Institutions — 24 March 2016 (41st Legislature, 1st Session)

CI 2016-03-24

Quebec — Committees

Institutions — 24 March 2016 (41st Legislature, 1st Session)

CI 2016-03-24

Quebec — Committees

Toujours

le premier ministre qui s'exprime dans ces termes : «Le projet de loi

n° 59 sera ainsi amendé afin de préciser

la "démarcation" entre l'acceptable et l'inacceptable, le permis et

l'interdit.» Je le fais toujours parler : «"Elle doit être explicite et définie. La ligne, pour moi,

c'est l'appel direct à la violence", a-t-il dit, cherchant à apaiser les

inquiétudes des défenseurs de la liberté d'expression. "C'est [ce] sur

quoi la ministre [...] travaille."»

Alors, vous le voyez, M. le Président, c'est en

lien direct avec l'amendement.

M. Rochon : Vous me dites qu'il ne me reste que quelques

secondes? Alors, c'est en ligne directe avec l'amendement présenté à

cette commission par ma collègue de Taschereau.

Président (M. Ouellette) : Mme la députée de Taschereau, est-ce que vous avez... Pour les quelques

secondes qu'il vous reste sur l'amendement, vous avez un commentaire?

Mme Maltais : Je

ne prendrai pas ces quelques secondes, parce que c'est trop bref pour exprimer

ce que j'ai à exprimer pour Mme Casgrain.

Le Président (M. Ouellette) :

M. le député de Blainville.

M. Laframboise : Oui. D'abord, je vais commencer mon intervention

pour... évidemment, je vais avoir un petit moment de... une petite pensée pour Mme Claire Kirkland-Casgrain.

Évidemment, ça a été, comme vous l'avez dit, la première femme qui a été

élue à l'Assemblée nationale, mais aussi la première femme qui a été élue au

Conseil des ministres. Puis c'est celle qui

a déposé la

loi sur la capacité d'exercice des femmes pour exercer des actes

juridiques sans le consentement du

mari, donc, c'est en 1964. Ça fait quand même... pour certains, on penserait que

ça fait des centenaires, mais, non, ça ne fait que 52 ans où les

femmes ont le droit maintenant de faire des actes juridiques, puis ce n'est

plus contesté jamais.

Mais encore

une fois c'est un genre de signal. Parce qu'aujourd'hui on parle de modifications,

d'amendements de loi pour la lutte contre

les discours haineux. C'est une situation qui est évolutive, M. le Président.

Évidemment qu'en 1964 ce n'était pas la préoccupation, maintenant c'est

une grande préoccupation.

Et l'amendement qui est déposé par notre

collègue du Parti québécois, qui se veut d'ajouter, après «discours haineux»,

«appelant directement à la violence», vous comprendrez, va de soi, M. le

Président.

Le grand

problème avec le projet de loi qui est déposé devant nous, c'est que plusieurs

personnes de la société civile

craignent que cette loi-là ne les muselle dans la façon de s'exprimer

publiquement ou... Évidemment, on a vu des témoignages qui ont été faits ici, devant la commission. Et notre but à

nous, à la Coalition avenir Québec, vous le savez : il faut lutter contre

l'endoctrinement, le radicalisme. Et évidemment c'est d'adopter un amendement

qui renforcit le fait de... des

discours qui appellent directement à la violence. Bien, quant à moi... Je sais

qu'on a présenté des amendements qui ont été rejetés ici, mais c'est un

pas. C'est-à-dire qu'on avance dans le resserrement, c'est-à-dire d'éviter que

cette loi-là soit tellement large que ceux qui prennent la parole en public

aient peur, craignent de se faire accuser d'avoir des discours haineux, alors que ce qu'on veut finalement, M. le

Président, c'est d'empêcher les discours qui ont comme objectif... puis,

comme le dit l'amendement, appellent directement à la violence.

Donc, c'est ça, l'objectif. Ce n'est pas

d'empêcher les gens de parler mais tout simplement de faire une lutte à ce qui est un mal dans notre société présentement puis qui met en danger nos enfants, M. le Président. Parce que,

quand ça se passe dans... quand on a des événements

qui se passent dans nos cégeps, bien, c'est nos enfants, M. le Président. En tout cas... moi, ce n'est plus mes enfants, mais ça va

être mes petits-enfants. Mais il reste quand même que c'est très

inquiétant. Donc, c'est sans surprise qu'on va appuyer évidemment l'amendement

qui a été déposé par le Parti québécois.

Le Président (M. Ouellette) :

Merci, M. le député de Blainville. Mme la ministre.

Mme Vallée :

Merci, M. le Président. Alors, dans un premier temps, je joins ma voix à celle

de mes collègues pour offrir toutes

mes sympathies à la famille et aux proches de Mme Thérèse

Kirkland-Casgrain, une grande femme. Une grande femme qui nous a pavé la voie, à ma collègue de Taschereau, à

moi, à toutes les collègues de l'Assemblée nationale. Il y a quelqu'un, un beau jour de mai, je crois,

1961, l'élection partielle... ou à l'automne, bref, une femme qui a été

élue, une femme qui a foulé pour la première fois l'entrée de l'Assemblée

nationale, qui a siégé au salon bleu et qui a inspiré plusieurs d'entre nous. Une femme aussi, comme le rappelait notre

collègue, qui a rapidement mis en place des mesures pour briser les inégalités. Donc, elle a été et

elle demeurera, je crois, pour toujours une inspiration pour nous tous et,

je pense, aussi pour les collègues. Alors, ça a été une triste nouvelle

d'apprendre qu'elle nous a quittés.

Ceci étant

dit, M. le Président, j'aimerais rappeler un certain nombre de principes.

J'entends bien les collègues nous parler de l'incitation à la violence

puis j'aimerais référer les collègues à de la documentation fort intéressante.

Je dois vous dire, M. le Président, que j'ai ici, devant moi, qui est

facilement accessible sur le Net, de la documentation qui émane du Conseil de

l'Europe, de la Commission européenne contre le racisme et l'intolérance.

Notre

collègue, tout à l'heure, nous indiquait : Nous sommes dans

l'après-Bruxelles. Les gens craignent, oui, mais il est aussi important

de ne pas perdre de vue nos objectifs et de ne pas perdre de vue aussi — et on

en a fait état au cours des derniers

jours — que

parfois cette montée de violence et d'extrémisme violent se fonde bien souvent

sur des exemples d'intolérance et tente d'exacerber cette intolérance.

La Commission européenne contre le racisme et l'intolérance a adopté le

8 décembre 2015... Et la documentation est en date du 21 mars 2016, donc, je dois vous dire, c'est

quand même, somme toute, assez récent. Il y a d'ailleurs eu un communiqué qui a été émis le 21 mars dernier, donc

il y a quelques jours, et le communiqué, il se lit comme suit... Puis

j'invite les collègues à écouter, parce que ça serait intéressant, je crois, de

prendre connaissance de ce communiqué-là. J'essaie, là... Honnêtement, depuis

plusieurs... depuis 49 heures, je tente d'amener mes collègues à se

rallier. Alors, je vais vous en faire

la lecture non pas pour étirer le temps, mais bien pour camper ce qui nous

anime dans ce projet de loi là.

Alors, 21 mars : «Strasbourg, le

21 mars 2016. Parmi les recommandations de politique générale

publiées aujourd'hui par la commission antiracisme

du Conseil de l'Europe figurent les suivantes : encourager les réactions

rapides de personnalités face au discours de haine, promouvoir l'autorégulation

des médias, sensibiliser aux conséquences dangereuses du discours de haine,

retirer toute aide, financière ou autre, aux partis politiques qui utilisent

activement le discours de haine et criminaliser ses manifestations les plus

extrêmes tout en respectant la liberté d'expression.

«À l'occasion

de la Journée internationale pour l'élimination de la discrimination raciale,

la Commission européenne contre le

racisme et l'intolérance a publié des lignes directrices destinées à l'ensemble

des 47 États membres du Conseil de l'Europe sur la façon de

prévenir le discours de haine, de soutenir ceux qui sont visés par celui-ci et

d'en traiter les conséquences.

«Le discours

de haine est fondé sur l'hypothèse injustifiée qu'une personne ou un groupe

sont supérieurs à d'autres. Il

[insiste] à des actes de violence ou de discrimination — donc, pas que de violence — ce qui nuit au respect des groupes minoritaires et à la cohésion sociale. C'est

pourquoi les gouvernements doivent faire preuve de fermeté et réagir

d'urgence face au discours de haine, souligne l'ECRI.

«Dans bien des cas, la façon la plus appropriée

et la plus efficace de faire face au discours de haine peut être

l'autorégulation des institutions publiques et privées, des médias et du

secteur lié à Internet, comme l'adoption de codes de conduite prévoyant des

sanctions en cas de non-respect. Le cas échéant, il [faut] envisager la

suppression de discours de haine d'Internet,

la divulgation de l'identité de ceux qui utilisent ce type de discours et

l'obligation pour les médias de

publier des mises au point reconnaissant que quelque chose qu'[ils] ont publié

s'apparente [à un] discours de haine.

«Le retrait

de toute aide officielle, financière ou autre, aux partis politiques ou autres

groupes qui recourent au discours de

haine, voire l'interdiction ou la dissolution de telles organisations est une

autre recommandation de l'organe antiracisme

du Conseil de l'Europe. Dans les cas les plus graves, il est nécessaire de

prévoir des interdictions pénales et d'imposer

des sanctions, mais il doit s'agir [...] de mesures de dernier ressort. Il

convient ce faisant de conserver un équilibre entre la lutte contre le discours

de haine, d'une part, et la défense de la liberté d'expression, d'autre part.

secrétaire général du Conseil de l'Europe [...] a spécifiquement mis en garde

contre l'application sélective et arbitraire de sanctions :

"Il faut que les mesures contre le discours de haine soient fondées,

proportionnées et non discriminatoires et

qu'elles ne servent pas à restreindre la liberté d'expression ou de

réunion"[...]. Il a souligné que la lutte contre le discours de

haine ne doit pas servir à éliminer toute critique de politiques officielles, à

museler l'opposition politique ou à réprimer des convictions religieuses.

«L'ECRI a

également insisté sur l'importance de l'éducation et de contre-discours pour

lutter contre les préjugés et la désinformation qui constituent la base

du discours de haine.

«"Les

personnalités politiques, les responsables religieux et les chefs de

communautés ont un rôle essentiel à jouer : non seulement il faut

qu'ils évitent de recourir au discours de haine dans leurs interventions, mais

ils doivent aussi s'y opposer à

titre

préventif dans leurs déclarations publiques"[...]. "Les États

devraient accorder une aide pratique à ceux qui sont visés par le

discours de haine : il [faut] qu'ils les sensibilisent à leurs droits, que

les intéressés reçoivent une assistance

juridique et psychologique, qu'ils soient invités à signaler l'usage [du]

discours de haine et à entamer des actions en justice avec l'aide

d'organes de promotion de l'égalité et d'organisations non

gouvernementales."»

C'était le

communiqué du 21 mars. À ça s'ajoute la recommandation de politique

générale de l'ECRI, datée... qui a été

adoptée le 8 décembre et qui est quand même volumineuse. Je vous en

épargne la lecture, bien que certains seraient peut-être heureux de m'entendre en faire la lecture. Mais j'aimerais

quand même, encore une fois, attirer l'attention des collègues à la page 1. Dans la résolution, on

note qu'il y a différentes manières : «Notant les différentes manières

dont la notion de discours de haine est

définie et comprise aux niveaux national et international et les différentes

formes que ce discours peut prendre — et là;

«Considérant

qu'aux fins de la présente recommandation de politique générale, par discours

de haine, on entend le fait de

prôner, de promouvoir ou d'encourager sous quelque forme que ce soit, le

dénigrement, la haine ou la diffamation d'une personne ou d'un groupe de personnes ainsi que le harcèlement,

l'injure, les stéréotypes négatifs, la stigmatisation ou la menace envers une personne ou [...] groupe de

personnes et la justification de tous les types précédents d'expression

au motif de la "race", [...]la

couleur, [...]l'origine familiale, nationale [...] ethnique, [...]l'âge, [le]

handicap, [...]la langue, [...]la religion

[...] des convictions, du sexe, du genre, de l'identité de genre, de

l'orientation sexuelle [et] d'autres caractéristiques personnelles [du]

statut.»

Et un peu plus loin : «...l'utilisation de

ce discours devraient servir à protéger les personnes et les groupes de

personnes [...] non pas [les] convictions, des idéologies ou des religions

particulières.»

Bref, l'Union

européenne invite les pays membres à se doter de mesures pour encadrer le

discours de haine, qui n'est pas seulement que le discours incitant à la

violence pure et simple. Parce que la haine, comme on l'a mentionné à maints et

maints regards... le discours de haine, le discours haineux amène le rejet de

l'autre et dénigre les droits fondamentaux de

ceux et celles qui sont visés et des groupes qui sont visés. Et on parle ici de

l'Union européenne. Alors, j'ai pris

la balle au bond, parce que notre collègue nous disait : Nous sommes dans

l'après-Bruxelles, nous sommes dans l'après-Paris, et c'est dans ce contexte bien particulier

que tout ça s'inscrit. L'Union

européenne a même un mouvement

antidiscours de haine. On le retrouve sur Facebook.

Les jeunes sont très impliqués dans ce mouvement-là pour dénoncer le

discours de haine, évidemment, et tout en préservant la liberté d'expression.

je l'ai mentionné, je l'ai dit : Est-ce qu'il est possible, est-ce que

vous souhaitez que nous le réitérions de façon plus claire? C'est clair que la liberté d'expression doit être protégée.

À l'article 2, évidemment, on y fait référence, mais le discours de haine, il brime aussi la liberté

d'autrui. Et c'est ça qui nous anime, c'est ça qui est à l'origine du dépôt du

projet de loi, de l'encadrement et de la présentation comme on le présente.

Alors, je vous ai

fait ces lectures-là. Je vous invite à en prendre connaissance. La documentation

est fort intéressante, elle est élaborée. Il est question justement de

dispositions. On incite et on invite à mettre en place des dispositions similaires à l'esprit de notre projet de loi n° 59. On invite les États membres à encadrer

civilement le discours de haine, et

tout ça dans un contexte où l'Europe a été frappée comme jamais, comme jamais

par des attaques d'une violence extrême et tout à fait inacceptable.

Mais

il est important... Est-ce que le projet de loi est le seul et

unique outil? Non, j'en conviens. On a un projet... On a un plan d'action important

qui a été mis en place. Le projet de

loi fait

partie des différents outils

à notre disposition pour, on

l'espère, renverser la vapeur. On mise beaucoup... Les organisations radicales comme l'État

islamiste misent énormément sur l'intolérance, et basent et fondent

leurs actions sur cette intolérance-là. Il ne faut pas les laisser gagner. Il

ne faut pas leur permettre de nous cibler comme étant les intolérants et donner

lieu à leur argument.

crois qu'on a un devoir sérieux. Le projet

de loi ne se veut pas un projet de loi liberticide, au contraire, il s'inspire des bonnes pratiques, il s'est inspiré notamment des décisions de la Cour suprême. Pourquoi? Parce que notre objectif n'était pas de

limiter la liberté d'expression mais bien de légiférer à l'intérieur d'un

cadre, à l'intérieur de balises qui existent,

qui ont déjà été définies par notre plus haut tribunal. Et on

peut aussi s'inspirer de l'expérience

internationale, on peut aussi s'inspirer de

cette recommandation politique générale. Bien que nos institutions soient

différentes, bien que nos institutions,

nos façons, notre organisation gouvernementale est distincte, il y a quand même

des éléments intéressants dont nous pouvons nous inspirer.

