Institutions — 2 May 2013 (40th Legislature, 1st Session)
CI 2013-05-02
Quebec — Committees
(Onze heures trente-neuf minutes)
Président (M. Villeneuve) :
Alors, mesdames messieurs, à l'ordre, s'il vous plaît! Ayant constaté le
quorum, je déclare la séance de la
Commission des institutions ouverte et je demande à toutes les personnes dans
la salle de bien vouloir éteindre la sonnerie de leurs téléphones cellulaires.
Le mandat de
la commission est de poursuivre l'étude détaillée du projet de
loi n° 22, Loi modifiant la
Loi sur l'indemnisation des
victimes d'actes criminels.
Nous aurions
besoin du consentement, dans la mesure où les membres de cette Assemblée
veulent bien le donner, quant à des remplacements. Il y aurait un
remplacement. Le député de Deux-Montagnes remplacerait le député d'Ungava, le
temps... Ce ne serait pas pour la journée. Normalement, c'est pour la journée,
pour une séance complète lorsqu'on fait des remplacements. Alors, on vous
demande l'autorisation de procéder différemment. Et la députée de Montmorency
remplacerait le député de Saint-Jérôme pour ce matin seulement. Est-ce que j'ai
le consentement des membres de la commission? Consentement. Donc, on peut y
aller comme ceci.
Il n'y a pas d'autres remplacements, Mme la
secrétaire?
Secrétaire : Oui, M. le
Président. Donc, outre M. Goyer qui remplace M. Ferland (Ungava), il y a M.
Villeneuve (Berthier) qui remplace M. Therrien (Sanguinet); Mme Weil
(Notre-Dame-de-Grâce) qui remplace M. Marsan (Robert-Baldwin);
Mme Blais (Saint-Henri—Sainte-Anne)
remplace M. Poëti (Marguerite-Bourgeoys); Mme de Santis (Bourassa-Sauvé)
remplace Mme St-Pierre (Acadie); et Mme St-Laurent (Montmorency) remplace M. Duchesneau
(Saint-Jérôme) pour la première
partie de la séance.
Président (M. Villeneuve) :
D'accord. Ça convient à tout le monde? Alors, nous étions rendus... Il y
avait trois articles d'adoptés. Alors, à ce stade-ci, je céderais la parole à
M. le ministre pour la suite des choses.
M. St-Arnaud : Oui, M. le Président.
Alors, normalement, nous serions rendus à l'article 4, mais je crois
comprendre, de conversations avec la députée de Gouin, qu'elle souhaiterait
nous proposer quelque chose. Alors, je vais la laisser faire sa proposition.
Le Président (M. Villeneuve) :
Alors, Mme la...
St-Arnaud : M. le Président,
je n'aurai pas d'objection, si ça convient à tous les membres de la
commission.
Le Président (M. Villeneuve) : Mme
la députée de Gouin, à vous la parole.
David : Merci, M. le
Président. Merci, M. le ministre. Je demanderais donc tout simplement de
procéder immédiatement à l'article 5, s'il vous plaît.
Président (M. Villeneuve) :
Est-ce que ça sied à l'ensemble de la commission, aux membres? Ça va? M.
le ministre.
Ouimet (Fabre) :
...d'avoir eu un petit rôle à jouer dans cette demande, alors...
Président (M. Villeneuve) :
Alors, on se découvre, on se découvre, hein? Donc, ce que je comprends,
c'est que les membres de la commission sont tout à fait d'accord. M. le
ministre.
M. St-Arnaud : Ça va. Alors, M. le
Président, l'article 5, tel qu'il était libellé...
Ouimet
(Fabre) : J'aime ça quand on dit que je suis d'accord pour
quelque chose, je veux savoir c'est quoi, le quelque chose exactement,
parce que je n'ai pas...
Le Président (M. Villeneuve) : Oui,
d'accord, vous avez raison. Alors, allons-y avec plus de précisions. C'est qu'au lieu de procéder dans un ordre
chronologique de l'étude
article par article, donc on a adopté le 1, le 2 et
le 3, on ne procéderait pas immédiatement pour l'article 4, on procéderait à l'article
M. Ouimet (Fabre) : Tout simplement
Président (M. Villeneuve) : Voilà.
Ouimet
(Fabre) : Bon, bien, je suis d'accord.
Le Président (M.
Villeneuve) : Bon, d'accord. Heureux de vous l'entendre dire. Alors,
M. le ministre, à vous la parole.
M. St-Arnaud : C'est beau. Alors, si tout le monde est d'accord, M. le Président, on
peut procéder, donc, à l'étude de l'article
5 du projet de loi n° 22. Je vous lis l'article 5 tel qu'il se lisait
dans le... tel qu'il se lit toujours dans le projet de loi n° 22.
Alors, il se lit comme suit :
L'article 11 de cette
loi est modifié par le remplacement, dans le premier alinéa, des mots «l'année»
par les mots «les deux ans».
M. le Président, tel que j'en ai avisé l'opposition officielle, le deuxième
parti d'opposition la semaine dernière et la députée de Gouin hier, j'entends
proposer un amendement — hier,
parce qu'on ne s'était pas vus la semaine dernière — j'entends proposer un
amendement à l'article 5, tel que je viens de le lire, qui se lirait comme suit :
Remplacer l'article 5
du projet de loi par le suivant — ouvrez les guillemets :
L'article 11 de cette
loi est modifié :
1° par le
remplacement, dans le premier alinéa, des mots «l'année» par les mots «les deux
ans»;
2° par l'insertion,
après le premier alinéa, du suivant :
«Pour
l'application du premier alinéa, la survenance de la blessure correspond au
moment où la victime prend conscience du préjudice subi et de son lien
probable avec l'acte criminel.»
Alors,
M. le Président, évidemment, la première
partie n'est pas très compliquée à
comprendre. Depuis 40 ans, plus de 40 ans, le délai pour présenter une
demande d'indemnisation pour une victime d'acte criminel, le délai est d'un an, et je suis heureux de faire un bon bout
de chemin en faisant en sorte que dorénavant, si cet
article est adopté,
le délai sera dorénavant de deux ans au lieu d'un. Alors, c'est un changement
majeur, parce que, comme je vous le dis, depuis 40 ans, plus de 40 ans, le
délai était d'un an.
Cela
dit, nous avons eu un certain nombre de témoignages, lors de nos consultations
particulières, qui nous ont fait réfléchir sur certains cas d'agression
sexuelle ou de violence conjugale où la personne victime de ces actes criminels
prend souvent conscience du préjudice qu'elle a subi beaucoup plus tard dans le
temps. Et ce qu'on nous a dit du côté de l'IVAC,
c'est qu'ils en tenaient déjà compte. Et donc une personne victime d'agression
sexuelle ou de violence conjugale qui
faisait une demande à l'IVAC, par exemple, cinq ans plus tard, au moment où
elle avait pris conscience du préjudice
qu'elle avait subi et du lien probable entre sa situation et l'acte criminel,
qu'on était, j'allais dire, généreux, mais, en fait, qu'on en tenait compte et on acceptait quand même que, même si
le délai était expiré, elle puisse faire une demande d'indemnisation à l'IVAC.
s'est fait aussi dire : Oui, mais ce serait peut-être mieux de le mettre
dans la loi. D'où l'amendement, M. le Président,
qui vient mettre carrément dans la loi, à la fin de l'amendement que j'ai
proposé, pour l'application du premier alinéa,
donc, le délai de deux ans : «...la survenance de la blessure correspond
au moment où la victime prend conscience du préjudice subi et de son lien probable avec l'acte criminel.» Alors,
l'amendement que je propose permet de préciser le point de départ du
délai pour produire une demande afin de bénéficier des avantages de la présente
loi.
Et, par exemple, M.
le Président, dans le cas d'une victime d'agression sexuelle, si la victime ne
réalise que cinq ans plus tard qu'il y a un
lien entre le préjudice subi et la commission de l'acte criminel, le délai pour
produire une demande sera de deux ans
à compter du moment où elle prend connaissance de ce lien — donc,
sept ans au total — et
non pas de deux ans à compter de la commission de l'acte criminel.
tribunaux appliquaient déjà ainsi, M. le Président, comme je vous le disais, le
point de départ du délai pour présenter
une demande prévue à l'article 11 de la
Loi sur l'indemnisation des victimes d'actes
criminels. Mais l'avantage de l'amendement que je propose, c'est de le
codifier, de le mettre dans la loi, comme nous l'ont demandé plusieurs organismes qui ont témoigné lors de nos
consultations particulières, voilà. Voilà, M. le Président, ça résume l'essentiel
de l'amendement que j'ai proposé.
Le Président (M.
Villeneuve) : D'accord. Merci, M. le ministre. Je crois que tout le
monde a reçu ledit amendement. Alors, j'ai une intervention qui est demandée
par la députée de Montmorency.
Mme St-Laurent : J'aurais une suggestion à faire. C'est qu'en droit on parle souvent d'impossibilité
d'agir. Je me demande si, dans l'amendement,
on ne pourrait pas parler justement de cette impossibilité d'agir. Toute la
jurisprudence qu'on voit dans des cas de
même pour étendre les délais où le délai commence à courir, on parle toujours
d'impossibilité d'agir de la victime. On les
a dans différents traumatismes, etc., et je pense que ça serait le meilleur
terme qu'on pourrait employer, parce que l'impossibilité d'agir englobe
beaucoup. Soit que la personne n'a pas pris conscience, soit, la personne, ça a été impossible d'agir parce qu'elle
a vécu avec le conjoint de nombreuses années ou qu'elle avait peur. Et
je pense que le terme d'«impossibilité d'agir» serait vraiment le terme
juridique adapté à cette situation.
M. St-Arnaud : C'est une bonne intervention, M. le Président. Je me retourne vers les
légistes, et... Je ne sais pas. Je ne
sais pas s'il y a d'autres membres de la commission qui souhaiteraient
intervenir là-dessus avant que... pour éclairer... pour alimenter la réflexion. Parce que vous dites,
Mme la députée de Montmorency, vous dites, par exemple, dans un cas de
violence conjugale, la victime a peut-être pris conscience assez tôt du lien
entre l'acte criminel qu'elle subit et le préjudice… oui.
Président (M. Villeneuve) : Oui. Est-ce que, M. le ministre, vous avez
terminé?
St-Arnaud : Non, bien, je réfléchissais à haute voix, M. le Président.
Le Président (M. Villeneuve) :
Bien, pendant que vous...
M. St-Arnaud : Mais j'aimerais peut-être... Je pense que les légistes vont regarder de
leur côté, mais je ne sais pas s'il y a d'autres membres de la
commission qui souhaiteraient intervenir là-dessus.
Le Président (M. Villeneuve) : Bien sûr. Écoutez, peut-être dans la même... M.
le député de Fabre veut intervenir. Juste peut-être la députée de
Montmorency, peut-être terminer son intervention, puis après ça je vous
passerai la parole, M. le député de Fabre. Ça va? Alors donc, la députée de
Montmorency.
Mme St-Laurent : C'est parce que l'impossibilité d'agir, en droit, ça peut être la
personne, par exemple, qui vit encore
avec le conjoint, qui est menacée. Mais aussi, en droit, on a reconnu, la
jurisprudence a reconnu, et je l'ai vu souvent aussi, l'impossibilité d'agir mentale, la personne est peut-être dans
une condition mentale… Et, je pense, quand on veut prolonger les délais, c'est que la personne ne le
savait pas, par exemple, dans des dommages — on va parler de dommages automobiles,
mais on l'a vu en civil, on l'a vu en délictuel aussi — c'est
que, la personne, il y a des dommages qui arrivent
plusieurs années après, et il faut qu'elle prouve, à ce moment-là, par exemple
en matière civile, l'impossibilité d'agir
en droit. Et ça comporte beaucoup... Pour une victime, il peut y avoir
plusieurs raisons. Ça peut être le conjoint violent qui est toujours près d'elle, ça peut être l'atteinte
psychologique, ça peut être qu'elle ne sait pas, cinq ans plus tard, c'est quoi, le problème. Et le vrai terme
juridique, c'est vraiment l'impossibilité d'agir en droit. Ce n'est pas
l'impossibilité physique, là, dans le sens qu'elle ne peut pas réclamer
immédiatement. L'impossibilité d'agir en droit est très large, et c'est
vraiment reconnu constamment en jurisprudence.
Le Président (M.
Villeneuve) : D'accord. Merci, Mme la députée. Alors, il y aurait le
député de Fabre qui voulait intervenir.
M. Ouimet (Fabre) : Merci, M. le Président. En fait, et ce n'est pas que je veux... je ne
suis pas contre l'objectif poursuivi par la députée de Montmorency, mais
je pense que ma compréhension de la loi rend inutile le fait d'inclure la notion d'impossibilité d'agir puisque, et là c'est
ma... je ne suis pas un spécialiste de la loi, mais l'article 11 prévoit
déjà... La mécanique de cette loi-là, c'est
qu'on fixe un délai pour agir, mais la conséquence de ne pas agir dans le
délai, c'est une présomption qu'on renonce,
et on a toujours la possibilité de se présenter devant la commission et
d'expliquer pourquoi cette présomption de
renonciation ne doit pas s'appliquer. Et, reprenant l'exemple de la députée de
Montmorency, M. le Président, la victime qui
était dans l'impossibilité d'agir peut tout simplement exposer cette
démonstration-là et renverser la présomption de renonciation telle qu'elle
existe déjà dans la loi. Donc, le critère de l'impossibilité d'agir existe
déjà, alors que l'amendement qui est proposé vise à élargir, à préciser une
notion qui, elle, n'est pas celle de l'impossibilité d'agir. En tout cas, c'est
ma compréhension.
St-Arnaud : C'est un peu la compréhension qu'on m'indique...
Le Président (M.
Villeneuve) : Alors, M. le ministre.
M. St-Arnaud : ...c'est que c'est plus... Mettre l'impossibilité d'agir, ça serait
plus élevé, ça serait plus restrictif. Et
la Cour suprême, me dit-on, dans l'arrêt K.M. c. H.M., dans les cas de victimes
d'inceste ou d'agressions sexuelles, disait
ceci : «…en matière de crime d'ordre sexuel, le tribunal fait sien l'enseignement
de la Cour...» C'est une décision du
Tribunal administratif du Québec dans K.M. c. H.M., 1992. En fait, le tribunal
a appliqué l'arrêt K.M. c. H.M. qui est une décision de la Cour suprême, 1992, 3 R.C.S. 6, aux victimes d'inceste
et d'agressions sexuelles. La Cour suprême disait ceci... En fait, le TAQ disait ceci : «…en matière de crime
d'ordre sexuel, le tribunal fait sien l'enseignement de la Cour suprême
du Canada dans l'arrêt K.M. c. H.M. Ainsi, un délai de carence se compute à
partir du moment où la victime prend conscience du préjudice subi et de son
lien probable avec l'agression.»
Alors, finalement, ce
que j'ai demandé aux légistes suite à nos travaux en consultations particulières,
c'est : Est-ce qu'on peut codifier la
pratique? Et la pratique, elle s'inspire de l'arrêt de la Cour suprême. Et je
comprends qu'on a mis le libellé de la Cour suprême mot à mot, c'est ce
qu'on… On met presque mot à mot dans l'amendement que je dépose.
Alors, ce qu'on me
dit, c'est que... Et je ne suis pas le plus grand expert, on pourra
probablement en débattre pendant quelques
heures. Mais ce qu'on me dit, c'est qu'en codifiant la pratique, qui elle-même
se base sur l'arrêt de la Cour
suprême K.M. c. H.M., en mettant presque mot à mot dans la loi le libellé du
jugement de la Cour suprême, on couvre plus large. C'est ce que je
comprends. Et l'impossibilité d'agir, là, on rentre dans un tout autre débat
qui mettrait peut-être un critère même plus élevé, selon ce qu'on me dit.
