Health and Social Services — 8 February 2022 (42nd Legislature, 2nd Session)
CSSS 2022-02-08
Quebec — Committees
(Neuf heures quarante-neuf minutes)
Le Président (M. Provençal)
: Bonjour à tous. Bienvenue à notre
rencontre de ce matin. Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la
Commission de la santé et des services sociaux ouverte. Je vous souhaite la
bienvenue et je demande à toutes les personnes de bien vouloir éteindre la
sonnerie de leurs appareils électroniques.
La commission est réunie afin de procéder aux
consultations particulières et aux auditions publiques sur le projet de loi
n° 15, Loi modifiant la
Loi sur la protection de la jeunesse et d'autres
dispositions législatives.
Mme la secrétaire, y a-t-il des remplacements?
Secrétaire : Oui, M. le
Président. M. Derraji (Nelligan) est remplacé par Mme Weil (Notre-Dame-de-Grâce); Mme Sauvé (Fabre),
par Mme Robitaille (Bourassa-Sauvé); M. Marissal (Rosemont), par
M. Zanetti (Jean-Lesage); M. Arsenau (Îles-de-la-Madeleine), par
M. Ouellet (René-Lévesque).
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup. Ce matin, nous débuterons par les
remarques préliminaires puis nous entendrons les personnes et groupes
suivants : Mme Régine Laurent, l'Ordre des travailleurs sociaux et
des thérapeutes conjugaux et familiaux du Québec et l'Ordre des psychoéducateurs
et psychoéducatrices du Québec.
J'invite maintenant le ministre délégué à la
Santé et aux Services sociaux. M. le ministre, vous disposez de
six minutes pour les remarques préliminaires.
M. Carmant : Merci beaucoup, M. le
Président. Bonjour, tout le monde. Très heureux d'être ici avec vous ce matin.
Je tiens à saluer la présence de mes collègues de Soulanges,
Lotbinière-Frontenac, Dubuc et de Roberval. Merci beaucoup d'être là
aujourd'hui. Je tiens à saluer la présence de la directrice nationale de la
protection de la jeunesse. Merci d'être là. Je tiens à saluer également les
collègues des oppositions, opposition officielle, deuxième opposition,
troisième position. Merci d'être là. Je pense que c'est un grand jour pour tout
le monde aujourd'hui.
Je tiens d'abord à vous remercier de votre
présence à cette séance préliminaire de consultations sur le projet de loi
n° 15, loi modifiant la protection de la jeunesse et d'autres dispositions
législatives. Je vous rappelle que ce projet de loi est le fruit de la
commission spéciale constituée suite à la tragédie de Granby, qui a changé nos
vies. Composée de 12 commissaires, dont cinq experts,
quatre élus des différents partis à l'Assemblée nationale ainsi qu'une
présidente et deux vice-présidents, cette commission a tenu une très vaste
consultation publique qui a permis d'entendre plusieurs milliers de personnes
de tous les horizons.
Il y a huit mois à peine, notre gouvernement
recevait le rapport de cette commission formée en mai 2019, et nous nous étions
engagés à le mettre en oeuvre. Aujourd'hui, nous tenons parole. Ce rapport,
maintenant connu sous le vocable de rapport
Laurent, est l'exercice de la réflexion la plus imposante entreprise depuis
l'instauration du système de protection de la jeunesse, quelque
65 recommandations qui se déclinent en près de 250 actions que nous
réalisons en trois phases, selon un plan que j'ai présenté en décembre dernier,
en plus de ce projet de loi.
Bien que
d'autres modifications législatives aient été apportées depuis 1977, il y a
eu huit projets de loi en tout, le projet de loi n° 15 constitue la plus grande révision que la Loi de
la protection de la jeunesse ait connue depuis 44 ans. Il contient
60 articles, qui viennent modifier, remplacer ou ajouter près d'une
centaine de dispositions de la
Loi sur la protection
de la jeunesse, en introduisant notamment un préambule et en consacrant un
chapitre distinct pour les dispositions relatives aux autochtones, qui
reprennent l'essentiel des recommandations des rapports Viens et ENFFADA.
L'élément clé de ce projet de loi vise à placer
l'intérêt de l'enfant au centre de la loi, de façon primordiale et prioritaire,
pour que toute décision qui soit prise le concernant envisage cet intérêt de
façon primordiale. Nous nous sommes donné les moyens pour que cette notion
devienne une condition sine qua non à toute décision.
Ça ne veut pas dire que les parents n'ont plus
leur rôle à jouer, bien au contraire. Ils demeurent des acteurs principaux dans le développement et le bien-être
de leurs enfants. Nous sommes et serons toujours là pour les appuyer et
appuyer toutes les familles vulnérables. Cependant, et j'insiste lourdement, le
bien-être de l'enfant est ce qui doit être considéré en premier lieu. Il est
révolu le temps où un enfant devait payer le prix d'une mauvaise interprétation
de la loi ou souffrir d'une situation sur laquelle il n'a aucun contrôle.
Parfois, il arrive qu'un enfant soit mieux de rester en famille d'accueil
plutôt que d'être ballotté d'un milieu à un autre. Il faut le reconnaître, la
notion de temps aussi est très différente chez les enfants. Le placer dans une
situation d'incertitude est traumatisant. L'enfant peut développer des
problèmes d'attachement ou d'autres problèmes à plus long terme.
Ce projet de loi prévoit
aussi que le ministre de la Santé et des Services sociaux est d'office le
conseiller du gouvernement sur toute question relative à la protection de la
jeunesse et aux enfants en situation de vulnérabilité et qu'il doit être
consulté lors de toute décision ministérielle mettant en cause l'intérêt des
enfants ou le respect de leurs droits en matière de protection de la jeunesse.
Par ailleurs, le projet de loi modifie la Loi
sur le ministère de la Santé et des Services sociaux pour préciser que le ministre de la Santé et des Services
sociaux doit promouvoir des mesures propres à répondre aux besoins des
enfants et des familles en situation de
vulnérabilité ou à prévenir la compromission de la sécurité ou du développement
des enfants.
De façon plus générale, le projet de loi
n° 15 vise à améliorer la communication des renseignements confidentiels,
harmoniser et améliorer les pratiques cliniques en matière de protection de la
jeunesse, notamment par la nomination d'une directrice nationale de la
protection de la jeunesse, dont on vient préciser les responsabilités et les
pouvoirs, faciliter le passage des jeunes à la vie adulte et reconnaître que
les autochtones sont les mieux placés pour répondre aux besoins de leurs
enfants de manière appropriée.
Je veux également souligner toute l'importance
que ce projet de loi accorde aux Premières Nations et Inuits. C'est avec les
groupes autochtones des communautés conventionnées et non conventionnées et les
Inuits que les propositions d'intervention en protection de la jeunesse en
contexte autochtone ont été développées.
Plusieurs rapports d'enquête nous proposaient
des solutions concrètes pour adapter les services aux enfants autochtones. Ce
que nous proposons aujourd'hui est une mise en oeuvre de plusieurs
recommandations des rapports de l'ENFFADA et de la commission Viens. C'est avec
et pour tous nos partenaires des Premières Nations et Inuits que des
adaptations sont proposées à la
Loi sur la protection de la jeunesse afin de
s'attaquer notamment à la surreprésentation des enfants autochtones dans le
système de protection de la jeunesse. Je les remercie vraiment de leur apport
et de leur collaboration entière à la réalisation de cette réforme.
En fait, je suis très fier des travaux qui ont
été menés au cours des derniers mois afin de présenter ce projet de loi. Je
tiens à saluer tous ceux qui y ont travaillé de près ou de loin. Il s'agit d'un
premier jalon dans ce grand parcours qui nous amènera à mieux protéger tous les
enfants du Québec.
En terminant, je tiens à mentionner à tout le
monde ma pleine collaboration pour l'amélioration de ce projet de loi. Je sais
qu'ici plusieurs... tous les députés ont à coeur ce projet de loi là, et on va
travailler ensemble pour l'améliorer. Merci, donc, à tous les membres de cette
commission pour leur collaboration. Merci, M. le Président, et bons travaux à
tous.
Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup, M. le ministre. J'invite
maintenant la porte-parole de l'opposition officielle et députée de Notre-Dame-de-Grâce à faire ses remarques
préliminaires pour une durée maximale de quatre minutes. À vous la
parole.
Mme Weil : Oui. Merci, M. le
Président. Donc, je vous salue ainsi que votre équipe, M. le Président. Je
salue aussi le ministre et toute son équipe, l'appui qu'il aura, incluant la
directrice nationale de protection de la jeunesse — d'ailleurs, on parlera
beaucoup de cette fonction, pour être éclairés par rapport à son rôle, c'est
bien important — et
tous les collègues députés de la banquette ministérielle et des oppositions. Je
remercie aussi ma collègue la députée de Bourassa-Sauvé de m'accompagner, quand
elle le pourra, parce qu'elle a d'autres occupations aussi. Alors, merci pour
sa présence.
Alors, nous sommes à une étape extrêmement
importante. Toujours... si on parle avec des collègues, c'est souvent la
meilleure étape, c'est d'écouter les experts, les vrais experts qui sont... qui
viennent nous parler de leur expérience et qui ont toute une... tous ces
experts ont une connaissance fine d'un aspect d'un projet de loi. Et donc ça
commence aujourd'hui, et c'est avec, je vous dirais, un sentiment d'émotion, un
peu comme le ministre le dit, je pense que les collègues partagent ce sentiment
d'émotion. On est là pour nos enfants et nos ados, on est là pour notre avenir,
l'avenir de nos enfants.
Et c'est tout
le Québec, évidemment, qui a été ébranlé. On le sait, la genèse de ce projet de
loi et, évidemment, la suite, une commission qui a fait un rapport
extraordinaire, une mine d'or de réflexions — je le trimballe avec moi
quand je peux — mine
d'or de réflexions, de recommandations. Et j'apprécie l'ouverture du ministre
qui dit... il me l'a déjà dit aussi, personnellement, ou c'était peut-être
lorsqu'on faisait un débat... mais qu'il est prêt à le bonifier. Donc, on va
être vraiment à l'écoute des experts et des groupes, on aura l'occasion de
parler. C'est sûr que toutes les recommandations n'ont pas été retenues, pour
diverses raisons, et on ira au fond des choses.
Alors, c'est de la fébrilité que je ressens, et
le ministre l'a bien saisi, parce qu'on est tous là pour la bonne cause et on
va tous vouloir, je pense, bien travailler ensemble. Mais on va insister,
aussi, sur certains éléments, justement, pour être sûrs qu'on est allés
jusqu'au fond d'une question pour avoir les changements, les modifications
qu'il faut pour que le système fonctionne mieux — en anglais, on parle
de «seemlessly», je suis sûr que le ministre comprend
ce concept — donc,
sans faille, mais aussi que les gens se parlent et se consultent, mais qu'il y
a ait aussi un chien de garde pour
l'enfant, parce que tous les systèmes ne sont pas parfaits, malgré toutes les
réformes qu'on peut amener.
Alors, je remercie d'avance tous les groupes qui
vont venir nous parler. Nous avons hâte de les entendre. C'est un moment très,
très précieux. Merci, M. le Président.
Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup. J'invite
maintenant le porte-parole du deuxième groupe d'opposition et député de Jean-Lesage à faire ses remarques
préliminaires pour une durée maximale d'une minute. À vous la parole.
M. Zanetti : Merci, M. le Président.
Merci, M. le ministre, toutes les personnes qui sont présentes ici pour
travailler à ce projet de loi. Très brièvement, c'est un plaisir, une joie et
un honneur d'être ici, pour moi, à travailler à ce projet de loi qui est essentiel.
Puis je vais m'assurer que, vraiment, on maintienne le cap vers là où s'en va
le projet de loi actuel, c'est-à-dire que l'intérêt de l'enfant soit vraiment
placé au centre de nos préoccupations. Alors, voilà, je vous remercie. J'ai
bien hâte de commencer le travail avec vous.
Le Président (M. Provençal)
: Merci. J'invite maintenant le porte-parole du troisième
groupe d'opposition et député de René-Lévesque à faire ses remarques
préliminaires pour une durée maximale d'une minute. Je vous cède la parole.
M. Ouellet : Merci beaucoup, M. le
Président. Donc, à mon tour de vous saluer, chers membres de cette Commission de la santé et services sociaux. C'est
une première pour moi dans cette commission, j'ai l'habitude d'être assis ailleurs. Alors, merci de m'accueillir dans
cette commission, qui sera, je l'espère, fort intéressante, fort
pertinente.
C'est moi qui ai demandé à mon chef de siéger
sur cette commission, parce que j'avais un intérêt marqué pour le sort de nos
jeunes enfants et notamment pour le sort des jeunes enfants sur la Côte-Nord.
Vous le savez, les statistiques sont
afférentes en matière de protection et de situations dramatiques qu'il y a pour
les jeunes sur la Côte-Nord. Ma collègue de Duplessis a fait un excellent
travail sur la commission Laurent, donc c'est moi qui vais continuer ce chemin
avec elle. Donc, merci beaucoup, et j'ai bien hâte de commencer nos travaux.
Merci, M. le Président.
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup. Merci pour vos remarques préliminaires.
Nous allons
maintenant débuter les auditions. Mais avant, Mme Laurent, est-ce que vous
nous entendez bien?
Mme Laurent (Régine) : Oui, M. le
Président. Bonjour. Je vous entends très bien.
Le Président (M. Provençal)
: Merci. Et nous aussi, alors, ça, c'est un bon début.
Alors, nous allons pouvoir débuter. Je souhaite la bienvenue à Mme Régine
Laurent. Je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes pour votre
exposé, après quoi nous procéderons à la période d'échange avec les membres de
la commission. Je vous invite à vous présenter puis à débuter votre exposé. Je
vous cède la parole. À vous.
Mme Laurent (Régine) : Merci, M. le
Président. Merci à vous tous de me recevoir. Pour ma présentation, je vais
prendre appui sur le
titre de la commission créée par le gouvernement et que
j'ai eu l'honneur de présider, la commission spéciale sur les droits et la
protection de la jeunesse. Je vais vous faire part de mes commentaires sur ce
projet de loi n° 15, loi d'exception pour nos enfants en besoin de
protection. Mais je ne pourrai faire abstraction de l'importance que ce régime
de protection s'inscrive dans une société bienveillante à l'égard des enfants
et des jeunes, une société qui assure en amont la défense des droits de tous
les enfants et la protection de la jeunesse.
En commentaire général, je vous dirais que, dans
l'ensemble, je peux affirmer que ce projet de loi n° 15 répond à plusieurs
de nos recommandations quant aux changements législatifs qui concernent la Loi
sur la protection de la jeunesse. Le préambule est intéressant, et on
recommandait d'ajouter un préambule à la LPJ pour expliciter l'objet de la loi
et guider l'interprétation de ces dispositions. J'étais donc heureuse de
constater qu'un préambule était proposé dans l'article 1 du projet de loi.
