Labour and the Economy — 24 May 2023 (43rd Legislature, 1st Session)
CET 2023-05-24
Quebec — Committees
(Onze heures vingt-huit minutes)
La Présidente (Mme D'Amours) : À
l'ordre, s'il vous plaît! Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission
de l'économie et du travail ouverte.
Je vous souhaite la bienvenue et je vous demande à toutes personnes qui
sont ici dans la salle de bien vouloir éteindre la sonnerie de vos appareils
électroniques, s'il vous plaît.
La commission est réunie afin de poursuivre les
consultations particulières et auditions publiques sur le projet de loi
n° 25, Loi visant à lutter contre l'hébergement touristique
illégal.
Mme la secrétaire, y a-t-il des remplacements?
La Secrétaire : Oui, Mme la
Présidente. Mme Boivin Roy (Anjou—Louis-Riel) est remplacée par M. Caron
(Portneuf); Mme Cadet (Bourassa-Sauvé) est remplacée par Mme Rotiroti (Jeanne-Mance—Viger); et M. Leduc
(Hochelaga-Maisonneuve) est remplacé par M. Grandmont (Taschereau).
Présidente (Mme D'Amours) : Merci. Nous entendrons ce matin les témoins
suivants, soit la Corporation des propriétaires immobiliers du Québec,
M. Martin Blanchard.
Maintenant, je souhaite la bienvenue à la
Corporation des propriétaires immobiliers du Québec. Je vous rappelle que vous
disposez de 10 minutes pour votre exposé, et ensuite nous procéderons à la
période d'échange. Maintenant, je vous invite à vous présenter et à nous lire
votre exposé.
M. Plante (Marc-André) : Alors,
bonjour à tous. Mon nom est Marc-André Plante. Je suis directeur des affaires
publiques et des relations gouvernementales à la Corporation des propriétaires
immobiliers du Québec. Je suis accompagné de M. Rodolphe Parent qui est
conseiller, donc, au sein de notre direction.
Donc, Mme la
Présidente, MM., Mmes les députés de la Commission de l'économie et du travail, Mme la ministre du Tourisme, Mme la sous-ministre, distingués
invités, c'est à titre... donc que je vous présente, donc, la Corporation des propriétaires immobiliers. C'est un organisme
à but non lucratif qui représente 30 000 propriétaires et
gestionnaires qui logent près de 600 000 ménages québécois.
Vous savez que les propriétaires québécois procurent un logement à 1,5 million de ménages locataires, et, dans
52 % des cas, ces ménages locataires, ce sont des ménages en solo, donc
des gens qui vivent seuls.
La CORPIQ revendique, depuis 2015, un
encadrement rigoureux du secteur de l'habitation touristique utilisant le parc
de logements. Les préoccupations principales de la CORPIQ sont de deux ordres,
d'abord protéger le parc locatif dans son
ensemble et clarifier l'encadrement législatif de la sous-location touristique
effectuée, notamment, par les locataires sur des plateformes telles qu'Airbnb.
À la lecture
des notes explicatives du projet de loi n° 25 visant à lutter contre...
viser donc contre l'hébergement touristique
illégal, la CORPIQ appuie les principaux objectifs découlant de cette pièce
législative. L'interdiction formelle de
diffuser sur une plateforme numérique l'offre d'hébergement avec un numéro
d'enregistrement... Bref, les principaux principes, nous les saluons, et
donc nous partageons la volonté du gouvernement de resserrer les règles, comme
nous le demandions d'ailleurs depuis, notamment, l'été dernier.
Par contre, nous souhaitons aujourd'hui plutôt
attirer l'oeil, donc, du législateur sur des angles morts liés à ce projet de
loi, notamment deux aspects, les moyens pour faire appliquer la loi et les
critères d'admissibilité pour afficher un logement locatif au sens de la loi
de... donc, qui relève du Tribunal administratif du logement. Pour nous, il y a
vraiment deux éléments qui sont importants à distinguer, mais pour lesquels
j'aurai l'occasion d'y revenir.
D'entrée de jeu, je veux souligner que la CORPIQ
rappelle qu'elle est ouverte au principe de l'économie collaborative. Cependant, ce concept doit s'inscrire dans un
environnement économique équitable pour tous et respectueux de l'esprit de l'ensemble des lois adoptées par le
législateur. D'abord, vous savez que le marché locatif actuel est sous
pression. Les taux d'inoccupation sont excessivement bas, et ça cause
différents enjeux dans toutes les régions du Québec, et il faut donc le
souligner. Selon nous, l'hébergement touristique temporaire, notamment par des
locataires, affecte davantage, et il faut le
souligner, le parc locatif québécois. Aussi, la conversion de logements
traditionnels vers les besoins touristiques vient diminuer l'offre pour
les ménages locataires, qui ont déjà peine à trouver un logement actuellement.
La CORPIQ est d'accord avec le double standard
proposé dans la loi. Le propriétaire du logement loué sur des plateformes ne
fait que courir... ne fait que courir un risque au marché s'il habite sa
propriété et ne devrait pas être empêché de le faire sous l'angle de la
Loi sur
l'hébergement touristique. En revanche, le propriétaire d'un logement
locatif qui détourne l'utilisation pour de l'hébergement touristique cause une
diminution de l'offre, surtout dans le contexte que nous vivons.
Maintenant, revenons
sur l'angle mort pour l'hébergement touristique. On vient... Vous savez, dans
toutes les enquêtes que la CORPIQ fait depuis 2015, il y a environ entre
5 % à 10 % des propriétaires qui vivent une situation où leur
locataire fait de la location de type Airbnb. 5 % à 10 % sur un parc
de logements de 300 000 propriétaires, 1,5 million de logements,
ça reste que c'est beaucoup de logements qui se retrouvent, à des moments de
l'année, sous des plateformes, donc, de
location de type Airbnb. C'est beaucoup, et évidemment ça a amené, au cours des
dernières années, à revoir un certain nombre de lois.
Par exemple, je tiens
à souligner que, du moment qu'un logement est... a un bail, donc, sous un bail,
le législateur a quand même adopté une loi, la 1856, donc, le Code civil qui
dit très clairement qu'on ne peut pas utiliser un logement pour une autre
forme, telle que l'utilisation pour logement de type Airbnb, donc une
utilisation commerciale. La jurisprudence du Tribunal administratif du logement
est venue aussi confirmer que le changement de la forme ou de la destination
d'un logement, c'est une façon qui vient, d'une certaine manière, détourner
l'origine de l'entente entre un propriétaire et son locataire.
Pourquoi on vous
amène ces éléments-là aujourd'hui quant à un angle mort lié à ce projet de loi?
C'est que vous savez déjà que tous les propriétaires et les locataires
occupants au sens de la loi peuvent faire de la location de type Airbnb. La problématique, c'est que la loi
oblige toujours le locataire à obtenir préalablement l'autorisation de son
propriétaire et son numéro d'enregistrement.
Malheureusement, vous comprendrez que très rarement les propriétaires vont
autoriser leurs locataires de faire de la location de cette nature-là, ce qui
fait que généralement ça devient automatiquement de la location illégale au
sens de la loi.
Nous, ce qu'on
considère, c'est qu'à partir du moment où la jurisprudence au Tribunal
administratif du logement est claire, à partir du moment qu'on signe un bail,
les règles, le Code civil est très clair à cet effet. Il nous apparaît donc important que le législateur soit
prudent avant d'ouvrir et même d'encourager la... ce type de location là, parce
que, dans les faits, ça va être de la location illégale.
Le deuxième angle
mort que je veux vous souligner aujourd'hui, parce que je ne vois pas le temps
affiché, c'est la...
M. Plante
(Marc-André) : Trois minutes. C'est la distinction entre de la
location touristique court terme et de la
sous-location d'un logement. Vous comprenez que la loi permet à un locataire de
sous-louer un logement. Notre inquiétude, par rapport au projet de loi
que nous avons sous les yeux, c'est qu'il y ait finalement un stratagème pour contourner l'esprit et les objectifs de la loi,
c'est qu'un locataire décide d'utiliser les prérogatives du bail, de la
sous-location. Vous savez, sous-louer... on peut sous-louer une semaine,
deux semaines, un mois, le locateur peut proposer une sous-location en toute
légalité de la loi, ce qui nous amène donc à dire qu'à partir du moment où on
complique, et c'est correct, et on est d'accord, à notre avis, pour la location
par un locataire, donc, qui n'est pas propriétaire, la problématique, c'est que plusieurs d'entre eux deviennent illégals et
risquent de glisser vers ce qu'on appelle la sous-location du logement,
donc vont contourner, d'une certaine manière, la loi.
À notre avis, ce
n'est pas une bonne nouvelle. C'est une mauvaise chose, parce que, je le
souligne, si un locataire retrouve son bénéfice de tirer un profit de la
location court terme, entre guillemets, par la sous-location, je ne veux pas
vous mélanger, là, bien, dans les faits, c'est les autres locataires aussi qui
subissent les conséquences des va-et-vient des touristes dans leur propre
habitat.
Ce qui m'amène donc à
vous dire aujourd'hui, dans nos recommandations, on vous recommande très simplement que la
Loi sur l'hébergement
touristique précise que le locataire ne peut pas mettre sa résidence principale
sur la plateforme, telle que prescrite par le Code civil, et de modifier la loi
en conséquence.
Deuxième recommandation qu'on a, ça nous apparaît
important de faire une vaste campagne de sensibilisation, parce qu'il y
a beaucoup d'ambiguïté entre la
Loi sur l'hébergement touristique court terme
et la loi qui régit le secteur de l'habitation locative au sens traditionnel.
Pourquoi je vous en parle aujourd'hui? Parce que, dans les faits, il suffit
d'aller sur le site de la CITQ où vous lisez clairement les droits des
locataires, mais vous découvrez beaucoup plus loin les interdictions qui
proviennent de la loi régie par le Tribunal administratif du logement. Même dans certaines villes... pas plus tard qu'hier,
qu'on a vu, à la ville de Québec, sur le site, où on disait clairement qu'un
locataire pouvait faire en toute liberté la location d'hébergement touristique
à partir des règles qui étaient régies.
Or, pour nous, ça
nous apparaît important que, dans ce projet de loi là, on vienne colmater une
certaine brèche potentielle. Nous savons que le gouvernement veut, dans les
prochaines semaines, déposer une nouvelle pièce législative au niveau du
secteur de l'habitation qui relève du Tribunal administratif du logement. On
aura des recommandations à cet effet, mais, dans ce projet de loi là, je mets
en garde, donc, les parlementaires à l'effet que, malheureusement, il pourrait
y arriver un certain stratagème où des gens contourneraient la loi et plutôt
utiliseraient la sous-location de leur logement qui leur permettrait, en toute
légalité, de faire de l'hébergement touristique court terme. Merci.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci
beaucoup. Je vous remercie pour votre exposé. Avant de commencer nos périodes
d'échange, je dois avoir le consentement des collègues, parce que nous avons
commencé 12 minutes en retard, donc on terminerait 12 minutes
plus tard que prévu. Est-ce que j'ai le consentement? Consentement. Merci. Nous
allons maintenant commencer la période d'échange avec la ministre et nos
invités. La parole est à vous...
Mme Proulx : Merci,
Mme la Présidente. Vous ne facilitez pas la compréhension du dossier, là. Là,
vous avez mis pas mal de pucks sur la glace, puis je ne sais plus qui qui garde
les buts. On va commencer par le commencement.
Premièrement, la
résidence principale, c'est là que la majorité des gens passent une grande
partie de leur vie. Bon, maintenant, pour pouvoir mettre, sur une plateforme
d'hébergement touristique, votre logement, lorsque vous habitez un plex, vous
devez avoir l'autorisation écrite du plex, du propriétaire du plex pour en
faire l'exploitation. Ce document-là doit être déposé à la CITQ pour avoir
votre numéro d'enregistrement qui doit être publié sur toutes les plateformes.
Si vous... donc, Mme
la sous-ministre est le locataire, moi, je suis le propriétaire, et qu'elle
décide de faire une sous-location, elle doit impérativement, avant de faire la
sous-location, venir voir le propriétaire. Elle a cette obligation-là, et le propriétaire pourra, à ce moment-là, puisqu'il
s'agit d'une sous-location et que ce sera la résidence principale de la
sous-location... d'avoir à nouveau l'autorisation du propriétaire du plex pour
en faire la location d'hébergement courte durée.
Est-ce
qu'il y a des stratagèmes? La réponse, c'est oui. C'est la raison pour laquelle
on arrive avec un nouveau projet de loi. Et, si les gens contournent la loi, il
y aura des pénalités pour les personnes physiques et morales, et, pour la
personne physique, ça pourrait aller jusqu'à 25 000 $. Pour une tour
à condos, même principe, ça prend l'autorisation écrite du propriétaire,
le syndicat de copropriété pour en faire la location. Je rappelle que la résidence
principale, c'est là qu'on passe la majeure
partie de notre temps, donc ce
n'est pas de la location à long terme.
La sous-location
touristique, précision, ça n'existe pas. Il n'y a pas de sous-location
touristique. On mélange un bail et la
Loi sur l'hébergement touristique. Donc,
un bail, c'est un bail. Une éviction relève du Code civil. Nous, nous devons
voir à l'application de la
Loi sur l'hébergement touristique, aidés par les
inspecteurs de Revenu Québec pour débusquer ce qu'il est convenu d'appeler les
petits coquins qui veulent contourner la loi. Donc, la sous-location
touristique n'existe pas. Ça, c'est la première chose à préciser ici.
Dans vos
recommandations, la n° 1, vous dites que l'enregistrement d'un
établissement d'hébergement touristique ne
peut se faire par la personne qui exploite l'établissement si c'est sa
résidence principale et qu'elle en est locataire.
En d'autres termes, vous voulez interdire aux Québécois qui ont leur résidence
principale et qui ont eu l'autorisation
dûment écrite du propriétaire du plex ou à travers le syndicat de copropriété,
de pouvoir mettre quelques dollars dans leurs poches par année pour de
la sous-location.
Vous, vous
dites : L'enregistrement d'un établissement d'hébergement touristique ne
peut se faire par la personne qui exploite
l'établissement, si c'est sa résidence principale et qu'elle en est locataire.
Bien, si c'est sa résidence principale, c'est là qu'elle habite la majeure
partie du temps. Elle est locataire, oui, parce que, dans un plex, ce
n'est pas elle qui est propriétaire du plex,
c'est le gars du building qui est le propriétaire du plex et que c'est juste le
propriétaire du plex qui peut en donner l'autorisation. Donc, votre
recommandation m'apparaît un peu caduque. Je vais vous laisser répondre à cette
question-là puis je reviendrai sur les autres recommandations.
La Présidente (Mme
D'Amours) : ...
M. Parent (Rodolphe) : Bon,
il y a plusieurs choses dans ce que vous avez dit. La première, c'est que,
quand on parle de sous-location touristique, on ne parle pas dans le
fait légal de la loi, là. Ce qu'on dit, c'est que c'est une manière de
contournement de la loi.
Mme Proulx :
...ce n'est pas de la sous-location touristique, parce que la sous-location
touristique n'existe pas dans le cadre de la
présente loi n° 100 et aucune orientation dans le projet de loi n° 25. Donc, je vous avise de corriger le terme, parce que la sous-location touristique, dans les faits, dans
la loi présente et celle qu'on présente, n'existe pas. Donc, le terme
est inapproprié.