Alors, ce qu'on fait,
c'est qu'on met presque mot à mot la décision de la Cour suprême de 1992 qui est déjà appliquée par les gens qui gèrent l'indemnisation
des victimes d'actes criminels. Mais là, à la suite des représentations
qu'on a eues, on le met dans la loi. Alors, je pense, Mme la députée de
Montmorency, que plus j'y réfléchis, plus je
pense qu'on devrait se limiter... plus je me convaincs moi-même de peut-être
faire confiance à nos juristes et de garder le libellé tel que je le
propose dans l'amendement.
Le Président (M.
Villeneuve) : Alors, merci, M. le ministre. Je crois qu'il y avait la
députée de Notre-Dame-de-Grâce qui voulait intervenir. Est-ce que c'est
toujours le cas?
Le Président
(M. Villeneuve) : Ça va.
Est-ce qu'il y a d'autres personnes de la commission qui veulent
intervenir sur... Oui. Député de Fabre, à vous la parole.
M. Ouimet
(Fabre) : Oui. En fait, j'ai
eu l'occasion de discuter avec... et c'était peut-être l'intervention que
la députée de Notre-Dame-de-Grâce voulait
faire, mais ce que j'ai mentionné, et je vais le... Je rejoins les propos du
ministre parce que ma crainte à moi, c'est que la notion d'impossibilité d'agir
pourrait monter la barre, alors que ce n'est pas l'objectif qu'on poursuit. On veut que la victime, étant donné sa
situation, étant donné l'état de la jurisprudence, puisse assez
facilement renverser la présomption. En incorporant la notion d'impossibilité d'agir,
j'aurais peur, moi, qu'on hausse le standard
et le fardeau de preuve de la victime, ce qui n'est clairement pas l'objectif
poursuivi. Je comprends l'intervention
de la députée de Montmorency de s'inspirer d'une notion de droit qu'on retrouve
dans plusieurs de nos lois, mais, dans ce cas-ci, je nous invite à la
prudence avant de l'adopter.
Président (M. Villeneuve) :
La députée de Montmorency est impatiente de réagir à vos propos, M. le
ministre et M. le député de Fabre. À vous la parole.
Mme St-Laurent : Oui. Vous avez
raison. Je pense que le tout s'applique indépendamment l'un de l'autre, et j'explique.
Parce que ce que je comprends : «Pour l'application du premier alinéa, la
survenance de la blessure correspond au
moment où la victime prend conscience du préjudice subi et de son lien probable
avec l'acte criminel.» O.K., il y a ça.
Par contre,
on pourrait rajouter une chose. Je comprends tous les deux. La victime, par
exemple, la victime de violence conjugale qui est dans l'impossibilité d'agir
parce qu'elle a un conjoint trop violent qui vit avec, on va le considérer comme deux points importants qu'on
pourrait mettre dans un. La victime qui est dans l'impossibilité d'agir,
que ce soit la victime de violence conjugale ou que ce soit la victime, par
exemple…
On va prendre
une adolescente. Elle sait qu'elle a des troubles, elle se fait agresser
sexuellement ou un autre. Mais là,
évidemment, elle a peur de ce que les gens vont dire, elle a peur de ce qui va
arriver, elle a peur de tout, elle est dans l'impossibilité d'agir, qui est une chose complètement différente. Elle
prend conscience que, si elle est traumatisée et qu'elle manque ses études, qu'elle est au cégep, qu'elle
est à l'université, etc., mais, pour elle, là, elle est bloquée, elle est
dans l'impossibilité d'agir et dans un état psychologique à cause du contexte,
aussi parce que son agresseur fait peut-être
partie de la famille. Et la
victime de violence conjugale, c'est la même chose.
Ça fait qu'on
va le prendre comme deux contextes différents qu'on pourra mettre ensemble.
«…la survenance de la blessure
correspond au moment où la victime prend conscience du préjudice subi et de son
lien probable avec l'acte criminel.» Mais ça ne couvre pas tout. La
victime qui est dans l'impossibilité d'agir, puis on le reconnaît en droit, bien, elle aussi, il faudrait y penser, parce que,
dans beaucoup de cas, c'est de l'impossibilité d'agir. Et, à ce
moment-là où la victime est dans l'impossibilité d'agir et la jurisprudence le
reconnaît, le délai commence à courir au moment où elle peut enfin le faire. Ça peut être cinq ans après parce que le
conjoint ne vit plus avec la femme et/ou l'agresseur est déménagé dans
un autre lieu. Ça fait que, ça aussi, il faudrait le mettre. C'est deux
concepts qui se complètent.
Président (M. Villeneuve) :
Est-ce que… Oui, vous avez terminé, Mme la députée de Montmorency.
Est-ce que M. le ministre veut réagir?
St-Arnaud : J'essaie de voir
une situation puis je la lance pour les membres de la commission. Ce que je
crois comprendre de ce que vous dites, Mme la députée de Montmorency, vous êtes
dans un cas de violence conjugale, la personne
est victime de voie de fait. À quelque part, elle est... à ce moment-là, ce que
vous semblez dire, c'est : Elle est consciente du préjudice subi à ce moment-là et du lien qu'il y a entre
ce préjudice qu'elle subit et le voie de fait qui est commis par son conjoint. Mais vous dites :
Donc, le préjudice, elle peut l'avoir déjà, elle peut avoir déjà pris
connaissance du lien entre son état, son
préjudice et l'acte criminel dès le départ, là, dès les jours qui suivent le
geste, dès le moment du geste. Mais,
vous dites, si elle arrive cinq ans après, vous avez peur qu'on dise : Il
est trop tard parce que vous avez pris conscience
de votre préjudice au moment des événements, il y a cinq ans. Et vous
dites : Si on ajoutait «au moment où la victime prend conscience du préjudice subi et de son lien probable avec
l'acte criminel ou si elle a été dans l'impossibilité d'agir», avec un «ou», vous dites : Elle
pourrait, à ce moment-là, dire : Oui, j'étais consciente du préjudice au
moment de l'événement, mais j'étais dans l'impossibilité d'agir. Est-ce que je
résume bien votre pensée?
Mme St-Laurent : Oui, oui…
M. St-Arnaud : J'aimerais entendre
les membres de la commission sur cette question.
Le Président (M. Villeneuve) :
Merci, M. le...
St-Arnaud : Et je regarde
discrètement vers mon vis-à-vis, mon éminent collègue de l'opposition
officielle.
Président (M. Villeneuve) :
Merci, M. le ministre. Question d'avoir un suivi dans la discussion, je veux
d'abord voir si la députée de Montmorency veut réagir immédiatement. Parce que
j'ai Mme la députée de Gouin qui veut intervenir. Ça vous va, madame…
Mme St-Laurent : Oui, ça va, je vais
laisser les autres... Je vais écouter les autres.
Le Président (M. Villeneuve) : D'accord.
Alors, la députée de Gouin, à vous la parole.
David : Merci, M. le
Président. Je n'étais pas certaine, au début, de vouloir réagir parce que je
sentais que nous étions sur un
terrain très juridique qui dépassait un tout petit peu, je l'avoue, mes
compétences. Mais plus je comprends l'intention de Mme la députée de
Montmorency — c'est
ça? — plus
je me dis que ça a pas mal de bon sens. Et je réalise,
à partir, en fait, de la dernière intervention du ministre, que Mme la députée
essaie de faire d'une certaine façon ce que, moi, je voudrais faire,
pour les mêmes raisons, d'une autre façon, c'est-à-dire, pour les victimes d'agressions
sexuelles et de violence conjugale, d'éliminer le délai de prescription.
À ce
moment-là, on n'aurait pas besoin de discuter très longtemps pour savoir s'il
faut absolument ajouter ou non la question
de l'impossibilité d'agir, il n'y aurait pas de délai de prescription. C'est
une demande qui vient des groupes de femmes, qui vient du regroupement
des maisons d'hébergement pour femmes victimes de violence, qui vient aussi du Regroupement des CALACS, ces centres d'aides
pour les victimes d'agressions sexuelles. Ces deux regroupements qui s'occupent donc et de femmes victimes d'agression sexuelle et de femmes
victimes de violence conjugale partagent ce point de vue appuyé par Mme Langevin, professeure en
droit à l'Université Laval, qui est une grande spécialiste du dossier.
Sur ces questions-là, il ne peut pas y avoir vraiment prescription pour toutes
les raisons que la députée de Montmorency a apportées,
que je ne répéterai pas. Et là-dessus le mémoire du Regroupement des maisons d'hébergement
est vraiment éloquent.
Et, quant à
la question de l'agression sexuelle, je ne ferai pas de grand discours
là-dessus, je pense que tout le monde ici
est très conscient des difficultés que ça pose pour tellement de femmes — et
sans doute d'hommes aussi — d'un
jour arriver à être capable de nommer ce qui s'est passé. Et donc pourquoi,
franchement, un délai de prescription dans ces cas-là? Je reviendrai plus tard, parce que je ne veux pas être hors
sujet, sur la question du délai de prescription général pour l'ensemble
des victimes. Mais, pour ces personnes-là — et je ne sais pas si ça se
trouverait à résoudre la question posée par la députée de Montmorency — moi,
je propose qu'il n'y ait pas de délai de prescription.
Nous avons un amendement. Si vous voulez, nous
pouvons le distribuer. Ou ce n'est peut-être pas le bon moment. Enfin, M. le
Président, éclairez-moi là-dessus.
Président (M. Villeneuve) :
On va commencer par disposer de la question de l'amendement qui est sur
la table. D'ailleurs… Et tantôt on verra à sa recevabilité. Mais on va
commencer par en débattre, je pense, de celui-ci. Oui. Alors, à ce moment-ci,
je céderais la parole à M. le ministre. Et, madame, je ne vous oublie pas, la
députée de Notre-Dame-de-Grâce, ce sera votre tour par la suite.
St-Arnaud : Bien, peut-être
deux choses, M. le Président. D'abord, je dois dire que ce que j'ai compris,
lors des consultations particulières, des
différents organismes qui sont venus, ils nous ont dit, et je pense que c'est
le centre... Je ne sais pas si c'est
Me Langevin ou le centre
international de droit comparé. Il
nous est arrivé avec le libellé qu'il y a dans les autres lois, dans plusieurs lois de d'autres provinces canadiennes.
Et notamment, ils ont attiré notamment notre attention sur le libellé du
Manitoba. Et c'est presque ça mot à mot, là, qu'on met dans la loi. Ils nous
ont dit... Parce que l'absence totale de
délai, là, il n'existe pas dans aucune loi au Canada. Ce qu'il faut, puis je ne
sais pas si la députée... Pour ce qui est
de la demande d'indemnisation, il n'existe pas dans aucune autre loi ailleurs
au Canada. Il y a un libellé semblable à l'amendement que j'ai présenté.
Et, quand j'ai posé la question aux gens qui sont venus témoigner devant nous,
ils semblaient nous dire : On va être
satisfaits de ça et on va être satisfaits si vous vous inspirez notamment du
libellé du Manitoba.
Je veux juste dire à la députée pour être bien
sûr qu'on se comprend bien, là, ici, on parle du délai pour faire une demande d'indemnisation
à l'IVAC. À ne pas confondre avec le délai… Puis ça, c'est un autre débat qu'on
aura éventuellement, où on pourra envisager... enfin, on pourra discuter du
délai pour intenter un recours civil contre son agresseur, qui est prévu au
Code civil. Puis, vous le savez, là-dessus l'ancien gouvernement avait déposé
un projet de loi où il allongeait le délai à
10 ans. Moi, je me suis engagé à en déposer un autre, projet de loi, pour l'allonger
davantage que de 10 ans pour les cas d'agression
sexuelle et de violence conjugale, et de l'allonger substantiellement, tout en
étant bien conscient qu'il y a des gens qui voudraient aller jusqu'à l'imprescriptibilité
dans ces cas-là. Mais ça, c'est un autre débat. Là, on est sur les demandes à l'indemnisation.
Moi, j'avais compris, de nos consultations particulières, que, si on codifiait
la politique et que si on s'inspirait de ce que les groupes nous ont dit,
notamment, là, dans un mémoire où il y avait un tableau avec toutes les...
Une voix : C'est Mme Langevin.
St-Arnaud : C'est Mme
Langevin? En fait, on s'était inspirés de Mme Langevin pour notre
amendement. Et on pourrait ressortir
exactement ce qu'elle nous a dit. Mais, si je me rappelle bien, je lui avais
demandé spécifiquement : Si on
codifie dans la loi... Et, elle, elle me disait : Oui, puis, si vous
voulez prendre le meilleur des textes, prenez le texte du Manitoba. Et
ma compréhension, là — on
pourrait ressortir son mémoire si vous l'avez à portée de la main — c'est
qu'on s'inspire de ça et que...
Et ça nous ramène au
débat. On réfléchit à haute voix, M. le Président, puis on essaie de trouver le
meilleur libellé. Mais, pour répondre
peut-être plus à la préoccupation de la députée de Montmorency, qui répond en
partie à la préoccupation de la députée de
Gouin, si on ajoutait… et je réfléchis à haute voix, là, je n'en fais pas
nécessairement un amendement mais «au moment où la victime prend conscience du
préjudice subi et de son lien probable avec l'acte criminel ou si elle a été dans l'impossibilité d'agir, «ou», avec un
«ou», est-ce que ça ne viendrait pas combler les cas semblables à l'exemple que je donnais tantôt, où
une personne peut être en situation de violence conjugale, être
consciente du préjudice qu'elle subit et du
lien entre ce préjudice-là et l'acte criminel qu'elle... mais elle vit dans une
relation de couple où ce n'est pas simple et éventuellement elle
pourrait plutôt plaider l'impossibilité d'agir quelques années plus tard?
Voilà. Même si on me dit, M. le Président, c'est déjà interprété un peu comme
ça. Mais je lance la... Je le mets sous forme de point d'interrogation. Je
voudrais écouter les membres de la commission là-dessus.
Président (M. Villeneuve) :
Merci, M. le ministre. Alors, je comprends que votre intervention amène
beaucoup de questions, alors… Et j'avais dit
que je donnerais la parole à la députée de Notre-Dame-de-Grâce. Alors, allez-y,
madame.
Weil : Merci, M. le
Président. Évidemment, c'est un sujet fascinant, puis on voit qu'on touche à un
enjeu extrêmement délicat. Puis je pense qu'on
a tous compris exactement avec la proposition de la députée de
Montmorency. Je voulais savoir — puis c'est vraiment les experts qui
pourraient répondre à la question — si la commission, dans les cas qu'ils ont eu à traiter, ils ont une certaine
discrétion où ils auraient pu peut-être… compris cette notion, utiliser cette
notion pour donner droit à des personnes de
réclamer une indemnisation, si la loi est assez large pour permettre cette
discrétion qui est, en fait, comme on
comprend, une règle de jurisprudence, de toute façon, qui pourrait faire en
sorte de peut-être rassurer les
victimes que ça fait
partie du droit commun de toute façon. M. le ministre, je
ne sais pas si vous avez compris la
question. C'est de voir si, dans l'application actuelle de la loi, la
commission aurait déjà... étant donné que ça fait
partie des règles du
droit commun, quelque part dans la façon que la loi est appliquée, ils
utilisent cette discrétion pour faire courir ce un an qui deviendrait deux ans.
M. St-Arnaud : Moi, on semble me
dire que oui.
Mme Weil : Est-ce qu'on avait de la
jurisprudence ou quelque chose pour nous...
M. St-Arnaud : J'ai de très bonnes
conseillères et conseillers à ma droite. Vous les connaissez, Mme la députée de
Notre-Dame-de-Grâce...
Mme Weil : Oui! J'ai eu un
grand plaisir…
M. St-Arnaud : Vous en
connaissez plusieurs.
Mme Weil : Oui, oui, contente de les
revoir.