Mais le libellé du considérant relatif à
l'intérêt de l'enfant me questionne. Pour la commission, il était essentiel que
l'intérêt de l'enfant soit au-dessus des autres considérations. Et, en ce sens,
l'intérêt de l'enfant devrait être la considération primordiale et non une
considération primordiale, une considération parmi d'autres. Pour la
commission, il s'agissait de faire passer l'intérêt de l'enfant avant toute autre
considération. Eh oui, cela pouvait avoir pour effet de faire passer les
intérêts des parents et d'autres intervenants en second plan. Un changement de
terme qui porte un changement de paradigme. J'estime que ce changement est
nécessaire pour les enfants couverts par la
LPJ. Et je crois que les Québécois et Québécoises sont d'accord avec cette
orientation. Alors, je me questionne : Pourquoi ne pas avoir été
plus affirmatif et régler cela une fois pour toutes?
Mais, de façon générale, j'aimerais comprendre
le... Je me questionne sur la portée précise du projet de préambule. Pour nous,
à la commission, on formulait notre première recommandation, qui était que soit
institué un commissaire au bien-être et aux droits des enfants, afin de
s'assurer de respecter et de faire la promotion des droits de tous les enfants
et, du même souffle, qu'une charte des droits des enfants soit adoptée. On
proposait que la charte énonce les droits fondamentaux de l'enfant. Je crois
qu'il aurait été important que nous connaissions les intentions du gouvernement
quant à la suite qu'il entend donner à ces recommandations de la commission,
qui concernent tous les enfants, soit avant ou au moment où la présentation des
modifications à la LPJ.
Maintenant, dans le
chapitre II,
Principes généraux, droit de l'enfant, de ses parents et responsabilité des
parents, c'est une recommandation à laquelle vous avez répondu positivement en
mettant des chapitres distincts : principes directeurs, droits de l'enfant
et obligations des parents.
Le projet de loi
répond aussi aux demandes de la commission. Le projet de loi propose des
changements à l'article 4 de la LPJ qui clarifient que toute décision doit
viser à une continuité des soins ainsi que la stabilité des liens de l'enfant et des conditions de vie
appropriées, mais, aussi et surtout, à prendre en compte sa stabilité
affective, à prendre en considération les
liens affectifs que l'enfant peut avoir développés avec des personnes
significatives autres que ses parents biologiques. De plus, l'obligation
de planifier sans délai un projet alternatif permanent dès que l'enfant est
retiré de sa famille assure le droit de l'enfant à cette stabilité. Lors des
audiences de la commission, nous avons entendu de nombreux témoignages
poignants sur les effets néfastes et à long terme lorsque l'enfant est ballotté
d'un milieu à un autre. Pensons aux troubles d'attachement que ces enfants
traînent presque toute leur vie.
L'article 6,
lui, énonce très bien, d'une part, l'importance du respect du droit de l'enfant
à une information claire, adaptée à son âge, d'autre part, le droit pour
l'enfant ou ses parents d'être accompagnés et assistés par une personne de leur
choix lorsqu'ils désirent obtenir des informations ou lorsqu'ils rencontrent la
DPJ ou toute autre personne qui l'autorise.
Quant à la
confidentialité des renseignements, lors des travaux de la commission, à de
très nombreuses reprises, mes questions étaient : La confidentialité pour
protéger quoi? Pour protéger qui? Où est l'intérêt de l'enfant sous ce couvert de confidentialité? Alors, les
modifications proposées aux divers articles sont très positives à mes
yeux. De plus, le fait que
l'article 35.4 précise qu'il sera dorénavant possible d'exiger que soit
communiqué un renseignement concernant l'enfant, un parent ou toute
autre personne mise en cause, que cette disposition s'applique aux personnes liées par le secret professionnel, sauf avocat et
notaire, est, pour moi, un grand soulagement. D'autant que cela devrait
contribuer à briser les silos où se trouvaient isolément des renseignements
pourtant cruciaux à la prise de décision concernant les enfants signalés ou
sous protection.
Dans le même ordre
d'idées, je salue le nouveau libellé proposé à l'article 36 de la LPJ, qui
doit permettre d'avoir accès aux jugements ou actes de procédure en matière
familiale. Permettre d'avoir accès à toutes les informations de la prise de
décision, c'est aussi ça, travailler dans l'intérêt de l'enfant.
Quant à la
conservation du dossier de l'enfant, lors des travaux de la commission, nous
avons pu constater que plusieurs jeunes adultes avaient été dévastés suite à la
destruction de leurs dossiers. Par les modifications proposées, beaucoup
d'enfants pourront retrouver le droit à leur propre histoire, et c'est
important.
Quant au passage à la
vie adulte, les articles qui visent ce passage à la vie adulte, ils me
paraissent bien faibles. Par exemple, l'article 4 du projet de loi prévoit
l'ajout que, dans l'année précédant les 18 ans, le DPJ informe l'enfant des services offerts, surtout offerts par
des personnes, des établissements ou des organismes.
L'article 35
prévoit un ajout afin que le DPJ ou la personne autorisée puisse, dans les six
derniers mois d'une ordonnance prenant fin à la majorité, autoriser des séjours prolongés de l'enfant dans un milieu
prévu par le plan d'intervention. C'est deux ajouts à la loi qu'on peut
saluer mais qui sont nettement insuffisants pour réellement préparer et
soutenir les jeunes dans leur transition à la vie adulte. La commission a
préparé tout un
chapitre de son rapport à cette période cruciale de transition vers la vie adulte des jeunes qui ont
eu un parcours en protection de la jeunesse. Il est impératif que ces
jeunes aient un réel soutien, accompagnement, entre autres, au logement, à la
scolarisation, la qualification professionnelle, aux revenus. En audience, des
jeunes nous ont dit : Arrêtez d'être une usine à itinérance. Donc, il faut
les consulter, il faut les occuper... les écouter, pardon, et bien les
accompagner.
plus, des familles des jeunes... des familles d'accueil ont démontré à la
commission l'importance pour des jeunes d'être accompagnés au-delà de
18 ans. Une de nos recommandations est de permettre aux jeunes qui le
souhaitent de demeurer dans la famille d'accueil jusqu'à 21 ans. Cette
possibilité est malheureusement absente du projet de loi.
J'arrive
aux dispositions particulières concernant les enfants autochtones. Le projet de
loi affirme, avec justesse, plusieurs droits des enfants autochtones et
leurs familles qu'on avait affirmés dans notre rapport. L'obligation de tenir compte des facteurs historiques, sociaux,
culturels qui leur sont propres, ces facteurs sont clairement définis
dans le projet de loi. Je suis en accord
avec les dispositions introductives, les principes généraux de même qu'avec les
sections sur l'intervention sociale et judiciaire, l'adoption et tutelle
coutumière autochtone. Je veux croire que ces modifications à la Loi de la
protection de la jeunesse ne sont que transitoires puisqu'une de nos
recommandations en la matière est de supporter le droit à l'autodétermination
et à l'autonomie gouvernementale en matière de protection de la jeunesse pour
les autochtones.
Pour tous les enfants
du Québec... Et je reviens en lien avec le début de mon intervention, je veux
revenir sur le fait que, parmi les orientations qui ont guidé les travaux de la
commission, le volet de la prévention était central et omniprésent. D'ailleurs, le premier
chapitre du rapport de la commission
s'intitule Promouvoir et respecter le droit des enfants. C'est pour bien
asseoir cette orientation que la première recommandation du rapport de la
commission ou, je dirais, là,
recommandation-phare est celle d'instituer un commissaire pour promouvoir le
bien-être et les droits de tous les enfants du Québec. Même si ça ne
concerne pas spécifiquement la
Loi sur la protection de la jeunesse, c'est un
devoir pour moi de profiter de mon passage devant vous pour réitérer
l'importance de cette recommandation. Cette recommandation se poursuit par la
création d'un commissaire adjoint dédié au bien-être et aux droits des enfants
autochtones, nommé après consultation des représentants autochtones. Parce que,
pour la commission, la situation des enfants autochtones doit faire l'objet
d'une attention particulière.
Une autre
recommandation forte de notre rapport demande l'adoption d'une charte des
droits de l'enfant qui affirme ses droits
fondamentaux. Pour les membres de la commission, l'adoption de cette charte
enverrait un message fort, clair que
l'enfant est une personne, un citoyen à part entière et que le respect de ses
droits nous concerne collectivement.
conclusion, vous nous avez entendus, les changements proposés répondent en
grande
partie à nos recommandations en regard de la Loi de la protection de la
jeunesse. Le projet de loi, évidemment, par vos travaux, va être bonifié. Mais
par la suite je souhaite de tout coeur que ce projet de loi soit adopté
rapidement. Rappelez-vous que, vos collègues parlementaires, ça a fait
consensus. Ils ont siégé à la commission spéciale. Rappelez-vous aussi qu'il faut aller rondement parce qu'il faudra du
temps pour ce projet de loi, il faudra du temps pour la formation, et le
temps presse pour les enfants et les familles qui ont besoin de nous. Merci
pour votre écoute. Merci, M. le Président.
Le Président (M.
Provençal)
: Merci beaucoup,
Mme Laurent, pour votre exposé. Nous allons débuter la période d'échange.
M. le ministre, la parole est à vous.
M. Carmant :
Merci beaucoup, M. le Président. D'entrée de jeu, bonjour, Mme Laurent, et
merci beaucoup pour ce que vous avez fait, pour tout le travail qui a été fait
par la commission et sous votre leadership.
J'ai bien entendu
tous les points que vous avez mentionnés. Je pense, celui qui ressort d'emblée,
c'est... Vous parlez du commissaire et de la charte. Nous avons déposé un plan
de match en plusieurs phases, qui incluait l'étude, là, du commissaire et de la
charte. Mais je vais profiter de votre passage aujourd'hui pour avoir peut-être
un peu plus de détails sur ce que vous voyez comme étant le rôle du commissaire
versus le rôle de directrice nationale, parce qu'il
y a beaucoup de gens qui semblent vouloir confondre les deux, pourtant c'était
deux recommandations distinctes de la
commission, et, dans un deuxième temps, également, voir également la place de
la charte des jeunes versus la Charte des droits et libertés, là, qui
est beaucoup plus générale. Donc, peut-être commencer par ces deux points-là?
Mme Laurent (Régine) : Oui. Merci, M. le ministre. Alors, je vais
commencer par la fin. Pour nous, la Charte des droits des enfants, c'est
essentiel. Effectivement, les droits... les enfants ont des droits au Québec,
mais c'est inscrit dans des chartes qui concernent l'ensemble des citoyens de
zéro à 99 ans. Or, durant nos travaux... et les études ailleurs l'ont
prouvé, il faut une institution particulière dédiée uniquement à la promotion
et aux droits des enfants.
Et là j'arrive aussi
avec le commissaire. Le commissaire, son rôle, c'est d'intégrer la parole des
enfants dans l'exercice de ses responsabilités. C'est avoir une espèce de
vigie. C'est surveiller la mise en oeuvre de programmes en disant : Est-ce
que ça, ça améliore ou non le bien-être des enfants? Il y a quelque chose aussi
qu'on a mis dans le rapport, c'est que le
commissaire doit aussi porter une attention particulière aux enfants qui ont
moins de 25 ans ou issus de groupes qui ont des difficultés. Donc,
c'est de prévoir aussi une espèce de surveillance des enfants qui décèdent chaque année au Québec, notamment les enfants sous
responsabilité de l'État, pour avoir une vision globale de ce qui se
passe avec les décès de nos enfants au Québec. Donc, tout ça, c'est vraiment un
chapeau de surveillance du bien-être et des droits des enfants.
La direction de la
protection de la jeunesse, comme on l'a bien inscrit dans le rapport, et, je
disais, je n'ai pas eu le temps d'en parler dans mon 10 minutes, mais ce
que vous avez inscrit dans le projet de loi, ça répond et même ça va plus loin
que ce que nous avions demandé. Pour nous, ça prenait une espèce de chef
d'orchestre au niveau national, et je le dis avec beaucoup de respect, un chef
d'orchestre au niveau national pour, d'une part, s'assurer d'harmoniser les
pratiques, s'assurer qu'il y ait quelqu'un qui s'assure d'avoir un suivi
global, au niveau du Québec, de la trajectoire de soins des enfants, quelqu'un
qui va exercer les contrôles requis aussi pour s'assurer que c'est mis en
place. Une fois qu'on a donné des directives, bien, ça prend quelqu'un pour
aller s'assurer que ces directives sont suivies. Donc, pour nous, c'était ça,
un peu rapidement, le rôle de la personne qui exerce la fonction de directeur
national de la protection de la jeunesse.
le ministre, est-ce que j'ai répondu à toutes vos questions? Il y en avait
plusieurs, quand même, je suis désolée.
M. Carmant :
Non, non, c'est excellent. Est-ce qu'actuellement la CDPDJ joue ce rôle, là, de
chien de garde, ou de surveillance, ou... Est-ce que ce serait la cible du
commissaire? Parce que, dans le rapport, on semblait vouloir aller vers autre
chose que la CDPDJ.
Mme Laurent
(Régine) : C'est clair pour nous, M. le ministre, sans équivoque, que
le commissaire qui est dédié uniquement à la protection et aux droits des
enfants doit... (panne de son) ...cette portion-là qui est maintenant à la
CDPDJ. Pour nous, c'est clair. Et partout, on l'a vu, où il y a eu cette mise
en place de cette institution dédiée uniquement aux enfants, ça porte fruit.
Alors, c'est pour ça, c'est très clair pour nous qu'il faut que ce soit le
commissaire qui occupe ces fonctions-là.
M. Carmant : Parfait, merci. Dans un autre ordre d'idées, passage à la vie adulte,
comment vous voyez qu'on puisse aller
plus loin? J'ai entendu la notion de 21 ans. Les juristes nous disent que
la loi s'applique jusqu'à 18 ans. Donc, ça aurait été difficile,
là, d'aller mettre un point sur jusqu'à 21 ans, mais on peut continuer à
regarder avec eux, mais voyez-vous d'autres choses qui nous permettraient
d'aller plus loin ou de faciliter le passage à la vie adulte, au niveau
législatif?
Mme Laurent
(Régine) : C'est-à-dire que... Deux choses. Un, bon, la loi s'applique
jusqu'à 18 ans. Moi, je fais confiance à tous les juristes de l'État pour
trouver une façon que des enfants puissent rester dans leurs familles d'accueil
jusqu'à 21 ans parce que ça... J'ai parlé de qualification
professionnelle. Je vous donne un exemple, M. le ministre. Un enfant, ça se
peut que ce soit à 17 ans et demi qu'il dise : Oupelaïe! Peut-être
que moi, j'aimerais ça être cuisinier dans la vie. Bien, ça va prendre un
certain temps. Et, le fait qu'il reste dans la famille d'accueil, bien, il ne
se ramasse pas dans la rue, et avec ses rêves brisés. Donc, c'est vraiment
important.
l'autre côté, aussi, vous m'aviez demandé ce qu'on pourrait faire de plus. Par
exemple, je pense qu'en cours des travaux nous avions demandé au gouvernement
d'élargir et de faciliter le programme de qualification, et ça, ça a été fait,
mais on avait demandé aussi, et je ne sais pas où c'est rendu, qu'il y ait plus
de promotion de ce programme de qualification qui soit faite auprès des jeunes
qui sont sous l'autorité de l'État.
