Health and Social Services — 9 May 2023 (43rd Legislature, 1st Session)
CSSS 2023-05-09
Quebec — Committees
Le Président
(M. Provençal)
: ...je
déclare la séance à la Commission de la santé et des services sociaux ouverte.
Je vous souhaite la bienvenue et je demande à toutes les personnes dans la
salle de bien vouloir éteindre la sonnerie de leurs appareils électroniques.
La commission est
réunie afin de poursuivre les consultations particulières et auditions publiques
sur le projet de loi n° 15, Loi visant à rendre le système de santé et de
services sociaux plus efficace.
Mme la secrétaire, y
a-t-il des remplacements?
Secrétaire : Oui, M. le Président. Alors, Mme Caron
(La Pinière) est remplacée par madame... madame, pardon, Setlakwe (Mont-Royal—Outremont).
Le Président
(M. Provençal)
: Merci
beaucoup. Nous entendrons, ce matin, les témoins suivants : l'Ordre des
infirmières et infirmiers auxiliaires du Québec, le Collège des médecins et
l'Ordre des sages-femmes du Québec.
Je souhaite
maintenant la bienvenue à l'Ordre des infirmières et infirmiers auxiliaires du
Québec. Je vous rappelle que vous disposerez
de 10 minutes pour votre exposé, et, par la suite, nous procéderons à la
période d'échange avec les membres de la commission. Alors, sur ce, je
vous cède la parole. Merci d'être présents.
Mme Grant
(Carole) : Alors, M. le Président, M. le ministre de la Santé et des
Services sociaux, Mmes et MM. membres de la commission. Alors, permettez-moi de
me présenter : Carole Grant, infirmière auxiliaire, 43 ans et
présidente de l'Ordre des infirmières et infirmiers auxiliaires du Québec. Je
suis accompagnée, aujourd'hui, de Mme Stéphanie Fortier, infirmière
auxiliaire et directrice de l'encadrement de la profession, et de Mme Eva
Sikora, avocate à la direction des affaires
juridiques. Je vous remercie de m'offrir l'opportunité de m'exprimer et de
répondre à vos questions aujourd'hui.
Nous tenons, d'abord,
à saluer l'initiative gouvernementale pour améliorer l'accès aux services de
santé, qui est en lien direct avec notre mission première, la protection du
public.
S'il y a un message à
retenir de notre présence aujourd'hui, c'est qu'il est grand temps de
distinguer les infirmières et les infirmières auxiliaires. Même si la
profession existe depuis bientôt 75 ans, elle demeure encore trop méconnue auprès de la population. On nous confond
souvent avec les infirmières. Alors, je vais prendre un moment pour vous
en expliquer la différence. La précision est nécessaire puisque le PL n° 15 ne semble pas en faire la distinction.
Il faut savoir que
l'infirmière auxiliaire est la professionnelle la plus près du patient. Dans le
cadre de notre travail, on prodigue des soins et des traitements infirmiers et
médicaux lorsqu'ils font l'objet d'une ordonnance. C'est cet élément qui
constitue la principale différence entre le travail d'une infirmière qui, elle,
peut procéder à l'évaluation de l'état de santé du patient. Notre rôle en est
un de contribution, mais notre apport est inestimable. Pour vous donner
quelques exemples plus précis, on peut notamment penser aux prélèvements
sanguins, à la contribution à la thérapie intraveineuse, aux soins de plaies ou
à l'administration de médicaments.
Grâce
à notre rôle de proximité et notre jugement clinique, on est souvent les
premiers à observer les manifestations cliniques qui permettent aux
infirmières et aux médecins de bien exercer leurs fonctions. On est, donc, des
alliées précieuses pour l'équipe de soins.
Les soins qu'on peut
prodiguer sont vastes, et on peut assurément contribuer dans tous les milieux.
On nous retrouve, par exemple, en
hémodialyse, à l'urgence, au bloc opératoire, au soutien à domicile et, depuis
peu, aux soins intensifs. Il est
important de mentionner que la percée de nouveaux milieux comme les soins
intensifs a été rendue possible
sans modification à nos activités réservées mais plutôt par une utilisation de
notre plein champ d'exercice. Il s'agit là de solutions qui peuvent s'implanter
rapidement.
Les enjeux de pénurie
de main-d'oeuvre et le recours au temps supplémentaire obligatoire ont forcé
les gestionnaires à innover et à repenser la manière de dispenser les soins.
Par exemple, un projet pilote est en cours à l'Hôpital
Santa Cabrini en vue d'être exporté ensuite à l'Hôpital Maisonneuve-Rosemont
pour intégrer les infirmières auxiliaires au prétriage et post-triage de
l'urgence.
Notre
système de santé est fragile, alors il est étonnant que les infirmières
auxiliaires doivent encore faire tomber les barrières pour pouvoir
exercer leur plein champ d'exercice.
J'en parle depuis des
années, l'application à géométrie variable du champ d'exercice dans les établissements
est un obstacle majeur à l'efficience du réseau. Probablement par
méconnaissance, des restrictions imposées sans fondement font en sorte qu'on se
prive de notre main-d'oeuvre qualifiée pour répartir plus judicieusement le
travail. Si nous contribuons pleinement, les infirmières pourront se consacrer,
elles, aux tâches qui leur sont propres.
J'aimerais
porter à votre attention que nous sommes près de 30 000 infirmières
auxiliaires au Québec. À mon arrivée à l'ordre, il y a six ans, 38 %
d'entre elles travaillaient à temps complet. Aujourd'hui, nous sommes
61 %. On voit une grande ouverture du réseau à intégrer l'infirmière
auxiliaire dans des nouveaux secteurs d'activité où elle n'était pas présente.
ailleurs, la relève est au rendez-vous, ce qui nous permet de dire qu'il y a,
encore là, un bassin considérable qui
pourrait répondre aux besoins grandissants du réseau de la santé. Comme vous le
savez, un programme de formation accélérée a été mis sur pied, ce qui
permettra de répondre encore plus rapidement aux besoins des ressources.
Chaque année, on
accueille plus de 2 000 nouveaux membres. Pour pouvoir les intégrer
adéquatement et utiliser leur plein potentiel, il faut s'assurer de continuer à
faire connaître notre rôle. À défaut d'être connues, nous sommes
sous-utilisées. Le PL n° 15 doit permettre notre
apport maximal pour ainsi en faire bénéficier la population.
À la lecture du
projet de loi, nous avons soulevé quelques éléments à recadrer pour inclure les
infirmières auxiliaires. Le point de départ
à cette démarche s'inscrit dans notre présence au sein des comités. Le PL n° 15 reprend deux comités existants dans la LSSSS, soit le comité
des infirmières et infirmières auxiliaires, plus communément appelé CIA, et le
conseil multidisciplinaire des services de santé. Nous avons perdu du terrain
sur ces deux instances.
On en parle dans
notre mémoire de façon plus détaillée, mais sachez que le PL n° 15
dilue le rôle du CIA en partageant ses responsabilités avec le conseil des
infirmières. La composition mériterait aussi d'être clarifiée, car on ne nous
nomme pas spécifiquement. Finalement, le rôle du CIA n'a pas été bonifié comme
celui du CI, alors on se priverait de l'avis des infirmières auxiliaires sur
des aspects tels que la trajectoire des soins. Par ailleurs, la composition du
conseil multidisciplinaire a aussi été modifiée dans le PL n° 15.
Concrètement, ça implique qu'en l'absence d'un CI en place, donc d'un CIA, les
infirmières auxiliaires se retrouvent sans aucune tribune. Il faudrait, donc,
que le PL n° 15 s'inspire de ce qui est actuellement
prévu à la LSSSS pour corriger le tir.
Dans les nouveautés,
le projet de loi a créé le conseil interdisciplinaire d'évaluation des
trajectoires et de l'organisation clinique. Encore une fois, nous sommes les
seuls professionnels écartés de sa composition en raison du libellé de la
disposition législative. Notre contribution y serait pourtant précieuse, compte
tenu de notre rôle de proximité avec les patients et de notre vision quant à la
réalité du terrain.
En analysant le
projet de loi et en constatant la volonté du gouvernement de créer des
gestionnaires de proximité, une solution nous est apparue bien évidente :
l'implantation du PL n° 15 entraînera une nouvelle
structure organisationnelle; saisissons cette opportunité pour inclure
l'infirmière auxiliaire.
Après avoir expliqué
la différence entre la profession infirmière et infirmière auxiliaire, on est
convaincus qu'un changement de culture doit s'opérer sur le terrain. La
direction des soins infirmiers, prévue dans le PL n° 15,
a notamment la responsabilité de contrôler la qualité des soins infirmiers
dispensés et d'élaborer des règles de soin. Pour bien s'acquitter de son rôle,
elle doit pouvoir compter sur la perspective infirmière auxiliaire. C'est en
alliant nos deux forces qu'on soignera mieux la population.
Une foule
d'initiatives prouvent déjà tous les bénéfices d'une pleine collaboration sur
le terrain. Alors, il est grand temps de l'enchâsser dans la loi pour assurer
la pérennité de telles mesures. Plus précisément, l'ordre souhaite que le PL n° 15 intègre une disposition prévoyant que la DSI doive
s'adjoindre d'une conseillère en soins infirmière auxiliaire ou, du moins, requérir l'avis d'une telle ressource pour
toute question touchant la profession. Cela peut paraître innovant,
mais, pour changer une culture, il faut s'attaquer à la structure.
Cette fonction existe
déjà pour les soins infirmiers, alors qu'une infirmière auxiliaire serait la
mieux placée pour apporter une vision juste en ce qui touche notre profession.
C'est grâce à cette personne-ressource que nous viendrons contrer la
méconnaissance de notre champ d'exercice pour utiliser pleinement les
infirmières auxiliaires. Ces personnes
auraient pour mandat d'assurer l'accueil et l'orientation des nouvelles, tout
en étant les personnes-ressources sur le terrain pour les équipes.
Auprès des gestionnaires, elles auraient le rôle de conseiller quant à
l'amélioration de la qualité des soins et le développement de la pratique
infirmière auxiliaire.
Cette
solution proposée est, d'ailleurs, déjà appliquée dans un CIUSSS à Montréal. En
2019, un poste similaire à celui proposé a été créé. En quatre ans, le plein
champ d'exercice a été priorisé et a engendré des retombées positives
concrètes. Assurons-nous de le faire à travers la province pour que toute la
population en bénéficie.
Notre mémoire aborde
aussi plusieurs éléments en ce qui touche la collaboration entre les ordres
professionnels et Santé Québec ainsi que ses établissements pour optimiser la
protection du public. Je ne m'étendrai pas sur ces points, mais je tiens quand
même à les nommer brièvement.
Vous savez qu'un
ordre professionnel protège la population, notamment par l'inspection
professionnelle. Celle-ci est importante pour constater des problématiques dans
différents établissements. On peut penser aux cas des résidences Floralies
Lachine et LaSalle, où les recommandations de notre inspection, faite sans
préavis, ont permis de mieux orienter ces actions.
Autre exemple, nous
avons aussi collaboré avec le Collège des médecins et l'Ordre des infirmières à
l'enquête au CHSLD Herron. Je me permets de
saluer que le PL n° 15 aille dans le même sens que nos recommandations
en ce qui concerne les CHSLD privés non
conventionnés.
Sous réserve des dispositions transitoires, ils devront désormais
être conventionnés.
Ceci démontre bien
qu'un canal de communication devrait exister entre les ordres professionnels et
Santé Québec qui a la responsabilité
d'octroyer les autorisations d'exploitant. La disposition à cet effet au PL n° 15 devrait être étendue, comme
expliquée dans notre mémoire. La collaboration d'un ordre professionnel avec le
commissaire aux plaintes devrait aussi être optimisée, comme le présente
notre document.
Finalement, nous saluons
la nouvelle obligation pour les établissements privés de vérifier les
antécédents judiciaires des ressources
humaines. Nous croyons qu'il serait nécessaire, pour protéger la clientèle
vulnérable, d'étendre cette
obligation à tous les milieux. Nous soumettons même l'idée, dans notre mémoire,
de vous inspirer des mécanismes prévus au Code des professions.
Je vous remercie pour votre écoute et je réitère
qu'il est grand temps d'accorder toute la place que méritent les infirmières
auxiliaires. Nous sommes maintenant prêts à recevoir vos questions.
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup pour votre exposé.
Nous allons immédiatement débuter cet échange avec M. le ministre, pour
16 min 30 s. M. le ministre.
M. Dubé : Très bien. Alors,
merci beaucoup, M. le Président. Et merci d'être là ce matin, Mme Grant,
avec vos collègues, pour ce début de journée
où on recommence nos commissions parlementaires. Je ne peux pas m'empêcher
de... ça fait tellement longtemps que vous êtes là, vous l'avez dit, de
profiter de votre présence, mais aussi pour passer le message à vos
infirmières, particulièrement les infirmières auxiliaires, qui ont fait un
travail incroyable au cours des dernières
années. Je sais qu'on s'est rencontrés souvent durant la pandémie, mais de vous
revoir dans une autre situation, aujourd'hui,
où on regarde le futur plutôt que l'urgent de tous les jours, je trouve ça
rafraîchissant. Puis merci, encore une fois, pour tout le travail qui a
été fait durant ce temps-là.
Je pense que le point que vous soulevez... Puis,
d'ailleurs, je l'ai expliqué en entrée de jeu, ce matin, à des journalistes, on va être très à l'écoute, dans les
prochains jours, de tous les groupes qu'on rencontre. Là, je le dis pour les Québécois qui nous écoutent, mais on va
rencontrer sept ou huit ordres professionnels comme le vôtre, on va
rencontrer... je pense, c'est huit syndicats, là, syndicats tous
confondus, incluant les fédérations, des groupes de cadres. Puis je veux juste
vous rassurer qu'en ce moment on n'est pas à l'heure de décisions, mais on est
à l'heure de l'écoute.
Puis, quand je dis ça, vous en avez un très,
très bon, exemple, que, quand on fait un projet de loi, on fait, je pense, des
grands principes, puis le grand principe qu'on a mis... Puis je veux que les
Québécois le comprennent, puis, si je ne
l'ai pas, moi, bien compris, vous le préciserez, mais vous faites votre
commentaire à l'effet, là, puis je le résume, que l'ordre des
infirmières auxiliaires aimerait avoir un peu la même place que les infirmières
cliniciennes, je vais le dire comme ça, dans cette nouvelle organisation là
qu'on appelle le comité interdisciplinaire.
La raison pour laquelle c'est important, puis je
vais vous laisser revenir là-dessus, c'est qu'il y avait, avant... en ce moment, je devrais dire, là, avant les
changements qu'on propose, une très forte influence du médical et peut-être moins
du côté des soins infirmiers. Et, quand on a reçu les états généraux, entre
autres, qui ont été pilotés, au cours des dernières années, par l'Ordre des
infirmières, une des choses pour mieux valoriser la profession d'infirmière,
là, puis là je dis toutes infirmières
confondues, c'était de monter ça au même niveau que le médical. On est d'accord
là-dessus? Oui. Je pense que le
comité interdisciplinaire réalise ça, c'est-à-dire que les infirmières vont
être au même niveau que les médecins,
mais on va avoir la même chose au niveau des travailleurs sociaux. C'est ça, le
comité interdisciplinaire, puis les gens travaillent mieux ensemble.