St-Arnaud : Moi, ce qu'on me
dit, c'est que l'impossibilité d'agir, effectivement, est déjà appliquée par
la CSST en matière d'indemnisation des victimes d'actes criminels et par les
tribunaux supérieurs à la CSST. Et on me dit
aussi qu'il y a différents motifs qui peuvent permettre d'aller au-delà du
délai prévu à la loi. Il y avait déjà ce qu'on codifie, il y a l'impossibilité
d'agir — écoutez,
je vous les donne tel qu'on me les écrit, là — un déni, un élément déclencheur, une prise de conscience récente de la
cause de sa condition psychologique. En fait, c'est un peu, là... On est
un peu autour de la même chose, ce qui amenait peut-être une des...
disais : Est-ce qu'on devrait ajouter «où elle est dans l'impossibilité d'agir»,
là, «ou, si elle est dans l'impossibilité...»? Et là ce qu'on me dit, c'est
qu'on pourrait peut-être écrire quelque chose qui serait à peu près ceci : «Cette présomption — là, je ne sais pas si ce serait "cette
présomption" — peut être
renversée s'il est démontré que la
victime est notamment dans l'impossibilité d'agir.» Ou, en tout cas, quelque
chose comme ça. Le «notamment» permettrait d'aller chercher les autres
éléments que je viens de mentionner, mais on mettrait l'impossibilité d'agir quand même. Alors, il faudrait juste trouver le
libellé exact, là, parce que je ne suis pas sûr que «présomption», c'est
le bon mot. Mais je ne sais pas s'il y a des gens qui veulent intervenir juste
sur cet élément-là. On pourrait peut-être, après ça, suspendre quelques minutes
puis demander aux gens d'écrire un texte, si l'esprit, là, de ce que je viens
de dire fait consensus.
Le Président (M. Villeneuve) : Ce
que je vous propose, M. le ministre… J'ai des mains qui se lèvent. Et, pendant
que l'équipe travaille, là, derrière vous, à essayer de trouver une façon de l'écrire,
peut-être la députée de Sainte-Anne... attendez, Saint-Henri—Sainte-Anne,
voilà, qui veut intervenir. Alors, à vous la parole, madame.
Mme Blais :
Merci, M. le Président. Je ne veux pas me prononcer pour ou contre la demande
de la députée de Montmorency parce
que je ne suis pas une avocate, mais ça a soulevé une interrogation quand vous
avez mentionné «si la personne est consciente
au moment où ça se produit». Mais il y a des personnes qui ne sont pas
conscientes au moment où ça se produit, à
cause de leur condition de maladie, psychologique, mentale, qui fait en sorte
que ces personnes-là ne sont pas conscientes et qu'elles vivent des
séquelles longtemps. On peut découvrir cette situation. Par exemple, une personne qui serait hébergée et quelqu'un, un
personnel, découvre cette situation-là où il y a eu des abus. Alors, ce n'est pas nécessairement... C'était
juste une réflexion. Ce n'est pas nécessairement une personne qui est
consciente au moment où ça se produit.
Parfois, les gens ne sont pas conscients. Et c'est aussi une réalité, là. Je
voulais le dire, là. Je voulais le dire parce que...
M. St-Arnaud :
Oui. C'est pour ça que je pense…
Le Président (M.
Villeneuve) : M. le ministre.
St-Arnaud : C'est pour ça que je pense qu'avec l'amendement, qui est
le «moment où la victime prend conscience du
préjudice subi et [du] lien [entre ce préjudice et] l'acte criminel», en
ajoutant un élément qui dirait... qui rentrerait notamment aussi... en
plus «notamment l'impossibilité d'agir», je pense qu'on couvre toutes les
situations et notamment dans celle que je
vous mentionnais, là, quand on me parle d'une prise de conscience récente de la
cause de sa condition psychologique. Alors, je pense qu'on couvre tout.
on le couvrait déjà, je pense, un peu, en disant le «moment où la victime
prend conscience du préjudice subi», qui
peut arriver plus tard et dans un contexte x, y ou z, et du «lien probable avec
l'acte criminel». Si on ajoute l'amendement qui dit que cette
présomption ne peut être renversable... peut être renversée s'il est démontré
que la victime est «notamment dans l'impossibilité
d'agir», et le «notamment» permettant d'aller chercher d'autres choses qui sont
déjà appliquées par l'IVAC, je pense qu'on
couvre l'ensemble de la situation. On ne répond peut-être pas à la
préoccupation de la députée de Gouin à ce moment-ci, là, mais on peut au moins
régler... si on peut essayer… On avance pas mal, Mme la députée de Gouin.
St-Arnaud : En tout cas, si on répond à votre interrogation, j'en suis ravi. Mais je pense, M. le
Président, je ne sais pas si mes vis-à-vis...
Le Président (M. Villeneuve) : Oui. J'ai plusieurs mains qui se lèvent,
M. le ministre. Alors, si vous voulez...
St-Arnaud : C'est bon.
Le Président (M. Villeneuve) : ...je vais céder la parole au député de Fabre et,
après, nous irons à la députée de Gouin qui veut aussi prendre la
parole. Alors, M. le député de Fabre.
M. Ouimet (Fabre) : Merci, M. le Président. Discussion fort intéressante, et je sens qu'on
avance. Mais je veux juste être sûr qu'on procède de façon ordonnée. Le
mécanisme qu'on regarde a deux volets : il y a le volet délai et il y a le volet que j'appelle présomption. On
discute, et la députée de Gouin, j'ai cru comprendre qu'elle voulait s'attaquer...
ou proposer des modifications au volet délai, et toute la question de l'impossibilité
d'agir s'imbrique ou se rapporte au deuxième volet, c'est-à-dire à la mécanique
de l'impossibilité d'agir.
J'ai
recherché et j'ai trouvé, dans un des... À mon souvenir, les groupes n'avaient
pas ciblé le mécanisme de la présomption
comme étant problématique. Et ce qu'on soulignait, là, notamment dans le
mémoire du Regroupement des maisons
pour femmes victimes de violence conjugale, ce qu'on disait, c'est :
«Au-delà [du délai prévu par la loi], il y a présomption de renonciation qui peut être renversée si la victime fait
la preuve qu'elle était dans l'impossibilité d'agir.»
Alors, ce qu'on nous
disait, ceux qui appliquent… qui connaissent la loi nous disent : Déjà, l'impossibilité
d'agir, là, c'est la façon avec laquelle on
renverse la présomption. Est-ce que c'est utile, nécessaire de l'écrire dans la
loi quand c'est l'état du droit? Écoutez, je
ne ferais pas un long débat pour m'opposer à l'amendement si nous étions
tous d'avis que c'est bien de l'écrire. J'aime
bien la façon du ministre de l'écrire en disant : Ce n'est pas juste
l'impossibilité d'agir, parce que, moi, je n'aime pas l'impossibilité d'agir, j'ai
l'impression que c'est un standard très élevé qui va pénaliser les victimes ou
qui risque de pénaliser les victimes, alors que ce n'est pas l'objectif qu'on
poursuit. Mais, si on pense collectivement qu'il faut l'écrire, l'impossibilité
d'agir, la voie suggérée par le ministre serait la bonne.
Ceci
dit, nos discussions m'ont amené à un autre volet qui, je pense, est source d'injustice,
c'est-à-dire l'ignorance des
bénéfices accordés par la loi. La victime qui ignore qu'elle bénéficie de la
loi, elle n'est pas dans l'impossibilité d'agir, à moins qu'on
dise : Bien, parce qu'elle ne savait pas, elle était dans l'impossibilité
d'agir. Mais elle ignorait que la loi lui accordait un bénéfice. Il me semble
que ce serait injuste de priver cette personne de ne pas pouvoir présenter une
réclamation. Et c'est là où…
Bon,
puis, si on ajoute ça, on va ajouter ça... Le problème à vouloir ajouter, des
fois, c'est quand on en manque un ou une, puis là on a changé le texte,
on a peut-être bouleversé l'équilibre de l'univers, et ça, ça m'inquiète. Puis
je repars de la prémisse de base au début de
mon intervention, je n'ai pas compris, des groupes, qu'ils nous ont dit :
Il y a un problème avec la mécanique de la présomption. Sauf le
regroupement, qui disait et qui suggérait de la renverser, la présomption, c'est-à-dire de mettre le fardeau sur
la commission d'établir que la victime, la personne qui réclame le
bénéfice de la loi ne devrait pas en bénéficier en raison du délai, en raison
des circonstances de la demande. C'est une autre question que je lance sur la
table pour réflexion. Merci, M. le Président.
Président (M. Villeneuve) : Merci, M. le député de Fabre. Et
assurons-nous de conserver l'équilibre de l'univers, comme vous dites si bien.
Je cède la parole à Mme la députée de Gouin.
Mme David :
Merci. Merci, M. le Président. Bien, au fond, pour répondre à la question du
ministre, je demeure bien embêtée. Si on ajoute ce qu'il propose, c'est-à-dire
notamment que la victime serait dans l'impossibilité d'agir, moi, je ne mets pas en doute un instant la
sincérité des intentions ni de la députée de Montmorency ni du ministre,
ma crainte, c'est qu'on est en train de
demander à la victime de démontrer qu'elle était dans l'impossibilité d'agir,
on va lui demander pourquoi, il va falloir qu'elle nous l'explique…
enfin, pas à nous mais à la commission. Et là je ne trouve pas... Je trouve qu'on crée un nouveau problème en
voulant en régler un que je comprends très bien. Le nouveau problème, c'est
celui vraiment de faire reposer — c'est intéressant, l'intervention du
député de Fabre — le
fardeau de la preuve sur la victime.
bien, la connaissance que j'ai de toute cette question de la violence conjugale
entre autres m'amène à penser que,
dans beaucoup, beaucoup de cas, les victimes n'auront pas la moindre envie de
raconter pourquoi, depuis cinq ans ou 10 ans, sachant très bien, ayant
pris conscience qu'elles étaient victimes de violence conjugale, elles sont
restées dans cette situation, pour toutes sortes de raison, jusqu'au
jour… — heureusement,
ça vient plus vite qu'avant au Québec — elles décident d'en sortir,
et là, à un moment donné, font une demande d'indemnisation.
c'est pour ça qu'à l'instar du Regroupement des maisons d'hébergement, à qui on
a parlé encore ce matin… Parce que, là, on avait l'amendement du
ministre et on voulait savoir si c'est un amendement qui les satisfaisait. Puis
on en a parlé aussi au Regroupement des CALACS,
et, dans les deux cas, on nous dit : C'est sûr que c'est une
amélioration. Tout le monde est content des améliorations quand il y en a, mais
ce n'est pas ça qu'elles demandent. Ce qu'elles demandent… Et, si je me fais un peu leur porte-parole, c'est, bon, aussi
à cause de ce que j'ai fait dans la vie avant d'être députée. C'est que je crois qu'elles ont raison
que, dans les cas de violence conjugale et d'agression sexuelle, il ne
devrait pas y avoir de délai de prescription, ce qui ne nous amènerait pas à
être obligés de réfléchir sur l'impossibilité d'agir, comment on l'écrit,
«notamment», pas «notamment», etc. Ça serait tellement plus simple.
au fond, la question que j'ai envie de relancer au ministre, si c'est permis
dans ce cadre-ci, c'est : Pourquoi est-ce qu'on ne le fait pas? Est-ce qu'il y a une raison juridique,
financière, politique, enfin, est-ce qu'il y a une raison ou des raisons qu'on pourrait m'expliquer, expliquer
à la commission, qui feraient en sorte que ce serait impossible, dans
les cas de violence conjugale et sexuelle, d'abolir tout délai de prescription?
Le Président (M.
Villeneuve) : M. le ministre.
M. St-Arnaud : Bien, ma compréhension, M. le Président, c'est qu'il me semble qu'on
règle pas mal le problème avec ce qu'on...
Et l'impossibilité d'agir, ça ne me semble pas être une preuve si lourde à présenter si on a eu une impossibilité d'agir,
là, à un moment donné. Mais est-ce qu'à un moment donné on ne doit pas
quand même tracer une ligne en quelque part, là? Là, on dit...
Parce
que, là, on est dans un régime qui indemnise les victimes d'actes criminels. On
dit : À un moment donné, il faut qu'il y ait un délai. On dit, on
est dans un processus administratif, on dit : Le délai, maintenant, on va
le mettre à deux ans. Par contre, on est
conscients de certaines préoccupations particulières lorsqu'on parle de
victimes d'agression sexuelle ou de violence conjugale, on dit, et c'est
interprété comme ça par les gens qui administrent le régime, on dit : On va codifier le fait que le délai, le
délai qu'on va maintenant, tel que proposé, mettre à deux ans, il pourra
être allongé si la victime a pris conscience
du préjudice subi et de son lien probable avec l'acte criminel beaucoup plus
tard. Alors là, on fait un pas de plus qui est déjà codifié.
on pourrait aussi... on ajouterait aussi que, si la victime a été dans l'impossibilité
d'agir, c'est un... On ajoute ça
aussi. Mais est-ce qu'à un moment donné… Et là on couvre, je pense... Puis on
met... avec le «notamment», on couvre encore... on couvre très large.
Mais, à un moment donné, est-ce qu'on ne doit pas...
St-Arnaud : …bien,
est-ce qu'on ne doit pas mettre une ligne, à un moment donné? Mais, en même
temps, moi, là, ce que je comprends, Mme la
députée de Gouin, c'est qu'on me dit qu'on interprète toutes ces questions
avec quand même souplesse, là. Puis on est bien conscients qu'on fait affaire
avec des gens qui ont été victimes de crimes terribles.
Alors, on me dit qu'on applique déjà ça avec souplesse. Et moi, je pense que,
si on dit : On met le deux ans, on met le moment où la victime prend conscience du préjudice subi en lien
avec l'acte criminel, on met aussi la possibilité pour la victime, lorsqu'elle a été notamment dans
l'impossibilité d'agir, de faire sa demande d'indemnisation, je trouve qu'on en couvre large. Mais, à un moment donné, il
doit quand même y avoir... J'essaie de réfléchir, de voir des cas, là, des cas… Mais je me dirais : Une personne
qui… C'est toujours délicat de parler des situations, mais, à un moment
donné, il faut que ça rentre dans un cadre
précis, là, tu sais? La personne qui se réveillerait... tu sais, qui... Je ne
sais pas, j'ai... Il me semble qu'on couvre déjà pas mal... on
couvrirait pas mal large avec… notamment, au-delà de l'amendement que j'ai
proposé, avec l'amendement sur lequel on discute présentement.
Le Président (M. Villeneuve) : M. le ministre, je me pose la question, et à vous
d'y voir, mais vous avez déposé, en début de séance, une mouture qui a
évolué. Y aurait-il lieu que tout le monde puisse avoir le... Je vous pose la
question comme ça.
Le Président (M.
Villeneuve) : Je pense que le document initial a évolué un petit peu,
là. C'est ce que j'entendais tantôt.
M. St-Arnaud : C'est toujours sur le
même amendement, M. le Président.
Le Président (M. Villeneuve) :
Toujours? O.K.
St-Arnaud : Mais ce qu'on peut
faire, là... Je ne sais pas si, de l'autre côté, il y a d'autres... On peut
peut-être suspendre quelques minutes puis essayer de trouver un libellé
à tout le moins pour rentrer... là, je le vois un petit peu, on réfléchit à haute voix, là, mais... et proposer
un… en fait, un sous-amendement qui viendrait refléter les discussions
que nous avons eues.
Président (M. Villeneuve) :
Est-ce que vous êtes d'accord, ou s'il y a quelqu'un qui veut intervenir avant
de suspendre pour... Bien, les discussions se feront, là... Parfait.
Donc, on suspendrait quelques instants.
(Suspension de la séance à 12 h 23)
Le Président (M. Villeneuve) :
Alors, nous reprenons nos travaux. M. le ministre, la parole est à vous.
