CAT — 27 September 2016 (41st Legislature, 1st Session)
CAT 2016-09-27
Quebec — Committees
Pour la première fois de l'histoire du Québec, un
projet de loi viendrait reconnaître qu'une municipalité a des caractéristiques qui lui sont propres et qu'une
municipalité, ce n'est pas un employeur comme les autres. Une municipalité
ne doit pas être vue notamment comme une
entreprise privée. Ainsi, les processus doivent tenir compte de ces caractéristiques dans un contexte où les élus sont
redevables devant l'ensemble des citoyens et notamment leurs contribuables, et, à ce titre, ils doivent bien
entendu prendre en compte la capacité fiscale des citoyens, la capacité de
payer des citoyens.
Et donc le projet de loi n° 110 vise à
assurer un équilibre, un équilibre entre deux principes qui sont tous deux fondamentaux : d'une part, le droit des
travailleurs à des conditions de travail justes et raisonnables et au respect de leur droit d'association et de négociation
collective, et, d'autre part, qu'un employeur municipal qui est redevable
auprès de sa population a ses
caractéristiques propres qui commandent une gestion efficace et efficiente des
ressources financières destinées à la prestation des services publics. Nous
proposons donc de nouvelles dispositions législatives tout en continuant
d'accorder la priorité au processus de négociation entre les municipalités et
leurs employés.
Cela étant dit, M. le Président, j'aimerais
signaler qu'on a été à l'écoute des groupes lors des consultations particulières et on a entendu un certain nombre de
propositions qui nous ont été faites. Et très certainement nous aurons nous-mêmes des propositions à faire suite à ces
consultations et toujours ce dans l'optique de prioriser la conclusion d'une
entente négociée par les parties, et c'est
dans cet esprit que nous déposerons certains amendements. Certaines
dispositions du projet de loi
n° 110 sont propres aux policiers et aux pompiers, d'autres, aux autres
catégories de salariés, alors que d'autres sont communes à tous les
salariés.
Alors, si je
commence par les dispositions qui sont communes aux deux catégories de
salariés, le projet de loi, comme
vous le savez, propose entre autres un délai minimal de 120 jours de
négociation avant que l'on puisse recourir à l'intervention d'un tiers. Après cette période, si les parties
n'arrivent toujours pas à une entente, il deviendrait obligatoire de s'inscrire à une étape
de médiation. Le projet de loi propose également de prolonger la durée minimale
des conventions collectives dans le secteur municipal en les faisant
passer de trois à cinq ans.
Maintenant,
en ce qui concerne les policiers et les pompiers, qui, je vous le rappelle, n'ont
pas le droit de grève, le projet de
loi propose, en cas d'échec de la médiation, de recourir à un conseil de
règlement des différends qui serait constitué
de trois experts nommés par le gouvernement. La décision du conseil devra être
rendue selon l'équité et la bonne conscience à partir de la preuve
recueillie. Elle devra tenir compte également de la situation financière et
fiscale de la municipalité et de l'impact sur ses contribuables.
Parmi
les dispositions qui s'appliquent aux autres catégories de salariés, sachant
que ceux-ci peuvent toujours se
prévaloir de leur droit de grève, le projet de loi prévoit, en cas d'échec de
la médiation, la possibilité pour les parties de poursuivre la négociation jusqu'à la conclusion d'une entente ou de
demander conjointement que leurs différends soient soumis à l'arbitrage, comme le permet actuellement
le Code du travail. Cet arbitre devrait tenir compte, dans sa décision, des mêmes critères que ceux proposés pour le
conseil de règlement des différends. Précisons en outre qu'un mécanisme additionnel est prévu. En effet, à la demande de
l'une ou l'autre des parties, et ce, à l'occasion, lorsqu'on rencontre des
circonstances exceptionnelles qui doivent
être motivées, le ministre pourrait nommer un mandataire spécial pour la durée
qu'il déterminerait et qu'il pourrait prolonger.
Voilà donc, M. le
Président, globalement, un survol des principales dispositions contenues dans
le projet de loi n° 110. S'il est adopté, le projet de loi viendrait
reconnaître pour la première fois de l'histoire du Québec qu'une municipalité a des caractéristiques uniques et
qu'ainsi elle ne doit pas être vue comme une entreprise privée. Ainsi, les
processus devraient tenir compte de ces caractéristiques dans un contexte où
les élus sont redevables devant l'ensemble des citoyens, notamment des
contribuables.
Cela
étant dit, j'espère que nous aurons des échanges constructifs lors de l'étude
détaillée afin que l'on puisse mener à bien l'adoption de ce projet de
loi. Merci.
Président (M. Auger) : Merci, M. le ministre. Nous allons poursuivre
avec le porte-parole de l'opposition officielle pour 20 minutes
également pour ses remarques préliminaires. M. le député de René-Lévesque.
M. Ouellet : Merci beaucoup, M. le
Président. Permettez-moi aussi de
vous saluer. On a passé beaucoup de temps ensemble
à la session du printemps, et, à voir le menu législatif de l'automne, nous
allons être souvent ensemble. D'ailleurs, j'aimerais
proposer qu'on se mette ensemble pour un club social, qu'on commence à ramasser
des sous, parce qu'on va être
souvent ensemble. Ça fait qu'on
pourra aller dîner et faire avancer nos différents travaux. Je voudrais
souligner aussi mes collègues du
gouvernement, les gens de la deuxième opposition, mais aussi les personnes
présentes ici à la commission et
aussi à la télévision, puisqu'effectivement ce projet de loi a fait couler
beaucoup d'encre. Et j'ai entre les mains l'ensemble de la rétro, de l'information qui m'a été remise
par rapport au projet de loi n° 110. Donc, effectivement, on est dans le
coeur même aujourd'hui du projet de loi, c'est-à-dire l'étude détaillée.
D'entrée
de jeu, je vais vous dire, M. le Président, que j'aurai une motion préliminaire
à déposer. Mais juste avant, j'aimerais
expliquer quel genre de travail on va faire dans cette commission. Tout
d'abord, M. le Président, on va faire une
opposition constructive parce que, pour nous, c'est majeur, ce que nous sommes
en train d'étudier. Nous sommes en train de modifier le Code du travail,
et j'invite d'ailleurs tous mes collègues du gouvernement d'être attentifs et
de participer avec nous aux discussions,
puisqu'ils auront un impact majeur sur les futures relations de travail au
Québec, dont notamment celles dans le secteur municipal.
Pourquoi
je dis ça? Parce qu'en commission parlementaire, M. le Président, nous avons
entendu plusieurs positions qui
étaient opposées, aux extrémités même, de part et d'autre, de différents
groupes. Certains groupes nous ont dit qu'on n'allait pas assez loin, d'autres nous ont dit qu'on allait trop loin,
d'où l'importance pour nous aujourd'hui de trouver cette voie de passage qui va nous permettre de sortir
gagnant-gagnant de ce projet de loi. Et je le dis et je le répète :
96,6 % de nos conventions
collectives se règlent sans conflit et sans arrêt de travail, alors que le
ministère cible une cible à 95 % comme étant un indicateur de
performance.
Alors, nous sommes
ici pour légiférer pour le 4 %. Alors, la véritable question qu'on
a : De quel déséquilibre parle-t-on?
Qu'est-ce qui est déraisonnable présentement? Adopté tel quel, le projet de loi
va apporter un déséquilibre dans nos
relations industrielles. Les villes ne sont pas des entreprises, M. le
Président. On est d'accord, mais le droit du travail n'en fait pas de distinction. Le droit du travail
fait distinction sur des juridictions qui sont fédérales ou provinciales, mais
ne fait pas de distinction sur le droit
municipal. Alors, on est devant nous aujourd'hui dans un projet de loi qui va
faire cette distinction-là, et c'est
d'autant plus important d'apporter la lumière pour s'assurer que ce qu'on va
faire va respecter les droits des parties.
Nous
allons tenter à chaque fois, par des amendements, de ramener les affaires municipales
au ministère du Travail. Les
fonctions et les pouvoirs du ministère responsable du travail sont entre autres
de favoriser l'établissement ou le maintien de relations harmonieuses entre les employeurs et les salariés ou les
associations qui les représentent et d'adapter les régimes de relations de travail et les normes du travail à
l'évolution des besoins des personnes, du marché du travail et de l'économie.
C'est ce dernier qui a développé une
expertise pour offrir un cadre aux relations de travail et choisir les
personnes aptes à intervenir et décider, lorsque nécessaire, du résultat
des négociations. Ce ministère a pour mission d'assurer ainsi la protection du
droit d'association en offrant un processus équilibré, indépendant de toute
partie intéressée et où les travailleurs ont
le sentiment de pouvoir influencer sur le sort de leurs négociations. M. le
Président, le Code du travail existe
depuis 1964. Il n'est pas parfait, mais notre prétention est la suivante, c'est
qu'il apporte un sain équilibre entre les parties, et ses règles ont été
connues et acceptées de tous.
L'autre
enjeu, c'est l'apparence de conflit d'intérêts qu'on peut voir apparaître à
l'intérieur de ce projet de loi là. On
semble vouloir s'approprier, au ministère des Affaires municipales, une
certaine
partie du Code du travail.
Le ministère aura de nouvelles responsabilités, pourra
procéder à des nominations sur le conseil des différends, le mandataire spécial
lui fera rapport. Bref, pour nous, il est
important et nécessaire de poser les bonnes questions et d'obtenir des
précisions, et on aura des amendements, assurément, pour s'assurer de
bien répondre aux enjeux pour lesquels nous faisons face.
Et j'aimerais
le rappeler, le ministère des
Affaires municipales et de l'Occupation du territoire, son objectif, c'est
de soutenir les villes dans leurs projets.
Sa mission est d'orienter vers l'administration et le développement des
municipalités, des régions et de la
métropole en favorisant une approche durable et intégrée pour les citoyens. Les
villes, lorsqu'elles s'adressent au
ministère pour obtenir des changements législatifs, plus des compétences, plus
de nouvelles réglementations... on ne
peut ignorer ce lien entre le ministère et les villes, qui est, je vous dirais,
assez de proximité. Alors, pour nous et pour ma formation politique, ça
va être important de faire mieux pour les villes, mais aussi pour les salariés.
Ce qu'il faut
éviter de faire, M. le Président, c'est de créer un nouveau droit, de réformer
l'ensemble des relations de travail pour un 4 % qui, malheureusement,
doivent utiliser des moyens de pression pour arriver à une entente négociée.
Il ne faut pas créer un système parallèle et
exclusif pour les employés municipaux, les pompiers, les policiers, cols bleus,
cols blancs. Bref, M. le Président, le
projet de loi n° 110 n'est pas la réponse à donner pour améliorer la
négociation de conventions collectives, c'est plutôt une solution à un
engagement du gouvernement en échange d'une contrepartie beaucoup moins généreuse pour les villes et les
municipalités. Et c'est important, M. le Président, et on se l'est fait dire
lors de la commission lorsqu'on a entendu
certains groupes, et, en ce cas-ci, je vais vous parler de la FQM, qui nous dit que la réalité qui a été
décrite n'est pas tout à fait celle dont laquelle les municipalités de la FQM
font face.
On a parlé beaucoup
de disparité salariale, M. le
Président, mais ce que la FQM nous
dit, c'est que cette disparité, elle
est moindre que celle des grandes municipalités. Mieux encore, la FQM nous dit qu'environ 35 % des municipalités et 40 % des MRC membres de la FQM sont liées
par une convention collective. C'est donc une minorité des membres qui sont directement touchés par les dispositions
contenues dans le projet de loi. Et, par ailleurs, 80 % des municipalités et 90 % des MRC liées par une
convention collective n'en comptent qu'une seule. La grande majorité des conventions
collectives par lesquelles sont liées les municipalités membres de la FQM ne touchent qu'un nombre restreint
d'employés. Ainsi, les marges de manoeuvre qu'il serait possible de dégager en ralentissant la croissance de la rémunération globale ne sont pas aussi
importantes qu'une municipalité, et des centaines, et même des milliers d'employés
qu'elle représente.
Grosso modo, M. le Président, ce que la FQM nous
dit, c'est que ce projet de loi là ne répond pas aux défis avec lequel plus de 1 000 municipalités font
face. Et je pense qu'il faut bien comprendre la position de la FQM, parce
que ce qu'ils nous invitent à réfléchir,
c'est qu'il existe aussi une dynamique territoriale propre aux conditions de
travail. Elle nous fait mention d'ailleurs que, dans certaines
municipalités, c'est normal que les salaires soient plus élevés puisqu'il y a une grande entreprise qui est tout
près et qui offre de très bons salaires. C'est aussi normal pour les
municipalités qui sont en périphérie
de Montréal et de Québec, donc en banlieue, parce qu'il y a effectivement une
attraction pour le travail fait sur l'île de Montréal ou la grande ville
de Québec.
Ce qu'elle
nous dit, la FQM : Il faut faire attention de prendre ce projet de loi là
et d'avoir seulement la lunette de la
métropole et de la capitale, et d'avoir une attention particulière pour les
relations de travail qui auront un impact majeur pour plus de 1 000 municipalités au Québec. Alors, moi, je vais
m'attarder à ça, parce que c'est ce que je représente dans ma circonscription et c'est ce que je veux
représenter aussi, à
titre de porte-parole des affaires municipales, dans ce
projet de loi là.
Bref, M. le
Président, nous allons déposer des amendements pour faire progresser notre
droit du travail, pour le rendre plus
efficace, pour le rendre plus efficient, mais toujours pour atteindre des
résultats qui feront que les deux parties seront gagnant-gagnant. Merci,
M. le Président.
Président (M. Auger) : Merci, M. le député de René-Lévesque. Nous
allons poursuivre avec le porte-parole de la deuxième opposition, M. le député
de Blainville, en vous rappelant que vous avez également, pour vos remarques
préliminaires, 20 minutes à votre disposition. M. le député.
Laframboise : Merci, M. le
Président, je vous salue ainsi que votre équipe de support. Je vous salue, M.
le ministre, collègues de la
partie
gouvernementale, collègues de l'opposition officielle, évidemment, Élyse, qui
va m'accompagner tout au long de
cette commission parlementaire, et les représentants du milieu syndical, qui
sont en grand nombre, comme ils ont
été tout le long des travaux de notre commission. Donc, c'est signe que c'est
un projet de loi qui est très important.
Évidemment,
mes premières remarques... Pour faire un petit peu d'historique... parce que,
M. le Président, on arrive aujourd'hui
à un projet de loi; il y a quand même une histoire derrière ça. D'abord, la
mienne, parce que j'ai été, pendant 18
ans, un élu municipal, maire, et j'ai eu la chance d'accéder à la présidence de
l'Union des municipalités du Québec. Et,
quand on regarde, bon, pourquoi on est là, il y a un écart de rémunération
entre les employés du secteur municipal et ceux du gouvernement. Ce n'est pas nous qui l'inventons, c'est
l'Institut de la statistique du Québec. On peut contester les chiffres, mais il y a une réalité. Moi, quand
j'étais président de l'Union des municipalités, de 1997 à 2000, l'écart était
entre 15 % et 25 %. Maintenant,
l'écart est entre 20 % et 36 %, là, entre 20 % et 39 %,
mais, quand on regarde évidemment la réduction d'écart suite au projet
de
loi sur les fonds de pension, il y a quand même une réduction de l'écart.