Mais, vous, ce que vous nous dites ce matin,
puis c'est pour ça que je veux bien comprendre, vous ne sentez pas que, quand on réfère aux infirmières, on...
dans ce comité interdisciplinaire là, que vous n'avez pas la place qui vous
revient, parce que votre rôle est différent au niveau du patient. Puis c'est
là-dessus que je voudrais vous entendre. Parce que, je l'ai toujours dit, si on
doit bonifier, je veux savoir — on ne bonifie pas juste pour bonifier ou
pour changer — en quoi ça va aider le patient. Alors, je vous
pose la question : Une présence, disons, plus ferme ou précisée à
l'intérieur du projet de loi, qu'est-ce que ça donnerait aux patients que les
infirmières auxiliaires aient une plus grande voix sur ce comité
interdisciplinaire là?
Mme Grant (Carole) : Pour
répondre à votre... Merci beaucoup pour votre ouverture, là, puis avoir
souligné le travail des infirmières
auxiliaires pendant la pandémie, je pense qu'on... Oui, il est vrai de dire
qu'on était présentes. J'ai même beaucoup de retraitées qui sont
revenues pour aller faire de la vaccination.
Pour répondre
à votre question, M. le ministre, je vais vous dire que j'ai fait... quand je
suis arrivée, il y a six ans, j'ai fait le tour de tous les
établissements du réseau au complet, j'ai rencontré tous les PDG et toutes les
directrices de soins, et je suis à même de
constater que les directrices de soins, étant infirmières, elles ne connaissent
pas le champ de pratique de l'infirmière auxiliaire, et ce sont elles
qui s'occupent de l'organisation du travail. Alors, quand on dit qu'on est deux
ordres professionnels avec deux titres d'emploi différents, jusqu'à quel point,
à l'intérieur d'un même établissement, le champ de pratique de l'infirmière
auxiliaire est à géométrie variable...
Je vais vous donner l'exemple que je donne
toujours, puis ça fait souvent sourire les gens, c'est... Ça dépend de la région, ça dépend de l'établissement, ça
dépend de l'étage puis ça dépend avec quelle infirmière je travaille. C'est aussi
difficile que ça. Alors, à chaque fois, l'infirmière auxiliaire, elle passe son
temps à revendiquer le travail pour lequel elle fait... On partage une
partie
de notre champ de pratique avec l'infirmière.
Mais, tantôt,
je vous ai dit qu'on était le professionnel le plus près du patient. C'est
vrai, c'est nous qui sommes le plus
près du patient. Puis, si on permet à l'infirmière auxiliaire de faire son
plein champ de pratique, on va permettre à l'infirmière de faire son
travail autre que ce qui fait
partie de notre champ pratique...
Mme Grant (Carole) : ...et, si
on fait
partie du comité, on va être capable de revendiquer cette place-là,
l'expliquer puis permettre une plus grande connaissance du travail de
l'infirmière auxiliaire.
M. Dubé :
Alors, si je vous entends bien, là, puis c'est une question que je vous
pose, oui, on a monté les infirmières au
même niveau que les autres, dans ce comité-là, mais, vous dites, une plus
grande participation des infirmières auxiliaires permettrait de mieux
expliquer votre rôle et de mieux valoriser cette profession-là.
Parce que, je vous le
dis, pas plus tard qu'hier, j'étais à La Pocatière, j'ai visité l'urgence,
j'aime ça faire des petites visites
surprises, puis les infirmières qui étaient à l'urgence étaient toutes des
infirmières auxiliaires, ce qui n'est pas... ce qui est loin d'être le cas
partout. Puis ces gens-là qui étaient, en passant, sur un quart de
12 heures, hein, étaient très, très fiers de dire qu'ils sont
capables de faire le travail qui est... besoin, en complémentarité, c'est sûr,
avec un médecin ou d'autres personnes, mais c'étaient des infirmières
auxiliaires. Et, ça, je pense que...
Je comprends votre
demande, c'est de dire : Est-ce que tout le monde fait ça de la même façon
à l'échelle du Québec? La réponse est non,
c'est ça que vous dites. Et c'est méconnu, la... comment je dirais, la... tout
le service, tout... la profession qui peut être amenée par une auxiliaire,
comparée à d'autres. C'est ça que je comprends bien de votre point.
Mme Grant
(Carole) : Oui, tout à fait.
M. Dubé :
J'ai une collègue, ici, qui est infirmière.
Mme Grant
(Carole) : Oui, on se connaît.
M. Dubé :
Vous la connaissez. Je vais lui
laisser... Elle se meurt de vous poser des questions, alors je vais la laisser
poser la question puis je reviendrai si on a du temps.
Mme Dorismond :
Bonjour à vous.
Mme Grant
(Carole) : Bonjour.
Mme Dorismond :
Bonjour. Pour continuer dans le même sens que le ministre, bien, j'aimerais
ça que vous expliquiez aux Québécois qu'est-ce qui est méconnu, et moi, je
pense à la loi n° 90, au niveau du champ de pratique
de l'infirmière auxiliaire. C'est surtout ça qui est méconnu, dans les
établissements, de dire aux Québécois qu'est-ce que vous êtes capables de faire
avec cette loi-là. Je vous laisse la parole là-dessus.
Mme Grant (Carole) :
Écoutez, la loi n° 90, elle a été mise en place en
2003. Alors, quand je dis que je suis encore
en train d'essayer de permettre à l'infirmière auxiliaire de faire son plein
champ d'exercice... Vous avez raison, Mme Dorismond, c'est,
d'ailleurs, à cause de la loi n° 90. Mais, pour
permettre à l'infirmière auxiliaire de faire son plein champ d'exercice, quand
on introduit...
L'exemple que je peux
vous donner, là, qui est flagrant... Quand on introduit des infirmières
auxiliaires, entre autres la dernière
introduction qu'on a faite, qu'on a travaillée beaucoup avec cet
établissement-là aux soins intensifs, la méconnaissance du champ de
pratique, c'était assez spécial. L'exemple que je peux vous donner :
l'infirmière ne peut pas donner de médicament par intraveineuse. Ça, c'est...
pour tout le monde, je pense que tout le monde sait c'est quoi. Par contre, elle peut préparer ce médicament-là. Alors, la
conseillère en soins me disait : Bien, elle ne peut pas le donner, elle ne
peut pas le préparer. Oui, oui, elle peut préparer le médicament, le donner à
l'infirmière, puis l'infirmière va le donner. Alors, il y a une très
grande méconnaissance.
Puis, dans certains
cas, c'est des petites choses... anodins que la loi n° 90
a données. Entre autres, je vais vous donner l'exemple que vous donniez tantôt,
M. le ministre. Quand on a commencé la vaccination, je ne vais pas nommer la
région, mais il y a une région où on disait : Il n'y a que des infirmières
qui peuvent donner des vaccins. Je ne vous nommerai pas... Vous le savez? Bon,
alors... Et on dû débattre ce...
fait depuis 2003 qu'on donne des vaccins, on est des spécialistes du vaccin,
là, on va se le dire, la médication, c'est la chose qu'on fait le plus.
Alors, dans certains cas, on ne pouvait pas... on donnait des... on pouvait
donner tous les médicaments narcotiques, dans certains cas, mais ils ne
voulaient pas qu'on donne les anticoagulants. Ça reste toujours un médicament,
là. Alors, dans certains cas, il faut à chaque fois dire : Oui, ça existe.
Là, on a des appels à l'ordre; il faut expliquer à chaque fois. Et ça devient
une bataille qui ne devrait pas avoir lieu.
Parce
qu'on pense que, dans ce cadre-là, dans le cadre de la loi n° 90, j'ai parlé des vaccins, mais on a d'autres choses qui ont été ajoutées, là, entre autres les
immobilisations plâtrées. On peut faire des plâtres. Mais je vais vous dire
que les gens qui ont cette formation-là et
qui le font, dans la province du Québec, là, je pense que j'ai juste assez
d'une main pour le dire, puis peut-être que je me trompe, mais à
quelques... à quelques chiffres près.
Quand on a fait la
tournée, on a aussi discuté de ça avec un... M. Paré, que vous connaissez bien,
qui était PDG à ce moment-là. Et sa surprise a été : Ah! l'infirmière auxiliaire
peut faire ça? Ça fait qu'on sent qu'il y a une méconnaissance du plein champ
d'exercice.
Mme Dorismond :
Donc, dans le fond, il faudrait, comme, élaborer la loi n° 90
un peu partout dans les établissements pour vous permettre de faire vraiment
votre champ de pratique?
Mme Grant
(Carole) : Bien, ne serait-ce que...
Mme Dorismond :
La première étape, la première étape.
Mme Grant (Carole) : ...l'uniformiser,
ce serait déjà pas pire, oui, exact.
Mme Dorismond : Parfait. L'autre
question que j'avais. Dans les autres provinces canadiennes, là, pour répondre
à votre mémoire... dans toutes les provinces canadiennes, l'ordre des
infirmières et infirmières auxiliaires sont ensemble. Pourquoi vous tenez à
séparer la chose? Et je me demandais aussi s'il y avait des pourparlers aussi
avec l'OIIQ dans ce sens.
Mme Grant
(Carole) : Je vais répondre
à la dernière question. Il n'y a pas de pourparlers
entre les deux ordres. On travaille en complémentarité. On a des
formations qui sont complètement différentes. L'infirmière auxiliaire, elle
est... c'est une professionnelle qui est formée dans un centre de formation
professionnelle, et non au cégep, et non à l'université. Mais, pour l'instant,
au moment où on se parle, ça ne fait pas
partie de nos discussions, non.
M. Dubé : J'ai deux autres
collègues qui ont des questions pour vous, alors je vais leur donner la
priorité, peut-être, M. le Président.
Le Président (M. Provençal)
: ...
Mme Lachance : Bonjour.
Merci d'être là. Je veux aller un peu dans le même sens. Parce que, vous l'avez
dit, il y a une méconnaissance, il y a une méconnaissance dans le système,
alors imaginez chez les citoyens, chez les patients. Pour la plupart des gens, un infirmier ou une
infirmière, c'est un infirmier ou une infirmière, donc ce n'est pas évident de
savoir quelles sont les tâches et comment on peut uniformiser ça.
Mais la question que je me pose, c'est dans une
optique d'optimiser votre champ de pratique. Si j'entends bien, vous réclamez qu'il y ait une uniformisation
des tâches que vous pouvez réaliser dans les milieux de soins, mais d'une manière... à la grandeur du Québec. Mais le
fait... Est-ce qu'il n'y a pas là une manière de scinder le travail puis de
faire en sorte qu'on ait moins de flexibilité en période de rareté puis, voire,
de pénurie de main-d'oeuvre?
Mme Grant (Carole) : Bien, vous
savez, du côté de l'infirmière auxiliaire, on ne m'a pas parlé de pénurie de
main-d'oeuvre, puis, comme je vous dis, on a toujours 2 000 personnes
qui arrivent par année. On a fait... on a travaillé avec le ministère pour
mettre une formation accélérée. Pour moi, il n'y a pas de pénurie de
main-d'oeuvre.
Mme Lachance : Mais,
quand on parle de tâches, tu sais, qui sont réalisées, vous avez mentionné,
tout à l'heure, certaines tâches sont réalisées et par l'infirmière et par
l'infirmière auxiliaire, pour n'utiliser que le féminin, là. Et, dans un contexte comme ça, si on retranchait certaines
tâches, est-ce que ça ne pourrait pas créer une difficulté à ce niveau-là?
Mme Grant (Carole) : Bien, je
pense qu'il ne faut pas retrancher. Il faut travailler en interdisciplinarité.
Ça ne veut pas dire que l'infirmière... Je
vais vous donner un exemple. On a un pansement à faire. Dans certains cas, c'est
juste l'infirmière qui peut le faire, sur certains départements, mais
l'infirmière auxiliaire, elle a toute la formation pour le faire. Alors, on
s'assoit, le matin, on se parle, on s'organise puis on dit comment on
fait : Est-ce que c'est toi qui fais
les pansements, aujourd'hui, ou c'est moi? Comment on travaille ensemble? Ça ne
veut pas dire de trancher ça à ce
point-là, puisqu'on partage beaucoup de tâches avec l'infirmière, mais pourquoi
on ne permet pas, dans certains cas, à l'infirmière auxiliaire, qui a
toute la formation pour le faire, de le faire?
Le Président (M. Provençal)
: ...M. le ministre aurait une question
à poser, complémentaire.
M. Dubé : Bien, en fait, je
parlais avec Mme Savoie puis je disais : Il me semble qu'à un moment
donné on a voulu amener les infirmières
auxiliaires soit dans des salles d'opération ou... puis il y a eu une
résistance très forte là-dessus. Je reviens à mon exemple d'hier. Quand
je les ai vues aux urgences, j'ai dit : Pourquoi ça marche aux urgences
puis que ça ne pourrait pas marcher, par
exemple, dans nos salles d'op? Qu'est-ce qui manque... Je vais poser ma question
ouverte : Il manque-tu quelque chose
aux infirmières auxiliaires pour être capables de pratiquer dans les salles
d'opération?
Mme Grant
(Carole) : Il ne manque rien. Je suis obligée de vous dire
ça. Par contre, je suis obligée de vous dire aussi que... Puis c'est
drôle que vous me posiez cette question-là, M. Dubé, parce que
l'introduction d'infirmières auxiliaires en
salle d'opération, ça a commencé par le CHUM, et je travaillais sur ce
projet-là, donc je connais bien la dynamique.
La méconnaissance du champ de pratique de l'infirmière auxiliaire était au
coeur des discussions qui avaient lieu.
Et cette pratique-là, elle s'est transmise, il y en a maintenant de plus en
plus, des infirmières auxiliaires. Mais la même chose à l'urgence...
M. Dubé : Donc, ce serait un
bel exemple... ce serait un bel exemple d'étendre ça à l'échelle...
Mme Grant (Carole) : Tout à
fait.
M. Dubé :
Parce qu'on le sait, nos médecins se plaignent qu'il manque d'infirmières
pour ouvrir les salles d'opération, mais on
dirait qu'il y a un questionnement que l'infirmière auxiliaire ne peut pas
faire le travail. Est-ce que ça vient des médecins, des autres
infirmières? D'où vient cette résistance-là?
Mme Grant
(Carole) : Bien, la résistance, elle vient du côté, comme je dis, de
la méconnaissance du travail de l'infirmière auxiliaire. Parce que, quand on a
introduit des infirmières auxiliaires au CHUM, en salle d'opération, on a dû réorganiser complètement le travail :
vous aviez une infirmière par salle; maintenant, vous avez une infirmière
par deux salles et des infirmières auxiliaires avec les médecins dans les
salles. Donc, l'infirmière auxiliaire, elle peut très bien être l'assistante du médecin, là, à l'intérieur de la salle, autant
en externe qu'en interne. C'est le projet pilote qui a été transporté,
après, dans d'autres centres d'activité.
M. Dubé :
Bien, en tout cas, c'est pour ça que je disais tout à l'heure que je vais
attendre qu'on rencontre les médecins puis qu'on rencontre les autres, parce
que, là, on peut leur reposer la question, on peut dire : Mais qu'est-ce qui bloque, si vous me dites que ces gens-là ont
la formation? Je vais laisser mes autres collègues continuer. Peut-être...
Le Président
(M. Provençal)
: ...
M. Dubé :
Chicanez-vous pas, là!
