Agriculture, Fisheries, Energy and Natural Resources — 16 November 2016 (41st Legislature, 1st Session)
CAPERN 2016-11-16
Quebec — Committees
Je vais
expliquer aux gens qui nous écoutent, M.
le Président, encore une fois pourquoi nous sommes sur l'article 5 depuis
maintenant, on me dit, cinq jours. Je ne sais pas ça fait
combien d'heures, mais ça fait beaucoup d'heures pour un article. Bon, remarquez que ce n'est pas un record ici, à l'Assemblée nationale, là, et on ne vise pas de battre de record
non plus. Mais je vais expliquer, M. le Président, comme je l'ai fait un peu hier, pourquoi nous sommes sur l'article 5
depuis aussi longtemps.
Nous avons
remarqué dès le départ... dès le dépôt du projet de loi du gouvernement, nous avons remarqué que l'article 5, qui ni plus ni moins sert
d'exutoire, si on peut dire ça comme ça, pour y inscrire les définitions de
termes qui vont permettre, d'une
certaine façon, de mieux comprendre et de baliser l'ensemble
du projet de loi et, évidemment, les règlements qui pourraient s'y attacher et qui s'y
attacheront si le projet de loi est un jour adopté, M. le Président... donc, on a remarqué dès le départ qu'il y avait très peu de définitions. Et on
a entendu le ministre nous dire qu'il ne voulait pas en mettre trop. On a dit : Bon, O.K., on va
vérifier ailleurs dans le monde, dans les autres États limitrophes du Québec,
puis on s'est aperçus qu'entre autres, au
Manitoba, on a 75 définitions à l'article 1 d'un projet de
loi sur
les hydrocarbures — il
ne s'appelle pas directement
«hydrocarbures», mais, bon, un projet de loi qui traite des hydrocarbures — il y a 75 définitions, alors que nous, on se limite à 12, 13 ou 14. Et
donc, constatant cela, on s'est dit qu'à notre avis, pour bonifier le projet
de loi, il faudrait y ajouter quelques
définitions. On pensait que c'était correct, c'était logique de penser ça. On a
offert des termes à inscrire au niveau des définitions, des termes qu'il nous
semblait nécessaire d'être là, d'être dans le projet de loi, notamment le terme le plus occulté de cette
commission, M. le Président, parce qu'il y a à peu près juste nous ici, là, de
l'opposition officielle, qui osent prononcer
le mot «fracturation», mais, bon, ce terme-là, M. le Président, non seulement
il n'est pas dans les définitions, mais il n'en est pas non plus aucunement
mention dans le projet de loi.
Alors,
c'est sûr que ça nous a frappés beaucoup, lorsque le gouvernement a déposé ce
projet de loi là, notamment le fait
qu'il y avait peu de définitions qui s'y trouvaient, à l'article 5. Et on
a voulu bonifier pour aller dans le sens, encore une fois, je le dis, du Barreau du Québec, qui nous dit, d'une certaine
façon, qu'il faudrait s'assurer que le projet de loi puisse avoir une portée que l'on soit capables
d'imaginer ou qu'on soit capables d'anticiper. Et on sait que ce n'est pas ça,
la situation, actuellement. Le projet de loi
ne nous permet pas d'anticiper sa portée ou ses portées lorsque... si jamais il
est adopté, M. le Président.
On a même offert... bon, je ne sais plus combien
d'amendements on a déposés pour ajouter des définitions, 10, 12, 14, je n'ai
pas compté, là, je sais qu'il y en a eu beaucoup, d'amendements qui ont été
déposés à l'article 5, M. le Président.
Ah! Si vous voulez vérifier, ça m'aiderait. Je les ai ici, mais je ne veux pas
prendre trop de temps pour les chercher,
là. Donc, on a déposé plusieurs amendements. Encore là, c'est pour le bénéfice
des gens qui nous écoutent que je le
dis. On a déposé beaucoup d'amendements. Et on s'est aperçus, au fil du temps
qui passait, M. le Président, que le ministre
avait très, très, très peu d'ouverture à ce qu'on dépose des amendements sur l'article 5,
donc d'ajouter des définitions à
l'article 5. Quand on a vu ça, bien, on a proposé ni plus ni moins un
pacte, M. le Président, avec la
partie gouvernementale, d'ajouter tout
simplement quatre définitions ou cinq définitions, puis on s'entendrait sur
quatre, cinq mots, et puis on pourrait
passer à un autre article. Encore là, M. le Président, bien que je ne désespère
pas, mais j'avoue que je suis...
Oui, allez-y, M. le Président, je vous donne la
parole.
Président (M. Pagé) : Pour votre information, parce que vous
avez soulevé le cas, il y aurait eu 10 demandes d'amendement et
deux demandes de sous-amendement sur l'article 5.
Villeneuve : Quand même, je constate que c'est peu, hein, je
pensais qu'on en avait déposé plus que ça, mais...
Le Président (M. Pagé) : ...le
loisir d'en déposer d'autres, si jamais vous le souhaitez. Ça vous appartient.
Villeneuve : En déposer d'autres. Tout à fait, oui. Oui, oui.
Puis je constate un enthousiasme, là, je constate un enthousiasme, M. le Président, là, de certains
députés de la
partie gouvernementale quant au fait qu'on pourrait déposer
d'autres amendements.
M. le Président,
le dernier en titre, c'était sur la définition... c'était sur le bitumineux,
c'était — attendez
un petit peu que je le retrouve, là — le schiste bitumineux, M. le
Président, effectivement, une définition qu'on retrouve dans certaines lois
dans différents États.
Donc, M. le Président, pour revenir au propos de
mon intervention, au sens de mon intervention, c'était de dire que nous pensions, et nous le pensons toujours, que, dans l'esprit
du mémoire du Barreau, il est de notre devoir d'essayer de voir comment
on peut, par des amendements, par une bonification... et ça fonctionne par des amendements
qu'on pourrait déposer ou que le gouvernement pourrait déposer, donc, pour
tenter d'atteindre l'objectif que nous a fixé le Barreau du Québec, s'assurer que, comme législateurs,
on puisse faire en sorte que, le projet
de loi, on soit capables d'en mesurer la portée. Alors, c'est une tâche, M. le Président, à laquelle on va s'attarder encore et encore tout au long de l'étude
article par
article du projet de loi.
Maintenant, toujours pour le bénéfice des gens
qui nous écoutent, M. le Président, je l'ai dit hier, mais je sais qu'il y
a de nouveaux auditeurs assurément, aujourd'hui, qui écoutent la commission,
dire que, comme opposition,
bien sûr, on a
la, comment je pourrais dire ça... on peut tenter de convaincre du bien-fondé
d'un amendement, ou du bien-fondé
d'une orientation, ou du bien-fondé
d'une bonification à apporter au projet
de loi, c'est notre travail, M. le Président, on tente de le faire, on
tente de rester dans la limite, là, du très grand respect que l'on se porte les
uns et les autres ici, là. Mais, bien
évidemment, vous comprendrez que, lorsqu'il n'y a pas
d'ouverture, bien, on aura beau être le meilleur des orateurs, on aura
beau avoir les arguments les plus forts, on aura beau démonter l'argumentaire
adverse, on aura beau servir la rhétorique
qu'on voudra, M. le Président, si, de l'autre côté, il y a déjà une
situation qui est bien campée, et qu'il y a eu
ni plus ni moins, je dirais, un ordre de ne
pas déroger à cette orientation-là qui est bien campée, alors, on aura beau tout
faire, M. le Président... s'il n'y a
pas cette ouverture-là, s'il n'y a pas ce vouloir-là, bien, on aura beau
essayer, on n'y arrivera pas, on en est conscients.
Alors,
qu'est-ce qu'il nous reste pour pouvoir tenter d'infléchir le gouvernement dans une direction que nous, on
considère qui est... Présentement, là, on est sur une trajectoire, mais on ne sait
pas où on va atterrir, là. On sait qu'on est sur une trajectoire, on
file à grande vitesse, mais on ne sait pas où on va atterrir. Alors, qu'est-ce
qu'il nous reste, M. le Président, pour tenter de convaincre le gouvernement de bien vouloir infléchir leur position, bien, c'est le temps, c'est le temps. Alors, on espère qu'au fil du
temps, M. le Président... Parce qu'il y a l'article 5... Inévitablement et inexorablement le temps s'écoule, mais inévitablement nous
parviendrons au prochain article, l'article 6 ou, au bon vouloir de la commission, M. le Président... avec consentement, on peut faire n'importe quoi, donc on pourrait très bien passer à un autre article, autre que le 6. Ce
n'est pas nécessairement dans l'ordre établi dans le projet de loi, on peut
aller d'un
article à l'autre, avec consentement de l'ensemble des
membres de la commission.
Alors, M. le
Président, je veux rappeler aussi que ce n'est pas anodin, ce que l'on fait
comme première opposition, ce n'est
pas anodin dans le sens que, je l'ai dit hier et je vais le redire, on a le
premier ministre qui a dit qu'il n'y aurait pas de fracturation au Québec dans la vallée du Saint-Laurent, entre
autres, on a le ministre qui dit qu'il va y en avoir, mais ça va après
le court terme. Alors, on ne sait pas c'est quoi, le court terme. Il faudrait
peut-être le mettre dans les définitions
aussi, le court terme, ça nous donnerait une idée. Et on a le projet de loi qui
nous fait filer à vive allure sur une trajectoire,
mais on ne sait pas où, on ne connaît pas la destination. Et, moi, je me
rappelle, quand on avait commencé les travaux sur
le projet de loi, M. le Président, M. le ministre nous disait : Ah! bien,
on ne sait pas, eux autres, là, le Parti
québécois, là, ils se situent où dans le projet de loi. On aimerait bien ça y
répondre, M. le Président, mais le premier ministre dit une chose, le ministre dit autre chose, puis le projet de
loi, bien, on ne sait pas ce qu'il dit. Alors, je reviens un peu à ce
que je disais hier, mais c'est ça, la réalité, là. Comment voulez-vous que...
Alors là,
moi, je suis bien... j'avoue que je suis assez surpris de penser que les
parlementaires qui accompagnent le
ministre, de la
partie gouvernementale... Eux savent où ils s'en vont,
peut-être. Peut-être, peut-être. Mais, si eux le savent, grand bien leur fasse, M. le Président, si eux le
savent, où ils s'en vont, mais il faudrait qu'ils partagent l'information avec
nous.
M. le
Président, en plus de ce que je viens
de dire là, il faut se rappeler la déclaration du premier
ministre, qui parlait d'acceptabilité sociale. Je vais le dire et le
redire, et je le dirai, M. le
Président, tant qu'il faudra le dire,
on a tenté, nous, à l'article 1 du projet de loi, d'inclure «acceptabilité sociale». Je pense que les Québécois
tiennent beaucoup à cela, c'est important. Et ce n'est pas
juste moi qui le dis, M. le Président, il y a des spécialistes qui se sont penchés là-dessus
depuis très longtemps.
Il y a même un livre vert, je pense, que... M. le ministre nous annonçait
qu'au printemps peut-être qu'on aurait
plus... non pas plus d'information, mais à tout le moins un dépôt du ministre
par rapport, justement, là, à cet exercice-là qui a eu cours pour travailler un peu c'est quoi,
l'acceptabilité sociale, parce
qu'effectivement il faut prendre le temps de le définir, il faut prendre le temps de le regarder, ce n'est pas
quelque chose de simple. Mais il y a une chose qui est sûre, M. le Président, c'est que les Québécois, je vous
dirais, fondent beaucoup d'espoir sur ce principe-là qu'est l'acceptabilité
sociale, M. le Président. Je ne vous
apprendrai rien en vous disant que nous, ici, comme députés, nous sommes... au
niveau de la démocratie, c'est ce
qu'on appelle la démocratie représentative. Mais ce qu'il y a de plus fort
encore, ce qui est le socle, à mon
avis, de la démocratie, c'est la démocratie participative. Et qui dit
démocratie participative dit aussi, évidemment,
tous les principes qui peuvent s'y rattacher, notamment le principe
d'acceptabilité sociale. Ça, c'est, je pense, quelque chose, là, auquel
les Québécois tiennent beaucoup.
Et donc,
donc, M. le Président, à l'article 1, premier article, il y a quelques
semaines, premier article, on a déposé un amendement disant que ce serait le
fun qu'à l'article 1 on puisse lire «obligation d'acceptabilité sociale».
Bien, la CAQ a voté contre
l'acceptabilité sociale, M. le Président, et le Parti libéral a voté contre
l'acceptabilité sociale. C'est quand même
fascinant, quand on y pense, là. Et puis, bon, je sais que je l'ai dit hier,
mais je vais le redire, on a même proposé pratiquement un sous-amendement, pas de façon formelle, là, mais on l'a
dit quand même ouvertement, que, si on ne met pas «obligation», bien, est-ce qu'on peut au moins mettre «considérer»,
«considérer l'acceptabilité sociale», à l'article 1, ce qui a été
refusé.
Alors, M. le
Président, pour toutes ces raisons et beaucoup d'autres, vous comprendrez que
nous sommes dans une impasse, quant à
l'article 5, nous sommes dans une impasse où on n'arrive pas à s'entendre.
Est-ce que, M. le Président, cette
impasse dans laquelle nous sommes présentement est précurseure de la suite des
choses? Je ne le sais pas. Mais il y a une
chose que je sais pour l'avoir entendue de la bouche même, lors des auditions,
je pense que c'est en 2009‑2010, là, je
l'ai dit, ça aussi, hier, je vais le redire... les entreprises, M. le
Président, les entreprises, à l'époque, qui ont dit : Adoptez ce que vous voulez, mais entendez-vous. C'est ce
qu'ils nous ont dit, les entreprises. Pourquoi ils nous ont dit ça, M. le
Président? Bien, parce qu'il y a des
élections aux quatre ans. Dans les gouvernements minoritaires, des fois c'est
plus court, là, mais il y a des
élections aux quatre ans, ce qui veut dire que, si un gouvernement... On va
prendre un exemple, une hypothèse,
disons-le comme ça. On a un gouvernement, disons, au Québec, qui est un
gouvernement libéral qui est au pouvoir,
et il a une vision. Bien, d'ailleurs, il faut faire attention au mot «vision»,
parce que vous savez qu'une vision, c'est
un ensemble de points de vue. C'est important, ça. Une vision, c'est un
ensemble de points de vue. Si vous n'avez pas un ensemble de points de vue, vous n'avez pas de vision. Et, si vous
voulez obtenir un ensemble de points de vue, bien, ça vous prend plusieurs personnes ou à tout le moins plusieurs
courants de société. C'est ça, avoir une vision. Mais disons, pour la chose ce matin, là... disons qu'on
a un gouvernement, disons qu'il est libéral, qui est au pouvoir, et qu'il a
une vision qui n'est pas partagée, M. le
Président — donc on
va garder le mot «vision» quand même — qui n'est pas partagée, et il y a une élection, disons, en 2018 — je ne fabule pas trop, là — et puis disons que le gouvernement libéral
n'est pas réélu. Bon, qu'est-ce qui va arriver, M. le Président? Il va
arriver que...
M. Villeneuve : Pardon? Je
veux entendre, je n'ai pas compris.
Arcand :
Improbable.
M. Villeneuve : Ah! O.K. M.
le ministre, il me dit : Improbable. Oh!
Des voix : Ha, ha, ha!
Le Président (M. Pagé) : M.
le ministre, veuillez ne pas interrompre le député de Berthier.
Villeneuve : Non, non, ça va, ça va. Oui, bien, ça, M. le
Président, moi, je suis dans les hypothèses, là, hein?