St-Arnaud : Oui, M. le
Président. Alors, nos discussions hors micro ont porté fruit, et je pense que
je vous proposerais, donc, un sous-amendement. En fait, à l'amendement à
l'article 5, qui remplace l'article 11 du projet de loi, ajouter, à la fin, le
paragraphe suivant :
3° par l'ajout, à la fin du deuxième alinéa, de
la phrase suivante :
«Cette
présomption peut être renversée s'il est démontré notamment que la victime est
dans l'impossibilité d'agir.»
M. St-Arnaud : Le «notamment» irait
après le mot «démontré», «peut être renversée s'il est…»
St-Arnaud : Oui, on l'a
changé de place, là, suite aux discussions que nous avons eues et avec
notamment la députée de Bourassa-Sauvé.
«Cette présomption peut être renversée s'il est démontré notamment que la
victime est dans l'impossibilité d'agir.» Le «notamment» permet de dire
que ce n'est pas juste dans ces cas-là que la présomption peut être renversée, mais elle peut être renversée
dans d'autres situations. Et là on couvre très, très large, là, je pense,
on rentre pas mal tout le monde dans le... Je pense qu'on couvre large. Ça vous
va, M. le député de Fabre?
Président (M. Villeneuve) :
Est-ce qu'il y a d'autres interventions de... M. le député de Fabre, à vous la
parole.
M. Ouimet
(Fabre) : Merci, M. le
Président. En fait, j'avais une réflexion et une discussion avec la
secrétaire de la commission, tout
simplement. C'est très technique, là, mais l'amendement et le sous-amendement
se combinent, mais il n'y a pas de
lien, on pourrait les traiter séparément. Donc, ce n'est pas véritablement un
sous-amendement, là, c'est un amendement additionnel à l'article 5 qu'on
veut ajouter, parce qu'on... Je ne sais pas si...
Le Président (M. Villeneuve) : Oui,
je comprends.
M. Ouimet (Fabre) : Moi, je me
comprends.
Le Président (M. Villeneuve) : Oui.
M. Ouimet (Fabre) : Merci, M. le
Président.
Président (M. Villeneuve) :
Oui, à l'ordre, s'il vous plaît! Je comprends que ça crée beaucoup d'enthousiasme
que M. le député de Fabre se comprenne. Alors, M. le ministre, la parole est à
vous.
St-Arnaud : Oui. À ma
droite, on me dit que ça pourrait être vu comme un sous-amendement
puisqu'on ajoute un 3° qui vient ajouter une idée supplémentaire. Si, de
consentement, tout le monde est d'accord avec ça, je...
Président (M. Villeneuve) : Donc, ce que je comprends, c'est...
St-Arnaud : On ne fera pas un grand débat de procédures. Même si vous
avez amené votre règlement, M. le... votre règlement et votre cahier de
décisions.
Le Président (M.
Villeneuve) : ...pardon, pardon.
M. St-Arnaud : Alors, M. le Président, donc, je le ferais sous forme de
sous-amendement, et, à moins qu'il y ait d'autres interventions, je proposerais qu'on vote immédiatement sur
cela, même si ça ne règle peut-être pas toute la question de... Ah non, il y avait une autre... Mais on peut adopter ça
puis revenir à l'élément de la députée de... sur lequel la députée de Gouin veut insister. Mais je pense que,
là, on pourrait y aller pour adopter tout ça et éventuellement entendre
un nouvel amendement de la part de la députée de Gouin.
Le Président (M.
Villeneuve) : Oui, il y a une intervention du député de Fabre.
M. Ouimet (Fabre) : Je veux juste être sûr qu'on s'entende, là, sur
le libellé de ce qu'on va adopter, peut-être, le...
Le Président (M.
Villeneuve) : Si vous voulez, M. le ministre peut en faire la lecture.
M. Ouimet
(Fabre) : Oui, s'il vous plaît.
M. St-Arnaud : Oui. Alors, je vais en faire la lecture, donc. Bien, l'amendement
demeure tel quel, l'amendement tel que je l'avais proposé, et le
sous-amendement, c'est :
l'amendement à l'article 5, qui remplace l'article 11 du projet de loi,
ajouter, à la fin, le paragraphe suivant :
3° par l'ajout, à la
fin du deuxième alinéa, de la phrase suivante :
«Cette
présomption peut être renversée s'il est démontré notamment que la victime est
dans l'impossibilité d'agir.»
Le Président (M. Villeneuve) : Donc, ça va pour tout le monde? Donc, on va voter
sur le sous-amendement qui est proposé, dont vient de faire lecture le
ministre. Est-ce que le sous-amendement est adopté?
Le Président (M.
Villeneuve) : Voilà. Alors, M. le ministre.
St-Arnaud : On peut y aller avec l'amendement, M. le Président.
Le Président (M.
Villeneuve) : Oui. Vous voulez le... Est-ce qu'on doit le relire pour
la compréhension de tout le monde ou...
St-Arnaud : Non, ça va aller.
Le Président (M.
Villeneuve) : Ça va aller?
St-Arnaud : C'est un amendement qui était... Je pense qu'on peut le
voter. On peut voter l'amendement.
Le Président (M.
Villeneuve) : D'accord. Alors donc, est-ce que l'amendement amendé... Oui,
il y a une interrogation, Mme la députée de Gouin? Désolé, oui.
Mme David :
Oui, j'ai... Oui, merci d'avoir lu dans mes yeux. Est-ce que, là, vous pensiez
qu'on était à l'étape de l'amendement général apporté par M. le
ministre?
Mme David :
Mais, avant d'adopter l'amendement de M. le ministre, est-ce que je peux
apporter ce qui, probablement, dans le livre de M. le député de Fabre, serait
un sous-amendement?
Le Président (M.
Villeneuve) : Donc, vous voudriez déposer un amendement au
sous-amendement, donc...
St-Arnaud : En fait, un sous-amendement à mon amendement.
Le Président (M.
Villeneuve) : Ah! D'accord. Un sous-amendement à l'amendement. D'accord,
oui.
David : Merci. J'en ai donné
plusieurs copies à Mme la secrétaire. En fait, il y aurait deux
formulations que je souhaiterais changer. Dans le premier alinéa, donc, de l'amendement
du ministre, je voudrais remplacer les «deux ans» par les« trois ans». Et...
Pardon. Je voudrais... Attendez un petit peu, là, il faut que je me démêle.
Pour ce qui
est maintenant du dernier alinéa qu'on vient d'amender, j'aimerais qu'on parle
de... Attendez un petit peu, là, je
suis mêlée. Oui. O.K. Je recommence. Donc, le dernier alinéa serait modifié de
la façon suivante : «Aux fins du présent
article, il est réputé n'exister aucun délai de prescription pour une victime d'un
préjudice lié à un acte à caractère sexuel ou de violence conjugale
désirant se prévaloir de la présente loi.»
En fait, l'idée
générale, c'est que le délai de prescription général pour, disons, un ensemble
de crimes soit non pas de deux ans,
mais de trois ans, mais que, pour les victimes d'agression sexuelle ou de
violence conjugale, il n'y ait pas de délai de prescription. Est-ce que
je peux expliquer ou si...
Le Président (M. Villeneuve) : Oui.
Moi, je n'ai pas de problème à ce que vous expliquiez le tout.
David : O.K.
Bien, écoutez, ce sera bref. Dans d'autres lois — je pense, entre autres, à celle sur l'assurance
automobile — le
délai de prescription est de trois ans. Ça nous apparaît tout simplement
raisonnable et concordant. En fait, on espérait plus, mais on comprend que,
bon, le ministre déjà a fait un pas : c'était un an, c'est deux ans. Le rapport Lemieux proposait trois ans. Y a-t-il,
donc, des raisons qui font qu'on n'est pas capables d'aller jusqu'à trois
ans? Et, dans le cas de violence conjugale ou sexuelle, on propose qu'il n'y
ait pas de délai de prescription.
Bon, comme on
a eu quelques échanges durant la pause, c'est sûr qu'il existe toujours chez
certains la crainte d'abus ou de problèmes, mais il y a un organe
administratif, bon, qui administre tout ce régime d'indemnisation et qui, certainement, peut trouver les moyens de contrer
les rares abus qui pourraient exister. Je doute fort personnellement que
des gens arrivent au bout de 40 ans pour
demander une indemnisation, mais ça peut certainement, dans les cas de
violence conjugale ou sexuelle, aller à plus
que trois ans. Parce que nous, on propose trois ans comme régime général. Donc,
nous suggérons tout simplement qu'il n'y ait pas de délai de prescription dans
ces cas-là et nous serions très étonnés qu'il y ait abondance de demandes
frivoles dans des cas aussi pathétiques que ceux-là. Voilà.
Le Président (M. Villeneuve) :
Merci, Mme la députée de Gouin. Est-ce que, M. le ministre, vous voulez
intervenir à ce stade-ci?
St-Arnaud : Oui, M. le
Président, sur cet élément. Je pense que c'est important de dire aux membres de
la commission, quand on regarde ce qui se
fait en matière d'indemnisation des victimes d'actes criminels un peu
partout au Canada lorsqu'il y a des régimes… Parce qu'il y a des provinces qui
n'ont même pas de régime d'indemnisation des victimes
d'actes criminels. Au Québec, on en a un qui a ses failles, mais où on consacre
quand même 100 millions de dollars par année, là. Je pense qu'il
faut se le dire, c'est plus — puis je ne sais pas si je l'ai — c'est
plus que toutes les provinces du Canada
réunies. Je l'ai dit plusieurs fois depuis qu'on a commencé, M. le Président,
mais là j'ai les chiffres, je vais le dire.
Nous, on consacre, en indemnisation, au Québec,
près de 100 millions de dollars; en Ontario, c'est une trentaine de millions, 32; en
Colombie-Britannique, 13; en Alberta, 10; au Manitoba, 3; puis les autres, là,
on parle de centaines de milliers de
dollars. Et il n'y a aucun régime ni à Terre-Neuve, ni dans les Territoires du
Nord-Ouest, au Yukon, au Nunavut,
etc. Ça, c'est des chiffres de 2009‑2010. Donc, les chiffres dans les autres
provinces ont peut-être augmenté, là, depuis ces années-là. Mais c'est
vous dire, M. le Président, au Québec, on consacre 100 millions de dollars
en indemnisation des victimes d'actes criminels. Toutes les autres provinces
réunies, l'Ontario à 32, la Colombie à 13, l'Alberta
à 10, le Manitoba à 3, puis les autres quelques centaines de milliers de
dollars, là, ça fait à peine... ça ne fait même pas la moitié... ça fait
à peu près la moitié, toutes les autres ensemble, de ce qu'on met, au Québec,
en argent en termes d'indemnisation des victimes d'actes criminels.
Je commence en disant ça, là. Je pense qu'on
doit se dire quand même... puis il y a des lacunes dans notre système malgré
tout, puis il faudra y travailler. Puis je l'ai dit, moi, je veux ouvrir un
chantier cet automne sur cette question-là.
Des fois, je me trouve un peu fou de dire ça, parce que je pense qu'il y a
plusieurs de mes prédécesseurs qui ont plutôt dit : On ne touchera
pas à ça, c'est trop compliqué. Mais on va essayer.
Je reviens au
délai, à l'intervention de la députée sur le délai. Le délai pour présenter une
demande d'indemnisation à un régime d'indemnisation des victimes d'actes
criminels, là, dans toutes les provinces canadiennes, c'est un an. Il y a deux provinces, la Saskatchewan et l'Alberta,
où c'est deux ans. Et moi, je propose donc qu'on se mette au niveau des deux provinces canadiennes qui sont les plus
avancées; on se met à deux ans. Et, si c'était juste de moi, M. le Président,
si c'était juste de moi, j'aimerais ça, moi
aussi, mettre trois ans, mais évidemment il y a des coûts à ça, il y a des
coûts à ça.
Puis je peux
vous dire que, quand je suis arrivé au Trésor avec mon deux ans, je l'ai déjà
dit, ils m'ont dit : Mais qu'est-ce
que vous voulez faire là, M. le ministre? Voyons donc! C'est quoi, cette
affaire-là? L'année dernière, il y a eu un projet de loi par le
gouvernement précédent, puis il l'avait gardé à un an, le délai. Puis vous,
vous voulez le mettre à deux ans?
Savez-vous, M. le ministre, que c'est 1,5 million de dollars de plus,
récurent, à chaque année, si vous faites porter le délai d'un an à deux ans? Au début, là, le Trésor m'a dit : Bien
voyons donc, laissez ça, comme l'ancien gouvernement, à un an. Depuis 40
ans, c'est à un an. Laissez ça à un an. Moi, j'ai insisté, je me suis battu
puis j'ai réussi à le monter à deux ans, avec des coûts — parce
que ça occasionne des centaines et des centaines de cas de plus, là, selon les statistiques qu'on me donne — alors,
avec des coûts qu'on évalue à 1,5 million de dollars par année, de plus,
récurrent.
Puis, l'autre jour,
je l'ai dit un peu, c'est là que je trouve ça difficile d'être ministre, parce
que la Loi d'indemnisation des victimes d'actes criminels, elle a été adoptée
par Jérôme Choquette, qui était le quatrième ministre de la Justice de notre histoire. Moi, je
suis le 21e. Donc, il en est passé 16 depuis ce temps-là à part moi, il
en est passé 16, dont la députée de
Notre-Dame-de-Grâce. Alors, il en est passé 16, ministres, depuis 40 ans, il n'y
en a pas un des 16 qui a touché au
délai. Le délai que Jérôme Choquette a mis dans la loi il y a 40 ans, il y a 41
ans, il était d'un an, puis il n'y a pas un seul de mes 16 successeurs
qui a touché au délai...
Une voix :
Prédécesseurs.
M. St-Arnaud :
Prédécesseurs. Moi, j'y touche, puis ça n'a pas été...
M. St-Arnaud : Tous partis confondus, vous avez raison, Mme la députée de Saint-Henri—Sainte-Anne, tous partis confondus, il n'y a pas un ministre de la Justice qui a touché à
ça. Moi, j'arrive puis je dis : On va le faire... Puis, dans le projet de loi du gouvernement précédent, mon
prédécesseur, le chef de l'opposition officielle, n'avait pas touché à
ça. Parce qu'il y a des éléments qu'on
reprend qui étaient inspirés d'un projet de loi déposé par le chef de l'opposition
officielle, par mon prédécesseur immédiat. Mais le délai, il n'était pas prévu.
Mais moi, je connaissais le rapport Lemieux, qui propose effectivement trois ans, puis je trouvais que trois ans, ça
aurait pu être une bonne idée. Puis je pense encore qu'un jour il faudra
peut-être y arriver, à trois ans. Je pense qu'il faudra y arriver.
Mais
là je trouve ça difficile, des fois, de... j'allais dire de recevoir des
tomates. Ce n'est pas des tomates que la députée de Gouin me lance. Non,
je le sais qu'elle le fait avec gentillesse. Mais, tu sais, c'est difficile. Je
vous le dis, c'est difficile parce que je
suis le premier en 40 ans qui touche à ça, puis qui vas au Trésor, puis qui dis
au Trésor : Moi, je voudrais le
mettre... au début, j'aurais bien aimé ça le mettre à trois ans, mais, après
ça, qui essaie de le mettre plus élevé. Puis on réussit, là, à le monter
d'un an à deux ans dans un contexte, je le rappelle, où nos finances publiques
sont difficiles. Je n'insisterai pas
là-dessus, mais je pourrais partir une demi-heure de temps sur l'ancien
gouvernement, puis ça ne serait pas approprié. Mais non, mais, dans un
contexte où nos finances publiques sont difficiles. Et je me garde une petite
gêne.
je regarde ce qui se fait ailleurs au Canada, c'est un an partout sauf dans
deux provinces où c'est deux ans.
