Institutions — 30 October 2019 (42nd Legislature, 1st Session)
CI 2019-10-30
Quebec — Committees
Cette volonté de donner aux acteurs de première
ligne du système judiciaire plus de flexibilité est une heureuse conséquence de
la récente prise de conscience de la nécessité d'utiliser de façon judicieuse
les ressources judiciaires, notamment suite
à l'arrêt Jordan, rendu en 2016 par la Cour
suprême du Canada. Il en va de même
de l'augmentation prévue des
effectifs des juges de la Cour du
Québec et leur présence accrue dans
le nord du Québec. L'AQAAD partage également l'ensemble des commentaires constructifs exprimés par le Barreau afin
d'améliorer le projet à la lumière de l'expérience collective des avocats. Par exemple, notre soutien
à l'adoption de mesures d'adaptabilité et d'alternatives à l'emprisonnement
au moyen de travaux d'intérêt général ne peut être dissocié de notre inquiétude
vis-à-vis l'absence de limite quant au nombre
potentiel d'heures effectuées par un justiciable. L'AQAAD a de la difficulté à
concevoir que le maximum actuel de
1 500 heures, qui représente 50 semaines de travail à
30 heures-semaine, puisse être dépassé, à
titre de punition pour
des infractions à caractère essentiellement réglementaire.
L'AQAAD
désire ajouter à l'intervention du Barreau sur deux aspects du projet de loi
qui soulèvent particulièrement l'intérêt de ses membres. Premièrement,
les pouvoirs d'intervention du Procureur général, que j'appellerai PGQ, et du
Directeur des poursuites criminelles et pénales, que j'appellerai DPCP.
L'AQAAD fait
siennes les réserves exprimées par le Barreau dans son mémoire sur les pouvoirs
d'interventions du PGQ et du DPCP dans une poursuite pénale en plus du
pouvoir déjà existant de se substituer au poursuivant original. En effet, le pouvoir absolu de s'ajouter, comme
partie, à toute poursuite, à tout moment de celle-ci, a pour effet de placer
sur les épaules du seul justiciable d'avoir
à affronter non pas une mais deux ou même trois parties, aux ressources
illimitées, et d'avoir à répondre à deux ou même trois points de vue qui
n'auront même pas l'obligation d'être au même effet. Ce faisant,
c'est la capacité même de se défendre et la mobilisation de ressources hors de
portée du justiciable qui est en cause ici.
Si de tels
pouvoirs devaient être envisagés, ils devraient, à tout le moins, être encadrés
par des exigences équivalentes à celles qui sont requises des organismes tels
que l'AQAAD lorsqu'ils demandent exceptionnellement le statut
d'intervenant, généralement devant la Cour d'appel du Québec ou la Cour
suprême du Canada. L'ajout de ce
pouvoir d'intervention absolu et sans limites est d'ailleurs surprenant,
compte tenu de la position fréquemment plaidée par les mêmes PGQ et DPCP,
notamment la semaine dernière dans l'affaire Bissonnette, actuellement pendante
en Cour d'appel, à l'effet que de s'opposer
à l'intervention de l'Association des avocats de la défense de Montréal,
l'AADM, en invoquant, entre autres, que cette intervention mobiliserait trop de ressources. Il est important de
noter que les règles actuelles en vigueur d'attribution de l'aide juridique
rendent pratiquement impossible l'accès à un avocat à un inculpé dans les
matières couvertes par le code de
procédure pénale. Même dans le cas exceptionnel où certains services pourraient
être couverts, par exemple dans les cas où les accusations présentent,
pour l'accusé, un risque réel d'incarcération, l'AQAAD rappelle sa position,
partagée par toutes les associations locales
d'avocats, à l'effet que le mode de rémunération actuellement prévu par le
tarif d'aide juridique doit être revu de façon urgente afin d'être
adapté à la réalité d'aujourd'hui, aux nouvelles exigences des tribunaux et à
la complexification des questions en litige. Dans ce contexte, l'AQAAD soumet
que le nouveau pouvoir d'intervention ne devrait pas être accordé aux
représentants de l'état de la manière proposée.
Deuxièmement, l'obligation d'avoir en sa possession une pièce d'identité. L'AQAAD
désire, tout comme le Barreau, manifester son opposition à la nouvelle
formulation des articles 72 à 74 du Code de procédure pénale. Sans
reprendre ce qui a déjà été dit et
écrit à ce sujet, nous estimons que l'obligation faite à toute personne d'avoir
en sa possession en tout temps une pièce d'identité ne correspond à
aucune préoccupation valable et constitue une contrainte importante à
l'autonomie de la personne qui risque d'être
adoptée sans le nécessaire dialogue social préalable. La seule préoccupation
invoquée semble être le besoin d'identifier adéquatement la personne
soupçonnée d'avoir commis une infraction.
Or, le libellé
actuel des articles en question répond adéquatement à cette préoccupation en
permettant aux agents de la paix de détenir toute personne à qui il veut
remettre un constat jusqu'à ce qu'il soit satisfait de son identité. Le nouveau libellé, qui justifie la détention non
seulement pour refus de s'identifier mais aussi pour l'omission de fournir une
pièce d'identité, va trop loin. Il place en
situation de détention des personnes dont l'identification ne pose pas de
problème, et, à ce titre, il ouvre la
porte à des situations qui vont assurément générer, sinon des abus, des
perceptions d'abus chez de nombreux citoyens.
L'expérience
des membres de l'AQAAD ne nous permet pas de constater le moindre avantage ni
quelque fléau ou problème réel que
permettra de résoudre cette nouvelle option offerte aux agents de la paix en
plus des pouvoirs qui leur sont déjà
reconnus afin d'identifier un contrevenant. Bien plus, l'évolution des moyens
technologiques, notamment l'accès aux
bases de données gouvernementales rend l'identification d'un individu beaucoup
plus facile sans avoir besoin de produire quelque document que ce soit.
L'évolution
des perceptions des actions policières, quant à elle, évolue. En mai dernier,
la Cour suprême du Canada, dans la
décision de R. contre Le, L-e, affirmait : «Les tribunaux doivent tenir compte du fait que
les membres de certaines collectivités
peuvent vivre des expériences particulières et avoir des rapports différents
avec la police, qui influeront sur leur perception raisonnable quant à
savoir si et quand ils font l'objet d'une détention.»
Voir également les travaux de la commission
Viens, sur les rapports entre les autorités et les communautés autochtones et
les études rendues publiques récemment sur les allégations de profilage au
SPVM. Le nouveau pouvoir de détention prévu aux articles 72 et suivants
est exactement le type d'interventions qui vont assurément générer ce genre de
perception d'abus chez nos clients.
Qui dit
pouvoir de détention dit pouvoir de fouille, par palpation ou de façon encore
plus intrusive, source fréquente de frustration et de violence
potentielle chez le sujet visé.
S'il est vrai
que les infractions couvertes par le Code de procédure pénale sont en général
moins graves que celles prévues par le Code criminel, nombre d'accusations
criminelles ont leur origine dans des interventions pour des infractions à de
multiples lois qui sont appliquées avec un zèle qui varie beaucoup d'un agent à
l'autre, et d'un suspect à l'autre.
L'ajout
artificiel d'un motif de détention pour obtention d'une pièce d'identité alors
que les moyens de procéder à une identification positive n'ont jamais été aussi
importants devrait donc être abandonné car contraire à tous les objectifs
de sécurité publique et aux démarches de réflexion entreprises à tous les
niveaux de l'appareil judiciaire.
Le recours généralisé à la procédure de
télémandat. Cette volonté exprimée par le législateur dès le préambule du
projet de loi n'a pas fait l'objet de débat ou de remarques de la part des
intervenants, à notre connaissance du moins.
L'article 96, tel que
proposé, abolit l'exigence faite à l'agent de la paix de se présenter en
personne devant le juge de paix pour obtenir
un mandat de perquisition. Traditionnellement, notamment en matière criminelle,
la possibilité d'obtenir une
autorisation judiciaire à distance était exceptionnelle et nécessitait une
certaine démonstration, peu onéreuse pour le demandeur.
L'AQAAD
craint qu'en éliminant toute contrainte à l'obtention d'autorisation judiciaire
par des moyens technologiques, le
processus ne devienne centralisé avec des décideurs affectés à cette seule
tâche confinés géographiquement dans des endroits de plus en plus
éloignés des lieux visés.
L'AQAAD tient
à rappeler que le processus d'autorisation d'un mandat est beaucoup plus
complexe que la seule constatation, par le décideur, de l'allégation de
motifs suffisants.
Notre Cour
suprême rappelait, en 1993, ceci dans l'arrêt
Baron c. Canada : «L'exercice d'un pouvoir discrétionnaire
judiciaire de décider d'accorder ou de refuser l'autorisation d'un mandat de
perquisition était essentiel au régime d'autorisation préalable qui
constitue une condition indispensable du respect de l'article 8 — l'article 8,
c'est l'article qui protège les citoyens contre les fouilles abusives. La décision d'accorder ou de
refuser le mandat exige de soupeser deux droits : celui du particulier d'être libre de toute ingérence de
l'État et celui de l'État de s'immiscer dans la vie privée du particulier en
vue d'appliquer la loi.
«Les
circonstances dans lesquelles ces droits opposés doivent être soupesés varient
beaucoup. Des questions comme la
nature de l'infraction alléguée, la nature de l'ingérence demandée y compris
l'endroit devant faire l'objet de la perquisition, le moment de la perquisition et la ou les
personnes visées par la perquisition influeront sur la force de ces droits.
Pour tenir compte des divers facteurs
qui influent sur l'appréciation des deux droits, le juge qui donne l'autorisation
doit être habilité à examiner toutes
les circonstances. Aucune série de critères ne sera toujours déterminante ou
suffisante pour l'emporter sur le droit d'un particulier à la protection
de sa vie privée.
est donc impérieux que l'officier qui donne l'autorisation jouisse d'une
latitude suffisante pour que justice soit rendue à l'égard des droits respectifs visés. L'exigence que l'officier
qui autorise la saisie soit indépendant et ait la capacité d'agir judiciairement est incompatible avec la
notion que l'État peut lui dicter les circonstances précises dans lesquelles le
droit du particulier peut être ignoré.»
L'AQAAD tient donc à
rappeler...
Président (M. Bachand) : Me Lebrun, je vous demanderais de
conclure, s'il vous plaît, Me Lebrun. Merci beaucoup.
M. Lebrun
(Michel) : J'étais à la conclusion, justement.
L'AQAAD
tient donc à rappeler à l'état que le système judiciaire devrait avoir à
l'esprit de conserver la plus grande proximité
entre le décideur et la communauté locale concernée, particulièrement dans les
situations d'autorisation obtenues en
l'absence des personnes visées — ce qui est le cas d'un mandat de
perquisition — et ayant
pour objet l'intrusion par des agents de l'État dans les sphères
bénéficiant de la plus haute expectative de la vie privée.
Le Président (M. Bachand) : Merci beaucoup, maître. Je me tourne maintenant
vers le gouvernement pour une période de 16 min 30 s, Mme
la ministre, s'il vous plaît.
Mme LeBel : Merci, M.
le Président. Merci de votre témoignage.
Je suis désolée, je sais que vous avez déposé un document ce matin, mais je n'ai pas eu l'occasion d'en prendre
connaissance, donc j'apprends, en
même temps que votre témoignage, les points que vous soulevez. Mais je
vais prendre soin de relire attentivement tout ça pour être sûre de bien comprendre toutes vos préoccupations. Et, je peux vous rassurer, quand on parle de respect de la jurisprudence et respect de la charte, on
va s'assurer que les mesures qu'on met en place pour fournir des outils
respectent bien ces balises-là qui ont été édictées, entre autres, par
la Cour suprême.
Ceci étant dit, peut-être quelques petits points de précision, comme ça, pour fins
de discussion, et approfondir. Je pense que je veux
prendre l'occasion de bien souligner qu'il n'est pas question d'introduire dans
le, Code de procédure pénale, une infraction de refus de s'identifier ou une
infraction de ne pas posséder ses papiers d'identification. Donc, a contrario, si je peux le dire de façon positive,
on n'introduit pas une obligation, pour le citoyen, de se promener avec ses papiers d'identité sur lui en tout temps, alors
que c'est quelque chose qui existe déjà, dans le Code de la sécurité routière, à
titre d'exemple, où, quand on est au volant d'un véhicule, on doit
avoir nos papiers d'immatriculation et le permis de conduire, ce qui est une forme d'obligation
et qui aide, d'ailleurs, beaucoup, dans ces matières-là, les policiers à identifier
le citoyen pour des fins d'émission du constat. Ceci étant dit, je pense que c'est important de le clarifier, parce que je veux
rassurer les gens que ce n'est pas la direction du tout dans laquelle on s'en
va et ce n'est pas les conséquences qui vont découler de cette action-là.
Maintenant, dans
l'état actuel des choses, le policier qui veut identifier une personne à qui il
remet un constat d'infraction... autre qu'en
matière de sécurité routière, naturellement, parce que la
loi sur la sécurité routière
commande déjà d'avoir une certaine identification sur nous, donc
ça se fait d'entrée de jeu. C'est rare, en tout cas, à moins de ne pas
avoir ses papiers sur soi, ce qui peut arriver, mais ça constitue une autre
infraction, mais ça, c'est le Code de
la sécurité routière. Mais je
veux vous préciser que ce n'est pas ce genre de régime là qu'on introduit.
Maintenant,
le policier qui, en matière pénale, pour une autre infraction pénale, qui veut
émettre un constat, doit quand même identifier la personne. Présentement, et vous me corrigerez si je me trompe, le policier ne peut que
demander le nom et l'adresse de la personne et se fier aux renseignements
qu'il nous donne. C'est exact?
M. Lebrun
(Michel) : Ce n'est pas ma compréhension du libellé actuel.
Mme LeBel :
Non, dans la loi actuelle. Oui, c'est ça. La loi actuelle.
M. Lebrun
(Michel) : La loi actuelle, l'article 72 prévoit que...
Mme LeBel :
Du Code de procédure civile, c'est ça... pénale? On va parler des bonnes
affaires.
M. Lebrun (Michel) : ...du Code
de procédure pénale dit ceci :
«L'agent qui a des motifs raisonnables de croire que cette personne ne lui a pas déclaré ses véritables nom et adresse
peut, en outre, exiger qu'elle lui fournisse des renseignements permettant d'en
confirmer l'exactitude.» Donc, le pouvoir de pousser l'enquête
existe déjà, et puis, bon, le pouvoir légitime, en fait, ce qu'on reconnaît dans notre présentation,
est déjà prévu dans un contexte où le policier a des raisons
de croire que la personne n'est pas la bonne personne.
Puis je faisais référence, dans ma
présentation, par exemple, aux bases de données qui existent déjà. Aujourd'hui, on voit... l'expérience
qu'on en a, dans notre pratique quotidienne, c'est que, maintenant,
les véhicules de police sont munis d'ordinateurs.
