Institutions — 24 November 2015 (41st Legislature, 1st Session)
CI 2015-11-24
Quebec — Committees
(Dix-sept
heures quatre minutes)
Président (M. Marceau) :
Alors, à l'ordre, s'il vous plaît! Ayant constaté le quorum, je déclare la séance
de la Commission des institutions
ouverte. Veuillez, s'il vous plaît, vous assurer que vos appareils électroniques
sont en mode silencieux afin de ne pas perturber nos travaux.
Alors,
je vous rappelle que la commission est réunie afin de procéder à l'étude détaillée du projet de loi
n° 59, Loi édictant la Loi concernant la prévention et la lutte contre les
discours haineux et les discours incitant à la violence et apportant diverses
modifications législatives pour renforcer la protection des personnes.
Alors, Mme la
secrétaire, est-ce qu'il y a des remplacements?
La Secrétaire :
Oui, M. le Président. M. Kotto (Bourget) remplace Mme Hivon (Joliette).
Le Président (M.
Marceau) : Parfait. Merci. Alors, lors de notre première séance, nous
avions procédé à une discussion de nature
générale sur l'article 1 édicté par l'article 1 du projet de loi. Mme la ministre avait également présenté un amendement à l'alinéa deux de ce même
article. Toutefois, pour la bonne marche de nos travaux et puisqu'il y avait eu une demande d'étudier les
articles édictés par l'article 1 du projet
de loi alinéa par alinéa ou paragraphe
par paragraphe, je vous propose donc de suspendre, à ce stade-ci, l'étude de
cet amendement et de débuter l'étude du premier
alinéa de l'article 1. Ainsi, nous pourrons également
étudier, s'il y a lieu, les
amendements proposés à cet alinéa si cela vous convient. Je vous donne
la parole, Mme la ministre.
Mme Vallée Bien,
en fait, M. le Président, le premier alinéa a été lu, et donc simplement... En
fait, on a fait une discussion quand même assez exhaustive. Juste rappeler pour
le bénéfice de ceux et celles qui nous écoutent que le premier alinéa de l'article 1 se lit comme suit : «La présente
loi a pour objet d'établir des mesures de prévention et de lutte contre
les discours haineux et les discours incitant à la violence.»
Président (M. Marceau) : Parfait. Est-ce qu'il y a des commentaires?
Oui, Mme la députée de Taschereau.
Maltais : Merci, M. le Président. J'ai failli dire Mme la
Présidente. C'est bien, on vous aurait inclus dans le féminin, M. le
Président.
Évidemment,
au départ, on discute dans ce premier
article d'une nouvelle loi. Et le
titre
de la nouvelle loi que vient de la
lire la ministre dit que c'est un projet de loi qui «a pour objet d'établir des
mesures de prévention et de lutte contre les discours haineux et les discours incitant à la violence». J'aimerais
d'abord, vu que c'est une nouvelle loi complètement qu'on aborde, que la
ministre nous dise quel endroit dans le monde ou quelle loi lui a servi de
modèle. Parce qu'il est d'usage, quand on a des nouvelles lois, de nouveaux
corps législatifs, qu'on sache d'où est l'inspiration, qu'on aille voir
qu'est-ce qui se fait ailleurs. Il y a sûrement une inspiration dans le monde,
j'aimerais savoir d'où ça vient.
Le Président (M.
Marceau) : Merci. Mme la ministre.
Mme Vallée :
En fait, comme je l'ai mentionné, M. le Président, lors de notre entrée en
matière lors des consultations, ce projet de loi s'inspire, dans un premier
temps, d'un certain nombre de recommandations qui ont été formulées au cours des dernières années par
différents organismes, notamment par la commission des droits de la
personne et de la jeunesse, qui, dans le cadre des consultations sur
l'intimidation, a demandé d'encadrer toute la question des discours haineux et
des discours incitant à la violence. Alors, dans un premier temps, on a la
commission qui a fait cette recommandation.
a dans le projet de loi, M. le Président... on parle beaucoup de discours
haineux, mais on oublie aussi de référer à toutes les autres dispositions
que l'on retrouve au projet de loi et qui visent également la protection des
personnes, donc des mesures que nous verrons
plus tard concernant notamment les mariages forcés, les violences commises sur
une conception de l'honneur, bref, une série de mesures qui sont de nature à
porter atteinte à ceux et celles qui en sont victimes, évidemment.