Le Président (M. Pagé) : Vous
avez droit à vos visions, M. le député de Berthier. Alors, allez-y.
M. Villeneuve : Oui, merci.
Moi, je suis dans les hypothèses, mais...
Villeneuve : Oui,
mais, vous savez que l'avenir n'existe que par les rêves, M. le député de Dubuc. Si vous n'avez pas de rêves, là... Bon, je ne vous
dirai pas qui consulter.
M. le Président... Il ne faut pas me faire perdre le fil de mon intervention. C'était
le but recherché. M. le Président,
tout ça pour vous dire que...
Une voix : ...obligé de
recommencer au complet.
M. Villeneuve : Non,
non. Tout ça pour vous dire, M. le Président, que, si, en 2018, il y a un
changement de gouvernement, et là je ne fais pas de partisanerie, je ne vous
dis pas... je vous dis juste qu'il y a un changement de gouvernement, et qu'à l'époque où le gouvernement libéral était là il a
adopté le projet de loi que nous avons devant nous, et qu'il n'y avait pas, de la part des oppositions
ou de l'opposition... d'une opposition forte, un assentiment ou, à tout le
moins, une volonté d'aller de l'avant vers cela, bien, M. le Président, les
entreprises, là, elles n'aimeront pas ça, elles n'aimeront pas ça. Puis ce ne sera pas juste les entreprises gazières
qui n'aimeront pas ça, M. le... parce que, si le gouvernement actuel agit de cette façon-là dans plusieurs
dossiers, d'une certaine façon, c'est l'avenir qu'il hypothèque pour les
Québécois en général. Ce que je veux
dire, M. le Président, puis ça aussi, je l'ai déjà dit, mais je veux le
redire : On a présentement, les
Québécois... Puis c'est les Québécois, en passant, M. le ministre... M. le
Président, par votre entremise, je m'adresse au ministre, c'est les Québécois qui vont choisir en 2018. Alors, ce
qu'ils choisiront, hein, on verra. Puis on va accepter le choix qu'ils
feront, M. le Président, tout comme les Américains acceptent le choix qui a été
fait aux États-Unis, on accepte le choix
qu'ils ont fait aux États-Unis. M. le Président, les entreprises n'aimeront pas
ça. Et, si ça se répète dans d'autres
domaines de la société... Parce qu'on adopte des lois ici, au Parlement, qui
ont une incidence, évidemment, une incidence sur la suite des choses
dans la société.
Alors, je
veux le rappeler, M. le Président, on a présentement un gouvernement qui a été
élu par 29,66 % des voix, en chiffres absolus. Là, je ne parle pas
des gens qui se sont déplacés pour aller voter, là, je parle de la possibilité
de l'ensemble des électeurs
potentiels, là, qui auraient pu aller voter, là. Quand on regarde au final, là,
c'est 29,66 % des voix. Donc, on a un
gouvernement, actuellement, qui a une majorité... Tantôt, je parlais de
démocratie participative et je parlais de démocratie représentative. Donc, ce
que nous avons, M. le Président, actuellement, c'est un gouvernement qui a une majorité représentative, donc, au niveau de la députation.
Puis évidemment on le sait, le Parlement fonctionne par la majorité
représentative, donc... Mais, dans la...
Oui? M. le ministre veut intervenir tout de
suite? Bien, allons-y.
Le Président (M. Pagé) :
Merci, M. le...
M. Villeneuve : Est-ce
que c'est sur mon temps, M. le Président?
Le Président (M. Pagé) :
Non. Votre temps...
M. Villeneuve : O.K.,
d'accord. Il ne m'en reste pas beaucoup, là, c'est une denrée rare.
Président (M. Pagé) : Mais le ministre souhaitait déjà
réagir à un de vos propos. Alors, M. le ministre, allez-y.
Arcand : Bien, encore une
fois, M. le Président... Vous savez, l'opposition essaie toujours de nous
dépeindre comme étant, évidemment...
faisant la promotion des hydrocarbures, alors que la loi n° 106 fait
exactement le contraire et met des règles.
Deuxièmement,
l'opposition essaie depuis hier de dire, évidemment, que le premier ministre et
moi sommes en désaccord. Il y a un
article ici de Régys Caron où il déclare que le premier ministre, dans une
déclaration qu'il a faite ce matin à Marrakech, dit essentiellement la même
chose que moi : «Le premier ministre se dit en parfait accord avec son
ministre de l'Énergie...» Et, encore une
fois, il a dit : «Nous, on ne gouverne pas par moratoire.» Il a dit qu'il
n'y aurait pas de fracturation
hydraulique dans les basses terres du Saint-Laurent, etc. Le premier ministre
déclare ici : «Je dis la même chose que mon ministre. Contrairement à ce
que certains disent, il faut, dans la
loi sur la transition énergétique,
qu'il y ait l'encadrement des hydrocarbures,
parce qu'il n'y a aucun encadrement actuellement, et c'est littéralement le far
west, si vous me permettez l'expression.»
Alors, ça, ça vient de Marrakech, c'est le premier ministre qui a dit ça, dans
un premier temps.
Deuxièmement,
M. le Président, ça fait depuis 2010 que je suis impliqué de près ou de loin sur
ces questions-là, que ce soit à
l'Environnement ou au ministère de l'Énergie. Évidemment, le Parti québécois, à
l'époque... J'ai été, d'abord, le premier
à mettre un BAPE sur ces questions-là, ce qui a abouti d'ailleurs à une écoute
de la population via le BAPE, parce qu'évidemment
le BAPE a dit : Écoutez, vous devez faire des évaluations
environnementales stratégiques, vous devez procéder, et donc il y a eu un arrêt, si on veut, de l'exploitation, à
l'époque, suite... Donc, ça veut dire que nos institutions fonctionnent.
Ça veut dire que nos institutions fonctionnent, que notre règlement fonctionne.
Et je ne peux
m'empêcher, M. le Président... Hier soir, c'était la fête du député d'Abitibi-Ouest,
qui célébrait ses 40 ans, et je ne
pouvais m'empêcher de voir, en fait, trois premiers ministres du Parti québécois qui étaient là, le premier
ministre Bernard Landry qui était là, le premier ministre...
M. Landry qui était là, qui, lui, comme vous le savez... J'ai lu une de ses déclarations, en disant : Le
monde rêve de tourner le dos aux hydrocarbures, mais il faut être réaliste. Il
a même signé un
manifeste en disant qu'il fallait même exploiter nos hydrocarbures, au Québec.
Alors, ça, c'est le premier ministre
Landry. La première ministre,
Mme Marois, a signé l'entente sur Anticosti, a dit également qu'une des
façons d'enrichir les Québécois, c'était via l'exploitation des
hydrocarbures, ça, c'était la première ministre, Mme Marois, toujours,
bien sûr, dans le respect puis dans la lutte aux changements climatiques aussi.
Et évidemment il y avait M. Lucien Bouchard, qui évidemment était, à
l'époque, ouvert, qui a même été président de l'Association pétrolière et gazière, et qui, dans ses discours, je me
rappelle très bien, disait : Il faut encadrer cette industrie-là, au
Québec, on n'a pas le choix que
d'encadrer cette industrie-là, au Québec, si on veut que les Québécois se
sentent sécurisés. Alors, voilà trois
premiers ministres d'un parti qui n'est pas le mien qui ont fait des
déclarations relativement à la nécessité d'avoir un projet de loi, projet de loi n° 106. Et je
m'étonne encore de la position qu'adopte aujourd'hui le parti d'opposition, qui
a voté contre le principe. Et ça, je
trouve ça particulièrement sérieux. Qu'ils ne soient pas d'accord avec certains
articles, je peux comprendre, mais,
de voter contre le principe, je trouvais que c'était particulièrement sérieux
comme situation.
Alors,
c'est ce que je voulais dire par rapport à ce que le député de Berthier... Et
j'en fais appel, encore une fois, à la responsabilité
des parlementaires sur ces questions-là, qui sont des questions éminemment
complexes et des questions sur
lesquelles, évidemment, le gouvernement essaie de toutes les façons possibles
de maintenir, je dirais, d'abord un haut degré d'encadrement, et le gouvernement essaie également de s'assurer que
nos institutions fonctionnent, que nos règlements, que nos organismes
fonctionnent et qu'on protège la sécurité des biens et des personnes. Voilà.
Président (M. Pagé) : Je vous remercie, M. le ministre.
Alors, merci au député de Berthier d'avoir permis au ministre de réagir immédiatement. Mais, pour
votre question, il vous reste un peu plus de 22 minutes. Alors, allez-y,
si vous souhaitez intervenir à nouveau. Allez-y, la parole est à vous.
M. Villeneuve :
Parfait. Merci, M. le Président. Et c'est vous qui êtes le maître du jeu, alors
c'est correct de distribuer les droits de
parole. Puis j'aime bien entendre le ministre aussi, là, s'exprimer, M. le
Président, ça permet aux gens de...
Bien non, mais c'est important. On ne peut pas avoir un dialogue à sens unique
si les gens qui nous écoutent veulent
essayer de se faire une tête. Alors, je comprends que le ministre veuille,
évidemment, amener son point de vue, hein, qui pourra peut-être faire
qu'on va dégager une vision. Mais je laisse aux gens le soin de démêler tout
Quand
le ministre en appelle, M. le Président, à notre devoir, à notre
responsabilité, je lui dis à nouveau que... Moi, je veux bien, on veut tous y arriver. Mais comment voulez-vous
qu'on y arrive, M. le ministre? Le premier ministre a dit une chose : Il n'y aura pas de
fracturation. Le ministre, il dit : Il va y en avoir mais un coup que le
court terme va être passé. On ne sait
pas c'est quoi, le court terme. Puis on a un projet de loi devant nous qui
n'est pas assez clair pour être capables, comme parlementaires, d'en
faire une adoption responsable, puis ça, ce n'est pas moi qui le dis, c'est le Barreau du Québec. Ça fait que, là, à un moment
donné... Moi, j'avoue que j'aimerais bien pouvoir dire au ministre : Bien,
voici, j'ai une idée très claire de ce
projet de loi. Je ne peux pas me faire une tête avec ce que j'ai devant moi,
c'est insuffisant.
D'ailleurs,
c'est le ministre lui-même qui l'a dit, il va y avoir des règlements, puis
c'est le ministre lui-même qui dit
que c'est les règlements qui vont faire vivre la loi, alors que c'est
complètement aux antipodes de toute façon de faire au niveau législatif
d'un État, de permettre aux législateurs, justement, de voter des lois sur
lesquelles ils vont avoir... qu'ils vont
avoir la capacité de juger, lorsqu'elles seront en application, ces lois-là,
quelles en seront leurs portées, ce qu'on ne peut pas faire présentement
avec le projet de loi qu'on a devant nous.
Quant au fait que le
ministre nous dit qu'on a voté contre le principe, je ferais remarquer, M. le
Président, au ministre que, la loi, il y a quatre principes dans
la loi, et, de la façon dont ça a été amené par le gouvernement, nous, le principe sur les
hydrocarbures, étant donné toutes les raisons que je viens de donner, là...
Parce que, bon, pour les gens qui nous écoutent, encore une fois, c'est que le projet de loi du ministre comprend quatre principes. Il y a, entre autres... bien, entre autres... Plus qu'entre autres. Pour nous, pour les Québécois,
ça les interpelle tellement, M. le
Président! Et ça, on est prêts, nous, si le ministre accepte notre motion
de scission... qu'ils ont rejetée, là, mais, s'ils l'avaient acceptée, ça fait
longtemps, M. le Président, qu'on aurait adopté le premier principe, qui est la
transition énergétique. Le deuxième et le
troisième, j'ai tendance à les oublier, parce qu'ils sont importants aussi, mais... il y avait sur la Régie de
l'énergie et puis il y avait un autre
principe. Mais le quatrième, à tout le moins, ça, on ne l'oublie pas, on est
dedans, là, on est dedans puis pas à peu près, là. C'est sur les
hydrocarbures.
Alors,
oui, on a voté contre le principe, parce que nous, M. le Président, on a eu une
décision de la présidence de
l'Assemblée nationale du Québec, une décision sur, justement, la possibilité de
scinder le projet de loi non pas en deux, non pas en trois, mais en
quatre. Et vous savez quoi? La présidence de l'Assemblée nationale nous a donné
raison, M. le Président, que, oui, les
quatre principes peuvent vivre indépendamment les uns des autres, donc peuvent
être des projets de loi à part entière, chacun d'entre eux, mais le
gouvernement s'est entêté, M. le gouvernement... — M. le gouvernement! — M. le
Président, le gouvernement s'est entêté, s'est entêté à ne pas vouloir scinder
le projet de loi.
Tantôt,
quand je vous disais, là, qu'il faut que le Parti libéral, il faut que le
gouvernement actuellement comprenne que
ce qu'il a comme majorité, c'est une majorité représentative, M. le Président,
c'est ça qu'il a, mais, en termes de voix exprimées, il n'a pas cette majorité. Ce qui veut dire, M. le Président,
que, quand les oppositions se lèvent à l'Assemblée nationale, tous,
quand les oppositions font bloc, ça arrive, ça arrive, c'est arrivé dans une
interpellation, je pense, au niveau... sur la santé, où les oppositions,
l'ensemble des oppositions, dont la première opposition dont je suis, M. le Président... Lorsque l'ensemble des oppositions se
lèvent à l'Assemblée nationale pour voter contre une idée que le gouvernement libéral veut amener, bien, c'est
70 % de la population qui s'exprime. Mais, malgré le fait qu'on se lève
pour s'opposer, bien, on n'a pas la majorité représentative, ils ont la
majorité représentative, M. le Président.
Ça, c'est... Je pense que d'ailleurs le Parti
libéral a déposé une proposition en termes de proportionnelle. On comprend que ça n'avait pas été très, très bien
reçu de notre côté, là, parce que... bon, j'invite les gens à aller voir, là,
mais je pense
que le chemin se fait tranquillement vers, qui sait, un jour qui n'est pas très
loin, peut-être avant l'adoption du projet
de loi qu'on a devant nous, M. le Président, on aura en même temps... Parce
qu'on peut mâcher de la gomme et marcher
en même temps. On aura peut-être cette discussion comme parlementaires ici, à
Québec, sur un changement de la façon dont se passent les choses, à savoir se
remettre en question, mais là c'est un autre débat, là, mais se remettre
en... puis je termine là parce que je ne veux pas enclencher un autre débat,
là, mais donc sur une proportionnelle mixte, ou appelez-la comme vous voulez, mais à tout le moins faire la réflexion
puis voir comment on pourrait améliorer les choses.
Les pays
scandinaves, M. le Président, depuis 1910, sont dans cette façon de faire là,
et ça fonctionne très bien. Il y a
plusieurs pays à travers le monde qui ont cette proportionnelle-là. Il y a des
avantages, des désavantages, mais à nous de faire le débat puis à nous
de peser le pour et le contre.
Mais il y a une chose qui est sûre, c'est qu'il
y a quelque chose d'assez anormal de voir que 70 %... quand les
oppositions se lèvent, elles représentent 70 % de la population, elles se
lèvent...
Le Président (M. Pagé) :
Pardon?
M. Simard :
Est-ce qu'on peut revenir sur le sujet, M. le Président? On est complètement
hors sujet, là.
L'article 211.
Président (M. Pagé) : M. le député de Dubuc, je pense que
vous avez assez d'expérience à travers l'argumentation que les parlementaires peuvent déployer pour
tenter de convaincre le gouvernement. La jurisprudence, elle est très, très
large à cet égard. Alors, tant que les propos sont respectueux, je pense que
c'est au ministre, au gouvernement et à la population qui nous écoute à
apprécier la qualité des interventions.
