CAT — 17 September 2015 (41st Legislature, 1st Session)
CAT 2015-09-17
Quebec — Committees
Donc,
il y a des raisons économiques, entre autres, qui viennent soutenir le projet
de loi n° 492, mais il y en a une autre,
raison, et celle-là est très chère à mon coeur depuis le début, c'est que le
déménagement d'aînés est toujours vécu par
ces personnes-là comme un drame, comme une grande difficulté, c'est un
traumatisme — je pense
qu'il n'y a pas grand monde qui va le
contester — et plus
le déménagement s'effectue loin du logement, qui est très souvent occupé par
une personne aînée depuis de
nombreuses années, plus la situation est difficile; on parle de perte de
repères, on parle de perte de réseau,
etc.
Alors,
est-ce que le projet de loi n° 492 veut chercher à limiter les évictions
de locataires aînés? Et on parle ici uniquement
de locataires aînés dont le revenu est sous le seuil de faibles revenus, ça, ça
va être important de s'en rappeler, donc
une proportion qui n'est pas le 100 % des locataires aînés, ou de
locataires ayant un handicap. Alors, oui, le projet de loi n° 492, très honnêtement, veut limiter
les évictions, mais il ne les empêche pas, il les balise, et nous aurons
l'occasion d'y revenir.
Président (M. Auger) : Merci beaucoup, Mme la députée de Gouin. Je cède maintenant la parole à M. le ministre pour une durée maximale de six minutes.
M. Moreau : Merci
beaucoup, M. le Président. Très heureux de vous retrouver. Je salue également
les membres de la commission,
en fait, le personnel de la commission. Je veux saluer de façon particulière la députée
de Gouin, le
député de Nicolet-Bécancour, la députée d'Hochelaga-Maisonneuve,
qui sont les porte-parole des oppositions. Je veux aussi souligner la présence de mon adjoint parlementaire en matière d'habitation, le député
de Vimont; mon adjoint parlementaire en matière d'affaires municipales, le
député de Chapleau.
Je veux remercier le député de Saint-François, qui nous accompagne,
et vous-même, comme député
de Champlain, M. le Président, qui aurez à présider nos travaux. Et je suis
accompagné de Me Anne Morin, qui est la
nouvelle présidente de la Régie du logement. Je lui souhaite la bienvenue.
C'est son baptême de feu en matière de commission parlementaire, à
titre
de présidente.
Lors de la campagne électorale, à l'occasion du débat des chefs, la députée
de Gouin l'a rappelé, elle a interpellé les autres participants pour qu'ils s'engagent à
protéger les droits des locataires aînés, une question qui lui tient, je le
sais, particulièrement à coeur. Le député de Roberval,
ou le candidat pour être député de Roberval, et alors chef du Parti libéral du Québec, a immédiatement relevé le gant et a promis de donner suite à
cette demande. Il est aujourd'hui premier
ministre du Québec.
Donc, à la suite de son élection au printemps 2014, notre gouvernement a exprimé son intention de favoriser l'instauration d'un climat
plus serein et respectueux à l'Assemblée nationale et d'amorcer une ère
d'ouverture et de collaboration avec tous les parlementaires, quel que soit le
parti auquel ils appartiennent.
Nous savons que le cheminement étape par étape
de tout projet de loi, M. le Président, est une prérogative du gouvernement. C'est donc en exerçant cette prérogative que le gouvernement a permis que l'Assemblée
nationale procède, le 4 juin dernier, à l'adoption
de principe du projet de loi
n° 492 et que ce projet de loi puisse cheminer jusqu'aux consultations
particulières que nous entamons aujourd'hui.
Je souligne
qu'il s'agit d'un moment exceptionnel et rarissime dans l'histoire du
parlementarisme québécois qu'un projet
de loi public de député chemine jusqu'à ce stade. En effet, dans les 10
dernières années, seuls trois projets de loi se sont rendus à l'étape de l'adoption de principe, et un seul a été
adopté. Je remercie les députés des oppositions, et plus particulièrement la députée de Gouin et mon
adjoint parlementaire responsable des dossiers d'habitation, le député de
Vimont, dont l'étroite collaboration a permis d'en arriver où nous sommes
aujourd'hui, c'est-à-dire les consultations particulières sur le projet de loi
déposé.
Nous entamons
une nouvelle étape du processus législatif par lequel seront consultés divers
intervenants concernés soit par la
condition des aînés au Québec soit par l'État du droit en matière de logement
locatif ou par les deux à la fois.
Toute société
qui se respecte cherche à assurer une protection effective des personnes les plus vulnérables, ce
qui peut notamment
inclure, à certains égards, les aînés. D'un autre côté, toute la
section du Code civil
du Québec qui concerne le louage résidentiel repose
sur un principe auquel il convient de ne pas déroger, soit l'équilibre entre
les droits et les obligations des parties à un bail de logement : le propriétaire
et le locataire.
Il s'agit
donc, aujourd'hui, et dans les prochains jours, toujours dans un esprit
d'ouverture et d'écoute, de recueillir les
points de vue des divers participants à ces auditions particulières afin
d'éclairer nos réflexions et ultimement de nous permettre de déterminer le point de rencontre entre les objectifs
subjacents au projet de loi et les règles de droit justes et
proportionnées en matière de louage résidentiel.
Je crois que
tous ici s'entendent sur la noblesse des intentions derrière le projet de loi
de la députée de Gouin, mais ce qui est primordial, M. le Président,
pour nous, à cette étape du processus législatif, c'est de chercher à dégager
les implications réelles qui seraient celles
de la promulgation du projet de loi qui nous occupe s'il devait être adopté. Il
nous faut donc retourner chaque pierre
afin de nous assurer que le projet de loi fasse effectivement de notre société
un endroit où les droits des uns et
des autres, et en particulier ceux des aînés, sont protégés et éviter que, par
un effet pervers que nous aurions pu
sous-estimer, la capacité des personnes les plus vulnérables à avoir accès à un
logement de qualité soit affectée. Le
souci que nous exprimons à l'étude de ce projet de loi n'est qu'une facette
d'un dossier beaucoup plus large dont il ne faut pas négliger les autres
aspects.
J'en profite
pour vous rappeler que, le 10 octobre dernier, j'ai annoncé que la Régie
du logement a mis en place une mesure
destinée à traiter en urgence les causes visant les personnes âgées. Le temps
de traitement de ces causes est maintenant
considérablement réduit. Cette procédure accélérée a été instaurée afin de
tenir compte de la précarité des aînés. En ce domaine, la compassion est
l'affaire de tous.
J'ai
confiance que chacun des membres de cette commission saura faire preuve de
l'ouverture nécessaire envers tous
les points de vue qui seront exprimés devant nous et je remercie, d'ailleurs, à
l'avance, les personnes et les groupes qui,
par leurs commentaires, leur présence et leurs mémoires, apporteront une
précieuse contribution à l'étude du projet de loi de la députée de
Gouin, que je félicite encore une fois. M. le Président, je vous remercie.
Président (M. Auger) : Merci, M. le ministre. J'invite maintenant la
porte-parole de l'opposition officielle et députée d'Hochelaga-Maisonneuve
à faire ses remarques préliminaires pour un maximum de
3 minutes 30 s.
Mme Poirier : Merci, M. le
Président. Alors, à mon tour de saluer le ministre, l'ensemble de nos
collègues, Mme Morin, la nouvelle présidente
de la Régie du logement, ainsi que votre équipe et mes collègues tout
particulièrement, mais je voudrais
saluer l'initiative de la députée de Gouin, qui a su, lors du débat des chefs,
faire d'une situation inadmissible un débat de société.
La reprise du
logement est problématique. Elle l'est pour les aînés, mais elle l'est pour
tous ceux qui ont à vivre une reprise
de logement. Se faire dire juste avant Noël par son propriétaire que l'on va
reprendre son logement devient un
mauvais Noël pour la majorité des personnes qui ont à vivre cette situation.
Les aînés, plus particulièrement, tel que le souligne le projet de loi de ma collègue, viennent mettre en lumière
une situation toute particulière d'une clientèle encore plus vulnérable.
rapport déposé lundi par le directeur de la santé publique démontre que
l'abordabilité des logements n'est pas au
rendez-vous. Il y a un problème, particulièrement à Montréal, sur le coût du
logement. Déménager presque en catastrophe, malgré un avis de six mois, c'est une catastrophe pour un aîné, mais
surtout par un aîné qui occupe un logement pendant 20 ans, parce que sont coût de logement n'est
probablement pas représentatif du marché et il devra se relocaliser dans
un marché pour lequel il n'a pas les moyens.
Et ça, c'est la démonstration que le directeur de santé publique a faite en
début de semaine.
Alors, le
projet de loi de ma collègue s'inscrit dans cette démarche. Deux
problématiques : l'abordabilité des loyers, mais aussi la disponibilité des loyers. L'accès à un logement dans un
même quartier au même coût est une mission impossible, et je veux saluer le fait que le directeur de la santé
publique, en début de semaine, nous a sonné l'alarme pour nous dire que finalement se trouver un logement
avec les moyens que l'on a est presque une mission impossible. Il y a un débat plus grand à avoir, qui est
l'abordabilité des logements. Il y a un débat à avoir sur le contexte de la
reprise du logement. Il y a un débat à avoir
sur le fait que la reprise de logement, quand elle est faite, elle est faite,
en principe, sur les règles qui sont
prescrites pour un membre de la famille. Il n'y a aucun suivi, il n'y a aucune
suite de donnée à part que le fardeau
de la preuve, qui est imputé au locataire. Alors, un fardeau de la preuve
imputé à un locataire qui a 80 ans, dans notre société, c'est
inadmissible. Merci, M. le Président.
Président (M. Auger) : Merci beaucoup, Mme la députée. J'invite
maintenant le député de Nicolet-Bécancour, porte-parole du deuxième
groupe d'opposition, à faire ses remarques préliminaires pour un maximum de
2 min 30 s. M. le député.
Martel :
Merci, M. le Président. J'aimerais d'abord saluer la marraine de ce projet, la
députée de Gouin, de même que le
ministre des Affaires municipales et responsable de l'habitation, ses collègues
de la
partie gouvernementale. Je
salue également la députée de l'opposition officielle et je tiens tout particulièrement
à saluer et à remercier nos invités pour leur apport à nos travaux et à
nos réflexions.
Nous avons
voté, à l'unanimité, en faveur du principe du projet de loi n° 492 en juin
dernier parce que nous avons convenu collectivement de l'importance de
protéger les locataires aînés, des gens parfois vulnérables et en besoin de
ressources et d'aide.
Cela dit,
nous croyons que cette protection ne doit pas se faire au détriment des
propriétaires et sans leur imposer de
trop lourdes obligations qui ne leur incombent pas forcément. Notre défi est de
mieux protéger les aînés pour assurer leur
dignité et leur bien-être dans les cas de reprise de logement, pour réduire les
risques d'abus, mais on doit aussi trouver un équilibre pour assurer le respect des droits des propriétaires et
ceux des locataires de logement. Plusieurs irritants qui se trouvaient
dans la première mouture de ce projet de loi l'an dernier, selon nous...
toujours présents dans la nouvelle version,
c'est pourquoi nous devons travailler en collaboration pour trouver une
solution qui nous ralliera tous dans l'intérêt des locataires aînés. La
consultation des groupes concernés par la proposition de la députée de Gouin
est donc fort importante afin de bien cibler
le problème pour bien identifier les outils qui existent déjà à l'heure
actuelle et surtout pour trouver la
meilleure solution à mettre en oeuvre pour pallier aux potentielles lacunes du
processus de reprise du logement. Merci, M. le Président.
Président (M. Auger) : Merci, M. le député. Avant de débuter les
auditions, et parce que la séance a commencé à 11 h 45, et on s'en excuse, j'aurais besoin d'un
consentement afin de répartir le temps des échanges des différents groupes
parlementaires, ce qui donnerait, donc, pour
la députée de Gouin quatre minutes; le gouvernement, 9 min 30 s;
l'opposition officielle, 5 min 30 s; et la deuxième
opposition, quatre minutes.
Est-ce qu'il y a consentement pour cette
répartition de temps?
M. Moreau : ...je comprends
que ce consentement-là nous amènerait jusqu'à 13 h 15.
Le Président (M. Auger) :
Exactement.
M. Moreau : Oui, oui.
Consentement.
Le Président (M. Auger) :
Consentement. Merci beaucoup. Donc, je souhaite maintenant la bienvenue aux représentants de la Corporation des propriétaires
immobiliers du Québec. Je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes pour votre exposé puis nous procéderons à la
période d'échange avec les membres de la commission. Je vous invite donc à
vous présenter dans un premier temps et à commencer votre exposé.
Mme Forest
(Mylène) : Bonjour, mon nom est Mylène Forest, je suis la présidente
du conseil d'administration de la
CORPIQ depuis 2011 et, avant de débuter, j'aimerais, en mon nom, au nom de la
CORPIQ et les 25 000 propriétaires et
gestionnaires qu'elle représente, vous remercier, M. le Président, Mme la
députée de Gouin, M. le ministre, M. le député
de Vimont, Mme la présidente de la régie et Mmes et MM. les députés, de
nous recevoir et de nous permettre de vous présenter notre position face
au projet de loi n° 492.
Aujourd'hui,
je suis accompagnée de Hans Brouillette, qui est le directeur des affaires
publiques de la CORPIQ, à qui je
laisserai la parole et laisserai le soin de vous présenter notre position, et
notre invitée, Mme Claudette Biron, une propriétaire immobilière et
membre chez nous. Merci.
Le Président (M. Auger) : M.
Brouillette.
Brouillette (Hans) : Merci. D'abord, on aimerait vous dire que nous
ressentons sincèrement, là, à la lecture du projet de loi n° 492,
une bonne intention, une intention sincère, on perçoit réellement le désir de
vouloir aider les personnes âgées et on sait
que cette démarche-là est faite de bon coeur. Pour nous, c'est une évidence. On
doit vous dire que les propriétaires
de logement québécois partagent cette conviction-là, partagent cet esprit-là de
devoir être serviables, être
sensibles à l'égard des personnes âgées. C'est important de contribuer au
mieux-être de cette clientèle-là et c'est une clientèle extrêmement
importante pour les propriétaires, une clientèle qui est appréciée, importante
en nombre, mais appréciée aussi sur le plan
humain. Donc, il y a plusieurs raisons qui font que les propriétaires
souhaitent et aiment louer à des
personnes âgées. On salue évidemment les auteurs du projet de loi, et qui l'ont
conduit quand même jusqu'ici, donc en commission parlementaire. Ce n'est
pas rien.
On a analysé avec soin le projet de loi dans
chacun de ses mots, on a étudié toutes les facettes sur... du côté propriétaires, du côté locataires du mieux qu'on a
pu. Malheureusement, on ne voit pas de possibilité concrète d'application
de ce projet de loi là, et pourtant on a
vraiment poussé notre analyse le plus loin possible, toujours dans la meilleure
intention. Non seulement les
possibilités d'application sont pour les propriétaires d'immeuble inexistantes,
mais le projet de loi, tel qu'on le
perçoit, aurait des impacts négatifs très importants sur une clientèle qui pour
le moment est très appréciée des propriétaires — et on
ne veut pas que ça change — on
parle ici des personnes âgées.