M. Parent
(Rodolphe) : Il me semble que ce terme-là n'est pas dans le mémoire,
par ailleurs, mais, s'il a fourché notre langue, vous nous en excuserez, mais,
comme vous comprenez bien, l'idée de la sous-location, c'est une idée claire.
C'est l'utilisation de la sous-location à des fins touristiques pour éviter de
passer par l'hébergement touristique. C'est-à-dire vous ne faites pas de
l'hébergement touristique, vous ne dites pas que c'est ça, vous dites : C'est de la sous-location, puis vous passez entre
les mailles du filet. Parce que vous arrivez et vous dites : Bien là,
c'est illégal. Ah non! Moi, j'ai
sous-loué, monsieur, je n'ai pas mis en hébergement touristique, j'ai juste
sous-loué, premièrement. La deuxième chose, c'est que...
Mme Proulx :
Donc, il y a responsabilité du propriétaire du plex de s'assurer... lorsque
la sous-location est faite, hein, il a une responsabilité puisqu'il a donné
l'autorisation à celui dans sa résidence principale... il a, dans la
sous-location, la responsabilité de s'assurer que, s'il a interdit la location
de la résidence principale, que ce soit l'application, la même, dans la
sous-location.
M. Parent
(Rodolphe) : Mais ce n'est pas ce qui se passe, parce que ce n'est pas
ça que la loi prescrit pour la sous-location. Ce que la loi dit, pour la
sous-location, c'est : Le locataire se trouve quelqu'un pour sous-louer.
Mme Proulx :
Mais ce n'est pas la
Loi sur l'hébergement touristique, monsieur.
M. Parent (Rodolphe) : Oui,
oui, mais vous allez être touchés quand même, là. Ce n'est pas parce que ce
n'est pas la même loi que vous ne serez pas touchés. Quand un... quand un
locataire prend un sous-locataire, dans les... dans la
normalité, là, il trouve quelqu'un, il va le voir, et la loi lui prescrit
d'aller voir le propriétaire pour l'avertir, juste l'avertir. Et le
propriétaire a le droit de dire : Je ne suis pas d'accord parce que j'ai
un motif sérieux de ne pas l'être. Dans les faits, ce n'est jamais ça qu'il y
a. Dans les faits, les...
M. Parent (Rodolphe) : Bien,
c'est très... Écoutez, les locataires...
Mme Proulx : Je veux juste être
certaine des mots que vous utilisez.
M. Parent (Rodolphe) : Le TAL,
en plus, ne punit pas ça, parce que le TAL, ce qu'il dit, c'est : Même si
on ne vous a pas prévenus, vous n'avez toujours pas un motif sérieux.
Donc, moi, la question de principe ne
m'intéresse pas, parce que le TAL ne fait pas de question de principe, et donc
il l'autorise, même s'il n'y a pas eu... il n'y a pas le propriétaire qui a été
prévenu. Dans les faits, ce n'est pas une obligation de prévenir.
Une voix : Et c'est là que ça nous
amène à dire...
Mme Proulx : Bien là, cette
situation-là, êtes-vous au-dessus de 30 jours?
Une voix : Non, je reviens...
M. Parent (Rodolphe) : N'importe
quand, deux jours, cinq jours, 50 jours.
Mme Proulx : Oui, mais c'est
parce que, là, on mélange...
La Présidente (Mme D'Amours) : Je
suis désolée. Les discussions doivent... Il y a une question, il y a une
réponse. On ne peut pas s'interpeler comme ça. Vous comprendrez qu'on est...
qu'il y a un technicien ici qui prend la prise
de vue et la prise de son. Il faut leur faciliter la vie. Donc, on n'est pas au
salon, on est dans une commission. Je rappelle tout le monde d'être très
prudent là-dessus. Il faut absolument écouter la réponse jusqu'au bout puis
ensuite poser la question, s'il vous plaît. Pour la technique, ça va être
beaucoup plus facilitant. Merci. Allez-y, monsieur, finissez...
M. Parent (Rodolphe) : ...il y a un
deuxième aspect, qui est un aspect sur lequel il est important de revenir, qui est... Vous parlez d'un locataire qui a... le
pauvre locataire, on veut juste lui faire gagner 50 $ de plus par année,
là. Dans les faits, le bail, ce qu'il dit, il dit quoi?
L'article 1856, il dit : Vous n'avez pas le droit de changer la
fonction d'un bail. Donc, ça veut dire, en
gros, si c'est du résidentiel, vous faites du résidentiel, si c'est du
commercial, vous faites du commercial. C'est ça, un bail.
La jurisprudence du TAL... parce qu'au TAL il y
a des locataires qui se font avoir, puis là le propriétaire va au TAL. J'ai des
exemples très simples où un locataire louait huit logements, puis là ils ont
sous-loué, sur Airbnb, ces huit logements. Ce n'est pas un locataire, là, mais,
dans les faits, c'était un locataire. Puis là la jurisprudence, au TAL, elle est très claire, elle dit :
L'hébergement de type Airbnb, touristique, c'est un usage commercial du bail.
Ce que ça veut dire, c'est que l'article 1856 l'interdit, il
interdit l'usage commercial du bail. Donc, il l'interdit à un locataire déjà, c'est déjà marqué dans le Code civil, de
sous-louer sur les plateformes de type commercial, parce que c'est un usage commercial
du bail.
La Présidente (Mme D'Amours) : Mme
la ministre.
Mme Proulx : Merci, Mme la
Présidente. Il y a deux éléments très importants, là. Le locataire, si c'est sa
résidence principale, on n'oublie pas qu'en amont... parce que, là, vous parlez
de résidentiel et commercial et vous... vous
mêlez, pas dans le sens de volontairement mêler les gens, mais vous parlez du
Tribunal administratif du logement, et nous, on parle de la
Loi sur
l'hébergement touristique. Je tiens à le préciser. Et là vous parlez du
résidentiel et du commercial, qui relèvent, donc, non pas de la
Loi sur
l'hébergement touristique, mais je rappelle, en amont, que, pour faire de la
location avec sa résidence principale, on doit, d'abord et avant tout, avoir
l'autorisation écrite de la ville, de
l'arrondissement, de la municipalité, qui autorise ou non de faire, avec sa
résidence principale, de la location.
Vous parliez de se mettre 50 $ par année,
là... il y en a quelques-uns, là, qui peuvent se mettre quelques milliers de
dollars dans les poches par année. Et nous, au gouvernement du Québec, on
considère que l'économie collaborative, ça
permet à des gens, donc, dans les règles du jeu, dans le carré de sable dans
lequel on souhaite que les gens puissent, de façon légale, se mettre quelques
milliers de dollars dans les poches... on va continuer d'encourager ça.
Donc, vous, ce que vous souhaitez, c'est que ce
soient uniquement les propriétaires qui puissent faire de l'hébergement touristique. Donc, le propriétaire
du plex, il met tout le monde dehors, puis lui, il va décider, s'il est dans un
zonage commercial, qu'il va pouvoir le faire puis que celui qui est dans sa
résidence principale ne puisse pas le faire.
M. Plante (Marc-André) : Je suis
désolé. D'abord, ce n'est pas du tout ce qui est écrit, et j'ose espérer que
vous en avez... et ce n'est pas du tout cela qu'on dit. Ce qu'on vous dit
aujourd'hui, c'est qu'il faut corriger la
loi sur deux
sens. La première des choses, le projet de loi n° 25, ce n'est pas la
seule loi qui est adoptée par l'Assemblée nationale. Il y a une loi qui
concerne aussi ce qu'on appelle le logement locatif traditionnel, on va
l'appeler ainsi. La problématique qu'on vous aborde aujourd'hui, c'est qu'un
locataire, lorsqu'il signe un bail, il est sous un... l'angle d'une loi qui est
régie par le Tribunal administratif du logement.
Maintenant que j'ai
dit cela, la sous-location, l'enjeu, c'est qu'elle est normée différemment. Et
nous, ce qu'on préconise plutôt, c'est de corriger dans l'autre loi du
tribunal, ce qui est de mieux encadrer la sous-location. Donc, je reviens à
votre locataire qui souhaiterait faire de la sous-location. On viendrait le
normer dans une autre loi où, par exemple, on l'obligerait à ce que ce soit au
minimum un mois. Donc, quelqu'un qui quitte, qui s'en va à l'étranger, etc.,
qui veut sous-louer en bonne et due forme selon la loi, il pourra le faire.
Lorsqu'on arrive dans la location court terme, vous l'avez dit tantôt, le propriétaire
doit accepter. Je tiens à vous dire qu'il n'y a pas beaucoup de propriétaires
au Québec qui acceptent qu'il y ait un usage commercial, appelons-le ainsi,
donc avec un profit qu'un de ses locataires va tirer, alors que lui, il est
régi par des normes auxquelles il doit respecter au niveau de l'habitation.
Donc...
Mme Proulx : L'union
des...
La Présidente (Mme
D'Amours) : Mme la ministre... Est-ce que vous aviez terminé votre
réponse?
M. Plante
(Marc-André) : Bien oui, là, je vais laisser Mme la ministre, allez-y.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Merci.
Mme Proulx : ...l'Union
des municipalités du Québec puis la fédération des municipalités du Québec, qui
quand même couvrent pas mal tout le territoire du Québec, là, nous avaient
demandé d'aller en ce sens-là, de permettre, donc, aux propriétaires de leur
résidence principale à l'intérieur d'un plex, avec l'autorisation de pouvoir le
faire. Vous, vous allez plus loin en disant que la loi... qu'il y ait une
proposition dans la loi qui énonce clairement que l'hébergement touristique
illégal mène à la résiliation d'un bail, mais là c'est...
Une voix :
Bien, dans les faits...
Mme Proulx :
...il va y avoir des pénalités financières, vous le savez, dans le projet de
loi n° 25, si, par exemple, quelqu'un fait de l'hébergement touristique
illégal. La personne physique, et la plateforme qui mettrait en ligne une
annonce qui est illégale, qui ne correspond pas au certificat, qui ne
correspond pas à la nomenclature exigée par la présente loi, va avoir des
pénalités financières, minimum 25 000 $ pour une personne physique
puis au minimum 50 000 $ pour la personne morale.
Donc, je ne vois pas
comment on pourrait résilier un bail, alors que l'amende est là. Puis je crois
que c'est assez restrictif, là, 25 000 $. Qu'on aille jusqu'à la
résiliation d'un bail... Vous demandez la résiliation d'un bail pour quelqu'un
qui fait de l'hébergement touristique illégal. Vous ne croyez pas que les
moyens déposés dans le projet de loi soient suffisants?
M. Parent
(Rodolphe) : ...en fait, c'est déjà le cas. C'est parce que les
locataires n'ont ni attendu le projet de loi n° 25 ni attendu l'ancien
projet de loi pour se mettre sur Airbnb. Puis le TAL n'a certainement pas
attendu un projet de loi pour regarder...
parce que des propriétaires se plaignent, ils vont au TAL : Mon locataire
a mis sur le Airbnb sans me mentionner. Puis le TAL, c'est la
résiliation, là. C'est ça qui se passe déjà, donc c'est ça qui va arriver.
M. Plante (Marc-André) : ...en fait, c'est
l'article 1856. Il faut... du Code civil, il faut clairement bien la lire.
Et ce qui m'inquiète aujourd'hui, dans cette
discussion extrêmement intéressante, c'est que, d'abord, on est... vous êtes
les législateurs, et normalement il faut
connaître bien la loi. Je n'ose pas imaginer les 1,5 million de ménages
locataires qui nous écoutent puis les 300 000 propriétaires...
ils sont probablement déjà un peu perdus, mais ce qu'on vient de vous dire
aujourd'hui, là, c'est qu'à notre avis la loi, elle est quand même... il faut
bien la connaître, elle est assez complexe.
L'angle mort de ce
projet de loi là, à notre avis, c'est qu'il y aura un contournement de cette
loi-là vers la sous-location. Et, comme on vous l'expliquait tantôt, c'est que
le propriétaire n'a pas l'obligation... il ne peut pas empêcher une
sous-location à moins d'avoir un motif sérieux et de se présenter devant le
tribunal pour faire bloquer, donc, ladite
sous-location. Je veux quand même vous dire que c'est beaucoup plus difficile
de faire bloquer une sous-location que de faire appliquer votre loi,
d'une certaine manière.
Alors, nous, ce qu'on
dit, dans le secteur locatif, ça concerne quand même 40 % des ménages
québécois, on pense que de... le côté de la sous-location
devrait être géré dans l'autre loi, de façon à éviter à ce que les gens
basculent, finalement, d'une loi à l'autre et utilisent, finalement, ce
qu'ils préfèrent le mieux, d'une certaine manière.
Mme Proulx : Oui,
oui. Déjà, vous avez dit que les lois sont difficiles à comprendre, ça fait
qu'avant qu'ils basculent vers une autre loi qui leur soit favorable,
faudrait-il encore qu'ils aient compris les deux lois auxquelles vous faites
référence.
M. Plante
(Marc-André) : Bien, les gens qui vont tricher, je peux vous
dire, eux autres les connaissant, les lois.
Mme Proulx : Oui,
mais là on a... oui, pour les petits coquins, là, qui veulent tricher. Puis
n'oubliez pas qu'avec ce projet de loi ci le numéro d'enregistrement est
obligatoire partout, sur tout, en tout temps. Et on ajoute même l'obligation
d'afficher, à l'intérieur soit d'un condo, si tel est le cas, ou à l'intérieur
d'un appartement, le certificat d'enregistrement
qui autorise cette personne-là à le faire. Donc, déjà, on donne beaucoup,
beaucoup, beaucoup de moyens pour détourner des petits coquins qui
veulent contourner la loi.
Maintenant, ce à quoi
vous faites référence, on va le... on va le regarder du côté de... des
directions des affaires juridiques, mais il ne faut pas mélanger, là, le
Tribunal administratif du logement et la
Loi sur l'hébergement touristique, qui
sont deux dossiers complètement différents.
La Présidente (Mme
D'Amours) : ...Mme la ministre.
Mme Proulx : Bien,
ça va être ma conclusion, Mme la Présidente, pour donner une pause au régisseur
ici qui a été étourdi par mes propos et ceux des collègues...
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci
beaucoup. Je cède maintenant la parole à la députée de Chomedey.
La parole est à vous.
Mme Lakhoyan Olivier : ...Mme la Présidente.
Bonjour, merci d'être venus. C'est très, très intéressant. Vous avez ouvert mon oeil sur des angles que je n'avais
pas pensés, par exemple, votre recommandation concernant l'importance d'arrimer la
Loi sur l'hébergement touristique et
le Code civil. Donc, ça, vous nous dites : Bien, faites attention, il
faudra voir si on n'est pas en contradiction.
La
partie où vous
dites : «De son côté, le Code civil du Québec a une autre idée de la
légalité de ce qu'est l'hébergement touristique par un locataire de son
logement.