La façon dont on identifie quelqu'un aujourd'hui, souvent, c'est par l'obtention des photos qui
existent déjà, soit au permis de conduire, ou carte
d'assurance sociale, ou à toutes ces choses-là, qui sont accessibles à un
policier.
Donc,
cet accès-là, qui est de plus en plus facile, je vous dirais, bien, par la technologie, pour les policiers, devient... nous amène dans une situation
où un policier pourrait avoir la bonne information, mais le nouveau libellé de l'article 72
dit qu'il pourrait continuer de détenir la personne parce qu'elle refuse de lui
fournir une pièce d'identité.
C'est
un peu ce qu'on considère comme superflu dans les nouveaux pouvoirs, l'espèce
de carte blanche qui semble être donnée aux policiers d'avoir cette
option-là d'exiger qu'on lui produise un document.
Mme LeBel : O.K. Ce que nous, on se propose de faire, juste pour
qu'on parle des mêmes choses quand on discute, c'est d'ajouter, à l'article 72, finalement, après les nom et
adresse, qu'on puisse demander également la date de naissance et demander des
papiers d'identification. C'est ce qui est proposé au projet de loi.
Présentement, la raison pour laquelle on peut le faire... on demande de le faire,
c'est qu'il y a beaucoup trop de moments où des constats
d'infraction ont été émis au mauvais nom, à la mauvaise adresse, où le policier
n'avait pas nécessairement des motifs raisonnables et probables de
croire sur place que c'était une fausse identification, mais n'avait pas
non plus de façon d'identifier de façon positive parce qu'il n'avait pas le
droit d'exiger ces papiers-là.
Est-ce que vous
pensez que c'est déraisonnable de le faire? Parce qu'il y a eu beaucoup de
constats d'infraction, moi, je l'ai vu dans
ma pratique, comme procureur de la couronne, qui s'avèrent être délivrés aux
mauvaises personnes, aux mauvais
noms, mauvaises adresses, des mandats d'arrestation, par la suite, qui sont
émis aux mauvaises personnes, parce qu'ils
ne se présentent pas. Donc, il y a, a contrario, des gens qui subissent aussi
le contrecoup de ça parce que l'identification
de base n'était pas la bonne.
Est-ce que
vous pensez que c'est déraisonnable de permettre, à tout le moins, de demander?
On ne créera pas un refus, on ne crée pas... Et on évite peut-être,
dans la majorité des cas, justement, de passer à l'étape suivante, c'est-à-dire d'amener en détention pour identifier de façon positive parce
qu'on n'a pas les papiers. Donc, on va, potentiellement, justement,
être capable d'identifier sur place plutôt que de détenir parce qu'on n'est pas capable d'identifier, parce que la personne,
on a des motifs raisonnables de croire, parce qu'elle n'a pas de
papiers, parce qu'on ne peut pas les demander... pas parce
qu'elle n'a pas de papiers, parce qu'on ne peut pas les demander.
M. Lebrun (Michel) : Bien, il me semble... je l'ai déjà dit, mais il
me semble que l'accès aux banques de données déjà réduit de beaucoup ce
problème-là dans la situation qu'on vit actuellement en 2019. Et la façon dont
le nouveau libellé est inscrit, on...
Mme LeBel :
...dire par l'accès banques de données? Si moi, je fournis mon nom et mon
adresse, qui est un faux nom et une
fausse adresse, qui existe, par ailleurs, mais qui n'est pas le mien, aux
policiers, en quoi le fait d'aller au CRPQ, qui est au Centre de renseignements
policiers du Québec, qui est dans les véhicules policiers, d'aller taper ledit
nom et ladite adresse, si je n'ai pas
d'antécédent judiciaire ou je n'ai pas de chose... de photo, va faire en sorte
qu'on va s'assurer que j'ai fourni le bon nom, la bonne adresse?
M. Lebrun
(Michel) : Les photos...
Mme LeBel :
Si ça existe, ce que j'ai donné, naturellement. Je ne pense pas que ma photo
est au CRPQ, en tout cas, j'espère que non, là, mais...
M. Lebrun (Michel) : Bien, elle est dans la banque de données de la
SAAQ, ça, j'en suis convaincu, et dans celle de la RAMQ également.
Mme LeBel :
Mais, à ma connaissance, les policiers n'ont pas ça dans leur véhicule, donc ça
oblige de détenir la personne et de l'amener au poste de police.
M. Lebrun
(Michel) : Les postes de police ont accès à ça. Je pense qu'on...
Mme LeBel :
Les postes de police.
M. Lebrun (Michel) : On le fait souvent au poste de police.
Aujourd'hui, les policiers ont des ordinateurs dans leur véhicule de police. Donc, ils sont en
communication par e-mail, j'ai découvert ça, d'ailleurs, cette année dans
certains dossiers où j'ai eu à occuper... mais cet accès-là est, de
beaucoup, facilité maintenant.
problème que vous soulevez, il peut exister aussi par des gens qui ont la
carte, qui ont, par exemple, le permis de conduire du beau-frère qui
leur ressemble ou...
Mme LeBel :
On n'éliminera pas tous les cas de figure, ça, c'est clair.
M. Lebrun
(Michel) : On ne peut pas... Exactement, on ne peut pas éliminer tous
les cas de figure.
Mme LeBel : On peut les
réduire.
M. Lebrun (Michel) : On peut les réduire, mais le coût de la
réduction, qui ne m'apparaît pas significative en termes de volume,
actuellement, il me semble que...
L'exemple
que vous avez sûrement vécu et que moi aussi, j'ai vécu régulièrement, des
personnes qui conduisent un véhicule,
qui sont sous le coup d'une suspension et qui se font passer pour leur
beau-frère ou, bon, pour quelqu'un qui leur ressemble, donc il pourrait
y avoir certaines caractéristiques, les policiers sont quand même assez, je
dirais, entre guillemets, allumés pour voir
que, quand le véhicule est immatriculé à un nom d'une personne qui fait l'objet
d'une sanction... Quand j'ai commencé ma pratique, j'ai vu des gens
passer à travers les mailles du système un peu de cette façon-là. Mais il me semble que les pratiques policières ont
évolué de ce côté-là. Et on exige généralement de voir une photo de la personne et de confirmer son identité d'une façon
ou d'une autre. Puis, il me semble, ça fonctionne assez bien, très bien.
Mme LeBel :
Mais vous avez très raison, mais, en matière de sécurité routière, le régime
est particulier, parce que la personne a des
pièces d'identité. Mais, dans le fond, ce que vous faites, c'est que vous nous
mettez en garde, donc, de faire en
sorte de ne pas faire une mesure qui, pour des raisons positives, des raisons
valables, pourrait créer des effets pervers qui sont plus grands que le
bénéfice. C'est ça que vous nous dites, dans le fond.
M. Lebrun
(Michel) : Exactement. Je pense que c'est sûr que les citoyens vont
toujours vouloir s'identifier avec des
cartes. Les policiers vont peut-être se méfier de personnes qui n'ont pas, en
leur possession, des cartes. Mais la possibilité de détenir pour refus
de produire une carte, la façon dont c'est écrit...
Mme LeBel :
Mais ce n'est pas l'intention. Ça, je vous le dis. Puis ce n'est pas ça qui est
dans le libellé.
M. Lebrun
(Michel) : Exactement. Mais nous, on s'en est tenus à ça dans notre
exposé.
Mme LeBel :
Parfait. Donc, vous nous mettez en garde surtout de ne pas créer d'infraction
pour refus, là. Ça, j'entends bien ce que vous nous dites, là.
M. Lebrun (Michel) : Plus que ça, des détentions prolongées pour le
prétexte du refus. Les personnes vulnérables, les personnes qui, pour une
raison... à tort ou à raison, se sentent un peu harcelées, ou, en tout cas, qui
ont une opinion négative de la
police, bien, ils sont très sensibles à ces situations-là. Et ça dégénère
régulièrement dans des escalades, je vous dirais, de violence, qui peuvent
aller jusqu'à des situations tragiques. Donc, cette... la façon dont c'est
formulé là, ça mérite à être reconsidéré, à tout le moins.
Mme LeBel :
Parfait, c'est bien compris. Je voulais juste comprendre, là, où étaient les
aspects qui vous préoccupaient.
Surtout, comme je vous disais, que je n'avais pas eu l'occasion de lire votre
document au préalable, donc c'est plus...
M. Lebrun
(Michel) : Je m'en excuse...
Mme LeBel :
Non, non, non, mais ça...
M. Lebrun
(Michel) : On n'a pas les moyens du Barreau.
Mme LeBel :
Ça explique, pour lesquelles... Ça explique les raisons pour lesquelles je
pousse peut-être un peu plus l'argumentaire que d'habitude, là. C'est
pour être sûre de bien comprendre votre point de vue.
M. Lebrun
(Michel) : J'apprécie.
Mme LeBel :
Maintenant, peut-être, pour aller de façon plus macro, je m'intéresse, moi,
beaucoup au programme d'adaptabilité.
C'est une des portions, je dois dire, du projet de loi, qui me tiennent
beaucoup à coeur. Parmi vos membres, on a eu l'occasion d'en parler avec
l'Association des procureurs des cours municipales, on a eu l'occasion d'en
parler avec le Service de police de la ville
de Québec et la ville de Québec, qui appliquent ces programmes-là. Parmi vos membres, vous avez sûrement des gens qui
ont eu à appliquer ces programmes-là pour leurs clients.
M. Lebrun (Michel) : Oui. Je vous dirais, mon expérience à moi puis
dans les gens... dans mon réseau à moi, c'est plutôt en matière criminelle. Le nouveau programme de mesures de
rechange, notamment en Mauricie, où je pratique, fait l'objet
d'un projet pilote.
J'ai
eu connaissance que nos membres, particulièrement dans la région de Montréal
et Québec, ont des programmes au niveau
d'infractions réglementaires couvertes par le Code de procédure pénale, et, évidemment,
on est tout à fait en accord avec ces initiatives-là, qui ont
pour but non seulement de désengorger les tribunaux, mais de permettre à des personnes qui se retrouvent... Et je pense que ça
a été déjà mentionné. Il y a des personnes en situation
d'itinérance ou des choses... qui se retrouvent avec des fortunes, là,
des montants d'amende.
a tendance à sous-estimer aussi l'ampleur des amendes qui peuvent être imposées
à des citoyens. Quand on parle, par exemple, en matière de revenus, toutes les infractions en
matière de cigarettes de contrebande, et tout ça, la possibilité de pouvoir, de façon positive, en faisant des
travaux communautaires, de pouvoir, entre guillemets, payer sa dette à la
société et, en même temps, être un membre actif de la société, on la
salue, cette... évidemment.
Mme LeBel : Bien, je vous remercie de le préciser, parce que
c'est sûr que la notion de droit pénal ou de constat d'infraction, pour la majorité des gens et la
majorité du quotidien des gens, ça se limite au Code de sécurité routière dans
la plupart des matières, mais, effectivement, il y a des infractions très sérieuses qui sont même plus
sérieuses que certaines infractions
hybrides de nature criminelle, de façon objective, qui sont en matière pénale.
Vous avez parlé de... effectivement, en matière de déversements en environnement,
entre autres, en matière de revenus. Donc, il y a des infractions pénales
qui peuvent avoir un sérieux certain.
vous pose la question pour savoir si vous en aviez une, expérience, si vous
aviez fait, peut-être, un sondage auprès de vos membres, parce que vous relevez la notion du fait... Bon, on parle
du 1 500 heures de travaux communautaires. Je pense que c'est important de préciser que l'objectif
n'est pas de compenser une sentence mais plutôt de faire en sorte d'avoir
une réhabilitation, je vais le dire de cette
façon-là, mais ce n'est pas le terme juridique que j'emploie, c'est plutôt ce
terme social, c'est-à-dire de donner à ces gens-là une voie alternative au système de justice et
éviter qu'ils s'enfoncent dans un tourbillon sans fin qui les écrase et qui
fait qu'ils n'ont plus d'issue. Et vous craignez, donc, que, des fois, le temps
du programme, le nombre d'heures d'investies pourrait être plus grand que
celui, objectivement, qu'il aurait eu en travaux compensatoires.
veux vous entendre là-dessus, parce que... Une des raisons, c'est que, si on
parle d'un programme de retourner aux études ou un programme de
formation, il pourrait y arriver que le nombre d'heures à consacrer dans le
programme d'adaptabilité, pour des raisons
tout à fait objectives et acceptées par le contrevenant au départ, dans le
contrat qu'il fait avec la société,
si on veut, soit effectivement potentiellement plus grand que le nombre
d'heures de travaux compensatoires qu'il
aurait pu faire. Est-ce que vous pensez que c'est vraiment un problème, ou il
faut juste se mettre en garde là-dessus, ou...
M. Lebrun (Michel) : Bien, écoutez, je n'avais pas pensé à l'exemple
que vous venez de soumettre, à l'effet d'un retour aux études. Par
contre...
Mme LeBel :
C'est un exemple parmi tant d'autres, là, mais...
M. Lebrun
(Michel) : Oui. Et, quand j'ai mentionné le 1 500 heures, je
faisais à la fois référence au nouveau programme
d'adaptabilité et à la façon de payer des amendes par le biais de travaux
compensatoires. Et là il y a des méthodes de calcul. D'une façon comme
d'une autre, il m'apparaissait, et c'est une impression, que, si on dépasse le
chiffre de 1 500 heures, on parle
d'années, en termes d'années de... Ça serait caricaturé de dire des travaux
forcés, mais on parle de... Je
disais, bon, 50 semaines à 30 heures-semaine, c'est quand même un
impact important pour des infractions qui, en général, peu importe la
façon dont... le nombre d'amendes qu'une personne peut avoir ou le nombre
d'infractions qu'elle a pu commettre, nécessitera... justifiera rarement une
sentence de plus de deux ans, une sentence de pénitencier pour le type
d'infraction auquel on fait référence.
La situation actuelle
permet à un juge de libérer quelqu'un, peu importe le montant, lorsqu'il aura
effectué une quantité d'heures qui ne
dépassera pas 1 500 heures. C'est ma compréhension de la situation
actuelle. Ça m'apparaît une vision,
je dirais, intelligente, qui permet à un juge d'apprécier la situation de
l'accusé, le projet, et tout ça, et c'est quelque chose qui peut être importé, à mon avis, d'une
certaine façon, toutes choses étant... avec les adaptations nécessaires, dans
le programme d'adaptabilité dont on a encore à découvrir la façon dont il va être
appliqué. Mais cette impression-là, le peu
de commentaires que j'ai pu avoir de mes collègues, semblent... on
semble tous partager, un peu, cette difficulté de concevoir ce qui
pourrait justifier plus de 1500 heures de travaux.
Notamment,
vous donner l'exemple de s'engager à faire une formation ou faire des... Évidemment,
si on s'engage à faire un bac
universitaire puis à faire trois ans d'école... à 30 heures-semaine, je pense que ce serait un cours assez lourd, assez intense... mais, si on s'engage pour des... Il ne faut pas être
sous joug ou sous le couvert de ces programmes-là pour une période non
plus trop longue.
ne veux pas minimiser, là, le bénéfice que ça peut générer, mais, par exemple, l'exemple du droit criminel dans lequel on ne peut pas dépasser les périodes d'approbation de trois ans,
il me semble une indication du genre de... un ratio qui devrait peut-être
nous guider, là, clairement.
