CRC — 26 October 2017 (41st Legislature, 1st Session)
CRC 2017-10-26
Quebec — Committees
La mission
d'un ordre étant la protection du public, notamment en contribuant au développement des services de qualité
offerts à la population, nous accueillons favorablement les ajouts
touchant la qualité de la prestation des services de garde.
Sachant que la qualité de ces services est souvent très variable, ce qui est
souligné par plusieurs auteurs, nous sommes très préoccupés de l'impact de ces écarts, surtout pour les clientèles
les plus vulnérables. La fréquentation d'un service de garde de
qualité influence positivement et à long terme le développement des enfants, tout particulièrement ceux provenant de milieux socioéconomiquement défavorisés. Le processus
d'évaluation et d'amélioration de la
qualité prévu au projet de loi deviendra donc un facteur positif dans la
trajectoire de développement de ces enfants.
Concernant les obligations du prestataire du
service de garde d'assurer la santé, la sécurité et le bien-être des enfants, l'ajout dans la loi de l'interdiction
d'adopter toute façon de faire ou attitude inappropriée susceptible
d'humilier l'enfant ou de porter atteinte à
sa dignité nous semble des plus justifiés. L'usage de mesures préjudiciables
pour l'enfant peut avoir des conséquences néfastes
sur le développement de celui-ci, tout particulièrement sur les aspects
affectifs et émotionnels.
Bien qu'en
accord avec les principales dispositions du projet de loi, l'ordre souhaite
formuler certaines recommandations reliées à notre mandat de protection
du public ainsi qu'à notre expertise concernant les enfants vulnérables. Comme
mentionné plus tôt, nous sommes favorables à la disposition touchant la
réussite éducative et la transition vers l'école.
L'importance d'intervenir tôt chez les jeunes enfants afin d'influencer
positivement leurs trajectoires développementale,
scolaire et sociale est bien connue, particulièrement pour les enfants
vulnérables. Par ailleurs, la qualité de
la transition vers l'école aura un effet sur l'adaptation au milieu scolaire,
tant sur le plan des apprentissages que sur celui de la socialisation.
Nous croyons donc qu'il serait nécessaire que le ministère propose aux services
de garde des objectifs clairs et des pistes
d'action concrètes, autant pour favoriser la réussite éducative que la
transition vers l'école, incluant des mesures particulières répondant
aux besoins des enfants plus vulnérables.
Comme je l'ai souligné précédemment, l'ordre
salue la disposition concernant le processus d'évaluation et d'amélioration de la qualité des services de garde
annoncée dans le projet de loi. L'ordre aurait cependant souhaité que le
ministère prévoie des évaluations de la qualité basées sur les meilleures
pratiques, à une fréquence prédéterminée, en plus
de celles sur demande du ministre. Nous considérons toutefois que le mécanisme
d'évaluation de la qualité ne doit pas se
limiter à la surveillance. Les services de garde ayant besoin d'accompagnement
doivent être soutenus par le biais d'offres de formation, mais encore
plus par la mise en place de modalités d'accompagnement reconnues plus
efficaces.
Nous trouvons
primordial que les services de garde puissent accueillir des enfants ayant des
besoins particuliers et qu'ils soient
soutenus pour le faire. L'inclusion des enfants ayant des besoins particuliers
doit, selon l'ordre, représenter un axe d'intervention prioritaire pour
les services de garde et le ministère. Un ajout au projet de loi en ce sens
viendrait identifier clairement les attentes
du gouvernement à cet égard. Nous croyons que des orientations, un guide
d'intégration ainsi que des ressources
spécialisées pour soutenir les responsables des services de garde qui intègrent
des enfants ayant des besoins particuliers devraient être mis en place
afin de soutenir cette vision.