Alors, M. le
député de Berthier, continuez, en étant le plus possible... en faisant la
meilleure intervention possible.
M. Villeneuve :
Merci, M. le Président. Remarquez que je ne suis pas sur les caribous, moi là,
là, mon sujet est tout autre, je
tiens à le rappeler, là, mon sujet
est tout autre. Mon sujet, j'ai pris la peine de dire tantôt que je faisais une
petite parenthèse sur, justement,
la proportionnelle, proportionnelle mixte, parenthèse que j'étais sur le point
de fermer, M. le Président. Alors, au grand plaisir du député de Dubuc, je
vais bientôt fermer cette parenthèse, M.
le Président, mais je tenais à
le rappeler, c'est important.
Pourquoi je
dis ça? Puis je pense que le député du Dubuc va comprendre pourquoi je dis ça, M. le Président, parce que les entreprises sont venues nous le dire, en
2009‑2010 : Entendez-vous, les parlementaires, entendez-vous. Nous, ce
qu'on veut, là... Puis faites ça compliqué,
si vous voulez. Ça ne les dérange pas, M. le Président. Le labyrinthe, là, ils
vont trouver le moyen de passer au travers, puis c'est correct. Mais ils
nous ont dit : Entendez-vous parce qu'on veut de la prévisibilité, on veut s'assurer que, si on fait
des investissements au Québec, bien, qu'à tous les deux ans ou à tous les
quatre ans on ne change pas les systèmes.
Puis moi, j'ai été en entreprise, M. le
Président, pendant plus de 20 ans puis je peux vous dire une chose :
La prévisibilité, c'est essentiel. Et, si
vous pouviez... En tout cas, je pourrais vous raconter des histoires d'horreur
que j'ai vécues comme entrepreneur,
puis, si moi, je les ai vécues, évidemment, d'autres entrepreneurs aussi les
ont vécues, au Québec, où tout à coup
arrive de nulle part un changement à une réglementation, qu'on n'a pas vu venir
parce qu'on est occupés,
effectivement, à nos entreprises, et arrive donc un changement de règlement qui
vient bouleverser complètement notre
façon de faire. Déjà qu'on doit s'adapter, comme entrepreneur, à la vitesse
fulgurante à laquelle les technologies, les nouvelles... — parlez-en aux chauffeurs de taxi, là — à laquelle les nouvelles technologies
viennent bouleverser nos vies, alors
imaginez en plus si, de la part du gouvernement, on n'a pas cette
prévisibilité-là. Alors, c'est compliqué, ce n'est pas évident.
Donc, M. le
Président, je reviens sur le sujet principal, qui est l'article 5, qui, à
mon avis, mériterait d'être bonifié. Puis
on ne parle même pas d'une bonification de 50 %, là, on parle d'une
bonification, M. le Président, d'à peine 20 %, tout simplement
ajouter quelques définitions.
On sait qu'on est dans une situation,
actuellement, où il y a une impasse, carrément une impasse, où on a une fermeture. Là, je peux le dire, je me suis gardé
une petite gêne pendant de nombreuses heures, M. le Président, mais là je pense que je peux le dire. Pour
l'article 5, il y a une impasse totale, présentement, il y a une fermeture
complète. On ne veut pas inscrire le mot «fracturation».
J'ai lancé un
défi au ministre, l'autre jour. Je lui ai dit : S'il veut aller en
Montérégie, là, bien, moi, je suis prêt à être le chauffeur, fournir mon auto, là, puis on va aller cogner aux
portes des gens puis on va leur en parler, voir si eux... le court terme, c'est quoi, pour eux, puis est-ce que
ça les satisfait d'avoir la possibilité qu'il y ait de la fracturation en
arrière de leur cour à court terme,
court terme étant on ne sait pas combien de mois, M. le Président, ou combien
de semaines. Alors, moi, je suis convaincu que les Québécois ne sont
plus là, ne sont plus là du tout.
Je lisais ce
matin des articles sur la Pennsylvanie, des articles, justement, où il y a eu
de la fracturation, je me suis amusé
à me faire une petite revue de presse là-dessus, M. le Président, pour me
remémorer ces souvenirs-là, et je peux vous dire une chose : Les
gens ne l'ont pas facile là-bas.
Et puis,
quant aux faits, M. le Président... Parce que, là, on a eu le dépôt hier, puis
on y reviendra sûrement plus tard,
là, mais on a eu le dépôt hier — juste un mot là-dessus, là, M. le
Président — des
intentions réglementaires. D'ailleurs, je salue le ministre, qui avait
dit qu'il nous les déposerait hier, et on les a eues hier effectivement, donc
je salue cela, M. le Président. C'est
important, c'est important, quand on reçoit de la part du ministre un
engagement, que cet engagement-là soit respecté, alors je salue cela. Mais c'est drôle, hein, j'ai été comme... Je le
lisais, M. le Président, avidement, quand je suis arrivé dans mon
bureau, je me suis mis à les lire avidement, et je cherchais le mot
«fracturation», puis j'ai dit : Non,
non, non! J'ai dit : Il est où, le mot «fracturation»? Je ne l'ai pas
trouvé, je ne l'ai pas trouvé. Mais, bon, le ministre nous dit que ça va
venir dans les règlements, éventuellement. J'imagine que ce mot-là va réapparaître un jour.
Il ne peut pas ne pas apparaître dans les règlements futurs, ce serait...
Mais, quand même, je peux vous dire que j'ai appelé des collègues. J'ai
dit : Est-ce que je me trompe? Est-ce que vous voyez la même chose? Oui,
monsieur...
Président (M. Pagé) : Oui. Avec votre permission, M.
le député de Berthier,
je pense que le ministre souhaiterait réagir maintenant.
M. Arcand : M. le
Président, nous avons publié un règlement
le 13 juillet dernier dans lequel le mot «fracturation» est dedans,
de même que tous les concepts relatifs à la fracturation. Point n° 1.
Point
n° 2, je rappelle ici qu'il n'y a pas de
fracturation depuis de nombreuses années au Québec, que dans les
basses terres du Saint-Laurent nous avons une loi qui limite les activités
pétrolières et gazières. Et les seuls moments où
il y a eu de la fracturation ou demande de fracturation, au cours des
dernières années, c'est sur l'île
d'Anticosti, et on sait qui a signé le contrat à l'île d'Anticosti.
Alors,
M. le Président, là, je veux bien être accusé de tous les maux de la terre,
mais une chose est certaine, c'est que,
mettons les choses telles qu'elles sont, il y a un règlement, le terme est
défini, on a exactement les procédures. Et, encore une fois, les entreprises comprennent très bien que les
règlements sont tels, et la demande, entre autres, qui touche l'acceptabilité sociale est telle que, comme par
hasard, il n'y en a pas eu depuis les dernières années au Québec. Et on ne
changera pas la loi qui limite les activités
gazières et pétrolières et on ne changera pas, également, les différents
éléments qui touchent, par exemple, l'estuaire du Saint-Laurent et ces
endroits-là.
Alors, je veux bien,
là, mais, à un moment donné, ramenons les choses dans leur juste perspective.
Le Président
(M. Pagé) : Merci, M. le ministre. M. le député de
Berthier. Il vous reste 11 min 50 s.
M. Villeneuve :
Oui. Effectivement, M. le Président, il y a eu un règlement en juillet sur la
fracturation, une définition, et on a fait
remarquer au ministre il y a quelque temps déjà que cette définition-là, elle
avait été modifiée par rapport à ce
que nous, nous avons publié en prépublication sur la fracturation. Et on
élimine... Je pense que le terme qui est
retiré, je crois, de la définition que le ministre a déposée en juillet... ou
les fonctionnaires, c'est «élargissement des fissures existantes», de
mémoire, là, on pourra vérifier, là. Mais, vous savez, quand on pense, M. le
Président... on disait — je cherche le mot — stimulation, stimulation à l'acide
chlorhydrique ou à l'acide acétique, là, où dans... Selon l'expert qui est avec nous, M. Perron, cette
stimulation-là ne provoque pas de fracturation, ne provoque pas de fracturation,
c'est, dans le fond, pratiquement, j'allais
dire, un Drano à la moderne, où on veut nettoyer les conduits, les
canalisations, etc., pour justement
permettre éventuellement au gaz de pouvoir monter. Mais, M. le Président,
la définition de «fracturation» qui ne
provoquerait pas... Et là je demande à notre redoutable recherchiste qui nous
écoute, là, M. Lavigne, là, de peut-être me courrieller la définition qu'on avait dans le projet de loi, parce
que ça va être plus rapide s'il me l'envoie, étant donné qu'il est redoutable, M. le Président, qu'il
m'envoie la définition exacte que nous avions, nous, dans le... la définition
de «fracturation» en 2013, parce
qu'il y a une différence importante. Et cette différence-là, moi, elle me
questionne beaucoup, parce que
pourquoi avoir enlevé «élargissement de fissures actuelles», ou présentes, ou
existantes? Pourquoi l'avoir retiré dans la nouvelle définition?
là je fais un lien avec les sondages stratigraphiques, je fais un lien avec...
Puis hier j'ai posé la question, je n'ai pas eu de... Bien, ce n'était pas une question, je n'ai pas posé
spécifiquement la question au ministre, mais je me posais moi-même la question. Quand on parle de sondage
stratigraphique, on parle d'à peu près 10 centimètres, j'ai avancé ce
chiffre-là. Quand on parle de fracturation,
on parle de 15 centimètres. Quand on parle de stimulation chimique avec
l'acide chlorhydrique, avec l'acide
acétique, je faisais remarquer au ministre qu'il y avait présentement des
recherches qui se faisaient, qui
étaient en cours, parce qu'on semble émettre des hypothèses quant à de
possibles élargissements de fractures existantes par ces moyens
techniques là.
Alors,
moi, tout ce que j'essaie de faire, là, c'est d'être capable de compartimenter
chacune de ces définitions-là et
qu'elles disent bien ce qu'il faut qu'elles disent. C'est le seul objectif que
je vise, moi, c'est ça. Et ce n'est pas moi, l'expert, mais, quand je regarde, donc, la définition qui a été changée
au niveau de la définition de «fracturation», bien, je me pose de sérieuses questions. Si on ferait de la
fracturation, puis ça ne viendrait pas élargir les fissures existantes, mais
ça créerait un processus qui libérerait, M.
le Président, les gaz qui sont emprisonnés... Il y a une raison pour laquelle
cette...
Savez-vous,
quand je parlais de prévisibilité, là, c'est important, ça. Mettez-vous à la
place des entreprises, là, mettez-vous
à la place des entreprises, là, quand ils voient un changement aussi important.
Puis je pense que, pour eux, c'est
une bonne nouvelle, honnêtement, là. Je ne dis pas que les entreprises, ce sont
de méchantes entreprises, ce n'est pas
ça que je dis, mais, pour eux, c'est probablement une bonne nouvelle,
d'apprendre qu'il y a eu un changement au niveau de la définition du mot «fracturation». En tout cas... Puis je pense... je sais que le ministre
m'avait répondu qu'il ne voyait pas
trop d'incidence juridique pour la suite des choses, mais moi, je pense que,
sur le plan juridique, ça peut avoir une incidence sur la suite des choses éventuellement, s'il y avait
des contaminations dues à de la fracturation, contaminations qui
seraient, en tout cas, alléguées, alléguées dues à de la fracturation.
Alors, voilà pourquoi, M. le Président, à l'article 5, nous, on considère qu'il devrait y avoir davantage
de définitions et, évidemment,
de cibler, de cibler les bons mots pour les bonnes définitions. Et ce n'est pas
ça qu'on retrouve présentement.
Alors,
M. le Président, je laisserais peut-être la parole, il me
reste quelques minutes, là, puis je reviendrai un peu plus tard. Alors,
je ne sais pas si quelqu'un veut prendre la parole, M. le Président.
Président (M. Pagé) : Parfait. Alors, évidemment, comme vous le savez, c'est moi qui donne la
parole aux parlementaires. Alors, est-ce
qu'un autre parlementaire souhaiterait... Oui, M. le
ministre, vous avez votre privilège de réagir. Allez-y.
M. Arcand : Tout ce que je veux dire, c'est qu'encore une
fois, la définition de «fracturation», il
n'y a jamais eu d'autre définition,
là, sauf que ce qu'il y a dans le règlement. Le règlement, on parle de
«fracture» au sens très large du terme, et c'est une définition qui est,
dans le règlement, totalement acceptée.
Maintenant,
concernant la fracturation comme telle, quand il y aura le règlement définitif,
ça va reprendre évidemment en très grande
partie ce que vous avez dans ce
qu'on a publié au mois de juillet 2016. Alors, je veux juste qu'on
comprenne ça.
Puis,
encore une fois, je tiens à vous dire, il n'y en a pas, de
fracturation au Québec, il n'y
en a pas. Et, encore une fois, nous, on n'est pas là pour décider à la
place des autres. Ce qu'on est en train de vous dire, on est là pour vous
dire que le but du gouvernement, c'est d'encadrer, de définir les règles du jeu dans ce domaine-là. Et,
dans ces critères-là, il y a des critères d'acceptabilité sociale. Voilà
pourquoi il n'y a pas eu de fracturation au Québec
au cours des dernières années, parce que
les pétrolières sont les premières à comprendre qu'il y a une problématique
d'acceptabilité sociale. Alors, c'est ça qui se passe au moment où on se
parle.
Et il y a des
endroits, en Pennsylvanie... On me dit qu'en Pennsylvanie il y a 350 000 puits
qui ont été forés, 350 000, O.K.? En
Alberta, il y en a eu 400 000 forés. Pas tous du gaz de schiste, là, mais
ça vous donne une idée. Au Québec, zéro, zéro. Alors, depuis 2011 :
zéro. Voilà.
Président (M. Pagé) : Oui. M. le député de Berthier. On va
compléter l'échange avec le député de Berthier. Ensuite, j'ai Mme la
députée de Mirabel qui souhaite s'entretenir... ensuite le député de Gaspé.
Allez-y.
M. Villeneuve :
Merci, M. le Président. C'est parce qu'on en perd notre latin, là. Pour le peu
que je sais en latin, en plus, je n'aimerais pas ça le perdre, là, je
voudrais le garder, là.
Mais
M. le ministre nous dit qu'il veut encadrer, c'est le far west, mais depuis
2011 il n'y en a pas. Mais n'est-ce pas
le rôle du gouvernement, M. le Président, non seulement d'encadrer, mais de
décider de ce qui se passe sur son territoire? Là, je ne veux pas vous refaire tout le laïus que je vous ai déjà fait
sur l'occupation du territoire puis le rôle des municipalités quant, justement, à s'assurer que c'est eux qui
peuvent, justement, décider de comment ils vont se développer puis de quelle
façon ça va se faire. Le gouvernement, M. le
Président, n'a-t-il pas, justement, ce rôle primordial de décider de ce qui
peut se faire ou ne pas se faire sur son territoire? C'est son rôle.
M. Villeneuve :
Bien non. Le ministre, il dit : C'est ce qu'on fait. Ce n'est pas ça qu'il
fait, il vient de dire le contraire, il
vient de s'exprimer en disant le contraire. Il dit : Nous, on va encadrer,
puis, si ça se fait, ça se fera, mais il ne s'en est pas fait depuis 2011. Bien là, il y a des raisons particulières
pourquoi il n'y en a pas eu depuis 2011. Et puis ce n'est pas à cause de
la loi qu'on est en train d'étudier, elle n'est pas adoptée, M. le Président.
