Health and Social Services — 26 August 2021 (42nd Legislature, 1st Session)
CSSS 2021-08-26
Quebec — Committees
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup. J'invite maintenant
la porte-parole de l'opposition officielle et
députée de Maurice-Richard à faire ses remarques préliminaires pour une
durée de quatre minutes. La parole est à vous.
Mme Montpetit : Je vous remercie, M. le Président. Bonjour,
bonjour à tous. On se réunit, bien entendu, aujourd'hui, pour aborder un sujet
important et sensible, celui de la vaccination obligatoire,
mais ultimement ce qui nous réunit et ce qui doit guider
nos discussions, c'est par quel moyen on va revenir à une vie normale. Si le gouvernement
souhaite éviter de reconfiner de nouveau, de faire de nouveau des couvre-feux,
ce qu'on veut savoir, c'est quel moyen supplémentaire va-t-il prendre pour
qu'on parvienne à un taux de vaccination qui va enfin nous permettre de sortir
de cette crise et de la mettre derrière nous.
La vaccination obligatoire des employés de la
santé est une demande que le Parti libéral a fait au mois de janvier. On est rendu à la fin du mois d'août.
Devant la montée de la quatrième vague, il est clair, pour nous, qu'on doit
aller beaucoup plus loin. La cheffe du Parti libéral du Québec, Dominique
Anglade, a demandé, dimanche dernier, au gouvernement
d'exiger la vaccination de tous les employés du gouvernement, de l'éducation,
des services de garde en installation ainsi que de l'Assemblée nationale et
pour toutes les personnes qui fréquentent les campus collégiaux et
universitaires.
Ce qui devrait guider nos actions, à l'heure
actuelle, durant cette pandémie, c'est la science. Qu'est-ce qu'on sait de la
science? C'est que les vaccins, ils sont sécuritaires. C'est notre seule voie
de sortir de cette pandémie. Les vaccins sont une protection pour faire face à
la quatrième vague et aux autres vagues qui pourraient suivre. Les vaccins nous
protègent de potentiels reconfinements et les vaccins sont la façon de revenir
à une vie normale.
Je vais en
profiter aussi pour remercier tous les Québécois qui se sont faits vaccinés à
ce jour et souligner combien leur choix aussi fait une différence pour
toute la société. Certains ont hésité, certains ont eu des préoccupations, ont eu des questionnements mais ont finalement fait le
choix de se faire vacciner pour se protéger, pour protéger les autres
mais aussi pour protéger toute la société. Et ça, c'est une grande marque de
solidarité.
En janvier dernier, comme je le disais, notre
formation politique demandait la vaccination obligatoire pour le personnel de
la santé. Et nous sommes certains que, si ça avait été fait à l'époque, on
aurait pu éviter des éclosions, notamment, on se rappellera, dans le CHSLD
Lionel-Émond où il y a eu des éclosions dues au fait qu'il y avait un taux de
vaccination des employés qui étaient très bas, et éclosions qui se sont suivies
par des décès.
Donc, je suis
heureuse, aujourd'hui, que le gouvernement prenne enfin cette voie,
tardivement, mais au moins il la prend. On souhaite qu'il la prenne de
façon aussi complète, on pourra y revenir, et nous espérons aussi qu'il va élargir la portée de l'annonce qu'il a faite.
J'espère que cette commission va nous amener à une réelle réflexion. J'invite,
en ce sens, le gouvernement à faire preuve
d'ouverture et d'écoute. J'ai entendu, d'ailleurs, hier, la présidente du
Conseil du trésor fermer la porte à la vaccination obligatoire des
employés de l'État, un peu comme son collègue, le ministre de la Santé l'avait
fait il y a quelques mois pour les travailleurs du réseau de la santé.
On ne peut
pas se permettre encore de se réveiller en retard, parce que, soyons sérieux,
la commission qui nous réunit aujourd'hui, elle se réunit beaucoup trop
tard. Le gouvernement aurait dû profiter de la dernière session, aurait dû profiter de l'été pour faire les discussions
que nous allons faire aujourd'hui pour être sûr, justement, d'être prêt à faire
face à la quatrième vague, qui est déjà débutée.
