Institutions — 28 March 2023 (43rd Legislature, 1st Session)
CI 2023-03-28
Quebec — Committees
(Dix
heures deux minutes)
Président (M. Bachand) :
À l'ordre,
s'il vous plaît! Bonjour, tout le monde. Ayant constaté le quorum, je déclare
la séance de la Commission des institutions ouverte. Je vous souhaite la
bienvenue.
La commission est
réunie afin de poursuivre les consultations particulières et auditions
publiques sur le projet de loi n° 12, Loi portant sur la réforme du droit de la famille
en matière de filiation et visant la protection des enfants nés à la
suite d'une agression sexuelle et des personnes victimes de cette agression
ainsi que le droit des mères porteuses et des enfants issus d'un projet de
grossesse pour autrui.
Avant de débuter, Mme
la secrétaire, y a-t-il des remplacements?
Secrétaire : Non, M. le Président, aucun remplacement.
Président (M. Bachand) : Merci. Alors,
nous entendrons aujourd'hui Me Michel Tétrault, l'Association des
jeunes... des juristes progressistes, mais nous allons d'abord commencer avec
Me Kirouack, de l'Association des avocats et avocates en droit de la
famille... en droit familial du Québec, pardon.
Merci
beaucoup d'être avec nous ce matin, grand plaisir. Alors, vous connaissez les
règles, un petit 10 minutes de
présentation, puis après ça on aura un échange avec les membres de la
commission. Me Kirouack, la parole est à vous.
Mme Kirouack (Marie-Christine) : Alors,
merci à tous. Vous devez avoir reçu tant le mémoire de l'association que
le tableau comparatif qui se trouve comme être la suite de ce que l'association
avait pondu en regard du projet de loi n° 2. Avant que j'oublie, la
présidente de l'association s'excuse, elle a été demandée devant la Cour
supérieure ce matin, donc elle ne peut pas être présente par voie de
vidéoconférence. Je n'entends pas couvrir tous les points du mémoire, mais je
vous dirais ce qui est le plus important, vu le temps relativement court.
Donc,
on va commencer par l'article 113.1 qui prévoit... qui extrait dorénavant
une obligation à la mère qui a donné naissance de déclarer la filiation
à l'égard de son enfant. Avec égard, on comprend mal la discrimination d'une
telle disposition. Si tant est qu'il doive y
avoir une obligation à la loi, pourquoi est-ce que ce n'est pas à l'égard des
deux parents et juste à l'égard des mères?
Et on va recouper
immédiatement avec le nouvel
article 523, que vous trouverez à la
page 12 du mémoire, puisque le
législateur entend ainsi insérer toute une série de nouvelles règles, et je
m'attarde à la première proposition, c'est-à-dire
que la filiation, désormais, s'établirait à l'égard de la mère gestante, soit
la mère qui a donné naissance, OK, indépendamment de la réalité juridique. Et
je vais recouper tout de suite, parce que le projet de loi, effectivement,
couvre la question des grossesses pour
autrui, cas de figure n° 1, parce qu'on sait que le projet de loi permet,
n'est-ce pas, à la mère porteuse de changer d'idée jusqu'à la
30e journée suivant la naissance.
de figure n° 1, elle est enceinte suite au don de sperme du
père prospectif, OK, ou par insémination artificielle. Donc, dans ces
cas-là, on va se ramasser avec la règle de la filiation par le sang, qui sera
la mère légale, la mère porteuse qui a donné naissance et le père prospectif
par le biais des règles de la filiation.
Scénario n° 2, toujours en vertu de 523 qui est devant vous, la mère
porteuse porte l'ovule, n'est-ce pas, et le sperme qui ont fait l'embryon, qui
ont été implantés de la part du couple prospectif. La mère porteuse n'a donc
aucun lien génétique avec l'enfant, et pourtant 523 vient nous dire que la mère
légale sera la mère qui a accouché, donc la
mère porteuse, et on se ramasse avec le même scénario, le père prospectif
pourra, lui, établir sa filiation puisque cela aurait été son sperme...
scénario numéro... et la mère prospective dont c'est l'ovule n'aura aucun
statut légal.
On pousse le
raisonnement. Troisième scénario : la mère porteuse devient enceinte suite
à un embryon, effectivement, qui a été implanté de l'ovule de la mère
prospective et du sperme d'un donneur, et on se ramasse dans la situation où la mère porteuse sera la seule
mère légale puisque la mère prospective n'a pas donné naissance, et pourtant,
c'est son enfant génétique, la mère porteuse n'ayant aucun lien génétique
directement ou indirectement avec la filiation.
Je comprends que,
dans tout temps, la filiation légale ne recherchait pas nécessairement la
réalité biologique, mais je vous soumets que
c'est impensable d'avoir un enfant qui est né des gamètes du couple prospectif,
avec laquelle la mère porteuse n'a aucun lien, et c'est la mère porteuse
qui va devenir la mère légale. On a le même problème ici. 113.1 et 523, c'est
la mère prospective ou c'est la mère, à 113.1, à qui on donne des obligations
qui ne semblent pas s'appliquer à l'autre membre du couple.
ailleurs, et toujours en lien avec l'article 523, l'autre question,
c'est : Si l'article 523 nous dit qu'effectivement
la filiation se prouve, et je sais qu'il est au deuxième rang après l'acte
de naissance, bien là, qu'est-ce qui se passe des filiations en matière d'adoption? L'acte de naissance
en fera foi. Mais on a quand même un
article 523 où le bât blesse
en matière d'adoption.
Pour ce qui est de
l'autre parent, c'est-à-dire, il y aurait l'insertion d'une nouvelle règle, et
je dois vous dire que l'association est un peu embêtée, le législateur
viendrait insérer, n'est-ce pas, la déclaration par l'autre parent, n'est-ce
pas, la déclaration de naissance, qui n'est, avec égard, qu'un simple
formulaire administratif qui est envoyé au Directeur de l'état civil pour que
celui-ci dresse, sans délai, et c'est ce que prévoit l'article, n'est-ce pas,
l'acte de naissance. Au surplus, lors de l'adoption du projet de loi n° 2,
le législateur a, et avec raison, on s'en réjouit, permis désormais, n'est-ce pas, aux conjoints de fait de
déclarer la naissance à l'égard de l'autre parent dans la déclaration de naissance. Donc, d'une part, on a toute une série
de déclarations de naissance où l'autre parent n'aura pas, effectivement,
reconnu, et, deux, on comprend difficilement l'insertion, pour une très courte
période, dans un mode de preuve, d'un formulaire
administratif dont le seul objectif est de dresser l'acte de naissance. Il y a
une difficulté. Et je soumets au législateur qu'effectivement il y aurait lieu
de réfléchir sur cette question.
Pour ce qui est de la
possession d'état, qui fait en sorte que... la possession d'état et l'acte de
naissance, je vais vous dire, l'association n'est pas nécessairement en accord
avec le fait qu'on a choisi le 24 mois de la fourchette jurisprudentielle
qui est du 16 au 24. 16 mois permettait aussi aux tribunaux, je vous
dirais, selon les faits... Parce que
24 mois, ça veut dire que le père génétique pourrait arriver la veille du
deuxième anniversaire et réclamer sa filiation à l'égard d'un enfant
qu'il n'a jamais vu, que l'enfant n'a jamais vu, qu'il n'y a aucun lien de
quelque nature que ce soit. Ça nous semble
une période longue et on eut préféré que le législateur garde ce qui a été
développé en jurisprudence et permettant ainsi une espèce de discrétion
à l'égard de quels sont les faits au dossier.
Section II. De
la filiation des enfants issus d'une procréation impliquant la contribution
d'un tiers.
L'article 13 du projet de loi viendrait modifier
l'article 538, et, avec égard, le fait que le législateur veut remplacer
l'expression actuelle de «forces génétiques» par «matériel reproductif» crée
problème, d'une part. Et, je vous dirais, M.
le ministre, là, je ne pense pas qu'il est l'intention du législateur d'écarter
le don d'embryons, puisque c'est permis spécifiquement au règlement
québécois, mais il faut comprendre que l'article 3 sur la procréation
assistée définit ce qu'est du matériel
reproductif et le matériel reproductif n'inclut pas l'embryon congelé. Or, on
sait qu'il y a effectivement des dons d'embryons surnuméraires, et cette
expression-là peut ou pourrait, à tout le moins, créer problème.
On constate aussi que
le législateur inscrit une présomption à l'égard des naissances gémellaires et
on croit que, dans ces cas-là, c'est pour
pouvoir couvrir tous les cas de superfécondation hétéropaternelle. Pour ceux
qui ne savent pas ce que c'est, je
vais vous expliquer qu'il arrive parfois que la nature fasse en sorte qu'une femme
produise deux ovules, n'est-ce pas, lors de son cycle, qui sont
fécondés par deux hommes différents, OK? Donc, à ce moment-là, ce que je
comprends, c'est qu'à partir du moment où la règle s'applique on ne pourrait
pas ouvrir le débat quant à une disparité au niveau de la paternité.
Le don par relation
sexuelle. Écoutez, je félicite le projet de loi de finalement écarter l'espace,
là, la zone floue, le flou artistique qu'on avait, à savoir qu'en matière de
don par relation sexuelle chacune des parties pouvait comme changer d'idée
durant la première année. On pense que c'est à bon escient que cette portion-là
de l'article va disparaître, et on s'en réjouit parce que, sans ça, on n'est
pas certains de qui, effectivement, sont les parents de cet enfant-là, passé
une certaine période.
De la même façon que,
si vous allez... Les articles 539.1 à 541 sont abrogés. Je dois vous dire
que, de... sur la même idée, l'abrogation de 539.1 et de 578.1, on félicite le
législateur. On avait toujours trouvé difficile d'essayer de comprendre la
portée et l'application de cet article, qui ne s'applique, je vous le répète,
qu'en matière de conjoints de même sexe. OK.
Pour ce qui est
maintenant du projet parental impliquant une grossesse pour autrui, et au
risque de répéter certains des propos que nous avons obtenus lors du projet de
loi n° 2, mais, depuis ce temps-là, on a eu plus de temps, donc j'ai fait plus de recherches. Je
remercie, d'ailleurs, qu'on ait eu plus de délais pour savoir quand aura lieu la commission parlementaire, ça permet d'organiser
nos fins de semaine. OK. Vous savez, les données réelles sur combien on a de mères porteuses sont difficiles à
trouver, OK, qui... qui, effectivement, fait quoi. On sait, par ailleurs,
que... Il y a plusieurs articles dans les journaux récemment. J'ai appris
qu'apparemment des gens de l'étranger venaient
ici, effectivement, pour faire des enfants par grossesse pour autrui. OK. Par
contre, ce qu'on sait, c'est qu'il y a des risques inhérents à toute femme,
effectivement, de mener à bien une grossesse, un certain pourcentage de
dépression, effectivement, prénatale, c'est-à-dire durant la grossesse,
10 % à 20 % qui auront une dépression post-partum. Cette proportion
augmente à 30 % quand on parle des jeunes femmes qui ont moins de
25 ans. Et une à deux femmes sur 1 000 feront une psychose
post-partum. 15 % des femmes ont des symptômes de bipolarité, alors
qu'en... dans la population, en générale,
c'est 1 % à 2 %. Et à cela s'ajoute que le taux de mortalité
périnatale chez les femmes augmente...
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup,
Me Kirouack. On est...
Mme Kirouack
(Marie Christine) : ...et ne diminue pas.
Président (M. Bachand) : ...on est maintenant rendus à la
période d'échange.
Mme Kirouack (Marie-Christine) : Nous
devons donc tenir pour acquis qu'il y a effectivement des contrats, des
conventions de grossesse pour autrui où la mère porteuse va décéder. C'est
statistiquement...
Le Président (M. Bachand) : Merci,
maître. On est déjà rendus à la période d'échange. M. le ministre, s'il vous
plaît.
Jolin-Barrette : Oui. Bonjour, Me Kirouack.
Mme Kirouack
(Marie-Christine) : Bonjour.
Jolin-Barrette : Merci de venir en commission parlementaire. Vous êtes
une habituée maintenant. Merci également pour le mémoire fort volumineux, on va
le... prendre analyse. Puis merci d'avoir fait l'analyse
article par article,
que vous avez jointe, également, donc, ça va nous aider là-dedans.
Juste
pour continuer sur ce que vous disiez par rapport aux conditions des mères
porteuses, là, vous disiez : Il y a des risques, notamment, à la grossesse
pour autrui, notamment des risques de mortalité plus grande, risques de
dépression post-partum, des impacts aussi. La position de l'association,
est-ce que vous préféreriez qu'on ne permette pas la conclusion de contrats de
grossesse pour autrui, connaissant le risque et connaissant aussi le fait que
ça se fait? Nous, on a pris l'approche où est-ce qu'on veut l'encadrer, mais
pas l'encourager, en mettant des règles très strictes.
Mme Kirouack
(Marie-Christine) : La position de l'association, c'est que le projet
de loi ne va pas assez loin, OK? Pour nous, les parents prospectifs, qui, par
ailleurs, ne courent aucun risque de quelque nature que ce soit, devraient être
tenus de prendre une assurance vie au bénéfice des enfants et/ou du conjoint ou
de la conjointe de la mère porteuse et devraient être tenus de prendre une
assurance invalidité sur leurs propres deniers. Il y a lieu de garantir, cette femme-là, que, si elle devient
invalide, partiellement, complètement, de façon temporaire, effectivement
elle puisse bénéficier de prestations d'invalidité.
Jolin-Barrette : Et cette prestation-là d'invalidité ou cette
assurance vie là, vous la chiffreriez à quel montant?
Parce qu'on sait qu'en matière d'assurance on analyse la santé de la personne,
on analyse les facteurs de risques également puis le montant est
corrélatif de la... en fait, de la prime... bien, pas de la prime, mais du
montant versé de l'assurance, donc dans...
Mme Kirouack
(Marie-Christine) : Je n'en ai aucune idée, M. le ministre. Mais, je
vais vous dire, à la limite, ce n'est pas
terriblement pertinent à partir du moment où j'ai des parties qui signent une
convention qu'une personne va subir tous les risques, qu'ils en assument
financièrement, ces risques-là.
Jolin-Barrette : Mais il y a un enjeu financier aussi pour les parents
d'intention si, supposons, c'est assuré pour 2 millions de dollars.
Mme Kirouack (Marie-Christine) :
Je comprends ce que vous dites, M. le ministre, mais moi, moi, OK,
probablement mes réflexes de juriste, je vais vers la partie, effectivement,
OK, qui va avoir à assumer ces risques-là, si les parents prospectifs, OK,
n'ont pas les moyens de payer ça, bien, il faudra trouver une autre solution,
OK, que ce soit un régime étatique, que ça soit quoi que ce soit. Mais je ne
vois pas pourquoi c'est la mère porteuse à qui on devrait dire : Bien,
c'est vous qui allez prendre les risques et, si vous êtes invalide, bien, vous
assurez. Je m'excuse, là, mais je n'irai pas là.
M. Jolin-Barrette : Sur la question,
justement, de la convention de grossesse pour autrui, l'association est contre
le fait que ça soit une convention notariée. Pourquoi?
Mme Kirouack
(Marie-Christine) : Absolument. Et l'association, en plus, est à
l'effet que non seulement ça ne devrait pas
être une convention notariée, mais il devrait être obligatoire, comme le
demande d'ailleurs le centre de reproduction
de McGill, que chacune des parties ait des conseillers juridiques indépendants
vu l'ensemble des enjeux.
Jolin-Barrette : Et pourquoi pas la convention notariée? C'est quoi...
