Culture and Education — 30 March 2022 (42nd Legislature, 2nd Session)
CCE 2022-03-30
Quebec — Committees
(Onze heures trente-quatre minutes)
La Présidente (Mme Guillemette) : Donc,
bonjour, tout le monde. Votre attention, s'il vous plaît! Ayant constaté le
quorum, je déclare la séance la Commission de la culture et de l'éducation
ouverte.
La commission est réunie ce matin afin de
poursuivre l'étude détaillée du projet de loi n° 96,
Loi sur la langue
officielle et commune du Québec, le français.
Mme la secrétaire, est-ce qu'il y a des
remplacements?
La Secrétaire : Oui, Mme la
Présidente. M. Allaire (Maskinongé) sera remplacé par M. Thouin
(Rousseau); M. Chassin (Saint-Jérôme), par M. Caron (Portneuf); Mme Foster
(Charlevoix—Côte-de-Beaupré),
par M. Lévesque (Chapleau); M. Poulin (Beauce-Sud), par
Mme Boutin (Jean-Talon); Mme Rizqy (Saint-Laurent), par M. Barrette
(La Pinière); Mme St-Pierre (Acadie), par M. Birnbaum (D'Arcy-McGee);
Mme Dorion (Taschereau), par Mme Ghazal (Mercier); et Mme Hivon
(Joliette), par M. Bérubé (Matane-Matapédia).
La Présidente (Mme Guillemette) : Merci,
Mme la secrétaire. Donc, aujourd'hui, nous sommes à l'étude de
l'article 101 du projet de loi. Donc, on a terminé avec une intervention
de Mme la députée de Marguerite-Bourgeoys. Et est-ce qu'il y a d'autres
interventions sur cet article? Mme la députée de Marguerite-Bourgeoys.
Mme David : On est vraiment à
l'article 101? C'est un chiffre magique, Mme la Présidente, 101.
Présidente (Mme Guillemette) : Ça va très bien. Et j'espère qu'aujourd'hui on
continuera aussi bien qu'hier.
Mme David : Et je cherche, parce que
j'avais laissé des choses, à cette page-là, pour bien se souvenir où nous
étions rendus, l'article 101, le projet de loi... Voilà.
La Présidente (Mme Guillemette) : Qui
fait référence à l'article 165.
Mme David : Mais il ne l'a pas...
Mme la Présidente, j'ai très bien dormi, mais je me suis un peu mêlée. Il me
semble qu'il n'a pas... que le ministre n'a pas lu l'article proposé, 165.
Est-ce que je me trompe?
La Présidente (Mme Guillemette) : Oui,
l'article avait été lu. Et vous aviez profité des dernières 50 secondes
pour nous dire que demain vous auriez des interventions.
Mme David : Ah! que vous êtes
gentille de me rappeler des choses que j'avais oubliées. On a beaucoup parlé
hier. J'ai beaucoup parlé.
Donc, je vais évidemment vous annoncer que nous
allons déposer un amendement. Et mes collègues pourront certainement aussi
participer à cette réflexion sur la gouvernance, que je trouve toujours aussi
intéressante aujourd'hui qu'hier et importante.
Alors, je trouve que... Et je vais vouloir
entendre le ministre là-dessus, indépendamment de l'amendement. Et il le devine
très bien, où je m'en vais avec mon amendement, parce que je n'en ai pas fait
beaucoup de cachettes. Puis il n'y a pas de cachette à y avoir du tout puis il
n'y a pas de surprise à y avoir sur la question de conseil d'administration.
Mais prenons-le comme il est là. Prenons-le
comme il est, comment l'office est composé maintenant. Je suis quand même étonnée
de... C'est rare que... Puis Dieu sait que le ministre ne veut pas être défini
comme quelqu'un qui n'aime pas le changement. Je pense qu'il aime beaucoup le
changement. Et, dans ce cas-ci, on pourrait presque dire que c'est de
l'immobilisme. C'est une sorte de sidération, d'arrêt sur image. C'est ça que
c'est depuis toujours. Puis personne ne m'a dit qu'il n'y avait rien à changer.
Puis moi, je pense qu'il n'y a rien à changer.
Ça m'étonne, Mme la Présidente, parce que c'est
quand même une institution importante, l'OQLF, là. C'est quelque chose de... et
qui va prendre encore tellement plus d'importance avec... avec les prochaines
années et ce... cette modification à la Charte de la langue française. Et c'est
quand même incroyable que le produit probablement le plus important de la
loi 101 de 1977, là, mais... mais pas que ça, évidemment, mais c'est le
rôle de l'Office québécois de la langue française... C'est... C'est un rôle
très important, parce qu'il est le gardien de l'application de la loi 101.
Ce n'est pas rien, ça.
Et cette loi 101 qui est très modifiée, à
laquelle on ajoute beaucoup, beaucoup d'éléments, bien, on en profite pour
regarder tous les racoins, de ne pas faire le... un beau ménage dans tout ça,
avoir une maison non pas neuve mais une maison avec beaucoup de rénovations
qui, probablement, dans plusieurs cas, s'imposaient... Des fois, la rénovation est peut-être un peu trop poussée, mais, dans ce cas-ci,
alors que le ministre change tellement de choses, bien, ça ne bouge pas. C'était huit membres, ça reste
huit membres. Il y avait un P.D.G. pour un mandat de cinq ans, il y a
un P.D.G. pour un mandat de cinq ans. Il y avait six personnes
nommées pendant... pour un mandat d'au plus cinq ans, ce qui est vraiment
une affaire... Ça, ça me... Ça, c'est une autre chose qui m'embête, autant que
la masculinité des termes «le ministre», «le sous-ministre».
Bien, je pense, la deuxième chose que j'ai...
qui m'a un peu vexée au gouvernement, c'est quand j'ai vu le nombre de postes
échus. Puis là je ne mets pas la faute sur personne, je mets ça sur une sorte
d'immobilisme là aussi. Dans les cégeps, je pense que j'étais — mon
ex-directeur de cabinet pourrait me le confirmer, qui m'accompagne encore — à
143, ou quelque chose comme ça, membres échus d'un conseil d'administration.
Puis, je répète, j'y crois, moi, maintenant, au... maintenant, parce qu'avant
je pensais que c'était de l'activisme un peu inutile, la gouvernance. Mais,
écoutez, le regretté Michel Nadeau, qui était membre de l'IGOPP, et Yvon Allaire,
de qui j'avais suivi des formations, qui ont fondé l'institut sur la
gouvernance des organismes publics et privés, ils ont fait, finalement, oeuvre
très utile de dire : Bien, de la gouvernance, ça veut dire quelque chose,
puis, dans les cégeps, ça veut dire quelque chose. Puis, quand tu vois que le
monde est assis sur des chaises échues depuis trois ans, quatre ans,
cinq ans, six ans, sept ans, et je n'exagère pas plus que ça,
même, puis que personne n'a dit : Bien, ça vaudrait peut-être la peine de
mettre du monde nouveau, du sang neuf...
Alors, j'en ai fait nommer, mais je ne sais pas
combien, de nouveau monde. Bien, j'ai dit : Ça n'a pas de bon sens. Là, on
a exactement... Je retrouve la même chose que je retrouvais, en disant : Ils
sont... ils «demeurent en fonction jusqu'à ce qu'ils soient remplacés ou nommés
de nouveau». Ce n'est pas de la bonne gouvernance. Si Yvon Allaire était là ou
notre cher regretté Michel Nadeau, ils diraient : Bien, voyons donc! Il
faut du... En langue française, il faut des jeunes, il faut des communautés
culturelles qui se sont francisées, qui adorent la langue française, il faut
des gens qui font du rap, il faut... il faut des gens qui ont un esprit autre.
Puis moi, quand, dans le milieu universitaire,
j'étais responsable de la valorisation de la langue française dans l'université que... où j'étais affiliée, membre,
bien, les gens disaient : Il n'y en a plus, de recherche en langue
française qui se fait. Si on compare
aux années 70, 80, 90, tu avais des grands chercheurs en langue française,
pas seulement des recherches de
l'OQLF, mais de la recherche sur l'importance de la langue, sur l'avenir de la
langue française, sur le rôle du Québec dans la francophonie. Là,
depuis, on dirait que le débat est comme... Le député... Enfin, il y a des...
Il y a encore des gens qui militent, et il faut toujours admirer les
convictions, quelles qu'elles soient, là, de... bien, presque quelles qu'elles
soient, de... Mais les gens croyaient beaucoup, beaucoup à la protection de la
langue française, en parlaient beaucoup.
Là, il y a beaucoup moins de recherche, c'est un
fait, c'est avéré, il y a beaucoup moins de recherche et de chercheurs en langue française. Mais ce n'est pas
une raison pour laisser des membres assis sur une chaise échue depuis
un an, deux ans, trois ans, quatre ans. Puis là je ne parle
pas juste de l'OQLF, je parle en général, dans toutes sortes d'organisations liées à l'État. Et, que des gens
ne soient pas renouvelés, je trouve ça très triste, parce que ça veut dire
qu'on dirait qu'on n'a pas de motivation
à... à rebrasser les cartes, à avoir du sang neuf, des jeunes, des gens issus
de la diversité.
Alors là, je m'aperçois que, dans le fond, la
seule chose qui change, bien, c'est qu'avant le sous-ministre, il s'appelait...
je le sais, j'en ai eu un, puis il était... il était très bien, mais «associé
responsable de l'application de la politique linguistique». Maintenant, on va
l'appeler le sous-ministre de la Langue française.
J'ai le goût de dire : Mme la Présidente,
connaissant le ministre, il pourrait être un peu plus audacieux, il pourrait
réfléchir un peu plus sur, lui, là, qu'est-ce qu'il veut léguer comme OQLF.
Parce que lui aussi ne sera pas... Un jour, son siège va être échu aussi, puis
il va être nommé ailleurs, à d'autres horizons. On le sait capable de toutes
sortes de choses. Alors, il ne sera pas ministre de la Langue française jusqu'à
tant qu'il ait 75 ans. On ne le sait pas, mais ce n'est pas arrivé souvent
dans l'histoire, jamais arrivé.
Donc, ce qu'il veut, puis ça, je suis certaine,
il veut léguer la meilleure loi possible. Or, moi, sincèrement, je vois une
faille ici ou une distraction. On est passé vite. C'est correct, on n'a pas
entendu rien. Bien non, les gens ne se plaindront pas tant que ça, là. Les
gens... La gouvernance, là, ça n'excite pas grand monde. En tout cas, moi, ça
ne m'excitait pas avant que je m'y intéresse et avant, peut-être, que l'IGOPP
existe. Puis savez-vous quoi? J'avais fait organiser par l'IGOPP des sessions
de formation aux C.A. des cégeps, puis les gens... puis j'ai assisté à des
formations, puis il y avait plein de C.A. de cégep.
Bien, on a plein de choses à apprendre de la
bonne gouvernance. Puis c'est quand on ne l'a pas... Ça, c'est comme la santé.
Quand on l'a, là, on se réveille le matin puis on ne pense pas être malade,
mais, le matin où on se réveille puis on dit : «Oh my!» j'ai une bosse
puis... là, c'est drôle, là, on pense à ça toute la journée puis là on va faire
une biopsie. Quel mot effrayant qui nous fait peur! Puis là on attend. Bon,
bien, l'être humain est fait de telle sorte que, quand qu'il n'a pas à
s'inquiéter de quelque chose, il ne s'inquiétera pas.
Là, moi, j'essaie de vous inquiéter sur la...
une belle discussion qu'on pourrait avoir sur l'OQLF, comment on pourrait le
rendre moderne, avoir une vision d'avenir, avoir... qu'il y a un beau
renouvellement et avoir un conseil d'administration qui regarde les choses.
S'il y en a dans les cégeps, s'il y en a dans les organismes communautaires,
s'il y en a dans toutes les sociétés d'État... Ça a beau être un office — qu'on
appelle ça comme on voudra — je
pense que n'importe quel ministre responsable de la Langue française aimerait
ça avoir un C.A. entre lui et un P.D.G., qui vient à l'étude des crédits, qui
va répondre aux questions. Mais il n'y a pas d'agence intermédiaire qui
regarde. Moi, puis je suis sûre que, le ministre, c'était pareil, quand j'étais
responsable de la Langue française, bien, je ne parlais pas nécessairement tous
les jours, là, au responsable de l'office, puis c'était comme un employé de
l'État.
Alors, moi, je pense
qu'il nous faut une structure intermédiaire. Mais, indépendamment de ça — ça,
ce sera quand je déposerai l'amendement — il nous faut réfléchir à la composition
de l'office et à l'expiration des mandats pour être un
peu plus modernes, visionnaires et vouloir que l'office représente vraiment le
Québec, non seulement d'hier, mais d'aujourd'hui et, encore plus, de demain. Je
vais m'arrêter là pour l'instant, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme
Guillemette) : Merci. Donc, est-ce que votre amendement est prêt à
déposer?
Mme David :
Est-ce que mon amendement est prêt...
La Présidente (Mme
Guillemette) : Donc, M. le ministre, est-ce que vous avez une... une
réponse?
M. Jolin-Barrette : ...que l'amendement soit... soit déposé, là, par la députée de Marguerite-Bourgeoys, simplement lui dire qu'effectivement il arrive que certaines
personnes soient laissées en poste sur des conseils d'administration ou comme
membres d'un office pendant une certaine période de temps et que leur
renouvellement... dans le fond, le mandat est échu et que ça prend un certain
temps avant qu'il soit renouvelé. Moi-même, il m'est arrivé, comme ministre,
d'arriver avec certaines organisations et de voir que... Écoutez, ça faisait
plusieurs années que les gens étaient en poste puis que leurs mandats n'avaient
pas été renouvelés.
Moi, je crois que
c'est la responsabilité du ministre responsable de l'organisme de procéder au
comblement des vacances ou au renouvellement des mandats. Exemple, pour l'OQLF,
depuis que je suis ministre, on a... on a nommé ou renommé certaines personnes
rapidement. En 2020, là, lorsque je suis arrivé comme ministre, là... Écoutez,
on a un office avec des gens qui viennent de différents domaines, notamment du
domaine syndical, du domaine du droit, du domaine de la... de...
M. Jolin-Barrette : ...linguistique, pardon, du monde de l'enseignement, de la
francisation, du monde économique également. Alors, il y a une belle
diversité à l'OQLF.
L'autre point
également, puis la députée de Marguerite-Bourgeoys fait bien de le dire, à 165,
on passe d'un sous-ministre associé à, désormais, le sous-ministre en
titre qui
va siéger sur le... à titre... à
titre de membre de l'office. Et je pense que
c'est significatif. Et ça vient avec le fait qu'on a un... on va avoir un
ministère de la Langue française, du fait que, désormais, on aura quelqu'un
avec le rang de sous-ministre en titre, qui va s'occuper de la langue
française, ce qui change beaucoup de choses dans l'administration publique.
Vous le savez, un poste de sous-ministre associé, c'est un poste qui est avant
le poste de sous-ministre ou de sous-ministre adjoint. Là, dans ce cas-ci,
c'est un poste de sous-ministre associé, et il m'apparaît tout à fait
fondamental de donner cette... cette importance-là.
L'autre point, Mme la
Présidente. Les offices ne sont pas comme une société d'État, Mme la Présidente.
Une société d'État, on lui donne un mandat qui est distinct, avec leur propre
imputabilité, avec leur C.A. distinct. L'office, c'est un pouvoir délégué de
l'État de régir et surtout d'appliquer la loi. Donc, c'est la prérogative du
ministre qui s'applique à l'office. C'est comme ça que ça se passe au niveau de
l'Office québécois de la langue française mais également auprès de l'Office des
professions.