Nous souhaitons maintenant aborder la question
de l'encadrement des situations d'expulsion. La décision d'expulser un enfant est lourde de conséquences
dans la vie de cet enfant et de sa famille, particulièrement si ceux-ci
sont vulnérables. Bien que le règlement sur
les services de garde éducatifs à l'enfance prévoie que les centres de la
petite enfance et les garderies doivent avoir une politique d'admission
et d'expulsion des enfants et que le ministère mette à leur disposition une fiche de référence à cet effet,
nous croyons que le projet de loi devrait également inclure un
article en
ce sens. De plus, nos pensons qu'il est
également primordial d'agir en prévention pour éviter d'en arriver à expulser
des enfants des services de garde.
Une meilleure compréhension des conditions qui amènent un service de garde à
envisager l'expulsion d'un enfant permettrait, dans bien des situations,
d'éviter d'en arriver à cette solution extrême. Il nous semble donc pertinent
d'ajouter des mesures visant à prévenir et encadrer les expulsions.
Nous demeurons préoccupés des mesures générales
de soutien et de formation continue destinées aux intervenants qui accueillent des enfants vulnérables en services de
garde. Que ce soit pour l'inclusion
d'enfants ayant des besoins
particuliers ou pour prévenir les expulsions, l'importance d'avoir accès à des
ressources spécialisées demeure un enjeu
prioritaire. Nous considérons important que des professionnels puissent soutenir ces
intervenants et l'ordre espère que de
telles mesures seront prévues par le ministère. Ce soutien existe dans certains
cas, particulièrement lorsque l'enfant a reçu un diagnostic précoce et qu'il bénéficie de services du réseau de
la santé et des services sociaux, mais il demeure toutefois limité et ne
comble souvent pas l'ensemble des besoins des services de garde pour soutenir
l'inclusion.
Nous croyons également qu'il est nécessaire de
prévoir des actions qui continueront d'appuyer le travail intersectoriel lors de l'inclusion d'un enfant
ayant des besoins particuliers en services
de garde, notamment
en consolidant la collaboration avec les établissements de santé et des services sociaux et les milieux de garde sans négliger évidemment
le soutien aux parents.
Considérant ce qui précède, l'ordre recommande
au ministère de prévoir le développement d'un réseau de professionnels dédiés, composé notamment de psychoéducateurs, dont la
mission serait d'offrir du soutien aux services de garde et
aux familles qui ne bénéficient pas déjà d'un tel soutien à travers les réseaux
existants. Les psychoéducateurs étant formés
pour intervenir auprès des personnes aux prises avec des difficultés
d'adaptation, leur présence serait donc pertinente pour soutenir les services
de garde et les familles, notamment lorsque des difficultés se présentent dans
le processus d'inclusion et pour préparer la transition vers l'école.
Pour
conclure, nous tenons à saluer l'intention du gouvernement, avec le dépôt du
projet de loi n° 143, d'apporter des mesures législatives visant à la réussite éducative et l'amélioration de la qualité des
services de garde ainsi qu'à assurer encore
davantage la santé, la sécurité et le bien-être des enfants fréquentant ces
milieux. Nous sommes heureux d'avoir eu l'occasion de contribuer aux travaux en lien avec ce projet de loi et
nous espérons que nos réflexions seront utiles aux membres de la
commission. Merci.
Président (M. Matte) : Je vous remercie pour votre exposé, c'était
bien clair. M. le ministre, je vous invite à débuter la période
d'échange.
M. Fortin
(Sherbrooke) : Très bien. Merci beaucoup, M. le Président. Alors, on
amorce aujourd'hui notre dernière journée de consultations sur le projet
de loi n° 143. Merci à vous de vous être déplacés pour vos
recommandations, vos observations sur ce projet de loi, je pense, qui est très
important pour l'avenir des services de garde au Québec.