Ce n'est pas à cause de cette loi-là qu'il dit que ça va être un cadre
réglementaire, elle n'est pas adoptée. Puis le ministre nous dit que c'est le
far west, mais, depuis 2011, il ne s'est rien passé. Là, à un moment donné, là...
M. le Président, si c'est l'acceptabilité sociale, le point le plus important
que le ministre amène, bien, qu'il le mette
dans la loi. Bien non, il ne veut pas le mettre dans la loi, il a voté contre,
M. le Président, alors que le premier ministre dit que c'est important,
l'acceptabilité sociale.
Alors, moi, là, j'appelle à... Bien là, je sais
que le premier ministre est à Marrakech, là, je sais que ça a coûté cher de longues distances hier, là, ils ont dû se
parler sur plusieurs enjeux, plusieurs sujets, parce qu'il y avait beaucoup de contradictions,
hier, c'était assez fascinant d'entendre ça, là, mais là vivement qu'il
revienne, qu'ils s'assoient puis qu'ils s'entendent, qu'ils aient le même message, parce que nous, on n'y
comprend plus rien. Il y a comme de la friture sur la ligne, M. le Président. Et là j'appelle au ministre
puis au premier ministre de nous dire la même affaire tous les deux, parce
qu'on ne s'y retrouve pas. Voilà. Merci.
Président (M. Pagé) : Merci, M. le député de Berthier.
Oui, je sens, M. le ministre, que vous souhaitez réagir. Alors, allez-y.
M. Arcand :
Bien, écoutez, on a un règlement qui existe, on a une loi qui limite les
activités pétrolières et gazières. Dans
les règlements d'environnement, vous savez qu'il y a une notion qui implique
l'acceptabilité sociale. On a déjà tout ça.
Alors,
M. le Président, je considère qu'il y a actuellement, de la part de
l'opposition, vraiment, là, une tentative d'obstruction, à toutes fins
pratiques, par rapport à ce projet de loi.
Président (M. Pagé) : Oui, M. le député de Berthier. Je
vous invite, M. le ministre, à ne pas prêter d'intentions. Vous le savez
très bien. Alors, juste être prudent vous aussi également, s'il vous plaît.
M. Arcand : Bien, il a parlé
d'impasse, il a parlé qu'il était pour déposer amendement par-dessus amendement.
Je pense que, quand on parle comme ça, c'est clair que véritablement, là, ça
ressemble à ce que j'ai défini plus tôt.
Le Président (M. Pagé) :
Merci pour votre prudence, M. le ministre. Alors, oui, je pense que nous en
étions à Mme la députée de Mirabel. La parole est à vous.
Mme D'Amours :
Merci. Merci, M. le Président. M. le Président, moi, j'aimerais réagir sur les
propos du député de Berthier, qui
nous a prêté des intentions — et je n'ai pas voulu couper son grand discours,
monologue, je ne sais pas comment
l'interpréter — en
voulant prétendre que nous sommes, le deuxième groupe d'opposition, contre ou
insensibles à l'acceptabilité sociale parce qu'on avait voté contre.
Je veux
rappeler aux gens, là, qui nous écoutent et aux gens qui sont ici, alentour de
la table qu'il y a eu un travail qui a été fait, c'est le rapport du
livre vert, en mars dernier, et que d'ailleurs nous n'avons toujours pas le
rapport... le résultat de ce travail-là. Il
y a eu une grande discussion qui a été faite, et nous attendons toujours la
définition consensuelle de l'acceptabilité
sociale. Et je vous rappelle que ça fait huit mois et qu'il n'y a aucune action
encore qui a été faite par le gouvernement.
Dans ce rapport, il y avait un bureau indépendant d'analyse qu'on croyait qu'il
serait intéressant, un bureau des projets majeurs qui était intéressant.
Alors, la
question auquel nous devons nous poser, c'est : Au dépôt de ce rapport,
quel sera l'arrimage de ce rapport, livre
vert, à ce projet de loi n° 106? Encore une fois, seul le ministre pourra
répondre afin d'éliminer cette inquiétude, afin que, l'acceptabilité sociale, on en trouve un terme qui soit consensuel
pour tous, afin que l'on respecte la volonté de la majorité des citoyens
et de leurs territoires.
Moi, je ne
crois pas que le député de Berthier ait le monopole de l'acceptabilité sociale
de ses citoyens. Je pense que tous
les députés ici, les 125 députés, on a à coeur à ce que nos citoyens
soient entendus et à coeur aussi qu'ils soient respectés dans leurs
choix sur leurs territoires. C'est ce que j'avais à dire, M. le Président.
Merci.
Président (M. Pagé) : C'est bien. Merci, Mme la députée de
Mirabel. M. le ministre, souhaitez-vous réagir?
M. Arcand :
Écoutez, on a fait un chantier sur l'acceptabilité sociale. Inutile de vous
dire jusqu'à quel point l'acceptabilité sociale, c'est un sujet qui est délicat
et difficile.
Je tiens à
vous rappeler, par exemple... Je vais vous donner un seul exemple qui me vient
en tête sur ces questions-là, Mine Arnaud.
On a eu, par exemple, un débat avec Mine Arnaud, une demande... un BAPE sur ces
questions-là. Le BAPE n'a pas dit qu'il ne fallait pas que ça se fasse,
mais il a dit : Il y a des problèmes d'acceptabilité sociale qu'il va
falloir définir. Par la suite, l'entreprise a corrigé certaines de ces
problématiques, et par la suite l'Environnement a donné le certificat d'autorisation à l'entreprise en
question, pour Mine Arnaud, en disant : Elles ont corrigé. Il y a encore
des gens qui sont contre, dans la
région de Sept-Îles, il y a encore des gens qui sont contre, sauf
qu'actuellement je pense qu'il y a un meilleur consensus, je vous
dirais, sur le fait que ce projet-là pourrait être un projet important.
Alors, nous,
ce qu'on essaie de faire, actuellement, c'est de définir l'acceptabilité
sociale. La première conclusion...
Et là est-ce que c'est un référendum,
etc., on n'est pas rendus à ce
niveau-là. Je vous dirais que, moi,
la première chose qui m'apparaît
évidente, avant même qu'on discute de la question environnementale, c'est d'abord de pouvoir éventuellement discuter au
départ et en amont de la question économique. Est-ce
qu'un projet en soi... est-il
bon pour une communauté?
Est-ce que ce projet-là crée des emplois? Est-ce que
ce projet-là a des retombées locales
importantes? Je pense qu'il est important que la population, à tout le
moins, le sache, parce que, si ce n'est pas de façon évidente, clairement défini, c'est sûr qu'on ne pourra pas
aller plus loin. Puis on ne fera pas perdre le temps aux gens à dire :
Écoutez, il n'y a pas vraiment de
retombées, ce n'est pas bon. Et, vous le savez, dans le domaine économique, il
y a des projets sur lesquels vous avez des évaluations, parfois, qui sont
très, très différentes. Il y a des projets, on dit,
qui vont créer tant d'emplois, d'autres vont avoir tel genre de retombées,
etc. Ce n'est pas, je dirais, évident de ce côté-là.
Tout ce que
je peux vous dire, Mme la députée de Mirabel, c'est que mon intention... et, si
jamais il y a un délai, ce ne sera
pas très long, là, mais mon intention est de déposer un livre vert au mois de
février sur cette question-là et d'arriver avec un certain nombre de recommandations. Et donc, si jamais ce n'est
pas en février, ça va être au début mars, là, mais dans cette période-là
certainement.
Le Président (M. Pagé) :
Merci, M. le ministre. Alors, Mme la députée de Mirabel, souhaitez-vous...
Mme D'Amours : Non, merci, M.
le Président. Merci.
Le Président (M. Pagé) :
Non, ça va? O.K. Alors est-ce qu'un autre parlementaire souhaiterait
s'exprimer? M. le député de Gaspé, je vous
reconnais et vous informe qu'il vous reste 18 min 5 s
précisément. Alors, la parole est à vous.
M. Lelièvre : Merci,
M. le Président. Peut-être, préalablement, j'aimerais... vu que mon collègue de
Berthier n'a plus de temps, mais il
semblait trouver important d'apporter peut-être certaines précisions concernant
la fameuse demande d'amendement qui a
été déposée le 1er novembre pour ajouter à l'article 5... à
l'article 1, je m'excuse, de la
Loi sur les hydrocarbures le mot ou
l'expression «obtention de l'acceptabilité sociale», un amendement qui a été
déposé, bon, par le
Parti québécois et... Suite au vote, la
partie gouvernementale et la CAQ
avaient voté contre. Donc, c'était ça qui était la volonté de mon collègue, là, de préciser que, finalement,
l'acceptabilité sociale, bon, est peut-être un terme qui n'a pas été jugé prioritaire ou essentiel, compte
tenu que la CAQ avait voté contre. Donc, ça vient, j'espère, mettre un
terme à la discussion.
Écoutez,
moi, j'aimerais qu'on... Hier, j'avais parlé, lors de mon intervention, de la
possibilité, même de la pertinence,
là, d'avoir un peu d'information de la part des gens qui accompagnent le
ministre concernant la question du schiste.
On parlait de schiste, on parlait de fracturation, de stimulations de différentes sortes. Donc, moi, je crois
que ce serait... Si vous le permettez, M. le Président, j'aimerais avoir de l'information plus précisément par rapport à la question
du schiste qu'on retrouve au Québec.
Vous
savez, beaucoup de gens se disent... parce qu'on parlait de fracturation aussi,
et tout ça, et beaucoup de gens pensent
qu'au Québec, par exemple, dès qu'on veut exploiter, à tort ou à raison... Puis
c'est ça, c'est là que j'aimerais qu'on
clarifie la situation avec les spécialistes qui sont ici. Au Québec, dès qu'on
fore dans le sous-sol, est-ce qu'on trouve automatiquement du schiste ou
est-ce qu'on peut, par exemple, faire de l'exploration dans le sous-sol puis
avoir des minéraux qui sont différents du
schiste conventionnel? Parce que vous comprenez que la nature du sous-sol va
directement entraîner la possibilité
de fracturation ou non. Donc, j'aimerais avoir un peu d'information à savoir,
dans les régions qui sont visées par
les projets présentement, les hautes terres du Saint-Laurent, la Gaspésie
notamment, puis s'il y en a d'autres qui
sont visées, selon les informations de nos spécialistes... j'aimerais ça savoir
si automatiquement... Pour les gens qui nous écoutent, là, est-ce
qu'on peut penser procéder à des travaux d'exploitation d'hydrocarbures au Québec,
et que la fracturation n'est pas envisagée du tout, du tout parce que
les composantes géologiques font en sorte que, finalement, il n'y aurait pas d'intérêt
à aller vers de la fracturation?
Le Président
(M. Pagé) : Merci, M. le député de Gaspé.
M. Arcand :
Alors, je pense que M. Perron pourrait le mieux répondre à ces questions.
Président (M. Pagé) : Alors, est-ce qu'il y a consentement pour que M. Perron puisse répondre à la question? Consentement? Oui. Alors, je vous remercie. M. Perron,
comme à l'habitude, vous vous nommez, et la parole est à vous.
M. Perron
(Pascal) : Alors, Pascal Perron. Je suis conseiller à la Direction du
bureau des hydrocarbures.
Pour
répondre de la meilleure façon possible à votre question, en fait, le potentiel
en hydrocarbures se trouve dans des
bassins sédimentaires. Ces bassins sédimentaires là sont, dans la majorité,
localisés dans le sud de la province du Québec, donc on parle des basses terres du Saint-Laurent, on parle du
Bas-Saint-Laurent, de la Gaspésie, Anticosti. Ces bassins sédimentaires là sont des empilements de sédiments
de fond d'anciennes mers qui ont déjà recouvert le continent et puis ils ne sont pas nécessairement tous des shales.
Alors, évidemment, les deux shales les plus connus ou qu'on entend le plus
parler actuellement, c'est le shale d'Utica,
qui est situé dans les basses terres du Saint-Laurent, et on parle également du
shale de Macasty, qui, lui, est localisé sur
l'île d'Anticosti. Il y a d'autres cibles qui sont visées par les entreprises
au niveau de la recherche pétrolière
et gazière, on peut parler de récifs ou encore de dolomies hydrothermales.
Alors, ce sont les principales structures qui sont actuellement
regardées au Québec.
Le Président
(M. Pagé) : Merci, M. Perron. M. le député de Gaspé.
M. Lelièvre :
Oui, j'aimerais compléter. Bon, M. Perron nous a expliqué la nature puis
l'appellation des différents shales
qui sont disponibles sur le territoire. Ma question est la suivante, c'est à
partir de ces shales-là que vous avez identifié :
Est-ce que, selon votre connaissance, selon votre expérience puis selon celle
du ministère, hein... Il faut se fier à quelqu'un, il faut se fier au ministère, je pense, c'est la
partie la
plus objective pour nous renseigner ici, les parlementaires. Quels sont les pourcentages de probabilité
qu'advenant une exploitation d'hydrocarbures, soit au niveau du gaz soit au niveau du pétrole, dans les shales que vous avez
mentionnés... Quelles sont, à votre avis, les probabilités qu'une entreprise
doive recourir à la fracturation pour atteindre une rentabilité maximale ou une
exploitation maximale, tel que défini à l'article 1 de la loi, du projet
de loi n° 106?
M. Perron (Pascal) : Je pense que la littérature le démontre
bien : quand on est dans un contexte géologique où est-ce qu'il y a présence de shale et que ces
shales-là ont été changés... qu'ils ont été chargés en hydrocarbures, je vais
essayer de prendre un terme plus... chargés
en hydrocarbures, que ce soit en gaz, en pétrole, la perméabilité, la porosité
de ces shales-là ne permet pas de façon
optimale ou... ce n'est pas de façon... un écoulement naturel qui est fluide et
constant, là. Alors, effectivement,
l'utilisation de forage horizontal combiné avec la fracturation hydraulique
semble, à l'heure actuelle, l'opération
la plus plausible pour en arriver à une extraction économique des hydrocarbures
qu'on retrouve dans le shale.
Le Président
(M. Pagé) : Merci, M. Perron. M. le député de Gaspé.
M. Lelièvre :
Oui. Juste que... Laissez-moi compléter mes notes, s'il vous plaît. Ça fait
beaucoup de choses à noter.
Président (M. Pagé) : C'est effectivement un peu plus
technique. Et c'est apprécié, effectivement, que nous ayons des
compétences pour nous accompagner.
M. Lelièvre :
Qui oserait dire que les commissions parlementaires ne sont pas très
prolifiques en termes d'acquisition de connaissances?
Bon, je
remercie M. Perron pour, bon, son effort de vulgarisation, parce que, bon,
on comprend mieux, beaucoup mieux
puis très bien toute la séquence, là, puis la probabilité d'activités,
éventuellement, de fracturation si jamais on voulait exploiter des gisements de gaz, des hydrocarbures
au Québec. Je pense que c'est clair. En tout cas, moi, c'est sûr que je vais faire ressortir l'enregistrement de cette
explication-là, parce que, pour un néophyte, comme beaucoup d'entre nous qui
sommes ici, je pense que ça parle, ça parle puis ça va éclairer la population
aussi quand on pourra amener ces informations-là.