Dans le fond, en
quelque sorte, l'office est le régulateur. Donc, en ce sens-là, Mme la
Présidente, le régulateur, appliquant la loi et appliquant la branche
exécutive, doit avoir un lien également. Donc, ce n'est pas le même niveau...
bien, en fait, pas que ce n'est pas le même niveau, ce n'est pas le même... la
même nature et le même objet qu'une société d'État, exemple, qui vient gérer le
développement culturel, ou qui vient gérer la Place des Arts, ou qui vient
gérer une société d'État comme Loto-Québec, la SAQ, ou tout ça. La langue,
c'est fondamental et c'est relié à l'État lui-même. Donc, c'est pour ça que je
souhaite conserver le fonctionnement actuel. Puis les membres sont
indépendants, aussi, de l'office puis ils sont là pour veiller à la
vérification de la bonne gestion de l'OQLF.
La Présidente
(Mme Guillemette) : Merci, M. le ministre. Donc, est-ce que vous
êtes prête à déposer votre amendement?
Mme David :
L'amendement... Oui, bien, il est... Je ne sais pas. Il circule dans l'univers
numérique.
La Présidente
(Mme Guillemette) : On va suspendre quelques instants, le temps
de déposer l'amendement officiellement.
(Suspension de la séance à
11 h 50)
La Présidente
(Mme Guillemette) : Donc, la commission reprend ses travaux sur
l'amendement de Mme la députée de Marguerite-Bourgeoys. Mme la députée, est-ce
que vous pouvez venir nous présenter votre amendement, s'il vous plaît?
Mme David : Oui,
Mme la Présidente, certainement, avec plaisir. Donc, l'article 101 — encore
une fois, je souligne, l'article 101 :
L'article 165 de la
Charte de la langue française introduit par l'article 101 du projet de loi
est modifié par l'insertion, au premier alinéa, des mots «Le conseil
d'administration de» avant les mots «L'office».
Commentaire.
L'article 165 de la Charte de
la langue française introduit par l'article 101 du projet de loi, tel
qu'amendé, se lirait ainsi :
«165. Le conseil d'administration de l'office
est composé de huit membres.
«Le gouvernement y nomme :
«1° un président-directeur général, pour un
mandat d'au plus cinq ans;
«2° six personnes, pour un mandat d'au plus cinq
ans.»
Alors, moi qui aime beaucoup, je le répète, la
gouvernance... C'est sûr que, là, on fait ça vite, là. On dit : L'idée
générale, c'est un conseil d'administration. J'ai quand même présidé à deux
projets de loi qui créaient des conseils d'administration — ça
prend des projets de loi, là — un
pour la Bibliothèque et Archives nationales, avec consultations particulières, en fait, tout ce que... tout ce
qu'on connaît d'un processus de nomination dans un conseil
d'administration, et puis j'ai fait celui des... du Conservatoire de musique et
d'art dramatique du Québec. Dans chaque fois, il y a eu des consultations. Les
gens venaient dire : Voici telle suggestion, telle suggestion. C'est... Ça
a l'air anodin, hein, mais c'est fascinant,
créer un conseil d'administration. Parce que, là, les conservatoires ont
dit : On veut des régions. Je me souviens d'une députée, qui était,
à l'époque, la députée de Joliette, qui avait dit : Bien là, il faut
absolument qu'il y ait telle ou telle chose dans le conseil d'administration,
il faut qu'il y ait ci, il faut qu'il y ait ça. Même chose pour Bibliothèque et
Archives nationales, qui, quelque part, ressemble à l'Office québécois de la
langue française. Qu'est-ce que c'est, Bibliothèque et Archives nationales?
C'est un lieu spécialisé, c'est un lieu qui a besoin d'universitaires, qui a
besoin de gens dans l'action, qui a besoin
de gens qui connaissent la littérature, qui a besoin d'être présent dans toutes
les régions du Québec, parce qu'on
sait qu'il y a des prêts entre bibliothèques. C'est une grosse, une formidable
création, ça, de l'État du Québec,
Bibliothèque et Archives nationales. Merci, Lise Bissonnette, aussi, qui a
largement, évidemment, contribué.
Bien, quand je suis arrivée, il y avait un
P.D.G. qui était en même temps président du conseil d'administration. N'importe
qui spécialisé en gouvernance vous dirait : Ça ne marche pas, il faut
séparer. Il faut qu'il y ait une entité, qui s'appelle un conseil d'administration,
qui surveille les activités d'un P.D.G. Bien là, un P.D.G., dans ce cas-ci,
c'est le ministre qui surveille. Ça ne marche pas, ça non plus. Le ministre, il
ne veut pas ça. Il ne peut pas. C'est... Il faut qu'il y ait quelque chose
entre lui et... et le P.D.G. Puis, à Bibliothèque et Archives nationales, bien,
c'est devenu un conseil d'administration. C'est la même chose au Conservatoire
de musique et d'art dramatique.
Je veux dire, c'est... c'est quand même...
J'espère que je n'ai pas à plaider, en 2022, ce que c'est, un conseil
d'administration, mais, un conseil d'administration, il y a de l'imputabilité.
Quand tu es président d'un conseil d'administration... Puis là on parle de
conseils bénévoles, là. Il y en a qui sont très, très payants, mais on ne
navigue pas dans ces ligues-là, on est dans le service public. Mais il y a des
membres qui sont nommés, puis ça peut être des membres par le gouvernement, ça
peut être des membres par... par des organismes extérieurs, membres dépendants,
membres indépendants. Il y a... Tu sais, il
y a beaucoup de littérature sur comment on forme un conseil
d'administration.
Je ne prétends pas qu'avec mes deux petits
points rapides, là, ça règle la question, mais je pense que, sur le fond, il
faut un conseil d'administration qui, sous la... qui a sous lui le
président-directeur général et des personnes, qui ne sont pas juste des membres
dont on ne sait pas très bien leur rôle. Ils sont très compétents, il n'y a pas
de problème, mais leur imputabilité, leur rôle...
Alors, les conseils d'administration donnent des
rôles sociaux aux gens qui en font partie, et là on n'a pas ça. Les procès-verbaux, les décisions qui se prennent
là... Le ministre dit : Oui, mais ils sont indépendants. Bien,
indépendants de quoi? Parce que ce n'est même pas une question d'être
indépendant ou dépendant. Ils ne sont pas payés par l'OQLF. Ils viennent là en
toute bonne foi, avec leur expertise. Ils ne peuvent pas arrêter une décision
du ministre. Ils ne peuvent pas prendre le téléphone puis dire : On ne
fera pas ci, on ne fera pas ça.
Un conseil d'administration... Quand moi,
j'avais à parler aux directions des collèges, disons, je pouvais... ou des
universités, je pouvais parler aux recteurs, mais, quand ça devenait sur des
politiques de financement, des encadrements de salaire de recteur, je parlais
au président du conseil d'administration, puis ça voulait dire quelque chose,
parce que lui... Je savais que je parlais à l'ensemble des membres du conseil
d'administration, de qui relève le recteur.
Alors, c'est... Sinon, tu laisses... Que ce soit un recteur d'université, un
D.G. de collège, un D.G. d'organisation X ou Y ou d'une
entreprise...
Ça, on le sait, dans les entreprises... Bien,
pourquoi les entreprises ont toujours décidé d'avoir des conseils
d'administration? Ce n'est pas pour rien, là. C'est parce qu'il faut ce regard
externe et... Et c'est très convoité être membre
d'un conseil d'administration de certaines entreprises. Non seulement c'est
payant, mais c'est souvent convoité aussi.
Mais savez-vous quoi? Ça l'est, même
quand c'est fait bénévolement, pour dire : Moi, je veux redonner, je veux
être membre. Moi, j'en voyais
beaucoup quand j'étais à l'Université de Montréal. On devait être consultés
pour envoyer des représentants universitaires
sur le conseil d'administration des cégeps de la grande région de Montréal ou
même d'ailleurs. Alors, on envoyait des noms des gens qui étaient très
contents, finalement, de siéger sur des conseils d'administration de... de
cégep.
Alors, je ne comprends toujours pas pourquoi
c'est... ça n'existe pas. Puis ça ne date pas du ministre, là, ça date de tout
temps. Mais là on réouvre la loi 101, donc quelle belle occasion pour se
dire : Est-ce qu'on a fait le maximum dans ce territoire-là aussi, qui est
le territoire de la gouvernance de l'office?
Alors, je dépose ça en sachant très bien que ce
n'est pas sur le coin d'une table, vite, vite, qu'on crée un conseil
d'administration. C'est pour susciter la discussion, si, oui ou non, on veut un
conseil d'administration. Et, le cas échéant, c'est évident qu'il aurait, sous
sa... un pouvoir de... ou un rôle à jouer, peut-être pas exclusif, mais un rôle
à jouer dans la nomination d'un président-directeur général et de membres.
Mais j'en ai fait un avec
un collègue de... du ministre, le ministre de l'Agriculture. On a eu beaucoup
de plaisir ensemble à créer, justement, l'ITAQ, l'ITAQ, qui s'appelait l'ITA,
Institut de technologie agricole, et qui est devenu l'institut de technologie
agricole du Québec, et puis là on avait à créer... Et le ministre pourra en
parler à son collègue. J'en ai parlé, de gouvernance, là aussi beaucoup, puis
le ministre a été très à l'écoute. Puis je pense qu'on a sincèrement,
sincèrement bonifié la première mouture de son conseil d'administration, puis,
finalement, tout a l'air d'être... d'être très positif. Et je pense que l'ITAQ
y a gagné, à avoir un conseil d'administration représentatif, parce que ça
aussi, c'est plusieurs régions. C'est l'Institut de technologie agroalimentaire,
là. C'est un rôle très important dans la société. Alors, je suis très fière
d'avoir fait
partie de cette commission-là pour essayer de donner la meilleure
gouvernance possible à cette école très, très, très spécialisée, très
convoitée.
Alors, c'est dans le même esprit, Mme la
Présidente, que je dépose cette suggestion-là, avec les bons coups qu'on a
faits, dans d'autres commissions, pour créer des conseils d'administration puis
éviter peut-être aussi les mauvaises idées par le passé.
La Présidente (Mme Guillemette) : Merci,
Mme la députée. M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Oui. Merci, Mme
la Présidente. Je comprends l'objectif de la députée de Marguerite-Bourgeoys.
Cependant, exemple, pour l'institut de technologie agricole du Québec, qui est,
d'ailleurs, un très bon projet de loi, puis je sais que la députée de
Marguerite-Bourgeoys a contribué largement lors de l'étude détaillée de ce
projet de loi là, bien, l'ITAQ se retrouvait à être un établissement de
formation, l'équivalent collégial, un peu, au niveau
de la technologie agricole, mais c'était dans le ministère de l'Agriculture.
Mais la mission même, c'est de former des étudiants qui vont pouvoir
aller travailler. Puis je connais l'ITAQ assez bien, c'est dans ma région, à
Saint-Hyacinthe aussi, capitale agroalimentaire du Québec.
Jolin-Barrette : ...et La
Pocatière, effectivement. Le siège social est à Saint-Hyacinthe, désormais,
par contre. Auparavant, il était à
Québec. Savez-vous qui a enseigné à La Pocatière et qui est un ancien
premier ministre du Québec?
Une voix : Jean-Jacques Bertrand.
M. Jolin-Barrette : Non. Un de votre
gang.
Mme David : Pas Robert Bourassa, pas
Jean Charest. Voyons! Pas Jean Lesage. Bien non.
M. Jolin-Barrette : Non plus. Un
professeur en agriculture.
Mme David : Bien, on va retourner
beaucoup plus loin.
M. Jolin-Barrette : Ah! pas tant que
ça. Peut-être qu'il est déjà venu chez votre père...
Mme David : Ah! chez mon père.
M. Jolin-Barrette : ...ou votre
grand-père, votre grand-père.
Mme David : Ah! bien, O.K. Bien,
alors, Godbout?
M. Jolin-Barrette : Godbout, Adélard
Godbout.
M. Jolin-Barrette : Oui, Adélard
Godbout. Dans le fond, il était, dans le fond, professeur, justement, à
La Pocatière à l'époque, et c'est pour ça qu'en 1935, quand ils ont été le
chercher pour se présenter puis qu'il a remplacé, dans le fond, l'ancien
ministre de l'Agriculture, qui était également dans... dans la région, tout le
monde avait reconnu sa forte expertise dans le domaine agricole. Puis il avait
été formé à l'étranger également, Adélard Godbout,
puis il avait ramené son expertise. Parce qu'à l'époque il faut savoir qu'en
agriculture ce n'était pas évident. Les connaissances n'étaient pas très développées. Alors, il a enseigné de
nombreuses années au cégep de La Pocatière avant de devenir
ministre de l'Agriculture et de devenir premier ministre rapidement en 1932, peut-être,
qui est... 1932, 1933.
Mme David : ...1936, 1937, 1938.
M. Jolin-Barrette : Non, non, mais
il est devenu ministre avant, là, avec le gouvernement Taschereau.
Mme David : Ah! oui, ministre, mais
pas premier ministre. 1939-1945, pour ministre... premier ministre.
Jolin-Barrette : 1936.
M. Jolin-Barrette : 1936. Dans le
fond...
Mme David : Oui, 1936, c'est vrai.
M. Jolin-Barrette : ...vous vous
souviendrez des... du scandale des culottes à Vautrin, hein, et que, là, le
premier ministre Taschereau a démissionné suite à ça, parce qu'il y avait eu
des élections en 1935. Bien, ensuite, le premier ministre... bien, en fait, le
chef de l'opposition officielle, Duplessis, hein, dans une des salles de
commission parlementaire juste en haut, avait dénoncé les différents scandales
de l'époque.
Puis ça me faisait penser, Mme la Présidente,
tout à l'heure aussi, pour faire des liens, la ministre... la députée de Marguerite-Bourgeoys
nous a dit : Je ne pense pas que le ministre va être là pendant... jusqu'à
l'âge de 75 ans, tout ça. Mais, à cette époque-là, on avait eu un
gouvernement libéral de 1897 à 1936, sans interruption. Les gens...
Mme David : Bien, il n'y avait pas
tellement de parti.
M. Jolin-Barrette : Les gens
devaient être fatigués. Bon, tout ça pour dire que, sur le C.A., ce n'est pas
la même mission. Ce n'est pas un organisme, l'OQLF, comme un établissement
collégial. Ce n'est pas un établissement qui vise à gérer, supposons, la Place
des Arts. Alors, c'est vraiment le régulateur, donc où est-ce qu'on dévolue
l'application de la loi. Donc, c'est vraiment un pouvoir qui est dévolu. C'est
une branche de l'exécutif. Et ça n'a pas la même fonction, l'office, qu'une
société d'État, supposons.
Je vous donne un exemple. Vous vous souvenez, ma
collègue la députée de Berthier et la ministre du Tourisme a transformé la
Régie des installations olympiques en la société du Parc olympique. Mais, eux,
ce qu'ils font, c'est qu'ils gèrent les installations olympiques. Ils n'ont pas
le mandat d'appliquer la Charte de la langue française, eu égard des lois et
des règlements. Donc, ce n'est pas l'organisme régulateur. Donc, c'est la différence
entre un C.A., une société d'État puis l'office, où est-ce que c'est un pouvoir
dévolu de l'État. Puis les membres sont indépendants également lorsqu'ils sont
nommés.
Mme David : Bien, vous ne me
convainquez pas. Vous ne me convainquez pas du tout, du tout, du tout, parce
que, de comparer l'importance de la langue française au Québec à une société
qui gère le Parc olympique, là, je ne trouve pas que c'est la meilleure
comparaison au monde, là. Puis, de dire que l'OQLF a un mandat de les... de
gérer... bien, de gérer une des plus importantes lois au Québec, puis non
seulement ça, de faire de la recherche, on en a assez parlé hier, si ça n'est
pas suffisant pour avoir sa propre gouvernance, je ne sais bien pas qu'est-ce
qui est suffisant, là.
