Public Finance — 14 February 2023 (43rd Legislature, 1st Session)
CFP 2023-02-14
Quebec — Committees
(Neuf heures quarante-huit minutes)
Président (M. Simard) : Alors, chers amis, bonjour à tous. Bienvenue dans
le cadre de cette dernière journée d'auditions de la Commission des finances
publiques dont les travaux portent sur une consultation particulière et
des auditions publiques sur le document de consultation
sur le Régime de rentes du Québec intitulé Un régime adapté aux
défis du 21e siècle .
Alors, nous avons quorum et nous pouvons
entreprendre nos travaux.
Mais, avant de ce faire, je dois vérifier. Mme
la secrétaire, y a-t-il des remplacements?
Secrétaire : Oui, M.
le Président. Mme Rizqy
(Saint-Laurent) est remplacée par Mme Caron (La Pinière).
Le Président (M. Simard) : Merci
beaucoup. Et bienvenue à ces collègues.
Ce matin, nous aurons la chance d'auditionner
trois groupes. Et nous commençons par la présence de M. Tremblay, qui est
conseiller principal au domaine Avoirs, Mercer. Monsieur, soyez le bienvenu.
Auriez-vous l'amabilité de nous présenter la personne qui vous accompagne, s'il
vous plaît?
Tremblay (F. Hubert) : Certainement. Je suis accompagné aujourd'hui de
mon collègue Jean-François Poirier, également conseiller principal
en régimes de retraite chez Mercer.
Le Président (M. Simard) : Nous
écoutons. Et vous savez que vous disposez de 10 minutes.
M. Tremblay (F. Hubert) : Merci
beaucoup. M. le Président, M. le ministre, membres de la commission, merci de nous accueillir. Merci aussi à Retraite
Québec pour tout le travail dans la préparation du document de consultation.
Depuis environ une quinzaine d'années, Mercer
produit l'indice mondial Mercer CFA Institute, qui compare les systèmes de
retraite nationaux à travers le monde. Notre rôle, Jean-François et moi, dans
la création de l'indice, à chaque année, pour le Canada, on met à jour les
informations, on fournit ces informations-là à nos collègues du bureau de Mercer à Melbourne, en Australie, et
c'est eux qui vont consolider toutes les informations reçues, qui vont faire
les comparaisons entre les systèmes de
retraite puis qui vont, ultimement, donner une note à chaque système de
retraite.
Donc, Jean-François va commencer aujourd'hui par
décrire les constats de l'indice et sa construction, puis ensuite je vais faire
des liens entre les conclusions de l'étude et les recommandations du document
de consultation.
M. Poirier (Jean-François) : Merci,
Hubert. Bonjour, tout le monde. Donc, dans l'indice en 2022, les systèmes de
retraite de 44 pays, qui représentent environ deux tiers de la population
mondiale, sont inclus. L'indice s'est
développé à partir d'une cinquantaine de questions, des indicateurs qui vont
permettre d'évaluer trois sous-indices.
Premièrement, il y a le sous-indice de la
suffisance des prestations, qui va mesurer, d'une certaine façon, la générosité de chaque système de retraite. Donc, ça
va être mesuré, entre autres, par le taux de remplacement du revenu à la
retraite, qui va dépendre de la générosité des régimes d'État mais aussi des
taux de participation aux régimes d'employeurs et à l'épargne personnelle.
Deuxièmement, il y a le sous-indice de la
viabilité, qui va évaluer dans quelle mesure les systèmes de retraite sont
pérennes, s'ils sont viables à long terme, s'ils sont en mesure de livrer les
promesses. Ça va être mesuré, entre autres,
par le niveau de préfinancement des régimes, la structure des cotisations qui
sont requises et comment les régimes sont adaptés aux changements
démographiques.
Et, troisièmement, le sous-indice de
l'intégrité, qui va évaluer la solidité du cadre réglementaire, à savoir si les
régimes, finalement, sont bien gérés, autant du côté public que privé.
Donc, les systèmes qui vont le mieux performer
dans le monde vont être ceux qui offrent des prestations généreuses, qui ont
une vision à long terme au niveau du financement et qui sont bien gérés.