Mais on se rend déjà... on va être déjà, avec le deux ans, ceux qui ont le plus
grand délai. Là, on ajoute aussi, on
codifie, à notre amendement, on codifie une politique qui fait en sorte qu'en
plus de ça dorénavant le délai ne courra
pas lorsque... ne va commencer à courir qu'à partir du moment où la victime
prend conscience du préjudice subi et de son lien probable avec l'acte criminel. Comme je l'ai dit tantôt, si c'est
cinq ans après, sept ans après, la personne va toujours pouvoir
présenter un délai d'indemnisation. Et, plus que ça, on a ajouté, dans le
sous-amendement qu'on vient d'adopter, que cette présomption, la présomption
qui est prévue à la loi peut être renversée s'il est démontré notamment que la victime est dans l'impossibilité
d'agir, alors... Puis le «notamment» permet d'élargir encore large.
Bien, à un moment donné, il faut encadrer un
peu le tout. Puis c'est pour ça que j'ai de la difficulté avec le 2° présenté
par la députée.
Mais,
je le dis avec la députée, moi, je... Vous savez, là, je trouve qu'on fait un
pas important à ce moment-ci. Je
le répète, je suis le premier ministre de la Justice depuis 40 ans qui fait...
qui augmente le délai qui va maintenant passer
de un an à deux ans. Et, plus que ça, on codifie aussi certaines règles pour
faire en sorte qu'une victime qui, pour
différentes raisons — là,
je ne recommencerai pas — n'a
pas été en mesure de présenter sa demande dans le délai prévu de deux
ans puisse quand même le faire dans toute une série de circonstances. Je pense
qu'on fait un bon bout de chemin.
suis d'accord avec la députée de Gouin, j'aimerais ça faire plus. Mais, à ce
moment-ci, là, c'est un peu le but, puis
ça revient à... L'intention derrière le projet de loi n° 22, ce
n'est pas de faire la grande réforme, c'est
de corriger certaines lacunes criantes. Puis j'aurais pu me contenter de
corriger les lacunes que mon prédécesseur immédiat avait tenté de corriger par
le projet de loi n° 73 dans l'ancienne
législature, mais j'ai même ajouté deux, trois affaires, dont le délai. J'aurais
pu dire : Je n'y touche pas, au délai, on y verra, au délai, laissons-le à un an, on y verra lorsqu'on fera la
grande réforme dans un an. Non, j'ai dit : On va en profiter pour
allonger le délai. C'est plein de bon sens qu'un an, ce n'est pas assez, on va
mettre ça plus élevé, et là on l'a mis à
deux ans. Alors, j'aurais pu ne pas toucher à ça. J'ai décidé, comme ministre,
que ce n'était pas assez, un an, puis je le mets à deux ans.
Oui,
j'aimerais ça le mettre à trois ans, mais je pense que, là, on fait un pas.
Puis je me suis engagé à déposer un document, cet automne, qui va
regarder l'ensemble de la problématique. Je pense qu'on peut améliorer les
choses en matière d'indemnisation des victimes d'actes criminels. On consacre
100 millions, peut-être que... puis 20 millions en aide. Si on restructurait ça différemment, peut-être
qu'on pourrait aider davantage des victimes qui en ont davantage besoin, peut-être qu'on pourrait augmenter le
délai à trois ans. Mais je pense qu'on fait, honnêtement... M. le
Président, je comprends la préoccupation de
la députée, je comprends qu'elle s'appuie sur le rapport Lemieux, qui parlait
de trois ans, je comprends ses préoccupations, mais je pense qu'on fait
un bon bout de chemin.
Puis, comme je vous
dis, M. le Président, là, il est passé 16 ministres de la Justice, tous partis
confondus, depuis 40 ans, puis il n'y en a
pas un qui a touché au délai. Puis ça aurait été bien plus facile pour moi de
ne pas y toucher puis de me contenter de reprendre le projet de
loi du gouvernement précédent en changeant deux, trois montants puis en le
faisant adopter. J'ai dit : Je vais en profiter pour au moins changer
cette affaire-là, au moins augmenter le délai d'un an à deux ans. Puis là,
suite aux consultations particulières, on vient aussi codifier la pratique pour
faire en sorte qu'au-delà du délai on va
pouvoir aller en chercher pas mal plus, de victimes. Je pense qu'on a fait un
bout de chemin.
Puis c'est à regret que je
dis à la députée de Gouin que je ne peux pas accepter son amendement, tout en
comprenant les intentions qui sont derrière son amendement puis en
disant : Souhaitons-nous tous, autour de la table, souhaitons-nous que ce n'est qu'un au revoir sur cette question-là et
que le dossier éventuellement, lorsqu'on regardera ça dans son ensemble, lorsqu'espérons-le les finances
publiques seront un peu meilleures, je le souhaite, on soit en mesure...
et, quand on regardera la situation dans son ensemble en se disant : On
peut peut-être améliorer les choses-là puis mettre l'argent là, par exemple...
Puis, je n'aime
pas ça, moi non plus, parler d'argent quand on parle de victimes d'actes
criminels, mais ça fait
partie du
portrait d'ensemble. Mais je pense qu'on fait un pas. Vraiment, là, moi, je
suis content de le mettre à deux ans. Je suis content qu'on fasse bouger
ça. Je suis content de l'amendement qu'on présente à l'article 5 du projet de
loi… de l'article 5 avec les amendements qu'on
a apportés. C'est un bon pas, M. le Président. C'est un pas, comme je le dis,
que… C'est un
article sur lequel personne n'a
travaillé depuis 40 ans. Là, on fait un premier pas. Ce n'est pas l'idéal, ce
n'est pas le rapport Lemieux, mais on fait un premier pas, et souhaitons-nous
qu'on en fasse un deuxième plus tôt que tard. Voilà, M. le Président.
Président (M. Villeneuve) :
Oui. Merci, M. le ministre. Alors, j'ai deux personnes qui ont... trois
personnes qui ont demandé la parole. Et donc
je commence avec… Quatre personnes. Je commence par la députée de Gouin. À
vous la parole, madame.
David : Écoutez, c'est difficile
parce qu'on dirait qu'on n'est pas en désaccord sur le fond. Je sens,
dans l'intervention de M. le ministre, qu'au fond, s'il n'en tenait qu'à lui et
à la capacité des finances publiques, on ne serait même pas en train de
discuter du délai de trois ans, on serait rendus à trois ans.
Le problème
que j'ai… Bon, et je comprends aussi, à cause des discussions qu'on a eues dans
notre pause, notre pause très active, là, que l'absence complète d'un
délai de prescription pour les victimes d'agression sexuelle et de violence
conjugale, je ne pense pas que mes collègues soient d'accord avec ça. Alors, je
ne vous ferai pas de discours de 300 pieds
de long là-dessus. À un moment donné, il faut savoir s'incliner devant la
démocratie. Mais je vais quand même continuer
de dire un mot sur le trois ans parce que cette invocation de l'état des
finances publiques, vous comprendrez qu'elle
ne me satisfait pas. Si c'est la seule et unique raison qui nous empêche d'aller
vers un délai de trois ans, et ça, c'est sans douter un seul instant de
la sincérité des intentions du ministre, pas un seul instant, je considère que
c'est trop peu. Si on me dit que c'est 1,5 million de plus que ça coûte
par année pour porter le délai de deux à trois ans, je vous réponds qu'en regard du budget général du Québec,
il s'agit d'un montant absolument dérisoire, dérisoire, vraiment, là.
Nous avons, il y a quelques mois, avec mon
équipe, suggéré au ministre et à son équipe de regarder très attentivement des économies à faire possibles du
côté, entre guillemets, de la sous-traitance, là, bon, à la RAMQ, de
toute l'évaluation des victimes d'actes criminels. Il y a des frais d'administration
qui sont payés, il y a probablement de l'argent
à économiser là-dedans et puis, ma foi, il y en a sans doute ailleurs aussi. Et
moi non plus, je ne veux pas faire un débat
d'une demi-heure sur l'ensemble des finances publiques. Hier, on a eu un débat
de deux heures là-dessus. Je pense que c'est dommage qu'on ne puisse pas
le continuer, mais il y a d'autres façons d'aller chercher de l'argent pour l'État
québécois.
Donc, si la
seule raison qui fait en sorte qu'on n'est pas capables de passer de un an à
trois ans, c'est l'état des finances publiques, je soumets vraiment avec
respect que, pour 1,5 million de dollars, là, ça ne me paraît pas, à moi, en tout cas, et à ma formation politique, un
argument suffisant. Et je le dis vraiment en tout respect, parce que je
comprends très bien que nous avons là un ministre qui veut améliorer la loi, je
n'en doute pas un seul instant. Il le fait, d'ailleurs. On vient d'adopter un amendement... pas un amendement mais un
sous-amendement relatif à un amendement qui est tout à fait intéressant et on va certainement... vous
allez certainement adopter l'amendement. Donc, tu sais, je n'ai aucun
doute sur le fait que nous progressons.
Mais, avant de dire qu'on souhaite plus tôt que tard aller plus loin, bien je
soumets aussi que, s'il a fallu 21
ministres de la Justice pour arriver à changer des choses qui sont en train d'être
changées, maintenant, ça va en prendre
combien pour passer de deux à trois ans? Puisqu'on est sur le sujet, puisque ce
ministre et son gouvernement ont décidé
de prendre la chose en main puis de proposer des changements, et je les salue
pour ça, bien allons-y maintenant et appliquons le rapport Lemieux.
Voilà.
Président (M. Villeneuve) :
Merci, Mme la députée. Est-ce que le ministre veut intervenir tout de suite
ou je cède la parole à d'autres personnes? Alors, j'avais Mme la députée de
Saint-Henri...
Président (M. Villeneuve) :
Ah! Mme la députée de Notre-Dame-de-Grâce, à vous la parole. Vous avez
peu de temps parce que nous devrons ajourner sous peu.
Mme Weil : Oui. Bien, je suis sur le
site de la députée de Joliette et je pense que ça serait important que les collègues se parlent, parce que ce n'est pas un
texte qui date d'une autre époque, on dit que les ministres délégués aux
Services sociaux… Puis elle va beaucoup dans le sens de la députée de Gouin,
dans le sens qu'elle prend un peu les recommandations
du rapport Lemieux comme les siennes et elle mentionne notamment la question du
délai de deux ans et trois ans. Elle
les prend comme ses propositions. Elle endosse ça. Et elle dit : Les
coûts... Parce qu'elle parle de ses échanges avec, à l'époque, le
ministre de la Justice et elle dit que le ministre de la Justice lui disait...
Évidemment, c'est le gouvernement, le même
appareil gouvernemental qui vous avise, c'est le même appareil gouvernemental
qui nous avisait,
soucieux des coûts. Ils ont dit : D'implanter ce rapport-là, c'est
impossible, les coûts sont faramineux. Mais la députée de Joliette dit : Ça ne devrait pas être un obstacle, et
notamment elle parle de ce délai de deux à trois ans. Donc, elle prend
cette recommandation comme une recommandation qui est sensée, donc.
Et là je vois
son titre, ce n'est pas à une autre époque, là. Je ne sais pas quand est-ce que
ce texte a été écrit, si c'est un texte qu'elle a écrit auparavant. J'aimerais
faire ce commentaire parce qu'il y a eu beaucoup de promesses qui ont été faites par le Parti québécois. Puis
évidemment, quand on arrive pendant la campagne et les dernières années…
Puis, je me rappelle, ce dossier-là, elle
était critique de la justice puis elle nous parlait souvent de ce rapport
Lemieux. Il y a eu des évaluations de coûts, etc. Ça a pris, c'est vrai,
un certain temps avant que ça soit rendu public...
Le Président (M. Villeneuve) : Mme
la députée de Notre-Dame-de-Grâce.
Le Président (M. Villeneuve) : Oui.
Mme Weil : ...c'est la réalité, de
gérer l'État, et évidemment il faut être conscient des coûts.
Président (M. Villeneuve) :
Désolé de vous interrompre, mais, à moins d'un consentement de la part de
la commission... On pourrait prolonger au-delà de 13 heures, si telle est
votre volonté, sinon on suspendrait. À moins...
Le Président (M. Villeneuve) : Une
dernière… Oui.
St-Arnaud : …30 secondes.
Moi, je suis tout à fait d'accord que l'argent ne devrait pas être un
argument. D'ailleurs, je l'ai déjà dit, là, moi, quand je suis arrivé, j'aurais
bien aimé ça le mettre à trois ans, mais effectivement les conseillers au Trésor étaient probablement les mêmes et ils m'ont
dit : Bien, voyons donc, M. le ministre, ça va coûter 1,5 million de dollars de plus…
2 millions et quelque chose si vous le mettez à trois ans puis un point
quelque chose si vous le mettez à deux. C'est les mêmes...
Et ils m'ont
dit : Bien, ce n'était pas prévu, M. le ministre, dans l'ancien
projet de loi de l'ancien gouvernement. Pourquoi vous voulez ajouter ça? Puis, voyons, ça va coûter de l'argent.
Je me suis battu en disant : L'argent, là, ça ne devrait pas être un argument. C'est ça que je leur
ai dit : L'argent, dans ce dossier-là, ça ne devrait pas être un
argument. Et le compromis, ça a été de
dire : Bien, on ne le mettra pas à trois ans parce que ça coûte
2 millions quelque chose, on va le mettre à deux ans et… Parce que je crois que l'argent ne doit pas être
un argument. Et maintenant l'argument est quand même dans le décor
aussi.
Le Président (M. Villeneuve) : Là,
je dois maintenant...
Président (M. Villeneuve) :
Oui, tout à fait. Alors, écoutez, vous pouvez laisser vos documents ici, la
salle va être sécurisée.
Et la commission suspend ses travaux jusqu'à
15 heures cet après-midi. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à 13 h 1)
Président (M. Ferland) :
Alors, à l'ordre! À l'ordre, s'il vous plaît! À l'ordre, s'il vous plaît! S'il
vous plaît! C'est difficile, cette
commission-là, d'avoir le silence de façon immédiate. Alors, il y a tout le
temps des bruits de fond. Je vous
demanderais d'être très attentifs, parce que d'ici, là, ça ne paraît peut-être
pas, mais je vais vous faire faire l'expérience de venir vous asseoir
ici, quand vous parlez, je n'entends plus rien de ce que vous dites. Alors, c'est
pour ça que je demande le silence.
Alors, la
commission reprend ses travaux. Je demande à toutes les personnes dans la salle
de bien vouloir éteindre la sonnerie de leurs téléphones cellulaires.
Je vous rappelle que le mandat de la commission
est de poursuivre l'étude détaillée du projet de loi n° 22, loi modifiant
la
loi sur l'indemnisation des victimes… criminels.
Est-ce qu'il y avait des...
Une voix : Non, ça on a fait ça…
Président (M. Ferland) : On
a fait ça? On a fait ça hier. O.K. Excusez. Je reviens avec vous. Alors,
avant de vous céder la parole, parce qu'il y avait la députée de Saint-Henri—Sainte-Anne
qui avait la parole au début, mais je dois vous expliquer qu'également, lorsque nous
avions terminé notre... nous avions ajourné, il y avait eu le dépôt d'un
amendement par la députée de Gouin. Nous l'avons scindé en deux, c'est-à-dire
que la députée... On a scindé en deux, c'est-à-dire
qu'il y a une
partie qui est devenue un sous-amendement à l'amendement déposé
par le ministre, et l'autre
partie va
devenir un nouvel amendement déposé par le député de Mercier. Alors, je voulais
juste vous expliquer avant de débuter les travaux. Sur ce, quand on
avait quitté, la parole était à la députée de Saint-Henri—Sainte-Anne.
Mme Blais : Merci, monsieur…
M. Ouimet (Fabre) : Juste une
question...