Mme Dorismond : Tout à l'heure, vous avez
dit : Pas de pénurie de main-d'oeuvre. Et là j'ai fait le lien aussi
avec la bourse qu'on a mise en place pour augmenter. J'aimerais ça
savoir : Avez-vous des chiffres là-dessus, pour l'augmentation des
infirmières auxiliaires avec les... avec les bourses?
Mme Grant
(Carole) : C'est difficile, pour moi, de vous donner des chiffres
fixes. Pourquoi? Parce qu'il y a plusieurs
cohortes qui ont... Les cohortes n'ont pas toutes... ne sont pas toutes parties
en même temps. J'ai des cohortes qui terminent, qui vont passer l'examen
au mois de juin, puis j'en ai d'autres qui vont passer l'examen en septembre. Parce que force est de constater qu'il y avait
énormément de préposées aux bénéficiaires qui voulaient devenir infirmières
auxiliaires, alors les établissements avaient beaucoup de difficultés à les
libérer, puis on comprend. Alors, il y a eu des
cohortes qui ont commencé à la date où elles devaient commencer, mais il y a
des... Ça fait qu'il va y en avoir tout le temps, constamment. Par contre, on a travaillé très fort au niveau
informatique pour les mettre à part, pour avoir une idée de... par rapport au début, combien qu'on en
a qui ont terminé. Ça fait qu'au moment où je vous parle les premières
vont faire leurs examens en juin, donc...
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup. Le temps
est écoulé, M. le ministre. Alors, nous allons poursuivre avec le député
de Pontiac, et vous aurez 10 min 44 s.
M. Fortin : Merci. Merci, M. le Président. Bon mardi, tout le monde.
Merci, Mme Grant, Mme Fortier, Mme Sikora,
d'être avec nous. Mme Grant, j'en profite pour vous remercier pour vos...
je ne veux pas redire le chiffre, pour peur de me tromper, mais pour vos
décennies de services et vos six ans à la tête de l'organisation.
Je suis sincèrement,
là, heureux que, du côté du gouvernement, on vous ait donné une tribune, un
peu, pour faire valoir votre profession puis les différents rôles que vous
pouvez jouer. Mais je vais essayer de vous ramener au projet de loi, au projet
de loi qui est devant nous aujourd'hui, là.
Si je me réfère à la
page 4 et 5 de votre mémoire que vous avez déposé, vous indiquez,
essentiellement, que le projet de loi n° 15 vient
diluer le rôle du comité des infirmiers et infirmières auxiliaires...
infirmières et infirmiers auxiliaires, pardon. J'aimerais vous entendre
là-dessus, à savoir comment vous aimeriez protéger et même bonifier ce rôle-là,
là, si on vous donne une page blanche, là, si on tasse le projet de loi, puis
vous dites : OK, bien, le comité fait
ça, en ce moment, il pourrait en faire davantage, peut-être mieux nous
encadrer, mieux nous protéger, mieux faire valoir notre profession.
Mme Grant
(Carole) : On avait un rôle qui était bien spécifique, quand on
était... quand on avait... Je suis comme M.
le ministre, on a encore, à l'intérieur de la LSSSS, un rôle qui est bien
spécifique pour le CIA. Alors, quand on
regarde le PL n° 15, on a l'impression que ce rôle-là ou les
responsabilités qui étaient dédiées au comité d'infirmières auxiliaires
est dédié au comité des infirmières. Alors, on a... Puis c'est la perception
qu'on a, peut-être qu'elle est erronée, mais notre perception... Puis, dans la
LSSSS, on était nommément nommés; là, on ne l'est plus. Alors, on se questionne
sur est-ce qu'on va perdre, au moins, ce qu'on avait, là, dans... comme
responsabilités à l'intérieur de la LSSSS.
M. Fortin : Alors, ce que vous aimeriez, c'est que ce soit
explicitement nommé, pour s'assurer que, si je comprends bien, le comité reste en place, que ce ne soit pas juste un
comité d'infirmières duquel vous pourriez ou pas faire partie. Je
comprends bien?
Mme Grant
(Carole) : Exactement. Tout à fait.
M. Fortin : OK. Donc, explicitement le mentionner dans le projet de
loi. OK. En fait, il y a plusieurs de vos recommandations
qui mènent un peu dans ce sens-là. Vous parlez de... tu sais, le fait que vous
n'êtes pas explicitement nommés pour le comité des
infirmiers, infirmières, la bonification absente, vous y faites référence plus
tard. Est-ce qu'on vous a consultés avant de
déposer le projet de loi? Est-ce que vous avez été sollicités par le
gouvernement pour votre opinion sur des changements à venir au niveau de
la gouvernance puis au niveau des différents comités?
Mme Grant
(Carole) : À moins que je me trompe, moi, à ma connaissance,
on n'a pas été consultés. Est-ce que... Non? Non, on n'a pas été
consultés.
M. Fortin :
Non? OK. Très bien. J'aimerais vous entendre sur le rôle de conseillère à la
direction des soins infirmiers. Comment vous
voyez ce rôle-là puis quel apport il pourrait avoir? Parce que c'est un
changement qui m'apparaît utile, à vous entendre parler de votre
profession, puis de la méconnaissance que certaines, même, infirmières peuvent
avoir de votre rôle, puis de la façon que vous pouvez le jouer, puis des
différentes tâches que vous pouvez effectuer. Mais d'avoir une personne
enchâssée dans l'organisation à
titre de conseillère, j'aimerais que vous... peut-être
nous exposiez comment ça pourrait contribuer à faire changer les choses.
Mme Grant (Carole) : Oui. Tout
à l'heure, je vous ai dit que l'infirmière auxiliaire était la personne qui
était le plus à proximité du patient. Ce qu'on veut, c'est aider l'efficience
du réseau, ça fait qu'on se dit : Si on a quelqu'un qui connaît la profession, qui est capable de l'expliquer, qui
est capable d'argumenter, c'est une plus-value à l'intérieur de certains
comités, parce que, souvent, ce sont des comités qui ont de l'influence ou qui
vont avoir à faire des recommandations. Alors, ça permet à l'infirmière
auxiliaire de prendre toute la place qu'elle a.
Tantôt, je disais qu'on était
30 000 membres, puis j'espère que le Collège des médecins n'est pas
derrière moi, mais je fais souvent la blague
de dire : On a plus d'infirmières auxiliaires qu'on a de médecins. Alors,
on pense que notre place, elle est
là. Puis on est une professionnelle au même
titre que les autres puis on... la
meilleure personne à la bonne place, là, pour bien, bien expliquer puis
bien argumenter.
On a des infirmières à l'intérieur du réseau qui
sont, on va le... je vais le dire avec des guillemets, là, elles sont vendues
infirmières auxiliaires : elles vont aider la profession, elles vont mettre
en place des choses qui ne sont pas faites. Entre autres, M. le ministre
parlait, tantôt, de l'introduction d'infirmières auxiliaires à la salle
d'opération. Bien, on avait une infirmière
qui y croyait. Mais, des fois, il faut... ça prend quelqu'un, là, qui est
capable de défendre la profession à tout niveau.
M. Fortin : Donc, ce serait un peu un garde-fou par rapport aux
infirmières qui, eux, connaîtraient moins ou seraient moins vendues, entre
guillemets, là, comme vous dites, à la profession d'infirmière auxiliaire,
juste pour s'assurer que, dans chacun des établissements, il y a effectivement
une voix au niveau de votre profession qui fait valoir quand vous pouvez êtres
utiles, comment vous pouvez être utiles puis comment le mettre en place.
Mme Grant (Carole) : Vous
savez, dans les années 90, on voulait mettre l'infirmière auxiliaire
seulement qu'en CHSLD. C'était ça, la vision du gouvernement vers ce temps-là.
Alors, aujourd'hui, force est de constater que, si on était juste dans les CHSLD,
je pense qu'on aurait beaucoup de difficultés à l'intérieur du réseau, là,
parce qu'on est vraiment partout. Quand on dit «partout», la trajectoire de
soins, là, urgences, hospitalisation, soins intensifs, soins à domicile,
tout...on est toujours là.
M. Fortin : Dernière chose pour moi avant de passer la parole à ma
collègue, vous avez mentionné, dans votre allocution d'ouverture, là, la
collaboration nécessaire entre le commissaire aux plaintes et l'ordre
professionnel. J'aimerais vous entendre là-dessus, juste... qu'est-ce que vous
voyez qu'il manque en ce moment, qu'est-ce qui doit être ajouté et comment ça
pourrait être bénéfique.
Mme Grant (Carole) : Bien, ce
que qu'on... ce qu'on dit, c'est : On reçoit souvent les rapports de
coroner, on reçoit souvent les rapports de... Comment ça s'appelle?
Mme Sikora (Eva) : Agrément
Canada.
Mme Grant (Carole) : Agrément
Canada, merci Eva, Agrément Canada, mais on reçoit rarement des rapports de
commissaires, puis, dans certains cas, bien, ça peut viser directement les
membres puis ça permettrait au syndic de
faire lui-même son enquête. Comme on est là pour la protection du public, bien,
si on avait une communication qui est directe ou une obligation du
commissaire de nous déposer des documents, bien, ça serait un plus pour nous.
M. Fortin : Donc, c'est quelque chose qu'on pourrait mettre dans la
loi, l'obligation du commissaire de vous... de rendre aux ordres
professionnels, là, ses conclusions par rapport aux différentes enquêtes.
Mme Grant
(Carole) : Je dirais que, présentement, c'est une option
qu'il peut prendre, mais, si c'était obligatoire, on aurait toujours
les... le retour.
M. Fortin : Bien compris. Je vous remercie.
Le Président (M. Provençal)
: Alors, on cède la parole à la députée
de Mont-Royal—Outremont.
Mme Setlakwe :
Merci. À mon tour de vous remercier pour votre présence ce matin. Et je
pense que je parle au nom de tous quand on vous remercie pour... vous et vos
membres, pour la différence que vous faites auprès des Québécois et Québécoises, des patients. Sachez que votre profession
n'est pas... elle est reconnue, elle est appréciée, elle compte, puis,
en tout cas, durant la pandémie, on a réalisé à quel point vous étiez
essentiels. Donc, merci.
Pour moi, le message
est clair. Je veux juste être sûre que je vous entends bien, là, parce qu'on
parle de valoriser votre rôle, puis ça, c'est important, valoriser votre
profession, mais, pour moi, c'est une question de qualité de soins aux patients
et... Vous le dites, là, vous êtes... vous agissez en... de façon... en
proximité, vous êtes près du patient sur le terrain et, je dirais, dans la
chambre, au chevet. Tu sais, dans le fond, la façon que je le vois,
c'est : une fois que le médecin est
venu, l'infirmière, les infirmières ont comme un peu coordonné les soins, vous,
vous êtes là, puis vous passez du
temps avec le ou la patiente, et vous échangez, et vous manipulez, et vous
êtes, donc, là, en proximité, donc vous recevez... vous échangez et vous
recevez de l'information. Comment se fait-il qu'on ne vous permette pas,
d'après ça, rapporter cette information-là?
Est-ce que je vous entends, dans le fond, quand vous... Votre préoccupation
de base, fondamentale, c'est un peu ça. Puis
vous voulez que cette appréciation des soins puis de ce que vous pouvez
apporter, ce que vous pouvez apporter à la trajectoire soit reconnu dans
la loi, et donc que vous fassiez
partie du conseil interdisciplinaire.
Mme Grant
(Carole) : Tout à fait. Vous avez raison dans ce que vous dites. Vous
avez raison de dire qu'on est les plus près des patients. Vous avez aussi
raison de dire qu'on est à son chevet constamment, là. Tout à fait. Et, quand
on parle de la personne vulnérable, on est peut-être la profession qui est la
plus proche aussi quand on parle des gens
âgés ou de tout ce que... de tout ce qui a trait à la personne vulnérable.
Mais, je veux dire, l'idée, c'est : on est près du patient, alors donnez-nous la possibilité
d'aller dire ce qui ne fonctionne pas, donnez-nous la possibilité d'aller
dire comment on peut travailler ensemble, donnez-nous la possibilité de dire...
Comment ça se fait qu'on est encore en train de défendre la loi n° 90
20 ans plus tard? Comment ça se fait qu'on n'est pas auprès du... On est
auprès du patient, mais on est aussi des gens qui ont une formation puis qui
ont du jugement clinique, là.
Mme Setlakwe :
Tout à fait. Si on veut revoir la structure, il faut le faire au bénéfice du
patient. Donc, c'est clair pour vous que
vous n'êtes pas incluses dans la notion... dans le... non. Il faut que ce soit
dit explicitement, comme mon collègue
l'a mentionné. Et puis, encore une fois, c'est ça, votre préoccupation, c'est
d'être sous-utilisées et de ne pas faire
partie du conseil
interdisciplinaire.
puis, à part de ça, je pense que vous avez... vous parlez, donc, de votre
présence auprès des autres instances, mais, vraiment, votre
préoccupation principale, c'est de pouvoir rapporter ce que vous entendez.
Parce que j'imagine qu'une fois... Tu sais, c'est vous... Moi, je me mets dans
la peau du patient, là. Le temps avec le médecin, il est court, il est
précieux. Et puis, après ça, bien, on peut faire toutes sortes de constats
quand on est à ses côtés. Ça fait que vous recevez...
Bien, actuellement,
est-ce que... Tu sais, dans le système actuel, là, quelle est votre doléance
principale par rapport à ça? Puis est-ce que... Là, voyez-vous que, dans le PL n° 15, on y répond ou pas du tout?
Mme Grant
(Carole) : Bien, écoutez, on pense que, dans le PL n° 15,
il faut travailler les structures. On n'est
pas contre le travail des structures, mais il faut travailler aussi la culture.
Tu sais, dans certains cas, il faut prévoir qu'une professionnelle,
c'est une professionnelle. Vous avez raison, quand... On entend beaucoup de
choses comme professionnelles. Il faut être capable de le rapporter à
l'infirmière, mais il faut aussi être capable de faire la différence
entre je suis auprès du patient puis je dois faire mon côté professionnel,
là. Je ne sais pas si je réponds bien à votre question. Pas certaine.
Mme Setlakwe :
Oui. Non, c'est assez clair.
Mme Grant
(Carole) : Oui? OK. Bien, je dis souvent : Arrêtez de nous dire
comment soigner. Laissez-nous soigner.
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup. Nous
allons... Merci, Mme la députée. Nous allons poursuivre cet échange avec
M. le député de Rosemont pour 3 min 35 s.
M. Marissal :
Merci, M. le Président. Collègues. M. le Président, avant de commencer, je
présume que vous avez diligemment recoupé le temps de la personne dont je ne
peux signifier l'absence ici.
Le Président
(M. Provençal)
: Oui.
M. Marissal : Merci. Merci. Je viens de
gagner 15 secondes. Merci d'être là. Merci beaucoup. J'ai l'impression,
en vous écoutant, que vous êtes, dans les
soins de santé, un peu ce que les travailleuses sociales sont en services
sociaux, c'est-à-dire qu'on ne parle jamais de vous, on ne vous connaît
pas. Pourtant, vous faites un travail essentiel, puis ça fonctionne bien.
J'ai deux questions, rapidement. Vous dites,
dans votre mémoire, là, si je l'ai bien compris, puis il est quand même assez touffu, là, vous dites essentiellement
que vous êtes méconnus, sous-utilisés puis que le projet de loi n° 15, en tout cas, de ce qui vous concerne et dans sa forme
actuelle, va vous marginaliser encore davantage. C'est ce que je comprends?