Le projet de
loi. Bon. On sait que la loi, la Charte des droits et libertés, le Code civil
prévoient qu'on peut, en tant que
propriétaires, jouir de notre bien, et le projet de loi vient s'attaquer à ce
droit de propriété là. Le droit de propriété n'est pas absolu, il y a dans la loi certaines exceptions, mais, quand
on arrive avec trop d'exceptions, on s'attaque au principe même du droit de propriété, et c'est ce qu'on
perçoit, nous, actuellement. Il faut bien comprendre, ici on parle de propriétaires qui ne sont pas des entreprises, on
parle de M. et Mme Tout-le-monde qui veulent loger leur famille, se loger
eux-mêmes, loger leurs enfants, loger leurs
parents, eux-mêmes âgés. C'est ça, la reprise de logement. C'est ça qu'on doit
défendre, donc, ce droit de propriété pour
loger nos familles, pas pour faire de l'argent, revendre le logement en condo,
relouer plus cher à d'autres
locataires — ce n'est
pas ça, l'objectif, ça, c'est interdit — mais pour concrètement relouer... en
fait, pas relouer, mais fournir un logement à sa famille.
Bien sûr, on
nous dit : Non, non, non, on ne veut pas abolir le droit de propriété, on
ne veut pas vous empêcher de
reprendre les logements, d'ailleurs on prévoit... ça, ce sont les auteurs du
projet de loi qui nous disent : On prévoit une option qui ferait en sorte que le propriétaire
puisse reprendre... à la condition de trouver au locataire un logement
équivalent. Bon. Écoutez, cette
option-là est, pour nous, irréaliste et elle s'apparente ni plus ni moins à une
interdiction de reprendre le logement
lorsque le locataire est âgé et à faibles revenus. Bien évidemment, là, il faut
comprendre qu'un propriétaire ne peut
pas se mettre à téléphoner à d'autres propriétaires et leur demander :
Est-ce que vous pourriez nous faire visiter? J'ai un locataire âgé dont
je vais reprendre le logement. J'aimerais ça lui trouver un endroit.
Concrètement, ce n'est pas quelque chose qui
est réaliste. On a également toute la notion de logement équivalent. Vous aurez
compris que, la configuration d'un
logement, le loyer d'un logement, c'est à peu près impossible de trouver
quelque chose qui est équivalent, et
surtout, si le locataire considère... en fait, le locataire n'a pas envie de
déménager, vous comprendrez que ça va être même difficile de l'amener visiter ce logement-là. Il est à peu près
certain que le logement ne sera pas considéré comme étant équivalent. Donc, la conséquence de ça,
c'est d'en arriver avec une situation où des locataires pourraient devenir
indésirables, et ça, ce n'est certainement
pas ce qu'on veut. Alors, il existe déjà des protections pour les locataires si
le propriétaire veut reprendre le logement. On pourra en reparler, si
vous le désirez.
On doit aussi
rappeler que le rôle des propriétaires de logement, hein... pour la plupart,
là, on parle de propriétaires de
duplex et de triplex, leur rôle n'est pas d'apporter une aide financière au
logement. Individuellement, personnellement, on ne peut pas demander à des citoyens de faire plus que leur part, sous
le principe qu'ils sont dans le logement, pour fournir des logements à
des gens qui sont à faibles revenus et âgés.
Donc,
évidemment, il faut rappeler aussi que le Québec est très différent du parc de
logements au Canada, il est principalement
composé de petits propriétaires, et ce sont ces petits propriétaires qui
seraient affectés. D'ailleurs, pour vous en glisser un mot, Mme Biron
pourrait vous parler aussi de sa réalité.
Le Président (M. Auger) : Mme Biron.
Mme Biron
(Claudette) : Bonjour. Alors, je suis propriétaire d'un triplex dans
le Vieux-Longueuil. J'ai acheté un
premier immeuble, j'avais 26 ans. À 29 ans, j'étais divorcée et monoparentale,
mère de deux enfants de sept et huit ans, alors je me suis dit : Bon, mon immeuble va peut-être devenir un
fonds de pension à plus ou moins long terme. J'étais travailleuse
autonome aussi, je l'ai été jusqu'en 2007.
Alors, par
ailleurs, j'ai une fille qui a fait l'acquisition d'un «plex» dans Rosemont—La Petite-Patrie il y a trois ans, et on avait projeté et on projette encore que
j'aille habiter là dans quelques années, au gré de mon rythme de vie. Alors,
moi, ça me rassurerait d'être capable
d'aller vivre chez ma fille, de me rapprocher d'elle — je suis très proche d'elle — de son conjoint
et de ses enfants. Maintenant, je ne sais pas, avec le projet de loi qui est
là, si je pourrai me le permettre. Mme
Poirier semble dire que c'est très difficile de se trouver un logement. Alors,
ça va peut-être être moi qui vais être obligée
de m'en chercher un, parce que je ne pense pas de gérer cet immeuble-là encore
15 ans. Et j'ai aussi un fils. Alors, peut-être
que je pourrais utiliser mon immeuble, habiter en haut, que mon fils habite en
bas, enfin, j'aimerais ça avoir un peu d'options suite à
l'investissement que j'ai fait. Voilà. Merci beaucoup.
Le Président (M.
Auger) : M. Brouillette, vous voulez continuer?
M. Brouillette
(Hans) : Merci. Alors, on pourrait poursuivre avec les questions, si
vous le désirez.
Président (M. Auger) : Bien, merci beaucoup pour votre exposé. Nous
allons maintenant débuter la période d'échange avec Mme la députée de
Gouin, et vous avez... quatre minutes, excusez, à votre disposition.
Mme David
(Gouin) : Merci, M. le Président. Non, mais ça va, c'est parce que je
pensais que c'était l'ordre habituel. Je n'avais pas...
Mme David
(Gouin) : Bien, écoutez, je...
Une voix :
Vous êtes vraiment privilégiée.
David (Gouin) : Oui. Bien, je ne m'en priverai pas, puis, en plus,
vous me donnez une minute de plus, c'est vraiment extraordinaire.
Alors,
bonjour, messieurs mesdames, contente de vous revoir. Écoutez, on s'est dit,
quand on s'est vus — c'était
en juin, je crois — qu'on était capables de se parler mais qu'on
aurait sûrement quelques désaccords. Je pense que ça va continuer et on
peut le faire tout à fait de bonne foi.
Vous,
vous dites : C'est complètement irréaliste de penser qu'un propriétaire
peut aider une personne aînée locataire à se reloger. Je vous rappelle que, dans le projet de loi, il n'est pas
question de même quartier, il est question d'un rayon de cinq kilomètres quand même; sept kilomètres dans
l'ensemble des régions, cinq kilomètres à Montréal et dans les limites de la municipalité de Montréal. Vous soulevez
qu'il pourrait y avoir toutes sortes d'embûches — j'ai vraiment bien lu votre mémoire — semblant oublier que, si ce projet de loi
était adopté, et j'espère qu'il va l'être, il y aura des règlements, il
y aura un processus qui va être adopté et c'est évident que la Régie du
logement va devoir intervenir à un moment donné
si justement il y a mésentente entre propriétaire et le ou la locataire aînée.
C'est comme si vous oubliiez que ce n'est
pas seulement dans l'air, là, un projet de loi comme ça, ça doit atterrir avec
des mesures concrètes, bien sûr, facilitant la vie et des propriétaires
et des locataires.
Contrairement
à vous, moi, je crois réaliste de penser que, dans le cas où vraiment le
propriétaire veut absolument reprendre
son logement pour agrandissement, subdivision ou pour un membre de sa
famille... Vous pensez que ça n'est pas
réaliste, là, l'idée de s'associer à ce locataire, de vraiment, honnêtement,
non pas faire nécessairement des coups de téléphone... on peut juste aller sur Internet de nos jours et regarder
qu'est-ce qui peut être disponible dans un rayon de cinq kilomètres. Moi, je trouve ça un peu
étonnant. Je pense, au contraire, que c'est possible, c'est réaliste et, si ça
devient difficile, c'est la régie qui
tranchera comme pour tout autre litige entre propriétaire et locataire.
Qu'est-ce que vous pensez de cette idée?
Le Président (M.
Auger) : M. Brouillette.
Brouillette (Hans) : Alors, qu'un propriétaire veuille absolument
reprendre le logement, c'est une chose, mais il va y avoir aussi des locataires qui veulent absolument demeurer dans
leur logement. Alors, effectivement, qu'est-ce qui va arriver? Il va arriver... parce que le
propriétaire va dire : Bien, j'ai trouvé un logement disponible.
Effectivement, on en a, des logements
disponibles, dans le marché. Supposons que le nouveau propriétaire, le futur
potentiel propriétaire accepte, le
locataire, lui, pourrait très bien dire : Bien non, moi, ça ne me convient
pas, je veux continuer de rester dans mon même logement. Donc, le
propriétaire, lui, qu'est-ce qu'il va devoir faire? Il va devoir faire une
démarche judiciaire devant la Régie du logement pour aller prouver que le
logement qu'il a trouvé est un logement qui est bel et bien équivalent. Alors
là, on demande aux tribunaux d'analyser... puis ce n'est pas des causes
simples, là, ça va être avec des preuves documentaires,
des témoignages pour valider si ce dit logement-là est réellement équivalent.
Alors, imaginons qu'au bout d'un
certain nombre de mois la régie rend sa décision; il est à peu près certain que
le logement, il ne sera plus disponible, O.K., le propriétaire l'aura reloué à quelqu'un d'autre. Donc, c'est ça
qu'on dit. Dans la pratique, ce n'est pas quelque chose qui est
réaliste. Pour nous, ça équivaut à une interdiction de reprendre le logement.
Bon,
c'est sûr qu'on comprend que la personne a besoin d'aide pour se reloger, et il
existe des programmes du gouvernement,
notamment avec la Société d'habitation du Québec, des programmes pour aider les
gens à faibles revenus, parce qu'on
parle de cette catégorie-là, à pouvoir se loger dans le marché privé. Mais ce
n'est pas au propriétaire de devoir faire
cette démarche-là. Et, n'oublions pas, encore une fois, le propriétaire reprend
le logement pour loger sa propre famille. Donc, on ne peut pas
dire : Bien, on va privilégier un citoyen...
Le Président
(M. Auger) : Juste un instant. Le temps est écoulé, à moins qu'on
permette de continuer la réponse.
Le Président (M.
Auger) : Donc, M. Brouillette, vous pouvez continuer.
Brouillette (Hans) : Dernière phrase, pour simplement dire qu'on ne
peut pas demander à un propriétaire, dire :
Bien, toi, trouve une autre option pour reloger ta famille, reloger tes enfants
ou tes parents et laisse le propriétaire dans ton propre logement.
Voilà.
Président (M. Auger) : Merci beaucoup. C'est tout le temps que nous
avions, Mme la députée de Gouin. Nous allons continuer avec le ministre
pour à peu près 10 minutes.
Moreau : Il va falloir que Mme la députée de Gouin fasse des
questions plus courtes. Mais alors, à mon tour...
M. Moreau :
Oui. À mon tour, je veux saluer Mme Forest, Me Brouillette et Mme Biron,
particulièrement Mme Biron. J'apprécie
beaucoup votre passage en commission parlementaire et je veux vous resouhaiter
la bienvenue à l'Assemblée nationale,
parce que nous sommes des législateurs, et tout part de bonnes intentions, et
souvent on a une conception théorique
des propriétaires comme des locataires, et de voir quelqu'un qui comme
propriétaire vient nous livrer un
message en disant : Bien, écoutez, moi, je suis propriétaire, mais j'ai
aussi un élément d'inquiétude et de fragilité dans mon destin, comme on en a tous, en disant :
Bien, un jour, je me retrouverai peut-être dans l'intention ou dans la
situation où ma fille devra faire une
reprise à mon bénéfice et je m'inquiète de voir si le projet de loi en question
sera un obstacle à ce que ce qui est
un souhait de bigénération puisse se réaliser ou pas... Alors, je veux vous
remercier pour votre témoignage, parce que, sincèrement, je veux vous le
dire, ça nous alimente beaucoup.
questions vont s'adresser à Me Brouillette, qui a fait la présentation, mais
sentez-vous libres d'intervenir. Je
comprends qu'il y a deux éléments dans votre présentation. D'abord, vous
craignez un impact négatif important sur les personnes âgées. J'aimerais
que vous développiez sur ça, en vous rappelant que nous avons un bloc maximum
de 10 minutes, et, deuxièmement, je vais
vous poser des questions sur la notion de logement équivalent, et
réservons-nous du temps pour ça,
parce que je vais vous amener aussi dans des solutions qui ont été mises de
l'avant en Europe dans des projets de loi semblables.
Le Président (M.
Auger) : M. Brouillette.
Brouillette (Hans) : Merci. Alors, quand on parle de l'impact négatif
pour les personnes âgées... Bon, écoutez, il y a quand même près de la moitié des propriétaires actuellement qui ont
des personnes âgées dans leurs logements, donc c'est quand même très important. On a des statistiques à ce sujet-là.
Donc, c'est très important, la clientèle de personnes âgées.
C'est
sûr que la majorité des propriétaires ne reprennent pas des logements chaque
année, là, c'est quand même une
faible minorité. Mais pensez un instant à un propriétaire qui a acheté un
immeuble avec comme projet de loger sa famille,
ses enfants. Là, il se pose la question, il se dit : Bon, bien, j'ai un
logement à louer, et il y a des personnes âgées qui se présentent; pas nécessairement une personne de 65 ans, ça peut
être une personne de 60, ça peut être même une personne de 55 ans.
Alors, lui, il fait le calcul, il se dit : Si éventuellement cette
personne-là bénéficiant d'un droit au maintien,
disons-le, à vie dans les lieux et entre dans mon logement, comment je vais
faire éventuellement pour le reprendre pour
mes enfants, qui vont avoir besoin, bon... qui vont accéder au marché du
travail puis ils vont... pas nécessairement un grand revenu... ou mes
parents âgés? Donc, la crainte est de ne pas pouvoir réaliser leur projet de
vie ou familial, reprendre éventuellement le
logement. Donc, le propriétaire pourrait se dire aussi : Bien, moi, je
n'ai pas l'intention de reprendre ce
logement-là de toute façon, ça fait que je n'ai pas de problème d'avoir une
personne âgée, mais, forcément, j'aurai
un jour l'intention de revendre cet immeuble-là. Alors, le propriétaire se pose
la question : Le jour où je vais le revendre — on
ne parle pas d'un 16 logements ou d'un huit logements, là, on parle d'un
duplex, d'un triplex — le
jour où je vais le revendre, est-ce
qu'il est possible que les acheteurs potentiels qui vont se présenter vont se
poser la question : Est-ce qu'il
y a une personne âgée ici, parce que, nous, notre projet, c'est d'acheter un
duplex pour se loger, la famille? Oui,
effectivement, il y a une personne de 65 ans ou plus qui habite au deuxième.
Ah! O.K. Donc, ça va être un peu embêtant le jour où on voudra reprendre... Bien, on va dire : Écoutez, vous
avez la possibilité, mais il faudra lui trouver un autre logement.
Alors,
des propriétaires vont s'inquiéter de ce qu'il va advenir de la valeur de leur
immeuble, et ce n'est rien à voir avec
leurs relations excellentes qu'ils doivent entretenir avec le locataire âgé,
mais la perception que ça peut avoir un impact négatif sur le prix de
vente de leur immeuble...
Le Président (M.
Auger) : M. le ministre.