C'est quoi, l'enjeu avec le fait d'avoir un tiers neutre?
Mme Kirouack
(Marie-Christine) : Écoutez, les avocats font des conventions en
matière de procréation assistée depuis des décennies, alors je ne vois pas
pourquoi on perdrait un champ de compétence qu'on a toujours eu. Et, par
ailleurs, je juge important que chacune des parties, c'est-à-dire le couple
prospectif et la mère porteuse, ait les conseils de conseillers juridiques
indépendants.
Jolin-Barrette : Mais il n'y a rien qui empêche les parties d'aller
conseiller... d'aller chercher un conseil juridique
indépendant aussi, même dans le cadre de la convention. Mais... Parce que, là,
vous m'amenez un argument corporatiste de la part du fait que les
avocats en font...
Mme Kirouack
(Marie-Christine) : C'est bizarre, hein, M. le ministre...
Le Président (M.
Bachand) : S'il vous plaît, s'il vous
plaît, s'il vous plaît! Parce que, juste, il faut vous entendre
individuellement. M. le ministre, oui, allez-y.
Jolin-Barrette : Allez-y.
Mme Kirouack
(Marie-Christine) : Avec égard, M. le ministre, OK, vous avez un
projet de loi où on décréterait que, du jour au lendemain, je ne peux plus
faire des conventions. Je ne suis pas sûre que c'est corporatif de soulever le
fait : Comment se fait-il que je suis compétente aujourd'hui puis que je
ne le serai plus si le projet de loi passe? Je le flippe, là. Je veux dire,
l'argument contraire, c'est que c'est très corporatiste pour les notaires de
demander que ça soit un acte notarié. Je ne suis pas sûre que...
Jolin-Barrette : Bien, en fait, il y a des garanties juridiques en
lien avec l'acte notarié, notamment l'âge de la femme, le fait que la
déclaration ne puisse pas être antidatée non plus. Il y a certains arguments
qui militent en faveur d'une convention notariée aussi.
Mme Kirouack (Marie-Christine) : Vous
présumez qu'on ne vérifie pas l'âge des clients qu'on a, M. le ministre.
Jolin-Barrette : Ce n'est pas ça que j'ai dit, mais, au Québec...
Mme Kirouack
(Marie Christine) : Mais c'est parce que...
M. Jolin-Barrette :
...au Québec, théoriquement, le contrat est nul présentement. Donc, vous me
dites : On a développé une expertise de convention entre les parties pour
la grossesse pour autrui sur des contrats qui n'étaient pas exécutoires. C'est
ça que je comprends.
Mme Kirouack
(Marie-Christine) : Ce que je vous dis, c'est qu'effectivement on a
une expertise, effectivement on en fait. Me Brown, qui est ici, en fait depuis
les années 80. Et je ne vois pas pourquoi, tout à coup, on perdrait une
compétence. Et le fait de soulever ça n'est pas corporatiste pour moi, par
ailleurs.
Et, pendant qu'on est
sur la convention, qu'elle soit notariée ou sous seing privé, on se pose
sérieusement la question de savoir pourquoi il faut que ça soit envoyé au Directeur
de l'état civil. Ça inclut des informations terriblement sensibles et
confidentielles aux parties. Quant à nous, effectivement, là, la déclaration
comme quoi que la mère porteuse reconnaît, n'est-ce pas, que son lien de
filiation ou acquiesce à ce que son lien de filiation soit présumé n'avoir
jamais existé est suffisant.
Jolin-Barrette : L'autre aspect sur la convention notariée, c'est
qu'il y a une force probante en matière de
preuve aussi, ce qui n'est pas le cas avec une convention entre
deux parties uniquement lorsque ce n'est pas notarié.
Mme Kirouack
(Marie-Christine) : Oui, mais là vous parlez d'un débat devant les
tribunaux, et là on va se ramasser une inscription en faux à savoir ce qui
relève de... n'est-ce pas, ce que le notaire a mission de constater et ce qui
ne relève pas de sa mission.
Jolin-Barrette : Mais essayons d'éviter de se retrouver devant les
tribunaux. Je voulais vous entendre sur la question des agressions sexuelles
menant à la naissance d'un enfant issu d'une agression sexuelle, votre opinion
entre la rupture du lien de filiation versus la déchéance de l'autorité
parentale. Qu'est-ce que vous privilégiez?
Mme Kirouack (Marie-Christine) :
Écoutez, il est clair que nous privilégions, c'est ce qui est retenu par
beaucoup de forums, effectivement, et beaucoup de législatures, c'est-à-dire,
qu'il y ait une reconnaissance du lien de filiation et qu'il y ait du même
coup, n'est-ce pas, le retrait de l'ensemble... une déchéance de l'autorité
parentale complète et non révisable, et je
vais plus loin, et une ordonnance de protection en vertu de 509 et de
non-communication. D'ailleurs, il y aurait lieu de modifier 509 qui permet
juste une durée de trois ans de telles ordonnances. Ça a l'avantage
d'être simple, de donner à l'enfant immédiatement tous les droits liés à sa
filiation. Ça ne reconnaît au père aucun droit en termes d'accès et de garde,
d'information ou de quelque nature que ce soit, parce qu'on a une déchéance
d'autorité parentale complète. On a des difficultés avec ce qui est proposé,
notamment, parce que, là, on propose une indemnité auquel l'agresseur devrait
contribuer au besoin à... Est-ce que c'est une pension alimentaire? Non, ce
n'en est pas une. Est-ce que, donc, ça disparaîtrait avec la faillite? Oui.
Est-ce que ça implique l'indemnité, qu'elle soit versée de façon forfaitaire?
Dans son libellé actuel, oui, si je fais un pendant avec les autres indemnités
qu'on trouve au Code civil.
Par ailleurs, pour ce
qui est de la capacité d'hériter ab intestat de l'enfant, vous savez, un des
devoirs du liquidateur en vertu du Code civil, c'est de chercher les
successibles. Avec égard, M. le ministre, si cet article-là rentre en vigueur tel quel, tous les liquidateurs
au Québec d'une succession d'un de cujus mâle devront faire un avis public
cherchant ses enfants dont le lien de filiation n'est pas reconnu parce que ça
fait
partie de leurs obligations. Dans de vastes
cas, n'est-ce pas, les proches de la famille ou le liquidateur ne sait pas si
monsieur a ou n'a pas agressé quelqu'un et si un enfant est ou n'en est
pas né. Ça me semble compliqué, tout l'ensemble des règles en matière de
liquidation successorale, inutilement, alors
qu'on aurait pu faire directement quelque chose de très simple. Parce que,
l'obligation alimentaire, on sait comment ça se calcule, parce qu'en
plus, à la limite, c'est révisable sur toute forme de changement et non pas ce
qui est prévu au projet de loi, là, s'il y a un changement important et ce type
de choses là.
Jolin-Barrette : Mais, en fait, je vous dirais deux choses.
Actuellement, là, lorsqu'il y a une succession, là, par dévolution
légale, là, bien, on ne sait pas, les messieurs, s'ils ont eu d'autres enfants.
C'est le cas d'un liquidateur actuellement...
Mme Kirouack (Marie-Christine) : Oui.
M. Jolin-Barrette : ...on ne sait
pas si monsieur avait des activités extraconjugales puis il a eu des enfants.
Mme Kirouack (Marie-Christine) : Oui.
Je vous l'accorde, mais, en ce moment, il y a des secrets d'alcôve.
Jolin-Barrette : Écoutez, je vous dirais que chaque cas est un cas
d'espèce, puis ça dépend de chaque famille, puis, comme on dit, tout le
monde a sa réalité, ça fait que ce n'est pas tant différent.
Sur la question de la filiation puis de la
pension alimentaire, il y a beaucoup de groupes qui nous ont dit :
Écoutez, ce qu'on veut éviter, c'est qu'il y ait le maintien d'un contact ou
d'un contrôle entre le violeur et la femme qui est agressée sexuellement. Donc,
on est partis notamment de là pour faire en sorte justement d'éviter qu'il y
ait une récurrence au niveau de la pension,
si on utilisait la pension alimentaire avec montant qui est versé, supposons,
aux deux semaines. Donc, l'indemnité vise justement à faire ça. Par
ailleurs, il y a l'IVAC également qui verse un montant, une somme pour un
enfant qui est issu du viol.
Puis ce qu'on nous disait aussi, c'est que, dans
cette situation-là, on voulait laisser le choix aux femmes de dire : Est-ce que, oui, je maintiens la
filiation avec déchéance d'autorité parentale, où est-ce qu'on facilite le
recours, là, il pourrait y avoir ouverture à la pension alimentaire, ou
on lui donne le choix aussi de dire : Bien, écoutez, non, je ne veux pas
qu'il y ait de lien de filiation puis je veux que ça soit complètement coupé
aussi? Tu sais, on vient donner une certaine
autonomie à la femme qui a été violée relativement à ça. Donc, elle aura le
choix de prendre la voie qui lui convient le mieux en fonction de sa
situation particulière. Parce que moi, je les comprends aussi de dire :
Bien, je ne veux plus aucun contact puis je ne veux pas juste la déchéance
d'autorité parentale.
Mme Kirouack (Marie-Christine) : Bien,
c'est-à-dire qu'à partir du moment où il y a déchéance complète d'autorité
parentale puis qu'en plus il y a 509 il n'y en a pas, de contact, et madame
pourra toujours décider qu'elle ne retourne
pas devant le tribunal pour faire modifier la pension alimentaire. Vous... Vous
me direz que, dans l'autre sens, ce
sera toujours partir... possible au père de le faire s'il y a un changement de
circonstances. Oui, effectivement. Mais, vous savez, le code prévoit aussi
qu'une pension alimentaire, ça peut être payé par somme globale et... Or, dans
le cadre, à ce moment-là, puis ça s'est fait par le passé, on peut faire
un calcul actuariel et dire : Voici, c'est le quantum que ça prend pour
mener cet enfant-là à terme.
Jolin-Barrette : OK. J'ai des collègues qui veulent vous poser des
questions. Alors, merci beaucoup, Me Kirouack, pour votre présence
aujourd'hui.
Président (M. Bachand) :
Merci. Donc, il reste
cinq minutes. Mme la députée de Charlevoix—Côte-de-Beaupré.
Bourassa : Bonjour. Merci de votre présence en présentiel,
toujours plaisant. J'aimerais qu'on parle de l'état psychologique, peut-être,
des parents. Est-ce que vous croyez qu'une évaluation psychosociale des parties
pourrait être suffisante plutôt que des séances d'information, comme
certaines personnes le suggèrent?
Kirouack (Marie-Christine) : Bien, écoutez, si vous regardez au mémoire, je me
suis posé la question à force de
réfléchir sur l'incongruité suivante : si je veux adopter un enfant au
Québec, que ce soit une adoption québécoise ou que ce soit une adoption,
n'est-ce pas, à l'international, le code prévoit que je devrai, effectivement,
avoir une évaluation psychosociale. À partir du moment où le code permettrait
que, par convention, n'est-ce pas, je puisse obtenir la filiation d'un enfant
avec lequel je n'ai aucun lien génétique, OK, on se comprend, là, on ne soulève
pas la question, là, où il y a un lien, effectivement, génétique, là, ce n'est
pas là qu'on va, on s'est posé la question : Comment se fait-il? C'est
deux poids, deux mesures, alors que c'est la même chose. Dans les deux cas, on
va confier, effectivement, à des tierces
parties un enfant avec lequel ils n'ont aucun lien et, dans les deux cas, on a
des parents prospectifs qui voudraient vraiment, effectivement, devenir
parents, OK?
Par ailleurs, pour ce qui est de la séance
d'information, effectivement, qui est prévue, au mémoire, vous verrez qu'on recommande plutôt ce qui est prévu au
centre de reproduction de McGill, qu'on a trouvé fort intéressant, où,
effectivement, il y a une espèce de deux rencontres où, effectivement, il
va y avoir toutes sortes de discussions, c'est quoi, vos attentes, c'est quoi,
vos attentes par rapport à la mère porteuse, par rapport à cet enfant-là. Il va
y avoir des discussions de même nature avec la mère porteuse, quant aux
conséquences, pour elle, de ce choix-là par rapport aux enfants qu'elle peut
déjà avoir. Et, dans certains cas, leur guide, effectivement, prévoit qu'il va
y avoir une troisième rencontre, où les trois principaux acteurs seront en
présence, pour pouvoir, effectivement, discuter, là, de l'impact et comment ils voient ça. Tu sais, je vais vous
donner un exemple, là : Est-ce que les parents prospectifs s'entendent
d'être à tous les rendez-vous médicaux, tu sais?
Mme Bourassa : Et j'ai des questions
concernant le consentement de la mère porteuse. En fait, qu'est-ce que vous
pensez du délai pour changer d'avis après la naissance?
Kirouack (Marie-Christine) : Écoutez, le 30 jours nous va. C'est
plutôt dans le cas où elle change d'idée, où
je trouve que, là, on a un sérieux problème, parce qu'on permet, effectivement,
à quelqu'un de mettre au monde un enfant qui n'est pas le sien, dont
elle sera, dans certains cas, la seule mère, et le bât blesse, là.
Mme Bourassa :
Puis, dans votre expérience,
est-ce que ça arrive souvent, qu'il y ait des personnes qui changent
d'idées, des parents d'intention ou des mères porteuses?
Mme Kirouack (Marie-Christine) : Ah!
ça, ce sera plus Me Brown qui va être capable de vous répondre à ça.
Bourassa : Parfait, merci.
Le Président (M. Bachand) : Merci beaucoup. M. le député de Saint-Jean, pour deux minutes, s'il
vous plaît.
M. Lemieux : Oui.
Merci beaucoup, M. le Président. Me Kirouac, j'avoue que c'est en
entendant le ministre vous dire qu'on essayait, dans ce projet de loi là,
d'encadrer de façon très stricte que j'ai réécouté ce que vous étiez en train de dire et ce que le ministre était en
train de dire et, à cet égard, j'ai hâte qu'on en arrive à l'étude détaillée
pour comprendre les ramifications de tout ça, puis, là-dessus, votre mémoire
est plus que détaillé. Merci de nous aider.
Je voulais vous
demander... Ça n'a rien à voir avec ce que vous avez dit jusqu'ici. Les mères
porteuses... Puis c'est parce qu'on en avait
parlé dans le projet de loi n° 2. Finalement, ça a été scindé, puis on n'a
pas conclu là-dessus. Il y avait un argument, je ne me souviens pas qui
l'avait fait, pour dire : une mère porteuse ne devrait pas en être à son premier enfant, elle devrait avoir déjà accouché
avant d'être mère porteuse. Puis il y avait une discussion aussi sur le nombre maximal
de projets de grossesse qu'on pouvait avoir. Pouvez-vous, dans le temps qui
nous reste, nous donner un peu votre vision de ça?
Mme Kirouack
(Marie-Christine) : Sur la question de... C'est une des
recommandations. Le centre de reproduction de McGill, parce qu'on se comprend,
hein, il n'y a pas énormément de documentation, là, à travers le monde, mais, effectivement, c'est une de... ils
soulignent très fortement que, la mère porteuse, sa famille devrait déjà être
finie, genre, elle a fait les enfants
qu'elle voulait avoir et/ou qu'elle en, effectivement, ait eu au moins un,
pour, je vous dirais, s'engager en toute connaissance de cause, ça, qu'est-ce
que vivre une grossesse, qu'est-ce qu'émotivement ça peut être,
effectivement, là, de sentir la vie dans son ventre, et ce type de choses là.