L'article 1856 nous dit ceci : "Ni le locateur ni le locataire ne peuvent, au cours du bail, changer la
forme ou la destination du bien loué."» Intéressant. «Depuis, les
jugements du TAL ont fortement
évolué, et un en particulier le précise, la jurisprudence majoritaire de ce
tribunal conclut que les locations à
court terme de type Airbnb sont des activités lucratives et commerciales d'un
logement, Dion v. Atanasova.» Donc, c'est donc une utilisation
illégale du logement. Intéressant.
M. Plante
(Marc-André) : ...merci. Et c'est pour cette raison qu'on vient vous
dire aujourd'hui qu'à partir du moment où l'inscription... Je reviens sur un
locataire qui veut suivre les règles, hein? Par exemple, il vérifie auprès de son arrondissement ou de sa ville qu'il
a bel et bien le droit dans le secteur. Une fois qu'il a cette réponse-là,
deuxième étape, il va demander à son propriétaire. Par miracle, son
propriétaire dit : Aucun problème, tu peux tirer des profits comme tu le
souhaites avec la sous-location pendant tes vacances, ou etc., il n'y a pas de
problème. Puis vous savez, moi, je suis régi par le tribunal administratif avec
des règles, mais il n'y a aucun problème que tu tires un profit... Vous savez très bien que les
propriétaires, dans très peu de cas, à moins d'avoir un lien direct avec le
locataire, va... va l'accepter.
Donc, vous voyez,
plus on met les règles difficiles du côté du respect de la
Loi sur
l'hébergement touristique court terme, plus
ce locataire-là va se dire : C'est un peu compliqué, surtout que je dois
avoir un numéro d'enregistrement, des
preuves d'assurance. Il faut quand même le souligner que de faire de
l'hébergement touristique, même pour deux semaines pendant nos vacances, il faut nécessairement informer les...
son assureur. Vous savez comme moi que... je ne vous cacherai pas qu'il
y a quand même bon nombre de locataires au Québec qui n'ont même pas
d'assurance pour eux, seul le propriétaire a une assurance pour le bâtiment.
Alors, je suis en
train de vous dire que toute cette partie-là, qui est relativement plus
difficile à rencontrer... qu'est-ce qui va se passer? Le locataire va se
dire : Bien, finalement, je vais regarder du côté de la
loi sur
l'habitation locative et la sous-location.
Vous savez, la sous-location, ça ne dit pas que vous ne pouvez pas sous-louer
pour trois jours, pour une semaine, pour un mois. Il n'y a absolument pas de
délai, il n'y a pas de date. Il n'y a même pas de date de départ et de
date de fin. La seule chose, c'est qu'il faut informer son propriétaire, qui
lui peut s'y objecter si et seulement s'il y
a une raison fondamentale. Et, à ce moment-là, il faut qu'il se présente devant
le tribunal en assumant les coûts... et d'obtenir un jugement devant le
Tribunal administratif du logement. Puis je tiens à vous dire, là, je n'ai
jamais vu un propriétaire avoir un jugement en moins de six mois, là, puis ça,
c'est dans les meilleurs délais.
Donc, ce que je suis
en train de vous dire, la réalité, c'est que l'illégalité, que nous avons en ce
moment pour beaucoup de locataires, va se transformer de l'autre côté. Alors,
est-ce que, l'an prochain, on va dire : Bien, est-ce que ça va mieux, l'application du projet de loi
est une bonne nouvelle? Probablement qu'on va s'en réjouir, mais vous
allez voir du côté de l'habitation locative, les régisseurs du tribunal, les
juges, la loi... et probablement qu'on va être obligés de réformer l'autre loi.
Alors, ce qu'on est
en train de vous dire aujourd'hui, c'est qu'à notre avis ce serait beaucoup
plus simple de l'interdire pour les locataires, même pour les propriétaires de
logement. Personne ne peut l'autoriser du moment qu'il y a un bail qui est
signé en bonne et due forme. Il y a un bail qui existe à une adresse, on ne
peut pas faire de location court terme d'hébergement touristique. À ce
moment-là, on va aller recolmater d'ici là la loi du côté de l'habitation
locative, où on va venir mieux normer la sous-location, qui, à notre avis,
devrait être... Est-ce que c'est deux semaines minimum, un mois? On devrait
venir au moins normer. Vous comprendrez que la sous-location de trois jours, on
a beau dire que ce n'est pas de l'hébergement touristique, là, mais de la
sous-location de trois jours, ça ressemble pas mal à de l'hébergement
touristique déguisé. Alors, c'est ce qu'on dit aujourd'hui, c'est... évitons ce
piège-là. Alors, voilà.
Parent (Rodolphe) : ...
Mme Lakhoyan
Olivier : Merci... oui.
M. Parent (Rodolphe) : ...dans le formulaire que
les propriétaires... proposé par le ministère, que les propriétaires
doivent signer ainsi que le locataire, la question des dates aussi m'apparaît
problématique. Vous avez, par exemple, un propriétaire qui va vouloir
dire : Écoute... à son locataire : Écoute, moi, je pense qu'à telle
date, c'est mieux, parce que c'est l'été, il n'y a personne, on s'en fiche, ce
n'est pas grave, mais à telle date, ça importe moins parce que... Vous savez,
les gens se plaignaient beaucoup d'Airbnb, non pas nécessairement à cause
d'Airbnb, mais parce qu'il y avait des
allées et venues, parce qu'il y avait... etc., du grabuge. Puis là il
dit : Moi, je serais plus pour telle date et telle date. Mais ce
que dit le... ce que propose le ministère, c'est juste sur la durée du bail. En
gros, je suis d'accord pour que tu fasses Airbnb, puis après c'est le locataire
qui fait tout.
Là aussi, on pourrait
jouer là-dessus, si le ministère tient tant que ça à cela, à avoir des choses
un peu plus précises, là, de ce que... de ce que le propriétaire veut pour son
logement comme type d'hébergement touristique, là, peut-être rien que normer
les dates ou, bref...
Mme Lakhoyan
Olivier : Mais j'aimerais vous préciser que, dans le projet de loi, on
exige... on exigera le 2 millions pour
l'assurance. Ça, c'est d'abord... Puis deuxièmement, vous m'avez fait réaliser
que les 31 jours... location de 31 jours. Moi, j'ai voyagé,
puis c'était deux jours, trois jours parce que je me... déplacer d'une place à
l'autre en famille. C'est la raison. Sinon,
je préfère l'hôtel, là. Mais quand c'est en famille, on est quatre, puis on
veut voir le plus de pays, bien, on faisait deux ou trois jours.
Mais qu'est-ce que
vous pensez du 31 jours dans notre projet de loi? Donc, un locataire qui
va sous-louer, avec cette loi, le 31 jours maximum... il n'y a pas grand
monde qui font 31 jours, mais il peut faire ça toute l'année deux jours
ici, deux jours là, 31... Donc, le 31 jours max, ça... pour un locataire,
pour sous-louer pour des besoins touristiques, ça peut être toute l'année.
M. Plante
(Marc-André) : Bien, écoutez, je ne suis pas certain d'avoir saisi,
mais ce que je vais vous souligner d'abord,
à notre avis, si on revient sous-location logement traditionnelle,
effectivement, déjà là, il y a un petit décalage parce qu'on dit plus de...
plus de 31 jours. Je veux juste vous dire que souvent, quand on a de la
sous-location dans le secteur
habitation traditionnelle, c'est souvent un mois, donc 30, 31... c'est 29, 30
ou 31 jours dans une année. Donc, déjà là, il y a une distinction.
À mon sens, on ne va pas s'obstiner sur cet aspect-là, sur ces écarts-là. Mais
par ailleurs, pour la location court terme, effectivement, il est rare que
c'est des locations de plus de deux semaines. C'est
souvent de la location pour un certain nombre de jours. Peut-être, en période
estivale, il va y avoir du sept jours.
Mais indépendamment
de cela, ce qu'on veut vous souligner aujourd'hui, c'est que le locataire
qui... il vit dans un milieu de vie qui est
différent parce qu'il partage un même bâtiment avec d'autres locataires. Ça,
c'est important de le souligner. Alors, quand on donne un droit aux
locataires de pouvoir faire de la location court terme parce que c'est sa résidence principale... Moi, je dis
toujours, c'est la résidence où on met notre brosse à dents. Alors, sa résidence
principale, elle est là.
fois qu'on donne ce droit-là, il faut savoir que les autres locataires sont
impactés par ce type de sous-location, et c'est souvent le propriétaire
qui est obligé de trouver des arrangements entre les locataires, parce que ça
cause des inconvénients, notamment dans des
quartiers résidentiels. C'est pour ça que je dis qu'il y a une fonction très
différente quant à l'utilisation de l'hébergement touristique court
terme... puis évidemment, des municipalités peuvent adopter des réglementations x, y, z, mais, à notre avis...
notamment le parc de plex québécois, vous savez qu'il y a... une grande
part des logements sont dans des plex de moins de six logements, ce qui fait
que la location court terme cause plus d'enjeux,
surtout que la majorité des plex au Québec sont construits en bois, et donc,
déjà là, la notion d'insonorisation est plus difficile.
Donc, il faut faire
vraiment la distinction. À notre avis, au sens légal, ce serait plus simple de
l'interdire du moment qu'il y a un bail et
qu'on vienne de plutôt le gérer dans la sous-location dans le contexte de la
loi sur l'habitation locative.
Mme Lakhoyan Olivier :
Vous avez mentionné aussi que, si je ne me trompe pas, là, qu'une personne
peut louer plusieurs appartements et mettre sur les plateformes à louer.
M. Plante (Marc-André) : Oui. Bien, il y a
quelques cas qui se sont retrouvés devant le Tribunal administratif du
logement. La bonne chose, c'est qu'il y a quand même des éléments qui ont été
colmatés, notamment, maintenant, le bail inscrit clairement l'aspect...
donc, on rappelle le 1856. Tous les propriétaires membres de la CORPIQ,
généralement, vont prendre la même... une proposition de règlement dans lequel,
ce règlement, le locataire doit s'engager à ne pas faire de location dite court
terme, et ça, je pense que c'est une bonne chose. Mais, à notre avis, la loi
qui est adoptée, elle est sévère, et on la salue, et je le répète.
Maintenant, je
réitère qu'il y a un angle mort qui est important, il faut soit le corriger
dans la... d'abord, dans la
loi sur
l'habitation locative, puis, d'un autre côté, je pense que, dans cette loi-ci,
le volet locatif-locataire ne devrait pas être permis, parce que, de
toute façon, il y a très peu de propriétaires qui autorisent leurs locataires à
faire de la location court terme.
Mme Lakhoyan Olivier : Bien, c'est
ça je voulais vous demander. Combien, vous pensez...
M. Plante
(Marc-André) : Donc, c'est automatiquement de l'illégalité.
Mme Lakhoyan Olivier : Combien, vous
pensez, de locataires qui sous-louent pour du tourisme?
M. Plante (Marc-André) : Ceux qui
soutiennent l'autorisation par... ceux qui obtiennent l'autorisation de leur
propriétaire, généralement parce qu'ils ont un lien de proximité, alors... et
ça peut être un membre de la famille et il peut y avoir un lien.
Ce que je veux dire, c'est qu'il n'y a aucun
propriétaire, d'abord, occupant qui va se dire : Bien, moi, j'ai le goût d'avoir des touristes qui arrivent puis qui
rentrent couramment. Donc, les occupants, ils le refusent systématiquement. Ceux
qui ne sont pas occupants, bien, souvent, c'est soit qu'ils ne connaissent pas
la loi et qu'ils l'autorisent sans trop
savoir, mais, je vous dirais, c'est une très petite minorité. Alors, quand vous
me parlez... sur 300 000 propriétaires, là, à mon sens, ça doit se calculer... peut-être
pas quelques centaines qui doivent le permettre, et donc, c'est extrêmement
minoritaire. C'est pour ça que je vous dis qu'automatiquement le locataire se
retrouve dans la zone de l'illégalité.
Donc, la loi est très sévère. C'est une bonne
chose. La problématique, c'est qu'à partir du moment qu'il n'est plus dans la légalité de la
Loi sur l'hébergement
touristique, il va automatiquement basculer dans la
loi sur l'habitation
locative.
La Présidente (Mme D'Amours) : 10 secondes,
Mme la députée.
Mme Lakhoyan Olivier : Vous avez
parlé de campagne de sensibilisation. Ça se répète, j'ai entendu ça hier aussi.
Donc, pour vous aussi, c'est important qu'on fasse une campagne de
sensibilisation.
Présidente (Mme D'Amours) : C'est terminé pour ce bloc d'échange. Maintenant,
période d'échange avec le député de Taschereau. M. le député, la parole
est à vous.
M. Grandmont : Bonjour, M. Plante,
M. Parent. Merci pour votre contribution. J'ai bien quatre minutes, autour de...
Oui, c'est ça. Donc, merci pour votre contribution.
Votre mémoire, intéressant, ça nous amène sur
des terrains qu'on avait un peu moins explorés. Vous savez, nous, de notre
côté, on espérait avoir un projet de loi qui viendrait resserrer les règles. On
en avait déjà fait part à la ministre aussi. Donc, c'était un projet de loi
qu'on attendait puis, honnêtement, on a été quand même assez contents de voir
la teneur du projet de loi. Il y a là-dedans des choses qui sont... qui nous
rejoignent, notamment sur la hauteur des amendes qui sont proposées.
Évidemment, on trouve ça très dissuasif. C'est une bonne façon de... puis c'est
des montants qui sont appréciables.
Puis, à la lecture de votre mémoire, moi, il y a
un autre... Donc, il y a ce premier principe là qui me fait regarder un peu ce
projet de loi là... je veux le bonifier, mais je trouve qu'il y a déjà une
bonne partance. De l'autre côté, bien, en lisant votre mémoire, moi, il y a
comme l'égalité des chances, en fait, qui vient orienter, un peu teinter mon
analyse de la proposition que vous faites. Je ne sais pas si vous le saviez,
mais, au Québec, les propriétaires... le revenu médian des ménages propriétaires
au Québec, après impôts, est de 76 000 $ puis moitié moins pour les
locataires. Ça, c'était des données de 2019. Le projet de loi a été proposé en
ce sens qu'il proposait aux gens, quand il s'agit de leur résidence principale,
de pouvoir aller chercher des revenus supplémentaires, donc d'augmenter les revenus des locataires, dans ce cas-ci qui sont
nettement moins importants que ceux... deux fois moins grands que ceux
des propriétaires.
Donc, moi, quand je vois des propositions qui, à
la fois, offrent des amendes très dissuasives pour les coquins et, de l'autre
côté, une possibilité pour les ménages locataires qui sont moins fortunés dans
notre société de peut-être aller chercher
des revenus supplémentaires, je me dis : Il me semble qu'on a une balance
intéressante, et on est en train de bâtir un projet de loi qui, somme
toute, est quand même intéressant. Là, vous, vous dites : Si... Il
faudrait interdire la location... l'utilisation de plateformes comme Airbnb
pour les locataires parce que, selon vous, on s'en va direct dans l'illégalité,
c'est-à-dire qu'un propriétaire... la majorité des propriétaires, selon vous,
vont refuser, et donc nécessairement les locataires qui voudront le faire,
cette pratique-là, vont nécessairement aller vers l'illégalité.
Qu'est-ce que vous pensez des ménages locataires
au Québec? Est-ce que vous pensez qu'ils ne sont pas assez futés pour
comprendre un projet de loi? Est-ce que vous pensez qu'ils ne sont pas assez
futés pour comprendre que les amendes sont très dissuasives?
