Health and Social Services — 1 May 2018 (41st Legislature, 1st Session)
CSSS 2018-05-01
Quebec — Committees
Je voudrais juste vous citer, M. le ministre,
j'ai pris ça, justement, dans un journal de chez nous : «Avec l'implantation de ces six supercliniques et [...]
la première étape de Rendez-vous santé Québec, la population de Laval
est aux premières loges des changements que nous [pouvons] apporter dans
l'ensemble du réseau en ce qui concerne l'accessibilité
des services d'un médecin de famille. Ce sont des gestes que nous posons en vue
d'offrir des services plus accessibles
à l'ensemble des Québécoises et des Québécois. Avec ce projet, nous offrons
concrètement une autre option à l'hôpital,
notamment les soirs et les fins de semaine. Je salue les médecins et
professionnels de la santé qui ont décidé de s'embarquer dans ce projet
qui aura nécessairement un impact positif pour la population.»
Et je peux
vous dire que, oui, il y en a un, un impact positif, et j'en entends parler,
parce qu'avant je pourrais vous dire,
à ma circonscription, j'avais beaucoup de téléphones qui me disaient :
M. Rousselle, on n'a pas de médecin de famille encore, c'est toujours l'hôpital puis, bon...
Bien, je peux vous dire que depuis ce temps-là, depuis aussi... avec ce
système-là de prise de rendez-vous comme ça, bien, je n'en ai plus de ces
téléphones-là. Et sûrement... puis je le sais aussi qu'au niveau des médecins
de famille, ça s'est amélioré grandement à Laval, parce que justement, comme je
vous le dis, je n'en ai plus, de ces
téléphones-là. Les gens, je les rencontre, et puis : Aïe! Jean, ils m'ont
appelé, j'ai un médecin de famille maintenant,
ou : Aïe! Jean, j'ai été dans une superclinique, je n'ai pas attendu, j'ai
pu prendre mon rendez-vous. Eh bien, tout
ça a pour objectif de faire de la place à l'hôpital, parce que, là, les gens
qui vont là pour un petit bobo, quoi que ce soit, bien, je pense qu'ils
peuvent vraiment se déplacer dans ces supercliniques-là.
C'est sûr
qu'il y a une éducation à faire à la population, dans le sens que les gens, par
habitude, vont : Ah! j'ai un problème,
je m'en vais à l'hôpital. Mais je pense que c'est une habitude qu'il va falloir
changer, mais je me suis rendu compte,
parce que j'ai dû aller à l'hôpital dernièrement pour mon père, et puis pas
besoin de vous dire que j'ai été à la Cité-de-la-Santé,
et puis je me suis rendu compte, justement, que les gens qui ont de petits
problèmes, qui peuvent vraiment facilement
aller dans les supercliniques, bien, sont redirigés vers les supercliniques.
Donc, je pense que c'est une habitude que les gens vont prendre
graduellement, et puis, bien, c'est parfait. Je veux dire, c'est comme ça qu'on
va pouvoir, justement, garder l'hôpital pour des cas plus sérieux. Donc, à ce
moment-là, l'attente devrait s'améliorer.
Il y a aussi
l'investissement qu'on a fait en santé aussi pour diminuer l'attente dans les
hôpitaux. C'est le 224 nouvelles places en CHSLD à Laval... bien, c'est
sûr que, quand les lits sont pris, comment on peut accepter de nouveaux patients? Donc, je pense que le fait de
pouvoir se donner de la place à l'intérieur de l'hôpital, bien, les
médecins... Moi, je le sais entre autres
puisque mon épouse était infirmière, donc je le sais, qu'il y a des lits qui
sont attachés à des médecins et... bien, c'est ça, quand tous les lits
sont pris, bien, comment je peux prendre un nouveau patient?
Donc, avec
ça, en trouvant 224 nouvelles places en CHSLD, bien, veux veux pas...
c'était 128 places pour une clientèle
âgée de lourde perte d'autonomie et 96 places pour une clientèle âgée en
perte d'autonomie moins importante. Donc,
ça, veux veux pas, ça fait vraiment de la place, et c'est encore une fois...
c'est les gens de Laval et des environs de Laval, parce que je ne peux pas vous dire qu'il n'y a pas personne à
l'extérieur de Laval qui ne viennent pas chez nous, mais au moins ça fait
plus de place, comme je vous le disais, pour des opérations pour des gens qui
sont vraiment en attente de places.
Dernièrement,
bien, on le sait, vous avez aussi fait une inauguration concernant le nouveau
centre d'endoscopie à l'Hôpital
Cité-de-la-Santé, donc prévention, et tout, encore des services que je sais que
ma population de Laval... mais, en plus,
ma famille va là, justement, à l'Hôpital Cité-de-la-Santé. Donc, j'ai été le
voir, le centre, justement. C'est vraiment intéressant parce que ville Laval, avec son Hôpital Cité-de-la-Santé,
bien, on devient comme autonomes. Les gens, de plus en plus, à ville Laval peuvent rester à Laval, ne sont pas obligés
d'aller, justement, à Montréal pour se faire soigner, que ça soit au niveau du cancer, que ça soit de
l'endoscopie, bien, je veux dire... et de tous les autres services, bien,
enfin, ville Laval, justement, a son hôpital, et je pense que la population est
bien contente. D'ailleurs, je ne sais pas si vous connaissez ville Laval, mais à Vimont, alentour de la Cité-de-la-Santé,
il y a beaucoup de résidences de personnes âgées, et les gens... je peux vous le dire, c'est des
résidences que je visite souvent, et les gens, justement, ils se sentent
rassurés, justement, par la grande qualité que la Cité-de-la-Santé puisse
donner en qualité de soins.
Et tout dernièrement, bien, on le sait tous que
vous avez fait une belle annonce que j'étais présent justement pour la Cité-de-la-Santé. C'est une annonce d'un
grand projet de modernisation de la Cité-de-la-Santé. Moi, je me
rappelle, la Cité-de-la-Santé, au moment
qu'elle s'est ouverte... qu'elle est ouverte, je faisais encore... je n'étais
pas ici à ce moment-là, mais, dans ce temps-là, on faisait même de
l'ambulance pour vous rappeler dans le temps, là. Donc, mes cheveux blancs me trahissent, mais c'est sûr que ça fait
un bout déjà de ça. Et l'hôpital, à ce moment-là, quand elle est
ouverte, elle a été... Écoutez, c'était un hôpital moderne, c'était vraiment
bien. Mais là, ça fait déjà un certain temps, puis je pense qu'effectivement
elle a besoin d'un coup de rajeunissement et, en même temps, bien, elle a
besoin aussi d'agrandir parce que la
population de Laval grandissant, bien, elle a besoin de plus de place. Et puis
je suis très heureux que justement une
enveloppe de 10 millions ait été autorisée, justement, pour réaliser le
dossier d'opportunité de ce projet-là qui est inscrit, justement, au
Plan québécois des infrastructures, donc... Parce que les gens vont dire :
Oui, mais c'est-u inscrit, ça? Oui, c'est
inscrit, et je peux vous dire qu'on va en avoir grand besoin de cette
amélioration-là, parce que le coût global estimé pour le projet... Le coût, c'est sûr que c'est un coût estimé,
mais c'est de 300 à 350 millions, là, tu sais. C'est des modifications
mais vraiment majeures qu'il va y avoir.
Donc, écoutez, moi,
M. le ministre, je pourrais continuer et continuer, mais vous pouvez voir que
je suis vraiment emballé par les
investissements que vous faites à Laval, et puis que justement le taux au niveau
de l'attente à l'urgence a diminué,
que les Lavallois, Lavalloises ont de meilleurs services. Mais moi, j'aimerais
savoir entre autres, à ville Laval...
vous, vous avez sûrement des rencontres avec les médecins de Laval, vous avez
sûrement... Je voudrais savoir comment que les médecins ont décidé vraiment
d'embarquer chez nous, parce que je peux le voir, là, justement, j'en
parle à des médecins, les médecins sont
contents de ces projets-là. Mais j'aimerais vous entendre là-dessus, sur la
suite des choses, justement, des investissements de Laval et les projets
que vous avez annoncés.
Le Président
(M. Merlini) : M. le ministre, neuf minutes.
M. Barrette :
Alors, merci, M. le Président. Alors, c'est vraiment intéressant que mon
collègue aborde ce sujet-là de la
façon régionale, parce qu'évidemment mon collègue, il est député dans cette
région administrative là qui est celle de Laval. Et c'est intéressant parce que, vous savez, la réforme que l'on a
choisi de faire, c'est une réforme dite de proximité. J'y ai fait référence à plusieurs reprises hier,
je vais le faire encore aujourd'hui en y ajoutant un angle qui est très,
très important, parce que, quand on dit
proximité, on dit aussi administration territoriale. Et par expérience, parce
qu'on me demande essentiellement
comment ça s'est passé sur le terrain, par expérience, les gens à Laval, ils
sont victimes de leur situation
géographique et de leur succès, et l'un va avec l'autre. Leur situation
géographique, c'est connu, peut-être pas par tout le monde vraiment, mais certainement pas vécu par tout le monde
à l'extérieur de Laval. Laval, c'est une île, comme Montréal, et le fait d'être une île qui est
configurée comme elle l'est, il y a un sentiment d'appartenance qui existe à
Laval, mais c'est une île qui est bordée de
deux régions significatives : évidemment, au sud, Montréal qui est aussi
une île, et au nord, les Basses-Laurentides.
Ça a des conséquences
parce qu'à Laval les gens tentent d'être autonomes en termes d'organisation et
de dispensation de soins. Ils tentent ça
mais ils sont mis à contribution de façon significative, un peu par Montréal...
Peu de gens vont vers Laval de
Montréal quand on regarde les statistiques, mais beaucoup de gens viennent des
Basses-Laurentides et Laurentides à
Laval, ce qui fait que Laval a une pression, au sens statistique du terme,
populationnelle qui dépasse ses propres frontières insulaires que sont
les rivières qui entourent Laval.
Malgré
tout, la réforme que l'on fait, qui a
créé des CISSS et des CIUSSS, bien, le CISSS de Laval est un succès en
termes d'intégration et de coordination de tous ces services-là. Et quand, cher
collègue, quand vous me posez la question :
Est-ce que je leur ai parlé, puis comment on explique tout ça?, bien, il y a
une réponse, qui est très, très simple, c'est le leadership. Et le leadership, dans une organisation de CISSS,
de centre intégré de santé et de services sociaux, le leadership, c'est sûr que ça doit venir au moins
d'en haut, mais ça vient aussi de la collaboration sur le terrain, et, à
cet égard-là, la collaboration des médecins a été exemplaire.
Et je vais simplement
raconter un peu l'histoire de la mise en place des fameuses supercliniques.
Quand nous sommes arrivés avec cette
proposition-là sur le terrain, il fallait que le programme parte. Et l'objectif
ou la façon de faire était de prendre
de premiers arrangements dans un endroit le plus dynamique possible et
collaborateur possible pour avoir un
effet d'entraînement dans le reste de la province. Et c'est la raison pour
laquelle on est allés à Laval en premier, mais on est allés à Laval en premier parce qu'il y avait et il
y a encore la même personne, une présidente-directrice générale du
CISSS, Mme Caroline Barbir, et une
direction des services professionnels, Dre Opatrny, qui maintenant fait
partie de mon équipe et qui est présente ici ce matin, une équipe
extraordinaire en termes de leadership.
Le leadership, ça, ça
veut dire capacité de communication et d'organisation avec les gens sur le
terrain et à l'extérieur de l'hôpital. Et,
très surprenamment, vous allez être surpris de ça, sans aucun doute, mais c'est
Mme Barbir qui m'a abordé en premier.
Alors que je mettais en place le concept des supercliniques, la première
personne qui s'est levée dans la
direction pour aller de l'avant avec ça et qui a fait les premières approches,
c'est Mme Barbir elle-même, parce qu'elle
y croyait. Et c'est un peu pour ça que ça a été un succès, parce que un, elle y
croyait et, en plus, elle avait une relation absolument exemplaire avec
le réseau, qui a répondu, lui, les médecins, là, dans les cliniques que le
collègue, M. le Président, a nommées, une collaboration qui était absolument et
qui est encore aujourd'hui tout à fait exemplaire.
qui fait que, quand j'ai eu à avoir mes premières rencontres avec ces gens-là,
tant de l'administration hospitalière que
des directions de clinique médicale, bien, c'est allé à une grande vitesse. Et,
on le sait aujourd'hui, l'effet d'entraînement recherché a eu lieu,
puisque d'ici une semaine, par exemple... On sait qu'il y a eu plusieurs
supercliniques qui se sont ouvertes au
Québec. D'ici un peu plus d'une semaine, on dépassera la marge de 40. On va
bientôt annoncer notre 40e. Et nous,
qui nous étions engagés à en mettre une cinquantaine, on va y arriver et on va
franchir la marque de 40 d'ici un peu plus d'une semaine, ce qui est un
exploit.
À Laval, bien, Laval
a une population qui lui est propre pour des raisons géographiques. Laval est
une région normale, en ce sens qu'il y a une
répartition populationnelle qui respecte la démographie que l'on connaît au
Québec. Et Laval, pour ceux et... Mon
collègue a mentionné le fait qu'il a fait sa carrière prépolitique à Laval
comme policier, alors il est bien placé pour savoir l'évolution populationnelle
de Laval. Laval, là, c'est une région qui est
partie de moins de 300 000 personnes à maintenant près de
500 000 et qui a un hôpital qui n'a pas grandi physiquement et en
capacité, et c'est la raison pour
laquelle on a répondu à cette évolution-là démographique et populationnelle en
termes de distribution de la population.
On a répondu par un investissement, effectivement, de plus de 300 millions
de dollars pour faire passer la capacité
de l'hôpital, qui est d'environ 400 lits à environ et même un peu plus de
500 lits, parce que la population ayant augmenté, bien, évidemment, il faut s'adapter. Si on fait une réforme de
proximité, on doit s'adapter pour s'assurer de fournir la possibilité de dispenser les soins ou encore les
investigations sur place, sur l'île de Laval, dans des installations
modernes. Alors, c'était dû.
ça, quand on regarde tout ça, bien, l'ensemble de cette oeuvre-là, bien, ça
fait qu'on a un réseau qui est vraiment intégré, avec une administration qui voit tous les angles en même temps
et qui pose les gestes qui ont à être posés, parce qu'il y a une équipe
là-bas qui est dans cet état d'esprit là. Alors, la collaboration, par exemple,
entre les bureaux de médecins et l'hôpital,
elle est optimale. L'hôpital, par exemple, envoie régulièrement de son
personnel dans les résidences de
personnes âgées avoisinantes et les CHSLD pour ne pas que ces gens-là viennent
à l'hôpital surcharger le fonctionnement de l'urgence, par exemple.
J'aurais plein, plein,
plein d'exemples à vous donner, peut-être qu'on y reviendra un petit peu plus
tard, sur le succès qu'est le CISSS de
Laval. Ce n'est pas le seul succès, il y en a plein, mais à Laval ça a été un
succès, parce que sur le terrain, à
tous les niveaux, il y a eu des gens qui se sont levés, qui ont embrassés la
réforme que l'on est en train de mettre
en place, et le mérite revient à tous ces gens-là qui ont choisi de faire de la
réforme un succès sur le territoire de Laval.