Donc, oui. Est-ce qu'on pense que ça devrait être une des recommandations? Je
pense que oui. Est-ce qu'il devrait y avoir un nombre maximal? Oui aussi, mais
de la même façon qu'il devrait y avoir un nombre maximal de donneurs de sperme.
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup, Me Kirouack.
M. le député d'Acadie, s'il vous plaît.
M. Morin : Merci. Merci, M. le Président. Bonjour,
Me Kirouack, merci pour le mémoire que votre association a produit,
qui est très exhaustif, et votre témoignage ce matin. M. le ministre a déjà
abordé certains thèmes que je voulais aborder... je voulais aborder avec vous.
Je vais commencer par le premier, parce que, ça, vous en parlez dans votre
mémoire. Mais, écoutez, je vais être très transparent, un des avantages qu'on
a, dans l'opposition, suite aux témoignages qu'on entend en commission, c'est éventuellement
de proposer les amendements pour bonifier un projet de loi, s'assurer qu'il est
conforme à ce que... à ce qui va être le mieux pour la population, finalement.
Et vous, vous soulignez, puis effectivement, dans le projet de loi, il n'y a
rien. Le contrat, la convention de grossesse, elle est... c'est à
titre
gratuit, sauf que... oui. Puis là, je vois que vous avez... Mais théoriquement
c'est ça, mais je comprends qu'il peut y avoir
une compensation pour certaines dépenses engagées. Puis il y a toute la
question aussi des agences, et... et
je voudrais vous entendre là-dessus, parce que le projet de loi, ça n'en parle
pas. Puis, évidemment, on comprend toute la sensibilité de tout cet
exercice-là, on essaie de protéger tout le monde. Donc, avez-vous des recommandations
sur l'encadrement, par exemple, qui devrait être fait des agences? Est-ce que
ça devrait continuer? Est-ce qu'on devrait les interdire? Est-ce que c'est bon,
pas bon? J'aimerais ça si vous pouviez nous éclairer là-dessus.
Mme Kirouack
(Marie-Christine) : Bien, écoutez, j'ai lu les journaux des derniers
jours comme vous, là, on a appris toutes
sortes de choses intéressantes. Je constate que, comme en matière d'adoption
internationale, il semble que les
tierces parties, n'est-ce pas, sont ceux qui font de l'argent, alors que les
principaux intervenants, effectivement, là, n'y trouvent pas... On va être clairs, par ailleurs, la loi fédérale
interdit de rétribuer les mères porteuses, OK, en termes d'espèces
sonnantes, là. Oui, les dépenses, oui, la perte de salaire. Est-ce que, de
facto, il y a des sommes occultes qui sont versées parfois? J'en suis certaine,
OK? J'ai eu à régler, moi, des débats de filiations après coup, où il était
évident qu'il y avait des sommes qui avaient été échangées.
L'autre question que
je me suis posée hier soir, c'est : à partir du moment où la mère porteuse
n'a aucun lien génétique avec l'enfant... Parce que je vais vous faire deux
catégories, là. C'est l'enfant biologique de la mère porteuse, catégorie numéro
un, la mère porteuse n'a aucun lien biologique avec l'enfant. N'est-il pas
possible qu'à partir du moment où elle a jusqu'à 30 jours pour dire oui,
que peut-être qu'il y a une demande de : Ça va coûter 50 000 $
ou ça va coûter 100 000 $, que je dise oui, puisque je suis la seule
qui a le pouvoir, soit de mettre fin au contrat
ou d'y donner suite? Donc, est-ce que, ça, ça peut ouvrir effectivement la
porte, je vous dirais, à des demandes illégales que des sommes soient
inversées? Ça me semble clair.
M. Morin : OK.
Et, selon vous, ça, c'est un cas de figure qui pourrait survenir. Donc, en
fait, d'une certaine façon, la mère porteuse pourrait dire : Écoutez,
mon... le fait que je redonne l'enfant, parce qu'elle peut le garder aussi, là,
mais elle va le... elle pourrait le... le monnayer, finalement?
Mme Kirouack (Marie-Christine) : Oui.
En fait, tout ça... Et je comprends que le projet de loi a une espèce de phare,
balance plus en faveur de la mère porteuse pour toutes sortes de bonnes
raisons. OK? Mais ce que je vous soulève, c'est qu'à partir du moment où 523
serait modifié, tout à coup j'ai une mère porteuse, qui n'est pas la mère
biologique, j'ai deux parents prospectifs, OK, et tout à coup, bien, elle va
pouvoir faire juste : c'est le mien, je le garde, je l'ai vu, il est mignon. Et donc on a ce problème-là ici, OK?
Et à cela s'ajoute qu'effectivement, à partir du moment où je pourrais
monnayer, ah, pas officiellement, on se comprend, OK?
M. Morin : Non, non, bien sûr.
Mme Kirouack (Marie-Christine) : OK.
Mais il y a eu des dossiers où ça s'est vu.
M. Morin : Donc, est-ce qu'il
serait... Parce que ma compréhension du projet de loi, à 523, c'est qu'il y
a... il y a une présomption en faveur, en fait, de la mère porteuse. Est-ce que
c'est quelque chose qu'on devrait modifier, renverser?
Est-ce qu'il devrait y avoir une... en fait, une présomption en faveur des
parents comme tels? Qu'est-ce qui serait le mieux?
Mme Kirouack (Marie-Christine) : En
fait, je vais vous dire, là, la... ma position et la position de l'association,
c'est qu'on devrait écarter du projet de loi toute la modification prévue à
523. OK? Et on devrait garder effectivement,
là, l'acte de naissance fait foi, à défaut de quoi c'est la possession
constante d'état. Ça aurait l'avantage, je vais vous dire, que faire en
sorte que : Oh! La présomption en faveur de la femme qui accouche n'existe
plus. Ça veut dire que dans mon cas de figure où elle refuse de consentir, et
elle a complètement le droit de le faire, bien, où est-ce qu'on se
ramasse : filiation par le sang, possibilité pour le couple prospectif
effectivement de demander un test d'empreintes génétiques. Et on aurait, à ce
moment-là, comprenez-vous, dans le cas où j'ai la mère prospective, dont c'est l'ovule, ou le couple dont c'est,
effectivement, et l'ovule et le sperme, bien, il n'y a pas de problème. OK.
Puis ça éviterait tout le problème où on écarte, tout à coup, la mère
prospective qui est aussi la mère génétique du résultat final. Il y a quelque chose d'un peu incongru alors que je porte un
enfant pour autrui et qu'effectivement j'ai signé une convention, si je
n'ai pas de lien génétique avec l'enfant et qu'il n'est pas mon enfant, que je
puisse, par le biais du nouveau 523, faire : C'est le mien.
M. Morin : C'est ça. Parce qu'en
fait ma compréhension, puis je pense que, vous l'avez très bien exprimé, c'est que la mère porteuse pourrait ne pas avoir
aucun lien génétique, mais... et donc signe, évidemment, une convention,
c'est l'idée du projet de loi, donc elle sait dans quoi elle s'engage, mais, à
la toute fin, même si elle n'a aucun lien génétique,
elle dit : Bien, écoutez, moi, finalement, je le garde, puis je
l'enregistre, puis il n'y a pas... il n'y a pas de souci, le projet de
loi va permettre ça, puis là les deux parents vont rester — woup! — complètement
à l'extérieur.
Mme Kirouack (Marie-Christine) : Bien,
soit juste le père va être reconnu soit... et, auquel cas, la mère... la mère
ne le sera pas, là.
M. Morin : C'est ça. Exact. Merci,
merci bien. Est-ce qu'il y aurait lieu d'encadrer plus à fond la convention ou insérer, par exemple, dans la convention,
certains... certains éléments qui pourraient être d'ordre public? Vous avez
parlé de l'assurance ou de l'assurance vie qui pourraient être prises, mais
moi, il y a d'autres éléments qui me viennent en tête. Si, par exemple, il y a
des parents qui ont des employés ou des domestiques à la maison puis qui font
des pressions pour qu'une de ces personnes-là devienne une mère porteuse, là,
ça devient très difficile parce que vous avez une espèce de lien d'autorité puis
en plus, surtout si la personne, mettons ça encore pire, n'a peut-être pas un
statut de citoyen canadien, là ça devient hypercomplexe, est-ce que ce ne
serait pas approprié d'insérer, dans le projet de loi, un énoncé clair à
l'effet que ça, ça ne serait pas permis?
Kirouack (Marie-Christine) : En fait, c'est soulevé spécifiquement dans notre
mémoire, cette question-là, notamment à l'égard, n'est-ce pas, des
aides-domestiques, en vertu, là, du programme spécial de l'immigration qui
permet à ces femmes-là de demander, effectivement, leur résidence permanente
par la suite.
Mme Kirouack (Marie Christine) :
Nous sommes d'opinion qu'il ne devrait jamais y avoir de lien d'emploi ou un lien... et on va aller plus loin
que ça, là, un lien contractuel de travail, c'est sûr, OK, on va la payer comme
travailleuse autonome, là, OK, donc... et ça, ça devrait être très clair, les
personnes ne devraient pas pouvoir être liées à de cette façon-là. Et j'irais
plus loin que ça, pas non plus la fille ou la soeur de la dame qui travaille
là, en vertu... OK. Donc, on devrait s'assurer qu'il ne puisse pas y avoir
effectivement de pression, et notamment si je pense à la catégorie, effectivement, des gens qui viennent
travailler comme aide-domestique, tu sais, leur possibilité de rester ici
et d'avoir un avenir meilleur dépend effectivement de ce lien-là. Alors, oui,
il y a toute une possibilité de chantage.
Morin : Excellent. Donc, ça, je vous... je vous remercie. Vous avez
pris, votre association, une position très
claire et, en fait, je trouve ça intéressant, et je vais me sortir du
corporatisme, là, on y a fait référence tantôt, notaire ou avocat. Moi,
je suis avocat, mais je ne suis pas ici comme avocat, mais je suis ici parce
que je veux que la législation soit meilleure.
La convention doit
être notariée. Quand j'ai lu le projet de loi, bon, c'est très clair, pas la
question du consentement, ça, ça va être sous seing privé. Puis on a entendu
plusieurs groupes qui — dont
l'ordre professionnel des notaires — qui nous disaient : Oui,
c'est un acte authentique, il n'y a pas de problème de preuve, c'est sûr que le
document ne sera pas antidaté. Et vous, dans... avec votre association, vous
prenez une position, puis vous l'avez exprimée
tantôt, ferme à l'effet que, non, ça pourrait être fait sous seing privé. On
nous disait : Écoutez, ça va être plus facile pour établir l'âge de
la personne puis le fait que ce n'est pas antidaté. Mais j'ai une question pour
vous, ça peut vous paraître étonnante, mais, tu sais, dans votre pratique ou en
général, faites-vous ça souvent, des actes antidatés?
Mme Kirouack
(Marie-Christine) : Bien, c'est parce que je pense que je... un, je
commettrais une faute professionnelle si je faisais ça. Ça fait que la question
ne se pose pas, là, je n'antidaterai jamais un document.
M. Morin : Merci.
C'est ce que... c'est ce que je souhaitais entendre, parce qu'il me semble,
qu'on soit notaire ou avocat, là, il n'y a
pas de différence, on ne fait pas des actes antidatés, là, mais... OK. Parfait.
Donc, au fond... Puis qu'est-ce que... Comment contourner toute la
question? Parce que c'est sûr qu'un acte notarié, c'est un acte authentique, là. Un acte sous seing privé, bien
là, ce n'est pas les mêmes règles de preuve, on s'entend là-dessus. Est-ce que,
pour vous, ça pose un problème majeur?
Mme Kirouack
(Marie-Christine) : Pour nous, ça ne pose pas de problème majeur de
quelque nature que ce soit, là, c'est la
convention des parties, et on se comprend, là, c'est dans les cas où ça va être
soumis en déclaration judiciaire.
M. Morin : D'accord. Je vous... je vous remercie. J'aimerais
aussi attirer... Puis j'aurais une ou deux questions pour vous en lien avec
l'article 542.33 du projet de loi, qui traite de la responsabilité
financière visant les besoins d'un enfant issu d'une agression sexuelle.
Je comprends... je comprends l'idée, l'essence du projet de loi. Maintenant, et
dites-moi si vous êtes d'accord avec ma lecture de cet article-là,
présentement, une dame qui a été victime d'un viol, qui garde l'enfant, l'enfant vient au monde. Donc, dans l'état de
542.33, c'est elle qui va devoir s'adresser aux tribunaux et qui va devoir faire la preuve, évidemment,
qu'elle a été victime d'un viol. Je comprends que ça peut être prouvé par la
production d'un jugement. Mais ça va être à elle, donc, de s'adresser à la
cour, et de faire la preuve, et de faire la preuve de l'indemnité, et puis
après ça, bien, être capable d'éclairer le tribunal quant au montant qui va
être accordé. Est-ce que ma lecture est correcte?
Mme Kirouack
(Marie-Christine) : Votre lecture est tout à fait correcte.
M. Morin : Trouvez-vous
que c'est juste pour la femme ou si on ne devrait pas penser à un mécanisme
autre où l'État interviendrait pour la
soulager de ce fardeau-là? Est-ce que, par exemple, l'enfant pourrait être une
victime... reconnu victime d'un acte
criminel, et donc recevoir une indemnité par exemple de l'IVAC, ce qui
aiderait, plutôt que d'imposer ce fardeau-là à la mère?
Mme Kirouack
(Marie Christine) : Écoutez, il est certain...
Président (M. Bachand) :
Très
rapidement, Me Kirouack, le temps file. Merci.
Mme Kirouack
(Marie-Christine) : ...que d'avoir une indemnité de la part de l'IVAC,
là, pourrait être des plus intéressants par rapport à ça, et oui je trouve que,
quand je lis cet article-là, le fardeau de la preuve est extrêmement élevé parce
que je tiens pour acquis est que la vaste majorité des femmes ne réclameront
pas ça et n'iront pas devant nos tribunaux,
également, OK? Je tiens aussi pour acquis que, dans la vaste majorité des cas,
et on le sait, c'est connaissance
d'office, la majorité des femmes ne vont pas à la police, pour toutes sortes de
raisons, OK? Alors...
Le Président (M. Bachand) : Merci beaucoup. Mme la députée de Vaudreuil, pour
4 min 18 s, s'il vous plaît.
M. Morin : Parfait.
Merci, M. le Président.
Mme Nichols :
Continuez, Me Kirouack, là. Alors?
Mme Kirouack
(Marie-Christine) : Donc, statistiquement, on le sait, OK, la majorité
des agressions sexuelles ne sont pas
dénoncées aux autorités policières, pour toutes sortes de considérants sociaux.
Donc, ça veut dire qu'on demanderait
à une mère, effectivement, d'aller devant les tribunaux, de déclarer qu'elle a
été agressée sexuellement, de subir un contre-interrogatoire des plus serrés,
d'avoir à avoir un actuaire pour pouvoir prouver quel type d'indemnité...
Je trouve qu'on en demande beaucoup à la victime d'agression sexuelle.
Nichols : Oui, puis je pense que... je pense que l'intention, entre
autres, du ministre, c'est d'éviter tout ça, là, d'éviter tout ça. Donc, merci
de le porter à notre attention. Merci, là, Me Kirouack, d'être ici aujourd'hui.
