Institutions — 2 December 2013 (40th Legislature, 1st Session)
CI 2013-12-02
Quebec — Committees
La commission est réunie afin de
poursuivre les consultations
particulières et auditions publiques
sur le projet de loi n° 61, Loi visant principalement le
recouvrement de sommes payées injustement par des organismes publics
relativement à certains contrats dans l'industrie de la construction.
M. Lebel (Daniel) : Pas de problème. Nous allons prendre les minutes qui nous sont
accordées pour vous exposer brièvement les grandes lignes de notre
mémoire.
D'entrée de jeu, je veux dire que nous appuyons
le projet de loi et nous saluons l'intention du gouvernement de procéder à son adoption, l'ordre étant d'accord
avec tout moyen ou procédé qui vise à contrer ces manoeuvres dans l'industrie de la
construction et du génie pour
l'octroi et la gestion des contrats publics. Aucune entreprise
n'est au-dessus des lois, particulièrement celles qui ont le privilège de participer au processus d'adjudication
et d'attribution de contrats publics ou d'en assurer la gestion.
Le Québec a
été la figure de proue mondiale dans l'ingénierie moderne et continuera de
l'être, et ce, malgré les révélations
qui éclaboussent et entachent la réputation de la profession. Avec la crise
actuelle, nous avons la possibilité et la responsabilité de redevenir un
modèle inspirant, celui de l'intégrité et de l'éthique dans le monde. Il en va
du développement économique du
Québec et de son rayonnement sur la scène internationale.
Alors, nous
sommes heureux de voir que les parlementaires n'hésitent pas à légiférer rapidement
afin de protéger le public. Nous ne
commenterons pas les mécanismes de recouvrement des sommes injustement payées,
les associations qui représentent les entreprises visées par le projet
de loi sauront le faire dans le meilleur intérêt de leurs membres.
Toutefois,
nous croyons que, si la préoccupation de recouvrer les sommes injustement versées
s'avère légitime, cela ne constitue
pas une panacée. Nos organismes
publics doivent également se donner
la capacité de mieux contrôler l'octroi et la gestion des contrats publics. Le Québec doit sortir grandi de
cette crise, mais il faut changer la manière de faire des affaires, d'octroyer et de gérer des contrats
publics et de surveiller nos chantiers de construction. Nous devons, tout
en préservant notre expertise, instaurer un climat d'intégrité et de saine
compétitivité dans l'industrie de la construction. Nous devons adopter une approche qui va au-delà du contrôle de
l'exercice de la profession pour mettre en place un système qui vise la vérification
des décisions critiques de l'octroi et la gestion des contrats publics à tous
les échelons. Les professionnels du milieu de la construction et du génie
doivent évoluer dans des milieux qui favorisent des pratiques éthiques et déontologiques sans les opposer aux
affaires. Les audits des sociétés qui transigent avec les organismes publics sont un exemple de cette approche systémique, mais ce n'est pas
suffisant, il faut aussi que les organismes publics agissent avec circonspection et qu'ils octroient
et gèrent les contrats publics selon les meilleures pratiques.
Pour
permettre aux donneurs d'ordres publics de bénéficier de l'expertise et de l'information nécessaires à une saine gestion
des ouvrages, l'Ordre des ingénieurs du Québec évalue la mise en place
d'un institut indépendant sur l'intégrité qui soutiendrait la recherche, la vigie et la diffusion des meilleures
pratiques dans le monde. Nous effectuons actuellement une étude d'opportunité pour voir comment se sont
constituées ces organisations dans les autres pays industrialisés. Un
tel organisme aurait comme tâche principale
d'alimenter les décideurs et les donneurs d'ordres dans la recherche des
meilleures solutions en fonction de leurs besoins réels. Il les assisterait
également dans l'établissement de processus assurant la qualité, la durée de
vie et la fonctionnalité des ouvrages à venir.
En plus de
fournir de l'information sur les meilleures pratiques, l'institut pourrait
avoir des répercussions sur la capacité
du Québec à gérer et à mener à terme des projets de qualité
à coûts abordables. Le Conseil du
trésor estime que 8 % à
24 % des coûts des contrats publics dans le domaine de la construction
sont liés à des formes de malversation; la
commission Charbonneau a avancé le chiffre de 30 %. Les dépenses du
gouvernement, pour les 10 prochaines années, seront en moyenne de 10 milliards de dollars
en infrastructures, et c'est sans compter les dépenses des villes ou des
sociétés d'État. Alors, si l'on réduisait
d'un point seulement le pourcentage associé à l'impact de ces malversations sur
l'octroi et la gestion des contrats publics
du gouvernement, de manière prudente nous estimons que c'est près de
175 millions de dollars qui reviendraient chaque année dans les
coffres de l'État.
Nous sommes convaincus que la mise en place d'un
tel institut indépendant permettrait au Québec de se démarquer et de devenir une référence mondiale en matière de gestion de
projet d'infrastructure et autres ouvrages de génie. Il laisserait également une trace indélébile,
permanente et positive de la prise en charge de la crise que nous
traversons. Il va sans dire que l'organisme ainsi créé devrait se soumettre à
un processus d'audit et de reddition de comptes par les meilleures autorités en la matière. Au-delà des malversations, l'adoption
des meilleures pratiques en cours dans le monde permettrait de grandes économies, sans compter les bénéfices à long
terme associés à des ouvrages publics de meilleure qualité, plus durables et répondant mieux aux
besoins des citoyens. Le rôle de l'institut indépendant sur l'intégrité
serait, entre autres, d'assurer une vigie dans les pays industrialisés afin d'identifier
les meilleures pratiques et procédés, de développer
un programme de recherche sur ces meilleures pratiques,
d'évaluer les résultats obtenus afin d'identifier les priorités pour le Québec, de jouer un rôle
conseil auprès des donneurs d'ouvrage publics et des entreprises,
de favoriser les activités
de transfert de connaissances et d'accompagnement, de diffuser les règles de
l'art élaborées suite à l'expérience accumulée au Québec et à l'international.
Permettez-moi
de profiter de notre passage devant la commission pour réitérer l'importance, malgré les
apparentes divergences, d'adopter rapidement
le projet de loi n° 49 et la nouvelle
Loi sur les ingénieurs. Les cinq lois professionnelles du domaine
des sciences appliquées touchées par ce projet visent en tout premier lieu la
protection du public. Les considérations
corporatives et politiques doivent céder le pas devant l'urgence de donner aux
ordres et particulièrement à l'Ordre
des ingénieurs, dont la profession est secouée par une crise sans précédent
depuis sa création, les outils nécessaires pour ramener la confiance du public à l'égard des professions. La Loi
sur les ingénieurs fait
partie des outils dont l'ordre a besoin pour
mieux accomplir sa mission de protection. Avec la tenue de consultations
particulières sur le projet de loi n° 49
au début du mois de novembre, nous avons franchi une étape importante vers
l'adoption de la nouvelle
Loi sur les
ingénieurs. Nous vous demandons, M. le ministre, ainsi qu'à tous les
parlementaires de procéder rapidement à l'étude
article par
article afin
que le projet de loi n° 49 soit adopté dès le début de la prochaine
session parlementaire.
Pour lutter
efficacement contre la corruption et la crise de confiance actuelle, le présent
gouvernement a décidé de proposer différentes lois, règlements, mesures
et autres outils. Nous devons souligner votre détermination à procéder rapidement et sans relâche afin d'assainir
l'octroi et la gestion des contrats publics. L'Ordre des ingénieurs estime
qu'il est essentiel, dans un tel contexte, de mesurer en continu et à plus long
terme l'efficacité de ces lois et des règlements qui les accompagnent afin de
pouvoir y apporter périodiquement les ajustements nécessaires. Cela est d'autant
plus important que les
corrupteurs potentiels, notamment le crime organisé, sont reconnus pour leur
grande faculté d'adaptation. L'application de la
Loi sur l'intégrité a
présenté des écueils auxquels le projet de loi n° 61 tente d'apporter
certains correctifs, notamment quant aux pouvoirs habilitants de l'Autorité des
marchés financiers. Nous croyons qu'il est important de tenir compte de la
réalité et des besoins en infrastructures au Québec sans pour autant paralyser
toute l'industrie et les villes — l'exemple de Montréal est éloquent à cet
égard. Nous réitérons ici la recommandation que nous avions faite devant la Commission des finances
concernant ce genre de dispositif législatif, à savoir que le
gouvernement mette en place un système de
mesure de l'efficacité du projet de loi n° 61 et des règlements qui
l'accompagneront afin de pouvoir y apporter périodiquement les
ajustements nécessaires.
L'Ordre des
ingénieurs du Québec constate avec satisfaction que les municipalités sont
assujetties au nouveau projet de loi,
il s'agit d'une excellente nouvelle. Nous partageons également l'opinion de la
Corporation des entrepreneurs généraux du Québec à l'effet que le projet
de loi devrait viser l'ensemble des marchés publics et non uniquement les
contrats liés à la construction.
L'ordre
s'interroge par ailleurs sur le libellé de l'article 3 de la loi et de la
mécanique prévue pour son application. Par exemple, la
Loi sur les
contrats des organismes publics prévoit que devient inadmissible à un contrat
public un contractant déclaré coupable en
vertu de jugement définitif de l'une ou l'autre des infractions déterminées par
l'article et par le règlement,
article 21.1. Nous pensons qu'il sera très difficile pour le ministre de
la Justice de faire la preuve de fraudes ou de manoeuvres dolosives dans le cadre de l'adjudication,
l'attribution ou la gestion des contrats publics sans de vastes ressources pour mener les enquêtes appropriées, nous sommes inquiets quant à l'application concrète de la loi. Ne sommes-nous pas en train de reproduire le
travail de l'AMF? Ces enquêtes prennent du temps, exigent des ressources — nous pouvons en témoigner — et sont truffées de difficultés inhérentes à la
nature des travaux menés. Ne serait-il pas plus simple d'attendre qu'un contractant soit déclaré coupable
d'une infraction? Cela serait d'autant plus pertinent que le projet de
loi prévoit une rétroactivité de 15 ans
pour intenter une poursuite. Pourquoi un tel empressement sur la foi d'une
enquête et non d'une condamnation?
Dans ce
contexte et afin de mieux baliser les règles du projet de loi n° 61,
l'ordre propose la mise en place d'un cadre
de gouvernance des ouvrages publics pour mieux encadrer leur gestion. Ce cadre
s'appuie sur les déterminants de la meilleure
valeur afin de s'assurer que l'ouvrage réponde aux critères de qualité au
meilleur prix, et ce, pour les différentes formules de réalisation
pouvant être envisagées. Le cadre de gouvernance reposerait notamment sur les
principes suivants : une gestion des
infrastructures prenant en compte l'ensemble du cycle de vie de l'ouvrage afin
de fournir à la société des
infrastructures fonctionnelles et de bonne qualité au meilleur coût à long
terme pour la société; un donneur et gestionnaire d'ouvrage devrait
disposer des ressources nécessaires pour offrir la meilleure valeur aux
citoyens.
Nous
comprenons, à la lecture du projet de loi, que le ministre envisage la création
de plusieurs types de programme de
remboursement et que les personnes ou les entreprises s'étant livrées à de la
fraude ou à des manoeuvres dolosives pourront être appelées à rembourser
des sommes déterminées par le gouvernement. Le ministre publiera à la Gazette
officielle du Québec tout programme de remboursement.
Nous
souhaitons que l'établissement des critères propres à ce programme fasse
l'objet de consultations auprès des intervenants
et du public. Un programme d'une telle importance doit être développé et
administré en toute transparence pour
en assurer la cohérence et la rigueur. Les personnes ou les entreprises qui
devront rembourser des sommes doivent le faire en toute connaissance de
cause. Étant donné l'importance des enjeux et des pouvoirs accordés au ministre
dans le cadre de ce projet de loi, et compte
tenu des autres enjeux que le Québec doit relever en matière d'ouvrages
publics, ce cadre législatif sera d'autant
plus efficace qu'il sera appliqué dans un souci de grande transparence afin de
favoriser la reddition de comptes et
assurer une plus grande confiance du public. À cet égard, l'ordre recommande au
gouvernement d'agir en toute transparence
dans la mise en place de la loi en balisant les critères en vertu desquels les sommes
d'argent seront recouvrées et les négociations menées avec toutes les parties
prenantes.
La situation
actuelle nous offre l'occasion de mettre en place des solutions durables pour
sortir de la crise actuelle. Que
l'argent recouvré retourne dans un fonds consacré à rembourser l'État, c'est
une chose, mais nous devons faire plus. Nous devons transformer les systèmes et les pratiques d'affaires qui ont
sévi et qui nuisent à la réputation du Québec et à l'efficacité des
pouvoirs en place d'investir les fonds publics de manière optimale. Une
solution monétaire ne sera pas suffisante,
nous devons laisser une trace permanente pour que les gens se souviennent du
scandale qui a bouleversé le Québec en 2013 et trahi la confiance du
public dans toutes ses institutions. C'est pourquoi — nous
l'avons expliqué plus tôt — l'ordre
propose la mise en place d'un institut indépendant sur l'intégrité. Un système
de collusion exige une vigilance de
tout instant et de la vigie sur tous les éléments, aussi l'ordre demande au
gouvernement qu'une
partie des sommes recouvrées dans le cadre de cette
loi puisse servir à la mise en place d'un tel institut.
Nous croyons que le système professionnel peut
et doit contribuer à l'application de la loi, par exemple en instituant une collaboration entre les autorités
chargées d'appliquer la loi et les syndics des ordres professionnels
concernés. C'est dans ce contexte que
l'ordre a développé un programme d'audit visant à mieux encadrer les pratiques
des firmes de génie-conseil. Ce
programme est réalisé en collaboration avec le Bureau de normalisation du
Québec, auquel se joignent des représentants
de l'Autorité des marchés financiers, du Conseil du Trésor, du Commissaire au
lobbyisme, du ministère des Transports
du Québec, de l'UPAC et de l'Office des professions du Québec. Ces
organisations ont accepté de participer au comité de travail afin d'offrir
des conseils en matière d'intégrité et de pratiques d'affaires. Le programme d'audit
permettra non seulement de contrôler
l'exécution technique des actes d'ingénierie et d'enquêter sur les compétences,
mais également de mieux contrôler les pratiques d'affaires des sociétés qui les
exécutent.
Nous croyons
que ce programme peut devenir un outil efficace de lutte à la
corruption et à la collusion pour les pouvoirs
publics. Si le programme d'audit des firmes de génie-conseil que nous
avons mis de l'avant devient un passage obligé
pour toutes les firmes qui veulent faire affaire avec l'État, nous serions en
mesure d'assurer une plus grande cohérence
dans la mise en place des dispositifs
législatifs et des moyens pour faire face à la corruption et la collusion
dans l'industrie de la construction et du
génie. Nous suggérons que le ministre de la Justice et le président du Conseil
du trésor évaluent la possibilité que notre programme d'audit soit
intégré aux critères énoncés dans la
Loi sur les contrats des organismes
publics.
Nous croyons que des solutions durables doivent
être adoptées pour faire du Québec une référence mondiale en matière d'intégrité et d'efficacité. Nous
prenons les moyens pour implanter les mesures que nous mettons de l'avant,
et pour lesquelles nous avons besoin du
soutien et de l'appui de tous les intervenants, à commencer par le
gouvernement et tous les parlementaires. Ce ne sera pas la dernière crise à
laquelle les professionnels devront faire face. Nous devons transformer les moeurs dans les pratiques
d'affaires de l'industrie et du génie de la construction, mais pas
uniquement. Tous les milieux doivent se remettre en question.