Et le
collègue mentionnait le rodage que l'on fait actuellement du système RVSQ, et
là aussi, les commentaires que l'on a
des utilisateurs dans le grand public sont éminemment positifs. Alors, on parle
de transformation, elle est en train de se faire et des résultats
positifs se voient déjà, sont déjà au rendez-vous, et ce n'est que le début, M.
le Président.
Président (M. Merlini) : Merci beaucoup, M. le ministre. Ça met un
terme à ce premier bloc d'échange avec le gouvernement ce matin. Nous allons maintenant du côté de l'opposition
officielle. Mme la porte-parole de l'opposition officielle en matière de Santé... non, c'est à votre tour, Mme la
députée. Effectivement, Mme la députée de Taillon, vous avez un bloc de
20 minutes. À vous la parole.
Mme Lamarre :
Merci beaucoup, M. le Président. Alors, j'en suis très honorée, je croyais que
mon tour était différé. Alors, merci.
Alors, premier sujet que j'aimerais aborder avec
le ministre, c'est quand il y a eu la Grande Inscription que le ministre a annoncé à l'automne. Voyant que la
cible du 85 % de patients qui... de citoyens qui devaient avoir accès à
un médecin de famille le 31 décembre
2017 ne serait pas atteinte, il a annoncé une Grande Inscription. Grande Inscription, c'était une façon de gonfler, entre autres, les chiffres, jusqu'à un
certain point, puisque ce qu'il disait, c'est... aux médecins :
Prenez, inscrivez des gens, et je vous donne jusqu'à trois ans pour pouvoir les
voir dans la vraie vie.
Donc, ça veut dire qu'actuellement, dans les
chiffres que le ministre annonce en termes de patients qui ont un médecin de famille, bien, il y en a beaucoup
qui n'ont pas nécessairement été vus par un médecin encore. C'est comme
une combinaison de deux noms, un patient et un médecin, mais ce qui est
étonnant, c'est qu'on a donné aux médecins trois ans pour voir ces patients-là.
Ma question
est : Est-ce que les médecins ont touché la prime tout de suite, la prime d'inscription, qui est entre 100 $ et 200 $, selon l'intensité des soins du patient ou son
niveau de... le niveau auquel il est coté? Est-ce que les médecins
ont touché la prime de 100 $ à
200 $ d'inscription tout de
suite, même s'ils ont jusqu'à trois
ans pour voir un patient, ou si ce ne sera que quand ils verront
effectivement le patient que, là, ils toucheront la prime d'inscription?
Le Président (M. Merlini) : Merci, Mme
la députée. M. le ministre.
M. Barrette : M. le
Président, je comprends qu'on est tôt
le matin, peut-être que c'est une question de prendre son café ou de ne pas le prendre, mais j'aurais pu
invoquer l'article 35 encore une fois. D'insinuer qu'on fait
les mesures pour gonfler des
chiffres, ça m'apparaît un commentaire éminemment péjoratif. Alors, je voulais
me permettre de prendre un peu de temps pour rectifier les faits.
L'objectif
de ce que l'on fait est de faire en sorte que les gens aient accès à un médecin
de famille. Pour avoir accès à un
médecin de famille et être suivi par le médecin de famille, il faut être
inscrit auprès du médecin de famille, ce n'est pas... L'objectif n'est pas de gonfler des chiffres, l'objectif
est de répondre aux besoins exprimés par la population et aussi aux critiques exprimées à moult reprises par les
oppositions comme je l'entends ce matin, mais l'objectif n'est pas de
gonfler des chiffres pour les gonfler. Je trouve ça déplorable. Moi, je pense
que les gens qui nous écoutent, le 1,1 million de personnes qui actuellement ont un médecin de famille et qui réussissent à le
voir parce que la preuve est faite qu'ils les voient, les
médecins, pour la simple et bonne raison que l'assiduité est au rendez-vous. Ce
n'est pas artificiel, ça.
Maintenant,
notre collègue a choisi cette approche-là que je trouve malheureuse. Maintenant
j'invite, et je l'ai dit à plusieurs
reprises... je ne l'inviterai pas puisqu'elle est parfaitement au courant qu'il n'y a pas de prime. Il n'y en a pas de prime. Alors, quand bien même notre collègue
voudrait démontrer à la face de l'univers qu'il y a des primes, il n'y
en a pas. Alors, il n'y a pas de médecins aujourd'hui qui reçoivent une prime à
l'inscription.
Il y a éventuellement, lors de la visite de
prise en charge, une tarification normale, comme tous les tarifs qui existent dans le livre de tarification de la RAMQ,
à la visite initiale de prise en charge. Ça, c'est un fait, ce n'est pas une prime, c'est un tarif négocié établi entre les parties, qui reflète la
lourdeur du geste qui est posé lors de la visite initiale de prise en charge. Alors, c'est sûr qu'on peut tout
décrire comme étant des primes injustifiées et ainsi de suite, c'est un
choix politique de la collègue. Je trouve ça malheureux qu'on ne décrive pas
les choses factuellement. Un fait démontré, il n'y a pas de prime.
Le Président (M. Merlini) : Merci, M.
le ministre. Mme la députée.
Mme Lamarre : Alors, je vais reformuler ma question
autrement. Est-ce que les médecins qui participent à la Grande
Inscription et qui acceptent d'avoir des patients, est-ce qu'ils reçoivent une
forme ou une autre d'argent?
Le Président (M. Merlini) : M. le
ministre.
M. Barrette : Et je viens d'y répondre, M. le Président, puis je vais répéter ma réponse : Il y a un tarif négocié
reflétant la lourdeur de l'acte lorsque
l'acte est posé, l'acte étant la visite de prise en charge, visite qui n'est
pas elle-même l'inscription.
L'inscription et la visite, c'est deux choses. Une inscription, c'est administratif, c'est un patient qui se
retrouve sur la liste d'un médecin qui
accepte, par le fait même, de le suivre et de le prendre en charge, ce qui est
le souhait non seulement
de la population, mais le nôtre aussi parce que c'est comme ça que le système
de santé doit fonctionner. Et, à l'inscription, non, il n'y a pas de
paiement.
Maintenant,
la Grande Inscription, telle que décrite par la collègue, M. le Président, ce
n'est pas du tout ça. Alors, comme
vous voulez équilibrer le temps, je vais la décrire, la Grande Inscription, à
la prochaine question pour partager équitablement le temps avec notre
collègue.
Le Président (M.
Merlini) : Merci, M. le ministre. Mme la députée.
Mme Lamarre :
Le ministre parle d'un acte administratif pour accepter. Est-ce que cet acte
administratif là est rémunéré?
Le Président (M.
Merlini) : M. le ministre.
M. Barrette :
Bien, M. le Président, est-ce que vous me permettez de rectifier les concepts?
La réponse, c'est non, j'ai déjà répondu. Alors, si je n'ai pas
l'occasion... et vous m'arrêterez, là, je vais répondre à la question...
Mme Lamarre :
...entendu la réponse du...
Le Président (M.
Merlini) : Il y a eu un...
Le Président (M.
Merlini) : Oui, il y a eu un bruit, veuillez simplement répéter la
réponse.
M. Barrette :
M. le Président, quand bien même on reformulerait, de toutes les manières
possibles, la question, le fait d'apparaître sur une liste n'amène pas,
ne génère pas une rémunération. Est-ce que j'ai été clair?
Maintenant,
la Grande Inscription, M. le Président, ce n'est pas du tout ce que la collègue
a décrit, là. Pour que ce soit bien
clair, il n'y a pas eu, avant Noël, de Grande Inscription pour gonfler des
listes. Ce n'est pas ça du tout. La Grande Inscription, là, elle se fait l'été et en janvier pour deux
raisons : ce sont les deux moments où les médecins prennent leur retraite, ce sont les deux moments, conséquemment,
où des patients qui sont suivis par un médecin vont voir leur médecin prendre sa retraite, cet homme ou cette femme-là,
et, à un moment donné, le citoyen se retrouve dans une situation où il
doit chercher un nouveau médecin. Il y a
deux moments, dans l'année, où ça arrive. Ça arrive en juillet et ça arrive en
janvier, pour des raisons, sans aucun doute, fiscales, je dirais.
Maintenant,
pour aider la population, compte tenu du fait qu'en juillet et à la fin de
l'automne, à chaque année, arrivent
de nouvelles cohortes de médecins en pratique... Le cours de médecine, c'est de
juillet à juin, alors, en juillet de chaque
année arrivent sur le marché des étudiants, des médecins de famille qui sortent
des facultés de médecine. Il en arrive une deuxième cohorte à la fin de
l'automne. Quand ces médecins nouveaux facturants là, nouveaux dispensateurs de
services arrivent, ce qu'on a proposé de
faire à la FMOQ, c'est de prendre les cohortes des médecins qui, à ce
moment-là, prennent leur retraite, et de les
distribuer sur un mode démographique pondéré, que j'ai décrit hier, sans que la
personne ait, elle, à courir après un
médecin. On prend les listes, on les refait, on les donne à un nouveau facturant
qui, lui, n'a pas à aller courir
après des patients. Ça simplifie la vie de tout le monde et ça permet la
continuité des services. C'est ce que nous faisons, et, au cas où la question se pose, à nos frais. Il n'y a pas de
rémunération pour le médecin à la suite de ça, mais, quand le patient est vu pour sa visite de prise en
charge, le médecin est payé comme, normalement, il doit l'être dans un
régime qui est celui que l'on connaît, le paiement à l'acte.
Le Président (M.
Merlini) : Merci, M. le ministre. Mme la députée.
Mme Lamarre :
Merci, M. le Président. On a vu hier avec le guichet d'accès qu'il faut parfois
reposer les questions de plusieurs façons,
pendant plusieurs années, avant d'obtenir une réponse vraiment transparente et
vraiment complète. Alors, j'entends du ministre qu'il confirme aujourd'hui
qu'un médecin qui prend un patient, même dans le contexte où... la Grande
Inscription, sur trois ans, pour le voir, ne reçoit aucune rémunération, ni
professionnelle, ni administrative, ni sous aucune autre forme. C'est ce que
j'entends, M. le ministre. M. le Président, ce sera noté, et on y reviendra,
s'il y a lieu d'y revenir, éventuellement.
Le Président (M.
Merlini) : M. le ministre.
M. Barrette :
M. le Président, encore une séance d'insinuation. La seule et unique
circonstance où le médecin, pendant trois ans, ne recevrait aucune
rémunération, ayant inscrit un patient à sa liste, la seule circonstance qui
serait vraiment problématique serait celle
où le citoyen en question, le patient, n'aurait jamais vu son médecin pendant
trois ans. Ça, ça ne serait pas bon, pas vraiment.
Alors, il faut
départager les choses, M. le Président, et j'ai été extrêmement clair. Je vais
l'être encore. Un, inscrire, ça ne donne pas un sou. Deux, une visite
ponctuelle qui n'est pas une visite de prise en charge, ça donne le paiement attaché à ce type de visite. La visite de
prise en charge formelle, qui doit se faire dans la période en question
et qui, évidemment, va se faire bien plus
tôt que tard, mais, pour des raisons de logistique, surtout pour les jeunes qui
arrivent en pratique — ça
leur prend du temps, ils arrivent en pratique — cette visite-là, elle est
payée à une hauteur x.
Maintenant,
quand le patient, là, mettons, à la Grande Inscription, est inscrit à un jeune
finissant qui arrive sur le marché,
ça ne veut pas dire qu'il n'y aura aucune visite entre le 1er juillet, par
exemple, 2018 et le 1er décembre 2018. Ça ne veut pas dire ça. Ça veut dire que la visite de prise en charge, elle
doit avoir lieu à un moment donné. C'est une longue visite, une visite d'explication, une visite
d'examen, une visite potentiellement d'investigation. Ça, c'est un
événement en soi, alors qu'une visite
ponctuelle pour une entorse, ce n'est pas ça, une visite de prise en charge.
Quand le patient est inscrit, il a le
plaisir et le bonheur d'avoir un point de service avec un nom sur la plaque, en
bas : Dr Untel. C'est mon médecin,
je suis inscrit. Et, à partir du moment où je suis inscrit à ce médecin-là, je
peux le voir. Les statistiques le prouvent, le taux d'assiduité est au rendez-vous. Mais la visite de prise en
charge formelle, qui, elle, est un moment privilégié dans la relation médecin-patient, cette visite-là doit
arriver dans un certain délai, et il y a une tarification qui lui est
attachée et qui est appropriée.
Le Président (M. Merlini) : Merci,
M. le ministre. Mme la députée, huit minutes.
Mme Lamarre :
Est-ce qu'un médecin de famille peut refuser des personnes qui lui auront été
attribuées, comme c'est le cas avec
les personnes qui se trouvent en ce moment dans les limbes au niveau du guichet
d'accès à un médecin de famille?
Le Président (M. Merlini) : M. le
ministre.
M. Barrette : L'entente que
nous avons avec les médecins de famille est très simple. C'est une entente
selon laquelle nous allons construire une
cohorte de patients, appelons-la une patientèle, c'est un jargon qu'on utilise
dans le milieu de la santé, qui est, comme je l'ai expliqué hier,
pondérée et démographique. Alors, c'est ça qu'on fait.
Maintenant, dans la pondération, évidemment, on
s'assure qu'il n'y ait pas un déséquilibre du côté de tel ou tel type de la clientèle. Le médecin peut demander
et certainement apporter des modifications. Il n'y a pas une situation...
Comment dirais-je? Ce n'est pas une
militarisation de cette relation-là. Mais, pour refuser la patientèle que l'on
construit, il faut avoir des bien, bien,
bien bonnes raisons. Alors, il est possible qu'il y ait des raisons valables,
mais normalement il ne peut pas.
Le Président (M. Merlini) : Merci,
M. le ministre. Mme la députée.
Mme Lamarre :
J'ai vu, M. le Président, dans les journaux professionnels, la façon dont le
ministre prévoit la pondération pour
créer de l'attractivité. Je donne des exemples concrets à la population pour
qu'ils comprennent bien. Par exemple,
un nouveau médecin pourrait prendre 80 patients de 80 ans. Il peut en
prendre 250 qui ont entre 50 et 65 ans. Il peut en prendre 300 qui ont entre 40 et 50 ans. Alors, on voit que
cette façon d'établir ça, cette clientèle et cette répartition pondérée
là... Tantôt, le ministre disait : Quand un médecin prend
sa retraite, il apporte sa clientèle, et donc il apporte les patients à ce jeune médecin. Alors, si le médecin
qui a pris sa retraite avait 200 patients de 80 ans et que, dans la
répartition, le ministre a prévu qu'il y aurait seulement 80 patients de
80 ans, qu'est-ce qui arrive avec les 120 autres patients de 80 ans, qui, il me semble, devraient être
considérés comme des patients vulnérables, priorisés, et jamais laissés pour
compte dans un système de santé qui se prétend équitable?
Le Président (M. Merlini) : Merci,
Mme la députée. M. le ministre.