On peut aussi mieux
faire, et bien avant le six mois... Parce que, quand on parle des jeunes, on
parle de les rendre autonomes dans toutes les sphères de la vie. Et, pour nous,
c'est clair que ça ne s'apprend pas en six mois. Alors, il faut un programme, peut-être dès l'âge de 16 ans,
17 ans, pour commencer à leur faire comprendre comment ça
fonctionne, les amener, par exemple, bien avant, visiter, qu'est-ce que ça veut
dire quand tu es dans un logement, ça comprend quoi, comme responsabilité,
comment on peut t'aider à acquérir ces compétences-là pour être autonome dans
ton logement, aller faire l'épicerie. Des choses qui, pour nous, paraissent
banales, courantes dans la vie, mais, pour des jeunes, par exemple, qui ont
passé leur... toute leur adolescence en centre jeunesse, c'est un apprentissage
à faire. Par exemple, les aider au niveau du revenu. Est-ce que, par exemple,
on ne pourrait pas avoir des revenus d'aide particuliers pour les enfants qui
auraient été sous l'autorité de l'État? Donc, ce sont des exemples. Et il y a
des organismes pour les jeunes qui les
aident énormément. Donc, il faut absolument soutenir ces organismes
communautaires, qui font un très bon accompagnement des jeunes, et arrêter de
travailler en silo, et permettre à ces organismes communautaires d'être dans
les centres jeunesse, d'être avec les jeunes, de développer ces liens de
confiance qui vont faire que les jeunes vont probablement se laisser
accompagner aussi par ces organismes communautaires.
M. Carmant :
Merci beaucoup. Puis, effectivement, on a rehaussé le programme PQJ. On a... Et
on veut continuer à le faire.
Un autre point assez
important, c'était au niveau des Premières Nations et Inuits. On comprend le
point que vous faites, mais, pour nous, ça devenait... Ça demeure important
d'avoir des ententes, surtout pour gérer la question des jeunes des communautés
autochtones qui sont hors territoire. Comment vous voyez la gestion de ces
jeunes et de ces familles-là dans le contexte?
Mme Laurent
(Régine) : Ce que les témoins autochtones de différentes nations nous
ont très, très bien expliqué, M. le ministre, c'est qu'en bout de piste ils ont
besoin d'être accompagnés, d'être financés pour qu'eux-mêmes développent leurs
propres programmes de protection de leurs enfants. Et j'ai salué ce qu'il y a
dans le projet de loi. C'est vraiment excellent, mais, à la limite, certains et
quand même plusieurs témoins nous ont dit : Nous, on aimerait pouvoir être
accompagnés et développer notre propre... entre guillemets, notre propre loi de
protection de la jeunesse. Et c'est pour ça qu'on a dit : Bien, c'est
supporter ce droit à l'autodétermination et à l'autonomie gouvernementale en
matière de protection de la jeunesse pour les communautés qui le souhaitent.
Donc, ça permet de
respecter tout ce qu'il y a dans le projet de loi, avec lequel je suis en
accord, mais d'aller plus loin et d'avoir ce sentiment qu'eux-mêmes sont les
meilleures personnes placées pour prendre soin de leurs enfants. Et, quand vous
parlez des communautés, des enfants qui sont hors réserve, bien, je pense que
ce qui s'applique aux enfants en réserve, mot que je déteste, bien, pourquoi
est-ce qu'on ne pourrait pas l'appliquer aux enfants qui sont hors réserve?
D'ailleurs, une des raisons pour lesquelles on parle de l'autodétermination,
c'est d'avoir de moins... de moins en moins
de gens qui sont sortis des réserves parce que... pour toutes les raisons
historiques que vous savez, que ça remet le cauchemar des pensionnats. Donc, il
faut tout faire pour garder les enfants dans les réserves. Et ceux qui sont
hors réserve, M. le ministre, on pourrait, avec les communautés... comment les
réintégrer dans leur milieu, parce qu'on a eu des témoignages extrêmement
poignants qui nous ont expliqué à quel point cet attachement à la terre était
majeur dans le développement des enfants et dans leur équilibre.
M. Carmant :
Oui, je comprends, mais je parlais plutôt des familles qui décident, par
exemple, d'habiter dans des communautés à
Joliette ou ailleurs. Tu sais, comment on s'informe de leur origine, de quelle
nation ils viennent? Si c'est des
couples multinations, comment on fait pour une famille, par exemple, qui vient
de Colombie-Britannique, qui s'installe au Québec? Donc, il y a
plusieurs choses qui me font encore réfléchir. Avez-vous une opinion là-dessus?
Mme Laurent
(Régine) : Je comprends. On n'est pas allés aussi pointu, M. le
ministre, et j'en suis désolée. Les témoignages qu'on a eus étaient vraiment de
façon globale et peut-être qu'effectivement, avec les Premières Nations, ce
sera peut-être une bonne porte pour essayer de voir comment gérer,
effectivement, ces problèmes particuliers. Mais je me souviens de témoignages
où des représentants autochtones nous disaient : Bien, on est capables
aussi de prendre soin de nos enfants qui ont besoin de protection même s'ils
n'habitent pas sur la réserve. Alors, ça ne pourrait pas aller plus loin, malheureusement.
M. Carmant :
Parce que je l'ai bien... bien, on l'a bien noté dans le préambule, là, comme
vous dites, c'est les... ils sont les mieux placés pour prendre soin de leurs
enfants, puis ça, je suis tout à fait d'accord. Et j'ai bien noté également le
considérant n° 2, sur la considération primordiale.
M. le Président, je passerais la parole à la députée de Lotbinière-Frontenac.
Le Président (M.
Provençal)
: Alors, Mme la députée de
Lotbinière-Frontenac, je vous cède la parole. Il vous reste, à
titre indicatif,
trois minutes.
Mme Lecours
(Lotbinière-Frontenac) : Parfait. Merci. Donc, bonjour,
Mme Laurent. Le projet de loi va assurer une représentation systématique
des enfants par un avocat lorsqu'un dossier est porté devant le tribunal. Qu'est-ce que vous pensez de cette mesure-là, puis est-ce
que ça va protéger l'enfant? C'est ça, est-ce que ça va protéger l'enfant,
selon vous?
Mme Laurent
(Régine) : Pour moi, Mme la députée, c'est essentiel, et c'est clair
dans le projet de loi, il faut qu'il y ait
une garantie, puis je ne sais plus quel qualificatif employer, une garantie
très, très, très forte que l'enfant ait son propre avocat. Et de plus, dans le projet de loi, il y a
l'obligation de fournir l'ensemble de l'information à l'avocat de
l'enfant. Mais, quand je vous parlais tantôt du Commissaire au bien-être et aux
droits des enfants, on allait plus loin, en
demandant à ce que le commissaire, il y a une espèce de certification des
avocats qui représentent un enfant. Alors, c'est extrêmement important pour s'assurer que les droits de l'enfant
soient respectés. Et ça, ça lui prend son avocat à lui.
Mme Lecours
(Lotbinière-Frontenac) : Puis est-ce que vous pouvez illustrer de
quelle façon les mesures d'assouplissement de l'échange de renseignements entre
les différents professionnels... pour contribuer à protéger l'intérêt de
l'enfant?
Mme Laurent
(Régine) : Oui, je peux vous donner un exemple. Et ce n'est même pas
pour dire à quel point c'était en silo. J'ai souvenir d'une famille d'accueil
qui nous raconte en audience qu'elle a reçu une petite fille et, dans sa bienveillance, papa et maman bienveillants
de la famille d'accueil, ils lui ont préparé un bain avec de la mousse,
et tout ça, et, quand la petite fille est rentrée dans la salle de bain, bien,
elle a complètement décompensé, là, et violemment, et pour apprendre par après
que, bien, c'est dans la salle de bain que la petite fille a été abusée chez
elle. Donc, la famille d'accueil nous dit : Mais il semble que c'est une
information importante. Alors, sous couvert de confidentialité, on ne lui avait
pas donné cette information.
Il peut y avoir de
l'information aussi qui vient de travailleuses sociales qui sont au courant de
certains problèmes vécus par les parents mais qui, à cause du secret
professionnel, ne donnent pas cette information. Alors, dans le rapport, nous,
ce qu'on dit, c'est que l'information doit être transmise dans l'intérêt de
l'enfant, c'est dans l'intérêt de l'enfant qu'on connaisse ces informations-là,
toutes les informations qui le concernent.
Le Président (M.
Provençal)
: Alors, merci, Mme la députée,
merci, M. le ministre. Maintenant, je vais céder la parole à la députée de
Notre-Dame-de-Grâce. Vous disposez, madame, de 10 min 10 s.
Mme Weil :
Merci, M. le Président. Alors, on ne vous voit pas, mais on vous entend, et
votre voix est claire, et votre vision affirmative est vraiment très claire
aussi. Merci beaucoup, Mme Laurent, d'être avec nous.
Dans un premier
temps, félicitations pour ce travail colossal. Je trimballe le rapport avec
moi, au besoin, et, bon, avec des collants puis des trucs soulignés, puis, à
chaque fois qu'on le regarde, on trouve une perle de plus. Et, juste un
commentaire, c'est sûr qu'on... Je suis très contente des commentaires du
ministre, dans le sens de vraiment vous écouter. Il a posé les mêmes questions
que j'allais vous poser, mais j'y reviendrai. Mais on voit que le rapport a une
durabilité. Donc, je voulais vous entendre là-dessus, dans le sens que vos
recommandations, elles vont vivre dans le temps. C'est tellement profond, et il
y aura, j'ai l'impression, beaucoup...
Parce que vous
mentionnez beaucoup dans votre rapport des expériences d'ailleurs, par exemple
la question d'un protecteur de l'enfant, je vais commencer avec cette
question-là, donc, un commissaire, et vous parlez d'autres provinces qui ont
justement ce commissaire. Est-ce que vous pourriez nous parler, dans un premier
temps, de cette expérience, ailleurs au Canada ou dans le monde, où, vraiment,
les résultats sont tangibles, et comment ils l'ont mis sur place,
essentiellement?
Mme Laurent
(Régine) : Merci, Mme la députée. Effectivement, nos recommandations
ont une durabilité. Le rapport s'intitule, effectivement, Instaurer une
société bienveillante pour nos enfants et nos jeunes . Donc, pour nous,
c'est tout un projet de société qui est là, donc, qui doit s'instaurer année
après année.
Je peux honnêtement
vous dire qu'une des choses que j'ai beaucoup, beaucoup appréciée, quand
l'équipe de recherche a fouillé, est la présentation des témoins concernant ce
Commissaire au bien-être et aux droits de l'enfant. C'est un des pans qui m'a
beaucoup emballée, parce qu'on a su, comme vous le dites si bien, ailleurs,
comment ça a donné des résultats probants pour les enfants et comment est-ce
que susciter la participation des enfants, c'est très, très important. Et
apprendre les enfants à... c'est l'apprentissage de la citoyenneté aussi. Et
ils nous ont dit à quel point les enfants, parce qu'on les considère comme une
personne et qu'on leur dit : Bien, voici vos droits, voici comment
l'exercer, voici... Donc, cet apprentissage-là, ailleurs, ils nous ont dit
comment ça a aidé à la construction même et au développement de l'enfant, parce
qu'il se sent respecté, ses droits aussi.
Donc, ailleurs, ça a
été vraiment de... On a eu des témoignages, à la commission, qui me donnent
encore des frissons, là. C'était tellement intéressant sur ce que ça apporte
aux enfants. Et même qu'il y a eu des... certains témoins nous ont dit comment
est-ce que, ce commissaire-là, les enfants, sachant qu'ils ont quelqu'un juste
pour eux, ça a même eu des effets en
éducation, en santé. Donc, c'est vraiment un projet de société. Il faut voir ce
commissaire-là comme une espèce de grand parapluie pour tous les enfants du
Québec. Et c'est surtout d'agir en amont qui est extrêmement important dans la
mission du commissaire.
Mme Weil :
Merci. Je dois dire, quand j'ai lu... Et c'est vraiment votre
recommandation-phare, c'est comme ça que je le décris à ceux qui sont
intéressés par ce sujet, recommandation-phare qui a fait ses preuves ailleurs.
Et donc, si j'ai bien raison, il y a le côté développement de l'enfant, où on
va susciter son engagement, etc., puis il y a le côté chien de garde. C'est
bien ce qu'il y a là-dedans, il me semble, si je résume?
Laurent (Régine) : Bien, je ne sais pas si... Nous, on ne l'a pas vu
comme chien de garde, mais c'est surtout, et
pour nous, c'était important... c'est la notion de bien-être et des droits des
enfants. Alors, dans notre rapport, c'est
vraiment ce bien-être-là, donc cette surveillance du bien-être de tous les
enfants. Et c'était important de parler de, tous les enfants, agir en amont pour qu'il y ait de moins en moins d'enfants
qui se retrouvent aux soins intensifs que sont la DPJ.
Mme Weil :
Mais là ça m'amène... j'avais une autre question, mais on va rester là-dessus.
Quand vous dites que vous, vous ne l'avez pas vu comme un chien de garde, dans
le sens qu'il peut intervenir, à un moment donné où l'enfant l'interpelle, pour
dénouer un malentendu, dénouer quelque chose — parce que, par la force des
choses, il y a beaucoup de gens qui
m'appellent avec les problèmes qu'ils ont, puis j'essaie de m'adresser au
ministre quand je peux, parce
qu'au-delà de ça c'est ce que les députés font, on interpelle le ministre — et
donc c'est cette frustration qu'ils
ont... d'une voix neutre, à l'extérieur du système, qui serait capable
d'écouter et d'amener une solution avant que les choses s'enveniment encore plus, et, des fois, c'est rendu très loin,
qu'est-ce que vous en dites? Qui joue ce rôle actuellement?
Mme Laurent (Régine) : Là-dessus,
effectivement, Mme la députée, sur le fond, effectivement, le
commissaire, ce n'est pas le chien de garde, mais, pour nous, c'était tellement
important de toujours parler du bien-être, alors je ne voudrais pas que ce soit
ce vocable de «chien de garde» qui circule.
Pour nous, ce qu'on
veut instaurer dans la société, c'est la notion de bien-être et des droits des
enfants. Donc, ce commissaire, effectivement, c'est le grand chapeau qui va
regarder la situation de tous les enfants au Québec. Et vous avez raison aussi
qu'un enfant ou un adolescent, mettons, de 12, 13 ans... Et, pour nous,
c'était important, dans le rapport, qu'il y ait une mise en place, puis les
moyens technologiques nous le permettent aujourd'hui, que tous les enfants du
Québec puissent contacter le commissaire. Donc, effectivement, un enfant peut
contacter le commissaire. Je pense, par exemple, à des jeunes qui sont en
centre jeunesse. Alors, pourquoi est-ce qu'ils ne pourraient pas contacter le commissaire
pour valider : Est-ce que ça, c'est correct? Est-ce que ça, ça respecte
mes droits ou non?