J'avais aussi
plusieurs questions qui ont été abordées entre autres avec 523, l'assurance
vie, les conventions. Je suis plus, plus restreinte dans... dans le temps, mais
je voulais juste revenir sur... Le ministre avait parlé... Entre autres, à un moment donné, on arrivait avec la
différence... donner le choix à la mère, là, une mère qui est victime d'un
viol, puis on lui avait... on voulait lui donner le choix entre la pension
alimentaire ou d'aller chercher l'indemnité. Par
rapport à l'indemnité, avez-vous des recommandations à nous faire? Parce
qu'évidemment ce n'est pas les tables qui peuvent nécessairement
s'appliquer, puis on ne sait pas non plus...
Mme Kirouack
(Marie-Christine) : La difficulté, quand on veut insérer au code
quelque chose qui est totalement nouveau, OK, et parce que j'ai été en pratique
privée beaucoup d'années, vu mes cheveux blancs, c'est qu'on sait qu'on en a pour 10 ans de jurisprudence avant de savoir
effectivement où commence l'article, où finit l'article, quelle est la
nature «de», comment ça devrait ultimement se calculer. Parce qu'il est clair
que, oui, on parle d'une contribution à cause d'un enfant, là, mais on ne parle
pas de pension alimentaire. Donc, les barèmes, que ce soient les barèmes provinciaux ou les barèmes fédéraux,
n'est-ce pas, ne s'appliqueraient pas. Ça implique aussi que je veux
bien, là, condamner quelqu'un à une indemnité globale, là, mais la capacité de
payer n'y est peut-être pas, puis à ce moment-là, même si la personne, elle ne
fait pas faillite, on va se ramasser sur la portion des sommes saisissables, effectivement, sur les revenus de quelqu'un. Tout
ça semble lourd, alors qu'on aurait pu juste aller clairement dans des
règles qu'on connaît et qu'on sait déjà comment appliquer.
Mme Nichols :
Puis, quand vous parlez des règles qu'on connaît, vous parlez des...
Mme Kirouack
(Marie-Christine) : En matière de filiation puis de tout ce qui
découle.
Mme Nichols : Oui, en effet, en effet, il y avait une... il y a
une problématique à cet effet-là, là, si on convient d'une indemnité,
même pour aller chercher, là, le montant, le paiement, puis s'il y a un
changement dans les revenus.
Mme Kirouack
(Marie-Christine) : Oui, puis je vais vous dire, l'avantage d'aller
par là, là, OK, c'est que je suis victime d'agression sexuelle, je ne suis pas
obligée de m'en aller à la cour, hein, pour demander qu'on reconnaisse
effectivement que l'agresseur est le père de mon enfant, de quelque nature que
ce soit, je n'ai pas besoin d'aller devant le tribunal. Je ne suis pas tenue,
OK? Par contre, ici, on regarde vraiment, là, le dossier, mais d'une grande
tristesse de... qu'on... de l'été dernier, à partir du moment où la loi dirait
clairement à un agresseur : oui, vous pouvez venir devant le tribunal pour
faire reconnaître votre filiation, et le résultat final va être : oui, vous
allez être sur l'acte de naissance, deux, vous n'aurez aucune autorité
parentale, donc ça n'implique pas de garde, pas d'accès, pas le droit de savoir
ce qui se passe avec l'enfant, pas de contact, et vous allez payer une pension
alimentaire. J'ai le sentiment que dans les
cas de certains de ces agresseurs plus caractériels que d'autres, en termes
de... parce que, tu sais, il y a une espèce de recherche, là : Je
vais te faire souffrir, je ne t'ai pas juste agressée. À partir du moment où,
ultimement, ça va te coûter des sommes, tu vas présenter ça devant les
tribunaux, puis au bout du compte, tu vas payer une pension alimentaire et tu
n'auras rien du tout, j'ai tendance à penser que le message ferait en sorte que
le nombre diminuerait ou deviendrait inexistant.
Président (M. Bachand) : Merci. Ça va?
Mme Nichols :
Oui. Merci, merci.
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup,
Me Kirouack. Merci beaucoup d'avoir été avec nous, ça a été un grand
privilège. Merci beaucoup.
Mme Kirouack
(Marie-Christine) : Merci.
Président (M. Bachand) : Je suspends les
travaux quelques instants. Merci.
(Suspension de la séance à
10 h 48)
Président (M. Bachand) : À l'ordre, s'il vous plaît! La
commission reprend ses travaux.
Alors, il nous fait
plaisir d'accueillir les représentants et représentantes de l'Association des
juristes progressistes. Bienvenue à vous quatre. Merci beaucoup d'être avec
nous. C'est un grand, grand plaisir. Alors, avant de débuter, je vous inviterais à vous présenter et commencer votre
exposé d'une dizaine de minutes et, après ça, on aura un échange avec
les membres de la commission. Alors, la parole est à vous.
Gauvin-Joyal (Laurence) : Merci, M.
le Président. Bonjour, Mmes et MM. les députés. Merci au ministre pour l'invitation. Nous représentons ce matin
l'Association des juristes progressistes, qui est un OBNL voué à la défense
des droits déterminé à mettre le juridique au service des luttes pour la
justice sociale.
À
titre de représentant, représentantes, j'ai le
plaisir de vous présenter Me Joey Hanna, avocat et enseignant à l'École du
Barreau du Québec et au Département des sciences juridiques de l'UQAM,
Me Valérie P. Costanzo, également
avocate et actuellement doctorante en droit à l'Université d'Ottawa, et qui
sera professeure, dès le 1er juin, au Département des sciences juridiques de l'UQAM, Céleste Trianon,
étudiante en droit à l'UdeM, coordinatrice de la clinique juridique et également administratrice de l'AJP, et moi-même,
Laurence Gauvin-Joyal, également administratrice de l'AJP et étudiante
inscrite au Barreau du Québec.
Me Hana, je vous cède la parole.
M. Hanna (Joey) : Merci, M. le
Président, M. le ministre. Je vais faire écho aux propos de ma collègue et vous
remercier à mon tour pour l'invitation. Mon exposé va se décliner en deux
points. D'abord, je vais traiter de notre
proposition de reconnaissance de la pluriparenté, ensuite, je vais aborder les
propositions en lien avec l'accessibilité à la GPA, et ce, davantage
sous forme de questionnement.
Je vais commencer par vous dire que les
configurations familiales fondées sur le désir d'élever un enfant en dehors du
schéma biparental, elles existent et elles s'imposent d'ailleurs dans la
réalité sociale actuelle. On n'a qu'à penser aux parties prenantes d'un projet
de GPA, à une personne seule qui va adopter avec l'intention d'élever son
enfant avec des amis, aux trouples et j'en passe. L'idée, ici, là, ce n'est pas
de vous dresser un portrait exhaustif de l'ensemble des configurations qui sont
possibles, mais bien de sensibiliser le législateur à, d'abord et avant tout,
l'existence sociale des projets pluriparentaux et ensuite à traduire cette
existence sociale en réalité juridique. Ce qu'on soutient essentiellement,
c'est que la reconnaissance et l'encadrement légal de la pluriparenté, c'est
nécessaire et c'est en harmonie avec la recherche du meilleur intérêt de l'enfant.
À l'heure actuelle, l'absence de reconnaissance
légale de la pluriparenté, bien, ça va priver les enfants d'une protection
contre les conséquences d'une possible séparation ou d'un décès. On peut penser
à la situation où les parents civils, donc les parents qui ont un lien de
filiation qui est reconnu, vont couper les liens avec le parent de fait. Ici,
l'enfant serait privé du support affectif, social, économique, alimentaire de
son parent de fait qui, quant à lui, serait tenu à l'écart des décisions
découlant de l'autorité parentale qui, elle, s'articule par les parents
reconnus.
Bref, vous avez le portrait, là, d'un besoin de
protection auquel le législateur peut répondre et, à défaut de le faire, bien,
ça a pour conséquence de placer des enfants et par ailleurs des parents en
situation de vulnérabilité puisqu'ils ne peuvent pas pleinement jouir des
protections offertes par le Code civil en raison de leur configuration
familiale.
Je tiens à souligner qu'on a considéré la
question, voire les inquiétudes soulevées par certains et certaines quant à
l'articulation pratique et pragmatique de la pluriparenté. En gros, comment
est-ce qu'on va gérer les litiges concernant la garde ou l'autorité parentale
en contexte pluriparental? Bien, ce qu'on vous soumet, respectueusement,
aujourd'hui, c'est que le Code contient déjà des outils qui sont tout à fait
transposables et suffisants pour permettre aux
tribunaux de trancher un litige en matière pluriparentale et que le critère de
la recherche du meilleur intérêt de l'enfant, mais ce n'est pas
incompatible avec la pluriparenté.
Permettez-moi donc de conclure notre première
proposition en invitant le législateur à réfléchir à la question de la
pluriparenté en considérant les quatre facteurs suivants : premièrement,
le besoin de protection des enfants; deuxièmement, le besoin de reconnaître une
réalité sociale déjà existante; troisièmement, le besoin d'accorder à cette
réalité sociale les outils juridiques nécessaires pour s'articuler et
s'inscrire dans ce... dans ce besoin de protection; et, finalement, le besoin de préserver, là, le principe d'égalité entre les
enfants, et ce, sans égard au contexte, aux circonstances de leur
naissance. Et, pour toutes ces raisons-là, on vous invite à reconnaître la
pluriparenté.
Tout ceci m'amène à notre deuxième proposition,
à savoir une GPA accessible. D'une part, il faut souligner que, dans la mouture actuelle du projet de loi,
l'accès à la GPA est réservé aux personnes seules ou aux conjointes, ce qui
a pour effet de laisser derrière, bien, des coparentalités platoniques, des
couples qui refusent de faire vie commune ou
qui ne peuvent pas être juridiquement qualifiés de conjoints, conjointes.
Encore une fois, ces réalités-là, bien, elles existent, et on doit en
prendre compte afin que tous les parents puissent accomplir le projet de GPA en
conformité avec la loi et non pas dans la
clandestinité. Ainsi, on se pose la question s'il ne vaut pas mieux d'offrir un
soutien législatif plutôt que de maintenir des parents, des familles
dans la marginalité.
Sur un tout autre ordre d'idées, notre mémoire
soulève plusieurs angles morts et des questionnements quant aux dispositions relatives à la GPA. Je pense à
l'absence de définitions, de détails des enjeux qui vont être discutés lors de
la rencontre préalable au projet de GPA, aux
implications psychosociales, éthiques qui découlent de ces rencontres-là, à la
manière dont l'État va assurer l'accessibilité de ces rencontres-là, notamment,
l'accessibilité financière.
Toutes ces questions-là habitent notre mémoire
et justifient les recommandations qu'on vous fait et que vous trouverez, là,
plus amplement à la page 17. Mais, vu le temps qui m'est imparti, je vais
céder la parole à ma collègue.
Gauvin-Joyal (Laurence) : Merci. On
aimerait également attirer votre attention sur l'expression «la femme ou la
personne qui donne naissance», qui est largement utilisée dans le projet de loi
n° 12. Donc, puisque les femmes sont
juridiquement incluses dans la catégorie de personnes, sa mention expresse
semble a priori redondante, voire inutile. Or, s'il advenait que les
tribunaux aient à interpréter ladite expression, il y aurait une présomption
selon laquelle l'intention législative était de produire
un effet au regard du principe d'interprétation de l'effet utile.
Rappelons-nous que chaque terme, chaque
phrase, chaque alinéa doit être présumé avoir été rédigé délibérément en vue de
produire un effet. Partant du constat qu'il ne semble pas encore possible pour
les femmes trans d'incuber avec succès un foetus, la catégorie «femmes» ne
peut que signifier les femmes cisgenres au regard du contexte législatif. Par
conséquent, «les autres personnes» désignent
la diversité des personnes trans qui ont la capacité biologique de porter un
enfant. Ainsi, de par cette distinction, on voit que le projet de loi a pour
effet de créer deux catégories juridiques distinctes de personnes
pouvant donner naissance, les femmes cis et les femmes trans.
La grossesse est avant tout une expérience de
corps, un fait biologique qui concerne toute personne pouvant donner naissance.
Alors, comment justifier ce besoin de les distinguer au regard de leur identité
de genre, si ce n'est pas pour produire un
traitement différentiel et par le fait même discriminatoire à l'égard des
personnes trans? Par conséquent, nous vous invitons à ne conserver que
l'expression «personnes qui donnent naissance», puisqu'elle incarne à la fois
la posture inclusive recherchée et permet d'éviter une mise en oeuvre
discriminatoire. Je cède la parole à Céleste.
Trianon (Céleste) : Parfait. M. le
ministre, il me paraît également important de soulever quelques remarques quant à la langue prévue aux futurs
articles 541.12 et 541.30. Les obligations linguistiques prévues par le
projet de loi pourraient constituer un obstacle pour les personnes non
francophones qui désirent porter un enfant pour autrui. Le législateur
devrait s'abstenir de légiférer dans ce sens si son désir est de protéger le
parent ayant donné naissance. Sinon, afin
d'assurer un accès équitable à toutes les personnes visées par la loi, les
coûts relatifs à l'obtention de traductions certifiées, voire même
l'obtention de la traduction elle-même, devraient également être couverts par
la RAMQ ou autrement par le gouvernement.
J'aimerais
également souligner nos préoccupations quant à l'invitation de Pour les droits
des femmes du Québec aux présentes auditions. Ce groupe qui
s'autoréclame féministe dépense plus de son temps à l'histoire des personnes trans, de leurs familles et de la grossesse pour
autrui que toute autre chose. Le groupe qui réclame que l'identité de genre,
c'est un débat contagieux et dangereux qui
viole à répétition le droit à la dignité de certaines de nos membres et de nos
administratrices... À cet égard, nous trouvons ça impensable qu'une place leur a été réservée dans le
cadre des présentes auditions. Je vous cède la parole.
Mme Costanzo (Valérie P.) : Alors,
le dernier point qui est abordé dans le mémoire qui vous est présenté, c'est
celui de la filiation des enfants nés d'une agression sexuelle, avec des
propositions qui vont plus loin dans la mesure
où on est en train de créer du droit nouveau. D'ailleurs, on salue une
initiative de vouloir assurer une meilleure protection des personnes
victimes d'agressions sexuelles et des enfants qui en sont issus.
Les propositions qu'on apporte sont celles de
protéger davantage et d'aller plus loin. Et nous sommes ici aujourd'hui, notamment, pour réfléchir ensemble.
On l'a entendu dans... à travers les interventions de plusieurs personnes
dans les dernières journées de
consultations, qu'en créant du droit nouveau, il y a également des vides, il y
a des questions nouvelles, il y a des éléments qu'on n'a pas encore définis, et
on est disposés à le faire ensemble aujourd'hui, que ce soit par rapport
à la pluriparenté mais également dans un contexte de filiation d'enfants issus
d'une agression sexuelle. On cherche à
faciliter le rejet d'un recours de l'agresseur en réclamation de paternité,
notamment en créant un rejet de plein droit, en facilitant l'accès à
l'information par le Directeur de l'état civil, qui pourrait faire enquête pour
faire ce rejet, et non pas mettre le fardeau sur les épaules des personnes
victimes.
Il y a plusieurs présomptions qu'on vous
suggère, que ce soit dans un contexte d'opposer une réclamation de filiation,
de demander le retrait de la filiation ou encore de demander la déchéance de
l'autorité parentale. On pourra vous donner des exemples plus en détail. En
créant des présomptions, on va permettre à des victimes de ne pas avoir à faire
une démonstration à nouveau quand il y a un jugement criminel qui existe déjà,
de présumer qu'un contexte de violence
conjugale qui donne lieu à une conception d'un enfant est également une
agression sexuelle au sens de la loi. Et on estime que, si on est
largement d'accord sur le fait qu'en contexte d'agression sexuelle la honte
doit changer de camp, on pense aussi que le fardeau judiciaire doit changer de
camp.