Et, bien souvent...

je sais que les collègues, lorsque vient le temps d'élaborer d'autres

politiques, on s'inspire beaucoup de ce qui

se fait en Europe. On regarde beaucoup nos cousins, voir là où ils en sont,

quelles balises ils ont mises en place,

et puis c'est ce que je nous incite à faire. Alors, encadrer et baliser le

discours de haine, le discours haineux, ce n'est pas liberticide, au

contraire. Ça se veut un outil pour protéger les droits et libertés de ceux et

celles qui sont visés.

Le Président

(M. Ouellette) : Merci, Mme la ministre. Je vais mettre

l'amendement de Mme la députée de Taschereau

aux voix par appel nominal, si j'ai bien vu votre demande, Mme la députée de Taschereau.

M. le secrétaire.

Le Secrétaire :

Mme Maltais (Taschereau)?

Le Secrétaire :

M. Rochon (Richelieu)?

Le Secrétaire :

M. Laframboise (Blainville)?

Le Secrétaire :

Mme Vallée (Gatineau)?

Le Secrétaire :

M. Merlini (La Prairie)?

Le Secrétaire :

M. Rousselle (Vimont)?

M. Rousselle :

Contre.

Le Secrétaire :

M. Boucher (Ungava)?

Le Secrétaire :

Mme Tremblay (Chauveau)?

Secrétaire : M. St-Denis (Argenteuil)?

Le Secrétaire :

M. le Président?

Le Président (M. Ouellette) : Je m'abstiens. Donc, l'amendement

introduit par Mme la députée de Taschereau est rejeté. Mme la députée

de Taschereau.

Mme Maltais : Oui, M.

le Président. J'avais dit, comme il

ne me restait que 40 secondes, selon nos règles, tout à l'heure...

Je voulais quand même prendre le temps, moi aussi, suite aux propos de la ministre,

de saluer le départ, malheureusement, le départ définitif de Mme Claire

Kirkland.

Quand

on a fait un hommage à l'Assemblée

nationale, dans le salon bleu, je

rappelais aux députés qu'à chaque fois

qu'on entre dans l'Assemblée

nationale on est impressionnés. La

première fois, vous rappelez-vous? C'est impressionnant. On se sent honoré et on sent une responsabilité sur nos épaules. Imaginez-vous, elle est entrée, et il y a 124...

je ne sais pas s'ils étaient 125, mais elle était la seule femme. Quel poids

sur les épaules elle avait! Et elle a très bien assumé. Elle est devenue

ministre sous plusieurs gouvernements de son parti, finalement. Alors, je veux

adresser, moi aussi, mes sympathies à sa famille et saluer sa mémoire.

Écoutez,

je comprends la ministre. Je viens d'écouter ce qu'elle vient de dire

attentivement, on aura l'occasion sûrement

d'y revenir, et je trouve que ce qu'elle dit... Effectivement, il y a

le Code criminel qui existe, qui est déjà là pour couvrir les discours haineux... et que nous, nous

ne comprenons pas et nous n'acceptons pas dans cette loi la mécanique

qui est mise en branle via la CDPDJ. Alors,

c'est ça, notre problème. Je reviendrai plus longuement, vu qu'il me reste

peu de temps sur cet article.

Mais

Brian Myles a... On a cité Pierre Trudel, qui expliquait quel était le contexte

qui était si dérangeant pour nous. Pierre

Trudel a très bien exprimé le contexte dans lequel cette loi est

déposée et les craintes que les gens ont. Brian Myles, dans Le Devoir

du 17 mars, un éditorial... pour la première fois que lui, comme

éditorialiste, nous parle du projet de loi n° 59. Et il fait une offre que je veux réitérer à la

ministre : Retirez cette loi et travaillons ensemble.

Travaillons ensemble au véritable

objectif que nous avons : la lutte à la radicalisation. C'est le message

qu'on fait. D'ailleurs, on avait demandé de scinder la loi pour

ça. Je reprends l'appel de Brian Myles et je lui dis : Retirez cette loi

et travaillons véritablement autrement que de la manière dont est basée cette

loi-là. Je pense que la majorité des commentateurs disent la même chose actuellement.

Alors,

je veux dire à la ministre que, si elle veut travailler autrement que sur la

base de cette

partie de la

loi sur les discours haineux, on est prêts à

travailler avec elle.

Le Président

(M. Ouellette) : Merci, Mme la députée de Taschereau. M. le

député de Richelieu.

M. Rochon : Oui. Pour ceux qui n'auraient pas lu Brian Myles, je vais en faire la

lecture. Ce n'est pas très long et ce

sera éclairant, puisque ma collègue fait référence à cet éditorial pour y aller

de l'offre que vous avez entendue à la ministre.

«Il y a une solution

intelligente — écrit

Myles — pour

mettre fin à "l'obstruction intelligente" — entre

guillemets, c'est lui qui met des

guillemets, là — de la

députée péquiste Agnès Maltais — la députée de Taschereau — sur

le projet de loi n° 59, visant à lutter contre le discours haineux ou

incitant à la violence. Abandonner l'idée.

n'y a aucune raison valable de confier à la Commission des droits de la

personne et des droits de la jeunesse le pouvoir d'enquêter sur le

discours haineux.

«Dans

les couloirs de l'Assemblée nationale, où s'installent à demeure le cynisme et

la partisanerie, un recul du gouvernement [...] sera interprété comme un

gain de l'opposition. C'est la condition humaine de la classe politique. Le

gouvernement devrait passer outre le sentiment d'embarras momentané qui

accompagnerait le retrait du projet et porter son regard sur l'horizon, plus

lointain, du bien commun.

projet de loi n° 59 est une abomination — écrit Brian Myles. Obnubilée par les bonnes

intentions — réprimer l'expression de haine et

d'intolérance est un objectif louable en démocratie — la

ministre de la Justice [...] a perdu de vue les torts potentiels à la liberté

d'expression.

«Les

amendements apportés au projet ne modifient en rien sa substance. En donnant à

la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse le

pouvoir d'enquêter sur l'expression de discours haineux ou incitant à la violence, Québec ouvre la voie à la multiplication

des plaintes frivoles — nous avons entendu ça souvent. Des groupes religieux ou

minoritaires assimileront la critique, la chronique virulente ou la satire à des

expressions de haine. Et ils exigeront réparation.

«Le Québec ne sera

plus Charlie avec ce régime bancal qui placera la liberté d'expression sous la

férule de la rectitude politique. Cette

inquiétude, nullement alarmiste, est supportée par les faits. À Ottawa, les

conservateurs ont dû retirer à la

Commission canadienne des droits de la personne le pouvoir de lutter contre le

discours haineux pour mettre un terme aux poursuites excessives de

groupes que des commentateurs avaient certes offensés, mais nullement exposés à

la haine.

n'y a pas d'excuses ni de place pour le discours haineux dans une société

démocratique. Le droit à la liberté d'expression n'englobe pas le droit

de diffamer, de calomnier, ou encore d'inciter à la violence contre des groupes

identifiables. Le Code criminel est clair à

ce

chapitre — ma

collègue y référait. La Cour suprême a rappelé par ailleurs la portée, très large, du droit à la liberté

d'expression. En matière de discours haineux, seuls les propos les plus

virulents et extrêmes sont passibles de poursuites criminelles.»

Et il conclut : «C'est à la

police, et non à la Commission des droits de la personne et des droits de la

jeunesse, de se saisir des cas extrêmes. Les cas limites, même s'ils sont

désagréables et impudents, ne devraient pas monopoliser l'attention de l'État.»

Alors,

c'est dans ce même esprit qu'anime l'éditorialiste du Devoir que ma

collègue de Taschereau a tendu la main à la ministre, lui réclamant de

retirer ce projet de loi pour qu'ensuite nous travaillions ensemble, toutes

formations politiques confondues, à un projet de loi qui rencontrera les

objectifs que la ministre s'est fixés : de lutter contre la radicalisation

et de lutter contre la violence et celles et ceux qui incitent à la violence.

le Président, j'aurais un amendement à proposer. Il s'agirait de modifier le

deuxième alinéa de l'article 1 de la loi proposée par l'article 1 du projet de loi en remplaçant les mots

«et qui visent» par les mots «avec l'intention de menacer et de mettre

en péril l'intégrité physique des membres d'».

texte amendé se lirait donc ainsi : «Elle s'applique aux discours haineux

et aux discours incitant à la violence tenus

ou diffusés publiquement, peu importe les préceptes sur lesquels ils

s'appuient, qu'ils soient religieux ou autres», on ajoute : «avec l'intention de menacer et de

mettre en péril l'intégrité physique des membres d'un groupe de

personnes qui représentent une caractéristique commune identifiée comme un

motif de discrimination interdit à l'article 10 de la Charte des droits et

libertés de la personne (chapitre C-12).»

Je vous remets le

texte.

Le Président

(M. Ouellette) : Vous déposez votre amendement. Je suspends

quelques minutes.

(Suspension de la séance à

15 h 38)

Le Président

(M. Ouellette) : Nous reprenons nos travaux. Après étude de l'amendement

déposé par M. le député de Richelieu, il est recevable. Et, M. le député de Richelieu, vous nous avez fait lecture de votre texte

amendé, qui introduit les mots «avec

l'intention de menacer et de mettre en péril l'intégrité physique des membres

d'un». Et après ça il s'intercale dans le texte du deuxième alinéa.

Je vais vous demander

si vous avez des commentaires ou si vous avez d'autres commentaires relativement

à l'amendement que vous introduisez à l'article 1, M. le député de Richelieu.

M. Rochon :

Bien, vous aurez constaté, M. le Président, que je reviens, au nom de ma

formation, à cette notion d'intention, hein?

Je sais que la ministre préfère quand nous dissertons sur l'effet qu'un

discours a sur la ou les personnes ou

le groupe de personnes auquel ce discours s'adresse. Nous maintenons depuis des

semaines que l'intention est fort

importante, alors : «L'intention de menacer et de mettre en péril

l'intégrité physique des membres d'un groupe de personnes». Alors, il y a aussi le caractère violent qui est exprimé de façon

très claire, très nette dans le texte de l'amendement que nous vous soumettons.

J'ai,

comme ma collègue, bien enregistré le texte qu'a parcouru pour

cette commission tout à

l'heure la ministre. Mais je retiens des textes qu'elle cite et de son

discours propre qu'elle me paraît bien plus préoccupée par la critique

des religions, bien plus préoccupée à faire cesser

la critique des religions, critique de l'islam, ce que la propagande

islamique appelle l'islamophobie, plus que préoccupée.

C'est

vrai, là, que je sais que j'ai l'air de lui prêter des intentions. Je m'écoute.

Je m'écoute et je ne voudrais pas avoir

l'air de lui prêter ces intentions. J'ai souvent dit, ici, estimé qu'elles

partaient certainement d'une bonne volonté. Je ne veux pas avoir l'air de la remettre en question,

mais je dirai plutôt qu'il y a un effet pervers à défendre ce projet de loi qu'elle défend bec et ongles, et c'est précisément qu'il puisse, ce projet de loi, brimer notre liberté de critiquer l'islam, de critiquer la propagande islamique, la possibilité que rapidement les gens proches de l'islam nous estiment

islamophobes et s'en plaignent à la Commission des droits de la personne.

Le Mouvement laïque

québécois propose des moyens, lui, pour contrer à la fois la prolifération des

discours haineux et l'endoctrinement

terroriste, à savoir : «Viser la bonne cible — "viser la bonne cible", je suis

donc d'accord avec ça! J'ai le

sentiment que ce projet de loi que la ministre soumet à notre étude ne vise pas

la bonne cible — l'ennemi actuel,

c'est le terrorisme [...] la propagande qui l'accompagne[, pas] la critique

contre ce radicalisme religieux.» Je crois que je m'exprime clairement,

là, hein? Je ne suis pas dans le prêt d'intentions, là. Alors, il faut

«éliminer l'ambiguïté du discours

gouvernemental qui doit combattre les discours haineux par l'affirmation des

valeurs démocratiques et laïques».

Là, je cite toujours

au texte le Mouvement laïque québécois : «D'un côté — écrit

le mouvement dans son mémoire — il y a des religieux fanatiques qui

partout dans le monde posent des bombes, assassinent des innocents, kidnappent des femmes et des enfants, violent des

fillettes, décapitent[...]. Ces fanatiques se retrouvent dans les

différentes branches de l'islamisme politique : leur idéologie puise dans

l'islam, leurs manuels sont le Coran et les hadiths.

l'autre côté, des millions de citoyens tremblent de peur. Et, parmi eux, des

gens [qui] s'insurgent et disent que

les crimes au nom des religions sont inacceptables. Alors, que voit-on? Les

auteurs de ces crimes prétendent être les victimes de la civilisation occidentale — la ministre le disait d'ailleurs

tantôt — et

accusent leurs opposants d'islamophobie. Les coupables, disent les fanatiques, sont ceux qui osent critiquer

notre djihad, notre prophète, notre dieu. Des personnes d'influence

endossent également ce point de vue et clament à leur tour que c'est le

discours soi-disant islamophobe qui est la cause des tensions et qu'il faut

absolument réduire au silence.

«En démocratie — écrit le Mouvement laïque

québécois — il

existe un principe de droit qui dit que ce qui n'est pas un crime a le droit d'être dit. [Alors,] veillons — écrit le MLQ — à ce que la liberté d'expression ne soit

pas criminalisée, comme le propose le [projet de loi]

n° 59.» Ça, c'est l'opinion, là, du Mouvement laïque québécois que je cite

au texte.

Alors, voilà

pourquoi, M. le Président, encore une fois — et je conclurai là-dessus sur cet

amendement, pour le moment — il importe de marquer : «L'intention de

menacer et de mettre en péril l'intégrité physique des membres d'un

groupe de personnes», et la suite du texte non amendé.

Le Président (M. Ouellette) :

Mme la députée de Taschereau.

Mme Maltais :

Merci, M. le Président. Intéressant, cet amendement présenté par mon collègue

de Richelieu, parce qu'il revient au

coeur du désaccord que nous avons et que nous exprimons de façon, évidemment,

respectueuse dans cette Assemblée, c'est-à-dire qu'il y a d'un côté

l'intention du gouvernement, par un nouveau processus qu'elle nomme au civil,

mais avec des infractions qu'on dit pénales, d'après le Barreau, je crois,

bien, d'avoir un nouveau processus qui pourrait juger du discours haineux en

dessus du processus qui existe déjà à travers le Code criminel.

Alors, quand

la ministre nous dit : J'incite les gens, que... pas «j'incite les gens»

mais que le Conseil de l'Europe incite les États à sanctionner le

recours au discours de haine tout en sauvegardant la liberté d'expression, je

vous fais remarquer qu'il y a déjà un code

criminel et que ça fait

partie de notre débat, justement, à nous. Nous croyons

qu'on va dédoubler. Si on avait

rapatrié ces pouvoirs-là du côté du Code criminel, ce serait une chose, M. le

Président. Rapatrier des pouvoirs, on

est toujours pour ça, nous autres, parce que je crois à la souveraineté du

Québec et je crois qu'on devra avoir

la capacité de sanctionner nous-mêmes, les Québécois et les Québécoises, à

travers nos lois, à travers nos jugements, à travers nos codes. Je crois qu'on ne devrait pas perdre, par exemple,

des années à discuter de comment on va investir l'argent des infrastructures régionales et municipales. Ça,

ça fait

partie de notre leitmotiv. L'indépendance, c'est s'assumer. Bon.