Je terminerai
ma présentation en réitérant l'appui et la collaboration de l'Ordre des
ingénieurs du Québec à toute mesure
susceptible d'apporter des améliorations au processus de gestion et d'octroi
des contrats publics. Ces mesures font
partie de l'arsenal de moyens mis
à la disposition du gouvernement et de ses partenaires, dont nous sommes, pour
sortir grandis de la crise de confiance actuelle.
Nous sommes disponibles pour répondre à toutes
les questions ou aux commentaires relativement à notre mémoire et nos
recommandations. Merci beaucoup.
Le Président (M. Ferland) :
Alors, merci beaucoup, M. Lebel. Alors, maintenant, nous allons procéder à
la période d'échange en commençant par vous,
M. le ministre, pour un temps… On va le recalculer, là, parce que
j'ai une bonne nouvelle pour les députés de Saint-Jérôme et de Blainville : le temps qui a été utilisé, supplémentaire, sera
enlevé seulement sur le parti d'opposition et le parti du gouvernement. Alors, quand
même…
M. St-Arnaud : On est
généreux, M. le Président.
Président (M. Ferland) : À la suggestion du député de Fabre d'ailleurs,
je dois le mentionner. Alors, M.
le ministre.
M. St-Arnaud : Et il m'a mis
dans son cadeau, finalement. Il m'a mis à contribution.
Le Président (M. Ferland) :
Bien, moi, j'avais compris que c'était ça. Allez-y, M. le ministre.
St-Arnaud : M. le Président. Bien, merci, M. Lebel, Me O'Doherty, merci d'être à nouveau
présent. Ça fait quelques
fois qu'on se voit, cet automne, en commission
parlementaire. D'abord,
bravo pour votre mémoire, pour votre contribution à l'étude du projet de
loi n° 61 et pour ce message d'espoir, en quelque sorte. Comment
peut-on profiter de cette crise majeure que
nous avons connue au cours des dernières années pour transformer le tout… pour
sortir, pour reprendre vos termes,
sortir grandis de cette crise? Et pourquoi ne profiterions-nous pas de cette
crise pour, justement, non seulement
sortir grandis, mais éventuellement faire en sorte que le Québec redevienne,
comme vous le dites, cette référence mondiale en matière de gestion de
projet d'infrastructure et d'ouvrage de génie?
Et, M. le
Président, avant de poser ma première question, je veux quand même profiter de
l'occasion d'abord pour remercier
l'ordre pour ce message d'espoir qui rejoint les préoccupations du
gouvernement, mais aussi saluer le travail qui se fait à l'ordre. Je pense qu'il faut le mentionner, il se fait depuis
quelques années, principalement sous votre présidence, M. Lebel, un travail remarquable pour… Je ne
sais pas si on doit employer le mot «revaloriser» la profession d'ingénieur,
qui a été un peu malmenée au cours des dernières années, mais il y a beaucoup d'efforts
qui ont été faits. Je sais que vous avez mis
des ressources importantes au bureau du syndic, on a déjà eu l'occasion de s'en
parler. Vous avez mis de l'avant
plusieurs programmes qui… et je pense que ça mérite d'être salué. Il y a depuis
quelques années, à l'Ordre des ingénieurs,
et sous votre présidence, M. Lebel, des efforts importants qui ont été
faits pour relavoriser — et je le mets entre guillemets — la profession d'ingénieur,
et nous en sommes tous très heureux. Et je pense que le Québec va s'en porter
mieux à cet égard.
Ma question, en fait, ma première question
porterait sur votre idée que vous mettez de l'avant d'un institut indépendant sur l'intégrité. Évidemment, j'ai reçu
votre mémoire ce matin, alors je l'ai parcouru assez rapidement, mais j'aimerais vous entendre plus longuement sur cette
idée. Est-ce que vous vous inspirez d'expériences étrangères? Est-ce que
vous avez un modèle en tête? Je comprends que vous avez repris dans votre
mémoire à la page 6 et que vous l'avez
lu tantôt un peu, ce que pourrait contenir le… quel serait le rôle de cet
institut, mais j'aimerais vous entendre. Est-ce qu'il y a des exemples
étrangers qui vous ont inspirés?
M. Lebel
(Daniel) : Je vais démarrer
la réponse, mais je vais laisser aussi Me O'Doherty compléter. Je vous
dirais, oui, effectivement, on regarde, là, toutes les possibilités au niveau
international, mais je laisserai Me O'Doherty vous préciser ça davantage.
Ce qu'on vous présente ici, en fait, pour nous,
vous l'avez dit, c'est une idée, hein, on commence à discuter, échanger de cette idée-là. Ça va dans le même sens
que toutes les solutions qu'on essaie de mettre en place, à l'ordre,
pour essayer de ne plus jamais revivre cette crise-là. On vous a mis ici
quelques points, quel pourrait être son rôle, quelle est sa raison d'être comme telle aussi, on vous l'a précisé. Pour nous,
si j'utilise le modèle… Moi, je travaille beaucoup dans le secteur
industriel, je travaille pour des grosses organisations. Pour moi, c'est
comparable à ce qu'un bureau de projets peut faire dans une grande organisation, c'est-à-dire
allons chercher les meilleures pratiques, allons chercher ce qui se fait de mieux au niveau procédés, allons
chercher ce qui se fait de mieux au
niveau outils, allons chercher ce qui
se fait de mieux en termes de structure pour mettre en place des projets qui
ajoutent de la valeur.
Donc, c'est ça qui nous préoccupe présentement,
c'est de dire : Oui, il faut que les gens paient, il faut que les acteurs, disons, qui ont joué le mauvais rôle… présentement doivent payer de ce qu'ils ont fait, mais, par-dessus tout ça,
ce qu'on dit, c'est qu'il ne faut plus
revivre cette situation-là. Dans le secteur privé, dans le secteur
industriel, un bureau de projets sert
à éviter de faire des erreurs de projet. Donc, pour moi, c'est un peu dans la
même ligne de pensée, cette idée-là.
Mais je
laisserai Me O'Doherty… Si vous
voulez ajouter par rapport à nos recherches au niveau
international.
O'Doherty (Christine) : Oui.
Merci, d'abord, M. le ministre, pour vos propos. C'est toujours…
Ça fait du bien de sentir qu'il y a
des gens qui reconnaissent aussi le travail qu'on fait, parce que
vous le savez, vous êtes au coeur de ça tous les jours, mais la critique
est facile, n'est-ce pas? Alors, ça fait du bien de l'entendre. Merci.
Pour
l'institut de l'intégrité, on a commencé par une étude d'opportunité, qu'on est
train de mener actuellement. On s'inspire
des meilleures pratiques. Effectivement, la recherche va au-delà du contexte
nord-américain. On travaille… On est en train de regarder du côté de l'OCDE,
qui a fait énormément de travail de ce point de vue là dans les pays comme l'Australie,
la Grande-Bretagne, la France, le Danemark, la Suède qui, à la suite de
scandales similaires ou en fait de problèmes similaires, ont mis en place
certaines formes d'autorités. Alors, des fois, on les appelle les autorités de
la concurrence, autorités contre la
collusion. C'est toujours des organisations qui sont, ce qu'on en sait à
première vue, des organisations liées au gouvernement et qui font oeuvre
pour sanctionner les fautifs ou… et pas nécessairement pour mettre en place les meilleures pratiques. Alors, il y a
cette dimension qui est très importante, comme M. Lebel vient de l'expliquer,
pour nous, c'est-à-dire de s'assurer qu'on ne refasse pas les erreurs du passé.
C'est très complexe, c'est un système
où il y a énormément d'intervenants, mais, si on le regarde d'un point de vue systémique aussi, bien on risque peut-être d'avoir des résultats
plus concluants aussi.
Et c'est vraiment l'approche qu'on a décidé de prendre, à l'Ordre
des ingénieurs. On s'est vus au projet
de loi n° 1, dans
une autre commission, mais on parlait, à ce moment-là, du contrôle, puis, comme
c'est le rôle traditionnel des ordres
professionnels, on parlait du contrôle sur les membres. On s'est dit :
Oui, mais ce n'est pas suffisant, le contrôle sur nos membres. Ce n'est pas ça, le problème. On a
développé notre programme d'audit, une approche déjà un peu plus au niveau organisationnel. Mais
ça ne suffit pas encore, parce qu'une fois que tu as sanctionné ou que tu
contrôles les individus, tu regardes ce qui se fait au niveau des entreprises,
bien comment les entreprises interagissent dans leur écosystème? Et là on s'est dit… on est arrivés avec cette idée d'un institut
qui aurait une vision globale, périphérique de l'ensemble des intervenants, et indépendant, parce qu'on s'imagine qu'il
va y avoir des choses difficiles. Quand
on change les pratiques d'affaires, quand on change les cultures, on s'attaque
à quelque chose de bien enraciné, bien ancré,
alors on a besoin d'avoir peut-être ce regard plus objectif, si ça existe, mais
un regard plus objectif sur l'ensemble de nos pratiques et dans nos interactions aussi, donc, entre les ordres,
les donneurs d'ouvrages, les firmes de génie-conseil, les fournisseurs
de services aussi. Donc, c'est un peu notre approche. On s'est dit : On
grandit, mais en même temps trois éléments
qui sont, pour nous, parfaitement bien liés pour assainir et revaloriser, comme
vous le disiez, la profession d'ingénieur notamment.
St-Arnaud : Mais est-ce que, dans votre optique, cet
institut-là a un rôle conseil eu égard au gouvernement? Je comprends que vous y avez un peu fait référence
dans votre allocution de départ, vous dites : Ce qu'on voudrait, là,
ce qu'on voudrait voir cet institut faire,
c'est notamment quelles sont les meilleures façons dont se donnent les contrats
un peu partout dans le monde, comment on
surveille les chantiers, comment les États… Donc, il y a une
partie réflexion,
il y a une
partie observation de ce qui se fait, observatoire de ce qui
se fait un peu partout dans le monde.
M. Lebel (Daniel) : …vigie, oui.
St-Arnaud : Bon, ça, je saisis ça. Et ensuite quel serait le
lien avec… Une fois qu'on a fait ça, là, une fois qu'on a fait cette vigie, cette observation des
principales… des meilleures pratiques, quel est le rôle par rapport au
gouvernement que pourrait avoir cet institut… ou par rapport à des ordres
professionnels comme le vôtre? J'aimerais vous entendre là-dessus.
M. Lebel
(Daniel) : Bien, en
fait — je vais
démarrer encore la réponse — en fait c'est vraiment… vous l'avez
bien dit, c'est un rôle conseil, là. C'est ça, le rôle de l'institut, là, c'est
vraiment de s'assurer qu'on a fait la vigie qui était nécessaire, on a fait les recherches qui étaient nécessaires pour…
Vraiment, quand on vous dit qu'on veut profiter de la crise comme étant
aussi une opportunité pour faire mieux puis se repositionner vraiment comme au
niveau de l'intégrité et de l'éthique, on
est en mesure de le faire. Et, si on crée cet institut-là qui devient un
institut-conseil auprès du gouvernement, auprès des organismes publics,
bien, à ce moment-là, ce qu'on dit, c'est qu'on va chercher vraiment les
meilleures pratiques puis on s'assure de les
mettre en place et de les préserver surtout, là. C'est notre souhait. Quand les
acteurs vont changer, les scénarios vont changer aussi, donc ça, ça nous
inquiète. Donc, nous, ce qu'on dit, c'est : Il faut préserver les meilleures
pratiques toujours.
St-Arnaud : Parce que c'est ça. Ça ressemble un peu, en partie,
à un observatoire de ce qui se passe, mais c'est plus qu'un
observatoire. Ce que vous dites, c'est aussi… il y a un rôle conseil qui
pourrait être fait par cet institut, pour
reprendre votre terme, auprès du gouvernement dans la préparation de ses
législations, de ses pièces législatives, mais aussi auprès… vous dites rôle conseil aussi auprès
des entreprises, des donneurs d'ouvrage publics. Est-ce que je saisis
bien, là, votre idée?
Mme O'Doherty (Christine) : Oui,
absolument…
M. Lebel (Daniel) : Oui, allez-y,
allez-y.
Mme O'Doherty (Christine) : Les deux
micros sont…
M. Lebel (Daniel) : Non, allez-y.
O'Doherty (Christine) :
Absolument, c'est tout à fait ça, un rôle conseil puis un rôle d'accompagnement,
parce que ce n'est pas tout de faire du
conseil, les gens en font bien ce qu'ils veulent après, je pense qu'on a un
devoir d'accompagner aussi. On pense aux
municipalités. Les grandes municipalités ont les ressources, les compétences,
quoique parfois ils s'en plaignent aussi, mais les petites municipalités, par
exemple, qui existent, qui ne savent pas où se tourner, vers qui se tourner et puis qui… peut-être qu'elles ne sont pas
conseillées de la meilleure façon non plus, parce que c'est comme ça que
ça s'est toujours passé dans la région puis dans la MRC. Alors, il pourrait
même y avoir ce type de mandat, même. M. Lebel parlait d'un bureau-conseil de
gestion de projet, ça peut aller très loin aussi en termes d'accompagnement. Ça
pourrait être des mandats aussi sur comment on fait les choses, comment on gère
les grands projets, pas pour dédoubler le
travail non plus, pas se substituer au ministère des Transports ou à une
nouvelle agence des transports qui pourrait être créée, mais vraiment d'être
là en appui, pour se dire : O.K., est-ce qu'on a regardé tous les angles?
Est-ce qu'on s'est assuré que c'est la meilleure manière de faire?
Grande-Bretagne, ils ont constitué une organisation comme celle-là puis ils ont
réalisé des économies de 20 % après
la première année, donc, pour l'octroi et la gestion des contrats. Les gens du
Conseil du trésor pourraient en parler avec plus de pertinence, mais il
y a ces éléments-là qui existent pour des économies mais aussi pour de la
meilleure qualité d'ouvrage.
M. St-Arnaud : Et vous dites
donc : On a lancé une étude d'opportunité là-dessus. Je suis curieux de
savoir quand est-ce que vous allez nous… Quel est votre échéancier pour nous
revenir avec des propositions?
M. Lebel (Daniel) : Je vous laisse
répondre. Je vais laisser répondre.
O'Doherty (Christine) : Oui,
c'est ça. Notre échéancier exact ou le… Non, mais, en fait, on est en
train de l'amener, actuellement, puis on
entreprend… en janvier on veut pouvoir travailler avec cet échéancier-là… cette
étude d'opportunité, pardon, pour se donner un échéancier de projet. Puis on
regarde au printemps pour tenir une espèce de journée
de veille comme on l'a fait pour le transport puis le développement durable
aussi et pour faire quelque chose avec… amener des gens autour de la
table aussi, des intervenants, parce qu'on ne fera pas ça seuls puis on ne sera
peut-être pas au coeur… l'OIQ ne sera
peut-être pas au coeur de cet institut, mais on va avoir besoin d'amener les
personnes autour de la table qui,
d'une manière ou d'une autre, travaillent déjà sur certains sujets qui vont
être connexes. Ça pourrait être un réseau virtuel international. On ne
sait pas encore la forme, mais il est certain que ça nous prend… Nous, ce qui
est important, j'imagine, en bons
ingénieurs, bien c'est d'avoir une trace et pas seulement… pas seulement de
l'argent qui revienne dans les
coffres mais une trace où on va
regarder ça puis on va se dire, à un
moment donné : Bon, bien, en
2013, il y a eu ce drame-là; on n'y retourne pas, là.