Alors, merci
encore de l'invitation. Au plaisir d'échanger avec vous, nous sommes disposés,
là, pour vos questions.
Le Président (M.
Bachand) :
Merci beaucoup. M. le
ministre, s'il vous plaît.
Jolin-Barrette : Oui, merci, M. le Président. Laurence
Gauvin-Joyal, Me Hanna, Me Costanzo, Céleste Trianon, bonjour, merci
d'être présents en commission parlementaire pour l'Association des juristes
progressistes.
D'entrée de
jeu, j'aurais envie de continuer, Me Costanzo, sur les recommandations que vous
faisiez relativement au cas où une femme a été violée et qu'il y a un enfant qui
est issu de ce viol-là. Vous dites : Il faut faciliter le recours
de la mère. Je suis d'accord avec vous. C'est ce qu'on tente de faire dans le
cadre du projet de loi. En fait, le premier élément,
c'est de lui laisser le choix. Donc, est-ce que... s'il y a établissement de la
filiation, le recours en déchéance soit dans le même véhicule procédural. Donc, on l'inclut de cette façon-là,
également. Même chose, le jugement en matière criminelle peut être versé
pour faire preuve dans le cadre de l'instance civile, le fardeau de preuve est
moins élevé en matière civile. Ça, c'est s'il y a rupture du lien de filiation.
Quels éléments supplémentaires vous rajouteriez
pour faciliter la vie de la femme qui a été violée?
Costanzo (Valérie P.) : Alors, quelques-unes... D'ailleurs, c'est vrai,
vous avez tout à fait raison, on va dans la même lignée que le
PL n° 12 et on salue, là, déjà, les propositions qui sont faites.
Dans un contexte où il y a un jugement criminel, et il n'y a pas encore de filiation établie à
l'égard de l'agresseur, et que l'agresseur fait une démarche pour établir cette filiation, ce qu'on propose,
par exemple, c'est qu'en intentant le recours il y ait l'obligation de mettre en cause le Directeur de l'état civil, que
le Directeur de l'état civil doit faire enquête, pourrait rechercher dans le
plumitif criminel de l'agresseur la culpabilité qui a été reconnue,
informer le tribunal, déposer au greffe ces jugements pour rejeter de plein
droit la demande. Alors, on vise surtout à faciliter, pour ne pas que la
personne victime ait à faire des démarches
supplémentaires, encore une fois, judiciaires pour faire... pour créer ce
rejet. Alors, on veut, disons, opérationnaliser,
sur le plan procédural, cette initiative. Dans la mesure...
M. Jolin-Barrette : Mais j'aurais
une question là-dessus : Qu'est-ce qui arrive si jamais madame veut,
supposons, qu'il y ait établissement de la filiation? Dans le fond, il n'y a
pas eu établissement de la filiation. Il y a eu un jugement criminel, puis là on est dans le flou, là. Actuellement, il
n'y a rien, mais que, finalement, quand la demande émane du violeur, finalement, madame dit :
Bien oui, je le veux, parce que... je veux une déchéance, mais je veux avoir
les aliments puis je veux avoir les droits successoraux. Qu'est-ce que vous
faites, dans ce modèle-là, avec ce que vous nous proposez?
Costanzo (Valérie P.) : Bien, il y aurait peut-être un devoir de conseil à
faire, à ce moment-là, c'est-à-dire, la femme en question va être... va
faire
partie des personnes qui reçoivent les procédures, donc pourra également prendre la parole, mais, dans le devoir de
conseil, on prévoit d'autres mesures qui sont possibles dans le projet de loi
n° 12, notamment une indemnité.
On pourra en rediscuter plus tard, là, qu'est-ce que cette indemnité,
spécifiquement, comment est-ce qu'on
en fait la demande pour... Si une femme ne s'y oppose pas, bien, elle pourra
signifier, effectivement, là, son consentement,
mais, à ce moment-là, s'il y a consentement, les démarches judiciaires, s'il y
a... bon, c'est une déclaration tardive, finalement, de filiation.
Alors, bon, on peut laisser cet espace, cette agentivité à une femme,
éventuellement, d'indiquer qu'elle accepte. Je veux bien y croire,
hypothétiquement.
Dans ce qu'on peut voir et dans la pratique,
puis Me Hanna aussi aura des exemples à donner, ce qu'on voit souvent, c'est que les femmes qui ne veulent pas
avoir un lien avec l'agresseur qui... seraient probablement heureuses
d'obtenir un soutien économique, un soutien social pour la chose sans qu'il y
ait un partage de l'autorité parentale qui
découle du lien de filiation. Bien honnêtement et sous toute réserve, je serais
curieuse et je serais étonnée de savoir qu'il y a des femmes qui veulent
que le lien de filiation soit établi. Ce n'est pas impossible, prévoyant
effectivement que cela soit et qu'on laisse
une certaine... un pouvoir décisionnel à ces femmes-là, mais, sinon, je pense
que les autres alternatives répondent davantage aux besoins.
M. Jolin-Barrette : OK. Puis, vous
disiez, Me Hanna avait des exemples.
M. Hanna (Joey) : Bien, c'est-à-dire...
Mme Costanzo (Valérie P.) : Alors,
moi... Allez-y.
M. Hanna (Joey) :
Pardon. Excusez-moi, je m'invite
dans la question, ici, là. Je n'ai pas d'exemple concret. Cela dit, je peux...
je peux vous dire qu'en pratique, essentiellement, c'est plus l'inverse qui
arrive. Essentiellement, donc, les femmes victimes vont vouloir couper tous les
liens, plutôt que de vouloir reconnaître ces liens-là. C'est ce que j'ai reçu
dans mon bureau à l'époque où je pratiquais à l'aide juridique en matière
familiale.
Donc, je ne vous dis pas que la question, elle
est théorique, je la prends, je pense que l'agentivité de la femme, bien, c'est un concept qui est très
important. Cela dit, j'ai plus l'impression que c'est l'effet inverse ou, du
moins, c'est la situation inverse qui risque d'arriver, plutôt que la
reconnaissance, le désir de reconnaissance par une femme.
M. Jolin-Barrette : Parce que, dans
le fond, vous, vous militez davantage à ce qu'il y ait une rupture du lien de
filiation, dans ce cas-là, plutôt qu'une déchéance de l'autorité parentale.
Parce que, voyez-vous, on reçoit des membres du Barreau, certains nous
disent : Non, on devrait aller vers la déchéance uniquement, ne faites pas
de rupture du lien de filiation. Vous, vous êtes à l'opposé, également. Donc,
je constate qu'il y a plusieurs situations, puis l'ensemble des membres du
Barreau, ils n'ont pas une solution unique et une opinion unique là-dessus.
Peut-être une question sur... Et j'ai été un peu
surpris que, dans le cadre de la grossesse pour autrui, vous recommandiez de
rendre facultative la séance d'information pour les parents d'intention et pour
la mère porteuse. Pourquoi voulez-vous rendre facultative cette séance
d'information là?
Mme Costanzo (Valérie P.) : Je vous
dirais que cette proposition a été formulée dans la mesure où on était beaucoup
en posture d'attente par rapport à quelle serait cette séance d'information,
spécifiquement. Alors, dans l'attente d'avoir plus d'information, on a soulevé
cette idée d'avoir une séance qui était facultative. On comprend et on reconnaît tout à fait la nécessité que des
informations soient données, que les gens comprennent, soient en connaissance
de cause, qu'il y ait un consentement libre
et éclairé, mais peut-être qu'à ce stade on pourrait renverser la situation et
se placer en posture d'écoute pour avoir un peu plus d'information sur
qu'est-ce que cette séance qui est réfléchie par rapport à l'information psychosociale et éthique de cette rencontre-là,
parce que, dans le flou, on se pose des questions.
M. Jolin-Barrette : Bien, parce
qu'un des objectifs, c'est justement de préparer les gens aux conséquences,
puis aux impacts du projet parental, puis aux questions, de pouvoir répondre
aux questions de la mère porteuse, puis que la décision soit prise. Lorsque je fais une
convention de grossesse pour autrui, que je puisse le faire d'une façon éclairée,
puis que j'aie toutes les réponses à toutes mes questions, puis que je
puisse savoir dans quoi je m'embarque aussi.
Puis,
voyez-vous, il y a le parallèle aussi. On s'est questionnés à savoir, quand
vous êtes en matière d'adoption, notamment adoption internationale, vous
avez une évaluation psychosociale... On a décidé, dans le cadre du projet de loi n° 2 puis dans le cadre du projet de loi n° 12,
de ne pas aller vers l'évaluation psychosociale des parents, parce que
certains nous disent, bon : Il y a une grande différence entre l'adoption
et la grossesse pour autrui, considérant qu'en matière d'adoption, théoriquement, l'enfant, il a une rupture avec son
parent, c'est une situation qui est particulière, bon. La grossesse pour
autrui, on pourrait dire la même chose aussi parce que, bon, l'enfant a été
avec la mère porteuse durant l'ensemble de
la grossesse, mais on a décidé quand même d'aller vers la séance d'information,
qui est une exigence moins élevée que l'évaluation psychosociale.
Qu'est-ce
que vous pensez de ça? Parce que, là, vous, vous êtes comme en attente de voir
qu'est-ce qu'il y aurait dedans.
L'idée, c'est que chaque
partie puisse savoir qu'est-ce que ça... qu'est-ce que
ça a comme impacts psychologiques, physiques, notamment, pour la mère
porteuse. Alors, comment vous voyez ça, par rapport à l'adoption?
Mme Costanzo (Valérie P.) : On
est favorables à cette avenue qui a été retenue, c'est-à-dire ne pas en faire
une évaluation, mais bien une séance d'information. Absolument. Tout à
fait d'accord avec ça.
M. Jolin-Barrette : OK. Parlons de la
pluriparenté. Vous, vous êtes en faveur qu'il y ait plus de deux parents.
M. Hanna
(Joey) : Tout à fait. C'est notre proposition.
Jolin-Barrette : Expliquez-moi ça.
M. Hanna
(Joey) : Bien, en fait, je pense qu'il y a plusieurs arguments qu'on
peut soulever ici. Je les ai articulés de la
manière suivante : d'abord, un besoin de protéger les enfants;
deuxièmement, un argument subsidiaire ou, du moins, qui découle de ce besoin de protection, c'est d'éviter de
placer des parents ou des enfants dans une situation de vulnérabilité,
donc, de les priver, là, de droits qui sont prévus au code, de lien affectif,
psychologique, physique, matériel et monétaire; et, troisièmement, pour
consacrer le principe d'égalité entre les enfants, et ce, sans égard aux circonstances de leur naissance. Donc, pour ces
trois grands arguments là, on milite en faveur, là, de la reconnaissance
de la pluriparenté ici.
Mme Costanzo
(Valérie P.) : Je vais aller plus loin, si vous me permettez. Alors,
on veut permettre que la pluriparenté soit
reconnue en droit. Ce n'est pas nécessairement en faire la promotion. Il y a
d'autres États qui ont reconnu l'existence
de la pluriparenté, et la réalité, c'est qu'il n'y a pas tant de familles qui
font appel à ce type de configuration familiale, mais c'est reconnu, et
c'est encadré, et ça répond à un besoin réel.
Ça créé une certaine
résistance, on le reconnaît, mais de la même manière qu'il y a 20 ans,
dans un contexte d'une réforme qui était
absolument progressiste, qui permettait, par exemple, à des couples
homoparentals de devenir parents, il
y avait une grande résistance dans la population, et une des idées ou une des
questions qui étaient soulevées, c'est : On n'a pas fait la
démonstration que c'était dans l'intérêt de l'enfant et, 20 ans plus tard,
on ne regrette pas de l'avoir fait. C'est
effectivement dans l'intérêt des enfants. Leurs besoins sont répondus d'une
manière qui est différente, mais qui est tout à fait adaptée, et on
pense que c'est le même principe qui devrait s'appliquer avec la pluriparenté
aujourd'hui.
Jolin-Barrette : Bien, je vous dirais que j'émets certains doutes par
rapport à ça, parce que je me demande on
répond aux besoins de qui. Est-ce qu'on répond vraiment aux besoins de l'enfant
ou aux besoins des gens qui forment ce projet parental là? Alors, si tout va
bien, je suis d'accord avec vous, c'est plein de gens qui s'occupent de
l'enfant, mais quand la chicane, elle pogne, là, s'il y a quatre parents,
l'enfant, là, il va avoir quatre maisons. Qui va
décider du consentement médical, les sorties à l'école? Il va avoir huit «sets»
de grands-parents. Il n'y aura pas assez de journées de Noël dans le temps des
fêtes, là.
Mme Costanzo
(Valérie P.) : «...love». Mais, cela étant, puis on reconnaît qu'il y
a cette inquiétude qui existe — ça veut dire plus à aimer, là, pour la
traduction — on
reconnaît des inquiétudes. Ceci étant, c'est vrai qu'il y a une configuration qui est nécessaire, les parents... Alors, dans les
propositions que vous avez dans notre mémoire, on a réfléchi à des
manières d'anticiper des enjeux. Alors, si, dans le cadre d'une GPA, il y a un
couple et une amie qui a accepté de porter
l'enfant d'autrui qui décident de faire un projet triparental, par exemple,
dans l'aménagement de ce projet, qui
doit être notarié, selon le PL n° 1, il pourrait également prévoir l'aménagement, de
comment va s'exercer l'autorité parentale et comment est-ce que l'autorité
parentale s'exercerait en cas de rupture, en cas de séparation. On pourrait prévoir
à l'avance.
Je reviens aussi à
votre question initiale, c'est-à-dire : C'est pour les besoins de qui, ça,
est-ce c'est les parents ou c'est les enfants? Bien, c'est le même genre de
question qu'on posait aussi il y a 20 ans puis qu'on posait il y a 50 ans dans un contexte de divorce.
L'un n'est pas nécessairement opposé à l'autre, il peut y avoir une interrelation
entre les deux. On pense qu'il y en a une.
Et, oui, ça fait plus de parents, mais ça fait aussi plus de parents qui se
soucient d'un même enfant.
Ce n'est pas exclu... Puis
on ne veut pas nécessairement avoir un discours angélique que tout va toujours
bien aller, au contraire, comme on le voit dans les cours supérieures du
Québec, même juste à deux, ça peut faire de grands conflits, mais on pense
quand même que les règles qui existent peuvent répondre aux besoins.
Et, si on reprend l'exemple de quatre parents
avec un enfant qui va être à quatre endroits en même temps, ce n'est pas
nécessairement ça qu'on dit. Le critère de l'intérêt de l'enfant pourrait
prévoir qu'il y ait deux parents ou qu'il y en ait quatre, qu'un des parents
ait une garde exclusive de cet enfant et que les autres parents aient des
accès, aient des droits de visite, aient un regard sur certaines décisions qui
sont prises, mais le noyau va rester l'enfant, et le droit actuel peut répondre
à ça aussi.
M. Jolin-Barrette : Bien, c'est une
discussion qui mérite d'être faite. Écoutez, mes collègues veulent poser des
questions. Alors, je vous remercie grandement pour votre présentation à la
Commission des institutions aujourd'hui, c'est apprécié.
Le Président (M.
Bachand) : Merci, M. le ministre. Mme la
députée de Laval-des-Rapides.
Mme Haytayan : Merci, M. le
Président. Bonjour à vous quatre. Merci pour votre temps. Merci d'être là.