Et cet
écart-là avec le secteur gouvernemental, il a quand même une histoire, et moi,
je l'ai vu, je l'ai connu. J'étais un élu municipal au début de cette
histoire-là. Ça a commencé en 1982, 1983, puis c'était le gouvernement du Parti
québécois sous René Lévesque. Souvenez-vous, la crise économique et tout ça.
Donc, il y avait eu des projets de loi en 1982, 1983, qui avaient été adoptés pour
restreindre la rémunération des employés de l'État. C'est important. Pourquoi,
M. le Président? Parce qu'à l'époque le
milieu municipal voulait être inclus dans ces projets de loi là. Et finalement,
l'entente était que les projets de loi étaient restreints uniquement
pour les employés de l'État, puis ça ne touchait pas le milieu municipal. Donc,
le début de l'écart était là.
Puis
qu'est-ce qui s'est passé en 1982, 1983? Bien, il y a eu le projet de loi
n° 68 qui a été... modifications aux régimes de retraite. Donc, tu sais, quand on regarde l'histoire, on voit
que ça se répète. Le projet de loi n° 70, on a réduit pendant trois mois les salaires des employés de
l'État, au début de 1983, de 20 %, pour faire une récupération monétaire,
tout simplement; le projet de loi n° 72, qui est le maintien des services essentiels;
le projet de loi n° 105, on a imposé 109
conventions collectives, avec un gel pour trois ans. Donc, évidemment, quand on
a gelé les employés de l'État puis que le milieu municipal n'était pas
inclus dans ces dispositions législatives là, bien, l'écart a commencé là. Puis
bon, finalement, il y a la fameuse loi, la loi matraque de retour au travail,
la loi n° 111.
Mais
il y a quand même une histoire pour le début de cet écart-là, et ça, c'est à ça
qu'il faut s'attaquer, parce que le contribuable municipal, le payeur de
taxes... Nous, en tant que formation politique, la Coalition avenir Québec, on
souhaite que tous les Québécois et les Québécoises s'enrichissent. Donc, mon
but, aujourd'hui, et tout au long de la commission
parlementaire, ce n'est pas de réduire la rémunération des employés municipaux.
Ce que je souhaite, c'est que l'écart
entre les travailleurs du secteur public gouvernemental et les travailleurs
municipaux se réduise avec le temps, ou,
du moins, cesse de s'accroître. Donc, ça, inévitablement... parce que, si on
n'y voit pas, il y aura... Puis, comme je vous le dis, les chiffres, c'est l'Institut de la statistique du
Québec... Ils le calculaient déjà quand j'étais président de l'UMQ entre 1997 et 2000 et ils le calculent encore
aujourd'hui. Et cet écart-là n'a pas tendance à se restreindre, sauf s'il y a
un projet de loi.
Mais
évidemment... bon, on l'a vu, je vous l'ai dit tantôt, il y a eu un resserrement
avec le projet de
loi sur les fonds de
pension, qui a été adopté par cette législature-ci. Donc, il faut donc
s'attaquer... Ce que j'aurais souhaité, évidemment, c'est qu'on puisse le faire tous ensemble avec les
représentants syndicaux. Je sais qu'ils sont ici aujourd'hui. J'espère qu'ils
vont essayer avec nous, tout au fur et à mesure des amendements qui seront
déposés, de nous aider.
Parce
que c'est clair qu'on ne peut pas considérer les employés municipaux comme une
entreprise privée, tout simplement parce que les villes, au Québec, puis
je l'ai redit à plusieurs reprises dans cette commission parlementaire, ne peuvent pas faire faillite. Donc, ce n'est pas
une entreprise privée, et les villes sont des créatures du gouvernement du
Québec. Donc, on ne peut même pas, là... Il
y en a certains qui disent : Bon, tu as eu des villes... Ah! Detroit a
fait faillite. Non, non, au Québec,
les villes ne peuvent pas faire faillite, c'est-à-dire qu'à quelque part, si ça
ne fonctionne pas, c'est le gouvernement du Québec qui doit combler le
manque à gagner des municipalités ou l'augmentation des taxes des contribuables.
Donc, c'est impossible.
Donc,
c'est pourquoi les villes se doivent d'avoir une mesure législative qui est
adaptée, parce que, comme je vous le
disais, l'entreprise privée peut faire faillite, elle peut toujours déménager
dans une autre province ou un autre pays, c'est son choix, mais pas les villes. Et le gouvernement du Québec, on ne peut
même pas les considérer comme le gouvernement du Québec, parce que le gouvernement du Québec, la preuve a été en 1982
et 1983, peut adopter des lois, puis régler ses conditions de travail, puis faire un gel, comme ils l'ont fait à
l'époque, le Parti québécois. Puis il y a eu d'autres gouvernements par la suite qui ont adopté des mesures
législatives. Donc, à quelque part, les villes sont toujours... je ne veux pas
dire victimes, mais ont toujours subi la pression, et c'est pour ça que
l'écart s'est accru au cours des années.
Donc,
évidemment, le travail que j'aurai à faire, M. le Président, M. le ministre
puis collègues, c'est de m'assurer... d'abord, comme je vous l'ai dit,
je veux m'assurer que les salaires des employés municipaux... je ne veux pas
qu'ils s'appauvrissent, je veux qu'ils
continuent à être capables de faire face aux besoins, puis, quand il y a une
augmentation du coût de la vie, il
faut être capable de faire ça, et ces choses-là se discutent en négociation
collective. Mais, par contre, est-ce que
la façon dont les règlements des différends dans le milieu municipal... s'est
faite depuis les 40 dernières années est la bonne? Moi, je pense qu'on doit le revoir à l'échelle de la capacité de
payer des citoyens du Québec, tout simplement, et c'est pour ça qu'on
accompagnera le ministre.
qu'on aurait souhaité, M. le ministre, c'est que... en tout cas, si c'était
possible, que vous puissiez déposer vos amendements dès le départ. Le projet de loi a quand même 15 pages, ce
n'est pas... On a eu des omnibus ici, en commission parlementaire, là... si c'était possible que vous
puissiez nous déposer vos amendements dès le départ, ce serait intéressant
pour aider à nous positionner, et on s'ajustera au fur et à mesure du projet de
loi.
Donc,
encore une fois, je voudrais que tous les citoyens et les citoyennes qui nous
écoutent comprennent que la Coalition avenir Québec veut protéger la
capacité de payer des contribuables, mais ne veut pas non plus réduire les rémunérations des employés municipaux. Il faut
être capable de réduire l'écart entre les salariés du gouvernement et les
salariés du secteur municipal, et on pense
que ce projet de loi là pourrait être un outil pour faire ça. Merci, M. le
Président.
Président (M. Auger) : Merci, M. le député de Blainville. Est-ce qu'il
y a d'autres membres qui souhaiteraient faire des remarques préliminaires? S'il n'y en a pas d'autre, j'ai cru
comprendre, M. le député de René-Lévesque, que vous aviez une motion préliminaire. Donc, dans un premier temps, je vais
vous permettre d'en faire la lecture. M. le député.
M. Ouellet :
D'accord, M. le Président. Donc, c'est une motion en vertu de l'article
244 :
«Il est proposé qu'en
vertu de l'article 244 de nos règles de procédures, la Commission de
l'aménagement du territoire tienne, avant
d'entreprendre l'étude détaillée du projet de loi n° 110, Loi concernant
le régime de négociation des
conventions collectives et de règlement des différends dans le secteur
municipal, des consultations particulières et qu'à cette fin, elle
entende dès que possible, l'Institut de la statistique du Québec.»
Président (M. Auger) : Merci. Donc, je vais suspendre les travaux
quelques instants pour permettre la distribution de la motion.
(Suspension de la séance à 10 h 28)
Président (M. Auger) : À l'ordre, s'il vous plaît! Nous allons reprendre nos travaux, et, selon
l'article 209, je vais permettre
le débat en rappelant qu'il y aura
30 minutes pour l'auteur de la motion et les représentants des chefs
de groupes parlementaires et qu'il y a
10 minutes pour les autres intervenants, une seule intervention et aucun
droit de réplique. Et, par la suite, nous allons procéder à la mise aux
voix de ladite motion.
Donc, M. le député de René-Lévesque.
Ouellet : Merci beaucoup, M.
le Président. Alors, on a déposé cette motion-là, parce qu'on a fait beaucoup
allusion à l'écart salarial dans le secteur
municipal, ce fameux écart de 39 %. Mon collègue de Blainville en faisait
mention aussi. La prétention qu'on a,
c'est qu'on est partis sur une prémisse — erronée — de base pour configurer ce projet de loi là.
Puis je pense que c'est important de faire
un peu la nomenclature de ce qui se s'est passé, puis je veux prendre le temps
de dire à nos gens qu'au départ il y a eu un pacte fiscal qui effectivement a
amené des coupures au sein du monde municipal,
et la contrepartie de tout ça, c'est de promettre un projet de loi qui allait
donner l'opportunité aux municipalités d'avoir un meilleur contrôle sur
leur masse salariale.
Donc,
l'essence même de ce projet de loi, c'est de freiner l'accroissement salarial,
mais surtout l'écart qui existe à travers
différents corps de métiers. Alors, on l'a utilisé beaucoup. Plusieurs groupes,
en commission parlementaire, sont venus
nous décrier sa méthodologie, sont venus nous dire qu'on était erronés de baser
notre réflexion exclusivement sur ce que l'Institut de la statistique
avait produit, et je ne suis pas en train de dire qu'ils ont fait un mauvais
travail. Ce que j'aimerais entendre d'eux et de les questionner, c'est sur
toute la méthodologie : En quoi ils sont arrivés à cette circonstance-là? Qu'est-ce qui fait que, dans les
médias... et que tout le monde se gargarise du fait que, dans les conditions
salariales des employés municipaux, on est à 39 % plus élevés?
On a eu
l'opportunité, en commission parlementaire, d'avoir différents groupes qui sont
venus nous apporter une contrepartie, contrepartie qui a été documentée
par le Syndicat canadien de la fonction publique. Donc, j'ai comme deux versions. Et j'ai eu l'opportunité d'échanger
avec les gens du SCFP pour, je vous dirais, bien comprendre la nature de l'étude, à quel endroit on se situait. J'ai eu
l'opportunité de la parcourir de long et en large, alors j'ai eu des
discussions avec le groupe qui a procédé à l'étude, et j'aimerais avoir ces
discussions-là aussi en commission parlementaire, et je pense que ce serait pertinent que mes collègues
aient aussi ces discussions-là, parce qu'on a décrié beaucoup ce 39 % là.
Et pourquoi
c'est important de l'avoir? Parce que, si, dans le projet de loi, une des
prémisses de base, c'est donner plus de pouvoir aux municipalités pour
avoir un meilleur contrôle sur cette augmentation de la masse salariale, il y a
beaucoup d'autres dispositions à l'intérieur
du projet de loi qui n'ont mais aucun rapport avec cette fameuse référence
à l'augmentation de la masse salariale et
qui a une incidence directe sur les conditions de travail des salariés.
D'ailleurs, dans le
chapitre I, le premier article, on fait référence à
la responsabilité de l'employeur de pourvoir à l'embauche de personnel qualifié, de gérer ses effectifs et d'en
contrôler le niveau de manière à combler ses besoins opérationnels. Alors là,
on n'est surtout pas dans : Comment je
paie mon monde?, mais plutôt dans : Combien j'en ai besoin? Est-ce que
c'est un statut de permanent dont
j'ai besoin? Est-ce que c'est un statut de particulier, de temporaire? Est-ce
que je peux avoir recours à la sous-traitance?
Bref, nous
sommes dans le coeur même des relations de travail, la reconnaissance de
l'ancienneté, la liste de rappel, le
choix des quarts du travail, les mouvements de main-d'oeuvre, le niveau
d'emploi, le nombre d'emplois disponibles, donc sur une prémisse de base qui peut être erronée, puisque plusieurs
l'ont décriée. Nous avons concocté un projet de loi qui nous amène à un
autre endroit.
Alors, pour moi, ce qui est important, avant
d'entamer des travaux, c'est d'avoir la justesse des informations et d'avoir la
contrepartie. Et cette contrepartie-là, elle a été effectuée le Syndicat
canadien de la fonction publique, et j'aimerais,
M. le Président, si vous permettez, vous en faire mention, à certains endroits,
et on va pouvoir apprécier à quel endroit l'Institut de la statistique
se situe et à quel endroit l'étude du SCFP se situe, et qu'on va voir la
pertinence d'accueillir et d'entendre les
gens de l'ISQ, qui est un organisme gouvernemental reconnu, et pouvoir poser
les bonnes questions pour qu'on ait
le bon comparable et qu'on parte sur la même prémisse de base, c'est-à-dire des
faits qui sont acceptés de tous et partagés par tous.
Lorsqu'on
regarde l'étude que le SCFP nous a soumise — puis, écoutez, on va commencer rapidement,
là — ils font
un comparable sur l'importance des avantages sociaux et des heures chômées
payées, méthode des débours, par catégorie
d'emploi et pour l'ensemble des catégories. Donc, ce qu'il nous dit :
Au-delà des salaires, il y a aussi d'autres conditions, les régimes de
retraite, les salaires, bref, tout ce qui fait le package des conditions de
travail. Et ce qu'on apprend, dans l'étude,
c'est que, pour une entreprise publique, le régime le retraite représente
13 % du salaire, au fédéral c'est
13,11 % alors que, dans le municipal, c'est à 8,59 % au lieu de
13,19 %, parce qu'on est allés effectivement venir inscrire directement l'impact qu'a eu la
loi sur
la restructuration des régimes de retraite. Et, dans le privé syndiqué, on
est à 11,28 %.
Donc,
dans les régimes de retraite, on se rend compte que, les avantages sociaux,
nous sommes plus bas dans le municipal
comparativement aux entreprises
publiques fédérales et surtout privées syndiquées. Quand on ajoute à ça le
total des heures chômées et payées, on arrive globalement, pour les entreprises
publiques, à 47,33 % d'avantages; au secteur
fédéral, 50,16 %; secteur municipal, 45,66 %; et, dans le privé
syndiqué, 45,6 %. Donc, on voit bien que le secteur municipal est légèrement en dessous des entreprises
publiques, légèrement au-dessus du privé syndiqué et de beaucoup légèrement inférieur au secteur fédéral. Donc, les
avantages sociaux qui sont consentis au municipal sont dans la médiane. Et je pense que c'est important d'entendre
l'Institut de la statistique là-dessus aussi pour savoir, dans leur méthode de
calcul : Est-ce que ça, ça a été pris en compte?
Deuxième
chose que l'étude nous démontre, et on a une panoplie de secteurs qui ont été
analysés... prenons le premier
salaire des secteurs municipaux et la moyenne des secteurs des entreprises
publiques, privées et syndiquées, pour des types d'emploi comme des
adjointes administratives, des agents et des agentes d'achat, des agents et des
agentes d'administration et autres
contrôleurs et contrôleures techniques, des concepteurs et conceptrices
artistiques. Donc, la moyenne
municipale se situe à 30,32 $ de l'heure. La moyenne des autres groupes se
situe à 30,23 $. Donc, nous sommes légèrement en dessus d'à peu
près, quoi, 0,07 $, 0,08 $, 0,09 $... 0,09 $. On est loin
du 39 %.