Alors, oui, la Place des Arts, oui, les musées
ont chacun leur conseil d'administration. Ils gèrent chacun la mission qui leur
est dévolue. L'ITAQ a son conseil d'administration, il gère la mission qui lui
est dévolue, l'ITHQ, nommez-les, ils ont tous des conseils d'administration.
Alors...
M. Jolin-Barrette : Mais la
mission...
Mme David : ...je ne trouve pas
encore le bon argument. Vous me... Je ne l'ai pas encore entendu, l'argument
qui me ferait changer d'idée.
M. Jolin-Barrette : Mais la mission,
elle est différente. Exemple, à l'ITHQ, à l'ITAQ, à la SODEC, à la société du
Parc olympique, aux différentes sociétés, ce n'est pas un mandat d'application
législative ni d'application réglementaire, c'est un mandat, exemple,
d'enseignement. Donc, la différence, elle est là. L'OQLF, lui, a un pouvoir
d'ordonnance, un pouvoir... C'est... Dans le fond, c'est...
Mme David : C'est un pouvoir de
recherche. On en a parlé hier sans arrêt.
M. Jolin-Barrette : Aussi, mais
c'est dans la finalité de l'application de la loi aussi, de générer des données
pour s'assurer de l'application de la loi et de la pérennité du français aussi.
Alors, ils ont un rôle vraiment important aussi en termes de pouvoir
d'ordonnancement aussi. Donc, c'est vraiment le prolongement de l'exécutif.
Mme David : ...respect, je ne suis
pas d'accord. Puis je ne suis pas d'accord avec votre définition de la
recherche. Générer des données... Je reviens à l'exemple de l'Hôpital
Sainte-Justine, des données, là, des données... Des données, des prises de
sang, il y en a des millions, et des millions, et des millions, sinon des
milliards, qui se font. Ça, c'est des
données. Le génie de la recherche, c'est d'en faire quelque chose, de ces
données-là. C'est là que ça devient de la recherche. Ce n'est pas
d'accumuler des données, c'est qu'est-ce qu'on en fait. Une thèse de doctorat,
c'est ça. Des publications scientifiques, c'est ça. Les grands chercheurs, ils
génèrent de la connaissance à partir de données.
Alors, de dire que
l'OQLF va juste avoir des données puis il va les mettre ensemble pour... Moi,
je suis beaucoup plus ambitieuse pour le volet recherche de l'OQLF. C'est pour
ça que je me demande ce qu'il fait là. Ou alors qu'on ait une vraie division
recherche avec des gens qui ont une renommée qui est bien au-delà des... je ne
peux pas dire frontières, mais du territoire du Québec.
Et on a un rôle immense. Et votre collègue, évidemment, présidente du Conseil
du trésor et des Relations en francophonie, et tout ça, va être d'accord, on a
un rôle de locomotive dans la francophonie. Mais, oui, c'est à partir de
données qu'on peut en faire quelque chose, mais, des données, on peut ne rien
en faire, ou être plate à mort, ou ne pas avoir de créativité.
Jolin-Barrette : Bien, c'est ça, le problème. Le problème, c'étaient
les rapports quinquennaux. Parce que l'OQLF recensait des données, notamment,
mais le problème, c'est qu'elles n'étaient pas divulguées de la bonne façon,
puis adéquatement, puis ce n'étaient pas les bons indicateurs linguistiques.
Alors, vous savez, il
y a quatre personnes titulaires d'un... Philosophiae Doctor?
Mme David : Philosophiae
Doctor.
Jolin-Barrette : Philosophiae Doctor. Alors, bien, écoutez, là... puis
trois titulaires de maîtrise, puis le service de recherche pourrait être appelé
à grossir. Mais ce qui est surtout important, c'est d'avoir les bonnes données,
véhiculées de la bonne façon, pour que les décisions de l'OQLF soient prises
d'une bonne façon, et que l'État aussi dispose des bonnes données, puis,
surtout, et là on vient jumeler, le Commissaire à la langue française, qui va
pouvoir évaluer tout ça et dire : Est-ce que c'est bon?, est-ce que c'est
fait de la bonne façon?, est-ce qu'on a le juste portrait de la situation
linguistique? Parce que, vous le savez, là, il y a encore des gens, au Québec,
qui nient le déclin du français puis qui prennent des chiffres à gauche, à
droite, puis là ils disent : Ah! finalement, c'est correct. Or, si vous
prenez cinq minutes sur la rue, à Montréal, vous voyez qu'il y a un enjeu avec
la langue française.
Mme David : Bien,
vous me donnez des... Plus vous parlez, plus vous me donnez des bonnes idées.
Moi, un jour, je vais m'asseoir puis je vais vous proposer quelque chose, là.
Il faudrait qu'il y ait un vrai directeur de la recherche. Ce n'est pas parce que tu as un Ph. D... En tout
respect, là, j'en ai fréquenté, des Ph. D., ce n'est rien que ça
qu'ils ont, les universités, mais ça ne veut pas dire que ça fait de vous un
bon gestionnaire de la recherche, que ça met les gens ensemble pour réfléchir,
qu'est-ce qu'on va faire, etc. Ce n'est pas juste des indicateurs qui créent de
la recherche, parce que le nombre de prises de sang prises à Sainte-Justine, ça
ne fera pas tellement avancer la recherche sur la leucémie, le cancer des os, le ci, le ça. C'est des gens qui, vraiment,
réfléchissent, ont une formation de calibre mondial, etc.
Il faudrait, dans le
conseil d'administration, un directeur de la recherche... ou dans votre
organisation. Je ne sens pas qu'il y a une direction. Parce que directeur de la
recherche, ça donne les grandes directions scientifiques aussi. Il y a ça dans
tous les centres de recherche. Être directeur de recherche, être un Yoshua
Bengio, ça veut dire que tu as 200 chercheurs sous toi, là. Tu dis :
O.K., on fait des journées de recherche, on fait... on s'en va où, on fait
quoi. Ce n'est pas juste d'avoir la matière brute, c'est qu'est-ce qu'on en
fait.
Puis, ça, je pense
que votre voisin de gauche le sait très, très bien, parce que, lui, quand il a
écrit son livre, c'est à partir de sa thèse de doctorat, de ses réflexions. Il
aurait pu faire un livre dont personne ne se préoccupe, parce qu'il y a... Tu
as beau mettre des données ensemble... Mais c'est parce qu'il a réfléchi à ça
et il s'est dit : O.K., comment on fait ça 40 ans après? Puis là il a
pris des choses puis il a réfléchi. Mais ça, ce n'est pas juste d'avoir, en
tout respect, un Ph. D., parce que je m'accuserais moi-même aussi, c'est
qu'est-ce que tu en fais, de ça, qu'est-ce que tu en fais, de ça. Et ça,
j'aurais une ambition particulière pour l'OQLF là-dessus.
La Présidente (Mme
Guillemette) : Merci, Mme la députée. J'ai M. le député de D'Arcy-McGee
qui aurait une intervention. M. le député.
M. Birnbaum :
Merci, Mme la Présidente. J'essaie de comprendre en quoi on risque de nuire
les opérations, l'efficacité, le positionnement d'un office québécois de la
langue française avec une... si on se dotait d'un conseil d'administration. J'espère, j'ose croire que le
ministre partage notre préoccupation avec l'importance d'inclure la
société dans toutes ses dimensions dans la promotion collective de notre langue
commune et de les inclure dans l'analyse progressive des activités qui
l'entourent.
J'ai
eu, dans mes vies antérieures, Mme la Présidente, quelque 26 ans en étant
directeur général de trois organismes où j'avais à rendre compte aux
conseils d'administration, qui se dotaient, évidemment, d'une série de
règlements en tout ce qui avait trait à la nomination des gens, la façon de
faire, la gouvernance, quoi. Je trouve que ma collègue avait, à juste titre,
souligné l'expertise, la grande contribution de Michel Nadeau, que j'ai eu le
plaisir de... avec qui j'ai eu le plaisir de collaborer, avec les commissions
scolaires, justement, sur la gouvernance. Et, dans chacune des instances où
moi, j'étais impliqué, je ne dis pas que c'était toujours facile, mais
l'exécution de la mission de ces organismes a été toujours accentuée, des fois,
mise au défi comme il faut, mais accentuée par le fait qu'il y avait une veille
d'un conseil d'administration qui avait à la fois des obligations, pour moi,
qui sont à être assumées, qui le sont, en quelque part, déjà par l'office et
qui risquent d'être bonifiées avec le projet de loi devant nous, c'est-à-dire
d'assurer une... comme on dirait ça, un
doigt sur le pouls de tout ce qui se passe au Québec, est-ce que les mesures
sont efficaces, est-ce qu'elles sont bien comprises par le public.
Ma collègue a parlé
beaucoup de la recherche. Est-ce que... La recherche, il faut que c'est sur les
questions pertinentes. Y a-t-il une façon, avec un conseil d'administration,
j'ose croire, de clarifier, en quelque part, de solidifier les rôles mutuels du
ministre de la Langue, du commissaire... la commissaire, d'aider le public, ce
qui est facilitant pour qu'on participe tous dans les... la réalisation des
objectifs du projet de loi devant nous? Est-ce que tout ça n'est pas valorisé,
validé avec un conseil d'administration qui serait doté, comme on le sait, avec
des règles d'opération, et tout ça? Est-ce que nous ne sommes pas en train de
parler d'une valeur ajoutée?
Et, si oui, je comprends
qu'on ne serait pas ici pour identifier toutes les modalités. Mais, qu'on se
comprenne, si on parlait d'un conseil d'administration, éventuellement, par
projet de loi, ce conseil pourrait être exigé de se renouveler, une moitié de
ses membres chaque cinq ans, d'assurer une représentation des communautés
issues de l'immigration et récemment arrivées, un membre issu de la communauté
québécoise de l'expression anglaise, de s'assurer,
dans ses règlements, qu'il y ait une panoplie d'expertises pertinentes à la
mission, tout cela pour suggérer que... comme je dis, que... De notre
lecture, on parlerait d'une valeur ajoutée au rôle de l'OQLF, aux rôles mutuels
et, on ose espérer, complémentaires, mais peut-être pour accentuer et clouer,
en quelque part, cette complémentarité, un rôle pour mettre en relief les
tâches respectives et la hiérarchie entre le commissaire, le ministre et
l'office.
Alors, si je peux inviter le ministre à
identifier clairement les contraintes qu'il envisage par l'instauration d'un
conseil d'administration, les obstacles aux objectifs, tels qu'il les perçoit,
pour l'office advenant la création d'un conseil d'administration...
La Présidente (Mme Guillemette) : Merci,
M. le député. M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Oui. Bien,
en fait, comme je le disais, l'office, là, c'est vraiment un régulateur qui est
chargé de l'application de la loi. C'est
différent d'une société d'État. Et je comprends la volonté de mes collègues,
mais, honnêtement, la gouvernance de l'office fonctionne bien. Les membres de
l'office, c'est l'équivalent d'un conseil d'administration,
approuvent, valident, sont là pour surveiller. Ils sont indépendants également.
Mais la façon dont c'est constitué,
ce régime-là, comme l'Office des
professions, comme les différents
offices qui existent au sein de l'État québécois...
Bien, je comprends les craintes relativement au
renouvellement, tout ça, mais ça, c'est la responsabilité du ministre. Mais
c'est sûr que le lien entre le ministre et l'OQLF est important, parce que
c'est une délégation qui est faite envers l'office sur l'application de la loi.
Puis l'office lui-même a des pouvoirs qui sont particuliers, qu'une autre
société d'État n'a pas.
La Présidente (Mme Guillemette) : Merci,
M. le ministre. J'avais M. le député de La Pinière qui voulait prendre
parole également. M. le député.
M. Barrette : Ce ne sera pas
très long. Je vais vous avouer, Mme la Présidente, que l'échange m'étonne. Qu'est-ce qui m'étonne? C'est la... Je n'avais
jamais regardé ça comme ça. Le ministre, là, je veux juste qu'il me
précise, dans sa pensée, lui, là, là : Parce que c'est une régulation, il
n'y a pas de raison d'avoir un conseil d'administration, par opposition à une
autre entité qui, elle, offre des services. C'est une question de
compréhension, là.
M. Jolin-Barrette : ...mais,
dans ce cas-ci, en raison de la nature particulière... Effectivement, il peut y
arriver que, dans certaines organisations, il y a un régulateur, il y a un
conseil d'administration, c'est vrai. Cependant, la nature du mandat qui est
conféré à l'OQLF — l'application
de la Charte de la langue française — ne milite pas en faveur d'un
conseil d'administration.
M. Barrette : Alors, pourquoi
c'est vrai dans un cas puis pas dans l'autre? Alors, qu'est-ce qui milite?
C'est quoi, le primum movens de la chose, là?
M. Jolin-Barrette : Bien, dans
ce cas-ci, l'office, avec le modèle de gouvernance qui existe depuis plusieurs
années, permet d'avoir des membres de l'office qui agissent pour surveiller les
décisions, pour approuver certaines décisions de l'office. C'est constitué, en
soi, comme étant un véhicule qui permet d'atteindre les objectifs rattachés à
l'application de la Charte de la langue française, en lien avec le pouvoir
exécutif qui est dévolu à l'office, particulier, d'application de la loi.
M. Barrette : La question, c'est...
Ce que j'essaie de comprendre, là, c'est pourquoi, dans... Est-ce que le
ministre peut nous donner un exemple d'organisme régulateur qui, lui, dans son
esprit, est justifié d'avoir un conseil?
M. Jolin-Barrette : Écoutez, je ne
répondrai pas sur des questions d'opportunités qui ont été prises dans le
passé, mais on... Dans certaines situations où il y a des missions
commerciales, exemple, comme la Société des alcools, la Société des loteries,
où, là, il y a un C.A., des missions financières, comme la Caisse de dépôt ou Investissement
Québec, des missions d'assurance, comme la Société d'assurance automobile du
Québec ou La Financière agricole, des missions, je vous dirais, de
transfert, bien, il y a des raisons pour lesquelles c'est constitué en C.A., ou
c'est constitué en régie, ou c'est constitué en office.
Dans ce cas-ci, l'application de la loi par le
corps «office», qui, lui, est chargé de l'application de la loi, c'est un
pouvoir d'application, et qui doit être lié directement au ministre, et où le
ministre a une responsabilité en lien avec l'application de la loi qui est
dévolue à l'OQLF.
M. Barrette : Quand j'entends ça,
Mme la Présidente, puis, encore une fois, c'est pour bien comprendre la
finalité de l'affaire, parce que... Quand j'écoute ma collègue de
Marguerite-Bourgeoys, je comprends son point de vue, puis là j'essaie de
concilier ça avec... pas les motivations, là, mais la pensée du ministre,
organisationnellement parlant.
Alors, ce que je comprends, là, c'est que, quand
il y a une saveur commerciale... Alors, j'utilise un mot, là, qui n'a pas de
portée particulière. Il n'y a pas de bibitte, là, puis de piège là-dedans.
Quand le ministre fait référence à la SAAQ, à la SAQ et
autres choses de ce genre-là, il y a une saveur commerciale, il y a un service,
il y a... par opposition au côté éminemment
politique de l'Office de la langue française. Ça fait que, donc, plus c'est
politique, et moins il y a de conseils d'administration, plus ça devient
lié directement au ministre.
M. Jolin-Barrette : Ce n'est pas un
caractère politique, c'est un caractère d'application de la loi. Dans le fond,
là, l'OQLF a un pouvoir d'ordonnance. Je vous donne le cas de l'Office des
professions, avec le système d'ordres professionnels que nous avons. Exemple,
le Collège des médecins, exemple, le Barreau du Québec, exemple, l'Ordre des
ingénieurs se retrouvent dans une situation où, de la façon dont le système
professionnel a été construit, bien, c'est l'État qui délègue son pouvoir à ces
organismes-là, avec le pouvoir d'application réglementaire. Dans le cas de
l'office, c'est un pouvoir d'application de la loi, direct également.