Mme LeBel : ...ne sont pas les mêmes. On parle de punir, de
donner l'exemple par rapport à aider puis... Et la personne s'engage en
connaissance de cause dans ce programme-là. Est-ce que vous avez noté que ça
prend le consentement quand même...
M. Lebrun
(Michel) : Exactement, exactement.
Président (M. Bachand) : Merci.
Mme LeBel :
Je suis désolée...
Président (M. Bachand) : Excusez-moi, Me Lebrun, je dois
passer... Merci beaucoup, Mme la ministre. Je
dois céder la parole au député de LaFontaine pour une période de 11 minutes. M. le député de LaFontaine, s'il
vous plaît.
M. Tanguay : Merci
beaucoup, M. le Président. Bien, Me Lebrun, merci beaucoup pour votre apport à
notre réflexion, à nos débats. Merci pour vos documents. Nous avions reçu un
tableau, je pense que vous aviez confectionné, au niveau
des modifications de certains articles et des commentaires. Je vais y revenir.
On a 11 minutes. Ma collègue de Notre-Dame-de-Grâce aura également des
questions pour vous.
Hier, je
crois comprendre que vous avez écouté, donc, le témoignage des gens du Barreau.
Vous avez sûrement, par la suite, entendu les représentants du SPVQ, Service
de police de la ville de Québec.
M. Lebrun (Michel) :
Exactement.
M. Tanguay : Vous, vous représentez les prévenus, les accusés,
dans les avocats, avocates de la défense. Comment recevez-vous le commentaire... Puis c'est correct,
là, je veux dire, je ne pointe pas du doigt, là, puis tout le monde est de bonne foi là-dedans,
mais, des fois, c'est une question d'approche et de philosophie où le SPVQ, il
voyait, dans le projet de loi, une
occasion d'harmoniser ce qui se fait en
matière de procédures, que ce soient
des infractions de nature criminelle, pénale, provinciale, droit
provincial ou règlements municipaux.
Vous, cette
harmonisation-là, ou ce mur-à-mur-là, comment vous le recevez, quand ça se
décline, de dire : Bon, si bien on fait ça pour des occasions
criminelles, on devrait le faire également pour des infractions au code municipal?
M. Lebrun
(Michel) : Je ne suis pas
fermé à cette vision-là des choses. L'association que je représente non plus.
Notamment, vous prenez l'exemple des... je n'en ai pas parlé dans mon document
ou dans mon intervention... mais les mandats
d'entrée, bon, toute la notion de mandat général, et tout ça, je pense que la
demande des policiers est légitime, de vouloir,
s'il y a un mandat général qui existe au niveau du Code criminel, que les
règles soient les mêmes ou soient sensiblement les mêmes en matière d'infractions couvertes par le Code de procédure
pénale. C'est vrai pour les mandats de perquisition, ça peut être vrai pour les
mesures alternatives comme le programme de mesures de rechange qui existe au
niveau criminel.
Je pense que
les policiers sont légitimes, sont justifiés à avoir cette demande-là. Et ce
n'est pas des juristes. Ils doivent obtenir
des mandats dans leur quotidien pour des infractions provinciales, pour des
infractions fédérales, pour des infractions criminelles, parfois même au coeur d'une même enquête ou d'une même
intervention. Et d'avoir des critères différents ou d'avoir des
approches différentes pour l'obtention d'un droit d'entrée ou un droit de
perquisitionner, je pense que c'est légitime
de la part des policiers de vouloir qu'il y ait une certaine harmonie dans les
règles ou dans la façon dont eux, ils peuvent s'y retrouver.
Là-dessus, je sais que le Barreau a fait
certaines remarques concernant les mandats d'entrée, là, et faisait, justement — et on est d'accord avec le Barreau
là-dessus — que les
critères ne devraient jamais être... que ça ne devrait jamais être plus facile d'obtenir un mandat de
perquisition ou un mandat d'entrée en vertu d'une loi provinciale qu'en vertu
du Code criminel. Parce qu'on parle
d'intrusions qui sont de la même nature dans la vie privée des gens pour des
infractions qui sont, généralement,
par définition, considérées comme étant moins graves, comme n'étant pas des
crimes contre la personne, et tout ça.
Donc, il y a
un gain au niveau de la clarté pour le policier, de s'y retrouver. Si on parle
de motifs raisonnables et probables d'un côté et de raisons de
soupçonner pour un autre type de mandat, et même un mandat identique au niveau provincial, et qu'on donne des pouvoirs plus
larges aux policiers, je pense que ce n'est pas souhaitable, ni de notre point
de vue ni du point de vue des policiers.
M. Tanguay :
Et donc votre lecture est à l'effet que, tel que proposé dans le projet de loi
n° 32, il y aurait une facilité accrue en ces matières
comparativement au droit criminel.
M. Lebrun
(Michel) : C'est ce que
semble... C'est ce que l'intervention du Barreau semble souligner. Et je suis
d'accord avec leur vision de la chose, et, dans la mesure où... je prends un
peu au mot les corps de police de ce côté-là, si on constate de telles choses, où les pouvoirs sont plus larges aux
policiers, puis ce que j'ai dit précédemment au niveau des pouvoirs, de demander des cartes d'identité ou des
choses... des pièces d'identité, c'est un peu la même chose, je pense qu'on
ne devrait pas accorder plus de pouvoirs aux policiers ou des pouvoirs
sensiblement différents en vertu du Code de procédure pénale.
M. Tanguay : De façon
plus précise, l'article 94.1, et vous l'avez commenté, qui serait de droit
nouveau, «une arrestation dans une maison
d'habitation en application d'un mandat d'amener, d'un mandat d'emprisonnement
ou d'un mandat d'arrestation doit être autorisée au moyen d'un mandat ou
d'un télémandat d'entrée délivré par un juge.
«Cette autorisation n'est pas nécessaire», deux
points, puis là il y a trois éléments:
«1° lorsqu'une personne se réfugie dans une
maison d'habitation alors qu'elle s'enfuit pour s'échapper à son arrestation;
«2° lorsque le responsable des lieux consent...»
3°, là, on parle d'un critère d'urgence de la
situation difficilement réalisable.
commentaire que vous faites, puis j'aimerais vous entendre là-dessus, le
questionnement que vous soulevez, ne devrait-on
pas prévoir l'obligation des policiers d'informer qu'il n'est pas obligé de
consentir? Et là vous ajoutez «nécessité d'aller se chercher un mandat».
Dans quel contexte faites-vous référence ici?
M. Lebrun (Michel) : C'est le
contexte de la renonciation à un droit. La jurisprudence abonde de situations de cette nature-là, où des policiers disent à
quelqu'un, par exemple, pour un mandat de perquisition, là, on parle de mandat
d'entrée, mais c'est un peu la même
chose : Écoute, là, on va aller chercher... il faut qu'on aille voir un
juge. Donc, ils vont expliquer à un citoyen : Veux-tu vraiment nous
forcer à aller au poste de police ou aller au palais de justice obtenir un mandat de perquisition? Et ces situations-là, il faut les
limiter, je vous dirais, au minimum... ou les limiter au maximum, qu'il y en ait le moins possible, parce que je
pense que ce n'est pas non plus dans l'intérêt des policiers, parce que souvent
on remet en cause le niveau d'information
qui a été donné au citoyen pour que son consentement soit éclairé. Et ça génère
beaucoup, beaucoup de litiges à la grandeur du Canada, pas seulement au Québec.
M. Tanguay :
Vous, votre métier, c'est parfois de la faire casser, ces mandats-là, parce
que, justement, il y a eu des carences. Alors, en amont, assurons-nous
que la procédure soit claire et simple à appliquer.
M. Lebrun (Michel) : Oui. La
notion de mandat d'entrée découle d'un arrêt de la Cour suprême qui s'appelle l'arrêt Feeney, et que Mme la ministre connaît
sûrement très bien. Et il y a eu une évolution de... Il y a toute une
expérience législative au fédéral suite à cette décision-là de l'arrêt Feeney.
Et on semble vouloir s'en inspirer dans les nouvelles dispositions. Pour nous, je pense que la clarté
est... Ça serait dans l'intérêt, je l'ai mentionné et je le répète, de tout le
monde, de tous les intervenants, que
les pouvoirs soient, à tout le moins, pas supérieurs ou pas différents en
substance de ceux qui sont déjà prévus et qui ont déjà été traités par
les tribunaux dans le cadre du Code criminel.
M. Tanguay :
Et, dans ce... Je fais du... En prolongement de notre discussion sur cet
aspect-là, vous dites, dans le document que vous avez remis ce matin,
que votre association craint qu'en «éliminant toute contrainte à l'obtention d'autorisations judiciaires par des moyens
technologiques — ça,
c'est un autre aspect, mais qui découle entre autres de ce qu'on dit — le processus ne devienne centralisé avec des
décideurs affectés à cette seule tâche, confinés géographiquement dans des endroits de plus en plus éloignés des
lieux visés». Alors, ici, vous faites référence à quelles conséquences que l'on
pourrait craindre?
M. Lebrun (Michel) : C'est le
concept du télémandat. Écoutez, cette remarque-là, on est à peu près les seuls
à l'avoir faite. Je ne dis pas que le fait d'avoir à des moyens technologiques...
Parce qu'un télémandat, il faut bien comprendre
ce que c'est, c'est que, soit pour un mandat d'entrée ou pour un mandat de
perquisition, la tradition veut que le policier
se présente en personne devant un juge de paix pour expliquer ses motifs et
obtenir le mandat. Donc, il y a cette présence-là, là, qu'on a permise
au niveau fédéral au début et maintenant au niveau provincial également.
C'était déjà prévu au Code de procédure
pénale. Lorsque c'est peu commode, peu pratique pour le
policier, il peut y avoir des situations d'urgence, ça peut être la nuit, ça peut être la fin de semaine, bon, il
y a toutes sortes de situations qui font qu'il n'y aura pas de juge de paix disponible pour rencontrer le
policier, donc, à ce moment-là, on va procéder par un moyen de télécommunication, soit par téléphone, par fax ou
d'autres moyens technologiques. Nous, il y a toujours eu cette exigence-là,
de ne pas y recourir de façon absolue et de
justifier le recours à ces moyens-là par un certain problème pratique, et de
devoir l'expliquer au juge de paix, ce problème pratique là.
Aujourd'hui, on abolit cette exigence-là et on prévoit qu'on pourra soit fonctionner par télémandat soit fonctionner
par mandat réel... par une rencontre réelle avec un juge de paix. Est-ce
que ça va nous conduire... C'est la crainte
que nous avons manifestée. Est-ce que ça va conduire à centraliser, dans
certains lieux... ça pourrait être
Québec, Montréal, où il y a des... actuellement des services de juges de paix
qui fonctionnent de nuit et la fin de
semaine et qui peuvent être en Gaspésie pour émettre un mandat de perquisition
à Montréal, dépendant de quel...
Président (M. Bachand) :
Excusez-moi, Me Lebrun. Parce qu'il ne reste pas beaucoup de temps, j'aimerais
céder la parole à la députée de Notre-Dame-de-Grâce, s'il vous plaît.
Pour une minute, Mme la députée, désolé.
Mme Weil :
Oui, oui. Eh bien, c'est pour aller directement sur cette question des pouvoirs
d'intervention, donc, du procureur
général, directeur, DPCP — d'autres ont fait ce commentaire — et d'aller sur votre point, votre inquiétude
par rapport à ce pouvoir, mais aussi les
contraintes quand même l'association, votre association, souhaite intervenir,
qu'il y ait les mêmes critères. Peut-être dans les 50 secondes que
vous avez.
M. Lebrun
(Michel) : Bien, on a cette
habitude-là, on a développé, récemment, cette habitude-là d'intervenir, de
vouloir intervenir. Et les tribunaux accueillent favorablement,
particulièrement la Cour suprême et la Cour d'appel, la présence des associations pour donner un certain point de vue dans des
dossiers dans lesquels le justiciable se retrouve tout seul à défendre un point qui est d'importance, je
dirais, nationale ou, en tout cas, suffisamment grande. C'est quand même
un pouvoir qui est exercé de façon
exceptionnelle, qui est soumis à une demande au tribunal, qui est souvent
contestée par le DPCP ou le Procureur
général du Québec, et pour les motifs... notamment les motifs d'utilisation des
ressources judiciaires. Et on
dit : Bien là, on va perdre notre temps, dans le fond, ou ça va générer
des dépenses inutiles. Maintenant, le projet de loi propose un pouvoir
absolu d'intervention à tous niveaux pour le procureur général et pour le DPCP.
Nous soumettons que c'est imposé au justiciable, à ce moment-là, un fardeau qui
risque d'être très lourd. Et puis il faudrait... ce type d'intervention là
devrait être adapté, il devrait être soumis au même filtre celui que les
tribunaux ont déjà quand nous demandons la permission d'intervention.
Président (M. Bachand) :
Merci beaucoup. Je cède maintenant la parole au député de Gouin pour une
période de 2 min 45 s. M. le député, s'il vous plaît.
M. Nadeau-Dubois : Merci, M. le
Président. Bonjour, maître, merci d'être là, avec nous, ce matin. Dans votre présentation, vous vous êtes inscrits dans la
continuité de ce que les gens du Barreau nous ont dit hier concernant la
question de l'identification, l'article 19 du projet de loi. Puis ce que
j'ai trouvé intéressant, vous nous avez dit, et vous me reprenez, bien sûr, si je vous mets
des mots dans la bouche : Mais c'est, au mieux, ambigu, mais c'est, au pire,
un pouvoir supplémentaire conféré aux
policiers, qui peut occasionner des dérapages, notamment en matière de
profilage social et racial. Vous avez vous-même
évoqué le rapport Vien puis le rapport récent au SPVM. Et c'est des
commentaires similaires que nous ont faits les gens du Barreau hier. Je
les trouve très intéressants.
Mais
il y a quand même un écart, je pense, en fait, je pressens, entre votre
interprétation de ce qui est écrit, et celle du Barreau, et celle que la
ministre semble avoir. Puis j'aimerais vous entendre sur cette
compréhension-là.
que vous semblez nous dire, c'est qu'actuellement, puis c'est ce que dit
actuellement le Code de procédure pénale, si un policier a un doute sur
l'identité de quelqu'un — il est en train de donner un constat d'infraction — il y a une possibilité, à ce
moment-là, de demander plus d'informations à la personne, notamment une carte,
une carte d'identité. Puis, s'il y a un refus, à ce moment-là, il peut procéder
à une arrestation.
