Culture and Education — 16 April 2019 (42nd Legislature, 1st Session)
CCE 2019-04-16
Quebec — Committees
(Dix heures deux minutes)
Le Président
(M. Laframboise) : À l'ordre, s'il vous plaît! Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de
la Commission de la culture et de
l'éducation ouverte. Je demande à
toutes les personnes dans la salle de bien vouloir éteindre la sonnerie
de leur appareil électronique.
La commission est réunie afin de procéder à
l'étude du volet Protection de la langue française des crédits budgétaires du portefeuille Culture et Communications pour l'exercice financier 2019‑2020. Une enveloppe de quatre heures a été allouée pour
l'étude de ces crédits.
Mme la secrétaire, y a-t-il des remplacements?
La Secrétaire : Oui, M. le
Président. M. Asselin (Vanier-Les Rivières) sera remplacé par M. Laframboise
(Blainville); M. Lemieux
(Saint-Jean), par Mme IsaBelle (Huntingdon); M. Poulin
(Beauce-Sud), par M. Allaire (Maskinongé); M. Skeete (Sainte-Rose), par Mme Tardif
(Laviolette—Saint-Maurice); Mme Maccarone
(Westmount—Saint-Louis), par M. Benjamin (Viau); Mme Rizqy
(Saint-Laurent), par Mme St-Pierre (Acadie); Mme Labrie
(Sherbrooke), par Mme Dorion (Taschereau); et Mme Hivon (Joliette),
par M. Arseneau (Îles-de-la-Madeleine).
Le Président (M. Laframboise) :
Merci. Nous allons débuter par les remarques préliminaires puis nous allons procéder à une discussion d'ordre général par
blocs d'environ 20 minutes, incluant les questions et réponses. La mise
aux voix de ces crédits sera effectuée à la fin du temps qui leur est alloué,
soit ce soir, vers 21 h 30.
Puisque nous
avons débuté nos travaux à 10 h 1 et qu'une période de deux heures
doit être consacrée à l'étude de ces crédits ce matin, y a-t-il
consentement pour poursuivre nos travaux au-delà de l'heure prévue, soit
jusqu'à 12 h 1? On s'entend?
Nous débutons donc avec les remarques
préliminaires. Mme la ministre, vous disposez de 12 minutes.
Mme Roy :
Merci beaucoup, M. le Président. Alors, vous devinez que je suis très, très
heureuse de participer pour une
première fois à cet exercice, cette étude des crédits, à
titre de ministre de
la Culture et des Communications et ministre responsable de la Langue
française.
Je veux tout d'abord prendre un moment pour
réaffirmer devant cette commission à quel point notre gouvernement prend au sérieux
son rôle de défenseur de cette langue, qui est le bien le plus précieux partagé
par tous les citoyens du Québec. Notre langue française, M. le Président,
c'est notre fierté, notre identité, notre culture.
Le Québec,
c'est la grande nation francophone des Amériques, et nous devons l'affirmer et
en être fiers. J'ai d'ailleurs assuré le premier ministre que j'ai
l'intention d'investir toute l'énergie qu'on me connaît pour me rendre digne de
cette confiance qui m'honore, il faut
bien le dire. Mon engagement : entreprendre un véritable virage pour la langue
française au Québec.
Mes collègues
du gouvernement travaillent d'ailleurs à incarner dans le
quotidien cette fierté indéfectible que nous avons pour notre langue française. Notre premier devoir, M. le Président, en est un d'exemplarité. Cette attitude, elle est nécessaire
pour que nous puissions collectivement mener à bien nos ambitions, assurer la primauté
du français dans l'espace public québécois, dans les
milieux professionnels et dans les interactions entre la population et les
divers ordres de gouvernement qui leur
dispensent des services. Il faut poursuivre notre travail et faire en sorte de
chérir notre langue et de partager cet amour que nous avons pour elle.
D'emblée, je tiens à rappeler que le budget
récemment déposé par le gouvernement est en phase directe avec cette préoccupation fondamentale. Nous atteignons un sommet
historique de 34 millions de
dollars cette année, dois-je
le souligner. Ainsi, selon les plans établis
par mon collègue le ministre des
Finances, ce sont plus de 10 millions de dollars sur cinq ans qui
seront consacrés pour appuyer un apprentissage adapté du français et favoriser
son usage dans l'espace public. Ce sont donc
2 millions supplémentaires par année qui seront dirigés vers des
initiatives mettant l'accent sur le français
comme élément de fierté des Québécois de toutes origines, notamment celles et
ceux qui poursuivent une démarche d'apprentissage
de notre langue commune. C'est notre langue officielle, le Québec, dois-je le
rappeler, et nous le rappellerons plus d'une fois.
C'est dans
cet esprit que, le 20 mars dernier, j'ai annoncé un soutien de
1 million de dollars pour des initiatives de promotion et de valorisation du français dans
l'espace public. Cette annonce a été effectuée de concert avec mes
collègues la ministre
des Relations internationales et de la Francophonie, députée de Bertrand, de
même que la ministre de la Justice et ministre
responsable des Relations canadiennes et de la Francophonie canadienne, la
députée de Champlain. Dans cette perspective d'esprit d'équipe, nous travaillons
ensemble, M. le Président, nous avons saisi l'occasion de la Journée internationale de la Francophonie pour détailler
les projets rendus possibles par cet investissement. C'était symbolique,
c'était la journée de la Francophonie.
Donc, je
prends un moment pour vous les décrire parce que ces initiatives démontrent à
quel point nous pouvons faire preuve d'ingéniosité, de créativité et
d'efficacité dans la promotion et la valorisation du français. Ces projets
engagent cinq sociétés d'État qui relèvent de mon portefeuille ministériel.
En premier
lieu, le Conseil des arts et des lettres du Québec, le CALQ, comme on dit, est
responsable du Circuit Paroles
vivantes, des tournées de cinq conteurs qui vont parcourir plusieurs régions du
Québec dès ce printemps 2019. Le CALQ
a aussi lancé une série de conférences tenues par des écrivains membres de
l'Ordre des arts et des lettres du Québec. Et je dois dire, M. le Président, que j'ai eu le grand privilège
d'assister à une de ces conférences, donnée par nulle autre que notre auteure Mme Marie Laberge, et ce fut une
expérience extraordinaire, gratuite pour la population, et les
participants, les spectateurs ont énormément
apprécié. Et c'est ça, la valorisation du français. Pendant ces conférences,
organisées en collaboration avec Bibliothèque et Archives nationales du
Québec, les auteurs partageront leur amour de notre langue.
Autre
initiative. Pour sa part, Télé-Québec — c'est à nous, Télé-Québec — profite de l'occasion du Circuit
Paroles vivantes pour faire connaître le conte comme véhicule privilégié de la
langue française. Par l'entremise de La Fabrique culturelle , notre société
d'État, notre société de télévision produit ainsi la série Ceux qui content .
C'est une série qui dresse le portrait de cinq conteurs du Québec sous
forme de série Web et de production immersive.
Nous avons
aussi mis à contribution Bibliothèque et Archives nationales du Québec, qui
accueille une formation pour adultes
en francisation à la Grande Bibliothèque. Ça, c'est très important. Mise en
place en janvier avec la complicité de la Commission scolaire de Montréal, cette formation est un projet
expérimental qui lie étroitement l'apprentissage du français et l'immersion dans la culture du Québec. Nous
pourrions ainsi mesurer la possibilité d'exploiter le potentiel des
bibliothèques publiques dans l'intégration des nouveaux arrivants.
M. le
Président, la liste des sociétés d'État sous ma responsabilité compte
également, comme vous le savez, des institutions
muséologiques, comme le Musée de la civilisation. Nous avons donc demandé la
collaboration de ces musées afin de
lancer des initiatives muséologiques numériques. Conçus avec l'aide de
personnes aux profils très différents, ces projets reposent sur la
richesse de la langue française en lien avec les collections et expositions du
musée.
Je vais
terminer cette brève liste avec la Société de développement des entreprises
culturelles, que nous connaissons tous
sous le nom de SODEC. Alors, d'une part, celle-ci finance le Prix collégial du
cinéma québécois afin d'encourager la connaissance
et l'analyse de notre cinématographie nationale. De plus, la SODEC soutient le
concours Web vidéaste littéraire Livre-toi, une initiative de
l'Association nationale des éditeurs de livres qui invite les jeunes du
secondaire à diffuser sur Internet ou sous forme de courte vidéo une critique
littéraire de leur livre québécois ou franco-canadien préféré.
Ce ne sont
là, M. le Président, que quelques exemples de nos réalisations
récentes en faveur de la langue
française, tout ça annoncé lors du mois de mars. De nombreuses autres
initiatives ont été accomplies par notre ministère et nos partenaires en vertu
de mesures déjà en place que nous avons résolu de poursuivre tout en cherchant
à les améliorer.
D'ailleurs,
le rapport déposé vendredi dernier par la nouvelle présidente-directrice générale de l'Office
québécois de la langue française, l'OQLF, qui m'accompagne d'ailleurs aujourd'hui,
la présidente est ici, alors, ce rapport démontre clairement qu'il reste beaucoup de travail à faire. Tout n'est pas noir. Il faut
bien le dire, tout n'est pas noir, mais tout n'est pas rose, loin de là.
Nous devons notamment redoubler d'ardeur pour renverser la tendance dans la métropole.
On le
constate, en plus de la francisation des immigrants, M. le Président, et ça, on
en a parlé abondamment, même lorsque nous étions dans l'opposition, nos
priorités en tant que gouvernement sont l'exemplarité de l'État, le français comme langue de travail, plus particulièrement
dans la métropole, auprès des nouveaux arrivants. Autre priorité,
l'affichage commercial, la langue d'accueil
des commerces. Autre priorité, la production à la consommation des productions
culturelles francophones, qui doivent
trouver leur place dans l'environnement numérique. Enfin, ce qui est triste,
l'indifférence des jeunes. C'est un constat alarmant qui a été fait dans
ce rapport qui a été rendu public vendredi. Il faut y voir.
Sachez, M. le Président, que les données de
l'OQLF guideront nos actions, des données toutes fraîches, toutes chaudes. Nous
avons la ferme intention d'entreprendre un véritable virage pour la langue
française au Québec. Notre gouvernement
souhaite miser sur une application intelligente et ferme de la Charte de la
langue française sur le renforcement du rôle et du leadership de
l'Office québécois de la langue française. Il est important. Nous devons mettre
en place les conditions menant à
l'exemplarité et au renforcement de l'usage et de la maîtrise du français dans
l'appareil gouvernemental. Nous avons, je le répète, un devoir absolu
d'exemplarité.
Nous devons
aussi assurer la primauté du français dans l'espace public québécois, dans la
métropole du Québec et dans le milieu
culturel. C'est pourquoi j'annonce ce matin que j'ai confié au Secrétariat à la
promotion et à la valorisation de la langue française le mandat
d'oeuvrer en collaboration avec l'OQLF. Nous devons définir collectivement des
pistes d'amélioration répondant aux constats
les plus préoccupants et des stratégies permettant de maximiser les retombées
des éléments les plus porteurs. Nous devons
engager un dialogue, un dialogue qui s'effectuera auprès du public, aussi
auprès des personnes et des organismes représentant
les divers secteurs et domaines d'activité qui agissent sur la vitalité du
français dans l'espace public. Nous
travaillerons de concert avec le milieu et tous les citoyens du Québec, et ce,
dès le mois de mai. Et ça va se poursuivre jusqu'à l'automne.
Notre
gouvernement déposera d'ici un an un plan d'action ambitieux avec des mesures
concrètes pour la défense et la
promotion du français. Nous y tenons, c'est un engagement. Je le répète, notre
gouvernement déposera d'ici un an un plan
d'action ambitieux avec des mesures concrètes pour la défense et la promotion
du français. Nous nous assurerons que cet important chantier s'effectuera également en
concertation avec les ministères et organismes concernés. Ça concernera
tout l'État québécois.
Pour conclure,
M. le Président, j'aimerais rappeler que notre gouvernement a la ferme
intention d'agir afin de protéger notre
langue commune. Nous avons le devoir d'en faire la promotion et de sensibiliser
la population à son importance afin de ne
pas oublier nos racines. Notre langue, c'est notre identité. Nous allons en
prendre soin. Comptez sur nous, M. le Président.
Président (M. Laframboise) : Merci beaucoup, Mme la ministre. Le
temps non utilisé, les quelques secondes seront rajoutées au temps du
parti tout au long du débat.
Donc, j'invite maintenant la porte-parole de l'opposition
officielle à faire ses remarques préliminaires pour un maximum de huit minutes.
Mme St-Pierre : Merci.
Merci, M. le Président. Merci, Mme la ministre. Alors, il me fait plaisir de
prendre la parole au nom de l'opposition officielle en compagnie de mon collègue
le député de Viau sur ce sujet important qui est celui de la langue française. Nous avons
au Québec une belle langue que nous, comme l'a dit la ministre,
parlons avec amour, et il faut la
protéger. Je salue la ministre et son équipe. Je salue également
les parlementaires autour de cette table et tous ceux et celles qui nous aident dans ce travail. Je
salue également tous ceux et celles des téléspectateurs qui nous
écoutent via la magie des ondes.
M. le Président, on ne peut ce matin parler de langue
française sans parler de notre mère
patrie, la France. Hier, la France a
vécu un événement absolument terrible, c'est-à-dire l'incendie que
nous avons suivi, évidemment, à toutes les minutes, l'incendie de l'église Notre-Dame. Donc, évidemment,
nous avons une pensée ce matin pour nos amis français et nous voulons leur dire à quel point nous leur
envoyons, à des milliers de kilomètres de distance, nous leur envoyons plein
d'amour. Et nous espérons que Notre-Dame sera reconstruite le plus rapidement
possible.
Donc, M. le Président, nous avons aussi la ferme intention de collaborer et de travailler
avec beaucoup de coeur à cette tâche qui est celle de la
promotion et la protection de la langue française au Québec. La semaine
dernière, la fuite calculée et commandée par le gouvernement du rapport de
l'OQLF nous a révélé beaucoup de choses, beaucoup de statistiques. Bien sûr, c'est un rapport fouillé qui a été préparé
par des chercheurs qui sont des gens d'une grande intégrité et d'une
grande rigueur. Alors, ce rapport contient beaucoup de réussites, mais il contient
également, en effet, des défis.
La ministre a déclaré, non pas ce matin mais
dans le passé, qu'elle n'entendait pas revoir la Charte de la langue française.
C'est donc dire que les mesures que nous avons mises en place au cours des
dernières années ont porté des résultats.
Donc, évidemment, il faut travailler très fort, puisque tout est perfectible
et, évidemment, particulièrement dans le dossier de la langue française.
Alors, je
serai heureuse, M. le Président, de poser des questions sur la vision de la
ministre et également sur cette question,
bien sûr, qui est très importante, qu'elle a soulevée, de l'exemplarité de
l'État. Alors, je réserve le temps qu'il me reste dans mes remarques
d'ouverture pour mes questions à venir. Merci, M. le Président.
Le Président (M. Laframboise) :
Merci. Merci, Mme la députée de l'Acadie.