Mme Grant (Carole) : Bien,
peut-être pas marginaliser, mais on se questionne sur quelle était l'intension
à l'intérieur de certains comités, puisque, dans la LSSSS, on était nommément
nommés puis là on ne l'est plus. Alors, c'est plus ça qui nous inquiète. Puis,
comme on n'a pas... Vous l'avez dit, on est méconnus. On n'a pas beaucoup de
place pour déposer notre voix et déposer nos doléances. On essaie de le faire
le plus possible dans le plus de places possible.
Puis j'ai même... Souvent, quand j'interpelle
les ministres, je leur dis toujours : Je vous invite à dire merci... Tu
sais, les gens disent souvent merci aux infirmières : On est fiers, vous
êtes essentielles, mais, pour la profession infirmière auxiliaire, c'est
important. Puis, de plus en plus, j'entends les ministres dire «infirmières et
infirmières auxiliaires». Alors, partout, on va pouvoir tabletter, prendre
notre place, mettre notre mot, on va le dire. Et vous allez peut-être
m'entendre sur tous les réseaux le dire, là, jusqu'à quel point on pense qu'on
est essentielles à l'intérieur du réseau,
pour l'efficience, en tout cas, puis pour aider à désengorger beaucoup de
choses. Quand on parle, à l'urgence, on parlait des salles d'opération,
je pense que notre place, elle est là, puis il faut la revendiquer partout.
M. Marissal : Mais
vous faites bien, vous faites bien de revendiquer votre place, effectivement,
d'où l'analogie avec les TS, dont on ne parle à peu près jamais. Puis je vous dirais
que, pour faire beaucoup de terrain, les inhalos nous disent la même chose aussi : Vous ne parlez
jamais de nous. Pourtant, il n'y a pas grand-chose qui se ferait dans un
hôpital. Puis, de toute façon, c'est une chaîne, hein? Vous en faites
partie.
Moi, il y a quelque chose qui m'impressionne
dans ce que vous dites, c'est que vous n'avez aucun problème de pénurie de main-d'oeuvre et de recrutement. Il
est constant et assez populeux. Pourtant, vous dites vous-même que ce n'est peut-être pas la profession la plus
valorisée au Québec, là, puis ça marche, sur le terrain, quand on sait ce que
vous faites.
Alors, comment... C'est quoi, le secret pour
vous assurer de la relève, du recrutement? Ce n'est pas la profession la plus payante non plus. Je sais bien
qu'il n'y a pas juste l'argent dans la vie, là, mais ce n'est pas la profession
la plus payante, là. Comment vous faites?
Mme Grant
(Carole) : Dans nos membres, présentement, on a énormément de
gens qui viennent de l'immigration. On est à l'intérieur des
10 ordres les plus... qui accueillent le plus d'immigrants. On était... À
un moment donné, on était les troisièmes.
Alors, on a énormément de gens qui viennent de l'extérieur qui sont infirmières
ou médecins dans leur pays puis qui veulent venir travailler ici et
faire une formation qui est courte pour pouvoir gagner leur vie. Alors, ce sont
des familles, ce sont des mères monoparentales, mais ce sont aussi des gens qui
ont des connaissances autres.
On fait beaucoup aussi d'accueil d'immigrants,
là, permis sur permis, dépendamment du pays, on analyse beaucoup, on en fait
énormément. Alors, on a beaucoup de demandes de gens de l'extérieur.
On a aussi des cohortes de nouveaux qui sont
ici. On a... On en a de partout.
Ça fait que les écoles me disent qu'elles n'ont
jamais eu autant de demandes. Bien sûr, c'est sûr que la formation accélérée,
ça a été un plus en plus de ce qui existait déjà, parce que, présentement, on a
les formations régulières puis on a des formations accélérées.
Donc, quand
je suis arrivée, il y a six ans, on en accueillait autour de 1 600.
Maintenant, c'est 2 000 par année.
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup.
M. Marissal : OK. Merci.
Président (M. Provençal)
Nous allons terminer cet échange
avec Mme la députée de Vaudreuil pour 2 min 12 s.
Mme Nichols : Merci. Merci, M.
le Président. Le temps est compté. Je vais être assez directe. C'est clair, là,
puis je pense que le ministre le reconnaît aussi, puis tout le monde le
reconnaît, vous jouez un rôle superimportant. Puis je pense que ce n'est même
plus à prouver, là, c'est déterminant dans le système de la santé. Vous le
dites, c'est reconnu.
Mais je reviens sur un exemple. Vous avez donné,
là, l'exemple que vous jouez, entre autres, dans les salles d'opération du
projet pilote. Ça fonctionne bien. Qu'est-ce qui bloque? Qu'est-ce qui bloque?
Parce qu'on comprend que ça bloque puis, d'un autre côté, on comprend aussi que
vous voulez une... que, des comités, il y en a déjà. Vous voulez une autre...
Vous voulez une place sur le comité. Moi, dans ma tête, ça ne fonctionne pas.
Il n'y a pas de pénurie de main-d'oeuvre.
Vous êtes disponibles, vous êtes là, vous êtes reconnus. Un projet pilote, ça
fonctionne. Vous êtes déjà sur un comité. Qu'est-ce qui bloque dans tout ça?
Est-ce que c'est les PDG qui ne vous donnent pas votre place?
Mme Grant
(Carole) : Je dirais que c'est... Tantôt, je disais qu'il
faut travailler sur la structure, mais il faut travailler aussi sur la culture. Il y avait, pendant
longtemps, l'impression qu'à l'intérieur de certains centres d'activité ce
n'était que des infirmières ou des
infirmières bachelières, appelez-les comme vous voulez, et par méconnaissance.
Parce que, quand on arrête, puis que les gens nous disent : On
aimerait ça introduire des infirmières auxiliaires...
Tantôt, je vous ai parlé des soins intensifs.
Quand vous me demandez pour la salle d'opération, ça fait six ans que je suis
présidente, c'était avant que j'arrive à l'ordre que ça s'est fait. Donc, ce
n'est pas d'hier, là. Ça se fait et ça fonctionne toujours. Ça se fait tellement bien
que... Moi, je travaillais au CHUM. On est partis du site Notre-Dame, et on a
pris tous les gens qui travaillaient là, puis on a fait un bloc, puis on les a
transférés à Saint-Luc. Il n'y a pas eu de discussion, puis les
médecins, ils ont même levé la main puis dire : Non, non, vous ne défaites
pas mon équipe, là, je veux mon infirmière auxiliaire et je veux mon
infirmière.
Donc, quand on défait la culture, quand on
explique le plein champ d'exercice, quand on travaille avec eux,
habituellement, avoir une infirmière auxiliaire, c'est l'adopter.
Mme Nichols : Ça fait que c'est
ça, l'enjeu?
Mme Grant (Carole) : C'est ça,
l'enjeu.
Le Président (M. Provençal)
: Merci de votre contribution. Merci de
nous avoir mieux fait découvrir votre profession. Je pense qu'il y a eu des
belles clarifications qui ont été faites et apportées par vous.
Sur ce, je vais suspendre momentanément les
travaux pour laisser place au prochain groupe. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à 10 h 45)
Le Président (M. Provençal)
: Nous reprenons nos travaux. Nous
recevons maintenant les représentants du Collège des médecins du Québec. Alors,
vous allez disposer de 10 minutes pour votre exposé. Par la suite, nous
procédons aux échanges. Alors, sur ce, je vous cède immédiatement la parole.
M. Gaudreault
(Mauril) : Merci. M. le ministre Dubé,
M. Provençal, président de la commission, M. André Albert Morin,
vice-président, tous les membres de la commission, bonjour. Je suis accompagné,
aujourd'hui, à ma droite, de la
vice-présidente du conseil d'administration du collège, la docteure Nathalie
Saad, pneumologue à l'Hôpital
général juif à Montréal, et de notre nouveau directeur général, le docteur
Pierre Gfeller, médecin de famille. Je suis, moi aussi, un médecin de famille.
J'ai le privilège, depuis cinq ans, de présider le Collège des médecins du
Québec.
Je voudrais, d'abord, remercier la commission
d'avoir repoussé la date initiale de notre audition pour nous accorder le temps
nécessaire d'analyser ce volumineux projet de loi. Il interpelle le collège à
plus d'un titre. Nous voulons vous présenter nos points de vue sur trois grands
volets, particulièrement : l'accès aux soins pour les usagers et la
manière dont ils pourront être entendus, les médecins et les moyens par
lesquels ils pourront mieux soigner les Québécois de leur territoire et de leur
participation à la cogestion médicoadministrative des établissements, et les
nouvelles instances créées dans le cadre de Santé Québec ainsi que de la place
du privé dans le réseau.
Parlons, tout d'abord, comme il se doit, des
usagers. La protection du public est la raison d'être de notre ordre professionnel. Nous veillons à ce qu'il soit
protégé par une médecine de qualité. Cela est possible que s'il y a accès
aux soins et que les médecins peuvent oeuvrer dans les conditions appropriées. Le
collège a mené, en 2021-2022, avec le
ministère de la Santé, de même qu'avec les fédérations médicales et avec
d'autres partenaires, un vaste chantier sur l'accès aux soins. Le collège a aussi effectué une importante
tournée des pôles en santé à travers le Québec, qui nous autorise à poser un regard critique, objectif et
constructif sur ce projet et mesurer ses impacts potentiels sur les usagers,
sur les médecins et le réseau.
L'idée que le projet de loi placera le patient
au coeur du réseau de la santé et des services sociaux partout sur le
territoire rejoint notre définition de la responsabilité sociale des médecins
et des professionnels de la santé. Nous croyons
que tous les professionnels de la santé ont la responsabilité de mieux répondre
aux besoins des communautés qu'ils desservent. Mais il faut faire les
choses correctement pour reconnaître à la fois les besoins de la population,
les limites actuelles du réseau et respecter
l'autonomie professionnelle des médecins. Nous remarquons à ce sujet que le
projet de loi n° 15 tente de projeter la
gestion hospitalière traditionnelle à l'ensemble du territoire. Les soins de
proximité, dont les soins à domicile, ne se prodiguent pas, cependant, et ne se
gèrent pas comme un hôpital.
Nous accueillons favorablement, par ailleurs, la
gestion plus directe des listes d'attente en chirurgie et du flot des patients dans les urgences, mais nous nous
questionnons toutefois sur la capacité du réseau à atteindre cet objectif
sans un véritable accroissement de l'offre en
première ligne et en soins de proximité. En cela, bien sûr, toute aide sera
la bienvenue, dont celle des techniciens paramédicaux, qu'il faudra enfin
intégrer au système professionnel.
Le projet de loi ambitionne, par ailleurs, de
porter la voix des usagers jusqu'au bureau du ministre et auprès du conseil d'administration de Santé Québec. On s'en réjouit. Cependant, quelques facteurs de réussite doivent être
au rendez-vous, cependant : par exemple, nommer les membres du
comité national des usagers sur les recommandations des comités locaux
d'usagers; reconnaître l'importance des comités d'usagers, souvent vus comme un
mal nécessaire bien plus qu'un partenaire;
rehausser la présence des patients, dont les patients partenaires, dans les
instances du réseau, leur contribution est inestimable.
Abordons les dispositions touchant la profession
médicale. Les recherches et l'expérience le démontrent, un milieu de soins fonctionne mieux dans le cadre
d'une cogestion clinique et administrative. C'est bon pour les soignants,
c'est bon pour les patients, c'est bon pour les gestionnaires. En lisant le
projet de loi, on constate qu'on évacue des médecins des rôles décisionnels touchant la
trajectoire des soins. On s'appauvrit ainsi de leur savoir et de leurs
compétences et on risque de les démobiliser. Pour nous, la cogestion,
c'est un équilibre entre médecins et gestionnaires dans les prises de décision au quotidien, qui fait en sorte
que la voix des médecins se fait bien entendre dans les établissements,
notamment par les conseils des médecins, dentistes et pharmaciens, les CMDP, et
que les médecins qui exercent des fonctions médicoadministratives soient bien
formés, mieux soutenus et disposent des ressources nécessaires. Jamais le
collège ne se mêle de questions de rémunération. Cette fois-ci, cependant, on
s'en mêle, et il faudra les rémunérer adéquatement.
Par ailleurs, nous
favorisons la création des conseils interdisciplinaires d'évaluation des
trajectoires et de l'organisation clinique
pour l'ensemble des services sur le territoire, de même que nous favorisons
aussi la nomination d'un gestionnaire
pour chaque installation et souhaitons que son rôle, ses responsabilités, son
autonomie et son imputabilité soient mieux définis et uniformes sur le
territoire.
Notre
tournée des pôles en santé illustre combien les besoins de financement des
infrastructures et des rehaussements
technologiques sont grands partout. Écoutez, on est le 9 mai 2023. Alors qu'une
jeune ingénieure québécoise pilote
sur Terre un véhicule qui roule sur la planète Mars, peut-on, s'il vous plaît,
déclarer la fin des fax dans le réseau de la santé?
dispositions concernant la nouvelle gouvernance médicale suscitent bien des
commentaires, sur trois aspects, principalement : les pouvoirs de
sanction, les pouvoirs d'attribution des privilèges et les responsabilités
populationnelles. Un sondage interne du collège, il y a quelques jours à peine,
auprès de tous les médecins, auquel plus de 1 300 membres ont
répondu, est révélateur de leur crainte de ne pouvoir soigner en toute
autonomie. La très grande majorité veut que la cogestion demeure. Un médecin
sur deux estime cependant que la réforme ne pourra se réaliser avec le projet
de loi actuel.
Le collège partage
ces inquiétudes, mais le projet de loi peut être amélioré pour y pallier, car
il y a un risque réel de conflit d'intérêts et de rôles si ceux qui imposent
les mesures disciplinaires sont les mêmes que ceux qui octroient les privilèges
d'exercice. Il y a, à notre avis, trop de pouvoirs entre trop peu de mains. Il
doit y avoir une séparation de ces pouvoirs, c'est fondamental, d'autant que le
projet de loi ne prévoit aucune règle procédurale pour éviter l'arbitraire des
décisions. Nous craignons, d'ailleurs, l'arbitraire dans la répartition des
effectifs médicaux sur le territoire. Il ne
faut pas que les privilèges d'exercice soient octroyés sur une base strictement
administrative. Il faudra tenir
compte de la responsabilité sociale de l'ensemble des professionnels de la
santé, et cette responsabilité collective en la population est l'affaire
de tous, de tous les professionnels, et nous déplorons que le projet de loi
soit silencieux là-dessus. Et la réforme proposée est également l'occasion de
revoir les fameux PREM pour les adapter notamment aux fins de carrière.
Les médicaments, par
ailleurs, sont une
partie intégrante du traitement des patients. Le projet de
loi ne permettrait à un établissement que de fournir ceux qui seront autorisés
par l'INESSS ou la RAMQ. En oncologie, vous
savez, on sauve des vies avec des médicaments qui ne sont pas autorisés, mais
encadrés par des protocoles rigoureux. La science évolue plus rapidement
que la bureaucratie.
Nos commentaires
maintenant sur Santé Québec. La séparation de la planification et des
opérations entre le ministère et Santé Québec est une bonne chose, mais est-ce vraiment séparé lorsque le ministre
nomme tout le monde? Du bas vers le
haut, du haut vers le bas, nous constatons une centralisation et une
hiérarchisation des pouvoirs décisionnels.