Dans ce
contexte-là, M. le Président — je
reviens un petit peu avec mon argumentation d'hier en fin de soirée — dans ce contexte-là où,
d'un côté, on a le premier ministre qui confirme, qui a encore confirmé hier sa
volonté de ne pas aller de l'avant
vers l'exploitation des hydrocarbures au Québec, hein, c'était assez clair, on
a le ministre ici qui, bon, va à peu près
dans le même sens, mais disons qu'il souhaite, je pense, sans vouloir
interpréter ses termes... il souhaite laisser peut-être une porte ouverte, hein, d'ailleurs c'est un des
termes qu'on retrouve dans la revue de presse de ce matin, laisser une porte
ouverte pour éventuellement... s'il y avait
des circonstances, que ce soient des développements technologiques ou une
pertinence économique ou autres, là, qui
ferait qu'on devrait aller de l'avant, vers le développement d'hydrocarbures au
Québec, notamment au niveau du gaz, bien, il
faudrait peut-être laisser une certaine porte ouverte. Dans cette optique-là,
on a un premier ministre qui nous dit :
Non, on ne va pas de l'avant dans le développement des hydrocarbures au Québec
parce qu'on se tourne vers les énergies renouvelables, l'avenir est là, puis
l'acceptabilité sociale est incontournable aujourd'hui,
au Québec, en 2016. Probablement qu'elle ne sera pas au rendez-vous, si on a
des projets, donc il est peu probable
qu'on aille de l'avant dans des développements d'hydrocarbures. Ça ressemble à
ça, grosso modo, là, malgré que ça
change des fois. Vous savez, des fois, un voyage à quelque part peut nous
inspirer, des fois, une discussion, puis c'est correct, il n'y a
personne de borné, on a le droit de changer d'idée.
aujourd'hui, on est à étudier encore, une fois de plus, le projet de loi
n° 106, on est collés à l'article 5 et on constate qu'il n'y a toujours pas de mention, dans
le projet de loi n° 106, de la notion de fracturation puis également de
la notion d'acceptabilité sociale. Hier, je
disais : Si on veut parler de développement d'hydrocarbures au Québec, si
on en parle avec les gens, hein, notre monde sur la rue, dans nos régions, dans
nos comtés respectifs, c'est dur d'avoir une discussion sur les hydrocarbures sans que le terme «fracturation» ne
ressorte pas très rapidement comme élément de crainte de la population, puis souvent aussi la notion
d'acceptabilité sociale, accord de la population ressort aussi assez
rapidement.
On est en
train d'adopter une loi pour éventuellement encadrer le développement des
hydrocarbures. Mon collègue l'a dit,
moi, j'aurais préféré travailler très, très fort sur les trois premiers
chapitres de la loi puis prendre notre temps, de travailler peut-être
beaucoup plus, je dirais, efficacement puis prudemment sur le volet qui gère...
qui doit encadrer le développement des hydrocarbures,
mais ce n'est pas le cas, on doit traiter les deux dimensions en même temps. À
partir du moment où est-ce qu'on travaille ici aujourd'hui, puis depuis
quelques semaines, puis je pense qu'on va travailler un petit bout de temps encore sur l'encadrement de la
filière des hydrocarbures au Québec, à partir du moment où on a un premier ministre qui nous dit : Peu probable
qu'on aille de l'avant dans le développement de cette filière-là, on a un
ministre qui, lui, bon, pour des considérations qui lui sont propres,
que je respecte, dit : C'est possible qu'à un moment donné il faut y aller, il faut se garder une porte
ouverte, puis à partir du moment où est-ce qu'on a un spécialiste qui vient de
nous dire que, si on veut exploiter
de façon rentable, maximale, maximale, hein, les hydrocarbures au Québec, bien,
compte tenu de la nature du sous-sol,
compte tenu de la présence de shale, hein... Des shales, c'est de la
roche, c'est des matériaux qui sont plus durs. On n'est pas dans les sables
bitumineux, là, de l'Alberta, là, on est au Québec, à proximité du
Bouclier canadien, c'est bien différent. Ça
fait qu'à partir du moment où est-ce qu'on a des composantes géologiques qui
font en sorte qu'on doit, si on veut
avoir une efficacité maximale dans l'extraction des hydrocarbures, on doit fort
possiblement, puis là je dis «fort
possiblement» puis je suis très prudent, parce que je devrais peut-être dire
«assurément», mais je vais dire «fort possiblement» pour donner une
chance... qu'on doive fracturer, si on veut arriver à une rentabilité, puisque notre spécialiste vient de nous dire... Bien, moi,
c'est ce que je vous ai mentionné hier, hier en soirée, puis c'est ce que
j'entends des industriels depuis des années,
hein? Si on veut atteindre une rentabilité, il va probablement falloir
fracturer, malheureusement, malheureusement parce que c'est sûr que la
fracturation n'est pas encore très bien définie, connue au niveau de ses
impacts, des impacts sur soit la nappe phréatique, le sous-sol, la santé, la
sécurité, bon, l'occupation du territoire,
etc., l'impact sur les autres éléments, là, les autres dimensions
socioéconomiques des régions. Je pense à notre région, en Gaspésie, où le
tourisme est extrêmement important, et malheureusement certains gisements se
retrouvent dans les secteurs où on a
présentement et depuis fort longtemps
des activités traditionnelles : tourisme, pêche,
mariculture, etc. Donc, à partir du moment où est-ce qu'on a une forte possibilité de nécessité de fracturation, si on veut réussir à rentabiliser d'éventuelles activités d'extraction d'hydrocarbures au Québec,
comment peut-on ne pas envisager d'amener la notion de «fracturation»?
Et également j'ouvrais une
parenthèse sur «acceptabilité sociale», mais parlons de la fracturation dans un premier temps.
Comment peut-on envisager de ne pas traiter dans la loi qui va viser
l'encadrement des hydrocarbures la notion de «fracturation»?
C'est sûr que
la réponse qu'on a depuis quelques jours puis que je pense qu'on va encore
avoir pendant un certain temps, c'est
que la réponse est dans les règlements. Mais là on va se dire les vraies choses, là. La
loi est adoptée par les parlementaires. La loi, elle est adoptée
par l'Assemblée nationale, par le gouvernement en place puis elle envoie... Moi, je mets la loi en amont des règlements,
hein, puis j'espère que tout le monde est d'accord là-dessus aujourd'hui. Et prendre
le virage de décider qu'au Québec on peut envisager l'exploitation des
hydrocarbures, se donner une loi pour mieux encadrer cette éventuelle activité là, c'est un geste politique important, extrêmement fort. Et la population nous a tous élus, hein, les 125 députés, pour représenter leurs intérêts, pour
défendre leur santé, pour défendre leur sécurité, pour prendre toute décision qu'un Parlement
doit prendre. On prend la peine de mettre de l'avant le projet de loi n° 106 puis on va baliser les activités d'exploitation et d'exploration d'hydrocarbures,
puis l'élément le plus sensible, l'élément qui amène le plus de
craintes, de réticence dans la population au sein des spécialistes, au sein des
jeunes, hein...
Moi, les
jeunes, quand j'entends parler d'hydrocarbures auprès des jeunes, je peux vous
dire que c'est clair, ils n'en
veulent pas, d'hydrocarbures. Par
contre, de là à dire que, dans la population
du Québec, il y a un consensus unanime à
l'effet que les Québécois et Québécoises sont fermés à l'exploitation durant la période
de transition vers des énergies plus renouvelables, j'amènerais une petite
réserve à ce niveau-là. Mais tout ça pour dire que tous les Québécois et les Québécoises sont très
sensibles à la notion de «fracturation», puis moi, je ne peux pas comprendre
comment on pourrait passer à côté de la dimension «fracturation» dans la
loi, et non pas uniquement dans les règlements.
Puis en plus
on a un premier ministre qui prend une position, qui nous dit : C'est
pratiquement assuré qu'il n'y en aura
pas, de développement d'hydrocarbures. Mais s'il y en a. Tout d'un coup qu'il y en a.
Si le premier ministre prend la peine
de réaffirmer haut et fort que c'est pratiquement sûr qu'il n'y en aura pas,
d'exploitation, au Québec, en
tout cas au moins, du moins, dans les hautes terres du Saint-Laurent en ce qui touche le gaz naturel, bien, pourquoi ne prenons-nous pas le
temps de définir ce qu'est la fracturation et quelques éléments majeurs, au
moins, qui pourraient encadrer cette notion-là;
que le Parlement, que l'Assemblée
nationale du Québec,
que le gouvernement s'expriment dans le cadre d'une loi? Les règlements ont leur place pour venir définir des éléments
qui sont sous-jacents, qui sont secondaires, qui sont complémentaires, qui sont plus techniques, qui
sont plus administratifs, j'en
conviens, c'est toujours comme ça qu'on fonctionne. Mais là on est en train d'adopter la
Loi sur les
hydrocarbures, puis la principale source de préoccupation de tous les Québécois et des Québécoises qu'est la
fracturation va être absente de cette loi-là. Je demande au ministre d'essayer
de nous expliquer comment on peut envisager une telle façon de faire.
Le Président (M. Pagé) :
M. le ministre.
M. Arcand : Bien, d'abord,
M. le Président, je pense que... Je tiens à rappeler dans un premier temps au
député de Gaspé que nous avons des permis qui datent d'à peu près tous
les gouvernements. Ne pas adopter cette
Loi sur les hydrocarbures, ça veut dire de laisser ces permis-là sans encadrement
d'aucune façon. Alors, je pense que ça fait
partie de notre
responsabilité d'adopter la loi.
Le deuxième élément que j'aimerais peut-être
redire au député de Gaspé également, c'est que, oui, la fracturation est une technique, il y a une évolution de ces techniques-là,
mais il n'y a pas seulement de la fracturation, au Québec. Si je prends, par exemple, le projet de Junex, à ma
connaissance, il n'y a pas de fracturation dans le projet de Junex, c'est un
forage qui est traditionnel. Le projet de
Bourque, où on va chercher plutôt du gaz naturel, ce que j'entends, c'est que
c'est un forage, encore là,
traditionnel, dans le cas de Bourque. Il y a un projet de Squatex qui... dont
on ne sait pas, actuellement, ce
qu'ils veulent faire, mais, prétendent-ils, il y a des possibilités. Est-ce que
ce forage-là sera traditionnel ou pas, je ne le sais pas, mais ça, ce
sera quelque chose qui sera envisageable.
Maintenant, ce
que je dis, encore une fois, c'est qu'on dit, nous, dans la loi, qui est une
loi habilitante : Nous voulons appliquer
les meilleures pratiques, le meilleur encadrement, la mitigation des risques.
Vous savez très bien que ça prend, d'une part, un permis du ministère,
ça prend des certificats d'autorisation du ministère de l'Environnement,
plusieurs certificats d'autorisation. C'est ça, l'encadrement qui existe devant...
Et un
règlement a force de loi. Un règlement, c'est force de loi. Et la raison pourquoi
on ne l'a pas mis dans la loi, c'est simplement que, lorsqu'on parle de
fracturation, c'est un procédé, et on ne met pas la liste des procédés dans une
loi, on les met dans des règlements. Et un
règlement a force de loi, et on l'a défini, le terme «fracturation» et la façon
de faire, dans le premier règlement.
Et, encore une fois, les gens sont tout aussi encadrés qu'ils peuvent l'être
par rapport à ça, et c'est l'opinion de nos juristes.
Alors, M. le
Président, je comprends très bien, mais je tiens à vous dire qu'encore une fois
il n'y a pas juste de la fracturation
possible, là, on ne parle pas juste de ça. Et, quand on parle d'hydrocarbures,
on ne parle pas juste de pétrole, on
parle de gaz naturel aussi. Et on parle d'un encadrement qui touche plusieurs
ministères, qui touche non seulement... Et on parle aussi d'une réalité qui est devant nous depuis nombre
d'années. Vous avez des gens qui ont des permis depuis fort longtemps et qui ont la possibilité de
pouvoir éventuellement faire quelque chose. Si on ne les encadre pas, ce qui
va se passer, c'est que ça va être fait à
peu près n'importe comment. Il y a 317 permis actuellement au Québec,
317 permis qui existent. Et donc
je pense que c'est notre responsabilité, comme législateurs, de pouvoir
encadrer; dans lequel on utilise, encore
une fois, non seulement la Loi des hydrocarbures, qui est très importante,
c'est un des outils pour y arriver, mais il y a d'autres lois également,
il y a d'autres règlements au ministère de l'Environnement, des règlements qui
existent également au ministère des
Ressources naturelles. Et je vous dirais qu'il y a même, éventuellement, la
Régie de l'énergie qui va intervenir.
Il y a plein de joueurs. Il va y avoir un BAPE, si jamais on va vers une
production plus grande, il va y avoir un BAPE sur ces questions-là.
Alors, M. le
Président, tout ce que je veux dire par rapport à ça, c'est qu'on vit avec une
réalité qui est passée, on vit avec
un historique, je dirais, qui est devant nous, au Québec, un historique dans
lequel tous les gouvernements ont émis des permis.
Et, M. le
Président, je terminerais simplement en vous disant que ce que vous retrouvez
ici, c'est vraiment un résumé des
meilleures pratiques. Et, encore une fois, les procédés se retrouvent dans les
règlements parce que c'est habituellement la façon de faire, M. le Président.
Président (M. Pagé) : Je vous remercie, M. le ministre,
pour les précisions. Alors, il nous reste un 30 secondes, si un parlementaire veut utiliser le temps qu'il
nous reste. Je sais qu'il y avait Mme la députée de Mirabel qui avait souhaité
revenir sur le sujet.
Mme D'Amours :
Ça va prendre plus que 30 secondes, ça fait que... Est-ce que je peux passer
mon tour?
Le Président
(M. Pagé) : Oui. M. le député de Berthier.
M. Villeneuve :
Oui, bien, en 30 secondes... 10 secondes, neuf, huit, le temps de
poser la question.
317 permis,
j'aimerais savoir le nombre de kilomètres carrés que ça couvre, après la pause.
Le Président
(M. Pagé) : Alors, effectivement, il y aura une pause.
Compte
tenu de l'heure, nous allons suspendre nos travaux, pour reprendre ici même à
15 heures. Bon appétit, tout
le monde.
(Suspension de la séance
à 13 heures)
Président (M. Pagé) :
À l'ordre, s'il vous plaît! Chers collègues, nous allons reprendre les travaux. Je vous rappelle que la commission est réunie afin de
poursuivre l'étude détaillée du projet
de loi n° 106, Loi concernant la mise en oeuvre de la
Politique énergétique 2030 et modifiant diverses dispositions législatives.
Lors
de la suspension des travaux, nous en étions à l'étude de l'article 5 de la
Loi sur les hydrocarbures,
soit de l'article 23, et M. le député de Berthier avait posé une
question au ministre, si ma mémoire est bonne.
d'autre part, je n'ai pas oublié que Mme la députée de Mirabel voulait aussi
faire une intervention sur l'article, je crois bien. Alors, vous aurez
l'occasion d'y revenir.
Voilà. Est-ce qu'il y
a... Donc, est-ce qu'on en était à l'étape de la réponse ou... M. le député de
Berthier, aviez-vous posé votre question ou vous vouliez poser la question?
M. Villeneuve :
Oui, oui, il restait quelques secondes...
Président (M. Pagé) : Alors, répétez donc votre question,
tiens, pour les gens qui viennent de commencer à nous écouter.
M. Villeneuve :
Bien, la question, c'est... Il y a 317 permis. Je voulais savoir le
territoire québécois que ces permis-là, quand
on les additionne, couvrent, en termes de kilomètres carrés, parce que, là,
ici, on ne parle pas de centimètres, là, on parle de kilomètres carrés,
là. Je peux lancer un chiffre : 56 000 kilomètres...
Mme Asselin
(Luce) : 55 662,30 kilomètres carrés.
Villeneuve : Carrés. D'accord. Bien, merci de la réponse. On
arrivait à 56 000, mais on n'était pas loin. On va dire qu'on a pas
mal la même chose. Merci.