Mais, pour ce qui est
de la loi, évidemment, les légistes se sont, évidemment, inspirés de
différentes pièces législatives qui existent
et qui ont permis, sur la base des recommandations de la commission, de nous
préparer un projet de loi qui encadrait la tenue d'un tel discours.
Maltais : M. le Président, je comprends, la ministre nous a
parlé, effectivement, du plan de lutte à la radicalisation.
Là, on est rendus dans la lutte à l'intimidation. Ça, ça m'étonne parce que,
normalement, c'est une loi qui découle
du plan de lutte à la radicalisation. Là, on amène comme justificatif que c'est
la CDPDJ qui voulait ça dans le cadre d'un
plan de lutte à l'intimidation, mais enfin on reviendra là-dessus parce que
c'est déjà une affirmation qui m'étonne.
Mais
ma question, ce n'était pas celle-là. Ma question, c'est : Avant d'en
arriver à déposer une nouvelle loi... Quand on entre véritablement dans des lois complètement nouvelles, en général
on s'inspire de modèles ailleurs, à l'étranger, ce qui permet, en
général, aussi de comprendre quels ont été les impacts, qu'est-ce que ça a
donné, comment ça a été traité, comment on a
géré, justement, l'application de cette loi qui limite la liberté d'expression.
Alors, quel est le modèle? Est-ce qu'il y a un modèle ou si on est, tout
à coup, les premiers au monde à vouloir limiter la liberté d'expression en
proscrivant le discours haineux?
Le Président (M.
Marceau) : Mme la ministre.
Vallée : M. le Président, je pense que la députée de Taschereau
sait très bien que nous ne sommes pas les premiers à légiférer en
matière de discours haineux. D'autres législatures ont encadré de différentes
façons. Certaines ont inséré à même leur
constitution, d'autres, par exemple, comme la Saskatchewan, hein... Parce que
l'arrêt Whatcott a défini et encadré
le discours haineux, parce qu'il y avait à l'intérieur des dispositions
législatives de la Saskatchewan des dispositions qui interdisaient
également en Saskatchewan la tenue de tels discours.
Alors,
évidemment, M. le Président, le Québec a sa Charte des droits et libertés de la
personne, a un organisme qui est la commission des droits de
la personne et de la jeunesse qui est encadrée par une loi-cadre. Nous avons
déjà des dispositions en cours, alors il
était tout à fait... Cette loi permet d'arrimer la volonté d'encadrer la
question du discours haineux sans créer de nouveaux organismes, sans
créer de nouvelles structures, mais en insérant et en donnant cette mission additionnelle à la commission des droits
de la personne et de la jeunesse, qui a toute cette expertise là
d'assurer le respect et l'équilibre entre le
respects des droits... donc, en l'occurrence ici, entre la liberté d'expression
et la protection des droits garantis.
Alors, il y a différentes dispositions provinciales, notamment, qui existent et
qui portent sur les propos haineux, sur
les propos discriminatoires. Alors, il y en a en Saskatchewan, il y en a en
Alberta, il y en a dans les différentes provinces. Évidemment, nous avons notre spécificité, notre organisme qui
est la commission des droits de la personne. Alors, nous avons fait le
choix d'encadrer le tout de la façon qui vous est présentée.
Le Président (M.
Marceau) : Merci...
Vallée : Mais, M. le Président, je tiens quand même à
mentionner : Le concept de discours haineux, là, ce n'est pas un
concept qui est nouveau de juin 2015, là. C'est un concept qui est bien défini
par la jurisprudence, par la Cour suprême notamment, dans deux décisions
importantes, l'affaire Whatcott et l'affaire Taylor.
Le Président (M.
Marceau) : Merci.
M. Merlini :
M. le Président, j'aurais une question...
Le Président (M.
Marceau) : Oui, M. le député de La Prairie.