Président (M. Ferland) :
...porte-parole qui hoche de la tête et opine surtout. Alors, je vais
lui céder la parole, parce que c'est le
porte-parole officiel, et après je viens… du parti d'opposition. M. le
député de Fabre, vous voyez comment je...
M. Ouimet
(Fabre) : Merci, M. le
Président. En fait, c'était simplement pour… sur l'aspect technique de
nos débats. Je pense qu'il y aurait lieu de retirer l'amendement qui était sur
la table pour procéder ensuite au dépôt du sous-amendement et de l'autre
amendement. Donc, techniquement, j'imagine, il faudrait consentir au retrait de
l'amendement qui était en discussion.
Le Président (M. Ferland) : Vous
avez entièrement raison, M. le député de Fabre.
M. Ouimet (Fabre) : Dois-je opiner?
Président (M. Ferland) :
Non, vous n'avez pas besoin d'opiner. D'ailleurs, c'est déjà fait. J'ai besoin
tout simplement du consentement pour retirer...
M. St-Arnaud : Si le député de Fabre
le dit, M. le Président, nous consentons.
Président (M. Ferland) :
Alors, je vois depuis le début une nette amélioration à ce climat de confiance
qui est en train de régner dans cette commission. Alors, j'ai donc le
consentement. L'amendement est retiré. Alors...
St-Arnaud : Je ne peux pas
faire autrement, M. le Président, vous savez qu'il a dit, il y a à peine
quelques semaines, qu'il partageait ma
vision en matière de justice et la vision de notre gouvernement en matière de
justice, alors je...
Le Président (M. Ferland) : Vous
savez, M. le ministre, que tout est enregistré, hein, tout est enregistré. D'ailleurs...
M. St-Arnaud : Non, non, mais c'est
un...
M. Ouimet
(Fabre) : Question de
règlement, M. le Président. Si vous voulez, je peux vous trouver le
numéro. Mais mes propos exacts… je partageais la vision du ministre, et non pas
du gouvernement, et parce qu'à l'époque il s'engageait à donner suite au projet
de loi de mon prédécesseur, de mon collègue de Saint-Laurent.
Président (M. Ferland) :
Merci, M. le député de Fabre. Vous voyez que le président est quand même
assez large dans ses droits de parole. Alors, à ce moment-là, je reviendrais à
la députée de Saint-Henri—Sainte-Anne,
qui avait la parole lorsque nous nous sommes quittés. Mme la députée.
Blais : Oui. C'est ma
collègue de Notre-Dame-de-Grâce qui avait la parole, mais je lui avais cédée,
je devais la prendre. Et puis c'est toujours un peu difficile de parler
quand on quitte à 13 heures et qu'on revient à 15 heures. On n'est
pas dans le même esprit.
Mais c'est quelques commentaires, M. le
Président. Entre autres, le ministre... Quand on est ministre et qu'on dépose
un projet de loi, on est très émotif par rapport à sa loi, ce qui est tout à
fait normal. Et, lorsque le ministre mentionne :
Je suis le seul ministre — il
y en a eu 16 autres avant moi — qui
ose modifier cette loi-là pour deux ans… Moi, il y a un ministre qui m'a
déjà dit : Tu sais, si c'était facile, je l'aurais modifiée, la loi. Or,
parfois, c'est très, très... les contextes sont très difficiles.
Et, quand la
députée de Gouin a demandé quelque chose au ministre et que le ministre a
dit : Ah bien, là, je me fais
peut-être lancer des tomates, mais… il le faisait avec boutade, bien sûr. Parce
que je trouve que c'est une commission parlementaire très agréable ici,
où on est capable d'échanger. Et en même temps je veux vous féliciter pour ça,
parce que je sais que parfois il y a des
limites à être capable de répondre à toutes les demandes. Parce qu'on voudrait
régler les problèmes de tout le
monde, hein? C'est ça, on se penche sur des situations humaines, mais, vous l'avez
dit vous-même, des situations humaines où, à un moment donné, on est
obligé de parler d'argent, et ce n'est pas toujours compatible, l'argent, les
humains, mais il y a le Conseil du trésor, il y a la capacité de l'État de
pouvoir payer.
veux juste raconter, M. le Président, que, quand j'ai modifié la
loi sur la
résiliation de bail, j'aurais vraiment voulu
que cette loi arrive à un mois. Parce que c'était trois mois. Je souhaitais un
mois, mais il y avait une impossibilité d'arriver à un mois pour toutes sortes de raisons,
à cause de l'équilibre du marché avec les propriétaires de résidence.
Mais c'est sur le parquet ici, avec des collègues, avec l'opposition
officielle, avec le PQ à l'époque, qu'on a été capables de faire un travail
extraordinaire.
Alors,
moi, je veux vous rassurer, M. le ministre. Les lois, vos lois, la loi que vous
déposez fait en sorte que les députés
arrivent souvent à la rendre encore meilleure parce qu'ils y mettent tout leur
coeur et toute leur volonté. Puis ce n'est jamais contre le ministre. C'est
toujours pour rendre la loi meilleure pour le futur, au-delà de toute
partisanerie politique, pour faire en sorte que cette loi-là... — parce
que les lois, on n'est pas en train de les ouvrir à toutes les semaines, là — pour
que cette loi-là puisse...
Mme Blais :
...perdurer, pas perturber, perdurer dans le temps et qu'elle puisse servir les
gens correctement.
avant de terminer, M. le ministre, j'aimerais beaucoup, si c'est possible, que
vous puissiez déposer... Vous avez
parlé notamment de comparaisons, le fonds de 100 millions au Québec,
comparativement à 30 millions en Ontario, comparativement, je crois, à quelques millions en Colombie-Britannique,
3 millions ailleurs, rien à quelque part. Alors, si vous avez ça,
on aimerait pouvoir...
Le Président (M. Ferland) : Alors, merci, Mme la députée de Saint-Henri—Sainte-Anne. Les propos que vous avez tenus
sont tout à fait justes. D'ailleurs, je les ai mentionnés à plusieurs reprises,
hein, que le travail que vous faites... Et,
quand vous êtes dans cette ambiance-là, bien il est évident que le travail de
la présidence est d'autant plus facile. Alors, moi, je vous invite... Et
c'est vrai pour les gens qui nous écoutent aussi. On fait toujours nos
interventions... On a tous été, un jour ou l'autre,
soit d'un bord ou de l'autre de cette salle et on fait toujours nos propos...
Et souvent, oui, on devient très émotif, mais, quand c'est fait dans une
ambiance correcte, sereine, dans le respect, je pense qu'on arrive à améliorer
les projets de loi qui sont sur la table. Alors, ceci étant, M. le ministre, la
parole est à vous.
St-Arnaud : Oui, M. le Président, bien je m'engage à le déposer, là.
Je vais demander qu'on le sorte d'un document,
là, que j'avais, qui était, semble-t-il, en bonne
partie confidentiel. Mais le
tableau dont je faisais état, je vais demander qu'on puisse le
distribuer, comment chacune des provinces canadiennes met d'argent. C'est 2009‑2010,
là, mais ça va… ça donne un ordre de grandeur quand même.
Le Président (M. Ferland) : Merci, M. le ministre. Alors, est-ce que ça vous
convient? Alors, est-ce qu'il y a d'autres commentaires là-dessus?
Sinon, là, on s'en irait...
Le Président (M.
Ferland) : Alors, nous allons maintenant au sous-amendement qui avait
été déposé par la députée de Gouin. Et maintenant je demanderais peut-être au
député de Mercier de relire le sous-amendement, parce que ça fait quand même un petit bout, pour permettre aux gens qui nous
écoutent, à tout le monde de se retremper un peu dans le contexte.
M. le député de Mercier.
M. Khadir : Très bien. Alors, M. le Président, très simplement, ce que
la députée de Gouin proposait et que je modifierai pour simplifier les
choses, c'est d'apporter l'amendement suivant à l'article 5 du projet de
loi, qui modifie l'article par le remplacement des mots «deux ans» par «trois
ans». Autrement dit, que le délai... Attendez, je veux juste retrouver l'alinéa.
Oui, alors... Non, on a le mauvais, je m'excuse.
Article 5... Je vais le
prendre ici, ça va être plus simple. Non, je ne l'ai pas.
Le Président (M.
Ferland) : On va ajourner jusqu'à la... suspendre, pas ajourner,
suspendre quelques secondes pour permettre au député de...
(Suspension de la séance à
15 h 20)
Le Président (M.
Ferland) : Alors, nous reprenons les travaux. Alors, le député de
Mercier avait déposé le sous-amendement. On avait demandé la relecture. Alors,
à ce moment-là, M. le ministre, je vous céderais la parole.
M. St-Arnaud : Bien, est-ce que je comprends, là, que, M. le Président, on est
dans le sous-amendement présenté par la députée de Gouin ce matin, sur
lequel nous avons longuement, quand même, débattu, là? Je comprends que le député de Mercier vient de se joindre à nous, mais
on a quand même, je pense, de part et d'autre exposé nos positions quant
au fait que... Je ne veux pas tout reprendre ça, mais, écoutez, peut-être, en
60 secondes, là, même pas...
M. St-Arnaud : Non, non, mais
en 60 je vais essayer. Non, mais juste dire au député de Mercier...
Khadir : …c'est clair que
moi, ce que je vous présente, c'est à la demande de la présidence et du
secrétariat de la commission pour simplifier la tâche, pour examiner chacun des
amendements qui avaient été présentés.
M. St-Arnaud : Bien, c'est parce
que...
Khadir : Mais on ne veut pas
reprendre... il n'est aucunement question de reprendre le débat. Je suis au
courant du débat, je l'ai suivi, j'ai eu un compte rendu.
Le Président (M. Ferland) : Ce n'était
pas dans ce sens-là, c'était si...
Président (M. Ferland) :
Oui, oui, on pourrait. Non, moi, je vous donne toujours la parole. Si vous
aviez... Si vous n'avez rien à rajouter, à ce moment-là, c'est...
M. St-Arnaud : ...passer au vote,
puis on n'a pas besoin... Parce qu'on en a discuté pendant à peu près une
heure, ce matin, là, de ça.
Le Président (M. Ferland) : C'est effectivement
le cas.
M. Khadir : Mais, je voudrais quand
même… Est-ce qu'on m'autorise quelques secondes?
Le Président (M. Ferland) : Oui,
allez, M. le député de Mercier.
Khadir : Un peu dans le même
esprit que la députée de Saint-Henri—Sainte-Anne, qui s'est adressée, donc, à
nous pour dire, donc : Nos propositions, c'est vraiment dans le but d'améliorer
le plus possible le projet de loi… Et je sais de source certaine, puisque c'est
le ministre lui-même qui nous a dit que, dans le fond, comme c'est une question
de justice, toute considération de nature financière ne devrait pas être...
M. Khadir : Oui, je comprends. Je
reviens simplement sur la chose suivante. C'est que tous les députés de l'opposition
maintenant — parce
que j'ai compris, en discutant avec des membres de l'opposition officielle — sont prêts à laisser éventuellement cet amendement
aller si la
partie gouvernementale accepte. Et c'est une question de
simple justice qu'augmenter un peu le délai, le rendre conforme à ce que
demandent les victimes, à ce que demande le rapport Lemieux. On ne peut pas
être opposé vraiment à ça. C'est le genre de chose où il n'y a pas de ligne de
parti vraiment. C'est une... pas des
grandes… Aucun des partis présents sur la scène politique ne s'oppose à rencontrer
le plus possible des demandes légitimes qui sont faites de la part de
gens victimes d'actes criminels. Et là on avait... il y a eu une proposition sur la table. On n'était pas
certains si l'opposition serait d'accord. Là, toute l'opposition est d'accord.
Il suffirait d'un simple souhait de la part du gouvernement pour que cette
amélioration puisse prendre jour. Et j'implore donc le ministre d'accéder à
notre demande et de passer de deux à trois ans, d'accepter mon amendement.
Le Président (M. Ferland) : Alors,
M. le ministre.
M. St-Arnaud : Oui. M. le Président,
je veux d'abord dire que la loi a été adoptée en 1972. Le délai qui était prévu à la loi à l'époque était d'un an. Depuis,
il s'est passé 41 ans. Le délai n'a pas bougé. Je le disais puis je le dis
avec respect pour mes prédécesseurs, parce que la députée a raison, là, je fais
quand même un constat que, depuis 1972, il est passé 16 ministres de la
Justice, il n'y en a pas un qui a touché au délai, tout le monde l'a laissé à
un an. Mon prédécesseur immédiat, qui est le chef de l'opposition officielle,
avait déposé un projet de loi semblable au projet de loi n° 22 pour bonifier certains éléments, là, qu'on considère
comme des lacunes urgentes et criantes à régler, notamment dans la foulée
de la pétition déposée par la Dre Isabelle Gaston.
Quand je suis
arrivé en fonction il y a sept mois et demi, j'ai retrouvé ce projet de loi qui
était mort au feuilleton. Qu'est-ce
que j'ai fait? J'ai repris les bonifications qui avaient été proposées par mon
collègue le chef de l'opposition actuelle, mon prédécesseur immédiat,
dans un projet de loi omnibus déposé par le ministre des Finances, l'actuel député d'Outremont, et j'ai tenté de bonifier
davantage le projet de loi quant aux montants. Ensuite, j'ai dit : Tant
qu'à faire, est-ce qu'on ne pourrait pas
essayer de modifier certaines choses, par exemple le délai? Et effectivement,
le délai, le rapport Lemieux nous disait qu'il faudrait le faire passer
à trois ans. Et, en ce sens-là, c'est vrai qu'on a regardé l'hypothèse de le
mettre à trois ans.
On a regardé ce qui se faisait dans les autres
provinces canadiennes. Toutes les provinces canadiennes qui ont un régime d'indemnisation,
le délai est d'un an, sauf la Saskatchewan et l'Ontario, où c'est deux ans.
Alors, moi, j'ai décidé quand même de bouger là-dessus. J'aurais pu tout
simplement reprendre le projet de loi du gouvernement précédent, où il n'y avait pas... où on ne touchait pas au délai, comme
d'ailleurs, tous partis confondus, personne n'avait touché au délai
depuis 40 ans. J'ai dit : On va en profiter pour… Ce n'est pas
compliqué, ça, on va en profiter pour faire un pas.
Moi,
idéalement, c'est bien sûr, M. le député... M. le Président, c'est
bien sûr que, si c'était juste de moi, j'aurais tendance à être plus
généreux. Mais effectivement on est dans un contexte de finances publiques pas
simple, et malgré tout j'ai réussi à
convaincre le Conseil du trésor, qui, dans un premier temps, avait de fortes
réticences à avoir cet
article 5, j'ai quand même réussi à leur
dire : Bien, écoutez, on n'ira peut-être pas jusqu'à trois ans comme le
rapport Lemieux le préconise, mais on peut-u au moins se rendre à deux ans, ce
qui nous mettrait numéro un au Canada quant aux autres provinces canadiennes?
Alors, j'ai réussi à obtenir le deux ans. Je pense que c'est un bon pas à ce moment-ci. Comme je vous dis, c'est un pas qui n'a
pas été, quand même, franchi, là, depuis 41 ans. Nous, on fait un
pas. On a fait passer le délai d'un an à deux ans.
Puis j'ai
aussi annoncé, vous le savez, M. le député de Mercier, j'ai aussi annoncé
que, cet automne, je déposerais un document pour revoir l'ensemble de
notre système d'aide et d'indemnisation des victimes d'actes criminels. Nous
mettons, au Québec, environ, au total, 120 millions de dollars en aide et
en indemnisation, à peu près 100 millions en indemnisation,
20 millions en aide, comment on peut... ce qui est plus que toutes les
autres provinces canadiennes réunies. L'Ontario
met une trentaine de millions, l'Alberta et la Colombie, une dizaine de
millions, les autres, quelques millions
ou quelques centaines de milliers de dollars. Alors, j'ai annoncé que, cet
automne, nous ferions une réflexion d'ensemble à l'intérieur de laquelle
toutes les problématiques, toutes les lacunes qui ont été identifiées,
notamment dans le rapport Lemieux, seront réexaminées. Alors, c'est la
situation.