M. Barrette : Le système de santé ne se prétend pas équitable. Il est
équitable. Il est imparfait, mais il est équitable. Maintenant,
on va distinguer deux choses. Ce à quoi réfère la collègue, c'est à propos du
comportement des médecins face à la
construction de leur patientèle. Ce dont je parle dans la Grande Inscription est bel
et bien autre chose, c'est-à-dire
la construction d'une patientèle basée sur des critères spécifiques, clairs et
nets.
Alors, je
vais dire précisément quels sont les paramètres, et ça va
être extrêmement précis. Une patientèle équilibrée démographiquement parlant, ça veut dire qu'elle
doit refléter la démographie de la population. Au Québec, il y a
18,5 % des gens qui ont plus de
65 ans. Il y a approximativement 20 % qui ont plus de 60 ans.
Mais revenons à 65 ans et plus. Et après, là, quand on regarde la distribution des âges par décade, il y en a
environ 13 %, par décade. Il y a un pic à un moment donné, là, entre les deux, là, mais,
approximativement, c'est ça, la réalité au Québec, ce qui fait qu'un médecin
qui aurait une cohorte construite
pour une patientèle de 1 000 patients, ça, c'est tout à fait
possible. Un médecin qui fait de la prise en charge et qui fait un peu
d'hôpital, d'urgence, par exemple, c'est 1 000 qu'on lui demande. Ça
signifie qu'il va avoir 180 patients
pondérés de plus de 65 ans et 130 par décade : 130 de 50 à 59, 130 de
40 à 49, 130 de 30 à 39, et ainsi de suite. Pourquoi? Parce que cette répartition-là fait en sorte que le médecin
aura un équilibre et une pression raisonnable. On comprendra qu'environ la moitié de la patientèle
va avoir moins de 40 ans et on comprendra... Tout le monde va comprendre
qu'en bas de 40 ans, là, quand on a 17,
18 ans, 25 ans, il n'y a personne qui va voir le médecin à chaque
année et qui a besoin d'aller voir le
médecin à chaque année. Et on comprendra évidemment qu'au-dessus de 65 ans
c'est le contraire.
Maintenant,
la pondération fait en sorte qu'on sait que les patients vulnérables sont, en
général, plus âgés. Alors, s'il advenait
que les 180 patients que je viens de nommer, démographiquement parlant,
sont tous vulnérables, ils comptent pour deux. Alors, ce médecin-là aura l'équivalent pondéré de
1 000 patients, mais, dans les faits, dans l'exemple que j'ai
donné, 90 patients de plus de 65 ans
et, oui, 130 par décade, ce qui fait une pratique équilibrée parce que, par
exemple, le nombre de visites
annuelles d'un patient de 70 ans au Québec, c'est approximativement cinq à
six visites par année, au-dessus de 85 ans,
c'est 11, 12, 13 visites par année, et c'est normal, alors qu'à
17 ans c'est peut-être une fois par cinq ans. C'est ça, une pratique qui est pondérée
et démographiquement bien organisée. Et c'est ça que nous offrons aux médecins
qui arrivent en pratique à partir du mois de juillet.
Le Président (M.
Merlini) : Merci beaucoup, M. le ministre. Mme la députée,
2 min 10 s.
Mme Lamarre :
Bien, M. le Président, on constate que le mode de rémunération actuel, qui a
été largement promu, étiré comme un élastique, vraiment, contribue à
dénaturer l'exercice de la profession médicale, qui a comme objectif premier, je pense, de soigner les malades. C'est
ça, le premier objectif d'un médecin. Et, quand on a 20 % de la
population qui n'a pas accès à un médecin de
famille, quand, dans ces personnes-là, on a des gens très âgés, des gens très
jeunes, des gens très vulnérables de tous âges, eh bien, on se rend compte que
cette façon de répartir les choses, comme le fait le ministre, de façon très mathématique, exclut des gens très vulnérables,
très malades d'un accès à un médecin de famille. Et ça, c'est pathétique et c'est très triste pour la
population du Québec. Et c'est ce qui cause l'indignation des Québécois actuellement, cette façon calculée de donner aux
médecins la possibilité d'agir de cette façon-là, parce que,
spontanément, les gens qui choisissent l'exercice de la médecine, c'est
pour pouvoir voir des gens malades pour les guérir, pour les soigner.
donc cette façon d'influencer des catégories de patients, des limites, des quotas partout, ça
dénature la profession même médicale.
Je ne pense pas que des infirmières puissent choisir les patients
en fonction de leur niveau de vulnérabilité. Je ne pense pas que d'autres professionnels puissent le faire. Mais la façon dont le ministre
a géré la rémunération des médecins au Québec fait en sorte qu'il
amène ce genre de comportement complètement déviant. Et ça fait que, dans les régions comme Hochelaga-Maisonneuve, par exemple, où il y a désert médical, on a un demi-médecin nouveau qui
va arriver, là, l'équivalent d'un demi-temps
complet qui va être là parce que les médecins se sentent totalement
coincés par ces mesures très administratives, très techniques et qui ne
tiennent pas compte de la vraie réalité et des vrais besoins des Québécois. Si
le ministre laissait les médecins répondre aux besoins des Québécois en ayant,
avec des équipes, une rémunération globale...
Le Président (M.
Merlini) : Merci beaucoup, Mme la députée. Ça met un terme à ce bloc
d'échange avec le gouvernement. Nous allons maintenant du côté du gouvernement
pour un autre bloc de 20 minutes. M. le député des Îles-de-la-Madeleine, à
vous la parole.
M. Chevarie :
Merci, M. le Président. Bon matin à tout le monde. Peut-être que, oui,
j'aimerais laisser quelques minutes au ministre de la Santé.
Le Président (M.
Merlini) : Certainement, M. le député des Îles. M. le ministre.
M. Barrette :
Oui, merci, M. le Président. Merci, collègue des Îles-de-la-Madeleine. C'est
vraiment extraordinaire. Si j'étais
un adolescent, je dirais ceci à la collègue suite à sa dernière intervention.
Je dirais : Il n'y a pas rap. Ça n'a aucun rapport, là, la rémunération, avec les constats que l'on fait et la
mécanique qu'on met en place. Ça n'en a pas, là. Je vais vous donner deux, trois exemples, M. le Président.
Nous venons d'entendre la collègue nous dire que les médecins, parce qu'ils sont rémunérés de la façon dont ils sont
rémunérés, n'agissent pas correctement en termes de prise en charge des patients vulnérables. 97,4 %, en date
d'aujourd'hui, des citoyens de 80 ans et plus sont pris en charge,
95,9 % de 70 à 79 ans, 60 à 69, c'est 89 %. Est-ce que
c'est parfait? Non. Est-ce que c'est près de la totalité? Évidemment.
Moi,
je ne sais pas comment qu'on peut qualifier le comportement des médecins quand
97 % de la population ciblée,
les plus vulnérables, sont inscrits et pris en charge. Je ne suis pas capable
de faire le lien, moi, avec le mode de rémunération.
À sa face même, ça marche. Et de me faire reprocher implicitement par la
collègue de mettre en place une mécanique
raisonnable qui prend en compte et les enjeux du médecin et les enjeux du
public pour s'assurer de la continuité des
services quand un médecin prend sa retraite, me faire reprocher de poser ce
geste-là qui n'a comme objectif et résultat d'améliorer la situation des
citoyens et citoyennes du Québec, bien, c'est une drôle de politique.
Puis,
en quelque part, je suis content d'avoir cet échange-là avec la collègue parce
qu'on est en période électorale, et
les gens jugeront qui dit la chose la plus raisonnable et la plus engagée pour
le bénéfice de la population. Est-ce que la population veut avoir des accroires ou ils veulent avoir des approches
structurées, raisonnées, et des gens qui vont les mettre en application?
Moi, je peux dire ça des actions qu'on a posées dans notre gouvernement dans
tous les secteurs.
J'arrête là-dessus,
M. le Président. Je renvoie la parole à mon collègue, si vous le permettez.
Le Président (M.
Merlini) : Merci beaucoup, M. le ministre. M. le député des
Îles-de-la-Madeleine, il reste 17 min 30 s à votre bloc
d'échange.
M. Chevarie :
Merci, M. le Président. Je pense, c'était important que le ministre de la Santé
et des Services sociaux fasse le point sur la dernière intervention de
ma collègue de la première opposition.
veux aborder avec vous, M. le ministre, M. le Président, les investissements en
santé mentale. Et j'aimerais, dans un
premier temps, présenter un peu la définition de la santé mentale émise par
l'OMS, Organisation mondiale de la santé. Et, comme on sait, les troubles mentaux sont présents dans le monde
entier, dans toutes les sociétés et communautés, et ce sont des enjeux importants pour les différents pays, pour les ministères
de la Santé, d'avoir une capacité d'investissement pour répondre à l'ensemble de l'organisation et au déploiement des services qui se font pour soutenir les personnes
qui sont aux prises avec des troubles
mentaux. Et on sait que les coûts sont assez importants, substantiels, mais
évidemment ça fait
partie de nos responsabilités, comme toute intervention pour répondre aux besoins des personnes qui sont affectées par
la maladie physique.
Donc,
l'Organisation mondiale de la santé définit les troubles mentaux comme ceci.
C'est une affectation significative qui a
des impacts sur le changement de mode de pensée, sur le changement de l'humeur
et du comportement associé à une
détresse psychique et/ou une altération des fonctions mentales. Et, bien sûr,
l'OMS définit la santé de façon globale,
la santé mentale comme une composante de la santé globale d'un individu parce
que la santé, c'est le bien-être physique, c'est le bien-être mental et
social.
ce qui concerne... Si on revient au Québec plus précisément, et, je dirais,
l'évolution ou le cheminement qui a été fait par le ministère de la Santé et des Services sociaux en matière de
santé mentale, ça date déjà de plusieurs années... par un plan, particulièrement un plan d'action, qui
était assez costaud, en 2005‑2006, où, vraiment, on a précisé des
objectifs de consolider les services existants et également de développer des
nouveaux services pour être plus présents et avoir un déploiement de services et de réponses plus près des personnes et plus
proches de la réalité en termes de soutien. Et, en 2015, en octobre, il
y a eu un renouvellement de l'engagement gouvernemental et du ministère par un
nouveau plan d'action, le plan d'action 2015-2020, qui s'intitulait Faire
ensemble et autrement , un plan, encore là, extrêmement intéressant, ce qui a apporté des améliorations
assez significatives en matière d'accès aux services de première ligne
et la mise en place de ce qu'on a appelé des soins de collaboration.
Alors,
ce que j'aimerais... Il y a toute une série d'investissements qui a été faite,
particulièrement à partir de 2012, où
on a augmenté... On a investi davantage dans les services de santé mentale. En
2017‑2018, le gouvernement a injecté des investissements supplémentaires de plus de 91,5 millions en santé
mentale, dont 15 millions pour le suivi intensif dans le milieu, 10 millions pour les premiers
épisodes psychotiques, 15 millions pour les services de proximité et la
protection de la jeunesse et
35 millions pour la mise sur pied d'un programme d'accès gratuit à la
psychothérapie pour les troubles mentaux.
Alors, ma question,
M. le Président, serait la suivante. On est en plein exercice de crédits
budgétaires. Pour l'année 2018‑2019, est-ce qu'on peut préciser quels sont
les ajouts de crédits budgétaires qu'il a été convenu pour le programme
de santé mentale et peut-être faire un peu une rétrospective de quels sont les
principaux services qui sont mis en place actuellement pour les personnes
qui sont touchées par un trouble mental?
Le Président (M.
Merlini) : Merci beaucoup, M. le député des Îles-de-la-Madeleine. M.
le ministre.
M. Barrette : Merci, M.
le Président. Je suis bien d'accord
avec notre collègue des Îles-de-la-Madeleine. Il y
a lieu ici de faire un bilan de nos actions
dans cette législature-ci parce que je pense que, de mémoire, là...
En fait, je ne pense pas, je suis
convaincu que, de mémoire, il n'y a probablement pas un gouvernement qui a fait autant en santé mentale et qui s'est engagé dans autant de changements, de
changements dans le sens d'améliorations, d'augmentation de la capacité et d'amélioration de l'organisation des services nouvellement offerts à la population.
Et ça, c'est le résultat du travail d'une équipe qui a mis beaucoup d'efforts pour en arriver où on est rendus aujourd'hui et qui a dû nous convaincre,
mais ça n'a pas été trop dur, quoique ça a été dur un petit peu, d'aller de l'avant avec certaines
transformations, parce que ce n'est pas toujours simple à expliquer et à mettre en place. Que ce soit le plan
d'action en santé mentale, que nous avons déposé en 2015, jusqu'à la dernière... le dernier geste
qu'on a posé pour la couverture des soins de psychothérapie, ce n'est pas
simple, cette affaire-là.
s'il y a consentement, M. le Président, j'aimerais pouvoir passer la parole à
l'architecte de ces changements-là, à
savoir Dr André Delorme, là, qui est le directeur général de la Direction des
services de santé mentale et de psychiatrie légale au ministère, et qui est, donc, comme je vous le dis, celui qui a
dessiné et mis en place toutes ces mesures-là en date d'aujourd'hui
et... là pour le futur.
Président (M. Merlini) : Merci, M. le ministre. Est-ce que j'ai le
consentement des membres de la commission pour permettre à
M. Delorme de s'adresser à la commission? Consentement. Alors,
M. Delorme, s'il vous plaît vous identifier pour les bienfaits de
l'enregistrement et ensuite aller à la question du député des
Îles-de-la-Madeleine.
M. Delorme
(André) : Bien, M. le Président. André Delorme. Je suis directeur
général des services de santé mentale et de psychiatrie légale au ministère de
la Santé et des Services sociaux.
Permettez-moi,
M. le Président, de peut-être aller un peu plus loin de ce que le député
vient de dire en termes de situation du problème de la santé mentale. Je ne veux pas noyer le
groupe ici avec des statistiques, mais je pense qu'il y a quand même
quatre éléments qui sont fondamentaux et qui, vraiment, illustrent la nature du
problème et sa gravité.
D'abord,
l'Organisation mondiale de la santé nous explique que les
troubles mentaux seront bientôt la première cause d'invalidité à travers
le monde, si ce n'est pas déjà le cas. Alors, ce n'est pas banal, là. C'est la
première cause d'invalidité.
C'est
également, probablement, actuellement, la deuxième cause de coûts de morbidité. Les
coûts de morbidité, M. le Président, c'est les coûts en perte de travail, en perte de
productivité, en mortalité précoce et ainsi de suite. Et donc les troubles mentaux sont devenus, au fil des années, actuellement la deuxième cause de morbidité au Canada et dans les pays
occidentaux, tout juste derrière les
maladies cardiaques et, avec tout le respect que j'ai pour les citoyens
qui peuvent souffrir d'un cancer, le
double de tous les cancers réunis. Donc, les troubles mentaux représentent le
double de tous les cancers réunis. Alors, ça vous donne vraiment
l'ampleur des coûts que ça représente pour la société.
autre chiffre qui, moi, me sidère à chaque fois que je l'énonce, c'est que
50 % des troubles ou des maladies qu'on
retrouve chez les adultes, les maladies mentales, sont apparus chez les jeunes
avant l'âge de 14 ans. Donc, dans cette
Assemblée, dans cette ville, dans cette province, il y a
un nombre important de personnes... Une personne sur cinq aura un trouble mental au cours de sa vie, et 50 % de ces pathologies-là
sont apparues avant l'âge de 14 ans. Donc, ça veut dire que, quand nos jeunes sont à l'école en train de
se former, en train de devenir des citoyens de demain, un sur quatre, un sur cinq
aura déjà un trouble mental.
