Labour and the Economy — 23 September 2020 (42nd Legislature, 1st Session)
CET 2020-09-23
Quebec — Committees
Des années de
travail et de représentations ont mené à la mise en place, en 2006... à la
première mouture du Régime québécois
d'assurance parentale, et nous en sommes très fières. Le nouveau régime a
permis aux femmes nouvellement mères
d'avoir une meilleure sécurité financière à la suite d'une naissance. Les pères ont aussi mieux exercé leur rôle
auprès de leurs enfants grâce aux congés qui
leur sont attribués. D'un point de vue de meilleure répartition de tâches et de responsabilité
parentale, nous pouvons dire qu'il y a eu des avancées notables.
Par contre,
près de 15 ans après son entrée
en vigueur, il est certain que le
RQAP doit être revu pour l'actualiser et répondre aux besoins de tous
les parents, qu'ils soient biologiques ou adoptants. Le régime doit aussi
refléter la diversité familiale de la société québécoise en utilisant un langage plus inclusif ou en précisant la définition de
«parent». De cette manière, tous les types de familles au Québec s'y
retrouveraient.
J'aimerais préciser que
nos recommandations s'inspirent largement du mémoire présenté hier en commission
parlementaire par la Coalition pour la conciliation famille-travail-études et le
Conseil d'intervention pour l'accès des femmes au travail au nom d'une
trentaine de groupes de femmes, d'organismes
communautaires et d'organisations syndicales.
particularité, et je dirais même la force, du régime québécois
en matière d'assurance parentale est
sans aucun doute son caractère
flexible. Le ministre a exprimé à plusieurs reprises le fait que les
dispositions dont nous discutons aujourd'hui
ont été réfléchies dans un objectif d'instaurer un dialogue entre les parents.
Du point de vue des fédérations, plus
on assure la flexibilité du régime, plus on incite les parents à discuter et à
convenir entre eux des modalités de partage qui répondent aux besoins de
leur famille.
Cette notion
de flexibilité revêt un caractère particulièrement important pour les
professionnelles en soins. En effet, comme
vous le savez, elles travaillent en grande majorité dans des centres d'activité
24/7. Cela entraîne des conditions de travail
particulières : sur différents quarts de travail, des quarts de
12 heures et une fin de semaine sur deux. Vous avez aussi certainement toutes et tous entendu parler du temps supplémentaire obligatoire trop souvent vécu par nos membres. Cela
entraîne bien évidemment des défis supplémentaires en matière de conciliation
famille-travail. C'est pourquoi nous saluons les objectifs de l'article 16
du projet de loi que vous avez présenté.
Pour nous, la
prolongation de la prise des prestations parentales jusqu'à 78 semaines
est toutefois insuffisante, et
nous recommandons donc de prolonger cette
période jusqu'à 104 semaines. Nous croyons fermement que
l'augmentation de ce délai directement à
même une loi sociale aura un impact favorable, considérable sur la conciliation
famille-travail des professionnelles
en soins, mais aussi sur celle de toutes les femmes, et notamment
celles des travailleuses non syndiquées. Encore près de 60 % des
travailleuses du Québec ne sont pas assujetties à une convention collective. La
Loi sur les normes du travail prévoit seulement deux jours de congés
payés pour remplir des obligations familiales.
Or, pour ces femmes qui n'ont pas toujours les
moyens de réduire leur rémunération, cet assouplissement du Régime québécois d'assurance parentale ferait réellement une différence dans leurs possibilités de conciliation
famille-travail. Il est aussi très important pour la FIQ et la
FIQP que le ministre soit clair sur les faits que les modalités de suspension ou de fractionnement des
prestations doivent être la prérogative des parents uniquement.
Comme vous le
savez, la FIQ et la FIQP représentent des professionnelles en soins qui ont été
aux premières loges pour faire face à la pandémie de la COVID-19. Bon
nombre d'entre elles ont écourté leur congé parental pour prêter main-forte au
réseau de la santé durement fragilisé. Nous désirons saluer leur solidarité et
leur dévouement, mais soumettons à la fois à
votre attention qu'en aucun cas les nouveaux parents ne devraient subir une
quelconque pression pour écouter leur
congé parental. La FIQ et la FIQP souhaitent aussi souligner la force de
caractère flexible dans le délai de paiement des prestations de
maternité.