Alors, si la

ministre nous disait : Je suis en débat avec le fédéral, je veux rapatrier

tout ce qui concerne le discours haineux,

nous allons nous ranger derrière elle, M. le Président. Si c'est ce qu'elle

veut faire, bien, si c'est l'esprit de la chose, c'est intéressant, puis

on pourrait peut-être s'y atteler ensemble. On pourrait avoir, je suis sûre,

une collaboration de la CAQ puis... Je

cherche une option qui cherche à se positionner dans le débat

fédéraliste-souverainiste, et tout. Bon, bien, écoutez, il pourrait y avoir un accord sur notre État le

Québec veut se doter de sanctions au discours haineux. Alors, il y en a déjà au fédéral. Oups! Problème. Est-ce

qu'on simplifie la vie des Québécois et des Québécoises ou si on la complexifie?

Bien, simplifions-la, rapatrions. M. le Président, cette suggestion-là, moi

personnellement, je pense que, de ce côté-ci de la table, on va l'accueillir

avec intérêt.

Maintenant,

ce n'est pas ça que nous propose la ministre. La ministre, ce qu'elle nous

propose, c'est de dédoubler, de

redoubler dans un processus qui permet une grande ouverture à ceux et celles

qui veulent faire taire les expressions de critique, et de critique à la

religion entre autres.

J'ai écouté

attentivement la ministre tout à l'heure. J'ai pris note de sa phrase. Elle

nous a dit, et je la comprends :

L'État islamiste se fonde sur l'intolérance. C'est vrai. En fait, ils disent

que les gens sont intolérants envers une communauté musulmane, ce qui

est faux. Il y a des gens qui sont intolérants, mais dire que, mettons, par

exemple, des peuples entiers sont intolérants, ou que le Québec est intolérant,

ou qu'une association... c'est assez rare. Mais ils essaient de te rentrer dans la tête... Dans le

processus de radicalisation des jeunes, ils essaient de leur rentrer dans la

tête cette idée que nous sommes intolérants

envers eux, puis les amènent vers... justement à se ghettoïser, à se refermer

sur eux-mêmes en n'ayant pas confiance à la

société, en n'ayant pas réussi à s'y intégrer, et ensuite à aller se battre

contre cette société qui est intolérante

envers eux, d'après leur discours. C'est ça, la mécanique. La mécanique, elle

est implacable.

Alors, ce

bout-là de la ministre, son constat, je vis bien avec son constat, moi, sauf

que la réaction du gouvernement, ce n'est pas de contrer le discours de

l'État islamiste ou des imams radicaux, la réaction du gouvernement, c'est de faire taire tout le monde. Puisque l'État

islamiste se fonde sur le discours intolérant, faisons taire les islamophobes.

Voici ce qu'a dit M. Frémont, le

président de la CDPDJ. Puis la loi correspond à ça. C'est ça qui ne fonctionne

pas. Je l'ai dit. Vrai problème :

plan de lutte à la radicalisation, il y a des éléments intéressants dedans,

mais quelle surprise de voir apparaître le projet de loi n° 59

dedans.

Alors,

l'amendement de mon collègue, c'est de clarifier l'intention. Pourquoi on veut

clarifier l'intention? Parce qu'il y a au Québec actuellement des

personnes qui sont poursuivies systématiquement aussitôt qu'elles dénoncent

l'islamisme, le radicalisme religieux qui mène à la violence. C'est pour ça

qu'on est là. C'est pour ça qu'on tient à inscrire «l'intention».

Et je vais

vous donner un exemple. J'en ai nommé plein, d'exemples, souvent, je vais en

nommer un autre, à quel point des

poursuites peuvent parfois être reçues par des tribunaux ou des commissions et

être aberrantes. Bon, on sait que ça

a pris quatre mois à une dame qui travaillait dans un Costco... qui a perdu son

emploi pendant des mois pour exactement ce type de plainte là. Puis elle a été déclarée non coupable, mais ça

lui a coûté quatre mois de salaire, quatre mois de vie et l'opprobre sur la place publique. Quatre mois. Et

c'est Mme Proulx, je crois, à mon souvenir, là. Et on sait que les

délais à la CDPDJ sont dans les... — j'ai ça ici, ce n'était pas loin tout à

l'heure, devant moi... ce n'est pas très loin... Ah! voilà, je l'ai ici. Les délais à la CDPDJ sont de

376 jours pour le traitement d'une plainte et, lorsqu'elle nécessite la

judiciarisation du dossier, le délai moyen, 725 jours. C'est long. On ne

parle plus de quatre mois, là, on parle d'une année complète et peut-être de deux

ans.

Pourquoi

je parle des délais puis pourquoi je suis d'accord avec l'amendement de mon

collègue sur l'intention? Je vais vous donner un autre exemple en plus

de Mme Proulx. Il y a un journal, dans ma circonscription, qui est très bien — j'ai d'ailleurs appuyé Christea, le

fondateur du journal, dès ses débuts : Les immigrants et immigrantes de

la Capitale , puis qui est

vraiment un journal sur la vie des gens qui ont émigré. Lui-même a émigré puis

il est un Roumain d'origine, maintenant c'est un Québécois. Et il

arrive, dans son journal, à bien exprimer ce qui se passe dans les communautés.

Il a publié une photo,

parce qu'il a vu une femme en tchador... Vous savez, le tchador, ce grand voile

qui va jusque par terre. On aura le

temps d'avoir d'autres débats sur le tchador quand on abordera le projet de loi

n° 62. Donc, il y avait cette femme

qui se promenait avec son tchador au Marché aux puces de Sainte-Foy ou aux

Halles de Sainte-Foy, parce qu'on était

dans Sainte-Foy. Il a pris une photo d'elle et s'est bien arrangé pour ne pas

montrer son visage, il ne voulait pas qu'on la reconnaisse, comme traitement journalistique habituel. Bien, il s'est

ramassé en cour pour avoir publié cette photo, parce que la dame a

dit : Oui, mais moi, je suis reconnaissable, je suis la seule qui le

porte. Bien, croyez-le ou non, il a été condamné.

On a été obligés de faire un fonds de soutien pour l'éditeur des Immigrants

et immigrantes de la Capitale. On a été obligés de faire un fonds de soutien pour le sortir de là, pour l'aider.

Il a été condamné parce qu'il a imprimé une photo.

Alors,

c'est ça, le contexte. Le contexte, c'est qu'il y a des poursuites. Il y en a

eu contre plusieurs personnalités. Dois-je nommer Djemila Benhabib?

Dois-je nommer Louise Mailloux? Il y en a plusieurs comme ça qui ont été poursuivis. Les immigrants de la Capitale ont

été poursuivis pas pour discours haineux mais, quand même, pour une

photo avec un tchador. Vous voyez la sensibilité actuellement du phénomène au

Québec.

C'est

dans ce contexte-là que le gouvernement nous amène le projet de loi n° 59.

À chaque fois qu'on dit : Précisez, mettez l'intention, mettez

l'intention, c'est pour éviter des cas comme ça, c'est simplement pour ça. Nous

tentons de protéger les Québécois et les Québécoises d'un courant qui veut

qu'on ne puisse plus s'exprimer, parler sur la place publique. Écoutez, on ne peut même plus mettre une photo d'une femme en

tchador puis ne pas voir son visage, on se fait poursuivre et condamner.

Et condamner! Des milliers de dollars. Ça n'a pas coûté 20 $, là, ça a

coûté cher.

Alors,

M. le Président, c'est ça, le contexte. Pierre Trudel, lors de la dernière

séance où on s'est vus, l'a fort bien exprimé

dans un article. Il disait : À la limite, imaginons qu'on se

dise «oui, ça a du bon sens, 59», dans le contexte actuel nous ne

pouvons pas, M. le Président. Nous ne pouvons pas.

Alors, c'étaient les

premières remarques, assez brèves, que j'avais à faire sur l'amendement de mon

collègue sur l'intention.

Le Président

(M. Ouellette) : M. le député de Blainville.

M. Laframboise :

Merci, M. le Président. Bon, évidemment, on va être en faveur de l'amendement

qui a été déposé, mais je vais donner

l'explication. Parce que, M. le Président, nous, la Coalition avenir Québec, on

est en faveur d'une loi. À la

différence du Parti québécois qui veut la retirer, nous, ce qu'on souhaite,

c'est une loi. Et évidemment on a proposé des amendements, on aurait

souhaité qu'ils soient adoptés, mais ça n'a pas été le cas.

Puis,

pourquoi je vous dis ça? Puis je vais prendre à témoin le document que nous a

lu la ministre tantôt. Mais je vais

lui demander de lire pas tout le texte, qui est l'interprétation du journaliste

ou de la journaliste qui l'a écrit, mais la déclaration du secrétaire général du Conseil de l'Europe, M. Jagland. Et là on le cite : «"Il faut que les mesures contre le discours de haine soient fondées, proportionnées et non discriminatoires

et qu'elles ne servent pas à restreindre la liberté d'expression ou de

réunion", a-t-il déclaré.»

Donc, si Mme la

ministre prenait ce texte-là, la déclaration du secrétaire général du Conseil

de l'Europe, et l'appliquerait à son projet

de loi, regardait son projet de loi, là, avec cette vision-là, puis je la

répète, qui dit qu'il faut que les mesures

contre le discours soient fondées, proportionnées et non discriminatoires et

qu'elles ne servent pas à restreindre la liberté d'expression ou de réunion, je pense qu'elle aurait un problème

avec son projet de loi, comme nous en avons un.

Parce

que, M. le Président, l'article 1, tel qu'il est libellé et amendé, en

mène large, n'est pas proportionné. Ce qu'on

veut, nous, c'est nous attaquer aux discours haineux. C'est ça qui nous

intéresse. Et évidemment ce n'est pas pour rien que notre formation

politique voulait que le premier paragraphe, qui se lit : «S'exprimant

dans un contexte de discrimination, y

compris dans un contexte d'endoctrinement...» On voulait enlever le «y

compris». On voulait que ça s'applique

uniquement au contexte d'endoctrinement et de radicalisation, parce que c'est

ça qu'on veut. Puis c'est pour ça que

le mot «proportionnées» est important dans ce que dit le secrétaire général du

Conseil de l'Europe. Il faut s'attaquer au problème. Il faut être capable...

Donc, évidemment,

l'amendement qui est déposé par le Parti québécois, qui ajoute évidemment à ce

qu'on mentionne, c'est l'ajout de

l'intention. Donc, évidemment, l'ajout du mot «intention», bien, évidemment,

vient encore une fois resserrer, c'est ce qu'on... vient donner un petit

peu de proportionnalité à ce qu'on souhaite comme législation, M. le Président.

Puis c'est pourquoi je voudrais que la ministre soit consciente de ça.

Nous,

à la Coalition avenir Québec, on veut un projet de loi, on en veut un, on veut

qu'il soit adopté le plus vite possible

mais qu'il n'y ait pas... comme le souligne le secrétaire du Conseil de

l'Europe, qu'il ne serve pas à restreindre la liberté d'expression. Donc, c'est ce qu'on veut. On ne veut pas que ça

restreigne la liberté d'expression, on veut s'attaquer au problème. Puis

le problème, bien, c'est l'endoctrinement, c'est la radicalisation. Puis ma

collègue, évidemment, ici... Évidemment,

nous, on veut s'attaquer à l'intégrisme, à l'islamisme, bon, c'était le choix

qu'on a défendu. Mais, encore une

fois, dans le texte que nous a lu la ministre, bien, si elle prend la peine de

lire ce que le secrétaire général du Conseil de l'Europe — puis ils

ont beaucoup d'expérience dans le domaine — avait comme... donne comme orientation...

Puis je prends la peine de le relire :

«Il faut que les mesures contre le discours de haine soient fondées,

proportionnées et non discriminatoires

et qu'elles ne servent pas à restreindre la liberté d'expression ou de

réunion», ce que fait présentement son projet de loi.

Donc,

c'est pourquoi nous allons appuyer l'amendement du Parti québécois, qui est

une... Ce n'est pas l'idéal, ça aurait

été nos amendements qui auraient été l'idéal. Mais évidemment, encore une fois,

on fait évoluer, on essaie d'encadrer un

peu plus en ajoutant évidemment l'intention de menacer. Donc, on encadre et on

s'en va tranquillement, là, vers une orientation qui, quant à moi,

aurait dû être prise un petit peu avant, Mme la ministre. Je suis conscient,

là, elle évolue aussi, là, elle va chercher

des textes au Conseil de l'Europe, mais qu'elle le fasse... quant à moi, là,

qu'elle prenne la peine de les analyser et être capable de faire évoluer

son projet de loi en conséquence. Merci.

Le Président

(M. Ouellette) : Merci, M. le député de Blainville. Mme la

ministre.

Mme Vallée : Ah!

toujours un plaisir d'écouter le collègue de la CAQ. Il y a beaucoup plus que

le simple communiqué, il y a aussi toute la documentation, et puis la

documentation nous amène...

Là, je vais

un peu répondre à nos deux collègues. Je vais d'abord commencer par le

commentaire que notre collègue de

Taschereau nous a fait lorsqu'elle parlait de la distinction entre les recours

de nature civile et les recours qui sont prévus au Code criminel en nous disant : Oui, on nous demande

d'intervenir, mais nous avons déjà le Code criminel au Canada. Effectivement, mais ce que le Conseil de l'Europe

recommande, c'est d'aller plus loin, aussi. Et, dans la documentation à

laquelle j'ai fait référence, la Recommandation de politique générale sur la

lutte contre le discours de haine , dans ce document de décembre dernier, on

retrouve à la page 10 les différents moyens d'action qui sont recommandés

aux gouvernements des États membres. Il y en

a 10. Le 10e est «de prendre des mesures appropriées et efficaces en

droit pénal contre le recours, dans

un cadre public, au discours de haine...» Par contre, le 8, on fait

référence à «l'applicabilité de la responsabilité

en droit civil et administratif en cas de recours au discours de haine dans le

but d'inciter à commettre des actes de

violence, d'intimidation, d'hostilité ou de discrimination à [l'égard] des

personnes visées...» Donc, c'est important de s'inspirer. Bien, en tout cas, je trouve que ce travail qui est fait,

ces recommandations qui sont faites s'inscrivent très bien dans le

travail que nous faisons actuellement.

Notre

collègue de la CAQ dit : Ah! l'article 1 est complètement dans le

champ. C'est une définition.

L'article, c'est une définition du discours de haine, du discours incitant à la

violence. Une définition qui reprend... — puis j'invite le collègue à aller lire les documents — qui ne fait pas référence exclusivement au

discours incitant à la violence. Parce que le discours de haine ne fait

pas qu'inciter spécifiquement à la violence, il comprend aussi du harcèlement,

de l'injure, il va viser la personne, le

groupe en raison de ses caractéristiques, des caractéristiques propres à cette

personne-là. Et on le retrouve aussi dans la documentation du Conseil de

l'Europe.