Avec la nouvelle
mouture, telle que proposée par le projet de loi, c'est dès le début de
l'interaction que le policier a un droit
d'exiger une carte d'identité contenant l'ensemble des informations écrit à
l'article 19. Et, s'il y a un refus
ou une impossibilité, genre : je suis en train de faire du jogging,
ou : je suis un itinérant, je n'ai pas d'adresse, donc, je n'ai pas de permis de conduire avec adresse, dès
le début de l'interaction, il y a une possibilité d'exiger. Et, s'il y a un
refus, il y a une possibilité d'arrêter sans mandat. Est-ce qu'on
partage la même compréhension de l'article?
M. Lebrun (Michel) : Oui, et, je vous dirais, si on constate, au
minimum, une ambiguïté, je pense que c'est un domaine qui est tellement
sensible qu'il ne devrait pas souffrir d'ambiguïté, O.K.?
Deuxièmement,
ce qui m'apparaît comme étant le problème du libellé proposé, c'est qu'on dévie
de la... la détention n'est
justifiée, actuellement, que pour fins d'identification. Mais maintenant il y
aura une détention pour fins de refus de fournir une pièce d'identité qui semble être adoptée en parallèle avec
le pouvoir d'identifier une personne. Donc, il s'agit d'une nouvelle
carte dans le jeu, je dirais, de l'agent de la paix qui interagit avec les
citoyens dans une multitude de circonstances.
M. Nadeau-Dubois :
Et seriez-vous d'accord avec moi de dire que, dans une situation comme celle-là
où on vient donner un outil de plus aux
forces policières, puis c'est un outil qui vient empiéter potentiellement sur
les droits des citoyens, citoyennes,
êtes-vous d'accord avec moi pour dire que, dans ces situations-là, c'est au
législateur de démontrer que c'est nécessaire et non pas l'inverse?
M. Lebrun
(Michel) : Bien, c'est un peu ce que je vous ai dit dans ma
présentation. Il me semble que ce problème-là est de mieux en mieux
circonscrit, là, je vous dirais, par les ressources policières. Moi, j'ai parlé
de banque de données, personnellement, il me
semble que j'en vois moins, de ces situations-là, de supposition de personne,
et le... vu que le problème me
semble, à tout le moins, sinon résolu, sinon pas un problème particulièrement
important... Puis on parle, encore une fois, d'infraction. Je ne veux pas
minimiser la gravité des infractions qui sont là, mais des infractions en
matière de revenu ou en matière
d'environnement ne posent pas beaucoup de problèmes d'identification,
d'habitude, quand une entreprise fait un déversement ou...bon...
M. Nadeau-Dubois :
Êtes-vous d'accord avec moi si je dis qu'une disposition comme celle-là va
avoir un effet disproportionné sur les gens qui sont dans des situations de
marginalité et qui sont, donc, plus à même de ne pas avoir, en tout
temps, avec eux, une pièce d'identité contenant l'ensemble des informations
inscrites au projet de loi?
Président (M. Bachand) : 10 secondes, Me Lebrun, s'il vous
plaît.
M. Lebrun
(Michel) : C'est exactement... ça rejoint pas mal ce que... le sens...
M. Nadeau-Dubois :
...profilage social et racial.
M. Lebrun
(Michel) : Exactement, on a parlé des problèmes que...
Le Président (M. Bachand) : Merci beaucoup. Merci, M. le député. Merci, Me
Lebrun. Maintenant, la parole est à la députée de Joliette pour une
période de 2 min 45 s, Mme la députée, s'il vous plaît.
Mme Hivon :
Oui, merci beaucoup de votre présentation. J'aimerais vous entendre sur quelque
chose sur quoi vous ne vous prononcez pas comme tel : la question
des programmes d'adaptabilité. Certains groupes demandent qu'en fait il n'y ait pas une discrétion totale pour la mise
en place des ces programmes-là, parce qu'il peut y avoir des communautés
qui souhaitent avoir ces programmes-là, mais il y a une discrétion dans le
projet de loi, de dire : On les reconnaît, mais il n'y a pas d'imposition de ces programmes-là. Est-ce que vous pensez
que ces programmes-là devraient être généralisés?
M. Lebrun (Michel) : Bien, je pense qu'il faut voir chaque programme,
qu'est-ce qu'il implique. Je vois mal une communauté ou un groupe
d'individus se positionner d'emblée contre des programmes d'adaptabilité qui
auraient pour effet de judiciariser plus de
personnes, de leurs membres, peu importe le groupe auquel on peut penser.
Maintenant, je fais l'effort de...
Est-ce qu'on peut s'objecter à des modalités, à des façons d'implanter...
Est-ce que le dialogue qui va conduire à
l'implantation de ces programmes-là doit être encadré ou balisé d'une certaine
façon? Je pense que c'est peut-être de là que peuvent surgir des
objections à l'implantation de certains programmes, et je pense que, là, c'est
au cas par cas, là. Il va falloir...
Mme Hivon :
La flexibilité dans les modalités, je pense que ça va de soi selon ce qu'on
vise, mais la possibilité, je dirais, de mettre en place et que ce soit
moins discrétionnaire, est-ce que vous pensez que ça devrait être envisagé?
M. Lebrun
(Michel) : Oui. Bien,
écoutez, il va falloir commencer en quelque part. Je me prononce sur des choses
hypothétiques. L'expérience que j'en ai
personnellement ou que nos membres en ont personnellement vient beaucoup de
ce qu'il s'est passé au niveau du Code criminel. Par exemple, il y a des
interventions en matière de violence conjugale, violence domestique qui sont d'une certaine façon et qui sont très
différentes de celles qu'on pourrait faire, par exemple, pour des
problèmes de cleptomanie ou d'alcoolisme. Et donc je peux concevoir que les
groupes visés auront des représentations à faire et pourront soulever, en tout
cas, de façon spécifique, certains problèmes.
Mme Hivon :
S'il me reste quelques secondes... Quand vous parlez du télémandat, là, vous
dites, je pense, c'est la page 6
que j'ai numérotée moi-même, en bas, vous dites : «Il faut conserver la
plus grande proximité entre le décideur et la communauté locale
concernée.» Qu'est-ce que vous voulez dire par là?
M. Lebrun
(Michel) : Vous savez, un
juge de paix, là, qui émet un mandat
de perquisition peut refuser de l'émettre, même si toutes les conditions sont réunies. C'est un pouvoir
discrétionnaire qui est considéré... la décision que je cite dans mon
document l'établissait, c'est une condition essentielle à l'exercice de ces
pouvoirs-là, d'émettre des mandats de perquisition,
le pouvoir de les refuser purement et simplement, même si les conditions
d'émission sont réunies. Qu'est-ce qui
permet d'exercer cette discrétion-là? C'est d'avoir des certaines racines dans
une région donnée. Si la personne est à des centaines de kilomètres du lieu, ne connaît pas la réalité locale qui
peut être vécue, selon moi, on entache ou on rend difficile l'exercice de cette discrétion-là d'émettre ou de
ne pas émettre un mandat, de considérer abusive une intervention, même si,
à sa face même, elle semble rencontrer les critères.
Président (M. Bachand) :
Merci beaucoup. Merci beaucoup, Me Lebrun, pour votre participation à la
commission, c'est très apprécié.
Cela dit, je vais suspendre quelques instants
pour que le groupe prenne place. Merci infiniment. Merci.
(Suspension de la séance à 12 h 11)
Le Président (M.
Bachand) : À l'ordre, s'il vous plaît! La
commission reprend ses travaux. Il me fait plaisir, maintenant, de souhaiter la
bienvenue au représentant de la clinique Droit de cité. Alors, je vous
rappelle que vous avez 10 minutes
de présentation et, par après, nous aurons un échange avec les membres de la
commission. Alors, M. Couillard, bienvenue, la parole est à vous.
M. Couillard
(Maxime) : Donc, bien,
bonjour, M. le Président, Mme la
ministre et Mmes et MM. les commissaires.
Donc, je m'appelle Maxime Couillard, je suis
le coordonnateur de la clinique Droit de cité à Québec. Merci de nous offrir
l'occasion de vous rencontrer afin de nous permettre de commenter le projet de
loi n° 32.
D'abord, la
clinique Droit de cité est un organisme communautaire de Québec qui vient en aide aux
personnes en situation de pauvreté ou d'exclusion sociale en leur
offrant un soutien moral et un accompagnement dans l'ensemble de leurs démarches de régularisation de leur situation
judiciaire, mais également dans la défense individuelle et collective
de leurs droits. Depuis la fondation de l'organisme
en septembre 2015, c'est 468 personnes qui ont été accompagnées par
notre intervenante sociale dans une
multitude de démarches, notamment au sein du programme IMPAC de la ville de
Québec.
Pour la clinique Droit de cité, le projet de loi
n° 32 représente une opportunité extraordinaire de
contribuer à l'amélioration de notre système
de justice québécois et, par le fait même, de le rendre plus juste à l'égard
des personnes en situation de pauvreté ou d'exclusion sociale. Cependant, plusieurs
éléments suscitent, dans notre organisation, des inquiétudes qui méritent, à notre avis, d'être soulevées. Je tiens à mentionner que
l'ensemble des recommandations qu'on a apportées portent sur la
section du projet
de loi n° 32,
qui s'intéresse aux programmes d'adaptabilité des règles relatives à la
poursuite.
En premier
lieu, l'absence d'une définition
claire et d'un encadrement minimal des programmes d'adaptabilité des règles relatives à la poursuite ainsi que d'un
déploiement de ces programmes sur l'ensemble du territoire québécois
nous préoccupe grandement, d'abord parce
que l'ensemble des propositions qui
concernent ces programmes ne seront effectives que dans les villes où un tel programme
existera. Rien n'oblige une ville à se doter d'un tel programme
afin d'offrir à des personnes en situation
de pauvreté des mesures alternatives aux travaux compensatoires, et ce, même si
plusieurs citoyens en
exprimaient le besoin. De ce fait, il est fort probable que ces propositions ne
soient effectives que dans quelques villes seulement, au Québec, puisque plusieurs
municipalités pourraient décider de ne pas mettre sur pied un tel programme. Ainsi, plusieurs des propositions du projet de loi n° 32 portant sur ces programmes ne seraient donc
profitables qu'à une minorité de citoyens, pourtant visés par ces modifications.
Ensuite, nous
considérons que la discrétion qui est accordée aux acteurs chargés de la
gestion, voire de la mise sur pied de
programmes visés peut être bénéfique, parce qu'ils pourront adapter leurs programmes aux réalités propres à la communauté dans la communauté dans laquelle ils
opèrent. Cependant, nous nous questionnons à savoir si cette discrétion permet également l'application des propositions du projet de loi en fonction d'une philosophie propre à chaque programme.
Autrement dit, qu'est-ce qui nous garantit qu'un citoyen d'une certaine ville
pourra bénéficier des mêmes mesures ou adaptabilités offertes par son programme
qu'un citoyen se trouvant dans la même situation mais qui réside dans une autre ville? Un programme qui vise spécifiquement à
retirer la dette judiciaire d'une personne afin de favoriser son rétablissement et la soutenir dans ses démarches
ne fonctionnera certainement pas de la même manière qu'un programme qui,
lui, vise plutôt à recouvrer une dette judiciaire. Cette disparité de
philosophie s'observe déjà à l'heure actuelle au Québec. En effet, nous accompagnons des personnes, à la clinique Droit
de cité, qui ont reçu des constats d'infraction dans plusieurs villes du Québec, et force est de
constater que les mesures offertes pour régulariser une dette judiciaire sont
plus adaptées et plus facilement réalisables pour les personnes qui ont
des contraventions à la ville de Montréal.
De plus,
l'article 37 du projet de loi n° 32 stipule que la participation d'un
défendeur à un programme prend fin sur décision
du poursuivant lorsque les conditions du programme ne sont plus observées par
le défendeur. Mentionnons que la fin
de la participation d'un défendeur à un tel programme peut avoir des
conséquences importantes, voire désastreuses. Dans certains cas, comme on l'a observé par le passé, une expulsion d'un
programme peut mener directement à la réactivation d'un mandat d'emprisonnement pour non-paiement
d'amende. Or, le projet de loi n° 32 n'identifie pas quelles sont ces
conditions, mais leur accorde de conséquences importantes en cas de
non-respect. Ainsi, qu'est-ce qui empêcherait un programme d'expulser une personne uniquement parce qu'elle n'a pu être
présente à une des rencontres exigées, tel que pourraient le stipuler ses conditions, et ce, indépendamment du
cheminement réalisé au sein dudit programme? Il en va de même avec l'obligation d'être en mesure de faire
des travaux compensatoires, qui, parfois, est une chose impossible pour
les personnes que nous accompagnons.
Au Québec, il
existe déjà des programmes qui visent à offrir des mesures alternatives aux
travaux compensatoires aux personnes en situation de pauvreté ou
d'exclusion sociale. La plupart de ces programmes ont déjà été analysés et
évalués, notamment par le milieu communautaire et celui de la recherche. De ce
fait, nous considérons qu'il est déjà possible
de tracer un portrait clair de ce que devrait faire un programme d'adaptabilité
des règles relatives à la poursuite.
Nous sommes également d'avis que le projet de
loi n° 32 devrait s'inspirer du Programme d'accompagnement justice itinérance à la cour, mieux connu sous son
acronyme, le PAJIC, de la cour municipale de Montréal afin de définir ce
que devrait être au programme et de fournir un encadrement minimal. Évidemment,
je le réitère, nous considérons également
que les acteurs chargés de la gestion des programmes doivent conserver un
certain pouvoir discrétionnaire afin d'adapter leur programme aux
réalités de la communauté dans laquelle il s'inscrit.
En deuxième
lieu, nous jugeons primordial qu'une souplesse soit accordée à la définition
ainsi qu'à l'application des mesures
alternatives que permettra le projet de loi n° 32. Par exemple, nous
croyons que les démarches d'amélioration des conditions de vie qui ont
été réalisées avant l'intégration d'un programme doivent pouvoir être
considérées comme étant des mesures
alternatives entamées, voire complétées. L'exemple réel de Jonathan, qui est
illustré dans notre mémoire, démontre en quoi cette considération est
importante. En effet, Jonathan est un jeune homme dans la vingtaine qui a
accumulé plus d'une centaine de contraventions à sa sortie d'un centre jeunesse
suite à des périodes d'itinérance et qui détenait
une dette judiciaire d'environ 26 000 $, dont plus ou moins
10 000 $ étaient reliés à différents frais. Il a finalement pu reprendre le contrôle sur sa vie et est parvenu
à cesser de consommer des drogues, s'est trouvé un logement, a entamé un programme de formation professionnelle, et ce,
avant l'intégration à un programme d'adaptabilité. Afin de maximiser les
succès de son rétablissement et réduire les risques qu'il soit davantage
judiciarisé, ces démarches auraient dû être considérées comme des mesures
alternatives entamées ou complétées et donc être traitées comme des mesures
réalisées au sein du programme, ce qui n'a
pas été fait. D'ailleurs, aux dernières nouvelles, Jonathan terminera le
programme avec une réduction de 7 826 $ de sa dette judiciaire
de 26 000 $, qu'il devra quand même payer par la suite. À la clinique
Droit de cité, nous sommes d'avis qu'une
démarche ou un effort réalisé à l'extérieur d'un programme n'ont pas une valeur
moindre que ceux réalisés au sein d'un programme.
