devrons, lorsque
cela sera requis, apporter les ajustements nécessaires.
C'est donc
avec ouverture que je compte étudier le projet de loi avec l'ensemble de mes
collègues parlementaires. Je suis
convaincue que nous parviendrons à peaufiner l'ensemble du projet de loi de
manière à pouvoir relever le défi que représente
la légalisation du cannabis, et ce, je le répète, dans une perspective, M. le
Président, de santé et de sécurité de notre population.
Sur ce, M. le
Président, je vous laisse la parole et, après avoir entendu mes collègues des
oppositions, bien entendu, je serai
prête, disposée, tout comme mes collègues du gouvernement, à travailler à
l'étude
article par
article du projet de loi.
Le Président (M. Merlini) : Merci
beaucoup, Mme la ministre, pour vos remarques préliminaires. J'invite maintenant le député de Labelle, qui est
porte-parole de l'opposition officielle en matière de santé publique et de
prévention, à prendre la parole pour ses remarques préliminaires. Vous disposez
de 20 minutes. À vous la parole.
M. Pagé :
Merci, M. le Président. Alors, j'annonce tout de suite, je n'ai pas l'intention
de prendre 20 minutes, mais quand
même faire quelques mots. Vous saluer, M. le Président, saluer Mme la ministre,
les gens qui vous entourent, nos précieux partenaires qui sont autour de
vous, les collègues autour de cette table.
Alors, on se lance aujourd'hui dans un grand
débat. On l'attend depuis déjà quelques mois. Alors, ça sera les premières
heures de ce débat qui est fort important. On écrit un droit nouveau. On écrit
un droit nouveau. Quand on a légalisé
l'alcool en 1921, si ma mémoire est bonne, je vais vous dire, entre 1921 et
98 ans... et 97 ans plus tard, il a coulé beaucoup d'eau sous les ponts, pour ne pas dire
beaucoup d'alcool dans les maisons. Et probablement qu'un jour les gens,
à rebours, verront et liront ce que nous
avons fait aujourd'hui et diront : Ah! Est-ce qu'ils ont bien fait les
choses? Et c'est justement dans cette perspective que nous abordons le
projet de loi n° 158.
Dès le
départ, nous l'avions dit, nous souhaitons que la population du Québec soit
consultée afin d'aller chercher le pouls de la population, bien
comprendre quel était le modèle québécois souhaité par notre population. Et on
était très heureux quand la ministre et le
gouvernement avaient accepté de faire ces consultations. On a fait six régions,
je pense. Malheureusement, j'ai dû en manquer une. Sept.
M. Pagé :
Sept ou huit. En fait, il y a eu Montréal où on l'a fait sur deux jours, plus
aussi les consultations auprès des
experts le 19 et le 20 juin dernier à Montréal. Ça, il y a peut-être
autour de 200 personnes qui ont participé, avec la participation
aussi d'experts d'un peu partout dans le monde, de l'Uruguay, de l'État de
Washington, la Californie, le Colorado, bien
sûr, qui sont venus nous dire comment on devrait être guidé dans cette grande
démarche pour bien faire les choses.
La ministre l'a dit, ce n'est pas parce que c'est légal que c'est banal. Il ne
faut pas que légalisation soit synonyme de banalisation. Et c'est vraiment sous cet angle, sous cet aspect que nous
abordons la chose, afin de se donner un modèle québécois. Moi, je l'ai
entendu à quelques occasions, donnons-nous un modèle québécois.
Et, à cet égard, je suis heureux, je le dis
encore, de voir jusqu'à quel point on a progressé entre les premiers commentaires qu'on a entendus sur la chose il y a
peut-être un an et aujourd'hui. Je pense que nous avons progressé. Il n'y avait peut-être pas une très grande volonté
gouvernementale au début d'aller vers une société d'État, hein? On ne
s'en cachera pas, les premiers commentaires
allaient dans ce sens-là. Mais à force d'entendre la population, à force
d'entendre les experts, bien, je pense qu'on
a convenu, un peu tout le monde, que, si on voulait faire les choses le plus
correctement possible, et l'encadrer, et
faire surtout de la prévention, de la sensibilisation, bien, il fallait sortir
toute notion de profit de la vente de
cannabis, donc sortir le privé. Et c'est vraiment sous cet angle-là que l'on
aborde le projet de loi et tout ce qui va encadrer la vente. La vente.