M. Parent (Rodolphe) : J'ai deux
choses sur lesquelles on va revenir. La première, c'est... vous serez ravis
d'apprendre que, si les ménages locataires sont évidemment moins fortunés au
Québec, malheureusement, ils habitent
beaucoup plus seuls. Donc, le revenu par ménage est, évidemment, beaucoup plus
faible parce que les ménages sont
beaucoup plus solos versus les ménages propriétaires qui sont plus... Donc, la
situation n'est pas aussi pire qu'on le pense. Ça, c'est le premier
point.
Le deuxième point, vous parlez du principe,
évidemment, de... Je veux juste répondre au principe que vous avez mentionné par le principe de responsabilité.
Le principe de responsabilité, c'est aussi... et ça, c'est, évidemment, notre manière de penser propriétaire, on est là
aussi pour défendre leur point de vue. Et ce qu'on voit au TAL, souvent,
c'est, par exemple, des gens qui ne paient pas leur loyer et qui quittent le
plus rapidement possible, des gens qui sont insolvables,
etc. Et le principe de propriété, et ça, d'ailleurs, il y a des études très
claires là-dessus, c'est : dans le fond, quand
c'est notre logement, on y fait beaucoup plus attention que quand ce n'est pas
notre logement, ce qui est en principe assez simple.
Là, ce qu'on dit,
c'est qu'avec le cas Airbnb c'est un cas assez clair où le fait de ne pas
posséder le logement, puis de ce qu'on voit
au TAL, c'est des choses qui arrivent souvent, là, malheureusement, ça...
disons, ça n'encourage pas... c'est le mauvais terme, mais ça permet
plus facilement l'insalubrité, les mauvaises actions qui vont pourrir le logement, qui sont des actions qui, je le rappelle
et je conclus là-dessus, sont aussi au détriment des locataires, des futurs
locataires et des locataires d'à côté.
Grandmont : En terminant, moi, si...
La Présidente (Mme
D'Amours) : Sept secondes.
Grandmont : Est-ce que vous vous rendez compte qu'en interdisant... en
voulant interdire aux locataires le fait de pouvoir utiliser Airbnb, c'est une
mesure qui serait discriminatoire?
La Présidente (Mme D'Amours) : C'est
terminé. C'est terminé. C'est terminé, je suis désolée. Je vous remercie pour
votre contribution aux travaux de la commission.
Je suspends les
travaux quelques instants afin de permettre aux prochains invités de prendre
place. Merci. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à
12 h 13)
Le Président (M. Tremblay) : Alors,
on reprend les travaux. Je souhaite maintenant la bienvenue à M. Martin Blanchard. Je vous rappelle que vous disposez de
10 minutes pour votre exposé, et nous allons ensuite procéder à une
période d'échange avec les membres de la commission. Je vous invite à vous
présenter, à présenter vos partenaires aussi, et puis bonne présentation.
M. Blanchard
(Martin) : Merci. On m'a fait comprendre que la commission m'invitait
à
titre personnel, mais je suis connu
publiquement comme étant cocoordonnateur du Regroupement des comités logement
et associations de locataires du
Québec, et m'accompagnent aujourd'hui mon collègue Cédric Dussault, qui est
aussi co-coordonnateur du Regroupement des comités logement et
associations de locataires du Québec, je vais dire à RCLALQ maintenant, juste
pour épargner un peu de salive, et puis Yannick Baumann, qui est chercheur,
doctorant et chargé de cours à l'Université de Montréal en géographie et qui
est d'une grande aide pour ce qui est d'analyser toutes les données qu'on a sur
Airbnb et sur le parc locatif.
je vais donc présenter le mémoire du RCLALQ, qui s'intitule Recommandations
pour bien encadrer l'hébergement touristique et protéger le parc de logements
locatifs . Alors, notre mémoire s'articule autour de deux enjeux, soit la protection des droits des
locataires et le resserrement des règles envers les plateformes numériques.
Québec tout entier traverse une grave crise du logement qui frappe beaucoup de
ménages et, en particulier, les locataires moins nantis. En temps de
crise du logement, les évictions et les loyers sont en forte hausse. La pénurie
de logements encourage les opérations
spéculatives, comme, par exemple, ce qu'on appelle flipper un immeuble,
c'est-à-dire d'acheter un immeuble où habitent des locataires payant un
loyer modeste, d'en évincer tous les locataires et de revendre ou relouer les
logements à fort prix. Les données du RCLALQ démontrent que les locataires
moins nantis sont particulièrement ciblés par la spéculation immobilière.
En outre, les membres
du RCLALQ recensent chaque année les évictions forcées sur leur territoire, et
la catégorie d'éviction qui a subi la plus grande augmentation entre 2021 et
2022 est celle qu'on appelle un changement d'affectation et qui est utilisée
pour transformer un logement locatif en hébergement touristique. C'est la
catégorie où il y a eu le plus d'évictions entre 2021 et 2022. Et ce n'est pas
un hasard si cette hausse spectaculaire des évictions pour changement
d'affectation survient la même année que l'entrée en vigueur, en 2022, de la
nouvelle réglementation qui facilite les activités d'hébergement touristique
dans les logements privés. Les comités logement et les associations de
locataires ont remarqué que les locataires qui les contactent citent de plus en
plus Airbnb comme raison invoquée par leurs propriétaires pour les évincer.
Et je voudrais
déposer à la commission le témoignage suivant d'un membre du RCLALQ, et je
cite : «Bonjour, le Bureau d'animation et information logement, le BAIL,
un groupe de défense de droits des locataires, membre du RCLALQ, souhaite vous
présenter brièvement deux cas réels où les locataires ont reçu un avis
d'éviction pour changement d'affectation parce que leurs propriétaires
souhaitaient convertir leurs logements en hébergement pour touristes.
«La première
situation est survenue dans le quartier Saint-Roch, un quartier populaire situé
dans la basse-ville de Québec. Le locataire concerné, appelons-le
Gaétan, vivait dans le même logement de la rue Saint-Joseph depuis près de 40 ans et bénéficiait d'un logement à prix
abordable par rapport à ses revenus, 675 $ pour sa famille dans un cinq et
demie. En 2019, l'immeuble a été acheté par une nouvelle compagnie. Quelques
mois plus tard, le nouveau propriétaire lui
a acheminé un avis d'éviction pour changement d'affectation. Son logement, où
il a passé le deux tiers de son
existence, allait dorénavant servir pour des touristes. Gaétan a contesté son
éviction auprès du Tribunal administratif du logement. Il a perdu.
Gaétan a perdu son logement le 1er juillet 2020. Il a été délogé d'un lieu
qu'il a habité pendant presque quatre
décennies. Aujourd'hui, son ancien logement est loué à des touristes pour
environ 200 $ la nuit.
«La deuxième
situation est arrivée il y a quelques mois. Pour le récit, nommons la locataire
Raymonde. Raymonde est famille d'accueil
pour ses petits-enfants. À la fin du mois de novembre 2022, elle reçoit un avis
d'éviction pour changement d'affectation. Le proprio souhaite, là aussi,
transformer le logement locatif en lieu d'hébergement pour touristes. En
décembre, Raymonde fait une demande au tribunal afin de s'opposer à l'éviction.
Elle ne veut pas déménager parce que cela va affecter l'évolution de ses
petits-enfants. De plus, il lui est très compliqué de trouver un logement qui répond aux critères pour une famille
d'accueil. Le propriétaire détenant toutes les autorisations nécessaires
de la part de la ville et de la CITQ, le
tribunal a rejeté l'opposition de la locataire. Raymonde devra quitter son
logement le 1er juillet prochain.
y a des centaines de locataires qui vivent en ce moment des drames semblables à
ceux de Gaétan et Raymonde. Actuellement, la loi est complice de ces
drames. Elle accepte que des locataires soient évincés de leurs logements afin de permettre à des propriétaires de réaliser
d'importants profits avec les touristes. C'est inacceptable.» Fin de la
citation.
Les données que nous
avons publiées dans notre rapport de mars 2023 sur Airbnb montrent que des
dizaines de milliers de logements locatifs ont probablement été perdus à des
fins touristiques, ce qui représente plusieurs années de mise en chantier de
nouveaux logements au Québec. Cette hémorragie doit cesser.
Le RCLALQ a adopté
une revendication qui demande que les plateformes de location à court terme,
telles Airbnb, soient interdites. Je pense qu'on n'en est pas là ici. Et, à
défaut d'aller en ce sens, le RCLALQ demande, au nom de tous les locataires pris dans une spirale d'appauvrissement, que
le parc de logements locatifs soit conservé à des fins locatives pour
les ménages du Québec.
C'est pourquoi la
recommandation que nous avons, c'est que la location à court terme soit permise
seulement pour les résidences principales, comme il est le cas à Toronto, et
pour un maximum de 31 jours. La limitation de 31 jours pour les
résidences principales, c'est pour empêcher que les logements soient ciblés
pour des reprises de logement et transformés ensuite en pseudorésidences
principales pour hébergement touristique.
Le RCLALQ collecte
régulièrement les données des sites VRBO, Airbnb et Booking.com et ces données
seront bientôt rendues publiques. Nous faisons ce qu'on appelle des «scrapes»,
on va chercher toutes les données de ces sites. On y voit qu'une tendance
lourde s'installe, soit d'offrir des locations de plus de 31 jours pour
contourner le processus de certification et, évidemment, on peut lire dans les
annonces qu'un arrangement est possible.
Pour
contrer cette entorse aux lois, le RCLALQ recommande que la location de plus de
31 jours des établissements touristiques soit interdite sur les
plateformes numériques. Et je tiens à dire, c'est différent de ce que
M. Wachsmuth a dit hier, où il propose de certifier les logements de plus
de 31 jours. Or, si on faisait ça, ce serait une attaque directe au droit
au maintien dans les lieux parce qu'on ferait en sorte de contourner les règles
du bail. Lorsqu'on est dans une location de
plus de 31 jours, on est dans le domaine d'un bail de logement. On ne peut
pas permettre de... qu'il y ait une concurrence au niveau touristique et
que le droit au maintien dans les lieux serait fragilisé.
Donc, on demande que
les locations de plus de 31 jours soient tout simplement interdites sur
les plateformes et on demande aussi que l'article 1959 du Code civil du
Québec mentionne explicitement qu'il est interdit d'évincer des locataires pour
un changement d'affectation transformant un logement résidentiel en hébergement
touristique pour empêcher que des locataires perdent leurs logements locatifs à
des fins touristiques.
L'autre volet de
notre mémoire concerne le renforcement... le renforcement de la loi,
c'est-à-dire que les plateformes comme Airbnb soient conformes aux lois.
L'intérêt des plateformes numériques, transactionnelles ou non, est de
multiplier les inscriptions sur leurs sites, ce n'est pas de se conformer aux
lois du Québec. Et on salue vraiment la volonté du projet de loi n° 25 de
rendre les plateformes imputables. Par contre, ce qu'on pense, c'est que le
mécanisme de conformité repose encore beaucoup trop sur la collaboration des
plateformes et ne se donne pas les moyens de vérifier si la collaboration est
complète. Si Airbnb ne vient pas à la commission, s'il dit publiquement que ce
n'est pas son travail de le faire, on ne peut pas s'attendre à ce qu'il y ait
une collaboration complète.
Alors, imaginons un
instant qu'Airbnb affirme que toutes les annonces illégales sur leur site
auraient été supprimées. Comment peut-on vérifier cette affirmation? Seule
Airbnb possède la clé, qui est le lien entre l'adresse URL, l'adresse
électronique de l'annonce, et l'adresse physique du logement, et le numéro de
certification. C'est seule Airbnb qui possède ces trois données-là. Sans cette
information, les inspecteurs de Revenu Québec devront louer chaque logement
dont l'annonce est présumée illégale pour s'assurer que le numéro de
certification correspond ou non à l'adresse sur le certificat.
C'est donc pour s'assurer
de la conformité aux lois que le RCLALQ recommande que le règlement, qui n'est
pas encore défini et cité à l'article 20.2 du projet de loi, on parle
d'une réglementation à venir, eh bien, on demande que ce règlement-là exige que
toute plateforme, transactionnelle ou non, fasse parvenir au gouvernement du
Québec à chaque mois une liste complète de toutes les annonces en vigueur dans
sa base de données, incluant l'adresse URL, le numéro de certification, le nom
de l'hôte et ses coordonnées, l'adresse complète, physique, et c'est vraiment
important, du logement, et, pour les plateformes transactionnelles, le nombre
de nuitées louées et les frais de location pour chaque nuitée transigée. Ainsi,
les inspecteurs de Revenu Québec pourront croiser cette base de données avec
celle de la CITQ et identifier immédiatement les annonces illégales.
Le Président (M. Tremblay) : ...30 secondes,
s'il vous plaît.
M. Blanchard
(Martin) : Oui, merci. Le RCLALQ recommande également que le
registre public des certificats soit en données ouvertes, accessibles et
comprenne le numéro d'enregistrement et les adresses physiques de chaque
établissement certifié.
Pour
permettre que les municipalités puissent faire leur travail d'inspection de
façon efficace et pour renforcer la conformité aux lois, nous
recommandons que les amendes en cas de non-conformité soient appliquées à
chaque annonce pour chaque jour de diffusion et que la plateforme soit mise à
l'amende, si elle ne transmet pas la liste mensuelle des offres locatives de la
base de données avec toutes les informations demandées.
Le Président (M. Tremblay) : Parfait.
Merci, M. Blanchard. Le temps est écoulé. On procède aux périodes
d'échange, d'abord avec Mme la ministre. La parole est à vous.
Mme Proulx : Merci, M. le
Président. Je dois vous dire que vos publications Twitter du 9 mai, ce
n'étaient pas des tonnes : Le PL n° 25 visant à
lutter contre l'hébergement touristique illégal, un projet de loi visiblement
écrit à la hâte, présentant de nombreuses
incohérentes... incohérences, pardon. On y exprime une volonté de
responsabiliser les plateformes comme Airbnb, mais les mesures du PL n° 25 sont beaucoup trop floues, pas assez coercitives pour
s'attaquer au phénomène. Le PL n° 25 pourrait et
devrait être bonifié, mais il est dommage que le gouvernement et la ministre
Proulx se livrent à un jeu d'essais et erreurs, alors qu'ils auraient pu
s'inspirer d'exemples à l'international qui fonctionnent pour limiter les
impacts de Airbnb. Très hâte de vous entendre là-dessus. Concrètement, dans sa forme actuelle, le projet de loi n'aura
probablement que très peu d'impact pour restreindre les dommages de l'industrie
qui rongent le parc locatif et aggravent la crise du logement.
Quand vous dites que c'est écrit à la hâte,
c'est franchement très insultant pour ma sous-ministre, les équipes du
ministère, les juristes de cabinet et moi, qui, depuis le mois d'août dernier,
travaillaient, donc, sur une réforme qui prend maintenant la forme d'un tout
nouveau projet de loi. Parce qu'avec le projet de loi n° 100
qui était, donc, une... un projet de loi qui était d'abord et avant tout un
allègement réglementaire et venait réduire le nombre de catégories
d'hébergement touristique, et qui devait répondre à la réalité du terrain
aujourd'hui de 2022, vous dites, donc, que dans
votre tweet du 9 mai 2023, que je me livre à un jeu d'essais et erreurs,
alors qu'on aurait pu s'inspirer d'exemples à l'international qui
fonctionnent pour limiter les impacts.