J'ajoute aussi qu'on se réunit avec assez peu
d'information sur le plan de match du gouvernement en matière de vaccination
obligatoire. Peut-être pourra-t-il nous l'expliquer tantôt, mais le ministre a
été assez avare de détails sur l'échéancier et sur les modalités. On espère que
les réflexions ont été faites en amont, justement, de l'annonce qui a été faite
également. C'est important, parce que, rappelons-le, si ce n'est pas la
vaccination, les outils que le gouvernement utilise à ce jour, c'est le
reconfinement et c'est le couvre-feu. Donc, on doit faire ces débats-là avec respect, avec ouverture, mais, une chose est
claire, il faut être clair sur les enjeux. Les décisions qui seront prises par
le gouvernement ou le délai à les prendre pourront retarder un retour à
une vie normale, et c'est pour ça qu'on souhaite de façon très, très claire que
la vaccination obligatoire soit élargie, et le soit rapidement. Merci.
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup. J'invite maintenant le porte-parole du
deuxième groupe d'opposition et député de
Rosemont à faire ses remarques préliminaires pour une durée d'une minute. À
vous la parole.
M. Marissal : Merci, M. le
Président. Chers collègues, c'est pour moi un début dans le bain du domaine de
la santé. Je peux dire que l'eau est assez chaude pour arriver. Tant mieux,
parce qu'on a beaucoup de choses à discuter. La pandémie, depuis 18 mois,
nous a amenés en terrain inconnu, nous amène à prendre des solutions inusitées,
voire exceptionnelles. C'est certainement le cas quand on force, par exemple,
la vaccination d'un groupe ou qu'on demande un passeport vaccinal pour des
activités courantes auxquelles on est habitué.
Je précise là-dessus que nous avions demandé, ma
formation politique, une commission parlementaire aussi sur le passeport
vaccinal. À constater les contradictions, depuis quelques jours, de la part du
gouvernement, je pense que c'est toujours nécessaire d'avoir une commission
parlementaire pour cette chose inusitée. Malheureusement, on ne nous l'a pas
accordée. On va quand même faire celle sur la vaccination obligatoire. Parce
que je pense que la clé ici, le maître mot ici, ça doit être la cohérence,
parce que, sans cohérence, il n'y aura pas d'adhésion. Merci.
Le Président (M. Provençal)
: Merci, M. le député. J'invite maintenant le porte-parole
du troisième groupe d'opposition et député des Îles-de-la-Madeleine à faire ses
remarques préliminaires pour une durée d'une minute. La parole est à vous.
M. Arseneau : Merci beaucoup, M.
le Président. Merci à tous les participants. En fait, nous, pour entrer dans le
vif du sujet, au Parti québécois, on estime que cette mesure inédite a besoin,
évidemment... être discutée en profondeur, comme l'est aussi la mesure du
passeport sanitaire, qui, malheureusement, n'a pas fait l'objet d'un tel débat,
un tel débat qui est absolument essentiel, parce qu'on parle maintenant non
plus d'une vaccination, à laquelle, évidemment, on souscrit, une vaccination
non pas, là, qui est encouragée mais qui est obligée par la contrainte.
Donc, on a de nombreuses questions et des
attentes à savoir pourquoi le gouvernement, aujourd'hui, estime que c'est le
seul moyen d'atteindre les objectifs de vaccination souhaités pour sortir de
cette pandémie, comme on le souhaite tous. On déplore que l'on procède à
l'envers, avec une décision qui est déjà prise, en amont des discussions avec les experts, avec les juristes, avec les éthiciens,
avec les représentants des différentes catégories d'emploi qui seront en jeu.
Merci.
Le Président (M. Provençal)
: Merci, M. le député. J'invite maintenant
la députée d'Iberville à faire ses remarques préliminaires pour une durée de
30 secondes.
Mme Samson : Merci, M. le
Président. M. le Président, je dois vous dire que je déplore sincèrement que cette commission ne soit pas habilitée à formuler des recommandations, encore moins à voter. Je pense que la commission aurait dû pouvoir
jouer pleinement son rôle. Et l'idée d'être une figurante dans une activité de
marketing du gouvernement ne me plaît pas tellement. D'entendre... De
prétendre entendre des intervenants sans les écouter, c'est beaucoup mépriser
ces intervenants-là et les élus. Merci.
Le Président (M. Provençal)
: Merci, Mme la députée, pour ces remarques préliminaires.
Nous allons maintenant débuter les auditions. Je
souhaite la bienvenue au ministre de la Santé et des Services sociaux. Je vous
rappelle que vous disposez de 10 minutes pour votre exposé, après quoi
nous procéderons à la période d'échange avec les membres de la commission. Je
vous invite à commencer votre exposé. À vous la parole.