Donc, je veux simplement dire à mon

collègue : Je les ai faits, mes devoirs, j'ai lu. Et on a adapté. Et, un jour, M. le Président, peut-être qu'on ira un

petit peu plus loin, puis le collègue pourra constater qu'un peu plus loin

dans le texte il y a différentes

dispositions, il y a des dispositions qui justement prévoient la protection des

libertés d'expression, ce qui est fondamental. Il y a des dispositions

aussi qui prévoient d'autres moyens, qui prévoient le recours à d'autres organismes — on en

a parlé lors de notre dernière séance, si je ne me trompe pas. On fait

référence au recours... à la redirection d'un dossier, par exemple, vers la

protection de la jeunesse. Bref, le projet de loi prévoit et encadre bien...

Puis je suis ouverte aux modifications et aux

amendements, là. Notre collègue de Taschereau disait tout à l'heure : Retirez le projet de loi, nous

allons travailler. J'aimerais ça qu'on nous propose clairement des pistes de

solution. On n'en a pas proposé, des pistes

de solution. Ça fait des mois qu'on vous demande concrètement des pistes de

solution. Outre des amendements qui visent à changer un petit peu le texte, la

définition, est-ce qu'on a proposé vraiment une autre modalité? Non. Puis retirer pour retirer pour quoi? Pour remplacer

par quoi? Qu'est-ce qu'on propose, de l'autre côté, au Parti québécois? C'est drôle parce qu'au Parti

québécois on le reconnaît... en tout cas, certains reconnaissent

l'impact que la haine peut avoir.

D'ailleurs, je pense que le chef l'a reconnu. Le chef, lorsqu'il est intervenu

suite à la motion pour rendre hommage aux victimes de Bruxelles, il a

clairement indiqué que la haine, la violence, la mort avait frappé. Il a fait

référence à cette haine-là.

Et donc la

haine mène à la violence. Et d'ailleurs je veux rectifier des choses, parce

qu'on m'a prêté des intentions tout à

l'heure, M. le Président, puis honnêtement je trouve qu'on a fait un peu de

raccourcis. J'ai exprimé des choses, mais j'ai aussi exprimé que le discours de haine,

il visait toute personne, tout groupe en raison de leurs

caractéristiques. Et c'est clair que le

discours de haine ne doit pas servir à protéger des convictions, des idéologies

ou des religions. Le discours de haine... l'encadrement, pardon, du discours

de haine doit servir à protéger des personnes, des groupes de personnes, pas des convictions politiques, pas des

idéologies, pas de la religion. C'est clair. C'est clair. Et l'objectif,

c'est d'établir un encadrement des mesures civiles, et ça rejoint ce que le

Conseil de l'Europe aussi recommande. Et donc, actuellement, il y a une mouvance, il y a une tendance qui amène

les États à encadrer le discours de haine, à encadrer

le discours haineux. On n'a pas sorti cette

idée-là d'un chapeau. Il y a des juridictions au Canada

qui ont encadré de façon très claire le discours haineux, le discours de

haine. Et on le retrouve également chez certaines juridictions européennes et

ailleurs à travers le monde.

Autre petit

clin d'oeil aux collègues de la CAQ. Notre collègue de Montarville, qui était, le 10 mars, dans un contexte... dans une autre commission

parlementaire, dans le cadre des amendements

sur le projet de loi n° 77, souhaitait, dans le cadre du projet de loi

n° 77, ajouter la notion de

discours haineux pour des motifs qui permettraient au ministre de

refuser l'entrée au pays de certaines personnes. Donc, dans un autre forum, on

demande ça, mais on fait preuve de beaucoup d'imagination pour qu'on travaille longtemps,

longtemps sur le projet de loi n° 59. Et donc elle disait non seulement

qu'une personne qui a tenu des discours haineux, mais aussi qui est réputée

avoir tenu ou diffusé des discours haineux... Et on allait aussi loin,

là, que de dire... La collègue parlait de l'imam radical qui endoctrinait les

gens, d'un politicien naziste, de refuser des ressortissants étrangers — pardon,

M. le Président, j'ai la voix qui me laisse — qui ont des discours qui ne sont pas

acceptables au Canada ou au Québec, dans un autre forum, le projet de loi

n° 77.

Alors, pour permettre d'encadrer le discours de

haine, le discours haineux, est-ce qu'il ne serait pas opportun, à tout le moins, d'avoir aujourd'hui dans nos

dispositions... de reconnaître une définition? On aurait une définition

qui ne fait pas qu'englober l'incitation à

la violence. Parce que le discours de haine de ces gens-là que la collègue de

Montarville ciblait, il ne porte pas... il

ne fait pas qu'inciter à la violence, il est beaucoup plus insidieux. On vise

les gens en raison de leur

différence. Ça s'inscrit dans le discours de haine et ultimement ça amène à des

discours qui incitent à la violence. Mais ça aussi, c'est une discussion qu'on a eue à maintes et maintes

reprises. Donc, je pense que c'est important de recadrer tout ça.

Puis,

à un moment donné, M. le Président, j'écoutais la collègue de Taschereau qui

disait : Il faut retirer le projet de loi n° 59 et retirer cette volonté d'encadrer le discours de

haine, le discours haineux. Et évidemment on réfléchit, on réfléchit toujours et on se dit : Bon... Le

jour où on retire un projet de loi comme ça et que survient un événement, je

suis persuadée qu'on a des gens de l'autre

côté qui vont être les premiers à réclamer des dispositions législatives pour

encadrer dans la sphère civile les discours de haine, les discours haineux.

C'est ce qu'on fait.

Est-ce qu'un

projet de loi peut être bonifié? Certainement. Certainement. On l'a bonifié, à

date. On a apporté des amendements. Les collègues de la CAQ ont apporté

des idées. Puis je ne crois pas avoir manifesté quelque forme de fermeture d'esprit quant aux différents

amendements qui ont été apportés, au contraire. On a même fait du travail,

même, avec les collègues du PQ pour aller

avec certaines suggestions. Ils ont finalement voté à l'encontre, mais on s'est

quand même inspirés des suggestions que nos collègues nous avaient apportées.

Bref.

Alors, voilà,

je pense que c'était important de recadrer certaines choses dans le contexte

notamment des échanges qui ont lieu en commission parlementaire, dans un

autre forum. Merci.

Président (M. Ouellette) : Pour les gens qui nous écoutent et qui suivent les travaux du projet de

loi n° 59, je comprends que vous

avez fait référence à un document et je comprends que, pour les besoins des collègues,

le document que vous avez fait

référence, du Conseil de l'Europe, vous le déposez à la commission. Nous avons

remis à chacun des membres de la commission le communiqué de presse.

Mme Vallée :

Il y a également un document plus volumineux. Je sais qu'on vous a transmis le

lien. Parce que je ne voulais pas faire de la... Je ne sais pas comment

on peut procéder. J'aime bien encourager l'industrie forestière, puisque ma circonscription est dans l'industrie

forestière, mais c'est quand même un document assez volumineux, alors...

Président (M. Ouellette) : Bien, effectivement, Mme la ministre, le lien informatique a été envoyé

à chacun des membres de la

commission. Et, puisqu'il a toute son importance et que nous y référons, et

probablement que nous allons continuer

d'y référer compte tenu du fait que c'est un document du

21 mars 2016, il est en impression, pour le bénéfice des

membres de la commission. Nous retournons à mon collègue de Richelieu.

M. Rochon : Quelques éléments,

M. le Président. La ministre, réagissant à la réclamation de ma collègue de Taschereau à l'effet de retirer ce projet de loi

et de travailler ensemble, collégialement, à autre chose, fait remarquer

que nous n'avons pas de proposition, que

nous n'en avons pas faite, de proposition. Alors, moi, je reprends la balle au

bond et je lui soumets que nous pourrions

retourner devant l'ensemble des parlementaires, au salon bleu, voter une motion

de scission. On a déjà suggéré ça,

mais je reviens à cette suggestion, puisque là peut-être qu'elle va trouver

preneuse, cette suggestion. On pourrait

voter une motion de scission. On pourrait examiner ensemble, étudier ensemble

la

partie II du projet de loi n° 59, ce qui nous donnerait le temps à tous, en dehors des travaux de cette

commission, peut-être en séance de travail, je ne sais trop — on pourra reparler de la mécanique, là — ce qui pourrait nous donner le temps

d'examiner des pistes pour lutter contre la radicalisation. Je ne sais

pas ce qu'en pense la ministre, là.

Le Président (M. Ouellette) :

Mme la ministre.

Mme Vallée :

Vous me trouvez un petit peu déçue de la réponse de notre collègue, M. le

Président, puisque ça fera bientôt un

an que le projet de loi est déposé. J'aurais cru que les collègues auraient peut-être

des pistes autres que la scission, que je ne considère pas en soi comme

une piste de solution.

Lorsque je parle de solution, c'est que les

collègues souhaitent s'attaquer à la radicalisation, semblent quand même... — je vois le non-verbal — ne semblent pas fermés à toute cette notion

de discours de haine et d'encadrement du discours de haine et de discours incitant à la violence. J'aurais pensé

qu'on aurait proposé concrètement quelque chose, mais là, de scinder, je

pense qu'on revient à des débats qui ont eu lieu il y a quelques mois de cela,

M. le Président.

Le Président (M. Ouellette) :

Mme la députée de Taschereau.

Mme Maltais :

Bien, écoutez, M. le Président, c'était une belle proposition. C'était la

proposition de base, cette proposition de la scission. Quand on nous

dit : Vous n'avez jamais eu de proposition, on dit : Bien, oui, on

voulait vous proposer la scission, de revoir

en profondeur 59, qu'on soit à même de travailler sur certaines parties

intéressantes. On nous dit : Ah non! Elle n'est pas bonne, votre

proposition. Elle était fondamentale, notre proposition.

Aujourd'hui,

je le répète, la ministre pourrait se targuer d'avoir adopté, parce qu'on

aurait collaboré rapidement, parce

qu'on était d'accord sur le fond... Il y a bien des détails sur lesquels on

discute, dont celui sur les mariages religieux, sur lequel il va falloir revenir. On est peut-être passés un peu vite à

l'époque. Mais on avait une bonne proposition. Elle pourrait se targuer d'avoir adopté une loi,

probablement, mais ce n'est pas ça qui est le cas, parce que, semble-t-il, ce

n'était pas intéressant. Bien, moi, je trouve qu'au contraire c'est encore une

proposition intéressante.

pourquoi la scission? Bien, mon collègue vient de lire Brian Myles dans Le Devoir ,

c'est le dernier éditorialiste en ligne qui ait dit : Ça n'a pas de

bon sens, cette loi-là. Et lui, il dit la même chose que nous, là, que nous. Écoutez,

10 août 2015, une lettre, dans Le

Devoir , d'Alban

Ketelbuters, candidat au doctorat en études littéraires à

l'Université du Québec à Montréal :

Discours haineux — Il y a erreur de diagnostic ,

Le Devoir , 17 août 2015, Discours haineux — Des juristes

s'allient contre un «canon législatif». Hé! préparez-vous, là, il y en a, là, des gens

qui trouvent que notre suggestion était bonne. 18 août 2015, Journal de Québec, Discours haineux : une loi

inutile et néfaste, selon Me Julius Grey ; éditorial, Le Devoir , mercredi 19 août 2015, Discours

haineux — La

mauvaise loi ; Le Devoir , mercredi 19 août, Marco Bélair-Cirino dans Le Devoir ,

Discours haineux — Le projet de loi de la

ministre Vallée rate la cible, fait valoir la communauté LGBT — ce

n'est pas le Parti québécois, ça, là, là — Denise Bombardier dans Le

Journal de Québec , 20 août 2015,

La loi comme bâillon ; La Presse, vendredi

21 août 2015, un leader musulman veut interdire qu'on se moque

de la religion, bon; Ridiculiser la religion devrait être puni, selon un

imam, ça, on l'a tassé, mais Journal de Québec , nouvelle, lundi 24 août 2015, Un

tribunal de la censure , selon Richard Martineau; Le Devoir , actualités, jeudi 27 août 2015, Discours

haineux — Le

PQ rejette une

partie du projet — on l'a dit dès ce jour-là,

dès ce jour-là — Lutte

contre la radicalisation — La Presse , vendredi 28 août 2015 — les

cégeps irrités par le plan de Québec — on

parle du projet de loi n° 59, pas juste... il y a des gens qui ont

écouté les commissions parlementaires — Journal de Québec , Joseph

Facal, 31 août 2015, Un inquiétant dérapage .

J'en

ai encore des pages et des pages, et je n'ai pas encore cité Fatima

Houda-Pepin. Le Devoir du 15 septembre 2015, Le gouvernement donne des armes aux

intégristes, croit Houda-Pepin . J'en ai encore comme ça. Ça n'arrête

pas. Vous pouvez m'en citer combien de personnes qui appuient cette loi-là au

Québec? Il y en a combien? En avez-vous beaucoup de gens qui s'expriment et qui

disent : Wow! Quelle bonne loi? Je n'en ai pas beaucoup.

fait que je trouve que notre proposition de scission permettrait encore à la

ministre d'essayer de revoir une

partie qui est loin de faire consensus, fait quasi... en fait, le consensus, il

est contre la loi, il n'est pas pour la loi, puis d'adopter l'autre

partie.

Alors,

M. le Président, moi, pour moi, la proposition est toujours sur la table, puis

je pense qu'elle pourrait nous permettre d'avancer.

Le Président (M. Ouellette) : M. le député de Blainville, sûrement que vous

avez des commentaires suite aux commentaires de la ministre. Je vous

voyais, là... M. le député de Blainville.

M. Laframboise : Oui, oui. Merci, M. le Président. Bien, oui, parce que, d'abord,

premièrement, M. le Président, je pense qu'on a démontré notre intérêt à

ce que la loi... en tout cas, on a des amendements qu'on a déposés, nous, on

souhaite que la loi soit adoptée. Je pense que... J'espère qu'on ne remet pas

ça en doute ici, là.

Puis

ma collègue de Montarville, elle est très égale à elle-même. C'est-à-dire qu'il

ne faut jamais oublier, il faut se mettre

dans le contexte du projet de loi, le projet de loi n° 77, qui est sur

l'immigration. La référence qu'a faite la ministre, bien, évidemment, c'est justement parce qu'à ce

comité-là de l'immigration ils discutaient de l'entrée au pays de

citoyens qui pourraient avoir eu des

comportements par rapport à la radicalisation et l'endoctrinement. La façon la

plus simple, c'était de parler de discours haineux, ce qu'on défend,

nous, ici, en ce comité. On est contre l'endoctrinement puis la radicalisation.

Et la position de ma collègue sur le projet de loi n° 77, elle a été la

bonne.

on respecte la définition qu'ont donnée les tribunaux au discours haineux, mais

on est ici, puis la ministre l'a dit,

par rapport au droit civil. On veut encadrer. Bien, c'est justement ce qu'on

essaie de lui faire faire, de dire : Écoutez... Puis je reprends le texte, parce que c'est elle

qui nous a soumis les documents du Conseil de l'Europe, lorsque le

secrétaire général met en garde, il dit : Il faut que ce soit proportionné

et non discriminatoire.

Nous,

là, la main tendue de la ministre, là, si, dans son

article 1, le deuxième

paragraphe se lisait comme suit : «S'exprimant

dans un contexte d'endoctrinement ou de radicalisation», plutôt que «de

discrimination, y compris dans un contexte», qui englobe, qui est

beaucoup plus large, nous, on achèterait ça. Donc, si la ministre veut que la

Coalition avenir Québec se rallie à sa

position, elle a juste... Puis je lui demande, là, juste de dire :

«S'exprimant dans un contexte d'endoctrinement ou de radicalisation». Ça

aurait comme but d'encadrer justement le discours haineux.

est pour la définition des tribunaux du discours haineux. On veut juste que ce

soit encadré au civil, et puis que ça

n'affecte que l'endoctrinement, et ça

se limite à l'endoctrinement et la radicalisation. Si c'était ça, je pense

qu'on aurait... J'espère qu'on pourrait rallier le Parti québécois, mais

ça, il faudra qu'il y ait des débats là-dessus.