M. Barrette : Bien, c'est ça. Donc,
c'est plus politique qu'autre chose, là, c'est-à-dire qu'il y a... Je vois la
position comme étant défensive, là. C'est comme de dire... Puis on prend
l'exemple, là, des ordres professionnels, là. C'est comme, en quelque part, de
conclure que ces entités-là ont tellement une... j'allais dire une fragilité,
ce n'est pas le bon mot, là, mais il y a une portée suffisamment politique pour
qu'on ne les laisse pas aller tout seuls. Parce que le principe du conseil
d'administration ne donne pas une autonomie complète mais donne une plus grande
autonomie, mais pas complète, évidemment, là, mais qui est quand même dans
l'esprit de la mission qui lui est octroyée. Mais là, si on décide de ne pas
donner de conseil d'administration, c'est qu'on considère qu'il y a un risque,
que je qualifierais volontiers de politique, de les laisser aller un peu plus
tout seuls que moins.
M. Jolin-Barrette : Bien, moi, je
vous dirais que ce n'est pas politique. C'est une question d'application de la loi, d'orientation, puis c'est le pouvoir de
l'exécutif qui se retrouve à l'OQLF. Donc, c'est important que le lien soit
direct.
M. Barrette : O.K. Je vais faire un
parallèle avec les CISSS, par exemple. Un CISSS, c'est une extension du gouvernement. Et, vous-mêmes, quand vous étiez
dans l'opposition pour... pas le ministre lui-même, Mme la Présidente,
mais sa formation politique plaidait pour qu'il y ait des conseils
d'administration, plaidait qu'il fallait avoir un conseil d'administration.
Pourtant, ce ne sont que des extensions du ministère. Les missions viennent du
ministère au même
titre que les missions sont établies par le ministre de la Langue
française, là. Il y a un parallèle qui est peut-être limite, là, mais il se
fait, là. Ça fait que, d'un côté, là, il fallait avoir un conseil
d'administration, c'était une bonne idée, puis, de l'autre, ce n'est pas une
bonne idée, parce que... pour cause de proximité ou de filiation plus directe
avec le ministre.
M. Jolin-Barrette : C'est différent.
Les CISSS ne sont pas responsables de l'application de la loi.
M. Barrette : Bien oui. C'est parce
qu'eux autres il n'y a rien qu'ils font... qu'ils font sans appliquer la loi,
M. Jolin-Barrette : Non, non, non,
mais, exemple, ils n'ont pas de pouvoir d'ordonnancement.
M. Barrette : Non, ils n'ont pas de
pouvoir d'ordonnancement.
M. Jolin-Barrette : Ils n'ont pas de
pouvoir... l'équivalent de poursuite.
M. Barrette : Un CISSS? Bien, ils
peuvent poursuivre qui ils veulent, là, si...
M. Jolin-Barrette : Non, non,
non, en matière pénale.
M. Barrette : Ah! en matière
pénale. O.K. Bon, moi, je vois...
M. Jolin-Barrette : Tu sais,
dans le fond, là, le CISSS, là, c'est une entité, c'est une personne morale
distincte, oui, mais ce n'est pas lui qui va se retrouver devant la chambre
criminelle et pénale avec le lien d'une poursuite qui va être... dans le fond,
qui ne sera pas le mandataire du Directeur des poursuites criminelles et
pénales, qui va transférer la poursuite. C'est la distinction que j'applique
entre un organisme avec C.A. qui est dévolu, exemple, pour donner des services
à la population, comme le CISSS. C'est une mission particulière, exemple, comme
l'institution d'enseignement. L'office, dans ce cas-ci, il a... c'est une
bibitte en soi. C'est ce que je pourrais dire.
M. Barrette : C'est vrai, mais
ce que je comprends aussi de la position du ministre, là, c'est qu'il ne voit
pas de valeur ajoutée d'avoir un conseil d'administration. Il veut garder le
lien politique le plus maximal possible.
M. Jolin-Barrette : ...ce n'est
pas un lien politique, c'est un lien de l'exécutif.
M. Barrette : Bien... O.K.,
bien, l'exécutif, c'est rarement apolitique, là.
M. Jolin-Barrette : Bien, c'est
parce que ça dépend comment vous interprétez le terme «politique».
M. Barrette : Bien, c'est parce
que, moi, quand je regarde...
M. Jolin-Barrette :
Exemple... Je vous proposerais une avenue. Si on le perçoit dans une
perspective... Je serais d'accord avec vous si on l'amène dans une perspective
d'application de politique publique et non pas dans le cadre d'une perspective
de politique partisane, parce que... Exemple, ce qu'on fait avec le projet de
loi n° 96, c'est une modification de politique
publique qui se traduit par un changement législatif mais qui va se répercuter
également dans les orientations de l'État avec un grand E sur la protection et
la promotion de la langue française puis la valorisation de la langue
française. Donc, l'OQLF, l'importance du lien avec l'exécutif et notamment avec
les mesures budgétaires qui lui sont consacrées, c'est l'application d'une
politique publique de promotion et de protection de la langue française dans le
cadre de sa mission.
M. Barrette : Oui, oui, j'ai
compris ça. Mais ce que je constate, là, c'est que, dans la constitution de
l'OQLF, là, dans ce qui est proposé dans le projet de loi, tout est lié... bon,
O.K., je le donne au ministre, le fait que c'est l'exécutif, là, mais tout est
lié directement à l'exécutif et/ou au ministre de la Langue française, là. Les
membres sont nommés, puis, pour être certain, là, qu'il y a une influence... en
tout cas, au moins une surveillance, du ministère en question, de l'OQLF, bien,
il y a un représentant qui est là, le sous-ministre va être là. Je ne le
reproche pas, là, on voit ça souvent. C'est très fréquent que les ouailles...
On s'assure qu'il y ait quelqu'un qui est lié directement au ministère. Je l'ai
fait, moi aussi, là. Il ne vote pas, mais il est là. Il parle, par exemple.
M. Jolin-Barrette : Oui, mais,
dans ce cas-ci, la sous-ministre en
titre va être sur le conseil... bien, sur
le... comme membre de l'office.
M. Barrette : C'est ça que je
dis, là. Tout ça pointe, nous ramène à un lien qui est plus près... Je
comprends, là, le point du ministre, comme quoi que c'est l'exécutif puis ce
n'est pas nécessairement la politique, mais, en même temps, ça l'est beaucoup.
Parce que la politique, par définition, ça peut être positif ou négatif au sens
de l'action, on peut être actif ou passif. Alors, c'est lié à la politique par
définition, mais en la...
Le conseil d'administration, lui, dans ses
grands principes, est un rôle de surveillance. Là, il n'a pas de rôle de
surveillance puis il n'aura pas non plus de grand débat sur des orientations x,
y, z, là. J'entendais ma collègue, avec beaucoup d'énergie et d'à-propos,
militer pour la recherche. Mettons qu'il n'y aura pas grande initiative là, à
moins qu'elle soit permise par l'exécutif ou l'État avec un grand E.
M. Jolin-Barrette : Mais, en
lien, là, avec le projet de loi, là, ce qui est important également de voir,
c'est que, puisqu'on crée le commissaire aussi, ça garantit également un
contrepoids à tout ça. Écoutez, hier, je parlais des poids et des contrepoids.
Donc, le commissaire va être là, avec la légitimité du fait qu'il va être nommé
aux deux tiers de l'Assemblée nationale, pour vraiment regarder ce que fait
l'office, pour regarder la situation linguistique. Donc, on vient créer une
institution, justement, qui va être un chien de garde également pour surveiller
l'exécutif, surveiller, notamment, l'exemplarité de l'État, entre autres.
M. Barrette : L'autre chose que
je voulais aborder, là, sur cette question-là... Les nominations, là, est-ce
que... Je ne les ai pas vues. C'est peut-être que j'ai mal regardé. Ils ont-tu
des critères?
M. Jolin-Barrette : Au niveau
des membres de l'office?
M. Jolin-Barrette : Généralement,
c'est des gens de diversités... de différents milieux...
M. Barrette : Mais est-ce qu'il
y a des critères formellement établis?
M. Jolin-Barrette : Non, il n'y
a pas de critère formellement établi, je crois.
Jolin-Barrette : ...comité
d'officialisation qui a des critères, mais, comme membre de l'office, non, il
n'y a pas de critère. Mais, traditionnellement, il y a quelqu'un qui
vient du domaine syndical, du domaine patronal, du domaine de l'éducation
également.
M. Barrette : Mais il n'y a pas
de... Il n'y a rien de formalisé.
M. Jolin-Barrette : Non.
M. Barrette : Ce n'est pas une
faiblesse, ça?
M. Jolin-Barrette : Bien, par
tradition, ça a toujours bien fonctionné. Puis les gens qui sont là sont des
gens qui sont très compétents dans le domaine de la langue française.
Barrette : Je ne critique personne ni aucun fait, mais je pose la
question. Évidemment, je fais référence à d'autres entités que j'ai connues, où
les membres... D'ailleurs, c'est... Moi, là, je ne veux pas faire de parallèles
à outrance, là, mais, quand on a mis en
place des conseils d'administration... De mon bord, là, on a fait affaire avec
l'IGOPP et avec l'ENAP, et les deux se sont
entendus sur la nécessité, chez les dirigeants, qu'il y ait un conseil
d'administration ou non, d'avoir un
certain nombre de compétences, que ce ne soient pas des sièges où on va
s'asseoir par prestige et connexion.
Puis je ne fais pas
de... Je ne porte pas de jugement. Je ne fais pas référence à la situation
actuelle de l'OQLF, je ne la connais pas. Mais, dans les grands principes de
direction, la variété des compétences apparaît, pour ceux qui font la
gouvernance, comme étant essentielle. Et je dirais que ce n'est pas
nécessairement essentiel d'avoir un représentant de la CSN, là. Je donne un
exemple caricatural à dessein.
Alors donc, je
comprends, là, que le ministre ne souhaite pas avoir un conseil
d'administration et ne souhaite pas non plus que les membres nommés aient, eux,
un profil dont la somme des profils soit déterminée. Donc, il ne souhaite pas
ça et... Voilà. Bon.
La Présidente (Mme
Guillemette) : Mme la députée de Marguerite-Bourgeoys.
M. Barrette :
C'est dommage.
Mme David : Bien,
je ne veux pas qu'on s'arrête là-dessus en si bon chemin, parce qu'elle est
extrêmement importante. Depuis quand on a parlé de gouvernance de l'OQLF?
Sincèrement, la dernière fois, là, qu'on a parlé de ça, moi, je pense, ça fait 20 ans sûrement, dernier... loi n° 104, probablement, puis pas tant que ça, parce qu'il n'y a pas eu
de changement, finalement. Mais il en a été question dans des rapports, dont
celui de Conrad Ouellon, qui revoyait la gouvernance, parce que... Je trouvais
qu'il y avait des choses qui n'avaient vraiment pas de bon sens. Puis là,
d'entendre qu'il n'y a même pas de critère de nomination...
Puis savez-vous quoi,
Mme la Présidente? Je le répète, dans ceux qui s'intéressent à la langue
française depuis longtemps et qui veulent passer le flambeau... Parce que c'est
bien beau de t'intéresser à ça depuis 40 ans, tu veux du sang neuf, tu
veux des jeunes, tu veux des gens, comme le conseiller du ministre, qui
s'intéressent à la langue française, tu veux
des rappeurs, tu veux des David Goudreault, tu veux du monde, là, qui
disent : Moi, je prends ça à bras-le-corps puis je vais faire
avancer cet organisme-là.
Le ministre voit ça
comme une entité qui gère une loi. Si c'était vrai, là, il n'y aurait pas de
service de recherche digne de ce nom. Quand
on parle de recherche, il parle juste d'indicateurs. Ce n'est pas ça, de la
recherche. La recherche, c'est de réfléchir après. On n'aurait pas
inventé le téléphone puis l'électricité si on n'avait rien que vu des affaires.
Il faut mettre nos neurones ensemble, puis, tout à coup, que... pouf! voilà,
c'est ça, l'électricité, c'est ça, la physique quantique, c'est ça, le nouveau
médicament, c'est ça, le vaccin pour la COVID-19. Il a fallu que du monde
réfléchisse avec toute la modélisation des données. Mais tu ne peux pas juste
avoir des données, il faut que tu saches quoi en faire.
Alors, un conseil
d'administration, mon collègue le dit très bien, de La Pinière, il y a
l'IGOPP, il y a l'ENAP. Il y a des gens qui
passent leur vie à réfléchir à c'est quoi, la meilleure gouvernance. Le
gouvernement fait abondamment appel et à l'ENAP et à l'IGOPP, avec
raison, mais là c'est comme si, pour cette entité-là qui est au coeur, au coeur
de la création d'un nouveau ministère...
Bien, celle-là, comment les membres sont nommés? Bien, finalement, ils sont
nommés entre eux, entre eux. Bien oui, mais combien de temps ils sont là? Bien,
ils sont là jusqu'à tant qu'un ministre se réveille
puis dise : Ça fait 18 ans, là, peut-être qu'on pourrait passer la
rampe puis mettre un... de mettre un jeune qui est un rappeur formidable, puis qui... pour lui, l'avenir de la
langue française, c'est bien important, puis qui croit à ça énormément,
puis qui dit : Moi, je vais faire
quelque chose avec ça. Ça peut être un Will Prosper, ça peut être un Fabrice
Vil, ça peut être un David Goudreault, ça peut être un jeune chercheur
de 35 ans qui dit : Moi, la langue française, je trouve ça
superimportant.
Et je ne vous dis pas
qu'il n'y en a pas eu, mais je vous dis qu'il faut ouvrir les fenêtres de cette
place-là, il faut ouvrir, laisser l'avenir pénétrer dans l'OQLF. Je suis rendue
une poète. Mais, même moi, on m'offrirait la job, je dirais : Écoutez,
allez chercher des nouvelles générations, là, des gens qui voient le Québec
avec un avenir lié à la qualité de la langue française, la présence de la
langue française, mais avec une nouvelle vision.
Puis là on a un
ministre qui est d'une autre génération que la mienne. Ça, c'est évident. Je le
dis souvent, il pourrait être mon fils, là. Bon, bien, je ne sais pas s'il
ressemblera à ce qu'il est là. Bien, il y a de la génétique, il y a de
l'éducation, il y a toutes sortes de choses. Mais ce n'est plus à moi, là, il
faut passer le flambeau. Puis là je ne sens pas de motivation à passer le flambeau,
à se dire : Je vais en profiter, je suis le ministre, là, c'est moi qui ai
toutes les possibilités de faire ça, puis je vais rester dans ce qu'on fait
depuis tout le temps, puis, des nominations, on ne sait pas trop comment. Puis
je trouve ça extrêmement dommage.
Les théâtres, les
théâtres, Théâtre d'Aujourd'hui, là, l'Espace Go, ils ont des conseils
d'administration. Puis, Dieu sait, c'est du monde en culture, bien, il faut
qu'il y ait du monde qui les ramène à l'ordre, il faut que le théâtre soit
rentable un petit peu, l'égalité hommes-femmes, il faut qu'il y ait des pièces
de théâtre... c'est quoi, notre... c'est quoi, notre clientèle. Je trouve qu'on
passe, dans ça, à côté d'une des plus belles opportunités de tout le projet de
loi, et c'est dommage. Puis je ne comprends pas que le ministre, par... je ne
sais pas, je ne sais pas pourquoi, n'a pas du tout la même définition que moi,
j'ai, d'un OQLF qui est un acteur social important.