M. Dubé : Alors, merci
beaucoup, M. le Président. On est en séance de commission parlementaire pour
étudier une question qui est très cruciale à ce stade-ci de nos efforts de la
lutte contre la COVID au Québec. Je tiens à
saluer mes collègues parlementaires des deux côtés de la Chambre, qui vont
siéger sur cette commission, puis j'apprécie à l'avance votre travail, mais je
suis aussi accompagné de ma sous-ministre à la Santé, Mme Dominique
Savoie, qui fait un travail colossal depuis le début de la pandémie.
Depuis le début de la pandémie, on a toujours gardé le même objectif, à savoir
de protéger les clientèles les plus vulnérables contre le virus pour limiter
les hospitalisations puis, ultimement, les décès.
Il faut peut-être faire très rapidement un petit
portrait de la situation des vagues précédentes. En fait, dans les vagues
précédentes, c'est plus de 380 000 cas qui ont été déclarés depuis la
pandémie. Parmi ceux-ci, 45 000 étaient chez les travailleurs de la santé,
soit plus de 10 % des cas. Seulement lors de la première vague, ce
pourcentage était encore plus élevé avec
25 % des cas. Soulignons, à
titre d'exemple, que le risque d'infection des
travailleurs de la santé, lors de la première vague, était neuf fois
plus élevé que chez les adultes en général.
Maintenant, au niveau de la quatrième vague, en
ce début de quatrième vague, nous sommes confrontés à une hausse, qui est préoccupante, des nouveaux cas et à une tendance à
la hausse des hospitalisations. La situation dans nos milieux de soins
est fragile et les intervenants de la santé sont au coeur de nos
préoccupations. En ce moment, alors que plus de 10 000 cas de la
COVID ont été déclarés en six semaines, 5 % sont des travailleurs de la
santé. En date du 23 août dernier, plus
de 2 500 employés étaient encore absents du travail en lien avec la
COVID, dont plus de 130 étaient absents parce qu'ils avaient contracté
la COVID et plus de 1 500 étaient en retrait préventif. La situation est très préoccupante,
et surtout avec les effets de la rentrée et du retour au travail, qui ne se
sont pas encore fait sentir, avec le variant Delta, qui gagne en plus du
terrain. Nous devons, donc, redoubler de vigilance.
Maintenant, quelques mots sur la vaccination. La
vaccination, la bonne nouvelle, c'est que notre couverture vaccinale continue
d'augmenter chaque jour. Le Québec affiche, d'ailleurs, l'un des meilleurs taux
de vaccination au monde. En date du
26 août, la couverture vaccinale avait atteint 86 % chez les 12 ans et plus pour la
première dose et 77 % pour la
deuxième dose, pour un total de plus de 12 millions de doses qui ont été
administrées dans les derniers mois. J'en profite pour remercier encore
une fois tous les Québécois qui sont allés se faire vacciner.
Maintenant, pour la vaccination des travailleurs
de la santé, la campagne de vaccination est un succès à bien des égards, notamment
auprès des travailleurs de la santé, dont 91 % avaient reçu une première
dose en date du 25 août et 86 %
avaient reçu leur deuxième dose. Cela
démontre l'accueil favorable de la vaccination chez ces personnes et
témoigne de la culture de protection des travailleuses et travailleurs de la
santé déjà bien implantée dans le réseau de
la santé et des services sociaux. Les travailleurs de la santé ont été parmi
les premiers groupes priorisés lors du début de la vaccination en
décembre dernier, en même temps que les personnes les plus vulnérables.
Par contre, nous étions quand même inquiets du
taux de vaccination des travailleurs de la santé et, pour augmenter ce taux,
nous avons, d'ailleurs, adopté, le 9 avril dernier, un arrêté ministériel
pour rendre les tests de dépistage obligatoires trois fois par semaine pour les
travailleurs de la santé qui n'avaient pas reçu de première dose. Cette mesure
nous a permis d'atteindre de nouveaux objectifs, mais son effet ne se fait plus
ressentir. J'aimerais rappeler que le 91 % ne touche que le personnel du
réseau de la santé publique. La balance du 9 %, c'est environ
30 000 employés qui ne sont pas vaccinés et qui côtoient toujours des
populations vulnérables.