Beaucoup
d'éléments très intéressants dans votre mémoire. Un peu à l'instar de certains
groupes que nous avons entendus hier,
vous nous mettez en garde contre la scolarisation précoce des enfants. Je pense
que vous saluez par contre le fait
que l'on souhaite introduire la notion de réussite éducative dans le projet de
loi, mais en même temps de préserver ce rythme de développement des enfants. Et je peux
vous assurer que c'est véritablement l'intention du gouvernement. En
même temps, ce que l'on souhaite, c'est de favoriser la transition vers l'école
pour que ces jeunes-là, ces enfants-là puissent
bien réussir lorsqu'ils feront leur admission dans les écoles primaires du
Québec. Mais quelle devraient être, selon vous, les paramètres qu'on
devrait garder en tête pour vraiment éviter de tomber dans une scolarisation
précoce?
M. Leclerc
(Denis) : Bien, avant de donner la parole à Mme Harguindéguy-Lincourt,
qui pourra compléter, évidemment, il existe
déjà des réflexions, qui ont été importantes, qui ont été faites au niveau des
programmes des services de garde,
notamment les programmes des CPE, mais qui sont plus larges, qui donnent
plusieurs balises à ce sens. Nous, ce
qui est important pour nous, c'est de garder en tête que la période de la
petite enfance, c'est une période courte mais en même temps constituée d'énormes changements, et chacune de ces
étapes-là, entre un enfant de deux ans et un enfant de trois ans, ça a beau être seulement une année,
déjà il y a des besoins en termes de préparation dans un continuum de
réussite éducative et d'éducation, déjà avec
des besoins différents. Donc, il y a vraiment quelque chose qui est important,
mais toujours en gardant à l'idée qu'on
n'est pas dans la scolarisation trop précoce, comme, bon, vous le dites, mais
plus dans un continuum. J'inviterais
Mme Harguindéguy-Lincourt, pour qui cette expertise-là est plus la sienne,
peut-être de continuer pour compléter la réponse.
Harguindéguy-Lincourt (Marie-Christine) : En fait, je pense qu'il y a
deux choses qu'on peut garder en tête
pour s'assurer d'avoir des bonnes balises, c'est-à-dire s'assurer qu'on propose
aux enfants des choses qui conviennent à leur façon d'apprendre. Et comment on apprend entre zéro et cinq ans?
C'est principalement par le jeu. Donc, la façon d'apprendre des choses peut nous guider pour éviter d'être dans une
scolarisation précoce. Je pense aussi qu'il faut tenir compte d'où sont rendus les enfants dans leur
développement et dans leurs intérêts. Donc, si un enfant a un intérêt pour les chiffres et lettres, pourquoi ne pas aller vers ça? Mais, si son intérêt
est ailleurs, je ne pense pas qu'il faut s'en tenir à quelque chose qui est rattaché à des apprentissages qu'ils
feront plus tard à l'école. Il y a des bases qu'ils pourront apprendre, qui sont là, qui sont solides et qui permettront plus
tard de faire ces apprentissages-là. Donc, je pense qu'il faut se
concentrer sur le développement de l'enfant,
sur leurs intérêts, et c'est là qu'on va s'assurer d'avoir mis en place ce
qu'il faut pour qu'ils apprennent bien sans tomber dans une
scolarisation précoce.
M. Fortin
(Sherbrooke) : Très bien. Alors, évidemment, lorsqu'on parle de
transition vers l'école, il y a la préparation
des enfants en soi, mais on a abordé également hier la question de la communication entre les services de
garde et le milieu scolaire, comment on peut faire suivre l'information sur le
cheminement des enfants. Il peut y avoir des outils
de communication à mettre en place pour faciliter cette transition-là. Donc, la
proposition, hier, elle n'est pas dans le projet de loi, mais c'est quelque chose que nous avons testé avec certains groupes. Ça a été bien accueilli.
Mais on nous met en garde d'éviter de
stigmatiser les enfants, également. Par exemple, il pourrait peut-être
y avoir un risque avec un dossier standardisé des enfants. Mais en même
temps tout le monde convient que c'est important qu'il y ait davantage de communication entre les services de garde et le
milieu scolaire. Alors, est-ce que vous estimez également qu'il y a un
risque de stigmatisation si on met en pla