Puis, pire encore, je
n'ai pas compris puis je ne comprends toujours pas l'autorité qu'a un
commissaire sur le P.D.G. de l'OQLF. Ce n'est pas clair. Parce que, des fois,
il faut qu'ils travaillent ensemble — le mot, c'est «en
collaboration» — puis,
d'autres fois, il a droit de lui taper dessus. Pour moi, le commissaire, on va
y arriver, c'est un petit peu complexe, la
définition des rôles du commissaire. Ça aussi, je ne suis pas sûre que je
voudrais avoir cette job-là, Mme la Présidente, ni l'OQLF ni le
commissaire. Parce que je trouve qu'on ne profite pas de ce moment historique
pour bien placer les choses.
Je sais que le ministre
avait plein d'autres motivations dans son projet de loi, qui sont très
détaillées, très, très, très détaillées. Je ne suis pas sûre qu'il a passé
beaucoup de temps à penser à la gouvernance de la langue française. Alors,
s'ils votent contre, ils vont voter contre. C'est dommage, on aura raté un
moment historique, parce que ça ne reviendra pas. Puis le ministre le sait, là,
on n'ouvre pas la loi 101 à tous les ans, même pas à tous les deux ans,
même pas à tous les cinq ans.
Alors, comment ça se fait qu'il y a... On veut
le garder, sincèrement, un organe de l'État, mais un peu beige, j'oserais dire,
un peu... Il reprend des données puis il écrit des affaires, avec ça, puis des
rapports. Mais des vrais chercheurs qui pensent en dehors de la boîte, qui
disent : Le Québec, c'est vers là qu'on s'en va... Bien, je m'excuse, mais
ça prendrait un petit peu plus de feu en dessous de la paille, là, pour mettre
de quoi.
Là, je ne sens pas qu'on permet la structure qui
générerait des jeunes qui ont à coeur cette langue française. Ce n'est pas
vrai, ce n'est pas en se nommant entre eux, ce n'est pas en disant : Bien,
je connais le frère d'Untel, puis là mon fils, puis... Alors, ce n'est pas
vrai, ça ne marche plus... En 2022, la gouvernance, ça ne marche plus comme ça.
Donc, on se retrouve avec un office qui a
toujours été le même et puis, si je comprends bien, qui va rester le même
encore pendant les prochains 25 ans. C'est très dommage.
La Présidente (Mme Guillemette) : Merci,
Mme la députée. D'autres interventions? Oui, M. le député, de D'Arcy-McGee.
Ensuite, ce sera le député de La Pinière. M. le député de D'Arcy-McGee.
M. Birnbaum : Si on a bien
compris, notre amendement serait à fin de non-recevoir. Y aurait-il au moins
une ouverture, par une autre voie, de s'occuper de quelques-unes des
préoccupations qui auraient été impliquées dans notre proposition, c'est-à-dire
la transparence, le renouvellement, la créativité, l'imputabilité? Et je me
permets juste de sonder, voir si le ministre
serait ouvert, en dedans d'une structure qu'on aurait aimé voir évoluer,
peut-être de considérer un autre... un changement, au moins d'apporter
un aspect pour accroître la gouvernance, la transparence, la créativité, comme
j'ai dit.
On peut peut-être au moins mettre dans la loi
une assurance que trois des six membres seraient renouvelés chaque cinq ans. On
ne parle pas d'un an et demi ou d'un manque de respect pour les membres qu'on
espère vont être bien choisis et nommés. Cinq ans, Mme la Présidente, c'est
substantiel, dans un premier temps. Et, pour assurer la continuité, la sagesse,
des choses qui sont toujours intéressantes, une telle proposition assurerait
que les autres trois membres seraient là pour peut-être 10 ans, peut-être
même 15 ans. Mais est-ce qu'il serait ouvert à considérer au moins un tel
genre de modalité que trois... un troisième alinéa, je ne sais pas, que trois des
six soient renouvelés chaque cinq ans? Parce que, si j'écoute mes collègues et
surtout ma collègue de Marguerite-Bourgeoys, voilà au moins un des éléments de
notre lecture, primordial. Il y en avait plusieurs dans notre proposition, mais
un qui était primordial était l'inclusion de la diversité au sein des membres
de l'office et de faire en sorte qu'il y a du renouvellement. Est-ce que le
ministre peut nous répondre pour savoir s'il y a la moindre ouverture de faire
une adaptation, une modification de l'article 165 d'une autre façon?
La Présidente (Mme Guillemette) :
Merci, M. le député. M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Bien, l'enjeu
avec ça, là, c'est que, pratiquement dans toutes les lois, également, qui
constituent des conseils d'administration, c'est prévu que les gens restent en
poste jusqu'à tant qu'ils soient renouvelés ou jusqu'à tant qu'ils soient
remplacés, parce que ça assure la continuité du C.A.
Est-ce qu'il y a eu des enjeux dans le passé
relativement au fait que, certaines personnes, leur mandat était expiré depuis
un certain temps puis que ça n'a pas été renouvelé? La réponse à cette
question-là, c'est oui. Mais cette responsabilité-là revient au ministre. C'est
au ministre à faire en sorte de renouveler son conseil d'administration. Puis
je vous dirais que c'est dans le rôle de l'action de contrôleur, l'action
gouvernementale que ces questions-là peuvent être posées, notamment, à savoir
pourquoi ce n'est pas renouvelé.
Mais l'autre enjeu, c'est le nombre de personnes
qui sont intéressées à occuper ce genre de postes là également. On parle de
postes bénévoles, on parle de postes qui requièrent les soirs, ou les fins de
semaine, ou le fait d'avoir du temps aussi, alors... Et puis il faut avoir des
candidats qui ont une expertise aussi dans ce domaine-là. Donc, ça entraîne
certaines difficultés. Puis, honnêtement, dans certains cas parfois également,
certains sont prêts à rester en poste pour un certain laps de temps ou certains
candidats vont être prêts à un certain moment. Alors, il faut être sûrs d'avoir
la flexibilité nécessaire.
Mais je suis d'accord avec vous que quelqu'un
qui reste là, que son mandat est expiré depuis 10 ans, bien, il faut faire
en sorte soit de le renouveler soit de nommer quelqu'un d'autre. Mais ça se
retrouve sur tous les conseils d'administration de l'État, là, où est-ce que
l'État nomme les gens, cette disposition-là, pour faire en sorte qu'ils restent
en poste. C'est comme une obligation de «caretaker», je pourrais dire.
La Présidente (Mme Guillemette) : Merci.
Oui, M. le député de D'Arcy-McGee.
M. Birnbaum : Bon, trois petites
choses. Je comprends que ce n'est pas toujours facile de trouver du monde, mais
je suis étonné d'entendre le ministre constater cet état de choses que c'est
difficile de trouver du monde. On parle d'un sujet assez important.
Deuxième chose, je respecte et je partage la
préoccupation avec la continuité. C'est pourquoi je me permettais de parler d'une idée, ce serait que la moitié du
conseil reste, s'il le souhaitait, pour un deuxième mandat,
potentiellement, même, un troisième mandat. Alors, la
continuité, il me semble, peut être respectée. Est-ce qu'on peut savoir s'il y
a une contrainte objective sur le plan législatif ou jurisprudentiel, une contrainte
qui rendrait la proposition informelle que je fais irrecevable?
La Présidente (Mme Guillemette) :
Merci. M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Bien, ce n'est
pas irrecevable. Tout peut se faire. Cependant, quand on prend différents
exemples... Exemple, dans le Code civil du Québec, qui régit les conseils
d'administration qui ne sont pas prévus par loi, on dit : «La durée du
mandat des administrateurs est d'un an; à l'expiration de ce temps, leur mandat
se continue s'il n'est pas dénoncé.» Même chose à la
Loi sur les sociétés par
actions : «Malgré l'arrivée du terme de son mandat et à moins qu'il ne
démissionne, l'administrateur demeure en fonction jusqu'à ce qu'il soit réélu
ou remplacé.» La
Loi sur Investissement Québec : «À l'expiration de leur
mandat, les membres du conseil d'administration demeurent en fonction jusqu'à
ce qu'ils soient remplacés ou nommés de nouveau.» Même chose sur la
Loi sur la
Société de développement des entreprises culturelles, la SODEC : «À
l'expiration de leur mandat, les membres du conseil d'administration demeurent
en fonction jusqu'à ce qu'ils soient remplacés ou nommés de nouveau.»
Donc, c'est une mécanique qui est fréquente.
Puis, honnêtement, pour combler les différents postes, il faut être sûr de ne
pas mettre non plus l'office, dans ce cas-ci, comme membre, ou un conseil
d'administration à risque par défaut de quorum, notamment.
M. Birnbaum : Bon, alors, je me
permets de constater que le ministre admet que ce serait possible d'assurer,
dans ce projet de loi, le renouvellement. Alors, si l'ambition et les
orientations étaient au rendez-vous, ce serait possible, mais ce n'est pas
l'intention du ministre, si j'ai bien compris.
La Présidente (Mme Guillemette) : M.
le ministre, ça va?
M. Jolin-Barrette : Ça va.
La Présidente (Mme Guillemette) :
...de La Pinière. M. le député.
M. Barrette : C'est quoi, la
traduction française de «caretaker»?
M. Jolin-Barrette : Attendez,
je vais vous dire ça. C'est parce que c'est une expression en politique,
notamment, lorsque...
M. Barrette : Je ne l'ai jamais
utilisée.
M. Jolin-Barrette : ...notamment,
exemple, je donne un exemple, lorsque...
M. Barrette : Non, mais ce
n'est pas un exemple que je veux. C'est quoi, le mot en français?
M. Jolin-Barrette : Bien, c'est
une obligation de prendre les mesures raisonnables pour préserver l'intégrité
de la chose publique ou de la mission...
M. Barrette : Ça fait qu'il n'y
a pas de mot en français?
M. Jolin-Barrette : Un
intendant? Un intendant, obligation d'intendance. Mais est-ce que l'obligation
d'intendance fait...
M. Jolin-Barrette : Oui, peut-être
plus fiduciaire, oui, un fiduciaire. C'est vrai. Ce serait le bon terme.
M. Barrette : Fiduciaire.
M. Jolin-Barrette : Un
fiduciaire. Exemple, lorsqu'aux élections...
M. Barrette : Ah! ça, on sait
c'est quoi, un fiduciaire.
M. Jolin-Barrette : Oui. Non,
mais ce que je veux dire, pour l'illustrer dans le propos, là, concrètement,
quand les Québécois, en 2018, ont choisi un nouveau gouvernement, vous êtes
demeurés en poste, vous ainsi que la députée de Marguerite-Bourgeoys, vous êtes
demeurés membres du Conseil des ministres jusqu'au 18 octobre, et, durant
ce laps de temps là, en fait, même au moment... La convention constitutionnelle
veut qu'au moment de la dissolution de l'Assemblée vous
aviez une responsabilité davantage de fiduciaires, de ne pas engager,
supposons, des sommes, des fonds publics, et, particulièrement suite à la date
de l'élection, à ce moment-là, votre obligation de fiduciaires est encore plus
renforcée à ce moment-là.
M. Barrette : Correct, c'est
bon. Question autre, Mme la Présidente. Là, là, toujours dans l'esprit d'être
contre le conseil d'administration, si l'office est un régulateur qui applique
les lois, là, est-ce que le ministre peut me donner des exemples, pourquoi ces
gens-là votent sur quelque chose? C'est des exécutants, là.
M. Jolin-Barrette : Bien,
exemple, ils se retrouvent dans une situation où ils approuvent certaines
mesures de l'office. Ils sont constitués en formation, c'est le conseil de
l'office. Et, exemple, le comité de suivi linguistique, il y a un sous-comité
relativement à la réunion des membres du conseil de l'office. Donc, ces gens-là
s'assurent d'approuver certains éléments qui doivent être approuvés par les
membres de l'office. C'est un corps qui est constitué par les différents
membres. En fait, l'office existe en raison de son membership, si je peux dire.
M. Barrette : O.K. C'est un
petit peu obscur, là, ça, là.
M. Jolin-Barrette : Bien non,
mais vous prenez l'équivalent avec l'Assemblée. L'Assemblée, elle, existe du fait qu'elle est composée de 125 membres. Et
l'Assemblée... À partir, supposons, de la prise du décret de la dissolution
de l'Assemblée, l'Assemblée n'existe plus,
parce qu'elle n'est plus composée de membres, et elle est reconvoquée par la
suite.
M. Barrette : Oui.
Et ça, c'est un moment, ça, dans la vie de l'Assemblée, là. Elle est dissoute,
elle est reconduite.
M. Jolin-Barrette : Oui,
mais, ce que je veux dire, la constitution même d'une assemblée, c'est le fait
qu'il y ait des membres. Alors, c'est la même chose pour l'office.
M. Barrette : Oui, mais, moi,
ma question, c'est : Si la chose, l'Assemblée qui est constituée, qui
étudie une loi puis qui est sous l'autorité du ministre, ou de l'exécutif, ou
des deux vote, c'est parce que c'est quasiment... Ils votent sur quelque chose,
là, ils sont...
M. Jolin-Barrette : ...sur les
programmes de francisation...
M. Barrette : Tu
sais, voter, ça veut dire qu'on est... on n'est pas juste un exécutant, là, on
n'est plus un régulateur.
M. Jolin-Barrette : Bien, c'est
une approbation. L'office approuve, c'est des gestes d'approbation, mais les
pouvoirs sont délégués à la présidente...
M. Barrette : Ils vont voter sur
l'approbation d'une directive qui vient d'en haut?
M. Jolin-Barrette : Non, ce n'est
pas sur une directive qui vient d'en haut. C'est, exemple, au niveau...
M. Barrette : Une orientation.
M. Jolin-Barrette : Non. C'est au
niveau de l'exécution de la loi. Exemple, on dit : L'office délivre un
certificat... Suite au programme de francisation, on est rendus au certificat
de francisation, ça fait que l'office, l'office, qui est composé de ses membres,
approuve le certificat. Ce n'est pas un vote, là, c'est une approbation.
M. Barrette : Bien, c'est parce que
moi, quand je vois que le sous-ministre n'a pas droit de vote, c'est parce
qu'il y a des votes en quelque part.
M. Jolin-Barrette : Bien, il
n'approuve pas. Il participe aux réunions.
M. Barrette : Je comprends, mais il
n'a pas droit de vote. Ça, c'est assez explicite pour dire que les autres ont
un droit de vote.
M. Jolin-Barrette : Oui, mais il ne
se prononce pas sur le contenu.
M. Barrette : Bien, comment on peut
voter sans se prononcer sur le contenu?
M. Jolin-Barrette : Il ne fait pas
de geste positif d'approbation.
M. Barrette : Bien, comment on peut
voter sans se prononcer sur le contenu?
Jolin-Barrette : Bien, ce que je veux dire, l'office, là, ils
regardent si le contenu du dossier fait en sorte qu'ils peuvent approuver. Si
les membres de l'office ne sont pas en accord, ils trouvent que le certificat
de francisation... la procédure de francisation n'a pas
été respectée, il ne sera pas émis s'ils n'ont pas la majorité des membres qui
sont en faveur.
M. Barrette :
Eh bien! Parce que, moi, il me semble que le certificat de francisation,
c'est une check-list, là. Ce n'est pas une affaire sur laquelle on fait une
dissertation ou un débat.
Jolin-Barrette : Bien, il faut voir le dossier au niveau du service de
francisation pour voir si le programme de francisation a été suivi.
M. Barrette :
Bien oui, ce sont des éléments à constater, non pas à débattre.
M. Jolin-Barrette : Oui, mais c'est ça. Mais
les membres, pour pouvoir le constater, analysent le dossier et
disent : Est-ce que le dossier permet
d'émettre le certificat de francisation? Et c'est les membres de l'office qui
ont ce pouvoir-là.