Donc, effectivement,
vous avez raison, mais c'est juste que je souhaite ardemment que ce soit le
bien-être qui soit mis de l'avant.
Mme Weil :
Je vous entends et je vais m'assurer de faire attention aux mots qu'on
utilise. C'est sûr qu'on a tendance à utiliser ce mot, «chien de garde»... mais
donc une voix, hein? Il va porter la voix de l'enfant.
Mme Laurent
(Régine) : Oui.
Mme Weil :
C'est comme ça qu'on pourra le dire. La judiciarisation...
Mme Laurent
(Régine) : Vous avez tout à fait raison.
Mme Weil :
D'accord. Merci. Alors, il y a un
chapitre sur la judiciarisation puis le
problème des délais, des délais en justice, il y a tout un
chapitre là-dessus.
C'est sûr qu'on va... le Barreau va venir, Commission des droits de la personne,
mais est-ce que vous avez un commentaire là-dessus? Au-delà des ressources,
évidemment, c'est comme dans tous les
secteurs, actuellement, publics, c'est un manque de ressources, et, la justice,
je le sais bien, il y a une lenteur additionnelle, comment privilégier
les enfants dans ce système de justice?
Mme Laurent
(Régine) : Ce que nous avons indiqué dans notre rapport, c'est, par
exemple... vous le savez sûrement mieux que moi, l'ensemble des députés, mais
la médiation est peu utilisée en protection de la jeunesse, et on pense que ça
pourrait être effectivement intéressant. Et, nous, ce qu'on a proposé, c'est
qu'il ait un juge qui agisse dans ce processus de médiation et qu'il y ait des
gens formés, des médiateurs formés en jeunesse pour agir et exercer cette
médiation. Ça, ça a donné des fruits dans... ailleurs, dans d'autres causes ou
avec des adultes. On pense qu'effectivement cette médiation pourrait accélérer
les choses.
L'autre point
intéressant dans la médiation, c'est que, vous le savez aussi, toutes les
parties ont la parole, et on n'est pas dans un processus de... on n'est pas
dans un processus contradictoire. Autant des parents que des jeunes ont déploré
ce processus contradictoire qui se passe en cour. Donc, c'est la médiation que
nous avons mis de l'avant pour vraiment que ce soit... qu'il y ait une
promotion de cette médiation pour que ce soit moins lourd, moins pénible
pour... autant pour les jeunes que pour les parents. Je ne sais pas si ça
répond à votre question?
Mme Weil :
Oui, je l'avais vu. Je voulais vous entendre là-dessus parce que la médiation,
oui, en effet, vous l'aviez dit, ce n'est
pas assez utilisé. Mais, avec les stratégies que vous proposez, c'est bien
parce que le Barreau... on entendra le Barreau, je pense que c'est bien
aujourd'hui, donc on pourra parler de ces questions. Puis ensuite il y a
l'avocat. Dorénavant, il y aura un avocat pour chaque enfant. Donc, tous ces
gens peuvent travailler ensemble pour encourager la médiation.
Moi aussi, j'étais
surprise, déçue de ne pas voir vraiment un plan de match annoncé dans... et une
obligation pour les 18 ans et plus. Je
comprends, ils sont à l'extérieur du périmètre de la justice, mais d'autres
expériences ailleurs dans le monde, d'ailleurs, la Californie serait le
modèle, apparemment, en matière de... Donc, les gens sortent de la protection
de la jeunesse, et ça continue après. Donc, c'est dans leurs lois, ils assurent
une continuité.
Je voulais vous entendre là-dessus parce que...
des expériences qu'on a pu regarder, même je pense que certaines provinces aussi, mais les expériences que vous avez vues
ailleurs et les résultats... Il y a une étude qui dit que...
Président (M. Provençal)
Mme la députée, je m'excuse de vous interrompre, mais votre temps est
vraiment...
Le Président (M. Provençal)
: Non, il ne reste plus de temps, malheureusement.
Mme Weil : D'accord. Mais je
pense qu'on est sur la même page sur cette question.
Le Président (M. Provençal)
: Assurément.
Mme Laurent (Régine) : Tout à fait.
Le Président (M. Provençal)
: Merci. Je m'excuse, mais je dois gérer le temps. Je vais
maintenant céder la parole au député de la deuxième opposition, député de
Jean-Lesage.
M. Zanetti : Oui. Merci, M. le Président. Est-ce qu'on
pourrait, les deuxième et troisième oppositions, avoir le temps de la
personne qui représente... le membre de la commission qui n'est pas là, avec le
consentement des autres?
Le Président (M. Provençal)
: ...avec le consentement. Consentement? Oui. Alors, à ce
moment-là, vous aurez droit à 3 min 47 s.
M. Zanetti : Ah! parfait.
Le Président (M. Provençal)
: Je vous cède la parole.
M. Zanetti : Merci. Merci
beaucoup, Mme Laurent, pour cette présentation puis tout ce que... tout le
travail extrêmement important que vous avez accompli. Dans votre présentation
tout à l'heure, vous avez dit quelque chose, puis
j'aimerais avoir des détails par rapport à ça, c'est-à-dire vous disiez que...
dans le préambule, j'ai cru comprendre que vous n'étiez pas pleinement
satisfaite de la façon dont la primauté de l'intérêt de l'enfant a été
exprimée, là. Vous sembliez dire que ça pourrait être plus clair, que ça
pourrait être plus marqué. Est-ce que j'ai bien compris? Puis, si oui,
comment... est-ce que vous avez une proposition de formulation ou comment vous
verriez un raffermissement de cet élément-là, important?
Mme Laurent
(Régine) : Oui. Merci, M. le
député. L'intérêt de l'enfant, c'est vraiment au coeur de ces travaux de
la commission. Et, quand on voit... autant dans les considérants que dans les
propositions dans certains articles, on voit : Doit être «une
considération primordiale». Et ce qui me questionne, c'est que, quand on lit
ça, ça veut dire que c'est une considération parmi d'autres. Ce n'est pas du
tout l'esprit dans lequel nous avons travaillé. Pour nous, l'intérêt de
l'enfant doit être la considération. À la limite, je dirais même, là, ça doit
être la seule considération. Mais ça ne s'écrit pas, je comprends, dans un
projet de loi, mais elle doit... ça doit être clair.
Et je vous l'ai dit en présentation, l'intérêt
de l'enfant, là, oui, ça veut dire que l'intérêt des parents risque de passer
en second plan. C'est ça, l'intérêt de l'enfant. L'intérêt de l'enfant, c'est
accepter ce nouveau paradigme là. Ça veut dire beaucoup de choses, ça bouscule,
mais, à mon avis, c'est absolument... pas le mien seulement, l'avis de la
commission, c'est absolument nécessaire. On ne touche pas souvent à la
Loi sur
la protection de la jeunesse. Et, pour moi,
c'est majeur que ce soit extrêmement clair que l'intérêt de l'enfant, c'est
«la», «la», seulement, la préoccupation primordiale. Alors, c'est dans
ce sens-là que j'avais demandé que ce soit plus affirmatif, cette partie-là.
M. Zanetti : Je comprends très
bien. Merci. C'est très... très aidant.
Une autre question. Vous mentionniez que l'idéal
serait, pour les nations autochtones, qu'elles puissent être à la fois financées et accompagnées pour créer leur
propre système de DPJ, de protection de la jeunesse. Est-ce que, dans les témoignages que vous avez recueillis, les
souhaits étaient exprimés, disons, précisément dans le fait d'avoir un
système pour l'ensemble des nations autochtones, ou un par nations autochtones,
ou un mélange des deux, c'est-à-dire des directions, des systèmes qui
pourraient regrouper plusieurs nations puis d'autres qui pourraient être
individuels, ou... Comment ça s'est... les souhaits se sont manifestés lors de
vos... bien, de la commission?
Mme Laurent
(Régine) : Alors, ce qui
était clair, M. le député, c'est que les différentes nations qui sont
venues à la commission ont toutes dit : On est capables de prendre soin de
nos enfants, on les aime, nos enfants. Ils nous ont aussi dit : Vous devez
être capables de respecter le temps et le choix des différentes communautés.
Ils nous ont dit... je traduis, là, c'est qu'il y a des communautés qui vont
vouloir entamer rapidement ce processus pour avoir leur propre façon de prendre
soin des enfants. Peut-être, ça va être une loi, peut-être, ça peut être autre
chose, mais vous devez respecter les besoins et les choix des différentes
communautés. Je n'ai pas souvenir qu'il y ait eu des demandes claires que
plusieurs communautés ensemble puissent avoir le même règlement ou la même loi,
mais c'est possible, M. le député.
M. Zanetti : Je vous remercie
beaucoup. C'est très apprécié.
Président (M. Provençal)
: Merci, M. le député. Je cède maintenant la parole
au député de René-Lévesque. Vous disposez de 3 min 47 s.
M. Ouellet : Merci beaucoup, M. le
Président. Donc, à mon tour de vous saluer, Mme Laurent. Merci beaucoup
d'avoir gouverné ces travaux-là avec beaucoup d'attention.
M. Ouellet : C'est-tu correct? Ça
va-tu?
Mme Laurent (Régine) : Oui. Désolée.
C'est chez moi. Ça va s'arrêter.
M. Ouellet : Vous pouvez prendre
l'appel, il n'y a pas de problème.
Mme Laurent (Régine) : Non, non, ça
va s'arrêter.
M. Ouellet : Donc, ce que je disais,
Mme Laurent, merci beaucoup pour le travail. Puis j'aimerais vous emmener sur deux pistes que j'aimerais des
clarifications de votre part. Dans le rapport de votre commission, vous
faites référence d'une des recommandations
qui nous amène à déclarer qu'un seul parent peut consentir aux soins et
services pour son enfant suivi en protection
de la jeunesse. J'aimerais que vous nous exposiez pourquoi on devrait aller de
l'avant, parce que le projet de loi est muet sur cette variable-là, et
j'aimerais savoir pourquoi on devrait aller de l'avant.
Mme Laurent (Régine) : Vous avez
raison, M. le député, le projet de loi est muet là-dessus, mais, pour nous,
c'est important. Je vous donne un exemple très concret qui est frappant :
un enfant qui a été abusé par son père, disons, et la maman voudrait bien que
l'enfant soit suivi par un professionnel de la santé, et le père refuse, alors
l'enfant qui a grandement besoin de ces soins-là n'y a pas droit. Alors, c'est
pour ça qu'on dit qu'un seul parent peut consentir aux soins et services.
Je vous donne l'exemple qu'on nous a donné en
audience, c'est que, si, aujourd'hui, vous amenez votre enfant chez le
dentiste, le dentiste ne vous demande pas le consentement : Est-ce que
l'autre parent est consentant? Alors,
pourquoi est-ce que, des enfants qui sont en besoin de protection, qui ont
encore plus besoin d'avoir ces soins-là et ces services, bien, un des
deux parents puisse l'empêcher d'avoir droit à ces soins et ces services?
Alors, pour nous, c'était important qu'un seul
parent puisse consentir. On parle de soins, là. Alors, c'est important que,
l'enfant qui a besoin de soins, un des deux parents puisse consentir à ces
soins et à ces services.
M. Ouellet : Et, Mme Laurent, vous
ne faites pas une distinction si la personne fautive a été déclarée coupable ou pas, là. C'est-à-dire qu'il y a eu une
constatation d'un traumatisme vécu chez l'enfant, qu'il soit... été jugé
ou non, ce n'est pas important. Ce qui est important, c'est le bien-être de
l'enfant et est-ce qu'on pourrait effectivement permettre à un seul parent de
donner une autorisation pour apporter des soins. C'est ce que vous nous dites,
Mme Laurent (Régine) : Vous avez
tout à fait raison, M. le député. L'idée, ce n'est pas qu'est-ce qui arrive au
parent, c'est l'intérêt de l'enfant. C'est lui qui est au milieu de ce
cercle-là et qui a besoin de bienveillance. Et, si cet enfant-là, au milieu du
cercle, a besoin de soins ou de services, bien, il faut les lui donner puis
arrêter de demander : Bien, c'est quoi qu'il arrive avec le parent? C'est
quoi qu'il arrive avec l'autre parent? Non. Il faut donner les soins et les
services dont l'enfant a besoin.
M. Ouellet : Dans votre rapport, au
chapitre 12, vous voulez reconnaître les impacts des conflits familiaux et
de la violence conjugale sur les enfants.
Mme Laurent (Régine) : Absolument.
M. Ouellet : Quelles dispositions ou
quelles choses on devrait adopter dans le projet de loi pour être en accord
avec cette volonté que les impacts... qu'il y a des impacts des conflits
familiaux et de la violence conjugale sur le bien-être des enfants?
Mme Laurent (Régine) : Oui. Je vais
vous donner ma réponse en deux volets. Peut-être qu'il y a des choses qui ne
sont pas dans le projet de loi spécifique, le p.l. n° 15,
mais, pour nous, c'était important et c'est... il y a quelque chose dans le
projet de loi. Le fait qu'on puisse avoir accès aux informations, en matière
familiale, qui sont sous d'autres juridictions, c'est important. Parce qu'on a
eu des exemples où il y a eu de la violence conjugale et on ne peut pas en
parler, on n'a pas les dossiers en matière familiale, donc ça causait un
préjudice. Et, par exemple, la mère qui ne pouvait pas faire... qui
disait : Bien, voyons, il est violent, il est violent, mais, hum... bon. Alors,
vous voyez le problème que ça pose pour les enfants.
Et c'était important
aussi de faire reconnaître ça parce qu'il y avait tout un imbroglio, qu'on a
compris, comment est-ce qu'on parle de violence conjugale et que souvent on
parle de conflit sévère de séparation. Alors, les mères avaient sur elles tout
le fardeau de démontrer que c'est de la violence conjugale et non pas que ce
soit traité par les intervenants comme un conflit sévère
de séparation qui oblige et la mère et les enfants à avoir des contacts qu'ils
ne souhaitent pas avec quelqu'un qui a été... qui est violent.
Donc, pour nous, ce
volet-là, familial, c'était effectivement important pour les mères, mais
surtout pour les enfants. Il y a des enfants qui nous ont dit : Moi, je ne
voulais pas le voir, mon père, mais on m'obligeait à y aller. Je savais, j'ai
vécu comment il avait été violent. Donc, il faut reconnaître que, oui, la
violence, c'est envers la mère, parfois envers les enfants, mais que, quand il
y a une violence dans la famille, dans le milieu, bien, les enfants, il y a des
impacts, et il faut en tenir compte dans la prise de décision pour aider
l'enfant.
Le Président
(M. Provençal)
: Merci beaucoup,
Mme Laurent, pour votre contribution aux travaux de la commission.
Je suspends les
travaux quelques instants afin qu'on puisse accueillir le prochain groupe.
(Suspension de la séance à
10 h 47)
Le Président (M.
Provençal)
: Nous
reprenons nos travaux. Je souhaite la bienvenue aux représentants de l'Ordre
des travailleurs sociaux et des thérapeutes conjugaux et familiaux du Québec.