Donc,
maintenant, je cède la parole à la porte-parole du deuxième groupe d'opposition
pour ses remarques préliminaires pour un maximum de deux minutes.
Mme Dorion : Je n'aurai pas de
remarques préliminaires. Je vais garder le temps pour les questions.
Le Président (M. Laframboise) :
Parfait. Merci beaucoup.
Donc, maintenant, je cède la parole au
porte-parole du troisième groupe d'opposition pour ses remarques préliminaires
pour un maximum de deux minutes.
M. Arseneau : Bien, puisque
notre temps est compté, nous allons aussi réserver notre temps pour les
questions.
Le Président (M. Laframboise) :
Parfait. Je vous remercie. Je suis maintenant prêt à reconnaître une première intervention de l'opposition officielle pour un
premier bloc d'échange. Mme la députée de l'Acadie, la parole est à
vous.
Mme St-Pierre :
Merci, M. le Président. Alors, j'ai entendu la ministre parler des montants
d'argent qui sont réservés pour la langue française. Donc, en regardant
le cahier des crédits, puisque nous sommes ici à l'étude des crédits, on va commencer par parler de chiffres. Bien sûr, Mme la
ministre a parlé de 34 millions de dollars. Or, ici, à la page 73 du
livre des crédits, programme 3, Langue
française, on parle de 31,9 millions de dollars. Alors,
j'aimerais savoir quel est... Pourquoi on parle ce matin de
34 millions? Est-ce que c'est parce que le livre des crédits n'est pas
clair, suffisamment clair? Parce qu'ici c'est bel et bien inscrit
31 900 000 $ et non pas 34 millions comme vous l'avez dit
tout à l'heure dans vos remarques d'ouverture.
Le Président (M. Laframboise) :
Mme la ministre.
Mme Roy : Oui.
Merci pour la question. D'ailleurs, j'aimerais saluer... naturellement, je n'ai
pas eu le temps de le faire tout à
l'heure d'entrée de jeu, saluer tous les députés qui sont autour de la table
et, également, les gens qui m'accompagnent.
Pour notre gouverne, à ma droite, Marie Gendron, sous-ministre à la culture, à
ma gauche, Mme Manon Gauthier,
chef de cabinet. Nous avons tous les gens responsables de la langue française,
M. Guillaume Savard, directeur de la
planification, de la coordination et des communications, Geneviève Vézina,
directrice générale de l'administration du ministère, Julie Lévesque, secrétaire générale et directrice du bureau
de la sous-ministre, et Nicolas Julien, directeur par intérim des
ressources financières.
Mme St-Pierre :
...un point d'ordre s'il vous plaît.
Le Président
(M. Laframboise) : Oui, je vais accepter le point d'ordre.
Mme St-Pierre :
C'était dans les remarques d'ouverture qu'il fallait faire ça.
Président (M. Laframboise) : Vous pourrez peut-être le faire dans
le temps du gouvernement tantôt, faire les nominations, là. Vous devez
répondre à la question de Mme la députée de l'Acadie.
Mme Roy :
Parfait. Alors, Mme la députée, je vais lui répondre immédiatement et je
voulais justement vous présenter une
des personnes qui pourrait très précisément... je vous parle de
34 millions parce que c'est 34 millions que nous avons mis
dans le budget, de façon générale, pour la langue française. Et je voulais, à
ce juste titre, demander naturellement, de consentement, si on peut entendre la
personne la plus à même de vous dire précisément la ventilation du montant,
Mme Geneviève Vézina, qui est la directrice générale de l'administration.
Président (M. Laframboise) : Consentement pour que
Mme Vézina puisse prendre la parole? Consentement. Mme Vézina.
Mme St-Pierre :
...parce que j'ai d'autres questions dans mon bloc de 20 minutes.
Le Président (M. Laframboise) :
Oui, ça va.
Mme St-Pierre :
Merci.
Président (M. Laframboise) : On va lui laisser le temps de
s'asseoir, là, quand même. Merci, Mme Vézina.
Mme Vézina
(Geneviève) : Bonjour. Geneviève Vézina, directrice générale de l'administration.
Alors, au livre des crédits, il y a
31,9 millions. À cela s'ajoutera la mesure du discours sur le budget,
10 millions pour les cinq prochaines années, c'est-à-dire
2 millions par année qui sera ajouté et qu'on devra aller chercher via un
recours au fonds de suppléance.
Le Président
(M. Laframboise) : Est-ce que ça va?
Mme Vézina
(Geneviève) : Alors, pour un total de 34 millions.
Le Président
(M. Laframboise) : Merci, Mme Vézina. Mme la députée de
l'Acadie.
Mme St-Pierre :
Donc, les 34 millions, vous devrez aller faire une démarche auprès du
Conseil du trésor pour aller chercher
la différence. Vous ne l'avez pas, là, présentement. Ça a été annoncé dans le
budget, mais vous ne l'avez pas, vous êtes obligée de faire une démarche
supplémentaire pour aller chercher cet argent-là.
Le Président
(M. Laframboise) : Mme la ministre.
Mme Roy :
...permettre de répondre, nous travaillons main dans la main avec le Conseil du
trésor et le président du Conseil du
trésor. Et soyez assurée que l'argent sera là. Donc, c'est un 10 millions
que nous allons aller chercher, pour un
total de 34 millions. Il y a une chose que je peux vous assurer, Mme la
députée, c'est que nous tenons notre parole et qu'en matière de langue française, c'est extrêmement important pour
nous, l'argent sera là. L'argent est déjà là, je vais aller la chercher,
et facilement.
Le Président
(M. Laframboise) : Mme la députée de l'Acadie.
Mme St-Pierre :
Alors, «le» chercher. M. le Président, j'aimerais poser des questions
concernant l'Office québécois de la langue
française. L'Office québécois de la langue française voit ses crédits diminuer
en 2019‑2020. Donc, 2018‑2019, on
parle de 24 238 000 $ et, 2019‑2020,
24 069 000 $. J'aimerais savoir à quel endroit l'Office
québécois de la langue française va
couper, quelles sont les mesures de restriction budgétaire. Puisque vous êtes
arrivés au gouvernement en nageant
dans les surplus budgétaires, on se demande pourquoi la ministre, qui a présenté
dans son allocution d'ouverture une très belle volonté, dois-je dire,
mais à un moment donné, ça prend aussi des sous, alors, pourquoi les crédits de
l'Office québécois de la langue française ont-ils été diminués?
Président (M. Laframboise) : Mme la ministre.
Mme Roy :
Oui, ça me fait plaisir de répondre à cette question, la même, d'ailleurs, qui
a été posée vendredi dernier par un
collègue des oppositions lors de l'interpellation. Il faut savoir que c'est un
exercice d'optimisation. C'est 169 000 $ sur un budget total de 24 millions et ça
correspond à l'effort que doit faire l'Office québécois de la langue française,
comme tout l'appareil gouvernemental, pour assurer l'optimisation de ses
ressources humaines.
Ce qu'il est
important de dire, et, concrètement, vous me demandez qu'est-ce que c'est, ce
sont huit postes qui étaient vacants, qui
étaient vacants bien avant mon arrivée. Et ces postes-là, tout simplement des
départs à la retraite, ne seront pas comblés. Mais il y a une chose importante
à dire, cependant, c'est que le budget 2019‑2020 prévoit 10 millions de dollars sur cinq ans pour
mettre de l'avant des actions pour promouvoir la langue française comme
élément de fierté des Québécois et
notamment, et c'est très important, auprès des personnes en apprentissage de la
langue française.
Alors,
nous mettons plus d'argent pour atteindre, comme vient de nous l'expliquer
Mme Vézina, le 34 millions de dollars. 34 millions en plus qui seront alloués à la promotion et à
la valorisation de la langue française en 2019‑2020, c'est un seuil
historique.
je vous remercie, tout à l'heure, d'avoir corrigé, j'ai dit «le» au lieu de
«la», c'est-à-dire «la» au lieu de «le», mais je pensais «la somme».
Cela dit, merci pour votre correction.
Le Président
(M. Laframboise) : Mme la députée de l'Acadie.
Mme St-Pierre :
Alors, M. le Président, nous notons bien que l'Office québécois de la
langue française devra subir des compressions budgétaires au cours de
l'exercice financier 2019‑2020. Donc, on s'attend à ce que la ministre
aille voir son collègue qu'avec
lequel elle travaille main dans la main au Conseil du trésor pour corriger la situation, parce qu'il y a des
coûts de système, il y a des coûts fixes, et
ce serait impossible de pouvoir rencontrer les objectifs que se fixe l'Office
québécois de la langue française avec un
budget qui est diminué, surtout lorsqu'un gouvernement nage dans les surplus
comme il nageait avec la bonne administration dont il a hérité en
arrivant au pouvoir.
le Président, j'aimerais maintenant parler à la ministre des inspections qui
sont faites par l'Office québécois de la langue française. Donc, on a des données ici concernant les inspections
qui ont été effectuées au cours de la dernière année. Si on regarde avril 2018 à septembre 2018, on
parle d'une moyenne de 227 inspections par mois. Lorsque vous arrivez
au pouvoir, en octobre 2018 jusqu'en février 2019, on parle de
161 inspections par mois. Donc, c'est un nombre important d'inspections qui... les inspections ont diminué.
Alors, j'aimerais avoir des explications sur les raisons pour lesquelles
l'Office québécois de la langue française a diminué le nombre d'inspections à
partir du mois d'octobre.
Le Président
(M. Laframboise) : Mme la ministre.
Mme Roy :
Oui. Vous allez me permettre de consulter notre nouvelle présidente-directrice
générale, Mme Ginette Galarneau. Cela dit, avant que madame puisse
se déplacer, je vais répondre une chose à Mme la députée de...
Président (M. Laframboise) : J'ai le consentement pour que madame
se déplace tout de suite, là, le temps de... Vous avez consentement?
Donc, madame... Vous avez dit...
Mme Roy :
Oui, c'est Mme Galarneau.
Le Président
(M. Laframboise) : Mme Galarneau. Parfait.
Mme Roy :
Et c'est notre toute nouvelle présidente-directrice générale qui, est entrée en
fonction à la mi-février. Donc, c'est tout récent.
Président (M. Laframboise) : Parfait, Mme la ministre. On va lui
demander de s'approcher, puis continuez.
Mme Roy :
Et entre-temps, je peux continuer justement pour ne pas perdre du temps, ne pas
faire perdre de temps à la députée de
l'Acadie. Ce qui est important que vous compreniez, c'est que l'Office
québécois de la langue française, sous notre gouverne, deviendra, et
nous le souhaitons tous, un outil, l'outil de tous les citoyens du Québec pour
valoriser la langue française. Et, à cet
égard, à cet égard, au fil des dernières années, il nous a été évidemment possible
de remarquer une certaine forme, comment dirais-je, de désamour avec
l'office et nous allons corriger cette situation.
Mme St-Pierre :
Point d'ordre, M. le Président.
Le Président
(M. Laframboise) : La ministre a droit de parole, Mme la députée
de l'Acadie.
Mme St-Pierre :
Oui, mais c'est parce que c'est sur les inspections.
Le Président
(M. Laframboise) : Mme Galarneau.
Mme Roy : Oui, le temps
que madame s'assoit tout simplement. Ne soyez pas si impatiente, ma chère, nous
y arriverons. Mme Galarneau.
Mme Galarneau
(Ginette) : Merci, Mme la ministre.
Le Président
(M. Laframboise) : Mme Galarneau.
Mme Galarneau
(Ginette) : Les inspections résultent des plaintes qui sont faites par
les citoyens ou d'interventions d'office
qui sont faites par l'OQLF. Donc, il se peut très bien qu'au cours d'un mois
qui peut s'expliquer par différents facteurs, facteurs de ressources humaines, facteurs d'intensité, je dirais, de
démarche suivant les cas qui se présentent, ça peut fluctuer, mais c'est
quand même un nombre impressionnant d'inspections qui ont été réalisées au
cours de la dernière année. Et il y a eu
déjà des travaux pour faire en sorte qu'on accorde le plus temps possible aux
plaintes et aux objets qui ont le plus d'impact,
où la gravité est la plus importante. Et je crois que tous les organismes au
gouvernement du Québec ont intérêt à travailler
à l'égard des situations qui sont les plus graves et qui demandent une
intervention des plus rapides. Et c'est comme ça qu'on a agi.
Le Président
(M. Laframboise) : Merci beaucoup. Mme la députée de l'Acadie.
Mme St-Pierre :
Merci, M. le Président. Donc, vous n'avez pas l'intention d'augmenter le nombre
d'inspections?
Le Président
(M. Laframboise) : Mme Galarneau.
Mme St-Pierre :
Oui ou non?
Le Président
(M. Laframboise) : Mme la ministre. Mme la ministre.
Mme Roy :
Oui, je vais me permettre de répondre à Mme la députée. Nous allons intervenir,
et nous le ferons, de façon... en
fonction des priorités, de priorités, de prioriser les plaintes qui seront les
plus sérieuses comparativement aux plaintes qui pourraient être
frivoles.
je me souviens, il y a quelques années, avoir été assise ici, mais dans une
autre fonction, et on nous avait révélé qu'il y avait à certains égards certaines personnes qui pouvaient
formuler jusqu'à 500 plaintes, une seule personne. Alors, il faut faire le tri dans tout ça, quelles sont les
plaintes qui sont vraiment les plus réelles comparativement à celles qui
pourraient venir de groupes de pression, de groupes d'intérêts. Il faut faire
une... j'imagine, travailler en priorisant les plaintes les plus sérieuses pour
pouvoir arriver avec des solutions.
Le Président
(M. Laframboise) : Mme la députée de l'Acadie.
Mme St-Pierre :
Merci, M. le Président. Donc, le rapport qui a été rendu public la semaine
dernière, vous l'avez commandé, n'est-ce pas, Mme la ministre?
Mme Roy :
Mme la députée, il est de la prérogative de la ministre de demander les études
lorsqu'elles sont prêtes. M. le
Président, lorsque je suis arrivée en poste, en octobre dernier, on me
disait : Vous savez, il y a un rapport, un rapport quinquennal, parce que, selon la Charte de la
langue française, à l'article 160, l'office doit produire un rapport
quinquennal. Et on me dit : Ces études
s'en viennent, elles sont en préparation. Alors, j'ai dit : Bien, on veut
les voir. Quand nous les aurons, nous
vous voulons les voir, nous voulons les voir et surtout nous voulons que la
population les voie, parce que ça donne un portrait global de la
situation de la langue française. Et, vous savez, M. le Président, ces études
quinquennales, elles n'avaient pas été produites depuis 2007. Aucun autre
gouvernement n'a eu le courage de les mettre sur la table.