Pour ce qui est du personnel de la santé privée,
nous n'avons pas les données exactes au privé puisqu'ils sont des employés
d'entreprises privées. Par contre, on note, dans le réseau privé conventionné,
des taux légèrement inférieurs
à ceux du public. De plus, nous avons des indications des propriétaires et des
comités d'usagers que, dans le réseau privé en général, le taux de
vaccination des employés serait légèrement inférieur à ceux du public.
Rappelons aussi que ce qu'on veut éviter, c'est
des infections de travailleurs dans les milieux de vie et de soins, qu'ils soient publics ou privés, et qui
peuvent entraîner encore d'autres bris de services. Dans un contexte où les ressources
sont extrêmement sollicitées, nous ne pouvons pas nous permettre de retirer
davantage de personnel pour des raisons qui auraient pu être évitées grâce à
une vaccination adéquate.
Depuis le début de la campagne de vaccination,
nous avons mis tout en oeuvre pour assurer l'accessibilité de la vaccination à
un maximum de citoyens dans toutes les régions du Québec. Des efforts
particuliers ont été déployés pour rejoindre des groupes ciblés, de nombreuses
campagnes de publicité ont été faites pour cibler les différents groupes d'âge, les différentes communautés, pour
informer et inciter à... la population à la vaccination. Et, tout récemment,
nous avons annoncé l'implantation du
passeport vaccinal pour les activités non essentielles, à compter du
1er septembre, pour éviter que certains lieux deviennent des foyers
d'éclosion et conserver une certaine normalité pour la population qui est
adéquatement vaccinée. Et toutes ces actions ont permis d'augmenter notre
couverture vaccinale.
Maintenant, après les clientèles vulnérables,
qui étaient, comme tout le monde se rappelle, notre groupe numéro un, nous avons toujours
mis une priorité sur les travailleurs de la santé et leur protection, qui est
notre groupe numéro deux. De plus, dans cette optique de protéger le
personnel, nous avons maintenu une discussion constante avec les syndicats des
employés de la santé, et il a été convenu, en mars dernier, de communiquer
l'importance de la vaccination à tous leurs membres, et nous tenons à remercier
les syndicats pour avoir fait cette collaboration avec nous, qui est si
importante.
Mais, malgré les chiffres exceptionnels, nous
voulons continuer d'augmenter notre taux de vaccination pour les employés de la
santé. Aujourd'hui, nous franchissons une étape de plus en voulant rendre la
vaccination obligatoire auprès de tous les intervenants en santé. Notre
objectif avec cette mesure est de protéger nos personnes plus vulnérables mais
aussi de maintenir la capacité hospitalière et maintenir notre niveau de
services et de soins, notamment en réduisant l'absentéisme.
Notre proposition, qui suit la recommandation de
la Santé publique, est, donc, de rendre la vaccination obligatoire pour tous
les intervenants en santé et services sociaux qui sont en contact rapproché
pendant plus de 15 minutes avec les usagers sur une base quotidienne, et
ce, à compter du 15 octobre prochain. Cela concerne les intervenants des
milieux publics et privés, les CLSC, les centres hospitaliers de soins généraux
et spécialisés et psychiatriques, les CHSLD, les centres de protection de
l'enfance et de la jeunesse, les centres de réadaptation, les établissements
privés non conventionnés, les entreprises d'économie sociale en aide à
domicile, ce qu'on appelle les EESAD, les RI, les RTF et les résidences privées
pour aînés, les RPA.
Cela inclut les intervenants du réseau, par
exemple le personnel en soins infirmiers et cardiorespiratoires, les préposés aux bénéficiaires, les services
auxiliaires et métiers, le personnel de bureau, les techniciens et professionnels
de l'administration, les techniciens et professionnels de la santé et des
services sociaux mais aussi les stagiaires, les médecins et le personnel
d'encadrement. Ça inclut également les intervenants du privé qui sont hors
réseau comme les GMF, les bénévoles, les
proches aidants et le personnel des milieux de vie, tout comme les techniciens
ambulanciers paramédics, les
chirurgiens dentistes, les spécialistes en chirurgie buccale et maxillo-faciale
et les optométristes oeuvrant dans un établissement.