En 2022, le Canada s'est classé au 13e rang
sur les 44 pays et obtient une cote de B. Les pays qui performent le mieux dans le monde, il y a trois pays qui
obtiennent une cote de A, qui sont l'Islande, les Pays-Bas et le Danemark.
L'indice va mettre en lumière les points forts
de chaque système de retraite, dont le système de retraite ici, au Québec et au
Canada. Quand on regarde, premièrement, en termes de suffisance des
prestations, notre système offre une bonne
diversification des sources de revenus. Il y a les régimes de retraite publics,
il y a aussi les régimes de retraite offerts par les employeurs, et on a
un système fiscal qui encourage l'épargne personnelle. Deuxièmement, au niveau de la viabilité du système, bien, les points forts, c'est le
niveau de préfinancement des régimes. On a également des cotisations
importantes qui sont versées aux différentes composantes de notre système de
retraite. Et finalement, en termes d'intégrité du système, les régimes de
retraite offerts par les employeurs sont bien supervisés et les régimes publics
font l'objet d'une très bonne gouvernance.
L'indice va également mettre en lumière les
points faibles de notre système, d'où vont découler les recommandations qui
visent à l'améliorer. Donc, au niveau du système, au Québec et au Canada, on
vise à améliorer la couverture des
travailleurs, principalement dans le secteur privé — les
taux de participation aux régimes de retraite privés sont relativement
faibles — augmenter
aussi le niveau d'épargne des ménages, prévoir un âge minimal pour l'accès à l'épargne-retraite personnelle — il
n'y a aucun âge minimal pour sortir des sommes des REER — accroître
le taux de participation des personnes plus âgées au marché du travail
et augmenter la flexibilité offerte aux travailleurs dans l'utilisation de leur
épargne à la retraite entre les différentes composantes du système.
Le Régime de pensions du Canada et le Régime de
rentes du Québec représentent seulement une portion de notre système
d'épargne-retraite. Les recommandations, dans le rapport Mercer, ne visent donc
pas nécessairement le Régime de rentes du
Québec. Donc, dans le contexte du présent exercice, toutefois, pour... qui vise
la revue du Régime de rentes du Québec, on a souligné les liens entre les
propositions du document de consultation de Retraite Québec et les
conclusions, recommandations de l'étude Mercer.
M. Tremblay (F. Hubert) : Merci,
Jean-François. Donc, dans l'étude, on suggère, entre autres, d'offrir une plus
grande flexibilité aux travailleurs dans l'utilisation de leur
épargne-retraite. Aussi, on suggère de repousser l'âge de retraite à mesure que
l'espérance de vie augmente. C'est, selon nous, tout à fait en ligne avec les
objectifs de la consultation. Maintenant, il faut s'entendre sur les moyens d'y
arriver.
Donc, sur... pour le... un des premiers éléments
de la consultation dont on a beaucoup entendu parler, premier âge
d'admissibilité, on encourage le gouvernement à adopter une feuille de route sur
six ans en collaboration avec Retraite Québec, donc, premièrement, maintenir,
pour le moment, l'âge d'admissibilité à la rente du RRQ à 60 ans sans augmenter les facteurs de réduction
applicables avant 65 ans, deuxièmement, mieux communiquer aux Québécois
les avantages de reporter la rente du RRQ. Il faut garder en tête que, quand on
parle aux Québécois, on peut parler à des
gens qui participent à des régimes à prestations déterminées, à des régimes à
cotisations déterminées ou qui n'ont pas la chance de participer à un
régime relié à l'emploi. Donc, on ne va pas parler ou communiquer de la même
façon dans toutes ces situations-là.
Finalement, il faut penser à ceux qui ne peuvent pas continuer de travailler,
qui ont besoin de revenus à court terme et qui n'ont pas accumulé
d'autre épargne. Il va falloir leur démontrer, à eux, comment on peut les aider
à faire face à un report éventuel de l'âge d'admissibilité à la rente du RRQ.