St-Arnaud : ...on va
suivre ça avec attention. En tout cas, je
pense que vous nous avez mis l'eau à
la bouche avec cette idée.
Peut-être
une ou deux choses pour revenir plus spécifiquement au projet de loi n° 61. C'est, je crois, à la
page 8, vous dites : «…le projet de loi devrait viser l'ensemble des
marchés publics et non seulement les contrats liés à la construction.» Évidemment,
ce qui a amené le gouvernement à viser davantage l'industrie de la
construction, c'est évidemment tous ces
débats que nous avons eus au cours des derniers mois et des dernières années,
malheureusement.
Est-ce qu'il y a... Qu'est-ce qui vous permet de
croire que d'autres industries sont aux prises avec les mêmes problèmes et avec
une telle gravité, si je puis... Parce qu'évidemment, l'industrie de la
construction, on en a tous entendu parler, depuis trois, quatre ans, mais qu'est-ce
qui vous amène à croire qu'il y aurait lieu de viser l'ensemble des marchés
publics?
M. Lebel
(Daniel) : Écoutez, voilà un
certain temps, en fait depuis le début de la commission Charbonneau, on
nous posait la question, à l'Ordre des ingénieurs : Pourquoi vous n'avez
jamais entendu parler de ça? Ce n'est pas possible,
c'est incroyable, c'est… Il n'y a pas personne qui a dénoncé quoi que ce soit.
Bon. Bref, on a toujours expliqué que c'est nos membres, puis nous, nous
inspectons les membres. C'est ça aujourd'hui qui nous permet de le faire.
Aujourd'hui,
j'ai du monde qui me disent : Oui, mais, l'informatique, toutes les
dérapes qu'il y a au niveau des projets
informatiques — je le
dis dans mes mots, là, donc… — est-ce qu'on peut se poser la même question?
Est-ce que vous avez des ingénieurs
qui sont pris là-dedans? Est-ce que vous avez des dénonciations autour de ces
projets-là? Donc, je donne ça en
exemple, O.K., simplement, tout ça, pour vous dire qu'on ne voudrait surtout
pas se faire dire, dans deux ans, dans trois ans, que le prochain
scandale, c'est le scandale de l'informatique. Puis je ne vous dis pas qu'aujourd'hui
j'ai de l'information
qui me dit ça. Je lis les journaux comme vous, j'écoute les nouvelles comme
vous, mais j'entends que les projets
informatiques, ce n'est pas nécessairement évident à ce moment-ci. Alors, ce
qu'on dit, c'est que, oui, ça… oui, le
domaine de la construction, à ce moment-ci, mais vous en faites d'autres,
grands dossiers au niveau des organismes publics. Vous avez plusieurs projets de front, dont
l'exemple... Je ne vous dis pas aujourd'hui que j'ai de l'information qui
me permet de révéler quoi que ce soit, autrement que celle que vous avez, mais
il faut être prudent. C'est ça qu'on dit, c'est :
Servons-nous de cette expérience-là du monde de la construction pour
dire : Avons-nous des problèmes ailleurs? Puis, si oui, ça devrait
s'appliquer aussi.
St-Arnaud : Vous dites au début de votre mémoire que «le
Conseil du trésor estime qu'entre 8 % et 24 % des coûts des contrats publics dans le domaine de la
construction sont liés à des formes de malversation». Vous soulignez...
Vous indiquez : «La commission Charbonneau a avancé le chiffre de
30 %.»
Vous
avez compris que, dans le projet de loi n° 61, tel que rédigé
actuellement, le pourcentage correspondant au préjudice sera déterminé par le gouvernement, éventuellement par
décision du Conseil des ministres. Est-ce que l'Ordre des ingénieurs pourrait élaborer là-dessus, est-ce que
vous avez des pourcentages en tête? Quel serait le pourcentage, à vos
yeux, raisonnable, réaliste qui pourrait
être réclamé des entreprises fautives? Est-ce que vous avez réfléchi à cette
question?
M. Lebel
(Daniel) : En fait, clairement on ne pourrait pas vous donner un
pourcentage, très honnêtement, là. On
utilise l'information qu'on reçoit, là, présentement, puis ce qu'on dit, c'est
que… On voulait juste essayer de donner une image de l'envergure de la chose, là, le potentiel qu'il y a en arrière
de ça. Et le 175 millions, pour nous, c'est déjà énorme, là,
alors... Mais je ne serais pas en mesure aujourd'hui... On n'a pas fait ce
genre d'analyse là complète pour savoir exactement quel est le pourcentage
précis.
St-Arnaud : Parce que votre 175 millions, là, c'est si on
réduisait d'un point seulement le pourcentage qui est associé à l'impact
sur l'octroi des contrats. Pour une année, là, ce serait 175 millions dont
l'État aurait été privé.
M. Lebel (Daniel) : Bien, en fait, ça explique, là, l'augmentation des coûts de projet,
hein? Ça, c'est clair, là, on le sait,
là. Mais par-dessus tout ça aussi il y a l'inefficacité, puis, bon, il y a bien
d'autre chose aussi qui fait que les coûts peuvent augmenter, là. Mais on ne serait pas en mesure de vous dire
aujourd'hui clairement quel est le pourcentage précis, là.
St-Arnaud : Comme
vous le savez, le projet de loi n° 61, c'est essentiellement deux choses. La première
partie du projet
de loi, le premier volet, c'est de donner des moyens plus costauds pour d'éventuels
recours civils devant les tribunaux à
l'endroit des entreprises fautives, et le deuxième volet, qui en fait est peut-être
le premier, qui passe avant dans le
temps, c'est le volet programme de remboursement. Donc, on met sur pied, dans
le projet de loi, un cadre législatif qui encadre le
programme de remboursement, aux articles 12 et suivants, et éventuellement il y
a un deuxième volet, qui est au début du projet de loi, les
articles 3 et suivants, qui dit : Bien, si ça ne fonctionne pas par
le biais du programme de remboursement, bien il y aura des recours civils avec
des moyens extraordinaires et beaucoup plus costauds que les règles
habituelles.
Vous
dites, eu égard au programme de remboursement : «Nous souhaitons que
l'établissement de ces critères fasse l'objet
de consultations auprès des intervenants et du public.» Le programme doit être
administré en toute transparence, il faut que les critères soient
précis.
Est-ce
que vous avez réfléchi sur comment devrait fonctionner ce programme de remboursement,
sur les critères? Est-ce que vous avez des pistes, au-delà de ce qui est
dans le projet de loi, à nous suggérer?
Mme O'Doherty (Christine) : Bien, la vérité, c'est qu'on estime que ce n'est
pas nécessairement notre rôle de regarder ce genre de critère de
remboursement, tu sais, c'est une question... c'est entre les entreprises qui
ont floué les organismes publics, le gouvernement, en fait qui... sur des
allégations et qui seront réputées coupables, qui seront accusées, là, devant la justice, d'être... Et, à
ce moment-là, vous avez mis en place dans le projet de loi aussi un
mécanisme pour des négociations éventuelles ou des ententes qui seront prises.
Alors,
je ne voudrais pas répondre à la place de l'AICQ, par exemple, qui pourra sans
doute vous en dire davantage. Pour
nous, ce qui est important, à l'ordre, vous l'avez dit, c'est un message
d'espoir, mais c'est aussi... c'est ne pas faire fi de ce qui s'est passé, c'est de prendre un temps
d'arrêt, de regarder ça, de faire les calculs. Puis je sais que c'est
complexe. Pour avoir eu des discussions avec les gens du Conseil du trésor, c'est
assez complexe, là, de définir comment on va rembourser,
avec quel pourcentage, qu'est-ce qu'on charge, qu'est-ce qu'on ne charge pas,
comment on évalue les contrats et... Mais c'est juste que les... on a
fait le commentaire parce que les chiffres sont toujours...
Le Président (M.
Ferland) : …à peu près 20 secondes.
Mme O'Doherty (Christine) : Oui. Alors, voilà, on n'a pas réfléchi aux
critères, mais, si jamais vous vouliez qu'on y regarde de plus près, ça
va nous faire plaisir. Cela étant, on estime que ce n'est pas notre rôle
nécessairement entre l'État et les entreprises.
M. St-Arnaud :
…sur quoi...
Président (M. Ferland) : …le temps étant écoulé, M. le
ministre. Vous aviez 20 minutes à votre disposition. Alors,
maintenant, je reconnais le...
Président (M. Ferland) : Eh oui, c'est... D'ailleurs, il y a
une photo de prise. Ce moment sera immortalisé, M. le ministre.
Alors, maintenant, je cède la parole au parti d'opposition,
le député de Fabre, pour un temps de 14 minutes et des poussières.
Ouimet
(Fabre) : Merci, M. le Président. J'aurai quelques observations
et une question, et mes collègues de Bourassa-Sauvé et de Chomedey
aussi.
Alors, merci. Bonjour et merci d'être là. Merci
pour votre excellent mémoire, vos excellentes suggestions, surtout dans un très,
très court délai. Je ne reviendrai pas sur ma marotte des délais de convocation
en commission parlementaire, mais sachez qu'on apprécie énormément votre
présence à si brève échéance.
Ceci dit, vous
faites d'excellentes suggestions. Il y en a une sur laquelle j'aimerais revenir
pour faire un commentaire d'entrée de jeu, celle de tenir des
consultations publiques sur le projet de règlement. M. le ministre vient de vous questionner, entre autres, sur le
pourcentage, au niveau de : Comment détermine-t-on le préjudice? Je
trouve ça intéressant de vous entendre dire qu'alors que vous êtes des experts,
vous connaissez bien votre marché, vous êtes mal placés pour répondre à cette
question, mais on va faire confiance au gouvernement pour trouver la réponse à
ce pourcentage. Des consultations publiques,
M. le Président, sur le projet de règlement qui va baliser l'exercice de...
l'entrée en vigueur de cette loi-là et comment cette loi-là va opérer, je pense
que ce serait une nécessité.
Ceci dit,
vous faites une mise en garde que je pense important de relever, vous soulignez
à quelques reprises, dans le projet
de loi, l'importance de revoir périodiquement les lois pour faire les
correctifs nécessaires. J'ai toujours pensé, moi, que, les lois, on n'adopte pas ça rapidement, il
faut prendre le temps de les étudier. Justement parce qu'on ne les
change pas rapidement, il y a une question
de stabilité et de prévisibilité qui est essentielle. Vous le soulignez dans
votre mémoire — et
mon collègue pourra aborder plus la loi n° 1 tantôt — il
est important de s'assurer qu'on ne manque pas notre coup dès le départ, et ça, je pense qu'il faut prendre
le temps de bien s'assurer que la loi répond à nos besoins dès le
départ.
Vous
soulignez, page 8 et page 9, là… vous questionnez le recours à une
enquête, et vous posez plusieurs
questions sur quelles seront ces enquêtes
qui vont alimenter les poursuites pour récupérer les sommes d'argent, et vous
soulevez même la possibilité de s'en remettre à une condamnation plutôt que de
réinventer la roue, refaire le travail, et je pense que c'est une question très pertinente, qui va au coeur même
de l'objectif visé par la loi. Cette question-là, je pense qu'il faudra s'y arrêter, d'autant plus que, puisqu'on
vise à changer les règles du jeu, les règles du droit, d'autres
intervenants qui sont venus nous ont
souligné qu'il fallait être très prudents comme législateurs lorsqu'on
envisageait de changer les règles du jeu, le droit applicable. Et je
pense que les questions que vous posez sont directement au coeur de cette
question-là et je pense, M. le Président, que le ministre devrait réfléchir
longuement et apporter des réponses à ces questions-là avant d'aller de l'avant.
Ceci dit, ma question, c'est… Vous parlez
d'impacts sociaux et économiques du projet de loi n° 61 et de la nécessité de faire des études. Pouvez-vous dire ce
que vous avez en tête, à quoi correspondraient ces études? Et est-ce que
ce n'est pas quelque chose qu'on devrait
examiner avant d'envisager de bouleverser les règles du droit pour
récupérer ces sommes d'argent? Alors,
qu'est-ce que vous avez en tête quand vous parlez de cette étude d'impacts
sociaux et économiques?
M. Lebel
(Daniel) : O.K.
Effectivement, on avait déjà amené ce point-là au projet de loi n° 1
à l'époque, là, où on disait :
Oui, c'est bien de mettre en place rapidement ce genre de loi là, qui devient
essentiel, je pense, pour corriger la situation dans laquelle on est. Ce
qu'on disait, c'est : Assurez-vous de mettre en place des indicateurs qui
nous disent à quel point cette loi-là nous
permet d'aller chercher les bénéfices espérés, là. C'était dans ce sens-là
qu'on avait amené ce point-là et
qu'on le ramène encore aujourd'hui, c'est de dire : Oui, une loi, il faut
qu'elle soit certainement bien réfléchie avant de la mettre en place, et c'est le but de la consultation
certainement. Mais, au-delà de ça, ce qu'on dit, c'est que, une fois
qu'on l'a mise en place, quels seront les indicateurs qui vous disent que cette
loi-là nous amènera la performance souhaitée?
C'est simplement ça, comme on le fait dans toute autre organisation,
indicateurs qui peuvent être d'un point de vue économique, évidemment, mais aussi social. Donc, c'est un peu dans
ce sens-là qu'on amenait le point, c'est-à-dire : si on met en
place une loi, et que ça nous crée une contrainte au niveau développement de
marché ou je ne sais pas quoi, là — je n'ai aucune idée, là, c'est pour ça qu'on
vous dit qu'il faut faire l'étude — bien il faut s'en assurer, de ça,
puis le mesurer, puis de voir quel est l'effet réel par rapport à tout ça.
Quand on dit
qu'il ne faut surtout pas générer du ralentissement au niveau des travaux
d'infrastructure qui sont importants
pour nous, là, importants pour la société québécoise… Puis là je ne veux pas
ramener le pont Champlain, qui est d'actualité,
là, mais qui est quand même inquiétant, mais ça, c'est une infrastructure à
suivre. Mais il y en a plein d'autres comme ça. Alors, c'est ça qu'on
dit, c'est : Est-ce que l'effet d'une loi… Il ne faut pas qu'elle vienne
contrevenir à la performance puis à l'exécution des travaux qu'on a à mettre en
place, c'est un peu ça qu'on vous dit ici. Je ne sais pas si vous vouliez
ajouter.
O'Doherty (Christine) :
J'allais juste ajouter aussi qu'effectivement vos commentaires sur le
bouleversement d'un processus législatif sont… c'est un commentaire qui
est pertinent. Et je comprends aussi l'empressement du gouvernement depuis l'année passée, depuis janvier, quand on a adopté la
Loi sur l'intégrité, tu sais, de vouloir mettre en place des moyens, parce qu'on s'est retrouvés…
puis je ne dis pas qu'il n'y a jamais eu de crise comme ça dans la
société québécoise, là, mais on s'est
retrouvés au coeur d'une tempête, hein, pour tout le monde et dans plein de
secteurs, donc je comprends l'empressement du gouvernement. Comme
avocats, peut-être que ça nous choque un peu ou ça nous ébranle
un peu, mais en même temps des fois il y a
peut-être des considérations sociales, économiques, politiques qui vont
prévaloir sur le fait de rechercher la perfection d'une loi. Je ne reviendrai
pas avec le projet de loi n° 49, mais… Bon, je l'ai dit.