Tous ces intervenants devront fournir à leurs
employeurs une preuve de vaccination complète. S'ils refusent de fournir cette preuve, ils devront être
réaffectés à d'autres tâches visées par leur type d'emploi lorsque cela sera
possible. S'ils refusent une réaffectation ou si celle-ci n'est pas
possible, ils ne pourront réintégrer leur travail et seront sans rémunération.
Je suis très conscient que la vaccination
obligatoire des travailleurs de la santé n'est pas une décision facile, mais
nous croyons fermement qu'elle est nécessaire. J'en profite pour souligner, au
nom de tous les Québécois, le travail exceptionnel de notre personnel de la
santé depuis le début de la pandémie.
Maintenant,
puisque cette mesure s'inscrit dans une démarche globale visant à protéger la
population québécoise mais aussi parce que la vaccination obligatoire
touche à l'intégrité physique des personnes et au droit du travail, il nous
apparaît légitime de débattre de la question pour dégager un consensus dont
bénéficiera l'ensemble de notre collectivité de même que nos équipes
d'intervenants.
Je remercie encore une fois les membres de la
commission et tous les intervenants qui viendront témoigner au cours des deux prochains jours. Je remercie...
je vous remercie pour votre collaboration, qui sera, j'en suis certain, des
plus fructueuse et constructive. Et, en terminant, j'aimerais aussi remercier
le travail du Dr Massé dans ce dossier mais aussi pour tout le travail
qu'il a fait au cours des derniers mois. Merci, M. le Président.
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup pour votre exposé.
Nous allons maintenant initier la période d'échange. Alors, Mme la députée de Soulanges,
la parole est à vous.
Mme Picard : Merci beaucoup, M.
le Président. Merci pour votre présence ici, en commission. Votre apport va
être très important pour nous. J'aimerais savoir sur quoi vous vous basez pour
prendre cette décision d'obliger les travailleurs de la santé à la vaccination obligatoire.
On le voit dans plusieurs juridictions dans le monde qui imposent la
vaccination obligatoire, et c'est surtout pour le personnel soignant comme
c'est le cas en France et en Italie, au Royaume-Uni
et en Grèce la vaccination est obligatoire pour les employés des maisons de
retraite y compris le personnel non
médical, et parfois ça suscite des incompréhensions. Pouvez-vous nous donner
les détails sur le processus décisionnel qui vous a amené à envisager
cette mesure?
M. Dubé :
Très bien. Premièrement, bonjour. En fait, je vous dirais que, comme toutes les
grandes décisions qui ont été prises depuis le début de la pandémie, ça nous
prend un avis de la Santé publique pour être capable d'agir sur ces grandes
questions là, parce que le gouvernement agit en réaction à des propositions de
la Santé publique.
Dans le cas, ici, qui
nous concerne, étant donné les différents points que j'ai expliqués, étant
donné l'impact sur l'intégrité physique des
personnes, ce que... l'avis de la Santé publique a été un avis préliminaire, un
avis préliminaire parce qu'on a pris la décision, lorsqu'on a pris tous les
éléments en cause, de dire que je pense que, dans le cas de cette
décision-là, il était important pour nous d'avoir une réflexion avec nos
collègues de l'Assemblée nationale. Donc, je vous dirais, comme à l'habitude,
Santé publique, mais, dans ce cas-ci, un avis préliminaire plutôt qu'un avis
définitif sur lequel on peut prendre une décision. Alors donc, on a maintenant
cet avis préliminaire là qui le recommande.
Je crois aussi que
vous pouvez très bien suivre, Mme la députée, puis je vais y aller rapidement,
que la situation évolue très, très
rapidement. Puis c'est certain que, dans les dernières semaines, étant donné
les prévisions que le ministre fait à toutes les semaines puis qu'on a
vues dans les journaux, je pense qu'il faut voir l'importance de régler ça
rapidement.
Dernier point. Je
pense qu'on s'est entendu clairement, puis je vous donnerais quelques exemples
de critères qui ont guidé non seulement la Santé publique, vous pourrez en
discuter avec le Dr Arruda et le Dr Massé, mais je dirais que le
principal argument, c'est la vulnérabilité de la clientèle, ça, c'est le
principal argument. Mais aussi il faut regarder les historiques d'éclosions que
nous avons eues dans le domaine de la santé, dans nos milieux de vie, la
relation de cause à effet des employés de la santé mais aussi versus des
usagers. Et je pense que c'est important de dire
que les effets positifs d'une vaccination obligatoire sont beaucoup plus grands
que les préjudices qu'il pourrait y avoir.