Et, plus que ça, suite aux consultations
particulières que nous avons eues, nous avons décidé de… d'où l'amendement que j'ai déposé sur cet article-là,
nous avons décidé que, dans certains cas, le délai ne... qu'on
codifierait, ce qui nous a été demandé par plusieurs groupes, qu'on codifierait
certaines pratiques, là, notamment… qui font en sorte que le délai finalement ne commence à courir qu'à partir du moment
où la victime prend conscience du préjudice subi et de son lien probable
avec l'acte criminel, ce qui fait en sorte
que présentement, comme je le disais ce matin, dans le cas d'une victime d'agression
sexuelle, si la victime ne réalise que
cinq ans plus tard qu'il y a un lien entre le préjudice subi et la commission
de l'acte criminel, le délai pour produire une demande sera de deux ans
à compter du moment où elle prend connaissance de ce lien, donc sept ans au
total.
Donc, on a
prévu le deux... on le met à deux ans, mais le deux ans n'est pas un deux ans
fermé parce que, dans un cas, par
exemple, de victime d'agression sexuelle, si la victime ne réalise que
10 ans plus tard que le préjudice qu'elle subit est en lien avec l'agression sexuelle commise il y a 10 ans,
elle pourra toujours déposer sa demande à ce moment-là. Donc, ça peut
aller à 10 ans, ça peut aller à 12 ans.
Plus que ça, suite aux discussions que nous
avons eues, nous avons aussi ajouté un certain nombre de critères pour élargir
au maximum et faire en sorte que ça soit un deux ans qui ne soit pas un deux
ans fermé, mais que, même 10 ans plus
tard, dans certaines circonstances, dont celles que je viens de dire, il soit
possible à une victime de déposer une demande d'indemnisation. Je pense
qu'on fait un gros pas en avant.
Et, je suis d'accord
avec le député, je l'ai un peu dit ce matin, effectivement la question
monétaire ne devrait pas être l'argument qui enlève tout le reste, là.
Et c'est exactement ce que j'ai dit au Conseil du trésor à l'automne, quand on a commencé à discuter de ça, j'ai dit :
Bien là, un instant, là... Parce que les premières réactions... les premières
fois que je suis arrivé avec ça, M. le député, là, les conseillers au
Trésor, qui sont probablement les mêmes qui étaient là il y a un an, qui
avaient conseillé l'ancien gouvernement, ont dit : C'est quoi, cette
affaire-là, augmenter le délai d'un an à deux
ans ou d'un an à trois ans? Ce n'était pas prévu, là. L'an dernier, on avait
prévu tant d'argent pour ça, un demi-million, puis là vous vous arrivez puis vous prévoyez 2 millions ou
2,5 millions, avec votre délai, là, compte tenu des centaines de dossiers supplémentaires qui vont s'ajouter. Et,
moi, j'ai effectivement dit : Bien écoutez, là, on parle de victimes
d'actes criminels puis il n'y a pas... ce n'est pas juste une question d'argent,
et l'argent ne devrait pas être l'argument qui fait en sorte qu'on ne fait
rien. Et on a réussi, après discussion, à faire un bout qui fait en sorte qu'au...
Parce que, grosso modo, là, trois ans, c'est
2,5 millions récurrents par année de plus, deux ans de délai, c'est à peu près 1,5 million récurrent de plus, ce
qui fait que le projet de loi de mon prédécesseur, qui prévoyait des
mesures d'un demi-million, bien, avec le
délai, qu'on porte de un an à deux ans, bien, maintenant, dans le projet de loi
n° 22, les mesures coûtent à peu près 2 millions récurrents
par année. Puis je n'aime pas ça, parler d'argent quand on parle de ce genre de dossier là, mais c'est une dimension
du problème. Si ce n'était que de moi, on serait allés bien sûr plus
loin. Mais on est dans un contexte de
finances publiques difficile. On fait un pas. Le projet de loi n° 22,
c'est de régler certains problèmes criants, et j'en ai profité pour
augmenter le délai, parce que j'avais lu le rapport Lemieux. Je n'ai pas pu l'augmenter
à trois ans, on l'augmente à deux ans.
Je pense qu'on fait un bon pas. Et on a codifié
une pratique qui fait en sorte que ce n'est pas un deux ans, là, strict, puis il n'y a plus rien à faire. Au
contraire, dans toute une série de circonstances, après cinq ans, 10 ans plus
tard, il va être possible de déposer une demande d'indemnisation. Alors, moi,
je pense qu'on fait un premier pas en espérant qu'à l'automne, à partir de la
réflexion qu'on fera dans la prochaine année sur ces questions, bien on aura l'occasion
d'y revenir en espérant que la situation sera meilleure. Mais je ne peux pas
faire autrement... À ce moment-ci, M. le Président,
je dis au député de Mercier et aux membres de la commission qu'on fait un grand
pas. Est-ce qu'il pourrait être plus
grand? Bien sûr, mais je pense qu'on fait un pas, un pas qui n'était pas prévu
dans le projet de loi déposé par l'ancien gouvernement libéral. Alors, on fait un pas et en espérant qu'on en
fasse un deuxième plus tard. Mais, à ce moment-ci, il nous est difficile
d'aller plus loin. Je pense qu'on fait un bon pas.
Le Président (M. Ferland) : Alors,
merci, M. le ministre. Alors, j'avais le député de Fabre. En 60 secondes.
M. Ouimet (Fabre) : Oui, je vais
essayer.
Le Président (M.
Ferland) : Merci, M. le…
M. Ouimet (Fabre) : Un vrai 60
secondes, cette fois-ci, M. le Président. Deux remarques. La première : on
a attiré mon attention sur le mémoire de Plaidoyer-Victimes qui soulignait qu'en
1993 le ministre de la Justice de l'époque, M. Gil Rémillard…
M. Ouimet
(Fabre) : … — bien,
en fait, il y a toujours un débat entre Gil et Gil, mais, en tout cas,
bref — rappelait que le report du délai de un à
trois ans avait été accepté par le Conseil des ministres de l'époque puisque le
délai était conforme au principe du Code civil. Ceci dit...
M. Ouimet (Fabre) : Ceci dit… Un
instant, attendez, attendez...
M. St-Arnaud : Juste là-dessus,
juste là-dessus.
M. Ouimet (Fabre) : ...ça n'a jamais
été promulgué.
M. St-Arnaud : ...le gouvernement ne
l'a jamais mis en vigueur.
M. Ouimet (Fabre) : Et voilà.
Le Président (M. Ferland) : Oui,
mais, je le sais, mais je ne veux pas de... Excusez.
Président (M. Ferland) : À l'ordre,
s'il vous plaît! Je ne veux pas de conversation. Là, il y avait le
député de Fabre qui avait la parole, on va
le laisser terminer. Et, si quelqu'un d'autre veut prendre la parole... D'ailleurs,
je reviens toujours à chaque fois au ministre pour les commentaires, il
n'y a pas de problème. Mais, s'il y en a d'autres qui veulent la parole, je vais
vous la donner. Mais on va respecter ceux ou celles qui ont la parole
présentement. Dans ce cas-ci, c'est le député de Fabre.
M. Ouimet
(Fabre) : Merci, M. le
Président. En fait, je veux aller le plus rapidement possible parce que je
pense qu'on s'est longuement exprimés, là. Je voulais essayer simplement de
faire ressortir quelques points, dont celui-là. Et le ministre a raison en
soulignant que la loi n'a jamais été mise en vigueur sur cette disposition-là.
Ceci dit, un
autre point qui est important pour nous, c'est de rappeler que le délai dont il
est question, ce n'est pas un délai de prescription, de sorte que ce n'est
pas un délai qui fait perdre de façon irrémédiable un bénéfice que la loi conférerait à une victime. Donc, le débat n'est
pas... ce n'est pas tout ou rien, ce délai enclenche un processus. Oui, le
délai, l'écoulement du temps fait en sorte que la personne qui veut réclamer le
bénéfice de la loi a un fardeau supplémentaire,
mais ça ne l'empêche pas de réclamer le bénéfice de la loi. Voilà, c'est ce que
je voulais préciser, M. le Président.
Le Président (M. Ferland) : Merci,
M. le député. Est-ce qu'il y aurait d'autres commentaires avant d'aller aux
voix?
M. St-Arnaud : Pour le bénéfice des
gens qui nous écoutent, effectivement, en 1993, il y a un de mes prédécesseurs, Gil Rémillard, qui a même fait
adopter la loi, mais, par la suite, il ne l'a jamais fait entrer en vigueur.
Alors, c'est comme s'il n'y avait pas eu de loi, finalement, parce qu'elle n'est
jamais entrée en vigueur. Et donc, le délai, depuis 41 ans, tous partis
politiques confondus, là, il n'y a personne qui a vraiment changé le délai pour
faire en sorte qu'il passe... qu'il soit de
plus qu'un an, jusqu'à ce projet de loi qui le fait passer d'un an à deux ans.
Et je peux vous assurer d'une chose,
M. le Président, cette loi n° 22, elle va entrer en vigueur dans les
semaines, dans les jours qui vont suivre leur adoption ici, à l'Assemblée
nationale.
Le Président (M. Ferland) : Merci,
M. le ministre. Alors...
Le Président (M. Ferland) : Je n'ai
aucun...
Le Président (M.
Ferland) : Oui, oui. Donc, je suspends quelques...
M. Ouimet (Fabre) : ...juste avant
le vote.
Le Président (M. Ferland) : ...avant
le vote, oui. Je suspends quelques secondes ou...
(Suspension de la séance à 15 h 36)
Le Président (M. Ferland) : Alors,
nous allons reprendre les travaux de la commission. Alors, nous en étions au... Je crois qu'il n'y avait plus d'intervention
sur le sous-amendement. Alors, s'il n'y a pas d'autre intervention, nous
allons procéder à la mise aux voix du sous-amendement de la députée de Gouin à
l'amendement du ministre à l'article 5. Est-ce que le sous-amendement est...
M. Ouimet (Fabre) : ...un vote
par... à main levée?
Président (M. Ferland) :
Oui, il n'y a pas de problème. Alors, un vote à main levée, je vais commencer
par la partie... Est-ce que vous êtes... Est-ce qu'il y a des gens qui sont
pour? Ceux qui sont contre?
M. St-Arnaud : Ceux qui sont pour,
là, c'est l'amendement de… Là, on est sur le sous-amendement...
Le Président (M. Ferland) : On
est... le sous-amendement.
M. St-Arnaud : Ça m'inquiète
toujours quand je vois le député de Fabre qui ne bouge pas. Alors, le
sous-amendement...
Le Président (M. Ferland) : Excusez,
je vais l'expliquer comme il faut, M. le ministre.
St-Arnaud : Je comprends que
le sous-amendement de la députée de... C'est parce que vous ne votez
pas, vous, M. le député de Mercier.
Le Président (M. Ferland) : Le
député de Mercier n'a pas le droit de vote.
M. St-Arnaud : Je trouvais qu'il n'y
avait pas... il n'y avait personne qui levait la main, là, ça m'inquiétait, M.
le Président.
Le Président (M. Ferland) : Alors,
juste... on reprend pour qu'on se comprenne bien. On est sur le sous-amendement
déposé par la députée de Gouin à l'amendement du ministre à l'article 5. Alors,
ceux qui sont pour le sous-amendement? Ceux qui sont contre? Ceux qui s'abstiennent?
Alors, l'amendement est rejeté.
Alors,
maintenant, nous allons... J'ai l'impression d'avoir déjà joué dans ce film,
mais c'est merveilleux... Là, on s'en va à l'amendement? O.K. Alors,
maintenant nous allons revenir à l'amendement… — c'est-à-dire déposé
par le ministre? — à
l'amendement déposé par le ministre. Alors, M. le ministre, la parole est à
vous.
St-Arnaud : Bien, M. le
Président, je pense qu'on en a discuté en long et en large, je pense qu'on peut
le voter.
Président (M. Ferland) : Ah!
J'aime ça. O.K. Alors, à ce moment-là, s'il n'y a pas d'autre intervention,
nous allons procéder à la mise aux voix. Est-ce que l'amendement, tel qu'amendé,
à l'article 5 est adopté?
M. Ouimet (Fabre) : Juste pour être
sûrs, là, qu'on...
Président (M. Ferland) : Je
sens qu'il y a tout le temps des petites zones grises, là, alors on va les
éclaircir.
M. Ouimet (Fabre) : Oui. Non, bien,
pour être certains de ce qu'on parle, là, moi, je m'apprêtais à voter sur l'amendement
que nous avons amendé, qui amende l'article 11 de la loi, puis, si je...
M. St-Arnaud : …1°, 2° et le 3° qui
était le sous-amendement.
Le Président (M. Ferland) : C'est
M. Ouimet (Fabre) : C'est beau.
Le Président (M.
Ferland) : Est-ce que c'était exactement ce à quoi on s'apprêtait à
voter?
Président (M. Ferland) :
Alors, c'est clair maintenant pour tout le monde? Alors, je remets donc aux
voix l'amendement, tel qu'amendé, à l'article 5. Est-ce qu'il est adopté?
Le Président (M. Ferland) : Alors, l'amendement
à l'article 5 est adopté. Maintenant, nous revenons à l'article 5... C'est ça? Oui, à l'article 5. Donc, s'il n'y a pas d'autre
intervention, nous allons procéder... Oups! Excusez, l'article 5. Le
député de Fabre? Le député de Mercier? Le député de Mercier.
M. Khadir : M. le Président, donc,
en cohérence avec le fait qu'on ait scindé en deux parties... c'est sûr que c'est un peu compliqué. Donc, nous proposons d'amender
l'article 5 du projet de loi de la façon suivante : À l'article 11
de cette loi, on insère, après le troisième alinéa, l'alinéa suivant :
«Aux fins du
présent article, il est réputé n'exister aucun délai de prescription pour une
victime d'un préjudice lié à un acte à caractère sexuel ou de violence
conjugale désirant se prévaloir de la présente loi.»
Président (M. Ferland) :
Alors, est-ce qu'il y a des discussions sur l'amendement proposé par le député
de Mercier? M. le ministre.
M. St-Arnaud : Pas vraiment. On en a
discuté ce matin et nous pensons que... En fait, nous sommes contre cet
amendement. Nous pensons que nous avons élargi considérablement le délai dans
la loi. Avec tous les débats que nous avons eus ce matin, et, dans les
circonstances, je pense que tout a été discuté. On en a discuté ce matin avec
la députée de Gouin, et nous allons être contre l'amendement, M. le Président.
Le Président (M. Ferland) : O.K. Merci,
M. le ministre. Est-ce qu'il y a d'autres commentaires du côté... Le député de
Fabre.
M. Ouimet
(Fabre) : Merci, M. le
Président. En fait, je vais répéter ce que j'ai dit il y a quelques minutes,
parce que l'amendement qui est proposé
repose sur la notion de délai de prescription qui est, je l'ai dit tantôt, à
mon point de vue, erroné. Il n'y a
pas de délai de prescription, c'est un délai qui impose un fardeau
supplémentaire, mais qui n'empêche pas la
victime, qu'elle soit victime d'agression sexuelle ou de violence conjugale, de
bénéficier de la loi si elle respecte, tel qu'on l'a proposé dans les amendements, là… fait la preuve qu'elle n'a
pas effectivement voulu renoncer aux bénéfices de la loi. Donc, il y a
un problème fondamental avec l'amendement tel que proposé, et je pense que c'est
difficile d'être d'accord avec cet amendement-là pour cette raison-là.