M. Barrette :
O.K. Donc, ça dénature, pour moi,
un petit peu le sens du mot «voter». C'est plus une approbation. Mais
parce que voter, c'est voter, là. La raison pour laquelle je dis ça, Mme la Présidente,
je pense que le ministre a compris, là, c'est parce que n'importe quoi qui
ressemble à un comportement de conseil d'administration, c'est un conseil
d'administration. Ça, ça ressemble à ça.
Jolin-Barrette : Ça ressemble, mais ce n'est pas ça.
M. Barrette :
Bien, si c'est juste de l'approbation, enlevez le mot «vote», là, puis...
une approbation, là. C'est parce que, ces nominations-là, le ministre l'a dit,
là, hein, il y en a beaucoup, hein, qui sont passées dues, là, j'imagine.
Jolin-Barrette : À l'OQLF?
Jolin-Barrette : Aucune.
M. Barrette :
Aucune, actuellement? Il y en a déjà eu dans le passé.
M. Jolin-Barrette : Bien, il y en a déjà eu
dans le passé, mais d'où la responsabilité du ministre de s'en occuper.
M. Barrette :
Alors, sur la question des nominations, là, le ministre m'a informé tout à
l'heure, Mme la Présidente, qu'il n'y avait pas de critère, il n'y en avait
pas, c'est aussi simple que ça. Il n'y en a pas formellement, ils ne sont pas
formalisés. Bon, y a-tu un appel de candidatures?
Jolin-Barrette : Il peut y avoir un appel de candidatures, mais pas
dans tous les cas.
M. Barrette :
Ah bon! Alors, d'abord... Donc, il y en a dans certains cas puis il n'y en
a pas dans certains cas.
Jolin-Barrette : Non, non, mais ma réponse n'est pas pour l'OQLF, là.
M. Barrette :
Bien, je parle de l'OQLF, moi, là, là.
Jolin-Barrette : Non, je ne crois pas qu'il y a eu d'appel de
candidatures.
M. Barrette :
Donc, c'est des nominations discrétionnaires.
Jolin-Barrette : Comme sur les conseils d'administration.
M. Barrette :
Non, parce que, dans un conseil...
Jolin-Barrette : Oui.
M. Barrette :
Bien, moi, je peux parler pour ma paroisse, là, de laquelle je ne suis plus
le curé...
Jolin-Barrette : Vous avez été excommunié.
M. Barrette :
Totalement. Et, non, quand je regarde ce que le ministre actuel fait,
disons qu'on va dire que...
Jolin-Barrette : Mais vous savez que, dans l'histoire de l'Église, il
y a eu des schismes...
M. Barrette : ...disons qu'il a bien
lu l'Évangile, selon moi, là.
M. Jolin-Barrette : Il
y a eu des schismes, puis ça arrive, des fois, qu'il y a réconciliation. Il y a
rédemption aussi.
M. Barrette :
Oui, mais disons que...
Jolin-Barrette : Il y a l'achat d'indulgences aussi.
M. Barrette :
Bien, Mme la Présidente, on ne peut pas dire que, de son bord, on est dans
l'orthodoxie. Mais ce n'est pas grave, là. Ceci... Ce n'est pas grave.
Ceci étant dit, donc,
il y a des cas où il y a... Bien, résumons, là. Il y a des cas où il y a des
appels. Moi, les appels de candidatures, ça... Puis je vais même aller plus
loin, là, hein, il y a des organisations, que je connais bien, que non
seulement il y a des appels de candidatures pour les conseils d'administration,
mais il y a des comités de nomination. Je veux juste dire au ministre, là,
qu'il n'y a pas un seul membre de conseil d'administration au Québec, sous moi,
qui n'est pas passé par un comité de nomination indépendant. On a fait des
recommandations, je vais choisir parmi les finalistes. Ça, c'est normal, à un
moment donné. Mais il y a eu les deux, puis c'est vrai. Le ministre me regarde
avec un grand étonnement. Je suis étonné qu'il soit étonné, parce des gens
rigoureux, ça existe.
Jolin-Barrette : Oui, oui, tout à fait. Mais, si le député de
La Pinière veut discuter de la gouvernance des CISSS et des CIUSSS et des
nominations des P.D.G., moi, je suis prêt à en discuter longuement.
M. Barrette :
Ah! bien, n'importe quand. Je
veux dire, ces nominations-là ont été faites par des recommandations de
comités indépendants qui, dans les deux cas... Parce qu'il y avait deux comités
indépendants. Dans la grande région de Montréal, c'était l'IGOPP. Ailleurs au
Québec, c'était l'ENAP. J'imagine que c'est des organisations qui, aux yeux du ministre,
sont respectables.
Jolin-Barrette : Tout à fait.
M. Barrette :
Bon, fin de la discussion. Alors donc, ici, je comprends que, là, il n'y a
pas d'appel de candidatures et il n'y a donc pas de processus ou de procédure
d'analyse des candidatures. Ça devient discrétionnaire.
Jolin-Barrette : Effectivement, ce sont des nominations qui sont
présentées par le ministre.
M. Barrette :
Bon, mais discrétionnairement.
Jolin-Barrette : Bien, dans tous les cas, les nominations de l'État
québécois, là, sont faites de façon discrétionnaire également...
M. Barrette :
Avec ou sans procédure préalable.
Jolin-Barrette : Avec ou sans.
M. Barrette :
Et, dans le cas présent, sans.
M. Jolin-Barrette :
Effectivement.
M. Barrette :
Alors donc, on peut supposer que, disons, le rajeunissement ou la
modernisation de l'esprit de l'organisation pourrait ne pas être au rendez-vous
ou, pire, stagner.
Jolin-Barrette : C'est une allégation que vous faites.
M. Barrette :
Non, c'est une supposition, ce n'est pas une allégation. Si c'était une
allégation, ce serait presque une accusation. Mais ce n'est pas une allégation,
c'est une supposition.
Jolin-Barrette : D'accord.
M. Barrette :
Voilà. O.K. Et le ministre n'a pas l'intention de revoir ça.
Jolin-Barrette : Non.
M. Barrette :
Alors, comme c'est souvent le cas dans certaines instances, il y a des
nominations pour acheter la paix. C'est comme les décisions qu'on voit
actuellement en santé avec les syndicats. On achète la paix et, dans le cas
actuel, on l'achète avec des vrais dollars. Mais ce n'est pas grave, Mme la
Présidente, c'est hors d'ordre. Je ne veux pas continuer là-dessus. Mais je me
suis fait un petit plaisir personnel, ponctuel, alors... Mais donc le ministre
n'est pas... ne voit pas d'utilité à revoir cette façon de faire là.
M. Jolin-Barrette : Non.
Barrette : O.K. Bon, bien, c'est dommage, parce qu'honnêtement Mme la
Présidente, là, je ne veux pas faire un grand débat puis reprendre les propos
que ma collègue a dits, là, a entamés, peut-être terminés, je ne sais pas, là,
parce que c'est son choix, mais il y a une utilité à un conseil d'administration,
là, il y a une utilité. Le problème des conseils d'administration, c'est quand
ils sont dirigés plutôt par le P.D.G. plutôt que d'avoir leur indépendance.
Mais, dans l'orientation ou le développement d'une organisation et/ou d'une
entreprise...
Ce qui est amusant
dans le public, Mme la Présidente, je vais faire un petit éditorial ici, ce qui
est étonnant et malheureux dans l'espace public, c'est que les principes qui
fonctionnent dans le monde privé, principes qui fonctionnent avec des
motivations qui sont dans l'intérêt de l'organisation, on ne peut jamais les
appliquer au public. Dans une entreprise privée, l'intérêt du conseil
d'administration est toujours la progression, le succès de l'organisation, et,
dans ce cas-là, dans le privé... Oui. Non, c'est correct. Le ministre me fait
des signes de dollar. Probablement qu'il veut dire «le profit». Bien oui, bien,
l'intérêt de...
Jolin-Barrette : Des actionnaires.
M. Barrette :
Bien, l'intérêt des actionnaires...
M. Jolin-Barrette :
Bien, c'est l'intérêt des actionnaires.
M. Barrette :
Bien oui, tout à fait. Il n'y a pas de problème. Il n'y a pas de problème
avec ça. Mais l'entreprise qui travaille... le conseil d'administration qui
travaille dans l'intérêt des actionnaires, obligatoirement, passe par la
performance de l'entreprise et doit prendre les décisions dans un équilibre qui
fait en sorte que l'entreprise progresse et soit un succès. Ça, ça va dans le
cas...
Jolin-Barrette : Mais vous comparez des pommes avec des oranges.
M. Barrette :
Je fais exprès.
Jolin-Barrette : Bien oui, mais l'office...
M. Barrette :
Mais ces principes-là peuvent se transposer au public...
Jolin-Barrette : Ça dépend des circonstances.
M. Barrette :
...mais on ne le fait jamais, jamais, jamais. Alors, c'est dommage. Puis je
sais pourquoi. Puis je vais finir là-dessus, il me reste à peu près juste une
minute, je dirais, là, 1 min 30 s. Alors, Mme la Présidente, ça
ne se fait pas parce que, s'il y avait un conseil d'administration, à l'OQLF,
et que les gens qui étaient nommés là-dessus et qui travaillaient dans
l'intérêt ultime et maximal de la langue française... ils pourraient réclamer
ou proposer des actions qui, elles, évidemment, commanderaient des budgets. Et
évidemment la
partie budgétaire est la prérogative de l'État, et rarement
l'État met les budgets adéquats, dans n'importe quelle de ses activités, ce qui
fait que... Pardon?
Jolin-Barrette : ...et c'est pour ça que le commissaire va être nommé
et que lui va avoir cette fonction-là.
M. Barrette :
Oui, mais le commissaire n'aura pas le pouvoir du dollar, ne l'aura jamais.
Il va avoir un pouvoir de commentaire.
Jolin-Barrette : Mais les C.A. non plus n'ont pas le pouvoir du
dollar, non plus. Puis surtout il y a une obligation de loyauté envers le C.A.,
envers l'organisation...
M. Barrette :
Oui. Alors là, ici, le conseil
d'administration aurait un devoir de loyauté envers la langue française,
ce qui devrait... une chose qui devrait exciter le ministre. Je vois, Mme la
Présidente, que le ministre est affamé, alors...
La Présidente (Mme
Guillemette) : Merci, M. le député.
Donc, compte tenu de
l'heure, la commission suspend...
Jolin-Barrette : ...
La Présidente (Mme Guillemette) : Vous
êtes prêts à voter? Est-ce qu'il y a d'autres interventions sur
l'article?
La Présidente (Mme
Guillemette) : On pourrait voter l'amendement tout de suite.
Présidente (Mme Guillemette) : Puis on peut le voter cet après-midi
aussi.
Donc, compte tenu de
l'heure, la commission suspend ses travaux jusqu'à 15 heures cet
après-midi. Merci et bon appétit à tous.
(Suspension de la séance à
13 heures)
Le Président (M.
Ciccone) : Votre attention, s'il vous plaît! La Commission de la
culture et de l'éducation reprend ses travaux.
Nous poursuivons
l'étude détaillée du projet de loi n° 96,
Loi sur la langue officielle et
commune du Québec, le français.
Lors de la suspension
ce midi, la commission était à l'étude d'un amendement visant à modifier
l'article 101 du projet de loi et proposé par la députée de
Marguerite-Bourgeoys. Est-ce qu'il y a d'autres interventions sur cet
amendement? Mme la députée, à vous la parole.
Mme David : La
première question : Combien me reste-t-il de secondes?
Le Président (M.
Ciccone) : Il vous reste 55 secondes.
Mme David : C'est
ça que je pensais, M. le Président. Alors... Mais je pense que je vais
conclure, parce que je ne pense pas qu'il y ait tellement d'autres intervenants
après moi, conclure que je continuerai être déçue, mais que je trouverai
d'autres façons de revenir à la charge, parce qu'il y a d'autres articles qui
se prêtent à ça dans les prochains que nous allons faire. Alors, vous allez
être tannés de m'entendre là-dessus, mais j'ai quand même plus d'un tour dans
mon sac, M. le Président. Donc, cet amendement-là va être passé aux voix. Je
pense qu'il n'y a pas d'autre issue.
Le Président (M. Ciccone) : Merci
beaucoup, madame. Est-ce qu'il y a d'autres interventions? Alors, s'il n'y
a pas d'autre intervention, nous allons procéder à la mise aux voix. Est-ce que
l'amendement est adopté?
Le Président (M.
Ciccone) : ...vous avez le droit de l'inscrire. Alors, l'article
est... l'amendement est rejeté. Nous allons maintenant passer à... On continue
sur l'article 101. Est-ce qu'il y a des interventions?
Mme David : Là
aussi, mais je pense que je n'avais plus beaucoup de temps, de toute façon.
Alors, voilà, je...
L'article 101, vous remarquerez, vous tombez bien, M.
le Président...
Le Président (M.
Ciccone) : Huit minutes, Mme la députée.
Mme David : Ah!
O.K. Donc, vous tombez bien, c'est l'article 101 pour modifier la
loi 101. Alors, c'est assez emblématique. Et on discutait de la
composition de l'office, et c'est intéressant, parce que le ministre parle de
huit membres, six personnes pour un mandat d'au plus cinq ans. En ce moment, en
tout cas, dans le dernier rapport annuel de 2021, il y avait... J'y arrive dans
quelques secondes. Au 31 mars 2020, il y avait six membres et seulement
quatre membres externes. Est-ce que c'est encore le cas?
M. Jolin-Barrette :
Non. Dans le fond, tous les postes sont comblés à l'OQLF. Il y en a qui ont
été nommés au cours de l'année 2020. Alors, voyez-vous, ceux que... Les
fins de mandat, là, que... pour les gens, c'est le 28 janvier 2025,
4 février 2025, 28 avril 2025, 28 avril 2025, 28 avril 2025
puis 8 décembre 2025. Donc, tout le monde a été renouvelé, puis, dans le
fond, la présidente-directrice générale de l'OQLF vient de voir son mandat
renouvelé par le gouvernement d'une année.
Mme David :
Là, vous parlez de mandats renouvelés. Justement, ça m'amène à ma prochaine
question. En 2020 — on
a toujours la liste dans les rapports annuels — il y a un membre que... ce
n'est pas nécessaire de le nommer, mais c'est pour montrer, faire la preuve de
ce que je disais, dont il est écrit : Monsieur X, membre dont le
mandat a été renouvelé le 4 mai 2011. Et c'est le rapport du 31 mars
2020, et il est peut-être encore là dans votre liste.
M. Jolin-Barrette :
Non, il n'est pas là.
Mme David : Mais est-ce que vous
comprenez ce que je veux dire? Un mandat renouvelé en 2011, c'est-à-dire
qu'il a déjà eu au moins un mandat, sinon deux avant. Là, vous ajoutez cinq
ans. Ça veut dire que ça fait 10 ans de ça. On est rendus à 15 ans.
M. Jolin-Barrette : Mais, avec
égards, vous-même, vous avez occupé les fonctions que j'occupe, alors, ce
membre-là, vous saviez que son mandat était échu. Vous auriez pu le changer ou
le renouveler.
Mme David :
Vous pouvez m'accuser de tous les maux, M. le ministre, je n'en ai cure,
parce que ce que je vous dis, c'est qu'il faut améliorer ces pratiques-là.
M. Jolin-Barrette :
Je comprends, mais ce que je veux dire : C'est la prérogative du
ministre.
Mme David :
Mais vous comprenez que ce genre de chose peut arriver facilement. C'est
arrivé dans le passé. On n'a pas de mécanisme d'alerte. On n'a pas de C.A. On
n'a aucun mécanisme qui empêche, c'est ce qu'on va voter, là, de demeurer en
fonction jusqu'à tant que quelqu'un se réveille.