Président (M. Pagé) : Alors, j'ai manqué un court moment,
mais la secrétaire m'a rappelé à l'ordre. Alors, Mme Asselin, il n'y avait pas de consentement... Il y avait
consentement, c'est ce que je comprends, pour qu'elle puisse prendre la parole? Comme à chaque fois, on doit
demander le consentement. Alors, j'ai compris qu'il y a consentement,
donc, pour d'éventuelles réponses, vous pourrez prendre la parole.
Alors, Mme la députée
de Mirabel. Allez-y.
Mme D'Amours :
Merci, M. le Président. Merci.
avant-midi, on a parlé d'acceptabilité sociale, et moi, j'aimerais, bon... J'ai
une question au ministre, M. le Président :
Si le projet de loi n° 106 est voté avant le dépôt du rapport du livre
vert au printemps prochain, tel que mentionné par le ministre, est-ce que le ministre s'engage à rédiger et déposer un
règlement pour la loi n° 106 où on y verrait l'élément de la
nouvelle définition de l'acceptabilité sociale?
Le Président
(M. Pagé) : M. le ministre.
M. Arcand :
Écoutez, je veux juste bien comprendre le sens de votre question. Par rapport
au livre vert? Vous parlez du livre vert, sur l'acceptabilité sociale?
M. Arcand :
Alors, votre question, juste pour que je comprenne comme il faut, s'il vous
plaît.
Mme D'Amours :
Oui. Quand vous avez travaillé, bon, en commission sur le livre vert, il a été
question de formuler l'acceptabilité
sociale, le terme, là, de le formuler pour que ce soit accepté de tout le monde
et que ce soit bien aussi autant pour
les citoyens que les... les citoyens concernés et les promoteurs. Donc, il y
aurait un nouveau terme qui serait employé pour définir l'acceptabilité
sociale.
voix :
La définition.
Mme D'Amours :
La définition, c'est ça. Donc, lorsque la loi n° 106 sera adoptée, si le
dépôt du livre vert n'a pas été fait, est-ce
que vous vous engagez à rédiger un règlement qui va faire en sorte d'introduire
dans la loi n° 106, par règlement, la nouvelle définition que vous
aurez déposée sur l'acceptabilité sociale?
Le Président
(M. Pagé) : M. le ministre.
M. Arcand :
D'abord, premièrement, ce que je peux vous dire, à ce stade-ci, si ça peut,
d'une part, vous sécuriser : Il
n'y a pas de fracturation. Les seules demandes que nous avons, comme vous le
savez, c'est sur Anticosti, au moment où
on se parle. Et déjà, à l'intérieur des règlements qui existent au sein du
Développement durable, il y a cette notion-là qui existe déjà,
d'acceptabilité sociale.
problème n'est pas tellement de le définir, l'acceptabilité sociale. Je dirais
que le problème, c'est de le rendre pratique. Qu'est-ce que ça veut dire
exactement?
Et donc déjà l'acceptabilité
sociale fait
partie du CA qui est
donné, du certificat d'autorisation qui est donné par le ministère du Développement durable. Donc, sur ces questions-là, on va déposer notre
livre vert, et ce ne sera pas dans un règlement, mais ça va être dans
une politique qu'on va définir sur l'acceptabilité sociale.
Donc,
si votre question, actuellement, c'est de dire : Est-ce qu'on va mettre ça
dans un règlement?, le règlement,
en général, c'est pour des questions
techniques, c'est des questions, je dirais, de, comment je dirais bien ça... ce
sont des questions qui touchent les
aspects techniques des dossiers. Mais, à partir du moment où on aura une politique
sur l'acceptabilité sociale... Déjà on en tient compte dans l'émission des certificats
d'autorisation du ministère de l'Environnement,
mais ce n'est pas quelque chose qu'on peut mettre nécessairement dans un règlement. Je ne sais pas si
vous comprenez ce que je veux dire, mais
c'est visé beaucoup plus par l'Environnement, parce que
maintenant, quand il
y a des BAPE ou des analyses pour des certificats d'autorisation, ça fait
partie des principes de faire de l'acceptabilité
sociale.
Puis je vais vous donner un exemple bien simple. Il y a
eu, à un moment donné, un BAPE sur, par exemple... Même c'était
un projet vert. Je me rappelle très bien que, sur un projet comme, par exemple,
un projet d'éolien qui pouvait avoir lieu
dans la région de Kahnawake, par exemple, il y avait certains enjeux, je me
rappelle de ça, à l'époque où j'étais à l'Environnement. Il y a eu, à un
moment donné, des discussions, et on avait parlé, à ce moment-là, d'un enjeu d'acceptabilité
sociale qu'il fallait essayer de résoudre avant de donner le permis. Il y a eu
une saga également, je me rappelle, à Thetford Mines, entre autres.
Alors,
je pense que déjà on est couverts de ce côté-là.
Et, au niveau de l'Environnement, il y a
déjà le projet de loi
n° 102 qui existe, là, qui a été déposé, et qui vise, entre autres, à
bonifier tout... ce que je pourrais appeler la démarche
environnementale.
Alors,
actuellement, la raison pourquoi c'est notre ministère qui s'en occupe, c'est
qu'il y a un aspect qui est le territoire,
donc il faut s'occuper de la gestion du territoire, mais actuellement tout ce
qui touche l'acceptabilité sociale, au niveau
de l'évaluation, le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement, se fait
par rapport à des certificats d'autorisation. Donc, ça existe déjà.
Nous,
la démarche qu'on fait, dans le cas du livre vert qu'on va vouloir déposer,
c'est d'essayer de préciser davantage de
quelle façon nous allons travailler, à tout le moins, pour que les projets
soient en amont, et non pas qu'on discute de questions environnementales
à la fin des projets. Alors, je pense que c'est ça qui est devant nous.
Mais
je peux vous rassurer en vous disant que, comme il n'y a pas de demande,
actuellement, d'ici les prochains mois
on aura eu le temps, espérons-le, d'avoir adopté d'abord la
loi sur
l'environnement, d'une part, d'avoir pris connaissance de notre livre vert en matière d'acceptabilité sociale et
de prendre, à ce moment-là, les mesures qui vont être nécessaires. Mais ce ne sera pas dans un règlement technique comme
ceux qu'on a, mais je peux vous rassurer en vous disant que ce sera
certainement à d'autres niveaux.
Le Président (M.
Pagé) : Merci, M. le ministre. Mme la députée de Mirabel.
D'Amours : Oui. J'ai entendu, j'ai écouté le ministre, j'ai entendu,
mais est-ce que... Si je comprends bien, c'est que c'est en parallèle. Donc, le projet de loi n° 106, si
jamais il y avait des demandes, automatiquement l'acceptabilité sociale
doit être
partie prenante... C'est ça que je veux comprendre parce que, si on
ne l'inclut pas dans le projet de loi n° 106 et ni dans un règlement,
est-ce qu'il y a quand même un lien pour...
Arcand :
Il y a des liens, si je peux répondre à votre question, il va y avoir des liens
sur l'acceptabilité sociale. Puis je
vais vous donner certains exemples de ce que je veux dire. Par exemple, il y
aura des liens au niveau, par exemple, de
l'implication des municipalités. On va voir dans les articles plus loin, un
promoteur doit donner un avis, il doit y avoir des comités de suivi, les municipalités ont un rôle à jouer. Il y a déjà...
Par exemple, quand il y a un projet, je sais que c'était un règlement à l'époque
où j'étais à l'Environnement aussi... il y avait un projet dans lequel il
fallait que la municipalité produise un rapport, il fallait qu'il y ait
une assemblée publique avant même qu'on fasse un projet, etc. Il y a toute une mécanique déjà qui existe. Il y a l'établissement,
et ça, on en parle, des
comités de suivi. On vient bientôt, également, discuter des distances séparatrices au niveau,
par exemple... quelle distance, par exemple, un puits peut être par rapport à une résidence, parce qu'il y a eu des problèmes en Gaspésie avec le projet
Haldimand, où il y avait un certain enjeu avec la municipalité.
Alors, il y a une
partie de ça qui est couverte
dans notre projet de loi, puis il y a une
partie également qui est couverte par
le ministère de l'Environnement dans l'émission de ses certificats
d'autorisation.
Le Président (M. Pagé) :
Mme la députée de Mirabel.
Mme D'Amours : Merci, M. le
Président.
Le Président (M. Pagé) : Ça
Mme D'Amours : Oui, ça va.
Président (M. Pagé) :
Merci. Et là je reconnais Mme la
députée de Sainte-Marie—Saint-Jacques. Bonjour.
Mme Massé : Oui, merci, M. le
Président. Bonjour, tout le monde. J'espère que vous allez bien.
J'aimerais
continuer notre conversation concernant les puits abandonnés, et tout ça. Ma
première question va être fort
simple. Je pense que j'ai dû avoir une fraction de seconde où
j'étais ailleurs, hier, puisque j'ai essayé d'aller retrouver
la directive 020 que M. Perron
nous parlait, qui disait le 300 mètres cubes, l'espèce de plancher de
300 mètres cubes, mais malheureusement je ne l'ai pas trouvé. Il faut dire que je ne
suis pas une grande navigatrice. Sur l'eau, oui, mais peut-être pas sur Internet. Alors,
peut-être que, si M. Perron pouvait ou me l'envoyer ou
me donner clairement le nom, pour que je puisse m'y retrouver...
J'apprécierais, M. le Président.
Le Président (M. Pagé) : Oui.
M. Perron, allez-y.
M. Perron (Pascal) : En fait, c'est
tiré des Lignes ... Pascal Perron, conseiller.
Le Président (M. Pagé) : ...vous
avez eu le consentement un peu plus tôt aujourd'hui.
M. Perron (Pascal) : J'ai eu le consentement
ce matin, c'est bon.
Le Président (M. Pagé) :
C'est bon.
M. Perron
(Pascal) : En fait, c'est
inscrit à l'intérieur des Lignes directrices provisoires sur
l'exploration gazière et pétrolière, produit par le ministère de
l'Environnement. Alors, je vous ferai suivre le lien puis...
Mme Massé : ...bien gentil. Lignes
directrices provisoires...
Le Président (M. Pagé) : Mme
la députée.
Massé : Oui, ce serait
gentil. Parce qu'en fait, pour les
gens qui nous écoutent, hier j'essayais de réfléchir sur l'impact des puits de gaz qui sont inactifs et
qui émettent quotidiennement depuis des décennies, voire un siècle, des émissions fugitives, et qui a un impact, dans le
fond. Et j'essayais de comprendre, et finalement on m'a rappelé que, dans
les puits qui ont été inspectés par le
projet AQLPA et CMAVI, dans les 114 puits qui avaient été inspectés, un
seul était problématique, alors que
ce n'est pas ce que les citoyens m'avaient dit. Mais ce que je comprends, en
bout de ligne, c'est que nos règles,
à tout le moins à travers des lignes directrices provisoires, nos règles sont à
l'effet qu'un puits n'est pas problématique
tant et aussi longtemps qu'il n'émet pas plus que 300 mètres cubes par
jour. Et, si je comprends bien, dans les
114 puits, bien, il n'y en a qu'un qui semble avoir ce problème-là. Je le
redis parce que, bien, il va falloir faire des liens entre tout ça, à un
moment donné, et notamment le projet de loi qui nous préoccupe.
Aujourd'hui,
on a adopté, et certains d'entre vous étiez en Chambre, on a adopté... bien,
pas adopté, parce que ce n'était pas
notre mandat, mais on a approuvé l'Accord de Paris, que le gouvernement
canadien a signé en notre nom, et dont le gouvernement québécois était
plutôt d'accord avec. Et, comme j'essayais de l'exprimer plus tôt en Chambre, le défi... Et j'ai voté pour, vous l'avez vu, puis
certains d'entre vous étaient surpris. Moi, je n'étais pas surprise parce que,
dans les faits, pour la première fois dans
l'histoire des 40 dernières années, où les environnementalistes ont essayé de
nous éveiller à l'impact des changements climatiques, et surtout avec l'arrivée,
dernièrement, d'un président des États-Unis qui est de très loin un des climatosceptiques les plus convaincus, un des
plus sceptiques, l'Accord de Paris, il est intéressant dans cette prise de conscience collective des
États de la responsabilité qu'on a pour maintenir l'augmentation de la chaleur
en deçà du 2°, voire même de 1,5°.
C'est sûr qu'on peut toujours
se demander : Bien, pourquoi on parle de ça ici? Bien, on parle de ça ici
parce que tout ça est lié et qu'un
des grands absents de l'Accord de Paris, ce sont les contraintes. C'est-à-dire
que les gouvernements se sont entendus — ils l'ont ratifié, ça fait que, là, ils sont
d'accord avec — qu'ils
allaient maintenir le réchauffement de la
planète en deçà de l'augmentation de 1,5°, mais ils ne se sont donné aucune
contrainte, alors c'est difficile, pour des gens de l'opposition comme
moi, de trouver des façons de sonner l'alarme et de dire : Bien, ce n'est
pas l'accord qui est problématique, c'est ce
que nous faisons ou ne faisons pas pour atteindre les objectifs qui nous
concernent. Et le Québec a dit diminuer de 37,5 % en deçà des
émissions de 1990, qui est quand même très ambitieux, d'autant plus qu'on le sait,
que, pour atteindre ces objectifs-là, il
faut atteindre nos objectifs 2020, où même, aux dires du ministre de l'Environnement, on le sait,
qu'on ne les atteindra pas.
Alors, le
lien direct que je fais entre les émanations peut-être en dessous du
300 mètres cubes du méthane, qui, en équivalent CO 2 , est un gaz très nocif pour la planète, qui
facilite le réchauffement de la planète, bien, on ne peut pas faire semblant — je
ne crois pas du tout que c'est ce que fait le ministre, au contraire — on
ne peut pas rien faire avec cette information-là, avec le fait qu'on sait qu'il y a des puits qui fuient, et qui
fuient de méthane, qui ont un impact sur plusieurs années. Le CO 2 , l'impact sur les changements climatiques est à
plus court terme; le méthane est sur du long terme.
Et, vous
savez, M. le Président, notre enjeu planétaire, c'est sûr qu'on a des
grands objectifs, 2030, mais, à Paris, ce
qui faisait, je dirais, l'unanimité dans la société
civile, c'était de maintenir le réchauffement en bas du 1,5°, mais c'était
qu'il fallait de façon urgente faire des
actions et poser des gestes pour atteindre les objectifs de diminution de gaz à effet de serre de prévus. Et là, dans
le cas du méthane, ce qui est problématique, c'est que nos objectifs, je nous
le rappelle collectivement, les objectifs du
Québec pour 2030 sont de 37,5 % en deçà de 1990, mais, ceux pour 2050 — 2050,
là, c'est demain matin — 2050, il va falloir avoir réduit nos gaz
à effet de serre de 90 % à
95 % en deçà de 1990. Et c'est là que le méthane vient jouer un
rôle très important, M. le Président, parce que le méthane, il n'agit pas
pareil sur la couche d'ozone, il n'agit pas
de la même façon, je veux dire, sur les gaz à effet de serre dans sa
première strate de vie, dans les premiers 30 ans, 25, 30 ans, qu'il
agit dans la dernière strate de sa vie, c'est-à-dire sur une période de
100 ans.