Quand on
regarde d'autres secteurs, aide au soutien des métiers et des manoeuvres,
charpentiers et charpentières-ébénistes, conducteurs et conductrices de véhicules automobiles et de véhicules de
transport en commun, électriciens et électriciennes, mécaniciens et mécaniciennes, plombiers et
plombières, personnel d'installation, de réparation et d'entretien, peintres
et décorateurs, décoratrices, personnel
technique en génie électronique et autres, dans le milieu municipal, les gens
sont payés en moyenne 28,31 $. La moyenne des secteurs confondus,
donc l'administration publique fédérale et le privé syndiqué, nous sommes à 27,94 $. Donc, nous sommes légèrement
au-dessus de 1 %. Donc, on est encore, M. le Président, très loin
de la moyenne de 39 %.
Si on prend,
exemple, les employés cols blancs et on regarde le poste d'adjointe
administrative concrètement, on se
rend compte que le municipal, à 26,79 $, se situe sur la moyenne des
salaires offerts, alors que le plus élevé est dans le privé syndiqué, à 30,79 $, et le plus bas
est dans l'administration québécoise, à 22,45 $. Quand on regarde les
agents et les agentes aux achats, le
municipal se situe en dessous de la moyenne, à 34,12 $, le plus élevé
étant au fédéral, à 38,59 $... pardon,
à l'entreprise publique à 40,50 $ et le plus bas, à l'administration
québécoise, à 31,35 $. Encore une fois, on n'est pas en haut de
39 %.
Lorsqu'on
regarde les autres contrôleurs et contrôleuses techniques, officiers et
officières de la réglementation, le milieu municipal est légèrement en
dessous, à 32,31 $, le plus élevé étant le fédéral, à 41,36 $, et le
plus bas étant l'administration québécoise, à 26 $.
Bon, si je
prends concepteurs et conceptrices artistiques, artisans et artisanes, au
municipal, on est à 29 $, donc on est sous la moyenne, le plus élevé étant l'entreprise publique, à
35,30 $, et le plus bas étant l'administration québécoise, à 25,68 $.
Employés de
soutien et de bureau généraux et employées de soutien de bureau générales, encore
une fois, le milieu municipal est sur
la moyenne, le plus élevé étant l'administration fédérale à 25,20 $, le
municipal se situe à 24,17 $, et le plus bas, l'administration
québécoise, à 21,37 $.
Magasiniers
et magasinières, commis aux pièces, le municipal est légèrement au-dessus,
cette fois-ci, à 26,86 $. Le plus élevé étant les entreprises
publiques à 28 $ et le plus bas étant l'administration québécoise à
19,93 $.
Personnel
administratif et de réglementation, le municipal est au-dessus de la moyenne, à
34,29 $, étant le plus haut salarié du groupe, et le plus bas est à
l'administration québécoise, à 28,17 $.
Le personnel
technique en génie civil, mécanique industrielle, le milieu municipal est en
deçà de la moyenne, à 32,85 $,
le plus élevé étant 40,62 $ par entreprise... publique, pardon, et le plus
bas à 25,91 $ pour l'administration québécoise.
Charpentiers
et charpentières ébénistes, milieu municipal, en deçà de la moyenne, à
28,32 $, le plus élevé étant le privé syndiqué, à 30,93 $, et
le plus bas, l'administration québécoise, à 22,13 $.
Conducteurs,
conductrices des véhicules automobiles et de véhicules de transport en commun,
le milieu municipal est légèrement au-dessus de la moyenne, à
25,74 $, le plus élevé des entreprises publiques, à 26,73 $, et le
plus bas à l'administration québécoise, à 19,36 $.
Électriciens,
électriciennes, le municipal est directement sur la moyenne, à 30,26 $, le
plus élevé étant au fédéral, à 31,46 $, et le plus bas,
l'administration québécoise, à 23,39 $.
Mécaniciens
et mécaniciennes de machinerie d'équipement de transport, sauf véhicules
automobiles, le municipal est sur la
moyenne, à 28,63 $, le plus élevé étant le privé syndiqué, à
31,28 $ — pardon...
oui, c'est ça — et le
plus bas, le 23,71 $, l'administration québécoise.
Plombiers,
plombières, tuyauteurs et tuyauteuses, le milieu municipal est sur la
médiane... la moyenne, pardon, à 29,37 $, le plus élevé étant le
privé syndiqué, et le plus bas, l'administration québécoise.
Le personnel
technique en génie électronique et électrique, le milieu municipal est
légèrement en dessous de la moyenne,
à 33,31 $, le plus élevé étant 38,83 $ pour le fédéral, et le plus
bas, à l'administration québécoise, à 26,36 $.
Personnel d'installation et de réparation et
d'entretien, le milieu municipal est légèrement au-dessus de la moyenne, à 26,80 $, le privé syndiqué est le
plus élevé, à 28,94 $, et le plus bas, l'administration québécoise, à
17,26 $.
Peintres
décorateurs et décoratrices, sauf les décorateurs et décoratrices d'intérieur,
de milieu municipal, nous sommes
directement sur la moyenne, à 27,83 $, le fédéral est à 29,95 $, le
plus élevé, mais le plus élevé se situe du côté du privé syndical, à
32,82 $ et le plus bas, l'administration québécoise, à 20,30 $.
Ce que ça
nous dit, M. le Président, c'est... quand on fait une étude exhaustive, corps
de métier par corps de métier, on
voit très bien que la moyenne de 39 % ne s'applique pas. On voit très bien
que la fonction publique municipale se situe dans la médiane lorsqu'elle se compare avec les entreprises du milieu
fédéral, les entreprises dans le secteur syndiqué privé et les entreprises du secteur de
l'administration publique québécoise. Le constat qu'on pourrait tirer, M. le
Président, c'est probablement que
notre administration publique québécoise est sous-payée. C'est elle qui se
situe toujours plus bas de la
moyenne. Et j'entends déjà les gens dire : Bien, écoutez, si les gens sont
plus élevés du côté municipal versus le côté de l'administration publique, nous devrions freiner les conditions de
travail en milieu municipal pour permettre à l'administration publique de les rejoindre. Moi, je pense que c'est
un mauvais calcul. Il faut, d'abord et avant tout, travailler à améliorer
les conditions de travail des
administrations publiques pour qu'eux rejoignent effectivement la médiane dans
laquelle, oui, le milieu municipal se
situe, les entreprises fédérales se situent aussi — et l'administration fédérale, pardon — dans laquelle aussi le privé et
syndiqué se situent et que les autres administrations publiques se situent
aussi.
Donc, ce que
ça dit, M. le Président, c'est qu'il faut faire attention lorsqu'on porte des
constats sur l'Institut de la statistique
parce que l'appariement des emplois n'est pas optimisé par rapport à tout le
secteur de base, soit l'administration publique
québécoise... que les salaires du secteur municipal sont pourtant semblables à
ceux des secteurs des entreprises publiques,
comme je le disais tantôt, et que l'étude de l'Institut de la statistique
surestime les contributions des employeurs municipaux aux régimes de retraite de 13,8 %. Et ça, M. le
Président, c'est important parce que la FQM, comme je disais tantôt dans
mes remarques préliminaires, nous en faisait mention. C'est normal, dans
certains cas, que les employés municipaux
gagnent plus cher parce qu'on a une grande entreprise qui, pour avoir la
meilleure main-d'oeuvre et les retenir, offre des conditions de salaire avantageuses, et les municipalités qui
sont autour, pour obtenir le même type d'employé, avec la même
expérience, doivent offrir les mêmes conditions de travail.
Donc, c'est
un jeu d'offres et de la demande, et je n'ai pas senti les gens se plaindre
dans les économies locales, de
dire : Bien, écoutez, ça n'a pas de bon sens, mes employés municipaux
gagnent trop cher quand je les compare à une aluminerie ou dans un
secteur, exemple, forestier chez nous, pour dire : Écoutez, ils devraient
gagner comme tout le monde. Non, dans certains
cas, ce sont le même corps de métier. Les électriciens chez nous, là, à
Baie-Comeau... parce que, oui,
effectivement, nous avons encore un réseau électrique pour lequel nous sommes
administrateurs et on produit notre
propre électricité. Mais Hydro-Québec effectivement peut être attractif pour
les électriciens, et, chez nous, Hydro-Québec
emploie plusieurs
électriciens. Donc, c'est tout à fait normal pour ma municipalité d'offrir des
conditions pour retenir les
meilleurs, puis les gens sont à l'aise avec ça. Ça fait
partie du contexte
local, et c'est important, effectivement,
d'en tenir compte.
Alors, moi, je voudrais entendre les gens de l'Institut
de la statistique parce que ce fameux 39 % là, quand je regarde ce qui a été fait du côté du SCFP, puis on
parcourt la littérature... les rétros d'information sur les différents groupes,
pardon, qui sont venus nous voir, et tout le
monde le remet en question. Alors, si on remet en question une prémisse de base
pour dire : L'écart salarial n'est pas tel qu'il est décrit, alors
pourquoi aller aussi fort et aussi loin dans le projet de loi pour — je reprends les paroles du ministre — rééquilibrer le rapport de force, alors que
le rapport de force semble équilibré?
Et, dans les conditions du marché actuel, ce qui est offert, là, et ce qui est
donné aux employés dans le secteur municipal
est tout à fait en ligne avec la moyenne et ce qui est offert dans le milieu du
travail et qui apporte un certain équilibre, peut-être pas parfait, mais
qui apporte un certain équilibre dans l'offre et la demande du travail.
L'autre chose qu'il faut faire attention aussi,
parce que là c'est sûr que j'ai comparé des corps de métier très encadrés, mais il y a une autre chose qu'il faut
faire attention aussi, puis c'est pour ça que j'aimerais entendre l'Institut
de la statistique là-dessus, sur son mode de
comparaison, c'est que, dans différentes municipalités — la FQM nous en fait mention, ce sont
des petites municipalités, donc un petit groupe d'employés syndiqués, et, même
dans le cas des cols blancs aussi, le
personnel cadre — les gens
ont plus d'une tâche, doivent, parce qu'ils ont moins de monde, s'occuper
de plusieurs corps de métier. Ils sont un peu comme multitâches, donc ils sont
moins cloisonnés et donc font face à différents
enjeux dans leur travail qui... pour lequel... doivent avoir des compétences
plus généralistes ou d'avoir plusieurs compétences. Donc, il est tout à
fait normal, dans une petite municipalité, d'offrir des salaires plus élevés
lorsqu'on demande à quelqu'un d'avoir plus
d'une compétence et d'être capable d'intervenir sur différents niveaux de
travail à faire dans une municipalité.
Donc, c'est
pour ça que j'aimerais entendre l'Institut de la statistique sur son fameux
39 %. J'aimerais connaître de
quelle façon ils ont pris en compte, dans leur comparatif de tâches, de quelle
façon ils tiennent en compte le multitâche pour, je répète, plus de 1 000 municipalités, 1 000
municipalités qui ont des travailleurs qui doivent, dans certains cas,
travailler pour plus d'une municipalité parce que, dans certains cas, on se
partage les services. Donc, c'est pour ça, M.
le Président, la demande, je crois qu'elle est légitime. On a entendu plusieurs
groupes, nous avons plusieurs questions à leur donner... à leur poser,
pardon. Nous avons plusieurs interrogations à discuter avec eux, alors ce
serait plus que pertinent, pour la commission, pour les membres et pour les
gens qui nous écoutent et les gens qui sont dans la salle, pouvoir entendre de quelle façon l'Institut de la
statistique arrive avec ce fameux 39 %. Parce que tout le monde l'utilise
comme étant la vérité absolue, et, si on
utilise une vérité absolue qui, en prémisse de base, peut, par méthodologie,
être erronée, bien, probablement, M. le Président, que nous arrivons à un
projet de loi qui malheureusement ne répondra pas aux attentes et aux
demandes de tous les partis. Merci beaucoup, M. le Président.
Président (M. Auger) : Merci, M. le député de René-Lévesque. M. le
ministre, vous avez également 30 minutes à votre disposition.
Coiteux : Ceci dit, M. le Président, je ne pense pas abuser beaucoup
de mon temps de parole sur cette question-là. Donc, mes commentaires vont être assez brefs. C'est parce que ce que laisse
entendre l'opposition officielle avec cette motion préliminaire, c'est que ce qui motive ce projet de loi serait une
étude statistique. C'est faux. Ce n'est pas ça du tout. Et je pense avoir été
clair là-dessus. À différentes reprises, j'ai dit : Il s'agit ici de se
donner les outils pour qu'on respecte un équilibre entre deux principes,
deux principes. Je n'ai même pas parlé de rapport de force, j'ai parlé de
principes. Il y a le principe du droit
d'association des travailleurs, d'avoir droit à des conditions de travail
justes dans le contexte des métiers
dans lesquels ils oeuvrent et évidemment dans le grand contexte dans lequel ils
sont, et le droit de négocier collectivement leurs conditions de
travail. C'est un principe fort important. C'est un principe qui est
fondamental.
Puis il y en
a un autre qui est aussi fondamental, en même temps, qui est celui qu'une
municipalité, elle est là pour donner
des services à des citoyens qu'elle soumet à l'impôt obligatoire, et elle doit
tenir compte de la capacité de payer de
ses contribuables également parce qu'elle est là pour refléter, dans ses
décisions, y compris en négociation, l'intérêt public, pas l'intérêt de
parties privées, l'intérêt public.
Alors, c'est
la recherche de cet équilibre-là qui est la prémisse de base de ce projet de loi. Ça n'a rien à voir avec une
étude statistique. L'étude statistique et ce que les gens en disent de part et
d'autre, ça fait
partie des débats publics, ça. Ça fait
partie des débats publics, mais ce n'est pas ce qui motive
le projet de loi qu'on a regardé ensemble en étude détaillée.
Et donc je n'ai pas grand-chose à ajouter dans ce débat-là sinon qu'on s'était
entendus pour écouter et recevoir des
mémoires touchant une vingtaine de groupes. Donc, les consultations ont eu
lieu, il y a des éléments qui ont été mentionnés sur des études statistiques, mais on a déjà entendu les arguments à cet
effet, et ces arguments-là, ils ne touchent pas au coeur du sujet ici,
qui est cet équilibre.
Alors, là
s'arrêteront mes remarques sur le sujet, parce que, non, on n'a pas besoin
d'entendre l'ISQ, on en a parlé abondamment.
Je l'ai bien dit, donc, une vingtaine de groupes ont été entendus, et surtout
ce n'est pas à cause d'une étude statistique que ce projet de loi est
devant nous aujourd'hui.
Président (M. Auger) : Merci, M. le ministre. M. le député de
Blainville, vous avez également 30 minutes à votre disposition.
Laframboise : Merci, M. le
Président. Écoutez, je comprends où veut aller le Parti québécois par rapport à
l'Institut de la statistique, puis je
pourrais les accompagner jusqu'à un certain point, puis je vais vous dire
pourquoi, M. le Président. Parce que
je suis un petit peu ébranlé, là, depuis le projet de loi n° 3, là, sur la
santé financière et la pérennité des régimes
de retraite, parce que les chiffres actuariels qui nous avaient été fournis par
le gouvernement, je vous dirais que, quand on regarde ça a posteriori, là, ceux qui nous avaient été fournis par
les centrales syndicales étaient beaucoup plus réalistes.