Bien sûr, on
aurait pu parler aussi de la production, mais, ce volet-là, pour l'instant, on
le laisse plutôt à... Les permis vont
toujours être du côté du fédéral. Est-ce qu'éventuellement on abordera le sujet
plus de front? On verra plus loin lors du
projet de loi. La ministre nous dépose en même temps, aujourd'hui, une série
d'amendements. Je ne sais pas combien il y en a, mais il semble y en
avoir une certaine quantité. Alors, au fur et à mesure... Évidemment, nous
souhaiterions prendre tout le temps
nécessaire pour bien... Comme je le disais tantôt, on écrit un droit nouveau.
Alors, si on veut prendre le temps de
bien analyser la portée de chacun des mots qui est écrit dans cette loi
n° 157 et chacun des amendements qui vont venir impacter le projet de loi n° 157, il
faut prendre le temps de bien faire les choses. Alors, c'est vraiment dans cet
esprit-là que nous l'abordons.
D'ailleurs,
je dis tout de suite, là, que nous allons faire appel à l'article 245 de
notre règlement afin, et ça, on le dit tout de suite, d'étudier le
projet de loi
article par article, alinéa par alinéa, paragraphe par
paragraphe, afin d'être sûr qu'il n'y ait
rien qui nous échappe dans le projet de loi. Je pense que c'est à ce moment-ci,
M. le Président, que je devais le mentionner.
Je me réjouis de voir qu'on a adopté le principe
tantôt — je
dis «tantôt», il y a à peine une demi-heure — à l'unanimité, à l'unanimité au salon bleu. Alors, comme quoi toutes les
consultations et tout le débat que nous avons faits jusqu'ici nous a
amenés à faire un consensus. Est-ce que le projet de loi est parfait? Je ne
pense pas qu'il soit parfait. Évidemment, ça
dépend de quel côté de la Chambre et qui vous parle, parce qu'il y a des gens
qui sont venus dans les consultations
nous dire qu'ils ne souhaitaient que le privé, d'autres nous ont dit
complètement autre chose. Mais,
somme toute, nous allons tenter de bonifier le projet de loi au mieux de nos
connaissances et de nos compétences.
Il y a des
aspects qui nous inquiètent. Un des aspects... deux particulièrement qui
m'inquiètent, et je vous le
partage, je l'ai dit lors de mon allocution sur le principe la semaine dernière,
notamment la vente en ligne, M. le Président. Nous savons jusqu'à quel point les jeunes ont
facilement accès maintenant, via l'Internet, à tout ce qui s'appelle vente en
ligne et jusqu'à quel point ils sont habiles
à cet égard-là. Et, si on ne veut pas perdre contact avec les jeunes avec cette
vente en ligne, je pense qu'il faut
s'assurer d'avoir le meilleur modus operandi, là, pour qu'on puisse, je dirais,
avoir le meilleur contrôle possible, pour qu'on puisse continuer à faire
de la prévention et de la sensibilisation auprès de ces jeunes qui vont acheter
en ligne.
Je pense
qu'il faut qu'il soit inscrit aussi, quelque
part dans le projet de loi, que 100 % des profits doivent être...
ces profits doivent être réinvestis dans
tout ce qui s'appelle santé publique, prévention, dépendance, contrer la dépendance, à l'égard des municipalités aussi. Alors, bien sûr, nous y tenons. Et il y a même, je
le rappelle encore, l'État de Washington qui nous avait dit, là, par vidéoconférence : Prenez la peine de
l'écrire dans votre loi parce que nous, on ne l'a pas fait, dans l'État de Washington, mais aujourd'hui on fait des routes avec les profits du cannabis.
Alors, si on ne veut pas que cette
tentation-là arrive un jour, il m'apparaît important que ça soit inscrit
dans la loi. Alors, c'est un des éléments qui nous préoccupent.
Puis il y en
a d'autres aussi. Bien sûr, l'article 55 où on fait appel à... en fait, où
on fait référence à des projets pilotes.
Quels seront ces projets pilotes? C'est encore difficile de comprendre jusqu'où
on veut aller à cet égard-là. Peut-être lorsqu'on aura des explications et qu'on pourra mieux clarifier
l'article 55, on en arrivera au compromis qui sera acceptable pour nous. Mais, tel que libellé à ce moment-ci,
vous comprendrez qu'il n'est pas souhaitable, à ce moment-ci, en ce qui nous concerne, d'aller de l'avant avec
l'article 55, qui pourrait ouvrir la porte à du privé, et pourtant la
création de la société d'État, c'est
justement de ne pas ouvrir la porte à du privé. Pourquoi? Parce que