Le Président

(M. Ouellette) : Mme la ministre, suite aux commentaires de M. le

député de Blainville.

Mme Vallée : Bien, en fait, je pense qu'on a eu quand même

plusieurs discussions. Il y a des amendements qui ont été

apportés au projet de loi. Là, j'essaie de revoir le texte. J'ai énormément

d'amendements devant moi, là. Le texte, tel qu'il se lirait... Lorsque nous avions apporté le... L'endoctrinement et la radicalisation,

on l'a, on le retrouve au paragraphe premier tel qu'amendé. Lorsqu'on

regarde le texte tel qu'amendé, là, qui a été adopté le 8 mars dernier, le

texte se lit comme suit : «La présente loi a pour objet d'établir des

mesures de prévention et de lutte contre les discours haineux s'exprimant dans un contexte de discrimination, y

compris dans un contexte d'endoctrinement ou de radicalisation pouvant mener à l'extrémisme violent. Elle établit

également des mesures contre les discours incitant à la violence.» On l'a

incluse le 8 mars dernier, la notion

d'endoctrinement et de radicalisation auquel tient la CAQ et auquel fait

référence la CAQ.

Alors,

le texte tel que lu, là, deuxième paragraphe : «Elle s'applique aux

discours haineux et aux discours incitant à la violence tenus ou diffusés publiquement, peu importe les préceptes

sur lesquels ils s'appuient, qu'ils soient religieux ou autres — parce qu'il n'y avait pas que la question

religieuse, il y a parfois des aspects politico-idéologiques — [...]qui

visent un groupe de personnes qui présentent

une caractéristique commune identifiée comme un motif de discrimination interdit à l'article 10 de la Charte des

droits et libertés...» Et là : «Est un discours haineux, un discours visé

au deuxième alinéa qui, de l'avis

d'une personne raisonnable, est d'une virulence ou d'un extrême tel — alors, ça, c'est important — qu'il expose ce groupe au rejet, à la

détestation ou au dénigrement notamment pour que ce groupe soit perçu comme

étant illégitime, dangereux ou ignoble.»

Alors, ça, c'est important.

Puis, je le rappelle, là, lorsque l'on fait référence à la virulence et à

l'extrême du discours, c'est important. Parce que, rappelons-nous, et je crois que c'était le 8 mars, notre

collègue de Taschereau faisait référence à des plaintes dont avait fait l'objet, je crois, Mme Bombardier,

et je ne vois pas dans les textes de Mme Bombardier un extrême et

une virulence qui pourraient s'apparenter, d'aucune façon, au discours haineux.

Au contraire, c'est un discours d'opinion,

une opinion bien claire, bien nette, qui peut plaire à certains, déplaire à

d'autres, mais un discours d'opinion,

ce n'est pas du tout un discours haineux. Alors, le discours haineux, il y a

cet élément très particulier, là, de virulence, d'extrême... Et c'est

très important.

Maintenant, alors, on

fait référence à l'endoctrinement, on fait référence à la radicalisation. C'est

certain qu'il y a aussi un effort de rédiger le texte sans toujours

l'alourdir, mais le projet de loi s'inscrit. Lorsque quelqu'un doit analyser un discours, il analyse le discours à la

lumière de l'ensemble du texte et non seulement d'un paragraphe.

Le Président

(M. Ouellette) : M. le député de Blainville.

M. Laframboise : Sauf que, Mme la ministre, quand votre texte se lit comme vous l'avez lu,

là, «s'exprimant dans un contexte de

discrimination, y compris dans un contexte d'endoctrinement ou de

radicalisation», c'est tellement large que vous avez tous les citoyens

qui prennent la parole, puis vous avez la liste des gens que vous énumérez — la collègue de Taschereau tantôt — qui

s'opposent en disant : Je me sens visé. Vous avez des humoristes qui nous

disent : Je me sens visé par ce projet de loi là. Alors que, si vous vous étiez concentrée sur ce qu'on vous dit, là,

«s'exprimant dans un contexte

d'endoctrinement ou de radicalisation pouvant mener à l'extrémisme violent», ça

aurait comme objectif... en tout cas, ce que nous souhaitons du projet

de loi. Le problème des discours

haineux, quant à nous, c'est les discours qui amènent à l'endoctrinement et à la

radicalisation. C'est pourquoi on veut un projet de loi. Mais, quand

vous ouvrez en disant : «S'exprimant dans un contexte de

discrimination, y compris l'endoctrinement et la radicalisation», ça permet

tout, y compris l'endoctrinement et la radicalisation. Donc, c'est important.

comprends, Mme la ministre, que vous essayiez, tout au long du projet de loi, d'éviter... mais, en ayant votre premier paragraphe qui dit ça, bien, tous ceux qui ont un discours

public au Québec se disent : Je pourrais un jour être

accusé d'avoir fait des discours haineux, alors que ce n'est pas le but. Notre

but, c'est véritablement lutter contre l'endoctrinement

puis la radicalisation. Puis c'était ça que défendait ma collègue sur le projet de loi n° 77, à l'immigration. Puis je

pense que c'est ça

que la population du Québec s'attend. Puis, quand je relis le secrétaire général du Conseil de l'Europe, bien,

quand il nous dit que ça prend un discours proportionné et non discriminatoire,

bien, c'est pour ça qu'il faut encadrer. Donc, ce qu'on vise, nous,

c'est l'endoctrinement et la radicalisation.

Puis je retends la

main à la ministre. Juste avec son paragraphe, en disant : «S'exprimant

dans un contexte d'endoctrinement ou de

radicalisation», bien, elle encadrerait les objectifs du projet de loi. Quant à nous, là, on n'aurait aucun problème. Quand on

est obligés d'appuyer l'amendement du Parti québécois... Bien, c'est parce

qu'avec ça, «contexte de discrimination, y

compris dans un contexte d'endoctrinement», bien là, on essaie d'encadrer, et

puis là, quand on rajoute le mot «l'intention de menacer», bien là, ça

encadre, là, tu sais.

Donc,

on essaie de... Puis je comprends l'effort que tentent de faire les collègues

du Parti québécois, mais, si la ministre

voulait, là... Qu'elle prenne le temps. Puis, nous, il n'y a aucun problème, ce

n'est pas nous qui allons faire de l'obstruction là-dessus.

Le Président (M. Ouellette) : Juste avant de vous donner la parole, Mme la

ministre... Le texte auquel vous faites référence, M. le député de

Blainville, a fait l'objet d'une longue discussion...

Le Président (M. Ouellette) : ... — non, non, mais juste pour alimenter votre

réflexion — a fait

l'objet d'une longue discussion parce qu'il a été adopté sous un

sous-amendement déposé par M. le député de La Prairie. Et nous avons eu une longue discussion. Et tous les

parlementaires, à ce moment-là, y compris Mme la députée de Montarville,

ont exprimé les remarques que vous nous

exprimez avec justesse cet après-midi. Mais effectivement c'est déjà un

texte qui est sous-amendé et qui a fait l'objet de cette discussion-là. Mme la

ministre.

Mme Vallée :

Et, si je ne m'abuse, qui a été adopté par la CAQ au moment de son adoption.

C'est parce que ça visait à répondre

à des préoccupations soulevées par notre collègue de la deuxième opposition.

Alors là, vous me trouvez... Ce n'est pas ma... Je ne suis pas seule,

c'était le fruit d'un travail commun. Mais, bon.

Le Président (M. Ouellette) : Bien, je viens de vérifier avec le secrétariat,

M. le député de Blainville, et le texte de ce sous-amendement déposé par le député de La Prairie a fait

l'objet de six pour, aucun contre et cinq absentions. Je vous redonne la

parole, M. le député de Blainville.

M. Laframboise :

Merci beaucoup, M. le Président. J'en conviens, mais c'est pourquoi aujourd'hui

nous allons appuyer l'amendement déposé par

mon collègue de l'opposition officielle puis c'est pourquoi on retend

encore la main à la ministre, si elle veut.

Je ne vous dirai pas la maxime qui peut s'appliquer, là, je pense que vous la

savez. On peut toujours revenir à des choses, M. le Président.

Le Président (M. Ouellette) :

Je nous rappelle, pour ceux qui suivent nos travaux, que nous sommes à l'étude

de l'amendement déposé par M. le député de Richelieu, qui introduit au deuxième

alinéa les mots «avec l'intention de menacer et de mettre

en péril l'intégrité physique des membres d'[un]», qui remplacent les mots «et

qui visent».

Donc, nous sommes toujours à l'étude de cet

amendement déposé par M. le député de Richelieu. Nous avons entendu plusieurs points de vue, et je pense qu'il

était de bon aloi, compte tenu du fait que la dernière étude était le

8 mars, de recamper tout le monde dans les positions respectives des

parlementaires. M. le député de Richelieu.

M. Rochon : Oui. M. le Président, je vais vous citer à mon

tour Fatima Houda-Pepin, en deux temps, en deux temps différents. Vous êtes chanceux, c'est un deux pour

un. Alors, il y a eu Albertine, en cinq temps , là il va y avoir

Fatima, en deux temps. Je vois que la ministre se réjouit. Je suis content, je

vais faire son jeudi.

«L'ancienne

élue libérale Fatima Houda-Pepin — que

nos amis d'en face connaissent bien — juge

que le gouvernement [...] favorise les intégristes avec le projet de loi

n° 59 qui les aidera à stigmatiser les critiques de leur pratique

rigoriste.

«"Je

suis estomaquée", a lancé [Mme] Houda-Pepin à l'issue de sa comparution en

commission parlementaire au sujet du projet

de loi n° 59 qui vise, notamment,

à lutter contre le discours haineux et que défend la ministre de la Justice[...]. "C'est une revendication des intégristes

depuis longtemps", estime l'ancienne députée de La Pinière.» Je parle beaucoup de l'effet pervers de ce projet de loi. C'est

ça, l'effet pervers.

«Grâce au projet de loi n° 59, un groupe religieux — c'est Mme Houda-Pepin qui parle,

là — et non

seulement une personne croyante, pourrait se

dire la cible d'un discours haineux alors qu'il ne s'agirait que de critiques

découlant d'un exercice légitime de la

liberté d'expression[...]. Avec une telle loi, elle aurait — croit-elle — été condamnée pour islamophobie [elle-même] quand elle a combattu en

2005 les imams qui voulaient imposer la charia au Canada...» Effet

pervers du projet de loi n° 59.

Je vous ai promis Fatima Houda-Pepin en deux

temps. Voici maintenant deux extraits d'un texte publié dans Le Journal

de Montréal au lendemain des attentats de Bruxelles.

22 mars dernier, le terrorisme a encore frappé, à Bruxelles cette

fois — écrit

Mme Houda-Pepin. Il a frappé fort,

et de l'intérieur : bilan provisoire à ce jour, une trentaine de morts et

200 blessés. Le monde occidental est en émoi. La liste des

attentats en plein coeur de l'Europe s'allonge et elle s'allongera

malheureusement davantage. Tristesse et désolation ne ramèneront pas les

victimes innocentes de ce carnage.»

Et là je fais

un saut plus loin dans le texte, dont j'aurais pu choisir des extraits qui vous

auraient plu encore moins que celui

que je vais maintenant utiliser : «Le projet de loi n° 59 sur les

discours haineux, [...]imposé aux parlementaires, [...]vise — croit Mme Houda-Pepin — à bâillonner la liberté d'expression et à

interdire l'islamophobie, une revendication qui vient tout droit de l'Arabie saoudite qui fait des pressions sur les

pays occidentaux pour criminaliser le blasphème. Comme discours creux,

on ne peut pas mieux faire», écrit-elle.

«On est en

droit de nous demander combien d'attentats terroristes il faut encaisser et

combien de vies innocentes il faut sacrifier dans les pays musulmans et

en Occident avant que nos dirigeants politiques décident de s'attaquer à la

racine du mal qui ronge nos démocraties et qui met en péril la sécurité du

monde!» Est-ce que je peux déposer ça?

Le Président (M. Ouellette) :

Oui, vous pouvez effectivement déposer.

Rochon : Alors, je vais

déposer ça, M. le Président. Est-ce que ça prend le consentement? Non? Voilà,

c'est fait.

Alors, tout le monde convient, M. le Président,

que les propos qui incitent à détester ou à poser des gestes violents sont à

proscrire, tout le monde convient de ça. Il y a déjà des dispositions du Code

criminel...

M. Rochon : Vous aimez votre cadeau?

Vous aimez votre cadeau, le cadeau que je viens de vous faire?

Le Président (M. Ouellette) :

Bien, je vous écoute avec grand intérêt.

M. Rochon : Alors, déjà, des dispositions du Code criminel

permettent d'accuser devant les tribunaux ceux qui répandent de tels

propos. Il y a Pierre Trudel, que citait tantôt en substance, là, ma collègue

de Taschereau, qui dit : «La loi

proposée interdit de tenir publiquement un discours haineux ou incitant à la

violence contre un groupe présentant une

caractéristique commune à l'égard de laquelle on ne peut [pas] faire de

discrimination», alors il cite tous ces groupes. «Les tribunaux ont pourtant rappelé — insiste Pierre Trudel — que la liberté d'expression ne protège pas

que les propos servant des "fins légitimes d'information du

public". Même le mauvais goût est protégé.»

«Le projet de

loi n° 59 propose d'ajouter [...] un mécanisme de plaintes. Toute personne

aura le droit de déposer des plaintes auprès de la Commission des droits

de la personne [et des droits de la jeunesse] sur n'importe quels propos,

discours, émissions de télé, caricatures ou images qui lui semblent visés par

la loi.

«Il est même possible de dénoncer des propos sur

le point d'être tenus ou diffusés, donc qui ne sont pas encore connus!

«La seule timide concession à la liberté

d'expression du projet [de loi] n° 59 est une mention précisant que "ces interdictions

n'ont pas pour objet de limiter la diffusion du discours aux fins d'information légitime du public". Où sont donc passés les [ Où est

Charlie ou] Je suis Charlie ?

«...même

le propos marginal, contraire aux vues de la majorité, déplaisant, stupide ou

de mauvais goût est protégé par la liberté d'expression, pas seulement

ce qui est "légitime".

«C'est d'ailleurs — rappelle

Pierre Trudel — pour

protéger les discours marginaux qu'on a besoin de la liberté

d'expression, pas pour protéger ce qui fait l'unanimité!

«Il y a

dans la société québécoise», poursuit-il... Puis on est au coeur, là, du débat qui anime cette table depuis

des semaines : «Il y a dans la société québécoise des gens qui sont

persuadés que le propos qui critique une religion, les homosexuels, les femmes est un propos automatiquement haineux. En somme,

plusieurs confondent le propos "illégitime" avec le propos

haineux. Le projet [de loi] n° 59 leur ouvre un bureau des plaintes — observe

Pierre Trudel.

«Bien sûr,

les tribunaux ont distingué entre le propos qui incite vraiment une personne à

haïr ou à se livrer à de la violence et les propos détestables qui n'ont

pas de chances d'avoir de tels effets. Mais la distinction est ténue.