En troisième
lieu, nous sommes d'avis que l'utilisation de la rétractation de jugement doit
être utilisée lorsque les mesures
alternatives sont complétées, afin de favoriser le retrait massif des chefs
d'accusation qui pèsent contre les participants des programmes. Ainsi, on
actualise véritablement le processus de déjudiciarisation de ces personnes
en leur retirant le fardeau que représente leur dette judiciaire et en les
soutenant dans leurs démarches d'amélioration de leurs conditions de vie.
Nous croyons que le projet de loi n° 32 devrait, donc, baliser cette
mesure en clarifiant que les retraits massifs de chefs d'accusation doivent
être fortement privilégiés.
En dernier
lieu, la clinique Droit de cité tient à saluer la volonté qui transparaît, à
travers le projet de loi, de vouloir s'attarder
à la question de l'emprisonnement pour non-paiement d'amendes. Bien que le
projet de loi n° 32 permet une avancée important en la matière, et
ce, en proposant de baliser cette pratique, nous nous questionnons sur
l'encadrement qui est privilégié. En effet, le projet de loi n° 32
propose d'établir une liste d'infractions ou de catégories d'infractions par règlement qui ne pourront plus mener à des mesures
d'emprisonnement pour non-paiement d'amendes inscrites dans le Code de
procédure pénale.
D'abord, nous
nous demandons à quel point nous pouvons avoir la garantie que cette liste sera
exhaustive. En effet, chaque ville
adopte ses propres règlements avec ses propres formulations et il est donc
difficile d'imaginer que l'ensemble des infractions pour lesquelles sont
le plus souvent pénalisées les personnes en situation de pauvreté ou
d'exclusion sociale au Québec puissent être
toutes inscrites dans cette liste. De plus, même si, lors de son élaboration,
cette liste était véritablement
exhaustive, quelles garanties auront les citoyens qu'elle sera mise à jour
continuellement? Également, un gouvernement
futur pourrait modifier cette liste afin qu'elle concorde avec leur conception
des infractions qui devraient s'y
trouver. Ainsi, on augmente considérablement le risque d'exclure des
infractions qui touchent significativement les personnes en situation de
pauvreté.
Québec, il y a environ un an, la ville annonçait que les personnes en situation
d'itinérance ou avec problèmes de santé mentale n'iraient plus en prison pour
le non-paiement de contraventions en lien avec des infractions ciblées et
inscrites sur une liste. À ce jour,
nous sommes confrontés à ces mêmes inquiétudes que je viens d'énumérer en plus
de ne pas savoir comment s'actualise réellement cette mesure.
Donc, à la
clinique Droit de cité, en fait, nous considérons qu'il est préférable de faire
en sorte que l'emprisonnement pour
non-paiement d'amendes, au Québec, fasse
partie du passé. À cet effet, les
propos du juge Grenier de la Cour supérieure du Québec vont dans le
même sens lorsqu'il mentionne : «Si une société incarcère des personnes
pour non-paiement d'amendes, ça ressemble
quasiment au Moyen Âge quand on emprisonnait des gens pour dettes.» Nous
pensons, donc, que le Code de
procédure pénale devrait, donc, être modifié pour ne plus permettre cette
pratique, qui est inefficace et extrêmement coûteuse pour la société.
Nous
comprenons que l'objectif derrière l'élaboration d'une liste d'infractions ou
de catégories d'infractions ne pouvant
plus mener à un emprisonnement pour non-paiement d'amendes pourrait être de
s'assurer que seules les personnes en
situation de pauvreté ou d'exclusion sociale ne puissent plus se retrouver en
prison par manque de moyens financiers. Or, nous tenons à rappeler que certains mécanismes sont déjà mis en
place pour le recouvrement d'une dette judiciaire d'une personne qui a
la capacité financière de la payer. La saisie par huissier en est un exemple.
Finalement, et je vais conclure, le projet de
loi n° 32 représente un beau projet en soi mais qui soulève plusieurs inquiétudes. Il ne fait aucun doute qu'un travail
important de la part d'une multitude d'acteurs devra s'amorcer à la suite
de son adoption et que la portée ainsi que
l'efficience de ce travail reposeront en grande
partie sur la qualité de leur
collaboration. Donc, merci de m'avoir accordé votre attention.
Président (M. Bachand) :
Merci beaucoup, M. Couillard. Je me tourne maintenant vers le parti
gouvernemental. Mme la ministre, s'il vous plaît.
Mme LeBel :
Merci, M. le Président. Merci de votre présentation. C'est très apprécié,
surtout que vous avez une expérience
pratique. Je pense que vous participez au programme IMPAC, entre autres. Vous
avez des participations, donc une expérience pratique sur ces programmes-là.
Mais peut-être que... quelques petits points, votre mémoire est quand
même assez, assez bien étoffé, merci beaucoup, sur les différents enjeux que
vous avez soulevés.
Vous
soulevez, entre autres, l'enjeu de la discrétion, de la souplesse et de
l'uniformité, et d'avoir un certain équilibre. Présentement, naturellement,
l'objectif du projet de loi n° 32 est de permettre une implantation le
plus large possible à travers le
Québec, à travers les municipalités, les villes, de ce type de programmes
d'adaptabilité là. Ce n'est pas le cas partout présentement.
Je voudrais
vous entendre : Comment vous pensez qu'on peut solutionner la
problématique de ne pas imposer de tels
programmes, parce que c'est difficile, il y a des communautés qui n'ont pas les
moyens d'avoir ces programmes-là pour
différentes raisons, je ne parle pas juste des moyens financiers, mais des
ressources, de s'assurer que les programmes sont bien adaptés aux besoins d'une communauté, parce qu'on nous a aussi
fait la remarque, hier, que d'établir une liste, qu'elle soit par règlement ou dans la loi, peut faire en... d'admissibilité,
peut faire en sorte que, dans certaines communautés, une infraction ne soit pas couverte parce qu'elle
n'est pas apparue dans l'écran radar au départ, tout en assurant, justement,
une équité, de faire en sorte qu'une
infraction donnée dans une municipalité
donnée puisse donner ouverture à un programme, et non pas... et pas dans une... Donc, il y a des enjeux de souplesse
pour permettre que les programmes soient bien adaptés aux situations
particulières des gens dans des communautés particulières. Il y a le problème d'uniformité,
et s'assurer qu'un contrevenant qui est dans la ville X puisse recevoir, pour
une infraction y et une situation donnée, un service similaire, qu'il soit dans une ville ou dans une autre, le plus
possible. Il y a le problème des moyens, c'est-à-dire que d'imposer un
programme... parce que ce n'est pas ce que le projet de loi n° 32 fait, le projet de loi n° 32 permet la mise en place
de programmes, mais n'impose pas.
Alors,
comment on peut jongler avec toutes ces réalités-là et ces enjeux-là? Je
comprends que... Une grosse
partie de
la solution, je pense, est dans votre conclusion de la fin, c'est-à-dire les
suites du projet de loi n° 32 feraient en sorte que tous les acteurs concernés soient bien impliqués
dans l'élaboration des suites, et peut-être pas dans les mesures du projet
de loi n° 32 comme telles. Mais je veux juste
m'assurer, là, de voir comment on peut solutionner toutes ces balises-là, finalement, entre l'équilibre, l'équité,
l'adaptabilité, la souplesse. Ce sont toutes des notions très louables dans ce
type de situation là, mais qui, des fois, sont... mettent une contrainte
les unes envers les autres, là.
M. Couillard (Maxime) : Bien,
tout d'abord, je dois spécifier que je ne suis pas juriste, donc je ne pourrai
pas arriver avec des propositions pour...
Mme LeBel : Pas juridiquement,
mais pratico-pratique, comment on peut...
M. Couillard
(Maxime) : Pratico-pratique,
bien, comme on l'explique, dans notre mémoire, je pense qu'une manière de faire serait d'élaborer une certaine base, donc
certaines directives qui pourraient, donc, être déployées dans l'ensemble
des régions. Comme, en ce moment, actuellement, on a quelques programmes d'adaptabilité à l'échelle du Québec,
et qui, pourtant, fonctionnent de manières parfois totalement
différentes. Je pense, entre autres, à celui à Québec versus celui à Montréal. Donc, de prime abord, on devrait faire en sorte
que, dans le projet de loi, ça soit mieux spécifié, comment ça
devrait s'actualiser.
Vous avez parlé
de comment... des listes d'infractions, tu sais, qui peuvent servir comme
critère d'admissibilité. Comme on le
présente dans le mémoire, on considère qu'on devrait davantage
se baser sur la capacité de payer que sur une liste d'infractions. Donc, déjà là,
ça règle la question de savoir quand est-ce qu'une personne va être admissible ou pas en fonction de la région. À partir du moment où
est-ce que que la personne est considérée en situation de pauvreté ou
d'exclusion sociale, donc incapable de payer une dette judiciaire qu'elle a
contractée, ça devrait être un critère suffisant, à notre avis, pour pouvoir intégrer un tel
programme. Là, je ne sais plus si j'ai répondu à l'ensemble de vos questions,
il y en avait plusieurs, mais essentiellement c'est ça.
Mme LeBel : Bien, est-ce qu'on
devrait imposer de tels programmes par le biais du projet de loi?
M. Couillard
(Maxime) : Je ne sais pas
comment cette imposition devrait avoir lieu, mais on devrait s'assurer que, dans l'ensemble des régions, ce que... les
citoyens ont un besoin, puissent avoir accès à un tel programme. Parce que, là,
en ce moment, comme c'est parti à l'heure
actuelle, il n'y en a pas tant que ça, des programmes. Pourtant, nous, on
accompagne les gens qui ont des
tickets, des contraventions dans d'autres villes et qui devraient bénéficier
d'un tel programme. Mais, évidemment,
le pouvoir discrétionnaire fait en sorte... des acteurs... qui est alloué dans
le projet de loi fait en sorte que certaines cours, certaines villes pourraient
décider de ne pas en avoir. Donc, en quelque sorte, nous, on considère
qu'effectivement ça devrait être déployé à l'ensemble du territoire
québécois, là.
Mme LeBel :
Pour des raisons, puis je ne suis pas en train de... Je ne veux pas partir un
argumentaire avec vous, mais je vous donne un peu ma pensée pour un peu comment
vous réagissez. Pour des raisons peut-être plus juridiques, il est potentiellement nécessaire d'établir, quand
même, des catégories qui donnent une admissibilité à certains programmes
pour, bon... Le choix de ne pas le faire
dans la loi, parce qu'une loi est plus difficile à modifier, est plus lourde à
modifier qu'un règlement, et de le
faire plutôt par règlement, est un choix qui est justifié, justement, par cette
notion de souplesse là. Il y a quand même une certaine rigidité
réglementaire, si on veut. Est-ce que vous pensez que, si on partait plutôt par
catégories d'infractions, par... ou qu'on ajoutait peut-être, à même le
règlement, une possibilité, selon certains critères balisés, d'introduire des... Je ne sais pas, je réfléchis à voix haute,
et on pourra voir si ça se traduit bien de façon juridique, mais plutôt
que de passer par la capacité de payer... qu'il pourrait y avoir certains
enjeux constitutionnels, parce que certaines personnes pourraient avoir des
problèmes, une capacité de payer, mais des problèmes qui sont quand même sérieux, et pouvoir quand même bénéficier d'un
programme d'adaptabilité, là. Est-ce que vous pensez que ça pourrait, peut-être,
résoudre cette préoccupation?
M. Couillard
(Maxime) : Ça pourrait être
possible dans la mesure où est-ce
qu'on s'assure continuellement que ces listes-là sont exhaustives. Puis,
tu sais, il faut faire attention, parce qu'on parle souvent d'infractions aux
règlements municipaux, mais les personnes qu'on accompagne reçoivent également
beaucoup de contraventions en lien avec le Code
de la sécurité routière, souvent, qui découlent, bon, d'un traitement
différentiel, de profilage social, et ainsi de suite. Donc, c'est de
voir aussi comment ça pourrait être inclus à l'intérieur de ça.
Puis, comme
je le mentionnais plus tôt, une fois que cette liste-là est élaborée, comment
on fait pour s'assurer que ça concerne l'ensemble des situations? Comment on
fait pour s'assurer que ça va suivre l'évolution dans le temps? Ça arrive, des fois, qu'une personne va recevoir un
constat d'infraction en lien... en fait, c'est possible que cette personne-là reçoive un constat en lien avec une infraction qui
ne sera pas nécessairement dans cette liste-là. Est-ce que cette infraction-là
va pouvoir être prise en compte dans son
cheminement au sein d'un programme? À notre avis, ça fait
partie du problème
puis c'est ça qui devrait mériter une attention particulière.
Mme LeBel : O.K., parfait. Donc, dans un ensemble
d'infractions, il devrait y avoir une qui n'est pas admissible, et là, si on n'est pas capable de retirer celle-là
pour x, y, z raison, on pourrait y avoir... Parfait. Je comprends bien votre point de
vue. Merci.
Je pense
que je vais vous demander, pour les dernières minutes qui nous restent, de nous
parler... Parce que c'est important d'illustrer les effets positifs
de ces programmes-là. C'est tout à
fait normal que vous nous... tout est
perfectible, de nous demander
d'améliorer ce qu'on essaie... l'ouverture qu'on essaie de créer par le p.l. n° 32. Mais vous parlez de Julie
dans votre mémoire. Peut-être,
si vous pourriez nous parler de
Julie, l'exemple de Julie, qu'est-ce... et nous illustrer
qu'est-ce qu'un tel programme peut apporter, justement, à ces personnes-là de... et j'imagine... c'est un
succès, là, donc, un...
M. Couillard (Maxime) : Bien,
Julie, ce n'était un succès, en fait...
Mme LeBel : Non, bien, ce
n'était pas tout un succès, mais c'est quelque chose qui aurait pu être...
M. Couillard (Maxime) : Qui
aurait pu être un succès, en fait.
M. Couillard
(Maxime) : Bien, un programme,
les bénéfices que ça peut apporter aux personnes que nous accompagnons, en fait, c'est d'offrir vraiment...
bien, d'être adapté, en fait, à leur réalité, de répondre à leurs besoins puis
de considérer les causes intrinsèques qui les ont menées à commettre ces
infractions-là.
Parce que, dans la très grande majorité des cas, si ce n'est pas dans tous les cas, les
personnes que nous accompagnons, leur
dette judiciaire est directement reliée à leur condition sociale. Donc, un programme,
c'est bénéfique, dans la mesure où est-ce que
ça considère cet élément-là dans la manière que ça va traiter son dossier, et
non de rester dans cette simple logique-là d'une personne contrevenante qui a
commis une infraction puis qui doit payer sa dette à la société.
C'est vraiment... La base de tout, c'est de considérer la
condition sociale de la personne.