Vous disiez un peu plus tôt que vous proposiez
de renforcer l'article 606, déchéance de l'autorité parentale. Est-ce que
vous pouvez développer là-dessus, nous en parler, de votre proposition? Merci.
Mme Costanzo (Valérie P.) : Oui,
avec plaisir. Bonjour. Alors, une des avenues que nous avons... Alors, on pense
que... D'abord, pour le contexte, actuellement, il y a la possibilité de
demander une déchéance de l'autorité parentale. C'est un chemin de croix, c'est
très difficile, et, pour ça, Me Hanna aurait des exemples à donner. On
veut prévoir, par exemple, une présomption simple, qu'une agression sexuelle ou
qu'un contexte de violence qui a mené à une agression sexuelle soit retenu
d'emblée comme un motif qui justifie la déchéance de l'autorité parentale et
qui est dans l'intérêt de l'enfant. Alors, il n'y aurait pas une démonstration
qu'il y aurait à faire. Parce que sachez que la déchéance de l'autorité
parentale est un motif qui est considéré comme exceptionnel par la loi et par
les tribunaux. La Cour d'appel a dit que c'était une mesure qui est
draconienne. Alors, le fardeau à surmonter, le fardeau de preuve, est très
élevé, et on veut faciliter en créant une présomption, justement, que
l'agression sexuelle est un motif grave. C'est dans l'intérêt de l'enfant s'il
y avait une demande de déchéance de l'autorité parentale. C'est ce qu'on
prévoit, notamment.
M. Hanna (Joey) : Et je me permets
de rajouter, si vous me permettez, que, pour nous, l'intérêt de l'enfant et
l'intérêt de la mère, la mère victime, notamment, c'est interrelié. Et le
fardeau de preuve en matière de déchéance, bien, essentiellement, il faut
prouver deux notions, c'est-à-dire, le «motif grave» et «c'est dans l'intérêt
de l'enfant». Ce qu'on voit... Il y a des courants jurisprudentiels qui
viennent distinguer, là, la violence faite à l'enfant versus la violence faite
à la mère, ici. Et, pour nous, bien, tout ça, c'est interrelié, donc la mère
victime, la mère victime d'agression sexuelle, bien, c'est l'enfant également
qui en est victime. Et donc tout ça, c'est interrelié ensemble, et on ne
cherche pas à distinguer ces deux cas de figure là.
Donc, on veut simplifier la vie des personnes
victimes, ici, et leur éviter, justement, ce chemin de croix que j'ai vu, dans
ma pratique, en accompagnant des femmes dans le cadre de cette demande-là, qui
est un fardeau, ma foi, assez important
puisqu'elle est une mesure draconienne, une mesure un peu de «last resort», si
on... de dernier recours en droit. Voilà.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. M. le député
d'Acadie.
M. Morin : Oui. Merci. Merci, M. le
Président. Bonjour. Merci. Merci d'être là. Merci pour votre mémoire,
également.
Il y a plusieurs éléments, mais il y en a un,
entre autres, dans votre mémoire qui a attiré mon attention, mais j'aimerais
vous donner l'opportunité, peut-être, de développer davantage. Et c'est à la
page 22 de votre mémoire, quand vous parlez de la reconnaissance de
l'existence du contrôle coercitif dans un contexte de violence sexuelle et
conjugale. Et la recommandation que vous faites, c'est... en fait, ce serait,
donc, de faire en sorte qu'on ajouterait une disposition et reconnaître
l'existence.
Est-ce que, pour vous, on le reconnaîtrait ou on
l'ajouterait pour faire échec à la filiation ou si c'est un concept qu'on pourrait également ajouter à 542.33,
quand on parle... du projet de loi, quand on parle de la responsabilité
financière visant les besoins d'un enfant issu d'une agression sexuelle? Donc,
je trouve votre... En fait, c'est un concept,
bon, qui est connu, votre proposition est superintéressante, mais, d'une façon
pratique, comment on pourrait, finalement, bonifier le projet de loi
puis comment pouvez-vous nous aider là-dessus?
Mme Costanzo (Valérie P.) : Merci
pour cette question. Je pense effectivement que c'est une bonne idée. Alors,
c'est une présomption qu'on soumet, là, dans un contexte de violence conjugale,
de contrôle coercitif qui mènerait, là, dans
ce contexte-là, à la conception d'un enfant. On prévoit une présomption simple,
que ce soit une agression sexuelle au sens d'une demande de retrait de
la filiation ou d'une demande de déchéance de l'autorité parentale. Ça pourrait être transposable aussi à d'autres égards, dans la
mesure où ça sert l'intérêt des personnes victimes et des enfants, absolument.
Morin : Parfait. Je vous remercie. J'aimerais également
vous entendre, parce qu'on a eu plusieurs mémoires, plusieurs témoins...
Dans le projet de loi, présentement, la convention de grossesse, elle doit être
faite par acte notarié, et plusieurs
personnes nous ont dit : Bien, l'acte notarié, c'est parfait, ça permet
de... évidemment, c'est un acte authentique. D'autres nous ont
dit : Non, ça pourrait être fait sous seing privé, il y a déjà des avocats
qui rédigent ce genre de clauses là. Est-ce que vous pouvez nous éclairer
là-dessus? Pour vous, est-ce que ça fait une différence, ça ne fait pas de
différence? Avez-vous une préférence? Parce qu'à un moment donné, bien,
peut-être qu'on aura des recommandations à faire à M. le ministre là-dessus.
Mme Costanzo (Valérie P.) : C'est
une autre bonne question. Je vais vous dire que ce n'est pas un sujet dont on a
abordé dans le détail, avec l'Association des juristes progressistes. Par
contre, la discussion, on la connaît. Un des
enjeux des actes notariés, c'est notamment le niveau de formalité, l'accès à
cette possibilité-là. On pense que les actes
sous seing privé pourraient être plus accessibles pour d'autres types de
familles, avec des réalités socioéconomiques qui sont différentes et
devraient être considérées effectivement dans la réflexion, là, autour du
projet de loi n° 12.
M. Morin : Parfait. Je vous remercie.
Autre élément. Dans la convention de grossesse, dans le projet de loi actuel,
si j'ai bien lu, il y a... il n'y a pas beaucoup d'éléments qui pourraient,
éventuellement, par exemple, protéger la mère porteuse. Est-ce que vous pensez
qu'il y a des choses qu'on devrait ajouter, qui devraient être incluses
obligatoirement, par exemple, dans la convention de grossesse, et je vous donne
certains exemples : qu'arrive-t-il si la mère porteuse tombe malade,
qu'elle ne peut plus travailler après? Devrait-elle avoir eu un enfant avant ou
pas? Est-ce qu'on devrait interdire certains, si vous me permettez
l'expression, choix de mère porteuse? C'est-à-dire qu'une personne qui
travaillerait pour un couple, par exemple, dans son domicile, est-que ça
devrait être interdit que cette personne-là devienne la mère porteuse du
couple? J'aimerais ça, si vous pouviez nous éclairer là-dessus. Puis qu'est-ce
que vous pouvez partager avec nous à ce sujet-là?
Mme Costanzo (Valérie P.) : Alors, à
ce stade, j'aurais envie de dire qu'on veut bien réfléchir à voix haute avec
vous, que ça n'a pas fait l'objet d'une discussion étendue, puis on serait même
limités à parler en mon nom personnel plutôt que de parler au nom de
l'association. C'est sûr qu'il y a plusieurs enjeux de rapports de force qui
doivent être pris en considération. Il faut faire attention au contrôle du
corps des femmes. Tu sais, s'il y a un contexte... en fonction du niveau de vie
d'une femme, on ne va pas se mettre à contrôler ce qu'elle consomme, ce qu'elle
ne consomme pas, au même égard qu'on ne le ferait pas pour une femme qui
porte... ou une personne qui porte un enfant hors le contexte d'une GPA. Alors,
je pense qu'il y a des choses qui sont transversales, peu importe le contexte
de cette grossesse.
Pour les autres enjeux, on veut bien... vous
avez accès à nos courriels, on veut bien poursuivre cette réflexion-là, mais,
pour l'instant, je pense qu'on s'en tiendrait à ça.
M. Morin : Je vous remercie.
J'aimerais aussi que vous puissiez nous éclairer en lien... Et là c'est avec
l'article 542.33 du projet de loi, qui s'intitule «De la responsabilité
financière visant les besoins d'un enfant issu d'une agression sexuelle.» On comprend, on comprend l'idée. Maintenant,
ma compréhension, c'est que, présentement, ce serait à la mère qui a été
victime d'un viol, qui a eu l'enfant... pardon, de s'adresser aux tribunaux.
D'abord, de faire la preuve, sauf s'il y a déjà eu, évidemment, un jugement qui
en reconnaît l'existence, mais, après ça, d'établir le paiement d'une indemnité. Est-ce que, selon vous, c'est trop demander
à une femme qui a déjà été victime d'un viol? Est-ce que l'État ne devrait pas
prévoir un mécanisme de compensation automatique ou est-ce qu'il ne devrait pas
y avoir des grilles de compensation qui feraient en sorte que ça pourrait
éclairer le tribunal puis venir en aide, au fond, à la femme qui a été victime
de l'agression sexuelle? Puis, si vous pouviez nous donner quelques paramètres
ou vos réflexions là-dessus, moi, j'apprécierais grandement.
Mme Costanzo (Valérie P.) : Avec
plaisir. Alors, pour réfléchir à voix haute à cette question, c'est sûr qu'on
est en train de créer du droit nouveau, et ça fait
partie justement de
qu'est-ce qui est soulevé et de l'intérêt des commissions parlementaires
d'identifier les angles morts puis de pouvoir, ensuite de ça, les préciser et
apporter, là, des solutions qui sont concrètes. Quand... Dans un contexte où
est-ce qu'il y a un jugement criminel qui reconnaît l'agression sexuelle, ce sera effectivement plus facile. On pense que
l'article 542.33, tel que proposé, est une alternative. On pourrait penser à d'autres alternatives, comme
vous nous avez soulevées, par exemple, qu'on reconnaisse la femme comme victime d'acte criminel, qu'elle bénéficie
d'une immunité en son nom personnel, mais qu'on reconnaisse également, par
exemple, l'enfant qui est issu de l'agression sexuelle également comme une
victime en vertu de cette même loi, et qu'on puisse établir des barèmes en
fonction de ça.
C'est sûr qu'on pourrait regarder, hein, il y a
des personnes qui vont défendre... et c'est un peu ce que le ministre soulevait tout à l'heure, il y a des
personnes, notamment des juristes, qui défendent encore que le mécanisme de
déchéance est suffisant parce que le lien de filiation est présent, donne un
droit alimentaire, permet d'obtenir une pension alimentaire pour
l'enfant. À notre avis, ce n'est pas suffisant, et c'est bien d'avoir d'autres
avenues possibles pour s'adapter aux désirs des... aux besoins des enfants puis
à l'agentivité ou le choix que les personnes victimes, les parents victimes
auront fait.
M. Morin : Je
vous remercie. Je ne sais pas si ma collègue la députée de Robert-Baldwin a des
questions ou des précisions.
Le Président (M.
Bachand) : ...Robert-Baldwin, s'il vous
plaît.
Mme Garceau : Oui. Merci. Merci
beaucoup. C'était fort intéressant. J'aimerais revenir au niveau de vos
recommandations, et la reconnaissance de la pluriparenté, et les enjeux
pratiques de cette reconnaissance-là. Nous savons très bien que, quand tout va
bien, c'est merveilleux, mais là on se retrouve dans le contexte quand les
choses vont mal, et d'où vient l'importance de qu'est-ce qui est dans l'intérêt
de l'enfant, lorsqu'il y a un conflit entre non seulement juste deux parents,
mais, si on reconnaît la pluriparenté, on est en train de regarder plusieurs
parents. J'aimerais vous entendre là-dessus, au niveau de l'intérêt de l'enfant
lorsqu'il y a plusieurs parents dans un conflit devant les tribunaux?
M. Hanna (Joey) : Oui, je vais me
permettre, si vous permettez, Me Costanzo. Je ne vais pas répéter tout ce
qui a déjà été dit, puis je pense que c'était très sagement souligné par ma
collègue, là, l'intérêt de l'enfant, c'est un concept qui est transposable en
matière de pluriparenté. Et, oui, en matière de litiges, là, en matière de
conflits, on pourrait en venir, ultimement, à une déclaration judiciaire, à un
octroi d'une garde exclusive à un parent ici.
Je vais peut-être vous... mettre mes lunettes de
praticien ici, là, et de vous dire que j'ai entendu les mêmes réserves quant à l'articulation, le
pratico-pratique de comment ça va se passer en cas de conflit. Et j'aimerais
peut-être vous soumettre trois objections ou trois nuances, trois commentaires.
D'abord, en vous disant que les avocats, les avocates, un peu comme les
médecins, bien, quand on pratique en litige familial, qu'est-ce qu'on entend,
qu'est-ce qu'on voit, ce sont les bobos. Les gens qui se rendent dans nos
bureaux, dans... c'est parce que ça va mal, c'est rare que c'est l'inverse. Donc, on est peut-être un peu, là, biaisés par
notre perception du litige et du caractère acrimonieux et cette espèce
d'usure de la pratique. Donc, je pense qu'il faut être prudents un peu avec le
raisonnement de la pente fatale qui nous dit que, bien, si, avec deux parents,
ça va... ça peut être acrimonieux, imaginez trois, quatre, cinq. Donc, ça,
c'est l'argument de prudence.
À cette... à ce premier commentaire-là, je vais
nuancer mon propos en vous disant que moi, dans ma pratique, pour un dossier
que j'amenais devant le tribunal, à procès, bien, j'en réglais neuf. Et puis je
ne vois pas pourquoi est-ce qu'avec... dans un contexte de pluriparenté, ce ne
serait pas applicable également. Je pense qu'avec un bon accompagnement
juridique et psychosocial, M. et Mme Tout-le-monde finissent par comprendre les
tenants et aboutissants d'une séparation et
arrivent à faire des compromis dans le meilleur intérêt de leurs enfants. Et je
pense, avec égard pour l'opinion contraire, que, bien, les familles
pluriparentales seraient à même de considérer ces mêmes méthodes là et en venir à des règlements en matière de litiges et de
conflits. Donc, essentiellement, ce sont mes commentaires ici.
Et comme a
dit tantôt ma collègue, je pense que le contexte de la GPA, ça se prête très
bien à la reconnaissance de la pluriparenté. Et à lire le projet de loi, je
constate qu'on s'enligne vers un régime de GPA qui est formalisé, qui va
être conventionnel, ici, donc on invite les gens à prendre au sérieux le projet
dans lequel ils vont... ils vont se lancer. Bien,
tant qu'à faire, on pourrait très bien prévoir également l'après-projet, s'il y
a rupture, s'il y a conflit. Que va-t-il advenir de la garde, des
démembrements de l'autorité parentale? Et je pense que, bref, le contexte de
GPA, ça se prête bien à articuler, là,
concrètement, pratico-pratique, qu'est-ce qu'on fait en... suivant la
rupture... je ne veux pas dire du couple, là, mais de l'union, ici, ou
de la famille, bref.
Mme Garceau : Donc, on irait plus
loin, si vous me permettez, dans le cadre de la convention de GPA, un petit peu
comme des contrats... je ne veux pas dire un contrat de mariage, mais des
contrats, comme on appelle, le «prenup»,
dans le fait où on va détailler qu'est-ce qui se passe au niveau de l'autorité
parentale, l'exercice de l'autorité parentale, les droits d'accès, et
tout ça, dans le cadre de la convention GPA. C'est votre suggestion?