Mais alors
comme M. Lebel explique, effectivement, il faut pouvoir les mesurer. Et je ne
veux pas parler à travers mon chapeau, mais c'est peut-être quelque
chose sur lequel on ne reporte pas suffisamment notre attention aussi quand on adopte une loi, l'impact socioéconomique
qu'elle aurait. Alors, c'est peut-être de se dire : C'est peut-être
une meilleure pratique qu'on pourrait vouloir mettre en place aussi.
Ouimet (Fabre) :
Merci. Je vais céder la parole à mes collègues.
Le Président (M. Ferland) :
Alors, le député de Chomedey ou… Chomedey. Allez-y.
Ouellette :
Merci, M. le Président. M. Lebel,
Me O'Doherty, bonjour. Rafraîchissant,
votre mémoire. Et je souscris
entièrement aux commentaires de mon collègue de Fabre parce qu'effectivement, à
vouloir aller trop vite, peut-être qu'on peut passer à côté aussi, et
tous les gens qui sont venus nous voir nous exhortent à la réflexion. Je pense
qu'il faut partir sur des bonnes prémisses.
On connaît la situation en 2013, mais, si vous avez suivi l'actualité,
tous les témoins qui sont venus à
Charbonneau font état d'une situation de 2009, et ce n'est pas automatique que… Depuis
2010, là, c'est 175 millions qui reviendraient au gouvernement,
puis, je veux dire, c'est pour ça qu'il y a une réflexion intéressante qui doit
être faite.
À la page 7,
quand vous faites des commentaires par
rapport à la loi n° 1 et que vous voulez que les condamnations puissent être prises en considération par l'Autorité des marchés financiers, bien vous n'êtes pas sans savoir que, dans
un premier temps, c'est l'UPAC qui fait l'enquête, et suite à l'enquête, normalement,
il y a un imprimatur qui vient de l'Autorité
des marchés financiers. Plusieurs
intervenants et… Ce qu'on entend dans le milieu, c'est qu'il ne faudrait
pas que maintenant tu sois capable de t'acheter une licence ou de t'acheter une
virginité puis que, si tu es coupable, bien, dépendant
de la grosseur que tu as ou dépendant des contacts que tu as ou des plugs que
tu as, tu peux être capable d'avoir cette licence-là.
Je reviens toujours
à la page 7. Vous nous mentionnez… Vous avez fait état de la ville de Montréal. Effectivement, elle va
vouloir avoir une plus grande marge
de manoeuvre, à laquelle il va
falloir réfléchir, et vous nous soumettez comme recommandation que le gouvernement
mette en place un système de mesure de l'efficacité du projet de
loi n° 61 et des règlements qui l'accompagnent afin de pouvoir y
apporter périodiquement les ajustements nécessaires.
On a déjà toutes les misères du monde à faire
adopter des projets de loi. Il y a un processus législatif qui est complexe, qui est long. J'aimerais bien ça savoir
quelle était votre réflexion sur cette suggestion-là d'avoir des mesures
d'accompagnement qui vont faire qu'on va s'ajuster au gré des différentes
situations, parce que normalement, quand le législateur prend la peine, après y
avoir mûrement réfléchi, de faire une loi, ce n'est pas pour être changée aux cinq minutes. Parce que, vous savez, le
projet de loi n° 61, là, déjà il y a des gens qui sont payés des gros
prix juste pour le contrecarrer,
O.K.? La journée qu'il est sorti, il y a des gens qui ont commencé à travailler
dessus : Comment on peut faire pour
contrecarrer le projet de loi? Je veux vous entendre sur les mesures qui
pourraient accompagner le projet de loi n° 61, qui pourraient
amener des ajustements, là, comme vous l'avez recommandé dans votre mémoire.
Le Président (M. Ferland) :
Alors, M. Lebel.
M. Lebel
(Daniel) : Oui. Je vais
commencer la réponse puis je vais laisser notre avocate parler de droit.
Comme on a dit tantôt, écoutez, nous, ce
qu'on vous dit, c'est : Dans des projets de loi comme celui-là, sur lequel
on veut mesurer un impact, là, on veut être capable de le suivre puis on
veut être capable de dire à quel point qu'il a amené de la valeur ajoutée à notre
société québécoise puis qu'il nous permet d'assurer qu'au bout du compte on a
une pratique intègre et éthique, donc, nous,
ce qu'on vous dit, c'est : Il faut mettre en place des mécanismes de
mesure. On ne dit pas qu'il faut revoir
constamment la loi, en tout cas ce n'est pas comme… Puis je peux comprendre
très bien le niveau de difficulté, puis je laisserai Me O'Doherty en parler davantage, mais c'est plus dans ce
sens-là qu'on le dit. Il faut savoir… Puis là je vous parle en tant qu'ingénieur, là. C'est que nous, on
ne fait pas de projet sans s'assurer qu'on sera capable de le mesurer et
de bien le suivre. Pour la vie utile de cette loi-là, c'est un peu le même
principe qu'on vous amène ici. Me O'Doherty, je ne sais pas si…
O'Doherty (Christine) :
Bien, je ne sais pas si je vais répondre directement, je vais essayer, mais ce
que je voulais dire, c'est que, l'ampleur de la crise actuelle, je pense qu'on
a tous été frappés par ça. Au premier chef les professionnels, ensuite les gens qui les côtoient, les politiciens, les
médias, on a tous été frappés par cette crise-là mais surtout par l'ampleur.
Depuis 2009
que l'ordre travaillait… M. Ouellette, vous faisiez référence à 2009, puis
effectivement les firmes ont mis en place des mécanismes pour modifier
les choses.
Le Président (M. Ferland) :
Il reste 2 min 30 s environ. Allez-y, continuez.
Mme O'Doherty (Christine) : On va
faire ça vite.
Ouellette : Oui,
parce que je vais avoir une autre question.
Mme O'Doherty
(Christine) : Mais c'est la démonstration, je trouve, assez éloquente
du fait qu'on ne peut pas… une solution
n'est pas suffisante pour pallier cette crise-là. Puis une loi va faire un bout
de chemin, va nous permettre d'y
travailler. Et là c'est vrai que, dans l'empressement du moment… Puis il y a
beaucoup de pression pour que les… de la population, des médias en général mais de la population pour qu'on fasse
quelque chose. Nous, on reçoit des courriels, je ne sais plus combien par jour : Faites quelque
chose. Qu'est-ce que vous faites? Vous ne faites rien. Bon, on ne veut pas se soumettre à cette pression-là, mais on est tous
touchés par ça puis on veut mettre en place des choses. C'est pour ça qu'on
arrive avec l'idée d'un institut, on est arrivés avec l'idée des audits, parce qu'on estime qu'une
seule solution ne sera pas suffisante.
Mais ça nous prend des solutions, par
exemple. On se dit toujours,
à l'ordre : On ne veut pas être ceux, là, dans 10 ans, tu sais, quand on va regarder 2013
puis on va se tourner puis on va dire : Mais vous avez fait quoi? Bien, on
n'a pas fait grand-chose. On a laissé passer le train puis...
Ouellette : J'ai
une dernière question pour la dernière minute qu'il me reste.
Le Président (M. Ferland) :
Allez-y, M. le député de Chomedey.
Ouellette : J'ai une dernière question. Vous mentionnez, à
la page 9 de votre mémoire, que… les personnes ou les entreprises qui
devront rembourser. Donc, vous ouvrez la porte, parce que, dans le projet de
loi, on parle des entreprises, on parle des
dirigeants des entreprises, mais, s'il
y a des personnes, des fonctionnaires
ou des gens… des élus municipaux…
Quelque personne que ce soit, vous les incluez dans le projet de
loi n° 61. Il faudra y réfléchir pour qu'eux autres aussi
soient imputables. C'est le sens des écritures, O.K.?
M. Lebel (Daniel) : Exact.
Absolument.
Mme O'Doherty (Christine) : Des
écritures, oui. C'est le sens des écritures.
Une voix : Les Saintes
Écritures.
Des voix : Ha, ha, ha!
Ouellette : Oui,
oui. Non, non, mais c'est le sens des écritures aussi.
Mme O'Doherty (Christine) : Oui.
Ouellette : Votre
institut, vous dites qu'une
partie des sommes recouvrées dans le cadre de cette
présente loi puisse servir à la mise en place d'un tel institut. Est-ce que c'est
pris dans le 20 % des frais d'administration ou dans le 80 % qu'il
reste, votre suggestion que vous pourriez faire?
M. Lebel
(Daniel) : Là, je pense
qu'on n'est pas nécessairement rendus là, mais ce qu'on dit, c'est que,
nous, il faudrait certainement que ces fonds-là servent à aider ce genre d'institut
là, c'est ce qu'on vous dit. On est au niveau de
l'intention, c'est une idée qui est lancée aujourd'hui. Et c'est à explorer
davantage, dont autant son financement, mais ce qu'on dit, c'est qu'il y a certainement là un moyen de financer ce genre
d'institut là. Puis en même temps, bien, c'est un moyen de laisser une trace, là, sérieuse, solide,
là, qui permet de dire : On a mis en place à même ces fonds-là un
institut qui permet de gérer l'intégrité, d'assurer l'intégrité et l'éthique au
Québec.
Président (M. Ferland) : Alors, le temps étant écoulé… Il reste
quatre secondes, le temps de céder la parole au député de...
Le Président (M. Ferland) :
Oui, mais je vais le prendre, M. le député.
Le Président (M. Ferland) : S'il
en avait besoin. Alors, M. le député de Saint-Jérôme, pour un temps de quatre
minutes et des poussières.
Duchesneau : Alors, quatre minutes et des poussières. Je vais
faire mes commentaires très brefs pour vous entendre. Moi aussi, je trouve que vos commentaires ont été vivifiants,
dynamiques, vous êtes une bouffée d'air frais. J'aurais pu continuer
là-dessus.
Vous savez,
30 ans pour se faire une réputation, 30 secondes pour la perdre, vous
l'avez vécu. On est dans une crise et
on doit s'en sortir. Ce que vous proposez est intéressant. Quand on parle de
remboursement, il faut quand même trouver l'équilibre, le juste
équilibre entre les peines à imposer aux fautifs mais aussi l'équité à ceux qui
se sont toujours fait avoir parce qu'ils
n'ont jamais été capables d'avoir des contrats. Donc, il faut que l'entreprise
honnête sente qu'il y a aussi justice, parce qu'on ne pourrait pas s'acheter
une virginité en remboursant, je pense que ça déferait l'idée derrière tout ça. Moi, je pense
plutôt à une commission de la vérité et de la réconciliation comme on a eu en
Afrique du Sud, dire : Dépêchons-nous à tourner la page.
Et ça m'amène
justement à la dimension des remboursements. On ne pourra jamais trouver le
montant exact qui représente
l'ampleur de la fraude. Il faut donc trouver des moyens de s'entendre
rapidement et pour pouvoir tourner court et de manière efficace, là, à
la problématique qu'on a actuellement. Ce que vous avez pensé, on dirait, en
droit criminel, un «plea bargaining», hein, qu'on puisse s'entendre, qu'on
tourne la page et qu'on puisse maintenant agir comme un bon citoyen.
M. Lebel
(Daniel) : Non, mais,
honnêtement, on n'a pas fixé ni de montant, ni de pourcentage, ni comme...
Je veux dire, on ne s'est pas embarqués à ce niveau-là.
Mais, par
contre, une des solutions qu'on vous amène ici, c'est notre programme d'audit.
On dit : Intégrez-le, le programme
d'audit. Forçons la chose, là. C'est-à-dire c'est un programme développé avec
le Bureau de normalisation du Québec,
vous avez vu le comité qui en fait partie. On n'est pas dans notre institut
qu'on vous propose, mais on n'est pas loin, là. C'est-à-dire que notre
programme d'audit, c'est déjà beaucoup, là.
Duchesneau : ...un peu comme l'institut sur la gouvernance
d'organismes privés. Et ça m'amène justement à parler de financement de
votre institut. Oui, le gouvernement, je pense, doit sûrement injecter des
fonds, mais est-ce que vous n'êtes pas
d'avis que les grandes entreprises devraient aussi y contribuer de façon importante?
Après tout, vous avez perdu votre réputation, vous tentez de la refaire,
et je pense qu'en ayant un organisme indépendant on pourrait sûrement trouver
du financement, un des deux. Vous êtes d'accord avec l'idée?
M. Lebel
(Daniel) : Absolument.
D'ailleurs, notre programme d'audit, c'est totalement financé par les
firmes, hein, il n'y a pas de membre qui va
donner un dollar pour le programme d'audit. Donc, c'est les firmes qui devront
payer pour se faire auditer, volontairement pour l'instant.
Duchesneau : Et je
suis sûr qu'il ne me reste pas grand temps, je voulais juste faire un commentaire. On a tous vécu une autre
crise au Québec, au mois de juillet, avec Lac-Mégantic, et on a
vu des bénévoles arriver dès le
lendemain pour trouver… Bien honnêtement,
j'aurais aimé ça que les ingénieurs, de façon bénévole, puissent… auraient dû
aussi débarquer à Lac-Mégantic peut-être pour nous bâtir une cité de l'avenir,
sans que ce soit toujours le gouvernement qui soit obligé de payer. Ça aurait
été une façon honorable de le faire.
Dernier
commentaire. Empressement du gouvernement, M. le ministre, moi, je suis comme
un enfant, j'ai le besoin du plaisir immédiat. Moi, je n'ai pas trouvé
qu'on s'est empressé trop, trop à avoir ce débat qu'on a ici aujourd'hui. C'est
de bonne guerre, mais il faut juste s'assurer que le remède ne soit pas pire
que la maladie, et, si, là, on continue à
traîner, justement, ce débat-là... Écoutez, la commission Charbonneau, vous en
avez parlé, on est encore juste au niveau municipal, on n'a pas encore
touché au niveau provincial. Il va falloir qu'on en sorte, de cette crise-là,
aujourd'hui. Et ce que vous nous donnez
comme suggestion, d'un institut indépendant sur l'intégrité, je vous dis, c'est
vraiment une bouffée d'air frais. Et je pense qu'il me reste…
Président (M. Ferland) :
Bon, il reste quelques secondes, le temps, comme tout à l'heure, de me diriger
vers le…
M. Duchesneau : Ça m'a fait
plaisir. Merci.
Président (M. Ferland) : …le député de Blainville pour un temps
similaire, c'est-à-dire 4 min 20 s, M. le député.
M. Ratthé :
Merci beaucoup, M. le Président. Madame monsieur, merci d'être là. Évidemment,
votre expertise est de grande
utilité, puis je pense effectivement que l'institut que vous nous proposez… En
fait, ça sort des sentiers battus, j'allais
dire, mais je voudrais justement vous entendre encore un peu sur ça, parce que,
bon, on voit clairement, là, que vous avez
bien défini quel serait le rôle de l'institut, là, vigilance, développer les
programmes, en fait inciter les firmes à les mettre en pratique, les suivre, et du même coup aussi vous nous parlez
de l'audit, hein, que vous voulez qu'on prenne en considération. Est-ce que, pour vous, ça veut dire
que, par exemple, dans l'octroi de contrat, on pourrait se servir d'autant
du fait qu'une firme a passé... justement a eu son audit puis qu'une firme
suit, je veux dire, les bonnes pratiques de gouvernance
de l'institut? Est-ce que ça devrait devenir un prérequis ou du moins faire
partie d'une grille de pondération? Comment
vous voyez la chose, là, dans le pratico-pratique? Parce qu'on met des choses
en place, on dit : On va regarder comment
ça se passe, mais, quand vient le temps d'octroyer le contrat, comment vous
voyez, là, sur le terrain, comment ça pourrait se traduire, tout ça?