Or, l'UMQ et la FQM, Pr Wachsmuth, le ministère
m'ont informé cette semaine que deux provinces canadiennes et une ville
canadienne sont entrées en contact pour dire : Wow! Le gouvernement du
Québec prend les rênes de l'hébergement touristique illégal. Et lors du projet
de loi n° 100, lorsqu'on a fait cette refonte-là
majeure, on est allés à l'international et
on a vu des villes qui géraient ça, qui disaient : C'est l'enfer, c'est le
bordel. Paris, d'ailleurs, s'exprime à peine à mots couverts en disant
qu'elle est incapable d'appliquer leur propre règlement. Nous, on y va avec un règlement, donc, provincial, national, où
les villes et municipalités peuvent additionner, donc, des règlements, mais
dont elles auront la possibilité d'application. Ça fait que je veux vous
entendre. Où à l'international ça fonctionne pour limiter les impacts
d'Airbnb?
M. Blanchard (Martin) : On est
un peu comme dans une situation où je pense qu'il y a des essais et erreurs un
peu partout. Et on sait qu'Airbnb est une compagnie qui est plutôt, je dirais,
prédative et qui cherche à contourner les lois. Donc, ces jugements qui
étaient... effectivement, qui est dur, mais on veut quand même qu'il soit
accueilli, que la critique soit constructive
puis qu'on puisse avancer... vise à peu près tous les règlements actuels qui
vont laisser des brèches, pas de façon intentionnelle ou, en tout cas,
intentionnelle ou non, ce n'est pas là le... ce n'est pas ce qui est important,
mais il y a des brèches qui sont laissées et qui permettent à la compagnie
Airbnb, à la multinationale, de continuer ses activités sans trop être
dérangée.
Alors, si on veut parler à l'international, je
pense que c'était... ce qui serait intéressant, c'est de dire comment peut-on combiner les meilleures pratiques un peu
partout à l'international, dans une seule règle, dans un seul set... dans un
seul set de règlements? Et pour moi, le projet de loi n° 25
avance en ce sens, mais il demeure incomplet, et c'est pour ça que la
recommandation qu'on vise, qui est la plus importante pour nous, pour la
conformité aux lois, c'est de s'assurer que la compagnie Airbnb va transmettre
l'adresse physique du logement, l'adresse URL et le numéro de certification. Et
mon collègue ici, informaticien, pourrait vous dire que ce serait facile
ensuite de faire une collecte de données pour voir si Airbnb a bel et bien
transmis toutes ces informations-là à partir de l'adresse électronique. Donc,
c'est là, le... disons, si on veut rester, là, dans la critique constructive,
c'est dans ce sens-là qu'on... que j'irais.
Proulx : J'apprécie vos mots
là-dessus. Vous comprenez qu'il y a un enjeu de sécurité lié à la résidence
principale pour afficher l'adresse partout à travers le monde. L'enjeu de
sécurité des propriétaires de leur résidence principale... qu'ils souhaitent,
quelques jours par année, en faire l'exploitation. Vous comprenez qu'il y a un
enjeu de sécurité, là, qui a été soulevé de la part des équipes.
Vous dites
également qu'Airbnb, puis on va parler des plateformes d'hébergement
touristique de type Airbnb, parce
qu'il y en a d'autres, comme vous l'avez mentionné, M. Blanchard... vous dites
que ça a accéléré un phénomène de surtourisme de façon exponentielle. Je
me porte en faux là-dessus.
Vous dites également qu'il y a une
gentrification et des nuisances. Or, dans le projet de loi n° 100, vous savez que, s'il y a une reconnaissance de culpabilité
de deux infractions à une nuisance et qu'il y a donc une reconnaissance
de culpabilité, la ministre peut suspendre, carrément annuler, hein, carrément
annuler le permis d'exploitation de la résidence principale. Donc, pour ce qui
est des nuisances de voisinage, on a agi, et c'étaient des demandes de... tant
de l'UMQ que de la FQM là-dessus.
veux aussi vous informer que, pour certaines régions au Québec qui sont en
déficit d'hébergement, non pas que nos programmes traditionnels ne viennent pas
aider à agrandir, améliorer, donc, les espaces locatifs dits traditionnels
comme nos hôtels, il n'en reste pas moins qu'il y a des régions du Québec qui
sont en déficit d'hébergement touristique.
Je pense particulièrement du côté du Bas-Saint-Laurent, où on fait une analyse exhaustive de ce côté-là.
Et la résidence principale peut permettre, d'ailleurs, à la tenue des Jeux du
Québec, de pouvoir permettre d'accueillir des familles, leurs enfants
pour qu'ils puissent participer aux Jeux du Québec. Et, comme il y a un déficit
d'hébergement dit traditionnel du côté du
Bas-Saint-Laurent, bien, ça vient aider, donc, à pouvoir accueillir des jeunes
et participer à des compétitions de cette nature-là.
Pour ce qui est de la
mise à jour de la conformité réglementaire des opérations de location à court
terme, avril 2023, sans vouloir vous corriger, il y a une mise à jour qui
a été faite à l'échelle de la province qui, en date du 30 mars 2023, donnait un taux de conformité à 69,4 % des
annonces qui sont publiées sur des plateformes d'hébergement
touristique. Donc, ça, c'est une comptabilisation qui a été faite du Groupe de
recherche en politiques et gouvernance urbaines de l'École d'urbanisme de l'Université
McGill. Le taux de conformité des plateformes Airbnb, 79,5 %, alors que
celui pour les mêmes annonces recensées en 2022... et le 27 mars
2023, on voit donc un taux de conformité qui a augmenté. Est-ce qu'il est
parfait? La réponse, c'est non. Mais, avec le projet de loi, on croit vraiment
pouvoir arriver à un taux de conformité plus élevé.
Ensuite, toujours
selon le RCLALQ, vous dites qu'il y a des logements certifiés qui ne sont pas
inspectés et aucun plan d'entretien de logements n'est exigé. Je vous
rappellerai que c'est la responsabilité des villes et des arrondissements. Maintenant, il y a une obligation
d'avoir une responsabilité civile à la hauteur de 2 millions de
dollars. Et, si les gens devaient avoir des fausses déclarations auprès
de leur assureur, bien, ils ne seraient pas couverts, hein, s'il devait avoir
un incident qui arriverait à l'intérieur de leur logement, s'ils pouvaient,
hein... il faut toujours se rappeler que,
s'ils le peuvent, on parle de l'arrondissement, d'un plex et autres, s'ils
peuvent faire de la sous-location...
Et vous dites
également qu'il y a un problème grave qui est apparu au grand jour avec
l'incendie tragique du 16 mars 2023
dans le Vieux-Montréal. Deux éléments là-dessus. Je pense qu'il est
totalement inapproprié de faire un lien de cause à effet entre
l'incendie du Vieux-Montréal et Airbnb, parce qu'on se rappellera que la
première personne extirpée des décombres est
une dame qui avait un bail en bonne et due forme, donc, avec le propriétaire de
l'immeuble. Je rappelle qu'il y a une enquête du coroner qui est là. Et,
de plus, à la lumière d'une enquête qui a été menée par le Globe and Mail , dont on a pu prendre connaissance le 16 mai dernier, le service
des incendies de Montréal ne fournissait plus d'expertise sur les voies
d'évacuation des immeubles depuis 2018. La mairesse de Montréal s'en est
saisie, elle aura donc des inspecteurs et des... un contrôleur général qui
viendra, donc, s'assurer qu'il n'y aura plus de moratoire sur le service des sécurités
des incendies, qui, depuis... 2018, donc, pardon, ne fournissait plus
d'expertise. Donc, beaucoup d'éléments, là, une importance de venir recadrer
ici, donc, des éléments factuels.
Pour les proprios,
puis je revenir là-dessus, là, parce que, oui, on en a entendu beaucoup parlé,
et vous avez eu deux exemples très éloquents, M. Blanchard, au sujet
des évictions, oui, le propriétaire peut changer l'affection et faire de l'éviction. Mais, si la ville ne
l'autorise pas, ce n'est pas permis. On a eu un cas probant du côté de
l'arrondissement Hochelaga-Maisonneuve. Je n'étais pas au courant de
celui dont vous avez fait la nomenclature ce matin, mais je rappelle que 95 % du territoire
d'Hochelaga-Maisonneuve, on interdisait ça, il y avait 5 % où c'était permis.
Donc, il y a un propriétaire qui a changé d'affectation, et
l'arrondissement a permis, donc, au proprio de pouvoir en faire des fins
commerciales, et, là aussi, il y a eu des évictions.
Donc, il faut aussi
adresser ces commentaires-là, M. Blanchard, auprès des arrondissements,
puisqu'elles le permettent. Le propriétaire peut changer l'affectation, mais,
si l'arrondissement, la municipalité l'interdit, ce ne sera pas possible. Donc, il faudrait également que les
observations et récriminations que vous nous partagez ici, ce matin, soient
également adressées aux arrondissements qui,
dans une proportion de 5 %, là, dans le cas d'Hochelaga-Maisonneuve,
ont donc permis d'avoir, malheureusement, ces évictions-là. Comprenez-moi, là,
je ne me réjouis pas d'entendre des évictions,
je ne me réjouis pas de ça. Par contre, il y a une responsabilité qui incombe à
l'arrondissement, et, dans les cas que vous avez soulevés et celui
d'Hochelaga-Maisonneuve, donc, ça a été permis.
Si ce n'est pas
Airbnb, ce sera un autre. Un projet de loi, c'est perfectible. On est là pour
vous entendre. Puis je veux vous dire que je
suis heureuse que vous saluiez les amendes très sévères qu'on va imposer aux
petits comiques... aux petits
coquins, pardon, et aux plateformes, et qu'en tout temps, dès qu'il y a des
stratagèmes dont on sera témoins, que
vous, vous en soyez ou que les oppositions officielles en soient témoins,
enfin, que quelque personne qui nous en témoigne, de nouveaux stratagèmes qui s'opèrent et qui s'organisent sur
le Web, on sera là, donc, par voie réglementaire, pour pouvoir venir
restreindre encore davantage le carré de sable dans lequel les opérations
devront être faites de façon légale. Nous n'hésiterons pas, au mois, aux six
mois ou aux ans, de venir ajouter des conditions auxquelles tant les plateformes que ceux qui souhaitent en faire
l'exploitation courte durée dans les règles du jeu... Si on voit qu'il y a des stratagèmes qui s'opèrent, on ne se gênera
pas, au fil des mois et des années, pour ajouter des cadres réglementaires,
pour venir freiner, donc, les petits coquins qui veulent sortir du cadre dans
lequel on souhaite opérer.
Peut-être, en
terminant, vous laisser le mot de la fin, M. Blanchard. Il va rester quelques
minutes pour vous, si vous souhaitez, donc, répondre aux interventions qui ont
été menées ici.
M. Blanchard
(Martin) : Je vais laisser la parole à mon collègue Cédric Dussault.
Je voudrais seulement dire que, pour ce qui est du pouvoir de limitation des
arrondissements et des municipalités, effectivement... mais sauf que ce
pouvoir-là est limité puisqu'ils doivent quand même le permettre à certains
endroits, selon la loi. Il n'est pas possible d'interdire complètement ni la
résidence principale ni la question de la location...
Mme Proulx : ...100 % interdit.
Blanchard (Martin) : Oui. On va voir où est-ce que ça s'en va. C'est
un projet de règlement qui n'a pas encore été... qui n'est pas encore adopté.
On va voir où est-ce que ça s'en va, et je serais bien heureux que ça le...
Mme Proulx : ...c'est
interdit. Ils l'ont... Ils sont sortis publiquement puis ils l'ont...
M. Blanchard
(Martin) : C'est un projet de règlement.
Mme Proulx : Oui,
mais Hochelaga-Maisonneuve également. Donc, il y a des arrondissements qui
décident de prendre...
M. Blanchard
(Martin) : Bien, écoute, si c'est possible de l'interdire
complètement, oui, alors ça va limiter à certains endroits du Québec, mais on
aimerait que ce ne soit pas... Ce serait injuste de... il y aurait une espèce d'injustice urbaine qu'on traverse une frontière
puis que ça soit interdit de faire de l'éviction de locataires, et puis ensuite
on va dans un autre arrondissement et c'est permis de le faire.
Mme Proulx : Mais est-ce que vous ne pensez pas que c'est le
privilège des arrondissements? Ils sont autonomes, ce sont des
gouvernements de proximité. Est-ce que vous reconnaissez, donc, le pouvoir?
M. Blanchard (Martin) : Oui, c'est le moyen de...
Absolument, et... mais c'est les moyens que les arrondissements ont
trouvé pour freiner. Et on pense que ça devrait être tous les locataires du
Québec qui devraient être protégés dans leur logement pour que celui-ci ne soit
pas transformé en opération spéculative commerciale. Et tous les locataires du Québec pourraient l'être, protégés, s'il y
avait une modification à 1959. Enfin, je... mais, oui, on se tourne du côté des
municipalités. On le fait, mais on souhaite
que tous les locataires du Québec soient protégés. Là-dessus, je vais passer
la parole à mon collègue M. Dussault.
Mme Proulx : Il
vous reste deux minutes.
M. Dussault
(Cédric) : Je vais simplement revenir sur ce que vous avez dit sur les
régions touristiques. Je viens moi-même... j'habite moi-même dans une région
touristique, en Gaspésie. Je dois être en désaccord complet avec vous sur le fait que ça ajoute à l'offre
touristique. En fait, ce que ça fait, c'est que ça cannibalise non seulement le
parc locatif, ça cannibalise aussi le
développement de l'industrie touristique. On a, en Gaspésie, par exemple, des
motels qui sont fermés, mais on a, par contre, beaucoup de logements, de
résidences qui sont loués à des touristes.
Pour
revenir sur le Bas-Saint-Laurent, par exemple, si je prends Rimouski, on a un taux
d'inoccupation qui est extrêmement
faible et qui a chuté drastiquement, dans les dernières années, à Rimouski.
Vous avez parlé du Bas-Saint-Laurent, donc, c'est 0,4 % de taux
d'inoccupation à Rimouski. La proportion du parc locatif qui est louée sur Airbnb à Rimouski est de 0,4 %. Dans
énormément de plus petites localités qui sont touristiques, on a une proportion
complètement disproportionnée du parc locatif qui est loué sur Airbnb. Donc,
dans ces régions-là, il ne se développe pas
nécessairement d'infrastructures. Ce qui arrive, c'est qu'en fait c'est
vraiment le parc locatif... c'est des logements qui sont perdus.
Puis, dans une
région, par exemple, comme la Gaspésie puis les Îles-de-la-Madeleine, ça a un
effet pervers qui est... un nouveau phénomène qui est les évictions
saisonnières, où est-ce qu'il y a... les logements qui sont disponibles sont
loués, pendant une
partie de l'année, par des locataires qui arrivent, puis il
y a a des propriétaires qui vont mettre à la rue les locataires pour l'été pour
louer à des touristes. Dans d'autres régions...