M. Jolin-Barrette :
Mais en fait tous les C.A. du gouvernement, de l'État, sur lequel l'État
nomme les membres, ils sont construits comme ça. Tout à l'heure, je vais faire
la nomenclature des différentes lois, et c'est prévu comme ça. Mais là, si le
ministre ne renouvelle pas, c'est sa responsabilité ministérielle, là, qui est
en cause. Il doit s'occuper de ses organismes, là, qui sont sous sa
responsabilité.
Mme David :
...peut-être aux gens qui connaissent bien ça, qui sont autour de lui, de
l'alerter à ça, mais ce que je veux dire, c'est que le message ne circule pas
nécessairement. Et je l'ai vu dans d'autres ministères, là. Ce n'est pas ni
vous ni moi qui sommes en cause, c'est... Il faudrait qu'il y ait un petit...
des petites directives données aux ministres, quand ils deviennent ministres,
là, du secrétaire général ou je ne sais trop : Attention, mettez à jour
vos... les organismes dont vous avez la responsabilité.
M. Jolin-Barrette :
Je suis d'accord avec vous, mais c'est, légalement, la responsabilité du
président-directeur général d'alerter le ministre...
M. Jolin-Barrette :
...pour dire : M. le ministre, j'ai des membres sur mon conseil... sur
mon... j'ai des membres de l'office qui sont dus pour être renouvelés ou pour
être changés.
Mme David :
J'adore votre lapsus.
M. Jolin-Barrette :
Bien, c'est parce que...
Mme David :
Vous l'avez dit.
M. Jolin-Barrette :
...on en parle depuis tout à l'heure. Donc, c'est normal que...
Mme David :
C'est sorti spontanément de votre bouche.
M. Jolin-Barrette :
C'est ça, exactement.
Mme David :
Je le retiens, je le retiens, parce que j'ai lu beaucoup, depuis qu'on
s'est quittés tout à l'heure, sur l'office, et plus je lis, plus je suis
convaincue de mon idée. Mais que voulez-vous? Alors, c'est tout pour l'instant,
M. le Président.
Le Président (M.
Ciccone) : Merci beaucoup. Est-ce qu'il y a d'autres interventions sur
l'article 101? Non? Alors, s'il n'y a pas d'autre intervention, nous
allons procéder à la mise aux voix. Est-ce que l'article 101 est adopté?
Le Président (M.
Ciccone) : Sur division. C'est noté. Maintenant, nous allons passer à
l'article 102. M. le ministre, à vous la parole.
M. Jolin-Barrette :
Oui.
L'article 165.3 de cette charte est modifié par le remplacement,
dans le deuxième alinéa, de «131 à 133, 139, 143 et 151» par «128.6 à 134.6,
139, 143, 146.1, 146.2, 149 et 151 ainsi que des dispositions du
titre III.1».
Commentaire.
L'article 102 du projet loi propose de modifier l'article 165.3 de la
Charte de la langue française afin de simplifier et d'accélérer l'action de
l'office. À cette fin, il ajoute des actes à ceux qui peuvent être posés par le
président-directeur général de l'office plutôt que par tous les membres de
l'office agissant comme un corps.
Le Président (M.
Ciccone) : Vous comprenez, M. le ministre, qu'il y a des gens qui vous
écoutent à la maison, puis ils suivent ça comme un téléroman. Peut-être
ralentir un peu votre explication, c'est très important.
M. Jolin-Barrette :
Ils sont habitués à notre rythme.
Le Président (M. Ciccone) : Formidable,
parfait. À vous la parole, Mme la députée.
Mme David : M. le Président, je vous dirais qu'il parlait très
lentement, le ministre. Attachez vos patins, ça patine vite.
M. Jolin-Barrette : ...patine pas
sur la bottine.
Mme David : Alors, nous sommes à
165.3, où vous changez des noms. Ça n'a l'air de rien, mais j'ai quand même une
question. Ça me permet de poser la question : Qu'est-ce que ça vient
faire, «l'office peut lui déléguer tout autre
pouvoir ou fonction»? Donc, l'office, qui est formé de membres nommés comme ci,
comme ça, a un P.D.G., mais ces membres-là, qui ne sont pas imputables,
etc., qui sont non rémunérés, peuvent donner tout pouvoir ou fonction?
M. Jolin-Barrette : Oui, ils peuvent
déléguer... Dans le fond, l'office... Lorsqu'on parle de l'office, et, tout à
l'heure... Ça revient à la question du député de La Pinière, de quelle
façon il fonctionne, bien, c'est... Lorsque la fonction n'est pas
spécifiquement attribuée au président-directeur général par la Charte de la
langue française, c'est l'office qui décide. Donc, l'office, comment il est
constitué, c'est l'office... le président-directeur général plus les autres
membres de l'office qui prennent la décision, mais ils peuvent décider de
confier certains pouvoirs au président-directeur général, en outre de ce qui
est prévu à la loi.
M. Jolin-Barrette : Bien, comme...
Supposons, là, les certificats de francisation, l'approbation des certificats
de francisation, les membres de l'office pourraient décider de déléguer ça à la
responsabilité du président-directeur général de l'office.
Mme David : Mais vous ne trouvez pas
que c'est une gouvernance à l'inverse? C'est du «bottom up» beaucoup, là. C'est
comme... Les membres peuvent décider qu'ils confèrent au président des
fonctions qui, d'habitude, sont conférées au même président par le ministre,
pas par les membres autour.
M. Jolin-Barrette : Non, mais parce
que ce qu'il faut comprendre... La structure de la Charte de la langue
française, là, c'est que, parfois, il y a certains pouvoirs dans la loi qui
sont indiqués : L'office décide que... l'office détermine... Puis vous
avez d'autres pouvoirs que c'est : Le président-directeur général de
l'office fait ceci, ceci. Ce que l'article faisait déjà, O.K., c'est qu'il
permet aux membres de l'office de dire : Écoutez, pour certaines
situations, au lieu que ce soient les membres de l'office, donc, l'office dans
son corps entier, bien, que ce soit attribué au directeur... au président-directeur
général de l'office, un peu comme quand le ministre, dans un ministère, par le
biais de son sous-ministre, délègue certains pouvoirs. Donc, ultimement, c'est
le ministre qui est responsable, mais, ce que je veux dire, il vient confier
l'exercice de certains pouvoirs en délégation. Dans chacun des ministères,
notamment quand vous étiez au ministère de la Culture, il y avait des
délégations qui sont faites pour certains fonctionnaires.
David : Évidemment, c'est ce que je dis, c'est fait de
haut en bas. Mais là on fait une délégation de bas en haut.
M. Jolin-Barrette : Bien, pas
nécessairement, parce que, dans le fond, le président-directeur général, là, de
l'office, là, il est... supposons, prenons votre exemple, il est en haut, O.K.,
mais il est aussi un exécutant de l'office en soi. Il occupe un siège comme
membre de l'office, mais c'est également un exécutant de l'office.
Mme David : Donc, il n'a de pouvoir
que le nom, puisque les autres, qui ne sont pas rémunérés ou à peu près pas,
frais de déplacement, ou tout ça, peuvent... C'est de la... C'est un système de
cooptage très égalitaire.
Jolin-Barrette : Non, non. Il y a certaines fonctions qui sont
attribuées au P.D.G., O.K., mais il y a certaines autres fonctions qui
sont aux membres de l'office, dont le P.D.G. est membre. Mais les membres
peuvent décider, conformément à ce qui était prévu, là... Déjà, à 131 à 133,
139, 143, 151, c'était déjà prévu que les membres pouvaient confier certaines responsabilités au
président-directeur général, comme dans un C.A. Normalement, il y a certaines
fonctions du C.A. qui peuvent être déléguées, supposons, au directeur général
ou au président-directeur général de l'organisation.
Mme David : Mais en cas... parce
qu'il faut toujours, en gouvernance, penser à la politique du pire, s'il y a
une plainte d'une entreprise qui ne reçoit pas son certificat de francisation
puis qui décide que, là, franchement, là, pas d'accord avec ça, puis ça se
retrouve en cour, qui est imputable dans cet office-là? Qui va en cour plaider
la décision?
Jolin-Barrette : Dans le fond, ils n'ont pas de personne morale,
l'OQLF. Donc, c'est l'État qui se retrouve en cour.
M. Jolin-Barrette : Bien, lorsque,
supposons... Vous, vous faites référence à une poursuite pénale?
Mme David : Bien, une poursuite de
n'importe quoi, là. Une poursuite de quelqu'un qui n'est pas content de ne pas
avoir eu son certificat ou d'avoir eu une étape avec laquelle il n'est pas
d'accord, il veut contester quelque chose, puis, vraiment, ça va mal, là, entre
les deux, puis ça se retrouve en cour.
Jolin-Barrette : Bon, c'est le Procureur général du Québec.
Mme David : Puis l'office va venir,
mais qui va être imputable dans l'office?
M. Jolin-Barrette : Non, mais...
Exemple, vous voulez dire : S'il y a un interrogatoire?
Mme David : S'il y a un
interrogatoire.
M. Jolin-Barrette : Bon, bien,
l'interrogatoire dépend de qui y est assigné puis qui, la partie, veut être
assigné. Mais, exemple, supposons qu'il y a une contestation en droit
administratif, exemple, je veux avoir mon certificat de francisation, vous ne
me l'avez pas donné en vertu de la
Loi sur la justice administrative, à ce
moment-là, c'est le Procureur général du Québec qui prend fait et cause pour
l'office, parce qu'il n'a pas de personnalité morale distincte. Donc, c'est le
Procureur général qui représente, c'est l'État. Lorsqu'on est en matière
pénale, là, à ce moment-là, c'est le Directeur des poursuites criminelles et
pénales qui agit à
titre de poursuivant pour l'office.
Mme David : Puis, si le ministre
veut taper sur les doigts de quelqu'un parce que, vraiment, il y a eu quelque
chose qui n'a pas de bon sens...
M. Jolin-Barrette : Vous voulez dire
de la part de l'office?
Mme David : Oui. Sur qui, vous, vous
tapez? Sur quels doigts vous tapez?
M. Jolin-Barrette : Le
président-directeur général.
Mme David : Donc, là-dessus, il est
imputable. Là, c'est vraiment le patron. C'est lui qui risque de perdre sa job,
pas un des membres de l'office. Vous n'avez aucun pouvoir sur les membres de
l'office.
M. Jolin-Barrette : Bien, les
membres de l'office, à partir du moment où ils sont nommés pour x temps,
ils sont nommés pour x temps.
Mme David : Oui, mais, admettons
qu'ils font une décision que vous jugez, vous, là, déraisonnable, très
mauvaise, là, si... quel est le pouvoir du ministre sur cette entité qui
s'appelle l'office?
M. Jolin-Barrette : Bien, le Conseil
des ministres a toujours la juridiction pour nommer des membres... les membres,
nommer le président-directeur général.
Mme David : Ou dénommer.
M. Jolin-Barrette : Là, il faudrait
voir relativement à des cas d'application comme ça, mais je ne pense pas que
c'est déjà arrivé.
Mme David : Bien, écoutez, tant
mieux pour vous, là. Mais on peut occuper des fonctions où, comme ministre, on
est obligé de prendre des sanctions à l'encontre d'un directeur général de
collège, ou d'un recteur d'université, même, ou d'un directeur général d'une
institution. L'office est-elle protégée contre toute forme de mauvaise humeur
bien fondée d'un ministre?
Jolin-Barrette : Bien, en fait, les décisions ne doivent pas être
prises en fonction de l'humeur d'un ministre ou non.
Mme David : Non, mais vous savez ce
que je veux dire, là. Il s'est passé quelque chose de vraiment pas correct.
Quel est votre pouvoir, comme ministre, par rapport à l'OQLF, puisqu'il n'y a
pas de conseil d'administration, puisque c'est nommé d'une façon, bon...
M. Jolin-Barrette : Bien, en fait,
très certainement, l'office se rapporte au ministre, et donc le ministre a
toute la latitude pour indiquer ce qu'il attend de l'office en soi.
Mme David : Ça m'étonne que vous ne
disiez pas : Peut-être que le secrétaire général devrait être impliqué
puis qu'il y aurait une fin de contrat ou de mandat pour le ou la P.D.G. de
l'office. Ça existe, ça, en termes de hauts fonctionnaires, là. On a vu à peu
près tout dans ce... déplacé dans un autre ministère...
M. Jolin-Barrette : Bien, le Conseil
des ministres conserve toujours la latitude d'agir sur un titulaire d'un emploi
supérieur.
Mme David : Voilà
la bonne réponse. C'est ça, la réponse, dans le fond, sauf qu'il y a un
article
juste après, qui n'est pas dans votre projet de loi puisque vous n'y faites pas
de changement, mais il est bien dit qu'en cas d'absence ou
d'empêchement du P.D.G. il est suppléé par un autre membre de l'office désigné
par le ministre dans ce cas-ci. Là, on n'est
plus du tout dans la cooptation, les gens qui donnent des mandats. Là, le
P.D.G. n'est pas là, c'est le ministre qui nomme quelqu'un. Ça veut dire
que vous avez un pouvoir de nomination sur les membres qui sont autres que le
P.D.G.
Jolin-Barrette : Effectivement, le pouvoir de nomination entraîne le
pouvoir de retrait également. Et donc, dans le fond, pour suppléer la vacance à
la présidence, le ministre va pouvoir désigner un autre membre pour occuper la
charge de président-directeur général en cas d'empêchement.
Mme David : Ce
qui est bizarre, c'est que tous ces modes de gouvernance... Je vous parle
souvent de 2002, là, puis de la loi n° 104. On
est là-dedans, là. C'est tout du 2002, ça. Je me demande comment ça marchait
avant, parce ça a été créé en 1977, l'OQLF, puis ça, ça arrive en 2002, puis il
ne s'est rien passé avant, puis il ne s'est rien passé après, si je comprends
bien, puis vous, vous ne touchez à rien de tout ça.
Jolin-Barrette : Non, mais, avant, il y avait eu l'Office de la langue
française qui avait été créé par...
Mme David : L'office
et non pas l'OQLF. C'était l'office...
Jolin-Barrette : ...de la langue française, l'OLF.
Mme David : Mais,
en 2002, c'est là qu'on a mis ces règles de gouvernance là, puis, si je
comprends bien, il ne s'est rien passé depuis ce temps-là, et là on continue
avec les mêmes fonctions, puisque le prochain... la prochaine chose s'en vient
à 165.8. Pardon?
Jolin-Barrette : Il y a un drôle d'entête sur votre document.
Mme David : Il
y a un drôle d'entête sur mon document? Quel document?
Jolin-Barrette : Le document que vous aviez dans les mains.
Mme David : Celui-là?
Bien oui, bien oui, c'est très intéressant. C'est une analyse avec ce qui est
changé puis ce qui est nouveau. Il n'y a
aucun commentaire. Il n'y a aucun... Très utile. Ça devrait être fait comme ça,
ces trucs-là. C'est un très bon bureau d'avocats. C'est vraiment très
utile.
Jolin-Barrette : Est-ce que c'est eux qui vous conseillent?
Le Président (M.
Ciccone) : Est-ce qu'on peut rester sur l'article et le sujet?
Jolin-Barrette : Mais c'est pertinemment sur l'article. Je crois qu'il
est écrit sur ce document...
Le Président (M.
Ciccone) : On parle...
Jolin-Barrette : Est-ce qu'on peut demander le dépôt pour la commission?
Mme David : Bien
non...
Le Président (M.
Ciccone) : ...madame?
Mme David : Bien
non, il n'en est pas question. C'est juste la loi avec du rouge puis du noir.
C'est mes notes personnelles.
Jolin-Barrette : C'est des notes personnelles.
Le Président (M. Ciccone) : Alors,
si vous voulez bien, on va revenir, là, à l'article. Ça allait très bien, là.