Alors, vous
comprendrez que c'est pour ça que je m'arrête de façon particulière sur la question
des gaz ou des émanations et que je
m'appuie sur le passé, parce que ma mère m'a toujours dit que le passé
était garant de l'avenir, et ce qui
m'inquiète dans le passé, c'est les 900 puits... Parce que, là, je ne le sais
plus, des fois on dit 700, des fois on dit 900, peut-être que vous pourriez me
clarifier là-dessus, mais les près de 1 000 puits que nous
avons au Québec et qui maintenant
sont presque de totalité sous la responsabilité collective de la société du Québec,
ces puits-là, c'est de comprendre comment on
ne s'assure pas juste de les clôturer,
je comprends que ça, c'est fait, mais
qu'on s'assure aussi de les colmater, de
trouver... Parce que comment on peut accepter collectivement, alors qu'on sait
qu'on a des objectifs de diminution de gaz
à effet de serre de 85 %...
95 %, pardon, d'ici 2050... comment on peut accepter de creuser d'autres
trous, alors qu'on en a déjà près de 1 000 qu'on n'est pas capables
de maîtriser?
Alors
donc, deux questions. Ma première question : C'est-u 700 ou
900 puits? Et pourquoi je suis confuse comme ça? Pour qu'on
poursuive la discussion avec les bons chiffres. Puis ma deuxième question, je
la dirai après.
Président (M. Pagé) : Je vous remercie, Mme la députée de
Sainte-Marie—Saint-Jacques.
M. le ministre.
Arcand : Merci, M. le
Président. Bon, il y a beaucoup d'éléments dans la question de la députée. Ce
dont on parle, c'est que... dans
notre plan d'action, on parle de 950 puits pétroliers ou gaziers qui ont
été réalisés depuis 1860. Ça, c'est
la première des choses. Deuxièmement, ce qu'on dit essentiellement, c'est 200
qui sont actifs, 700 qui sont inactifs, et le dernier 50 n'ont pas de statut définitif, ça prend des recherches
pour confirmer leur statut. Alors, c'est ça qu'on dit à propos de ces
puits-là, dans un premier temps.
Maintenant,
je vous réfère, à cette question... Bien, d'abord, je vais vous référer à une
déclaration d'aujourd'hui du premier
ministre. Dans sa déclaration aujourd'hui, où le premier ministre réitère que
je dis la même chose que lui, après avoir
dit ça, il déclare qu'il faut absolument une
loi sur la transition énergétique
dans laquelle il y a l'encadrement des hydrocarbures,
et il dit que les projets futurs, puis j'ai eu l'occasion de l'exprimer
également à la députée de Mirabel tout à l'heure... qu'il va y avoir dans nos règlements, pas nécessairement dans
les règlements techniques mais dans les évaluations qui sont faites, entre autres, par le ministère de
l'Environnement, des aspects qui touchent l'acceptabilité sociale. Évidemment, quand il y a une production puis qu'il
y a un BAPE, le BAPE va également toucher l'aspect de l'acceptabilité sociale, parce que, dans les 16 lois ou
16 principes du développement durable, vous avez l'acceptabilité sociale.
Alors, ça, c'est un des éléments qui entrent en ligne de compte.
Le premier
ministre a aussi déclaré, et c'est là que ça peut vous intéresser... c'est que
ce soit cohérent, bien sûr, avec
l'action que le Québec mène sur les changements climatiques et notamment
l'atteinte de ses cibles. Alors, c'est ce qu'il a dit également. Donc,
il rejoint principalement la pensée.
Maintenant,
encore une fois, il faut travailler à faire en sorte qu'on puisse frapper où
est-ce que c'est nécessaire de frapper.
C'est-à-dire que, quant à réduire les GES, il faut les réduire où est-ce que ça
compte, où est-ce qu'il peut y avoir un impact important.
Dans les EES
que nous avons ici, entre autres, je tiens à vous rappeler un certain nombre de
choses, où on dit, entre autres, que,
premièrement, les puits, ce n'est pas si problématique que ça au niveau des gaz
à effet de serre. Ce qui peut devenir problématique, c'est, bien sûr, le
raffinage, beaucoup plus qu'un puits qui va émettre du CO 2 ou...
Alors, ça, c'est le premier élément. Ce n'est pas les puits qui sont...
O.K., c'est le raffinage.
Ceci étant
dit, quand on discute avec des gens, par exemple, de Suncor et de Valero, entre
autres, ils nous disent, de façon
générale, et ça a été également vérifié, que, même s'il y a une production
supplémentaire d'hydrocarbures, les technologies
font en sorte que la pollution est à peu près demeurée la même par rapport à ce
qu'elle était, d'une part. O.K.?
Deuxième élément sur lequel je tiens à vous
indiquer... Au niveau des émissions de gaz à effet de serre, c'est qu'il y a le transport de ces hydrocarbures. Et ce
que l'EES dit, essentiellement, bien, ils disent, comme vous le savez :
Ce qui est le plus facile, au niveau de la
réduction, des émissions les plus basses, c'est le navire-citerne, d'une part,
et à peu près au même niveau les pipelines. Évidemment, le chemin de fer
et surtout le camion-citerne sont de loin les moins performants au niveau des
gaz à effet de serre. Alors, on travaille sur ces éléments-là.
Mais, encore
une fois, je vais vous donner un exemple bien simple. Je vais vous parler du projet Bourque, par exemple. Le projet Bourque, c'est du gaz naturel. Ça peut
être un peu mieux que d'avoir du gaz
naturel qui provient par camion de
Montréal via un pipeline qui est situé en Pennsylvanie, par rapport à un projet
où on trouverait du gaz naturel en
Gaspésie, dont le projet, actuellement, est d'aller par bateau, entre autres,
il y a une compagnie qui s'appelle Tugliq qui veut transporter le gaz
naturel liquéfié par bateau, par exemple, vers la Côte-Nord. Alors, ce n'est
pas idéal, du gaz
naturel, mais au moins je pense que cette formule-là serait infiniment plus
intéressante et réductrice de GES par rapport à ce qui pourrait survenir
au moment où on se parle.
Alors, ce que je vous dis : Oui, on va faire l'évaluation. On a tout intérêt... On est membre d'un marché qui s'appelle le marché du carbone, alors, si on veut rencontrer
les objectifs... Et de
toute façon on n'a pas le choix, il faut
que chaque année nos émissions de gaz à effet de serre soient réduites de toute
façon. On est dans ce qu'on appelle
le Western Climate Initiative avec la
Californie, avec l'Ontario, éventuellement avec d'autres, et ce que ça dit... Et, comme vous
le savez, tous les groupes
écologistes, lorsque moi, à l'époque, j'avais annoncé ça, avaient
applaudi le fait qu'on soit dans le marché du carbone, parce qu'on sait de
toute façon que le gouvernement n'a pas le choix, on doit travailler
à cette réduction de gaz à effet de serre.
Alors, pour
répondre à votre question, oui, on va en tenir compte, bien sûr. Mais j'indique
cependant à la députée que ce n'est
pas là qu'on retrouve les plus grandes émissions de gaz à effet de serre, sur
des puits inactifs qui peuvent faire du suintement naturel, là. Je veux
juste vous ramener à cette réalité-là aussi.
Le Président (M. Pagé) :
Mme la députée.
Mme Massé : Oui. Bien, en fait, ce qu'il faut
se rappeler, M. le ministre, c'est
que le marché du carbone, c'est vrai,
c'est une des solutions. Ils sont rendus à combien? À 15 $? 15 $,
avec l'effet que ça a sur la planète... En tout cas. Bref, on pourrait
être un petit peu plus radical, si on voulait.
Mais ce n'est
pas ça, l'enjeu, c'est que le méthane n'est pas compté. Ça fait que c'est sûr
que, quand on me dit : Bien, on est
mieux de passer par là, par là parce que... oui, mais, dans le calcul des GES,
le méthane n'est pas compté. Mais on le sait, par contre, que ça a un
impact, bon, ça a...
Et là je vois
bien que, dans les 950 puits, en fait, il y en a des actifs, j'imagine que
Bourque en fait partie, mais il y en a quand même 700 inactifs, qui
ont été ma préoccupation des deux dernières journées.
Bien,
écoutez, je pense qu'à cette étape-ci, M. le Président, je vais déposer un
amendement. Comme ça, on va pouvoir en discuter de façon spécifique.
Président (M. Pagé) : Vous en faites la lecture, et par
la suite on va suspendre. Faites-en
la lecture, s'il vous plaît.
Mme Massé : Oui. Alors, à l'article 5 de la
Loi sur
les hydrocarbures dont l'édiction est proposée par l'article 23
du projet
de loi, insérer selon l'ordre
alphabétique la définition suivante : «"Émission fugitive",
émission dans l'atmosphère de gaz causée par l'exploitation d'un
gisement de pétrole ou de gaz naturel.»
Le Président (M. Pagé) :
Alors, je vous remercie.
On va
suspendre un court moment, le temps de faire des photocopies pour l'ensemble
des parlementaires, s'il
vous plaît.
(Suspension de la séance à 15 h 34)
Président (M. Pagé) :
À l'ordre, s'il vous plaît! Nous reprenons les travaux après cette courte suspension,
après avoir suspendu un court moment. Alors,
l'amendement est déposé par la députée de Sainte-Marie—Saint-Jacques, elle en a fait la lecture
juste avant de suspendre. Alors, nous allons vous écouter nous convaincre de
votre amendement. Allez-y.
Massé : Merci, M. le Président. Bien, je vais commencer par l'expliquer. Puis,
si ça vous convainc, bien, j'en serai la plus heureuse.
En fait, ce
pourquoi j'amène cet amendement-là à l'étape des définitions, c'est que je crois
qu'il faut être conscient que ce
qu'il appert, sur le territoire québécois, que ce soit autant le shale de Macasty ou celui
d'Utica, c'est qu'on parle des
hydrocarbures de schiste, c'est de ça qu'on parle, et qu'il n'y a pas une nappe
de pétrole de schiste qui n'a pas son gaz
de schiste qui vient avec. Alors
donc, je me dis, dans un projet de
loi qui souhaite encadrer les
hydrocarbures, il faut être capable
de reconnaître qu'il y a des choses qui ne sont pas... Tu sais, quand on
parle d'émissions fugitives, c'est des éléments
qu'on le sait qu'ils sont difficiles à calculer, j'ai bien entendu ce que le ministre
nous a expliqué, mais on ne peut pas
faire semblant qu'il n'existe pas parce
qu'il n'est pas très nombreux, parce que ci, parce que ça. Parce que, si moi,
j'ai bien compris... puis peut-être que, là...
il y a peut-être des gens plus experts que moi qui diront autrement, mais ce
que moi, j'ai compris, les émissions fugitives, ce n'est pas juste sur les
puits inactifs, c'est aussi sur les puits actifs, c'est aussi lors du
transport, c'est aussi lors du torchage, c'est aussi... En fait, c'est tout le
temps. Et donc, dans cette perspective-là,
il me semble que notre... Ma volonté de le mettre en exergue à travers une
définition, bien, c'est de dire : Bien,
collectivement, rappelons-nous que ça, ça existe. Et peut-être que, plus loin,
puisqu'on lui en aura donné une définition au départ, on sera donc
capables de le réglementer de façon pertinente, etc.
Alors, est-ce
que peut-être... Ma première question, elle est plutôt d'ordre général, M. le
Président, elle serait à l'effet,
bien, est-ce que le ministre, quand il voit cet amendement-là... De façon
spontanée, bien, quelle est sa réaction? Qu'est-ce qu'il trouve...
Comment il trouve ça, de faire apparaître les émanations fugitives à cette
étape-ci?
Président (M. Pagé) : Alors, M. le ministre, comment vous
trouvez ça?
Arcand :
Écoutez, M. le Président, c'est très bien de se préoccuper des émissions
fugitives, comme vous le savez, c'est très bien.
Je vous dirai encore une fois que, dans ce
domaine-là, le problème qu'on a, c'est que je pense qu'elle se trompe de
projet de loi, parce que ces questions-là sont abordées, d'abord et avant tout
au niveau de l'environnement.
peux vous dire deux choses par rapport à ça. C'est que, premièrement, si on...
On va loin. On me disait même que, par exemple, un paquet de feuilles ensemble
peuvent émettre des émissions fugitives, etc. Et donc ce que l'on sait,
et l'information que j'ai sur ces
questions-là, c'est que d'abord et avant tout, pour un certificat
d'autorisation, les fonctionnaires du ministère de l'Environnement ont
l'obligation d'en tenir compte. Alors, ça, c'est un premier élément.
Deuxièmement, sur la
question des émissions fugitives, comme vous le savez, le Québec étant une
société distincte, dans laquelle nous avons,
évidemment, un ministère de
l'Environnement distinct, il y a des
normes pancanadiennes en matière
d'émissions fugitives, et, au niveau de ces normes-là, évidemment, les gens du ministère de l'Environnement du Québec doivent en tenir compte avant d'émettre un
certificat d'autorisation. Alors, je pense que c'est quelque chose d'important de dire.
Deuxièmement... Et
dernièrement, je devrais dire, quand un exploitant veut faire un projet, il
doit déclarer au ministère du Développement
durable, lors d'un projet, les
émissions fugitives également. Alors, ça, c'est une déclaration, il est
soumis à une déclaration qui est obligatoire à ce niveau-là.
Donc,
on n'a pas jugé bon de le mettre dans le projet de loi, puisque déjà
c'est couvert par l'Environnement. Et, si la députée veut avoir des choses un peu plus spécifiques, je
dirais qu'au moment où on est en train de réviser la
loi sur l'environnement
c'est beaucoup plus le genre de définitions sur lesquelles vous pourriez peut-être
travailler.
Maintenant,
émissions fugitives, tout à l'heure vous parliez des puits inactifs, et, dans votre
définition, vous dites : «...émission
dans l'atmosphère [...] causée par l'exploitation...» Alors là, est-ce qu'on
parle des puits inactifs ou on parle d'une
exploitation? C'est là que, pour nous, c'est un peu confus. Et, pour ces
raisons, je ne peux pas accepter cette définition-là à l'intérieur du projet
de loi.
Le Président (M.
Pagé) : Merci, M. le ministre. Mme la députée de Sainte-Marie—Saint-Jacques.
Massé : M. le ministre, quand vous dites : Les exploitants doivent déclarer, c'est au
sens de la nouvelle loi... bien, en fait, c'est au sens de la loi n° 106?
Arcand : Non. Ils doivent déclarer... Actuellement, en
matière de développement durable, ils doivent faire leur déclaration à
chaque fois qu'ils ont un projet, c'est ce que je comprends de ce qu'ils
doivent faire, et il y a un règlement qui existe à ce niveau-là. Donc, ils doivent
déclarer leurs émissions fugitives, et c'est une déclaration qui est obligatoire. Et les fonctionnaires du ministère en
tiennent compte. Et non seulement ils doivent le faire au ministère de l'Environnement du Québec, ils doivent le faire au ministère de l'Environnement du Canada, parce
qu'au Canada il y a ces normes-là également.
Massé : Et est-ce que c'est à chacune des étapes, c'est-à-dire
l'exploration et l'exploitation... et la fermeture, j'imagine, là, mais
est-ce que c'est à chacune des étapes, à votre connaissance?
Arcand :
Il faudrait que... il faudrait analyser le règlement, là, je n'ai pas le
règlement du ministère de l'Environnement
ici devant moi. Mais c'est clairement... Ce que j'essaie de vous dire :
C'est clairement une responsabilité du ministère de l'Environnement.
Massé : Oui, ça, j'en conviens. L'enjeu, c'est qu'on est... Vous avez
là un ministère de l'Environnement, et vous en savez quelque chose, vous
y avez déjà été, qui se retrouve à côté des gros ministères économiques et...