Donc,
j'arrive en octobre, je demande à voir ces études. En octobre, pas d'étude. En
novembre, pas d'étude. En décembre,
pas d'étude. En janvier, pas d'étude encore. Février, pas d'étude. Mi-février,
le mandat de l'ancien P.D.G. de l'OQLF
vient à terme, notre gouvernement engage une nouvelle présidente-directrice
générale de l'OQLF en la personne de Mme Ginette
Galarneau. Elle arrive en fonction, elle me dit : Madame, des études sont
en préparation. Mais j'ai dit : Oui, on m'en parlait, votre prédécesseur m'en a parlé. Lorsqu'elles seront
prêtes, de grâce, publiez-les. La population du Québec a droit de savoir l'état de la langue française. Et
Mme Galarneau m'a avertie mercredi soit dernier qu'elles étaient prêtes,
qu'elles avaient été présentées à ses
membres, parce qu'il y a une procédure qu'elle doit suivre, et je lui ai
dit : Bien, rendons-les publiques
à la population du Québec. C'est ce que nous avons fait, c'est ce qu'aucun
autre gouvernement n'a osé faire avant nous, et nous avons le portrait
global.
Et ce qui est
important, c'est que je n'ai...
Le Président
(M. Laframboise) : Mme la ministre...
Mme St-Pierre :
M. le Président.
Le Président
(M. Laframboise) : Mme la députée de l'Acadie.
Mme St-Pierre :
Je vous rappelle, M. le Président, que vous devez aussi voir à ce que le temps
des réponses soit conforme au temps des questions.
Le Président (M. Laframboise) :
À ce que vous avez demandé. Mme la députée de l'Acadie.
Mme St-Pierre :
Donc, M. le Président, j'aimerais maintenant parler à la ministre justement de
la nomination de Mme Ginette
Galarneau. J'ai consulté son curriculum vitae. Mme Galarneau, je regarde
ce qu'elle a fait au sein de l'appareil gouvernemental, mais elle n'a absolument nulle part dans son profil
d'expertise en matière de langue française, en matière de protection linguistique, en matière de recherche par
rapport à langue française, en matière scientifique sur la langue
française. Alors, j'aimerais savoir de la
ministre en quoi Mme Galarneau est qualifiée pour être directrice générale
de l'Office québécois de la langue française.
Le Président (M. Laframboise) :
Mme la ministre.
Mme Roy :
Oui. Madame agit à
titre de présidente-directrice générale d'une organisation
importante et elle a toutes les
compétences nécessaires pour être présidente-directrice générale d'une
organisation importante au sein de l'appareil étatique du gouvernement
du Québec.
Le Président (M. Laframboise) :
Mme la députée de l'Acadie.
Mme St-Pierre :
Donc, qu'est-ce qui, dans le profil de Mme Galarneau, la met compétente
pour diriger l'office? À quel endroit on retrouve, dans son C.V., une
expertise en matière linguistique?
Le Président (M. Laframboise) :
Mme la ministre.
Mme Roy :
Oui. M. le Président, je ne pensais pas que ce serait le procès de
Mme Galarneau ce matin. Je n'ai pas son C.V. avec moi, mais, si vous permettez, je déposerai... bien, de
toute façon, il a déjà été déposé, mais je déposerai le C.V. de madame, qui a travaillé dans l'appareil
étatique des années et des années et qui a toute la compétence pour
justement s'occuper des fonctionnaires, compétents également eux aussi, qui
sont au sein de l'office. Alors, je déposerai son curriculum vitae.
Le Président (M. Laframboise) :
Consentement pour le dépôt du...
Mme St-Pierre :
Point d'ordre. On ne peut pas invoquer des motifs. Elle parle de procès. Je ne
fais pas le procès. On est en droit
de demander quelles sont les compétences de personnes qui occupent des
fonctions aussi importantes que les fonctions de présidente-directrice
générale de l'Office québécois de la langue française.
Le Président (M. Laframboise) :
Est-ce qu'il y a consentement pour que Mme la ministre dépose le C.V. de
Mme Galarneau à la commission? Consentement? Ça va? Oui.
Mme Roy :
En complément de réponse, madame a oeuvré 30 ans au sein de l'appareil
gouvernemental. Alors, je pense que,
pour parler de compétences, là, je pense qu'elle a toutes les compétences, notre gouvernement lui fait confiance, et vous devriez également.
Mme St-Pierre : Alors, M.
le Président, je ne dis pas que
Mme Galarneau n'a pas d'expertise au sein de l'appareil gouvernemental, mais Mme Galarneau n'a aucune
expertise dans les questions de protection de la langue française.
Alors, son C.V. parle de lui-même. Mme la ministre va déposer le C.V., je l'ai
devant moi, et le C.V. parle de lui-même.
Maintenant,
j'aimerais savoir, Mme la ministre, ce que vous entendez faire avec le rapport
Samson, le rapport de votre collègue Mme la députée d'Iberville, qui proposait des mesures... rapport qui a été
publié en 2016, donc un rapport récent.
Qu'est-ce que vous allez faire avec les demandes et les
conclusions, les recommandations du rapport de Mme la députée d'Iberville?
Le Président (M. Laframboise) :
Mme la ministre.
Mme Roy : Oui. J'aimerais... Une petite parenthèse relativement à Mme Galarneau. Il ne faut pas oublier que c'est une femme qui a réussi à mener à terme la grande
réforme de l'Office de la protection
du consommateur. Alors, en ce qui a trait à travailler avec de
grandes organisations, elle est amplement compétente, et même davantage que
bien d'autres personnes.
Cela dit,
vous me parlez du rapport Samson, Mme
la députée de l'Acadie, ça me fait plaisir de répondre. C'est un excellent rapport qui a été fait par ma collègue d'Iberville, c'est une base de travail, une base de réflexion avec laquelle
nous poursuivons le travail. Cependant, ce rapport, le rapport Samson, qui,
comme je vous dis, est une excellente base de réflexion
que nous avons faite il y a... une base de réflexion que nous avons faite il y a
deux ans, nous nous en servons, nous nous
en inspirons, mais, à la lumière de ce rapport qui a été publié et mis à la disposition de toute la population du
Québec vendredi dernier, nous devrons, de
un, prendre en considération les conclusions de ce rapport sur l'état de la
langue française au Québec. Et ce
sont les conclusions de ce rapport qui mèneront nos actions concrètes. Et je
vous ai dit d'entrée de jeu, dans ma présentation d'ouverture, mes notes
d'ouverture, que nous nous doterons d'une stratégie importante d'ici un an, et
c'est ce que nous ferons.
Alors, pour
répondre précisément à votre question, le rapport Samson est un travail remarquable,
nous nous en inspirons.
Le Président
(M. Laframboise) : Merci. Mme la députée d'Acadie.
Mme St-Pierre :
Alors, le rapport Samson recommande d'ouvrir la Charte de la langue française
par la création d'un émissaire. Le
rapport Samson dit que, donc, ça veut dire des modifications à la loi 101.
Est-ce que vous avez l'intention d'ouvrir, pendant ce mandat, la Charte
de la langue française?
Le Président (M. Laframboise) :
Mme la ministre.
Mme Roy : Oui, merci.
Comme je vous dis, c'est une base de travail, nous nous en inspirons. Ma
priorité est de bien assumer les conclusions de ce rapport qui a été rendu
public vendredi dernier. M. le Président, ça faisait 12 ans que les
citoyens du Québec l'attendaient, là, 12 ans, faut-il le rappeler. Et tout
est là-dedans, autant les mauvais coups que les bons coups. On ne fait pas de
discrimination, on présente tout à la population.
Et je viens de vous dire, et je le répète, que
notre gouvernement va déposer, d'ici un an, un plan d'action ambitieux avec des mesures concrètes pour la
défense et la promotion de la langue française. La Charte de la langue
française, M. le Président, nous allons
l'appliquer, et l'appliquer de façon rigoureuse, et déjà ça serait une énorme
amélioration par rapport à ce qu'il a fait au cours des quatre dernières
années.
Le Président (M. Laframboise) :
Merci. 30 secondes, Mme la députée d'Acadie.
Mme St-Pierre :
Il reste 30 secondes dans le bloc de 20 minutes?
Le Président (M. Laframboise) :
Oui.
Mme St-Pierre :
O.K. Alors, merci, M. le Président. Donc, si je comprends bien, vous écartez la
possibilité d'ouvrir la Charte de la langue française.
Mme Roy :
Je vous dis que la Charte de la langue française, nous allons l'appliquer de
façon rigoureuse, et c'est beaucoup mieux que ce qui a été fait au cours
des quatre dernières années.
Le Président (M. Laframboise) :
Merci beaucoup. Donc, pour les prochaines séries de questions, les députés du
gouvernement. M. le député de Maskinongé.
M. Allaire :
Merci, M. le Président. Salutations à vous, chers collègues, salutations, M. le
Président, Mme la secrétaire.
Salutations à l'ensemble des gens qui sont ici pour soutenir notre travail. Mme
la ministre, salutations, à l'ensemble de votre équipe aussi. Je ne sais
pas si vous regardez, juste prendre le temps de vous retourner. Je trouve ça
assez impressionnant de voir tous les gens qui sont là pour vous soutenir parce
qu'ils souhaitent que ça se passe bien pour vous. Honnêtement, vous êtes
privilégiée.
Je suis
heureux, ce matin, d'être là. Je suis heureux. C'est un sujet qui, honnêtement,
n'est pas ma majeure, je vais dire
comme ça, je n'aurais pas pensé m'adresser devant vous et discuter de langue
française, mais je pense que c'est un sujet qui est important, c'est un sujet qui nous unit tous au Québec. Ça fait
que je pense que c'est important de prendre le temps d'en discuter. Et vous comprenez que je vais
principalement discuter avec vous de l'évolution de la langue française,
là, pour les 20 prochaines minutes. Et
j'aurai quatre questions pour la ministre. Donc, ne soyez pas surprise, Mme la
ministre, si, dans l'ensemble de mon allocution, là, on pourra échanger
ensemble, mais j'ai un bloc de quatre questions pour vous.
Le rapport
que j'ai pris connaissance, probablement que vous avez tous pris connaissance,
mais peut-être pas dans l'intégralité,
parce qu'il a quand même 140 pages, là, de mémoire, donc, ça a quand même
fait l'objet de ma lecture de chevet pendant
le week-end et ça a été très instructif. Comme je l'ai dit tantôt, ce n'est pas
des sujets que j'aborde dans la vie de tous
les jours, là, dans mon cas, ce qui fait que j'ai appris beaucoup. Et je pense
que le rapport démontre clairement où on se situe actuellement
collectivement, et vers où, en fait, on veut aller, et vers où on veut faire
évoluer la langue française au Québec.
Permettez-moi,
là, de peut-être plus centrer la discussion sur la situation de Montréal. En
fait, surtout parce que ça va avoir
un lien avec ma question, là, ma première question qui va venir bientôt. Je
veux un peu plus recadrer en mettant en lumière quelques faits qui sont
ressortis, là, dans le rapport. Comme vous le savez, là, la Charte de la langue
française commande, si on veut, là,
l'utilisation du français comme étant la langue normale et habituelle qu'on
doit utiliser dans les espaces publics. On a vu, dans les statistiques,
une certaine évolution. En 2016, elle se situait à 88 %, comparativement à
2007, qui était à 90 %. Donc, une légère baisse, là, de 2 %.
On confirme également dans le rapport que
l'utilisation des langues dans l'espace public varie selon les groupes linguistiques. En 2016, les francophones et les
anglophones utilisaient davantage leur langue respective à l'extérieur
de la maison. Donc, on parle de... 90 %
des francophones faisaient le plus souvent usage du français dans l'espace
public, alors que plus de la moitié des anglophones utilisaient plutôt
l'anglais pour une proportion de 57 %. Et, au niveau des allophones, on
parle d'une proportion de 54 % qui utilisent le français à l'extérieur de
leur résidence.
Toujours dans le même rapport, puis là j'évoque
encore une fois des faits avec vous, là, je mets un peu plus de statistiques, là, je ne veux pas tout vous
mélanger, là, mais je pense que ça va un peu mettre les bases pour ma question,
donc, on dit qu'à 91 % le français est
utilisé au niveau de la relation, là, pour l'administration publique. Donc, les
gens utilisent le français, là,
lorsqu'ils ont à faire affaire, entre guillemets, là, avec l'administration
publique, à une hauteur de 90 % lorsque c'est le palier municipal qui est impliqué, à
87 % lorsque les gens vont interagir dans le réseau de la santé et
81 % lorsque les gens font
affaire avec l'administration fédérale. Et une proportion de 75 % dans
l'utilisation, dans le, entre guillemets, là, je m'en allais dire le «day to day», je ne pense pas que c'est la
bonne place pour utiliser un terme anglophone à matin, on va se le dire,
dans le quotidien de leur travail, donc, à 75 %. Pardonnez-moi.
Comme vous le
savez, dans la charte, il y a l'article 58, là, qui concerne davantage la
réglementation de la langue au niveau du commerce, des affaires, donc
qui assure naturellement une prédominance du français au niveau de l'affichage public. Dans les dernières années,
c'est probablement un des sujets, là, qu'on revoit un peu plus ressortir
dans les nouvelles parce que ça fait souvent
l'objet d'une nouvelle lorsqu'un commerce décide de faire un affichage qui peut
être discutable, là, au niveau de la langue
française. De mémoire, là, il me semble que c'est l'entreprise Second Cup, là,
que ça avait fait l'objet, là, de quelques discussions sur la place publique.
Dans le rapport de l'OQLF, en 2010, par rapport
à 2017, on voit une nette amélioration au niveau de l'affichage, qui est passé, au niveau de la conformité, de
72 % à 78 %. C'est quand même bien. Et sans grande surprise, par
contre, sur l'île de Montréal, on
voit que c'est une légère, peut-être, différence, là, sur l'ensemble du Québec.
À 93 % dans l'est de Montréal, ce qui est très bien quand même, on
voit une elle conformité. On voit une certaine disparité avec l'ouest de
Montréal, qui, au niveau de la conformité, là, se situe au niveau de 67 %,
dans le nord, à 75 %, et au centre, à 78 %.
Donc, en résumé, l'OQLF affirme que les efforts
de surveillance, de sensibilisation et d'information ont naturellement eu un impact positif. Il faut quand
même rester vigilants, vous en conviendrez, Mme la ministre. Donc, ma question. L'affichage, on le sait, c'est un enjeu,
ça le sera toujours. Donc, que comptez-vous faire, Mme la ministre, pour
assurer que la réglementation de l'affichage soit respectée?
Le Président (M. Laframboise) :
Mme la ministre.
Mme Roy :
Je vous remercie, M. le député, pour votre question, votre présentation. C'est
effectivement, à la lecture du
rapport de vendredi dernier sur ce grand bilan de l'état de santé de la langue
française au Québec, c'est effectivement une réalité à l'égard de l'affichage, une réalité qu'il y a une certaine
problématique sur l'île de Montréal et ses alentours. Et plus on s'éloigne du centre de la métropole, plus
l'affichage est naturellement facilement unilingue français. Et, oui, rendons
à César ce qui appartient à César, Mme la
députée de l'Acadie, je n'ai aucun problème avec ça, il y a eu une certaine
amélioration à l'égard de l'affichage, mais il y a encore du travail à faire.
C'est ce que je vous disais, M. le Président, ce n'est pas tout noir, mais ce
n'est pas tout rose.