M. Lebel
(Daniel) : Oui. Bien, pour
le programme d'audit, écoutez, comme on l'a dit un peu plus tôt, c'est
un programme d'audit très sérieux, hein, qui va parler autant du code de conduite
de l'entreprise, son code d'éthique, comment
on fait l'arrimage avec le Code de déontologie des ingénieurs. Pour nous, ça,
c'est essentiel, un ingénieur doit se retrouver là-dedans. Un ordre
professionnel, ça contrôle l'exercice des professionnels. Ce qu'on dit, c'est
qu'on n'a pas attendu que quelqu'un nous dise : Vous avez le droit
dorénavant de… vous devez dorénavant auditer les firmes. Ce qu'on a dit, c'est : Nous, on va
développer un programme d'audit qui va nous permettre de débarquer chez les
firmes, pour aujourd'hui, sur une base
volontaire. Ce qu'on vous dit, c'est : Pourquoi ne pas le rendre sur une
base… voyons…
Une voix :
Obligatoire.
M. Lebel
(Daniel) : …obligatoire — merci — pourquoi ne pas le rendre sur une base
obligatoire et donner à l'ordre
professionnel ce pouvoir-là d'agir auprès des firmes? Alors, c'est ce qu'on
dit. On est en train de le développer, et ça se fait très bien. D'un point de vue volontaire, on peut le faire, on
peut y arriver, mais cet audit-là va être fait de façon très rigoureuse
au niveau des pratiques d'affaires, du développement professionnel, au niveau
des codes d'éthique, code de conduite de
l'entreprise. C'est fait avec le BNQ. C'est vraiment un programme d'audit très
crédible et très sérieux, donc pourquoi ne pas s'en servir? Je veux
dire, on est en train de le développer, ça. Pourquoi ne pas s'en servir?
M. Ratthé :
Iriez-vous jusqu'à dire, par exemple, que, si ce n'était pas bien suivi par
une firme, on pourrait même l'utiliser pour discarter cette firme-là,
pour dire : Bien, en tout cas, ça va donner moins de points, ça la met
moins en compétition, par exemple, avec les autres?
M. Lebel
(Daniel) : Comme on a
toujours dit, nous, on va tenir un registre des firmes qui se sont conformées
à notre programme d'audit. On va le tenir,
ce registre-là. Donc, évidemment, ça devient un outil pour les organismes
publics, évidemment, de voir quelle firme
s'est fait auditer, et lesquelles ont passé, et lesquelles sont en train de se
faire auditer présentement, et, voilà, c'est ça, le but, là.
O'Doherty (Christine) : Il y
a peut-être deux manières d'utiliser le programme d'audit : en prévention
ou en correction. Puis c'est les discussions, c'est l'essence des discussions
qu'on a avec nos partenaires autour de la table aussi. C'est-à-dire que, par exemple, quelqu'un qui voudrait obtenir la
certification de l'AMF pourrait dire, en prévention : Es-tu allé faire ton audit avec l'Ordre des
ingénieurs? Ah non? Bien, vas-y donc
avant de soumettre ton dossier. Ou, en correction :
Bien, tu as fait ça, mais il te manque telle ou telle affaire. Tu n'as pas de
code de conduite dans ton entreprise, tu n'as pas mis en place des bonnes pratiques. Va donc faire ta
certification avec l'OIQ, puis ensuite tu reviendras nous voir. Donc, il
y a différentes manières, là, d'arrimer les deux.
Puis, juste pour ne pas oublier, on ne veut pas
se substituer à l'AMF, absolument pas. Nous, on travaille en prévention avec les firmes. Mais c'est sûr que,
comme dans n'importe quel secteur, il
faut créer des incitatifs et des
incitatifs puissants, parce que,
là, on est tous… on est tout le monde là-dedans, et tout
le monde ressent le besoin de faire
maison nette, mais, dans deux, trois ans, dans quatre ans, à un moment donné, les
gens vont se mettre à oublier, et puis là ça va devenir moins pressant, tout à
coup, de faire les bonnes choses. Donc, il faut se donner les moyens d'y
arriver.
Président (M. Ferland) : Alors, peut-être le temps d'un commentaire. Il reste à peu près
15 secondes, M. le député.
M. Ratthé : Bien, écoutez, le
commentaire sera le suivant, il va être très simple : Je vous remercie beaucoup
d'être venus. Je pense
qu'il y a sûrement plusieurs recommandations qui vont nous éclairer dans notre démarche puis
dans l'adoption du projet de loi. Et merci.
Le Président (M. Ferland) : Alors,
merci beaucoup, M. le député. Merci à vous pour votre mémoire, votre
présentation.
Et, sur ce, je vais suspendre quelques minutes,
le temps de permettre au prochain groupe de prendre place, s'il vous plaît.
(Suspension de la séance à 15 h 6)
Président (M. Ferland) : Alors, la commission… À
l'ordre, s'il vous plaît! La commission
reprend ses travaux. Alors, nous accueillons les représentants de l'Association
de la construction du Québec. Je vous demande de bien vouloir vous identifier
et de nous présenter les personnes qui vous accompagnent, tout en vous
mentionnant que vous disposez de 10 minutes,
mais, comme tout à l'heure, là, on va vous permettre de déborder un peu du
10 minutes, et le temps sera recalculé à ce moment-là. Alors, je
vous cède maintenant la parole.
Bertrand (Manon) : Merci, M. le Président. Je me présente : Manon Bertrand,
entrepreneure et présidente de l'Association de la construction du Québec. Je suis accompagnée aujourd'hui de M. Claude Godbout, ex-entrepreneur et directeur général
de l'Association de la construction du Québec, et de Me Pierre Hamel,
directeur des affaires juridiques et gouvernementales à l'ACQ.
L'ACQ tient d'abord
à remercier les membres de la Commission des institutions de lui donner
l'occasion de présenter ses commentaires sur le projet de loi n° 61, Loi
visant principalement le recouvrement de sommes payées injustement par des
organismes publics relativement à certains contrats dans l'industrie de la
construction.
L'ACQ partage les préoccupations du
gouvernement en matière de récupération des sommes qui ont été soutirées
illégalement aux organismes publics dans le cadre de travaux de construction.
Nous sommes également conscients que l'ampleur des sommes impliquées conjuguée
au nombre important de contrats pouvant être concernés nécessite l'adoption de
mesures particulières, qui doivent toutefois être bien encadrées.
Ces mesures
complémentaires à celles déjà mises en place pour prévenir et combattre la
collusion et la corruption au Québec
constituent des outils importants qui permettront, nous l'espérons, de limiter
les dommages qu'elles ont pu
engendrer. Toutefois, l'adoption a posteriori de dispositions extraordinaires
démontre la nécessité, pour le gouvernement
et les organismes publics, de soutien non pas simplement pour le passé, mais
également pour l'avenir pour tout type de fraude qui pourrait survenir à
l'égard de tout type de contrat, pas uniquement en matière de construction. Le
gouvernement, par l'adoption de différentes lois, a assujetti l'ensemble des
fournisseurs de l'État aux différentes mesures qui visent à préserver l'intégrité
des contrats publics. Le présent projet de loi ne devrait pas faire exception.
En couvrant la plage des 15 dernières années, le projet
de loi nous amène à faire un autre constat : l'absence de mécanismes de prévention et d'expertise suffisante
au sein de la fonction publique municipale et provinciale en matière de
marchés publics au Québec au cours de ces années. Différentes raisons ont amené
plusieurs organismes publics à baisser la garde, à gérer autrement, souvent de
façon réactive, en fonction des ressources et des systèmes qui se sont
tranquillement implantés à tous les niveaux.
À cet égard, le temps a fait son oeuvre. À
titre d'exemple,
le ministère des Transports a bien compris l'importance de la tâche qui l'attend. En préambule du document
intitulé Payer le juste coût pour les investissements routiers , le
ministère exposait la situation en ces
termes : «Afin d'atteindre pleinement cet objectif, il me semble
incontournable de procéder à un changement de culture important qui doit
s'inscrire au sein d'une organisation indépendante. Ainsi, l'agence des
transports, que nous proposons de mettre en place, constituera la pièce
maîtresse de l'ensemble de notre stratégie.»
S'il est possible
d'adopter des lois et des règlements afin de rattraper le temps perdu et
faciliter la lutte à la corruption et à la
collusion, il serait toujours plus avisé d'adopter des pratiques indépendantes
au sein des organismes afin de les
prévenir. Il est important de rappeler que les procédures de base pour une
bonne administration des marchés publics sont les mêmes que celles
proposées par l'ensemble des études et rapports sur les meilleures pratiques
visant à prévenir la collusion et la corruption.
La nature même du projet de loi démontre à quel point nous
n'étions pas préparés à faire face à un phénomène de collusion et de corruption de l'ampleur de celui
qui a été mis à jour au Québec. Si l'industrie de la construction est
propice au développement de tels phénomènes, elle n'en a pas l'exclusivité. La
mise à jour de stratagèmes de collusion et de corruption
dans d'autres marchés de l'État pourrait s'avérer tout aussi complexe que celui
de l'industrie de la construction, et le recouvrement des sommes
illégalement soutirées, tout aussi difficile.
C'est dans cette optique que l'ACQ recommande d'étendre les
dispositions du projet de loi à tous les fournisseurs de l'État. Toujours dans une perspective d'avenir,
nous nous interrogeons sur l'efficacité du nouveau régime si tous les intervenants ayant pu frauder ou participer à des
manoeuvres dolosives envers les organismes publics ne sont pas
assujettis aux dispositions du projet de
loi. Pourquoi, dans le cadre des contrats publics reliés à l'industrie de la
construction, les seuls intervenants visés sont les firmes de
génie-conseil et les entreprises de construction? Pourquoi les acteurs ayant directement participé de façon contributoire à la fraude ou aux manoeuvres
dolosives peuvent-ils bénéficier d'un statut particulier par rapport aux professionnels et aux entrepreneurs? En quoi
de telles restrictions au champ d'application
de la loi permettront d'envoyer un message clair et non équivoque d'imputabilité
aux autres industries, aux fonctionnaires et élus provinciaux et municipaux?
témoignages entendus dans le cadre des travaux de la Commission d'enquête sur
l'octroi et la gestion des contrats
publics dans l'industrie de la construction démontrent à quel point
l'intervention des élus et des fonctionnaires peut être déterminante pour l'efficacité des stratagèmes mis en place, intervention obtenue généralement à fort prix. L'ACQ recommande donc que tous les acteurs d'une
fraude ou de manoeuvres dolosives, quelles qu'elles soient, doivent être
couverts par les dispositions du projet de loi.
Quant aux dispositions mêmes du projet de loi,
elles méritent, selon nous, certaines précisions. Les mesures apportées sont extraordinaires : nouvelle
prescription de cinq ans au lieu de trois ans, présomption de dommage, présomption du montant des dommages, pouvoir d'enregistrer une hypothèque légale ayant jugement
sur les biens des personnes
concernées. Ces mesures, comme le
titre de la loi le précise, visent
principalement le recouvrement de sommes payées injustement par des
organismes publics relativement à certains contrats dans l'industrie de la
construction.
La loi crée
deux nouvelles présomptions en cas de fraude ou de manoeuvre dolosive. Alors
que la fraude relève du droit
criminel, les manoeuvres dolosives découlent de principes appartenant au droit
civil. Alors que la
loi sur l'intégrité dans les marchés publics, la Loi
sur le bâtiment et la
Loi sur les contrats des organismes publics visent toutes
la protection d'organismes publics face à
des infractions pénales qu'auraient pu commettre certaines entreprises, le
projet de loi n° 61 y apporte une dimension civile.
Une manoeuvre dolosive au sens du droit civil
peut prendre plusieurs formes dans le cadre d'un contrat de construction. Le fardeau de preuve qui y est
associé est moins lourd que celui requis en matière criminelle ou pénale.
Quel fardeau de preuve donnera ouverture aux présomptions proposées par le
projet de loi : la balance des probabilités ou une preuve hors de tout
doute raisonnable?
par la nature du projet de loi, nous en déduisons qu'il s'agit de la preuve
établie dans le cadre d'un procès civil. Si c'est le cas, il serait opportun de le préciser, car cette
disposition aura un impact important au niveau de l'encadrement juridique des projets futurs. Ainsi, des
manoeuvres dolosives sur le plan civil découvertes dans le cadre de l'adjudication
du contrat, donc au début du processus, sans que l'organisme concerné ne
débourse quelque montant que ce soit, sont et seront également couvertes par
les dispositions du projet de loi. Une manoeuvre dolosive qui permet l'annulation
d'un contrat, par exemple, sans que les sommes n'aient
été injustement payées donnerait ouverture à une réclamation en dommages. L'objectif du projet de loi ne semble
pas viser ces situations. Le projet de loi vise à faciliter la preuve du
dommage et à en déterminer le montant lorsqu'il y a eu réellement dommage.
Quant aux
présomptions elles-mêmes, nous croyons que la présomption de dommage mérite une
attention particulière. Est-elle absolument
nécessaire? En démontrant qu'il a été amené à payer des sommes qu'il n'aurait
pas dû payer, l'organisme public fait la démonstration d'un
dommage. En procédant ainsi, on évite de créer une présomption de dommage dans le cas où il n'y a pas de somme payée
injustement tout en permettant à l'organisme public de bénéficier de la
présomption relative au montant des dommages. Nous croyons donc qu'il importe d'évaluer
avec beaucoup de prudence la nécessité d'établir une présomption de dommage.
Pour
ce qui est du montant des dommages, l'ACQ recommande que le pourcentage présumé
qui sera déterminé par décret du gouvernement soit établi à partir d'études documentées tenant compte du type de
contrat visé, de l'organisme concerné,
de l'impact financier réel pour l'organisme
public découlant de la manoeuvre dolosive, et ce, encore une fois, afin de permettre aux organismes publics de procéder au
recouvrement de sommes payées injustement par ceux-ci relativement à
certains contrats plutôt que de réclamer injustement des sommes qui n'ont pas
été payées.
Voilà, M. le
Président, en bref les éléments les plus importants que nous souhaitons porter
à l'attention de la commission.
Président (M. Ferland) : Alors, merci beaucoup, Mme Bertrand, M. Godbout,
M. Hamel. Alors, nous allons maintenant procéder à la période d'échange, et je reconnais
M. le ministre pour un temps de 24 minutes. M. le ministre.
St-Arnaud : Merci, M. le Président. Bien, bonjour, Mme Bertrand. Bonjour aux
gens qui vous accompagnent. Merci.
Merci pour votre mémoire, pour votre contribution, qui va certainement contribuer à la réflexion des membres de la commission lorsque
nous aborderons l'étude
article par
article du projet de loi.