Donc, l'article 3,
tel que proposé, prévoit une prolongation
de deux semaines. Nous souhaitons toutefois soumettre à votre attention qu'une prolongation de sept
semaines, soit faire passer de 18 à 25 semaines, du délai de paiement de
ces prestations répondrait davantage à cet
objectif de flexibilité. Il faut garder en tête que chaque naissance est un cas
d'espèce. Les scénarios quant à la venue d'un enfant sont infinis et
nécessairement imprévus, et, en ce sens, étendre le délai de paiement de prestations répond davantage à la
plupart des événements qui peuvent se produire. À
titre d'exemple,
l'enfant a une naissance prématurée survenue à l'intérieur d'une période de
congé annuel de la mère. Dans un tel cas, un délai de 25 semaines
permettrait à la mère de ne pas être pénalisée d'un accouchement avant terme.
Finalement,
nous saluons la volonté du législateur de bonifier le régime en place en vue de
favoriser une plus grande répartition
de congé parental entre les deux parents. Nous partageons le constat que
l'implication soutenue des deux parents est fondamentale tant pour le développement du sentiment de compétence parentale des deux
parents, pour le développement
de l'enfant ainsi que pour une répartition plus équitable de la charge mentale
et de la satisfaction au sein du couple.
Toutefois,
nous croyons que seuls les parents doivent déterminer les modalités de partage
de congé parental. Ainsi, nous accueillons favorablement la bonification
de quatre semaines proposée à l'article 30 du projet de loi, mais nous
estimons que celle-ci doit être accompagnée, dès qu'il y a un partage entre les
deux parents, sans égard au nombre de semaines prises par chacun des parents...
Et, en
terminant, nous estimons que le projet
de loi n° 51 comporte plusieurs
mesures qui seront bénéfiques et précieuses pour les nouvelles familles,
et c'est pourquoi nous vous recommandons que celui-ci soit adopté dans les plus
brefs délais. Merci de votre attention.
Président (M. Polo) : Merci,
Mme Dorismond. Est-ce que... Donc, nous vous remercions pour votre
exposé. Nous allons maintenant débuter la période d'échange. M. le ministre, la
parole est à vous.
M. Boulet : Oui, merci, M. le
Président. Merci de la qualité de la présentation, Shirley et Myrna. On est
bien heureux de vous accueillir et que vous
reflétiez les préoccupations d'un nombre aussi important de personnes qui
sont membres de la FIQ, et les femmes y sont de manière prépondérante.
J'aime bien
l'approche, la nature de vos recommandations. Je pense que, sur les objectifs,
on s'entend. C'est un régime dont on peut être fiers. Puis je salue
d'ailleurs les implications de la FIQ dans l'histoire de ce régime-là et dès l'origine, parce que, depuis 2006, ça fait
partie
de la politique familiale du Québec, dont on peut être des ambassadeurs
heureux. Et je pense que, quand on fait des comparaisons à l'échelle
internationale, on se situe vraiment très bien.
Quand vous
référez, Shirley, à la flexibilité — d'ailleurs,
c'est dans le
titre du projet de loi — on
veut accroître la flexibilité dans
une perspective d'améliorer la conciliation travail-famille. J'aime bien le
lien de causalité que vous établissez entre
la flexibilité et le dialogue. Plus il y a de la flexibilité, plus ça favorise
le dialogue. Ça, ça m'apparaît relativement important de le mentionner.
L'étalement, bon, c'est sûr que vous
prêchez en faveur de 104 semaines, certains prêchent pour le statu quo.