Il faut que
je vous... tu sais, il faut être vraiment conscients de ça. Puis ça, c'est
important, parce que... moi, dans le cadre du projet de loi n° 3, si
une plus grande proportion de régimes était en meilleure santé financière, je
ne suis peut-être pas sûr qu'on aurait
adopté les mêmes exigences, parce qu'on a soumis, à la fin, tous les régimes, y
compris ceux qui étaient en bonne
santé financière, à cette loi-là. Donc, on a amputé les revenus... en tout cas,
les fonds de pension de plusieurs
employés municipaux, alors que leurs régimes étaient en bonne santé financière.
Je ne suis pas sûr qu'on aurait eu la même conclusion.
Donc, c'est pourquoi je vais être contre la
motion qui est déposée, parce que, bon, ce que la motion dit, c'est qu'avant de commencer l'étude détaillée on va
entendre l'Institut de la statistique. Mais, si le ministre était ouvert,
j'aurais aimé ça que l'Institut de la
statistique comparaisse, tu sais, ou vous accompagne, M. le... tu sais, pour
qu'elle soit capable de répondre.
Parce que, moi aussi, au point de vue, je vous dirais, macroéconomique, ça
serait assez intéressant, tu sais, qu'ils nous expliquent comment ils arrivent au 39 % puis... tu sais, on
est conscients, il y a 1 100 municipalités au Québec, là,
puis... D'abord, ils ne sont pas tous syndiqués, donc les écarts ne sont pas
tous importants.
Mais
comment ils arrivent à cet écart-là... puis que moi, je suis, en tant que représentant
municipal depuis, en tout cas, je
vous l'ai dit, depuis les années 80, moi, je suis l'Institut de la
statistique du Québec, puis, à quelque part, peut-être, ça serait intéressant qu'ils puissent... dans le
camp, on a... je veux dire, on se réunit cette semaine, M. le ministre, on
pourrait avoir une heure pour eux ou,
si on pouvait être présents puis qu'on puisse être capables, là, pour... en
tout cas, regarder ça, ne pas arrêter les travaux, comme le veut la
motion, puis dire : On va attendre, les entendre avant de commencer.
Qu'on
commence nos travaux, mais peut-être d'être capable de les entendre dans... en
tout cas, c'est sûr qu'il y a juste
vous, M. le ministre, qui peut autoriser ça, mais, moi, ça me sécuriserait.
J'aimerais juste qu'ils m'expliquent comment on arrive à ça, puis qu'ils défendent leurs chiffres, puis qu'ils
répondent aux questions, là, de ceux qui ne se sentent pas satisfaits, pour qu'on soit assez à l'aise avec ce
qui nous est présenté, là, pour être capable de poursuivre l'étude du projet de
loi.
Donc, je
tends la main au ministre, mais, encore une fois, je vais être contre la
motion, parce que ce qu'elle dit, c'est :
On va les entendre avant de commencer nos travaux, là. Je pense qu'on peut
commencer nos travaux puis être capable de les entendre, là. On va être ici ensemble, M. le Président, je pense,
pour quelques réunions encore, là. Si on serait capables d'avoir un
petit moment pour les entendre... En tout cas, c'est ce que je vous suggère.
Président (M. Auger) : Merci, M. le député de Blainville. Est-ce qu'il
y a d'autres intervenants? M. le député de Richelieu.
Rochon : Oui, M. le
Président. Je vais surprendre le ministre en vous disant d'emblée que j'achète
son argument à l'effet que ce projet
de loi n'ait pas été motivé par la
production de l'étude de l'Institut
de la statistique du Québec. C'est
vrai. Et j'achète tout autant la précision
qu'il a faite ensuite, il a été motivé par des demandes des municipalités. J'ajouterais, pour compléter ce qu'il a dit, parce
que je ne trouve ça pas tout à fait complet, demandes des municipalités motivées par le désagrément que leur a
provoqué le pacte fiscal.
Bon, cela
dit, je n'adhère pas au point de vue voulant qu'il ne soit pas utile d'entendre à
cette commission l'Institut
de la statistique du Québec, puisque le projet de loi que nous avons
sous les yeux réclame que nous agissions désormais au Québec en tenant prioritairement compte de la capacité
de payer des contribuables municipaux.
L'étude qu'on nous a servie à maintes
reprises au cours des auditions qui ont précédé cette étude
article par
article
du projet de loi parle d'un écart considérable
entre le salaire versé aux fonctionnaires de l'État québécois et celui versé aux
fonctionnaires municipaux. On nous a
dit que cette étude avait négligé — et là je ne le dis pas sous l'angle de
traiter de négligence l'Institut de statistique du Québec — avait
négligé toutes les municipalités comptant moins de 25 000 habitants. C'est
oublier pas mal de municipalités au
Québec, M. le Président. Puis-je vous le faire remarquer, je disais, à
l'occasion du débat, là, sur l'adoption de principe, que, dans ma circonscription à moi, il n'y a qu'une
municipalité sur 16 comptant plus de 25 000 habitants. Et savez-vous quoi, M. le Président? J'ai appris,
la semaine dernière, en feuilletant l'hebdo local de chez moi, que le maire
de cette municipalité, celle de Sorel-Tracy,
Serge Péloquin, appuie les syndiqués et se prononce en défaveur du projet de
loi soumis à notre étude. Tous les maires ne sont pas en faveur du projet de
loi n° 110.
Mais je
reviens à la motion, là, de mon collègue de René-Lévesque pour encore une fois
l'appuyer du point de vue qu'il me semble tout à fait pertinent, sinon
même quasi incontournable, d'entendre les producteurs de cette étude qui a fait
l'objet de tant de références au cours des auditions.
Le Président (M. Auger) : Merci, M.
le député de Richelieu. Est-ce qu'il y a d'autres interventions?
S'il n'y a
pas d'autre intervention, je vais mettre aux voix la motion du député de
René-Lévesque. Est-ce que la motion est adoptée?
Le Président (M. Auger) : Rejeté. On
va me demander le vote par appel nominal? Mme la secrétaire?
La Secrétaire : Pour, contre,
abstention. M. Ouellet (René-Lévesque)?
La Secrétaire : M. Rochon
(Richelieu)?
La Secrétaire : M. Coiteux
(Nelligan)?
La Secrétaire : M. Morin
(Côte-du-Sud)?
La Secrétaire : M. Chevarie
(Îles-de-la-Madeleine)?
La Secrétaire : M. Rousselle
(Vimont)?
M. Rousselle : Contre.
La Secrétaire : M. Plante
(Maskinongé)?
La Secrétaire : M. Carrière
(Chapleau)?
La Secrétaire : M.
Laframboise (Blainville)?
M. Laframboise : Contre.
Secrétaire : M. Auger (Champlain)?
Le Président (M.
Auger) : Abstention. Merci beaucoup.
Nous
allons maintenant reprendre avec l'étude
article par article. On va prendre en
considération l'article 1 du projet de loi. M. le ministre, la parole
est à vous.
Coiteux : Merci, M. le Président. Alors, on est au
chapitre I, Objet
de la loi et principes directeurs, et l'article 1 se lit comme
suit :
présente loi vise à assurer, dans le processus de détermination des conditions
de travail des salariés du secteur municipal,
la prise en compte des attentes collectives de ces salariés et des impératifs d'une gestion efficace et efficiente
des ressources financières destinées à la prestation des services publics.
cette fin, les principes suivants doivent guider en tout temps la détermination
des conditions de travail dans ce secteur :
en qualité d'institution démocratique, une municipalité est redevable auprès de
ses contribuables de l'utilisation du produit des taxes et tarifs
qu'elle perçoit pour assumer la prestation des services publics qui lui
incombent ou qui incombent à un autre employeur municipal dont elle assume en
totalité ou en
partie les dépenses, chaque employeur municipal ayant par ailleurs pour mission première de dispenser des
services de qualité aux résidents de chaque territoire desservi;
l'attraction et le maintien à l'emploi d'un personnel qualifié commandent des
conditions de travail justes et raisonnables eu égard aux qualifications
requises, aux tâches à exécuter et à la nature des services rendus;
«3° l'équité entre
les membres du personnel exige de maintenir un rapport approprié entre les
conditions afférentes aux différentes
catégories ou classes d'emploi, notamment en ce qui concerne les salaires, les
augmentations salariales et les avantages pouvant être consentis;
il est de la responsabilité de l'employeur de pourvoir à l'embauche de
personnel qualifié, de gérer ses effectifs et d'en contrôler le niveau
de manière à combler ses besoins opérationnels.»
Président (M. Auger) : Juste
un instant, M. le ministre. Juste apporter un petit point, c'est technique,
là, mais pour s'assurer que tout le monde comprenne bien les choses lorsqu'on
décrit les différents articles.
Donc,
si on prend l'article 1, il y
a deux alinéas et il y a
quatre paragraphes. Donc, lorsqu'on a 1°, 2°, 3°, 4°, ce sont des paragraphes. Donc, c'est un
petit détail technique, mais juste pour que tout le monde comprenne bien
la même chose lorsqu'on dit tel paragraphe, tel alinéa. Ça vous va?
M. le ministre, vous pouvez continuer.
M. Coiteux :
Ça me va parfaitement.
Le Président (M.
Auger) : Excellent.
Coiteux : J'ai terminé,
donc, la lecture. Simplement pour expliquer un peu plus la nature de cet article,
alors, ça énonce évidemment l'objet de la loi, qui consiste à assurer la
prise en compte des attentes collectives des salariés du secteur municipal et, en
même temps, les impératifs d'une
gestion efficace et efficiente des ressources financières des employeurs de ce secteur. Et c'est cet équilibre, dont j'ai parlé,
entre deux principes qui se reflète ici, là. On énonce ces principes.
Ces principes doivent ensuite évidemment guider et ils servent ensuite.
Évidemment, dans le
détail des articles qui vont suivre, on va expliciter un certain nombre de
choses, mais ils doivent guider toutes les
parties, hein, finalement, qui doivent se reconnaître dans ces grands
principes fondamentaux ici. Et le caractère d'institution
démocratique est très important. Le caractère fondamental des droits des
salariés, et leur représentation collective,
et le droit de négocier collectivement leurs conditions de travail, tous ces
principes-là sont présents et doivent inspirer l'ensemble du projet de
loi.
Le Président (M.
Auger) : Merci. Est-ce qu'il y a des interventions concernant
l'article 1? M. le député de René-Lévesque.
M. Ouellet : Merci, M. le Président. Alors, je crois comprendre, M. le ministre, que
vous n'avez pas d'amendement au
chapitre I,
article 1. Écoutez, nous, on en aurait un, M. le Président, qu'on
aimerait déposer et que je vais lire tout de suite, puis qu'on pourra
faire les copies par la suite.
L'amendement proposé
est que l'article 1 du projet de loi n° 110 est modifié par le retrait,
dans le quatrième paragraphe, des mots suivants : «de gérer ses effectifs
et d'en contrôler le niveau de manière à combler ses besoins opérationnels».
Le Président (M.
Auger) : Merci. Je vais suspendre les travaux quelques instants.
(Suspension de la séance à
11 h 14)
Président (M. Auger) : Nous reprenons nos travaux avec un amendement à
l'article 1 du député de René-Lévesque. M. le député, pour des
explications à votre amendement.
M. Ouellet : Merci beaucoup, M. le Président. Alors, nous sommes dans le coeur même
du projet de loi, au
chapitre I,
article
1, et je pense que c'est important de prendre un temps d'arrêt, M. le ministre,
à ce moment-là, parce que cet
article va
venir gouverner, en grande
partie ou même en totalité, l'ensemble des prochaines
dispositions. Et pourquoi qu'il faut prendre
un temps d'arrêt? Parce que, quand on lit cet
article comme ça, là, la façon
dont on l'interprète, puis je voudrais vous
entendre là-dessus, c'est qu'on vient jouer dans le droit de gérance. Et ça, M.
le Président, le droit de gérance, là, ça appartient à l'employeur.
pense que tout le monde est d'accord, là, employé non syndiqué, là, tu postules
pour un emploi, l'employeur te donne
des conditions. Si tu penses être victime de certains préjudices, tu as les
normes du travail, tu as la santé, sécurité au travail. Et, dans
certains cas, pour valoir leurs droits, les gens peuvent se syndiquer. Donc,
dans une convention collective, M. le
Président, nous convenons des différentes dispositions entre les parties pour
gérer les relations de travail. Tout ce qui n'est pas dans une
convention collective revient de facto à l'employeur, donc c'est son droit de
gérance.
Quand
on lit cet article-là comme ça, qui dit qu'on est de la responsabilité de
pourvoir à l'embauche de personnel qualifié,
et de gérer ces effectifs, et d'en contrôler le niveau de manière à combler ses
besoins opérationnels, c'est comme si on
dit : O.K., dans une convention collective, nous avons négocié des clauses
de mouvements de main-d'oeuvre, nous avons
négocié des niveaux d'emploi, mais, considérant ça, dorénavant, ces clauses-là
qui sont prévues à la convention collective
ne seront plus légales par rapport à la loi. Donc, d'entrée de jeu, notre
prétention, et c'est ce que je voudrais savoir du côté du ministre, c'est que, si on inclut ça comme ça, les
prochaines négociations, quand on va parler de niveau d'emploi... parce que ça fait l'affaire des deux
parties. Dans certains cas, les employeurs veulent se garder un certain nombre
minimal pour assurer un service adéquat, et
les autres parties aussi, d'avoir un certain nombre de postes dits permanents
pour assurer une certaine équité à l'intérieur de l'unité de négociation.
Bref, ce qu'on dit,
là, c'est qu'à la prochaine négociation tout ce qui touche ces niveaux d'emploi
là, là, est anticonstitutionnel à la loi, et
donc on tasse ça et on ne peut plus
négocier ça, parce que ce droit-là, maintenant, de gérer les effectifs, parce que c'est très large, et d'en
contrôler le niveau de manière à combler ses besoins opérationnels... Là,
on vient d'ouvrir la porte pour réécrire sur une page blanche les différentes
conventions collectives dans le milieu municipal
par rapport à tout ce qui a été négocié, et entendu, et échangé en contrepartie
pour ce qui est du niveau d'emploi ou
du type d'emploi. Est-ce que c'est un emploi permanent, temporaire,
occasionnel, surnuméraire? Et, dans certains cas, même, est-ce qu'on
peut donner certains corps de métier en sous-traitance?
Donc,
j'aimerais entendre le ministre sur son interprétation et l'importance de voir
apparaître, dès le
chapitre I,
article 1, cette précision-là
dans la loi.
Le Président
(M. Auger) : M. le ministre et, par la suite, M. le député de
Blainville.
M. Coiteux :
J'entends l'argumentaire, mais je ne vois pas où est le problème. Il n'y a
absolument rien, dans les principes
qui sont évoqués ici, qui empêche deux parties de décider, dans une convention
collective, qu'il y aura un certain niveau
d'emploi pour des tâches déterminées. Il n'y a absolument rien qui interdit ça.