Mme Massé :
...ah! quand même, quand même, et que je salue à travers des outils, des
leviers comme le BAPE, etc., ils sont
capables de porter des regards critiques. Mais en même temps, comment dire,
puisque le développement durable n'est pas la responsabilité du seul ministère
du Développement durable, des Changements climatiques et de
l'Environnement — l'Environnement
va en premier — c'est
aussi la responsabilité de l'ensemble des ministères du gouvernement du Québec, je
pense que l'idée, à tout le moins, de reconnaître qu'il y a peut-être des
éléments, dont notamment les
émissions... une des façons de le reconnaître aurait été de l'inscrire. Mais je
comprends que ce n'est pas...
Dans le fond, quand vous me dites que ça relève du ministère de l'Environnement,
vous êtes un peu en train de me dire que la transition énergétique ne peut pas
comporter une dimension de développement
durable dans sa
loi sur... dans son
chapitre, pardon, sur les hydrocarbures. On pourrait bien, quand même, avoir
des dimensions qui viennent dire : Oui, O.K — puis
là vous savez bien que ce n'est pas moi qui le dit, oui, O.K., là — oui,
O.K., on va encadrer les hydrocarbures,
mais on va le faire dans une perspective d'atteinte de nos objectifs environnementaux.
On pourrait faire ça.
Le Président (M.
Pagé) : Oui, allez-y, M. le ministre.
Arcand : Mais, écoutez,
dans mon projet de loi, je dois vous dire que, premièrement... Il y a un paquet
de choses que je voudrais vous dire,
là, je vais essayer de rassembler tout ça en ordre. Mais d'abord, premièrement,
quand on crée Transition énergétique
Québec, dans le projet de loi ici, je pense que c'est quelque chose
d'extrêmement fondamental, parce que,
comme vous le savez, à l'intérieur du Fonds vert, actuellement, dans ce qui est
fait, une
partie va pour la mobilité, bien
sûr, la grande
partie va pour la mobilité, et entre autres beaucoup les
transports en commun, mais également une grande
partie est la responsabilité du ministère de l'Énergie, au niveau, par
exemple, de tout ce qui s'appelle efficacité énergétique. Alors, déjà,
on s'en préoccupe.
Maintenant,
dans notre ministère, dans le cadre de la préparation de nos règlements futurs,
je veux dire, on va être en contact avec le ministère du Développement durable.
On ne peut pas faire un règlement sans tenir compte de ce que fait... Ça
fait
partie de la cohérence gouvernementale.
Et, toute la
question, donc, des émissions fugitives, pour votre information, le règlement
du ministère du Développement durable
s'appelle Règlement sur la déclaration obligatoire de certaines émissions de
contaminants dans l'atmosphère. Alors, c'est un règlement qui existe.
Alors, je
voulais simplement vous mentionner ces éléments-là, parce qu'on travaille non
pas en silo, par rapport au ministère
du Développement durable, mais on essaie autant que possible de travailler avec
la plus grande cohérence avec ce ministère-là.
Et, comme vous le savez sans doute également,
vous savez, le jeu des pressions économiques, depuis qu'on a instauré, entre autres, la question du marché du
carbone, je pense qu'il est beaucoup moindre, maintenant, parce que de toute façon les entreprises ont toutes compris
qu'il fallait absolument réduire les gaz à effet de serre et avoir les
meilleures pratiques, au moment où on se parle.
Le Président (M. Pagé) : Merci,
M. le ministre. Mme la députée.
Massé : Oui, mais, M. le ministre, ils ont peut-être tout compris ça, mais ça ne nous empêche pas de
continuer à vouloir extraire de l'hydrocarbure. Il y a...
J'aimerais ça qu'on parle peut-être... Oui?
Arcand : Juste pour
vous dire, c'est parce que...
Le Président (M. Pagé) :
Allez-y, M. le ministre.
Arcand : D'abord, premièrement, dans les hydrocarbures, il y a toujours le gaz
naturel qui existe, là. Je comprends que ce n'est pas idéal, mais en
tout cas c'est moins pire que le pétrole.
Deuxièmement,
le pétrole, ce n'est pas juste pour les automobiles. Ça existe dans la
plasturgie, il y a 20 000 emplois dans la plasturgie. Dans les produits pharmaceutiques, dans les
vêtements, on utilise du pétrole. Alors, il y a des usages du pétrole
qui sont nécessaires dans certains produits également.
Alors, je
veux juste... Je comprends, on veut tous lutter contre la réduction des gaz à
effet de serre, mais on a quand même besoin de ces hydrocarbures-là dans
une certaine quantité pour les prochaines années certainement.
Mais, ceci
étant dit, je vous invite, encore une fois, à lire la politique énergétique, où
on indique très clairement que nous
voulons réduire de 40 % la quantité de produits pétroliers consommés d'ici
2030. Et moi, je ne passe pas une semaine
sans aller quelque part pour travailler sur l'efficacité énergétique. Vendredi,
je vais être à la Régie des installations olympiques, à Montréal, où on a des nouvelles technologies pour nous
permettre d'être plus efficaces sur le plan énergétique. Regardez le dernier rapport d'Hydro-Québec, par
exemple, qui indique que les Québécois, maintenant, commencent à être
plus conscients de l'efficacité énergétique, il commence à y avoir une
diminution de la consommation d'énergie des Québécois.
Et vous savez que la meilleure façon de lutter contre les gaz à effet de serre,
c'est l'énergie qu'on ne consomme pas.
Alors, on travaille de façon constante avec les
différents intervenants, les différents organismes. J'ai rencontré les propriétaires de dépanneur, par exemple, pour le projet de stations multicarburants.
On voudrait qu'il y ait des bornes de
recharge le plus rapidement possible dans des stations-services actuelles au
Québec, qu'on voie vraiment une différence.
Alors,
évidemment, ça ne se fera pas du jour au lendemain, mais je peux vous assurer
que c'est notre volonté et la volonté
de tout le gouvernement, d'aller le plus rapidement possible dans cette
direction-là. Et le premier ministre ne se rend pas à Marrakech sans
avoir en tête le fait que le Québec doit être un bon modèle.
Puis
d'ailleurs, en passant, le Canada a beaucoup de difficultés à établir des
normes en matière de réduction de gaz à effet de serre, puis les meilleurs au Canada, c'est le Québec. Alors, je
vous dis qu'on doit faire quelque chose de correct, à quelque part.
Le Président (M. Pagé) :
Merci, M. le ministre. Mme la députée.
Mme Massé : Sur quelle... Quand vous
dites «les normes» — c'est
juste parce que, là, vous avez piqué ma curiosité — les normes,
c'est-à-dire les objectifs, c'est-à-dire les normes...
Arcand : Bien, c'est-à-dire
que le Canada, actuellement, a donné des mesures de réduction de gaz à effet de
serre, je pense que c'est le gouvernement
Harper qui avait fait ça, et, à ma connaissance, je n'ai pas entendu... à moins
que je suis en retard dans les nouvelles, mais je n'ai pas entendu le premier
ministre canadien, pour l'instant, changer ces objectifs-là. Il ne les a pas changés
pourquoi? Parce qu'il y a une problématique, certainement, au niveau des cibles
dans l'Ouest canadien, visiblement il y a une certaine problématique. La
première ministre de l'Alberta a établi un certain plafond au niveau de
la production des sables bitumineux, mais il n'en demeure pas moins que le
Canada, qui demeure quand même un important
producteur, a certainement un problème à vivre avec des cibles qui vont être
assez efficaces dans l'avenir. Je pense que tout le monde le reconnaît.
Le Président (M.
Pagé) : Mme la députée.
Massé : Oui, bien, tout à fait. Cibles ambitieuses, là-dessus on se
rejoint tout à fait, pour le Québec. Le moyen, il faut qu'il soit ambitieux. Et on ne peut pas défaire de la main droite
ce qu'on fait de la main gauche... ou l'inverse, on ne peut pas défaire
de la main gauche ce qu'on fait de la main droite.
C'est
un peu ça qui est épeurant, dans ce projet de loi là, et qui me rend souvent
très nerveuse pour la suite des choses,
parce que, un, on le sait, que, le sous-sol québécois, puis on va en reparler
plus loin, il y a quelque chose d'important qui va se passer avec le projet de loi n° 106, mais, à cette
étape-ci, ce que je veux surtout qu'on se rappelle, c'est que les shales qui sont en dessous de nos pieds exigent...
c'est du schiste, donc exigent inévitablement, en fait, pas une production
mais une... c'est une industrie qui va faire que ce n'est pas un trou, et c'est
réglé.
Et rappelons-nous Anticosti, là, hein, pas dans sa
phase exploratoire, là... On est rendu à quoi, six trous? En tous cas, il y en
a trois qu'on espère qui ne se passeront jamais. Mais, bref, tout ça pour dire
que ce qu'on sait, c'est que, pour cet
espace-là, c'est des centaines de forages dont il est question. Et donc c'est
de ça qu'on parle. Et, quand vous dites qu'on veut l'encadrer, c'est qu'à partir du moment où ils vont pouvoir
exploiter, bien, derrière votre terrain, ce n'est pas un trou... parce
que ce n'est pas comme ça que s'extraient les gaz et les pétroles de schiste.
Alors,
quand vous nous dites, avec raison, que nos objectifs sont ambitieux, on veut
diminuer de 40 % l'utilisation du
pétrole, certes, mais, je vous jure, prenez votre Fonds vert, investissez-le
tout — ce que
vous auriez dû faire depuis deux
ans — dans le
transport collectif, et déjà on aurait diminué de façon importante
l'utilisation du pétrole. Parce qu'au Québec
c'est dans le transport qu'il y a le pétrole, pas dans la confection des valves
de coeur, là. Et les valves de coeur, à mon sens, ce n'est pas avec le
gaz naturel non plus, c'est avec les hydrocarbures du pétrole.
Mais,
ceci étant dit, puisque ces actions-là n'ont pas eu lieu, vous avez raison, M.
le ministre, le projet de loi n° 106 amène une dimension de transition énergétique dans laquelle une instance
autre que le gouvernement, donc non élue par le peuple, va gérer notre Fonds
vert pour faire ce qu'on a besoin de faire depuis que le Fonds vert existe,
c'est-à-dire investir de façon
importante dans les transports collectifs, parce que c'est par le transport qu'on va arriver à diminuer de façon
importante l'utilisation. Bien sûr, en mettant des voitures électriques, mais
les voitures électriques, c'est une dimension.
L'auto solo, ce n'est pas l'objectif, ce n'est pas ce qui va permettre aux sociétés
de demain de se développer. Alors, je pense...
Mais
je comprends que d'ajouter «émission fugitive», parce
que la règle de l'art, c'est quand
même qu'on est sur un amendement...
que, sur la question de l'émission fugitive... Peut-être qu'à ce moment-là...
voudrais juste vérifier avec le ministre, parce que même les études environnementales stratégiques globales sur les
hydrocarbures l'avaient, il me semble, bien démontré, même si je n'ai pas lu
les... je ne me souviens plus de combien de dizaines de milliers de pages, mais c'est que, pour extraire le
schiste, le gaz et/ou le pétrole de schiste, inévitablement on parle...
ça va être massif. Ce n'est pas un, deux, quatre trous, on parle de 100, 200,
1 000, c'est de ça qu'on parle. J'aimerais voir si le ministre a fait la
même lecture des EES que moi là-dessus.
Le Président (M.
Pagé) : M. le ministre.
Arcand : Écoutez, d'abord, juste pour revenir sur un point, le
Conseil de gestion du Fonds vert, ce n'est pas juste... c'est le gouvernement au complet et quatre ministres principalement, Finances, Environnement, ministère,
probablement, du Transport et l'Énergie, c'est à peu près les quatre
principaux, là, qui risquent d'être impliqués à l'intérieur de ça. Donc,
je pense que c'est extrêmement important de le souligner encore une fois.
ce que j'essaie de vous dire, c'est que, dans les actions qui sont prises par
le gouvernement, déjà, les deux tiers vont
pour la mobilité durable, les deux tiers du Fonds vert vont pour la mobilité
durable. Et, sur ces deux tiers là, il y a une portion qui est très importante puis dans laquelle on a eu un certain
succès au fil des années, au niveau des entreprises, on réduit les émissions de gaz à effet de serre
d'à peu près 25 % au niveau des entreprises. Donc, il y a un travail,
quand même, qui a été fait au niveau des nouvelles technologies.
Alors,
ce que j'essaie de vous dire, dans ça, c'est qu'on continue de travailler dans
cette direction-là pour l'avenir.
Le Président (M.
Pagé) : Mme la députée.
Mme Massé :
Sur la question comme telle des... Merci de cette réponse. J'ai peut-être...
J'en suis désolée, M. le ministre, j'ai peut-être manqué votre dernière phrase, mais j'étais sur la
question du développement massif pour être capable d'aller chercher
le pétrolier et le gazier dans le shale, dans les shales...
Arcand :
...ressource optimale, c'est ça?
Mme Massé :
La ressource optimale, oui.
Arcand : Oui, bien...
Mme Massé : Ça
veut donc dire qu'il va y avoir pas mal de trous.
Arcand : D'abord, vous savez, c'est une expression qu'on
emploie dans le domaine minier, mais c'est une expression qui, dans le domaine des hydrocarbures, a également
été employée et qui est courante, O.K., on parle de ça. J'ai répondu ce matin au député de
Gaspé, qui m'a dit : Ça veut dire que, pour faire de la ressource
optimale, vous devrez avoir
uniquement de la fracturation, parce qu'on a du shale, et c'est de la
fracturation seulement. Écoutez, le projet de Junex, c'est du forage traditionnel. Le projet de Bourque, c'est du
forage traditionnel. Il y a le projet d'Anticosti dans lequel il y a de la fracturation possible, mais ce que je
veux dire, c'est que ce n'est pas nécessairement de la fracturation, «ressource optimale» ne veut pas nécessairement
dire... Dans la mesure où, encore une
fois, comment je vous dirais ça, le...
Quand on parle de «ressource optimale», ça n'a rien à voir avec le nombre de
trous, ou la méthode, ou la façon de faire, c'est vraiment une
expression consacrée qui est utilisée, et ce n'est pas un indice, là, des
choses à venir.
Massé : Mais, M. le ministre, vous connaissez beaucoup, vous, d'applications, d'endroits au monde... Et
je dis bien «au monde», parce que le
schiste n'est pas seulement qu'au Québec, il est au Maroc, il est aux États-Unis,
il est partout. Vous connaissez,
vous, des endroits... Et là je pense aux gens qui nous écoutent, là, tu sais,
des gens que c'est sur leur terrain,
c'est leur terrain qui est claimé. Ces gens-là, dans la vallée du Saint-Laurent ou en Gaspésie, peu importe, ces gens-là, on ne peut pas leur dire, quand même, que, s'il y a du développement gazier ou pétrolier sur leur terrain, parce que plus loin on va réapprendre que le sous-sol ne
leur appartiendra plus, mais le terrain va quand même leur appartenir... Ça,
ce n'est pas rien qu'un trou, là. Toutes les expériences à travers le monde...
Et on voit, là. Juste à faire «gaz de schiste» sur Internet, vous allez voir, là, c'est des champs de trous avec
l'ensemble de la mécanique. Et ça, c'est pour ça, quand je retourne à
mon «émission fugitive», c'est que je veux que les gens soient conscients que
ce n'est pas juste un trou comme à l'époque
où c'était du pétrole conventionnel, où tu faisais floup! puis ça sortait, puis
c'était fini. Anticosti, c'est le
cas, là. Quand on parle d'extraire le pétrole ou le gaz de schiste, ça veut
dire une multitude de puits. Et ça, c'est important qu'on se le dise.
Est-ce que je me trompe ou c'est... je ne
con