Je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes pour votre exposé, après
quoi nous procéderons à la période d'échange. Alors, je vous invite à vous
présenter et je vous cède la parole. Merci.
M. Malenfant
(Pierre-Paul) : M. le Président, M. le ministre, Mme et MM. les
députés, mon nom est Pierre-Paul Malenfant. Je suis travailleur social et
président de l'Ordre des travailleurs sociaux et des thérapeutes conjugaux et familiaux du Québec. Je suis
accompagné aujourd'hui de Mme Marie-Lyne Roc, qui est travailleuse
sociale et directrice des affaires professionnelles à l'ordre.
Tout d'abord, au nom
de l'Ordre des travailleurs sociaux et des thérapeutes conjugaux et familiaux
du Québec, je tiens à remercier la
commission pour cette invitation à se prononcer sur le projet de loi n° 15
révisant la Loi de la protection de la jeunesse. L'ordre a pour mission
de soutenir, d'encadrer et de surveiller l'exercice professionnel de ses
15 000 membres, dont près du tiers travaillent auprès des jeunes et
des familles.
D'emblée, nous
croyons important de rappeler que, bien que le projet de loi à l'étude
aujourd'hui réponde à certaines recommandations-phares du rapport de la
commission Laurent, bien d'autres actions concrètes devront être mises en place
pour changer les choses en protection de la jeunesse au Québec. En ce sens,
nous n'insisterons jamais assez sur l'importance de ne pas voir ce projet de
loi comme l'unique réponse aux drames que nous avons vus dans les dernières
années, mais bien comme un des changements à faire.
Cela étant dit,
l'ordre accueille favorablement le projet de loi n° 15 et souscrit aux
grands principes qu'il guide, soit la primauté de l'intérêt de l'enfant. En
effet, bien que figurant déjà dans la loi depuis environ 40 ans, l'intérêt
de l'enfant est clairement réaffirmé et fait l'objet de précisions dans le
projet de loi. Notons, par exemple, l'article 6 qui affirme la préséance
de la stabilité des liens et de la continuité des soins plutôt que le maintien
à tout prix dans le milieu familial d'origine, une clarification que nous
accueillons favorablement puisque cela s'inscrit en phase avec les connaissances
concernant les liens d'attachement sur le développement des enfants.
Si les précisions
apportées sur la notion d'intérêt de l'enfant semblent assez claires telles que
libellées, il serait impératif de s'assurer
que les différents intervenants gravitant autour des enfants, comme les
travailleurs sociaux, les avocats, les juges, en développent une
interprétation commune. En ce sens, le développement de stratégies par les milieux de pratique eux-mêmes semble une voie
intéressante. D'autres moyens, tels que la formation continue ou la
création de guides, de normes, contribueront aussi à s'assurer que les
décisions qui sont prises respectent les visées de la loi.
L'ordre constate
aussi que le projet de loi n° 15 révise certaines règles concernant la confidentialité
et le partage de renseignements. Nous
accueillons favorablement ce changement dans la perspective où ceux-ci
faciliteront l'accès à des informations nécessaires afin de permettre aux
intervenants de prendre des décisions éclairées. Néanmoins, bien que cette
révision soit déjà accompagnée de certaines conditions particulières, l'ordre
recommande de mettre en place des mécanismes de vigilance afin de s'assurer que
le partage d'information se fonde sur les meilleures pratiques en matière de respect
de la vie privée des individus et évite de leur porter préjudice, tout en
priorisant d'abord l'intérêt de l'enfant.
Toujours dans cette
perspective d'assurer le meilleur intérêt de l'enfant, l'ordre est préoccupé
par le déclin constant, depuis plusieurs années, du recours aux mesures
volontaires et par l'augmentation du nombre de dossiers judiciarisés. Comme
vous le savez, le processus judiciaire occasionne non seulement du stress et de
l'incertitude, mais aussi des délais qui retardent ou limitent le déploiement
des services nécessaires afin d'assurer le bien-être des enfants et de mettre
fin aux situations de compromission.
L'ordre reçoit donc
positivement toute disposition pouvant limiter le recours au tribunal ou
simplifier le processus judiciaire. Nous saluons particulièrement la
possibilité de prolonger d'un an les régimes volontaires ainsi que l'assouplissement des
règles quant aux projets d'ententes volontaires et aux règlements à l'amiable
qui permettront notamment de prendre une décision avec un seul parent.
Cependant, dans un contexte de pénurie de personnel et de surcharge des
intervenants, l'ordre s'inquiète des répercussions de l'article 48 sur la
qualité des rapports d'expertise qui, dorénavant, devront être déposés plus tôt
au tribunal.
ailleurs, l'ordre est favorable aux nouveautés favorisant, dans le projet de
loi... visant à faciliter ou à améliorer le parcours des jeunes lors de
passages en protection de la jeunesse et même après. Nous le savons, la période
de transition vers la vie adulte présente
son lot de défis, particulièrement pour les jeunes recevant des services de la
protection de la jeunesse, et tout soutien supplémentaire lors de ce passage ne
peut être que positif.
En ce sens, l'ordre
voit d'un bon oeil la possibilité de prolongation des séjours dans un milieu de
vie lorsque cela est souhaité par le jeune.
Question de favoriser une transition réussie, l'ordre tient ici à réitérer une
recommandation importante formulée par la commission Laurent, soit la mise en
place d'un programme de postplacement pouvant aller
jusqu'à l'âge de 25 ans. Ce programme devrait compter des mesures visant à
agir notamment sur les déterminants sociaux de la santé et du bien-être
tels, que la scolarisation, l'accès à un logement et un revenu adéquat, pour ne
nommer que ceux-là.
L'ordre tient
également à saluer l'augmentation du délai de conservation des dossiers, tel que
proposé à l'article 23 du projet de loi. Ces changements, qui cherchent à
permettre aux jeunes ayant reçu, au cours de leur vie, des services de la
protection de la jeunesse d'avoir accès à leur histoire et leur parcours à un
moment qui leur conviendra, s'inscrivent en phase avec les témoignages entendus
à la commission Laurent. Il est également judicieux de prévoir de
l'accompagnement psychosocial pour ces jeunes de 14 ans et plus qui
souhaiteraient accéder à leurs dossiers, vu
la nature délicate des informations qui peuvent y figurer. Il serait important
que les ressources nécessaires soient en place pour assurer un soutien
professionnel adéquat à ces jeunes.
Par ailleurs, sur les
questions de gouvernance, l'ordre tient à saluer la création de la fonction de
directeur national de la protection de la jeunesse ainsi que la création d'un
forum des directeurs. Bien que l'ordre encourage le développement et
l'harmonisation des pratiques cliniques au sein de la protection de la
jeunesse, il estime important que ces
nouvelles instances tiennent compte des réalités singulières de chaque région, qu'on
pense, ici, aux différences qu'on peut avoir, par exemple, dans le
centre-ville de Montréal, dans l'ouest de la ville... de l'île de Montréal ou
sur la Basse-Côte-Nord, par exemple, aux Îles-de-la-Madeleine. Alors, il y a
des particularités de ces protections de la jeunesse là, donc d'en tenir
compte.
L'ordre considère
également que le développement des orientations et des normes de pratiques
cliniques applicables à la DPJ devrait également se faire en étroite
collaboration avec les ordres professionnels dont la mission est de surveiller
et d'encadrer la pratique professionnelle de leurs membres.
L'ordre propose aussi
que le rôle du directeur national de la protection de la jeunesse s'inscrive
dans une logique de gouvernance propre aux réalités des services sociaux. En
effet, en accord avec le
chapitre 14 du rapport de la commission Laurent,
l'ordre estime nécessaire d'instaurer dans chacun des établissements du réseau
de la santé et des services sociaux une direction professionnelle des services
sociaux. Cela permettrait notamment d'assurer un leadership transversal des
services sociaux, favorisant ainsi une cohérence et une continuité entre la DPJ
avec les programmes jeunesse, avec les autres programmes services, que l'on
pense, ici, aux services sociaux généraux, aux services en santé mentale, en
dépendance, en déficience intellectuelle et au stress... au trouble du spectre
de l'autisme et/ou en déficience physique. Cette gouvernance devra évidemment
s'inscrire dans une offre de services locaux décentralisés en arrimage avec le
milieu communautaire.
Enfin, bien que le
législateur dédie un
chapitre entier aux peuples autochtones dans le projet de
loi, force est de constater que celui-ci ne répond pas à leurs revendications
historiques en faisant abstraction à des conclusions de la commission... je
parle de la commission vérité et conciliation, la commission Viens, la
commission Laurent, qui misent toutes, sans
ambiguïté, sur l'autodétermination des communautés en matière de protection de
l'enfance, s'ajoutant à cela
l'adoption de la loi C-92, qui reconnaît la compétence des peuples
autochtones en matière de services à l'enfance et à la famille. L'ordre estime
que le législateur rate, ici, une occasion de faire un pas important vers la reconnaissance de la compétence des peuples
autochtones pour assurer le développement et la sécurité de leurs
enfants. Nous invitons, en ce sens, les parlementaires à être à l'écoute des représentants
et des organisations autochtones qui se présenteront devant vous.
conclusion, bien que ce ne soit pas l'objet direct du projet de loi, l'ordre ne
pouvait se présenter aujourd'hui devant
vous sans rappeler l'importance de s'attaquer aux conditions de pratique à la
DPJ, que nous jugeons actuellement périlleuses
et à haut risque de préjudices pour les enfants et les familles. Afin de
freiner l'exode du personnel expérimenté à la DPJ et de favoriser le recrutement et la rétention des intervenants,
l'ordre estime que le gouvernement doit tout mettre en oeuvre pour
favoriser des milieux de travail sécuritaires et stimulants, qui offrent
notamment du soutien, de la formation et du mentorat.
nous souhaitons vraiment mettre les enfants au coeur de notre priorité comme
société, nous devons également miser sur la prévention et le
développement de réels services de proximité, c'est-à-dire des services de
première ligne situés dans les quartiers, dans les régions, proches des citoyens,
qui favorisent le développement d'une relation de confiance avec les
populations locales et qui permettent de rejoindre les familles et les enfants
plus vulnérables afin d'éviter qu'ils se retrouvent à la DPJ. Nous devons aussi
agir collectivement sur les déterminants sociaux de la santé et du bien-être,
comme la pauvreté et les inégalités sociales. Nous avons tous un rôle à jouer
pour que les enfants puissent se développer et s'épanouir dans les meilleures
conditions.
Enfin,
au nom de l'ordre, je souhaite réitérer notre volonté de collaborer aux
différents travaux qui viseront à mettre en place les mesures nécessaires pour
réellement changer la donne en protection de la jeunesse et éviter que... les
situations hautement préjudiciables pour les enfants et les familles.
Je vous remercie de
votre attention, et nous sommes prêts à recevoir vos questions.
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup pour votre exposé. Nous allons débuter cette période
d'échange avec M. le ministre. Alors, je vous cède la parole, M. le ministre.
M. Carmant :
Oui. Merci, M. le Président. Merci beaucoup pour votre témoignage, merci d'être
là. Vous vous êtes déplacés, aujourd'hui, très heureux de vous voir.
Bien, en premier
lieu, je pense que c'est important pour moi de vous rassurer que le projet de
loi est un élément clé des changements qu'on veut faire au niveau de la
protection de la jeunesse, mais également on travaille sur un plan de match en trois phases, où plusieurs changements ont déjà
été amorcés pour améliorer les services en amont, améliorer les services
de première ligne et, justement, faire que les soins... la protection de la
jeunesse devienne les soins intensifs des services sociaux et non plus la salle
d'urgence, comme c'est trop souvent le cas actuellement.
Dans votre rapport,
vous parlez d'un rôle d'acteur de premier plan de l'État dans la protection de
la jeunesse. Pouvez-vous m'expliquer un peu plus ce que vous entendiez par ça?
M. Malenfant
(Pierre-Paul) : C'est dans le sens que, vous comprenez, le Québec, en
1977, s'est doté de la loi 24, une loi qui était à l'avant-garde et qui
était reconnue internationalement comme une façon dont l'État pouvait protéger
les enfants. Et on pense que ce rôle-là doit être maintenu, voire même développé.
Donc, je pense que c'est la responsabilité de tous les citoyens, des familles,
des parents, des communautés, de l'animateur de loisirs ou du professeur, des
professionnels qui gravitent autour des enfants tout au long de leur vie, et,
bien entendu, tout ça dans le cadre de la Loi de la protection de la jeunesse,
mais également dans l'ensemble des recommandations qui ont été faites à la
commission Laurent.
J'ai avec moi, ici,
là... lorsque vous avez rendu public le projet de loi, il y a là beaucoup d'éléments
très intéressants. L'an passé, lorsque la commission Laurent a remis son
rapport, j'avais fait une déclaration à l'effet : Est-ce qu'il ne serait pas intéressant d'avoir une loi-cadre? Parce que
tout est dans le rapport de la commission Laurent. C'est 556 pages,
c'est des heures d'auditions, il y a à peu près tout le monde, au Québec, qui
étaient concernés qui ont témoigné et il y a
là tous les ingrédients pour faire en sorte qu'on puisse protéger et assurer le
bien-être des enfants, pas juste à la protection de la jeunesse, mais
dans l'ensemble des services du réseau de la santé et partout dans la société.
M. Carmant :
Et on travaille tous pour être une société bienveillante, comme vous dites.
Ensuite, on parlait surtout de... vous disiez qu'il y avait un intérêt
également pour l'interprétation du principe de primauté de l'enfant. Vous avez
même mentionné une certaine inquiétude quant à son interprétation, qu'elle soit
variable d'un endroit à l'autre, ou d'un individu ou d'un intervenant à l'autre.
Quel serait l'outil pour s'assurer qu'il y ait uniformité dans l'interprétation
de ce principe? Est-ce que ce qu'on a déjà sur pied, là, les tables justice,
protection de la jeunesse ou d'autres tables qu'on veut mettre sur pied, là, au
niveau des forums des DPJ... est-ce que vous avez réfléchi à quel serait le
meilleur moyen de s'assurer qu'il y ait une harmonisation dans la compréhension
du concept?
M. Malenfant
(Pierre-Paul) : Ce serait peut-être Mme Roc... préciser.
Mme Roc
(Marie-Lyne) : Oui. En fait, on en a discuté, et effectivement il y a
plusieurs avenues possibles. Le but, c'est que les gens puissent vraiment
développer une façon commune et partagée, à travers des ateliers... mais pas
seulement sur la loi, mais qu'est-ce qu'on entend par l'intérêt de l'enfant.
Par exemple, dans des situations d'abus sexuels, qu'est-ce que ça a comme
impact en termes... sur l'intérêt de l'enfant. Alors, c'est ces éléments-là qui
font en sorte que... quand les différents partenaires puissent en discuter,
aussi vérifier leur compréhension. Bien, c'est ces éléments-là qui vont
arriver, puis aussi avec la jurisprudence, bien évidemment, à nous amener à
avoir une compréhension commune et partagée.