Moreau : Merci. Et j'apprécie votre réponse. On va appeler les
choses par leur nom, c'est de ça dont on parle, là. En fait, l'inquiétude, lorsque vous parlez
d'impact négatif, c'est dire : Refus de louer à des personnes qui seraient
au seuil d'obtenir le droit qui
serait garanti par le projet de loi, s'il était mis en vigueur, ou encore que
la situation ait un impact sur la valeur de la propriété.
Alors, je
vous pousse un cran plus loin et je vous amène à la situation que décrivait Mme
Biron. En droit français, Mme la
députée de Gouin nous a dit avoir fait la recherche et que des dispositions
semblables s'appliquaient. J'ai noté cependant
qu'il y avait une exception où, en droit français, on indique que le droit de
reprise sans qu'un logement correspondant à
ses besoins ou à ses possibilités lui soit offert dans les limites
géographiques prévues, selon les dispositions françaises... mais on dit : «Toutefois, les dispositions de
l'alinéa précédent ne sont pas applicables lorsque le bailleur est une
personne physique âgée de plus de soixante-cinq ans ou si ses ressources
annuelles sont inférieures au plafond [de] ressources mentionné au premier
alinéa.»
d'autres termes, de dire : Oui, ça s'applique dans la perspective désignée
par le projet de loi, mais, lorsque le propriétaire
devient lui-même dans une situation où, en raison de l'âge ou de sa situation
économique, cette obligation-là représenterait
un fardeau trop important, quel que soit celui que l'on fixe, à ce moment-là,
les dispositions ne s'appliquent pas. Je vous demanderais de commenter
votre confort à ce genre d'approche là.
M. Brouillette
(Hans) : ...
Le Président (M.
Auger) : M. Brouillette.
M. Brouillette
(Hans) : Pardon. Immédiatement, on comprend que, dans d'autres
situations, la reprise serait impossible,
O.K.? Donc, un propriétaire qui a, je ne sais pas, moi, 50, veut reprendre un
logement pour ses enfants; pas possible.
Un propriétaire qui veut reprendre pour ses parents, qui ne sont pas
nécessairement âgés mais qui approchent un âge avancé; ce ne sera pas possible non plus. La situation familiale
évolue. Alors, un couple qui n'a pas d'enfant s'achète un duplex ou un triplex, il y a un locataire en
haut, un locataire... ce qu'on appelle le semi-sous-sol, le «bachelor», et, un
jour, ils ont des enfants. Les enfants
grandissent, ils deviennent des ados, des jeunes adultes, et là il commence à y
avoir un manque d'espace, là. Est-ce
qu'on dit à ces gens-là : Bien, si vous voulez agrandir, malheureusement,
vous ne pouvez pas, parce que c'est
une personne âgée qui habite en bas? Donc, si vous voulez... votre famille
s'agrandit, vous avez besoin de
reloger dans plus grand, bien vendez votre immeuble, trouvez une autre
solution, mais, non, vous ne pouvez pas reprendre le semi-sous-sol pour installer vos jeunes, vous
ne pouvez pas agrandir votre logement parce qu'une personne âgée habite là.
Alors,
pour nous, je comprends très bien l'exception que vous mentionnez, mais ça
revient à ce qu'on disait tantôt : On a une loi, on a une charte qui disent qu'il y a un droit de
propriété, qu'on peut jouir de notre bien, mais, si on cherche à gruger
ce droit-là, on brise le principe même de base qui est de pouvoir jouir de
notre bien, donc reloger nos propres familles.
Alors, je comprends l'exception, mais ça reste quand même un recul du droit
fondamental qui est certainement le plus
important pour les propriétaires, le droit de jouir du bien dans lequel ils ont
investi, pour lequel ils ont pris des risques, pour lequel ils ont
travaillé et qui fait
partie de leur projet de vie.
Le Président (M.
Auger) : M. le ministre.
Moreau : Merci. Il nous reste deux minutes, Me Brouillette. La
députée d'Hochelaga-Maisonneuve disait : Oui, il y a une procédure
qui existe, parce qu'on doit, lorsqu'on fait reprise ou éviction, manifester sa
bonne foi, c'est l'article 1968 du Code
civil. La présidente de la régie m'indique que, depuis un an à peu près, il y a
une soixantaine de causes qui sont inscrites à la régie. Donc, le
volume, comparé au volume global, n'est pas énorme.
La question que je vous pose, et le problème que
soulève la députée d'Hochelaga-Maisonneuve, c'est dire : Bien, faire le suivi après, il faut que le locataire y
aille. S'il introduit la procédure — là,
je veux juste faire une correction — ce
n'est pas exact de dire que c'est le
locataire qui a le fardeau de la preuve, c'est le propriétaire qui doit établir
qu'il était de bonne foi, mais le locataire doit quand même prendre des
mesures pour établir la procédure en question.
Est-ce
que, compte tenu du volume, qui est relativement faible, vous suggérez que la
recherche que l'on fasse soit plutôt vers une procédure à la régie ou
une procédure à la Société d'habitation plutôt que ce qui est déposé là? Et
avez-vous des commentaires là-dessus?
Le Président (M.
Auger) : M. Brouillette, pour une minute, maximum.
Brouillette (Hans) : Ce que vous soulevez est un point très important.
Là, on ne parle plus des reprises pour loger
sa famille, là, là on parle de gens qui, pour des raisons autres, reprennent
des logements, donc, pénalisent des locataires mais pas pour les bonnes
raisons, donc pour s'enrichir ou pour faire autre chose.
Alors,
il existe déjà des sanctions très sévères, des jugements qui sont rendus, qui
pénalisent... beaucoup d'argent doit
être versé par les propriétaires pour dédommager des locataires qui auraient
été évincés pour des mauvais motifs. Et ça, pour nous, là, c'est tolérance zéro. On appuie toute mesure qui
viserait à sanctionner sévèrement des propriétaires qui contournent la
loi pour des reprises sous de faux motifs.
Alors,
si on peut explorer dans cette voie-là, vous aurez certainement tout l'appui de
la CORPIQ, et on ne défendra pas des propriétaires qui cherchent à
s'enrichir, on va défendre les propriétaires qui veulent loger leur famille.
Président (M. Auger) : Merci beaucoup. C'est tout le temps que nous
avions pour cet échange. Nous allons poursuivre avec Mme la députée
d'Hochelaga-Maisonneuve pour une durée maximale de 6 min 15 s.
Poirier : Merci, M. le Président. Bonjour, M. Brouillette.
Mesdames, bonjour. Je veux juste faire un petit peu de pouce sur ce que le ministre vient d'aborder comme sujet. Il est
un peu faux, je vais le dire comme ça, de dire que le fardeau n'appartient pas au locataire, puisque,
pour introduire la cause et faire la démonstration qu'il y a une cause,
il faut faire la démonstration que le
logement n'est pas occupé par la bonne personne. Bien oui, parce que, quand tu
es rendu dans la procédure, il faut faire la démonstration parce qu'il
faut que tu amènes des preuves dans ton argumentation.
Alors,
moi, je vous pose la question d'une autre façon : Selon vous, comment
pourrions-nous introduire un mécanisme qui
ferait en sorte que, lorsqu'il y a reprise — et moi, je vous dis, je ne prétends pas tous les
cas de reprise, mais on est dans les
65 ans et plus, moi, je reste dans ce cadre-là, d'accord? — dans
le cas d'une reprise d'une personne de
65 ans et plus, il pourrait y avoir un suivi? Je ne sais pas comment il serait
fait, je vous laisse l'imagination. Comment on pourrait faire un suivi pour s'assurer que la personne qui prend le
logement est la bonne personne et que ça ne soit pas au locataire qui
était là de faire cette démonstration-là ou d'aller faire, introduire une cause
à la régie? Comment on pourrait faire ça?
Le Président (M.
Auger) : M. Brouillette.
Brouillette (Hans) : Merci. Écoutez, c'est sûr qu'il peut y avoir
des... il y a des propriétaires qui reprennent sous de faux motifs, il pourrait y avoir un contrôle exercé ou une
déclaration peut-être au bout d'un an. Alors, oui, il y a un mécanisme qui ferait en sorte que la personne
est avisée que le logement, je veux dire, le lendemain, il n'a pas été utilisé
à d'autres fins que celles pour lesquelles
la reprise a été accordée par la Régie du logement ou négociée, parce que, il
ne faut pas l'oublier, hein,
propriétaires et locataires négocient souvent, s'entendent sur la reprise, sur
le moment, sur les modalités. La
plupart des cas se déroulent comme ça. Donc, oui, il pourrait y avoir un
mécanisme de validation. Il faut juste
faire attention à une chose : il peut arriver aussi que le motif était
honnête, sincère, de bonne foi mais qu'en cours de route un changement survient — une
perte d'emploi, une séparation — qui
fait en sorte que la personne finalement qui a bénéficié du logement n'est plus celle qui habite là. Mais,
attention, il y a quand même des règles aussi, le propriétaire doit
demander la permission à la Régie du logement pour relouer le logement.
Alors,
un mécanisme comme ça ferait... en sorte d'invalider la reprise si la personne
qui était bénéficiaire n'est plus
celle qui habite le logement, mais le propriétaire aurait à le justifier à ce
moment-là, aurait à le justifier, et le locataire serait à même de voir
s'il y a matière à poursuite ou non à explorer.
Le Président (M.
Auger) : Mme la députée.
Poirier : Donc, je comprends que vous êtes ouverts à une forme
de mécanisme de contrôle, appelons-le comme
ça, là, qui donnerait finalement... Moi, je parle pour les 65 ans et plus, ça
pourrait s'étendre à tout le monde, mais là on est sur les 65 ans, je me concentre là-dessus. Il pourrait y avoir
une forme de mécanisme de contrôle, un an après effectivement, pour
démontrer la bonne foi du propriétaire. On s'entend là-dessus. Excellent.
Dans
votre mémoire, page 12, vous donnez une phrase qui... et, vous le savez, vous
avez toujours l'art de m'étonner — on
n'en est pas à la première fois tous les deux. Vous dites : «En revanche,
le projet de loi n° 492 aurait pour
effet de rendre cette catégorie de locataire indésirables...» Ce n'est quand
même pas rien, là, comme mot, «indésirables». Je trouve ça fort un peu, là, je vous avoue, là. Je comprends le
dialogue que vous avez eu avec le ministre, mais est-ce que vous êtes en train de nous dire que les
propriétaires pourraient décider de ne plus louer à des locataires de 63 ans
parce que peut-être qu'ils auraient
besoin de leur logement et qu'ils ne pourraient plus, en fonction de cette loi,
reprendre le logement? Est-ce que, dans votre tête, quand vous écrivez ça,
c'est ce que vous voulez dire?
Le Président (M.
Auger) : M. Brouillette.
Brouillette (Hans) : C'est clair pour nous qu'à partir du moment où un
locataire aîné vient figer, disons, les droits des propriétaires qui ne peuvent plus reprendre un logement, oui,
cette crainte-là est réelle, et pourtant on ne veut pas va rendre indésirable... La majorité des locataires aînés ne se font pas reprendre
leur logement, mais la crainte pour un
propriétaire de ne pas être capable de revendre facilement son immeuble ou de
ne pas être capable de lui-même réaliser son projet si la situation familiale change, cette crainte-là, oui, peut
rendre indésirable... et ça, ce n'est certainement pas ce qu'on veut, en tant que société, avoir... des
locataires avec qui il y a une bonne relation, les rendre indésirables. Alors,
oui, le mot est peut-être fort, mais cette crainte-là est bien réelle. Mme
Biron, si vous...
Le Président (M.
Auger) : Oui. Mme Biron, vous vouliez ajouter quelque chose sur...
Biron (Claudette) : Oui. Mme Poirier, moi, j'ai loué, le 1er août
dernier, à une dame de 75 ans. Quand j'ai lu ça cette semaine, je me suis dit : Oupelaïe! Est-ce que j'ai
pris une bonne décision? Alors, moi, j'ai oublié de le dire tantôt, je vais avoir 65 ans dans deux mois, au
mois de novembre, alors je passe du côté des aînés, et je me retrouve avec
un projet de loi où je me dis : Oh!
peut-être que j'ai couru après les troubles, là, et j'aurais dû peut-être
prendre un jeune couple, ou je ne
sais pas, là. Ce n'est pas rassurant, en tout cas. Moi, c'est l'impression que
j'ai eue, en tant que propriétaire. Je ne serais probablement pas la
seule à réagir comme ça.
Le Président (M.
Auger) : Mme la députée, 30 secondes encore.
Poirier : Je vais faire attention à ce que je vais dire, là. Je
trouve ça très inquiétant, ce que vous nous dites, très inquiétant. Ça s'appelle de la discrimination
en fonction de l'âge. C'est prévu par les chartes, c'est interdit. Et, pour
moi, c'est inquiétant, votre propos est
inquiétant. Quand vous me dites que, pour vous, madame... que le fait d'avoir
loué à quelqu'un de 75 ans, ça devient menaçant, ça m'inquiète
profondément, ça m'inquiète...
Poirier : Je le sais, mais ça m'inquiète profondément.
Le Président (M.
Auger) : Merci, Mme la députée. C'est tout le temps que nous avions.
Donc, nous allons poursuivre avec M. le député de Nicolet-Bécancour pour
4 min 15 s.
Martel : Merci, M. le Président. Bonjour à vous trois. Moi,
je veux vous rassurer, vous avez exprimé tout à l'heure que vous aviez une sensibilité par rapport au sort des personnes
âgées, je vous crois à 100 % comme je crois la sensibilité de ma collègue de Gouin, puis je pense
que, sincèrement, cette sensibilité-là, cette préoccupation-là n'a pas
une couleur politique.
Moi,
je vais vous demander de commenter un peu ce que je vais vous dire, parce que
ça ne fait pas longtemps que j'ai
pris connaissance du dossier et je viens d'un milieu rural, j'ai été presque 20
ans directeur général d'une MRC en milieu
rural, et moi, je disais souvent aux maires que c'est beau de prévoir des
développements, mais il faut aussi prévoir des places où on peut mettre
du multilogement, parce que, si on veut garder les jeunes, c'est important. Ils
n'ont pas nécessairement les moyens de
s'acheter une maison en commençant, il faut qu'on ait des logements à leur
offrir, et, si on veut garder nos
personnes âgées aussi qui vendent leur maison, parce que l'attrait des grands
centres... par exemple, chez nous, il
y a Trois-Rivières, il y a Victoriaville, Sorel : c'est facile pour les
gens de quitter, ça fait que moi, je dis : Il faut qu'on ait une
offre de logement à faire.
Quand
je regarde... puis je suis vraiment préoccupé, là, tu sais, que quelqu'un
puisse perdre son logement puis se retrouver un peu démuni, mais, quand
je regarde au niveau de l'application, on dit qu'il faut trouver un
logement dans les sept kilomètres de
l'ancien logement; moi, je regarde la réalité rurale, là, ça se peut qu'il n'y
en ait pas, ça se peut que... Je regarde à Aston-Jonction, là, chez
nous, là, il y a peut-être un, deux, trois édifices à logements, et la municipalité voisine est à 12 kilomètres. Puis,
dans la municipalité voisine, ça se peut qu'il n'y en ait pas, de logement, non plus, parce que c'est
Saint-Wenceslas puis il n'y a pas beaucoup de multilogement là. Ça fait que je
ne suis pas au niveau de la
sensibilité, je peux donner l'assurance à n'importe qui de ça, mais je suis
vraiment au niveau de l'application.