M. Hanna (Joey) : C'est-à-dire, ce
n'est pas notre suggestion principale, c'est une suggestion subsidiaire qu'on
vous fait et qu'on détaille dans le mémoire à la page 12. Et ce qu'on vous
dit, essentiellement, c'est que le contexte de GPA pourrait se prêter à une
reconnaissance de la pluriparenté. Et, bien, on a, dans le cadre de ce contexte de GPA là, cette convention qui pourrait
prévoir les aménagements de l'autorité parentale pendant le contexte
familial, mais également postérieurement à la rupture. Donc, ce serait une
avenue à envisager si jamais on voulait faire un pas vers la reconnaissance de
la pluriparenté, selon nous.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. Mme la députée
de Vaudreuil, s'il vous plaît.
Nichols : Oui. Merci, M. le Président. Merci beaucoup. Merci
d'être parmi nous. Merci pour votre mémoire aussi.
Petite question par rapport au consentement de
la mère porteuse. Il y a des délais qui sont prévus dans le projet de loi n° 12. Supposons, là, la mère
porteuse qui change d'idée ou... Que pensez-vous, là, du délai, là, qui est
prévu dans le projet de loi?
Costanzo (Valérie P.) : Alors, le délai prévu n'a pas fait l'objet d'un
immense débat, dans la mesure où on considère que c'est raisonnable, le
délai qui est prévu. On sait qu'il y a certains intervenants, intervenantes qui
ont suggéré un plus long délai. On n'a pas tendance à
aller dans cette voie-là, dans la mesure où, éventuellement, il y a un enfant qui est né et qui a besoin de stabilité,
de créer un lien d'attachement, et ainsi de suite. Alors, on considère que le
délai qui est suggéré est raisonnable.
Mme Nichols : Parfait. Merci.
J'avais une autre question aussi en lien avec l'indemnité puis la prescription.
Puis je ne pense pas non plus... Je ne sais pas si vous l'avez... si vous avez
élaboré un... ou s'il y a une position plus précise,
là, mais... Parce qu'on voit que le législateur, il entend imposer une
prescription plus courte pour la succession. Je me demandais si vous
aviez une position ou des recommandations à nous faire à cet effet-là.
Costanzo (Valérie P.) : En toute humilité, pas à ce stade. Mais on serait,
évidemment, disponibles, là, à pouvoir en discuter davantage dans le futur,
mais, pour l'instant, là, on n'aurait pas de commentaire à faire à ce sujet.
Mme Nichols : Parfait. Puis
avez-vous regardé les dispositions testamentaires? Aviez-vous certains avis,
là, quand on rentre dans la
partie successorale, là? Parce que c'est quand même
une partie, aussi, importante, suite à une certaine reconnaissance. Est-ce que
vous aviez un avis à nous soumettre?
Mme Costanzo (Valérie P.) : Bien,
écoutez, peut-être Me Hanna aurait plus à dire que moi. On considère que les dispositions testamentaires ont un
objectif qui est tout à fait louable, là, et on... sur le principe, on est
d'accord avec la chose. Dans l'articulation, on n'a pas de commentaire
spécifique à faire, Me Hanna, à moins que vous ayez un ajout à ce sujet.
M. Hanna (Joey) : Je n'ai pas
d'ajout, malheureusement. Pas à ce stade-ci, en tout cas.
Mme Nichols : Parfait. Merci
beaucoup.
Président (M. Bachand) :
Merci. Alors, à mon tour
de vous remercier d'avoir été avec nous. Ça a été très, très, très
apprécié. Et, cela dit, bien, on se dit à bientôt.
Et, en
attendant, bien, on accueille nos nouveaux invités, Me Tétrault et
Me Brown. Alors donc, vous connaissez les règles. On a
10 minutes de présentation et, après ça, période d'échange avec les
membres. Me Tétrault, la parole est à vous.
M. Tétrault
(Michel) : Merci, M. le Président. M. le ministre, membres de
la commission, merci de l'invitation.
Si vous allez
à la page 3 de notre mémoire, je vais tenter, c'est une obligation de
moyens, de passer au travers des points saillants, effectivement, là,
qu'il me semblait important de soulever.
Sur «La filiation se prouve par l'acte de
naissance», j'endosse totalement les commentaires de Me Kirouack, à savoir que
c'est ce qui est reconnu par la jurisprudence, par la doctrine et surtout par
la loi, si elle n'est pas modifiée, et on devrait s'en tenir à ça,
effectivement, au lieu d'un formulaire administratif. Je vous souligne, et ça
va aussi en lien avec l'obligation de
déclarer la filiation : Est-ce qu'on va demander au personnel médical, au
moment de l'accouchement ou ailleurs, dans un autre moment, de
contraindre? Quant à moi, ce n'est pas leur travail, d'aucune façon. Il est très possible que la dame qui
accouche dise : Effectivement, ce n'est pas mon enfant, j'agis à
titre de
femme porteuse et je ne le déclarerai pas. Je pense que, le personnel
médical, je n'ai pas besoin de vous faire une longue démonstration, on va
l'employer à d'autre chose actuellement qu'à tenter de remplir un formulaire
administratif qui, ensuite, servira au DEC,
je n'en disconviens pas, mais ce n'est pas de cette façon-là qu'on devrait
préparer ou qu'on devrait présenter une preuve, effectivement,
relativement à la filiation.
Autre élément : le projet parental et la
nécessité d'un écrit. On parle beaucoup de... de procréation assistée et plus
particulièrement le fait des femmes porteuses, mais les autres situations où il
peut y avoir un projet parental, par exemple
par l'apport de relations sexuelles, par apport de ce qu'on appelait à l'époque
de l'insémination de cuisine, ça, il n'y a pas de document, il n'y a pas
d'écrit pour ça. On dirait qu'on a mis tout l'accent, et je peux le comprendre,
sur la question des femmes porteuses, mais il me semble que, quand on a un
projet parental... ce qui permet d'éviter la situation suivante, où vous avez
une dame qui dit : Non, non, j'ai eu une relation sexuelle, mais c'était
pour mon projet à moi, et monsieur qui dit : Bien, non, non, c'était mon
enfant aussi, c'était... Bon. Donc, il me semble qu'un écrit, aussi simple
soit-il, permettrait d'éviter les litiges que nous avons actuellement devant
les tribunaux. Et ça m'apparaît tout aussi important pour un projet parental
qui n'implique pas nécessairement une femme porteuse que pour les autres.
Je passe ensuite aux dispositions relatives...
Ah! la nécessité de l'écrit notarié. Écoutez, vous avez à ma gauche,
géographiquement parlant, Me Doreen Brown, avocate émérite et qui est
vraisemblablement, au Québec, celle qui a fait le plus de conventions
relativement à des grossesses pour autrui. Donc, je vous inviterai, lors de la période des questions... J'entendais tout à
l'heure le ministre qui demandait : Oui, mais quel montant d'assurance?
Elle va pouvoir vous dire c'est quoi. Donc, ça, c'est dans un premier
temps.
Par rapport à la... Je
reviens à ma nécessité de l'écrit notarié, il y a une question de cohérence,
hein, parce que j'entends les mots
«corporatiste», «corporatiste», là. Nous avons une personne ici qui est une
avocate, qui, depuis... je ne veux pas trahir son âge, depuis plusieurs
dizaines d'années, fait des conventions pour... de grossesses pour autrui, et effectivement on se rend compte qu'il y
a une compétence. Peut-on se priver d'une compétence? Pour moi, la réponse
vient de soi, ce qui n'empêcherait pas les notaires d'en faire, ceux qui ont
des compétences. Mais je ne vois pas
pourquoi on doit retirer, entre guillemets, du marché... surtout qu'il y en a
certains dans les journaux, ou certaines, qui disent que le Québec va
devenir une... un lieu industriel pour la... les femmes porteuses, je ne suis
pas convaincu qu'on peut se permettre ça.
Dans un deuxième temps, celui-là plus juridique,
on ne me reproche pas... on ne me reprochera pas d'être corporatiste, quand
vous passez à travers le projet de loi, si vous allez à 541.9, 541.14, 541.8,
vous vous rendez compte que, bien là, dans
ces situations-là, même si c'est... on est en matière de femmes porteuses, ah!
bien, ça peut être notarié ou une déclaration assermentée devant
témoins. Pourquoi, pour certains documents, ça doit être notarié, pour d'autres
pas? Et j'ajoute, à 541.8, si ma mémoire est bonne : Quand une mère
porteuse, femme porteuse décide en cours de grossesse de mettre fin, dire :
Non, moi, ça ne fonctionne plus, c'est un simple papier sous seing privé. Je
trouve que ce n'est pas moins important que d'autres documents. La convention,
c'est important. À la fin, quand elle donne son consentement, c'est important,
quand elle décide de transférer l'autorité parentale aux parents à la fin ou à
l'aboutissement du processus. Pourtant, dans ces cas-là, on a dit : Bien
oui, ça peut être une déclaration assermentée avec deux témoins. Là, je ne sais
pas s'il y a des trucs moins importants que d'autres, on pourra probablement
m'en informer, mais, quant à moi, je ne vois pas pourquoi.
Troisièmement,
les dispositions relatives à la gestation pour autrui, je dirai deux choses,
connaissant les limites de ma compétence. Un : un membre de la
commission a soulevé la question des agences. Bien, évidemment, on n'en parle
pas du tout dans le projet de loi. Les agences, ça existe dans d'autres
provinces et c'est essentiel. Je vais vous rappeler
de mauvais souvenirs et je vais trahir mon âge. Vous vous rappellerez peut-être
de la belle époque de l'adoption à l'international quand il y avait des
agences privées. Ça allait tellement bien que nous avons créé le... le
secrétariat international à l'adoption, qui chapeautait tout ça, et qui
chapeaute, évidemment, toujours, mais là il n'y a à peu près plus d'agences
privées au niveau de l'adoption, je parle à l'international. Si on ne veut pas
que ça devienne quelque chose qui ressemble
au far west, je pense qu'on doit les contrôler, qu'on doit les surveiller, que
ce serait une très bonne idée que cet
organisme-là qui supervise les agences, peu importe qui qu'il soit... bien,
qu'il ait des pouvoirs, justement, d'intégrer et d'inclure dans les
conventions ce qu'on doit avoir.
On parlait d'assurance tout à l'heure. L'assurance,
c'est prévu dans les dépenses qu'on peut prévoir dans la convention, mais, si
on ne rattache pas à ça une obligation puis un montant ou un quantum, là ça
devient de la négo, et je ne suis pas
convaincu que, pour ce type de question là, c'est-à-dire la protection directe
de la femme porteuse et de l'enfant qu'elle porte... ça peut donner lieu
à une dérive dans certains cas. Donc, s'il y a des agences, on devrait les
surveiller.
Ensuite, il y a la question de... du dépôt
auprès du DEC de toutes les conventions aux fins de procréation avec femme
porteuse. Est-ce nécessaire? Et là je mets en opposition toute la question de
la vie privée, parce qu'on dit que, même si le processus ne se rend pas à la
fin, la convention doit quand même être déposée auprès du DEC. Là, je me dis : Bien oui, mais on fait quoi
avec ça? Le projet n'a pas abouti, il n'y a pas de raison qu'on dépose, parce
que, dans ces conventions-là, pour ceux et celles qui ont eu la chance de les
consulter, il y a tout, il y a tout... bien, il y en a où il y a tout, il y en
a d'autres où il y en a moins tout, mais il y a tout. Donc, à partir de ce
moment-là, est-ce qu'il n'y a pas moyen de dire : Parfait, vous allez déposer
un document, et voilà ce qu'on va retrouver?
Je joins à ça la question du profil que l'on
doit ajouter. Vous savez, il est question de mettre le profil des gens dans la convention. Bien, si ce qu'on veut, c'est
permettre qu'en cas de recherche des origines on puisse avoir des détails,
bien, calquons-nous sur l'adoption. En adoption... Écoutez, il y a 40 ans,
en adoption, les infos qu'on avait dans les formulaires, on va s'entendre, là,
on n'était pas là, mais, maintenant, il y a moyen d'avoir... Mais est-ce qu'il
y a moyen de faire en sorte... Parce que je
vous rappellerai que, si, surtout, il y a eu un refus de contact au niveau du
parent qui... la femme qui a servi comme mère porteuse, bien, si on
donne beaucoup, beaucoup, beaucoup d'information, là, dans la... dans le
profil, bien, écoutez, quelqu'un qui est un peu habile avec les réseaux sociaux
ou qui va contacter Ancestry va être capable de retracer, et ce refus de
contact là vaut quoi? Voilà. Donc, la question de la convention auprès du DEC,
dans tous les cas, j'aurais tendance à nuancer.
L'intérêt de l'enfant et la... Non, pardon, la
possibilité de consulter un procureur indépendant. Écoutez, ça me semble
évident qu'on doit vérifier à la base s'il n'y a pas... Quand on parlait tout à
l'heure, bien, il ne faudrait pas qu'il y ait de lien d'emploi entre... avec la
femme porteuse, il ne faudrait pas qu'il y ait un lien d'autorité, il n'y a pas
27 façons de le vérifier. Et, en droit, souvent, quand on a de telles
situations où les intérêts des deux parties peuvent être conflictuels, c'est
quoi, notre solution? On renvoie. Et c'est comme quand on représente deux
clients. Quand on fait une représentation conjointe, si, à un moment donné, on
se rend compte qu'il y a un différend, qu'est-ce qu'on fait? Vous allez voir
votre avocat, vous allez voir votre avocat. Et ça, bien...
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup, Me Tétrault. On
doit... On est rendus à la période d'échange, alors sûrement que vous allez
pouvoir continuer sur d'autres sujets. M. le ministre, s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Oui. Alors,
merci, M. le Président. Me Tétrault, Me Brown, merci d'être en commission
parlementaire, de venir témoigner à la Commission des institutions.
Quelques
éléments en lien avec ce que vous avez dit, notamment sur la... que la
convention doit être transmise au Directeur de l'état civil lorsqu'il n'y a pas... en fait, lorsque le projet
parental n'est pas mené à terme. Bien, ce n'est pas la convention qui est
transmise, c'est la déclaration, à l'article 1, alinéa 2°. Donc, oui,
il y aura la déclaration avec les renseignements, mais la convention ne
sera pas transmise.
M. Tétrault (Michel) : Parfait.
Jolin-Barrette : Autre
point, à 523, là, quand on parle de la filiation, là, là on est dans le régime
de la filiation par la reconnaissance ou par le sang, on n'est pas dans
le régime de la gestation... bien, de la grossesse pour autrui, qui est
vraiment un autre régime complètement distinct.
M. Tétrault (Michel) : Totalement.
M. Jolin-Barrette : Donc, pour la
grossesse pour autrui, c'est l'autre régime qui va s'appliquer, et non pas
celui-là.
Sur la question, vous dites, du formalisme
rattaché à la... à l'acte notarié, pour la conclusion de la convention, vous
nous avez dit tantôt : Il y a des situations... Je ne vois pas dans quelle
situation pour quoi est-ce qu'on ne devrait pas repasser devant le notaire si,
à l'origine, on passe devant le notaire. Prenons l'exemple dans l'éventualité
où la mère porteuse met fin à sa grossesse pour des questions urgentes ou des
questions de santé. On attend qu'elle soit sur le lit d'hôpital, puis on ne
l'opère pas, on n'intervient pas tant que le notaire n'est pas arrivé? Ça
n'aurait pas de sens de dire : On oblige à passer devant le notaire
absolument sur certaines situations. Je ne sais pas comment vous voyez ça, là.