Le Président (M. Ferland) : Merci,
M. le député de Fabre. Alors, s'il n'y a pas d'autre... Le député de Mercier.
M. Khadir : Oui. Je crois, M. le
Président, que, contrairement à ce qui vient d'être dit, c'est un peu jouer avec les mots que de... S'il en était ainsi, le
rapport Lemieux, les groupes qui sont venus ici... nombre de groupes ne
seraient pas venus ici pour insister sur l'importance
de considérer que l'agression sexuelle ou la violence conjugale présente
un caractère particulier en raison de toutes les contraintes et le contexte
psychologique, la présence des enfants, donc tous
les arguments que vous avez entendu parler, qui expliquent pourquoi, en
moyenne, ça prend plusieurs années avant même que la victime réalise qu'il
y a un préjudice et qu'il faut agir. Puis ensuite, une fois ceci, cet obstacle,
je dirais, surmonté, cet obstacle subjectif, ça prend encore plusieurs années
avant d'avoir les conditions objectives de le faire puis avant de pouvoir agir
de manière libre, de manière sans contraintes, par exemple, sans considération
pour les sources de revenus, pour la maison, pour le destin des enfants ou sur
de possibles représailles.
Donc, c'est
pour ça que tous les groupes viennent nous demander à nous, les législateurs, d'êtres
le plus clairs possible puis de respecter les faits cliniques, si j'ose
dire, c'est-à-dire ce qui se passe sur le terrain, avec les femmes qui en sont victimes puis les groupes qui sont
venus ici en témoigner. Je ne comprends pas cette insistance qu'on a
ici, de la part du gouvernement qui, contrairement à mon attente, plutôt que d'essayer
de dire : Écoutez, le gouvernement libéral précédent ne pouvait faire que
ceci, mais, puisque nous, nous sommes de véritables sociaux-démocrates, des
gens progressistes, des gens beaucoup plus attentifs aux demandes venant de la
population...
Je ne veux pas injurier personne, je veux juste
dire la logique habituelle gauche-droite, progressiste, libéraux qui sont plus proches de certains milieux de
pouvoir, la logique habituelle. Je ne dis que c'est toujours comme ça
dans le cas de chaque député, mais il y a
quand même cette présomption, en tout cas, cette prétention, de la part du
gouvernement, qu'il s'agit d'un gouvernement
dirigé par des sociaux-démocrates, par des progressistes. Alors, si c'est le
cas, pourquoi est-ce que le ministre, pourquoi est-ce que le
gouvernement refuse des choses aussi banales, aussi… je veux dire, qui sont
incontestables?
Les groupes
disent : On a besoin d'une clarté. Et la manière la plus claire, au lieu d'un
truc alambiqué comme l'amendement qui a été emmené, que ça soit au
moment où la victime prend conscience qu'elle a la capacité d'agir, prend conscience du
préjudice et en plus ait démontré… Donc, il y a un fardeau supplémentaire qui
victimise la pauvre victime qui doit en plus prouver que, écoutez, non
seulement j'ai subi une violence conjugale, mais là je dois vous prouver que je n'étais vraiment pas dans la
position d'agir, je n'en ai même pas eu conscience que ça pouvait
consister en un préjudice grave pour lequel je dois demander votre aide.
Les groupes disent : Arrêtez tout ça, soyez
clairs, ne victimisez pas les victimes une deuxième fois, acceptez simplement qu'il n'y a aucun délai de
prescription. Puis c'est le sens de notre proposition. Puis je vous implore de
faire un effort et de dire simplement...
Écoutez, selon le ministre, ça fait 40 ans qu'un certain nombre de choses n'ont
pas changé. Donc, M. le ministre, voilà une raison justement pourquoi
vous devez tâcher d'aller le plus loin possible et le plus proche possible des
observations, des recommandations de ce qui vient de la base, de ceux qui
oeuvrent sur le terrain et qui connaissent ça.
Le Président (M. Ferland) : Merci,
M. le député de Mercier. Est-ce qu'il y a d'autres commentaires? M. le
ministre.
St-Arnaud : Je veux juste
dire, là, on essaie... on a tenté d'aller le plus loin possible, mais le plus
loin possible étant : dans un premier temps, on met un délai de
deux ans. Par contre, on dit, et ça s'applique notamment aux cas d'agression
sexuelle ou de violence conjugale, on dit : Si la victime ne prend
conscience du préjudice subi et de son lien
probable avec l'acte criminel que cinq ans, sept ans, 10 ans plus tard, on
vient de codifier dans la loi que le délai de deux ans ne court pas.
Donc, il sera toujours possible, cinq ans, 10 ans, 15 ans plus tard, de déposer
une demande d'indemnisation. Nous avons
aussi ajouté... encadré un certain nombre de principes, notamment lorsque la
victime est dans l'impossibilité d'agir.
Je pense qu'on va vraiment très loin. Mais ça
prend un minimum de balises, et c'est un peu ça qu'on fait en encadrant ça,
pour ne pas se retrouver dans des situations qui seraient au-delà de ces
balises. Je pense qu'on va vraiment très
large. Une victime d'agression sexuelle ou une victime de violence conjugale
pourra déposer une demande d'indemnisation cinq, 10, 15 ans plus tard si
la prise de conscience du préjudice qu'elle a subi arrive cinq, 10, 15 ans plus tard et est en lien avec l'acte criminel. Et,
plus que ça, même si la prise de conscience du préjudice subi remonte,
par exemple, au moment des événements, par
exemple dans un contexte de violence conjugale — on a eu cette discussion-là ce
matin — si
la victime est en mesure tout simplement de dire : Écoutez, moi, là, j'ai
été victime de violence conjugale pendant 10
ans, j'étais bien consciente à l'époque du préjudice que j'ai subi, mais j'étais
dans l'impossibilité de déposer ma demande d'indemnisation parce que je
vivais toujours avec la personne qui me violentait, bien elle aura juste besoin
de dire ça, donc, qu'elle était dans l'impossibilité
d'agir… elle était consciente du préjudice qu'elle subissait, mais elle
était dans l'impossibilité d'agir parce qu'elle vivait toujours dans la même
maison que la personne qui la violentait, elle n'aura qu'à... il n'y aura pas
une grosse preuve à établir pour dire : Écoutez, on est 15 ans plus tard,
j'étais dans l'impossibilité d'agir.
Et ma compréhension, M. le Président, c'est que
les gens qui administrent le système font preuve de beaucoup de compassion face à ce genre de dossier. Mais il faut un
minimum de balises pour ne pas... Parce que vous savez… le député sait aussi que, dans notre système, on est la seule
province canadienne où on n'a même pas besoin de déposer une plainte au
criminel pour être indemnisé en vertu de notre régime d'indemnisation. Alors,
il faut quand même qu'il y ait un minimum de
balises. Et je pense que la façon dont on a... D'abord, on allonge le délai,
mais les quelques éléments qu'on a ajoutés pour élargir le tout font en
sorte, à mon sens, qu'on couvre pas mal toutes les situations mais en gardant quand même un minimum de balises.
Et c'est pourquoi il nous apparaît que, d'arriver comme ça et de dire,
là, «aucun délai», je pense que ce n'est pas la voie à suivre, M. le Président.
Le Président (M. Ferland) : Merci,
M. le ministre.
M. St-Arnaud : ...je ne pense pas qu'en
refusant cet amendement, on va échapper beaucoup de monde qu'on n'aurait pas dû... qu'on ne voudrait pas... Je
pense qu'on n'échappera pas grand monde, mais j'espère qu'on n'en
échappera pas du tout et je pense que c'est le cas. Mais on garde un minimum de
balises pour ne pas que quelqu'un nous arrive, 50 ans plus tard, et… Voilà.
Le Président (M. Ferland) : Merci.
Merci, M. le ministre. Alors, s'il n'y a pas d'autre commentaire… Député de
Mercier.
Khadir : Je comprends que le
ministre insiste sur les balises, mais je rappelle au ministre que la victime
doit quand même démontrer qu'elle a été
victime d'un acte criminel. Pour moi, ça, c'est la balise essentielle et la
seule qui devrait exister, c'est-à-dire : la victime aura à
démontrer qu'elle a été victime d'une agression, d'un sévice sexuel, d'une
violence conjugale. Mais pourquoi est-ce qu'on voudrait lui rajouter deux
autres démonstrations? D'abord, pourquoi
elle a mis du temps à prendre conscience… ou enfin démontrer que ça lui a pris
du temps à prendre conscience du préjudice puis ensuite démontrer que...
Parce que c'est ça qui est demandé, l'amendement. On n'a même pas mis un amendement qui dise : Si la
victime était dans l'impossibilité d'agir. On dit : Si la victime est
capable de démontrer qu'elle était dans la... donc une deuxième.
Donc,
il y a trois démonstrations, pour la victime, à faire : qu'elle a été d'abord
victime d'acte de violence, ensuite, bien, que ça a pris du temps qu'elle
s'en rende compte qu'il y avait un recours, puis, troisièmement, bien, qu'il
faut qu'elle démontre qu'elle était dans… Ce
n'est pas écrit qu'elle était dans l'impossibilité d'agir, il faut qu'elle
démontre. Autrement dit, on rajoute au fardeau de la
victime pour rien, pour rien. Si la violence conjugale, à cause de tout ce qu'on a entendu, est si problématique puis qu'on
reconnaît ce problème-là, bien, une fois que la victime a démontré qu'elle
a été victime d'un acte de violence conjugale ou de sévice sexuel, bien
simplifions-lui la tâche, bon Dieu!
Le Président (M.
Ferland) : Merci, M. le député de Mercier. Il y avait le député de
Fabre.
M. Ouimet (Fabre) : Merci, M. le Président. Très rapidement, juste pour essayer de
clarifier parce que j'entends... Et
on ne l'a pas dit… en tout cas, peut-être qu'on ne l'a pas répété dans les
dernières minutes, là, mais, pour nous aussi, le sort des victimes, le traitement adéquat des victimes, de toutes les
victimes d'actes criminels est important. Ceci dit, au niveau de la mécanique de la loi, avec les
amendements tels que nous les discutons et qu'on semble en voie d'adopter,
il faut rappeler une chose, c'est que, tel
que libellé, là, la victime n'aura pas à prouver sa connaissance de... parce
que, ce qu'on dit, le délai pour
déposer la demande ne court qu'à partir du moment où la victime a pris
conscience de la blessure.
Donc,
quand on veut se replacer… Et là je ne sais pas si on avait poussé la réflexion
au niveau de la mécanique de la loi,
mais, tel que libellé, la commission ne pourra pas dire, à sa face même :
Vous êtes hors délai, parce qu'on dit : «Pour l'application du
premier alinéa, la survenance de la blessure correspond au moment où la victime
prend conscience du préjudice...» Alors, si la commission veut opposer le délai
à la victime, la commission devra faire la preuve
que la victime a pris conscience du préjudice subi et de son lien probable avec
l'acte criminel avant de pouvoir invoquer le délai de deux ans.
Alors,
ça, c'est un fardeau qu'on impose à la commission et pas à la victime. Et c'est
un élément important, là, il faut que
les gens qui nous écoutent comprennent ça. On n'est pas en train de tout mettre
le fardeau sur les épaules de la
victime. Alors, je voulais, M. le Président... Et pas que je voulais contredire
les propos du député de Mercier, mais je pensais que c'était important
de corriger la mécanique des modifications à la loi que nous sommes sur le
point d'adopter.
Le Président (M. Ferland) : Alors, merci, M. le député de Fabre.
Effectivement, tous les commentaires, souvent, sont là pour clarifier
certaines situations pour que tout le monde, tout le monde, y compris ceux qui
nous écoutent, comprennent la même chose en
même temps. Alors, M. le ministre, est-ce que vous avez un autre 60 secondes à
nous...
M. St-Arnaud : …juste pour dire, moi... On a reçu, entre autres, en auditions, Me
Louise Langevin, professeure à l'Université
Laval, et elle nous avait soumis, à son mémoire, là, le libellé des
dispositions de plusieurs provinces, et celle qui... Elle nous disait,
là : Si vous mettez ça dans la loi, moi, ça va me satisfaire. Enfin, je ne
veux pas...
À un moment donné, le cas qu'elle... le
texte législatif qu'elle appréciait le plus, c'était celui du Manitoba qui dit : «…or within one year after the date when the victim becomes
aware of or knows or ought to know the nature of the injuries and recognizes
the effects of the injuries.» Et moi, j'ai dit à Mme Langevin lorsqu'on
l'a reçue : Votre piste de solution, là,
celle qui reflète le mieux votre pensée, c'est le Manitoba, c'est ce que je
comprends? Et elle me répond : Oui,
c'est le Manitoba. Alors, on a inséré dans la loi, exactement après l'avoir
entendue, la disposition la plus favorable aux victimes qu'il y a dans
un texte…
M. St-Arnaud : …non, non, mais qu'il y a sur cet élément-là, qu'il y a dans n'importe...
dans les lois canadiennes, là. Et je pense qu'on fait un méchant bout de
chemin, M. le Président.
Le Président (M. Ferland) : Merci, M. le ministre. Alors, est-ce qu'il y a d'autres
commentaires? Sinon, s'il n'y a pas d'autre intervention, nous allons
procéder à la mise aux voix de l'amendement proposé par le député de Mercier à l'article 5. J'imagine que vous voulez aller
par... à main levée? Est-ce que l'amendement est adopté? L'amendement
est rejeté. Donc, l'amendement est rejeté.
Alors, maintenant,
nous revenons, cette fois-ci, je crois, à l'article elle-même, à l'article 5.
Alors, est-ce qu'il y a des commentaires à l'article
5? Donc, s'il n'y a pas de commentaire à l'article 5, nous allons procéder à la
mise aux voix. Est-ce que l'article 5, tel qu'amendé, est adopté?
Le Président (M. Ferland) : Adopté. Donc, l'article 5, tel qu'amendé, est
adopté. Maintenant, nous revenons, M. le ministre, à l'article 4 parce
qu'il avait été...
St-Arnaud : On pourrait revenir à l'article 4, effectivement, M. le
Président.
Le Président (M.
Ferland) : Donc, je vous cède la parole, M. le ministre. Nous revenons
à l'article 4.
St-Arnaud : Alors, M. le Président, l'article 4 de la loi se lit comme
suit :
L'article 7 de
cette loi est remplacé par le suivant :
«7.
Malgré l'article
2, le père et la mère d'une personne à charge peuvent se prévaloir de la
présente loi pour l'obtention d'une indemnité de 6 000 $ chacun, si
cette personne est décédée dans des circonstances donnant ouverture à l'application
de la présente loi.
«Un seul de ces parents à
toutefois droit à une indemnité de 12 000 $ dans les cas
suivants :
«1° il est le seul parent qui peut bénéficier
des avantages de la présente loi;
«2° l'autre parent n'a pas produit de demande à
l'expiration du délai prévu à l'article 11;
«3° l'autre parent est déchu de l'autorité
parentale.
«Les montants d'indemnité prévus aux premier et
deuxième alinéas sont revalorisés le 1er janvier de chaque année conformément
aux articles 119 à 123 de la
Loi sur les accidents du travail et les maladies
professionnelles, (chapitre A-3.001). Le ministre publie les montants d'indemnité
ainsi revalorisés à la Gazette officielle du Québec .»
Et, M. le Président, j'ai déposé et remis aux
oppositions, à l'opposition officielle et à la deuxième opposition, la semaine dernière, et à la députée de Gouin, ce
matin, l'amendement que nous proposons à cet
article 7, un amendement
qui découle, M. le Président, des discussions que nous avons eues avec certains
intervenants lors des consultations particulières, et je le lis.
Cet amendement se lit donc comme suit :
À l'article 7, introduit par l'article 4 du
projet de loi :
1° supprimer, dans le deuxième alinéa, le
paragraphe 2°;
2° ajouter, à la fin du paragraphe 3°, les mots
«ou a abandonné la personne à charge»;
3° insérer, après le deuxième alinéa, le
suivant :
«Lorsq