Sur les questions du
privé en santé, le collège va être très bref et clair : si le privé peut
contribuer à élargir l'accès aux soins, à
condition qu'ils soient gratuits pour tous et toutes, nous y sommes favorables.
Nous voulons un système, un réseau public fort offrant toute la gamme
des services gratuits au public, mais sans cannibaliser le réseau public.
Abordons maintenant
brièvement le volet enseignement et recherche. S'il est une omission importante
du projet de loi, c'est bien ce volet. Il
est surprenant que le projet de loi fasse si peu de place aux missions
d'enseignement et de recherche des
établissements et de liens avec les institutions universitaires. À quoi sert
sinon le U dans CIUSSS, sinon que
pour rappeler la vocation universitaire? La sensibilisation, d'ailleurs, à la
responsabilité sociale et populationnelle doit débuter sur les bancs de
classe.
Enfin,
nous attirons l'attention du législateur sur le virage environnemental que doit
prendre le réseau. Le choix d'aménagement
des infrastructures, le choix de certains médicaments, de certaines pratiques
sont autant de contributions auxquelles le réseau de la santé doit
s'atteler plus vite que tard.
En terminant, nous
tenons à saluer la volonté du ministre de s'attaquer à la refonte du réseau de
la santé. Nous soulignons aussi son
ouverture. Nous lui suggérons quelques facteurs de réussite, que je
répète : améliorer l'accès aux soins sur tout le territoire et
inclure les soins de proximité, régler prioritairement l'enjeu de pénurie,
maintenir une cogestion
médicoadministrative, faire en sorte que la voix des usagers s'exprime partout
dans le réseau, rehausser infrastructures et technologies.
C'était l'essentiel
de nos commentaires. Le collège demeurera un partenaire de toute réforme du
réseau qui élargira l'accès aux soins des
usagers et améliorera le contexte de pratique des professionnels de la santé.
Cela s'inscrit dans notre mandat de protection du public en offrant une
médecine de qualité. Nous vous remercions de votre écoute et sommes prêts à
répondre à vos questions.
Le Président
(M. Provençal)
: Merci
beaucoup, Dr Gaudreault. Alors, M. le ministre, vous avez assurément quelques
questions à poser.
M. Dubé : Merci,
M. le Président. Bien, trois choses. Si on est capable d'envoyer quelqu'un sur
Mars, on devrait être capable de régler nos fax. Je pense qu'avec... Ce
que j'aimerais peut-être souligner, Dr Gaudreault et votre équipe, là, premièrement, les gens qui vous
connaissent depuis longtemps savent aussi comment vous avez aidé lorsqu'on a
fait le projet de loi n° 11, l'an dernier, sur les omnipraticiens, d'être
capables de trouver des solutions puis de bonifier notre projet de loi
qu'on avait discuté. Ça fait que je veux me rappeler de ça comme étant une des
participations importantes qu'on a, dans les prochains jours, de... du Collège
des médecins pour essayer de trouver, de rassembler tout le monde puis trouver des solutions. Ça fait que merci d'avoir pris
le temps, dans votre mémoire, de le faire avec votre équipe. Puis je veux... Il y a des gens que
j'apprécie beaucoup dans le réseau, puis je pense que le Dr Gfeller est peut-être un peu moins connu, mais vous avez été
combien de temps au CUSM, Dr Gfeller, avant de passer au collège?
M. Gfeller
(Pierre) : J'ai été presque cinq ans comme PDG du CUSM. Auparavant,
j'avais été six ans à Sacré-Coeur, au CIUSSS du Nord-de-l'Île-de-Montréal comme
PDG.
M. Dubé :
Alors, vous êtes à la retraite maintenant, c'est ça que je comprends?
M. Gfeller
(Pierre) : Oui. La retraite a duré six semaines. J'ai aimé ça,
c'est...
M. Dubé :
Six semaines de retraite. On aime nos médecins comme ça, six semaines de
retraite. Merci beaucoup, Dr Gfeller, de votre contribution. Je vais aller
rapidement. Moi, Dr Gaudreault, avec toute l'appréciation que j'ai pour vous,
il y a une chose que je veux préciser, parce que je le vois beaucoup dans des
mémoires, là, puis je l'entends sur la rue,
puis, je veux le préciser, il y a beaucoup de choses qui ne sont pas dans le
projet de loi, qui ne peuvent pas et ne doivent pas être dans le projet de loi.
Parce que je l'ai bien dit que le projet de loi n° 15, c'est un élément du
plan santé, mais on n'a pas besoin d'avoir une
loi sur tout, OK?
Alors, je donne
l'exemple, je donne l'exemple, et c'est pour ça que je faisais une petite
référence rapide au projet de loi n° 11, on a travaillé beaucoup sur
l'accessibilité, lorsqu'on a fait le projet de loi n° 11, avec par exemple
les mesures avec les GMF, la prise en charge, puis etc. Ça fait que
je veux juste dire : À chaque fois, j'entends, puis c'est pour ça que
j'écoute, puis je suis en mode écoute en ce moment, mais je vais vous répondre
qu'il y a bien des choses qui ne peuvent
pas... et qui n'ont pas besoin d'être dans le projet de loi. Vous avez le droit
de les soulever, mais, quand
j'entends qu'on ne parle pas d'accessibilité, bien, c'est parce qu'on l'a
traité ailleurs. Je voulais juste faire un peu cette précision-là.
Bon, maintenant,
sur... Il y a un élément excessivement... Parce que j'aime beaucoup comment
vous avez divisé ça, là. Vous avez dit : Mes commentaires portent sur les
usagers, sur le clinique. Puis, entre autres, vous avez parlé des infrastructures. Ça fait qu'on... tout le monde s'est compris
que, encore une fois, dans les infrastructures, on n'a pas besoin de projet de loi pour avoir augmenté
notre PQI à la hauteur de 22 milliards pour faire plus de modernisation
d'hôpitaux. Je fais juste dire ça. C'est une autre... Vous avez raison de le
soulever, vous avez raison de dire que ça n'a pas de bon sens qu'on ait encore
des fax dans le réseau entre un pharmacien puis un médecin, mais on n'a pas
besoin du projet de loi pour ça. Je voulais juste donner cette...
Mais, par contre, où
j'aimerais vous poser des questions pour clarifier des choses, c'est tout sur
l'aspect clinique. Et ça va être difficile,
là, de garder ça simple, mais c'est toute la question de cogestion auquel
vous... vous parlez beaucoup. Pour moi, quand vous parlez de cogestion,
on a beaucoup de cogestion dans le réseau en ce moment. Elle existe, la cogestion, elle existe, par exemple, entre
les départements, entre un... différents départements où on demande à nos gestionnaires, administratifs et cliniques, de
travailler ensemble. Puis je pense que la... il y a eu beaucoup d'écrits
là-dessus, entre autres des HEC, etc., qui ont dit : La cogestion, c'est
un peu comme la médiation, hein? Il ne doit pas y avoir une autorité qui est
plus forte que l'autre. C'est qu'on doit s'entendre pour que le patient soit le
mieux servi possible, pour qu'il y ait le plus de valeur possible.
Quand
vous dites qu'on n'en parle pas dans le projet de loi, moi, je pense qu'on a
envoyé un message très clair. Puis, si vous me dites... Puis c'est pour
ça que je veux vous écouter. On a parlé de s'assurer qu'on allait avoir de la gestion de proximité, des gestionnaires de
proximité, qu'on avait un principe de subsidiarité. C'est un gros mot, là, mais
qu'est-ce que ça veut dire, c'est que la décision doit se prendre le
plus proche possible du terrain. Moi, là, quand vous me parlez de cogestion, puis je vous dis qu'il y en a déjà
beaucoup, où est-ce que vous trouvez qu'il manque de la cogestion? C'est
ça que j'aimerais entendre.
Parce
que, s'il en manque... S'il y en a beaucoup entre les professionnels, par
exemple entre les médecins qui sont dans
deux départements, est-ce qu'il en manque entre les autres professionnels? Et
c'est là que je voudrais... Est-ce que... Parce que, tantôt, on
entendait une infirmière auxiliaire, Mme Grant, qui disait : Bien, on
n'est pas
partie prenante au processus, elle, elle dit. Est-ce que c'est avec
eux qu'il devrait y avoir plus de cogestion, par exemple, au niveau des comités
interdisciplinaires? Parce que moi, je pense qu'il y en a déjà beaucoup, de
cogestion, mais vous en parlez beaucoup dans votre mémoire, ça fait que
j'aimerais ça vous entendre là-dessus.
M. Gaudreault
(Mauril) : Bien, je parle beaucoup de
responsabilité sociale, populationnelle des divers professionnels, hein, de
tous les professionnels, non pas seulement des médecins, de faire en sorte de
mieux répondre aux besoins des communautés, je vous le redis. Et je suis... on
est... je suis très, très... le collège est heureux de l'idée de la composition
d'un comité interdisciplinaire avec les différents professionnels de la santé
dans un établissement qui pourrait aussi planifier des activités hors
établissement. Ça, je l'ai dit.
Qu'il y ait plus
d'importance d'accordée aux autres professionnels, j'adhère à cela totalement,
mais ça ne veut pas dire de diluer l'importance qu'ont les médecins puis les
gestionnaires, les chefs de département là-dedans. Ça fait que ce qu'on trouve
du projet de loi, c'est que... un peu silencieux par rapport à l'importance des
chefs de département clinique médicaux à
l'intérieur des établissements de travailler en cogestion. Je ne veux pas
revenir sur...
M. Dubé : Mais
avez-vous l'impression... Puis peut-être... Moi, c'est... Parce que ça vient me
titiller un peu quand vous dites que vous avez l'impression qu'on enlève la
voix aux médecins. Puis, en même temps, je me dis : Est-ce que c'est parce
qu'on donne la voix à d'autres professions que vous avez cette... Parce qu'il
me semble qu'on peut garder la même voix aux
médecins, tout en donnant une voix plus grande à... je dis, exemple, aux soins
infirmiers. C'est ça que je voudrais comprendre...
M. Gaudreault
(Mauril) : Tout à fait.
M. Dubé : ...parce que je ne
pense pas que notre objectif, c'est d'enlever la voix aux médecins, mais
c'était d'en donner plus aux autres.
M. Gaudreault
(Mauril) : Je ne suis pas
président d'une fédération, je suis président d'un ordre professionnel...
M. Gaudreault
(Mauril) : ...qui est là pour protéger le public en assurant
une médecine de qualité. Pour moi, une médecine de qualité, ça veut dire une
médecine accessible, OK, pour laquelle les médecins ont à travailler avec les autres professionnels de la santé. Si
vous me dites, M. Dubé, que ce n'est pas inquiétant pour vous, dans votre
projet, qu'il y a une importance aussi grande de donnée aux divers
professionnels de la santé qu'aux médecins, je ne vais qu'applaudir à cela.
C'est une inquiétude, une préoccupation que nous avions à la lecture du projet.
M. Dubé : Non, mais c'est
important qu'on se dise ça, parce que vous êtes le premier à avoir dit... Puis,
ça, je faisais référence au p.l. n° 11,
quand on a fait ça il y a un an. Vous avez dit : Élargissez le nombre de
professionnels qui peuvent faire de la prise en charge. C'était votre
grand message, l'an dernier, puis on a modifié, on a bonifié le projet de loi
pour tenir compte de ça. Aujourd'hui, ce que je vous entends, c'est de
dire : Cette même approche là ne devrait pas être sur... toute la
responsabilité ne doit pas être sur les médecins, mais sur les autres professions,
comme infirmière, travailleur social.
M. Gaudreault
(Mauril) : Tout à fait.
M. Dubé : Mais...
Donc, je comprends mieux votre précision de dire : C'est... Vous êtes
d'accord qu'on n'enlève pas aux médecins, mais on va en donner plus aux
autres.
M. Gaudreault
(Mauril) : ...Pierre.
M. Gfeller
(Pierre) : Si je peux me permettre, M. le ministre, on parle
de cogestion, elle n'est pas nécessairement médicoadministrative.
D'abord, j'aimerais définir que la cogestion, c'est seulement un des volets de
ce qu'on appelle la gouvernance clinique. Qu'est-ce que c'est, la gouvernance
clinique? C'est les... si vous voulez, la contribution des professionnels,
qu'ils soient médecins, infirmiers ou les autres professionnels, à la
planification, à l'organisation, à la dispensation, à l'évaluation des soins et
des services qui sont offerts.
C'est à géométrie variable. Il y a des
programmes, dans le réseau de la santé et des services sociaux, je vais prendre les centres jeunesse, par exemple, qui ne
sont pas très, très médicalisés, on est vraiment du côté psychosocial. Alors,
la cogestion peut s'exercer dans un centre jeunesse entre un psychologue et une
gestionnaire ou une travailleuse sociale et une gestionnaire. Donc, dans
le fond, cogestion, c'est un volet. Ça a été surtout appliqué dans le milieu
hospitalier avec les chefs de département, mais aussi des chefs de service. Par
exemple, Dre Saad, elle est chef d'une clinique
à l'hôpital juif de Montréal et elle a une cogestionnaire administrative qui
travaille avec elle, et puis, ensemble, elles gèrent cette clinique-là.
Alors, ce qui
ressort, c'est que la perception, M. le ministre... c'est que la concentration
des pouvoirs dans un petit nombre d'individus, les PDG, les directeurs
médicaux, ça dégage une perception à l'effet que les autres professionnels
sont évacués de la gestion et sont évacués,
si vous voulez, de la définition des programmes, comment on veut donner les
services. Et malheureusement c'est la
perception actuelle, puis je pense que c'est ça que le mémoire veut vous
signaler.
M. Dubé : ...comme
j'ai dit, là, je ne changerai pas d'idée, j'ai tellement confiance en vous, ça
fait que... Je vais juste préciser une chose. Quand vous parlez de...
quand vous parlez de ça, de... vous dites : Que la décision soit mise dans un nombre restreint d'individus... Ça, c'est
très clair que ça vous inquiète. Bon. Moi, ce que j'aimerais vous entendre...
Parce que tout le monde va être d'accord avec le principe de cogestion. Puis
j'incite, là, ceux qui nous écoutent : allez
lire, là, ce qui a été préparé par les HEC en 2020, c'est très intéressant. Ça
explique c'est quoi, la cogestion entre le médical puis l'administratif.
Par contre, ce que j'aimerais vous dire... ou
vous demander, c'est une question, c'est une question ouverte : Qu'est-ce
qu'on fait quand la cogestion ne fonctionne pas? Qu'est-ce qu'on fait quand la
médiation ne fonctionne pas? Et c'est là, à mon sens, que j'aimerais qu'on se
challenge sur pourquoi, à la fin, il faut peut-être qu'il y ait un directeur
médical... ou qu'un PDG qui soit capable de trancher quand la cogestion ne
fonctionne pas. Puis, ça, je veux vous entendre là-dessus.
M. Gfeller (Pierre) : Bien,
j'ai mentionné, il y a quelques... quelques secondes, c'est très variable selon
les milieux.
M. Gfeller
(Pierre) : Je dirais que, dans les milieux universitaires et urbains,
c'est plus répandu. Parce que, dans un grand territoire... Par exemple, moi, je
suis un habitant, je vis dans les Laurentides. Alors, c'est une région qui
commence à Rosemère puis qui finit à Mont-Laurier. Alors, vous comprendrez que,
pour le chef du département de médecine ou le chef du département de chirurgie,
où il y a six hôpitaux, ce n'est pas évident. Alors, il y a des conditions qui
sont liées à la géographie et à la démographie médicale, mais il y a des
conditions aussi qui sont liées à l'absence de rémunération pour les chefs de
département. Il y a...