Peut-être une
première question sur… Vous reprenez un peu — ce n'est pas la première fois
qu'on l'entend depuis jeudi dernier — le
fait d'étendre les dispositions du projet
de loi au-delà de l'industrie de la construction, alors j'aimerais vous entendre, dans un premier temps, là-dessus. Qu'est-ce qui vous permet de croire que
d'autres industries sont aux prises
avec les mêmes problèmes ou avec des problèmes de la même gravité que ceux
qu'on a eu l'occasion de voir depuis
quelques années? Parce qu'évidemment vous comprenez que… Vous l'avez dit, vous
le dites vous-même, il y a des
mesures… je pense que vous employez les mots «mesures extraordinaires», dans le
projet de loi, qui sont… Je pense que le terme que vous utilisez, c'est
«dispositions extraordinaires», à la page 3, pour une situation
extraordinaire que nous avons vue au cours
des dernières années dans l'industrie de la construction. Donc, qu'est-ce qui
vous amène à… qui vous permet de croire que d'autres industries seraient
aux prises avec des problèmes de la même ampleur et qui vous amène à conclure
qu'il faudrait que le projet de loi s'étende à tous les fournisseurs de l'État?
Mme Bertrand
(Manon) : Je vais céder la parole à Me Hamel.
M. Hamel (Pierre) : Merci. Alors, M. le Président, donc, essentiellement, il y a deux
éléments qui sont importants. Le
premier, c'est que, un peu comme l'Ordre des ingénieurs, le caractère
extraordinaire de la situation est apparu un pas après l'autre et s'est
dévoilé devant le Québec depuis des années, là, sans que personne ne le sache
ou ne s'en doute. Dans le cadre de cette
démarche-là, le gouvernement a commencé par adopter le projet de
loi n° 73, le projet de loi n° 76. Après ça, ils ont
fait des modifications, ils ont créé le RENA. Après ça, ils ont enlevé le RENA,
ils ont mis la
Loi sur l'intégrité. Donc, il y a eu des reculs, des pas en
avant, en arrière pour s'apercevoir que l'idéal, et c'était le projet de loi
n° 1 : qu'on couvre tous les marchés publics.
Alors,
c'est un peu la même chose, on se retrouve devant une situation dont on doit
prendre les leçons et on se dit : Lorsqu'il y a une preuve de
fraude et de dommage qui est étendue sur une longue période d'années, est-ce qu'on
a les outils, en droit civil, pour faire la
récupération de ces sommes-là? La réponse est manifestement non, puisque le
projet de loi n° 61 est devant nous. On a besoin de certaines
présomptions, on a besoin d'éléments pour favoriser la preuve et aider le
Procureur général, dans sa démarche civile, à obtenir ces sommes-là.
ces démarches-là, si elles sont valables pour notre industrie, elles sont
valables pour toutes les industries. Ça, c'est au niveau de l'étendue,
au niveau, je dirais, de l'assujettissement du type de marché, mais en plus ce
projet de loi là, il est comme complémentaire à l'ensemble des démarches qui
ont été prises, qui ont commencé le 29 octobre 2009 avec le resserrement
de la gestion contractuelle et qui se terminent ou qui se complètent aujourd'hui
par la récupération des sommes. Et ça, c'est
dans un contexte de changement de culture. C'est important que ça s'adresse
non pas juste aux entreprises de construction mais à tout le monde qui fraude l'État.
Tout le monde qui fraude l'État est susceptible
de payer ce qu'il a fraudé dans le cadre d'un régime de recouvrement de
créances propre à la situation, c'est de même qu'on comprend le système.
Et on se dit : L'intégrité est protégée, entre autres, par l'AMF, mais,
lorsqu'on passe entre les mailles du filet…
Aujourd'hui, c'est l'industrie de la construction. Demain, ça sera quoi? Et ça
n'a pas besoin nécessairement d'être des centaines de millions pour
intéresser le gouvernement à avoir des recouvrements.
Alors,
dans ce contexte-là, on comprend que le projet de loi n° 61 est là
pour rester, et donc il devrait couvrir ce qu'il a à couvrir, comme les
autres projets de loi l'ont fait.
M. St-Arnaud :
Et… M. le Président. Selon vous, Me Hamel, si on étendait… Parce
qu'effectivement, aux articles 3 et suivants, il y a des moyens… il y a
des dispositions extraordinaires, comme vous le dites, très, très, très particulières. Est-ce que, selon vous… Est-ce
que je dois comprendre de ce que vous
nous dites que, si on les étendait à tous les fournisseurs de l'État, ça
passerait le test des tribunaux?
Hamel (Pierre) : Écoutez,
il y a des difficultés avec ce projet
de loi là. Au niveau juridique, c'est un peu comme un
cube Rubik : on les enlève, on en ajoute, il faut en enlever. Il faut être
très, très prudent.
Je comprends que… On en déduit, à l'association,
que, si le projet de loi est sur la table, c'est parce que le Procureur général n'a pas suffisamment d'armes
pour aller devant les tribunaux et pouvoir recouvrer de façon efficace ces sommes-là, autrement on utiliserait le réseau
de droit civil qu'on a actuellement. Alors, dans ce contexte-là, on
dit : Il serait peut-être… Élargissez
le champ, faites-la de façon générale. Donc, il n'y a pas d'individus qui vont
être ciblés, on ne pourra pas dire : Bien, c'est une loi juste pour
lui, il y a juste son nom qui est écrit dans la loi. Alors donc, c'est le
premier élément.
Et l'autre élément : Enlevez ce qui n'est
vraiment pas nécessaire en termes de présomption. Et, faire une présomption de dommage, je pense que la difficulté
ici, pour le procureur, serait de faire la preuve réelle du dommage. Alors, on peut comprendre qu'il y ait une
présomption de dommage, et ça, on pourra en reparler, mais c'est l'élément
le plus important. Alors, quand ça s'applique…
Et là il y a
toute la question : Quand est-ce que, ce régime-là, on le met en
application? Si on l'élargit, on limite son champ d'application et on en
fait juste, je dirais, une présomption de dommage qui soit raisonnable, je
pense que ça va passer le test des tribunaux. Et, quand je parle de limitation
d'assujettissement, je prends par exemple la
Loi sur l'intégrité. Il y a une
annexe, il y a série d'infractions, et ces infractions-là sont très claires et
visent exactement les éléments dont on
entend parler depuis des années : corruption de fonctionnaire, fraude
envers le gouvernement, abus de confiance,
acte corruptible dans les affaires municipales, achat, vente d'une charge,
influencer ou négocier une nomination ou
en faire commerce, parjure, etc. Donc, l'ensemble des infractions ou des
problématiques qui ont mené à la mise en place de stratagèmes sont bien
identifiées dans le projet de loi n° 1.
L'argent
qu'on veut récupérer, lorsqu'on parle de fraude ou de manoeuvre dolosive, là,
on est plus vague, on est plus large.
Une manoeuvre dolosive, ça peut être… en droit civil, c'est principalement pour
annuler un contrat. Alors, je prends, par exemple, la situation si j'applique
le projet de loi tel quel. Je suis une firme de génie-conseil et je suis en comité de sélection. Dans mon dossier, j'ai le
C.V. d'un ingénieur que je sais parfaitement qu'il ne travaillera pas sur
le chantier parce qu'il est occupé ailleurs,
mais j'indique dans mon… ou encore j'agrémente ou j'améliore ses
connaissances et ses compétences pour
pouvoir avoir le contrat, et, au moment de l'adjudication du contrat, on
s'aperçoit qu'il y a une fraude, on
annule le contrat. Il n'y a pas de dommage, mais la présomption s'applique, et
donc je suis tenu de payer un pourcentage d'un contrat où l'organisme
public n'a pas eu à payer des sommes. Et c'est ça, le concept. Le concept, ce n'est pas d'amener l'organisme public à
percevoir des sommes qu'il n'a pas reçues, c'est de récupérer les sommes
qu'il a illégalement payées.
Alors, c'est
pour ça que la notion de manoeuvre dolosive et de fraude nous apparaît un peu
susceptible d'ouvrir à des situations
qui… Si c'est ce que le gouvernement veut, dites-le clairement, parce que, dans
la façon de gérer les contrats, ça
devra être considéré. On ne pense pas que c'est l'objectif du projet de loi. On
comprend que c'est véritablement pour faire
face à des situations qui effectivement relèvent plus d'infractions criminelles
ou pénales ou même en vertu de la
Loi sur la concurrence que de l'administration
des contrats en droit civil de façon générale du gouvernement. Alors, c'est
pour ça qu'on dit : Soyez prudents.
Mais, comme
le disait un des représentants, on est en train de finaliser notre réflexion
là-dessus, parce qu'on a eu peu de
temps pour vraiment… Parce que c'est vraiment un casse-tête juridique à
certains égards, l'article 3 et l'article 5.
St-Arnaud : Peut-être…
Bien, justement, là-dessus, sur les deux présomptions, sur la… Donc, à
l'article 3, il y a la présomption de dommage; à l'article 5, la
présomption eu égard au quantum. Sur la présomption relative au quantum, vous dites : Ça ne doit pas être
basé, ce pourcentage-là, sur une évaluation vague, mais ça devrait faire l'objet d'analyses
documentées qui tiennent compte des dommages selon l'organisme concerné et le
type de contrat visé. Et vous recommandez que le pourcentage présumé des
dommages, à l'article 5, soit déterminé par décret mais à partir d'études
documentées, le type de contrat, l'organisme concerné, l'impact financier réel
pour l'organisme public.
Concrètement, on fait ça comment? Comment on peut
donner suite à votre recommandation? Est-ce que c'est du cas par cas? Est-ce que vous, du côté de l'ACQ,
vous avez eu une réflexion sur ces pourcentages-là? Vous semblez
dire : Ça devrait… Il ne faut pas que
ce soit un pourcentage uniforme comme semble laisser croire le projet de loi,
là. Enfin, c'est ce que vous dites. Alors, qu'est-ce qui vous amène à
dire : Il faudrait que ça soit fait à partir d'études documentées et
variant selon le type de contrat, l'organisme concerné, l'impact financier?
Comment on peut concrètement donner suite à votre recommandation qu'on a à la
page 12?
M. Hamel
(Pierre) : L'élément qui est
important, c'est que, dans le cadre du projet de loi actuel, comme je le
disais tantôt, il couvre beaucoup plus largement que juste les travaux de la
commission d'enquête. La manoeuvre dolosive, ça
a effet dans tous les contrats de construction, même dans le bâtiment, et dans
les routes, et partout. Et donc on se dit : Les chiffres qu'on entend qui sont des estimations
approximatives de ce qu'on pense que ça pourrait être, lorsqu'on met en
place une loi, bien ça prend peut-être des balises plus sérieuses.
d'un côté… Puis je n'ai pas la réponse, mais, d'un côté, la loi permet au
gouvernement de faire la preuve de plus, si c'est plus, ou à l'entreprise
de faire la preuve que c'est moins, si c'est moins. Mais faire la preuve de
moins, c'est assez difficile, dire :
Bien, écoutez, moi, je ne suis pas responsable, mais, si je suis reconnu
coupable, votre dommage ne pourrait être que de tel montant. C'est un
peu difficile. C'est une présomption qui est très lourde sur le dos des entrepreneurs et, nous, on considère, qui peut
être prise dans un contexte hors commission d'enquête. Dans cinq ans,
cette loi-là va encore exister et elle aura façonné les façons de faire au
Québec, comme tel. Alors, si on se… Et c'est pour ça que je dis : Si on se retrouve dans une situation où, dans le
cadre d'échanges, il y a un tribunal qui dit : Bien là, vous êtes allés trop loin,
c'est des manoeuvres dolosives, bien là j'ai un 30 % qui s'applique
automatiquement. Ça ne s'applique pas vraiment.
C'est là qu'on dit :
Prenez le temps de regarder. Est-ce qu'il y a certains types de contrat qui,
eux autres, manifestement amènent à un
montant? Bien, dites-le. S'il y a d'autres types de contrat où le pourcentage
est différent… Et ça, c'est le
ministère des Transports, c'est les municipalités, c'est eux autres qui vont
vous le dire. Nous, on n'a pas les chiffres
là-dessus, mais, ce qu'on dit, on dit : Prenez le temps de faire une loi
juste qui va nous permettre de recouvrer ces sommes-là de façon appropriée mais sans plus, là, pas aller plus loin,
encore une fois, pour trouver d'autres montants.
Alors donc, ça prend
une certaine souplesse, et donc on ne peut pas dire : Le dommage présumé
est de 20 %. Sur quelle base? Ce n'est
pas vraiment ça, l'objectif de la loi. Alors, il s'agit… Il n'y a pas de
problème à ce qu'on prévoie cette présomption-là, mais cette
présomption-là doit être solide et articulée. C'est tout simplement ça qu'on
veut dire.
St-Arnaud : Parce qu'en fait c'est sûr que le pourcentage
qu'éventuellement le gouvernement mettrait pour… comme présomption à l'article 5
serait étayé par des études, là. Ça, je pense que c'est ce que vous souhaitez.
M. Hamel
(Pierre) : Bien, c'est ce qu'on souhaite.
M. St-Arnaud :
C'est ce que vous souhaitez.
M. Hamel (Pierre) : On souhaite que ce soit… Parce que nous, on n'en a pas, de chiffre.
Puis, les chiffres, il peut y avoir des guerres de chiffres, on l'a vu
partout, là.
St-Arnaud : Juste une chose. Alors, je comprends bien, là, ce
que vous dites eu égard à la présomption quant au quantum. Ce que vous nous dites, c'est :
L'expression «fraude et manoeuvre dolosive», là, ce n'est pas
nécessairement la bonne expression à utiliser.
Tantôt, j'ai cru comprendre que l'Ordre des ingénieurs
disait : Pourquoi, plutôt que de dire «sur preuve qu'une entreprise
a fraudé ou s'est livrée à une manoeuvre dolosive»… J'ai cru comprendre que l'Ordre
des ingénieurs nous disait : Pourquoi
vous ne mettez pas quelque chose de plus... une condamnation criminelle, par exemple?
Sur preuve d'une condamnation criminelle, la présomption de dommage
entre en jeu, et éventuellement la présomption... Est-ce que c'est ce que vous
avez en tête également?
M. Hamel (Pierre) : Bien, disons que c'est un élément… c'est une piste de solution très
intéressante, d'autant plus, comme je le disais d'entrée de jeu, que la
Loi sur les contrats des organismes publics en fait une énumération. Alors, il y en a... ça va plus loin que l'industrie de la
construction, et même dans l'industrie de la construction ça va au-delà
des éléments qui sont susceptibles d'amener la récupération d'argent, mais, à
partir de cette énumération-là, la loi... le projet de loi n° 61
pourrait avoir sa propre annexe.
St-Arnaud : Mais le problème, évidemment, c'est que, si on
mettait ça, là, évidemment, on amène dans une procédure civile un fardeau de preuve qui existe au niveau criminel, qui
est le hors de tout doute pour... Alors là, ce n'est pas simple, là,
hein? L'idée derrière ça étant d'aller récupérer de l'argent, il faut quand
même qu'on puisse en récupérer.
M. Hamel
(Pierre) : M. le Président, si vous permettez, effectivement,
effectivement, ce n'est pas simple, la situation
n'est pas simple et… Mais, si vous voulez faire un fardeau civil, ça va être
assez difficile aussi, là, d'éviter les dommages collatéraux, comme tel.
St-Arnaud : Ce que vous nous dites, Me Hamel, c'est :
Faire une preuve au niveau civil de la fraude ou de la manoeuvre
dolosive, ça ne sera pas simple non plus. C'est ce que vous dites?