Et le dernier élément que je veux apporter à votre attention, M. le Président, ce sont les délais avant l'apparition de la maladie et la capacité de se faire poser un
diagnostic approprié, et ça varie, selon les maladies, de huit à 20 ans.
J'ai bien dit de huit à 20 ans. Et donc
imaginez si on avait des délais de cette ampleur-là pour quelqu'un
qui a un diagnostic de cancer juvénile
ou un diabète juvénile, là, et qu'on pose le diagnostic huit, 10, 12 ans
plus tard, imaginez-vous la souffrance, la perte de capacité de faire ses fonctions, de participer socialement,
sportivement, scolairement avec ses collègues, c'est immense. Et donc il y a un effort important,
et je pense que c'est ce que visent, entre autres, plusieurs
mesures du plan d'action.
Alors, dans
le plan d'action 2015‑2020,
il y avait 40 mesures. On en est à peu près à 50 % de ces mesures-là
qui ont été déployées à date. Je ne veux pas faire la liste des mesures, mais
je veux quand même revoir avec vous, M. le Président, je dirais, les grands
thèmes autour de certaines de ces mesures-là qui viennent renforcer certains
thèmes.
Alors, le premier thème, et c'était parmi les
premières mesures dans le plan d'action, ce sont les mesures qui touchent à la primauté de la personne. Qu'est-ce
que c'est que la primauté de la personne? C'est la préoccupation qu'on doit avoir, comme réseau de services, comme
intervenants, comme professionnels, pour, d'une part et d'abord, avant
tout, respecter les droits de l'individu.
Chaque individu a un certain nombre de droits. Je m'adresse ici à des
législateurs. Alors, je pense qu'ils
connaissent bien le principe. Et cette volonté que le législateur émet
lorsqu'il légifère, ça doit se traduire par un certain nombre d'actions
qui respectent cette législation, et les lois qui touchent aux personnes qui
ont des troubles mentaux sont des droits assez complexes.
Et donc les
premières mesures touchaient à vraiment s'assurer que les établissements
mettent en place des plans d'action
pour être capables de bien former leur personnel pour que les droits de chaque
individu qui se présente à l'urgence, dans
une clinique externe, qui est hospitalisé, au CLSC, et ainsi de suite, là,
soient bien respectés, toujours dans une visée de permettre à l'individu de cheminer en fonction de
ses propres objectifs, de ses propres volontés, et c'est ce qu'on
appelle essentiellement, là, l'accompagner
dans son rétablissement, s'assurer de ne pas exercer de stigmatisation à
l'encontre des personnes qui ont un
trouble mental et finalement s'assurer qu'il y ait une participation des
usagers à la fois dans leur plan de traitement,
dans leur équipe traitante, mais également dans la réflexion et la construction
des services que le réseau peut leur offrir, donc, des usagers et de
leurs proches.
On a, dans le
nouveau plan d'action 2015‑2020, mais enfin qui est moins nouveau, là, une
nouvelle mesure, je pense, qui est assez porteuse, et c'est une
préoccupation par rapport à la santé mentale au travail. Les assureurs et les employeurs vous diront probablement, M. le
Président, que la première cause d'arrêt de maladie actuellement dans le
réseau de la santé, dans le réseau privé, ce
sont les troubles mentaux. Et donc il y a un impact là qui est majeur pour les
employeurs et pour les assureurs. Et je crois que les employeurs, les assureurs
commencent à avoir une sensibilité aux actions qui peuvent être prises dans le milieu de travail afin de promouvoir la
santé mentale, et de réduire les troubles mentaux, et enfin de permettre un retour au travail de façon
soutenante pour les personnes lorsqu'elles se sont absentées pour des
raisons de trouble mental.
Je voudrais faire un moment sur les jeunes, M.
le Président. Il me reste combien de temps?
Le Président (M. Merlini) : Trois
minutes.
M. Delorme
(André) : Trois minutes.
Donc, je pense que... Je vous disais tout à l'heure l'âge précoce auquel
les maladies apparaissent. Il y a plusieurs
mesures qui touchent les jeunes dans le plan d'action. Une première, c'est
autour de la lutte au suicide. Et on a remis
à jour le protocole d'intervention en situation de risque suicidaire pour les
jeunes qui sont servis par nos centres de réadaptation jeunesse, soit en
protection de la jeunesse ou en centre de réadaptation plus spécifiquement. Et je pense que c'est important
d'agir spécifiquement dans ce groupe d'âge là, particulièrement chez les
jeunes qui sont plus vulnérables, qu'on
retrouve dans nos centres de réadaptation, afin de vraiment pouvoir intervenir
très précocement, très rapidement quand on a
des inquiétudes par rapport au suicide. Et je suis assez fier de dire qu'au
Québec on est passés, entre 1999 et
aujourd'hui, là, à une réduction massive. Et ce n'est pas peu dire, là, c'est
massif. On était les troisièmes au
monde en termes de suicide, en particulier chez les jeunes, et on est
maintenant rendus les quatrièmes au Canada.
Donc, on a vraiment réduit de façon substantielle... et je pense que ce sont
des interventions comme ce protocole-là et d'autres mesures qu'on a
prises pour les jeunes.
On a accru le
nombre de psychologues spécifiquement pour ces jeunes-là également. Le député y
faisait référence tout à l'heure,
15 millions qui ont été accordés dans ce créneau en particulier pour
permettre des évaluations pour le Tribunal de la jeunesse, pour permettre des évaluations cliniques soit en centre
de réadaptation, en centre jeunesse, dans les équipes de santé mentale, les jeunes en difficulté
ou les services de proximité, et je pense que c'est très important. Quand je
vous disais tout à l'heure que le délai entre l'apparition des symptômes et le
diagnostic peut aller... se compte en nombre d'années,
bien, je pense que, plus on peut avoir des psychologues ou d'autres
professionnels — mais,
dans ce cas-ci, ce sont des
psychologues qui sont capables d'évaluer les jeunes et de poser un diagnostic
ou enfin de faire une évaluation de leur état
mental — je
pense que, comme société, on est extrêmement privilégiés puis on a une responsabilité de vraiment se
préoccuper de pouvoir offrir ces services-là très rapidement.
Nous
sommes à quelques semaines de déployer les premiers sites de réseaux de
services intégrés pour les jeunes à travers
le Québec. C'est une modalité novatrice qui a été mise en
place d'abord en Australie et qui vise à offrir des
services intégrés qui répondent aux besoins
globaux du jeune. Donc, ce n'est pas juste un service de santé mentale ou un
service de santé sexuelle, ce sont beaucoup
plus des services qui visent à répondre aux besoins du jeune quand un jeune a
un besoin, peu importe. Ça peut
être l'anxiété avant un examen, ça peut être une relation sexuelle non
protégée, peu importe. Et ces milieux-là sont non stigmatisants, sont vraiment
ouverts et construits pour les jeunes, avec les jeunes, donc les jeunes participent à la construction des services, à
l'offre de services et ils s'y sentent généralement
suffisamment à l'aise pour
être capables de se
présenter là spontanément. Ce sont souvent des milieux dans la communauté. Ce
ne sera pas au CLSC, à l'hôpital ou au sous-sol de l'église, ça va
être dans un lieu qui est, je dirais, à l'effigie, à l'image des jeunes et où
ils se sentent très confortables, et
on voit vraiment le pouvoir d'attraction de ce type de modalités
là pour répondre aux besoins des jeunes.
le ministre a fait référence tout à l'heure au Programme québécois
de psychothérapie pour les troubles mentaux. Il y aura un volet évidemment
qui touchera aux jeunes, parce que ce programme-là va vraiment vouloir servir
la population lorsqu'ils auront des troubles mentaux, que ce soient des jeunes,
des adultes ou des personnes plus âgées.
Président (M. Merlini) :
Merci, M. Delorme. Ça met un terme à ce bloc d'échange avec le gouvernement.
Nous allons maintenant du côté du deuxième groupe d'opposition et son porte-parole, le député
de Lévis, pour un temps de
19 minutes. À vous la parole, M. le député.
M. Paradis (Lévis) : Merci,
M. le Président. Alors, bonjour à
tous. On a eu la prime jaquette, M.
le Président, on a eu la prime à la ponctualité. Ça a fait couler beaucoup
d'encre, beaucoup en ont parlé. Bien, on apprend ce matin que 14 médecins spécialistes qui occupent un
poste de directeur des services professionnels touchent depuis le mois
d'avril une nouvelle prime de 43 %, une augmentation de 43 % de leur
rémunération, augmentation salariale annuelle d'environ 100 000 $ par année, prime à la gestion, je vais l'appeler la
prime à 100 000 $. Qui au Québec — et hier, c'est drôle, en regardant
les documents, je me posais la question : Qui au Québec a reçu pareille
nouvelle récemment, en arrivant à l'emploi,
d'une hausse salariale automatique de 43 %? Une nouvelle prime de
100 000 $ qui a été faite discrètement, d'une manière confidentielle
par le ministre de la Santé. Il n'a pas fait de grande annonce publique pour
ça, il n'y a pas eu de communiqué, mais la
CAQ a mis la main sur une nouvelle circulaire confidentielle du ministre de la
Santé ainsi que sur deux courriels du
sous-ministre à la Santé qui donnent des exemples concrets de cette nouvelle
prime de 43 %. Et là, je vais me
permettre de lire un extrait de ce courriel, et ça se lit comme suit :
«Une allocation...» Bon : «226 574 $, nouveau salaire de
base, plus une allocation d'établissement, qui est une nouvelle mesure
administrative de 2 % si le groupe d'établissements
est de niveau 4, 4 % si le groupe d'établissements est de
niveau 3, 6 % si le groupe d'établissements est de
niveau 2 et 8 % si le groupe d'établissements est de niveau 1,
plus 5 % si la personne occupe la fonction de DSP, directeur des services professionnels, à temps plein, plus 43 % si
le médecin est spécialiste.» Un
exemple, et c'est écrit dans le
courriel, noir sur blanc : «Exemple : pour le CISSS des Laurentides,
de Chaudière-Appalaches et de la
Montérégie-Est, qui sont de niveau 2,
un DSP temps plein spécialiste recevrait 348 924 $, un DSP temps
plein omnipraticien, 251 497 $.»
Alors,
ce qui est surprenant aussi, c'est que cette nouvelle prime là va être versée
aux médecins spécialistes qui sont DSP, mais pas aux DSP qui sont des
médecins de famille. Pourtant, les DSP font le même travail comme gestionnaires, il y a les médecins spécialistes
qui vont toucher une prime de 100 000 $. Bien, le ministre de la Santé
s'est défendu, a dit dans le journal qu'il a
décidé de donner une nouvelle prime de 100 000 $ pour favoriser le
recrutement de DSP. Et je vous dirai que les réactions également n'ont
pas tardé du côté des médecins omnipraticiens par le biais du vice-président de
la Fédération des omnipraticiens, qui a dit : «"Ça n'a pas
d'allure!", [s'est-il insurgé].
«"En
gestion — dit-il,
je le cite — c'est
bonnet blanc, blanc bonnet sur la tâche que ces gens-là ont à faire, ça
devrait être l'équité pure et simple", [a renchéri] le Dr Dion.»
ministre, je ne sais pas s'il a cette vision-là, mais il est probablement un
des responsables du fait qu'il y ait une démobilisation générale dans le
réseau de la santé à travers les réformes qu'il a imposées, notamment des DSP
qui doivent maintenant jongler aussi avec
les nouvelles règles, la difficulté de conjuguer avec un milieu qui trouve
toutes ces réformes bousculantes et
dérangeantes. Selon le ministre, la disparité de traitement n'est pas anormale,
puis là je prends l'exemple qu'il a
cité lui-même : «Un spécialiste, quand il fait un accouchement, c'est payé
plus qu'un omnipraticien qui fait un
accouchement, c'est comme ça dans la vie médicale.» Bon, je prends sa réaction.
En gros, ce que je comprends, puis ce
que les gens, en tout cas, se font expliquer... dans quelques instants... je
comprends que, parce que les spécialistes sont payés plus cher que les médecins de famille pour des accouchements,
c'est normal qu'ils soient aussi payés plus cher quand ils sont DSP,
même s'ils font le même travail.
Alors,
pas besoin d'aller très loin pour vous dire que la CAQ dénonce cette prime,
cette nouvelle prime à la gestion, cette
prime à 100 000 $. La question est simple : À la lumière de ce
que j'ai là, puis les documents le prouvent, je le rappelle, courriel du sous-ministre que j'ai en main,
échanges et circulaires du ministère également que j'ai en main, est-ce
que le ministre de la Santé va mettre fin à cette nouvelle prime à
100 000 $ en partant?
Le Président
(M. Merlini) : Merci, M. le député de Lévis. M. le ministre.
M. Barrette :
Alors, M. le Président, on va commencer par rectifier les choses. Alors,
premièrement, les circulaires, par
définition, sont publiques. Elles sont affichées sur le site du gouvernement
lorsqu'elles ont fini le parcours administratif
requis pour les publier, parcours qui est un parcours essentiellement de
vérification. Alors, il n'y a pas de cachette,
la circulaire qui allait être publiée dans les prochains jours, d'après les
informations que j'ai, pour les raisons habituelles administratives, allaient l'être. On en parle aujourd'hui,
je n'ai aucun problème avec ça, toutes nos circulaires sont affichées
sur le site du ministère.
Deuxièmement, M. le
Président, on va faire la genèse de ça, et on va commencer par nommer les
choses. Il n'y a pas de prime, il y a une
échelle salariale. Le réseau de la santé et des services sociaux, bien avant,
bien avant notre arrivée souffrait et
souffre encore d'une problématique importante, qui est celle du recrutement des
directeurs des services professionnels,
les DSP. La raison pour laquelle nous avons des difficultés historiques de
recrutement sont assez simples.
La première raison,
c'est qu'on demande à des médecins de littéralement, quasiment abandonner, et
parfois totalement abandonner, leur pratique
médicale. Pour un médecin, c'est un pas qui est important, et ce pas-là, sur le
plan qualitatif, se
mesure de différentes manières. Il y a l'abandon d'une pratique pour laquelle
il y a eu de longues années de formation.
Ce n'est pas simple, je dirais, de prendre cette décision-là pour ces
médecins-là, et je le comprends très bien, ayant eu moi-même à prendre
ce genre de décisions là dans le passé. Il y a un élément de deuil là-dedans.
L'autre
élément, M. le Président, qui n'est pas négligeable, qui entre en ligne de
compte, c'est évidemment la baisse de
revenus. Un professionnel, et là je ne porte pas de jugement, mes collègues en
portent des jugements, c'est leur droit, mais les médecins, lorsqu'ils quittent une profession qui a un certain
niveau de rémunération pour aller occuper un poste qui a un niveau parfois inférieur de plus de 50 %
par rapport à ce qu'ils faisaient avant, mettons qu'en plus du deuil ce
n'est pas nécessairement attirant. Ça a fait
la manchette abondamment, ce que je vais dire, M. le Président. Tout le monde
sait que les médecins ont été l'objet
d'augmentations substantielles dans les dernières années. Ce qui est venu
accroître de façon exponentielle la difficulté de recrutement.