Est-ce que vous y avez réfléchi? Est-ce qu'il y a des gens dans votre
association qui représentent un peu le milieu rural?
Le Président (M.
Auger) : M. Brouillette.
Brouillette (Hans) : Alors, aux sens propre et figuré, on n'a pas été
aussi loin que d'aborder la question des kilomètres. Vous avez remarqué, dans le mémoire, on n'a pas parlé des
distances. C'est sûr que c'est un problème qui se pose. Mais, dès le départ, d'essayer de reloger
quelqu'un dans un autre logement qu'on va essayer de faire visiter, pour
nous, ça nous apparaît impossible, la
question de notion de logement équivalent. Bien sûr que la question se pose
encore plus dans des milieux ruraux où, effectivement, on a des membres bien
sûr et les logements disponibles, vacants ou équivalents
ne sont pas nécessairement à proximité. Ce qui est très important... et vous abordez la question de, en fait, les personnes âgées, les garder dans leur milieu, dans leur logement.
Vous savez, les propriétaires souhaitent conserver cette clientèle-là,
c'est une clientèle qui est essentielle, qui est importante, mais il y a
d'autres difficultés.
Le vieillissement de
la population amène des besoins pour des locataires d'avoir des ressources, des
soins à domicile, un accompagnement. Les
propriétaires de logement du Québec, là, qui ont surtout des duplex et des triplex,
sont des intervenants sociaux de premier
rang pour ces locataires-là, sont des gens qui accompagnent des personnes âgées
qui sont parfois isolées de leur famille,
qui n'ont pas de ressource ou qui ont des difficultés de mobilité. Il y a
une limite à ce qu'on peut faire,
mais, s'il y avait une aide supplémentaire, on permettrait à des
locataires âgés de rester plus longtemps dans leur logement du marché privé,
parce que les propriétaires, même si ce n'est pas leur rôle, jouent déjà,
exercent déjà, là, un rôle actif.
Mais, en bonifiant ce rôle-là avec une aide gouvernementale, avec une aide
à domicile, on permettrait à des gens de rester plus longtemps dans leur
logement.
Bien sûr, là, je
déborde du sujet des reprises, mais c'est important de le mentionner.
Président (M. Auger) : C'est
tout le temps que nous avions à notre disposition. Je tiens, en terminant, à remercier les représentants de la Corporation des
propriétaires immobiliers du Québec. Et je vais suspendre les travaux quelques
instants pour permettre à l'Association des propriétaires du Québec de prendre
place.
(Suspension de la séance à
12 h 37)
Président (M. Auger) : Nous
allons reprendre nos travaux. Je souhaite maintenant la bienvenue aux représentants de l'Association des propriétaires
du Québec. Je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes
pour votre exposé, puis par la suite nous allons procéder à la période
d'échange avec les membres de la commission.
Je vous invite donc à
vous présenter dans un premier temps et à ensuite débuter votre exposé.
Messier (Martin A.) : M. le Président, M. le ministre, Mmes et MM. les députés, Mme la présidente de la Régie du logement, mesdames messieurs, bonjour,
mon nom est Martin Messier, je suis président de l'Association des propriétaires du Québec. L'APQ, donc, présente partout au
Québec, qui représente 16 000 membres propriétaires et gestionnaires d'immeubles, offre des services
concrets à ses membres, donc des services de formation, une publication mensuelle pour leur permettre de briser
l'isolement et, évidemment, des services juridiques. Donc, on est dans le
quotidien, dans le feu de l'action.
Les gens nous appellent, nous font part de leurs problèmes, et on les
accompagne, dans toute la mesure du possible, dans ça.
Évidemment, pour l'ensemble des propriétaires,
le principe qui est soulevé par le projet de loi devant nous aujourd'hui est tout à fait souhaitable. Donc, de
protéger, M. le Président, les aînés, c'est définitivement une préoccupation
qu'on doit avoir, comme société. Et là où on
fait la différence... puis vous pourrez le lire dans certains passages de notre
mémoire, cette décision-là, comme société,
d'aider les aînés, elle est tout à fait louable et elle doit, selon nous, être
assumée par la société, donc qu'on
vienne en aide, des démarches d'accompagnement, la possibilité de choisir un
logement, de connaître nos droits, donc qu'on accompagne financièrement
et qu'on sécurise les aînés, mais qu'on le fasse comme société, qu'on évite d'imposer, ce qu'on fait trop souvent,
malheureusement, au Québec, le fardeau aux seuls propriétaires d'immeubles. Alors, comme contribueurs de taxes,
tout à fait, on est prêts à investir comme société, mais, quand on vient
limiter les droits des propriétaires pour
faire en sorte que seul le propriétaire doive assumer cette responsabilité-là,
ça devient plus difficile.
Je vais vous
parler, deux petites secondes, du processus de reprise de possession du
logement juste pour vous mettre dans
le contexte. D'abord, ce n'est pas évident, la reprise de possession du
logement au Québec, et on a déjà des limites importantes au droit de
propriété. Reprendre possession, je peux le faire — et ça a été modifié
dans une des récentes réformes du Code civil
du Québec — seulement
pour les ascendants, descendants en ligne directe au premier degré. Ça veut dire quoi? Père, mère, fils, fille, hein? Je
ne peux reprendre pour n'importe qui, comme ça, dans ma famille. Il y a d'autres exceptions mais qui ne s'appliquent à peu
près jamais. Donc, essentiellement, c'est ce qu'on peut, comme propriétaires, effectuer. Et il y a un contrôle, a
priori, de la Régie du logement. Si je vous disais qu'exceptionnellement
le propriétaire envoie un avis au cher
locataire six mois, s'il s'agit d'un bail de 12 mois, avant la fin du
bail : Je désire reprendre possession
du logement pour les fins mentionnées dans l'avis, je devrai indiquer pour qui
j'entends reprendre possession du
logement. Si le locataire ne répond pas, c'est présumé comme un refus et c'est
le propriétaire qui doit introduire la demande
à la Régie du logement et qui devra faire la preuve. Donc, on renverse... vous
savez, on dit que tout le monde est
présumé être de bonne foi, normalement, dans le Code civil. Ici, on vient
renverser ce fardeau de preuve là, on dit au propriétaire : Vous
devrez démontrer, propriétaire, que vous entendez réellement reprendre
possession pour les fins mentionnées dans
l'avis, hein? Ça veut dire tout un paquet de choses, concrètement : le
logement répond à mes besoins; financièrement,
j'ai cette capacité-là de ne plus recevoir le revenu du loyer; il est localisé
dans un endroit où, oui, à moyen et long terme, je vais me plaire.
Et donc on
fait cette démonstration-là, on doit convaincre le tribunal, qui, lui, pourra
rendre une ordonnance, en fonction
des parties devant lui, donc, tant sur le moment de la reprise, sur le moment
de l'indemnité, sur les frais qui sont occasionnés,
et on va tenir compte dans ça, évidemment, du fait que la personne est âgée,
notamment dans l'indemnité accordée pour le déménagement, et donc il y a
déjà ce contrôle, a priori, de la Régie du logement. Ensuite, on suit le propriétaire en donnant un droit au locataire et,
si le propriétaire reprend possession pour des fins autres... mentionnées
à l'avis — et on se souvient qu'il y a le contrôle, a
priori, de la Régie du logement — a posteriori, on vient aussi dire au propriétaire : Vous allez pouvoir être
poursuivi, hein, si vous relouez votre logement sans avoir respecté les
modalités de la loi qui nous imposent
de retourner à la Régie du logement et de demander à la régie de fixer les
conditions de location.
M. le
Président, je vous soumets respectueusement que déjà les locataires, âgés ou
non, parce que ces dispositions-là s'appliquent
à tout le monde, sont extrêmement bien protégés. Et, sur ce, je vais passer la
parole — et j'ai
oublié de le présenter, je m'en excuse — à mon collègue juste à ma
droite, Me Jean-Olivier Reed.
Le Président (M. Auger) : Me Reed.
M. Reed
(Jean-Olivier) : Bonjour, tout le monde. Alors, pratico-pratique, la
reprise de logement : le propriétaire envoie un avis de reprise, le locataire refuse, on se rend à la Régie du
logement, le juge rend son jugement, le locataire et le propriétaire, la même journée, reçoivent
dans la poste un jugement, et, après ça, plus rien. Et c'est cette partie-là
qui est importante parce que le
locataire, les personnes aînées n'ont plus rien. Alors, nous, on pense,
l'Association des propriétaires, que
c'est à ce moment-là que le locataire a besoin d'aide et non a priori, parce
qu'a priori les règles sont déjà
suffisamment balisées pour déterminer la bonne foi du propriétaire, si
effectivement il ne veut pas ou pas reprendre le logement. Qu'est-ce qu'il considère, le juge? Bien, l'âge, leur
mobilité, l'emplacement et le déracinement. C'est déjà dans la loi. C'est déjà ça qu'ils utilisent comme
barèmes pour déterminer la compensation que le locataire va avoir, et ils
utilisent aussi les témoignages des gens
pour déterminer la bonne foi du propriétaire, si effectivement il a le droit ou
non de reprendre le logement.
Le juge
administratif a aussi une panoplie de moyens pour gérer les problèmes ou les
paramètres spécifiques du dossier
qu'il a en face de lui, dont les montants à donner et aussi le délai ou le jour de la reprise de logement. Il y a
déjà la possibilité, dans certaines circonstances, de reporter cette
journée-là. Donc, finalement, l'APQ est d'avis que l'expertise des juges administratifs et le Service de
conciliation de la régie a permis, dans le passé, et permettra encore dans le
futur de pallier aux problèmes... aux
solutions originales des problèmes ponctuels avec les paramètres actuels du
Code civil du Québec.
Bon, c'est
sûr et certain que les règles de la régie de reprise de logement et l'éviction,
c'est la contradiction de deux
droits, le droit du locataire du maintien dans les lieux et le droit du
propriétaire de faire l'usage... de son propre usage, et on considère que c'est un
compromis actuel acceptable et équitable. La modification, on considère
qu'elle débalancera de façon
importante ces deux droits en faveur, généralement, du locataire et sans égard à la bonne foi du
propriétaire. Donc, je vais terminer
par deux... Premièrement, il s'agit aujourd'hui de mettre à la disposition des aînés des outils nécessaires pour traverser cette reprise-là de façon sereine. Alors, moi, je vais
finir par une question : Est-ce qu'on doit aujourd'hui entamer le processus
de recherche de logement avant de déterminer la bonne foi du propriétaire?
C'est une question qui est un peu... parce que,
là, on demande dans le projet de loi d'offrir un logement au locataire avant même de
déterminer si la bonne foi du propriétaire est là. C'est tout.
Le Président (M. Auger) : Oui, M.
Messier.
M. Messier
(Martin A.) : Écoutez,
peut-être, sans répondre à la question de mon confrère,
j'aurais des idées de réponse, M. le Président, mais simplement nous
dire que, dans le marché actuellement, il y a plusieurs logements de disponibles mais que c'est extrêmement compliqué, c'est tellement personnel, le choix du logement. Quand on
demande, dans le projet de loi sous étude, de demander au propriétaire d'être en quelque
sorte l'agent d'immeubles du locataire et, dans les notions de logement équivalent, on va avoir un paquet de
facteurs : on va avoir l'emplacement, le prix du loyer, l'ensoleillement, mais, pour un locataire, il
préfère un immeuble plus neuf; pour d'autres, certains immeubles plus âgés,
plus historiques... Et donc c'est vraiment
une question très, très personnelle. Donc, de demander au propriétaire de
faire office d'agent d'immeubles, en fait, ça nous semble, à toutes fins
pratiques, impossible.
Président (M. Auger) :
Merci. Donc, ce qui met fin à votre exposé. Nous allons commencer la période
d'échange avec Mme la députée de Gouin pour quatre minutes.
Mme David
(Gouin) : Merci, M. le Président. Et je vais quand
même encore avoir une introduction un petit peu plus longue à ma question. Je
voudrais ramener des chiffres que j'ai trouvés qui viennent d'une étude de la
SHQ, Les logements privés au Québec ,
2002. C'est très intéressant de regarder cette étude. On y découvre qu'en fait,
là, je vous passe les détails, les gros
propriétaires, c'est-à-dire de 10 logements ou plus, forment 5 % du nombre général des propriétaires mais contrôlent 44 % du parc
locatif. Autrement dit, on parle beaucoup, ce matin, du petit propriétaire qui
habite un duplex, un triplex et qui veut peut-être
reprendre un étage pour ceci ou cela, mais, dans les faits, la majorité des
locataires québécois habitent des immeubles
de six logements ou plus, et nous avons des gros propriétaires. Au Québec,
nous n'en avons pas un nombre
extraordinaire, mais ceux que nous avons possèdent une grande
partie du parc
locatif. On peut donc imaginer que
ces personnes peuvent relativement facilement trouver un autre logement à un
locataire qu'ils veulent évincer.
Ma question,
cela dit, va porter sur la notion de logement équivalent. Dans votre mémoire,
vous avez une conception du logement
équivalent qui n'est pourtant pas du tout celle de... en fait, qui n'est pas du
tout la mienne, celle de la personne qui
a présenté un projet de loi. Là, vous êtes rendus à me dire qu'un logement
équivalent, là, même niveau d'ensoleillement, puis les mêmes comptoirs dans le logement... Écoutez, sincèrement, là,
vous avez dû lire comme moi la jurisprudence sur la notion de logement équivalent ou comparable et répondant aux
besoins des gens. On ne parle pas des mêmes comptoirs et de la même quantité de fenêtres, on parle d'un certain
nombre de critères assez objectifs, du nombre de pièces, de l'étage où,
par exemple, le logement est situé, du niveau de tranquillité par rapport au voisinage.
Il y a de la
jurisprudence là-dessus, là. Je ne
comprends pas comment vous pouvez arriver à dire franchement : La notion d'équivalence, elle est tellement
restrictive que ça va être impossible de trouver un logement. Je ne
sais pas sur quoi vous vous basez.
Le Président (M. Auger) : M.
Messier.
M. Messier
(Martin A.) : Merci. D'abord,
un premier point, et, en fait, dans les chiffres que vous nous mentionnez — je vous remercie de le mentionner — c'est effectivement une donnée significative, le fait que 44 % des logements soient détenus par de grandes sociétés, il faut tout de suite
voir que déjà, pour ces immeubles-là, les grandes sociétés, évidemment, des compagnies n'ont pas
accès à la reprise de possession, donc il n'y a pas de reprise de possession
déjà pour près de la moitié du parc locatif. Et évidemment, quand il y a des
personnes âgées dans ces immeubles-là, il
n'y a pas de compagnie qui va reprendre possession. Donc, juste qu'on mette ça
en tête dans le marché. Ensuite, qu'on revienne
au nombre, parce que c'est intéressant, parce que la même étude, quand on parle
du nombre de propriétaires, nous
disait qu'il y a près de 280 000 propriétaires au Québec, dont moins de
40 000 détiennent plus de six logements.