M. Merlini :
Oui. En vertu de l'article 215, il y a toute une période qui est impartie à
l'étude paragraphe par paragraphe lors d'un article. On a déjà passé
passablement de temps à faire une discussion générale sur l'ensemble de l'article 1, donc je demande une question de
directive à savoir combien de temps reste-t-il exactement aux différents
groupes parlementaires pour poursuivre l'étude qu'on fait présentement. Là,
présentement, on y va sur le premier paragraphe.
Mais, étant donné qu'on a déjà commencé, c'est du temps qui est imparti puis
qui a été utilisé, là, on ne peut pas simplement faire une discussion
d'ordre général, les remarques préliminaires étant prévues pour cet effet-là.
Alors, j'aimerais avoir une directive à cet effet, s'il vous plaît.
Président (M. Marceau) : Donc, très bonne question. Et la directive,
elle est très simple, là, c'est que les temps de chacun des
parlementaires autour de cette table sont de 20 minutes par alinéa, et, à ce
jour, bien là je crois que quelques minutes ont été utilisées par la députée de
Taschereau, et c'est tout.
M. Merlini :
Mais le temps qui a été utilisé à la discussion générale portait sur l'article
1. En vertu de l'article 215, c'est du temps qui est utilisé...
Le Président (M.
Marceau) : Oui, écoutez, je...
Merlini : Si vous prenez... il y a trois paragraphes, incluant les
amendements, donc ça donnerait un 60 minutes par député. Alors, il y a du temps qui a été utilisé à cette fin-là. Je
veux juste avoir une directive à savoir si le temps est compté ou on
reprend à zéro. Parce que, si on reprend à zéro, bien là ça prend une directive
parce qu'il n'y a pas de jurisprudence à cet
effet. Il n'y a rien dans le règlement qui dit qu'une discussion générale est
permise de façon ouverte, là, c'est pour ça qu'il y a des remarques
préliminaires faites au début de chaque étude.
Président (M. Marceau) : Ce que je comprends de ce qui s'est déroulé
lors de la première séance, c'est qu'une discussion d'ordre général
s'est tenue qui a été, d'une certaine façon, entérinée par le président de la
commission et que cette discussion a débuté,
donc, la semaine dernière et s'est close la semaine dernière. Elle est
désormais close, cette discussion, et, aujourd'hui, nous entreprenons
l'étude systématique de l'article 1 alinéa par alinéa, et donc ce qui s'est
déroulé la semaine dernière et les temps qui ont été utilisés la semaine
dernière ne sont pas comptabilisés dans l'étude alinéa par alinéa.
M. Merlini : O.K. C'est la directive
que je souhaitais savoir de votre part.
Le Président (M. Marceau) : Donc, on
part à, si vous voulez, les compteurs à zéro pour chacun des alinéas.
M. Merlini : O.K. Merci, M. le
Président.
Le Président (M. Marceau) : Pas de
problème. Mme la députée de Taschereau.
Maltais : Merci,
M. le Président. Je comprends donc
qu'il n'y a, à l'heure actuelle, aucune législation sur le discours
haineux que la ministre ne puisse me citer à l'extérieur des provinces
canadiennes. J'attends toujours parce que je m'attends à une inspiration. D'ailleurs,
c'est une nouvelle loi, c'est un nouveau corpus complet, là, ce n'est
pas juste... Alors donc, la seule inspiration, ce sont les provinces
canadiennes. Je n'ai pas de problème avec ça, mais je veux juste que ce soit
clair.
Le Président (M. Marceau) : Merci. Mme
la ministre.
Mme Vallée : Le concept du discours haineux se retrouve dans
bien des législations, notamment les législations canadiennes. Tout à fait normal lorsqu'il vient le temps de regarder et
d'encadrer une forme de discours comme le discours en question, discours haineux et discours incitant à la
violence, de regarder ce qui se fait au Canada et qui a pu aussi
faire l'objet de décisions des tribunaux, notamment de la Cour suprême. Je
pense qu'il était sage... et il aurait été risqué et peut-être même téméraire de ne
pas se fier aux enseignements de la Cour suprême qui encadraient le type de
discours. Donc, M. le Président, oui, disposition nouvelle, certes, dispos