Dans le cas
de Julie, effectivement, bien, il
y a eu quand même des bénéfices dans
son cheminement au sein de son programme.
Ça ne s'est vraiment pas bien fini pour elle... en tout cas, en termes de son programme. Cependant, un programme comme ça qui serait, par
exemple, mieux adapté, aurait des bénéfices énormes.
Donc, c'est vraiment...
l'idée, c'est d'accompagner la personne à son rythme, d'accepter sa réalité et de lui
offrir les moyens de se sortir de ce cercle-là qu'est la judiciarisation,
en fait, de la pauvreté, là.
LeBel : Mais pouvez-vous
nous donner un exemple concret... parce que tout ce dont vous
nous parlez, on le comprend, nous, on l'intellectualise, mais d'une personne...
peut-être pas le cas de Julie, là, je l'illustrais, mais...
il est dans votre mémoire,
puis, effectivement, bon, ce n'est... tout n'est pas rose, mais il y a
eu quand même certains bénéfices, puis elle aurait peut-être
pu en avoir de plus grands dans une autre situation.
Mais nous
donner un exemple d'une mère, d'une jeune mère de famille, exemple,
comme elle, qui est monoparentale, puis
nous expliquer, un peu peut-être, des succès ou ce qui aurait pu être... en vertu de l'ouverture qu'on fait, encore... un plus grand succès encore? Parce
que, dans le fond, l'objectif est d'aider ces personnes-là.
M. Couillard (Maxime) : On a
fait un suivi avec une personne qui avait des constats d'infraction avec la
ville de Montréal. Donc, cette personne-là
a intégré finalement le PAJIC. Et, avant de l'intégrer, elle avait
réussi à stabiliser sa situation. Donc, un
peu comme l'histoire de Jonathan,
elle s'était trouvé un logement, elle avait commencé une thérapie de désintox, en fait, là, à la méthadone, et ainsi de suite. Et, une fois qu'elle a intégré le programme du PAJIC, ses
démarches ont été reconnues, elle a
été appuyée dans ses démarches. Et ça, ça a eu comme résultat, en fait, qu'on
lui a retiré son fardeau judiciaire pour qu'elle puisse poursuivre, en
fait, ses démarches, sans nécessairement avoir le stress d'être notamment emprisonnée pour non-paiement d'amende. Je sais
qu'à Montréal, ça n'a plus vraiment lieu d'être, mais il y a quand même ce stress-là qui peut être
présent.
Donc, ça,
c'est un exemple, en fait, qui a permis à une personne
de continuer son cheminement de rétablissement, d'amélioration de ses
conditions de vie grâce à un programme d'adaptabilité qui a, bien, c'est ça,
donc, considéré ces démarches-là.
Mme LeBel : ...le programme a servi, dans son cas particulier, à écarter
l'épée de Damoclès, si on veut, que cette personne-là avait au-dessus de
la tête et lui permettre d'avoir, peut-être, une ouverture d'esprit plus... «sereine» étant un
mot que j'emploie avec beaucoup
de parcimonie dans un type de situation comme ça, mais avec un esprit plus serein pour
plutôt se concentrer sur ses démarches, et travailler sur soi, et travailler
sur sa situation.
M. Couillard (Maxime) : Absolument.
Puis, tu sais, je tiens... je pense que c'est important de le mentionner, ça favorise aussi une reprise de confiance envers
le système de justice quand une personne
passe à travers l'ensemble d'un processus comme ça.
Parce que,
bon, ces gens-là sont judiciarisés, ils considèrent qu'ils vivent, souvent
avec raison, des injustices, du profilage,
bon, tout l'argumentaire a déjà été étalé, et là on leur offre une possibilité de passer à autre chose et on leur offre les moyens de passer à autre chose en prenant en compte leurs besoins et
leur réalité. Donc, ça, ça fait
partie d'un des avantages, de ravoir
confiance envers le système de justice puis de sortir de cette judiciarisation-là.
Mme LeBel : Vous avez mentionné... Peut-être
pour revenir peut-être de façon plus pointue sur vos commentaires,
vous avez parlé de... ça fait référence à l'article 159.4,
pas du projet de loi, l'article 37, je
pense, du projet de loi, mais... ce sera l'article 159.4 du Code de procédure civile, qui
dit que le retrait du consentement du défendant met fin à sa participation au programme. Naturellement,
c'est une décision... où il en est de même sur décision du poursuivant, alors
c'est cette discrétion-là, pardon, que vous avez mentionnée. Naturellement,
c'est balisé en disant que lorsque les conditions du programme ne sont plus observées par le défendeur... Vous avez une
crainte, donc, qu'il y ait peut-être un peu d'arbitraire. Ou qu'est-ce que vous suggérez? Parce qu'il faut quand même avoir une
possibilité... Le poursuivant, au départ, offre un programme, il y a une espèce... je vais prendre
ses termes, de contrat qui se crée entre la poursuite, c'est-à-dire le
ministère public et le défendeur,
d'entrer dans une voie alternative. Il doit y avoir, quand même, un moyen, si
on constate que ça ne fonctionne pas,
de mettre fin à tout ça et de reprendre la voie judiciaire si tel est le cas.
Donc, comment vous suggérez de baliser ou d'encadrer cette
possibilité-là?
M. Couillard
(Maxime) : Bien, ça rejoint
notre souci d'uniformité, en fait, là, d'établir certaines conditions pour
l'ensemble des programmes pour qu'ils soient
déployés ainsi. Je n'ai pas de liste de conditions qui devraient être
considérées, mais, comme on
l'explique dans le mémoire, quand une personne ne peut pas ou ne parvient plus
à respecter une ou quelque condition,
c'est davantage au programme de s'adapter pour voir : Est-ce qu'on peut la
maintenir au sein du programme? Qu'est-ce qu'on peut faire?
Évidemment,
là, si on prend un exemple extrême : la personne, elle disparaît
carrément, on ne peut pas lui offrir grand-chose, elle n'est plus là.
Mais, à partir du moment où est-ce que la personne vit des difficultés... parce
que c'est souvent ça qu'on constate sur le
terrain, hein, quand une personne qu'on accompagne sur un programme ne parvient
plus à respecter une ou plusieurs
conditions, c'est parce qu'il y a des
enjeux dans sa vie personnelle qui font en sorte qu'elle a de la
difficulté à les respecter.
Dans le
mémoire, je parlais, justement, de l'obligation d'être présent à une rencontre,
bien, des fois, c'est difficile, notamment quand on est
une mère monoparentale, là, qui s'occupe de l'enfant toute seule, là, donc
voilà. Donc, c'est toujours d'avoir une grande souplesse dans
l'application des mesures et des conditions des programmes.
Dans le mémoire, entre autres, je parlais de
l'idée d'offrir, quand c'est nécessaire, des ententes de paiement à cinq dollars par mois, le temps que la
situation de la personne se stabilise pour être certain de maximiser ses
chances et qu'on ne l'expulse pas
parce que, par exemple, elle a manqué une rencontre ou elle a dû mettre sur
pause ses études, là, et ainsi de suite.
Mme LeBel :
...la clé, dans le fond, de votre intervention puis la clé du succès, si je
peux le prendre comme ça, est dans la façon dont les programmes vont
être construits par la suite, là, dans le fond.
M. Couillard
(Maxime) : Oui, dans la
souplesse comment ils vont... exécuter, mais aussi comment nous, en tant
que société, on va pouvoir les baliser, ces programmes-là.
Mme LeBel : Et le fait, aussi, que
le procureur pourrait — puis
c'est toutes des remarques qui nous ont été faites — pourrait avoir, aussi, la possibilité
peut-être de mettre fin parce que les conditions le demandent, il n'y a pas de
participation, peu importe, et, par contre, de
prendre en compte le parcours qui est déjà... Une réduction de la peine, à
titre d'exemple, ou une réduction des
travaux compensatoires en fonction d'un cheminement parcouru, même s'il a pris
fin avant son aboutissement.
M. Couillard
(Maxime) : Oui, ça, on
partage ça, là, on partage cet avis-là, là, à l'idée que, supposons que, dans
une entente, la personne n'est pas en mesure de réaliser tout ce qui était
inscrit, mais qu'elle en a quand même réalisé quelques-unes,
oui, en effet, on considère que ça serait important qu'ils puissent être
considérés puis qu'elle puisse avoir des bénéfices associés à ça, de la
même manière que ceux entamés avant l'intégration à un programme devraient être
considérés aussi, là.
Mme LeBel : Bien, je vous
remercie de votre intervention, merci beaucoup. Je n'ai pas d'autre question,
M. le Président.
Président (M. Bachand) : Je
me tourne maintenant vers l'opposition officielle. Mme la députée de Notre-Dame-de-Grâce,
s'il vous plaît.
Mme Weil :
Merci, M. le Président. Merci de votre présence, c'est fort stimulant, puis on
a l'occasion de vous poser des questions, vous êtes sur le terrain.
Donc, moi, je
suis de Montréal, j'ai été ministre de la Justice, j'ai vu le tout début du
programme à Montréal et je comprends
qu'ils se sont inspirés de Toronto, qu'ils s'étaient inspirés de New York,
donc, comme vous dites, il y a des différents projets, puis chacun
développe son programme qui se ressemble, les grands principes sont là.
Et vous, vous
dites, dans votre introduction : On peut aller chercher des données, on
peut regarder ce qui fonctionne, on peut adapter des programmes.
Pensez-vous que ce serait intéressant et utile de peut-être inscrire quelque
chose dans la loi qui fait en sorte que ça soit comme en constance, ça fasse
partie du système de justice, d'amélioration continue, comme on fait dans le
système de santé, comme on fait dans beaucoup d'autres systèmes, pour apprendre
les uns des autres, et il y a une certaine
adaptation, aussi, aux réalités de chaque ville ou chaque région. Mais la
ministre a déjà dit : En même temps, c'est sûr que le système de
justice doit être quand même équitable envers tout le monde, les problèmes sont quand même pareils, mais les organismes
communautaires qui vont émerger ou qui émergent développent des pratiques.
Donc, cette
notion d'étude, de connaissance, comment vous voyez ça, qu'on puisse, en
continu, connaître, apprendre, appliquer?
M. Couillard (Maxime) : Bien,
on n'en a pas particulièrement parlé, mais, effectivement, ça pourrait être un élément très intéressant à ajouter. Par contre, on
considère que ça ne devrait pas faire en sorte qu'on enlève l'idée d'une
uniformité des programmes ou, du moins, de balises claires et d'un encadrement
minimal. Mais ça serait intéressant, effectivement, que ça soit un complément à ces éléments-là afin
de s'assurer d'un suivi, afin de s'assurer que c'est efficace, qu'ils
sont efficients.
Mme Weil : Dans votre
expérience... Parce qu'au coeur d'un système de justice il y a aussi, comme
dans tout, de bien vivre en société, cette
notion de responsabilisation. Et c'est sûr, quand on a des cas de santé
mentale, c'est très, très difficile, hein, et... Donc, vous, dans votre
pratique... Parce que, pour que la personne puisse bien comprendre qu'ils doivent répondre aux exigences... Je ne sais pas
si vous êtes capable de le dire en pourcentage ou si vous faites la part des
choses, dans le sens de certains qui ont
vraiment de la misère et de la difficulté, puis que le système de justice...
Comment est-ce que le système de justice répond à cette faille, si on
veut?
Dans votre
pratique, est-ce que vous voyez que les gens comprennent cet élément-là de
responsabilisation puis sont... bien, il y a capacité d'aller jusqu'au
bout — ça,
c'est une chose, vous l'avez mentionné — mais compréhension de ce
facteur-là?
M. Couillard (Maxime) : Sur les
plus de 400 personnes qu'on a... En fait, les plus de 400 personnes
qu'on a accompagnées viennent nous voir pour, justement, gérer leur dossier
judiciaire, la régulariser. Donc, en partant de cette idée-là, il y a une prise de conscience de... bien,
il y a une responsabilisation, parce qu'il n'y a personne qui fait les
démarches à leur place. On ne fait pas les démarches à leur place, nous.
On les accompagne, on facilite leurs démarches. Donc, j'aurais... Oui, ils sont conscients de ça. Par contre, il ne faut pas
occulter le fait qu'ils considèrent que, dans la plupart des cas, ils ont reçu ces constats-là de manière injuste,
parce que, des fois, ils n'avaient pas le choix de commettre ces
infractions-là.
Mme Weil :
Donc, c'est très encourageant. Donc, il se pourrait que ceux qui sont vraiment
dans des situations graves sont déjà
pris en charge par le réseau de la santé, à quelque part, parce qu'ils ne
seraient pas autonomes. Vous, vous voyez, peut-être, des itinérants, des gens qui... bon, la drogue, etc., puis
des parcours de vie difficiles, mais, comme vous dites, le jugement
reste là, si je comprends bien.
Rétractation
de jugement, vous dites que c'est important. Est-ce que vous pourriez,
peut-être, en parler? Pourquoi vous considérez ça un élément important
du programme d'adaptabilité?
M. Couillard (Maxime) : Oui. Bien, ça rejoint un peu ce que je viens de
dire, à l'idée que les personnes reçoivent des constats d'infraction souvent en lien avec leur condition sociale.
Les constats vont passer à travers l'ensemble du processus pénal et vont, dans la plupart des cas, être jugés
par défaut. Donc, les gens vont accumuler de... judiciaire, par exemple, pour
avoir mendié, sollicité, tu sais, avoir utilisé des stratégies de survie, avoir
adopté des comportements qui sont souvent inévitables, par exemple, dormir à l'extérieur quand les refuges
débordent, comme c'est le cas, en ce moment, à Québec.
Donc, la rétractation
de jugement est importante pour pouvoir favoriser le retrait de ces constats-là,
parce que ces personnes-là les ont reçus en
grande
partie à cause de leur condition sociale. Et la rétractation de jugement
ne veut pas dire que le constat est
nécessairement retiré. Donc, ça doit être suivi, justement, d'un retrait des
chefs d'accusation, comme on le voit, notamment, à Montréal en ce
moment, là.
Mme Weil :
Si vous comparez votre expérience... Bien, vous connaissez, donc, d'autres
systèmes de réadaptation... ou réadaptabilité, d'autres villes.
Actuellement, vous regardez tout ça.
M. Couillard
(Maxime) : Bien, notre pratique, en fait, c'est surtout sur le
programme IMPAC à Québec, mais on a accompagné des gens aussi sur le PAJIC et
on est évidemment en lien très étroit avec la Clinique droits devant de
Montréal, avec lesquels on partage nos expériences aussi, là.
Mme Weil :
Très bien. Merci.
Le Président (M. Bachand) : Autres questions du côté de l'opposition? Ça va?