M. Dubé :
Vous en parlez aussi dans le mémoire, de ça, je veux revenir sur ça.
M. Gfeller
(Pierre) : Oui, il y a plusieurs années qu'on espère... puis là je
parle... je mets mon ancien chapeau de PDG et de DG, qu'on espérait que ce
serait réglé par une négociation avec la fédération, surtout des médecins
spécialistes et omnipraticiens. Ça n'a jamais été réglé. Donc, dans le fond, à
l'heure actuelle, on a gratté les fonds de
tiroir des établissements pour compenser ces gens-là pour le temps qu'ils
mettent du côté médical. Alors, ça...
M. Dubé :
Mais, selon vous, pas encore assez.
M. Gfeller
(Pierre) : Bien, dans le fond, il faudrait les rémunérer de façon
adéquate pour qu'ils puissent assumer ces
responsabilités-là. Donc, la cogestion, c'est un idéal. Ça ne touche pas
seulement les médecins, ça touche d'autres types de professionnels, qui,
eux, sont déjà, la plupart du temps, salariés du réseau. Puis on a remarqué que
les dispositions touchant les chefs de département n'ont pas été modifiées dans
la loi. Bien, c'est l'impression générale que le pouvoir que les PDG assument,
et les directeurs médicaux, est important. Vous avez raison, quand ça ne
fonctionne pas, par exemple, si la filière disciplinaire ne fonctionne pas, il
faut trouver une autre façon pour que ça fonctionne. Alors, de ce côté-là...
M. Dubé :
Bien, c'est un petit peu pour ça, parce que... En tout cas, moi, quand j'ai
relu, là, deux fois votre mémoire, plus
qu'une fois hier pour bien comprendre les grands thèmes, bien, vous êtes
d'accord qu'il y a des choses qui doivent changer, parce que... Je ne
pourrai pas passer la liste de tout ce que vous avez dit que vous êtes
d'accord, mais, en même temps, vous êtes d'accord, non plus, que les patients
n'en ont pas assez. Vous l'avez même dit quand vous avez fait votre tournée.
L'accès aux spécialistes, entre autres, n'est pas... elle n'est pas assez
grande. Ça fait qu'on s'entend là-dessus, on s'entend là-dessus. Est-ce que...
Et, quand je reviens sur la question de la cogestion... Je m'excuse, parce que
je ne sais pas comment qu'il me reste de temps, M. le Président.
Le Président
(M. Provençal)
: ...
M. Dubé :
Est-ce qu'il y a de mes collègues qui avaient peut-être une question? OK.
Sur la question de la cogestion, je veux y revenir, parce que, pour moi, je
veux bien la comprendre puis, en tout cas, je veux que tout le monde la
comprenne. Comment on pourrait bonifier si on bonifie? Parce qu'il y a une
question de culture de la cogestion, on s'entend. Et c'est pour ça que j'ai un
peu de misère à dire : Est-ce qu'on a besoin d'aller dans un projet de loi pour parler de culture, pour parler de
méthode de gestion? Et c'est ça que vous avez l'air de dire, puis je ne suis
pas sûr que ça va dans un projet de loi, mais je veux vous entendre là-dessus.
M. Gaudreault
(Mauril) : Bien, peut-être pas, je ne sais
pas, mais on avait l'impression qu'il fallait le mentionner par rapport à nos
questionnements puis inquiétudes, dans le sens que vous avez souvent...
M. Dubé :
Mais pas dans... nécessairement de le mettre dans le projet de loi.
M. Gaudreault
(Mauril) : Bien, dans le sens que vous
avez dit souvent, qu'il était perfectible. Ça fait que, si on s'entend que c'est nécessaire d'assurer une
meilleure cogestion entre tous les professionnels puis que c'est implicite
dans votre projet de loi, d'accord, M. Dubé, là, mais il faut poursuivre
cette culture-là de cogestion.
M. Gfeller (Pierre) : Si
je peux me permettre d'ajouter, M. le ministre, c'est que, depuis qu'on discute
du projet de loi n° 15, les mots «chef de département», «cogestion»,
«gouvernance technique», on ne les a pas entendus souvent.
M. Dubé :
Puis ça, ça veut dire quoi, Dr Gfeller?
M. Gfeller (Pierre) : Bien,
je pense que... il peut y avoir une perception à l'effet que ce n'est pas à
l'agenda ou que c'est quelque chose qui est remis en question suite au
projet de loi.
M. Dubé :
OK. Bien, je pense, des discussions comme on a aujourd'hui servent
peut-être à préciser ça, qu'on n'est pas du
tout contre la cogestion. Au contraire, tu sais, ce qu'on se dit, c'est que,
si... quand ça fonctionne bien, on continue comme ça. Le médical doit
travailler avec l'administratif.
M. Gaudreault
(Mauril) : ...clinicienne avec nous,
peut-être qu'elle pourrait dire son petit mot aussi.
M. Dubé : Oui, bien, avec
plaisir, allez-y.
Mme Saad
(Nathalie) : Puis je pense que, dans le concept de cogestion,
il faut se rappeler que, les professionnels de la santé, dont font
partie les médecins, on est aussi le lien un peu avec les patients. Donc, on a
parlé dans notre mémoire qu'on veut être... qu'on croit que les usagers
devraient avoir une voix plus forte, mais les médecins... dans le développement des trajectoires de soins, dans
l'accessibilité, même si c'est implicite, si je comprends, dans certains
des aspects, l'implication des médecins dans la gestion avec d'autres
gestionnaires permettra des soins de proximité qui vont être pertinents aux
patients. Puis je pense que c'est là aussi que la cogestion est importante
entre professionnels de la santé.
M. Dubé : Les chefs de service,
là, parce que... Qu'est-ce que vous pensez des chefs de service par rapport au
projet de loi n° 15?
Mme Saad (Nathalie) : Les chefs
de service...
M. Gaudreault
(Mauril) : Les chefs de service, ça n'a
jamais été inclus dans la loi. Puis on ne demande pas que ce soit dans la loi
non plus, mais les chefs de département existent dans la loi, et, à mon avis,
ils devraient continuer d'exister dans ce projet de loi là aussi.
M. Dubé : Excellent. Est-ce
qu'il me reste...
Le Président (M. Provençal)
: 40 secondes.
M. Dubé : Je pense, de mémoire,
que vous traitez du patient partenaire, dans votre mémoire, comme quoi c'est
important. Puis vous, vous l'avez connu beaucoup, je pense, au CUSM, là,
docteur, ça fait que vous êtes en accord que ça devrait être plus présent, ça,
par contre, dans le projet de loi?
M. Gaudreault
(Mauril) : Oui, des patients tout court,
des patients partenaires aussi, là, mais des patients, les usagers et les
patients. On n'a pas besoin d'être un patient partenaire formé, exemple, là,
dans une université du... dans une des facultés de médecine du Québec, les
patients sont, à mon avis, les premiers partenaires de l'équipe de soins par rapport
à un problème qui les concerne, tu sais, dans ce sens-là, de façon générale les
patients.
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup, M. le ministre.
Président (M. Provençal)
On va poursuivre avec le député
de Pontiac, et vous avez 8 min 35 s, M. le député.
M. Fortin : Merci. Merci, M. le Président. Bonjour à vous trois.
M. Fortin :
Merci, d'abord, pour vos décennies collectives de service public, et je
reconnais, à travers plusieurs de vos propos, là, justement, cette... bien,
votre mission principale au collège, la protection du public, bien, cette
volonté-là de s'assurer qu'on offre le meilleur service, le meilleur système de
santé possible aux patients.
Dans votre mémoire... et là je vais vous prendre
au mot, je vais vous citer, là : «Le collège est d'avis qu'il ne sera, donc, pas possible d'améliorer
significativement l'accès aux soins sur l'ensemble du territoire sans une
planification et une gestion orientée vers les soins de proximité.» Là,
votre mémoire, il est quand même... Moi, je le trouve dosé, c'est-à-dire qu'il
y a des parties sur lesquelles vous êtes d'accord, de toute évidence, il y a
des parties sur lesquelles vous êtes critiques et il y a des améliorations que
vous proposez.
Sur cet enjeu-là, quand vous dites qu'il ne sera
pas possible d'améliorer significativement l'accès aux soins sur l'ensemble du
territoire, qu'est-ce qui manque au projet de loi pour faire ça?
M. Gaudreault
(Mauril) : Bien, je pense qu'il faut
sortir de l'hôpital et il faut sortir des établissements puis améliorer ce qui se passe à l'extérieur des
établissements. Ce qui se passe dans les établissements, là, on va s'entendre,
de façon majoritaire, là, ça va bien, là, ce qui se passe dans les
établissements. On peut toujours améliorer ça de façon... on a parlé de
cogestion tout à l'heure.
Mais ce sur quoi il faut accorder plus
d'importance, pour moi, c'est comment on peut prendre soin des patients avant
qu'ils soient obligés d'y aller, dans l'établissement, avant qu'ils se
présentent à l'urgence, notamment, et, lorsqu'ils ont un épisode de soins qui
nécessite une hospitalisation, comment on pourrait faire pour la raccourcir, qu'ils retournent chez eux plus rapidement. Donc, ça, je
veux dire, des équipes de première ligne avec des professionnels de la santé, pas juste des médecins, là, des
professionnels de la santé de première ligne, et... mais aussi des équipes de
professionnels de la santé qui vont à domicile pour que les patients puissent
poursuivre leur épisode de soins.
On a parlé beaucoup
de soins palliatifs à domicile, d'hospitalisation à domicile, de soins à
domicile de large façon, mais c'est de cela que nous parlons quand on parle de
soins de proximité. Il faut mettre autant d'efforts sur ce qui se passe dans
l'établissement, sinon plus, même, que ce qui se passe à l'extérieur des
hôpitaux.
M. Fortin : Parce que ce que vous dites, essentiellement, c'est qu'on
n'arrivera même pas à régler ce qui se passe à l'intérieur de l'établissement
si on ne règle pas ce qui est à l'extérieur. Quand vous dites que vous doutez
de la capacité à vraiment améliorer les choses, par exemple à l'urgence, là,
c'est un peu ce que vous nous dites, c'est...
M. Gaudreault
(Mauril) : Bien, s'il y a toujours trop de
patients qui y vont, à l'urgence, et s'il y a toujours trop de patients qui
sont hospitalisés et qui ne peuvent pas quitter alors que des patients à
l'urgence attendent un lit hospitalier...
C'est ça, le fonctionnement, ça fait que c'est un tout, tout cela, là. Ce n'est
pas juste ce qui se passe dans l'hôpital.
Si on veut améliorer ce qui se passe dans l'hôpital, il faut améliorer ce qui
se passe à l'extérieur de l'hôpital.
M. Fortin : OK. Alors, quand vous parlez... et je pense que je vous ai
entendu correctement, là, tantôt vous avez parlé de centralisation et de
hiérarchisation des pouvoirs décisionnels, là, vous faites référence au
directeur médical et au PDG qui prennent une grande
partie des pouvoirs que les
CMDP, entre autres, avaient avant, c'est ça?
M. Gaudreault
(Mauril) : Oui. Il faut faire attention,
hein? On a utilisé le mot «trop de pouvoirs en trop peu de mains», je ne dis
pas que ce n'est pas nécessaire. Je m'adresse à vous, je m'adresse à tous les
parlementaires, je m'adresse à vous,
M. Dubé, ce n'est pas... Est-ce que c'est nécessaire de mettre ça dans une
loi? Peut-être. C'est vous qui le savez plus que moi, mais il faut faire
attention, par rapport à ces choix-là, de donner beaucoup d'autorité à
certains représentants qui ne la partagent pas. C'est pour ça qu'on parle
beaucoup de cogestion médicoadministrative, là, et des décideurs, je vais
donner la parole à un gestionnaire, là, des décideurs qui prennent des
décisions concernant l'accord de privilèges à des médecins et qui prennent des
décisions tout aussi importantes par rapport à des sanctions disciplinaires
versus ces mêmes médecins là. On a un petit problème avec ça, oui, c'est ça.
M. Gfeller
(Pierre) : Comme le Dr Gaudreault, je suis aussi médecin de famille.
J'ai commencé ma pratique dans les Hautes-Laurentides, dans un petit village de
2 000 habitants. On a un questionnement par rapport aux mécanismes
qui sont mis en place, mais on comprend qu'au niveau hospitalier c'est la façon
de faire, c'est la façon avec laquelle on l'a fait dans le passé, on raffermit
les pouvoirs de certains gestionnaires. Par contre, on se demande comment ça,
ça va se décliner quand on arrive dans les services au niveau de la communauté,
entre autres dans les groupes de médecine familiale, dans les autres types de
services de santé et de services sociaux, les soins à domicile qu'on retrouve à
la maison.
Alors, est-ce qu'un
modèle hospitalocentrique... est-ce que ça va être la bonne façon de gérer tout
ce qui doit se passer dans la communauté? C'est un questionnement qu'on a, mais
on comprend que, pour le milieu... Ces règles-là, elles sont issues du milieu
hospitalier, elles se sont développées en milieu hospitalier. Donc, le
questionnement, c'est au moment où on doit faire un virage première ligne.
Parce que les urgences, c'est le reflet du système. Quand une urgence est
pleine, c'est parce qu'il y a trop de monde qui se présente parce qu'ils n'ont
pas été vus avant, c'est parce que les patients ne sortent pas des lits, parce
qu'il n'y a pas de place en CHSLD, on ne peut pas donner le service à domicile
ou on n'est pas bien attaché avec le secteur communautaire. Donc, l'urgence,
c'est simplement un reflet du réseau. Alors, il faut vraiment faire un virage
première ligne.
M. Fortin : Tantôt, on a entendu le ministre utiliser une expression.
Il a dit : Quand ça fonctionne bien, quand ce n'est pas brisé, on continue
comme ça. Est-ce que les CMDP, en ce moment, ils sont brisés ou est-ce qu'ils
fonctionnent bien?
M. Gaudreault
(Mauril) : Bien, les... Bien, nous, nous
pensons que les CMDP, c'est une organisation qui doit poursuivre, là. C'est...
les CMDP... comme c'est le cas actuellement, mais les CMDP... au même niveau
que les conseils d'infirmiers et infirmières, et avec le conseil
interdisciplinaire au... dans l'organigramme au-dessus de ces structures-là.
C'est parfait, là, tu sais, mais la dilution des... je dirais, des
responsabilités du CMDP, il faut faire attention. Il faut poursuivre. Il y a
des CMDP qui fonctionnent très bien. Il y en a d'autres avec lesquels c'est
plus difficile, on va s'entendre tous, là.
M. Fortin : Mais... mais...
M. Gaudreault
(Mauril) : De là la raison de faire en
sorte de... Quand vous avez identifié des leaders médicaux dans un établissement... ce n'est pas tous les médecins qui
sont des leaders, hein, on va s'entendre là-dessus, quand vous avez identifié
des leaders médicaux, ce que moi, je dis, ce que nous disons, c'est qu'il
faudrait faire en sorte qu'ils soient mieux formés, mieux supportés pour
faire une bonne job dans leur établissement...