L'angle qu'il faut
prendre dans cette situation-là n'est pas le point d'arrivée, mais bien le
point de départ. Les directions de tous les
CISSS, CIUSSS et hôpitaux non fusionnés ont réclamé des ajustements de
rémunération pour pouvoir attirer des
médecins spécialistes ou de famille au poste de DSP. Les présidents de conseils d'administration ont
demandé la même chose. Les enjeux sont
réels. Ça n'a rien à voir avec la réforme. Ça a à voir un peu avec la réforme,
mais pas vraiment parce qu'avant même
la réforme ce poste-là était difficile à combler, et, avec les augmentations
qui se sont réalisées, c'est encore pire. Et le poste de DSP est un
poste fondamental et sur le plan organisationnel et sur le plan légal. Alors,
il y avait un geste qui devait être posé.
L'enjeu
premier étant le point de départ, des ajustements de rémunération à l'échelle
ont été faits et ils ont été faits en
fonction du coût total. Et le coût total, bien, ça devient un enjeu en soi, donc
on a essayé de trouver une formule qui était appropriée à partir du
point de départ. Donc, pour le médecin spécialiste, eux autres voulaient avoir
la moyenne de la fédération. J'ai dit non.
C'était trop. J'ai souhaité amener la rémunération des DSP à la frontière
inférieure de l'échelle de revenus constatée pour différentes
spécialités et j'ai souhaité être dans la moyenne et au-dessus pour les
médecins de famille. On sait que les
médecins de famille se plaignent d'un différentiel entre les deux. On fait une
étude pour apporter éventuellement des
correctifs sur ce plan-là. Et, si l'étude concluait favorablement pour les
médecins de famille, évidemment qu'il y aurait lieu d'ajuster
l'amélioration des DSP qui sont médecins de famille.
Maintenant,
comme je l'ai dit, c'est bien rapporté dans l'article, le monde médical est un
monde d'asymétrie, oui, c'est vrai,
dépendamment de la qualification des gens pour une fonction similaire. Je
termine là-dessus parce que vous me faites
signe, M. le Président, je pourrai y revenir, mais je donne un exemple
spectaculaire. En santé publique au Québec, M. le Président, là, ceux
qui pratiquent la santé publique, bien, il y en a, des médecins de famille, et
il y en a qui sont spécialistes. Ils n'ont pas la même rémunération et ils font
essentiellement exactement la même chose. C'est la caractéristique de ce milieu-là. Et quelqu'un aurait pu dire exactement
le même commentaire, la même critique, si on avait monté, donné la même rémunération aux deux types
de médecin. Là, ça, c'est les spécialistes qui auraient crié au meurtre
en disant : Ça n'a pas une minute de bon sens, ceci, cela, ceci, cela. Je
ne vous dis pas, là, que ce milieu-là n'est pas particulier, là, je parle du milieu médical, il est éminemment
particulier dans ses opinions et ses comportements. La décision qui a
été prise, elle a été faite pour attirer un ou l'autre groupe dans les
positions de DSP. Il y a une logique, je vous l'ai exposée...
Le Président (M.
Merlini) : Merci beaucoup.
M. Barrette :
...elle est difficile à battre.
Le Président (M.
Merlini) : Merci beaucoup. M. le député de Lévis.
M. Paradis (Lévis) : Le ministre vient de nous dire que c'est
difficile à battre. C'est pour le moins discutable. Je pense que les gens comprendront bien l'essence
même de l'échange ici. Tu sais, ce n'est pas compliqué, le point
d'arrivée dont parle le ministre, là, dans
les faits, noir sur blanc, c'est qu'un DSP temps plein omnipraticien, c'est
251 000 $, un DSP temps plein spécialiste, 348 924 $,
majoration de 43 % à la hausse, près de 100 000 $ pour le même
travail.
ministre dit : Ça na pas rapport avec la réforme puis, après ça, il
dit : Bien, ça a rapport avec la réforme, mais un petit peu,
peut-être un petit peu, mais pas trop, pas beaucoup, presque pas.
vice-président de la FMOQ dit : Ça n'a pas d'allure, ça ne fait pas sens,
on fait le même travail. Le ministre nous
dit : Ça prend ça, sinon on n'aura pas de DSP. Impossible de recruter. La
mesure, telle que mise en place à travers des exemples confidentiels,
c'était écrit dessus, là, ceux que j'ai, là, du sous-ministre à la Santé,
n'attirera pas plus de DSP omnipraticiens,
elle va aller chercher... si c'est la volonté du ministre de n'avoir que des
DSP spécialistes. La question est-elle :
Est-ce que le ministre a tellement donné aux médecins spécialistes très
récemment, alors qu'on n'aurait pas dû, s'est attaché les mains, est
obligé maintenant de jouer l'équilibre parce qu'il s'est imposé à ça, il s'est
contraint à ça? Je le rappelle.
Est-ce
que le ministre a consulté les DSP pour savoir si c'est de l'argent qu'ils
voulaient ou s'ils auraient préféré autre
chose? Est-ce que l'attractivité de ce travail-là... Est-ce qu'il a consulté
tous les DSP pour dire : Si vous voulez venir travailler avec nous quels sont les irritants,
quels sont les écueils ou ce n'est rien qu'une question de piastres? Bien,
la décision du ministre, ça aurait été
encore une fois une question de piastres. Puis les spécialistes, encore une
fois, ont une rémunération
supplémentaire pour un travail égal. Le ministre a décidé de faire deux
classes. C'est ça, le point d'arrivée dont on parle avec le ministre.
repose ma question : Est-ce qu'il a pris le temps de consulter tous les
DSP pour savoir si ce n'était qu'une question
d'argent? A-t-il parlé avec les DSP omnipraticiens pour savoir si la mesure
qu'il a introduite était aussi de leur côté équitable et nécessaire?
Le Président (M.
Merlini) : Merci, M. le député de Lévis. M. le ministre.
M. Barrette :
M. le Président, sur le côté nécessaire, c'est une évidence. Je l'ai bien
démontré. Quand tous les P.D.G. et
les conseils d'administration le demandent, il me semble que c'est une
nécessité. Quand les P.D.G. nous indiquent, au gouvernement, qu'ils font des recherches et que personne ne trouve
preneur, c'est une évidence, ça. Alors, on a agi.
Maintenant,
il faut que tout le monde comprenne ici, là, que le poste de DSP, dans la loi,
ne peut être occupé par personne d'autre qui n'est pas médecin. Et je
l'ai dit, tantôt, là, le point de référence, le point de départ qui amène un médecin à prendre cette décision-là, c'est, un,
d'abord, est-ce que je veux arrêter de pratiquer? Deux, est-ce que je
vais avoir un revenu équivalent ou
satisfaisant? Alors à ces deux questions là, la réponse est : On ne peut
pas répondre pour le médecin, mais
pour la rémunération, oui, ils sont suffisamment compétitifs par rapport à leur
environnement à eux autres.
Maintenant,
vous me permettrez un parallèle, M. le Président. Notre collègue le député de
Lévis, qui fait
partie de la CAQ,
n'a-t-il pas, lui, un collègue qui est le député de La Peltrie, qui a pris
position la semaine dernière pour mettre en place une organisation paragouvernementale en dehors de la fonction
publique, leur CTI, là, la chose qui allait faire en sorte qu'on allait recruter et payer au-delà des
échelles et recruter, sans aucun doute, de façon différenciée, selon
certains paramètres, des informaticiens?
Alors, il est le représentant d'une formation qui propose de briser les règles
de la fonction publique pour arriver
à ses fins, qui est essentiellement, comme toujours, une forme de privatisation
du gouvernement. C'est de ça qu'on
parle, là. On parle d'une organisation qui n'est pas dans le cadre
gouvernemental pour les mêmes raisons, selon
la CAQ. À la CAQ, on est prêt à sortir des échelles de rémunération convenues
dans l'environnement pour soi-disant s'adapter à une réalité dont ils
font l'appréciation.
Le Président (M.
Merlini) : Un instant, M. le ministre. Vous avez une question de
règlement, M. le député de Lévis?
M. Paradis (Lévis) : La pertinence, M. le Président. Je comprends que
dans une étude de crédit, on a la volonté d'être très large, là. Mais
là, on est rendu à l'autre bout complètement du spectre, là. Alors, le 211 pour
la pertinence, M. le Président.
5917 5917 Le
Président (M. Merlini) : Merci, M. le député de Lévis. Ce n'est pas un
appel au règlement puisque le M. le ministre
tente d'illustrer par un exemple ce qui semble être un angle, là, dans sa
réponse par rapport à la question que vous avez posée. Alors, à la
question, M. le ministre.
M. Barrette :
Alors, je vais continuer. Et on sait tous, pour ceux qui suivent nos travaux,
on sait tous et on le voit bien à la
période de questions, à la CAQ, lorsqu'on vise dans nos réponses dans le mille,
c'est-à-dire qu'on met en relief les
incohérences de la CAQ, on fait un appel au règlement. Là, ici, c'est celui-là,
201, à la période de questions, c'est 79. Toujours, on veut interrompre pour qu'on ne voie pas, qu'on ne réalise
pas l'incohérence d'un parti qui dit une chose quand ça fait son affaire, et une autre, le contraire,
quand ça ne fait pas son affaire. Ce parti-là veut faire exactement ce que
j'ai fait, je souhaite qu'ils aient des réflexions internes et qu'ils passent à
autre chose.
Le Président (M.
Merlini) : Merci, M. le ministre. M. le député de Lévis, il reste
2 min 15 s.
M. Paradis (Lévis) : Oui. Merci, M. le Président. Vous savez, quand le
ministre part sur des envolées puis tente de faire quatre fois le tour de la glace avant de se rendre au but et de
s'adresser à la véritable question, c'est fondamentalement parce qu'il
n'a pas vraiment de réponse à proposer, ce n'est pas compliqué.
Il a créé deux
classes de DSP. C'est ça qu'il vient de faire. Le DSP spécialiste qui va gagner
un montant x. Il a les mains attachées
parce qu'ils ont tellement donné aux spécialistes que maintenant ils se
trouvent bloqués puis il doit les
attirer seulement de cette façon-là. Je lui ai posé : Est-ce qu'on a
rencontré les DSP pour leur demander comment la position, le travail à faire pourrait devenir plus attractif? Il n'a pas
parlé de ça non plus. Il va me parler d'informatique, il va me parler
d'autres choses, il a classé deux... il a créé deux classes de DSP.
rappelle, et j'ouvre les guillemets : «En gestion, c'est bonnet blanc,
blanc bonnet sur la tâche que ces gens-là ont à faire, ça devrait être
l'équité pure et simple.» On dit — c'est le vice-président de la Fédération
des médecins omnipraticiens du Québec : «Assurément, le ministre a décidé lui-même
que c'est comme ça que ça allait marcher dorénavant.» Parce que, s'il ne mettait pas ça, il n'y en a
plus, de DSP au Québec. Pourquoi il n'y a plus de DSP au
Québec, il nous dit : C'est parce que
les piastres ne sont pas là. Il faut peut-être se questionner sur le travail à accomplir puis
le climat de travail. Il n'y a pas moyen de trouver des DSP autres, qui
gagneront le salaire tel qu'il était? Non, il a fallu qu'on double.
Le ministre a fait un
parallèle, et je lui laisse parce qu'il le sait, il connaît les codes puis les
actes, il a fait un parallèle notamment avec
les accouchements, en disant : Un spécialiste, quand ça fait un
accouchement, ce n'est pas payé pareil
comme un omnipraticien qui fait un accouchement. C'est son parallèle, c'est son
explication. C'est comme ça qu'il justifie sa décision. Alors, lui-même
a décidé que c'est ça que ça prenait.
M. le Président, je repose
la question, puis je sais, là... Puis le ministre va prendre du temps sur le
temps du gouvernement parce qu'après il y a
toujours un 20 minutes sur lequel il peut faire du chemin, puis il s'en
sert abondamment, c'est son droit.
Mais je sais pertinemment qu'il va revenir avec des éléments, comme il l'a fait
il y a quelques instants, pour éviter
de répondre et justement dire à ceux et celles qui nous écoutent que c'était la
seule façon qu'il a trouvée, encore
une fois, de faire une différence, de créer deux classes de DSP et de donner
davantage à des médecins spécialistes. C'est la...
Président (M. Merlini) : Merci beaucoup, M. le député de Lévis. Ça met
un terme à ce bloc d'échange. Nous allons
maintenant du côté du gouvernement pour un bloc d'échange de 20 minutes.
M. le député des Îles-de-la-Madeleine, à vous la parole.
M. Chevarie : Merci, M. le Président. Comme la santé mentale
est un sujet assez vaste, et d'ailleurs le Dr Delorme a très bien illustré l'ampleur et les impacts des
personnes qui sont aux prises avec des troubles mentaux sur l'ensemble
de la société, et premièrement sur leur vie
personnelle, alors je vais continuer sur le thème, et j'apprécierais que vous
réinvitiez le Dr Delorme au micro.
Et j'aimerais
ça revenir avec le Dr Delorme sur le réseau des services intégrés pour les
jeunes, dans un premier temps. Vous
étiez rendu au volet de la psychothérapie, le programme d'accès, mais
j'aimerais ça revenir sur les services intégrés
pour les jeunes, dans le sens... J'aimerais savoir comment ça s'actualise dans
les territoires, dans nos milieux de vie, et quels sont les principaux
professionnels, intervenants qui sont impliqués dans ce réseau de services?
Le Président (M. Merlini) : Merci,
M. le député des Îles. Dr Delorme.
M. Delorme
(André) : M. le Président,
bien en réponse à la question du député des Îles, actuellement nous
sommes à... dans un processus de sélection
avec le Fonds de recherche en santé du Québec pour sélectionner trois sites qui
serviront de sites de démonstration pour le
Québec, pour voir un peu comment on construit avec les différents partenaires,
parce que ce type de services là, contrairement aux services habituels dans le
réseau de la santé, ce ne sont pas uniquement des services de santé et des
services sociaux, ce sont également des services intersectoriels, hein? Ce qui
veut dire qu'on s'attend que... Je vais
prendre un exemple au hasard, là, mettons, à Saguenay, une clinique de cette
nature s'ouvrirait, bien, on
s'attendrait qu'en plus d'avoir des intervenants de services sociaux, de santé
mentale, de santé sexuelle, et ainsi de suite, on s'attendra, par exemple, à voir peut-être des orienteurs scolaires
qui... des conseillers en orientation qui aideront le jeune qui est à la
recherche un peu de sa voie.
On pourrait
avoir également des conseillers ou des agents d'intégration sur le marché du travail
qui pourraient aider un jeune qui
quitte l'école ou qui a terminé l'école et qui veut maintenant s'intégrer sur
le marché du travail. Ces services-là
offrent des services à des jeunes de 12 ans jusqu'à l'âge de 25 ans.