Donc, on a
effectivement, en termes de nombre de logements, beaucoup d'unités qui sont, en
fait, déjà protégées dans le sens où
on l'étudie aujourd'hui, parce qu'il n'y a pas de reprise, mais on a énormément
de propriétaires de petits immeubles
qui, eux, peuvent reprendre possession du logement. Donc, gardons ces
chiffres-là en tête parce que c'est tout à fait intéressant et venons-en à votre réponse. En fait, la notion de
loyer équivalent, de logement équivalent a été établie par la jurisprudence dans le contexte où on
reprend possession du logement, non pas le contexte inverse, où on le présente
actuellement, où c'est dans la tête du
locataire, le logement équivalent, pour le propriétaire, la distinction qui est
soumise. Parce que, dans la loi, en fait, quand j'ai un logement
équivalent qui se libère, je dois...
Le Président (M. Auger) : Encore 30
secondes à cet échange.
M. Messier (Martin A.) :
Pardonnez-moi?
Président (M. Auger) : 30 secondes à l'échange. Si vous aviez encore
une intervention, là ce serait peut-être... Non?
M. Messier
(Martin A.) : Parfait. Et
donc la notion de logement équivalent est utilisée par le propriétaire pour
dire : Il ne s'agit pas d'un logement
équivalent, donc il faut que je reprenne ce logement-là, même si
l'autre se libère. Et on est allé,
oui, jusqu'à l'ensoleillement, jusqu'à l'accès à la cour arrière. Et effectivement ces exemples-là, vous avez tout
à fait raison, sont tirés de jurisprudence où les propriétaires ont eu gain de
cause en disant : Je peux reprendre possession de ce logement-là parce qu'il ne s'agit pas d'un logement équivalent, donc je ne suis pas
contraint de reprendre celui qui se libère.
Le Président (M. Auger) : Merci beaucoup.
C'est tout le temps que nous avions pour ce premier échange. M. le ministre,
pour 10 min 30 s.
M. Moreau :
Oui. Merci, M. le Président. Alors, à mon tour, bonjour, M. Messier,
Me Reed. Dans votre mémoire, d'abord,
je veux revenir sur un élément statistique qui, en tout cas, moi, me frappe.
Là, vous dites qu'il y a 50 % du parc immobilier qui, étant détenu
par des entreprises, n'a pas recours aux dispositions du Code civil sur la
reprise, c'est important, et ce que l'on
doit retenir, ce que voulez que les parlementaires retiennent de votre passage,
c'est de dire que, dans l'autre
50 % de ce parc-là, c'est majoritairement des petits propriétaires. Donc,
de combien de logements environ, en moyenne?
M. Messier (Martin A.) : On parle de
moins de huit logements, souvent des duplex, triplex, quintuplex.
M. Moreau : De sorte que l'argument de dire «on se retourne
sur sa propre propriété pour trouver un logement équivalent» est un
petit peu faible. O.K.
Le Président (M. Auger) : M. Messier.
M. Messier
(Martin A.) : Si vous
permettez, je veux juste préciser ça : Si j'ai un logement équivalent qui
se libère dans ma propre propriété, la loi prévoit déjà que je devrai
prendre possession de ce logement-là.
M. Moreau :
Oui. Ça, c'est 1964, puis vous devez avoir un logement équivalent, et c'est
d'ailleurs de là que vous prenez votre jurisprudence.
Une voix : ...M. le ministre.
M. Moreau : Bon. Alors, je
veux faire ressortir ça, là, pour les bénéfices des gens avec qui on travaille.
Donc, si vous
en avez, vous devez aller dans votre parc si jamais vous regardez ça, mais,
quand vous allez dans votre parc, vous devez avoir une notion de
logement équivalent, et la notion de logement équivalent a fait l'objet de jurisprudence, et, moi, c'est là-dessus un peu que
je veux vous amener parce que ce que je vois en distinction entre le droit
français et celui qui sera introduit par ce
projet de loi là, c'est une notion très importante de distinction entre un
logement pour les besoins de la
personne relocalisée ou un logement équivalent. Là, on est sur deux planètes
complètement différentes. Et ce que
je comprends, c'est que, dans votre mémoire, vous avez indiqué des extraits de
jurisprudence de la Régie du logement sur quelle est la notion de
logement équivalent, donc, on dit : Même niveau d'ensoleillement et
d'éclairage; balcon aux mêmes dimensions; au
même étage; et souvent avec un mobilier permanent équivalent. C'est vrai que la
barre est haute un peu, là, je pense, c'est ça que vous voulez
souligner.
Est-ce que
vous seriez plus confortables, donc, avec — et là je vous amène à la question, et
peut-être que Me Reed va vouloir
intervenir — la
notion de logement nécessaire pour les besoins? Parce qu'on peut avoir un sept
et demie, tous les enfants sont
partis, on est tout seul; des fois, dans un trois et demie, ça ferait pareil,
ça répond à nos besoins, mais ce n'est pas un logement équivalent.
Alors, c'est sur ça que je veux que vous développiez.
Et l'autre
élément : vous nous avez posé une question,
M. Reed. Le problème, c'est que c'est nous qui les posons
ici, puis vous êtes avocat, alors vous allez être obligé de répondre, sinon il
y a des cellules ici, en bas.
Des voix : Ha, ha, ha!
M. Moreau : Vous dites que
l'aide devrait arriver après que le jugement de la régie est rendu sur la
reprise, autorisant la reprise. Quelle est cette forme d'aide là qui devrait
exister, selon vous?
Le Président (M. Auger) : Me Reed.
M. Reed (Jean-Olivier) : Écoutez,
c'est très pertinent comme... Je pense que la société d'hypothèques et de logement
peut sûrement faire une certaine aide pour aider les personnes
qui sont visées par le projet de loi au
niveau de la priorisation des listes d'attente pour avoir des
logements abordables, sûrement au
niveau de l'aide psychologique,
soutien des travailleurs sociaux. C'est à ce moment-là que la personne a
besoin d'aide, je crois.
M. Messier
(Martin A.) : Et donc, M. le ministre, si vous le permettez... Ah oui! Je dois avoir la parole de vous avant.
Président (M. Auger) : M. Messier.
Messier (Martin A.) : Merci.
M. le ministre, d'abord, si on parle de la France... c'est triste de
vouloir avoir au Québec ce qu'ils ont en France actuellement. Il y a un
parc immobilier où les propriétaires aujourd'hui cherchent à se départir... puis ils ne trouvent pas de façon
de se départir de leurs actifs. Il y
a même des gens, nos collègues
de l'UNPI, l'Union nationale de la
propriété immobilière, avec lesquels on a établi un partenariat. On a été voir
en France, ils sont venus voir ici, et laissez-moi vous dire que, si on s'en va
sur cette piste-là, c'est grave pour les locataires et c'est grave pour les propriétaires au Québec;
un parc immobilier en décroissance, trop de règles, trop d'impacts, compliqué
pour eux. Donc, c'est un modèle où,
oui, techniquement, au niveau des droits, on va retrouver plusieurs
choses qui sont de nature à protéger beaucoup
plus les locataires. L'impact est catastrophique sur le parc immobilier, son
entretien et sur l'intérêt. Parce
qu'il faut se souvenir qu'acheter un
logement, c'est une décision, essentiellement. C'est une décision d'investissement. Si j'ai peur d'acheter un logement puis je décide
de placer plutôt un certificat d'actions, ce n'est pas une bonne idée, ce
n'est pas comme ça qu'on va avoir des logements au Québec.
la notion de besoin, c'est extrêmement délicat, M.
le ministre, extrêmement délicat parce que ces besoins-là sont vraiment consentis... ou en fonction de la personne.
Donc, de demander au tribunal ou aux propriétaires de déterminer quels sont les besoins réels... Donc, je vous
donne des exemples. On en a vu dans des cas de reprise de possession où les
gens voulaient reprendre possession de quelque chose d'un peu plus grand pour accueillir de la famille; quelqu'un
qui aime faire de la couture qui veut
un espace isolé pour en faire. Il y a tellement de besoins comme ceux-là que je crois que
ce n'est pas la place du législateur ni non plus de la régie de s'investiguer
répartiteurs de besoins des gens.
Le Président (M.
Auger) : M. le ministre.
Moreau : O.K. Je
comprends ça. Maintenant, vous comprenez comme moi qu'on a un projet de loi qui est à l'étape de la consultation, c'est parce qu'il y a une réflexion et que quelqu'un,
à un moment donné, a soulevé un problème, il y a un problème
ou il y a un os en quelque part. L'os en quelque part, sans résumer
l'argumentaire de mes collègues d'Hochelaga-Maisonneuve
et de Gouin, c'est de dire : Il y a un problème parce que des fois il y a
des reprises qui ne sont pas faites sous les bons motifs et que, malgré le fait
que le Code civil prévoit des sanctions à ceux qu'on attrape, bien c'est
difficile ou de les attraper ou de s'assurer
que ce soit suffisamment dissuasif pour ne pas que quelqu'un ait à essayer de
mettre son doigt dans la trappe. Alors, qu'est-ce qu'on fait? Qu'est-ce que
vous suggérez?
Le Président (M.
Auger) : M. Messier.
Messier (Martin A.) : ...d'avoir l'occasion de vous parler sur ça.
Pour nous, le respect de la loi et le respect strict de la reprise de possession est un gage de son maintien. Et,
quand on a, dans l'occasion de nos conseils juridiques avec les membres, l'occasion de leur expliquer,
vous pouvez être certain qu'on le fait de façon très déterminante. On leur
explique les conséquences et vraiment la
priorité d'appliquer la mesure de la loi vraiment où on doit habiter le
logement. Et il n'y a pas beaucoup de
recours qui sont effectués, pour moi, en 2015. Et la situation a évolué depuis
plusieurs années, mais, en 2015, de
savoir si quelqu'un habite réellement le logement... Moi, j'ai vu, M. le
ministre, des... qui entreprenaient ce
recours-là, aisément, demander la confirmation à l'audience : Sortez votre
permis de conduire. C'est quoi, l'adresse sur ça? Ah! c'est drôle, ce n'est pas l'adresse du logement. Oups!
Subpoena à Hydro-Québec. Quelle est la consommation dans le logement? Assez facile en 2015. Souvent,
on a juste à regarder Facebook , en fait, puis les gens vont dire quand
ils déménagent dedans, mais ça, c'est autre chose. Et c'est très facile d'aller
chercher l'emplacement des gens.
contre, est-ce qu'il ne pourrait pas y avoir de la Régie du logement, qui est
fort efficace, souvent, on dit, avec le
sourire... n'empêche qu'elle applique très bien des dispositions qui ne font
pas du tout notre bonheur, d'inclure un rappel, lors d'une décision qui vise la reprise de possession, sur les droits
des locataires : Rappelez-vous que, si votre propriétaire agit en... rappelez-vous que vous avez la
possibilité de faire 1 800 régie puis on va vous parler, peut-être même
d'écrire à des organismes
communautaires ou gouvernementaux qui pourraient aider cette personne-là,
simplement de l'information pour permettre à la personne âgée de bien
connaître ces droits-là, qui sont déjà en place?
Le Président (M.
Auger) : M. le ministre.
Moreau : Mais je comprends que, là, si on dit à la
personne : O.K., votre logement, il est repris, puis vous faites 1 800, ça ne va pas bien, c'est
peut-être court un peu. Alors, quelle serait la mécanique la plus, je dirais,
efficace? Parce que, mettons-nous
dans les... personne âgée ou pas personne âgée, là, quelqu'un qui se fait
évincer parce qu'il y a une reprise,
je comprends que c'est l'exercice d'un droit qui est reconnu par le Code civil,
il n'y a pas de problème, puis ça ne
fait pas du propriétaire un méchant parce qu'il fait ça, c'est le droit qu'il
a, puis il l'exerce. Mais le propriétaire véreux... Moi, j'ai toujours dit d'ailleurs, quand je vous
dis ça, là, on n'aime pas plus les propriétaires véreux que les locataires
véreux, puis il y en a dans les deux
catégories, alors c'est pour ça qu'il y a des équilibres. Mais, le propriétaire
véreux, là, qui utilise cette
procédure-là de façon incorrecte, est-ce qu'on ne devrait pas pousser ça un
cran plus loin et à lui faire des
obligations, par exemple d'évincer celui qui, illégalement, a repris le loyer
pour le remettre à la disposition de la personne qui a été illégalement
évincée?
Le Président (M.
Auger) : M. Messier.
Messier (Martin A.) : Écoutez, d'abord, d'entrée de jeu, tout à
fait... puis, quand je discute avec des collègues — je vais les appeler comme ça, eux
n'ont peut-être pas le même vocabulaire — d'associations de locataires,
je leur dis : On vit souvent sur deux planètes, hein, parce que, nous, les
mauvais propriétaires, ils n'ont pas une tendance à nous appeler pour se faire rappeler les lois, et
probablement que les mauvais locataires ne vous appellent pas non plus. Donc,
oui, d'avoir une vision chez choses où on
réalise qu'il y a des propriétaires qui pourraient être tentés de reprendre
possession autre que pour des fins mentionnées à l'avis, ça existe, ça
existe.
Par contre,
je dois vous dire qu'on s'est donné une mesure exceptionnelle au Québec, hein,
il faut envoyer l'avis. Le locataire
qui ne répond pas, c'est le propriétaire qui fait la démarche à la régie et
c'est lui qui devra se déculotter — on me
pardonnera l'expression — mais décrire tout le processus, pourquoi il veut ce logement-là,
comment il va l'utiliser, est-ce que
ça répond également à un besoin. Ce n'est pas simple, là. Les régisseurs à la
Régie du logement, là, ils vont très
loin dans l'examen de cette décision-là. Et, si on l'évince... d'évincer celui
qui est en place, ça m'apparaît difficile, parce que, si le propriétaire effectivement reloue sans respecter la
loi, donc sans demander à la Régie du logement de statuer sur les conditions de location, cette personne-là,
elle n'est probablement pas au courant. Donc, vous allez l'évincer, mais,
bon, c'est peut-être lui-même quelqu'un qui
aurait besoin de protection. Et donc ça m'apparaît être une solution qui risque
de poser problème, avec respect. Mais qu'on
informe les gens de leurs recours, qu'on les assiste dans ce recours-là, tout à
fait, là. Le respect de la loi, c'est définitivement une priorité pour
nous.
Président (M. Auger) : Merci beaucoup. Nous allons poursuivre avec Mme
la députée d'Hochelaga-Maisonneuve pour un échange de
6 min 15 s.
Poirier : Merci, M. le Président. Bonjour, messieurs, il me
fait plaisir de vous revoir. On s'entend que la reprise de logement devrait être une mesure d'exception — je veux bien utiliser ce terme-là — ça devrait être mesure d'exception, parce que finalement reloger sa mère,
son père puis ses enfants, ça devient une mesure d'exception en tant que telle, tu sais, dans notre vocabulaire, là, ça
devrait être, dans notre société, un moyen qu'on utilise parce qu'on est dans
une situation x. Madame le disait tout à l'heure, Mme Bisson, si je me rappelle
bien...
Poirier : Biron. Excusez-moi. Mme Biron disait : Moi, je
veux garder ce privilège-là. Si ma fille a besoin de me loger, ça
devrait... À mon avis, on devrait être dans une mesure d'exception.
Alors,
reprendre un logement pour loger quelqu'un de sa famille proche devrait être
une mesure d'exception et ne pas en
faire une règle. Et, quand vous me dites que la moitié du parc de logements
appartient à 50 % du monde... bien, il y a aussi la règle, dans la
reprise, de l'agrandissement, subdivision, etc., et, si je me rappelle bien, la
cause pour un édifice de la rue
Deux-Montagnes, c'étaient des grands propriétaires avec un 56 logements, et ils
ont vidé l'édifice en voulant
justement subdiviser en en faisant des condos indivis. On s'en rappellera, ça a
passé devant le juge, mais ils ont perdu, fort heureusement. Mais ça
existe. Mais ça existe.