M. Hamel
(Pierre) : Bien, c'est-à-dire que ça va être plus simple.
M. St-Arnaud :
C'est plus simple. Bien, c'est-à-dire que ça va être… c'est sûr que…
M. Hamel
(Pierre) : Ça va être moins lourd.
M. St-Arnaud :
Ça, c'est clair.
M. Hamel
(Pierre) : Ça va être moins lourd, évidemment, ça va être moins lourd.
M. St-Arnaud :
Mais vous dites que vous aurez quand même des problèmes.
M. Hamel (Pierre) : Écoutez, je ne connais pas la nature de la preuve que vous avez, là, je
ne peux pas porter de jugement. Tout ce qu'on dit, nous, c'est qu'il y a
un imbroglio, il y a quelque chose de pas clair...
M. St-Arnaud :
C'est surtout l'expression «manoeuvre dolosive» qui vous inquiète, là, plus
que...
M. Hamel (Pierre) : Voilà, voilà,
qui...
St-Arnaud : «Fraude», c'est assez clair, là.
M. Hamel
(Pierre) : C'est assez simple. On peut avoir une fraude civile comme
une fraude pénale ou criminelle. Mais une manoeuvre dolosive, ça peut... Un
abus de droit, c'est une manoeuvre dolosive. Alors, c'est beaucoup... Ça va un
peu trop loin, on trouve, principalement.
M. St-Arnaud :
Ça va. Ce que je n'ai pas saisi… Bon, on a parlé de la présomption de
l'article 5, là, sur le quantum.
J'entends ce que vous nous dites : Cette présomption-là, appuyez-la sur
des études sérieuses, et peut-être
qu'il devra y avoir des variations selon le type de contrat ou l'organisme
visé.
Par contre, j'ai un peu de difficultés à
comprendre... Sur la présomption de dommage, vous semblez dire... vous semblez remettre en cause, finalement, le premier
alinéa de l'article 3. Je pense que vous dites, si je ne me... «…nous
nous interrogeons sur la pertinence d'établir une présomption de dommage.» J'aimerais
vous entendre là-dessus.
M. Hamel (Pierre) : Ce que je comprends... ou ce qu'on comprend, pardon, de la rédaction du
projet de loi, c'est qu'il y aura une preuve de fraude, il y aura une
preuve de manoeuvre dolosive...
M. St-Arnaud :
Qui est implicite? La présomption de dommage est implicite?
M. Hamel (Pierre) : Non, je n'ai pas terminé. Ce que je dis, donc, on est en situation de
fraude. On aura fait la preuve de fraude et on devra faire la preuve qu'il
y a des montants qui ont été payés illégalement. Ça, ça démontre une faute puis
un dommage.
Maintenant,
le quantum, lui, il est beaucoup plus difficile à établir parce que ça s'est
fait en secret, parce que c'est une
fraude, parce qu'on n'a pas l'information. Mettons une présomption raisonnable
en fonction des analyses qu'on fait.
Parce qu'on regarde
toujours ce projet de loi là en disant que ça peut s'appliquer même en matière
civile et ça peut avoir des implications.
Alors, si vous voulez l'appliquer au sens large et vous enlevez la présomption
de dommage, bien là, si on se
retrouve dans le même exemple où j'ai une firme qui soumissionne et qui donne
un faux C.V. mais qu'il n'y a pas de
présomption de dommage, alors j'ai commis une faute mais il n'y a pas eu de
dommage, alors je peux être poursuivi au criminel, au pénal, je peux
perdre mon pouvoir d'avoir des contrats à l'AMF, mais je ne paierai pas des
sommes qui n'ont pas été, par ailleurs, versées.
j'ai une présomption de dommage, donc, il faut que je démontre qu'il n'y a pas
eu de dommage et il faut que je démontre,
le cas échéant, que ce dommage-là n'a pas été un montant x, de 20 %.
Donc, il y a des cas qui peuvent... il peut y avoir plusieurs cas dans
le cas où la présomption de dommage va au-delà du dommage réel, là, et donc il
n'y en a pas, de dommage.
M. St-Arnaud :
Pouvez-vous... Il me reste une ou deux minutes?
Le Président (M.
Ferland) : Il reste presque quatre minutes, là.
M. St-Arnaud :
J'aimerais ça que vous me donniez un exemple. Vous nous le dites, là, avec le
C.V., là, mais un exemple où vous dites
qu'il n'y aurait pas nécessairement de dommage, donc la présomption de dommage
est inutile.
M. Hamel
(Pierre) : Bien, on ne dit pas qu'il n'y a pas de dommage, mais il n'y
a pas de...
M. St-Arnaud :
J'aimerais ça que vous me donniez un exemple concret, là, parce qu'une...
M. Hamel (Pierre) : Bien, c'est toute la situation de manoeuvre dolosive pour obtenir un
contrat. Un entrepreneur soumissionne,
l'attestation de conformité fiscale est falsifiée. S'il passe par un comité de
sélection, bien les informations qui sont
là sont inexactes et elles font
partie des critères de sélection importants.
Alors, vous voyez la situation. Je m'en aperçois par la suite, et là je dis : Bien là, on lui a donné le contrat.
Les travaux n'ont pas débuté, il n'y a pas de somme de versée, et là on
le poursuit au civil pour annulation de contrat pour manoeuvre dolosive.
Manoeuvre dolosive, poursuite égale présomption
de dommage, présomption de dommage évaluée à 20 % du contrat. J'ai un
contrat de 1 million que je n'ai pas, mais je vais être obligé de faire un chèque de 200 000 $ à
quelqu'un qui n'a jamais versé le 200 000 $. C'est ça qu'on ne
veut pas, c'est ça qu'on veut éviter. C'est
exactement ça. Alors donc, la notion de manoeuvre dolosive invite à ça, et
la présomption de dommage invite également à ça.
Alors, si on reprend
le même exemple, mais on dit : Il n'y a pas de présomption de dommage, je
vais pouvoir annuler mon contrat pour manoeuvre dolosive, mais le régime
particulier ne s'appliquera pas à mon cas, ça va être le régime régulier qui va s'appliquer. S'il y a des
dommages mineurs, qui peuvent être le coût de la mise en place d'un
comité, «whatever», bien ça sera ça. Et en
plus, bien, il y aura les infractions pénales, criminelles et, comme je disais,
l'impossibilité d'aller à l'AMF. Il y en a une pléiade, là, qui s'appliquent,
au-delà du recouvrement.
M. St-Arnaud :
Merci beaucoup, M. le Président. C'est très clair, c'est très clair.
Le Président (M.
Ferland) : Alors, M. le ministre…
M. St-Arnaud : Ça va nous...
Ça va alimenter notre réflexion sur les articles, surtout sur l'article 3.
Président (M. Ferland) : Il vous reste quand même quelques
secondes. J'aurais le goût de vous demander, pour les gens qui nous
écoutent et celui qui vous parle...
M. St-Arnaud : Oui. Oui, M.
le Président.
Président (M. Ferland) : ...l'expression «manoeuvre dolosive»,
pouvez-vous expliquer? C'est que ça a un lien avec la fraude?
M. St-Arnaud : Me Hamel.
M. Hamel (Pierre) : Je vais vous
lire la description ou la...
Le Président (M. Ferland) :
Si ce n'est pas trop long, là.
M. Hamel (Pierre) : Bien, écoutez, c'est
trois heures de droit des obligations, mais on va faire ça en...
Le Président (M. Ferland) :
Mais résumez ça en 30 secondes.
M. Hamel
(Pierre) : …en une minute,
si vous me permettez. C'est : «...les manoeuvres dolosives
comportent [...] un plan de tromperie, une machination préparée d'avance. C'est
la forme du dol qui se rapproche le plus de l'escroquerie
en droit criminel, de la fraude criminelle ou de l'abus de confiance. Il n'est
toutefois pas nécessaire que les manoeuvres dolosives soient pénalement
répréhensibles pour être susceptibles de sanction civile. L'appréciation du caractère dolosif des manoeuvres est une question
de fait laissée à l'appréciation du tribunal civil, qui rend sa décision
indépendamment des normes de droit pénal.»
Président (M. Ferland) : Alors, merci beaucoup, Me Hamel.
Alors, à ce moment-là, tous les gens vont être informés. Ils sont
nombreux à nous écouter, hein, vous le savez.
Alors,
maintenant, je reconnais la députée de Bourassa-Sauvé, je crois, pour... Vous
avez un temps de 17 minutes et des secondes, là, 20 secondes à
peu près.
Mme de Santis :
Merci beaucoup, M. le Président. Merci, Mme Bertrand, M. Godbout et
Me Hamel.
J'ai quelques
questions. Quand je lis l'article 3 du projet de loi, on dit bien que,
s'il y a une preuve qu'une entreprise a
fraudé ou s'est livrée à une manoeuvre dolosive, la responsabilité de ses
dirigeants et de n'importe quel représentant, même un petit commis qui pourrait être considéré comme un représentant,
est engagée. Ça, c'est dur. Ça va très loin. De l'autre côté, s'il y a eu une fraude ou une manoeuvre dolosive… De
l'autre côté, nous avons l'organisme public. Chez l'organisme public, on a un fonctionnaire ou un
élu qui a participé aussi dans cette fraude, et je vois là un peu deux
poids, deux mesures. L'entreprise, ses représentants, ses dirigeants sont
responsables. De l'autre côté, l'organisme public qui est le patron du
dirigeant n'est pas tenu responsable beaucoup, et on ne fait rien de ce côté-là
pour poursuivre le fonctionnaire ou l'élu.
Vous-mêmes,
dans votre mémoire, vous dites que le projet
de loi vous amène à faire ce
constat : «…l'absence de mécanismes
de prévention et d'expertise suffisante au sein de la fonction publique municipale et provinciale en matière de marchés publics au Québec
au cours de ces [dernières] années est manifeste.»
Qu'est-ce que vous répondez à ces deux poids, deux mesures? Et aussi qu'est-ce que vous pouvez suggérer comme correction à ce que ces mécanismes de
prévention et d'expertise existent? À quoi vous faites référence?
Bertrand (Manon) : Bien,
c'est sûr que nous, on l'avait présenté, qu'on n'était pas d'accord,
justement, que... Il faut que tout le monde soit dans le projet de loi n° 61. Et je vais laisser Me Hamel bien expliquer nos
réponses là-dessus.
M. Hamel (Pierre) : Essentiellement,
ce que le projet de loi, selon nous, devrait dire, c'est : La personne responsable qui a agi de façon… qui a fait une
intervention dans un cadre d'un stratagème devrait être tenue
responsable. C'est la personne, c'est les
individus, les entreprises aussi, évidemment, là, mais il ne faut pas laisser personne à
l'abri de la fraude, là, il ne faut pas
protéger… Que ce soit l'État ou que ce soit une entreprise, il ne faut pas
protéger les gens qui fraudent. Ça, c'est le premier élément. Il faut
que les gens le sachent, l'élément.
L'autre
élément, c'est le manque d'expertise, le manque de… depuis de nombreuses
années. Ça, c'est un élément qui est important
et c'est un élément qui justement n'est pas couvert par le projet de loi. En ne couvrant pas les fonctionnaires, en ne couvrant pas les
élus municipaux ou provinciaux, on ne les oblige pas à prendre les moyens appropriés
pour éviter qu'il y ait de la fraude. Et actuellement toutes les dispositions
législatives sont extrêmement répressives pour les contrevenants, et c'est la
première phase, mais tout se joue en amont, à 99 %. Encore le rapport du Vérificateur général parlait de ça, récemment.
C'est tout le temps une préparation en amont, une bonne connaissance de la part des organismes publics de ce qui se passe,
du marché, d'avoir des outils pour comprendre ces marchés-là, pour pouvoir
intervenir de façon adéquate.
L'Ordre des
ingénieurs a soulevé la question des municipalités en 2009, dans le cadre du
projet de loi d'Infrastructure Québec qui est maintenant la Société
québécoise des infrastructures, mais, en 2009, dans le projet de loi n° 65, on a
demandé que l'expertise d'Infrastructure Québec soit mise à la disposition des
municipalités pour préparer en amont
ces projets de loi là. Ce qu'on demande, c'est un peu la même chose,
c'est : Trouvez un organisme quelque part qui a de l'expertise, et faites-la profiter aux plus
petites municipalités, qui en ont grand besoin, et développez-la pour le
mieux de l'ensemble du Québec. Et ça, ce
n'est pas des histoires très compliquées à faire, mais il faut que d'abord les
réseaux se parlent. En 2008, on a réussi, avec la
loi sur les organismes
publics, de mettre le ministère des Transports, Société immobilière du Québec,
le réseau de l'éducation, le réseau de la santé ensemble dans une même loi.
Invitons les municipalités, qui sont presque
entièrement couvertes par le projet de loi, sous un même dôme et trouvons des
façons de permettre aux experts des
grandes municipalités, du ministère des Transports, de la Société québécoise
des infrastructures de discuter
ensemble de ces façons-là, de dialoguer et pouvoir prendre les mesures
appropriées sur le terrain, des choses réelles, efficaces, importantes.
préparation des plans et devis, des plans et devis complets, des plans et devis
bien analysés, c'est encore des problèmes.
Le problème, aujourd'hui, c'est qu'on n'a plus de temps. Les professionnels
n'ont pas le temps de préparer les plans,
on n'a pas le temps, nous, de réaliser les travaux, et après ça on vit avec des
problèmes qui nous suivent longtemps. Toutes les études internationales,
même les études que l'ACQ a commandées démontrent que, si vous préparez bien en amont votre projet, vous allez avoir tous les
indices pour déterminer s'il y a de la collusion ou de la corruption. Et la prévention,
ce n'est pas un rêve, là, ce n'est pas parfait à 100 %, mais, si vous adoptez des pratiques
saines dans la façon de planifier votre projet, de le budgétiser, dans
la façon de… Quand il y a des personnes externes qui en font l'analyse lorsque nécessaire, lorsqu'il y a des
irrégularités, lorsque vous faites des post-mortem de vos projets puis vous
regardez comment ça s'est passé, qu'est-ce
qui s'est passé, souvent c'est juste des individus qui ne s'aiment pas, parce
que c'est des mariages forcés, ça, la construction, et il n'y a pas
toujours des gens qui s'entendent. Alors, souvent, il y a des gestes à poser qui sont aussi simples que ça pour
dire : Bien, on aurait peut-être eu moins de problèmes si on avait mis un
autre chargé de projet, etc. Tout ça pour
vous dire que c'est ça qu'on veut dire à ce niveau-là. Et, depuis 15 ans,
bien, tous les rapports de
Vérificateur général nous disent que les entreprises ont baissé les bras, qu'il
y a une culture d'extras qui se développe,
etc., et c'est ça qu'il faut s'attaquer, c'est là qu'il est important… Et on
pense qu'on perd du temps énormément en ne s'attaquant pas à ça.
Mme de Santis :
Vous parlez d'un changement de culture en particulier. J'aimerais maintenant
parler de l'imputabilité et de la transparence. Ce qui me surprend dans votre mémoire, c'est que
vous dites, dans la
section Programme de remboursement , que vous
êtes d'avis que la confidentialité devrait englober le nom des parties. Dans
le climat que nous avons aujourd'hui, où le public, moi compris, on se sent, devant tout ce qui s'est passé…
Ne sachant pas exactement qu'est-ce qui s'est passé, beaucoup
mais pas transparent, vous nous dites : En plus de garder
confidentielles les ententes, gardez les noms confidentiels. Où est l'imputabilité
de ces gens-là?