Donc, on pense qu'en adoptant cette feuille de
route là l'âge moyen des prestations du RRQ, du début des prestations, va
continuer d'augmenter naturellement et que ça va nous permettre de garder un
régime flexible et, par conséquent, inclusif. À la prochaine consultation sur
le RRQ, dans six ans, on verra comment la communication a fonctionné puis s'il
y a lieu d'entreprendre des changements aux âges des prestations ou de changer
les facteurs de réduction avant 65 ans. Donc, c'était le premier élément.
Maintenant, sur les autres éléments de la
consultation, sur l'âge maximal, on est en faveur du rehaussement de l'âge de
70 à 75 ans. Comme on parle ici d'ajouter de la flexibilité dans le
système, on pense que ça peut se faire rapidement, sans grande période de
transition.
Ensuite, sur la flexibilité à partir de
65 ans, on appuie les mesures proposées. Il faudra, encore ici, expliquer,
au moyen de la communication, aux
travailleurs c'est quoi, les conséquences d'arrêter de cotiser au régime, par
exemple.
Finalement, pour mieux soutenir les travailleurs
qui réduisent leur temps de travail, a priori, on est en faveur des mesures
proposées pour les gens qui vont s'occuper d'enfants, de proches malades ou
pour cause d'invalidité. C'est tout à fait en ligne avec des éléments qui ont
été identifiés dans l'étude de Mercer, qui peuvent être améliorés dans notre
système, et on pense que ces mesures-là vont favoriser le... vont rapetisser
l'écart d'épargne-retraite entre les hommes
et les femmes. Donc, ça aussi, c'est en lien avec... c'est cohérent avec notre
étude. Par contre, il faut bien comprendre l'impact financier de ces
mesures-là. Pour le moment, on n'a pas une bonne compréhension de ça, donc
c'est quelque chose qu'on voudrait mieux comprendre avant de se prononcer
officiellement.
Donc, en
terminant, l'indice de Mercer nous montre que le système de retraite, au
Canada, au Québec, fonctionne relativement
bien. On note, dans la dernière évaluation du RRQ, que la situation financière
est favorable. Donc, dans ce contexte-là, on ne pense pas qu'il faut
introduire des mesures plus restrictives dans le RRQ pour le moment. Il faut
plutôt prioriser l'éducation des travailleurs. Ça n'empêche pas que certains
changements peuvent être apportés dès maintenant pour ajuster le RRQ à
l'allongement de l'espérance de vie et le rapprocher encore plus, l'harmoniser encore plus avec le Régime de pensions du Canada.
La plupart des propositions du document de consultation vont d'ailleurs dans ce sens-là. Mais, quand on regarde tout ça,
on réalise qu'il faut faire des choix, parce qu'on favorise le maintien de la
plus grande marge de manoeuvre possible à court terme pour le régime de rentes.
Merci de
votre écoute. Et on va être heureux de pouvoir discuter avec vous sur ces
sujets dans les prochaines minutes.
Président (M. Simard) : M. Poirier, vous êtes pile-poil dans les
temps, 10 minutes bien comptées. Félicitations! M. le ministre,
vous disposez de 16 min 30 s.
M. Girard
(Groulx) : Merci. Merci d'être là. Je pense que Mercer a,
effectivement, une expertise en régimes de retraite. Alors, merci de venir
participer aux consultations publiques. Puis c'est un exercice important, alors
votre avis est apprécié.
le report d'admissibilité, là, j'ai compris a et b, mais je n'ai pas compris c,
là. Ça fait que, a, vous recommandez de maintenir
à 60 ans, présentement, avec les facteurs d'ajustement actuels, bref, le
statu quo, b, mieux communiquer. C, c'est quoi?
M. Tremblay (F.
Hubert) : ...on le décline en deux volets, là. Donc, le b, c'est de
mieux communiquer avec les travailleurs pour... selon le type de régime auquel
ils participent, pour les aider à bien comprendre comment ils peuvent maximiser
la coordination entre les régimes de retraite auxquels ils participent, régime
d'employeur et le Régime de rentes du Québec.
2b ou le c, là, comment vous l'appelez, c'est de bien expliquer aux gens qui
seraient affectés défavorablement par un report de l'âge minimal
d'admissibilité à la rent