Moi, je veux
juste comprendre, là. On cherche une façon de faire. J'ai posé la même question
à vos prédécesseurs. On a parlé d'un
mécanisme avec vos prédécesseurs. Vous dites : On ne peut pas évincer la
personne qui a été mise dans le logement,
même si ce n'est pas la bonne personne qui aurait dû y être. Je veux bien. Mais
qu'est-ce qu'on prévoit comme dédommagement
au locataire évincé? Parce qu'il y a quelque chose là d'odieux : utiliser
un pouvoir, parce que c'est un pouvoir
du locataire, d'évincer son locataire. Et, comme propriétaire, j'ai le droit de
le faire. La loi est claire, j'ai droit de le faire, mais, si je le fais à mauvais escient, il faut que je me
fasse taper sur les doigts. Et il est là, là, le principe. Moi, le fardeau d'aller invoquer à la régie, de
dire : J'ai pris des photos, j'ai validé sur Facebook , ce n'est pas
le bon qui est dans le logement, quand tu as 80 ans, je m'excuse, là,
c'est compliqué, hein, c'est compliqué.
Alors, quel mécanisme vous proposez pour vous
assurer que le propriétaire fasse les choses dans les règles?
Le Président (M. Auger) : M.
Messier.
M. Messier
(Martin A.) : Bien, d'abord, vous avez tout à fait raison, c'est bel
et bien une exception, c'est une exception
tellement restreinte qu'ascendants, descendants, ligne directe, premier degré
il faut démontrer sa bonne foi, et je
vous dirais qu'il faut prévoir un budget. Il y a des propriétaires qui sont
consternés quand on les rencontre. Ils viennent de passer chez le notaire, puis là on leur dit le processus qu'ils
doivent suivre, la possibilité de contestation judiciaire et également le fait qu'ils devront remettre une
compensation à leur locataire qui est importante, et déjà ça, je vous dirais
que ça fait en sorte que la reprise, pour
plusieurs, est vraiment une procédure d'exception et une procédure lourde à
suivre.
On parlait
d'éviction. Évidemment, l'éviction, ce n'est pas le même processus, mais c'est
également un processus très lourd
pour le propriétaire, donc on parle d'obtention des permis, étude
architecturale, prouver qu'on a le financement pour la faire. Encore une fois, la régie va très loin dans son examen de
situation comme celle-là. Il faut garder en tête que c'est une mesure qui est essentielle pour
permettre l'adaptation du parc locatif. Les sociétés évoluent. On a des
propriétaires qui disent :
Maintenant, on se rend compte qu'on a besoin de cinq et demie, de six et demie
même puis qu'on loue des deux et
demie. Il faut permettre au parc locatif de respirer et de s'adapter à la
demande du marché. C'est une disposition qui est essentielle et qui, elle aussi, est facile à contrôler. Les
permis, la réalisation de travaux, on conviendra que c'est assez facile
de voir si quelqu'un réalise vraiment ce que c'est.
Je suis tout à fait sensible à votre exemple
d'une personne âgée de 85 ans qui a besoin, en fait, de recevoir l'accompagnement voulu et je pense que c'est à
cette étape-là du processus qu'on doit s'assurer qu'elle a les informations
et qu'elle a la
possibilité de recourir à des gens qui pourront l'appuyer. Quand on parle de
processus de contrôle a priori et
puis... Bien, c'est tout à fait heureux que Mme la présidente de la Régie du
logement soit là, ça me permettra de répéter ce qu'on répète souvent à la sortie du rapport du Protecteur du citoyen,
ce qui est le cas aujourd'hui, que la régie manque de ressources, hein? Déjà, on a un manque de
régisseurs, des délais très, très longs avant d'être entendus, et là, si on
vient ajouter un mécanisme de contrôle a posteriori, il faut prévoir
qu'il y a un impact financier pour ça et que la capacité d'adaptation doit être
au coeur de notre réflexion.
Le Président (M.
Auger) : Mme la députée, une minute.
Poirier : D'accord. On va recevoir les gens de l'APAGM, là, vos
collègues, cet après-midi, et eux — parce qu'ils ont sorti un communiqué de presse, donc, on peut en parler — proposent que le gouvernement prévoie des
mesures pénales plus coercitives envers les propriétaires de mauvaise
foi. Qu'en pensez-vous?
Le Président (M.
Auger) : M. Messier.
M. Messier (Martin
A.) : Merci. C'est déjà coercitif à souhait. Je vous dirais qu'un
propriétaire qui reprend possession, de
mauvaise foi, là... il reçoit une demande où on le poursuit pour
30 000 $, 40 000 $, 50 000 $ et il a cette
demande-là devant lui; je peux vous dire
qu'entre le moment de l'introduction de la demande puis les très nombreux mois,
malheureusement, pour une question de
ressources, il aura des difficultés à dormir. Il y a des condamnations très
importantes qui sont données par la Régie du logement.
Le Président (M.
Auger) : Mme la députée, 20 secondes.
Poirier : Écoutez, je suis très surprise d'entendre des
montants de 30 000 $, 40 000 $, 50 000 $ quand,
dans l'ensemble des mémoires, on nous parle des sommes d'à peu près
4 000 $.
M. Messier (Martin
A.) : Non, mais je vous parle de...
Le Président (M.
Auger) : Juste un instant, une personne...
Poirier : Alors, je suis un peu surprise de vos propos, mais je
ferais juste une remarque dernière. Dans votre mémoire, vous parlez, et je vous cite, que les «modifications nuisent à
la valeur des immeubles où habitent des locataires aînés et ultimement à la qualité des immeubles».
Je ne comprends pas que le fait d'avoir des aînés dans son immeuble
menace la qualité d'un immeuble. Je suis assez surprise.
Le Président (M.
Auger) : Merci beaucoup.
M. Messier (Martin
A.) : Deux blocs de 15 secondes pour répondre à ça?
Le Président (M.
Auger) : C'est terminé pour cet échange.
M. Messier (Martin
A.) : Vous me rendez très triste. Est-ce que quelqu'un peut me donner
un deux blocs de 15 secondes pour répondre à ça?
Président (M. Auger) : Bien, peut-être que ça pourrait être permis
éventuellement dans les différents échanges. Donc, je vais céder la
parole maintenant au député de Nicolet-Bécancour pour une durée maximale de
4 min 15 s.
Martel : Merci. Bien, allez-y si c'est... parce que vous
êtes assez verbomoteur, là. 15 secondes, ça, ça va être correct.
Des voix :
Ha, ha, ha!
Le Président (M.
Auger) : Donc, M. Messier.
Messier (Martin A.) : Deux blocs de 15 secondes. D'abord, 30 000 $,
je ne vous parle pas de la condamnation, je vous parle de la réclamation. Et, oui, je pourrai vous présenter ces
gens-là qui ont besoin de pilules pour les aider à dormir quand ils reçoivent ces demandes-là et qui, s'ils
ont repris de mauvaise foi, ont probablement tout à fait raison de se sentir
très mal.
Le Président (M.
Auger) : M. le député de Nicolet-Bécancour.
Martel : Je pends les chiffres un petit peu que ma collègue
de Gouin a mentionnés tantôt. Tu sais, on est devant une situation où il y a les chefs de parti, il y a
les députés, on a dit : Ça serait une bonne idée d'essayer de trouver une
solution par rapport à cette
situation-là. Vous, vous représentez des membres puis vous regardez le projet
de loi tel qu'il est écrit, puis vous
dites : Pour nos membres, c'est difficilement... Je peux comprendre ça.
Moi, j'essaie de trouver une piste. Tantôt, j'ai fait allusion au milieu rural. Mais, si on disait : Par
exemple, à partir d'un certain... un propriétaire... ça ne peut pas s'appliquer à tout le
monde, mais à partir d'un propriétaire qui a un certain nombre d'immeubles
puis... pas d'immeubles mais de
loyers — là, je ne
dis pas «25», je ne dis pas «six» — mais il y a un certain nombre de... et,
quand tu as un certain nombre, la loi
va te viser parce que... là, moi, je me dis : La journée que tu veux
occuper le logement, bien attends que tu en aies un comparable qui soit
disponible pour... est-ce que ça pourrait être une piste, selon vous, mais en
étant conscient que ça ne peut pas s'appliquer à tout le monde, là?
Le Président (M. Auger) : M.
Messier.
M. Messier
(Martin A.) : Bien, ça peut être une piste, tout à fait, qui mérite
d'être étudiée, mais il faut garder en
tête que, quand on parle de valeur de ces immeubles-là, en région rurale
particulièrement, les gens qui vont vouloir acheter... si je veux vendre
mon duplex, là, c'est souvent pour quelqu'un qui va vouloir l'habiter. Si les
prix du loyer commandent un revenu tellement
faible qu'il n'y a pas personne pour l'acheter, quand je vais essayer de
financer pour faire des travaux sur
cet immeuble-là, il n'y en aura pas. Et on a des situations comme ça, on appelle
ça des immeubles culs-de-sac. Je vais
voir la banque, ils me disent : Non. Et ça fait quoi? Ça fait qu'ils se
dégradent jusqu'à tant qu'ils finissent par mettre le boulet de
démolition à l'intérieur, et c'est une situation qui est préoccupante.
Vous savez, à trop protéger le marché locatif et
le locataire, on finit par lui nuire.
Le Président (M. Auger) : M. le
député de Nicolet-Bécancour.
Martel :
Je veux revenir à ce que je vous demande. Est-ce que ça serait applicable, un
propriétaire qui a plus que, je vais
dire, six logements, là... ça peut être 12, je ne le sais pas, mais dire :
Toi, la loi, là, elle s'applique à toi, puis, la journée que tu veux occuper un logement, bien, tu en as d'autres,
assure-toi qu'il y en a un autre disponible pour déménager la personne
que tu veux déplacer?
Le Président (M. Auger) : M.
Messier.
M. Messier
(Martin A.) : Bien, écoutez, c'est difficile... on parle de bonne foi,
c'est difficile d'attribuer la bonne foi
parce que la personne a sept logements, qu'on va lui demander d'avoir des
obligations plus importantes qu'une autre, et, il faut se souvenir, Mmes et MM. les membres de la législature,
vous protégez déjà les locataires d'une façon exceptionnelle au Québec. Je sais que vous voulez aider, mais il faut
faire attention. Ces mesures-là, qui découragent les investisseurs immobiliers, sont parfois de nature
à nuire autant aux locataires qu'aux propriétaires. Si on se décourage
puis on se dit : C'est trop de travail avoir un immeuble à logements, ce
n'est pas une bonne idée pour personne.
Le Président (M. Auger) : Un dernier
30 secondes, M. le député.
Martel :
Bien, je reviens un petit peu, là, au... Vous avez entendu ma question par
rapport au milieu rural, là. À votre
avis, est-ce qu'il y a des gens qui représentent le milieu rural dans votre
association qui se sont prononcés par rapport à ça?
Le Président (M. Auger) :
Rapidement, M. Messier.
M. Messier
(Martin A.) : Il y en a définitivement, puis on voit déjà que ça ne
fonctionne pas, puis d'ailleurs, dans
plusieurs milieux ruraux, qu'on parle de Trois-Rivières, qu'on parle de la
région de Sherbrooke, il y a énormément de logements de disponibles, mais ils sont souvent très loin, et donc de
trouver des notions de loyer équivalent... Et, quand on met le prix dans
l'équation, on sait qu'il y a un contrôle des loyers, pour nous, trop serré...
Le Président (M. Auger) : Merci
beaucoup.
M. Messier
(Martin A.) : ...et là d'imposer la notion de loyer équivalent, ça
rend impossible l'application de la mesure...
Le Président (M. Auger) : Merci
beaucoup, M. Messier.
M. Messier (Martin A.) : ...que ce
soit pour les kilomètres ou pour le prix.
Le Président (M. Auger) : Merci
beaucoup.
M. Messier (Martin A.) : Merci.
Président (M. Auger) : C'est tout le temps que nous avions. Donc, je
tiens à remercier les représentants de l'Association des propriétaires
du Québec, M. Messier et Me Reed.
Je vais suspendre les travaux jusqu'à
15 heures.
(Suspension de la séance à 13 h 14)
Président (M. Auger) : À l'ordre, s'il vous plaît! La Commission de
l'aménagement du territoire reprend ses travaux. Je demande à toutes les personnes dans la salle de bien vouloir
éteindre la sonnerie de leurs appareils électroniques.
Nous
poursuivons les consultations particulières et auditions publiques sur le
projet de loi n° 492, Loi modifiant le Code civil du Québec afin de protéger les droits des locataires
aînés. Nous entendrons, cet après-midi, les organismes suivants : premièrement, le Regroupement des propriétaires d'habitations
locatives, ensuite l'Association des propriétaires d'appartements du Grand Montréal et finalement
l'Association québécoise de défense des droits des personnes retraitées
et préretraitées.
Je souhaite maintenant
la bienvenue aux représentants du Regroupement des propriétaires d'habitations
locatives. Je vous rappelle que vous
disposez de 10 minutes pour votre exposé puis nous procéderons à une
période d'échange avec les membres de
la commission. Je vous invite donc dans un premier temps à vous présenter. Par la suite, vous pourrez
procéder à votre exposé. À vous la parole.
Mme Lapointe (Annie) : Merci.
Bonjour, M. le Président. M. le ministre, Mme la présidente de la Régie du logement, Mmes et MM. les députés, donc, je me
présente : Annie Lapointe, directrice adjointe au Regroupement des propriétaires d'habitations locatives, donc, des
propriétaires d'habitations à logements résidentiels principalement en Estrie
et en Montérégie. Je suis accompagnée de Me Robert Soucy, avocat, qui est
spécialiste dans le domaine.
Donc, pour
vous faire un petit portrait, le RPHL a été fondé en 1981 par des propriétaires
de la région estrienne qui ont uni
leurs forces et leurs ressources afin de travailler à la défense et à la
promotion des droits et des intérêts des propriétaires d'immeubles et des gestionnaires d'immeubles également.
Donc, le RPHL soutient la cause des propriétaires depuis près de 35 ans en offrant une panoplie
de services et d'avantages, dont les conseils juridiques par le biais de
juristes spécialisés dans le domaine
locatif, donc c'est dans ce cadre-là qu'on est appelés de façon quotidienne à
parler aux propriétaires, à les conseiller concernant les différentes
situations difficiles qu'ils vivent.
Donc, on
tient à vous remercier de prendre le temps de nous accueillir et de nous
entendre sur nos représentations concernant
un projet de loi qui nous interpelle tout particulièrement. Donc, c'est
important pour nous de vous faire part de notre réalité, malgré le fait qu'on soit très sensibles aux personnes
plus vulnérables. Donc, je vais céder la parole à Me Soucy.
M. Soucy
(Robert) : Bonjour, M. le Président, M. le ministre, Mmes les
députées, MM. les députés. Mesdames messieurs,
bonjour. Mon nom, c'est Robert Soucy, je suis un avocat spécialisé en matière
de logement. Ça fait 35 ans que j'occupe
à représenter des propriétaires d'immeubles devant la Régie du logement, c'est
ma spécialité, et je suis présent
au tribunal au moins deux à trois fois par
semaine depuis les 30 dernières années et je suis conseiller juridique
aussi pour le regroupement, le RPHL.