Mais je comprends l'argument, tantôt, que Me Kirouack nous disait pour
dire : Bien, nous, on en fait, tout ça, mais le notaire, c'est un tiers
neutre qui est là pour conseiller les deux parties aussi. Alors, il est où,
l'enjeu sur le fait de confier ça au notaire?
Tétrault (Michel) : Encore une fois, c'est de se priver d'une
compétence, d'une large compétence. Me Brown pourra en dire plus que moi
là-dessus. Au moment où on se parle, bien, il n'y a pas beaucoup, en termes de
notaires, de gens qui font cela. Et là nous avons des gens compétents.
Et ça me permet d'arriver à un autre point qui
m'apparaît important. On a discuté tout à l'heure de la possibilité qu'il y ait
une formation. Ça ne devrait pas être une possibilité. Écoutez, on va demander
à la personne qui reçoit ces gens-là de parler de psychosocial, de... Il faut
qu'il y ait une formation. Ça se fait, par exemple, en médiation. Il faudrait
qu'on ait la même chose. Et je vous suis quand vous nous dites : Bien là,
peut-être que l'expertise psychosociale, on va une coche plus loin. Et je pense
qu'effectivement il y a moyen, avec une formation adéquate, que les personnes,
notaires, avocats, soient en mesure de fournir aux gens quels sont... et, si
jamais il y a une mésentente ou une incompréhension, on les envoie... on les
envoie voir un procureur indépendant ou une personne, je pense à ce que disait
Me Kirouack, au centre de l'Université McGill, où il y a des gens qui ont
étudié la question, mais je pense qu'on ne peut pas se reposer uniquement sur
nos connaissances. Ce n'est pas dans notre cursus, là, hein, on va s'entendre.
À l'université, là, il n'y a pas de cours sur l'intérêt de l'enfant et sur ce
qui arrive et ce qui se produit par rapport à l'enfant, à la mère porteuse et
aux parents.
M. Jolin-Barrette : Mais j'ai deux
questions, juste pour éclaircir. La première : Donc, vous, vous êtes en
faveur d'une formation psychosociale pour les parents d'intention et pour la
mère porteuse, pas d'une évaluation psychosociale?
M. Tétrault (Michel) : Voilà.
M. Jolin-Barrette : OK. Deuxième
question, puis là je fais peut-être appel à Me Brown : Pouvez-vous me
décrire le type de convention que vous faisiez? Comment ça fonctionne dans la
mécanique actuelle, là, considérant que ce n'est pas un contrat qui est
exécutoire?
Mme Brown (Doreen) : Oui, ce n'est
pas exécutoire. À ce que je sache, le contrat n'a jamais été contesté nulle part au Canada. Ça, c'est numéro un. Dans
les autres provinces, je pense que c'est exécutoire, mais on ne sait jamais.
Comme vous savez, il y a quatre parents dans une province, en Ontario, six
parents en Colombie-Britannique. Qu'est-ce qui va se passer si c'est contesté?
Normalement, je reçois des clients. Si je représente le couple, les parents
d'intention ou la femme porteuse, je donne un avis légal, on parle du fait
que... Et tout le monde est au courant qu'ici, au Québec, le contrat n'est pas
exécutoire.
Mais je dois vous dire que je rédige les
contrats depuis 1984, je n'ai jamais eu un problème avec les contrats, je n'ai jamais eu une femme porteuse qui a changé
d'idée, et c'est toujours la femme porteuse qui me pose la question :
Qu'est-ce que je ferais si les parents d'intention ne prennent pas l'enfant?
C'est très clair. Et ils rencontrent des psychologues chacun. Et je sais
que la question était soulevée, même dans le contrat, pendant la grossesse. Si
la femme porteuse ou ses enfants ont besoin de parler à un psychologue, c'est
les parents d'intention qui vont payer pour ce... un service qui est là ainsi
que l'assurance vie, qui est normalement alentour de 500 000 $, pour
protéger la famille de la femme porteuse si elle décède. Et c'est les parents
d'intention qui paient pour, et ça dure deux ans, une année après la grossesse,
après la naissance.
Jolin-Barrette : OK. Qu'est-ce que vous leur dites, comme avis légal,
aux clients que vous servez quand ils viennent vous voir justement pour ce type
de contrat là?
Mme Brown (Doreen) : Je dis que ce
n'est... Au Québec, ce n'est pas exécutoire au Québec, mais il y avait la
cause, le jugement où j'ai plaidé devant la Cour d'appel en 2015, et c'est tout
à fait légal, le contrat est légal, mais pas exécutoire. Et j'explique tout de
suite à mes clients, si ce sont des parents d'intention, que, si la femme
porteuse change d'idée, elle décide de garder l'enfant, on va aller à la cour,
mais, effectivement, on ne... on ne pourrait pas gagner à cause du fait que le
contrat n'est pas exécutoire. Mais la femme porteuse n'est pas la... la mère
biologique de l'enfant. C'est... Normalement, ça peut être l'épouse, si c'est
un couple hétérosexuel, ou une donneuse d'ovules qui est la mère. Ça veut dire
quoi? De porter un enfant, est-ce que ça fait une mère? C'est pour cette raison
que moi, j'utilise toujours le mot «femme porteuse». Ce n'est pas une mère.
M. Jolin-Barrette : Je comprends.
Est-ce que, dans le cadre de votre pratique... Vous nous avez dit : Ça
m'est... Combien de contrats vous avez faits, supposons, depuis 1984, vous
diriez?
Mme Brown (Doreen) : Beaucoup,
beaucoup.
M. Jolin-Barrette : On parle de
dizaines, de centaines?
Mme Brown (Doreen) : Non, plus que
ça, beaucoup plus que ça.
M. Jolin-Barrette : Des milliers?
Mme Brown (Doreen) : Oui, au moins.
M. Jolin-Barrette : OK. Puis
toujours en lien avec de la procréation assistée?
Mme Brown (Doreen) : Oui. Bien, en
1984, c'était une insémination. Alors, en 1984, c'était vraiment une mère
porteuse parce que c'étaient les ovules de la mère, de la mère porteuse.
M. Jolin-Barrette : OK. Est-ce
que... Est-ce que vous avez fait, comme on dit, «amicalement assistée»?
Mme Brown (Doreen) : Il y a toujours
un autre avocat. Quand... Quand vous dites «amicalement assistée», je ne
comprends...
Jolin-Barrette : Bien, je voulais dire : sans avoir recours,
supposons, à de l'insémination ou... par voie naturelle.
Mme Brown (Doreen) : Ah! ils ne
m'ont pas dit, mais des fois... je pense que peut-être des fois oui.
M. Jolin-Barrette : OK. Et donc, sur
l'ensemble des dossiers que vous avez traités, ce n'est jamais arrivé qu'une
mère porteuse garde l'enfant?
Mme Brown (Doreen) : Jamais.
M. Jolin-Barrette : OK. Donc,
qu'est-ce que vous pensez du délai de sept, 30 jours qu'on a mis dans le
projet de loi?
Mme Brown (Doreen) : Pour une
adoption, la femme porteuse a toujours... Quand le nom de la femme porteuse est
inscrit sur le certificat de naissance et on va à la cour pour faire
l'adoption, il faut qu'elle signe un consentement, et elle a 30 jours de
retirer le consentement et avant l'ordonnance de placement. Je sais que, dans
les autres provinces, ça peut être à l'intérieur... je pense que c'est sept
jours. Pour moi, les femmes avec qui je travaille, les femmes porteuses avec
qui je travaille, ils ont déjà pris une décision. Et, même pendant la
grossesse, il y a toujours une relation entre la femme porteuse et les parents
d'intention. Et, pour moi, ce n'est pas nécessaire de garder un délai de
30 jours. Pour moi, sept jours est assez long. Et je dois vous dire qu'il
y a plusieurs femmes porteuses qui veulent voir l'enfant... tenir l'enfant dans
ses bras au moins une fois. Et je n'ai jamais eu de problème, je n'ai jamais eu une femme porteuse ou un autre
avocat qui représente la femme porteuse qui disent : Elle veut garder
l'enfant, elle veut voir l'enfant, elle veut partager la garde, jamais.
M. Jolin-Barrette : OK. Peut-être
une dernière question avant de céder la parole à mes collègues : Sur la
question de la rupture du lien de filiation, là, en... lorsqu'il y a une
agression sexuelle puis que l'enfant en est issu, où vous situez-vous
là-dessus?
M. Tétrault (Michel) : Bien,
écoutez, il y a deux... deux... Un, je tiens à souligner la rapidité avec
laquelle ça a été amené suite au témoignage
que, vraisemblablement, tout le monde a pu lire. Écoutez, ça dépend de la
victime. Il m'apparaît difficile de dire :
Ça, ça va être mieux, et ça, ça va être pire ou ça va... Si la victime... Et je
considère que l'enfant qui naît est aussi la victime de ça, parce que je vais
arriver à une autre... un complément de réponse. Si c'est le choix, bien,
écoutez, il n'y aura pas de filiation, il n'y en aura pas. S'il n'y a pas de
filiation, il n'y a pas d'autorité parentale. Parfait, beau choix. Si la mère,
la victime de l'agression, décide qu'il y aura un lien de filiation, il n'y aura pas d'autorité parentale d'aucune
façon, non réversible. Je pense qu'il y a moyen d'écrire ça dans deux paragraphes
souples, et ça donne à la victime le choix.
L'autre élément : pour ceux et celles...
parce que j'ai réfléchi un peu à la question, là, ceux et celles qui disent : Oui, mais là, si l'enfant veut
retrouver ses origines, et tout le reste, il n'y a pas de lien de filiation,
écoutez, retrouver ses origines puis le lien de filiation, c'est deux
trucs qui sont différents. Et ce n'est pas parce que je n'aurai pas de lien de filiation d'établi que je ne pourrai pas
retrouver qui serait le père, évidemment en ayant quelques informations.
Donc, moi, je pense que, pour respecter la
victime dans le processus, on doit laisser deux options. Et, si vous en choisissez une, facile, il n'y a pas d'autorité
parentale. Si vous choisissez l'autre, avec filiation, c'est une déchéance non
réversible.
M. Jolin-Barrette : Bien là, dans le
projet de loi, il y a les deux, actuellement.
M. Tétrault (Michel) : C'est pour ça
que...
M. Tétrault (Michel) : Sauf qu'il y
a une question qui... que je soulève, la question de : en fonction de
l'intérêt de l'enfant. Je rappelle que normalement, en matière de filiation,
l'intérêt de... en matière de filiation par le sang et autres, l'intérêt de
l'enfant, ce n'est pas un enjeu. En adoption, c'en est un, mais, en matière de
filiation régulière, l'intérêt de l'enfant... Et je m'en voudrais qu'en plus
d'avoir à passer par un procès, et tout le reste, que le tribunal dise :
Bien, écoutez... parce que des collègues qui ont passé avant ont dit :
Vous savez qu'il y a une frange de la jurisprudence où on dit que, si l'enfant
n'a pas subi la chose, n'en a pas eu connaissance, ce n'est pas vraiment de la
violence. Je m'en voudrais énormément de lire un peu la même chose à propos de
cet article-là puis que le tribunal dise : Écoutez... et le père s'est
réhabilité, l'agresseur est mieux, c'est... Ça...
Jolin-Barrette : Mais là on est dans un cas où la filiation avait
été établie puis on est dans un cas où est-ce que l'intérêt de l'enfant est
considéré, que, supposons, ça arrive cinq ans plus tard, le père s'est occupé
de l'enfant, supposons, pendant cinq ans, puis là ensuite, donc, c'est
un personnage qui est présent aussi.
M. Tétrault (Michel) : C'est un
personnage qui est présent, mais ça n'enlève pas le reste.
M. Jolin-Barrette : Ah! bien, je
suis d'accord avec vous.
M. Tétrault (Michel) : Et l'autre
élément, déchéance, la même chose. Écoutez, si vous regardez la... les
décisions des tribunaux au niveau de la déchéance, on se rappelle que la
déchéance, là, la Cour suprême l'a dit, c'est la peine capitale pour un parent,
OK, c'est la peine capitale. Bien, considérant les conséquences et les actes
qui ont été posés, par rapport à l'autorité parentale, ce n'est pas une
mauvaise idée, ce n'est pas une mauvaise idée.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup.
M. Jolin-Barrette : Excellent. Je
vous remercie.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. Mme la députée de Charlevoix—Côte-de-Beaupré,
il reste un peu plus de trois minutes.
Mme Bourassa : Merci beaucoup.
J'aimerais revenir sur une
partie de votre témoignage, notamment quand vous
parlez des agences. Vous avez dit : Elles sont essentielles, mais ça peut
devenir le far west, qu'il faut surveiller pour
éviter qu'il y ait des dérives. Je veux juste bien comprendre. Est-ce que vous
voulez qu'on les interdise ou qu'on les encadre?
M. Tétrault (Michel) : Non, non,
qu'on les encadre. Ça existe dans d'autres provinces, mais ce qu'on veut
éviter, c'est exactement ce qui s'était passé en adoption internationale alors
qu'il y avait des agences un peu partout et
qu'il n'y avait pas vraiment de contrôle. Et là, bien, vous aviez des gens qui
se rendaient à des places, qui n'avaient pas le bon enfant qu'ils
devaient avoir, bon, bref, qui devaient rester... Ce qu'on veut éviter, c'est
ça. Et, quant à moi, c'est une garantie
supplémentaire par rapport au pouvoir qu'on donne à cette agence-là de vérifier
des choses et de s'assurer...
Mme Bourassa : Est-ce que ça serait
une obligation de passer par une agence ou on pourrait aussi...
M. Tétrault (Michel) : Non, non,
absolument pas, on n'est pas obligé. Dans les autres provinces, on y va si on
veut, mais on sait que, si on va voir une agence... Parce qu'une agence, bon,
en Ontario, là, c'est entre 10 000 $ et 20 000 $. Et, eux, ce qu'ils font, c'est
qu'évidemment ils font, on me passera l'expression, un tout-compris, hein?
Donc, ils s'occupent de toutes sortes de choses et ils font... Bon.
Donc,
oui, ce n'est pas une obligation de passer par les agences, sauf que...
D'autant plus qu'auparavant il y a des
mesures qui sont mises en place pour que les gens soient bien informés, pour
qu'ils puissent avoir accès à un procureur indépendant, par exemple. Donc, ce n'est pas, effectivement, une
nécessité que... parce que, sans ça, bien, écoutez, ouvrons un
secrétaire... un secrétariat à... tout simplement. Mais, non, je ne veux pas
contraindre les gens.
Bourassa : J'ai encore un petit peu de temps. Donc, j'aimerais juste
revenir sur le bout, dans votre mémoire, où
vous parlez, effectivement, des... de l'assurance vie, notamment en cas
d'invalidité de la mère porteuse... de
la femme porteuse ou en cas de décès, même, la responsabilité des parents
d'intention envers la progéniture de la mère. Est-ce que vous aimeriez
que ce soit obligatoire, l'assurance vie?
M. Tétrault
(Michel) : Absolument, absolument.
Bourassa : Puis, dans les autres provinces, ça ressemble à quoi?
Mme Brown
(Doreen) : C'est la même chose. Je travaille avec des avocats partout
au Canada, et c'est inclus dans tous les contrats, une assurance vie et
invalidité, c'est toujours là.
Bourassa : Et ce serait pour deux ans, donc un an après la naissance...
Mme Brown
(Doreen) : Oui, oui. Normalement, oui.
Bourassa :