À la lumière
des chiffres que vous me donnez relativement à l'affichage, il faut que vous
sachiez que les commerces ont actuellement une date butoir et devront,
d'ici novembre 2019, se conformer à une directive du précédent gouvernement, directive qui demande à ces
entreprises d'ajouter un descriptif français au commerce. Et je suis tout à
fait d'accord avec cette directive. Et vous
savez quoi, M. le député? Nous allons nous assurer que cette directive soit
appliquée et soit respectée. Et, vous savez,
j'ai l'intention de travailler en collaboration. Je souhaite de tout coeur que
l'OQLF, les actions futures de l'OQLF se fassent dans une grande
collaboration avec le milieu et avec les entreprises pour qu'elles comprennent
jusqu'à quel point l'affichage avec un visage francophone est bénéfique, mais
bénéfique pour tous. Naturellement,
bénéfique pour la nation québécoise, bénéfique pour la langue française. Je n'ai
qu'à penser à des marques de commerce
qui sont anglaises. Et on comprend bien qu'une marque ce commerce demeure une
marque de commerce. On le comprend.
Mais ce que nous voulons, c'est qu'on y ajoute un descriptif parce qu'une
marque de commerce ne dit pas nécessairement de quel type de commerce il
s'agit. Et, en y ajoutant le descriptif, tous les citoyens, les passants, les commerçants comprendront automatiquement de quoi
il s'agit parce que la langue, la langue commune, la langue d'usage, la
langue officielle au Québec, c'est la langue française.
Alors, nous
verrons. Et je souhaite de tout coeur que l'Office québécois de la langue
française poursuive des actions, mais
davantage axées sur la... Ne pas arriver à la date butoir. Vous comprenez?
S'assurer qu'il y ait de l'accompagnement qui soit fait, s'assurer que les commerces y voient aussi un avantage,
parce qu'il y a un avantage aussi pécunier pour les commerces. Franciser une... Ajouter un descriptif
français à une bannière qui est une marque de commerce internationale va avantager aussi le commerce parce qu'il
montrera le visage français du Québec, de ces commerçants. Et je pense
que, lorsque les commerçants comprendront l'attraction et l'avantage commercial
de le faire, et c'est ce que je souhaite que l'Office
québécois de la langue française fasse en accompagnant les entreprises pour
qu'elles ajoutent ce descriptif, je souhaite fortement que les entreprises comprennent l'avantage, les entreprises,
qu'elles y trouveront. Il y a un avantage pour les entreprises, il y a un avantage pour le visage
francophone de la métropole et du Québec et il y a un avantage également
pour les consommateurs. Donc, nous
souhaitons qu'il y ait ce travail d'accompagnement qui se fasse en amont bien
avant que nous arrivions à la date butoir, qui est novembre prochain.
Alors, j'espère que ça répond un peu à votre question.
Le Président (M. Laframboise) :
M. le député de Maskinongé.
M. Allaire :
Merci, Mme la ministre, pour votre réponse. C'était très complet. Pour mon
deuxième bloc, j'aimerais aborder la
question de la langue d'accueil et la langue de service dans les commerces.
Bien qu'on sait que, la charte, elle ne couvre pas ce volet-là, c'est quand même un sujet, je pense, qui
préoccupe beaucoup la population. En tout cas, moi, ça me préoccupe comme élu puis ça me tient à coeur. On
l'a vu, là, dans les derniers jours, la progression du fameux «Bonjour!
Hi!» Je pense qu'il progresse bien, mais je pense qu'on peut continuer à faire
des efforts à ce niveau-là.
Selon le rapport, la
proportion de commerces offrant un accueil uniquement en français a reculé
entre 2010 et 2017, qui est passé de
84 % à 75 %. Pendant la même période, le taux d'accueil exclusivement
en anglais est passé de 12 % à 17 %.
Donc, on voit la différence. Selon une étude réalisée pour le compte de l'OQLF
en 2018, près de la moitié, 46 %, de la clientèle résidant dans la région montréalaise
affirmait avoir été accueillie au moins une fois dans une autre langue que
le français dans les six mois précédant le
sondage. Il s'agit, M. le Président, d'une hausse par rapport à 2010, donc, qui
était à 27 %, et à par rapport à 2012,
qui était à 40 %. Donc, toujours selon la même étude, 59 % de la
clientèle des commerces de la région
soutenait avoir été accueillie au moins une fois de manière bilingue, donc
français et anglais, en 2018. Toujours dans le même sondage, il y a aussi un élément important : la réaction
des gens quand ils sont accueillis dans une autre langue que le français. Donc, on dit que 64 %, Mme la
ministre, des gens répondaient tout de même en français en 2012, et, en
2018, ça a baissé beaucoup, c'est baissé à
52 %. Donc, dans la région de Montréal, la proportion des gens qui ont
automatiquement passé à l'anglais a passé de 26 % à 38 %. Donc, c'est
quand même une hausse significative.
J'aimerais donc
attirer votre attention de tous sur le prochain chiffre parce qu'il démontre à
quel point on doit continuer à faire des efforts
pas seulement pour protéger la langue, mais aussi pour valoriser, pour en faire
la promotion et pour en faire un
objet de fierté. Donc, on dit que 52 % de la clientèle ayant connu un
accueil dans une autre langue que le français a dit éprouver de l'indifférence
devant cette situation, un sentiment qui est en forte hausse de 31 % par
rapport à 2012. Ça, ça m'inquiète. Ça, ça m'inquiète. Je pense que ce qu'il
faut éviter, c'est justement cette indifférence-là.
Donc,
par ailleurs, une fois l'accueil fait, les données de l'OQLF démontrent que les
Québécois sont généralement capables
de se servir du français, soit 96 % du temps, un chiffre qui est stable
depuis 2012. Donc, dans la grande région de Montréal, le portrait est peut-être un peu plus nuancé, on va se le
dire. La moitié de la clientèle de cette région, 50 %, soutient en effet avoir été servie au moins une fois dans
une autre langue que le français en 2018. Il s'agit encore là d'une
hausse par rapport à 2010. Donc, en 2010, on était à 25 % et, en 2012, on
était à 26 %.
Bref,
je crois que, pour que l'affichage, l'accueil des clients et la capacité de se
faire servir en français, à la lueur des
données publiées la semaine dernière dans le rapport, les Québécois n'ont pas à
être alarmistes. Par contre, il faut être vigilant. Cependant, les Québécois... pardon, je vais recommencer.
Cependant, les Québécois ont le droit d'être préoccupés par la question,
et surtout, on le voit, dans la grande région de Montréal.
Donc, ma question,
Mme la ministre...
(Interruption)
Pardon, je commence à manquer de voix, je commence à avoir la voix rauque.
Donc, Mme la ministre, comment comptez-vous procéder pour la langue
d'accueil dans nos commerces, et plus particulièrement dans la région
métropolitaine de Montréal, soit le français?
Le Président
(M. Laframboise) : Mme la ministre.
Mme Roy :
Merci beaucoup, M. le député de Maskinongé, pour votre question. Vous avez
raison quand vous dites que, dans ce
rapport, on y apprend ces données, puis c'est des données qui sont
préoccupantes. Comment se fait-il qu'on se fait accueillir presque dans l'indifférence dans les deux langues? Le
visage du Québec doit être français, et, à juste titre, vous nous
donniez des chiffres qui sont assez troublants. Moi, ce qui m'attriste, quand
on dit qu'en 2018, donc il n'y a pas longtemps,
hein, nous sommes en avril 2019, donc, il y a quatre mois à peine, cinq mois,
en 2018, 46 % de la clientèle de la
région métropolitaine de Montréal affirmait ressentir de l'indifférence lorsque
le service lui était offert dans une autre langue que le français. Il s'agit d'une hausse importante par rapport à
2012. En 2012, c'était une personne sur quatre qui était indifférente, donc 25 %, puis six ans
plus tard, en 2018, c'est 46 %, presque une personne sur deux. C'est très
triste, et je pense que nous avons tous,
collectivement, un devoir, surtout en tant qu'élus, en tant que parlementaires
et en tant que gouvernement qui se veut un gouvernement pour qui la
langue française est une priorité.
il y a eu une forme de laisser-aller qui est très attristante. Et,
naturellement, il n'est pas question de blâmer qui que ce soit. Il y a eu ce phénomène, et qui touche
particulièrement les jeunes. À cet égard, plus vous avancez en âge, moins
vous êtes tolérant à vous faire servir dans les deux langues, plus vous
préconisez qu'on vous serve en français. Alors, ça décrit quelque chose aussi
d'un point de vue démographique qui est intéressant à souligner.
je vous disais d'entrée de jeu que nous prenons acte et nous analysons et
décortiquons ce rapport qui nous a été présenté
vendredi parce que ce rapport est composé de neuf études qui ont été
saupoudrées au fil des dernières années et de neuf nouvelles études qui, elles, composent l'entièreté du rapport
quinquennal que nous n'avions pas obtenu depuis 12 ans, faut-il le
rappeler.
Donc,
à la lecture de la fine analyse qui sera faite de ces études, nous devrons
dégager des solutions concrètes pour s'assurer
que le français ait toute la place qu'il mérite dans nos commerces, dans nos
entreprises, dans l'affichage, dans les services, au gouvernement, et
nous y travaillerons.
matin, je ne vous arriverai pas avec une solution précise, mais, chose
certaine, nous aurons des solutions précises. Mais, avant d'avoir une solution précise clé en main, encore faut-il
mettre le doigt précisément sur le
bobo, comme on dit, et je pense que
c'est multifactoriel. Mais je préconise et préconiserai toujours, toujours, une
approche de collaboration, une approche
positive, une approche d'information, une approche d'éducation. Vous savez, la
langue française, ça ne passe pas uniquement
par la ministre responsable de la Langue française, mais ça passe par tous les
ministères. Et nous travaillerons tous
les ministères ensemble, et surtout à l'égard de l'éducation, parce que l'amour
de la langue française, ça commence tôt. Le respect de la langue française, ça commence tôt. L'apprentissage de
la langue française, ça commence tôt. Et je suis persuadée que tous les collègues des autres ministères également
travailleront main dans la main avec moi pour s'assurer que nous puissions avoir cette stratégie, ce plan,
bien en main d'ici à peine moins d'un an pour avoir des solutions précises.
Et la langue française devra retrouver ses lettres de noblesse et tout l'espace
qui lui revient dans notre espace public, dans nos commerces, dans nos
échanges.
Le Président
(M. Laframboise) : M. le député de Maskinongé, pour trois
minutes.
M. Allaire :
Merci, M. le Président. Je l'ai mentionné, là, tantôt, je suis heureux d'avoir
la... puis je suis content d'entendre aussi
les réponses de notre ministre, en consultant les dernières statistiques
publiées, on constate que, dans les dernières
décennies, le poids des personnes de langue maternelle française a fléchi au
sein du Canada dans son ensemble puisqu'il est passé de 24,3 %, en
1991, à 21,4 % en 2016.
Nous le
savons, la plus grande population de personnes de langue maternelle française
au Canada se concentre au Québec en
2016 parmi les 7,4 millions de Canadiens et Canadiennes ayant déclaré
avoir le français comme langue maternelle et dont 85,6 % résident au Québec. C'est-à-dire à quel point le
Québec est important pour la francophonie canadienne et nord-américaine. La grande majorité des
francophones du continent vivent ici. Nous avons le devoir pour nous-mêmes,
mais aussi pour ceux qui sont en situation
de minorité dans leur province et leur État, de défendre le fait français, et
pas juste de défendre, mais surtout de faire vivre, de faire rayonner et
faire vibrer la langue française.
Là, je n'ai pas beaucoup de temps. Donc, je vais
tout de suite enchaîner avec ma question à Mme la ministre. Donc, comment
comptez-vous faire la promotion de la langue française à travers la culture?
Le Président (M. Laframboise) :
Mme la ministre.
Mme Roy :
Merci, M. le Président. La culture, c'est extrêmement important. Culture et
langue, c'est indissociable pour nous. Ça, soyez-en assuré. Et ce n'est
pas pour rien que la ministre de la Culture et des Communications est aussi
responsable de l'application de la Charte de la langue française, ça va
ensemble. C'est intrinsèquement lié.
Notre culture
française... Je disais récemment que je n'ai pas oublié le fait que nous ayons
été... avant d'être le Québec moderne
que nous sommes aujourd'hui, il y a eu ici une Nouvelle-France. Et, à juste
titre, la collègue de l'Acadie parlait justement de ce qui se passe en
France, dans quelle mesure ça nous émeut de voir Notre-Dame de Paris partir en
fumée. Ce qu'on a vu, ces tristes images hier, j'en suis tout à fait
bouleversée également. Je l'ai été, le suis et le demeure.
Et naturellement qu'immédiatement cet amour de
la langue française, cette France qui fut la Nouvelle-France également ici, en sol québécois, fait en sorte que
la promotion de la langue française, elle est intrinsèquement liée à
notre culture parce que nous sommes aussi la
Nouvelle-France de culture française,
nos cousins français. Et moi, ça, je ne l'ai pas oublié. Et, après la Nouvelle-France, il y a
eu le Haut et le Bas-Canada, les Pères fondateurs, les francophones et
les anglophones. Et ça, je ne l'ai pas
oublié également. Et c'est dans cet écosystème qu'est né le Québec maintenant moderne que nous connaissons après la Loi constitutionnelle de 1867 qui a créé le Canada tel que nous le
connaissons aujourd'hui.
Et votre
question, c'est : Comment comptons-nous, via la culture, faire la
promotion de la langue française? C'est un travail quotidien. Encourager
nos créateurs francophones...
Le Président (M. Laframboise) :
Merci, Mme la ministre. Merci. Vous aurez la chance de continuer.
Donc, maintenant, le deuxième groupe
d'opposition, pour 19 min 16 s. Mme la députée de Taschereau.
Mme Dorion : Merci, M. le
Président. Tout à l'heure, Mme la ministre disait qu'elle allait appliquer de
façon rigoureuse la charte et que c'était
une des grandes avenues de l'action qu'elle allait avoir. C'est une bonne
nouvelle. Je voudrais quand même
aller un petit peu plus précisément dans les problèmes qu'on a aujourd'hui,
reliés à la non-application de la
charte ou de certaines lois qui ont été votées, pour m'assurer que ça va être,
comme elle le dit, une application rigoureuse.
Donc, l'article 1
de la loi n° 104, qui a été adoptée en 2002, n'a jamais été
appliqué par les gouvernements qui se sont succédé à Québec depuis
15 ans, pas même par le Parti québécois. Pourtant, c'est une loi qui a été
adoptée à l'unanimité. Alors, c'est quoi, cet article-là? Cet
article de la loi
n° 104, qui modifiait l'article 16 de la
loi 101, stipule que l'administration
publique québécoise a l'obligation de communiquer par écrit uniquement en
français avec les personnes morales
et les corporations établies au Québec. C'est important, c'est une façon
d'affirmer le fait français langue commune et langue d'administration,
etc.
C'est important de noter que, dans cet
article
premier de la loi n° 104, il y a aussi une clause qui
stipule que «le gouvernement peut déterminer, par règlement, les conditions
[...] les circonstances où une autre langue peut être utilisée». Évidemment,
ces cas d'exception tombent sous le sens pour Québec solidaire, ce n'est pas de
ça qu'on parle.