Donc, il y a aussi ici un intérêt particulier pour ce modèle-là, c'est qu'on vient éliminer la frontière qui,
historiquement, a été construite entre un jeune de 17 ans et 364 jours et un jeune de 18 ans, qui,
du jour au lendemain, devient adulte et change de réseau, change de services,
change d'intervenant. Et donc cette
modalité-là vient plutôt suivre le jeune dans son parcours. Les jeunes, à cet
âge-là, sont à l'école, quittent
l'école, s'introduisent sur le marché du travail, et ça, ça ne se passe pas à
364 jours, juste avant 18 ans, ça se passe, là, sur un long
parcours.
Vous avez
parlé... le député a parlé aussi du Programme québécois de psychothérapie pour
les troubles mentaux. Je voudrais
peut-être vous donner quelques informations sur ce programme-là. C'est
extrêmement novateur, et je veux vous aviser,
M. le Président, que nous sommes la première province à aller dans ce sens-là
au Canada, alors je pense que ça vaut
la peine de le souligner. Ce programme-là, et je le disais tout à l'heure, va
donner des services, entre autres, aux jeunes, mais permettez-moi de
l'expliquer un peu plus largement.
Le service
tente de... ne tente pas, le service permettra de définir des trajectoires de
services. Ces trajectoires-là sont bien identifiées dans la littérature
scientifique. Un individu, vous ou moi, si on est atteint d'une dépression,
bien, il y a des traitements qui sont
clairement identifiés comme étant efficaces et utiles, et d'autres qui ne le
sont pas, de la même façon qu'en
cancer, en maladies cardiaques, il y a des traitements qui sont bien reconnus,
qui sont appuyés sur des études scientifiques,
et on est capables d'offrir, avec un degré élevé de confiance, à notre patient
un traitement qui va lui donner des résultats
probants. Alors, dans les maladies mentales, il y a également une littérature à
cet effet. Et cette littérature-là s'est inscrite non seulement de façon
ponctuelle, c'est-à-dire tel traitement est efficace, tel autre traitement
l'est moins, mais la littérature nous identifie maintenant des trajectoires,
qui nous permettent de dire qu'avant de faire ceci nous devrions faire cela.
Et je vous
donne un exemple. Pour la dépression, la trajectoire permettrait, par exemple,
dans un premier temps, de faire des mesures de soutien psychosocial
général, non spécifique. Alors, je n'ai pas besoin d'avoir une expertise spécifique en santé mentale. Le genre
d'intervention ici, ça pourrait être, par exemple, d'intégrer mon patient dans
un groupe structuré d'activité physique, parce qu'il y a beaucoup de
littérature qui nous indique que l'activité physique, c'est un excellent outil
de gestion du stress, c'est un outil qui réduit les humeurs dépressives, et
ainsi de suite.
Si mon
patient ne répondait pas à cette modalité-là, je pourrais passer à une modalité
suivante, qui pourrait être, par
exemple, des modules d'autosoins. Un module d'autosoins, c'est quoi? C'est un
outil simple, que moi, comme patient, je peux recevoir de mon
infirmière, de mon travailleur social, et qui va me donner un certain nombre
d'exercices ou d'activités à faire et qui auront un impact. Donc, j'apprends à
mieux gérer mon stress, mieux gérer mes situations conflictuelles ou difficiles dans ma vie. Et donc non seulement ça
m'aide à réduire mes symptômes, mais ça m'aide en plus à acquérir des
nouvelles compétences qui me serviront plus tard dans ma vie, dans des
situations similaires.
Advenant
que ça, ça ne fonctionnerait pas, bien, je peux passer à une étape suivante,
qui serait, par exemple, une référence vers un groupe d'intervention
cognitive comportementale. Donc, avec d'autres personnes, qui ont la même condition que moi, et accompagné de
professionnels, je pourrais donc avoir un certain nombre de séances, par
exemple, 10 ou 12, là, et, avec ce groupe,
j'apprendrai avec eux un certain nombre d'interventions cognitives
comportementales, c'est-à-dire recadrer, par
exemple, la perception que je peux avoir de mes relations familiales, de mes
relations au travail, pour me dégager peut-être d'une charge complexe,
émotive, qui vient avec ces relations-là.
Donc, de façon
générale, on introduit un certain nombre de trajectoires qui viseront
différentes pathologies : la dépression,
le trouble anxieux généralisé, le trouble de personnalité limite, le trouble
alimentaire, et ainsi de suite, et ces trajectoires-là
nous permettront, de façon cohérente, de façon équitable, à travers le réseau,
d'assurer que le citoyen, qu'il soit
à Gaspé, à Granby ou à Gatineau, recevra toujours une qualité puis une
cohérence dans les services qui lui seront offerts.
On introduira par ailleurs dans ces
trajectoires-là, et ça, c'est fondamental, des outils de mesure, qui nous permettent, en cours de processus clinique, de
voir comment mon patient réagit aux services que je lui offre. Je suis
sûr que la plupart des personnes ici sont
allées au moins une fois en physiothérapie, puis, quand on va en physiothérapie
pour, mettons, une blessure à l'épaule, le
physiothérapeute va mesurer l'amplitude de mon bras puis il va me dire, bon,
bien, je suis capable d'acquérir plus
d'amplitude, il va me donner des services pendant trois, quatre, huit, six,
12 séances, et, au bout d'un
certain temps, il va dire, bien là, j'ai acquis le maximum que je pouvais
faire, ça fait déjà trois séances où je ne suis pas capable de dépasser une certaine amplitude, il va falloir qu'on vive avec ça; même
si je continue pendant huit ans, je n'aurai pas plus de résultats.
Et on peut et
on doit faire la même chose, dans les services de santé mentale, c'est-à-dire d'être capable de dire : Bien là, je
vous ai donné un module d'autosoins et je suis capable de mesurer avec vous des
outils qui sont validés scientifiquement. Je
peux voir avec mon patient : Voici les résultats qu'on a obtenus, et on a vraiment
eu une amélioration significative de
votre souffrance et de vos symptômes ou, contrairement, d'être capable de
dire : Je suis peiné de vous dire que,
malgré tous les efforts que vous avez faits dans ce module d'autosoins, on n'a
pas les résultats escomptés, je vais vous référer à la prochaine étape.
Et ainsi de suite, là, jusqu'à l'étape qui pourrait comporter de la
psychothérapie individuelle, avec des professionnels qui sont habilités à
offrir de la psychothérapie.
Vous savez
que le Québec, on me dit, à l'Ordre des psychologues, est la
première et la seule juridiction au monde à avoir défini, au plan de la loi, ce qu'est la psychothérapie, pour
s'assurer que le citoyen soit toujours, lorsqu'il va chercher des services de psychothérapie, devant un
professionnel qui est habilité, qui est reconnu et qui maintient sa
compétence dans ce domaine-là. Et donc, au
cours de ces trajectoires-là, on arrivera, si les besoins de l'individu le
requièrent, à une séance de psychothérapie.
Maintenant,
ce qui est nouveau ici, c'est qu'auparavant on pouvait peut-être aller voir son médecin de famille ou aller voir un psychologue en clinique privée et
dire : Bon, bien là, j'ai tel, tel symptôme, et peut-être
être référé immédiatement pour de la psychothérapie, alors que ce n'était peut-être
pas ce qui était requis, et utiliser quelqu'un qui a fait de nombreuses années d'études à l'université. Puis, pour se
former comme psychothérapeute à faire de la psychothérapie chez
quelqu'un qui n'en a pas besoin, bien, je
trouve que c'est dommage. Puis c'est la même chose que si j'utilise un
chirurgien pour faire une
opération... Mais ça coule de source qu'utiliser un chirurgien pour faire une
opération à quelqu'un qui n'a pas besoin de chirurgie, tout le monde se dit : Bien, voyons donc! Ça n'a pas
d'allure. Mais c'est un peu ce qu'on fait parfois, là, en santé mentale.
Donc,
l'introduction, au sein de nos trajectoires, d'outils qui permettront de
mesurer puis de dire : Voici, vraiment, vous êtes rendu à un niveau
de souffrance, un niveau de complexité qui requiert l'intervention spécifique
d'un psychothérapeute, je pense que ça va
permettre de mieux desservir les individus en fonction de leurs symptômes,
mais également, de façon plus large, d'assurer une équité d'accès pour tout le
monde lorsque ces besoins-là seront requis.
Maintenant,
c'est un chantier majeur qu'on a entrepris en faisant le choix d'élaborer un
programme québécois de psychothérapie.
Et l'exemple que j'aime donner, c'est un peu comme la construction du pont
Champlain : on peut très bien annoncer un jour qu'on va construire le nouveau
pont et qu'on lance le projet, mais il
n'y a pas une auto qui va
passer le lendemain matin, là. C'est bien
évident qu'il va falloir faire des plans, il va falloir faire des études de
structure, il va falloir faire couler
les fondations, et toutes ces mesures-là vont faire qu'on voit prendre forme le
pont, mais que ça prend quand même un certain temps avant que les
premières autos puissent passer.
Et pour le Québec,
pour un programme de psychothérapie, on devra faire la même chose. C'est-à-dire qu'on doit s'assurer
d'identifier quelles sont les trajectoires qu'on veut implanter ici, au Québec.
Pour ce faire, on a acquis les droits auprès
du NICE, le National Institute of Clinical Health and Excellence, en
Angleterre, qui est, je dirais, l'organisme le plus reconnu pour les
énoncés de trajectoire dans ce domaine-là. L'INESSS ici, au Québec, avait
regardé les différents programmes qui
étaient disponibles, là, et avait bien identifié que les programmes du NICE,
les trajectoires étaient les plus solides. On doit les importer ici,
mais on doit évidemment les adapter.
Je vous
disais tout à l'heure qu'on était la seule juridiction à avoir défini ce qu'était la psychothérapie. Bien, on doit s'assurer que ce qui est, dans cette trajectoire,
une fonction qui doit être rendue par un psychothérapeute habilité,
bien, il faut qu'on l'identifie de façon
très spécifique pour s'assurer que ça
sera effectivement un psychothérapeute
habilité. Et une fonction qui peut être offerte par un professionnel,
mais non habilité à faire de la psychothérapie, le sera par un professionnel
non habilité.
Donc, il y a
tout un travail. Et ça, ça ressemble plus aux travaux, là, du pont Champlain,
là, la réflexion, l'étude des
structures, et ainsi de suite. Donc, on doit être capables d'adapter ces
trajectoires-là à notre réalité juridique et de réseau. On doit être capables d'identifier, dans un territoire
donné, qui sera capable de donner les différents services. Par exemple, les travailleuses sociales qu'on a déployées dans nos GMF pourraient très bien
être les personnes qui offrent les modules d'autosoins pour quelqu'un qui a un trouble
anxieux ou un trouble de l'humeur. Le groupe d'activité physique
structurée pourra très bien être donné dans un CLSC, et
peut-être que le groupe d'intervention cognitive comportementale sera
donné en CLSC ou en clinique externe selon
la disponibilité des ressources sur un territoire donné. Ce ne sera peut-être
pas la même chose à Lévis que ce le sera à Laval.
Donc, il y a tout un travail, là, d'adaptation
mais qui est majeur. Je le répète, on est la première juridiction au Canada à avoir fait le choix d'aller dans cette
direction-là, et je pense qu'on est enviés. On a déjà été contactés à
quelques reprises par différentes autres
provinces pour savoir comment on allait procéder là-dedans, là, pour être
capables de déployer ce programme-là. Alors, je pense que c'est majeur.
Le Président (M. Merlini) : Merci,
M. Delorme. M. le député des Îles-de-la-Madeleine.
M. Chevarie : Oui. Il me reste
combien de temps, M. le Président?
Le Président (M. Merlini) :
5 min 40 s
M. Chevarie :
Cinq minutes. Oui. Je reviens à ce programme-là, Dr Delorme. On parle d'un
programme d'accès gratuit à la
psychothérapie. Est-ce qu'actuellement ou par le passé ce n'était pas gratuit?
En quoi c'est une nouvelle mesure qui
permet à la clientèle d'avoir accès à des services qui autrement, par cette
mesure-là, n'étaient pas considérés comme gratuits?
Le Président (M. Merlini) : Dr Delorme.
M. Delorme (André) : ...je
répondrais en résumant les trois modalités d'accès qui existent ou qui
existaient avant l'avènement de ce programme-là. La première était la capacité
d'un individu qui avait soit une assurance ou les moyens financiers d'aller en cabinet privé puis d'aller voir un
psychologue ou un autre psychothérapeute, parce que ce ne sont pas que les psychologues qui sont habilités à
faire de la psychothérapie, donc une infirmière, un travailleur social
qui était habilité à faire de la psychothérapie ou un psychologue en bureau
privé, et je le paie de ma poche ou c'est mon assureur qui le paie.
La deuxième
modalité d'accès à la psychothérapie, c'était pour les gens qui remplissaient
un certain nombre de critères pour
trois programmes spécifiques, soit les victimes d'actes criminels, les victimes
d'accident de la route, donc, couverts
par la Société de l'assurance automobile du Québec, ou les victimes d'un
accident de travail, donc, par la CSST. Donc, dans certaines conditions, les victimes d'un de ces trois types
d'événements là pouvaient avoir de la psychothérapie remboursée par ces
trois programmes-là.
Et finalement
les gens qui étaient référés, par exemple, par leurs médecins de famille à des
services de santé mentale soit de
première ligne ou de deuxième ligne, des équipes de psychiatrie ou de
pédopsychiatrie. Au sein de ces équipes-là, on a évidemment plusieurs professionnels qui sont habilités à faire de la
psychothérapie. Cependant, l'accès, dans la façon qu'il était offert, n'assure pas un accès
suffisant, d'une part, et ne permet pas — et je pense que c'est l'élément
novateur dans ce que je disais tout à l'heure — de s'assurer de façon
scientifique que le besoin du patient reçoit le bon service.
Et donc, je le disais tout à l'heure, avant de
référer quelqu'un à un service de psychothérapie, il est peut-être beaucoup
plus utile de l'amener à faire de l'activité physique puis de lui donner un
certain nombre de compétences cognitives ou comportementales nouvelles qui
l'aideront à mieux gérer son stress. Et, dans un nombre important des personnes qui vont se présenter pour des services,
ils n'auront pas besoin d'aller voir de la psychothérapie. Actuellement,
on ne fait pas cette distinction-là. Ça fait
que, si le médecin de famille envoie une prescription à l'équipe de santé
mentale ou à l'équipe de psychiatrie adulte,
il est possible que le patient soit référé pour une psychothérapie, mais on
n'aura pas mesuré si d'autres interventions auraient permis de répondre
à son besoin, et ce, de façon beaucoup plus facilement accessible.
Donc, je
pense qu'on va venir, ici, bonifier l'accès, c'est-à-dire qu'on introduit dans
la troisième modalité possible, c'est-à-dire
quand je réfère au réseau de la santé, l'accès non seulement à de la
psychothérapie, mais à toute une gamme de services qui s'assureront de
répondre aux besoins.