On est allés à 78 semaines. Je pense
que c'est un bel équilibre. Je veux mentionner que vous faisiez référence à...
il faudrait que ce soit une prérogative de la personne, du parent ou des
parents, mais c'en est une, prérogative. On a un droit d'étaler jusqu'à 78 semaines. Dans le cas du congé de
maternité, c'est de 18 à 20 semaines. C'est le moment où le congé
parental est pris qu'il doit être convenu
avec l'employeur. Puis vous comprendrez que c'est dans l'intérêt des parties de
convenir du moment, parce que ça ne
peut pas être pris à la seule discrétion de la personne ou au seul moment que
la compagnie le souhaite. Je pense
qu'en pratique ce dont j'ai témoigné, c'est qu'il y a des dialogues aussi
entre les parties, mais d'avoir cette marge de manoeuvre additionnelle
là, je pense que ça va être relativement dans l'intérêt de tout le monde.
Donc,
on a le droit de fragmenter. C'est une prérogative, mais, quant au moment, ça,
je pense qu'il faut continuer d'encourager
la discussion entre l'employé et
l'employeur. D'ailleurs, souvenez-vous, je pense que c'est
important de le rappeler, durant la pandémie, on a permis à des
personnes en congé parental qui n'avaient pas le droit — vous
vous souvenez de ça, Shirley — d'étaler plus que 52 semaines de
revenir sans être pénalisées pour encourager le retour au travail de personnes, de travailleurs, travailleuses de la
santé, pour venir prêter main-forte à leurs collègues, et il y en a à
peu près 400 au Québec qui s'en sont prévalu. Ça fait que j'ai trouvé que
c'était relativement intéressant.
vais vous demander, à ce stade-ci, là, parce que j'ai d'autres commentaires
puis d'autres questions, est-ce que... vos
commentaires sur les revenus concurrents, la possibilité maintenant d'obtenir
une exemption qui est l'équivalent de la différence entre le revenu hebdomadaire et la prestation de maternité ou
parentale. Est-ce que vous aviez un commentaire particulier, Shirley ou
Myrna, à nous faire là-dessus?
Mme Dorismond
(Shirley) : Vous m'entendez? Oui, en fait, le 25 %... C'est le
25 % que vous parlez...
M. Boulet :
Oui, actuellement, c'est 25 %.
Mme Dorismond
(Shirley) : Oui, c'est ça.
Boulet : Mais on augmente l'exemption pour permettre aux personnes de
revenir progressivement au travail ou de travailler à temps partiel sans
être pénalisées, parce que, là, dès que tu avais 25 % du montant de ta
prestation, tu étais coupé.
Mme Dorismond (Shirley) : Oui, en fait, on croit que, vraiment, c'est bien,
puis c'est vrai que le 25 %, ça mettait un frein, tu sais, pour le
retour au travail. Mais, pour les femmes vulnérables, les statuts particuliers,
oui, tu sais, aller chercher un montant, on
trouve ça très positif pour elles, mais sauf que, dans notre cas, pour nos
membres, c'est moins une obligation, parce qu'on a la convention
collective. Donc, on préférait laisser d'autres groupes vous parler de tout ça.
Boulet : Oui. En même temps, même si on est en milieu syndiqué, les
conventions n'empêchent pas qu'il y ait des besoins qui peuvent être comblés par des personnes qui bénéficient
des prestations du RQAP et qui, donc, acquièrent un droit additionnel leur permettant de travailler,
particulièrement en contexte de pénurie de main-d'oeuvre, puis ça
s'applique aussi pour le consentement de l'employeur. Quant aux périodes
d'étalement, je pense que ça donne une souplesse et ça fait comprendre aux personnes qui bénéficient du RQAP
qu'ils vont pouvoir effectivement utiliser leur prérogative d'étalement.
J'apprécie aussi beaucoup
vos commentaires sur, évidemment, que le père doit s'investir plus, puis vous
êtes d'accord avec le quatre semaines, qui est une mesure incitative. Ce que vous mentionnez
cependant, c'est qu'il y ait partage, mais indépendamment du nombre de
semaines, alors que nous, on dit, dans le projet de loi, si les deux partagent
un minimum de 10 semaines, les
deux parents ont accès à un quatre semaines additionnelles. C'est important
de redire que, depuis 2006, le nombre
de semaines de prestations RQAP prises par