Je représente les membres devant les tribunaux, la Régie du logement, la Cour du Québec, la Cour supérieure et la Cour
d'appel. En plus de ça, on donne de
l'information, on offre un système de gratuité à nos membres, ils peuvent nous demander des conseils
juridiques, donc je donne aussi des conseils juridiques, donc je suis assez près des propriétaires d'immeubles, ça fait longtemps
que je les représente, j'ai à peu
près le pouls, à peu près,
des propriétaires d'immeubles.
Ce que je
voudrais aussi souligner pour le projet, juste une remarque tout de suite en passant, c'est : lorsqu'on
lit le projet tel que rédigé, on dit, à l'article 1967.1 : «Le locateur qui
désire reprendre le logement occupé...» À mon avis, il faudrait rajouter
que le locateur, «s'il en est le propriétaire»... parce que l'article 1957
prévoit qu'il faut que tu sois locateur et
propriétaire pour reprendre un logement. Là, ce qu'on mentionne, on dit :
Le locateur qui désire reprendre un logement.
Un locateur ne peut pas reprendre un logement, donc il y a un problème au
niveau de la rédaction du projet de loi.
Donc, le projet de loi vise à protéger les personnes âgées de plus de
65 ans à faibles revenus et/ou handicapées, et on parle aussi d'obliger le propriétaire qui fait une
demande de reprise ou une éviction d'offrir un logement équivalent et
aussi on parle d'un certain moratoire, qu'entre le 1er décembre et le
31 mars ça soit reporté au 1er avril.
Moi, ce que
je voulais faire partager avec vous, c'est ma connaissance que j'ai des
décisions de la Régie du logement en
matière de reprise de logement et d'éviction. Je vais passer outre, là, la
question, là, de la preuve devant le tribunal, là, puis c'est quoi, le
fardeau de preuve en matière d'éviction, en matière de reprise de possession,
mais on va en venir simplement aux indemnités qui sont données, premièrement,
en matière de reprise de possession.
Quand une
personne est âgée, une personne est handicapée, la régie, elle a un régime
particulier — parce
que, on l'a vu tantôt, il y a des
gens qui ont fait des représentations, là — qu'ils regardent l'âge, la durée
d'occupation, l'état physique de la
personne avant de donner des indemnités. Quand une personne est handicapée,
qu'elle a des difficultés de motricité...
ou des personnes qui sont très âgées, les indemnités sont beaucoup supérieures,
disons, que les indemnités accordées
aux autres locataires. On peut penser, là... ça varie, là, d'un régisseur à
l'autre, chaque régisseur a sa discrétion, mais on peut penser qu'habituellement, ce que la régie va faire, elle va
accorder des frais d'emballage, des frais de déballage et va accorder aussi trois mois de loyer aussi
puis une indemnité. Ça peut varier. Les indemnités qui sont accordées en
matière de reprise de possession, ça varie,
disons, de 3 000 $ pour les personnes âgées et handicapées et ça va
aller jusqu'à 15 000 $.
Donc, la Régie du logement est très sensibilisée
aux personnes âgées et handicapées. Et ce que j'ai comme expérience, c'est que, même en matière d'éviction,
il y a encore des indemnités, on a trois mois de loyer plus les frais de
déménagement. En plus, si le locataire juge que le trois mois d'indemnité puis
les frais de déménagement ne sont pas suffisants, il peut
demander également des dommages et intérêts en plus des recours trois mois de
loyer, qui sont automatiques, et, les frais de déménagement, il peut demander
un recours.
Maintenant,
on a parlé aussi de... parce que j'ai assisté aux exposés, là, de ce matin, on
parlait qu'en matière de reprise de
mauvaise foi la Régie du logement, là aussi, elle fait son devoir. Les
jugements contre les propriétaires qui font des reprises de possession de mauvaise foi, ça peut varier entre
8 000 $ et 30 000 $, les indemnités que des locateurs ont
été obligés de payer lorsqu'ils ont fait des
reprises de possession de mauvaise foi. Ça varie, là, il y a une fourchette, ça
dépend, chaque cas est un cas d'espèce, mais
disons, là, qu'habituellement, en moyenne, c'est environ une dizaine de
milliers de dollars pour des reprises de possession de mauvaise foi.
Ceci étant dit, la jurisprudence aussi, c'est
que le régisseur, il a le pouvoir de fixer les conditions qu'il estime justes et raisonnables. La plupart du temps,
lorsque la reprise de possession ou l'éviction arrive durant les mois d'hiver,
c'est très facile de demander de reporter la
date de reprise ou la date d'éviction. La plupart du temps, il y a une entente
qui est faite entre la
partie demanderesse, la
partie défenderesse, et on
s'entend sur une date. À mon avis, ce n'est pas nécessaire de faire un
amendement au Code civil, la jurisprudence pourvoit à cette difficulté-là.
Ceci étant
dit, maintenant, je voudrais aborder la question du loyer équivalent et de mon
expérience devant les tribunaux. Tout d'abord, la très grande majorité
des cas, lorsqu'une personne est à faibles revenus ou handicapée, la plupart des cas, ils sont représentés par des
avocats de l'aide juridique, la plupart des cas. La plupart des cas, les
avocats de l'aide juridique sont très
férus en la matière, connaissent leur domaine, ils plaident, et les personnes
âgées sont beaucoup protégées.
Moi-même, j'ai eu beaucoup de cas, et l'avocat va insister sur l'indemnité, la
date de reprise, puis ainsi de suite, et
la Régie du logement a une sensibilité et elle va rendre un jugement selon le
cas d'espèce, mais en général on tient bien compte du caractère
particulier de la cause, du cas d'espèce.
Maintenant,
lorsqu'on parle de notion de loyer équivalent, je devrais faire quelques remarques,
c'est que, selon la jurisprudence, «équivalent», c'est d'une racine
latine qui dit «égale valeur», donc c'est, quand on parle de «loyer équivalent», d'«égale valeur». Donc, il y a une
notion économique attachée à ça. Et, à la Régie du logement, aussi il y a
une jurisprudence qui parle de jugement
équivalent : on dit que deux logements que tu peux interposer l'un sur
l'autre, avec les conditions
principales, c'est un logement équivalent avec un même prix. Donc, ça veut dire
qu'un quatre et demie, ça rentre dans
un quatre et demie, puis les conditions principales, c'est un logement
équivalent. Mais la jurisprudence aussi a fait quelques distinctions à
un palier différent, d'accord? Donc, est-ce qu'un sous-sol est un équivalent à
un rez-de-chaussée? Est-ce qu'un troisième
étage est équivalent à un premier palier? C'est tout ça, la jurisprudence
distingue déjà ça. Mais, lorsqu'on
marque dans la loi «loyer équivalent», il faudrait définir c'est quoi, le
terme, la notion, «loyer équivalent», parce que nous autres, en
pratique, on va être pris à vivre avec ça à tous les jours, quotidiennement.
Maintenant,
on pense souvent que les propriétaires d'immeubles sont tous jeunes, en santé,
ils ont des profits plein les poches,
mais, les propriétaires d'immeubles que moi, je connais, ce n'est pas
nécessairement ce portrait-là. On a, nous autres, des propriétaires d'immeubles qui sont eux-mêmes handicapés,
sont eux-mêmes âgés, des fois aussi il y a des gens qui ont des difficultés de langage, on a des gens
qui sont des non-voyants, on a des gens qui sont des problèmes de motricité
qu'on est obligés d'aller les rencontrer pour signer des documents. On a toutes
sortes de propriétaires d'immeubles.
La question
que je me posais, c'est que, lorsqu'on dit qu'on demande à un propriétaire
d'offrir un logement, donc, on impose
un devoir. Prenons un exemple, puis je crois que le ministre Moreau en a parlé,
là, avec la législation française : si quelqu'un lui-même est une
personne âgée, et elle-même est handicapée, elle va être obligée de faire...
Le Président (M. Auger) : En
terminant, Me Soucy. Il reste 15 secondes.
M. Soucy
(Robert) : O.K. Tout ça pour vous dire, là, qu'il faut penser, là, que
les propriétaires peuvent être des personnes handicapées puis avoir des
problèmes.
Il y a la
question aussi de loyer de faveur, un loyer de faveur. Si vous avez un grand
six et demie, ça fait 30 ans que vous l'habitez puis le loyer est à
400 $, vous demandez à un propriétaire de trouver un loyer équivalent dans
les sept kilomètres ou dans les cinq
kilomètres, dans beaucoup de cas, ça va être une impossibilité physique, ça ne
se fera pas, il n'y en aura pas, de loyer équivalent. Donc, il faut le
prévoir.
Président (M. Auger) : Merci, Me Soucy. Vous allez peut-être
avoir la chance de continuer tout à l'heure, suite à nos échanges. Nous allons commencer avec la période d'échange,
bien sûr, avec Mme la députée de Gouin pour quatre minutes.
Mme David
(Gouin) : Merci, M. le Président. Monsieur, madame, bonjour. C'est sûr,
moi, je n'ai pas été président de la
Régie du logement... présidente, je n'ai donc pas votre expérience, mais j'en
ai une quand même, c'est celle d'être députée
d'une circonscription dans un quartier central de Montréal où il y a de
nombreuses évictions de locataire, la plupart du temps, pas pour reprise de possession pour un membre de la famille,
mais évictions pour agrandissement, subdivision et qui assez souvent finissent par être ventes en indivision qui se
transforment en copropriétés qui, après ça, vendent ces logements-là à des prix absolument inabordables
et, ce faisant, font augmenter la fièvre spéculative, dans les quartiers
centraux de Montréal, non seulement pour les
locataires, qui paient de plus en plus cher pour avoir des loyers, mais même
pour des petits propriétaires qui aimeraient ça acheter et qui
commencent à trouver que c'est cher, les immeubles dans mon quartier, et
qui auront pas mal de taxes à payer.
Donc, je
pense qu'on est dans une situation, puis c'est ce que j'aimerais vous dire puis
redire en même temps aux gens qui
nous écoutent, là, où il y a une préoccupation qui devrait être centrale ici
pour tout le monde, et cette préoccupation-là, c'est celle des personnes aînées, et pas n'importe
lesquelles, 65 ans et plus, à faibles revenus ou handicapées. Ça, c'est la
préoccupation. Vous dites : Bon, s'il y
a éviction pour diverses raisons, etc., les locataires ont toutes sortes de
procédures qui peuvent leur être
accordées. Moi, je vous soumets — et là c'est mon expérience de députée — qu'il est, en fait, très difficile
pour les locataires, un, d'être remis dans leur logement et, deux, de recevoir
des indemnités convenables.
Alors,
la question que je veux vous poser. Je reviens à votre mémoire. Vous dites que
ce projet de loi là, là, mettrait en
péril l'investissement immobilier au Québec en plus de nuire à la valeur
économique des immeubles dans lesquels habitent des gens aînés. Si je comprends bien, les gens aînés vont devenir
synonymes de mauvais investissements. J'aimerais vous entendre
là-dessus.
Le Président (M.
Auger) : Me Soucy.
Soucy (Robert) : Oui. Mme David, nous, ce qu'on prétend, là,
c'est que... Regardez, là, le taux de vacance, là, à Sherbrooke, est 5,4 % en moyenne. Dans le district nord,
c'est 6,3 %, puis dans Lennoxville c'est 7,8 %, le taux de vacance. Le taux de vacance équilibré, là, est
environ à 2,5 %. Donc, quand on regarde à 7,8 % puis à 6,3 %, là
il y a bien des logements vacants qui
sont difficiles à louer. Ce n'est pas le même marché immobilier que Montréal,
ou Le Plateau, ou des districts... Je connais bien la ville de Montréal,
je suis né dans le quartier d'Hochelaga-Maisonneuve, j'y ai habité très longtemps, je connais les quartiers centraux,
je connais la difficulté, mais moi, je regarde le projet, là, tel quel puis
je vous dis nos préoccupations. Ce que je dis : On a une sensibilité parce
qu'on reçoit des appels de nos membres.
Vous
savez, récemment, le Code civil, il a été amendé, là, puis on a passé de deux
mois à trois mois pour donner un avis
d'une personne dans un HLM, une personne âgée. Il y a des personnes, là, qui
sont prises dans des quartiers, là, à
7,8 % puis 6,3 %. La personne âgée qui donne un avis de départ, le
propriétaire peut se retrouver avec un logement vacant pendant plus d'un an. Je sais que ce n'est pas la
même dynamique que dans vos quartiers, mais, lorsqu'on légifère, on légifère pour la province au complet. Donc, moi,
ce que je dis, c'est : Faites attention. Si vous faites une législation,
faites attention, il y a des cas marginaux aussi dans d'autres
quartiers.
Président (M. Auger) : Vous voulez intervenir, Mme la députée? Mme la
députée de Gouin, 30 secondes.
David (Gouin) : Merci. Écoutez, je m'excuse de vous interrompre, mais
c'est parce que je pense que je comprends
très bien cette réalité-là. Et c'est vrai que c'est un projet de loi qui va
s'appliquer à la grandeur du Québec. Je
soumets quand même que les principaux cas d'éviction pour toutes les raisons
qu'on connaît se font dans les quartiers centraux des grandes villes en ce moment, et particulièrement à
Montréal, donc c'est là que ça va toucher le plus. Pourquoi? Parce qu'il
y a une fièvre spéculative, parce qu'il y a de la spéculation immobilière.
Alors,
si, à Sherbrooke, le problème ne se pose pas tellement, s'il n'y a pas
d'éviction de personnes aînées parce qu'il y aurait une fièvre
immobilière, bien, tant mieux. À ce moment-là, tout simplement, vous ne serez
pas tellement touchés par le projet de loi.
M. Soucy
(Robert) : Est-ce que je peux répliquer?
Le Président (M.
Auger) : Merci, Mme la députée.
Soucy (Robert) : O.K.
Président (M. Auger) : Nous sommes rendus maintenant avec la
partie
ministérielle. Je cède la parole au ministre.
Moreau : Merci, M. le Président. Alors, Mme Lapointe,
Me Soucy, bienvenue encore une fois à l'Assemblée nationale, merci de venir nous faire part de vos expériences
dans ce domaine-là. J'ai noté que, Me Soucy, vous aviez 35 ans de spécialité dans ce domaine-là. Vous avez
commencé très jeune, ce n'est pas la couleur de vos cheveux qui indique...
M. Soucy
(Robert) : Et j'ai plus de 65 ans.
M. Moreau :
Ah! alors, vous seriez visé par le projet de loi...
M. Soucy
(Robert) : Bien, exactement.
M. Moreau :
...donc vous êtes en conflit d'intérêts.
Des voix :
Ha, ha, ha!
Soucy (Robert) : Mais j'aurais des problèmes avec les revenus faibles,
peut-être, je ne passerais pas le test, je crois.
M. Moreau : Bon. Alors, je vous pose quelques questions qui touchent
les inquiétudes que vous avez soulevées dans votre exposé, notamment sur
la question de logement équivalent. Mes deux adjoints parlementaires souhaitent
intervenir, alors je vais vous demander de... Vous êtes habitué de plaider
devant la régie, donc vous êtes habitué de comprimer un peu votre intervention
et d'être concis.