M. Fortin : Quand vous parlez du risque de démobilisation et de
désengagement, là, est-ce que vous faites référence à ces leaders-là?
M. Gaudreault
(Mauril) : C'est ça. On fait référence à
ces leaders-là, par rapport au fait...
M. Fortin : Donc, on serait en train de prendre les leaders, les gens qui
s'impliquent, les gens qui veulent faire en sorte que ça fonctionne,
puis de démobiliser ces gens-là?
M. Gaudreault
(Mauril) : Oui, puis de diminuer,
peut-être, leurs tâches cliniques un peu puis mieux les rémunérer. Ça va tout
ensemble aussi, cela, par rapport à l'identification des personnes qui veulent
bien assumer ce rôle-là. Souvent, la façon avec laquelle ça se passe, par
rapport aux chefs de département... un département où il y a huit médecins, puis ils font chacun leur tour la
chefferie du département. Exemple, bon, ça va être à ton tour cette année.
Ça se passe comme ça des fois, là. Ça, ce
n'est pas bon, parce que ce n'est pas, je le répète, tous les médecins qui
sont... qui ont des habiletés puis des capacités de leader. Donc, il
faut les identifier et les supporter.
M. Fortin : Dernière
question, je crois, puis je m'en excuse à ma collègue, d'avoir pris tout notre
temps, mais vous faites référence aux patients d'exception. Je veux absolument
qu'on y touche dans les quelques secondes qui restent, là.
M. Gaudreault
(Mauril) : Aux médicaments.
M. Fortin : Aux médicaments d'exception, pardon. Ça, c'est des gens,
là...
M. Gaudreault
(Mauril) : C'est pour des patients
d'exception.
M. Fortin : Ça, c'est des patients qui vont perdre accès, qui pourraient
perdre l'accès aux médicaments qu'ils utilisent en ce moment, notamment pour
traiter leur cancer, à travers ce projet de loi là. Alors, si je comprends bien
votre demande, c'est de retirer cette disposition-là pour que les gens puissent
continuer à avoir accès à ces médicaments-là.
M. Gaudreault
(Mauril) : Ce n'est pas une demande comme
une préoccupation. Il faut voir comment on peut
faire ça ensemble pour faire en sorte que... Pour certains traitements et les
protocoles de recherche, actuellement, les médicaments en question sont
payés. Donc, il faut, comme société, comme tous ensemble, voir comment on
pourrait donner accès, le plus possible, à tous ces patients-là à ces
médicaments dits d'exception...
M. Gaudreault
(Mauril) : ...et diminuer la lourdeur, là, qui accompagne cela
quand c'est nécessaire.
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup.
M. Fortin : J'apprécie. Merci, messieurs, madame.
Le Président (M. Provençal)
: Alors, M. le député de Rosemont, pour
2 min 52 s.
M. Marissal : Merci, M. le
Président. Bonjour.
M. Gaudreault
(Mauril) : Bonjour.
M. Marissal : Merci, merci
d'être là, encore une fois. Rapidement, question très technique, vous avez
parlé d'un sondage auprès de vos membres,
auquel 1 300 de vos membres ont répondu. Est-ce que vous accepteriez de
nous le partager?
M. Gaudreault
(Mauril) : Oui.
M. Marissal : Et, idéalement,
dans l'intégralité, parce qu'un sondage, c'est un tout et non pas une partie,
M. Gaudreault
(Mauril) : On va vous le...
M. Marissal : Bien, pensez-y.
Si vous voulez l'envoyer sur le Greffier, ici, ça nous ferait...
M. Gaudreault
(Mauril) : Non, on va vous le partager
avec... volontiers, là, tout à fait.
M. Marissal : Super. Merci. Ce
sera utile à nos réflexions. Vous disiez, tout à l'heure, que, quand le
ministre nomme tout le monde, ce n'est pas de la décentralisation. Bon, on ne
parlera peut-être pas de décentralisation, de centralisation,
question de bien commencer la semaine avec le ministre, qui ne veut pas qu'on
parle de ça, là, mais parlons de concentration, peut-être, de pouvoirs.
Vous dites essentiellement : Quand le ministre nomme tout le monde, c'est de la concentration de
pouvoirs. Vous dites, par ailleurs, que les comités des usagers sont dépossédés
de leurs pouvoirs qui étaient déjà restreints. OK, j'ai la même analyse
que vous, mais ce n'est pas grave, là. Qu'est-ce qu'on fait pour corriger ça?
M. Gaudreault
(Mauril) : Moi, je ne dis pas que ça
prend... Je suis d'accord que ça prend des décideurs, des gestionnaires
décideurs dans des établissements pour que ça fonctionne, notamment quand ça
fonctionne mal. Ça en prend, mais pas seulement ces seules personnes là. Il
faut élargir un peu la capacité de ces décideurs-là avec les leaders médicaux,
avec les patients, avec les usagers. Dans ma tournée, j'ai vu autant de
gestionnaires, de médecins que d'usagers. Il
y a plusieurs, plusieurs comités des usagers avec des personnes très volontaires
qui voulaient travailler à faire en sorte d'améliorer la façon de faire,
mais qui étaient vues, je dirais, plus... pas comme un partenaire, tu sais, je vais y aller de façon correcte, là, ils
n'étaient pas vraiment vus comme des vrais partenaires. Alors, là-dessus, je
salue ce projet de loi là qui veut leur donner une voix plus grande, et
on sera toujours d'accord avec cela.
Mais, encore une fois, je le dis, si, tous
ensemble, nous fonctionnons avec la même responsabilité de faire en sorte d'améliorer la situation, on va y arriver.
Tout à l'heure, à l'extérieur, il y a des journalistes qui me demandaient la question :
Pourquoi ça n'a pas marché il y a 10 ans, 20 ans? Pourquoi ça
marcherait maintenant? Je pense que tout le monde se sent plus responsable de
devoir participer à l'amélioration de tout ça.
M. Marissal : Mais,
techniquement, Dr Gaudreault, la question, c'est : Comment s'assure-t-on
de ne pas déposséder les comités
d'usagers, les... Autrement dit, comment on leur assure une voix réelle et non
pas un mal nécessaire, comme vous disiez tout à l'heure?
M. Gaudreault
(Mauril) : Oui. Bien, en travaillant ensemble avec eux puis
en leur donnant une voix plus importante à tout ce qui se passe dans
leur établissement.
M. Marissal : Mais,
en tout respect, il n'y aura pas d'article dans le projet de loi qui va
dire : Les usagers sont importants, nous devons les respecter, là.
Est-ce qu'on doit s'assurer de leur élection, de leur pérennité, de...
M. Gaudreault
(Mauril) : De leur...
M. Marissal : Je cherche techniquement qu'est-ce qu'on met,
dans le projet de loi, que vous ne voyez pas pour nous assurer,
effectivement, que...
M. Gaudreault
(Mauril) : Assurer? Bien, on parlait d'un comité national des
usagers, bon, que leur nomination, on dit, vient du... de Santé Québec ou du
conseil d'administration. Pour nous, ce serait plus démocratique puis
plus préférable de leur demander de nommer
les personnes qui veulent les représenter sur le comité national avec les comités
locaux. Je suis allé... il y en a plusieurs, des personnes, là, à mon avis, qui
ont des expertises de patients qu'on utilise mal. J'ai été invité,
l'année dernière, à aller à leur assemblée annuelle du regroupement provincial
des comités des usagers, j'ai pris la parole là. Ils étaient 480 dans la salle.
Ça fait que c'est des gens, je pense, pour lesquels nous utilisons mal leurs
compétences puis leurs expériences.
M. Gfeller (Pierre) :
J'ajouterais peut-être...
Le Président (M. Provençal)
: ...la parole au député des Îles-de-la-Madeleine,
pour 2 min 52 s, vous avez... le député de Rosemont vous a
demandé si vous étiez prêts à partager un... votre sondage. J'ai compris que
c'était oui. Alors, je vais vous inviter à le faire parvenir à la secrétaire de
la commission. Puis, l'autre question que je vous pose, est-ce que c'est un
sondage qui peut être diffusé? C'est-à-dire, si on le dépose sur Greffier, la
population peut le consulter, est-ce que vous êtes en accord avec ça?
M. Gaudreault
(Mauril) : Je n'ai pas de problème avec
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup. Je voulais m'assurer.
M. le député des Îles.
M. Arseneau : Merci
beaucoup, M. le Président. Alors, j'ai peu de temps. Je vous salue, je salue
mes collègues également. Je vous remercie de votre contribution. Puis j'ai une
question sur la première ligne ou l'avant-première ligne. Vous
mentionnez les techniciens ambulanciers paramédicaux. Je suis certain que ça
leur fera grand plaisir parce qu'ils se sentent un peu abandonnés dans cette
réforme. Comment voyez-vous, là, qu'on puisse aborder cette question-là dans le
projet de loi actuel?
M. Gaudreault
(Mauril) : Bien, moi... il faut leur
donner la place qu'ils méritent. Ça va tout dans le sens d'améliorer les soins
de première ligne, aussi par rapport aux techniciens paramédicaux, puis il faut
favoriser aussi qu'ils puissent faire
partie d'un ordre professionnel en bonne
et due forme, un ordre professionnel qui est garant de la qualité des services
et des actes qu'ils pourront poser. Ça fait que, ça, je pense que ce serait à
travailler avec l'Office des professions, mais je pense qu'on est rendu là pour
ce qui est de vraiment, vraiment leur permettre de se réunir en ordre
professionnel.
M. Arseneau : Vous
avez aussi mentionné, tout à l'heure, que les urgences sont le reflet du
système, du réseau. Est-ce qu'il y a quelque chose, dans ce projet de
loi là, qui nous permet de penser qu'on va améliorer la situation dans les
urgences?
M. Gaudreault
(Mauril) : Moi, je pense que oui, mais je reviens toujours avec
la fameuse responsabilité sociale, populationnelle de tout le monde. C'est en
ce sens-là... J'ai 75 ans, là, je ne suis pas un optimiste, là, mais je
suis... bien, je suis optimiste, oui, mais, tu sais, je ne suis pas naïf non
plus, tu sais, et je pense que c'est... On est rendu là, vraiment. Toute la
communauté, tous les professionnels de la santé, tous les gestionnaires, tout
le Québec veut améliorer l'accès à des soins pour nos Québécoises et nos
Québécois. C'est dans ce sens-là que je pense que le projet de loi peut
améliorer les choses, et c'est impossible, pour moi, après une tournée que j'ai
faite, voyant les difficultés d'accès un peu partout, de dire que le statu quo
est une option. Non. Il faut faire quelque chose.
M. Arseneau : Vous avez aussi
mentionné... Je cherche la référence exacte. Vous parlez de la pénurie de main-d'oeuvre qui va certainement continuer encore
plusieurs années. Est-ce qu'on n'a pas une obligation de mobiliser, en fait, toutes les ressources qui sont
actuellement présentes ou qu'on pourrait attirer dans le réseau et que,
justement, l'axe qu'on a emprunté, celui de la concentration des
pouvoirs entre les mains d'un nombre plus restreint de gens encore, ça ne va
pas créer exactement l'effet inverse, de démobilisation?
M. Gaudreault
(Mauril) : Je ne sais pas. Moi, je pense
que tout cela peut... ne peut que favoriser... On va fonctionner encore avec la
pénurie de main-d'oeuvre, mais la main-d'oeuvre actuelle, comment on pourrait
faire en sorte qu'elle travaille mieux ensemble?
M. Arseneau : Bien, il faut
qu'elle soit mobilisée. Encore, aujourd'hui, il y a deux chefs de département
qui ont démissionné dans... en Estrie et ils disent : Le système est
déshumanisé, ce n'est plus le patient au coeur des préoccupations, puis nous,
on n'est pas écoutés. Vous parlez de soutenir et former les chefs de
département, mais on ne semble pas les écouter. Est-ce que c'est une lacune que
vous constatez?
M. Gaudreault
(Mauril) : Bien, c'est peut-être une démonstration de ce que
je dis, qu'il faut mieux les supporter, mieux les former, mieux les
écouter et mieux les rémunérer.
Le Président (M. Provençal)
: Alors, nous terminons cet échange
avec la députée de Vaudreuil.
Mme Nichols : Merci. Merci, M.
le Président. Merci d'être d'être parmi nous. Hier, le ministre annonçait à
Rimouski que les DRMG allaient avoir plus de pouvoir, notamment sur les AMP.
Qu'est-ce qui manque? Qu'est-ce qui manque au niveau des pouvoirs des DRMG?
M. Gaudreault
(Mauril) : Bien, les DRMG, c'est pour les
départements régionaux de médecine générale. Je pense que vous parlez des
départements régionaux de médecine spécialisée aussi, là.
Mme Nichols : Oui, les deux.
M. Gaudreault
(Mauril) : C'est ça, OK. Bien, écoutez,
moi, je pense que c'est la même chose, je m'excuse de dire ça si souvent, mais
de partager tous ensemble la responsabilité pour comment on pourrait mieux
répondre aux besoins des communautés à desservir, et, ça, je pense que c'est
une avenue.
Mme Nichols : Mais quel
pouvoir, entre autres, il manquerait? Quel pouvoir on pourrait leur donner dans
le projet de loi pour...
M. Gaudreault
(Mauril) : Bien, je ne sais pas, à
titre
d'exemple, moi, je viens de... J'ai toujours fait ma carrière à Chicoutimi, au Saguenay—Lac-Saint-Jean. Il y a des néphrologues à Chicoutimi, tu sais, il y a des urologues,
il y a des... Il y a plusieurs départements médicaux qui sont bien pourvus,
mais ils sont à Chicoutimi. Il y en a, de ces départements-là, qui vont,
exemple, à Alma ou à Dolbeau pour offrir des services, pas tous.
Donc, si on met en évidence que, pour aller,
exemple, dans un autre établissement de la région, ça prendrait un membre d'une
discipline spécialisée, il faudrait voir à faire en sorte qu'il puisse se
déplacer puis aller rendre des services là
pas nécessairement, je l'ai dit, de façon administrative, mais choisir la bonne
personne dans le département médical en question pour y aller, et, ça,
je suis persuadé que la communauté médicale est d'accord avec ce que je dis
dans ce sens-là, mais de faire ça correctement par rapport à définir puis
choisir la bonne personne pour y aller.
Veux-tu dire un mot, Nathalie?
Mme Saad (Nathalie) : Oui. Je
pense aussi que, quand on regarde les activités à l'extérieur des milieux où les médecins sont concentrés, il faut qu'on
s'assure que les structures soient en place pour offrir ces services-là. C'est
vrai pour tous les professionnels, médecins et autres. De juste avoir, dans une
structure, un médecin qui est déplacé, ça ne va pas
répondre aux besoins d'accessibilité. Il faut que la structure soit mise en
place autour du médecin, avec l'équipe interdisciplinaire qui est requise, pour
être capable d'arriver à avoir des soins qui vont être accessibles et qui vont
être pertinents pour les patients qui vont les recevoir. Donc, ce n'est pas
juste une question de mobilité. C'est une question d'infrastructure et
d'organisation.
M. Gfeller (Pierre) : Puis ça
doit être basé aussi sur la géographie et la démographie. On ne fera jamais de chirurgie cardiaque dans mon hôpital à
Mont-Laurier, où j'ai travaillé, c'est clair, parce que la démographie n'est
pas là. Donc, si on déplace des médecins, il faut que l'infrastructure
soit là. Il faut qu'on tienne compte des compétences particulières des
spécialistes et puis il faut que le service soit pertinent, surtout dans le
contexte actuel de manque de main-d'oeuvre.