M. le député de Gouin, s'il vous plaît.
M. Nadeau-Dubois :
Merci, M. le Président. Bonjour. Merci d'être là aujourd'hui. Très intéressant
de vous entendre, parce que, depuis deux jours, là, on nous a beaucoup
parlé des programmes qui existent en ce moment, des programmes d'adaptabilité,
comme étant superbes, magnifiques. Et là vous nous faites... vous nous
permettez d'amener la réflexion plus loin pour voir peut-être aussi les limites
de certains programmes existants, puis les améliorations qui doivent être apportées. Puis, jusqu'à maintenant, vous êtes
probablement le seul intervenant qui nous amène à cette réflexion sur :
c'est bien qu'il y en ait, mais ils ne sont pas parfaits, il faut les
améliorer. Puis je trouve ça... Je pense que votre contribution, là-dessus,
elle est essentielle.
Et vous nous
sensibilisez à l'importance de deux choses, hein? Vous dites... Puis je partage
l'avis de la ministre là-dessus. Vous nous
dites qu'il faut certaine uniformité, un certain cadre général, mais il faut
aussi de la souplesse, qui, quand on
écrit des lois, peut être un défi, hein? Comment on met un cadre, comment on
fait des balises puis comment on laisse aussi de la souplesse?
donc ce que je comprends de votre intervention, c'est aussi... l'enjeu, c'est
moins est-ce qu'il devrait y avoir des programmes
ou pas, mais c'est plutôt quels programmes, comment fonctionnent-ils, puis
comment on les applique. Bref, le diable est dans les détails. Et là ça,
ce n'est pas facile, quand on écrit des lois, de tenir ça en compte.
fait que vous nous avez parlé... Quand vous avez parlé de balises générales
puis de cadre général, vous nous avez parlé
de... peut-être, au niveau des infractions, de mettre certaines balises sur
quelles infractions pourraient être concernées par ces programmes-là.
Pouvez-vous nous donner des pistes de réflexion sur quelles autres balises,
quel autre encadrement général, quel autre cadre on pourrait écrire dans un
texte de loi, et non pas dans un règlement, dans un texte de loi, pour
orienter les différents programmes dans le bon sens?
M. Couillard (Maxime) : Oui, mais je ne pourrai pas le faire d'un point
de vue juridique, mais ils sont quand même présentés dans notre mémoire, là, mais, instinctivement, comme ça...
Oui. Bien, en fait, on suggère fortement de s'inspirer de ce qui se fait à
Montréal pour, justement, proposer des balises. Donc, notamment, considérer les
démarches, les mesures qui ont été
faites avant l'intégration d'un programme, permettre à une personne, justement,
de prendre des mesures qui sont vraiment adaptées à sa réalité, donc, de
ne pas avoir une liste claire et définie de qu'est-ce que peut être une mesure alternative, mais de plutôt considérer ce que la
personne fait ou peut faire comme mesure alternative. Par exemple, sans écrire dans une liste, un retour aux études est
une mesure alternative, mais, si une personne intègre un programme puis qu'elle
soumet son envie d'un retour aux études,
bien, ça, ça peut devenir une mesure alternative. Pour certaines personnes, le
simple fait de se présenter à des
rendez-vous, à cause de leur condition, est un défi important. Ça pourrait être
aussi considéré comme une mesure alternative. Donc, les mesures avant
l'intégration devraient être considérées.
On considère
aussi que la rétractation de jugement doit être fortement favorisée lorsque les
mesures sont considérées comme étant complétées, notamment pour,
justement, retirer les chefs d'accusation.
Je ne sais pas comment ça pourrait
être écrit dans un projet de loi, mais, chose certaine, on considère que tous les
programmes, au Québec, devraient maximiser cette utilisation-là, donc, de ce
mécanisme-là.
M. Nadeau-Dubois :
Une des discussions qu'on a eues hier, c'était sur le projet de loi. Est-ce
qu'on devrait à l'article 159.5 que, lorsqu'il y
a complétion du programme, lorsque le programme est complété, que le poursuivant... Est-ce que... En ce moment c'est écrit «peut
retirer les chefs d'accusation». Certains intervenants nous ont dit, notamment
le Barreau, ça devrait être écrit «doit retirer les chefs d'accusation». Dans
ce débat-là, où vous situez-vous?
M. Couillard (Maxime) : «Doit». Absolument, absolument. Normalement, on aurait dû l'écrire dans notre mémoire,
mais ça nous est échappé. Mais effectivement...
M. Couillard
(Maxime) : Oui, effectivement.
Président (M. Bachand) : Parfait. Merci infiniment. Merci. Mme
la députée de Joliette, s'il vous plaît.
Mme Hivon :
Oui, merci beaucoup. Donc, sur la même voie de la question des programmes
d'adaptabilité, donc, vous dites qu'il faudrait les généraliser. Moi, je
suis d'avis que les Québécois devraient avoir les mêmes droits. Donc, évidemment, s'il y a des endroits où on les offre
puis des endroits où on ne les offre pas parce qu'il n'y a pas la même
sensibilité ou la même ouverture, je pense que c'est un enjeu. Ça ne
veut pas dire qu'on ne garde pas de la flexibilité dans le programme en lui-même dans ses modalités. Mais,
vous, je comprends que... Je veux juste être sûre parce que vous le dites.
Vous dites qu'ils devraient permettre
l'imposition de la mise sur pied d'un programme d'adaptabilité. Vous ne dites
pas nécessairement: Ils devraient
imposer les programmes d'adaptabilité. Ça fait que je veux juste comprendre,
quand vous dites: On devrait pouvoir
les généraliser, vous trouvez qu'il y a peut-être trop de latitude qui est
laissée dans le projet de loi. Ce que vous voudriez, dans un monde
idéal, c'est qu'il soit disponible partout et qu'on l'inscrive dans la loi.
M. Couillard (Maxime) : Oui, qu'il soit disponible partout puis que les
personnes puissent bénéficier des mêmes mesures.
Mme Hivon :
Exact. Parce que ce qui vous inquiète en ce moment, c'est que, dans une
communauté donnée, s'il y a moins de sensibilité et moins d'ouverture, on ne le
mettra tout simplement pas sur pied.
M. Couillard
(Maxime) : Absolument. On accompagne les personnes qui ont des
tickets, par exemple, des contraventions à
Québec, à Montréal et à Trois-Rivières. Ils ne comprennent pas pourquoi à
Québec c'est beaucoup plus difficile
qu'à Montréal pour régulariser leur situation judiciaire, pourquoi le programme
est à ce point-là différent. Et ils ne comprennent pas pourquoi, à
Trois-Rivières, il n'y a absolument rien. Donc, c'est un peu ça, l'idée.
Mme Hivon :
C'est ça. Il y a des modalités qui... Les programmes peuvent être très
différents, mais il y a aussi des endroits où il n'y a juste pas de
programme.
Vous avec peut-être
vu que j'avais lu votre mémoire. Puis j'ai demandé à l'association des avocats
de la défense avant. Puis ils semblaient
nous dire : Oui. Mais là est-ce que... En tout cas, ce n'était pas clair.
Mais est-ce que c'est vraiment réaliste? Puis, dans le fond, est-ce que
tout le monde a les mêmes besoins? Puis il y a tellement de différences, parce qu'il peut avoir des personnes où c'est plus la
santé mentale, d'autres, c'est plus la pauvreté, l'itinérance, la toxicomanie.
Pour vous, est-ce que ça, c'est un argument
pour dire : C'est impossible, pour nous, comme législateurs, dans le
projet de loi, de mettre que ça doit être disponible partout?
M. Couillard
(Maxime) : Non, pas du tout, de la même manière que ce n'est pas
impossible, en ce moment d'instaurer, des
nouveaux programmes ou de permettre le développement de nouveaux programmes. Le
programme à Québec s'est développé
plus tard après le programme de Montréal. Je ne pense pas qu'ils ont été confrontés
à ces questionnements-là nécessairement et à ces enjeux-là, là.
Mme Hivon :
Parfait. Puis, vous, le modèle de base, en quelque sorte, qui pourrait nous
inspirer si on voulait aller plus loin dans le projet de loi puis mettre
un certain cadre, c'est vraiment le PAJIC.
M. Couillard
(Maxime) : Oui.
Mme Hivon :
Donc, lui, il fonctionne bien. Vous, vous trouvez qu'il n'a pas de lacune
énorme.
M. Couillard
(Maxime) : Il y a toujours place à l'amélioration.
Mme Hivon :
Il n'y a rien de parfait.
M. Couillard
(Maxime) : Mais c'est une
avancée... On considère que ce serait une avancée extraordinaire, pour la justice québécoise, de se doter de ce programme-là un peu partout, parce qu'à notre avis c'est vraiment un programme qui considère
véritablement les causes intrinsèques qui ont mené la personne à commettre les
infractions et qui va vraiment favoriser
son rétablissement et la sortir du processus de déjudiciarisation. Et je trouve
ça important de dire qu'un programme comme ça doit aller de pair avec
l'absence d'un emprisonnement pour non-paiement d'amende.
c'est ça qui est intéressant à Montréal. En général, les personnes ont une
chance pour intégrer ce programme-là. Et
ils vont le faire quand ils vont être prêts à gérer leur dossier judiciaire.
Ils ne sentiront pas la pression que peut créer, par exemple, l'émission d'un mandat d'emprisonnement
pour non-paiement d'amende, ce qu'on a vécu par le passé à Québec. Les gens intègrent un programme le plus rapidement
possible parce qu'ils ont peur d'être emprisonnés pour non-paiement d'amende, mais ils ne sont pas nécessairement
prêts encore à gérer leur dossier judiciaire, parce qu'il y a des besoins de
base qui peuvent être davantage prioritaires que gérer des
contraventions.
Mme Hivon :
Exact, O.K. Donc, là-bas, c'est plus une démarche où vous sentez que la
personne est impliquée davantage, plus volontaire dans la philosophie du
programme.
M. Couillard
(Maxime) : Elle est vraiment au centre du programme.
Mme Hivon :
Oui. O.K. Merci beaucoup.
Le Président (M. Bachand) : Merci beaucoup. Merci beaucoup, M. Couillard,
de votre intervention, participation, c'est très apprécié.
Cela dit, la
commission suspend ses travaux jusqu'à 15 heures cet après-midi. Merci
beaucoup.
(Suspension de la séance à
12 h 51)
Le Président (M. Bachand) : À
l'ordre, s'il vous plaît! La commission
reprend ses travaux. Bon après-midi. La Commission des institutions
repend ses travaux. Donc, je demande, bien
sûr, aux personnes dans la salle de
bien vouloir fermer la sonnerie de leurs appareils électroniques.
Rappel du
mandat : la commission est réunie afin de procéder aux consultations
particulières et aux audiences publiques sur
le projet de loi n° 32, la Loi
visant principalement à favoriser l'efficacité de la justice pénale et à
établir les modalités d'intervention de la Cour du Québec dans un
pourvoi en appel.
après-midi, nous allons entendre, entre
autres, l'Association des juristes
progressistes, Me Marie-Eve
Sylvestre, l'Association des greffiers des cours municipales du Québec
et la Clinique droits devant.
Cela
dit, je souhaite, donc, la bienvenue aux représentants de l'association des juristes
du Québec... juristes progressistes, pardon. Je vous rappelle, vous avez 10 minutes de
présentation. Par après, nous aurons un échange avec les membres de la commission.
Encore une fois, bienvenue. La parole est à vous. Merci.
M. Fugazza (Léo) : Merci, M. le Président. Bonjour, Mme la ministre, Mmes et MM. les députés. Je me présente, Léo Fugazza, je suis avocat membre du conseil d'administration de l'Association des juristes progressistes. Je suis également accompagnée de Greg Sadetsky, également membre du conseil
d'administration de l'AJP. Je sais que le temps de la commission est précieux,
il va également m'assister, là, à sortir des références précises pour assister
nos représentations aujourd'hui.
Description
rapide de l'AJP pour celles et ceux qui ne nous connaissent pas : elle a
été fondée en 2010, on est une association des juristes, de personnes
qui s'identifient comme juristes, donc, avocat, notaire, mais également
étudiants en droit, les personnes qui s'y
intéressent, chercheurs, professeurs et autres, qui, essentiellement, se rejoignent sur une vision progressiste
du droit, donc une transformation sociale par le droit et dans une perspective
d'égalité et de bonification des droits en considérant, là, que la société
et le droit qu'elle forme est un produit de rapports de forces. Donc, on a
une perspective plus critique du droit que certains autres. La raison
d'être de l'AJP est justement d'avoir une force un peu plus politique et juridique en
appui à des revendications sociales, ce qui est la raison de notre présence
ici. On a un mandat plus large et à
la fois plus restreint que d'autres intervenants, qui nous permet, pour celles
et ceux qui ont pu consulter le mémoire que nous avons produit, de traiter, là,
de presque l'ensemble du projet de
loi n° 32, qui est présenté
aujourd'hui.
Bon,
pour les points, rapidement, sur les lesquels l'AJP va revenir, on s'est
concentrés principalement sur les premier et troisième chapitres. Nous ne traiterons pas des questions de l'appel
à la Cour du Québec, uniquement sur
les questions concernant le Code de procédure pénale et également l'aide
juridique.
Tout d'abord, on va
commencer par une remarque rapide sur la surjudiciarisation des personnes en
situation d'itinérance, qui nous semble être
le point manquant du projet de loi, suivant, par la suite, de critiques plus
constructives, donc, tout d'abord sur le programme d'adaptabilité des
règles relatives à la poursuite avec certaines recommandations d'amélioration
de certaines failles que nous identifions.
Également,
au niveau de l'aide juridique, une recommandation à faire, suite à cette
adoption de programme, pour que
l'aide juridique soit plus précise dans sa couverture de ce type de programme.
Également, on va vous faire part des craintes de l'AJP face à deux
modifications par rapport aux droits, donc, tout d'abord la nouvelle provision
pour la vérification d'identité en cas d'arrestation en matière pénale, également
pour le mandat d'entrée proposé.
Et, enfin, on aura des
remarques rapides sur l'usage des moyens technologiques et sur une question
linguistique au niveau de la signification
et de la notification, pour terminer avec quelques remarques diverses, des points
d'appui et des points de critique sur
des dispositions plus diverses qui n'ont pas nécessairement été traités par
d'autres intervenants, donc, qui nous semblaient importants de traiter
aujourd'hui.
Pour
commencer par le point principal de l'AJP, on a accueilli très favorablement le
projet lorsqu'il a été annoncé. On a, par la suite, fait l'étude et on a
réalisé qu'il y avait certaines lacunes. Une des premières, c'est qu'on pensait
que le projet allait aller plus loin qu'il ne va effectivement, qu'il
allait s'attaquer vraiment aux problèmes sous-jacents de la surjudiciarisation
des personnes en situation d'itinérance.
Tout
simplement, là, on se ramasse à régler les problèmes qu'on voit, donc, les
amendes qui s'accumulent, le fait qu'ils
doivent retourner à la cour régulièrement, les portes tournantes, plutôt que
régler les problèmes sous-jacents, notamment la capacité des villes à créer des infractions qui ciblent, en général,
spécifiquement les personnes en situation d'itinérance. Vous indiquez certaines infractions régulières
mais, par exemple, les infractions qui sont liées, là, à des piétons, qui vont
traiter des occupants de véhicules, les
personnes qui utilisent les transports en commun sans payer les frais, les
différentes infractions sur flânage,
ce type de choses là, il n'y a pas de traitement qui est fait par rapport à:
Est-ce que ces infractions-là, même, devraient exister. Est-ce qu'elles
devraient être permises? Et comment, par la suite, les services policiers
traitent ce genre d'infraction, notamment la
lutte aux incivilités et la théorie du «broken windows». C'étaient des choses
qu'on aurait aimé voir dans le projet.