J'entends le message que désormais, parce
qu'on réaffirme, parmi les principes, non seulement les attentes collectives
des salariés — c'est un
principe qui est réaffirmé ici, puis
il n'y a personne qui nous suggère de faire un amendement pour l'enlever des
principes directeurs — de réaffirmer le droit de gérance, qui est quelque chose
qui est reconnu de tous, là, ici...
Alors,
ce sont des principes qui guident, ce n'est pas des principes qui interdisent
des choses. Alors, j'entends, là, la crainte exprimée, mais,
honnêtement, je la trouve plus qu'exagérée, je la trouve, hein, non fondée. Il
n'y a pas de problème comme celui-là qui est soulevé par cet
article 1.
Le Président
(M. Auger) : M. le député de Blainville.
M. Laframboise : Oui. Bien, moi, je veux juste qu'on soit bien transparents, M. le ministre, parce que... D'abord, comment
il y a de... Est-ce qu'on sait combien qu'il y a de municipalités qui ont des planchers d'emploi? Combien de conventions
collectives ont des planchers d'emploi au Québec?
Le Président
(M. Auger) : M. le ministre.
M. Coiteux : Moi, je n'ai pas cette information-là, donc je ne peux pas communiquer cette information-là, mais je réitère ce que je
viens de dire. Je veux dire, celles qui veulent bien en avoir et qui
négocient, les deux parties négocient de
telles choses, il n'y a rien qui interdit de le faire. Puis le projet de loi n'énonce aucune illégalité. Il énonce des grands principes, ici,
directeurs et il n'y a pas d'effet rétroactif. Et puis, par ailleurs, des municipalités
et des syndicats qui conviennent... et je ne
suis pas capable de vous confirmer le nombre, là, mais qui conviennent de telles dispositions ne seraient pas contraires
à la loi, mais absolument pas.
Donc,
c'est pour ça que je trouve que c'est une crainte qui est plus qu'exagérée. Je
dirais qu'elle est non fondée par rapport à l'intention et ce qui est
écrit tel quel ici, qui réitère des principes fondamentaux.
Le Président (M. Auger) : M. le
député de Blainville.
M. Laframboise : Oui, vous en conviendrez que, de gérer ces
effectifs et d'en contrôler le niveau de manière à combler ses besoins opérationnels... Je suis
d'accord avec vous que deux parties qui voudraient en négocier un, il n'y a pas
de problème, mais une des parties qui n'en
voudrait plus, de plancher d'emploi, pourrait demander... En tout cas, vous,
vous me dites que non, ça va rester comme
ça. Mais admettons, là, qu'on s'en va dans une négociation, là, puis... parce
que, vous le savez, là, la volonté de
plusieurs employeurs municipaux, c'est de ne plus... Puis je ne vous dis pas
que je suis contre ça, là, c'est juste que... c'est de ne plus avoir de
plancher d'emploi, là.
Mais, si c'était
leur intention, vous, ce que vous dites, c'est que ça n'empêcherait pas, là...
Est-ce que ça favoriserait la
négociation en cette faveur-là? C'est juste ça que je veux que vous compreniez,
là, c'est qu'une municipalité qui s'en irait dans une négociation puis
dit : Je n'en veux plus, de plancher d'emploi, puis qui s'en va jusqu'au
bout, puis qui demande à ce que ce soit tout
le système de règlement des différends qui s'applique, l'article 4
pourrait la favoriser. Ou, selon vous, c'est non? C'est juste ça que...
Le Président (M. Auger) : M. le
ministre.
Coiteux : Dans toute négociation, il y a des parties qui veulent
le secteur public québécois, il y a des demandes qui sont faites de part
et d'autre, il y a des principes qui sont
mis sur la table de part et d'autre, et puis on essaie d'atteindre une entente
négociée. Ici, on ne fait qu'énoncer
des principes directeurs, il n'y a pas de condition à respecter à la lettre
pour chacune des conventions
collectives. Et, en même temps, bien... puis on aura l'occasion de discuter
dans les autres articles, là. On veut favoriser
la négociation en toutes circonstances, mais, quand ça ne fonctionne pas, cette
négociation, et qu'on doit aller vers
l'intervention d'un tiers, le tiers, il regarde l'ensemble de ces choses-là, il
regarde aussi l'attraction et le maintien, il commande des conditions de travail justes et les questions d'équité
interne qui sont clairement énoncées ici. Puis, plus loin, vous savez
qu'on va parler aussi des conditions externes.
Alors, c'est
tout ça qui va être pris en considération. Alors, de penser que, tout d'un
coup, le droit de gérance qui est
affirmé ici, puis il est reconnu de tous, que, tout d'un coup, ça serait le
seul critère et le seul principe directeur, c'est non fondé. Ça fait
partie d'un ensemble.
Le Président (M. Auger) : M. le
député de Richelieu.
Le Président (M. Auger) : Oui,
René-Lévesque.
Ouellet : Donc, si je
comprends bien votre interprétation, M. le ministre, c'est que nous avons peur
d'avoir peur, et, quand on lit ça
comme ça, il n'y a pas d'incidence, selon vous. Vous savez qu'en droit, quand
on inscrit quelque chose, il faut
aller jusqu'au bout. On n'inscrit pas quelque chose ici pour dire : C'est
déjà reconnu, tout le monde est d'accord avec ça, faisons juste le mettre, ce
que tout le monde accepte. Quand on met quelque chose dans une loi, vous êtes
d'accord avec moi que le législateur, sa finalité, c'est de
l'interpréter puis savoir à quoi ça sert.
Alors, notre
prétention, M. le ministre, c'est que de rajouter ça ne sert absolument à rien
et, en plus, ça rouvre le pan pour dire : Écoutez, dans le cas d'une négociation
sur le niveau d'emploi, toutes discussions par rapport à ça, si je fais référence à cette disposition-là, ne peuvent être
tenues. Elles sont illégales puisqu'on reconnaît à l'employeur de contrôler
le niveau de manière à combler ses besoins opérationnels.
Donc, si tout le monde est d'accord que le droit
de gérance, c'est le droit d'embaucher qui je veux selon des critères, on
s'entend que de rajouter «de gérer ses effectifs et d'en contrôler le niveau»,
on vient directement jouer à l'intérieur même des relations qui avaient été
déjà établies par les différentes parties.
Le Président (M. Auger) : M. le
ministre.
Coiteux : Non. Je ne suis
pas d'accord avec cette dernière interprétation qu'on est en train de jouer
dans les ententes qui ont déjà été convenues ou qui pourraient être convenues à
l'avenir et qui, de part et d'autre, impliqueraient de telles
conditions. Non, je ne suis pas d'accord avec cette interprétation-là.
Revenons à la
base, là. «La présente loi vise à assurer, dans le processus de détermination
des conditions de travail des
salariés du secteur municipal, la prise en compte des attentes collectives de
ces salariés et des impératifs d'une gestion efficace et efficiente des ressources financières destinées à la prestation
des services publics.» Ça dit tout, mais ensuite, on donne un petit peu
plus de substance autour de ça, mais c'est ça qui est fondamental ici.
Alors, non,
ça n'interdit pas, ça ne rend pas illégal. C'est simplement qu'ici il y a un
ensemble de considérations, il y a un
ensemble de principes qui guident les parties dans leurs négociations, qui peut
guider, dans certains cas, un tiers. Puis
ce n'est pas parce qu'on souhaite que les tiers interviennent là-dedans, mais
ça arrive dans notre société, parfois, que des tiers interviennent. Alors, les tiers aussi, ils vont regarder ça,
mais ils vont regarder les autres dispositions de la loi par ailleurs.
Ils vont regarder tout ça.
Un employeur
pourrait dire : Moi, je ne veux pas, là, qu'on me parle de l'équité
interne. Il pourrait nous dire ça. Alors, on lui dirait : Regardez
c'est quoi l'enjeu ici. Est-ce qu'il faudrait que désormais, toute convention
collective qui aurait essayé de trouver un
équilibre entre les différentes catégories d'employés d'un même employeur,
bien, ça, ça deviendrait illégal d'en
tenir compte? Mais pas du tout. Pas plus pour ce principe-là que pour les
autres qui sont énoncés ici.
Donc,
je ne veux pas insister davantage sur... Parce que vous m'avez dit :
Est-ce qu'on a peur d'avoir peur? Je ne veux pas le prendre dans ces termes-là, mais ça m'amène à penser que vos
craintes, telles qu'elles sont exprimées, n'ont pas le fondement dans
cet
article 1 puis elles n'ont pas de fondement dans aucun des articles de ce
projet de loi.
Le Président (M. Auger) : M. le
député de Richelieu.
M. Rochon : M. le Président, tout à
l'heure, le ministre nous a confié ne pas savoir combien de municipalités comptaient une convention collective à l'intérieur
de laquelle se retrouvait un plancher d'emploi. Il a confié ne pas savoir ça.
Moi, je pense
qu'il y a autre chose qu'il ne sait pas, c'est la portée que son projet de loi
pourrait avoir. Je partage l'interprétation
de mon collègue de René-Lévesque qu'avec ce quatrième alinéa du premier
article
du premier
chapitre du projet de loi
on risque de sortir des négociations le contrôle du niveau d'emploi, hein? Il y
a une expression pour ça dans les
conventions, on parle de plancher d'emploi. Il nous dit que ce n'est pas le
cas. Alors, puisque ce n'est pas le
cas et que ce quatrième alinéa semble — en l'écoutant, c'est ma
conclusion — être
là tout à fait inutilement... qu'il est parfaitement sans effet, je soumets qu'il devrait souscrire à l'amendement de mon collègue de René-Lévesque et faire disparaître la
partie pour
laquelle nous jugeons qu'il pourrait y avoir interprétation autre que la
sienne.
Le Président (M. Auger) : M. le
ministre.
M. Coiteux : Non. Je réitère
que je ne suis pas d'accord avec l'interprétation qui est donnée par l'opposition
officielle et je ne vois pas pourquoi on devrait commencer à jouer dans les
principes directeurs. Tant qu'à y être, alors, on va jouer dans tous les principes directeurs? Il n'y aura
plus de base sur laquelle va reposer ce projet de loi? Ce n'est
pas ça, l'objectif, ici. Donc, je
réitère qu'il n'est absolument pas dans l'intention de quiconque d'empêcher les
parties de s'entendre sur des
dispositions, comme par exemple ces fameux planchers d'emploi. Il n'y a
rien qui ne l'interdit, ni dans le
passé — il
n'y a pas d'effet rétroactif — mais
ni même dans l'avenir. Il n'y a rien qui interdit ça. Mais il y a
des principes directeurs ici qui sont les suivants : alors, cet
équilibre entre la saine gestion des ressources qui sont confiées aux municipalités, qui sont des institutions démocratiques
redevables devant leurs citoyens, et les attentes et les droits collectifs
des salariés. C'est tout ça qui est reflété ici.
Le Président (M. Auger) : M. le
député de Blainville.
M. Laframboise : Oui. Je vais juste revenir sur le nombre parce
que j'avais l'impression qu'il y en avait de moins en moins, de
conventions collectives avec des planchers d'emploi, puis c'était pour ça...
Parce qu'effectivement ce quatrième alinéa,
là, pourrait créer des problèmes par rapport au plancher d'emploi, bien, ou
avantager par rapport au plancher d'emploi,
là, pour ceux qui veulent le voir disparaître, puis c'était pour ça que je
voulais avoir le nombre, là. Pour le reste, là, je peux suivre le
ministre, là, par rapport à ça.
Le Président (M. Auger) : M. le
député de René-Lévesque.
M. Ouellet : M. le ministre, j'ai beaucoup d'admiration pour
vos compétences, mais seriez-vous prêt aujourd'hui, comme ministre, là, avec le peu d'expérience que
vous pouvez avoir en droit du travail, à dire qu'il n'y a aucun légiste
qui va aller au fond des choses pour
interpréter cette clause-là? Êtes-vous capable d'affirmer aujourd'hui, là,
qu'il n'y a aucun tribunal qui va
être saisi de ça pour dire : Ah! finalement, on va aller au fond des
choses? Parce que moi, je vous le dis, là, il y a des gens qui vont y aller pour dire : Ce droit-là qui est
inscrit, cet article-là, là, ces dispositions-là qui sont inscrites, là, jusqu'où je peux aller? Vous êtes en train de
nous dire... Ce que j'entends, là, c'est que, bien, les craintes que nous
avons sont non fondées, et faites-nous
confiance, là, il n'y a pas personne qui va aller devant les tribunaux pour
aller au fond des choses sur cet
article aussi fondamental. Êtes-vous capable d'affirmer ça, M. le ministre,
dire que, non, personne ne va aller
sur les tribunaux, personne ne va se rendre jusqu'au bout? C'est écrit comme
ça, c'est un principe directeur, c'est
reconnu, tout le monde est d'accord avec ça, mais vous trouvez important et
nécessaire de le préciser avec des mots très déterminants : gérer
des effectifs, contrôler le niveau et combler des besoins.
Le Président (M. Auger) : M. le
ministre.
M. Coiteux :
Non, je répète, là, je suis même un petit peu surpris de l'insistance là-dessus
parce que rien dans les principes qui
sont énoncés ici n'empêche les parties de négocier des conditions de travail
qui comprendraient le genre de dispositions dont il fait état ici. Alors, ce
n'est pas un
article 1 qui dit : Voici, désormais, il sera illégal
de... Ce n'est pas ça. Ce n'est pas
ça, la portée de cet article-là. La portée de cet article-là, c'est de donner
des principes directeurs qui vont guider
les parties dans le processus, guider les parties dans le processus. Et il y a
différents éléments ici, mais le premier paragraphe dit tout, là, hein,
c'est la saine gestion des ressources qui sont confiées aux municipalités puis
les attentes collectives des salariés, et c'est tout ça qui se voit reflété
ici.
Le Président (M. Auger) :
D'autres interventions? M. le député de René-Lévesque.
M. Ouellet : Donc, vous trouvez nécessaire et important
d'inscrire dans le principe directeur l'étendue du droit de gérance. Ce droit de gérance là est reconnu
partout à travers le code, c'est-à-dire tout ce qui n'est pas inclus dans une
convention collective
appartient à l'employeur. C'est déjà ça. C'est déjà ça que ça prévaut. La
jurisprudence s'en va dans cette
direction-là. Bref, tout le monde se sont penché là-dessus, et ce qu'il n'y a
pas dans la convention collective revient exclusivement au devoir et à l'obligation de l'employeur, alors pourquoi
inscrire dans le principe directeur pour rappeler... Parce que, quand on
lit ça, c'est pour rappeler, dans le fond : Quand vous allez négocier, là,
les parties, là, sachez que l'employeur,
c'est lui qui embauche le personnel qualifié, c'est lui qui gère les effectifs,
c'est lui qui en contrôle le niveau de
manière à combler ses besoins en personnel. Vous trouvez que c'est nécessaire
et important d'inscrire ça. Nous, ce qu'on
dit, M. le ministre, c'est que, si on inscrit ça, je vous le dis, il y a des
organisations qui vont aller jusqu'au bout pour éclaircir cette nuance-là qui va venir assurément restreindre tout ce
qui a été bâti en matière de négociation. Donc, ce qui est inclus dans une
convention collective est convenu entre les parties et ce qui ne l'est pas
appartient au droit de gérance.