«En ouvrant

la porte à cette "chasse" à tout propos qui déplaît, le projet de loi

n° 59 fait fi des conditions concrètes de l'exercice de la liberté

d'expression.

«Il [va forcer] tous ceux qui s'expriment à se

demander à chaque fois si quelqu'un quelque part ne va pas trouver [...] leurs

mots, leurs blagues, leur photo ou leur caricature [...] "haineux"»,

conclut Pierre Trudel.

Voilà bien pourquoi nous arrivons avec cet amendement,

M. le Président, qui veut insister sur l'intention de menacer et de mettre en péril l'intégrité physique des membres d'un

groupe. Il faut qu'il y ait intention, il faut qu'il y ait menace, incitation à la violence,

menace de mettre en péril l'intégrité physique des membres d'un groupe.

Président (M. Ouellette) : Allez-vous me faire le plaisir de déposer Pierre Trudel aussi, pour ne

pas qu'il se sente jaloux du dépôt de madame, que vous m'aviez fait avant?

M. Rochon : C'est un plaisir

que je vais reporter à plus tard. Je ne veux pas vous donner tous les plaisirs

en même temps.

Le Président (M. Ouellette) :

Ah! O.K. Non, c'est beau. Mme la députée de Taschereau.

Maltais : Bien, M.

le Président, l'amendement de mon collègue va permettre, dans un processus que, je répète,

on trouve inadéquat, la Commission des droits de la personne et des droits de

la jeunesse... va permettre de discriminer certaines choses. Pourquoi on fait

Je vais

revenir à la base, parce qu'à un

moment donné il faut revenir... On parle beaucoup, on essaie de creuser

la loi. C'est important, mais des fois il y

a des choses qui se sont perdues au fil du temps puis il faut les ramener. Je

vais en ramener une, c'est pourquoi cette loi-là existe.

Radio-Canada : Le président de la

Commission des droits de la personne a confirmé qu'il désire s'en prendre à ceux qui critiquent des idées — c'est sur Radio-Canada — ceux qui critiquent la religion islamique

en particulier . Drôle de terme, «la religion islamique»,

mais... La Commission des droits de la personne demande au gouvernement «l'ajout d'une disposition à la Charte des droits

et libertés de la personne interdisant l'incitation publique à la haine

pour un motif interdit de discrimination».

Il nous a

dit, M. Frémont, quand il est venu ici, qu'il ne voulait pas de tous les

pouvoirs qu'on lui donnait — il était un peu surpris — que ce n'était pas sa recommandation.

Regardons quelle était sa recommandation et, derrière, ce qui

sous-tendait cette recommandation.

Voici une entrevue qu'il a eue avec Jacques

Beauchamp, animateur, à l'époque, de Pas de midi sans info . Question de M. Beauchamp : «Pour qu'on

comprenne encore mieux, donnez-moi un exemple [des modifications que vous souhaitez voir apporter] avec l'effet que ça aurait.

Quelle différence ça ferait, en me donnant un ou deux exemples?»

Et immédiatement qu'est-ce qu'a dit

M. Frémont? Il a dit : «Par exemple, je ne sais pas — je

cite au texte, là — sur un site Internet ou sur une page

Facebook, comme on a vu, comme on voit régulièrement, il y aurait des

gens qui écriraient contre, je ne sais pas,

la religion islamique — qui écriraient contre une religion — et contre les musulmans — ça,

c'est autre chose, c'est des personnes — en disant des propos, puis on

en a vu certains, je n'ose même pas les répéter tellement c'est outrageant. Alors, à ce moment-là, il y aurait moyen que

n'importe qui, membre du public, etc., saisisse et fasse une plainte à la commission en disant :

Ce groupe, ces personnes ont écrit

sur les pages Internet des propos qui incitent à la haine pour un motif

interdit de discrimination, et, par conséquent, pourriez-vous intervenir?»

C'est ça, notre problème. Il y a deux fondements

à notre résistance, ce n'est pas pour rien, là, qu'on fait de la résistance : un, une intention exprimée clairement

par le président de la Commission des

droits de la personne et des droits de

la jeunesse qui ne veut pas qu'on

puisse critiquer la religion. Ce sont ses mots, «contre la religion». Une

religion, c'est une idée, c'est une opinion. On a le droit de critiquer

des idées et des opinions. Des individus, c'est une chose. Des opinions, c'est non. Ça fait que, quand on nous dit : Oui, mais ce n'est pas ça que ça contient, je

m'excuse, là, c'est ça qui est derrière. Ça, c'est une chose.

Deuxièmement, c'est le climat dans lequel on est, où, systématiquement, dès que quelqu'un

introduit un discours contre la

radicalisation, contre la religion et que ça touche à l'islamisme, dans ce

mouvement politico-religieux qui veut qu'il n'y ait pas de séparation

entre l'Église et l'État, les gens nous disent : Il y a des gens qui

écrivent, là; c'est de l'incitation à la haine.

Dans

le cas de Mme Bombardier, qu'a cité la ministre tout à l'heure, je comprends qu'elle dit à la fin : Ça ne pourra probablement pas être conservé par la Commission

des droits de la personne comme

plainte, sauf qu'il va quand

même pouvoir y avoir plainte. Les gens, ils

l'ont dit. Il y a même quelqu'un qui a levé la main puis qui a dit : Je

peux-tu, moi, poursuivre pour incitation à la haine? Je suis prêt, je

suis prêt, je suis prêt! Ça a été dit, c'est exprimé publiquement. Il y a des gens qui ont hâte de l'utiliser pour faire

taire des gens. Puis il y a un président qui dit : Oui, ça va

nous servir à faire taire la critique

contre les religions. Ça fait que comment est-ce

que vous voulez qu'on accepte ça?

C'est inacceptable dans une société démocratique, M. le Président, ce

qui est présenté, ce qui sont... ces choses-là.

Alors,

jusqu'ici, l'outil qu'on nous présente ne permet pas de répondre aux craintes

qu'on a. C'est tout. Alors, tant qu'on va être là-dedans, là, ça ne

marche pas, là. Ça fait qu'on va exprimer notre résistance puis on va exprimer

nos convictions profondes. Mais je rappelle qu'il y a quelqu'un qui a levé le

bras pour dire : Je vais poursuivre Mme Bombardier pour incitation à

la haine et que c'est au moins un an avant le traitement d'une plainte à la

CDPDJ.

Le Président (M. Ouellette) : Merci, Mme la députée de Taschereau.

Sûrement que votre collègue de Richelieu

veut rajouter?

M. Rochon : Rapidement, M. le

Président. La ministre,

là, elle veut mordicus qu'on s'arrête à l'effet du discours sur le groupe de personnes auquel ce discours

s'adresse. Est-ce qu'elle a pensé, est-ce

qu'elle s'est arrêtée un instant

à l'effet d'une plainte à la Commission des droits de la personne et des droits

de la jeunesse sur la personne visée

par cette plainte? Hein, ça pourrait peut-être être intéressant, ça. Ce

n'est pas un effet... ce n'est pas bien, bien amusant, hein? Ce n'est pas

formidable.

Alors,

on va ouvrir — je

paraphrase encore une fois Pierre Trudel parce que j'aime beaucoup

cette image — on

va ouvrir, à la Commission des droits de la personne et des droits

de la jeunesse, un beau gros bureau

des plaintes, là, puis il y a des gens qui seront tellement

contents de ça, là. Tous ceux, là, qui font la lutte, là, aux discours

islamophobes, là, qui en voient

partout, là, alors, eux, ils vont beaucoup,

beaucoup, beaucoup

utiliser le beau gros bureau des plaintes que la ministre s'apprête à

ouvrir à la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse.

Alors,

ça n'avance à rien, ça, M. le Président, ce bureau des plaintes. Alors, il faut vraiment

se concentrer sur les discours qui nettement

renferment une intention claire de menacer et de mettre en péril l'intégrité

physique des membres d'un groupe. Ce qu'il faut viser, c'est... Puis

j'ai presque le goût de vous déposer un autre document, là. Tantôt, je m'amusais à entendre la ministre,

là, essayer de mettre en contradiction mon collègue de Blainville

et notre collègue de Montarville,

là, et je vous assure que, hum, c'est un jeu bien risqué dans lequel elle

s'aventure, elle qui est en nette contradiction avec le premier ministre.

je n'avais pas griffonné sur ce texte du Devoir du

29 août 2015, M. le

Président, je saisirais l'offre que

vous m'avez faite un peu plus tôt, là, de vous déposer un texte de Pierre Trudel et je vous

remettrais plutôt ce texte du Devoir du 29 août 2015, dont je tenterai de trouver une copie plus

propre pour effectivement la déposer à la commission pour que tous les collègues soient saisis de la

contradiction flagrante entre ce que le premier ministre annonçait ce

29 août 2015, qui nous

disait : On va l'amender, le projet

de loi, la ministre

y travaille. Il doit être explicite, il doit être défini, ce projet de loi.

C'est beaucoup trop large... Là, c'est moi, là, je vais un peu plus loin que sa pensée. Lui, il disait : La ligne, pour moi... Et je pourrais reprendre ça pour mon propre

compte, la députée de Taschereau pourrait reprendre ça à son propre

compte, probablement le député de Blainville également : «La ligne, pour

moi — disait

le premier ministre — c'est

l'appel direct à la violence...»

peut dire des bêtises. On peut dire toutes sortes de choses, mais on ne peut

pas appeler à la violence.» Ce sont ses

mots, c'est entre guillemets. Je vous assure que je vais vous trouver une copie

bien propre, là, de cette coupure de journal et déposer ça à la

commission.

Le Président (M. Ouellette) : Merci, M. le député de Richelieu. Mme la ministre,

est-ce qu'il y a des commentaires avant qu'on passe au vote?

Le Président

(M. Ouellette) : Donc, je vais mettre l'amendement introduit par

M. le député de Richelieu au vote, et un vote nominal est demandé. M. le

secrétaire.

Le Secrétaire :

M. Rochon (Richelieu)?

Le Secrétaire :

Mme Maltais (Taschereau)?

Le Secrétaire :

M. Laframboise (Blainville)?

Le Secrétaire :

Mme Vallée (Gatineau)?

Le Secrétaire :

M. Merlini (La Prairie)?

Le Secrétaire : M. Rousselle

(Vimont)?

M. Rousselle : Contre.

Le Secrétaire : M. Boucher

(Ungava)?

Le Secrétaire : Mme Tremblay

(Chauveau)?

Le Secrétaire : M. St-Denis

(Argenteuil)?

Le Secrétaire : M. le

Président?

Président (M. Ouellette) : Je m'abstiens. Donc, l'amendement déposé par M. le député de Richelieu

est rejeté. On continue la discussion. Mme la députée de Taschereau.

Mme Maltais : Merci,

M. le Président. Alors, la ministre

dit deux choses. Elle dit : Vous n'avez pas de suggestion, et elle

dit : Mon projet de loi ne couvre pas la liberté d'opinion concernant les

religions.

Alors, je

vais tenter quelque chose. Je vais faire une autre suggestion. Comprenez bien,

nous essayons de baliser. Ça fait que, si c'est accepté, tant mieux. Ça ne fait pas une

bonne loi nécessairement, mais au moins on va essayer de... on est

dans la réduction des méfaits, pour tomber dans le vocabulaire sociosanitaire.

Alors, je

propose un amendement : Modifier l'article 1 de la loi

proposée par l'article 1 du projet de loi en

ajoutant, après le troisième alinéa, le suivant :

«Aux fins de l'application de la présente loi,

ne sont pas des discours haineux au troisième alinéa :

«

a) la critique d'un dogme ou d'une croyance

religieuse;

«

b) la critique d'une idéologie ou d'un courant

politique;

«

c) l'expression d'une oeuvre artistique.»

Le Président (M. Ouellette) :

Je vais suspendre quelques minutes.

(Suspension de la séance à 16 h 54)

Président (M. Ouellette) : Nous reprenons nos travaux. Pour les gens qui nous écoutent et qui nous

suivent en ce début de changement météorologique, en espérant que ce soit le

dernier, le député de Richelieu nous a déposé un amendement qui rajoute un quatrième

alinéa après les trois amendements qui ont été amendés et sous-amendés.

Mais, avant

que vous m'en parliez et que vous me donniez des commentaires, M. le député de

Richelieu, vous remplissez une de vos promesses, et je pense que je veux

vous entendre.

M. Rochon : Oui, effectivement,

M. le Président. Je m'étais engagé, aussitôt que j'allais trouver une copie propre de cette coupure du journal Le Devoir

du 29 août 2015, à vous déposer le document. Alors, c'est fait. C'est

l'article dont nous avons usé quelques fois depuis quelques semaines, dans

lequel le premier ministre promet d'amender le projet de loi n° 59.

Président (M. Ouellette) : Donc, cette coupure du Devoir datée du 29 août, qui est

malheureusement en noir et blanc,

parce que... on a vu la copie couleur, mais on n'est pas encore à l'ère de la

couleur, à la commission, donc on se contentera d'une copie noir et

blanc.

Président (M. Ouellette) : Oui, mais... Effectivement. Elle a été remise à tous les membres de la

commission. Voulez-vous nous donner

vos commentaires, M. le député de Richelieu, sur l'amendement que vous avez

déposé, qui modifie...

Le Président

(M. Ouellette) : Ah! Excusez-moi, excusez-moi, excusez-moi!

Le Président (M. Ouellette) : Non, j'étais probablement encore sous le charme

de ce que vous venez de déposer. Donc, Mme la députée de Taschereau.

Excusez-moi. On ne peut pas vous oublier, Mme la députée de Taschereau.

Mme Maltais :

Quel dommage, M. le Président, que vous n'ayez pas associé les mots «charme» et

«députée de Taschereau». J'en suis désolée.

Le Président

(M. Ouellette) : J'y ai pensé...

Mme Maltais :

Vous me décevez, M. le Président. Dans notre longue collaboration, j'aurais cru

que j'avais réussi au moins ce coup-là, mais ça a l'air que je vais

attendre encore un peu. Bon, on a quand même encore un mandat ensemble,

minimum.

M. Rochon :

On ne peut pas séduire tout le monde.

Mme Maltais :

Non. Alors, M. le Président, plus sérieusement... Ça fait du bien de se

détendre un peu, là, parce que ce sont des travaux de jeudi après-midi.

On en parlait, c'est la tempête ailleurs, alors qu'ici c'est...

M. Rochon :

Les écoles sont fermées.

Mme Maltais :

Oui. Écoutez... C'est difficile de se concentrer dans un tel type de débat,

mais voilà. La proposition que je fais, d'amendement, vient de

ceci : beaucoup, beaucoup, beaucoup de personnes sont venues nous

dire : Il faut absolument, absolument préserver la liberté d'expression,

particulièrement celle qui vise le phénomène religieux.