Cependant, on
comprend le rôle limité de la commission. Donc, après avoir fait cette
remarque, on va tout de même être plus constructifs dans nos
représentations et parler des points, là, qui sont dans le projet et qui, tout
de même, sont bénéfiques et devraient être adoptés avec certaines modifications
selon l'AJP.
Le premier et
non le moindre est l'ajout par l'article 37 du projet de
loi sur le
programme d'adaptabilité des règles relatives
à la poursuite. D'entrée de jeu, l'AJP est favorable à cette mesure. Elle
permet de reconnaître officiellement les programmes qui existent déjà, notamment à la cour municipale de Montréal,
à Québec, à Val-d'Or. Il est important que le code de procédure pénale
puisse permettre d'autres municipalités d'emboîter le pas et de prévoir des
programmes d'adaptabilité pour, justement,
éviter certains des problèmes qui sont liés avec la judiciarisation des
personnes en situation d'itinérance et également d'autres marginalités
en santé mentale, toxicomanie notamment.
Cependant, il y a certaines améliorations qui
pourraient être faites. Trois points principalement. Tout d'abord, la portée du programme. Le point a été fait
également par d'autres intervenants. Je pense, notamment, au Service de police
de la ville de Québec, à l'Association des procureurs de cours municipales du
Québec. Le projet manque possiblement de
flexibilité en prévoyant des infractions spécifiques qui pourraient être
visées. L'AJP vous suggère tout simplement de ne pas prévoir d'infractions spécifiques, mais de permettre à tous les
programmes de s'adapter avec souplesse à la réalité des personnes en
situation d'itinérance.
Les personnes
itinérantes ou qui vivent en situation de rue peuvent commettre une multitude
d'infractions et pas nécessairement celles qu'on associe régulièrement à
l'itinérance, peut-être pas, là, des infractions liées à l'AMF par exemple, mais on pourrait penser à des infractions
liées à la faune. L'imagination est la limite. On pense que c'est vraiment
aux procureurs et aux tribunaux de pouvoir établir les limites de ce
programme-là pour en traiter adéquatement.
Le mécanisme
de restriction, si jamais la commission allait dans ce sens, on vous soumet que
le règlement n'est peut-être pas la solution optimale pour ça. Et il y a
d'autres présentations qui vous ont été faites sur ce point. Possiblement,
plutôt que de prévoir une liste d'inclusions
de certaines infractions, prévoir une liste d'exclusions avec certaines
infractions qui ne devraient pas faire l'objet de ce genre de programme
pourrait être plus souhaitable.
Mais, dans
tous les cas, ce qu'on invite la commission à faire et le gouvernement, par la suite, par réglementation
est de consulter les intervenants sur le
terrain et les personnes impliquées pour bien monter la réglementation, qu'elle
soit faite de manière adéquate, et
pour... également pour que le programme ne soit pas plus punitif que les
problèmes qu'il tente d'éviter.
Et, enfin, un
point qui a également été soulevé par l'Association des procureurs des cours
municipales du Québec, l'exigence de
reconnaître les faits qui est prévue au paragraphe 3° de l'alinéa deux du
nouvel
article 159.2. Essentiellement, on
a une liste de conditions pour participer au programme d'adaptabilité. Une des
conditions suggérées est «que le défendeur reconnaît les faits à l'origine de l'infraction et qu'il souhaite
participer au programme.» On suggère à la commission de tout simplement rayer «reconnaît les faits à
l'origine de l'infraction» et qu'il... donc, tout simplement, exiger une
participation volontaire,
essentiellement pour prévoir les cas des personnes qui soit ne se souviennent
pas des faits ou qui maintiennent leur
innocence mais qui pourraient tout de même bénéficier du programme. Donc, la
société y gagnerait, même si la personne aurait peut-être choisi de tenir un procès... que la personne participe
tout de même au programme d'adaptabilité et se sorte d'une situation
d'itinérance ou de toxicomanie ou règle les problèmes en santé mentale, ait un
traitement plus suivi et qu'ultimement l'intérêt public à retirer les
accusations dans ce cas-là demeure tout aussi important que si la personne avait reconnu, là, sa responsabilité, et donc que
c'est une limite qui n'est pas nécessaire en l'espèce. Ce sont nos
représentations quant au programme d'adaptabilité.
Simplement pour dire qu'au niveau du régime
d'aide juridique on inviterait également la commission à prévoir spécifiquement
que ce genre de service devrait être nommément couvert, qu'il soit inclus, là,
à 4.5 de la
Loi sur l'aide juridique ou dans
le Règlement sur l'aide juridique. De spécifiquement prévoir que, quand un
tribunal ou un poursuivant prévoit un
programme particulier et qu'une personne est admissible en matière criminelle
ou pénale, qu'elle puisse être admissible à l'aide juridique, pour
éviter certains écueils qu'on voit en pratique. Nos membres nous disent parfois
que leurs clients ou leurs clientes qui
tentent d'obtenir l'aide juridique avec un service qui n'est pas nommément
couvert mais qui est discrétionnaire,
l'intérêt de la justice... souvent on va considérer la participation au
programme comme un intérêt de la justice, mais pas tout le temps. On invite la commission à
considérer, là, que les règles soient claires pour les techniciennes et techniciens qui l'appliquent, pour les avocats
des bureaux permanents, également, que toute personne qui est admissible
à un tel programme, qui souhaite y
participer, puisse bénéficier de l'aide juridique, pourrait être appuyée par un
procureur. Le système est ainsi fait
que les procureurs, là, sont généralement essentiels au bon fonctionnement. On
voit le problème des personnes qui se représentent de plus en plus
seules, ça serait une solution assez facile pour les personnes qui sont
financièrement admissibles à l'aide juridique d'être au moins accompagnées dans
ces processus, qui aident beaucoup, notamment, dans les cours municipales.
Dans nos
points plus critiques, on soulève deux points. D'abord, les questions
d'identification. Le Barreau du Québec et également l'Association québécoise
des avocats et avocates de la défense a traité, en long et en large, de
l'identification par carte
d'identité. On partage le même genre de craintes. Simplement, mentionner
également, puisque ça ne semble pas avoir été le cas, que permettre d'exiger les cartes d'identité va plus loin
que simplement obtenir les informations qui sont prévues par le
règlement. Les cartes d'identité prévoient une multitude d'autres informations
que le nom, la date de naissance et
l'adresse, ce que le projet propose. On invite la commission, là, à faire
preuve de prudence par rapport à ça. Les cartes d'identité sont liées, généralement, à des programmes qui donneraient
accès à plus d'informations que ce que le projet semble vouloir donner.
Mais, tout de
même, on s'oppose également à l'exigence de fournir une date de naissance. Ça
va à l'encontre des principes
généralement reconnus depuis la création, là, au Canada, du droit pénal.
L'identification s'est toujours faite par le nom et l'adresse uniquement, en
common law, également, même dans les sources anglaises par... avant, là,
l'adoption au Québec de mesures
similaires. Le nom et l'adresse suffisent. On comprend qu'il y a des problèmes,
parfois, d'identité, on estime, là,
que la disposition actuelle, avec les pouvoirs de l'agent de la paix de faire
des vérifications additionnelles, s'il a des motifs raisonnables de croire que les noms et adresse qui lui sont
fournis sont inexacts, permettent de couvrir ce genre de choses, mais que permettre, là, la demande de
l'identité causerait des problèmes, là, au niveau constitutionnel au niveau
de cette disposition.
Enfin, quant
à la question du mandat d'entrée, on a certaines critiques liées à
l'élargissement qu'on estime être le cas du mandat d'entrée proposé,
comparativement au Code criminel, qui prévoit des limites beaucoup plus
strictes. On inviterait la commission à
adopter des mesures similaires pour que les dispositions criminelles et pénales
soient arrimées les unes aux autres,
éviter qu'il y ait de l'abus qui soit fait, par exemple, en contournant le
processus criminel en passant par le
droit pénal. On ne voudrait pas permettre, là, des perquisitions
essentiellement criminelles en raison de dispositions pénales, profiter du prétexte, là, d'une traversée
sur un feu rouge ou d'une infraction mineure pour, par la suite, entrer dans
le domicile de quelqu'un, constater, de
pleine vue, certains éléments d'un crime ou d'une autre infraction et, à ce
moment-là, là, entrer dans le processus criminel. On inviterait la
commission à prendre des mesures par rapport à ça.
«17859 Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup,
maître. Si vous êtes d'accord, on va débuter avec la période d'échange.
M. Fugazza (Léo) : Absolument.
Le Président (M.
Bachand) : Alors, Mme la ministre, vous avez la parole, s'il
vous plaît.
LeBel : Oui, merci, M. le Président. Merci beaucoup pour votre présentation. J'aimerais peut-être,
juste pour me permettre de situer le
contexte, me situer un peu votre association et qui en sont les membres. Je vois que c'est des
juristes, naturellement, des gens qui travaillent dans le domaine du
droit. Mais, habituellement, vos membres travaillent dans quels
domaines?
M. Fugazza
(Léo) : Nos membres
proviennent de différents domaines, généralement en droit plus social, donc, avec des personnes
plus vulnérables. Je vous avouerais candidement, là, qu'on a moins de membres
qui sont, par exemple, membres de grands
cabinets en droit des affaires. Donc, généralement, droit du travail, droit du
logement, droit criminel sont les principaux enjeux. Mais nos membres ne
sont pas limités. Donc, on a une ouverture assez large. On n'a pas un recensement parfait, là, de qui, exactement,
est où, mais ça pourrait également inclure des bibliothécaires juridiques, des
techniciens juridiques, des assistants de recherche, ce genre de choses là,
beaucoup d'étudiants également, donc, qui ont
encore un potentiel ouverture sur la pratique du droit. Et donc, simplement,
vraiment plus relié, au niveau plus idéologique, de croire que le droit
a un rôle à jouer pour l'avancement social.
LeBel : Bien, la raison de ma question est fort simple. Quand je
m'adresse à l'Association des avocats de la défense, je sais dans quel domaine
ils pratiquent, et c'était pour juste vous demander, à
titre d'expérience, vos
membres, est-ce qu'ils ont eu à
traiter avec ces programmes-là, avec des contrevenants ou des clients, si je
peux dire comme ça, des gens qui ont
du passé à travers ces programmes-là? Donc, est-ce que vos membres ont testé ou
ont... ce type de programme là, est-ce que vos membres en ont une
connaissance pratique?
M. Fugazza (Léo) : Oui, Mme la
ministre. Je peux peut-être parler de mon expérience personnelle. Je pratique personnellement en droit criminel, donc moins en
droit pénal, mais je fréquente régulièrement la Cour municipale, et une bonne
partie de ma clientèle est en situation
d'itinérance. Je travaille avec un organisme communautaire, là, qui me réfère
beaucoup de clients dans ce domaine-là, donc je suis assez familier avec les
programmes de la Cour municipale en matière criminelle, notamment le Programme
EVE, qui vise les personnes qui commettent... les personnes qui s'identifient,
là, de manière, au genre féminin, qui commettent des infractions liées
aux finances, donc, par exemple, des vols à l'étalage. Également, le programme Point Final, qui est
plutôt, là, en matière de conduite, mais je vois régulièrement des clients qui
participent également au PAJIC de la Cour
municipale, un programme que d'autres intervenants vont vous décrire en plus
grands détails, mais c'est quelque chose qu'on voit régulièrement dans la
pratique de nos membres, effectivement.
LeBel : O.K. Superbe. Alors, ça va me permettre de pouvoir vous
demander des exemples, peut-être, un peu pratiques et de ce que vos
clients ont vécu et qui peut être positif. D'entrée de jeu, je pense qu'il faut
préciser que le projet de loi, bon,
s'attaque à une réalité. C'est qu'il y aura... malheureusement, il y a
effectivement des personnes en état de vulnérabilité,
d'itinérance, toxicomanie. On a nommé déjà les catégories de gens qui peuvent
être visés, qui vont se retrouver, malheureusement, quelques fois devant
les tribunaux. Et ce qu'on veut faire, c'est créer une voie alternative. Donc,
je comprends votre point de vue sur le fait
qu'on devrait s'attaquer à la racine du problème. Je suis pour la prévention,
je suis pour aussi le fait de voir qu'on puisse fournir d'autres
alternatives. Et ces gens-là, avant même qu'on en arrive à une judiciarisation...
mais même si on limite le nombre d'infractions, même si on ne pourra pas tout
éliminer les infractions municipales qui
s'adressent à l'ensemble du vivre-ensemble d'un citoyen, donc est-ce que... Je
comprends, donc, qu'il y a un certain succès. Est-ce que vous constatez
qu'il y a un certain succès, quand même, pour ces programmes-là?
M. Fugazza
(Léo) : Absolument, et je ne
veux pas laisser transparaître, là. Le mieux est souvent l'ennemi du bien.
Ici, on parle quand même de mesures qui sont
souhaitables. Et, je tiens à souligner, l'AJP est en faveur des mesures, avec
les quelques modifications proposées, là. Les programmes d'adaptabilité sont
largement souhaitables. Les expériences à
Québec, à Montréal, démontrent leur succès, quand ils sont bien balisés, que
les intervenants participent, que les personnes impliquées ont leur mot
à dire, et qu'il y a de la collaboration entre la poursuite et la défense.
Généralement, on arrive à éviter des
problèmes et à travailler positivement dans la vie des personnes concernées.
Mais il s'agit de bien le faire. Donc, c'est la raison de notre
présence, notamment, c'est de s'assurer que les balises qui sont posées, pour
que, par la suite, les cours municipales
développent leurs programmes officiellement reconnus par le Code de procédure
pénale, soit fait, là, de manière plus conforme aux droits des personnes
visées et de la manière la plus efficace pour les aider par la suite.
LeBel : O.K. Je vais vous avouer que je suis un peu perplexe sur une
de vos positions, puis vais peut-être vous demander, peut-être d'élaborer,
parce que vous avez une expérience différente de la mienne en matière
criminelle ou en matière pénale.
C'est sur le fait que vous recommandez, à la page 4 de votre mémoire, de
rayer le critère de reconnaître les faits. Souvent, dans plusieurs
matières...
D'ailleurs,
il faut préciser que le fait de reconnaître les faits n'est pas une admission
de culpabilité. Ça ne pourra pas
servir d'admission de culpabilité, donc ce n'est pas un piège pour la personne
qui va s'orienter vers le problème alternatif. Mais, dans beaucoup de cas, le fait de reconnaître les faits est une
première étape, habituellement, vers une prise de conscience, je dirais, et vers... dans un cheminement, pour
plusieurs, dans plusieurs