Le Président (M. Auger) : M. le
ministre.
M. Coiteux : Écoutez, je
pourrais répéter la même chose que j'ai dite, mais je ne suis pas d'accord avec
cette interprétation que vous donnez à
l'article 1. Je ne suis pas d'accord. Ce n'est pas ça que vient faire
l'article 1. Alors, je ne vais pas répéter ce que j'ai déjà dit.
M. Ouellet : Mais c'est quoi, sa nécessité, d'abord? Pourquoi
inscrire ça? Si vous me dites : Vous avez peur, puis vous me
dites : Bien, écoutez, c'est déjà reconnu et connu, alors pourquoi
l'inscrire? Pourquoi venir le préciser?
Vous savez,
M. le ministre, le législateur, quand il sera saisi d'une question relative à
cette loi-là, va venir le préciser, va
venir le baliser et va venir l'interpréter. Alors, pourquoi aller dans ce
sens-là quand tout a été dit et tout a été fait par rapport au droit de
gérance et que la jurisprudence a déjà tracé de nombreuses lignes là-dessus?
Le Président (M. Auger) : M. le
ministre.
M. Coiteux :
Mais vous, vous prenez un principe, et puis vous prenez un paragraphe, puis
vous ne regardez pas les autres.
C'est l'ensemble de ces paragraphes-là qui vont guider, c'est l'ensemble de ces
paragraphes-là. Alors, c'est cet équilibre-là.
Alors, si vous êtes contre un équilibre... Vous avez un autre équilibre en
tête, mais l'équilibre qui est proposé dans
le projet de loi, c'est cet équilibre-là, mais il ne remet pas en question
nullement, nullement la possibilité que les deux parties conviennent de dispositions où ils vont partager un certain
nombre de décisions quant aux effectifs. Il n'y a rien qui interdit ça,
absolument rien.
Le Président (M. Auger) : M. le
député de Blainville.
M. Laframboise : Oui. Ça fait que, là, M. le ministre, moi, je
vous le dis, je veux vous suivre, mais... C'est parce que c'est sûr que cet article-là s'attaque
directement aux planchers d'emploi, là, je veux dire, sinon essayez de me convaincre
que ce n'est pas ça, là, parce que «contrôler le niveau de manière à combler
ses besoins opérationnels», là, c'est...
bon. Donc, s'il y a un litige, ça veut dire qu'il y aurait quelqu'un à quelque
part dans la gestion des conflits qui va utiliser cet article-là. Puis moi, je ne vous dis pas que je suis
contre, là. Mon problème, c'est que vous ne le voyez pas que ça va servir à ça, qu'on ne sait pas le nombre
de conventions collectives au Québec, dans le milieu municipal, qui ont des planchers d'emploi. Ça, j'ai bien de la
difficulté avec ça, M. le ministre, là, parce que, théoriquement, moi, je suis
de l'impression qu'il y en a de moins
en moins, donc, théoriquement, ça pourrait aider à s'en aller vers le bon côté,
mais, je veux dire, vous ne le savez
pas. Ça, c'est pour ça, là, il faut être transparent, là. Il y a des gens qui
nous écoutent puis qui nous
regardent, puis moi, je vais être... Tu sais, c'est ça que je voudrais, là,
qu'on soit clairs. Puis, comme je vous dis, je peux vous appuyer, mais c'est sûr que cet article-là s'attaque aux
planchers d'emploi. Il y en a combien, au Québec, de conventions collectives, qui sont par rapport à
ça? Puis cet article-là risque d'avoir une influence, il faut le dire. Puis,
tu sais, je ne veux pas... Je comprends
que... Puis il faut comprendre aussi qu'il y a des gens qui s'opposent à ça,
puis c'est correct, là, ça fait
partie du débat politique. Mais, moi, mon questionnement, c'est de savoir
comment on en a qui risquent d'être affectées, de conventions
collectives qui risquent d'être affectées par cet article-là, tout simplement.
Le Président (M. Auger) : M. le
ministre.
M. Coiteux :
Oui. Les gens se concentrent sur un paragraphe, et il faut arrêter de regarder
l'arbre, il faut regarder la forêt,
là, ici. Il y a plusieurs éléments qui viennent expliquer ce que ça veut dire,
de s'assurer de respecter les attentes collectives des salariés et la
gestion efficace des ressources dans le secteur municipal.
Alors,
quelqu'un pourrait faire une bataille sur l'attraction et le maintien à
l'emploi d'un personnel qualifié. Je trouverais
ça étrange, sérieusement, tout comme je trouve étranges les craintes qui sont
exprimées à l'égard du fait que l'employeur doit s'assurer d'avoir les
effectifs qui correspondent à ses besoins opérationnels. Mais ça fait
partie de
l'ensemble des considérations. Et tout ça, et tout ça, ce sont tous des
principes relatifs, là, ce sont tous des principes relatifs. C'est comme si on voulait faire une discussion sur une
hiérarchisation des principes sur : Celui-là, oui; celui-là, non; celui-là, il fait notre affaire; celui-là, il ne
fait pas notre affaire. C'est un ensemble de considérations. Mais il n'y a rien,
je répète, il n'y a rien qui empêche les
parties de convenir d'un droit de
regard à travers des ententes dans les conventions
collectives sur les effectifs. Il n'y a rien qui interdit ça.
Le Président (M. Auger) : M. le
député de Richelieu... Blainville, sur le même sujet?
M. Laframboise : Bien, sur le même sujet. C'est pour dire que, M. le ministre, par contre, il faut être conscient qu'il y a
certaines dispositions qui vont s'attaquer à des problèmes plus que
d'autres, là. C'est ça, la réalité, là, de tout votre document quand on le lit, là. Et, entre
autres, ce que je vous dis, c'est que cet article-là va toucher plus les
planchers d'emploi, donc... Puis
c'est correct, ça, je ne vous dis pas que ce n'est pas correct. Le problème,
c'est, quand je vous pose la question : Comment on en a, de conventions collectives qui risquent d'être affectées par ça?, on ne le
sait pas. Ça, j'ai plus de difficultés
avec ça, tout simplement.
Le Président (M. Auger) :
Commentaires?
M. Coiteux : Non, je n'ai pas à
ajouter.
Le Président (M. Auger) : M. le
député de Richelieu.
M. Rochon : L'absence de chiffres à l'égard
du nombre de municipalités, là, dont les conventions collectives sont
pourvues d'un
article sur le plancher d'emploi est une criante démonstration du besoin
que nous aurions que la gardienne du
Code du travail soit ici, que le ministère du Travail soit ici. Vous voyez, là?
C'est ça, déplacer du ministère du Travail au ministère des Affaires municipales les relations de travail dans le
secteur municipal. Là, la démonstration est criante que, déjà, ça
commence à ne pas marcher.
Deux courtes
remarques. Je lis en effet très, très attentivement les principes directeurs du
projet de loi n° 110 et je ne peux pas faire autrement que de me
demander : Mon Dieu, quels principes gouvernaient, jusqu'à ce projet de
loi, les négociations dans le secteur
municipal? Avons-nous été en présence, depuis plusieurs années, de
municipalités négligeant tous ces
aspects, là, qui apparaissent au premier article? Alors, l'équité entre les
membres du personnel, la responsabilité de pourvoir à l'embauche de gens qualifiés, de gérer ses effectifs, d'en
contrôler le niveau, l'attraction et le maintien en emploi d'un
personnel qualifié, qui commandent des conditions de travail justes et
raisonnables, vous pensez que ces principes-là,
les maires et mairesses ne les
avaient pas déjà à l'esprit? Il leur faut un projet de loi pour les leur
rappeler? C'est assez épeurant.
Et, dernière
remarque, et celle-là, là, elle est tout
à fait branchée, là, sur l'article qui
pose problème, le quatrième alinéa de l'article, là... En passant, quand il dit, là, que nous
devons regarder l'arbre au complet et pas le condamner à ce qu'il soit abattu — il ne
l'a pas dit comme ça, là, mais c'est ce que je décode — je lui fais remarquer qu'on fait tomber
16 ou 18 feuilles de l'arbre, là. C'est
quelques mots, là, qu'on enlève de
son arbre, là, pas de l'arbre au complet, là. Bon. Je ne sais pas pourquoi
lui a une objection aussi, comment dire, assise contre cet amendement.
Mais ce que
j'allais donc ajouter sur ce qu'il nous dit à propos de cet amendement,
il nous dit : Ça n'empêchera pas les parties de négocier sur le thème du plancher d'emploi. Ah? Pourquoi
ne pas l'écrire? Pourquoi ne pas l'écrire, hein? Là, ça rassurerait tous ceux, y compris mon
collègue de la deuxième opposition, qui ont des inquiétudes, des questions,
en tout cas, des réserves. Pourquoi ne pas l'écrire, que cet alinéa, voire l'article
au complet, n'affectera pas... ne pourront pas être pris en compte pour
affecter les négociations des conventions collectives?
Le Président (M. Auger) : M. le
ministre.
M. Coiteux : Deux choses importantes d'abord,
parce qu'il y a deux choses qui ont été dites dans les
commentaires du député de Richelieu qui méritent une précision de ma
part. De un, le ministère du Travail est impliqué, il travaille avec... hein? Le gouvernement, c'est un travail
d'équipe. Alors, les gens du... Puis ils sont ici, d'ailleurs.
Et les gens du ministère des Affaires municipales travaillent avec les
gens du ministère du Travail. C'est un travail d'équipe, ça, un travail de gouvernement. Donc, il est
faux, là, de dire qu'il n'y a pas l'expertise du ministère du Travail qui est
mise à contribution dans la constitution d'un projet de loi comme celui-là.
C'est totalement faux. C'est totalement faux. Ça, c'est la première chose que je voulais dire parce que,
bon, je pense que cet argument-là va revenir à quelques reprises, et il n'est
pas juste, il est inexact, il est faux, même.
La deuxième
chose, c'est que j'entends dire que... Les maires, les maires, les maires. Ce
n'est pas un projet de loi pour les
maires, c'est un projet de loi pour les citoyens des villes du Québec. C'est
pour ça qu'on fait ce projet de loi là. C'est un projet de loi pour les citoyens des villes du Québec. Et c'est
pour ça qu'il y a des principes directeurs, ici, qui sont énoncés et qui sont clairement, clairement
campés en faveur des citoyens. Les citoyens veulent des services de qualité.
Ils veulent des services de qualité. Ils
veulent que les services leur soient rendus. Ils veulent que leurs élus
municipaux, là, c'est une institution démocratique qui est redevable
auprès d'eux, ils veulent qu'ils gèrent les ressources qui leur sont confiées — puis ils paient de l'impôt pour ça — de façon efficace et efficiente. Mais en
même temps, mais en même temps on
dit : Oui, mais, attention, ça ne se fait pas sans reconnaître le droit
des travailleurs à des conditions de travail justes et raisonnables, leur droit d'association, leur
droit de négocier leur convention collective. C'est un édifice qui repose sur
des principes fondamentaux. Alors, c'est ça qui est affirmé, ici, dans cet
article-là.
Le Président (M. Auger) : M. le
député de René-Lévesque.
M. Ouellet : Oui. Écoutez, M. le ministre, ce n'est pas que je
ne vous crois pas, mais j'ai beaucoup de misère à accepter que vous nous
dites : Faites-moi confiance... pas que vous nous dites, mais ce que
j'interprète : Faites-nous confiance,
en rajoutant ça, on ne vient pas d'ouvrir une boîte de Pandore qui était déjà
convenue entre les parties, ce qui a déjà
été négocié pourra être négocié encore, ce qui n'était pas négocié pourra
l'être aussi. J'ai un peu de misère à adhérer à ça. Et j'aimerais que quelqu'un du gouvernement,
un expert, vienne me dire : Écoutez, on met ça, là, parce que c'est d'un
commun usage; je pense que c'est important
qu'on mette ça en prémisse, là, mais ne vous inquiétez pas, personne ne
va pouvoir contester la légitimité de mettre
ou non des niveaux d'emploi dans les conventions collectives, personne ne va
pouvoir aller devant les tribunaux pour
amender... pas amender, pardon, mais aller devant les tribunaux pour faire
invalider cette disposition en disant : Écoutez, elle va contre ce
qui a déjà été entendu et négocié.
Je peux bien
vous faire confiance sur bien des articles, M. le ministre, là, mais là on
commence, et c'est le coeur même.
Vous nous avez dit : Faites attention, ne regardez pas l'écorce, regardez
l'arbre. Mais moi, je suis le territoire forestier au complet, là, puis, si on n'apporte pas des
précisions à toutes les interrogations et toutes les prétentions qu'on a
obtenues, je pense qu'on ne va pas
aller bien, bien loin, là. Pour nous autres, c'est important de savoir c'est
quoi, la nécessité. Puis on est
d'accord avec les autres points. On pense que c'est correct, là. On ne fera pas
de bataille sur le point 1°, on pense que c'est correct. Le point 2°, le point 3°, on est à l'aise avec ça. Même,
ce sont des choses qui sont reconnues. Mais le point 4°, pour nous, va un peu
trop loin, et on pense qu'en en enlevant une certaine
partie on respecte
l'objet de la loi et ses principes directeurs et on est capables d'aller
un peu plus loin sur les prochains articles. C'est ça qu'on dit.
Le Président (M. Auger) : M. le
ministre.
M. Coiteux :
Je vais être obligé de répéter la même chose. Et puis le discours ou
l'argumentaire qui est présenté par
nos collègues de l'opposition officielle, c'est comme si l'article 1 se limitait
au paragraphe 4° et c'est comme si le paragraphe
4° serait le seul élément, et que ça déterminerait tout le reste, et que ça
empêcherait des choses. Je pense avoir répété
assez souvent que c'était un élément parmi d'autres dans les principes directeurs
et que ça n'empêchait pas les parties de
s'entendre. Et, je vais le répéter encore, il n'y a pas d'empêchement à ce que
les parties négocient des dispositions qui tiennent compte du 1°, qui
tiennent compte du 2°, qui tiennent compte du 3° ou du 4°. Ce sont des
principes...
Le Président (M. Auger) : M. le
député de... Oui, M. le ministre.
M. Coiteux : ...pour guider.
Le Président (M. Auger) : Oui,
M. le député de Richelieu.
M. Rochon : Oui. C'est une question de directive, M. le
Président. Est-ce que je peux, autour de cette table, pendant les travaux de cette commission, mettre en lumière
l'absence d'une ministre? Je ne peux pas? C'est pour ça que je parle d'un ministère, M. le ministre, qui est absent,
parce que je ne peux pas dire «d'une ministre». C'est pour ça. Alors, niez.
Vous pouvez nier que le ministère soit
absent, mais vous ne pouvez pas nier
que la personne dont je ne peux pas parler le soit, elle. C'est ça qui m'ennuie terriblement, puisqu'elle est la gardienne du Code du travail, qu'on est
en train de modifier en son absence. Voilà.
Le Président (M. Auger) : M. le
député de René-Lévesque. Commentaires, avant, M. le ministre?
M. Coiteux :
Oui, simplement que, lorsqu'on dit qu'une municipalité a des caractéristiques
qui lui sont propres et que c'est une
institution démocratique redevable devant ses citoyens, je pense, c'est assez
normal que le ministre des Affaires municipales porte un tel projet de
loi.