Parce que c'est sûr
que le projet de loi a certains leviers, mais c'est vraiment dans l'application
et dans la pratique qu'on voit qu'il y a plus de difficultés. Donc, ça va
prendre des forums communs entre les différents partenaires. Donc, ce n'est pas
juste l'affaire de la DPJ, c'est tous les acteurs concernés. Parce qu'en faveur
de l'intérêt de l'enfant, bien, en fin de
compte, est-ce que je peux donner telle information? Est-ce que je devrais
intervenir de telle façon? C'est ce qu'on voulait préciser dans le rapport.
M. Malenfant
(Pierre-Paul) : ...compléter, dans le sens que, vous savez, il y a
beaucoup de chercheurs qui se penchent sur ces questions-là, que ce soit au
Québec ou à l'international, je pense qu'il y a des... là, je dirais, il y a
des consensus qui s'établissent. Et, en tant qu'ordre, de notre côté, on
recommande également d'établir des normes. Vous savez, un ordre professionnel
vise la protection du public, à surveiller, à un moment donné, la pratique de
nos membres. Mais, lorsqu'on produit des guides ou des normes, c'est très
important que tout ça soit fait en collaboration avec l'ensemble des gens qui
sont impliqués au premier niveau, là.
M. Carmant :
Et est-ce que ces forums existent? Il faut les créer?
Mme Roc
(Marie-Lyne) : Il faut les créer, effectivement, et de façon, je vous
dirais, aussi, régulière. Donc, est-ce que ça serait des forums sur une base,
donc, statutaire, aussi, ou annuellement, avec des sujets précis qui font en
sorte que les différents points de vue peuvent être un petit peu... être mis à
concurrence, là?
M. Carmant : D'accord. Ensuite,
une autre chose qui m'a interpelé, c'était... vous parliez de mécanismes de vigilance afin que le partage d'information se
fasse de façon adéquate. Comment instaurer ce mécanisme de vigilance là?
Et le fait de partager l'information entre
professionnels, n'est-ce pas quelque chose de suffisant ou de requis, selon
vous?
M. Malenfant (Pierre-Paul) : Il
existe déjà des...
M. Carmant : Comment ça peut
déraper? C'est ça que j'essaie de comprendre.
M. Malenfant (Pierre-Paul) :
Oui. Il y a déjà des mécanismes, là, qui existent. Maintenant, il faut
toujours... Écoutez, j'ai été pendant 25 ans en CLSC, j'ai fait plusieurs
programmes, dont jeunesse, et tout ça, et régulièrement, lorsqu'on était appelé
par la DPJ concernant une situation, est-ce que je peux... je peux-tu donner de
l'information ou ne pas en donner? Alors, on est toujours hésitant par rapport
à ça. Et on pense qu'il y a une volonté, chez le législateur, d'ouvrir.
À mon avis, il ne doit pas y avoir aucune
restriction empêchant l'échange d'information lorsqu'un enfant est en danger.
Vous savez, la loi P-38, concernant les personnes, «est un danger pour
elle-même ou bien donc pour autrui», fait en sorte qu'il n'y en a pas, de
barrière. Maintenant, quand on arrive en protection de la jeunesse, on doit un
petit peu y aller dans ce sens-là. Je ne pense pas, moi, qu'il n'y a aucun
enfant qui est maltraité, négligé, abusé qui doit être considéré sous l'angle
de dire : Bien, je ne peux pas en parler, vu le conseil... le secret
professionnel. Alors, on pense qu'il y a une culture à installer, à peaufiner,
là, par rapport à ça pour éviter la rigidité, là, parce qu'on parle du
bien-être et de la sécurité des enfants.
M. Carmant : Et alors on est vraiment
au même endroit, mais j'avais l'impression, dans votre discours, que vous aviez quand même une certaine inquiétude sur
ce que ce phénomène dérape, là, entre guillemets, là. Moi, je pense que l'information doit absolument être
partagée. Donc, Mme Laurent nous parlait tantôt d'une famille
d'accueil qui reçoit un enfant, c'est primordial qu'elle ait l'information par
rapport à son...
Mme Roc (Marie-Lyne) : Bien,
effectivement, vous le savez, et nous, les ordres professionnels, on est
toujours dans ces questions de secret professionnel, de levée du secret
professionnel, de confidentialité. En fait, c'est vraiment l'exercice du
jugement puis du jugement professionnel, puis ça, c'est au coeur des décisions.
En fait, il faut être capable de discriminer qu'est-ce qu'il est nécessaire et
pertinent de divulguer, et ça, ça demande vraiment, en fait, de la formation.
Et, quand on
vous parlait tout à l'heure de viser l'intérêt de l'enfant puis de viser aussi
son bien-être, je dois être capable de savoir qui est mon interlocuteur
et qu'est-ce qu'il a besoin comme information pour pouvoir agir dans le sens du
meilleur intérêt d'un enfant. Et ça, ça demande, finalement, des balises. Donc,
les balises viennent avec de la formation,
de la formation continue, des cadres de référence, des ateliers de... pour
aussi... de supervision. Il y a toutes sortes de formes. Donc, nous, on
parle d'un mécanisme de vigilance. Ça, ce sont des... vraiment des éléments
pour s'assurer que ça soit fait, mais de façon pour ne pas nuire, parce qu'on
peut nuire en donnant de l'information aussi.
M. Carmant : Non, je vous entends.
Puis j'entends souvent le mot «formation». Un autre point intéressant, bien, en fait, que j'aimerais discuter avec vous,
c'est... vous avez parlé du... que, pour les intervenantes, le
prolongement du délai, là, avant de passer
en cour, pour le dépôt des rapports pourrait être un enjeu. Nous, la
législature nous a mentionné que souvent... ou la majorité des décisions
prises sont reportées, justement, à cause du court délai. Comment arriver à un
équilibre, là, entre informer les avocats, le juge de la position qu'on va
avoir dans le dossier et versus donner du temps à nos intervenantes, qui, je
suis d'accord avec vous, sont déjà très, très occupées, pour ne pas dire
débordées? Comment on arrive à cet équilibre-là, là?
M. Malenfant (Pierre-Paul) : Bon, je
ne sais pas aujourd'hui, là, quelle est ce qu'on appelle dans notre jargon la charge de cas, là, combien un
intervenant à l'évaluation, orientation à la protection de la jeunesse a de
familles à s'occuper. Puis, quand on parle de dossiers, là, il y a peut-être un
enfant signalé, mais il y a peut-être un autre enfant de la famille, puis il y
a deux parents, puis il y a bien du monde. Alors, c'est très complexe, c'est
très délicat. Vous comprenez, pour les professionnels comme les travailleurs
sociaux, d'aller à la cour faire des recommandations devant un juge, devant les
parties, ça peut avoir des impacts très, très importants. Donc, c'est très
délicat. Il faut donner le temps aux professionnels afin de bien comprendre une
situation.
Vous savez, nous, la base de notre profession,
c'est l'évaluation du fonctionnement social d'une personne dans son environnement, hein, son fonctionnement
conjugal, son fonctionnement dans son entourage, son fonctionnement avec ses parents, avec ses enfants, avec son
conjoint. Mais de tout documenter ces éléments-là, ça demande du temps
et c'est souvent très difficile à réaliser.
Et, si on demande un délai plus rapide, à ce moment-là on est inquiets à savoir
est-ce que les rapports ne seront pas d'une moindre qualité. Alors, là-dessus,
moi, je pense qu'il faut augmenter les ressources.
Prenez des jeunes intervenants qui sortent de
l'université, qui se retrouvent, à un moment donné, à travailler à la
protection de la jeunesse, ils ont tout un accompagnement, il y a du coaching,
et tout ça. Mais, avant d'arriver à être, je dirais,
agile, d'être vraiment bon pour produire un rapport pertinent... Puis vous
comprenez qu'il y a l'autre partie, aussi, qui va dire des choses. Donc, c'est
un travail qui est très difficile, et on pense, là, qu'il faut faire en sorte
qu'on ait plus d'intervenants qui pourront prendre plus de temps pour la faire.
M. Carmant : D'accord. Peut-être une
dernière question avant de passer la parole. Sur la gestion avec les
partenaires des Premières Nations, pour nous, c'est difficile de voir comment
on peut ne pas avoir d'entente nation à nation quand on doit prévoir qu'on va
devoir gérer des enfants, par exemple, qui habitent avec leurs familles hors
territoire, des enfants de... ou de mariages internations. Donc, ça nous prend
quand même une entente, je crois, nation à nation pour pouvoir gérer ces
cas-là. Vous, est-ce que vous voyez... Parce que, je vous ai entendu, là, à
propos de donner plus de place, je pense, dans le rapport, on le dit
clairement, là, que les Premières Nations sont les mieux placées pour gérer
leurs enfants. Mais je pense qu'il faut quand même avoir une certaine entente
entre la nation québécoise et les Premières Nations sur notre territoire... sur
le territoire.
M. Malenfant (Pierre-Paul) : ...prend
l'exemple des Attikameks qui, quand même, depuis une quinzaine d'années,
travaillent de ce côté-là en vertu de l'article, je pense, 37.5, sont arrivés à
une entente, donc ils développent leur autonomie. Mais il y a aussi... j'ai
pris connaissance récemment, là, du projet de loi, là, du conseil attikamek
d'Opitciwan. À un moment donné, c'est très, très intéressant de voir la façon
dont tout est organisé dans leur communauté pour assurer la protection des
enfants.
Nous, on vous invite vraiment à écouter ce que
les Premières Nations ont à dire. On a été pendant des siècles dans une
approche, auprès des autochtones, des Premières Nations et des Inuits, à un
moment donné, à l'effet qu'ils n'étaient pas capables et qu'on doit les mettre
dans des réserves, hein, qu'ils ne sont pas capables. Je pense que nous, on doit ouvrir, maintenant. Puis, quand on regarde
le mouvement international, le désir des communautés autochtones de se prendre en charge, je pense qu'on doit ouvrir
la voie, vraiment, pour faire en sorte que les communautés autochtones
puissent par elles-mêmes assurer la protection de leurs enfants.
Les éléments qu'il y a, dans le projet de loi,
sont peut-être, je dirais, une transition et peut-être le moment qui
permettrait, à un moment donné, d'accompagner, en vertu de 37.5, en vertu de ce
qu'il y a dans le
chapitre V du projet de loi... de les accompagner.
Maintenant, on pense que, les communautés autochtones, ce n'est pas dans cette
perspective-là qu'ils doivent s'inscrire. Ils demandent de s'inscrire,
vraiment, dans l'autodétermination, et, de notre côté, on est d'accord avec
cette perspective-là.
M. Carmant : Est-ce qu'il reste
du temps?
Le Président (M. Provençal)
: Non, M. le ministre.
M. Carmant : Non? Désolé. Merci
beaucoup.
Le Président (M. Provençal)
: Alors, avant de céder la parole à la députée de
Notre-Dame-de-Grâce, je voudrais faire un petit rappel au niveau des sonneries
des appareils électroniques, parce qu'on a quelques sons qui arrivent, là,
pendant que les gens s'expriment. Alors, par respect pour les gens qui
discutent... Merci beaucoup. Alors, Mme la députée de Notre-Dame-de-Grâce, je
vous cède la parole.
Mme Weil : Bonjour. Merci
beaucoup de venir en présentiel, aussi. Ce n'est pas tout le monde qui a
l'occasion de le faire, alors merci de votre présence.
Votre perspective est vraiment intéressante.
Vous avez parlé d'une loi-cadre. Et c'est drôle parce que, quand on regarde ce
rapport et la richesse de ce rapport, on se dit : Mais il faut absolument
que... Je parlais avec Mme Laurent de
la vie de ce rapport et que ce rapport est durable, mais, pour l'implanter,
c'est tout un travail. Donc, ce que vous dites... parce que ça peut
toucher plusieurs ministères, premièrement, et aussi la première ligne. Donc,
c'est ça que vous entendez. Donc, comment nouer tous ces liens, faire en sorte
que tout le monde travaille ensemble dans l'intérêt
de l'enfant, par la formation, la communication, le travail ensemble, et tout
ça, donc, c'est un travail colossal.
Dans le projet de loi, voyez-vous des endroits
où on peut, par rapport à vos recommandations notamment, ancrer dans le projet
de loi... Parce que le projet de loi est devant nous, on a ça pour l'instant,
on a cet outil important. Est-ce que vous avez des... Parce que vos
recommandations, certaines, oui, ça touche le projet de loi, d'autres vont plus
large. Alors, c'est une question peut-être un peu technique par rapport à la
législation, mais on peut tout faire en législation : Quelles seraient vos
priorités?
M. Malenfant (Pierre-Paul) : Dans
le sens que, comme on le dit au début, on considère qu'il s'agit d'un bon
projet de loi, on comprend que c'est un projet de
loi sur la protection de la
jeunesse. La protection de la jeunesse, ce sont les soins intensifs de la
jeunesse. Je pense que c'est correct qu'on ait une loi pour les soins intensifs
de la jeunesse. Maintenant, on doit ouvrir les perspectives pour faire en sorte
que, quand on parle du bien-être des enfants, ce n'est pas juste à la
protection de la jeunesse, c'est l'ensemble de la société, c'est le milieu
scolaire, c'est les animateurs en loisirs, c'est les coachs de hockey, c'est
les services communautaires, les organismes communautaires, qui sont partout.
Alors, on ne s'est
pas attardés, dans le projet de loi, est-ce qu'il y aurait un endroit pour le
mettre. Je ne suis pas convaincu, je ne suis pas juriste, mais je reviens avec
l'idée, à un moment donné : Est-ce qu'on ne doit pas ouvrir de façon plus large une
perspective législative pour faire en sorte que l'ensemble... Parce que, vous
savez, Un Québec fou de ses
enfants , on en a eu d'autres
aussi, là, à un moment donné, il y a beaucoup de chercheurs qui se sont
penchés... qui font des recommandations, et tout ça. Et tout ça est dans l'air,
oui. Maintenant, est-ce que ça serait pertinent d'avoir une loi-cadre qui irait
chercher les ficelles, à un moment donné, de toutes les composantes de la
société? On est en réflexion là-dessus.
Mme Weil : Je comprends votre point, en effet une loi-cadre qui irait chercher
d'autres ministères, notamment, et qui ferait en sorte que tout le monde
travaille ensemble. Mais merci pour cette perspective, c'est intéressant.
J'aimerais
vous parler rapidement aussi, justement, de la transition vers l'âge adulte. Il
y a eu des études là-dessus, quand on accompagne bien plus longtemps que
19 ans, donc jusqu'à 23, on parle de 24 dans le rapport. Il y a des
expériences ailleurs, dans d'autres provinces, mais aux États-Unis aussi, qui
ont vraiment montré une réussite. Est-ce que
je pourrais vous entendre un peu plus sur votre perspective des besoins, des
types de services, au-delà de l'employabilité, mais des types de
services, étant donné le profil du jeune qui sort, et c'est votre expertise, je
vois... qui sort de la protection de la jeunesse?