Mme Proulx : ...là-dessus...
M. Dussault
(Cédric) : Juste un instant, je voudrais terminer, s'il vous plaît.
Dans d'autres régions, par contre, où qu'ils
n'ont pas la chance d'avoir des saisons touristiques saisonnières, comme, par
exemple, les Laurentides, même dans votre région, Lanaudière, dans
Charlevoix aussi, on a aussi une proportion extrêmement importante du parc
locatif qui s'est développé dans les dernières années. Le tourisme, ce n'est
pas nécessairement... En fait, les infrastructures touristiques ne se sont pas
nécessairement développées. Le tourisme a augmenté simplement parce qu'il y a une proportion du parc locatif qui est
maintenant loué à des touristes et qui n'est plus accessible pour la location
à long terme.
On a des phénomènes,
dans des régions comme les Laurentides, par exemple, comme l'itinérance...
Le Président (M.
Tremblay) : C'est... Je m'excuse... je m'excuse...
M. Dussault (Cédric) : ...comme un taux d'inoccupation qui est
extrêmement bas, qui sont tout à fait nouveaux.
Le Président (M.
Tremblay) : Je m'excuse... Monsieur, je m'excuse, le temps est écoulé.
Vous pourrez possiblement poursuivre, mais la parole est maintenant... Mme la
ministre, merci. La parole est à Mme la députée de Chomedey pour la suite des
échanges.
Mme Lakhoyan Olivier : Merci.
Bonjour. Merci d'être présents. D'où commencer? Ici, vous dites que vous avez
demandé... vous avez fait des recommandations au mois de mai 2022 puis vous
êtes... vous êtes un peu contents qu'on est en train de
légiférer, mais vous trouvez des brèches, donc, que ça soit les résidences
principales qui sont en location... vous avez dit plusieurs brèches, oui, c'est
vrai, l'érosion du parc locatif, et vous êtes aussi préoccupés par les mécanismes de vérification et conformité aux
lois. Et vous avez fait plusieurs recommandations. Merci d'avoir pris le
temps d'écrire, malgré le court temps qui a été alloué.
Dans vos recommandations, vous recommandez que
la location, par exemple, à court terme soit permise dans les résidences
principales pour un maximum de 31 jours par année, qui est déjà dans notre
projet de loi. Ça, ça va, non? Ça, c'est
correct parce que ça fait
partie de votre recommandation n° 2. On l'a déjà
inclus, donc, ça, c'est déjà couvert. Je comprends que vous souhaitez
qu'on interdise la location à court terme pour les locataires. Vous ne trouvez
pas...
M. Blanchard (Martin) : Ce n'est
pas...
Mme Lakhoyan Olivier : Non?
M. Blanchard (Martin) : Ce n'est pas
Mme Lakhoyan Olivier : Les
locataires. Non?
M. Blanchard (Martin) : Non, ce
n'est pas ça. Ce qu'on demande, c'est que la location à court terme soit
permise dans les résidences principales seulement.
Mme Lakhoyan Olivier : Seulement,
c'est ça.
M. Blanchard (Martin) : Seulement.
Donc, un locataire peut avoir une résidence principale. Ce que... Là où on veut
que ne soit plus permise la location à court terme, c'est dans des logements
locatifs qui ne sont pas occupés par des locataires, ce qu'on pourrait appeler,
si vous permettez l'expression, une résidence secondaire. Ce n'est pas réellement une résidence secondaire, c'est
quelqu'un qui aurait plusieurs logements et qui louerait ses logements sur
Airbnb.
Ensuite, pour ce qui est de la limitation du
nombre de jours, on fait seulement au niveau du nombre de jours une différence
entre le court terme qui a une certification et tous les autres types
d'hébergements que l'on peut avoir qui ne
sont pas certifiés. Mais on ne dit pas qu'il y a un maximum de jours où peut
être louée une résidence principale sur une plateforme numérique. Donc, je pourrais dire... C'est ces nuances-là
que je ferais de... par rapport à votre question.
Mme Lakhoyan Olivier : OK.
C'est ça que j'avais compris. Concernant le 31 jours... oui, ça, on a
couvert. L'autre, c'était quoi donc? C'était
l'identification. L'identification, donc, pour le numéro d'enregistrement... Je
pense que vous aviez demandé ici — je veux juste essayer de le
trouver — que
ça soit identifié. Donc, quelqu'un qui veut aller
sur Airbnb, vous... je pense, vous avez demandé que ça soit identifié, que,
vraiment, ils ont un numéro d'enregistrement, et tout ça. Mais c'est... Ça fait
partie aussi... dans le projet de loi,
que ça sera identifié, que ce soit à la porte ou bien sur leur
plateforme.
M. Blanchard
(Martin) : ...sens de notre recommandation, mais peut-être
qu'il y avait quelque chose qui n'était pas clair. C'est réellement... c'est les données qui sont transmises par
Airbnb à la ministre par voie réglementaire dans l'article 20.2 du projet de loi n° 25, et là on demande que,
dans les données, la base de données que fait parvenir Airbnb, il y ait
l'URL, l'adresse électronique, le numéro de certificat, l'adresse physique du
logement et, pour les plateformes transactionnelles, là, le nombre de nuitées
louées pour respecter le 31 jours. Ce n'est... On ne parle pas de
l'annonce en tant que telle, on parle de la base de données qui est transmise
par la compagnie au ministère du Tourisme.
Mme Lakhoyan Olivier : OK. Concernant
les évictions que vous avez parlé, ça, c'est vraiment dommage que ça arrive.
Mais est-ce que ça arrive souvent des évictions pour faire des résidences à
location?
M. Blanchard (Martin) : Il n'y
a aucune donnée qui nous dit exactement combien qu'il y en a. Il n'y a aucune
donnée qui nous dit exactement les endroits où ils sont localisés. Il n'y a
rien de ça que... personne ne peut réellement répondre à la question. Moi, ce
que je peux vous dire, par contre, c'est que les comités logement ont de plus en plus de témoignages de locataires qui leur
disent : Mon propriétaire veut transformer mon logement en Airbnb, puis
il m'a envoyé un avis d'éviction, et il me donne 3 000 $ pour
quitter, puis il va être transformé. Donc, il y a toutes sortes de façons, de
tactiques de pression que les locataires quittent. Et l'on voit, quand même, de
plus en plus de logements locatifs apparaître sur... dans les bases de données
d'Airbnb.
Et je voudrais peut-être passer la parole à mon
collègue Yannick, qui lui fait de l'analyse de données, et il pourra vous dire
que la non-conformité de la base de données est beaucoup plus importante que
les données que vous avez. Alors, je me pose des questions sur les données du
ministère parce que ce n'est pas du tout les données que nous avons, là.
M. Baumann (Yannick) : Oui. Si
je peux me permettre très rapidement, et ça va répondre à... peut-être à la
question de Mme la ministre sur les données. Les données d'illégalité, donc des
annonces qui ne répondent pas, là... qui n'ont pas de numéro de certification
aujourd'hui, depuis le... depuis que le gouvernement a décidé, avec l'aide
d'Airbnb, de faire appliquer la loi, on voit vraiment une diminution sur Airbnb
des annonces illégales.
Par contre, il y a
vraiment une reconfiguration du marché locatif à court terme, ça, on pourrait
appeler, là... où la plupart des annonces
illégales vont être déplacées vers VRBO. Donc, on a une augmentation, depuis,
là, la tragédie du Vieux-Montréal, du nombre d'annonces sur VRBO, et les
taux d'illégalité, donc d'annonces de moins de 31 jours sans numéro du
CITQ, c'est de l'ordre de 70 %, 80 %. Donc, on a cette
refiguration-là des annonces qui passent sur une autre plateforme qui est moins
surveillée pour le moment.
Et, sur Airbnb, oui, les annonces, aujourd'hui,
sont légales, mais c'est parce qu'on a beaucoup d'annonces qui sont passées
vers le long terme, donc du 31 jours et plus, donc la location avec un
bail habituellement, mais ces annonces-là ne requièrent pas de numéro de CITQ.
Par contre, ça pose plein d'autres enjeux en termes du droit au maintien dans
les lieux, de hausses de loyer. Il y a des études qui ont montré que, sur
Airbnb, les loyers sont en général 50 % plus élevés que ceux qu'on va
retrouver sur le marché locatif normal privé.
Donc, c'est peut-être... Sur les questions de
données, là, c'est vraiment une reconfiguration. Donc, de juste s'intéresser à
Airbnb, on manque le problème. Le projet de loi en fait mention, une volonté de
s'attaquer aux autres plateformes, mais ça serait bien de faire attention,
justement, à ce qui se passe sur les autres plateformes, mais de regarder sur
Airbnb aussi pourquoi, aujourd'hui, on n'a plus... On n'a plus d'annonces
illégales, mais ça ne veut pas dire qu'il
n'y a pas un problème sous-jacent à ça. C'est juste que les annonces sont
passées vers le long terme, puis ça, c'est notre deuxième ou troisième
recommandation, là.
M. Blanchard (Martin) : Oui, pour le
dire autrement, avant l'incendie dans le Vieux-Montréal, on avait 30 000 annonces sur Airbnb, 20 000
qui étaient illégales. Aujourd'hui, on a 30 000 annonces, beaucoup
moins d'illégales, mais elles sont passées sur des options à long terme.
Donc, on ne pense pas qu'on a eu... que toutes ces annonces-là sont maintenant des annonces qu'on pourrait
considérer comme étant légitimes. On a tout simplement changé des données dans
l'annonce elle-même.
Mme Lakhoyan Olivier : Est-ce que
vous trouvez que les amendes que ce projet de loi va implémenter...
«implémenter», c'est quoi, c'est...
Mme Lakhoyan Olivier : ...introduire,
oui, c'est... ça va aider à renforcer pour un peu mieux encadrer cette
situation qui est mondiale?
M. Baumann (Yannick) : Surtout les
amendes imposées à la plateforme, je pense, là, c'est un... quelque chose... Martin l'a dit, on applaudit, là, cette
volonté politique là. Après, ça pourrait être peut-être plus, mais vraiment,
c'est un pas dans... c'est un très bon...
une très bonne proposition, là, qui est faite de la part de Mme la ministre et
des sous-ministres, donc...
Lakhoyan Olivier : D'ailleurs, d'autres intervenants nous ont dit
qu'on serait peut-être un exemple à suivre mondialement. Donc, on était
contents d'entendre ça, mais il y a toujours place à amélioration, on vous
entend...
M. Blanchard (Martin) : ...ce qu'on
ne comprend pas, c'est si les annonces vont être appliquées pour chaque
annonce, chaque jour de diffusion, c'est-à-dire il y a... il y a une
imprécision là-dessus.
M. Blanchard (Martin) : Chaque
annonce. Le nombre de jours, là, n'est pas...
Lakhoyan Olivier : Il n'y a pas de problème. Et puis Mme la ministre,
elle a comme... elle a mentionné tantôt que, si jamais on voit le besoin
d'ajouter quelque chose, elle viendra, puis la loi sera flexible dans ce
sens-là pour renforcer. Donc, il y a ça.
Et puis, je
ne me rappelle pas votre nom, vous avez parlé de votre région où il y a
beaucoup de locations Airbnb, et puis ça fait mal dans la région. Ça, ça
serait... Je ne sais pas si les municipalités, vous savez... pas «je ne sais
pas», mais les municipalités, avec les
référendums, et tout ça, bien, ils peuvent prendre des décisions pour changer
les règles concernant les locations à court terme.
M. Dussault (Cédric) : Bien, en
fait, le... Une de nos recommandations, c'est d'annuler le processus de
référendum parce qu'au contraire ça complexifie beaucoup plus la tâche des
municipalités qui voudraient interdire Airbnb sur leur territoire.
D'autre part, c'est qu'en Gaspésie, comme dans
d'autres régions, vous avez des très petites localités, avec très peu de ressources, là, au niveau municipal,
donc on... c'est très difficile de remettre sur les épaules de ces
localités-là, là, la gestion de
quelque chose qui est aussi tentaculaire qu'Airbnb. Il y a des municipalités
qui ont un employé à temps plein et c'est à peu près ça. Donc,
évidemment que c'est impossible d'avoir les ressources, puis le temps, puis les
moyens de gérer ça. Donc, c'est vraiment au niveau provincial qu'il faut que ça
se passe.
Puis j'aimerais dire,
justement, dans une région, par exemple, comme la Gaspésie, la proportion des
unités foncières, là, de toutes les unités
foncières, là, ce n'est pas juste les unités locatives, c'est l'ensemble...
pour la Gaspésie, ça représente 2 % de toutes les unités foncières
qui étaient listées simplement sur la plateforme Airbnb. C'est une empreinte
énorme.
Puis, comme je le disais tantôt, il y a des
régions touristiques, comme les Laurentides et Charlevoix, qui n'ont pas un
tourisme qui est saisonnier, qui ont un tourisme qui est beaucoup plus à
l'année. Puis on voit que les conséquences
pour ces régions-là, de perte de logements, sont d'autant plus importantes,
parce que, si, dans des régions touristiques comme la Gaspésie puis les Îles-de-la-Madeleine,
on perd des logements pour une période... la période estivale et où il y a des locataires qui sont mis à la rue, bien, dans
des régions comme Charlevoix puis dans des régions comme les
Laurentides, on perd des logements sur une base annuelle parce que c'est
possible pour les locateurs de louer ces
logements-là à la fois en hiver, là, pour la période hivernale, faire du ski,
et tout ça, puis en été aussi pendant les congés.
Donc, le phénomène des plateformes d'hébergement
touristique, je me répète, mais il n'ajoute rien, en fait, à l'offre
d'hébergement touristique en soi. Ce qu'il fait, c'est qu'il prend des logements
qui seraient disponibles, puis on parle, là, de... Il y a des régions où les
taux d'inoccupation, là, sont faméliques, là. Au Bas-Saint-Laurent, on est...
comme Rimouski, par exemple, on est à 0,4 %. Dans la... en Gaspésie, là où
on a des données seulement, là, de la Société
canadienne d'hypothèques et de logement,
c'est la région de Gaspé, on est carrément à 0 % à Gaspé, selon les
dernières données. Puis on peut...
Le Président (M. Tremblay) : En
conclusion.
Dussault (Cédric) : ...on peut relier ça vraiment à la croissance des
plateformes d'hébergement touristique parce que...
Le Président (M. Tremblay) : Je
m'excuse...
M. Dussault (Cédric) : Oui, voilà.
Président (M. Tremblay) : Monsieur, je m'excuse, le temps est écoulé. Merci,
Mme la députée. La parole est au député de Taschereau pour
4 min 8 s.
M. Grandmont : J'ai seulement
quatre minutes. Merci beaucoup pour votre mémoire puis vos interventions.
C'est très intéressant.
J'aimerais aller rapidement sur les évictions
pour changement d'affectation. C'est un phénomène qui nous inquiète beaucoup
chez Québec solidaire. J'aimerais vous entendre sur le... ce pour... les
raisons pour lesquelles le gouvernement du Québec devrait jouer un rôle pour
empêcher ce phénomène-là que vous voyez en observation en croissance dans
les... au niveau du terrain, là.