La notion de logement
équivalent — vous
avez entendu les représentants, ce matin, des groupes qui ont été entendus — c'est véritablement problématique, ça me
semble assez clair, là, à l'heure actuelle, avec les interventions que l'on a. Est-ce que la notion de logement répondant
aux besoins, indépendamment, là, du fondement, dire : Bien, on devrait
faire ça ou on ne devrait ne pas faire ça,
sur la question d'équivalence... est-ce qu'on ne serait pas plus dans un, je
dirais, un univers acceptable si on changeait cette notion-là par
«répondant aux besoins», parce que les besoins évoluent?
Le Président (M. Auger) :
Me Soucy.
M. Soucy
(Robert) : C'est sûr qu'aller dans cette direction-là, c'est dans la
bonne voie, là, pour voir équivalent
aux besoins de la personne.
Mais, moi, la
question que je me pose... parce que, nous autres, ce
qu'on concluait, c'est : Pourquoi le régime des offices municipaux ne
pourrait pas faire une résolution ou un amendement à son règlement qu'une
personne qui est évincée... une personne
handicapée âgée qui est évincée d'un logement, pourquoi qu'elle n'aurait pas
la priorité sur une liste? Comme
n'importe quoi... des fois, il y a des gens qui se font mettre à la rue, puis tout
ça, puis il y a des listes de priorités. Moi, je pense que le réseau des HLM, des offices municipaux...
il y en a à peu près dans toute la province, ça couvre à peu
près toutes les grandes régions, je crois que ça serait une
partie de la
solution. Je ne dis pas que ça serait l'idéal,
mais... de plus de ça, M. le ministre, les propriétaires,
ils n'ont pas tous la même sensibilité aux personnes âgées, aux personnes handicapées. C'est des cas
généralement particuliers, une certaine lourdeur. Je pense qu'un travailleur
social, quelqu'un de l'office
municipal d'habitation, il a plus la sensibilité et la compétence pour prendre
soin de ces cas-là, et moi, je pense
aussi que c'est des cas marginaux. Ce n'est pas des cas... en tout cas, le cas
spécifique des personnes âgées et personnes handicapées, là, à faibles
revenus, ce n'est pas des cas, disons, qu'on voit souvent dans la pratique.
Le Président (M. Auger) : M. le
ministre.
M. Moreau : Bien, si je
regarde les statistiques de la Régie du logement, vous avez parfaitement
raison, en 2014‑2015, des reprises touchant
les personnes âgées — puis,
dans les statistiques de la régie, c'est 60 ans et plus, c'est donc plus que 65 ans et plus — pour les reprises pour changement
d'affectation, c'est cinq cas en 2014‑2015; 11 cas dans les cas
d'agrandissement, et, dans les cas de subdivision, si je suis sur la bonne
ligne, c'est deux cas. Donc, on est à 60 quelques
cas dans une année lorsqu'on parle de personnes de 60 ans et plus, et donc
moins si on parlait de 65 ans et plus.
Mais, ce que
vous venez de dire, en réalité, vous dites : Faites une modification à
l'article 23 du Règlement sur l'attribution
des logements à loyer modique pour indiquer dans les demandes prioritaires
celles des personnes âgées de 65 ans
et plus qui seraient évincées. Or, ce n'est peut-être pas la solution unique,
mais ça pourrait être une mesure qui irait dans la bonne direction,
selon vous. C'est exact?
M. Soucy (Robert) : Oui, à mon avis.
M. Moreau :
O.K. Je vais laisser mon collègue le député de Vimont, qui est mon adjoint
parlementaire en matière d'habitation, vous poser la prochaine question.
Le Président (M. Auger) : Donc, avec
plaisir. M. le député de Vimont.
Rousselle : Mme Lapointe, M. Soucy, merci d'être ici. De base,
on sait que ce projet de loi là justement est fait vraiment pour aider les personnes âgées à faibles
revenus, et je pense que toutes les associations qui vous ont précédés
ont parlé comme quoi qu'ils comprennent l'objectif.
Je voulais
juste vous entendre... Vous, vous représentez... je réalise, il y a beaucoup de
petits propriétaires aussi, donc.
Vous, pensez-vous qu'un projet de loi de même pourrait être néfaste, néfaste
dans le sens : Les propriétaires, est-ce qu'ils auraient hésitation à louer à des personnes âgées? Parce que j'ai
entendu d'autres organismes revenir avec ça, là.
Le Président (M. Auger) : Me Soucy.
M. Soucy
(Robert) : Écoutez, là, je vais être franc avec vous, là, où est-ce
qu'il y a de l'homme, il y a de l'hommerie. C'est ma réponse.
Le Président (M. Auger) : M. le
député de Vimont. C'est court.
M. Rousselle : C'est assez
court comme réponse et c'est assez clair aussi, là.
Le Président (M. Auger) : En
avez-vous une deuxième, M. le député de Vimont?
M. Rousselle : Bien,
écoutez...
M. Moreau : Des fois, les
réponses courtes sont aussi claires.
Le Président (M. Auger) :
Absolument. Il n'y a aucun problème. Donc, M. le député.
Rousselle : Dans le nombre de personnes que vous représentez
dans votre association... vous avez parlé que vous avez beaucoup de
propriétaires qui ont 65 ans et plus. En proportion, est-ce que c'est une
grande
partie ou...
M. Soucy
(Robert) : Disons que, les propriétaires d'immeubles au Québec, il y a
beaucoup de personnes âgées qui sont
propriétaires d'immeubles au Québec. Souvent, aussi les gens, ils ont payé
leurs hypothèques puis ils réussissent à
survivre, là, avec les taxes, tout ça, mais un nouvel acheteur qui, lui,
achète, il est obligé d'avoir une hypothèque, là, il y a des problèmes de rentabilité de... C'est ça
que je peux vous dire, là, comme expérience que j'ai, là, des propriétaires
d'immeubles. Les personnes âgées qui sont
propriétaires elles-mêmes de logement, souvent elles ont clairé, comme on
dit en bon français, là, leurs hypothèques,
elles ont un petit peu plus de jeu, mais les nouveaux acquéreurs, eux, n'ont
pas cette facilité-là de financement, puis là l'enjeu économique est
plus important. Ce qu'on veut dire, c'est qu'avant de s'intéresser à un immeuble il y a peut-être des gens qui vont freiner un
petit peu, qui vont se poser des interrogations, là.
On ne prétend pas, là, que demain matin, là, il
n'y aura plus un immeuble qui va se vendre parce qu'il y a des personnes âgées dedans, là. Ce n'est pas notre
prétention, là, comprenez-vous bien, là? C'est juste qu'il va peut-être y avoir
des interrogations des acheteurs potentiels,
parce que ça peut rendre plus difficile l'accès au logement. Si tu achètes pour
prendre possession toi-même puis il y a une
personne âgée, bien ça fait une difficulté de plus. Disons que ça va être un
irritant supplémentaire.
Le Président (M. Auger) : M. le
député de Vimont.
M. Rousselle : Donc,
pensez-vous qu'il peut y avoir, selon vous, un impact sur la valeur de la propriété?
Le Président (M. Auger) : Me Soucy.
M. Soucy
(Robert) : Bien, disons,
indirectement, parce que, si les acheteurs ne sont pas intéressés à acheter un immeuble, à un
moment donné, l'immeuble va rester sur le marché un bout de temps, puis sa
valeur va dévaluer, là, nécessairement, là. C'est les règles de l'économie générales.
Le Président (M. Auger) : M. le
député de Vimont. Non. Avec plaisir. M. le député de Chapleau.
M. Carrière : Merci beaucoup.
Bienvenue, Mme Lapointe et M. Soucy.
Moi, je
regarde le projet de loi, il n'est pas très volumineux, il a un article...
bien, deux avec l'entrée en vigueur, mais
moi, c'est dans l'applicabilité, là, ou... Moi, je viens de l'Outaouais.
Tantôt, on parlait de... bien, ce matin, on parlait de Montréal, où les logements ont monté de façon
vertigineuse, le coût des logements. En Outaouais, c'est encore pire, avec notre réalité frontalière avec l'Ontario,
etc., donc, les coûts des logements, c'est probablement, à qualités égales,
les plus élevés au Québec. Et tantôt
j'entendais la députée de Gouin, ce matin, parler, là, que les déménagements
pour les... et je suis d'accord.
Souvent, les déménagements, pour les aînés c'est un traumatisme, c'est un drame
pour eux, c'est un déracinement, là,
souvent. Et, quand je regarde dans l'application de cet article-là, s'il était
appliqué de façon stricte, là, quand
on dit : Pour les municipalités de 100 000 habitants et moins,
donc, c'est la plupart des municipalités du Québec, il faudrait que le
propriétaire relocalise dans la même MRC.
Moi, dans une
autre vie, j'ai été maire, j'ai été préfét d'une MRC, la MRC des
Collines-de-l'Outaouais, qui, si je prends
la municipalité la plus à l'est... puis là je fais un cas qui n'arrivera
probablement jamais, mais, la municipalité la plus à l'est, pour un logement identique, s'il relocalisait la personne
dans la municipalité la plus à l'ouest, c'est environ
100 kilomètres. Donc, quand on parle de drame et de déracinement, là c'est
clair que c'est poussé à l'extrême, mais comment
vous voyez l'application? Tu sais, je peux voir cinq kilomètres ou sept
kilomètres dans des villes comme Montréal, comme Gatineau, comme Québec, etc., mais, dans des cas de figure que je
vous parle, comment vous voyez qu'un propriétaire, et même le
locataire... comment on pourrait réaliser ce genre d'opération là?
Le Président (M. Auger) : Me Soucy.
M. Soucy (Robert) : Est-ce que vous
avez dit, là, que la localité la plus prochaine est à 100 kilomètres?
Carrière : Non, non, je disais : Dans le fond, la MRC, il
y a sept municipalités, mais, si je prends la plus à l'est et la plus à l'ouest, il y a 100 kilomètres
de distance, 100 kilomètres. Et il y a des MRC que c'est encore pire que ça.
Vous avez dit : Quand il y a de
l'homme, il y a de l'hommerie. Donc, si on voit un propriétaire : Oui, je
vais t'en trouver un, logement
équivalent, mais ça va être dans la septième municipalité la plus à l'ouest,
comment vous voyez l'application dans des MRC ou des municipalités où il
n'y a déjà pas beaucoup de logements?
M. Soucy
(Robert) : Bien là, strictement parlant, il faudrait respecter la
règle dans la même municipalité, ça veut dire qu'il ne pourrait pas le
reloger, là, dans la municipalité voisine, il faudrait qu'il trouve, là...
M. Carrière : Non. Les
100 000 et moins, c'est dans la même MRC.
M. Soucy
(Robert) : O.K. Vous vous parlez des 100 000 et moins, oui, oui,
la même MRC pour les municipalités de 100 000 et plus. O.K.
Président (M. Auger) : M. le ministre.
Moreau : Il y a 10 municipalités au Québec qui ont 100 000
de population et plus. La façon dont le projet de loi est rédigé — c'est ce que nous souligne le député de Chapleau — donc, dans 1 123 municipalités au
Québec, on devrait s'en remettre à la
règle de la municipalité régionale de comté, et ce qu'il vous dit, c'est que...
je ne sais pas si c'est Collines-de-l'Outaouais ou...
M. Moreau :
...Collines-de-l'Outaouais, on pourrait prendre une personne puis lui
dire : L'obligation est rencontrée, mais à 100 kilomètres de distance. Je
ne pense pas que c'est l'intention...
M. Soucy
(Robert) : Mais ce n'est pas l'intention du projet tel que je l'ai...
M. Moreau :
Je ne pense pas que c'est l'intention de Mme la députée de Gouin, mais ça
pourrait arriver.
M. Soucy (Robert) :
Non, non, mais...
Le Président (M.
Auger) : Juste une personne à la fois, s'il vous plaît. Me Soucy.
M. Soucy
(Robert) : Bien là, je vois que, tel que c'est rédigé, là, ce n'est
pas prévu, ce cas-là, là.
Mme Lapointe
(Annie) : Si je peux me permettre?
Le Président (M.
Auger) : Oui, Mme Lapointe.
Mme Lapointe (Annie) : Bien, c'est une des raisons pour lesquelles on
trouve que l'applicabilité est un petit peu difficile, donc il y aurait des choses à vérifier, mais c'est également
une raison pour laquelle ce serait préférable que ce soit le locataire qui ait la possibilité de se
choisir un logement, plutôt que le propriétaire, avec les critères qui sont
inscrits dans la loi, là.
Le Président (M.
Auger) : O.K. Donc...
Le Président (M.
Auger) : M. le ministre, oui, 2 min 30 s.
Moreau : 2 min 30 s. Alors, je l'ai fait avec
vos prédécesseurs, vous avez entendu ça. Mme la députée de Gouin soulève à juste
titre une problématique liée aux
personnes âgées dans les cas de reprise. Et, même lorsque la reprise est
justifiée, et ce n'est pas l'objectif prévu
par la loi, ça crée un traumatisme, c'est clair. Moi, je pense que ça doit
créer un traumatisme pour des gens
qui n'ont pas 65 ans et plus, alors j'imagine qu'à 65 ans et plus, quand ça
m'arrivera dans de nombreuses années, ça pourrait aussi me traumatiser.
Mais
ce que je veux savoir, c'est dire...
Vous dites : Le projet de loi ne répond pas... pour les motifs que vous
avez exprimés et pour lesquels on a
beaucoup d'égards. Mais ce serait quoi, la solution, pour faire en sorte qu'on
ne se retrouve pas avec... Puis, je
le dis pour vous comme je l'ai dit pour les précédents, on n'aime pas plus les
locataires véreux. Moi, j'ai vu... je
pense que c'était une publicité de la CORPIQ sur l'état d'un loyer qui avait
été laissé par un locataire. Je vais vous
dire, sincèrement, là, quand je vois ça, je trouve ça révoltant. Un locataire
véreux, c'est aussi terrible qu'un propriétaire véreux, pour moi. Et mon rôle, moi, c'est de travailler pour ceux qui ne
sont pas des véreux mais empêcher qu'il y en ait.
Alors,
l'objectif poursuivi par la députée de Gouin est tout à fait louable, de
dire : Qu'est-ce qu'on fait pour faire en sorte... C'est lourd pour une personne de dire : Oui, j'ai des
recours. Vous êtes avocat depuis 35 ans, j'ai pratiqué le droit
pendant 22 ans. Je sais très bien que prendre des recours, même quand on
en a, c'est un problème.
Est-ce
qu'il y aurait une solution, peut-être, déjudiciarisée qui nous permettrait de
contrer ce genre d'attitude, où, de façon mesquine, quelqu'un utilise la
reprise ou l'éviction à des fins autres que celles qui sont autorisées par la
loi?
Le Président (M.
Auger) : Me Soucy, en 45 secondes.
Soucy (Robert) : En 45 secondes. Mon expérience, là, les gens qui
agissent comme ça, là, c'est des gens ou qui ignorent la loi ou qui s'en foutent carrément, de la loi, ou la
personne est tellement argentée que ça lui importe peu, tu lui mets une amende de 20 000 $, de
10 000 $, il s'en fout, ou il ne connaît pas la loi puis il se fait
attraper après, puis là il le regrette. Est-ce que vous comprenez?
Moi,
ce que je pense, là, c'est des campagnes d'information. Les gens, ils ne savent
pas leurs recours. Même nous autres,
les propriétaires, des fois, quand il