Mme Roc (Marie-Lyne) : Bien, en fait, vraiment, ça s'inscrit dans ce que
vous dites, l'état des connaissances par rapport aux besoins d'une
personne. À 18 ans, on n'est pas encore une personne complètement formée,
hein? On sait qu'en fait un adulte... on est vraiment adulte vers l'âge de
25 ans. Et, comprenant le profil des enfants issus ou qui ont eu un
parcours en protection de la jeunesse, on sait que, souvent, il y a des besoins
particuliers. Ou même, aussi, il y a eu des lacunes ou des carences, qu'il faut
être capable de combler. Donc, pour nous, c'est vraiment l'idée d'accompagner
la personne plus longtemps.
Et, quand on parle de
stabilité, continuité des soins, c'est d'avoir ça dans l'esprit. Mais souvent
les personnes ne veulent plus, non plus, avoir cette espèce de lien
d'appartenance avec la protection de la jeunesse. Donc, il faut avoir des
transitions en lien pour être dans une participation citoyenne à part entière.
Donc, il faut miser sur des programmes qui encouragent la scolarisation, qui encouragent
de pouvoir s'insérer dans la vie socioprofessionnelle, d'avoir tous ces
éléments-là au plan social, d'avoir un revenu, aussi, décent dans le but de
pouvoir vraiment devenir un citoyen à part entière et de se sortir de cette
espèce, aussi, d'étiquette d'enfant de la protection de la jeunesse.
M. Malenfant
(Pierre-Paul) : ...
Mme Weil :
Oui, allez-y.
M. Malenfant
(Pierre-Paul) : En termes de complément, je voudrais vous raconter une
expérience professionnelle que j'ai vécue au début de ma carrière, dans le
Bas-Saint-Laurent. Un groupe de jeunes, 25 jeunes fortement défavorisés,
là, O.K., on ne les choisissait pas parce qu'ils étaient très bons : parce
qu'ils avaient beaucoup de problèmes. 25 jeunes dans un programme de huit mois,
on leur donnait une paie et on leur montrait comment se trouver un logement
dans le village, comment on travaille. On leur fournissait des équipements de
travail, ils allaient bûcher dans le bois, ils travaillaient en serre. Ensuite
de ça, dans leur démarche, à un moment donné, ils allaient faire des recherches
d'emploi : comment on fait un C.V., comment on se présente chez un
employeur. Et, je vous dirais, aujourd'hui, j'ai encore des émotions parce que
je vois de ces jeunes-là qui étaient des jeunes adultes, à l'époque, je les
vois dans ma communauté aujourd'hui. Il y en a qui se sont mariés, qui ont
élevé des enfants, qui travaillent, qui sont actifs, se sont épanouis, alors
qu'ils sont sortis de leur milieu hyperdéfavorisé, parce qu'on les a pris, jour
après jour, semaine après semaine, pour les accompagner vers l'autonomie.
Mme Weil :
...ce projet?
M. Malenfant (Pierre-Paul) : C'est un projet qui était financé, à l'époque,
par une entente fédérale-provinciale pour le développement de
l'employabilité chez les jeunes fortement défavorisés.
Mme Weil :
Et ils avaient quel âge?
M. Malenfant
(Pierre-Paul) : Les jeunes avaient entre 16 et 25 ans.
Mme Weil :
Ah! c'est intéressant. Mais c'était à l'extérieur du périmètre de protection de
la jeunesse. Mais ce que vous dites, c'est...
M. Malenfant
(Pierre-Paul) : Ça nous dit que c'est des modèles qui fonctionnent.
Mme Weil :
Absolument. Oui. Très bien. Il reste combien de minutes?
Le Président
(M. Provençal)
: Trois minutes,
madame.
Mme Weil : Trois minutes. Ah oui! Les familles d'accueil. Vous
avez un
chapitre sur les familles d'accueil, est-ce que vous pourriez peut-être
revenir... qu'elles n'ont pas une place assez marquée dans le projet de loi
n° 15. Elles jouent un rôle essentiel, c'est bien ça? «À notre avis»...
«Parmi ces ressources, il en est une qui mériterait, à notre avis, d'occuper une place plus marquée dans le projet de loi
n° 15, il s'agit des familles d'accueil de proximité.»
Mme Roc (Marie-Lyne) : Ce n'est
pas nous, on... Ce n'est pas nous, ça. En fait, on ne s'est pas prononcés
tellement sur les familles d'accueil. En fait, on a plus misé sur la question
de la transition, mais on n'a pas... Notre rapport, notre mémoire ne traite
pas...
Mme Weil : Oui. Non, je
confonds avec les psychoéducateurs, là, parce que vous êtes à peu près dans des
domaines connexes. Est-ce que vous avez... Donc, vous n'avez pas d'expérience
dans ce domaine-là.
Mme Roc (Marie-Lyne) : On n'a
pas d'expérience, c'est-à-dire que, nous, dans le mémoire, ce qu'on a plus
misé, c'est sur la question de la transition, ces éléments-là qu'on avait aussi
fait valoir lors de notre mémoire dans le cadre de la commission spéciale.
Mais, sur la question des familles d'accueil, nous, on va vraiment dans le sens
des recommandations de la commission, c'est-à-dire d'avoir vraiment une
révision de tout le programme au niveau des familles d'accueil. Parce qu'on est
très conscients du manque de familles d'accueil, au Québec, puis des besoins
particuliers aussi d'un type de familles d'accueil. L'apparentement, là, entre
la famille et l'enfant est aussi un enjeu majeur, donc. Et on sait que les
familles d'accueil jouent un rôle essentiel dans le développement des enfants
et peuvent assurer, justement... En ayant plus de familles d'accueil, on peut
éviter le ballottage, qui est aussi un des problèmes dont on est bien
conscients, donc.
Mme Weil : Et en leur donnant accès
à des informations importantes concernant l'enfant et son vécu.
Mme Roc (Marie-Lyne) : Encore là, de
l'information pertinente et nécessaire.
Mme Weil : Mais avec précaution.
Mme Roc (Marie-Lyne) : Tout à fait.
Mme Weil : Et là il reste...
Le Président (M. Provençal)
: 30 secondes.
Le Président (M. Provençal)
: Allez-y.
Mme Weil : Bon, en 30 secondes,
quelle serait la question... Bien, essentiellement, et vous en parlez beaucoup,
c'est comment faire... les ressources humaines, à la DPJ, leur besoin d'appui,
de formation, puis qu'est-ce qu'on pourrait faire pour renforcer cet aspect-là
dans le projet de loi. On parle beaucoup de gens qui quittent le navire, qui
n'ont pas assez d'appui, des intervenants qui y vont solo sans pouvoir
consulter. En quelques secondes.
M. Malenfant (Pierre-Paul) : Il faut
quand même dire, là, que la dernière réforme du réseau a fait en sorte qu'il y
a eu un exode, hein, de professionnels qui ont quitté la DPJ vers d'autres
programmes. Mais, je vous dirais, écoutez, il y a 800 étudiants qui
sortent du bac en travail social à chaque année, il y en a 5 000 qui font
la demande. Donc, ce n'est pas parce que les
jeunes ne veulent pas aller travailler en travail social ou dans d'autres
professions de ce genre-là, c'est que
les programmes sont contingentés, et je pense qu'on doit les décontingenter. On
doit ouvrir, à un moment donné, le nombre de jeunes qui puissent rentrer
dans les programmes, là, pour arriver à compenser cet exode-là.
Le Président (M. Provençal)
: Merci pour cette précision. La suite
de cet échange appartient au député de Jean-Lesage.
M. Zanetti : Merci, M. le Président.
Alors, j'ai entre trois et quatre minutes. Je vais aller droit au but à un
point que je trouve important, qu'on doit développer davantage, la question de
la confidentialité. D'un côté, on comprend bien quand Mme Laurent dit :
Ça n'a pas de bon sens... Je ne sais pas si vous entendiez tout à l'heure sa
présentation, mais elle a donné un exemple dans lequel ça n'a pas de bon sens
que l'information sur le jeune n'ait pas été transmise. Ça empêche la famille
d'accueil de bien en prendre soin.
En même temps, quand il n'y a pas de
confidentialité, difficile de créer un espace où le jeune peut véritablement
parler, parce qu'il peut avoir l'impression que tout ce qu'il va dire, tout ce
qu'il va faire va être retenu contre lui, partagé à tout le monde, tout le
monde va le savoir. C'est comme... il peut avoir l'impression qu'il n'a pas
d'intimité, puis ça, ce n'est pas... ce n'est pas bon, tu sais, ça va... Bon,
alors, comment concilier ces deux choses-là?
Puis est-ce que vous
pourriez donner, d'abord, un exemple de choses négatives qui pourraient
avoir... de conséquences négatives sur l'enfant qu'il pourrait y avoir à un
trop grand partage d'information, d'une part? Puis, ensuite de ça, quel genre
de balises pourraient être mises pour avoir le maximum d'information transmise
à la famille d'accueil, par exemple, sans que ça ait un impact négatif sur
l'enfant? Est-ce que vous auriez des propositions de critères par rapport à ça?
Mme Roc (Marie-Lyne) : ...excellente
question, qui, d'ailleurs, fait l'objet de toute une formation qu'on donne en
formation continue à nos travailleurs sociaux. Donc, c'est la preuve que ça
demande... c'est vraiment une question d'exercice du jugement.
Puis je vous dirais que des balises, il faut
faire très attention aussi. Oui, il faut en mettre, mais ça ne peut pas être
des pratiques, là, systématiques : Je suis devant la famille d'accueil, je
fais telle, telle, telle chose, puis, avec l'école, je fais telle, telle chose.
On est vraiment devant des situations où, devant chaque enfant, devant chaque
collaborateur, il faut toujours se poser la même question : Qu'est-ce que
j'ai besoin de dire? En vertu de quoi je le fais? Puis est-ce que cette
personne pourra vraiment apporter une différence si je donne cette information?
Donc, c'est des questions, là, je vous dirais, fondamentales pour pouvoir, par
la suite, décider de donner l'information, et ça, ça demande effectivement du
savoir-faire, ça demande de la préparation.
Alors, je vous dirais que, pour une famille
d'accueil, par exemple, est-ce qu'on a besoin... est-ce que la famille
d'accueil a besoin de savoir que l'enfant a vécu dans un... a été séquestré
dans une garde-robe pendant tant d'heures, ligoté et avec un manque de
nourriture? Ou ce qu'il a besoin de savoir, c'est : s'il est laissé seul
dans la chambre, il peut crier, et donc venir lui donner... Alors, c'est ça
dont on parle, c'est de vraiment être capable de dire... Et là ça demande des
connaissances. La famille d'accueil n'a pas besoin de connaître le drame autour
de cet enfant, elle a besoin de comprendre le comportement de l'enfant pour
pouvoir l'accompagner. Alors, ça, c'est vraiment...
Mais ça, c'est des connaissances professionnelles et ça demande une
connaissance de l'enfant aussi. Donc, les familles d'accueil doivent être capables d'être outillées pour porter
assistance, pour pouvoir accompagner l'enfant. Parce que, vous vous
imaginez, en connaissant ça, le parent arrive puis veut... Alors, c'est là
qu'il y a tous les préjugés, parce qu'il faut comprendre des situations. C'est
pour ça que, même à l'école aussi, les enseignants n'ont pas une formation de
professionnel en relation d'aide, ils ont un autre type, mais ils ont besoin de
connaître des informations pour comprendre le comportement de l'enfant pour ne
pas le stigmatiser, par exemple, en classe. Donc, c'est ce genre d'éléments là,
c'est pour ça qu'on vous dit : Nous, c'est une formation qu'on donne à nos
professionnels, puis ils sont déjà formés. Alors, on ne pourra pas faire fi de
ces aspects-là.
Le Président (M. Provençal)
: On va terminer... Oui, allez-y.
M. Malenfant (Pierre-Paul) : Très
simplement, si on peut résumer, c'est d'éviter les extrêmes, dans le sens de ne
donner aucune information et, à l'autre extrême, à un moment donné, donner
toute l'information. Il faut toujours garder à l'esprit l'intérêt de l'enfant,
la protection de l'enfant.
Le Président (M. Provençal)
: Merci. On va compléter cet échange avec le député de
René-Lévesque. C'est à vous.
M. Ouellet : Merci beaucoup, M. le
Président. Donc, j'aimerais faire du rebond sur cet échange que vous avez avec
le collègue de Jean-Lesage. Donc, il faut que les familles d'accueil puissent
avoir accès à de l'information qui va les aider à comprendre dans quel contexte
le jeune a évolué. Ça, je pense qu'on est d'accord là-dessus.
Lorsqu'on a parlé à des familles d'accueil, ce
qu'ils nous ont dit : Nous, on aimerait savoir des informations
pertinentes qui vont nous permettre d'être capables de mieux agir avec
l'enfant. Exemple, si l'enfant a vécu un traumatisme d'être enfermé dans une
garde-robe et à, chaque fois qu'il voit une garde-robe, prise de panique,
crise, violence, violence extrême dans
certains cas, c'est important que la famille d'accueil sache que, malgré le
traumatisme vécu, il y a des stigmates qui
lui ont resté, et que la famille d'accueil doit les connaître pour éviter de
placer ce jeune-là dans une situation qui cause les crises. Ça fait que,
ça, vous êtes d'accord avec ça?
Mme Roc (Marie-Lyne) : Encore là,
comme je vous dis, oui, pour pouvoir... Il faut comprendre que la famille d'accueil, ce n'est pas non plus... son
rôle est d'accompagner, mais il faut... Nous, on a vraiment une perspective :
ce sont plusieurs collaborations, c'est un
accompagnement, c'est toute une société qui accompagne un enfant. Donc,
la famille d'accueil, oui, a besoin de
savoir certaines informations. Mais, en même temps, espérons-le, cet enfant-là
va avoir aussi d'autres professionnels qui vont l'accompagner pour
pouvoir aussi traiter de ces difficultés dont vous parlez.
Donc, effectivement, c'est vraiment le juste
équilibre, d'en dire assez pour pouvoir apporter les meilleurs soins, apporter
le meilleur accompagnement, puis, en même temps, en dire pas trop pour que,
finalement, au bout du compte, on dévoile tout, et ça n'implique, aussi, pas
seulement l'enfant, mais ça implique aussi... Et de devoir toujours répéter,
c'est une façon aussi de causer préjudice parce que c'est l'intimité de la
personne, c'est l'intimité de l'enfant et aussi d'autres personnes qui sont
parfois concernées par sa situation.
Ouellet : Rapidement,
j'aimerais vous amener au point 8 de votre mémoire, vous apportez une
importante distinction, à savoir qu'il faudrait considérer les réalités
singulières de chaque région, dans un contexte particulier vécu par les
différentes DPJ. Comment on matérialise ça dans un projet de loi? Comment on
prend conscience des réalités régionales dans un souci d'une meilleure
intervention et d'une meilleure protection de l'enfant, là? J'essaie de
transcrire, comme législateur, vos... vos préoccupations, pardon, dans des
amendements, dans un projet de loi. Comment je fais ça?