Alors,
pourquoi mettre en vigueur l'article premier de la loi n° 104?
La raison première en est une de respect de la démocratie, parce que ça ne sert à rien de voter des lois si finalement,
après, ces lois-là restent lettre morte. Mais la raison principale de l'appui de Québec solidaire à cette mesure,
c'est le fait que le Québec a besoin encore, puis on le sent, de
réaffirmer son caractère français en ce qui a trait évidemment à la langue
commune, mais encore plus spécialement, évidemment, en ce qui a trait à la
langue de l'administration publique. C'est comme le gros minimum.
Alors, je voulais m'assurer que la ministre
allait appliquer l'article 1 de la loi n° 104.
Le Président (M. Laframboise) :
Mme la ministre.
Mme Roy : Oui. Je
remercie la députée de Taschereau pour sa question. C'est important, cette
question.
Comme vous l'avez dit, à juste titre, le projet
de loi n° 104 a été adopté en 2002, c'était l'article 1, mais un
article 1 qui n'est toujours pas en vigueur
au moment où on se parle. Et il faut cependant spécifier que ça a été adopté
en 2002. Et, vous l'avez souligné à juste
titre, Mme la députée, les gouvernements qui se sont succédé, tous
gouvernements confondus, c'est-à-dire
libéral ou péquiste, gouvernement ou libéral ou péquiste, bien, eux non plus ne
l'ont pas appliqué, cet article, jusqu'à ce jour, et aucune mesure n'a
été prise en ce sens.
Vous avez
posé une question qui est pertinente. Cependant, il y a actuellement un dossier
qui est pendant devant les tribunaux,
et je pense qu'il faut l'expliquer aussi. Le 19 janvier 2018, la Société
Saint-Jean-Baptiste de Montréal, que nous connaissons
tous, a déposé devant la chambre civile de la Cour supérieure un pourvoi en
contrôle judiciaire pour enjoindre le gouvernement à fixer, dans un délai de
trois mois du jugement à être rendu, la date d'entrée en vigueur de
l'article 1 de la Loi modifiant la Charte de la langue française. Ça,
c'est la procédure qui a été intentée par la Société Saint-Jean-Baptiste de
Montréal : intenter un pourvoi en Cour supérieure.
Le problème avec
la question que vous me posez, c'est que ce dossier est toujours pendant devant
les tribunaux. C'est un dossier qui
fait l'objet d'un recours en Cour supérieure. Donc, en tant que ministre, je ne
peux pas commenter ce dossier, m'immiscer
à l'intérieur de ce dossier. Comme vous le savez, on ne peut pas s'immiscer
dans un dossier qui est actuellement devant
les tribunaux. J'aimerais bien vous en parler. J'ai hâte au jour où je pourrai
vous en parler. J'ai hâte où nous aurons les conclusions de ce pourvoi devant la Cour supérieure. Tout comme
vous, je l'attends, mais vous comprenez qu'en fonction de la position
que j'occupe je ne peux m'immiscer ou parler d'un dossier qui est actuellement
devant les tribunaux.
Le Président (M. Laframboise) :
Mme la députée de Taschereau.
Mme Dorion :
Sans vous immiscer dans le dossier, donc, je comprends que... parce que, si
vous n'êtes pas forcée par la cour,
vous n'allez pas appliquer cette loi qui a été votée à l'unanimité...
excusez-moi, Mme la ministre ne va pas appliquer cette loi qui a été
votée à l'unanimité par l'Assemblée nationale?
Le Président (M. Laframboise) :
Mme la ministre.
Mme Roy : Alors, vous
comprenez qu'à la presque même question la presque même réponse, je ne peux pas
m'avancer, je dois attendre les conclusions du tribunal, de la Cour supérieure, sur ce pourvoi. Et ça me fera un plaisir de vous en parler plus amplement lorsque
la décision sera rendue. Et j'ai hâte de voir aussi ce que les juges vont
écrire. Je pense qu'on va pouvoir en apprendre. Et ça pourra probablement
nous aider pour la suite des choses.
Le Président (M. Laframboise) :
Mme la députée de Taschereau.
Mme Dorion : Merci. Donc, deuxième question.
La semaine passée, comme on le sait,
est sorti le rapport de l'Office québécois de la langue française sur
l'évolution de la situation linguistique au Québec, et, dans ce rapport, on
constate la diminution du poids
démographique des francophones. L'enjeu principal, ceux qui se sont penchés sur
la question, les experts, et tout ça,
là, le disent depuis très longtemps, c'est la langue du travail. Ma formation
politique propose de renforcer la loi 101 en élargissant sa portée
aux entreprises qui emploient 20 personnes et plus. Aujourd'hui, elle
s'applique à ceux qui emploient 50 personnes et plus. Donc, nous, on se
dit qu'à 20 personnes c'est assez pour créer un endroit extraordinaire où des gens qui viennent d'arriver
au Québec vont pouvoir finalement apprendre le français, pratiquer leur
français et devenir bons en français. C'est vraiment la prochaine étape.
Et la preuve
qu'il faut faire ça, c'est que l'usage unique du français au travail est passé
de 60 % en 2011 à 56 % en 2016. C'est quand même une bonne...
une débarque assez rapide et c'est vraiment là qu'il faut mettre nos efforts.
Je cite Gérald Godin, qui dit : «Il ne
faut pas oublier qu'on ne passe qu'une courte
partie de sa vie à l'école et
qu'on passe la majeure
partie de sa
vie au travail. C'est dans le milieu de travail que la langue se fait vraiment
et c'est là qu'elle se crée. C'est là qu'elle meurt ou qu'elle se
renouvelle. C'est là qu'elle rajeunit ou qu'elle vieillit.»
Donc, à
l'heure de la mondialisation de l'économie, avec l'anglicisation qu'elle
provoque, c'est ce qui arrive partout dans le monde, mais ça arrive
d'autant plus chez nous, la promotion et la protection de notre langue commune
continue d'exiger une vigilance constante de
la part des membres de la société québécoise entière, et d'autant plus du
gouvernement québécois.
Malgré des avancées
au niveau des grandes entreprises, il reste des dizaines de milliers de petites
et moyennes entreprises qui ont entre
20 et 50 employés et qui ne sont pas assujetties à la Charte de la langue
française. Donc, après les efforts incommensurables du Dr Camille
Laurin, pourquoi est-ce que la ministre ne veut pas toucher à la loi 101
pour la raffermir dans ce sens-là?
Le Président (M. Laframboise) :
Mme la ministre.
Mme Roy :
Oui. Alors, je remercie la collègue pour sa question. La loi 101, de un,
ça fait des années qu'elle est plutôt
appliquée de façon molle. Nous allons l'appliquer de façon rigoureuse. Ça, en
partant, je suis persuadée, M. le Président,
que nous allons voir des changements, des changements d'attitude. Nous allons
voir des améliorations, des améliorations... Entre autres, je parlais tout à l'heure de l'affichage. Ma collègue me
parle de la langue du travail. La loi prévoit les certificats de francisation pour les entreprises de
50 employés et plus. Vous me parlez de 20. Le PQ me parle de 25. Un autre
me parlerait d'un autre nombre
d'employés auxquels il faudrait demander les certificats de francisation, des
entreprises pour lesquelles il faudrait le demander.
Ce que je dis pour le moment, pour le moment, ce
qu'il est important de comprendre, c'est que cet effort de francisation doit être fait partout, peu importe
le nombre d'employés que compte une entreprise. Et, à cet égard, vous me
parliez de démographie tout à l'heure. Ce
qui est très intéressant de constater, c'est que, surtout, c'est surtout un
travail de francisation qu'il faudra
faire. Parce que vous me parliez de démographie et... d'entrée de jeu, dans
votre question, vous parliez de la
démographie, du poids des francophones. Dans l'ensemble du Québec, le poids des
personnes déclarant avoir le français comme
seule langue maternelle a baissé entre 2011 et 2016, passant de 78 % à
77 %. Celui des personnes de langue maternelle anglaise a, lui aussi, légèrement fléchi, passant
de 7,7 % à 7,5 %. Ça, j'ai trouvé ça très surprenant, M. le
Président, dans ce rapport. Mais
tandis que celui des personnes de langue maternelle autre a augmenté, passant
de 12 % à 13 %. Alors, on voit,
démographiquement parlant, le poids des locuteurs
anglophones a diminué, mais le poids des locuteurs allophones augmente. Donc, on est devant une nouvelle réalité. Et je
crois sincèrement que, pour ce qui est de la langue au travail, il y aura
tout ce travail de francisation à faire auprès des nouveaux arrivants.
Je pense que
c'est ce qui est particulièrement préoccupant, ce sont les nouveaux arrivants
qu'il faut franciser au travail. Et,
entre autres, il y a une donnée, vous l'avez probablement sûrement vue, que je
trouve particulièrement frappante. On nous dit que plus de la moitié, 56 %, de la population immigrante du
Québec utilisait le plus souvent le français au travail en 2016, tandis
que près du quart, 24 %, y utilisait le plus souvent l'anglais.
Alors, si
vous me dites que la moitié utilise le français, que fait l'autre moitié?
24 % utilisent l'anglais et 24 %, une autre langue. J'imagine, hein, que c'est une autre langue, parce que, si
on fait le calcul, là, il reste un autre 24 %, hein? Et ce qui est
préoccupant, c'est la francisation des nouveaux arrivants, puis en milieu de
travail.
Et il y a une
chose qui a été créée de concert avec la Chambre de commerce du Montréal
métropolitain, qui est une initiative,
et je rends à César, Mme la députée de l'Acadie, une initiative en 2018... En
catastrophe, les libéraux sont arrivés avec
ce projet pilote de franciser les nouveaux arrivants qui sont des propriétaires
de petits commerces. Alors là, on est en bas de 20, là, en bas de 20 employés. Et c'est un projet pilote extrêmement
porteur et prometteur, et j'y crois parce que nous avons rajouté des sommes, et rajouté des sommes de
francisation. Et ce qu'on fait, c'est qu'on jumelle... c'est un jumelage
entre le propriétaire du commerce, du
dépanneur, du nettoyeur, du petit commerce de proximité qui n'est pas
francophone, qui est allophone. On le
jumelle avec des étudiants universitaires qui étudient en français, en
littérature, pour que la langue de travail
de ce nouvel arrivant se fasse en français. On l'aide à travailler en français.
Et je pense que c'est le genre d'initiatives qui sont des initiatives
qui sont extrêmement porteuses, que nous voulons développer...
Le Président (M. Laframboise) :
Merci, Mme la ministre.
Mme Roy : ...et qui se
font en collaboration. Merci.
Le Président (M. Laframboise) :
Merci, Mme la ministre. Mme la députée de Taschereau.
Mme Dorion :
Bien, juste pour terminer là-dessus, là. Le problème, c'est encore une fois
que, oui, la francisation, il faut,
il faut. Je salue tous les efforts qui sont mis là-dessus. C'est extrêmement
important, parce que c'est ce qui nous permet d'être ensemble et de vivre ensemble. Mais c'est encore dire :
Bien, tout doit être fait par des programmes du gouvernement, et, quand on dit à des petites entreprises,
moyennes entreprises : Bien, la langue de travail doit être le français,
c'est que ça met dans la société, et
plus juste dans le rapport gouvernement avec les citoyens, ça met dans la
société... Parce que c'est... aller
travailler tous les jours au travail en français, c'est une francisation qui ne
coûtera pas si cher que ça, ce qui permettrait au gouvernement de mettre
ses efforts ailleurs. Mais, bon, je passe à un autre sujet.
Encore sur le
rapport de l'OQLF, il y a une problématique qui se dessine depuis un bout
maintenant, je pense qu'il faut
l'aborder, c'est que les reculs du français au Québec se font surtout sentir à
Montréal. Donc, l'île de Montréal est l'endroit où les travailleuses, les travailleurs utilisent le moins le français au
travail, et l'usage du français comme langue d'accueil dans les
commerces de l'île de Montréal diminue depuis 2010. À l'inverse, l'accueil en
anglais seulement et l'accueil bilingue augmentent.
Bon, je n'ai
pas le goût d'être juste une députée qui critique, là, je veux aussi pouvoir
proposer des choses, avoir l'idée de
la ministre là-dessus. J'ai peut-être une naïveté de croire qu'on peut
collaborer, mais gardons-la, ça peut être précieux. J'ai donc une proposition à faire à la
ministre : Pourquoi est-ce qu'on ne pourrait pas demander à l'Office
québécois de la langue française un plan spécifique sur le français à
Montréal pour voir comment, concrètement, là, dans la vie montréalaise, on
pourrait valoriser le français, faire en sorte qu'il reprenne le terrain un peu
plus?
Le Président (M. Laframboise) :
Mme la ministre.
Mme Roy : Oui. Je
vous remercie pour votre question
puis je vous remercie pour la main tendue de collaboration, puisque
je crois sincèrement, Mme la
députée, que la francisation, la
protection de la langue française, la valorisation de la langue française,
ça ne devrait pas être partisan, puis naturellement ça se fait aussi dans le
respect du droit des minorités linguistiques.
C'est très important de le souligner, ça. Mais, faut-il le répéter, la langue
officielle au Québec, c'est le français.
Et ce que vous nous dites, je crois, je ne peux
pas présumer, mais je peux croire qu'à la lumière des analyses approfondies qui seront faites de cette vingtaine
d'études, qui regroupent plus de 1 000 pages d'études, là — vous n'avez peut-être pas eu le temps de passer à travers les 1 000 pages,
je vous avoue que je n'ai pas lu les 1 000 pages, j'ai
commencé, mais je n'ai pas fini — et qu'à la lumière de cette analyse fine, on
constate... D'abord, d'entrée de jeu, le rapport constate qu'il y a une
problématique particulière sur l'île de Montréal. Ça, c'est indéniable. Et, dès
mon entrée en fonctions, je disais : Je crains que le français ait reculé
sur l'île à certains égards, et le rapport le confirme. Et effectivement, le
fait que la problématique de la
francisation, ou du non-respect de la langue française, ou du fait que les gens
le parlent peut-être moins sur l'île
de Montréal fera en sorte que les actions que nous mettrons en place, nous
mettrons de l'avant de concert avec le Secrétariat de la valorisation de
la langue française et également avec l'OQLF, qui y travaillera de son côté, il
y a fort à parier que ce soient effectivement des mesures qui refléteront la réalité
démographique très particulière de l'île de Montréal,
parce que la problématique, elle se trouve là. Si vous allez à la grandeur du
Québec, la valorisation de la langue française,
elle est facile, elle se fait instinctivement, elle se fait de façon innée.
Mais, naturellement, il faut toujours la protéger, cependant, parce qu'à l'heure des médias sociaux
et de l'anglicisation il faut toujours rappeler qu'on peut franciser les
mots. Et je me
souviendrai toujours du fameux «e-mail», qui est devenu le «courriel», qui a été inventé justement
par des Québécois. Le mot «courriel» est un mot québécois.