Un des problèmes

qu'on a, c'est que, très rapidement, quand, au Québec, on propose... et il y a

des débats, il y a des échanges sur, par

exemple, la religion, surtout l'islamisme politique, mais il peut y avoir aussi

des moments où il y a des commentaires sur des sectes, sur des... puis

rapidement les gens ont tendance à dire : Bon, c'est des propos haineux, c'est des propos haineux. J'en ai cité,

là, une pléthore de communications où les gens disaient : Telle

personne a eu des propos haineux, alors

qu'elle ne faisait que critiquer la religion. Comment répondre à une telle

préoccupation des gens qui sont venus nous parler et aussi des nombreux

commentateurs? Ce n'est pas pour rien, tout à l'heure, que j'ai énuméré la

liste des éditoriaux, des commentaires qui nous donnent leur inquiétude. Et je

trouve particulièrement parlant, je le

répète, le propos de Pierre Trudel qui dit : Attention, le contexte est

trop difficile. L'utilisation potentielle est dangereuse.

disant : «Aux fins de l'application de la présente loi...» Je tiens à

dire d'abord qu'on l'entre dans l'article 1. Parce que l'article 1 dit bien dès le deuxième

alinéa : «Elle s'applique», donc l'article 1 parle de l'application

de la loi. On voit à qui s'applique les discours haineux, quel type de

discours, mais on ne voit pas à quoi elle ne s'applique pas.

Ça fait qu'«aux fins

de l'application de la présente loi, ne sont pas des discours haineux au sens

du troisième alinéa la critique d'un

dogme ou d'une croyance religieuse...» Voilà exactement, je dirais, la plus

grande peur que nous ayons actuellement concernant cette

partie de la

loi. La deuxième : «La critique d'une idéologie ou d'un courant

politique». Une idéologie ou un courant politique. Il faut protéger, je pense,

les idéologies, les idées et les courants politiques.

Ça ne change pas que, si un courant politique ou une idéologie mène à avoir des

discours haineux tellement virulents

qu'il y a des gens qui veulent poursuivre, il y a encore le Code criminel. Le

Code criminel existe. Mais là c'est la CDPDJ

qu'on est en train de... à qui on donne des pouvoirs. Ça fait que je ne suis

pas dans le Code criminel. Je sais qu'il est là, il existe, mais là

j'introduis ça.

Ensuite :

«L'expression d'une oeuvre artistique». Bien, rappelons-nous le bel après-midi

qu'on a passé — mes collègues de la CAQ doivent s'en

rappeler particulièrement — sur

l'exemple de mon collègue de Rimouski qui avait amené l'exemple d'un rappeur. Je vais vous dire, peut-être à mon corps

défendant ou sans m'en être aperçu, je suis devenue très populaire chez les rappeurs du Québec. J'ai

même donné pour la première fois une entrevue pendant une émission de rap parce que j'ai tenté d'expliquer le débat

qu'on avait eu, qui était que, oui, il y a des jeunes qui parfois écrivent

des textes de rap très violents, très

difficiles, mais où on disait qu'il fallait désamorcer ça par la prévention, par

le dialogue constructif, et tout, par le leadership aussi. Nous sommes

des leaders, M. le Président.

Alors,

voici le sens de l'amendement qui, à notre avis, nous rassurerait. Je tiens à

dire, M. le Président, que c'est, encore une fois, pour nous, je vais le

dire, un plasteur — la

bonne vieille expression — un

diachylon...

Mme Maltais :

...un baume. Mais c'est parce que, si vous dites «baume», Mme la ministre, si

j'utilise votre mot «baume»,

automatiquement on associe le mot «plaie». Alors, je n'irai pas jusque-là.

Alors, vous me permettrez d'être moins virulente que vous. Diachylon.

Mme Maltais :

Ah! O.K. Bien, à Sault-au-Mouton, ma mère disait un «plasteur», un plasteur, du

bon vieux mot, de l'anglicisme «plaster», plâtre. C'était quand il

fermait avec du plâtre.

Mme Maltais : Un

plasteur, c'est un plasteur. Alors, voilà. Un plâtrage.

proposition ne... La loi ne nous satisfait toujours pas, mais, au moins — je pense que le collègue de la CAQ va

apprécier — au

moins on éliminerait un sujet de préoccupation des citoyens.

Le Président (M. Ouellette) :

Mme la ministre.

Mme Vallée :

M. le Président, je remercie la collègue pour son amendement. La seule chose...

Il pourrait y avoir... On a

réfléchi... Je rembobine. On avait réfléchi à la possibilité d'inclure ce type

de référence lors des échanges que nous avions eus en février. Parce qu'en février je crois que la collègue de

Taschereau avait aussi soulevé ces préoccupations quant à l'utilisation du mécanisme mis en place

pour venir brimer l'expression d'un artiste, par exemple. Et, à

l'article 2... Parce que notre

collègue, tout à l'heure, nous disait : À l'article 1, on ne dit pas

ce que la loi ne vise pas. Mais, justement, l'article 2 prévoit — un jour on va y arriver, je demeure

optimiste : «Ces interdictions n'ont pas pour objet de limiter la

diffusion du discours aux fins d'information légitime du public.»

Bien, en fait, je vais vous le lire : «Il

est interdit de tenir ou de diffuser un discours visé à l'article 1.

«Il est également interdit d'agir de manière à

ce que de tels actes soient posés.

«Ces

interdictions n'ont pas pour objet de limiter la diffusion du discours aux fins

d'information légitime du public.»

Et ça, ça

visait notamment le droit à l'information. Et, à l'article 2, il pourrait y avoir lieu d'inclure les

références à l'effet que la loi n'a pas

comme objectif de décourager la tenue de propos notamment

à des fins satiriques — en

fait, je pense que c'était le

contexte dans lequel on avait eu nos discussions — à des

fins satiriques, artistiques ou dans le cadre d'une critique, ce qui pourrait être une critique notamment

de nos amis les éditorialistes qui émettent des critiques. C'est leur travail. Il ne faut pas voir dans ce travail

l'expression d'un discours de haine. Et là, bon, c'est certain qu'il pourrait y

avoir lieu de travailler le texte, là, mais

l'objectif était sensiblement le même, c'est-à-dire : il y a des choses

très claires que le projet de loi ne vise pas.

Et on ne veut

pas mettre un frein à l'information du public. C'est certain... Et c'est

important de retenir ce que la Cour

suprême nous disait, qu'«il peut [y] arriver que les écrits et les discours

visant à "ridiculiser" les membres d'un groupe protégé franchissent la limite de l'humour ou de

la satire et risquent d'exposer la personne à la détestation et à la

diffamation pour [le] motif de discrimination interdit». Ça se peut.

Et là, quand

je pense aux fins artistiques, je pense à ce charmant personnage qui est

Roosh V et qui, sous des allures de

blogueur... et même certains protagonistes qui utilisent le slam ou la chanson

pour inciter à la violence envers les femmes, notamment, bien, évidemment, il faut quand même être conscient que

certaines personnes tentent d'utiliser des moyens artistiques pour venir

détourner... Mais bon. Dieudonné, en France, par exemple, qui est un autre bel

exemple.

Mais les tribunaux seront toujours là pour venir

déterminer ce qui en est. Mais c'est clair qu'il est possible de l'inscrire, mais, je vous dirais, à

l'article 2. Et là, pour ce qui est du texte, M. le Président, on pourra

avoir une discussion, là. Mais il est

clair, et je le mentionnais tout à l'heure, il est clair que, lorsqu'on encadre

le discours de haine puis le discours haineux,

c'est pour protéger les personnes, c'est pour protéger les groupes, et ce n'est

certainement pas pour protéger des convictions, pour protéger des

idéologies ou des religions particulières. Ça, c'est clair.

Le Président (M. Ouellette) :

M. le député de Richelieu.

M. Rochon : Oui. Merci, M. le Président. Bon, je vais y aller

d'un commentaire, là, un peu léger, pour donner dans la veine de tout à

l'heure. Vous savez, au Parti québécois, nous sommes des spécialistes de

l'article 1, hein? Oui. Et l'article 1

d'un projet de loi, c'est comme l'article 1 d'un programme : c'est le

plus important, celui qui annonce la suite, M. le Président, ce pour quoi nous insistons pour retrouver l'amendement

de ma collègue à l'article 1 du projet de loi.

Je veux

d'ailleurs la féliciter, la saluer. Je lui rends la pareille. Elle l'a fait

concernant certains de mes amendements et

sous-amendements. Je veux lui dire que je trouve celui-là particulièrement

pertinent et s'inscrivant bien dans les réserves que nous avons énoncées ici depuis le début de l'étude de ce projet de

loi, alors, qu'aux fins de l'application de la présente loi ne soient pas considérées comme des discours

haineux au sens du troisième alinéa la critique d'un dogme ou d'une

croyance religieuse, la critique d'une idéologie ou d'un courant politique et

l'expression d'une oeuvre artistique.

Personne

n'ayant entendu, lu une critique, critique d'un dogme ou d'une croyance

religieuse, d'une idéologie ou d'un

courant politique ne pourrait dès lors s'adresser au bureau des plaintes, là,

de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse pour dire : Hé! cette critique-là, là,

en vertu de la loi n° 59, là, ça n'a pas lieu d'être. C'est déjà une avancée, mais c'est vrai que ça ne demeure

qu'un diachylon, là, qu'un plasteur, comme dirait la mère de la députée

de Taschereau, que d'un baume, propose la

ministre, sur la plaie. Ça, c'est moins heureux, parce que loin de moi l'idée

de considérer le projet de loi, de qualifier le projet de loi n° 59 de

«plaie». Ce ne serait pas très parlementaire, quoique certains donnent l'impression de le considérer comme tel. Pas moi,

certains. Ils ne nous l'écrivent pas comme ça, là, mais, par exemple, Yves Boisvert, dans La Presse ,

là : «Les limites actuelles [...] et je ne vois pas pourquoi on enverrait

à une commission déjà empêtrée dans

les délais le soin de faire des enquêtes qui relèvent de la police.» «Les

limites actuelles suffisent», voilà

le verbe qu'il me manquait. «Les limites actuelles suffisent.» Il faut mener,

écrit-il, d'intenses recherches pour trouver quelqu'un quelque part qui

applaudit ce projet de loi.

Denise

Bombardier n'en est pas :«La liberté d'expression — vous parliez de Denise Bombardier

tantôt — si

vantée [...] qu'elle est brandie comme

l'étendard de nos valeurs démocratiques se voit fragilisée — écrit-elle — par ce fumeux projet de loi n° 59 — l'adjectif, l'épithète est belle,

là. En fait, dans le contexte occidental actuel, c'est à la défense

de la liberté d'expression qu'il faut se consacrer.

«L'exagération,

la caricature, l'outrance verbale, la grossièreté, l'obscénité, ces formes peu

recommandables de l'expression humaine doivent avoir droit de cité — que

cela plaise ou non.

«C'est par la pédagogie à travers la

transmission de la culture et de la lutte contre les préjugés que l'on améliorera — par la pédagogie — le climat social et que l'on élèvera les

débats sur des thèmes délicats et explosifs par ailleurs.

«Nos lois

protègent déjà contre les propos haineux et l'appel à la violence. Le projet de

loi n° 59 veut plutôt distraire ou faire silence sur le fait que le

terme "islamophobie" dont usent les libéraux à l'endroit des gens qui

critiquent le radicalisme islamique est une prise de position pour enfermer la

parole libre.»

Elle a de

belles formules, Mme Bombardier, hein? «Une prise de position pour

enfermer la parole libre.» Il faut se

garder de faire ça, M. le Président, se garder à tout prix de faire ça. Et

l'amendement de ma collègue de Taschereau va dans ce sens-là, rétrécit

le cadre d'application du projet de loi n° 59 pour en soustraire la

critique d'un dogme, ou d'une croyance religieuse, d'une idéologie, ou d'un

courant politique, et en soustraire également l'expression d'une oeuvre artistique. Alors, moi, je ne peux qu'appuyer avec

enthousiasme la proposition de ma collègue. Et je réitère encore une

fois qu'à mon sens il serait bien mieux de retrouver cela à l'article 1 du

projet de loi et pas à un

article plus loin.

Le Président (M. Ouellette) :

Mme la députée de Taschereau... Oh! excusez. M. le député de Blainville.

M. Laframboise : Bien, merci,

M. le Président. D'abord, le député de Richelieu a raison : un

article 1, on est pognés avec tout le

temps, là, comme ils le sont avec leur

article 1. Mais c'est une image,

mais, quand même, c'est vrai, là, dans

le sens où l'article 1, qui est l'entrée du projet de loi, là, puis qui

nous donne le cadre pour tout le reste, là, c'est important.

Donc, l'amendement qui est déposé par

l'opposition officielle, même si ce n'est pas parfait... Parce que, j'en conviens, quand on parle de «l'expression d'une

oeuvre artistique», il faut faire attention, là, parce qu'il ne faudrait

pas qu'il y ait des imams qui décident de

faire avec leurs discours haineux une oeuvre artistique, là. On aurait un

méchant problème, là. Mais c'est quand même... ce qui est déposé là, c'est

mieux que ce qu'on a dans le texte.

Puis je vous

reviens, M. le Président, à la main que je tendais à la ministre. Vous avez

bien expliqué qu'il y avait eu un

débat par rapport à la deuxième ligne du premier paragraphe de

l'article 1. Mais c'est encore important. Le problème du projet de

loi, c'est qu'il est trop large par son texte. Je comprends qu'on y a

ajouté : «Y compris dans un contexte d'endoctrinement

ou de radicalisation». On a voté pour. Puis vous avez raison parce qu'on...

c'est mieux que c'était, mais ce n'est

pas ça qui aurait été l'idéal, ça aurait été qu'on concentre le projet de

loi sur l'endoctrinement et la

radicalisation. Ce n'est pas ça que la ministre veut faire.

Donc, encore une fois, on va donner notre appui à cet amendement qui est déposé par l'opposition officielle. Même s'il n'est pas parfait, c'est mieux

que le texte qu'on a présentement.

Président (M. Ouellette) : Merci, M. le député de Blainville. Sûrement que, Mme

la députée de Taschereau, vous

allez avoir des commentaires sur les remarques de la ministre aussi.

Mme Maltais : Oui, M.

le Président. Je vais essayer de...

Si je résume bien, là, ce qu'on se dit, il y a quelque chose d'intéressant là. La ministre dit : Sur le fond, ça peut être intéressant, ce n'est pas... le mauvais endroit. Alors, je comprends bien qu'on débat non pas sur le fond... Parce que moi aussi, je sais

que cet amendement est perfectible, nous n'irons pas jusqu'à

proposer des sous-amendements, mais il est perfectible, on s'entend, là. En

fait, on a pondu ça un peu en cherchant à mieux délimiter les contours de la loi. Puis, pour nous, l'important,

c'était qu'on se comprenne bien, comme on l'a fait à d'autres moments, puis qu'on cherche une solution.

La ministre nous a proposé d'amener des solutions, on en

cherche, on en propose.

Toutefois,

je vais vous dire pourquoi, puis là vraiment... pourquoi on le voit à l'article 1, nous. Donc,

sur le fond, on est d'accord,

en tout cas il est possible de trouver un consensus, c'est ça

que je comprends, ou même une unanimité sur cet amendement-là, mais la ministre n'est pas d'accord

pour le mettre dans l'article 1. Pourtant, l'article 1 est sur

l'objet de la loi. Alors, je veux bien comprendre, là, puis je vais avancer,

L'objet de la

loi est à l'article 1. Quand on dit : On n'a pas... et

puis j'utilise ses mots, alors : «La loi n'a pas pour objet d'empêcher la critique d'une idéologie, d'un

dogme», ça, je la crois, elle est de bonne foi. D'ailleurs, la bonne

foi, il faut la présumer dans les règlements. Mais on la présume, on la présume

véritablement. On n'est pas d'accord avec l'impact

de la loi, mais on présume. Je suis sûre qu'elle est de bonne foi. Maintenant,

l'article 1 dit, dès son troisième alinéa, à quoi la loi s'applique, qu'elle décrit le

discours haineux. Alors, je trouve normal que, dans la même loi...

le même article, pardon, on trouve l'application et ce à quoi ça ne s'applique pas. Je trouverais ça tout à fait normal, parce qu'on est sur la définition du discours haineux.