Ça m'amère
aussi à souligner que, dans le projet
de loi — et là aussi je ne suis pas d'accord — le
règlement qui serait pris par le gouvernement à l'article 35
ne serait pas soumis à l'obligation de publication. Encore une fois, où est la transparence? Le règlement
qui se… en vertu de… Si vous regardez l'article 35,
le gouvernement peut, par règlement, prendre toute mesure nécessaire ou
utile à l'application de la présente loi ou à la réalisation de son objet.
Alors, le gouvernement peut faire ces règlements, mais ce règlement-là ne sera
pas soumis à l'obligation de publication. Alors, là aussi, je vois un manque de
transparence.
Alors, pour
moi, dans un monde où on parle d'un gouvernement ouvert, de la participation des citoyens
dans la vie de leur gouvernement, ces choses-là ne me plaisent pas du
tout. Et, votre commentaire aussi, je ne le comprends pas.
M. Hamel
(Pierre) : Je peux
l'expliquer de la façon suivante, si vous le permettez, M. le Président : L'objectif, c'est de
récupérer des sommes. Il y a beaucoup de sommes, beaucoup d'argent, qu'on peut
comprendre, qu'on peut présumer. L'objectif ici, c'est de s'assurer que ces
sommes-là soient remboursées à l'État.
Les entreprises
sont soit condamnées ou soit font l'objet de poursuites, sont couvertes de façon…
par les médias, il y a… Ce qu'on veut, c'est être en mesure d'aller
chercher ceux qui ne sont pas là, là, mais qui peut-être vont faire l'objet d'une visite de l'UPAC et peut-être
vont être obligés de payer. Ce programme-là vise à aller chercher tout le monde et, pour que ce… Parce que ce
programme-là, selon nous, est plus porteur que les poursuites et le fardeau de
preuve. Et, si on est capable, par un programme,
au moins de limiter les dommages qui ont été causés par l'État par une
forme d'amnistie, là, enfin, sans en être une, là, mais au moins… Parce que ces
gens-là vont pouvoir être poursuivis au criminel,
vont pouvoir… Et ça ne veut pas dire, parce
que le montant du règlement
n'est pas public, qu'ils vont avoir leur autorisation à l'AMF, etc. Alors, l'objectif, pour nous, puis on
n'en fait pas un cas important, mais on pense qu'il y a plus de succès dans…
il y a plus de chances de succès, ce programme-là, s'il permet aux personnes
qui ont quelque chose sur la
conscience d'aller voir le gouvernement en toute quiétude et de payer ce qu'ils
ont fait. Ils vont éviter la réclamation civile uniquement.
Mme de Santis : Mais comment, vis-à-vis un public qui est
devenu cynique, comment vous allez rassurer le public qu'en effet que les gens qui devraient payer pour
leurs péchés paient pour leurs péchés, si tout est confidentiel? Parce qu'il faut aussi rassurer nos
citoyens que ce qu'on fait, c'est dans l'intérêt de notre État, de notre... de l'État
québécois.
M. Hamel (Pierre) : Ce que je comprends, c'est que le succès de cette entreprise-là
passe principalement par le programme lui-même, qu'on ne connaît pas. Qui va
administrer ce programme-là? Est-ce
que c'est des juges à la retraite?
Est-ce que c'est des juges actifs? Est-ce
que c'est des gens en qui le public a
confiance? Et quelle va être l'indépendance de ces gens-là dans le
cadre... Quels vont être les critères? C'est ça qui va faire en sorte que ce programme-là
va avoir une autorité,
mais, cette autorité-là, il faut qu'elle permette aux gens qu'on n'a pas vus,
qui sont sous le radar, de venir et
de dire : Écoutez, moi, je veux faire table rase de cette situation-là, je
suis prêt à verser ces montants-là. Regardez ce qui s'est passé dans mon
entreprise. Non, la police n'est pas venue. Si elle vient, je ferai face à la
musique, mais, pour l'instant, je veux me libérer de cet aspect-là. C'est dans
cet unique but là qu'on a fait cette recommandation-là.
Mme de Santis :
Je laisse la parole à mon collègue.
Le Président (M.
Ferland) : Alors, merci, Mme la députée. M. le député de Fabre.
Ouimet
(Fabre) : Combien de temps, M. le Président?
Le Président (M.
Ferland) : Ah, il vous reste quatre minutes.
Ouimet (Fabre) : Merci, M. le Président. Deux petits points que j'aimerais aborder.
Alors, merci d'être avec nous. Merci pour votre mémoire malgré le très
court délai.
point. Tantôt, vous avez mentionné, vous avez affirmé… en tout cas j'ai compris que vous aviez affirmé que le projet de loi était nécessaire parce
que nous n'avions pas les outils pour
poursuivre. Je me permettrais, M. le
Président, de souligner que c'est peut-être
poser le problème à l'envers. On adopte la loi parce qu'on n'a pas fait de
poursuite, mais peut-être qu'on les avait, les outils pour faire des
poursuites, et on aurait pu les utiliser. Ce n'est pas parce qu'il n'y a pas eu de poursuite qu'on doit nécessairement bouleverser
notre système de droit et adopter le projet de loi n° 61. C'est un choix.
C'est un choix qui se défend, mais... Et, je pense, d'autres l'ont souligné. Je
pense, M. le Président, qu'il serait important que le ministre l'indique clairement dans la loi, ce qui justifie
ces mesures exceptionnelles. Parce
que ce sont des mesures
exceptionnelles, là, vous avez fait une démonstration éloquente à cet égard.
Il y a
un point que vous avez soulevé qui m'a amené une question. Dans mon esprit à
moi, cette loi-là visait les gestes
dont on parle amplement depuis quelques années, qui font l'objet d'une commission
d'enquête, et ça n'avait pas un but prospectif, c'est-à-dire pour l'avenir.
Mais, à vous entendre, ce que vous dites, c'est : Cette loi-là s'applique
à l'avenir, et dorénavant
ça va faire
partie de notre corpus législatif, de nos règles de droit. Et ça
m'inquiète d'entendre ça parce que, dans mon esprit, c'était une mesure
exceptionnelle, qui visait une période limitée dans le temps, et que ça
ne doit pas avoir une portée pour l'avenir.
Si j'ai mal compris,
on pourra clarifier cette question-là. Je voudrais vous entendre sur ça, sur ce
point-là, là, comment vous percevez la loi.
M. Hamel (Pierre) : Bien, nous, M. le Président, si vous permettez, on la perçoit comme une loi
d'application continue, là. Il n'y a
rien dans la loi qui me dit que ça va se terminer en 2017, là, ou en 2019, cinq
ans après, là. Il n'y a rien qui me dit ça. Alors, moi, je dois comprendre… Et
en plus on y apporte un concept civil. Alors, je dois comprendre que c'est pour la vie et que c'est un message que le
législateur veut faire. Et le législateur ne parle pas pour ne rien dire,
donc je comprends… Et on a présumé, hein, je
ne dis pas que c'est nécessaire, mais on a présumé qu'il avait besoin de ces
outils-là pour en faire une loi. C'est dans ce sens-là tout simplement, comme
tel.
Mais
c'est très clair que, si on l'adopte telle quelle, il va y avoir un
chamboulement, là, du droit, de l'application du droit. Là, ça va
devenir un casse-tête particulier.
Le Président (M.
Ferland) : Une minute environ, M. le député, oui.
Ouimet (Fabre) :
Une minute? Simplement en conclusion, parce
qu'on a beaucoup
discuté de la fraude, de la notion de fraude, de la notion de dol, et,
puisque c'est un domaine quand même où j'ai une certaine connaissance, pour
avoir oeuvré pendant 25 ans… La notion de fraude, M. le Président, est
très large, c'est un acte qu'on considère objectivement
malhonnête. Donc, un acte qu'une personne raisonnable considère comme étant
malhonnête, c'est tout ce qui suffit
pour enclencher qu'on a peut-être une fraude. Alors, ça va... À mon point de
vue, je pense que c'est une notion qui est très large. Je ne suis pas certain qu'il y a une distinction à faire
avec la notion de dol. Et, s'il y a une confusion, je pense qu'on devrait éliminer la confusion pour dire
clairement ce qu'on vise, parce que la notion de fraude est très large.
Voilà.
Président (M. Ferland) : Alors, merci. Merci, M. le député.
Maintenant, je reconnais le député de Saint-Jérôme pour toujours un bloc
de 4 min 20 s. M. le député.
M. Duchesneau :
Merci, M. le Président. Alors, merci beaucoup de votre témoignage aujourd'hui.
veux juste revenir sur l'exemple de dommage que vous donniez tantôt. Et
dites-moi si je me trompe, mais, dans ma
tête, il y a dommage quand en amont il y a eu abus de confiance, quand il y a
eu tromperie, quand il y a eu tricherie, il y a eu escroquerie en
soumettant une offre de service. C'est parce que vous éliminez par le fait même
des entreprises honnêtes qui ont décidé de ne pas se présenter parce qu'elles
ne pouvaient pas, justement, concurrencer avec vous.
Hamel (Pierre) : Je comprends qu'il y a des dommages collatéraux, mais
le projet de loi s'intitule loi visant le
recouvrement de sommes payées injustement. Et c'est dans ce contexte-là, moi,
que je vous dis : Si vous établissez une présomption de dommage
alors que, le dommage, ce n'est pas nécessairement l'entreprise qui... l'organisme
dessous, mais c'est tous les
soumissionnaires, c'est eux autres qui ont subi le dommage, ce n'est pas... et
puis il n'y a pas eu de somme injustement payée… Si vous voulez en faire
un régime de cette nature-là, dites-le.
M. Duchesneau :
Mais je suis d'accord avec vous, peut-être que le 20 % ou le 30 % ne
s'appliquerait pas dans un cas comme
celui-là. Mais, si, comme entreprise, je ne peux même pas être sur la ligne de
départ de façon légale parce que j'ai été éliminé, pour mille et une
raisons, parce que des gens se sont donné plus de compétences qu'ils n'en
avaient vraiment, à ce moment-là il y a dommage.
M. Hamel
(Pierre) : Et il y a des recours civils à cet égard-là qui s'appliquent
pour…
M. Duchesneau :
Oui, mais…
M. Hamel (Pierre) : …dans le régime normal de
recours civil. Et là il y a une autre notion, là. Je ne veux pas prendre votre temps, là, en répondant trop… mais
il y a une notion qui est très intéressante à ce niveau-là, c'est la
notion d'audit de certification des entreprises, qui va peut-être favoriser,
peut-être, une démarche qui pourrait éviter ces problèmes-là, comme tel. Vous avez entendu l'Ordre des ingénieurs qui
travaillent à leur système. L'association aussi, on travaille à la mise en place d'une certification
volontaire pour l'ensemble de l'industrie, pour non seulement dire qu'on
n'a pas fraudé, mais qu'en plus on a mis en place des systèmes…
M. Duchesneau :
De prévention.
M. Hamel (Pierre) : …qui démontrent qu'on
applique de façon éthique les situations, la même chose que les grandes entreprises font mais au niveau des
petites entreprises. Parce que c'est vraiment très différent dans l'industrie,
que... mais c'est le même concept que ce
qu'a pris ABB, SNC, Siemens, ces éléments-là. Et le rapport, pour le bénéfice
du président, va être disponible le 20 décembre.
M. Duchesneau : Parce que je suis
d'accord avec vous que, de la façon dont c'est présenté cet après-midi,
c'est un casse-tête juridique. Mais tout ce
qui est légal n'est pas nécessairement juste, et ce qu'on cherche, c'est une
justice pour tout le monde. De dire que ce n'est pas seulement certaines
entreprises qui ont le droit de soumissionner parce qu'elles se sont donné des compétences qu'elles n'avaient pas,
qui ont triché, finalement, le système, là aussi je pense qu'on doit
regarder cet aspect-là.
Et ce qui m'amène,
parce que je sais qu'il ne me reste pas grand temps, à parler justement...
Le Président (M.
Ferland) : ...environ, oui.
M. Duchesneau :
Une minute?
Le Président (M.
Ferland) : Une minute, oui.
M. Duchesneau :
Tous les acteurs de la corruption, vous avez raison de dire que ce n'est pas
seulement l'entrepreneur qui doit se faire prendre, mais il n'y a pas
collusion, il n'y a pas corruption s'il n'y a pas quelqu'un à l'interne qui donne des informations. Et ça, on
n'en parle pas beaucoup, mais il y a un dommage que ces gens-là ont
causé en trahissant leur serment d'office.
M. Hamel
(Pierre) : Et en recevant à l'occasion des montants importants.
M. Duchesneau :
Exactement. Très bonne conclusion. Et je vais arrêter là-dessus.
Le Président (M. Ferland) : Alors, merci,
M. le député de Saint-Jérôme. Maintenant, je reconnais le député de...
de Berthier, c'est ça.
M. Ratthé :
Vous me déménagez, là, M. le Président.
Le Président (M.
Ferland) : Blainville, Blainville. Berthier!
Le Président (M.
Ferland) : Mais, même si je vous ai changé de comté, vous n'avez
pas plus de temps. C'est 4 min 20 s.
M. Ratthé : Non? Ah! Bien, non, c'est
parce que le député de Berthier est quand même du côté du gouvernement.
Je pensais avoir un peu plus de temps, là.
Le Président (M.
Ferland) : Et voilà. Alors, M. le député de Blainville. Excusez-moi,
je vous ai...
M. Ratthé : Merci,
M. le Président. Madame messieurs, merci d'être là. Je vais faire un petit peu
de pouce encore sur ce que le député de Saint-Jérôme vous disait, hein,
parce que de toute façon vous dites : On devrait l'étendre à tout ce qui est public. La notion de dommage, par exemple,
dans une municipalité qui va faire un appel d'offres, qui va recevoir un appel d'offres, puis qu'au
départ on va dire : Les dés sont pipés, on sait à quel point c'est
compliqué de refaire un appel d'offres. Il faut refaire tout le processus. Il y a du temps, il y a de l'argent, il y a des fonctionnaires qui
vont travailler là-dessus. On peut même aller jusqu'à dire que, dans certains
cas parfois, même si ça passait inaperçu au départ,
la municipalité ne va pas nécessairement payer tout de suite les travaux, elle
va attendre que les travaux soient faits. On se rend compte que la personne qui a soumissionné n'a peut-être pas
les qualifications qu'il faut parce qu'on voit les travaux qui sont en train
de se réaliser, puis ce n'est pas la bonne chose.
Alors,
moi aussi, là, j'ai… Mais ce que vous dites, c'est qu'il faudrait le spécifier.
C'est ce que je comprends?
M. Hamel
(Pierre) : Bien, c'est-à-dire que ce qui est important, c'est de
vraiment créer une présomption de dommage lorsqu'il y a eu des sommes
illégalement versées. Je pense que… Puis même encore là elle ne nous aide pas
vraiment.
Dans le cas que vous
nous expliquez, la municipalité va faire la preuve qu'elle a été invitée… elle
a fait une invitation, elle a reçu un
document, le document a été utilisé pour octroyer le contrat, et que
malheureusement, à cause de ça, elle
l'a octroyé suite à des manoeuvres dolosives et elle en demande l'annulation.
Si elle a des