Alors, cette protection
de la langue française, je pense qu'à la grandeur du Québec
il faut en faire une priorité. Et vous avez
raison à l'égard de Montréal, de toute évidence, à sa face même, ce rapport
nous dit qu'il y a quelque chose sur l'île de Montréal. Et même ses couronnes, la couronne sud, la
couronne nord commencent à s'angliciser. Et il faut agir et il faudra
agir, et les mesures seront en conséquence. M. le Président, vous me faites des
signes, oui.
Le Président (M. Laframboise) :
Merci, Mme la ministre. Mme la députée de Taschereau.
Mme Dorion : Merci. Sortons de Montréal
maintenant, allons beaucoup, beaucoup, beaucoup plus loin sur le territoire du Québec. On va parler de la
vitalité du français dans les régions. On va passer ici quatre heures à
discuter de la protection du français un peu partout sur le territoire,
c'est important. Mais il y a des langues qui sont parlées depuis
des millénaires sur ce territoire-ci et qui
sont maintenant parlées par quelques dizaines de milliers de
locuteurs. Et je ne sais pas où, dans
la cour de qui ça peut entrer, mais c'est des langues qui, si on n'accorde pas
d'importance à ces langues-là, à leur survie, à leur enseignement,
vont mourir et disparaître de la surface de la planète.
Donc, qu'est-ce qu'on fait avec cette
réalité-là? Est-ce qu'il y a une vision? Est-ce qu'il y a quelque chose?
Le Président (M. Laframboise) :
Mme la ministre.
Mme Roy :
Oui, oui, oui. Tout à fait. Je vais vous répondre d'entrée de jeu, lors de mon
entrée en fonction, une des premières choses que j'ai dites, c'est que
la politique culturelle du Parti libéral, qui avait été déposée en catastrophe
deux jours avant la fin de la session, en juin dernier, deux jours avant la fin
de la session, politique culturelle que le gouvernement
a pris quatre ans pour élaborer, ce qui est important de dire, et je l'ai dit,
il y a du travail qui a été fait par le milieu, et je ne vais pas jeter ça à la poubelle. Et j'ai salué le
travail de tous les organismes du milieu, mais tous les acteurs du
milieu qui ont collaboré parce qu'à sa face même, lorsqu'on lit la politique,
on voit bien que c'est le milieu qui a demandé
concrètement des mesures au gouvernement et que le gouvernement a acquiescé. Et
j'ai dit d'entrée de jeu que je ne vais pas jeter cette politique. Au
contraire, je vais travailler avec cette politique et je vais la bonifier.
Et, dans
cette politique, cette politique culturelle, il y a un volet important
concernant, entre autres, les autochtones, les langues autochtones, les
Premières Nations. Et, à cet égard, il y a des sommes qui sont allouées. Et il
y a déjà des sommes qui sont... des chèques
qui sont envoyés pour la promotion, la valorisation de leur propre culture et
de leur langue parce que, pour nous,
c'est important. Alors, ça, soyez-en assurée, nous allons... nous en faisons...
Je vous dirais, pas plus tard qu'il y
a... juste avant le budget, quelques semaines, je signais des chèques à
l'intention justement des communautés autochtones
et justement pour m'assurer que leur culture, leur culture soit préservée, leur
langue soit préservée. Alors, ça, là, soyez-en assurée, nous tiendrons
nos engagements à cet égard. Et il y en a dans le plan, la politique
culturelle.
Le Président (M. Laframboise) :
Merci, Mme la ministre. Pour 1 min 30 s, Mme la députée de
Taschereau.
Mme Dorion :
Merci pour la réponse, merci à Mme la ministre pour sa réponse. Peut-être que
ça pourrait motiver le ministère de
savoir qu'on est dans une année internationale des langues autochtones de
l'ONU, puis aussi d'avoir à l'esprit que ce n'est pas juste une question
de chèques. Je suis allée... j'ai vécu plusieurs semaines dans diverses
communautés innues puis j'ai été à l'école,
j'ai été m'asseoir avec les enfants, j'ai passé des journées à l'école.
Pourquoi tout se passe en français?
On serait, au Québec, les premiers à comprendre l'amour qu'un peuple peut
porter à sa langue, le sentiment de peur
de la voir disparaître, parce que c'est un attachement profond, c'est un
marqueur profond d'une identité, et les cours sont donnés par des gens qui n'ont jamais parlé la
langue, qui ne parlent pas l'innu, à des jeunes qui, pour la plupart, leur
langue maternelle, c'est l'innu. Et c'est
une richesse que, pour nombre d'entre eux, ce soit encore leur langue
maternelle. On devrait être hautement
sensibles à ça, nous, en tant que Québécois, plus que le reste du Canada, plus
que les Américains. S'il y a un peuple
qui devrait être capable de comprendre ça, et de revoir ses politiques, et
d'être capable de faire des accommodements pour permettre aux Innus d'enseigner aux Innus, ça serait... Et je dis
les Innus, mais ça s'applique évidemment à tous les autochtones sur le
territoire québécois. J'aimerais que la ministre et le ministère puissent se
sensibiliser à cet enjeu-là. Donc, il me reste 23 secondes, ça fait que
vous pouvez peut-être répondre en commentaire.
Le Président (M. Laframboise) :
Oui, bien, sept secondes, là. Vous n'avez pas la même chose que moi, là.
Président (M. Laframboise) : On se reprendra, Mme la ministre,
peut-être sur le temps du gouvernement tantôt, vous pouvez revenir. Ça
va? Donc, le prochain bloc, bloc au gouvernement, pour 19 minutes. Qui est
le collègue... Mme la députée d'Argenteuil. Merci.
Mme Grondin :
Merci, M. le Président. À mon tour de saluer l'ensemble des parlementaires ici
présents ce matin et toutes les personnes qui les accompagnent pendant
ces travaux qui m'appert très importants.
Je vais vous
amener voyager dans une autre dimension de la langue française. Mon intervention
vise à partager avec vous ce qui se
passe en région et comment j'identifie certaines pistes pour réaliser ce que
Mme la ministre souhaite, et nous tous, un véritable virage pour rendre
vivante la langue française.
Vous savez, M. le
Président, dans ma carrière précédente, je conseillais des élus municipaux sur
les questions environnementales. Mon expertise est dans le domaine de l'eau, et
cela tombait bien parce que la MRC où je travaillais compte plus de kilomètres de cours d'eau que de kilomètres de route.
J'étais donc interpellée par toutes sortes de conflits, des problèmes d'inondation, d'érosion, de qualité
d'eau, de santé des lacs, de ponceaux affaissés, et, à chaque fois, je
devais aller sur le terrain pour comprendre la situation, poser un diagnostic
et émettre des recommandations.
Au cours de
toutes ces années, l'élément qui me frappait le plus et qui m'attriste encore
aujourd'hui, Mme la ministre : que
la majorité de nos cours d'eau n'ont pas de nom. Je vais donc écrire dans mes
rapports «cours d'eau sans nom n° 25», «cours
d'eau sans nom n° 4», «branche 4 du cours d'eau
sans nom n° 127».
Vous savez,
M. le Président, s'il y a une chose que j'ai retenue au cours de mes
20 dernières années de carrière en environnement, que la stratégie clé lorsqu'on veut protéger quelque
chose, lorsqu'on veut valoriser quelque chose, est qu'il faut d'abord la connaître, il faut par la suite la
reconnaître. Mais ce qui me touche le plus, c'est qu'il faut la nommer
parce que ça lui donne une personnalité, et donc, quand on connaît avec un nom,
on aime.
Vous aurez bien compris, M. le Président, que la
toponymie est donc un formidable outil que je trouve pour développer un sentiment d'appartenance, une
fierté. C'est un outil aussi qui permet en plus d'honorer la mémoire d'un
lieu ou d'un personnage. Je considère ces prémisses, qui sont aussi à la base
de notre amour pour la langue française, et je souhaiterais vous partager différents exemples dans mon comté, qui
recèle de riches toponymes qui portent cette mémoire collective.
Dans
Argenteuil, nous avons des toponymes qui honorent la mémoire d'un individu ou
d'un personnage. Juste le terme Argenteuil, l'origine, en fait, du
toponyme Argenteuil vient de Charles-Joseph d'Ailleboust des Museaux, un
propriétaire d'un château en Bourgogne, plus spécifiquement de la commune
Argenteuil-sur-Armançon. Il est arrivé en Nouvelle-France en 1648.
Nous avons
également, à Wentworth-Nord, un Centre communautaire et culturel
Paul-Tex-Lecor. Son nom rappelle évidemment
le souvenir de Paul Lecor, surnommé Tex, un artiste et un peintre québécois. À
la fin des années 1950, il débute sa
carrière musicale et chante dans diverses boîtes à chanson. En tant que
chanteur et humoriste, il jouit alors d'une popularité certaine au Québec. En 1978, il décide de mettre
fin à sa carrière musicale afin de se consacrer à la peinture. Au fil des
années, Tex Lecor devient un peintre figuratif réputé. En 1986, il fonde
l'Institut des arts figuratifs.
Je pouvais
souvent le voir, la semaine, sur la rue principale, à Lachute, en train de
déjeuner avec son frère Claude et sa
soeur Louise, tous trois malheureusement décédés aujourd'hui. Ils ont présenté
des oeuvres dans des expositions solos et dans des galeries, et celles-ci font désormais
partie des collections
privées et publiques. Nous avons acquis certaines oeuvres à la gare
historique de Lachute.
Je pense
aussi, à Saint-Colomban, à la rue
John-Ryan. Ah! terme anglophone. Bien, en fait, ce nom, c'est un Irlandais
qui a immigré dans les années 1820, au
début de la colonisation, vers la future paroisse de Saint-Colomban. Maître
d'école, il sera l'un des principaux
agitateurs patriotes de cette paroisse. En 1835, il représente la paroisse de Saint-Colomban à
l'Union patriotique du comté des Deux-Montagnes.
Tout
récemment, sous votre gouverne, il y a eu, Mme la ministre, une désignation
toponymique commémorative, soit l'île Maude-Abbott. Cette île, tout près
de la... en amont, en fait, du pont Murray-Johnson, au coeur du village de Saint-André-Est, est nommée Maude-Abbott.
Mme Abbott était l'une des premières femmes médecins du Québec.
Elle a grandi dans le village de
Saint-André-Est. Sa grand-mère était la tante de John Abbott, le premier
ministre du Canada de 1891 à 1892, qui était, lui aussi, né à
Saint-André-d'Argenteuil.
Il y a aussi des toponymes, dans mon comté, qui
sont euphoniques, c'est-à-dire harmonieux, et qui sont très originaux. Certains exemples qui désignent, par
exemple, la flore locale : le chemin de l'Adiante, à Harrington, qui est
une fougère locale, le canton
d'Arundel, qui représentait aussi une labiacée, donc dans la famille des
labiacées, qui était utilisée contre la fièvre et les troubles de voies
respiratoires. Cette plante abondait dans la région d'Arundel et elle est
d'ailleurs signalée dans les fleurs québécoises.
Vous savez, M. le Président, il y a aussi des
toponymes qui me touchent grandement, ce sont ceux qui valorisent l'esprit du lieu. Et qu'est-ce que j'entends par
l'esprit du lieu? En fait, ça a été adopté lors de la Déclaration de Québec
pour la sauvegarde de l'esprit du lieu, en 2008, à l'occasion du
400e anniversaire de la ville de Québec. «...l'esprit du lieu peut être défini comme l'ensemble des éléments
matériels — comme des
sites, des paysages, des bâtiments, des objets — immatériels — comme des mémoires, des récits, des
documents, des rituels, des festivals — [ou des éléments] physiques et
spirituels...» Ils donnent un sens à la valeur, à l'émotion, au mystère du
lieu.
Je souhaiterais
vous donner des exemples également de toponymes qui représentent cet esprit du
lieu. Nous avons le lac aux Lutins,
situé à Saint-Adolphe-d'Howard. Ce lac est d'une longueur de 460 mètres et
nommé ainsi parce qu'à cette époque
on souhaitait convaincre les enfants d'aller pêcher pendant des heures, et les
parents qui fréquentaient ce lac leur racontaient que leur patience
serait récompensée par l'apparition de lutins. Le chemin Vide-Sac à Lachute,
c'est un chemin agricole qui était, en
quelque sorte, un néologisme et fait référence à l'époque où les défricheurs se
rendaient travailler dans ce secteur
jusqu'à ce que leurs sacs de victuailles étaient vides. Le lac J'En-Peux-Plus à
Montcalm, un petit plan d'eau qui
occupe le sommet d'une colline. C'est sa position élevée, son éloignement, sa
difficulté de l'atteindre qui en a valu son nom. Plus récemment, on a le parc industriel Synercité de Lachute. Ce
parc industriel combine le mot «synergie» et «cité» pour représenter
l'économie circulaire au niveau de la gestion des matières résiduelles.
Ma question à
la ministre, M. le Président, ma première question : En quoi les activités
de la commission peuvent-elles enrichir dans l'espace public... et
valoriser notre langue tout en valorisant le patrimoine naturel et bâti, ce que
j'appelle l'esprit du lieu?
Le Président (M. Laframboise) :
Mme la ministre.
Mme Roy :
Bravo! Une belle question. Ici, on parle de toponymie, M. le Président. Ce
n'est pas anodin, c'est parce que les
gens qui nous écoutent doivent comprendre que la toponymie, la Commission
de toponymie est intimement liée à l'Office québécois de la langue
française et à la charte. La présidente de la Commission de toponymie est également
Mme Galarneau. Donc, la toponymie,
c'est extrêmement important parce
que vous nous parliez, la collègue de
Taschereau nous parlait de l'importance
de la culture, de la langue, et la toponymie fait justement...
agit de la sorte parce que la toponymie, nommer les lieux, leur donner un nom, ça reflète qui nous sommes, ça
reflète d'où nous venons et c'est une question de culture. C'est
indissociable de notre culture et de notre langue également.
j'apprécie la question de ma collègue députée parce
qu'on apprend beaucoup de choses, mais moi, je vais vous en apprendre certaines. En accomplissant son
devoir d'officialiser les noms des lieux, parce que c'est vraiment ça qu'on
fait avec la toponymie, la Commission de
toponymie procède chaque année à des désignations toponymiques commémoratives.
Et, c'est dommage, ma collègue de Taschereau
tout à l'heure parlait des autochtones, à cet égard, dans l'actuelle
politique culturelle, il y a une place marquée et marquante pour qu'il y ait,
et naturellement au sein même de la Commission de toponymie, pour qu'il y ait davantage de places nommées en mémoire, en
mémoire des Premières Nations, en mémoire des peuples autochtones.
Alors,
c'est ce qu'on va voir au fil des ans, des prochains mois et des ans. Les
citoyens du Québec ne devraient pas être
surpris de voir de plus en plus de noms rendre hommage à la mémoire autochtone.
Alors, ça, c'est une nouveauté, et nous allons nous assurer
effectivement que la culture autochtone ait la place, prenne la place qui lui
revienne.
Par ailleurs, vous me
parliez tout à l'heure du lac aux Lutins. La politique culturelle, elle
comporte justement deux mesures spécifiques
à propos de la toponymie, soit la mesure 25, alors, ça ne dit pas
grand-chose au monde, la mesure 25, mais qu'est-ce qu'elle dit,
cette mesure, elle demande à l'État d'agir de manière exemplaire dans la
gestion du patrimoine culturel de l'État,
ainsi que, autre mesure, la mesure 26, qui, elle, consiste à mettre en
place une stratégie de commémoration.