Le Président (M. Auger) : M. le
député de René-Lévesque.
M. Ouellet : Oui. Ce que vous nous dites, M. le ministre,
c'est que, malgré cette disposition-là, les parties pourront convenir ou ne pas convenir d'instaurer ou pas des
niveaux d'embauche. C'est ce que vous nous dites. Mais, dans le cas où est-ce que, dans les négociations, on ne
réussit pas à s'entendre sur ce fameux niveau-là ou on ne réussit pas à
s'entendre sur le statut à donner à
certains salariés... parce qu'il faut comprendre... à savoir, un statut
permanent, occasionnel, temporaire,
surnuméraire ou même, à la limite, à contrat pourrait faire partie,
effectivement, du défi que les légistes auraient d'aller devant les tribunaux pour... excusez-moi l'expression, mais
challenger cette disposition. Donc, si on ne réussit pas à s'entendre, M. le ministre, puis on passe à
travers le processus de médiation... Mais, si je comprends bien, dans le cas
des policiers, pompiers, ça serait un
conseil des différends qui va trancher. Et, de l'autre côté, si je me rends
jusqu'au mandataire spécial, ça
serait un tiers qui va faire les recommandations pour lesquelles l'Assemblée
nationale pourrait avoir à se positionner.
Donc, ces
deux processus-là ou ces deux façons de fonctionner là devront se baser sur
certaines prémisses, et les prémisses...
puis on va le voir plus loin dans le projet de loi, certaines sont indiquées à
l'article 16, d'autres à l'article 17, mais doit tenir compte aussi du
chapitre I. Alors, si je suis un
conseil des différends ou si je suis un mandataire spécial et
je vois le quatrième paragraphe, qui
me dit qu'«il est de la responsabilité de l'employeur de pourvoir à l'embauche de [personnes qualifiées], de gérer ses effectifs et
d'en contrôler le niveau de manière à combler ses besoins opérationnels», l'interprétation que j'en fais, c'est qu'il va
dire : Bien, écoutez, c'est déjà inclus que ce droit-là appartient à l'employeur, de gérer le nombre, d'en contrôler le niveau de façon à faire ses
opérations courantes, alors je ne statuerai pas, puisque je ne peux statuer
sur la disposition de convenir ou pas d'un niveau d'emploi ou d'un plancher
d'emploi.
Alors, notre
crainte, elle se situe là, M. le ministre. On peut, dans une négociation,
convenir ensemble de dispositions,
mais, si, en bout de course, on n'est pas capables de convenir et que les
différents processus, que ce soit le conseil
des différends, ou le mandataire ne peut intervenir sur ce qui achoppe parce
que la loi lui dit que ça appartient à l'employeur, là on vient effectivement de venir
jouer dans cet équilibre qui s'était établi entre le droit de gérance et ce
qui est inclus ou non dans une convention
collective. C'est ça, notre crainte, et c'est pour ça qu'on veut voir
disparaître cette disposition-là et commencer à travailler sur les
autres dispositions que nous pourrions améliorer ensemble.
Le Président
(M. Auger) : M. le ministre.
M. Coiteux :
Ce sont des principes qui guident. C'est un grand principe d'équilibre, ce sont
des principes qui guident l'ensemble. Mais,
ceci dit, ça n'interdit pas de convenir de quelque disposition que ce soit par
la voie négociée. Et d'ailleurs, au
fur et à mesure qu'on va progresser, on va s'apercevoir que tout dans ce projet
de loi, tout dans ce projet de loi, privilégie des solutions négociées.
Le Président
(M. Auger) : M. le député de René-Lévesque.
M. Ouellet : Vous dites qu'on va pouvoir convenir. Est-ce qu'on peut interdire, M.
le ministre? Est-ce qu'on peut interdire? Parce que c'est ça que ça dit,
là. Est-ce qu'on peut interdire les niveaux d'emploi?
Le Président
(M. Auger) : M. le ministre.
M. Coiteux :
Ce n'est pas un
article sur des interdits, c'est un
article sur des principes.
Et, si on commençait à faire la liste de
tout sur quoi on peut se mettre d'accord dans une convention collective, si
vous vouliez des articles pour dire
ce qui est permis puis ce qui n'est pas permis, bien, ça serait le contraire de
la libre négociation. Alors, on ne va pas entrer là-dedans, on se
comprendra, parce qu'on ne doit pas et nous ne voulons pas interférer dans
cette négociation.
Le Président
(M. Auger) : M. le député de René-Lévesque.
M. Ouellet : La prétention qu'on a, M. le ministre, c'est qu'on va venir interférer
dans les négociations avec cette disposition-là,
la première, la référence. Tout le monde, toutes les parties patronales et
syndicales vont regarder ce premier chapitre, ils vont regarder cet article-là
en disant : Est-ce qu'on peut ou on ne peut pas? Et, quand je lis ça, quand on le lit comme ça... Puis il est peut-être
mal libellé, M. le ministre. On peut essayer de travailler ensemble parce que,
là, on veut effectivement le voir disparaître, mais on peut peut-être
travailler ensemble pour apporter d'autres amendements pour le
préciser ou, du moins, le baliser. Mais, pour nous, écrit comme ça...
C'est
pour ça qu'on dépose un amendement, M. le
Président, on veut voir disparaître
ces 16 feuilles de l'arbre, là, parce
qu'on pense qu'effectivement on vient restreindre la forêt, pour reprendre vos
propos, de la négociation. On vient dire qu'au final tout ce qui sera non
convenu à l'intérieur de la négociation, donc ce que le conseil des différends
sera saisi et ce que le mandataire pourra être saisi, bien, il aura en tête que
gérer les effectifs et d'en contrôler le niveau de manière à combler ses
besoins opérationnels ne fait pas
partie d'une entente à être négociée, donc je
n'ai pas à tenir compte, je ne me
positionnerai pas là-dessus. Donc, les demandes, de part et d'autre, seront
déclarées assurément illégitimes, et
donc nous allons passer à autre chose dans la négociation et complètement tasser
ça du revers de la main. C'est ça, notre crainte.
Le Président
(M. Auger) : M. le ministre, commentaires?
M. Coiteux :
Bien, j'ai déjà exprimé que je ne partage pas cette crainte.
Le Président
(M. Auger) : M. le député de René-Lévesque.
M. Ouellet : Donc, pour vous, M. le
ministre, écrit comme ça, il n'y a
pas moyen de faire d'autres amendements,
hein? Parce que j'en ai d'autres. On va discuter encore longtemps là-dessus, là.
Alors, pour vous...
Le Président
(M. Auger) : M. le ministre.
M. Coiteux : Je
pense qu'on aura compris qu'on n'est
pas d'accord avec cet amendement qui commence à dire : J'en prends un, j'en laisse un. C'est un ensemble
de principes qui guident les parties, toutes les parties concernées. Ça
n'interdit rien, ça n'interdit rien.
Le Président
(M. Auger) : M. le député de Richelieu.
M. Rochon : J'ai relevé quelque chose tout à
l'heure dans une intervention du
ministre et, me mettant à la place des
maires et mairesses du Québec, pour lesquels il dit ne pas avoir concocté ce projet de loi qu'il a plutôt pondu pour les citoyennes et citoyens du Québec,
quelque chose qu'il a dit qui, me mettant à la place des maires et mairesses,
ne m'aurait pas fait bien plaisir. J'ai
entendu le ministre dire que les citoyens et citoyennes voulaient que les administrations municipales prennent compte de leur capacité de payer. Ce
que j'entends, par déduction, c'est qu'actuellement il juge, le
ministre, que les administrations municipales n'en tiennent pas compte. J'ai bien peur, si
des maires et mairesses nous regardent
et l'ont entendu, que le climat qu'il souhaitait assainir avec les municipalités
ne redevienne plus pourri qu'il était. C'est un jugement sévère qu'il
porte, M. le Président.
Je souhaite lui dire, en tout respect,
je faisais référence tantôt aux principes qui guidaient jusqu'alors les
administrations municipales...
Président (M. Auger) : Juste un instant. M. le député de
Maskinongé, peut-être, parlez un peu plus fort, ce n'est pas évident de
comprendre avec le bruit.
M. Plante :
Oui, pourtant, d'habitude, je parle trop fort, mais... Question de règlement,
M. le Président. Mon collègue de
Richelieu, présentement, interprète les propos du ministre, et je suis
convaincu que ce n'est pas ce que le ministre a dit. Donc, ça serait important
que le député de Richelieu retire ses propos, puisqu'il s'agit d'une
interprétation et non des faits de ce que le ministre a dit.
Président (M. Auger) : Effectivement, j'ai écouté, depuis le tout
début, le questionnement, si je peux dire ainsi, du député de Richelieu, et je suis convaincu que le ministre aura
l'occasion d'y revenir, sur les propos du député de Richelieu. Mais effectivement je prends
l'occasion, là, pour vous souligner de faire attention, là, lors de vos
interventions. Mais vous pouvez continuer, M. le député de Richelieu.
M. Rochon : Oui. Que mon collègue d'en face, là, soit certain que mon intention
n'était pas de prêter au ministre quelque
discours que ce soit. C'est ce que moi, j'ai entendu. Mais la merveille de
cette commission, c'est que nous puissions lui poser des questions. Alors, si j'ai mal compris, ou mal interprété,
ou mal entendu, je suis absolument convaincu qu'il saura me le dire et
nous le dire.
Président (M. Auger) : Et nous allons poursuivre plus tard parce
que, compte tenu de l'heure, je vais suspendre les travaux de la
commission.
(Suspension de la séance à
12 heures)
Président (M. Auger) : À
l'ordre, s'il vous plaît! La Commission
de l'aménagement du territoire
reprend ses travaux. Je demande à
toutes les personnes présentes dans la salle de bien vouloir éteindre la
sonnerie de leurs appareils électroniques.
Nous
poursuivons l'étude détaillée du projet
de loi n° 110, Loi concernant le régime de négociation des
conventions collectives et de règlement des différends dans le secteur
municipal.
Lors
de la suspension de nos travaux de ce matin, nous étions rendus à l'étude de l'amendement,
à l'article 1 présenté par le député de René-Lévesque,
et le député de Richelieu avait la parole. M. le député de Richelieu.
M. Rochon :
...mais souvenons-nous, M. le Président, que j'avais terminé mon intervention
et que nous allions tous être suspendus au discours du ministre, la
réponse du ministre au sujet de mon intervention.
Le Président (M.
Auger) : M. le ministre.
M. Rochon :
S'en souviendra-t-il?
Coiteux : Encore faudrait-il
que je me souvienne exactement comment s'est terminée l'intervention de mon
collègue.
Le Président (M.
Auger) : Est-ce qu'il y a d'autres interventions? M. le député de René-Lévesque.
M. Ouellet : Merci, M. le Président. M. le ministre, vous nous avez indiqué, dans
les différentes consultations, et
même lors de l'étude du principe, que ce qui est important pour les villes...
pas d'adopter, pardon, mais de travailler à ce qu'on puisse les projeter dans l'avenir. Donc, ce que vous proposez dans les dernières modifications du Code
du travail, c'est de permettre aux
villes de faire face à leurs défis. Alors, si vous voulez bien, M. le ministre,
on va se projeter ensemble, on va aller vers l'avant, puis j'aurai des
réponses que j'aimerais obtenir sur cette projection-là.
Donc,
on se projette vers l'avant, et une municipalité X est en négociation avec ses
policiers et pompiers, et ils s'entendent
sur certaines balises, dont notamment les augmentations salariales, et on
arrive à un enjeu où est-ce qu'on n'est pas capables de s'entendre. Donc, la loi nous envoie directement à une
médiation, et la médiation nous envoie par la suite au conseil des différends.
Donc, on est rendus au conseil des différends, et un des enjeux pour lequel on
achoppe dans les discussions, et dont le conseil des différends est
saisi, c'est le plancher d'emploi. Donc, une
partie veut voir abolir le plancher d'emploi, tandis que l'autre
partie veut
le voir maintenir. Alors, quand on se projette, M. le ministre, dans l'avenir,
est-ce que, selon vous, un conseil des différends pourrait imposer un plancher
d'emploi? Pourrait-il l'imposer?
Le Président (M. Auger) : M. le
ministre.
Coiteux : Je ne veux pas me prononcer sur ce qu'un conseil de
règlement des différends va décider en fonction de la preuve qui va lui être soumise, parce que c'est présumer, là,
d'une décision ultérieure. Et puis ce qu'on a ici, ce sont des principes, et plus loin on verra qu'il y aura
des critères. Alors, c'est sur la base de ces critères. Mais chacune des
parties, si jamais on devait en
arriver à une situation où le conseil de règlement est saisi, va présenter des
arguments, va présenter sa propre preuve.
Alors, c'est
un petit peu difficile de ma part, sur la base d'un cas très hypothétique, de
vous dire qu'est-ce qui serait la
décision d'un conseil de règlement des différends quant à une disposition ou
une autre d'une convention collective, sinon
qu'il y a des critères, puis on aura l'occasion de les discuter, d'ailleurs,
quand on sera rendus à cette
partie du projet de loi. Et il y a des
principes, puis les principes sont ceux qui sont énoncés ici, au premier
article.
Le Président (M. Auger) : M. le
député de René-Lévesque.
Ouellet : Je comprends, M.
le ministre, que vous ne voulez pas présumer d'une fin, mais il existe quand
même une possibilité. Vous êtes d'accord avec moi?
Le Président (M. Auger) : M. le
ministre.
Coiteux : On est dans un cas extrêmement théorique, là, ou si, après,
vous savez, il y a encore d'autres articles, là, plus loin, là, qui privilégient la négociation, si, dans un cas
hypothétique, on n'était pas arrivés à une entente négociée, et que la médiation avait échoué, et que,
finalement, il y avait le conseil de règlement des différends qui était saisi,
chacune des parties va amener des
arguments et des preuves. C'est difficile, sur cette base-là, très théorique,
de dire qu'est-ce que ça serait, une décision. C'est trop théorique, en
d'autres termes.
Le Président (M. Auger) : M. le
député.
M. Ouellet : Mais vous ne niez pas
que la possibilité existe?
Coiteux : Je ne peux pas nier. Je ne peux pas dire quelque chose de
précis sur un cas qui n'existe pas, qui est soumis à notre attention.
Ouellet : Parce que c'est ça
qu'il faut qu'on fasse, là. Je veux dire, on va regarder le projet de loi, et
on va regarder chacune des situations
possibles, et on va se dire : Est-ce que le projet de loi répond aux
attentes que nous voulons, que vous voulez, entre autres?
Ce que
j'amène comme réflexion... Mais je me dis : Dans un avenir où est-ce qu'il
y aurait une négociation, et que le
conseil des différends serait pris à trancher sur un plancher d'emploi parce
qu'une des parties veut le voir disparaître, et l'autre des parties voudrait le voir maintenu, est-ce que, selon
vous, il existe une possibilité avec laquelle le conseil des différends — et, dans ce cas-là, la question se pose
aussi dans le cas du mandataire spécial — pourrait-il imposer ou non les
planchers d'emploi? Est-ce que cette possibilité-là existe dans la loi actuelle
que vous avez déposée?