Maintenant,
il est possible, comme dans n'importe quelle référence, qu'un patient ne passe
pas par la première, ou la deuxième,
ou la troisième étape, parce que l'intensité de sa souffrance ou de... ses
symptômes sont tels qu'il doive aller directement... et je donne
l'exemple ultime, là, il doit aller directement à l'hôpital. Alors, on ne lui
dira pas : On va commencer par un peu
d'autosoins, puis après ça la thérapie cognitive, puis après ça l'activation
comportementale, puis après ça ceci,
puis après ça cela, s'il a besoin d'être à l'hôpital maintenant. C'est le même
principe que quelqu'un qui aurait une
maladie cardiaque. On ne lui dira pas, quand il se présente chez son médecin
avec une douleur dans la poitrine : Bien, il faudrait peut-être que
tu fasses plus d'exercice. Ce serait un petit peu ridicule.
Ça fait que,
donc, il faut qu'on ait la souplesse, la capacité de répondre aux besoins du
patient en fonction de ses symptômes.
Mais il est clair qu'un nombre important de ces patients-là peuvent recevoir
des services tout à fait appropriés, démontrés
dans la littérature scientifique comme étant très efficaces, et qu'ils
réserveront pour ceux qui ont vraiment le besoin et l'intensité de
symptômes la psychothérapie pour ces patients-là.
Le Président (M. Merlini) : Merci,
Dr Delorme. Il reste 1 min 15 s, M. le député.
M. Chevarie :
Oui, rapidement. Ce que je comprends du modèle, c'est vraiment une approche de
réseau de services intégrés en
fonction des différents niveaux de besoins ou d'intensité du trouble mental. Et
ça me fait penser un peu à ce qu'on a comme
approche pour les personnes en perte d'autonomie, la personne à la bonne place
au bon moment pour répondre aux bons besoins.
Mais,
rapidement, par rapport au budget 2018‑2019, est-ce qu'il y aura des
ajouts de crédits supplémentaires?
<R> Le Président (M. Merlini) : En 30 secondes,
Dr Delorme.
M. Delorme (André) : Eh bien, en 30 secondes, c'est une question
à laquelle je peux difficilement répondre. Je vous dirais qu'on a déjà reçu 35 millions pour cette mesure-là, et
ces sommes-là actuellement sont en train de servir à faire la formation dans le réseau, s'assurer qu'on
puisse construire des modèles qui soient adaptés à notre réseau, à notre
réalité juridique et à notre réalité
d'organisation de services. Et c'est sur la foi de cette construction-là qu'on
va pouvoir apprendre...
Le Président (M.
Merlini) : Merci beaucoup, Dr Delorme. Ça met un terme à ce bloc
d'échange avec le gouvernement. Nous avons
maintenant un dernier bloc, cet avant-midi, avec le député de Mercier, d'une
durée de 18 minutes. À vous la parole.
M. Khadir :
Merci beaucoup, M. le Président. Bonjour, tout le monde. Je salue également le
ministre. Avant de commencer mes
questions au ministre de la Santé, j'aimerais juste attirer l'attention des
collègues, aussi bien de la
partie gouvernementale que de mes
collègues... qu'au cours des dernières années Québec solidaire a présenté, je
dirais, deux solutions à la fois innovantes
puis à la fois très, je dirais, courageuses pour modifier un peu la dynamique
économique qui sous-tend une partie... parce qu'il y a une dynamique
économique, quand même, qui sous-tend la dispensation de certains services publics, on le sait dans le
domaine du transport, on le sait dans d'autres domaines, mais également
dans le domaine de la santé.
L'industrie du
médicament a occupé une grande place dans les préoccupations des gouvernements
depuis au moins 20 ans. On a appris par
la suite... Puis le ministre en a convenu parce qu'au cours des dernières on a
apporté certaines modifications, et
je suis prêt à le reconnaître, pour courber un peu le coût croissant des
médicaments, qui a augmenté sans cesse, avant que Québec solidaire
agisse avec fermeté, à l'Assemblée nationale, sur ces éléments-là, qu'on pose
des questions, que finalement on réussisse à
courber et à aplatir la courbe de croissance des dépenses en médicaments,
qui, entre 1998 et 2008, lorsque je suis
entré à l'Assemblée nationale, a augmenté de 950 millions à
3,4 milliards. Puis ensuite, bien
sûr, il y a une dynamique qui s'est installée. On a fait des propositions, qui
sont résumées ici, qu'on a présentées l'année passée, si je ne me trompe pas, pour une nouvelle politique
pharmaceutique publique pour le Québec, dans laquelle il y a le projet
Pharma-Québec, donc, achats regroupés, recherche et innovation et, là où il le
faut, production de produits génériques à faible coût, dans l'intérêt public.
Mais
il y a un autre élément de ça qui maintenant est repris par le gouvernement
fédéral libéral, qui est une assurance
médicaments universelle publique, pour tout le monde, pas le régime à deux
vitesses qu'on a au Québec, privé et public,
mais un régime comme on le propose depuis notre fondation, un régime
pharmaceutique public. L'effet combiné de
ces éléments-là, si on devait l'étudier en crédits, si Québec solidaire était
au pouvoir et aujourd'hui on l'étudiait en crédits, donnerait une marge de manoeuvre de 3 milliards, d'une
part, pour la baisse du coût des médicaments, et, d'autre part, pour les
cotisations que le gouvernement irait chercher pour l'assurance publique, qui
permettraient de courber... Exactement comme
le fédéral maintenant veut le faire. Ils ont nommé l'ancien ministre libéral de
l'Ontario, ministre de la Santé, Eric Hoskins, à la tête d'une
initiative, qui va faire rapport bientôt et qui va le proposer pour l'ensemble
des provinces canadiennes.
l'annonce parce que je pense que c'est une contribution maintenant,
aujourd'hui, qui est de plus en plus reconnue par les observateurs de Québec solidaire sur la scène politique pour apporter
des solutions qui présentent... Tu sais, au lieu de critiquer M. le ministre ici, là... Vous savez que j'en connais
beaucoup, de choses. Je pourrais lui apporter beaucoup de critiques et je pourrais dénoncer vertement ses
décisions, les décisions de son gouvernement. Mais je voudrais, avant de
les critiquer, dire qu'il y a aussi des
solutions, et ces solutions-là, il pourrait s'en inspirer. Et, comme je l'ai
fait tout à l'heure, je l'ai dit à
propos de l'achat des médicaments regroupés, je suis prêt à reconnaître sa
contribution et le féliciter aussi pour les bons coups qu'il a faits. Mais ne pas oublier qu'il y a beaucoup
plus que les quelques mesures que le
ministre a prises dans la politique
de Québec solidaire, qui est une véritable bouffée d'air frais, et
d'oxygène, et d'argent qu'on dépense actuellement inutilement et qui
pourrait être au service du système de santé québécois.
Mais
il y a un autre domaine où on est le premier acteur social, depuis environ
40 ans, depuis que ces débats-là tournent alentour de la rémunération
des médecins pour dire : O.K., tout le monde est indigné par un certain
nombre de décisions qui ont été prises, mais
réfléchissons sur la rémunération des médecins parce que ce n'est pas juste que
ça coûte cher, c'est que ça ne fonctionne
pas. Et ça explique en
partie une
partie des problèmes qu'on a actuellement
dans l'accès aux médecins, dans
l'utilisation de la main-d'oeuvre médicale de manière appropriée pour les
nouvelles réalités de la santé, notamment la prise en charge des
patients chroniques.
la proposition qu'on vous a faite il y a à peu près trois ou quatre semaines,
je ne le discuterai pas, c'est pour moderniser
la rémunération des médecins en vertu des meilleures pratiques internationales
et toutes les études, au cours des 20 dernières années, dont deux
études du Commissaire à la santé, 2015 et 2017, les deux, en puisant... toutes
les meilleures recherches dans la
littérature internationale qui disent que la rémunération à l'acte, ce n'est
pas approprié, ce n'est plus approprié, c'est dépassé et qu'il faut une
rémunération mixte qui combine prise en charge, donc capitation, qui combine salariat et une
partie de rémunération à
l'acte, mais une
partie minoritaire et non pas à 70 % comme c'est le
cas actuellement. Donc, j'attire votre
attention là-dessus et je vais faire parvenir à l'ensemble des membres de la
commission santé, y compris mon collègue de la CAQ, puisque nous avons
certaines divergences sur ces visions-là... Et on est au Parlement, et donc il
faudrait qu'on apprenne à se parler et de s'inspirer des meilleures pratiques.
le ministre, j'ai examiné, avec mes collègues, bien sûr, le tableau dans... la
source du tableau, oui, alors, sur la banque
de données sur les cadres, les salariés du réseau de la santé, d'accord, qui
date... un tableau mis à jour en février 2018. Je pourrais le faire
parvenir. Mais ce que je voulais attirer votre attention, c'était qu'il y a une
baisse du temps supplémentaire entre 2012‑2015 — c'est une bonne chose, d'accord — le temps supplémentaire payé pour les
infirmières, pour engager des infirmières dans le réseau. C'est une bonne
chose. Tant mieux. Mais cette baisse n'est pas assez substantielle, on en paie
encore trop.
On payait, en
nombre d'heures supplémentaires, en 2016‑2017, encore 3,8... non. Excuse-moi,
peux-tu me le dire ici, là? Oui,
3,8 millions de dollars, 4 millions de dollars, en baisse de
200 000 $, à peu près, en 2012‑2013. Non, excusez-moi, je suis dans les patates. Ça, c'est le nombre
d'heures, 3 000... Bien oui, parce que ça me paraissait trop bas, je
me disais : Ça ne peut pas être pas 3 millions non plus. M. le
Président, ça ne m'arrive pas souvent, je dois me rétracter honorablement. C'est 3 800 heures de
travaux... d'heures supplémentaires, qui constituent quand même
171,6 millions de dollars. Donc, c'est
170 millions de dollars. Et le ratio d'heures... il y a un autre élément,
dans le réseau, qui est problématique, c'est
le ratio en assurance salaire dans les établissements publics. Ce ratio,
malheureusement, a augmenté à la fois pour les infirmières et les infirmières auxiliaires. On est passé d'à peu près
5,9... ou plutôt 6 à 6,40. Pour les infirmières auxiliaires, on est passé de 6,4 à 9,24. Ça, c'est en
pourcentage, donc le nombre d'heures payées en assurance salaire par rapport
au nombre d'heures travaillées. Donc, ça
veut dire de plus en plus de gens sont malades, sont forcés à se retirer, et on
perd donc de l'assurance salaire.
Il existe une
perception, chez les gestionnaires et chez les employés, que le temps
supplémentaire est toujours privilégié
par rapport aux postes à temps plein. On sait le débat qu'on a eu récemment sur
la nécessité de pourvoir des postes à
temps plein et réguliers aux infirmières, aux infirmières auxiliaires, aux
techniciens de radiologie, donc des postes à temps complet. Autrement dit, on a l'impression qu'il y a deux
enveloppes distinctes : une qui semble être gérée de manière très, très serrée, c'est celle de la
titularisation des postes, d'afficher des postes réguliers complets puis de les
octroyer, puis l'autre enveloppe, qui est
une qui semble sans fond, celle des enveloppes pour payer en temps
supplémentaire ou pour payer pour les assurances salaires pour, bon, les
gens qui tombent au combat.
Est-ce que le
ministère a prévu quelque chose pour corriger ça? Parce que, comme je vous l'ai
dit, sur le tableau, malheureusement, oui, il y a une petite baisse,
mais on passe de 3 880... 3 millions, c'est 3 millions...
Une voix : 3 millions.
M. Khadir : Mais ça me semble tellement exorbitant. J'ai même de la difficulté
à lire les chiffres tellement
ça me semble juste insensé qu'on paie autant
d'heures supplémentaires. 3,8 millions, sans baisser. Puis ça a remonté encore
ces derniers temps. Est-ce qu'il y a quelqu'un qui se dit, dans leur ministère, chez vos collègues les
sous-ministres : Aïe! il faut
faire quelque chose? Pourquoi on paie autant d'heures supplémentaires, alors
qu'on pourrait payer des gens dans des postes réguliers puis stabiliser
un peu notre réseau?
Le Président (M. Merlini) : Merci,
M. le député de Mercier. Il reste 8 min 45 s, M. le ministre.
M. Barrette : Combien, M. le
Président?
Le Président (M. Merlini) :
8 min 45 s
M. Barrette :
Oui. Parce que, dans l'équilibre du temps, je pourrais le prendre au complet,
mais je ne le ferai pas.
M. Barrette :
C'est vrai. Bien, d'abord, justement, là, pour des raisons, justement,
d'équilibre, je vais souligner le commentaire
de mon collègue, qui a pris le temps d'avoir le plaisir de noter et de me
féliciter sur la négociation que nous avons
faite sur les médicaments génériques. D'ailleurs, félicitations qui sont venues
aussi des autres provinces et des grands médias nationaux à l'extérieur du Québec. C'est vrai que c'est un geste
important qui a été posé là, et j'en suis très heureux. Puis, parce que
c'est au bénéfice des citoyens qui paient des impôts et des taxes, on leur
sauve des sous.
Maintenant,
pour ce qui est de la question des heures supplémentaires, de la manière que
notre collègue, M. le Président, le
présente, je dirais qu'il manque un certain nombre d'éléments. Alors, je vais
essayer d'ordonnancer ça d'une façon la plus intelligible possible pour
ceux qui sont moins familiers avec ça et qui nous écoutent.
Nous avons
signé des ententes collectives, hein, des ententes collectives avec tous les
corps de métier dans le réseau de la
santé — infirmières,
pas infirmières, préposées, technologues, et ainsi de suite — et, dans ces ententes-là, il a été convenu d'une proportion spécifique de postes à
temps plein. Et j'insiste là-dessus parce que ça, c'est de la
négociation, c'est ce que demandaient les
unités syndicales. Ils nous ont demandé d'augmenter le nombre de postes à temps
plein. On a dit oui. On a pris le
chiffre qu'ils nous ont suggéré. Alors, aujourd'hui, de la part de notre
collègue, de demander d'en mettre
plus, je veux bien, mais ce n'est pas nécessairement possible, d'une part, et,
d'autre part, ce n'est pas ça qu'on nous a demandé. On nous a demandé, oui, une dotation de postes à temps plein
stables, mais à une hauteur x, par exemple, de 64 % pour les infirmières, et ainsi de suite,
ça, on a ça avec les auxiliaires, et ainsi de suite. On a dit oui à ça parce
qu'on a négocié ça en fonction de l'expérience sur le terrain.
Quand
je dis : l'expérience sur le terrain, je fais référence au fait que,
d'abord, on ne peut pas ne pas avoir des postes à temps partiel. Il n'y a pas d'organisation qui peut avoir des
postes à temps plein stables pour tout. Je vais prendre un exemple qui est
spectaculaire, que tout le monde va comprendre : Est-ce qu'on pense
vraiment qu'on peut offrir des postes
stables pour une carrière de nuit tout le temps, hein? Ce n'est pas ça
exactement que le monde recherche. Juste cet exemple-là montre qu'on ne peut pas n'avoir que des postes stables à
temps plein. Parce qu'un poste stable à temps plein, ça veut dire : Je vais travailler de telle heure
à telle heure, tant de jours par semaine, sur un département, un centre
d'activités spécifique. Bien là, ça veut
dire que, pour ce poste-là qui est bien construit pour la vie personnelle d'un
individu, bien, il y en a un autre
qui va se retrouver avec un poste à temps, plein pour toute sa carrière, de
nuit. Il n'y a personne qui veut ça. Donc, il faut des postes... ce sont
souvent des équipes volantes, mais des postes qui varient et du temps partiel.