Et je pense que cette mémoire collective, là, il ne faut pas qu'elle nous fasse
défaut. Et, avec la Commission de toponymie, c'est justement à ça que
servira les désignations.
c'est important que vous nous en parliez ce matin, parce que c'est un devoir de
mémoire. Vous savez, sur notre plaque d'immatriculation, il est écrit Je
me souviens . On peut se poser la question : Je me souviens de quoi?
Bien, justement, la Commission de toponymie
est là pour que nous nous souvenions et, si on ne connaît pas, bien, qu'on
apprenne. Alors, on y revient. Vous
voyez, tout est lié. On y revient, à l'éducation, on revient à l'apprentissage,
on revient à l'apprentissage de
connaissances, à ce savoir qui fait notre identité, notre langue, notre fierté,
notre culture. Tout ça est intimement lié. Alors, la nomenclature dont
vous nous faisiez mention, il y en aura davantage, et ça doit faire
partie des
mandats qu'a la Commission de toponymie.
Donc, je vous dis
qu'il y a deux mesures très, très précises dans la politique culturelle, la 25
et la 26. Je peux inviter la population à aller les lire, on trouve tout ça sur
Internet, avec beaucoup plus de détails. Mais, chose certaine, il y a du travail qui sera fait à cet égard, et il
y a également un volet pour les nations autochtones, les Premières Nations,
les communautés autochtones, pour qu'on les
représente dans notre toponymie. Donc, on va avoir ça. Préparons-nous, ça
sera là.
Le Président
(M. Laframboise) : Mme la députée d'Argenteuil.
Mme Grondin :
Oui, merci, M. le Président. En fait, merci pour vos réponses, Mme la ministre.
Je comprends qu'il y a un exercice
d'officialisation de la part de la commission. Je comprends aussi qu'il y a une
stratégie et qu'il y aura davantage, justement, de commémorations ou de
désignations qui seront nommées.
Vous
savez, dans les années 2000, j'ai travaillé d'arrache-pied pour convaincre
la région des Laurentides d'adopter la
première charte, au Québec, des paysages naturels et bâtis. 150 signataires qui
se sont engagés, en 2004, à protéger et à valoriser, en quelque sorte, un esprit de lieu laurentidien. La volonté
est donc là. Je souhaite qu'elle soit encore là en 2019. Toutefois, ce que je constate, c'est qu'il n'est
pas rare, notamment en région, que, dans les nouveaux développements,
par exemple, résidentiels, que des rues
soient nommées par des prénoms simples, comme Xavier, Ginette, en fait, un ami proche d'un promoteur. Je trouve ici que l'on rate justement cette opportunité
de valoriser, de vivifier la langue française. Est-ce que, dans l'exercice d'officialisation, il y a aussi un
volet accompagnement des municipalités pour désigner des noms plus
intéressants?
Le Président
(M. Laframboise) : Mme la ministre.
Mme Roy : Oui. Merci, M. le Président. Vous savez,
lorsqu'on parle de toponymie, lorsqu'on parle de patrimoine, lorsqu'on parle de culture, lorsqu'on parle de
langue, j'ose espérer que ce sont tous des sujets, un, que nous puissions
traiter de façon non partisane, parce que
c'est qui nous sommes, c'est extrêmement important pour notre culture, notre identité, mais aussi, je vous dis non partisane, mais également
que ce soit une responsabilité collective. La langue est une responsabilité
collective. Ça commence avec les parents et
leurs enfants, s'assurer que le français, bien, on le parle le mieux possible.
Moi la première, je fais des fautes, Mme la députée de l'Acadie en a souligné
une tout à l'heure, à juste titre. Mais il faut que ce soit une responsabilité
collective. Donc, la langue, une responsabilité collective.
Le patrimoine. Vous
me parliez de patrimoine. Il y a le patrimoine bâti, mais il y a d'autres
formes de patrimoine également dont il faut
s'occuper et prendre soin. Ça aussi, c'est une responsabilité collective. Et,
quand vous me parlez de toponymie, ça
aussi, c'est une responsabilité collective, parce qu'on y vient avec ce devoir de
mémoire. Et je souhaite de tout coeur que nous puissions, le gouvernement
du Québec, développer cette forme de partenariat et de respect avec les municipalités pour s'assurer que tout ce qui
touchera notre patrimoine, notre culture, notre identité et la protection de
ces valeurs qui sont fondamentales pour
l'identité même de la nation québécoise se fasse en collaboration, se fasse de
concert. Et c'est important. C'est extrêmement important. Donc, le patrimoine,
la protection du patrimoine.
On parle de toponymie, pour nous,
c'est... La toponymie, pour moi, je vous dirais, c'est l'illustration de ce
devoir de mémoire de notre histoire et ça
doit se faire de concert, mais également de façon collective. Et j'ose espérer
et j'espère que les municipalités embarquent aussi dans cette
philosophie, mais j'imagine que oui.
Plus
précisément, nous parlons ici de la Commission de toponymie, comme je vous
disais, puisque ça relève des organismes
liés à la langue française, et la commission, elle initie des projets et elle
traite les demandes de désignation de toponymie qui peuvent être
soumises par des organismes publics, des associations ou des citoyens.
Naturellement, la commission, elle détient
une compétence exclusive en matière de désignation des entités géographiques
naturelles, vous parliez tout à
l'heure des rivières, des lacs, des montages, ainsi que des lieux du domaine de
l'État, donc les infrastructures routières,
les édifices gouvernementaux, par exemple. Mais elle doit collaborer avec
plusieurs partenaires pour mener à bien certains projets. Il y a
beaucoup de projets de désignation commémorative qui visent des lieux sous la
compétence des municipalités, et c'est
précisément le sens de votre question, je comprends bien, qu'est-ce qu'on fait
avec les villes. Et donc il y a
beaucoup de projets avec les villes, des villes qui choisissent des noms, les
noms des voies de communication, des parcs ou des édifices municipaux.
Vous me parliez des rues qui portaient un simple prénom. Ça en dit
malheureusement peu. Il y a beaucoup d'Isabelle, de Nathalie, de Pierre, de
Claude. Donc, l'analyse des projets de désignation toponymique...
Le Président
(M. Laframboise) : C'est tout le temps que nous avons, Mme la
ministre.
Mme Roy :
...exige la consultation des villes. Il faut travailler ensemble. Voilà.
Président (M. Laframboise) : Parfait. Donc, nous allons
poursuivre avec l'opposition officielle. Mme la députée d'Acadie, pour
22 minutes.
Mme St-Pierre :
Merci, M. le Président. Alors, je fais du pouce sur les commentaires de la
députée d'Argenteuil. J'ai beaucoup
aimé sa présentation, j'ai beaucoup aimé ce qu'elle a dit sur la question de la
toponymie. Et j'ai été ministre responsable
de la région des Laurentides pendant le dernier mandat et j'ai beaucoup
apprécié le contact avec la population du comté d'Argenteuil, une population qui vit une paix linguistique
remarquable. Je trouve que c'est un exemple, au Québec, de voir les gens travailler ensemble, de voir des
anglophones, dans les rencontres, parler en français, et qu'il n'y avait
aucun problème. Tout le monde s'entend, tout le monde vit une paix
linguistique.
Vous
avez été, Mme la ministre, la semaine dernière... vous avez fait état de gestes
concrets et rapides que vous avez posés
depuis l'arrivée de votre gouvernement. C'était lors de l'interpellation de vendredi dernier. Et, parmi
ces gestes dont vous étiez très fière, vous avez parlé de la question de
l'hôpital de Lachute qui affichait, à l'extérieur de l'hôpital, des indications
en anglais, prépondérance du français, mais indications en anglais pour évidemment
servir la communauté anglophone dans la région.
Vous
avez parlé, tout à l'heure, d'une application intelligente de la
loi 101 et vous avez mentionné qu'il fallait... bien, en fait, la façon dont je l'ai interprété, c'est
qu'il fallait avoir parfois une certaine ouverture d'esprit. J'ai constaté, à
la suite de la décision du gouvernement de mettre du «masking tape» sur les indications en anglais de l'hôpital
de Lachute, j'ai vu à quel point tous les maires de la région se sont
mis ensemble pour dire au gouvernement que cette décision n'était pas acceptable, que cette décision allait à l'encontre de l'esprit qui règne
au sein de la population de cette circonscription. On a même dit que les
francophones sont confiants que l'anglais... leur langue n'est pas en train de
disparaître dans la région des Basses-Laurentides.
Alors,
j'aimerais, Mme la ministre, que vous nous expliquiez en quoi cette décision de
votre gouvernement est un geste dont vous êtes fière, comme vous l'avez
mentionné la semaine dernière.
Le Président
(M. Laframboise) : Mme la ministre.
Mme Roy :
Oui, merci beaucoup, M. le Président. Bien, d'entrée de jeu, je voudrais dire à
la députée de l'Acadie qu'elle me
parle de «masking tape», là. Ce n'est pas une décision du gouvernement, là,
c'est une décision de l'établissement, en passant, là. C'est ce que
l'établissement a choisi de faire.
Cela
dit, ce qui s'est passé à cet hôpital témoigne peut-être du laisser-faire des
années antérieures. La loi prévoit que l'affichage
à cet hôpital devait être en français. Alors, il y a eu un laisser-aller, un
laisser-faire, un peu qui correspond, en quelque sorte, aux conclusions du rapport que nous avons obtenu vendredi
dernier à l'effet que le bilinguisme s'installe de façon, j'allais dire,
exponentielle, sans que personne n'y prête trop attention, comme si c'était un
état de fait maintenant inéluctable. Eh bien, Mme la députée de l'Acadie, la
loi prévoit que l'affichage devait se faire en français, et il se fait en
français. Et nous avons agi promptement pour faire respecter la loi, ce que son
gouvernement n'a pas fait.
Très précisément, le
CISSS des Laurentides a confirmé à l'Office québécois de la langue française,
lors de sa démarche de francisation, que
l'affichage de l'hôpital de Lachute est en français et en anglais, ça, c'est le
CISSS qui dit ça, ce qui est
contraire à la règle générale d'unilinguisme français de l'affichage dans
l'administration. Le CISSS des Laurentides doit se conformer à la
charte, mais également au programme d'identification visuelle du gouvernement
du Québec. Et ce programme ne prévoit pas de «masking tape», Mme la députée.
Le Président
(M. Laframboise) : Mme la députée d'Acadie.
Mme St-Pierre :
Alors, M. le Président, vous venez de dire... Mme la ministre, vous venez de
dire que vous avez agi promptement et
juste avant, au début de votre réponse, vous avez dit : Ce n'était pas
notre décision, c'était la décision de
l'administration. Donc, le «nous» indique que vous avez agi dans ce dossier-là.
Et est-ce un dossier dont vous êtes fière?
Président (M. Laframboise) : Mme la ministre.
Mme Roy :
Oui, merci, M. le Président. L'office a visité par la suite, là, parce qu'il
faut quand même informer les gens qui nous écoutent, là, l'office a
visité l'hôpital de Lachute et constaté la non-conformité de l'affichage.
C'était le 17 janvier de cette année.
Alors, nous sommes arrivés en poste le 18 octobre. 17 janvier,
l'office visite l'hôpital. 4 février, l'office rencontre les représentants du CISSS des Laurentides, et, le
1er mars dernier, donc c'est tout chaud, le CISSS des Laurentides a présenté un échéancier amendé. Les
échéances sont maintenant le 1er juin 2019 pour l'affichage
extérieur pour qu'il y ait une belle
conformité. Un échéancier sera présenté à l'automne 2019 pour l'affichage
intérieur parce qu'il y a également
des manques à l'intérieur de l'hôpital. Alors, en ayant cet échéancier, nous pourrons nous assurer que
les panneaux seront beaux, et seront conformes, et respecteront la loi.
pour répondre à votre question, oui, Mme
la députée, je suis fière que nous
ayons agi, agi après trop de laxisme. L'affichage
n'était pas conforme. Maintenant, il l'est et le sera de belle façon avec cet
échéancier mis de l'avant de concert avec
le CISSS, justement, pour s'assurer que l'affichage
soit fait en bonne et due forme et respecte la Charte de la langue française. Oui, j'en suis fière.
Le Président
(M. Laframboise) : Mme la députée d'Acadie.
Mme St-Pierre : Merci,
M. le Président. Alors, Mme la ministre, que dites-vous aux personnes âgées anglophones de la région qui doivent se rendre à l'hôpital,
qui ont évidemment travaillé à l'intérieur de la région,
qui ont donné beaucoup et qui voient leur langue cachée par du «masking
tape» en attendant ce que vous dites, les nouveaux panneaux?
Le Président
(M. Laframboise) : Mme la ministre.
Mme Roy : Que dites-vous à la population
québécoise qui voit de l'affichage uniquement
dans une autre langue? Mme la députée, sachez une chose, tous les citoyens qui se
rendront à l'hôpital pour avoir des services les auront et les auront dans la langue qu'ils demandent, c'est la
loi. Personne n'aura pas de service, tout le monde aura une réponse et tout le monde se fera traiter et soigner par
un personnel des plus compétent, j'en suis convaincue.
Le Président
(M. Laframboise) : Mme la députée d'Acadie.
Mme St-Pierre : Alors, M.
le Président, ce n'est pas pour
corriger la ministre, ce n'est pas «uniquement», c'était
«prépondérance du français» avec une traduction en anglais.
la ministre, vous avez dit tout à l'heure, lors de vos remarques préliminaires,
que vous avez... à la lumière du rapport
de l'OQLF, vous avez dit : Bien, tout n'est pas noir. Tout n'est pas rose,
mais tout n'est pas noir non plus. Donc, vous voyez quand même dans le rapport de l'OQLF certains dossiers qui
ont bien progressé. Et je me demandais si vous étiez toujours en accord avec la déclaration du premier
ministre, lors de la campagne électorale, selon laquelle il craignait
que ses petits-enfants n'allaient pas parler
français. Est-ce que vous considérez que c'est une déclaration exagérée du
premier ministre?
Le Président
(M. Laframboise) : Mme la ministre.
Mme Roy :
Merci beaucoup, M. le Président. M. le premier ministre a toutes les raisons de
dire ce qu'il a dit. Cela dit, à
l'égard de la langue française, il est important de dire que tout n'est pas
noir, tout n'est pas rose. Et, lorsque l'on lit le fameux rapport, on peut constater que la fameuse
loi 101, M. le Président, la loi 101 qui a été décriée à
l'époque, on célèbre justement les
40 ans de la loi 101... Le professeur Laurin s'est fait traiter de
tous les noms, de nazi, de tout ce que vous voulez, de raciste. Pourtant, il avait raison parce que la
loi 101, c'est ce qui a permis de protéger la langue française. C'est ce
qui a permis de faire en sorte que les
enfants des nouveaux arrivants, les enfants de nos immigrants, qui deviennent
québécois, apprennent le français. Et, en
quelque sorte, c'est un peu ce qui... ce n'est pas en quelque sorte un peu ce
qui, c'est ce qui fait qu'il y a de
ces néo-Québécois qui deviennent des locuteurs francophones. Et c'est
extrêmement important, surtout lorsqu'on voit les chiffres, la démographie, qui nous dit qu'il y a de plus en
plus... qu'il y a une augmentation du nombre d'allophones, donc, qui ne
sont pas des anglophones, mais bien d'allophones. Et c'est à eux principalement
qu'il faut penser. Et c'est cette francisation des nouveaux arrivants qui est
extrêmement importante, M. le Président.
on voit qu'avec la loi 101, bien, la francisation des enfants fonctionne.