M. Coiteux : Vous avez parlé du
mandataire spécial, qui n'impose rien du tout, sinon qu'il recommande comment on peut résoudre un conflit éventuel qui,
dans des circonstances exceptionnelles, n'a pas trouvé de solution. Il
n'est pas là pour imposer quoi que ce soit. Donc, ce n'est pas un arbitre, le
mandataire spécial.
M. Ouellet : O.K. Dans le cas du
mandataire spécial, si on prend l'exemple, le mandataire va recommander l'abolition du plancher d'emploi, et vous aurez ce
rapport-là entre les mains et vous serez saisi de ça. Est-ce que c'est une
possibilité, M. le ministre, que vous soyez saisi...
M. Coiteux : ...longue discussion
avant la pause de midi sur la question des planchers d'emploi. Il y en a qui
existent à l'heure actuelle. D'ailleurs, on a fait quelques coups de sonde pour
être capable de répondre à la question. Il y
en aurait. Sur 800 conventions collectives, on me dirait, il y en aurait
peut-être dans 150 et quelques cas, là,
peut-être un
peu plus que 150, mais pas plus que... ça n'arrive pas à 200, en tout cas. Donc, ça existe, et les deux parties peuvent s'être entendues
sur un plancher d'emploi. Et je répète que ce n'est pas parce qu'il y a des
principes ici que les parties ne peuvent pas
s'entendre sur de telles dispositions. Ce n'est pas une disposition qui est si
fréquente que ça, là. Ceci dit, on n'est
pas en train, là, de dire que, dans toutes les conventions collectives dans le
secteur municipal, il y a de telles dispositions,
mais c'est vrai que ça existe. Mais ça a été négocié, alors il n'y a
rien qui interdit que de telles dispositions soient négociées.
Le Président (M. Auger) : M. le député
de Richelieu.
M. Ouellet : Oui, tu veux y aller?
M. Ouellet : Bien, je vais
continuer, si tu veux.
Président (M. Auger) : René-Lévesque.
M. Ouellet : Vous nous dites, tantôt, M.
le ministre, que le conseil des
différends va être soumis à une preuve et va prendre sa décision sur
cette preuve-là. Croyez-vous que le conseil a la juridiction ou pas d'imposer
ce plancher d'emploi là? Croyez-vous que le conseil a tous les moyens nécessaires
pour décider en cette matière?
Coiteux : Il n'y a pas... on est en train de discuter d'un
article 1 dans lequel il n'y a même pas cette expression-là, «plancher d'emploi». Elle n'est pas là. Alors, on
fait une bataille sur une disposition qui existe dans certaines conventions
collectives, qui ne sont même pas nommées
dans cet article-là puisqu'on parle de grands principes. Puis il n'y en a aucun
qui est exclusif, là, ici, c'est un
équilibre entre différents principes qui s'est proposé pour justement prendre
en compte les attentes collectives
des salariés et les impératifs d'une gestion efficace et efficiente des
ressources financières. La gestion des
effectifs, je ne vois même pas pourquoi ça... c'est presque une vérité de La
Palice, là, comme on pourrait dire, je ne vois même pas pourquoi ça devrait faire l'enjeu d'un débat, à savoir que
la municipalité qui a à donner les services doit s'assurer d'avoir le
personnel qui va lui permettre de rendre les services et qu'elle a cette
responsabilité-là. C'est une responsabilité qui est importante, là. Alors, on a
un débat ici qui, je le répète, est... qui est à l'effet de... je ne sais pas,
s'inspire d'une crainte que j'ai du mal à comprendre.
M. Ouellet : O.K., je vais vous la manifester autrement, M. le ministre, si vous le
permettez. Bon, c'est sûr qu'à l'article 1,
quatrième paragraphe, on ne parle pas de plancher d'emploi, on parle de
contrôler le niveau. Alors, je pense qu'on
est d'accord ensemble que contrôler le niveau, c'est... on parle de nombre, et
un nombre, ça statue un min ou un max, alors, sans qu'il ne soit
explicitement écrit, c'est très bien indiqué : contrôler le niveau
d'emploi.
Mais
j'essaie de comprendre, M. le ministre. Ce qu'on vous dit, là, nous, là, c'est
qu'on a une crainte à voir ça. On a une crainte et, pour notre formation
politique, on croit qu'elle est fondée. Et vous nous dites : Non, non, non,
vous allez voir plus loin, le conseil des
différends prend des décisions en fonction d'un article. Et, d'ailleurs, j'ai
eu le temps de parcourir votre
cahier, puis je veux juste vous ramener pourquoi on insiste beaucoup sur cet
article-là. Donc, si je prends votre
cahier à la page 38, vous nous présentez l'article 37 et vous nous
dites, dans vos notes explicatives, à la page 39 :
L'article 37 énumère les critères qui doivent
obligatoirement être pris en compte par le conseil au moment de rendre sa
décision. Ces critères sont en lien avec les
principes énoncés à l'article 1 du projet de loi. Donc, vous en faites
mention dans vos notes explicatives
en nous expliquant que l'article 17, sous réserve de l'article 16,
voici ce à quoi nous devons tenir compte, mais, en plus, ces critères
sont en lien avec les principes énoncés.
Vous
allez être d'accord avec moi, M. le ministre, que tout ce qui va légiférer
autour du conseil des différends, sur
quoi il va prendre sa décision lorsqu'on parle de la situation financière, des
conditions de travail, on parle beaucoup de la mécanique salariale, mais tout ce qui est de la mécanique des
mouvements de main-d'oeuvre ou de l'organisation du travail, vous faites
référence, pour expliquer votre article, que l'article 1 donne un grand
cadre. Et nous, c'est ce cadre-là qu'on
trouve non nécessaire puisque c'est déjà convenu entre les parties que tout ce
qui n'est pas négocié est un droit de gérance. Alors pourquoi, M. le
ministre, en rajouter? Pourquoi?
Parce
que ce qui va arriver, puis je vous le dis, là, pour l'avoir déjà vécu dans ma
pratique antérieure, c'est que, quand il y a une disposition, puis les
gens ont une interprétation et la
partie adverse en a une toute autre, bien, on
va au fond des choses. Et le législateur
aura à interpréter le quatrième paragraphe et les différentes dispositions
incluses pour ce qu'il est lui-même,
indépendamment du
chapitre I. Il pourra interpréter et légiférer en
fonction de ce qui a été inscrit
pour dire : Est-ce que,
oui ou non, le droit est correct ou non appliqué dans le cas des parties?
Alors, le législateur va essayer de trouver un sens à cette disposition-là. Et nous, la crainte qu'on a,
c'est que le sens qu'il lui donne, c'est que dorénavant, peu importe ce qui est convenu dans les conventions collectives par
rapport au contrôle du niveau des
besoins de main-d'oeuvre, le législateur pourrait dire : Bien, dorénavant,
ce qui a été convenu ne peut plus faire
partie parce que ce droit-là est maintenant réputé comme un
droit non négociable dans la convention
collective et reconnu un droit
appartenant exclusivement à l'employeur. C'est ça, notre crainte, M. le
ministre.
c'est pour ça que, dans les amendements, on voudrait juste voir disparaître ces
dispositions-là, puis, après ça, M.
le ministre, ça va
nous faire plaisir de discuter de tous les autres articles
et d'avancer ensemble dans ce projet
de loi là.
Mais,
pour nous, il y a assurément ici un cran d'arrêt à mettre parce que
c'est évident que, lu comme ça, dans les dispositions, on s'adresse directement à ce qui a déjà été négocié dans la convention collective et on vient baliser un droit de gérance
qui est déjà reconnu par la jurisprudence à travers les relations de travail.
Coiteux : Oui, mais, ici, on
établit des grands principes généraux puis j'ai du mal à comprendre pourquoi
vous diriez que l'entité... Le citoyen
regarde la municipalité, là, puis il dit : Toi, tu es responsable de
me donner les services, là, hein,
j'ai voté pour toi pour ça, conseiller, maire, j'ai voté pour toi, tu dois
rendre les services. Puis vous me dites que vous avez un inconfort avec le fait qu'on responsabilise la ville sur le
fait qu'elle doit gérer ses effectifs pour donner les services, et donc que c'est en lien avec ses
besoins opérationnels, que vous trouvez que c'est un principe qui n'a pas de
sens. Moi, je trouve que c'est un principe
qui a plein de bon sens. C'est ça, c'est pour ça que j'essaie de comprendre vos
appréhensions. Je les entends exprimées, là, j'ai du mal à les comprendre et
surtout je vois mal pourquoi on aurait un inconfort
à inscrire dans les grands principes que c'est de la responsabilité des autorités municipales de gérer les effectifs en fonction de leurs besoins opérationnels pour livrer les services aux citoyens.
Il me semble que ça tombe sous le sens, là. C'est pratiquement une vérité
de La Palice, je le répète.
M. Ouellet : Je suis d'accord avec vous, ça tombe sous le sens. C'est ce qui se
passait avant. Vous arrivez avec un
nouveau projet de loi et vous trouvez important et nécessaire
de le réindiquer. Alors, la question qu'on a, c'est : Pourquoi cette insistance pour
dire : Il faut marquer noir sur blanc que c'est le rôle d'une municipalité de procéder à l'embauche, de
faire... Dans ce cas-là, marquons : C'est le rôle et la responsabilité de faire des affichages, de faire la sélection, de faire la dotation, de donner... Dans le fond, mettons tous, tous, tous les rôles qui sont dévolus à l'employeur en
se disant : Bien, dorénavant, dans le principe de loi, voici ce que ceux et
celles qui gèrent les villes doivent tenir compte. Nous, on pense que c'est non nécessaire d'indiquer ça à cet
endroit-là et c'est même non nécessaire de l'indiquer dans l'ensemble du projet de
loi parce que c'est déjà
convenu. M. et Mme Tout-le-monde qui se promènent dans la rue, effectivement, qu'il s'attend à ce que la ville ait le bon nombre de cols
bleus ou cols blancs pour effectuer les travaux, il s'attend à ça, il n'a aucun
problème avec ça, puis ce n'est pas ce que
ça dit. Mais vous trouvez nécessaire de mettre des balises en disant : C'est la
responsabilité de l'employeur de pourvoir à l'embauche des personnes qualifiées, de
gérer ses effectifs et d'en contrôler le niveau de manière à combler ses
besoins opérationnels. Ça va de soi. Alors, pourquoi le mettre dans la loi qui
va assurément être interprétée par une ou
l'autre des parties, qui va nous amener à encadrer cette disposition-là? Et, si
cette disposition-là, elle est
encadrée, notre perception, c'est que le droit de gérance, qui est déjà dévolu
à l'employeur et qui a été partagé
par les parties dans une convention collective, va revenir à l'employeur. C'est
ça, notre crainte, c'est un recul.
Président (M. Auger) : Merci. Désolé. Merci, M. le député de
René-Lévesque. C'est tout le temps que vous aviez à votre disposition.
Donc, M. le député de Blainville.
Laframboise : Moi, ça va.
Le Président (M.
Auger) : Ça va? Oui, M. le député de Richelieu.
M. Rochon :
Oui. Le ministre ne souhaitait pas réagir avant? Je ne veux pas... Non? C'est
correct? D'accord.
Moi, je comprends
tout à fait bien, là, les inquiétudes du collègue de René-Lévesque et tout à
fait bien les questions qu'il pose, et je
perçois que le ministre ne saisit pas. Le ministre, M. le Président, dit au
député de René-Lévesque qu'il vit
dans la théorie. Ah bien! Moi, je ne trouve pas. Moi, je trouve qu'il se projette dans l'application du projet de loi qui nous est soumis et les conséquences d'application, là, plus
précisément, les conséquences d'application.
conseil des différends — c'est
ça? le conseil des différends? — et
le mandataire spécial prennent naissance dans ce projet de loi, n'est-ce
pas? Et ils devront se gouverner en
conséquence de ce projet de loi. Je ne peux pas croire que le quatrième
alinéa du premier article, l'article fondateur du projet de loi, a été rédigé
dans l'insignifiance...
M. Rochon : Non, j'y prête un sens. J'y prête un sens. Et, quand je lis qu'«il est
de la responsabilité de l'employeur de pourvoir à l'embauche de personnel qualifié — là,
ça va — de gérer ses effectifs et d'en contrôler le
niveau de manière à combler ses besoins opérationnels», je note qu'il y
a collision frontale avec les municipalités qui se gouvernent en fonction d'une convention collective qu'elles ont
négociée avec leur syndicat où apparaît un plancher d'emploi, où apparaît
un plancher d'emploi.
S'il y a différend en
matière de niveau d'emploi, hein, du nombre d'effectifs dans une municipalité,
et que ce différend se retrouve devant le
fameux conseil des différends, comment celui-ci rendra-t-il une décision? Il
examinera ce dont le projet de loi lui demande de tenir compte et
notamment des principes directeurs, hein? Il va examiner le différend, s'il réside dans la question des
effectifs, en lisant et relisant le quatrième alinéa pour y découvrir que le
contrôle de ses effectifs, de manière
à combler ses besoins opérationnels, il relève de l'employeur. Et, par
conséquent, c'est à l'employeur qu'il
donnera raison dans le différend l'opposant à la
partie syndicale. Le conseil
des différends conclura — c'est ce que le projet
de loi l'amènera à faire — que la municipalité est celle dont l'option en matière
d'effectifs, les vues en matière d'effectifs seront retenues.
Est-ce
que mon explication éclaire le ministre ou trouve-t-il toujours qu'on ne
comprend pas? Continue-t-il à ne pas saisir nos craintes?
Le Président
(M. Auger) : M. le ministre.
M. Coiteux :
C'est moi qui ne comprends pas vos craintes. Je n'ai pas dit que... C'est moi
qui ne comprends pas vos craintes. Vous comprenez une chose que j'ai du
mal à comprendre. Mettons ça comme ça.
lorsque j'ai parlé de théorie, je n'ai pas dit que votre collègue était
théorique, j'ai dit que la question qu'on soulevait sur une hypothèse de
non-règlement était, elle, théorique. Alors, je ne voulais pas personnaliser du
tout. Loin de moi cette intention. Loin de moi cette intention.
Mais
je comprends que c'est moi qu'on doit questionner, là, mais, pour fins de
discussion, je dirais : J'aurais une question, moi. Les quelques conventions collectives qui ont un tel
plancher d'emploi, elles ne sont pas forcément incompatibles avec ce paragraphe 4°. Parce que peut-être que la ville
considérait que ça ne nuisait absolument pas à sa capacité de combler ses besoins opérationnels
parce qu'ils ont négocié quelque chose qui est tout à fait compatible avec
la prestation des services aux citoyens. C'est tout à fait possible. Et c'est
pour ça que j'insiste tant pour dire que des parties raisonnables peuvent
continuer de négocier des choses tout à fait raisonnables, y compris dans cette
sphère-là. Y compris dans cette sphère-là.
Quand
j'entends les arguments que vous nous présentez, c'est comme si les villes qui
ont fait ça ont fait ça en disant :
Bien, mon Dieu, on ne sera plus capables de donner les services, on va avoir
des niveaux d'effectifs qui n'ont aucun lien avec les besoins
opérationnels. Et ça, c'est une présomption.
Moi, je