Il y avait une belle discussion. On va rester sur le sujet de
l'article 102, si vous voulez bien, chers collègues.
Le Président (M.
Ciccone) : Ça va? Y a-t-il d'autres interventions? Non? Alors, s'il
n'y a pas d'autre intervention, nous allons maintenant procéder à la mise aux
voix de l'article 102. Est-ce que l'article 102 est adopté? Adopté.
Nous allons maintenant passer à l'article 103. M. le ministre, à vous la
parole.
Jolin-Barrette : Oui.
L'article 165.8 de cette charte est modifié
par la suppression du cinquième alinéa.
L'article 103 du
projet de loi modifie l'article 165.8 de la Charte de la langue française
par concordance avec le remplacement de l'article 47 de la charte que
propose l'article 37 du projet de loi. Suivant le droit nouveau, l'office
ne fera plus de médiation.
Le Président (M.
Ciccone) : Y a-t-il des interventions? Mme la députée?
Le Président (M. Ciccone) : Pas
d'intervention. Alors, s'il n'y a pas d'intervention, nous allons maintenant
procéder à la mise aux voix de l'article 103. Est-ce que l'article 103
est adopté? Adopté. Nous allons maintenant passer à l'article 104.
M. Jolin-Barrette :
L'article 165.10
de cette charte est remplacé par le suivant :
«165.10. L'office doit transmettre annuellement
au ministre, dans les quatre mois de la fin de l'année financière, un rapport
de ses activités pour cette année financière.
«Le ministre dépose ce rapport à l'Assemblée
nationale dans les 30 jours de sa réception ou, si elle ne siège pas, dans
les 15 jours de la reprise de ses travaux.»
Commentaire.
L'article 104 du projet de loi
propose de remplacer l'article 165.10 de la Charte de la langue française
afin d'assurer la cohérence de cet
article avec les dispositions introduites
par le projet de loi qui prévoient le dépôt de documents à l'Assemblée nationale.
Le Président (M. Ciccone) : Y a-t-il
des interventions sur l'article 165.10 proposé à l'article 104?
Mme David : Oui, M. le Président. Je
vais faire... lancer des fleurs au ministre, et je vais lui dire que c'est très
bien qu'il y ait un rapport annuel et un rapport des activités pour l'année
financière, et c'est très bien que le ministre dépose ce rapport à l'Assemblée
nationale dans les 30 jours de sa réception ou, si elle ne siège pas, dans
les 15 jours de la reprise de ses travaux. Pourquoi je dis ça, c'est parce
que je suis d'accord avec lui qu'il faut qu'il y ait plus de transparence pour
qu'on puisse suivre les travaux. Et il faut que le ministre n'oublie pas,
justement, que l'OQLF est une entité, et là on le voit, à quel point c'est une
entité liée au ministère, qui va devenir le ministère de la Langue française,
et au ministre. Alors, c'est très, très important qu'il puisse transmettre,
comme plein d'autres organismes, des rapports d'activité annuels. Donc, je suis
pour, M. le Président.
Le Président (M. Ciccone) : Alors,
s'il n'y a pas d'autre intervention, est-ce que l'article est adopté, sur
l'article 104?
Le Président (M. Ciccone) : Formidable.
M. le ministre, l'article 105.
M. Jolin-Barrette : Oui.
105, M. le Président :
L'article 165.12 de cette charte est modifié,
dans le premier alinéa :
1° par le remplacement, dans ce qui précède
le paragraphe 1°, de «[...]cinq membres» par «[un] président, désigné par
le gouvernement parmi les membres de l'office qu'il nomme, et des quatre
membres suivants,»;
2° par la suppression du paragraphe 1°.
Commentaire.
L'article 105 du projet de loi
modifie l'article 165.12 de la Charte de la langue française afin de
prévoir que les présidents respectifs du Comité d'officialisation linguistique
et du Comité de suivi de la situation linguistique sont nommés par le
gouvernement parmi les membres de l'office qu'il nomme.
Le Président (M. Ciccone) : Y a-t-il
des interventions? Mme la députée de Marguerite-Bourgeoys.
Mme David : Bien oui, vous n'avez
pas grand choix, M. le Président. Alors, c'est moi, c'est moi qui parle et qui
a cette belle conversation avec le ministre. Alors là, on revient, on revient à
la composition des comités maintenant. Ce
n'est plus la composition de l'office, c'est la composition des comités. Donc,
moi, ce que... ce dont je rêve, qui est une vraie direction de la recherche, avec des chercheurs qui ont un
directeur de la recherche, etc., bien, c'est là que c'est le plus
clairement décrit, que ce sont des comités. Il y a deux sous-comités. Il y a le
sous-comité de la... c'est très intéressant, de l'officialisation linguistique — bon,
ça, c'est souvent un peu moins publicisé — et puis il y a un comité de
suivi de la situation linguistique. Et c'est
là, la méprise. Moi, mon rêve, ce n'est pas que ça s'appelle un comité de suivi
de la situation linguistique, c'est que ce soit vraiment une direction
de la recherche sur l'état de la langue française au Québec.
Alors, vous voyez la méprise. C'est parce que,
si on fait juste un comité de suivi de la situation linguistique... Bien oui,
c'est la
partie très, très, très quantitative, sociolinguistique, oui, il y a
du social aussi, démographique. Alors, c'est pour ça qu'il y a au moins un
spécialiste de chacun, un en démographie ou l'autre en sociolinguistique, ce
qui est normal, parce que c'est un comité de suivi de la situation
linguistique. Mais je trouve, encore une fois, qu'on aurait dû voir plus grand,
voir plus large, et que ce ne soit pas un comité qui est mis au même niveau
qu'un comité d'officialisation linguistique et que... Je sais qu'il y a un
membre qui est comme le coordonnateur, là, le... «Chacun de ces comités se
compose d'un président, désigné par le gouvernement parmi les membres de
l'office qu'il nomme, et des quatre membres suivants», donc le secrétaire,
«trois personnes qui ne sont pas membres de l'office ou de son personnel, pour
un mandat d'au plus quatre ans».
Alors, ce qui est
intéressant, c'est que ces personnes-là, quand on regarde ça, sont des
personnes, encore une fois, non rémunérées. Donc, on n'est pas dans la perspective
d'un centre de recherche qui a beaucoup, beaucoup de marge
de manoeuvre. On est vraiment dans un comité de suivi de situation linguistique
avec des chercheurs qui sont rémunérés pour
leurs déplacements. C'est ce que j'ai compris. Rémunérés... Ce n'est pas ça,
c'est des frais de déplacement.
Alors, il est bien
écrit :
«165.13. Les membres
de ces comités ne sont pas rémunérés, sauf dans les cas [ou] aux conditions et
dans la mesure que peut déterminer le
gouvernement.» Puis, bon : «Ils ont [...] droit au remboursement des frais
raisonnables engagés par eux dans l'exercice de leurs fonctions...» Ça,
ça veut dire le lunch, le stationnement, la passe d'autobus, peut-être.
Alors, je trouve que
c'est dommage, parce que ça pourrait être beaucoup plus ambitieux, comme
projet, de faire de la recherche. Parce qu'on sait, et je l'ai dit tout à
l'heure, que, malheureusement, dans les derniers 25 ans, la recherche en
langue française a beaucoup, beaucoup diminué, beaucoup, beaucoup, dans les
universités, beaucoup. Et donc ça prendrait plus de chercheurs, ça prendrait
plus de visibilité, ça prendrait, pour moi, une division de la recherche, là,
qui devient un leader en termes de langue française.
Et là ce que je
comprends, c'est qu'il n'y a pas de gros changement, sinon que vous
ajoutez : «Un président, désigné par le gouvernement parmi les membres de
l'office qu'il nomme — donc,
un de ceux dont on parle depuis tout à l'heure — et des quatre membres
suivants, nommés par l'office», et là c'est un secrétaire, bon, ça va, trois
personnes qui ne sont pas membres de l'office, pour un mandat d'au plus quatre
ans.
Mais c'est là qu'on
voit qu'ils sont renouvelables, et ils demeurent en fonction jusqu'à ce qu'ils
soient remplacés ou nommés de nouveau. Il n'y a pas de nombre de mandats
maximum. Alors, ça peut être des années, des années, des années et des années.
Et là-dessus ce que je comprends, c'est que le ministre n'a pas d'autorité
parce que c'est des membres nommés par l'office et renouvelés par l'office à
165.12. Le président est «désigné par le gouvernement parmi les membres de
l'office qu'il nomme, et des quatre membres suivants, nommés par l'office». Et
là-dedans tu as trois personnes qui ne sont pas membres de l'office, pour un
mandat d'au plus quatre ans, mais renouvelables ou nommés de nouveau.
Alors là, on descend
dans l'organigramme, là. Là, on n'est plus dans le comité de huit personnes
nommées par le ministre, puis renouvelables,
et qui restent assises sur leur chaise jusqu'au renouvellement, on est dans les
deux comités, dont votre fameuse direction, qu'on n'appelle pas comme
ça, là, de la recherche, Comité de suivi de la situation linguistique, où, là,
vos membres peuvent rester aussi longtemps que l'office veut bien les garder.
Alors, on est dans l'entre-nous pas mal, là.
M. Jolin-Barrette : Bien, si je peux juste
ajouter, là, à l'OQLF, il y a une direction de la recherche, de
l'évaluation et de la vérification interne. Donc, les sept chercheurs qu'il y a
présentement, il y a une directrice de la recherche, avec ce poste formel là,
et, dans le fond, la direction de la recherche travaille en collaboration avec,
notamment, le Comité d'officialisation linguistique puis le Comité de suivi de
la situation linguistique aussi.
Donc, l'objectif,
puis, à l'office, c'est comme ça... Tu sais, voyez-vous, la composition, bon,
il y a le président, qui est désigné parmi les membres de l'office, puis les
quatre autres personnes qui vont être sur le comité, bon :
«2° un secrétaire, choisi parmi [le] personnel», ça
fait que lui, c'est le secrétaire du comité, qui est un fonctionnaire;
«3° trois personnes qui ne sont pas membres de
l'office ou de son personnel, pour un mandat d'au plus quatre ans.» Ça, ça veut dire, c'est des gens à l'externe, mais
c'est... c'est des personnes qui sont choisies en fonction de leur profil,
qui connaissent ça pour être sur le Comité
d'officialisation linguistique ou sur le Comité de suivi de la situation
linguistique.
Ça fait que vous avez
un peu ce que... ce que vous recherchez, parce qu'à l'interne vous avez une
direction de la recherche, vous avez une équipe de recherche à l'OQLF, mais,
parallèlement à ça, le Comité de suivi de la situation linguistique, eux, là,
c'est des gens de l'externe, c'est des experts qui sont choisis en fonction de
leur expertise et qui, eux, viennent siéger. Ça fait qu'il y a comme une... un
dialogue entre la direction de la recherche puis le comité de suivi
linguistique qui est là. Puis, parallèlement à ça, je rattacherais toujours le
commissaire, qui est là aussi pour vérifier l'office.
Mme David :
Mais je vous dirais qu'en nommant tout ce que vous avez nommé là vous avez
à peu près fait le tour, au Québec, des... de ceux qui s'intéressent le plus à
la recherche en langue française. Alors, en plus, vos chercheurs, ils ne sont
pas rémunérés, ceux qui viennent gentiment dialoguer avec les gens de l'office,
qui, eux, sont... sont les chercheurs qui sont rémunérés, parce que c'est leur
emploi. Il y a 240 personnes environ à l'OQLF. Eux autres sont rémunérés.
Il y a... Mais vous avez dit : Il y a sept chercheurs. Mais ces
chercheurs-là, ils viennent de l'extérieur, être membres du Comité de suivi de
la situation linguistique, non rémunérés. Puis là on fait affaire beaucoup,
malheureusement, je le dis, à un groupe qui est relativement restreint, parce
qu'il n'y a plus tant que ça de chercheurs qui s'intéressent à la langue
française.
M. Jolin-Barrette :
Mais savez-vous quoi? On a adopté un
article préalablement, puis on en a
discuté ensemble, relativement à l'importance de financer la recherche en
français mais aussi de faire en sorte de valoriser la recherche sur la langue
française. Ça, je pense que c'est important aussi puis...
Mme David :
Bien, je... Ce n'est pas... Je le sais.
M. Jolin-Barrette :
...puis ça va de pair avec le fait, également, qu'il y a très peu de
recherche qui se fait maintenant, dans les universités québécoises, sur
l'histoire québécoise, sur les personnages québécois, sur les patriotes, sur
l'identité québécoise, sur le nationalisme québécois, sur les spécificités, les
valeurs sociales du Québec aussi.
Mme David :
Vous avez raison, puis sur la langue encore moins. Donc, il faudrait
avoir... C'est pour ça qu'il faut avoir des structures qui sont attirantes et
visionnaires, pour dire : On va pérenniser la question de la recherche en
langue française.
M. Jolin-Barrette :
Puis on va le voir un petit peu plus tard aussi, on vient confier un mandat
à l'Institut de la statistique du Québec aussi en matière de recherche.
Mme David :
Ah! ça va être encore des données, puis des données, puis des données.
Bien, il faut que vous ayez des chercheurs, puis des chercheurs, puis des
chercheurs pour analyser ces données-là, puis des chercheurs qui ont des idées
à déposer puis à fouiller sur la situation de la langue française. Mais je
comprends que, là, c'est... c'est plus au niveau exécutif... exécutoire, je
dirais, là. C'est vraiment un comité de suivi de la situation linguistique.
C'est des graphiques, c'est... Mais c'est parce qu'il me semble qu'il y a
tellement plus à dire sur la recherche de la langue française. Mais, bon,
alors, c'est ça. C'est tout, M. le Président.
Le Président (M.
Ciccone) : Merci beaucoup. Il n'y a pas d'autres commentaires? Est-ce
que l'article 105 est adopté? Adopté. Nous passons maintenant à
l'article 106. M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Oui. L'intitulé du
titre III.1 de cette charte est modifié par le remplacement de
«inspections et enquêtes» par «plaintes, dénonciations, mesures de protection,
inspections, enquêtes et mesures de redressement».
Commentaire.
L'article 106 du projet de loi propose de modifier l'intitulé du
titre III.1 de la Charte de la langue française par concordance avec
l'ajout de nouvelles dispositions que proposent les articles 107 et 113 du
projet de loi qui concernent les plaintes, les dénonciations, les mesures de
protection et les mesures de redressement.
Le Président (M.
Ciccone) : Mme la députée... Oh! M. le ministre.
M. Jolin-Barrette :
...une courte suspension, M. le Président.
Le Président (M.
Ciccone) : Alors, on va suspendre.
(Suspension de la séance à
15 h 38)
Le Président (M.
Ciccone) : Alors, nous sommes de retour. Votre attention, s'il vous
plaît! Nous étions à l'étude de l'article 106. Est-ce qu'il y a des
interventions sur l'article 106?
Mme David : ...s'il
vous plaît, là. Ça va, M. le Président.
Le Président (M.
Ciccone) : Pas du tout? Alors, est-ce que l'article 106 est
adopté? Adopté. Nous allons maintenant passer à l'article 107. M. le
ministre.
Jolin-Barrette : Alors, M. le Président, je vais faire la lecture de
l'article 107. Je vais y aller par sous-article. Donc, 165.15, je vais
lire les commentaires, ensuite, je vais faire 165.16, je vais lire les
commentaires.
Le Président (M.
Ciccone) : Effectivement.
M. Jolin-Barrette : Donc : Cette charte est modifiée par l'insertion, après l'intitulé
du
titre III.1, de ce qui suit :
«Plaintes,
dénonciations et mesures de protection
«165.15. L'office
reçoit les plaintes relatives à tout manquement aux dispositions de la présente
loi.»
Et le commentaire.
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