Et donc notre amendement parle bien de l'application de la loi et ce que ne

sont pas les discours haineux.

Dans le même

article : ce que sont les discours haineux, ce que ne sont pas les

discours haineux. Bien, je veux voir...

Nous, on avait construit ça comme ça. C'est possible de l'amener en 2, mais on

le voyait plus là. Alors, j'aimerais ça comprendre. Moi, j'aimerais ça avoir un petit peu d'arguments pour voir

s'il faudrait le passer au 2, parce

que moi, je le vois encore au

1, malgré ce qu'on nous dit, là. Mais je suis sûre qu'on peut trouver un

arrangement là-dessus.

Le Président (M. Ouellette) : Mme

la ministre.

Mme Vallée :

En fait, on ne peut pas tout mettre dans l'article 1, M. le Président. Il

y a une façon de rédiger, il y a une façon de rédiger les lois. Parfois, on

faisait des farces, on se disait : On va faire un gros

article 1 sans

alinéa. Alors, ça va être un gros

article 1 sans alinéa...

Mme Maltais : Ça changerait les

règles du jeu.

Mme Vallée : Un petit peu,

oui. Mais, bon, trêve de... Alors, par contre, l'article 2 parle des

interdictions, et évidemment il est quand

même important de le mentionner, et

c'est à cet endroit que pourrait s'inscrire, comme je vous disais, un texte qui pourrait, là — je

ne suis pas mariée avec mon texte — s'inspirer du texte de la collègue, et on

pourrait certainement travailler, là, un texte qui pourrait convenir à tous.

Mais, sincèrement, pour la fluidité législative, pour la cohésion, c'est un

concept qui s'inscrit davantage à l'article 2.

Le Président (M. Ouellette) : À

l'article 1... à l'article 2, oui, O.K.

Mme Vallée :

Parce que c'est vraiment... Dans le fond, notre

article 1 nous trace notre

carré de sable, alors, qui est

général, c'est la définition. Et l'article 2, bien, revient et nous indique ce qui n'est pas dans le

carré de sable, ce qui n'est pas

visé... ce qui est visé et ce qui n'est pas visé par le carré de sable. Alors,

c'est vraiment... Notre

article 1, c'est un article... C'est notre premier article, notre

objet de la loi.

Par la suite, on vient préciser ce qui n'est pas

visé par la loi, et il y aura les modalités plus tard, parce que... J'écoutais nos collègues faire référence à

certains... à l'encadrement, faire référence... par exemple, on a parlé tout à

l'heure des quérulents, les quérulents qui utilisent notre système judiciaire

de façon abusive. D'ailleurs, M. le Président, tout récemment, la Cour du Québec a mis en place un registre des quérulents,

puis ça va certainement interpeller les collègues parce que les dossiers

qui se retrouvent devant... Le Tribunal des droits de la personne est

touché par ce registre des quérulents. Parce

que le Tribunal des droits de la personne relève de la Cour du Québec, est un

tribunal qui est une division de la Cour du Québec. Et donc les

quérulents qui s'adresseront... mais qui pourraient s'adresser de façon

abusive, ultimement, pourraient aussi se

retrouver sur le registre des quérulents, comme on retrouve ceux et celles qui

utilisent la Cour du Québec, la chambre

civile de façon abusive, à l'encontre, par exemple, de leurs voisins. Et on

retrouve ce type de registre là également à la Cour supérieure. C'est un

petit aparté, mais les quérulents constituent un enjeu pour la magistrature, et

ce n'est pas toujours simple. Il y a des dispositions au code de procédure

maintenant, un registre des quérulents a été mis en place. Alors, ça pourra

répondre partiellement.

Mais il y a

aussi d'autres amendements qui vont venir toucher, là, la plainte, notamment à

rassurer... Et je tiens encore une fois à rassurer la collègue :

pas question d'avoir des plaintes complètement anonymes, là, on a modifié tout ça, il y a des modifications pour

éviter — et puis

on est conscients — que ce

véhicule-là soit utilisé à l'encontre même des objectifs de la loi.

Le Président (M. Ouellette) :

M. le député de Richelieu.

M. Rochon : Oui. Tout aussi sincèrement, M. le Président, et

tout autant par cohésion, par volonté de cohésion, je maintiens mon point de vue à l'effet qu'il faille

qu'apparaisse cet amendement à l'article 1 du projet de loi. Et ma

collègue de Taschereau a expliqué pourquoi tantôt de façon bien, bien claire.

La définition

est là, à l'article 1 : «Est un discours haineux, un discours visé au

deuxième alinéa qui, de l'avis d'une personne raisonnable, est d'une

virulence ou d'un extrême tel qu'il expose ce groupe au rejet, à la détestation

[...] au dénigrement notamment pour que ce groupe soit perçu comme étant

illégitime, dangereux ou ignoble.»

Alors, nous,

on ajoute immédiatement après, dans le même

article : «Aux fins

d'application de la présente loi, ne sont

pas des discours haineux au sens du troisième alinéa — alors, on continue à décrire le discours

haineux par ce qui ne sont pas — la critique d'un dogme ou d'une croyance

religieuse; la critique d'une idéologie ou d'un courant politique;

l'expression d'une oeuvre artistique.»

Et il nous

apparaît très, très, très important de dire que ça, ce ne sont pas des discours

haineux. Alors, pour marquer l'importance, il faut que ça se retrouve

collé sur la définition, à l'article 1, du discours haineux. Ça ne peut

être relégué à l'article 2, où ça

aurait beaucoup moins d'importance, ce serait davantage accessoire. On définit

ce qu'est le discours haineux

d'entrée de jeu, dans le projet de loi, et, dans l'article second,

accessoirement on définit ce qu'il n'est pas. Il me semble que c'est

envoyer... c'est mettre les gens sur une mauvaise piste.

Alors, il serait beaucoup plus clair que toute

la définition du discours haineux se retrouve au même endroit, à

l'article 1 du projet de loi n° 59.

Le Président (M. Ouellette) :

Commentaires, Mme la députée de Taschereau?

Mme Maltais : La

ministre...

Le Président (M. Ouellette) :

Mme la ministre.

Mme Maltais :

Parce que «commentaires», d'habitude, ça s'adresse à vous. Moi, c'est des

questions.

Mme Vallée : Non, non, on

échangeait justement sur la discussion.

Le Président (M. Ouellette) : Non, mais je sais que vous continuez votre

réflexion, je continue la mienne, moi aussi. Mme la députée de

Taschereau.

Maltais : O.K. Merci. Donc, je comprends qu'il y a des arguments de la

ministre, que j'entends bien, O.K., auxquels

on est en train de réfléchir aussi, mais il y a des arguments que je ne prends

pas, c'est-à-dire que je ne les prends pas

dans le sens où je ne les considère pas comme pertinents. Pas «je ne les

prends pas!» Je ne les prends pas, là. Ce n'est pas personnel ni émotif,

excusez-moi.

M. Rochon :

Ça n'a pas un effet sur vous ou le collègue...

Maltais :

Ça n'a pas un effet sur moi du tout, du tout.

M. Rochon :

Non, d'accord.

Mme Maltais :

Non, je prends ça assez froidement. C'est plus que...

Bon,

que l'alinéa 1... que l'article 1 soit là ou pas, là, je pense qu'il

n'y a personne qui va en mourir, là, ce n'est pas, pour moi, un argument de fond. Ce que j'essaie de comprendre, c'est

l'argument qui... la différence entre le 1 et le 2. Ça fait que je vais juste... C'est vraiment ça, là,

sur le 1, c'est l'objet. Nous, on considère que c'est l'objet, à quoi ça

s'applique.

Maintenant,

si je vais voir le 2 — puis j'essaie de bien le comprendre — le

chapitre II qui ouvre

l'article 2, c'est l'interdiction.

Or, c'est l'interdiction de tenir ou de diffuser. Or là, on est dans la

diffusion d'un discours. C'est pour ça que le troisième alinéa de l'article 2 dit : «Ces interdictions

n'ont pas pour objet de limiter la diffusion du discours aux fins

d'information légitime du public.» Donc, ça couvre les journalistes.

Mais

nous, on ne veut pas couvrir les journalistes ou seulement ça, là, ce n'est

pas... On n'est pas sur la diffusion, on

est sur le type de discours, on est sur la définition de base. C'est pour ça

qu'on l'avait mis là. Parce qu'on y a... Où est-ce que ça irait dans la

loi, on y a pensé. Mais là je ne comprends pas que ça soit collé sur les interdictions

et que ce soit collé aussi sur la diffusion.

C'est pour ça que notre mécanique nous amenait plus vers le 1. Alors, ça,

j'aimerais ça avoir un petit commentaire là-dessus. Nous, on a vu ça

comme ça : on a compris que 2, c'étaient les interdictions de la diffusion. C'était plus ça. Je ne sais pas si on

peut nous dire... mais c'est parce qu'il y a vraiment deux... C'est deux,

objet et interdictions. Ce n'est pas... Pour nous, ça fait

partie de l'objet.

Ça fait que...

Le Président (M. Ouellette) :

Je vais suspendre quelques minutes.

(Suspension de la séance à

17 h 33)

Le Président (M. Ouellette) : Nous reprenons les travaux de la commission.

Je vous rappelle qu'on est à l'étude de l'amendement proposé par Mme la députée de Taschereau aux fins d'ajouter un alinéa à l'article 1 proposé par l'article 1 du projet de loi.

Nous avons suspendu quelques

minutes parce que la présidence devait vérifier certaines informations dans la

jurisprudence parlementaire relativement aux discussions que Mme la ministre et

Mme la députée de Taschereau, accompagnées du député de Richelieu et du député

de Blainville, avaient relativement à l'amendement introduit par Mme la députée

de Taschereau. Mme la ministre, vous voulez ajouter certaines choses.

Mme Vallée : Oui, M. le Président. Nous avons eu des échanges. Cette suspension a permis d'échanger de

façon un petit peu plus informelle quant au texte. Comme je le

mentionnais, je ne suis pas contre l'esprit, l'objectif qui est visé

par l'amendement de la collègue. Alors, je crois qu'il y a une formulation, peut-être,

sur laquelle on devrait s'entendre, sur laquelle on devrait travailler, mais on avait déjà, dès février, commencé à

travailler une proposition d'amendement. Donc, notre

collègue dépose un projet d'amendement. Nous jugeons

qu'il est peut-être plus opportun d'inscrire ce concept-là à l'article

2 et de voir à assurer un libellé qui

permettra, là, de bien cerner l'ensemble de la question, et ce sur quoi les légistes travaillent.

Donc, aujourd'hui,

cet amendement-là, pour moi, je ne peux pas l'accepter à ce moment-ci, c'est-à-dire

à l'article 1, mais, l'esprit, on pourrait le retrouver à l'article 2. Donc, ce n'est pas, là, de dire : Je suis contre la proposition

d'amendement qu'a déposée notre collègue de Taschereau, c'est simplement une question

d'endroit. Et, au niveau de...

Quant à la rédaction, on avait un texte qui était quelque peu différent. Donc,

il faudra voir, là, à échanger entre nous pour convenir d'une formulation qui

conviendrait.

je regarde la députée de Taschereau, mais je suis persuadée... et notre

collègue de la CAQ également, là, fera

partie

des échanges, des communications, parce qu'ultimement... Et je l'ai mentionné,

ce travail, le travail qu'on fait, c'est un grand travail d'équipe, et nos projets de loi sont bonifiés grâce aux

interventions de chacun et chacune d'entre nous.

Le Président (M.

Ouellette) : Mme la députée de Taschereau.

Maltais : M. le Président, alors, nous avons proposé cet amendement

qui permet d'éviter que la critique d'une religion, d'une idéologie...

ou qu'une oeuvre d'art, tout simplement, puisse être considérée comme un

discours haineux, et

ce que je comprends, c'est que l'idée a déjà fait son chemin. Au fil des

discussions qu'on a eues, il y avait déjà des réflexions du côté du

gouvernement.

Alors,

nous, on considère encore, très honnêtement, que c'est à l'article 1 que

ça devrait aller. Ça, c'est vraiment notre

opinion, c'est pour ça qu'on l'a déposé là. Mais maintenant, devant ce que je

dirais une obligation de résultat qu'on a, collectivement, d'avoir la meilleure loi possible, nous allons

accommoder les choses pour être sûrs que l'esprit de cet amendement se

retrouve finalement dans la loi.

Donc,

même si nous considérons que c'est à l'article 1 que ça devrait aller, je

vais proposer de retirer l'amendement pour être sûre de ne pas nuire,

étant donné notre technique, à... d'abord ne pas nuire, et de pouvoir le

retrouver à l'article 2. On aura des

discussions sur le libellé à ce moment-là. Alors, je propose... je suggère de

retirer l'amendement que nous avions proposé.

Le Président (M.

Ouellette) : Et de s'assurer que la poursuite de l'article par

article

pourra se faire dans la recevabilité de nos amendements aussi.

Le Président (M.

Ouellette) : M. le député de Blainville.

M. Laframboise : Oui. Juste avant qu'on passe au vote sur le retrait de l'amendement,

juste faire une petite exégèse de

pourquoi, là, cette motion a été déposée à l'article 1. C'est parce

qu'évidemment l'article 1, pour plusieurs intervenants... quant à nous puis plusieurs intervenants qui sont

comparus devant la commission, est trop large. Donc, compte tenu qu'il

est trop large et que des citoyens se sentiraient lésés par cet article-là,

l'objectif...

Puis

je comprenais que l'amendement qui était déposé par l'opposition officielle,

c'était de resserrer. Puis, quand on resserre,

bien... «Aux fins de l'application de la présente loi, ne sont pas des discours

haineux [...] la critique d'un dogme ou d'une croyance religieuse, la

critique d'une idéologie ou d'un courant politique, l'expression d'une oeuvre

d'art artistique», nous, on s'était dit que

c'était à l'article 1 qu'on aurait dû le voir, on pourra se rallier. Par

contre, on a émis des réserves par rapport à «l'expression d'une oeuvre

artistique». Ce qu'on ne veut pas, c'est qu'un imam puisse se défendre en disant : Bien, mon discours,

finalement, considérez-le comme étant une oeuvre d'art, et tout ça, là. Donc,

on ne voudrait pas se ramasser dans ça, donc il faudra bonifier.

Je suis conscient que la ministre veut se donner

du temps pour essayer de travailler avec les oppositions pour avoir un texte

qui pourrait, à l'article 2, encadrer tout ça. Mais je réitère toujours ma

main tendue à la ministre pour dire que la deuxième ligne de l'article 1 aurait pu aussi servir à

recadrer, recentrer le texte de cette loi-là ou, en tout cas, de ce premier

article.

Donc, évidemment, compte tenu des discussions

qu'il y a eu tantôt, comme vous l'avez dit, M. le Président, à huis clos, je vais donner notre... en tout cas, nous

allons donner notre accord à

Document details

CollectionQuebec — Committees
CitationCI 2016-03-24
Typecommittee
Volume / chapterfr travaux-parlementaires commissions ci-41-1 journal-debats CI-160324
Languageen
Formathtml
SourcePROVINCIAL
Identifier7aa1f1b6c415f08b1e7a669fd746227bd0c82022

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