On ne peut pas éparpiller les services partout à faible volume, d'autant plus
que ça amène des problèmes de qualité.
M. Gaudreault
(Mauril) : De la chirurgie cardiaque, on
va continuer à en faire à Chicoutimi, par exemple.
Le Président (M. Provençal)
: Alors, je remercie les représentants
du Collège des médecins du Québec pour leur collaboration et leur contribution.
Nous suspendons les travaux momentanément pour
pouvoir permettre au prochain groupe de prendre place. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à 11 h 36)
Président (M. Provençal)
Nous reprenons nos travaux.
Nous recevons maintenant l'Ordre des sages-femmes du Québec. Alors, mesdames,
vous avez un 10 minutes pour votre présentation, et nous poursuivrons, par
la suite, avec des échanges avec les membres de la commission. Vous avez
maintenant la parole.
Mme Pelletier (Julie) : Merci.
M. le Président, M. le ministre, Mme la secrétaire, Mmes et MM. les députés,
bonjour. Merci pour cette invitation à participer à la commission. Je m'appelle
Julie Pelletier. Je suis sage-femme et présidente
de l'Ordre des sages-femmes du Québec. Je suis accompagnée de Mme Annie
Bronsard, qui est sage-femme aussi.
Elle est vice-présidente de l'ordre et cheffe de service du centre
parent-enfant de l'Hôpital Sainte-Croix, à Drummondville.
D'entrée de jeu, nous souhaitons nommer que nous
sommes ici en tant qu'ordre professionnel. Notre mission est de protéger le
public. Nous nous en acquittons par la surveillance de la profession ainsi que
par la vigilance et la proaction pour le
développement d'une profession de qualité qui répond aux besoins de la
population. La collaboration, le
respect, la rigueur, l'innovation et l'intégrité sont les valeurs de l'ordre.
C'est les valeurs qui ont guidé notre analyse des impacts potentiels du
projet de loi n° 15 sur la sécurité des soins offerts aux femmes et aux
familles. Nous nous sommes également
appuyées sur le principe d'évaluation et de jugement par les pairs pour
apprécier la qualité de l'acte professionnel.
Nous avons évalué les changements proposés à la lumière de la nécessité pour
nos membres de pouvoir pratiquer en toute autonomie, conformément à
leurs normes professionnelles.
Depuis la légalisation en 1999, les sages-femmes
ont toujours exercé en pleine autonomie, jamais en subordination d'une autre profession. Le taux de satisfaction élevé de
la clientèle reflète que les sages-femmes s'acquittent très bien de
cette responsabilité. Nous tenons à vous assurer que nous sommes en accord avec
les objectifs généraux du projet de loi. La proximité et l'écoute sont des
principes fondateurs de la pratique des sages-femmes.
Pour assister aussi à la réalité terrain de la
situation en périnatalité et en obstétrique, nous sommes également d'avis qu'un
statu quo n'est plus possible. Nous souhaitons que le législateur saisisse
l'opportunité de promouvoir réellement la
valeur de la première ligne, celle qui débute avant qu'on doive mettre les
pieds dans un centre hospitalier. Nous espérons conscientiser le
législateur à la valeur de la profession de sage-femme pour toute la sphère
sexuelle et reproductive. Comprendre la
richesse de notre profession pourrait mener à propulser une offre de service,
en ce moment marginale, vers une offre accessible à toute la population.
Par ce projet de loi, vous souhaitez améliorer
l'efficacité du système de santé. Nous saisissons cette opportunité pour vous
proposer d'aller encore plus loin. Nous vous proposons des moyens pour que la
profession de sage-femme puisse, dans un avenir rapproché, desservir une plus
grande
partie de la population. La pandémie a contribué à mettre en lumière
l'apport possible et même essentiel des sages-femmes en dehors du cadre connu
depuis les années 90.
Avant de vous proposer nos innovations, nous
tenons à souligner la relation respectueuse et constructive que nous
entretenons avec nos collègues des autres ordres professionnels en santé. Nous
collaborons régulièrement, et ce, au plus grand bénéfice de la population. Les
recommandations qui suivent reflètent une volonté de poursuivre les
collaborations d'égal à égal. Nous voulons, avec vous, aller plus loin. Le
travail concerté lors de la pandémie et le chantier
d'élargissement des pratiques professionnelles sont des exemples de
collaboration interprofessionnelle efficace et centrée sur les besoins de la population. La collaboration est porteuse
de changement. Nous devons toutefois souligner notre
inquiétude en lien avec cette nouvelle notion qui s'ingère au projet de loi
n° 15, c'est-à-dire la subordination de la pratique sage-femme à la
pratique médicale.
Voici maintenant les
premières priorités de l'Ordre des sages-femmes dans le cadre du projet de loi
n° 15. D'abord, l'ordre recommande la création d'une direction sage-femme.
La pratique des sages-femmes est orientée vers la prévention, le dépistage et
le maintien de la santé sexuelle et reproductive ainsi que celle de la santé
familiale. De plus, l'expertise des sages-femmes se situe dans la prestation de
soins intégratifs de proximité majoritairement en dehors du centre hospitalier.
De placer un
département de sages-femmes sous la gouverne d'une direction à vocation
principalement hospitalière représente un
risque bien réel pour l'accès des services de première ligne que sont les
services de sages-femmes. Nous sommes
particulièrement conscientes du nombre restreint de nos membres, pour le
moment, dans les établissements. Or, l'ordre souhaite que ses membres
puissent dispenser davantage de services à un plus grand nombre d'usagères au sein de différentes directions de programme des
établissements. Cette offre de services nécessitera de pouvoir s'asseoir
avec les autres directions dans un mode de cogestion.
Ensuite, l'ordre
recommande que l'évaluation de l'acte des sages-femmes soit effectuée par des
pairs au sein du conseil professionnel. À la lumière de l'histoire de
l'intégration des sages-femmes au réseau de la santé et de l'ingérence médicale
encore malheureusement bien présente et fréquente sur le terrain, pas avec les
autres ordres, mais vraiment sur le terrain,
un conseil des sages-femmes autonome demeure une entité importante dans les
établissements. L'autonomie professionnelle des sages-femmes doit être
respectée, particulièrement lors de l'élaboration de règles de soins spécifiques au service de sages-femmes, et
ce, conformément à leurs normes et déontologie professionnelle. Ce qui est
considéré comme étant les meilleures pratiques peut différer d'un professionnel
à l'autre pour plusieurs raisons, entre autres le type de clientèle desservie,
le lieu de pratique et les normes professionnelles respectives.
Donc, nous
recommandons que soit clarifié, à l'article 184, le fait que les
professionnels doivent répondre à des règles propres à leur département et non
pas uniques à l'exercice de tous les professionnels. Dans le même sens, nous
recommandons la réintroduction de la notion du conseil des sages-femmes
autonome dans le projet de loi, avec les responsabilités et pouvoirs inhérents
à leur... à sa raison d'être. Nous reconnaissons aussi que, dans certains
établissements, la fusion entre un CMDP et un CSF peut être souhaitée, tel que
prévu actuellement dans la LSSSS.
Advenant cette
fusion, nous recommandons l'équité entre les professionnels représentés pour
maintenir une répartition égale des leviers de pouvoir, tout en respectant les
spécificités propres à chaque profession. Considérant les responsabilités
prévues par le projet de loi pour les conseils professionnels, l'ordre est
d'avis que la collaboration interprofessionnelle doit plutôt être investie au
sein du conseil interdisciplinaire d'évaluation des trajectoires et de
l'organisation clinique. Ainsi, nous recommandons au législateur d'assurer que
le conseil interdisciplinaire prévoie la représentation des sages-femmes dans
sa composition.
Concernant
l'appréciation de l'acte et la discipline en établissement, l'autorégulation et
l'évaluation par les pairs sont des fondements du système professionnel. Les
pairs sont en mesure d'évaluer les compétences, la conduite et l'éthique de leur profession. L'examen par les
pairs est crucial pour maintenir des normes de pratique élevées, garantir
la qualité des services offerts aux usagers et assurer la sécurité du public.
Nous recommandons, donc, la nomination d'une sage-femme examinatrice nationale
pour le traitement des plaintes impliquant un contrôle et une appréciation de
la qualité de l'acte sage-femme et que l'article 614 soit modifié afin que
soit nommé au sein du comité de révision deux membres pairs du professionnel
examiné.
Enfin,
dans le but de répondre de manière concertée et adaptée aux besoins de la
population, nous recommandons, à l'article 195, l'ajout des effectifs
sages-femmes aux plans d'effectifs médicaux et dentaires régionaux. Cela
permettra de mieux coordonner l'accessibilité aux services de périnatalité dans
un territoire donné.
Nous souhaitons aussi
nommer que la profession de sage-femme au Québec est le résultat de
représentations citoyennes répétées au fil des années. Il est essentiel que le
projet de loi prévoie un rôle consultatif parmi les fonctions des comités
d'usagers à l'égard de la mise en place des trajectoires et des règles de soins
les concernant.
De plus, nous pensons
que les clientèles devraient être représentées selon leurs besoins. En effet,
les besoins des usagers malades sont différents des gens qui requièrent des
services de promotion de la santé ou de dépistage. En l'occurrence, les personnes qui recourent à des services de santé
sexuelle et reproductive doivent avoir une voix dans la prise de
décision concernant la trajectoire et les soins proposés.
En terminant, nous
souhaitons réaffirmer notre volonté de collaborer afin de trouver des solutions
pour le maintien des services sécuritaires
en obstétrique. Nous souhaitons que le gouvernement saisisse cette opportunité
pour aller plus loin dans la réorganisation du réseau afin de mettre en
valeur l'autonomie des sages-femmes au plus grand bénéfice de la population. Nous tenons à nouveau à remercier la
commission et le gouvernement de nous avoir invitées à participer aujourd'hui et d'exprimer nos
recommandations. Nous sommes prêtes à recevoir vos questions, commentaires
avec grand plaisir.
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup pour votre
exposé. M. le ministre, je vous cède immédiatement la parole pour cet
échange.
M. Dubé : Merci,
merci. Et, comme on dit toujours, merci pour votre mémoire et pour le travail
que vous avez fait et que vous faites, en fait, tous les jours, en plus
du mémoire.
Deux choses,
peut-être. Vous avez dit le mot «marginal» tout à l'heure, puis j'aimerais ça
peut-être qu'un peu comme l'ont fait les infirmières auxiliaires ce
matin, si vous... Moi, j'aimerais ça que vous preniez peut-être deux, trois
minutes pour décrire le nombre de sages-femmes qu'on a au Québec, quelle est la
proportion par... Là, je sais qu'on fait souvent le lien, et moi le premier, entre les accouchements
qui sont... Je dirais, vous vous êtes fait connaître par ça. Dites-nous un peu qu'est-ce que c'est, la
profession, en ce moment, j'aimerais ça qu'on comprenne, parce que, quand vous
dites : On veut passer d'un rôle marginal à autre chose, ça veut dire
quoi, en ce moment, les sages-femmes... Après ça, on regardera qu'est-ce
que ça dit en termes du projet de loi n° 15.
Mme Pelletier
(Julie) : Parfait. Donc, les sages-femmes sont des professionnelles de
la santé exclusivement en exercice dans les établissements de santé. Donc,
elles exercent exclusivement dans le réseau public. Nous avons près de
300 membres à l'ordre. Donc...
Mme Pelletier
(Julie) : 300. Si on se compare, par exemple, aux médecins de famille
accoucheurs, on n'est pas très loin du nombre de médecins de famille
accoucheurs, mais, nous, notre exercice, il est exclusivement en périnatalité
et en obstétrique. Donc, la sage-femme, présentement, va être responsable du
suivi de la grossesse, de l'accouchement et du suivi postnatal, jusqu'à six
semaines, de la mère, de l'enfant, bon, et de l'accompagnement de la famille
par la suite. L'exercice est vraiment principalement dans les maisons de
naissance ou dans les services de sages-femmes là où il n'y a pas de maison de
naissance, quand le volume n'est pas suffisant, là, à cette structure-là. Donc,
c'est un fonctionnement vraiment...
M. Dubé :
J'ai mal compris, là. Vous êtes
et dans les établissements et dans les maisons? Vous avez ce droit-là au
niveau des deux?
Mme Pelletier
(Julie) : Oui. L'exercice de la sage-femme, son port d'attache, si je
peux m'exprimer comme ça, c'est la maison de naissance ou le service, et la
particularité de l'exercice sage-femme, ce qui en fait quelque chose
d'extraordinaire, si vous voulez mon avis, c'est que c'est la personne qui
vient chercher les services qui va choisir son lieu de naissance.
M. Dubé :
C'est ça, de le faire à...
Mme Pelletier (Julie) : Exactement.
Donc, dans les maisons de naissance où qu'il y a des chambres de naissance, mais on a aussi cette capacité et ces
compétences-là d'accompagner les personnes qui accouchent dans leur domicile...
M. Dubé :
Alors, pour ceux qui le veulent.
Mme Pelletier
(Julie) : ...lorsqu'elles le souhaitent, et aussi dans les centres
hospitaliers lorsque c'est le choix de la personne qui va donner naissance.
M. Dubé :
OK. Une autre statistique que j'aimerais avoir parce que je veux que nous,
on comprenne, comme législateurs, mais que les Québécois le comprennent aussi,
un peu comme on a fait avec les infirmières auxiliaires... Vous dites que vous avez à peu près le même nombre
de sages-femmes que des médecins qui font des accouchements. C'est quoi, la proportion en termes... Est-ce que
vous avez 5 %, 10 %, 20 % des accouchements au Québec? Êtes-vous
capables de nous dire ça?
Mme Pelletier
(Julie) : Les dernières statistiques étaient autour de 4,5 %.
C'est...
M. Dubé :
4 % des naissances?
Mme Pelletier
(Julie) : Des naissances, oui. La particularité du service de
sage-femme, par contre, c'est le suivi en
continuité et la qualité du service rendu. Donc, une personne qui vient
chercher les services d'une sage-femme va utiliser significativement
moins les autres services, comme l'urgence, comme les centres de prélèvement,
comme l'appel à un 8-1-1, parce que...
M. Dubé :
Parce que votre activité n'est pas liée uniquement à l'accouchement?
Mme Pelletier
(Julie) : Exactement.
M. Dubé :
C'est pour ça que vous avez le
même nombre de personnes, mais vous faites 4 % au lieu d'en faire
50 %. Je vais dire ça comme ça.
Mme Pelletier (Julie) : C'est
un service qui se compare difficilement avec les autres offres de service qui
sont dans le système présentement.
M. Dubé : OK. Bien là, je vois
que j'ai mes collègues qui aimeraient vous poser des questions, ça fait que je
vais les laisser poser, puis, s'il nous reste du temps, je reviendrais un petit
peu sur la... Votre participation au comité interdisciplinaire, j'aimerais ça
reparler de ça, mais je vais laisser, M. le Président...
Le Président
(M. Provençal)
: Oui.
Alors, Mme la députée de Marie-Victorin.
Mme Dorismond : Pour
continuer aussi dans le même sens, là, de faire la différence entre le champ de
pratique du médecin accoucheur et
vous-mêmes, je salue grandement vos suggestions, là, p