M. Blanchard (Martin) : Les
évictions pour changement d'affectation, c'est des opérations spéculatives, et
elles ciblent prioritairement et principalement les locataires les moins
nantis. Ce que les promoteurs et les spéculateurs sont à la recherche, c'est ce
qu'on appelle le différentiel de loyer, c'est donc d'acheter à bas prix puis de
revendre à haut prix. Plus le prix est bas à l'achat, plus ensuite le profit
est grand lorsqu'on le revend et on le reloue. Or, les logements qui sont,
disons, les moins chers, c'est ceux qui sont habités par les locataires les
plus pauvres. Et ces locataires-là, les plus
pauvres se retrouvent ensuite en compétition avec plein d'autres ménages...
lorsqu'ils se font évincer, se retrouvent en compétition avec beaucoup
d'autres locataires, souvent plus fortunés, et ils ont... ils rentrent dans une
spirale d'appauvrissement et, après ça, ils se font réévincer pour non-paiement
de loyer avec toutes les conséquences psychologiques qu'on peut imaginer.
C'est une question, je pense, de justice
sociale, de justice sociale envers les personnes les plus démunies et qui sont
la cible des opérations spéculatives. On a choisi, au gouvernement... bien, pas
le gouvernement du Québec, je veux dire, le
Québec comme société a choisi, à un certain moment, de dire : Le marché
privé peut faire du logement, le marché privé peut loger les gens. Et,
de plus en plus, on s'en va vers des règles un peu plus contraignantes parce
qu'on se rend compte qu'il y a trop de... il y a trop de mouvements
spéculatifs, il y a une situation déséquilibrée entre propriétaires et locataires, et ceux qui sont le plus la cible de ces
opérations spéculatives là, je le répète, c'est les personnes qui ont le
plus de difficultés dans leur vie à boucler les fins de mois.
Changement d'affectation pour hébergement
touristique, je pense que ça devrait être la première catégorie qu'on devrait
bloquer pour ce qui est des évictions des locataires. C'est celle qui me paraît
la plus évidente, c'est celle qui me paraît... voilà un endroit où il faut
vraiment faire en sorte qu'on va protéger les ménages locataires. On pourrait
aussi rajouter les locataires en RPA, donc les locataires qui sont dans des
résidences pour personnes aînées qui ont un
changement d'affectation et qui perdent leur résidence. Ce sont aussi des
locataires très pauvres et qui n'ont pas nécessairement les moyens de se
retrouver sur le marché.
Grandmont : ...principalement par une action du gouvernement du
Québec, modifier le Code civil et l'empêcher, ça, c'est...
M. Blanchard
(Martin) : Exact. C'est l'article 1959 qui pourrait préciser les
raisons pour lesquelles un changement d'affectation est permis ou non.
Grandmont : Parfait. Et rapidement, sur les locations de plus
de 31 jours, en quoi, pour vous, ça, c'est vraiment un problème?
M. Blanchard (Martin) : C'est un
problème parce qu'on entre dans le... les règles du bail, ce qu'on appelle le
droit au maintien dans les lieux. Lorsqu'on signe un bail mensuel, on est... on
a un droit qui est de voir son bail renouvelé
à chaque mois sans intervention du propriétaire. Le propriétaire ne peut pas
refuser le renouvellement du bail. Donc,
les personnes dans des maisons de chambre, le bail est renouvelé à chaque mois.
Les personnes qui signent des bails...
des baux de deux mois, trois mois, leurs baux se renouvellent. On est dans
une... On est dans un secteur très, très fragile, très vulnérable
lorsqu'on est dans des baux au mois.
Donc, si on
commence à permettre qu'Airbnb transige des opérations qui s'apparentent à
celle d'une transaction d'un bail, on va se retrouver avec une attaque frontale
du droit au maintien dans les lieux. On va se retrouver avec des locataires qui
vont rechercher des logements sur Airbnb mais qui ne sont pas assurés de les
garder. On va se retrouver avec des hausses de loyer qui ne respecteront
pas toute la législation au niveau de la fixation de loyer. Et c'est un phénomène que l'on voit ailleurs dans le monde. On
le voit en Grèce, par exemple. En Grèce, Airbnb attaque beaucoup la
location à moyen et long terme.
Le Président (M. Tremblay) : En conclusion,
M. Blanchard.
M. Blanchard (Martin) : Voilà. Et
toutes les villes où il y a des travailleurs saisonniers et des travailleurs
plus mobiles, on voit Airbnb prendre la place des règles du bail.
Le Président (M. Tremblay) : Merci.
Merci pour la contribution aux travaux.
La commission suspend nos échanges jusqu'à
15 heures cet après-midi. Bon dîner.
(Suspension de la séance à 13 h 01)
Présidente (Mme D'Amours) : Bonjour. Nous reprenons nos travaux. Maintenant,
je souhaite la bienvenue à l'Alliance de l'industrie touristique du
Québec. Je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes pour votre
exposé, puis nous procéderons à la période
d'échange avec les membres de la commission. Je vous invite donc à vous
présenter et à commencer votre exposé, s'il vous plaît.
M. Soucy (Martin) : Merci, Mme la
Présidente. Bonjour, tout le monde. Martin Soucy, président-directeur général de l'Alliance de l'industrie touristique.
Je suis accompagné de Frédéric Dubé, qui est vice-président engagement
industrie et partenariats.
M. Dubé (Frédéric) : Bonjour.
M. Soucy (Martin) : Alors, Mme la
ministre, chers membres de la commission, on vous remercie vraiment de nous
accueillir aujourd'hui pour contribuer aux consultations entourant le projet de
loi n° 25.
Un mot sur l'alliance. Nous représentons
10 000 entreprises touristiques et 50 associations qui sont membres.
L'alliance est la fédération provinciale spécialisée en tourisme la plus
importante au Canada, et nous réalisons des mandats délégués pour la ministre
du Tourisme, notamment sur la mise en marché de la destination sous la marque Bonjour Québec, dans le cadre d'un partenariat
unique avec l'industrie. Toute l'action que nous réalisons vise à contribuer
à faire du Québec une destination touristique durable, responsable, prospère,
de calibre mondial.
Alors, aujourd'hui, une présentation en trois
temps. D'abord, pourquoi le PL n° 25 est important pour l'industrie, les bons coups, les problématiques de
l'évolution législative réglementaire, et recommandations, conclusions.
Alors, comme
vous savez, l'hébergement collaboratif, soit la location entre particuliers,
fait l'objet de beaucoup de
discussions un peu partout dans le monde depuis son apparition. Elle est devenue,
au fil du temps, une offre complémentaire et incontournable à l'offre
commerciale pour séjourner dans une destination.
Aujourd'hui, il est important pour nous de vous
démontrer à quel point le projet de loi est essentiel pour notre industrie.
Depuis 2016, année de notre création, nous avons pris position sur la question
de l'hébergement en vertu d'une base
fondamentale pour les entreprises touristiques. Elles souhaitent bénéficier
d'un environnement d'affaires concurrentiel, équitable, tant au niveau
fiscal, donc de payer les taxes et les impôts, réglementaire, qu'on ait des règles d'affaires qui sont similaires pour offrir
une unité de location dans un lieu qui répond à un zonage adéquat adopté
par une municipalité, et aussi offrir une garantie minimale de sécurité aux
consommateurs, donc par la voie des assurances, notamment.
Ensuite,
il est essentiel de s'assurer que les gouvernements encadrent toute forme de
location offerte à des consommateurs et qu'ils disposent des moyens pour
appliquer ses lois et règlements. Finalement, la réglementation doit être
simple et ne pas alourdir la charge d'exploitation des entreprises.
Pourquoi l'équité?
Parce que les 24 000 entreprises touristiques investissent dans l'économie
du Québec, notamment en capital, pour renouveler le produit touristique. Elles
créent, très majoritairement, les 306 000 emplois en tourisme. Elles
paient des impôts, perçoivent des taxes qui contribuent, par ses revenus
fiscaux et parafiscaux, aux programmes qui sont offerts par les gouvernements à
la population. Elles s'impliquent concrètement dans les tissus régionaux, partout au Québec et pour contribuer à
faire du Québec une destination de choix. Elles sont le coeur et l'âme
de l'économie touristique.
Nous
ajoutons aussi que l'activité touristique, comme secteur économique, contribue
de manière significative à la
vitalité des régions et doit se faire en harmonie avec les communautés
d'accueil. Donc, l'acceptabilité sociale, dans une perspective où on
veut être une destination en phase avec le développement durable, c'est
fondamental. Donc, le tourisme doit contribuer, ne pas nuire.
Les bons coups et les
problématiques de l'évolution législative et réglementaire. Donc, depuis 2016,
des pièces législatives ou réglementaires sont venues progressivement encadrer
la pratique de l'hébergement collaboratif pour
assurer cette équité fiscale à l'encadrement réglementaire. En 2015‑2016,
on a introduit l'obligation de détenir une attestation pour les
locations récurrentes de moins de 31 jours et aussi la perception des taxes, et
dont la taxe sur l'hébergement, je vais y revenir, en septembre 2017.
En 2020, la
modification au Règlement sur les établissements touristiques a ajouté
l'obligation de détenir une attestation pour les personnes qui voulaient louer
leur résidence principale et ainsi afficher son numéro d'attestation dans les
annonces et publicités. En 2021, les nouvelles normes ont été mises en place,
et des outils d'interdiction sont à la
disposition des municipalités qui veulent interdire ou limiter l'offre
d'hébergement touristique dans une résidence principale dans certaines
zones de leurs territoires.
Finalement,
en 2022 est arrivée l'obligation de détenir un numéro d'enregistrement, un
fameux numéro d'enregistrement affiché à la vue de la clientèle. C'est
joint à une déclaration annuelle de l'offre d'hébergement et des activités et
services qui y sont liés, un élément important, la preuve d'assurance
responsabilité civile d'au moins 2 millions de dollars, et la
ministre peut refuser, suspendre ou annuler un enregistrement. Cette évolution,
quand même de huit ans, a permis de corriger progressivement les failles qui
pouvaient être observées, pour lesquelles il y a eu l'introduction d'amendes et
également, oui, plus d'inspecteurs à Revenu Québec. Ça a fait
partie des
mesures.
En passant, tout le
monde s'est adapté, et des résultats ont été progressifs. Je veux en souligner
un, résultat positif, la première chose : la perception de la taxe sur
l'hébergement, la contribution de la clientèle mise en place à la demande de
l'industrie touristique pour financer certaines actions des associations
touristiques régionales, dont la mise en marché, le développement et l'accueil.
Et les plateformes numériques de location perçoivent maintenant cette taxe-là et elles contribuent donc
concrètement au développement de la destination. Il y a eu des résultats mitigés,
au départ, qui se sont améliorés progressivement, mais peut-être pas encore
suffisamment. Au départ, le simple... le fait de contourner l'obligation
d'attestation... il y a eu peu d'amendes, dans le fond, au début du projet de
loi. Par la suite, je vous donne un exemple, un locateur pouvait afficher que
la location était pour plus de 31 jours et éviter les infractions. Donc,
on a des gens qui se sont inscrits dans la délinquance.
la suite, avec l'ensemble du renforcement du menu législatif, il y a eu une
hausse significative des avertissements et des poursuites... je vous
donne les chiffres, là, 2020‑2021, selon ce qu'on a pu constater,
142 condamnations pour 600 000 $
en amendes, puis, si on regarde 2022‑2023, 1 205 condamnations pour
4,9 millions en amendes. Donc, il y a quelque chose qui se passe à
travers tout ça.
Donc, est-ce que les
entreprises disposent d'un environnement d'affaires concurrentiel, tant au
niveau fiscal et réglementaire, qui garantit
une sécurité aux consommateurs? La réponse est oui, mais sur papier. La problématique
rencontrée, malgré la hausse des poursuites des amendes : aujourd'hui, il
est toujours facile de louer potentiellement avec un numéro qu'on peut, par
exemple, falsifier, inventer sans être en phase avec la loi. Il semble que
seulement 30 % des annonces de logements respecteraient cette loi. Ce
n'est pas un... Donc, c'est un secret de polichinelle, encore facile de ne pas
s'enregistrer ou d'afficher le numéro erroné devant l'unité des plateformes de
réservation.
Aujourd'hui, nous
sommes devant une question de responsabilité et d'imputabilité au sein de la
chaîne de service. Oui, une unité
d'hébergement en location est dite illégale, si le propriétaire qui veut faire
la location ne respecte pas la loi... le règlement. Et pour nous, cela
doit engager l'imputabilité de tous les joueurs en cause, qui va au-delà de
celle du gouvernement dans son devoir de surveillance et de contrôle. Pourquoi?
Il y a des clients, une transaction, des intermédiaires, des revenus et du
profit, tant pour les locateurs que les plateformes de réservation. Tout le
monde doit se conformer et mettre l'épaule à la roue, des locateurs des
plateformes de réservation, les municipalités et aussi les consommateurs.
Prenons cet exemple
simple pour illustrer ce que je vous avance. Est-ce qu'Amazon pourrait vendre,
sur sa plateforme de vente, un produit qui est illicite? Toute la question est
là. Le locateur, au premier chef, doit respecter la loi et toutes les plateformes
de réservation de locations, sans exception. Quand je dis ça, c'est aussi
Kijiji, Facebook, l'ensemble des plateformes
qui sont dédiées à ça, naturellement, dont vous connaissez déjà les noms, donc,
s'assurer une imputabilité quant à la légalité des unités d'hébergement
qu'elles proposent sur leurs plateformes comme intermédiaires. La
loi n° 25, visant à lutter contre l'hébergement illégal, vient fermer
la boucle et s'assurer que chaque maillon de la chaîne de location est
imputable : les locateurs, toutes les plateformes numériques de promotion
et de location et le consommateur.
Pour y arriver, oui, il y a des amendes
conséquentes. Pour nous, le 100 000 $, là, c'est très frappant,
50 000 $ pour les locateurs, 100 000 $ pour les plateformes
de réservation. Le registre public aussi, pour autant qu'il soit automatisé, que ce soit simple à l'enregistrement, va être
une bonne façon pour le consommateur averti, puis ça va... avec le temps, là,
je vais y revenir, à cet élément-là, le consommateur puisse s'informer en toute
transparence : est-ce que les gens sont enregistrés ou pas?
Les résultats se font déjà sentir... à partir du
moment où on a compris que le gouvernement voulait fermer les boucles.
Article de Radio-Canada du 24 avril
2023 citant Tourisme Montréal, je ne sais pas si quelqu'un en a parlé avant aujourd'hui,
au début du mois de mars, on comptait, sur l'île de Montréal,
14 000 logements de type Airbnb, dont environ 1 000 avaient un numéro d'enregistrement. Ça vient de
Tourisme Montréal, ces données-là. Depuis le 29 mars, 7 000
logements sur l'île de Montréal, donc ça a coupé de moitié, puis le... on en
enregistre le triple, là, qui sont maintenant
en phase et enregistrées, en phase avec la loi. Donc, l'alliance, à cet
égard-là, appuie le projet de loi n° 25.
Nous avons certaines recommandations. Nous
savons que l'application des lois et règlements en vigueur peut être renforcée,
d'autres intervenants l'ont mentionné avant nous. Dans notre cas, le
gouvernement doit s'assurer un rôle de vigie
permanent une fois que l'ensemble des acteurs vont être en phase avec
l'imputabilité et la responsabilité.