M. Malenfant (Pierre-Paul) : Dans le
sens que, bon, il y a la question de la protection de la jeunesse, mais, la
protection de la jeunesse, son rôle, c'est de protéger les jeunes. Maintenant,
quand on arrive avec des jeunes qui soient soit à la protection de la jeunesse
ou qui ne sont pas à la protection de la jeunesse, quel est l'environnement
social dans lequel ils vivent, quels sont les services qui sont disponibles? Et
on doit en tenir compte. Est-ce que parce qu'un jeune vit dans un village isolé
au Bas-Saint-Laurent, dans ma région, ce jeune-là, il va se retrouver plus à la
protection de la jeunesse parce qu'il n'y a pas de service autour de chez lui?
Quand on voit plusieurs points de chute de
CLSC, de points de service de CLSC à peu près fermés, alors qu'auparavant on
avait des services à ces endroits-là, ce sont les services sociaux
généraux, ce sont les services de première ligne, c'est les services de
prévention, les programmes SIPPE qui sont dans ces milieux-là, alors... Donc,
la protection de la jeunesse peut difficilement dire : Bien là, l'enfant a tel, tel problème, il aurait
besoin, à un moment donné, de tel service, mais le service est à
50 kilomètres, est à 100 kilomètres. Alors, c'est ça, à un moment
donné, qu'on amène, d'en tenir compte.
Ouellet : Donc, ce que vous
nous dites : Ayez une attention particulière pour faire un 360 autour de
la DPJ régionale pour savoir, autour d'elle, est-ce que les moyens sont
suffisants, est-ce que les ressources sont disponibles. Parce qu'un bon plan d'intervention dans Montréal-Nord, mettons, ne
pourrait pas être un excellent plan d'intervention du côté du Bas-Saint-Laurent
parce qu'il y a des réalités qui sont propres à chacun des territoires, et, si
on veut réussir l'intervention pour le bénéfice de l'enfant, il faut tenir
compte de ce contexte-là. C'est ce que... C'est un peu le message que vous nous
demandez d'avoir en tête pour l'intervention, mais, de façon législative, c'est
peut-être un peu plus difficile d'essayer de circonscrire ça dans une loi, je
comprends.
Mme Roc (Marie-Lyne) : C'est moins
notre expertise, là, d'être capables de proposer quelque chose. Nous, on vous
amène les éléments qu'on ressort. Parce qu'effectivement, comme disait notre
président, c'est qu'en fait, vous savez, on le sait, il y a des communautés
ethnoculturelles qui sont surreprésentées. Tous les DPJ, oui, il faut
absolument qu'il y ait une harmonisation des pratiques, mais il faut avoir
assez d'agilité, je vous dirais, pour être capable de prendre en compte les
réalités distinctes de chacune des régions, puis il y a des expertises qui
peuvent se développer au regard du profil des personnes qui habitent ce
territoire-là. Donc, je vous dirais qu'il faut absolument qu'il y ait ce type
de sensibilité pour avoir des lignes directrices communes, mais avoir assez de
flexibilité pour être très pertinent en fonction des besoins du milieu.
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup.
Le Président (M. Provençal)
: Alors, je remercie Mme Roc et M. Malenfant pour
votre participation et votre contribution à nos travaux.
Je suspends les travaux quelques instants pour
laisser place au prochain groupe. Merci beaucoup, surtout, d'avoir été ici en
présence.
(Suspension de la séance à 11 h 39)
Le Président (M. Provençal)
: Nous reprenons nos travaux. Je souhaite la bienvenue aux
représentants de l'Ordre des psychoéducateurs et psychoéducatrices du Québec.
Alors, M. Leclerc et Mme St-Gérard, merci de votre participation,
merci. Et vous disposerez maintenant de 10 minutes pour votre exposé. Et
par la suite nous aurons les échanges avec les membres de la commission. Alors,
je vous cède la parole. Merci.
M. Leclerc (Denis) : Merci. Alors,
M. le Président, M. le ministre, Mmes et MM. les députés, membres de la commission, bonjour. Je me présente, je suis
Denis Leclerc, psychoéducateur et président de l'Ordre des
psychoéducateurs et psychoéducatrices du Québec. Et je suis accompagné de
Rose St-Gérard, psychoéducatrice et chargée d'affaires professionnelles à
l'ordre.
Nous remercions la commission pour cette
invitation, et il nous fait plaisir de vous présenter aujourd'hui les réflexions et recommandations de l'ordre concernant
le projet de loi n° 15. Compte tenu de notre mission première, qui
est la protection du public, nous sommes
évidemment préoccupés par la situation des jeunes vulnérables et de leurs
familles.
Les psychoéducateurs et
psychoéducatrices sont des professionnels qui interviennent auprès des
personnes de tous âges qui vivent des difficultés d'adaptation. On les retrouve
dans une diversité de milieux, principalement au sein des établissements du
réseau de la santé et des services sociaux ainsi qu'en milieu scolaire. De
plus, les psychoéducateurs et psychoéducatrices font
partie des professionnels
autorisés par le Code des professions pour évaluer une personne dans le cadre
d'une décision du directeur de la protection de la jeunesse ou du tribunal, en
application de la
Loi sur la protection de la jeunesse, ce qui justifie
d'autant plus notre présence ici aujourd'hui.
L'approche psychoéducative est un élément
distinctif qui caractérise notre profession. Autant lorsqu'il s'agit d'évaluer
que d'intervenir, nous focalisons à la fois sur les forces et les
vulnérabilités des personnes impliquées, celles de leur environnement ainsi que
l'interaction entre les personnes et leur environnement. Inévitablement, les
psychoéducateurs et psychoéducatrices prônent l'importance de la collaboration
entre tous pour mieux aider les personnes vulnérables.
En cohérence avec cette approche, comme nous
l'avons soutenu lors de notre audition et dans notre mémoire présenté à la
Commission spéciale sur les droits des enfants et de la protection de la
jeunesse, l'ordre préconise l'idée que l'amélioration des services destinés aux
enfants en besoin de protection ne peut reposer uniquement sur la DPJ. La
responsabilité de la protection de la jeunesse doit être davantage partagée. Cette
conviction a teinté notre analyse du présent projet de loi et l'élaboration de
certaines de nos recommandations.
Notre analyse du projet de loi nous amène
d'abord à saluer certaines modifications qui tiennent compte des récentes réflexions autour des droits et de la
protection des enfants. L'ajout d'un préambule à la loi, qui met
l'emphase sur plusieurs orientations centrales, nous semble très pertinent.
Parmi ces orientations, celles visant à renforcer la primauté des intérêts de
l'enfant dans toute décision le concernant nous apparaissent justifiées et même
essentielles. D'ailleurs, plusieurs dispositions du projet de loi renforcent
cette primauté de l'intérêt de l'enfant.
C'est pour cette raison que nous formulons trois
recommandations visant à former adéquatement l'ensemble des acteurs concernés
par la protection de la jeunesse, soit les intervenants de la DPJ, les membres
de la magistrature ainsi que les principaux partenaires à cette nouvelle
orientation centrale de la
Loi sur la protection de la jeunesse.
L'ordre salue également l'attention qu'apporte
le projet de loi à la dernière étape de la trajectoire des enfants pris en
charge par la DPJ par l'ajout de différentes mesures de soutien au passage à la
vie adulte. Toutefois, les dispositions prévues
aux articles 34 et 35 nous apparaissent insuffisantes en regard de cette
intention. Tout particulièrement, le projet de loi n'ajoute qu'une
obligation d'informer les jeunes des services de soutien auxquels ils
pourraient avoir recours. L'ordre considère
que le projet de loi doit faire un pas de plus en intégrant une obligation
d'accompagnement pour les jeunes qui le désirent et non uniquement
d'information.
L'ordre salue les dispositions du projet de loi
qui témoignent de l'importance sociétale que prend la protection des enfants en
situation de vulnérabilité. Cela se traduit notamment par l'ajout d'un poste de
directeur national de la protection de la jeunesse. L'ordre croit que les
responsabilités et les pouvoirs de cette personne clé... que cette personne clé
détiendra lui permettront d'exercer un leadership sur les directeurs nommés
pour chacun des établissements exploitant un centre de protection de l'enfance
et de la jeunesse.
De plus, la
structure proposée d'un forum des directeurs chargé d'harmoniser les pratiques
cliniques et d'assurer la mise en
oeuvre des orientations et normes établies nous apparaît être un moyen
prometteur pour redonner au réseau des services à la jeunesse sa
vitalité. L'ordre émet toutefois le souhait qu'à travers cette recherche
d'harmonisation des pratiques, l'autonomie et le jugement de ses professionnels
soient réaffirmés et facilités.
Nous tenons tout particulièrement à souligner
l'importance accordée à la mobilisation des ressources du milieu et à la collaboration entre elles,
principes clairement énoncés dans le préambule de la loi. Nos
recommandations antérieures vont dans le sens d'agir en amont en s'appuyant sur
des ressources déjà présentes dans la vie de l'enfant, telles que les services
de garde, l'école et les milieux communautaires, permettant à la
Loi sur la
protection de la jeunesse de demeurer une loi d'exception. Les
articles 4.4 et 4.5 reprennent précisément cette idée de collaboration et
de concertation des ressources du milieu pour que leurs interventions
s'accordent. L'ordre appuie cette orientation en faveur d'une plus grande
complémentarité des actions des différentes ressources et acteurs.
Nous soumettons d'ailleurs l'idée que les
travaux qui incomberont au directeur national et au Forum des directeurs pour
la mise sur pied des meilleures pratiques s'intéressent aux moyens concrets qui
viendront soutenir la concertation. Pour qu'une telle concertation soit
réellement efficace, elle doit en grande
partie reposer sur un partage d'information entre les différents partenaires.
Ainsi, une condition importante d'une collaboration efficace et
fructueuse réside dans la connaissance que chacun doit avoir des besoins de
l'enfant.
La loi actuelle et le projet de loi permettent
aux intervenants de la DPJ d'obtenir toute l'information nécessaire à la
réalisation de leur mandat, même lorsque protégée par le secret professionnel.
L'ordre souscrit aux dispositions qui
facilitent l'intervention et les décisions de la DPJ en faveur de l'intérêt de
l'enfant. L'ordre considère toutefois que, lorsque l'intérêt de l'enfant
le justifie, la communication de certaines informations aux établissements,
organismes ou personnes qui gravitent autour de l'enfant devrait également être
facilitée.
Nous sommes d'avis que les dispositions
prévoyant que les informations détenues par la DPJ puissent, dans certaines circonstances, être partagées avec ses
partenaires ne sont pas suffisamment claires dans le projet de loi.
Rappelons que les professionnels qui exercent en milieu scolaire ou dans les
milieux de garde, par exemple, sont souvent des intervenants impliqués depuis longtemps dans la vie de l'enfant et de sa
famille. Ils possèdent une connaissance fine de l'enfant et ils pourraient, à ce titre, être des collaborateurs
importants dans la continuité des services offerts à celui-ci mais n'ont
pas accès à des informations détenues par les intervenants de la DPJ. Comme ils
font
partie du milieu de vie de l'enfant, le manque d'information occasionne
des situations précaires, voire à risque pour l'enfant et sa famille.
va sans dire qu'un tel partage d'information ne peut se faire sans balises.
L'ordre reconnaît évidemment que certaines informations détenues par la DPJ sur
la situation de l'enfant et de sa famille sont très sensibles et possiblement
préjudiciables. De plus, le droit à la confidentialité doit être pris en compte
de même que la complexité de certaines situations prises en charge par la DPJ
qui demandent, pour être saisies dans toutes leurs dimensions et implications,
de solides compétences cliniques et de jugement professionnel.
C'est
pour cette raison que nous recommandons que, dans l'intérêt de l'enfant, les
informations confidentielles plus sensibles ou potentiellement
préjudiciables puissent être transmises par la DPJ à des professionnels membres
d'ordres. Ces intervenants présentent les
garanties déontologiques suffisantes et l'encadrement par un ordre
professionnel pour que les informations reçues de la DPJ soient protégées. De
plus, ils ont la compétence nécessaire pour avoir une compréhension clinique de
la situation de l'enfant et de sa famille.
Finalement, l'ordre
salue l'inclusion d'un
chapitre dédié aux dispositions applicables aux membres
des Premières Nations et Inuits. Ces nouvelles dispositions confirment que
l'évaluation de la situation d'un enfant ne peut
se faire sans tenir compte des facteurs sociaux, historiques et culturels qui
distinguent les jeunes de ces communautés.
Depuis
2016, l'ordre collabore avec plusieurs partenaires, dont des représentants des
différentes communautés autochtones, dans le cadre d'un projet basé sur
la conviction qu'une plus grande présence d'intervenants autochtones est une
solution durable pour des services culturellement sécurisants, sensibles,
stables et de qualité pour les enfants et les familles autochtones.
Fort
de cette conviction, l'ordre recommande d'instaurer le poste de directeur
national adjoint de la protection de la jeunesse dédié au bien-être et
aux droits des enfants autochtones, nommé après consultation des représentants autochtones. Siégeant au Forum des directeurs,
cette personne aiderait notamment à ce que les décisions prises à cette table n'éclipsent pas l'unicité et la diversité
des besoins des communautés autochtones en matière de protection de la jeunesse.
Merci de votre
attention. Et nous sommes maintenant prêts à répondre à vos questions.
Le Président (M.
Provençal)
: Merci beaucoup pour cet
exposé. Nous allons initier cette période d'échange avec M. le ministre. Alors,
M. le ministre, je vous cède la parole.
M. Carmant :
Merci beaucoup, M. le Président. Merci, M. Leclerc, Mme St-Gérard, de
votre présence ce matin. Merci également pour le mémoire que vous avez déposé
et les explications que vous venez nous partager.
Premier point,
c'était sur l'aspect formation, on en a entendu parler également par les
travailleurs sociaux juste avant vous. Comment voyez-vous le rôle de la
directrice nationale de la protection de la jeunesse dans ce processus, là, de
formation des intervenants, des autres partenaires, etc.? J'aimerais vous
entendre là-dessus. Parce que nous, quand on a décidé... Dans la description de
tâches qu'on inclut dans le projet de loi, ça ressemble vraiment à ce que les
recommandations de la commission Laurent nous ont faites. Donc, j'aimerais voir
si vous, vous aviez une vision différente du rôle de la directrice nationale.
M. Leclerc
(Denis) : Non, je pense que le rôle de la directrice nationale, pour
ce qui est de la formation, peut être effectivement très important. Nous
pensons qu'en matière de formation deux dimensions sont importantes, la
première étant de développer des formations qui sont bien... bien campées sur
les données probantes, sur les données fortes de la science et de la réalité de
la protection des enfants vulnérables. Donc, à ce titre-là, nous pensons qu'il
y a un souci, puis la directrice de la protection... la directrice nationale
pourra veiller à ce que le contenu des formations se base sur de tels types de
données.
Mais peut-être le rôle
le plus important de la directrice, c'est une uniformité de la diffusion de ces
données-là et donc des formations qui y sont reliées au niveau de l'ensemble du
réseau. Nous l'avons souvent soulevé, puis nous e