Ça a fonctionné. Et ça fait en sorte qu'il y a plein de jeunes qui viennent de partout dans le monde qui sont maintenant
francophones, qui sont maintenant québécois.
Le Président
(M. Laframboise) : Merci, Mme la ministre. Mme la députée
d'Acadie.
Mme St-Pierre :
Merci, M. le Président. Donc, on comprend que, dans le rapport de l'OQLF, il
n'y a aucune étude, aucune donnée qui
prouve les propos du premier ministre, pendant la campagne électorale, selon
lesquels ses petits-enfants ne parleraient pas français.
Alors,
M. le Président, je vais enchaîner sur le rapport Samson. Dans le rapport
Samson, il est question... il y a beaucoup
de choses intéressantes, mais, tout à l'heure dans vos remarques préliminaires,
vous avez parlé de la SODEC, vous
avez parlé du CALQ, vous avez parlé de Bibliothèque et Archives nationales,
vous avez parlé de l'OQLF, et là vous venez de parler tout à l'heure de
la Commission de toponymie, mais vous n'avez pas dit un seul mot sur le Conseil
supérieur de la langue, totalement silencieuse par rapport au Conseil supérieur
de la langue, le travail du conseil, le travail de recherche que le conseil
fait, les budgets ont un petit peu augmenté.
Dans
le rapport Samson, on recommande l'abolition du Conseil supérieur de la langue,
le qualifiant de coquille vide. Est-ce
que vous êtes en mesure de nous dire si vous considérez que le Conseil
supérieur de la langue est une coquille vide, comme l'écrit le rapport
Samson? Et est-ce que vous pouvez donner la garantie que le Conseil supérieur
de la langue française sera maintenu?
Le Président (M. Laframboise) :
Mme la ministre.
Mme Roy : Oui. Je remercie la députée pour sa question.
Alors, le rapport Samson, comme je le disais tout à l'heure, est une base
de travail, de réflexion, qui a été déposée il y a deux ans, et, à la
lumière du rapport quinquennal qui a été déposé vendredi dernier, nous prendrons les actions qui s'imposent, nous aurons
un plan précis d'ici un an sur toutes les mesures qui seront mises de
l'avant pour nous assurer de la protection de la langue française.
Le Président (M. Laframboise) :
Mme la députée d'Acadie.
Mme St-Pierre : Merci, M.
le Président. Est-ce que Mme la ministre peut nous rassurer et nous dire que le Conseil supérieur de la
langue française sera maintenu dans cet exercice de réflexion?
Le Président (M. Laframboise) :
Mme la ministre.
Mme Roy : Oui. Il faut arrêter de faire peur au monde, M. le Président. Tout est sur la table. Nous regardons, à la lumière du rapport qui a été déposé vendredi,
quelles seront les actions concrètes que nous prendrons. Vous savez, ma
priorité, là, ce n'est pas de jouer dans les
structures, Mme la députée. Ma priorité,
c'est de m'assurer que l'État fonctionne et que tous les organismes qui ont une responsabilité à l'égard de la langue
française, eh bien, l'assument et l'assument pleinement dans un seul but, celui de valoriser et de
protéger notre langue française. Alors, tout est sur la table, l'analyse sera
faite, et nous arriverons avec des moyens précis. Soyez un petit peu
patiente.
Le Président (M. Laframboise) :
Mme la députée d'Acadie.
Mme St-Pierre :
Alors, puisque vous dites que tout est sur la table, vous êtes quand même en
poste depuis quelques mois, vous avez été dans l'opposition, donc ça
fait plusieurs mois, plusieurs années que vous êtes ici, à l'Assemblée
nationale, quelle est votre appréciation, quelle est votre analyse personnelle
du Conseil supérieur de la langue?
Le Président (M. Laframboise) :
Mme la ministre.
Mme St-Pierre :
Est-ce que vous considérez qu'il fait un bon travail? Est-ce que vous
considérez que c'est essentiel? Est-ce que vous considérez qu'il éclaire
la situation de la langue française au Québec?
Le Président (M. Laframboise) :
Mme la ministre.
Mme Roy :
Écoutez, alors, mon opinion personnelle dans l'étude des crédits, ça me fait
plaisir, enfin... Vous savez, je suis
en poste depuis six mois, le 18. Nous sommes, quoi, le 16 aujourd'hui? Dans
deux jours, ça fera précisément six mois que le premier ministre m'a fait l'ultime privilège d'être nommée
ministre de la Culture et des Communications, responsable de la Langue
française, et, je vous le dis, M. le Président, c'est un privilège. Et, tout de
suite à mon entrée en fonction, Mme la députée, j'ai demandé aux gens qui
étaient en place, à la sous-ministre, au sous-ministre adjoint, de rencontrer absolument tout le personnel. Je voulais voir qui
étaient ces fonctionnaires dévoués, parce qu'au ministère de la Culture
et des Communications, ce sont des passionnés. On s'entend qu'il s'agit d'un
domaine de travail extrêmement passionné. Et parmi, parmi, Mme la députée, tous
les fonctionnaires, il y a naturellement tous les gens qui s'occupent de la
langue française. J'ai rencontré également
les gens de l'OQLF, les gens du conseil supérieur, les gens du secrétariat.
Parce qu'il faut que vous compreniez qu'il y a quand même
11 organismes et sociétés d'État sous la juridiction du ministère. Et vous
savez ce que j'ai compris et découvert? Qu'il y avait
énormément de gens compétents, brillants, dévoués et
passionnés, et c'est avec ces gens-là que j'ai l'intention de
travailler, Mme la députée.
Le Président (M. Laframboise) :
Mme la députée d'Acadie.
Mme St-Pierre : Alors, M.
le Président, j'aimerais avoir une
réponse très, très claire : Est-ce que le Conseil supérieur de la langue française est,
dans l'esprit de la ministre, une coquille vide, comme le dit le rapport
Samson? Est-ce que la ministre a
l'intention d'abolir le Conseil
supérieur de la langue française? La question
est claire. Vous êtes en poste depuis six mois, vous êtes en mesure d'avoir... Et vous avez déjà
pris connaissance du rapport de Mme Samson au mois de... c'est-à-dire il y a deux ans. Donc, quelle
est la réponse?
Le Président (M. Laframboise) :
Mme la ministre.
Mme Roy : Oui. Alors, le fameux rapport sur l'état
de la langue française vient d'être publié vendredi dernier par l'Office québécois de la langue française. Il y a
le Conseil supérieur de la langue française qui fait
partie de l'office.
Nous avons donné... En
fait, il y a un mandat qui a été donné au Conseil supérieur de la langue
française sur l'exemplarité de l'État.
Le Conseil supérieur de la langue française, il travaille actuellement. Le
conseil continue de jouer son rôle de conseiller de la ministre. Et il y
a des gens très compétents.
Le Président
(M. Laframboise) : Mme la députée de l'Acadie.
Mme St-Pierre :
Donc, est-ce que vous donnez la garantie que le Conseil supérieur de la langue
française va être maintenu?
Le Président
(M. Laframboise) : Mme la ministre.
Mme Roy :
M. le Président, je ne suis pas ici pour donner des garanties, je suis ici pour
vous dire que je vais travailler et
travailler avec tous les acteurs du milieu, avec tous les gens au ministère de
la Culture, à l'Office québécois de la langue française, au conseil supérieur, au secrétariat pour nous assurer
d'arriver à cette finalité, qui est cette protection de la langue française, cette protection, cette valorisation,
et faire en sorte que les tangentes négatives que nous voyons se
développer depuis les dernières années, en
fait, on en a eu la confirmation vendredi dernier, là, de ce glissement de la
langue française, principalement sur
l'île de Montréal, nous assurer de travailler avec tous ces partenaires pour
qu'on redresse la situation, pour que le français prenne toute la place
qui lui revient.
Le Président
(M. Laframboise) : Mme la députée de l'Acadie.
Mme St-Pierre :
M. le Président. Mme la ministre, vous parlez du glissement. Et, dans le
rapport de l'OQLF, on parle du taux
de service en français, qui atteint 96 % dans les commerces de l'île de
Montréal, et ce, en 2017. Est-ce que vous considérez que c'est un
succès?
Mme Roy :
J'ai raté le début de votre question.
Le Président
(M. Laframboise) : ...voulez juste...
Mme St-Pierre :
...vous venez de faire référence à l'étude que l'office a... que vous avez
commandée, la semaine dernière, en
prévision de l'interpellation. Dans les faits saillants, l'office dit :
«En 2017, le taux de service en français atteignait 96 % dans les
commerces de l'île de Montréal.»
Le Président
(M. Laframboise) : Mme la ministre.
Mme St-Pierre :
C'est un succès ou non?
Mme Roy :
Merci, M. le Président. J'aimerais rectifier ce que vous avez dit, là. L'étude,
je l'ai commandée depuis cinq mois,
Mme la députée. Ceci dit, relativement aux commerces dans les... l'utilisation
de la langue française dans les commerces,
tout n'est pas noir, tout n'est pas rose. Il semble y avoir surtout une
problématique à l'accueil, lorsque les gens entrent dans le commerce, une bilinguisation. Par la suite, le service
est plus amplement donné en français. Cependant, c'est ce visage français que j'aimerais voir davantage
et ce son français que j'aimerais entendre davantage. Et je pense qu'à
la lumière des analyses, des fines analyses qui seront faites du rapport publié
vendredi, après cinq mois d'attente et 12 ans d'inactivité, je pense qu'on pourra trouver les meilleurs moyens, les
meilleures mesures à mettre en place pour nous assurer de la francisation, de voir ce visage français et
d'entendre cette langue française, qui est si belle et qui nous est si chère
partout.
Le Président
(M. Laframboise) : Mme la députée de l'Acadie, pour un peu moins
de trois minutes.
Mme St-Pierre :
Alors, M. le Président, Mme la ministre parle de 12 ans d'inactivité. Les
faits saillants de l'office sont
quand même assez éloquents. En 2016, une majorité de Québécoises et de
Québécois, 94 %, se déclarait capable de soutenir une conversation en français. L'éducation préscolaire et
l'enseignement primaire et secondaire en français ont fait des gains importants depuis l'adoption de la Charte de
la langue française, particulièrement sur l'île de Montréal. Les
collèges francophones attirent de plus en plus d'élèves de langue maternelle
autre... et de la langue maternelle autre et de langue maternelle anglaise. En 2016, le français était la langue de travail de
la majorité des travailleurs et des travailleuses québécois. Et, depuis 2010, on constate une augmentation du
taux de conformité à l'affichage public des entreprises de l'île de
Montréal.
Alors,
M. le Président, je peux dire que, oui, tout n'est pas rose, mais tout n'est
pas noir non plus. Et je pense que la situation
du français n'est pas aussi noire que certains peuvent le dire. Il y a du
travail à faire encore, mais je pense que lorsque la ministre, la semaine dernière, à
l'interpellation, a parlé abondamment de ce que les anciens gouvernements ont
fait, bien, moi, je vais lui rappeler
que ses voeux du jour de l'An, le 1er janvier 2019, c'est un dessin
américain avec une légende en anglais. Et ça, ça venait, M. le
Président, de la ministre de la Culture et la ministre de la Langue française.
Le Président
(M. Laframboise) : Mme la ministre.
Mme St-Pierre :
C'était sur son compte Twitter le 1er janvier. Elle ne peut pas dire que
ça a été écrit par quelqu'un d'autre, parce qu'on voit les lettres, les
initiales N.R., qui sont ses propres initiales.
Président (M. Laframboise) : Mme la ministre.
Mme Roy : Oui. Bien là, la ministre... la députée, pardon,
de l'Acadie, me fait bien sourire parce qu'elle omet toutes les publications de bonne année que j'ai faites également,
en français, abondamment. Cela dit, j'aimerais lui rappeler que le Musée des beaux-arts de Montréal,
elle avait déjà fait une grande, grande exposition Snoopy. Alors, en tant que
ministre de la Culture, je pense qu'on peut s'intéresser aux autres cultures également.
Cela
dit, lorsque les libéraux nous disent à satiété que 94 % des Québécois sont capables de tenir une
conversation en français, on ne nous dit pas
cependant que ce n'est pas du tout le même chiffre lorsqu'on parle de l'île de
Montréal. C'est un portrait global.
Par ailleurs, une analyse effectuée selon les groupes linguistiques a permis de
préciser qu'en 2016 30 % des personnes
de langue maternelle anglaise et 23 % des personnes de langue maternelle
autre avaient déclaré être incapables de soutenir une conversation en français au Québec. C'est drôle comme on
peut faire dire une chose et son contraire aux chiffres, Mme la députée.
Donc,
quand on dit que 30 % des personnes de langue maternelle anglaise ne sont
pas capables de parler français, c'est
une personne sur trois. Quand on dit que 23 % des personnes de langue
maternelle autre sont incapables de soutenir une conversation en
français, c'est une personne sur quatre. Alors, oui, il y a encore du travail à
faire et, voilà, vous me faites signe, alors voilà...
Président (M. Laframboise) : Compte tenu de l'heure, la
commission suspend ses travaux jusqu'à 19 h 30. Merci.
(Suspension de la séance à
12 h 1)
Président (M. Laframboise) : Bonsoir. Ce soir, nous débutons avec évidemment le groupe parlementaire formant le
gouvernement pour une période de questions, Mme la ministre et les collègues du
gouvernement, de 20 minutes. La parole est aux députés du gouvernement.
Mme la députée de Laviolette—Saint-Maurice,
c'est ça? Oui.
Mme Tardif :
Mme la ministre, chers collègues, merci, tout le monde. Mesdames messieurs,
bonsoir. C'est effectivement un plaisir renouvelé d'être encore avec vous
aujourd'hui. Allons-y donc.
des rôles de l'office, comme vous le savez, est d'évaluer la connaissance du
français, mais la connaissance du français
qui est appropriée à l'exercice d'une profession. Il en va, par les offices de
profession, de la protection du public. Donc, dans un souci d'amélioration
continu, l'office a procédé à une refonte des examens de français avec les
46 ordres professionnels du Québec, ainsi qu'avec l'Organisme
d'autoréglementation du courtage immobilier du Québec et avec le laboratoire en
évaluation des apprentissages et des compétences de l'Université de Montréal.
J'ai lu dans les
rapports que l'implantation des nouveaux examens de la connaissance du français
avait débuté en janvier 2018 et s'était terminée tout récemment, en février
dernier. Mme la ministre, en quoi les nouveaux examens permettront-ils une
meilleure évaluation de la con