La Présidente (Mme D'Amours) : En
terminant, M. Soucy, s'il vous plaît.
M. Soucy (Martin) : Oui, Mme la
Présidente, le reste est dans le mémoire. Donc, conclusion, la loi n° 25
vient fermer les boucles. Elle offre des règles du jeu claires, simples,
applicables pour la location commerciale et collaborative.
Tout ce chemin permet d'offrir un environnement concurrentiel équivalente... et
locateurs commerciaux. Elle engage l'imputabilité des joueurs,
locateurs, plateformes réservation, et c'est des règles qui, à notre avis, vont
possiblement faire office de modèle dans d'autres destinations. Alors, merci de
votre attention.
La Présidente
(Mme D'Amours) : Merci beaucoup. Je cède maintenant la parole à la
ministre pour la période d'échange. Voilà. La parole est à vous.
Proulx : Merci, Mme la Présidente. Pour le bénéfice des
équipes de l'Alliance de l'industrie touristique, M. Soucy, M. Dubé,
ceux qui opèrent dans la délinquance, on a convenu d'un nom, on souhaite le
partager avec vous et les groupes
d'opposition, on les appelle les petits coquins... les petits coquins. Alors,
on les a désignés comme ça.
Oui, vrai qu'on observait, donc, des gens qui
contournaient les lois qui avaient été établies jusqu'ici. Puis on conviendra
que l'hébergement touristique, peu importe la nation ou le pays, c'est vraiment
la colonne vertébrale de l'industrie touristique. Et c'est extrêmement
important de s'assurer que ce «backbone»-là, cette colonne vertébrale là puisse
opérer dans des conditions optimales pour s'assurer aussi... puis c'est
là-dessus que je voudrais vous entendre, sur la réputation du Québec à
l'international. Je vais faire peut-être un parallèle boiteux, mais, durant la
pandémie, vous vous rappellerez... M. Soucy, vous êtes mandataire du ministère
du Tourisme, les Californiens choisissaient, lorsqu'on a rouvert graduellement
les frontières, la destination du Québec parce qu'on avait ce taux de
vaccination qui était très élevé en Amérique du Nord et le fameux passeport
vaccinal.
Donc, c'est faux de penser que les politiques
publiques qui sont mises en place par le gouvernement du Québec n'ont pas écho auprès des potentiels
touristes internationaux, à savoir qu'ici l'hébergement touristique collaboratif
va être encore davantage encadré. Je veux
juste vous entendre, quand vous faites la promotion du Québec à
l'international... des questions qui peuvent vous être posées en ce qui a trait
à la sécurité largement décrite de l'industrie touristique ici, au Québec,
lorsque vous faites vos missions à l'international.
M. Soucy (Martin) : C'est une
excellente question. Puis effectivement, le Québec jouit d'une réputation
enviable de destination sécuritaire. On a d'ailleurs réalisé un sondage avec
Léger à la fois pour les Américains et les Français, puis il ressort que, dans
le fond, la perception... la quasi-totalité des répondants affirme que ce
sentiment de sécurité là est présent au
Québec, à 96 %. Donc, c'est important, dans la qualité de la location que
nous allons réaliser... Je ne veux pas revenir sur les tristes
événements à Montréal, mais ces événements-là nuisent à la... peuvent nuire à
la réputation. Et ça, c'est ce qu'on a de précieux, c'est qu'on est perçu comme
une destination sécuritaire. Au sortir de la pandémie, ça nous a aidés.
D'ailleurs, le Québec se relève plus rapidement que les autres provinces
canadiennes parce qu'on a une façon de travailler qui est dynamique, et cette
perception de sécurité là vient nous aider.
Donc, c'est certain que l'offre, à la base, pour
les consommateurs... ils doivent être certains que ce qui leur est offert, notamment sur le certificat
d'assurance, ça donne une garantie de base de cet élément-là. Et c'est
important, parce qu'on soigne la réputation du Québec comme destination de
calibre mondial, que ce soit auprès des Américains, des Français, des Mexicains, et ça nous aide
énormément sur les marchés, cette réputation. Donc, il faut... et l'hébergement
collaboratif, qui est très populaire, c'est un des éléments qu'il faut donner
cette... une certaine forme d'assurance aux consommateurs.
Mme Proulx : Airbnb, qui a
malheureusement refusé de s'amener en commission parlementaire, a fait une
déclaration publique à La Presse canadienne hier, M. Soucy,
M. Dubé, en disant qu'avec le projet de loi n° 25, on allait alourdir la
charge de travail d'Airbnb et, en d'autres termes, et je les cite, là, de
mémoire, que la responsabilité devait incomber aux fonctionnaires de s'assurer
de la probité de l'annonce qui est mise en ligne de la part de la... et des
plateformes, là, j'allais dire. Votre opinion là-dessus.
M. Soucy
(Martin) : Bien, écoutez, moi, je pense que c'est une
question, comme je le disais, de responsabilité de chacun des joueurs
parce qu'il y a une transaction. Il ne faut pas oublier qu'Airbnb perçoit une
commission de 25 % à 30 % sur chacune des locations.
Il a une capitalisation boursière de 68 milliards de dollars au
niveau du monde. Donc, je ne sais pas si la
réglementation du Québec va faire une différence sur la ligne du bas, mais fondamentalement, pour nous, ils ont une
responsabilité, au même
titre que le locateur en a une, au même
titre que le
gouvernement en a une. Nous croyons que le rôle du gouvernement en est un de
vigie, parce qu'il faut quand même surveiller
puis s'assurer, mais là, avec le niveau d'amendes que vous indiquez, il y a une
question de responsabilisation.
Moi, je pense que l'élément... puis je le disais
en conclusion, si le Québec, avec cette réglementation-là, fait modèle, ça
risque de faire des petits ailleurs dans le monde. C'est probablement ça, le
niveau de nervosité, parce que ça crée un précédent.
Proulx : Bien, je vous dirais que, déjà, on m'a informée
que les équipes du ministère ont été contactées par la Colombie-Britannique, Île-du-Prince-Édouard, et il y a Toronto, là, qui a levé un sourcil
assez intéressé, donc, au projet de loi qui a été déposé.
Je laisse l'opportunité à mes collègues de la
commission, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme D'Amours) : Oui.
Monsieur... Lequel? C'est vous en premier? Allez-y, monsieur.
Tremblay : Bonjour à vous. Bien, d'abord, je crois qu'on
s'est croisés dans l'écosystème SEPAQ, peut-être, précédemment. Je me
souviens.
M. Soucy (Martin) : Oui. Oui, à une
autre époque pas si lointaine.
M. Tremblay : Content de vous
revoir.
M. Soucy (Martin) : Bien oui... de
vous retrouver aussi.
M. Tremblay : Vous faites état d'une
éphéméride, là, d'une évolution très précise des interventions, d'un point de
vue légal, 2021‑2022, au niveau de l'enregistrement. Il a été question aussi de
certains résultats mitigés que, sur papier, bon... Dans vos réflexions
d'organisation, qu'est-ce que vous voyez, ou qu'est-ce que vous avez anticipé,
ou comment vous voyez une suite? Qu'est-ce que vous souhaiteriez voir
apparaître comme prochaine étape dans la succession?
M. Soucy (Martin) : Bien, si je
regarde, au départ, le nombre... les discussions que j'avais eues avec des
hôteliers, de partout au Québec, en passant, en 2015, justement, à l'époque où
j'étais à la SEPAQ, ensuite, en 2016, à l'arrivée de l'alliance, et le chemin
qui a été parcouru, l'étape actuelle, là, qui est, selon moi, la plus
importante, de fermer la boucle, va donner les résultats. Moi, je pense qu'on
va enfin atteindre l'équilibre.
Ça demande du courage, d'arriver jusque-là, puis
à chaque étape, et, pour nous, c'est important. C'est sûr qu'au départ
peut-être qu'on ne pouvait pas le faire, parce qu'à chaque fois on trouve
dans... Tout système finit par avoir des failles qu'on décèle, mais là on se
dit que, dans l'étape actuelle, une fois que l'équilibre est atteint, que les
amendes sont là, je pense que ça responsabilise beaucoup tout le monde, là,
particulièrement ceux qui font le plus de profits là-dedans. Parce que ce n'est
pas, ultimement, le locateur qui loue son hébergement une fin de semaine ou
quelques... quelque temps, quelques fins de semaine ou quelques semaines, là,
sur les plateformes de réservation. Ces plateformes-là, c'est des modèles
dont... Je trouve ça admirable. Ils ont trouvé un modèle, ils ont fait émerger
l'hébergement collaboratif, mais ils ont une responsabilité.
Donc, pour nous, c'est important puis ça va
amener des règles équitables, parce qu'ultimement, s'il y a seulement le
consommateur ou le gouvernement qui est responsabilisé là-dedans, on n'y
arrivera pas. Et moi, je vous le dis, là, ces règles équitables là... Dès le
départ, on ne percevait pas les taxes ni la TSH, il n'y avait pas de numéro
d'enregistrement. C'était un peu le far west, en 2015.
M. Soucy
(Martin) : La TVQ, oui, oui, oui, la TVQ également,
naturellement. Donc, pour nous, cet élément-là vient fermer la boucle,
puis tout le monde... Et je pense que l'hébergement... pas «je pense», je suis
convaincu, l'hébergement collaboratif a sa
place. Il a sa place parce que les consommateurs, surtout les jeunes
générations, voyagent différemment. Ils ont des besoins qui sont
différents. Donc, ils doivent rester, mais on doit atteindre cet équilibre-là dans le respect des milieux d'accueil, dans le
respect aussi des gens qui sont en hébergement commercial, qui investissent de
leur argent... de l'argent d'entrepreneurs québécois, là. Donc, pour nous, ça,
cet élément-là, est important.
Donc, on vient de fermer la boucle, mais moi, je
suis convaincu que l'après, une fois qu'il y a le règlement, il va y avoir l'équilibre dans le marché, puis on va
continuer tout le monde ensemble, là. Moi, je n'ai pas... je ne perçois
pas de crainte, parce que les profits de ceux qui exploitent, là, sont là, là.
Tremblay : Voyez-vous une différence de perspective par
rapport à des centres plus urbains où tu disposes d'hôtels majeurs ou d'un parc
hôtelier majeur, comparativement à des régions ou à du milieu rural, où, parfois,
un bigénération en milieu rural peut devenir un accommodement touristique x?
Comment vous voyez cette différence-là de perspectives?
Soucy (Martin) : Écoutez, pour Montréal, j'ai été très surpris de voir
le nombre d'unités de location. C'est quand même très important dans les
centres urbains. Je sais qu'il y a toutes sortes d'éléments aussi par rapport
au logement de la population en tant que telle, parce que, bon, il doit y avoir
des modèles qui sont hyperpayants pour qu'on sorte des locataires, à un moment
donné. En région, c'est différent, c'est souvent des résidences secondaires qui
vont être louées aux gens.
Puis il y a un
élément que je veux apporter aussi à votre attention, tous les gens qui sont
détenteurs de baux de location sur les territoires publics, il y en a aussi qui
font cette location-là. Ce serait important qu'on l'ajoute dans le projet de
loi, je vous l'ai mis dans les recommandations, là, parce qu'il y a
32 000 baux, quand vous parlez... en région, sur le territoire
public, puis il y a de l'hébergement aussi commercial qui se fait, via les
pourvoiries, par exemple. Ça fait qu'on a besoin de cette équité-là. Il
faudrait qu'on puisse aussi considérer de s'assurer que la CITQ reçoive le bail et que les gens puissent le louer.
Ça fait que ça, ça va... Ça, c'est vraiment le volet qui est plus régional.
On est en territoire public, de grande nature, tout ça. Donc, là aussi, c'est
un phénomène.
Mme Proulx : ...M. Soucy, aux terres
publiques où les gens construisent des chalets avec des baux de villégiature,
M. Soucy
(Martin) : Oui.
Mme Proulx : Vous
faites référence, donc, aux baux de villégiature?
M. Soucy
(Martin) : Oui, tout à fait.
Mme Proulx : OK.
Je vais vous demander...
M. Soucy
(Martin) : Oui, c'est une recommandation. Je n'ai pas réussi à me
rendre, mais...
Mme Proulx : OK.
Bien, allez-y, je vous en prie.
M. Soucy
(Martin) : Nous, on pense, puis vraiment, c'est une demande d'un de
nos membres, la Fédération des pourvoyeurs du Québec, qu'il y aurait lieu
d'obliger les exploitants d'hébergement sur les terres publiques à fournir
aussi une copie de leur bail à la CITQ au moment de la demande
d'enregistrement.
Mme Proulx : Parce que les pourvoiries ont l'obligation, de
toute façon, de s'enregistrer. C'est un mandataire du ministère du
Tourisme, c'est une association touristique sectorielle reconnue.
M. Soucy (Martin) : Exactement, et, en ce
moment, il y a seulement 201 exploitants des permis de villégiature privés
à des fins commerciales autres que pourvoiries, mais il y a
32 000 baux qui existent au Québec, partout dans les régions. Donc, c'est sûr qu'entre les deux il
y a probablement un élément de location qui se fait sans nécessairement
qu'il y ait le numéro d'enregistrement. On a beaucoup parlé des...
Mme Proulx : Sauf
que ce n'est pas tous les baux de villégiature où on fait de la sous-location à
des fins d'hébergement touristique.
M. Soucy
(Martin) : Non, non, non.
Mme Proulx :
C'est des gens qui construisent un chalet, par exemple, pour leurs propres
besoins de chasse et de pêche, par exemple,
sur les terres publiques, où ils paient au gouvernement du Québec, donc, un
taux, d'ailleurs, qui a été ajusté récemment, là, pour les baux de
villégiature.
M. Soucy (Martin) : Tout à fait, mais
certains de ceux-là, tout comme en ville, vont louer sur les plateformes
de réservation. Et là ça vient faire une concurrence qui est non équitable avec
le domaine de la pourvoirie, qui paie l'ensemble des autres éléments.
Mme Proulx : Et
qui paie ses deux taxes, OK.
M. Soucy
(Martin) : Ça fait que, dans le fond, c'est le même cas de figure,
mais on attire votre attention sur cet élément-là, là, de la part de la
Fédération des pourvoyeurs.
M. Tremblay :
...réglementaire par la MRC, par exemple, qui vient assurer un certain
contrôle pour des cas comme ceux-là?
M. Soucy
(Martin) : C'est une excellente question. Ça, je ne pourrais pas vous
répondre, parce que, comme c'est en
territoire public... Mon époque parc national du Mont-Tremblant, où j'étais
plus au courant de ces règlements-là en région, est plutôt loin. Ça fait
que là je ne pourrais pas vous répondre à cette question-là.
M. Tremblay : OK. Merci.
Présidente (Mme D'Amours) : ...M. le député de Portneuf.
M. Caron : Oui,
je trouve très intéressant le point que vous venez de soulever, parce qu'en
effet on retrouve des chalets qui sont de plus en plus luxueux, hein, sur le
territoire public, et je comprends que certains puissent avoir envie de les
mettre en location.
Moi, j'abonde
complètement dans ce que vous faites et puis dans le fait qu'il faut
nécessairement sécuriser les touristes, et puis le travail a été amorcé par les
précédents gouvernements. On con