Maintenant,
dans le réseau, là, dans la convention collective qu'on a convenue avec les
unités syndicales, après la négociation,
il a été aussi convenu, et ça, c'est bien important, M. le Président, de
diminuer le recours à la main-d'oeuvre indépendante.
Ça, c'est quelque chose qui a été réclamé à corps et à cris par tout le milieu.
On a donné suite et on a même dépassé
les objectifs qu'on s'est fixés. Il y a des régions au Québec, comme à Québec,
là, où les agences, là, qui font le recrutement
et la contractualisation de ces professionnels-là, sont en train de fermer. Il
n'y en a quasiment plus. Alors, on nous a demandé ça.
Maintenant,
si on nous demande ça, M. le Président,
bien, c'est sûr que ça fait plus de personnel qui est dans le réseau, et
comme les heures supplémentaires, c'est une proportion du personnel en place,
augmentant le personnel, la proportion ne
changeant pas nécessairement de façon significative, on a au total, comme ce
sont des proportions, 5 % de plus. C'est plus que 5 % de
moins. Alors, on a plus d'heures supplémentaires qui sont payées.
Maintenant,
pourquoi on a du temps supplémentaire? Ce n'est pas par gaieté de coeur. On a du temps supplémentaire parce qu'il surviendra toujours des circonstances où il y
aura quelqu'un qui ne sera pas à son poste pour toutes sortes de
raisons. Moi, je comprends très bien la mère célibataire qui a elle-même la
grippe et que son enfant de deux ans a la
grippe, puis là il faut qu'elle reste à la maison. Bien, il y a des
circonstances comme ça qui font qu'il y a une personne, un bon matin, qui n'est pas à son poste de travail pour des
raisons personnelles justifiées, et il faut la remplacer. D'où le
temps supplémentaire. Alors, de penser qu'on va avoir un système dans lequel il
n'y aura pas de temps supplémentaire, c'est évidemment utopique. Je le
souhaite, mais c'est utopique.
Et de là, je peux
aller très bien sur la question du temps supplémentaire obligatoire. Mais,
quand on s'adresse à cette problématique-là, où est le remède à ce problème-là?
Le remède, il est dans la dotation de postes et il est dans l'embauche. Et là je me suis prononcé à plusieurs
reprises sur l'embauche. On a de la difficulté à recruter en santé,
comme ailleurs dans la société, puisque nous sommes dans une situation de plein
emploi.
Il y a
quelques minutes, M. le Président je voyais passer sur le fil de presse un
article
de Radio-Canada qui faisait état
de la démarche qui est entreprise par différentes institutions pour aller
recruter massivement les infirmières en France. Bien, ça, ce n'est pas pour le plaisir de recruter des gens, c'est parce qu'on se retrouve dans une situation où il y
a moins de monde qui se présente pour prendre les postes.
M. Barrette :
Bien là, c'est parce que peut-être que le collègue n'a pas été informé,
évidemment, que, là, il y avait... Ça se peut qu'il n'ait pas saisi que
vous aviez décrété, M. le Président ...
Le Président (M.
Merlini) : On essaie, oui, on essaie, M. le ministre d'équilibrer le
plus de temps entre les questions et les réponses.
M. Barrette :
Voilà. Alors, sur 18 minutes, divisé par deux, ça fait neuf.
Le Président (M.
Merlini) : Non, non, mais là ce n'est pas un temps...
M. Barrette :
Bien, l'équilibre, c'est la balance de la justice, là. Il y a deux fléaux,
hein, puis...
Président (M. Merlini) :
Dans la réponse que vous donnez, j'essaie de faire compléter la réponse le plus
vite possible, mais j'aimerais que le député
de Mercier puisse vous poser une autre question. Il reste
moins de deux minutes. À vous la parole, M. le député de Mercier.
M. Khadir : Très
bien. Alors, quand on reviendra, dans
les études de crédits, je reviendrai. Mais vous y réfléchirez.
Moi,
je voudrais savoir quels montants ont été investis depuis février 2014, si vous
pouvez prendre ça en note, par le
ministère de la Santé, en relation avec des projets-pilotes dans les Chirurgie
Dix30, le centre chirurgie RocklandMD et le Groupe Opmedic.
Pas besoin de
répondre tout de suite. Je vous pose des questions et je reviendrai, d'accord,
à l'autre. Les tests d'implantation sur les terrains de la solution
informatique de Power Solutions Dtd Pty. C'est tout dans le contexte, là, du
financement à l'activité. Le financement à l'activité, là, c'est l'équivalent
du paiement à l'acte pour les médecins. Le
financement à... si on adopte ça, c'est comme si on adoptait le paiement à
l'acte pour le réseau de la santé, avec les mêmes anomalies, les mêmes
dangers, les mêmes problèmes.
Aussi,
je voudrais savoir le coût du parcours de soins et de services, ce qu'on
appelle le CPSS, développé par le MSSS,
si ça, ça va inclure la rémunération des médecins ou c'est encore uniquement le
travail des équipes de professionnels en soins qui seront évalués.
Donc, c'est mes trois questions. Pas
besoin de répondre tout de suite, on
reviendra vous voir cet après-midi puis on aura les...
Le Président (M.
Merlini) : 42 secondes, M. le ministre.
M. Barrette :
...M. le Président. Le collègue me demande certaines statistiques, M. le
Président, à partir d'une certaine
date. Je veux simplement lui rappeler que le projet, par exemple, des trois
cliniques n'a pas pris naissance en 2014, c'est arrivé plus tard. Alors, il veut avoir le total des sommes
investies. Avec plaisir. Mais j'aimerais ça qu'il me répète la dernière
question. Je n'ai pas saisi exactement, là.
M. Khadir :
...on appelle le parcours de soins de services, qui a été développé par le
MSSS, est-ce que ça va inclure la rémunération des médecins ou c'est uniquement
le travail des équipes de professionnels en soins autres...
Président (M. Merlini) : Merci, M. le député de Mercier. Il est midi,
membre de la Commission de la santé et des services sociaux.
compte tenu de l'heure, la commission suspend ses travaux jusqu'après les affaires
courantes, vers 15 heures, où elle poursuivra son merveilleux mandat de
l'étude du volet Santé et Accessibilité aux soins.
Bon appétit à toutes
et à tous!
(Suspension de la séance à 12
heures)
Président (M. Merlini) : À l'ordre, s'il vous plaît! Ayant constaté le quorum, la commission
va donc reprendre ses travaux.
commission est réunie afin de poursuivre l'étude détaillée... bien, pas l'étude
détaillée, j'étais pour dire l'étude
des crédits budgétaires du volet Santé et Accessibilité aux soins du portefeuille Santé et Services sociaux
pour l'exercice financier 2018‑2019.
Nous
sommes maintenant rendus à un bloc d'échange avec le gouvernement. M. le député
de Vimont, vous disposez de... Mme la secrétaire? 20 minutes. À vous la
parole, M. le député de Vimont.
M. Rousselle :
Merci, M. le Président. Aujourd'hui, je voudrais vous parler... Vous avez fait
de grandes choses justement dans le
système de la santé et, entre autres, vous avez touché justement les
médicaments génériques. On sait que, bien,
à un moment donné, vous avez rentré là-dedans parce que, justement, on payait
trop cher, et puis à un moment donné on veut faire des économies. C'est comme n'importe qui dans son budget,
même, personnel, chez eux. Si t'es capable d'avoir des choses moins chères, ou peu importe, dans le commerce, bien,
tu vas aller chercher justement des endroits où tu vas pouvoir... ou tu
vas essayer des manières de payer moins cher les choses que tu achètes. Aujourd'hui,
on parle de médicaments, donc, médicaments
qui... Puis d'ailleurs il y a
d'ailleurs la Régie de l'assurance maladie du Québec qui
en paie un bon coup parce que,
quand on regarde l'assurance, quand on regarde les gens qui sont assurés par le
gouvernement, bien, les prix des génériques, bien, ils étaient trop élevés.
Donc,
vous avez fait des projets de loi. Vous avez fait des lois pour justement
regarder ça, pour, au moins, essayer de
couper un peu plus, là, la part de profit des compagnies. Et vous en êtes
arrivé justement avec un projet de
loi en ce sens, le projet
de loi n° 81, si on se rappelle
bien. Et je sais bien qu'en 2006 juste les médicaments génériques
comptaient pour 27,1 du coût des médicaments
dans le régime public, soit 852 millions, en incluant la marge du grossiste, là — aïe! c'est de l'argent, ça là, là — comparativement
à 72,9 %, donc
2 295 000 000 $, là, pour les médicaments innovateurs, y compris, justement, certains
médicaments ne pouvant pas être classés comme génériques ou innovateurs. Quand
on regarde ça avec le projet de loi
n° 81, qui vise à permettre au ministère, le service santé, de procéder à
des appels d'offres, chose qu'il n'y avait pas avant... On a regardé
aussi qu'est-ce que les autres provinces faisaient là-dessus dans le but
d'obtenir de meilleurs prix pour certains médicaments génériques au Québec.
Puis ça a été adopté justement par l'Assemblée nationale.
Devant cette possibilité-là,
le ministre... bien, on a justement regardé ça. Et puis l'Association
canadienne du médicament générique,
justement, a voulu justement conclure une entente, parce que, là, c'est certain
qu'on s'en venait avec une loi, puis
ils ont bien vu qu'on était comme vraiment décidés. Et vous avez réussi
justement à vous entendre avec eux pour
cinq ans. Donc, c'est certain que, pendant ce cinq ans-là, on s'est dit :
Bien, écoute, en contrepartie, on n'ira pas... Le ministre s'est engagé à ne pas recourir aux appels
d'offres, donc, pour l'achat de médicaments. Mais je pense que l'entente
qui a eu lieu, vraiment, ça a été bénéfique pour le Québec parce que c'est
nous... Dans le fond, quand on parle du gouvernement, c'est tous et chacun,
ici, qu'on est le gouvernement. Donc, on sauve tous de l'argent. Donc, c'est,
annuellement, l'économie, 304 millions. C'est beaucoup, donc,
1,5 milliard d'économies pour les cinq ans.
actions posées quand on voit ça : le 9 juin 2016, adoption du projet
de loi n° 81; 16 juillet 2017, l'annonce de la conclusion de
l'entente avec le ministre de la Santé et Services sociaux et, justement, les
fabricants de médicaments génériques;
1er octobre 2017, entrée en vigueur des modalités de l'entente, donc c'est
rentré; puis, le 1er avril 2018, entrée en vigueur des baisses de
prix publiques issues de l'entente.
Moi, je
voudrais vous entendre, M. le ministre, là-dessus parce que beaucoup de gens de
la population ne comprennent pas...
Oui, on sauve de l'argent, mais cet argent-là, on va s'en servir pour quoi?
Est-ce qu'il va retourner à l'intérieur du système de santé? Vous avez toutes les questions
qu'on peut se poser. Donc, j'aimerais savoir... Premièrement, vous avez conclu justement une entente en juillet avec
l'industrie canadienne du médicament générique. Juste nous expliquer
qu'est-ce qui a amené à cette conclusion-là de cette entente puis pourquoi que
c'est bon pour les Québécois et les Québécoises.
Le Président (M. Merlini) : Merci,
M. le député de Vimont. M. le ministre.
M. Barrette :
Alors, merci, M. le Président. La question est vaste, et je vais essayer de
synthétiser le plus possible ce
sujet-là, qui a une certaine complexité, je pense que tout le monde va en
convenir. Et non seulement il y a une complexité, mais il y a des
impacts importants dans la société.
Et c'est un
hasard, M. le Président. Je n'avais pas prévu, évidemment, que nous aurions une
séance prolongée aujourd'hui,
1er mai, sur l'étude des crédits, mais il se trouve qu'en cette journée de
la fête des Travailleurs à l'international, nous avons été plusieurs
ministres invités à rencontrer... en fait, invités par les syndicats pour nous
rencontrer. Et aujourd'hui j'ai eu la chance, oui, puis je le signale, là, la
chance, d'avoir une conversation très intéressante avec des représentants syndicaux, là, sans révéler
l'organisation qui est venue me voir. Ils viennent tous nous voir, à peu près,
là, dans cette journée de fête des Travailleurs, pour avoir des conversations,
des échanges informels sur certains sujets.
Et vous ne
serez pas surpris que... En fait, je n'ai pas été surpris qu'un des sujets...
Il y avait trois sujets à discuter. Puis, encore une fois, sur un mode
d'échange, là, d'enjeux sociaux, il y avait celui du médicament. Et je n'ai pas
été surpris, M. le Président, parce que la
problématique de l'accès aux médicaments est réelle parce qu'elle passe par
une structure qui, elle, a un coût. Et, dans
l'accès aux médicaments, aujourd'hui, au Québec, on vit dans un régime où
nous avons des lois qui font en sorte que
chaque citoyen et chaque citoyenne, s'il en a les moyens, évidemment, doit
disposer d'une assurance.
Alors,
évidemment, les possibilités sont de deux ordres. Soit la personne n'a pas les
moyens d'avoir une assurance, auquel cas elle participe au régime public
d'assurance médicaments, au régime général d'assurance médicaments, soit elle
est dans une autre situation, travailleur autonome, employé dans une
entreprise, et soit l'individu se paie une assurance.
Puis il y a plein de produits dans le monde des assurances qui permettent de
couvrir les besoins en médicaments, soit...
Et c'est le cas souvent des employés syndiqués, il y a des régimes collectifs
d'assurance médicaments qui existent et dont les coûts sont partagés
entre les employés et les employeurs.
Notre collègue, M. le Président, me demande de
raconter un peu d'où ça vient, cette affaire-là. Et c'est assez amusant de constater que, dans ce domaine-là,
aujourd'hui, s'est bouclée la boucle, en ce sens que, quand on est
arrivés en poste en avril 2014, dans
les deux à trois premières semaines, un des premiers dossiers que j'ai eu à
gérer était celui de l'assurance médicaments, mais vu du côté des
employeurs. Les employeurs sont venus me voir, un regroupement d'employeurs et
d'assureurs, pour m'expliquer, chiffres à l'appui, économiste en place, et
ainsi de suite, l'enjeu que représentait le
coût des médicaments au moment où se parlait, à l'époque, dans la société
québécoise. Et cet enjeu-là était tel que
le... À cause du prix très élevé des médicaments, et donc de sa répercussion
sur le coût du médicament et le coût d'un régime collectif d'assurance médicaments, les entreprises, qui
répercutent évidemment ces coûts-là sur les produits qui sont payés par les consommateurs, les employeurs
étaient rendus à un point de quasi-rupture. Quasi-rupture, c'est :
Nous, les employeurs avec les syndicats, là, on est là et on ne peut plus aller
plus loin. Et ce qui était un enjeu à la clé était la disparition des régimes collectifs. Qu'est-ce qui arrive si ça, ça
arrive? C'est le public qui doit prendre la relève, compte tenu de nos
lois. Alors là, ce n'était pas un caprice, là. C'était une réalité, là.