Maintenant, je pense
qu'il est important, puis je conclus là-dessus, Mme la députée, qu'il faut
maintenir la confiance du public dans son réseau de la santé. Et, dans ce
contexte-là, il faut limiter au maximum les risques qui nous viennent par les travailleurs de la santé et par l'ensemble du
réseau. Donc, c'est pour ça qu'on en est arrivés à cette
recommandation-là.
Mme Picard :
Merci beaucoup. Vous avez récemment publié des données qui démontraient que la
deuxième dose a un impact significatif sur
la baisse des hospitalisations. Est-ce qu'on voit vraiment une différence entre
la deuxième et la quatrième vague en termes d'impact de la vaccination?
Les chiffres publiés
hier sont nettement en hausse avec 550 nouveaux cas, et les
hospitalisations montent aussi, un plus huit, pour un total de 110 lits.
Mais je pense qu'aujourd'hui ça a monté aussi, surtout au niveau des cas que
j'ai vus. Quand qu'on compare les chiffres de la rentrée cette année par
rapport à ceux de l'année passée alors qu'il
y a des personnes qui n'étaient pas vaccinées, on voit que c'est beaucoup plus
élevé. Pouvez-vous nous donner des exemples de l'efficacité de la
vaccination?
M. Dubé : Bien, écoutez, j'ai publié... puis je ne veux pas
prendre trop de votre temps pour aller dans le détail des chiffres, mais
j'ai publié, la semaine passée, là, quand on regardait les trois premières
semaines d'août, qu'on voyait que les cas avaient triplé par rapport à l'an
dernier. La bonne nouvelle, puis il faut regarder où sont les bonnes nouvelles, il n'y a pas eu le même... du taux de
croissance au niveau des cas des hospitalisations. Donc, ça, c'est la bonne
nouvelle, donc c'est la preuve que la
vaccination fonctionne malgré un variant beaucoup plus fort. Ça, c'est le
premier point.
Mais, en même temps,
et c'est pour ça qu'on le voit, il y a une différence très importante pour ceux
qui ne sont pas vaccinés. Puis je prends.... Et c'est pour ça qu'on a demandé,
ce matin, aux gens d'accélérer la publication des
chiffres. Ce matin, on a déjà plus de 600 cas dans la... qui sont les cas
d'hier, en fait, et on voit maintenant de façon très claire, à chaque jour...
et malheureusement c'est très clair que les personnes qui rentent à l'hôpital
ou qui vont aux soins intensifs sont à 90 % et plus des gens qui
sont non vaccinés ou non adéquatement vaccinés.
Donc, le lien entre
la vaccination puis la limitation des cas est de plus en plus clair, puis je pense
que c'est pour ça qu'incluant les
travailleurs de la santé il faut faire l'effort qu'on est en train de faire.
Parce que, je le répète, les neuf personnes... les 9 % du réseau de
la santé qui n'est pas vacciné, c'est quand même 30 000 personnes,
c'est 30 000 personnes qui sont en contact avec des personnes
vulnérables et qui ne sont pas vaccinés.
Mme Picard :
Merci. Merci, M. le Président.
Le Président
(M. Provençal)
Mme la députée de Jean-Talon.
Mme Boutin : Merci beaucoup, M. le Président. Merci, M. le ministre, de votre
présence en commission aujourd'hui, ainsi que Mme Savoie. Merci
infiniment.
J'ai deux brèves
questions que vous avez abordées un peu dans votre présentation, d'ailleurs.
Est-ce que vous voyez une incidence ou une corrélation directe entre la
vaccination des usagers et des travailleurs de la santé sur la chute des
éclosions dans les milieux de vie?
M. Dubé : Mon Dieu! Si j'avais la chance de vous montrer un
tableau, je vous le ferais. Parce que Mme Savoie sait que j'aime
beaucoup les tableaux avec les équipes au ministère de la Santé. Mais il est
très, très clair...
M. Dubé : En fait, c'est des choses qu'on regarde. Mais
rapidement, là, parce qu'on n'a pas beaucoup de temps, lorsqu'on
regarde, par exemple, dans la troisième vague, là, qui est celle où on a
commencé à avoir le bénéfice de la vaccination, on avait, à un moment donné, au plus haut de la vague, environ 30 000 cas actifs. Et on a suivi, là, avec
des courbes, maintenant, l'effet de
la vaccination. Puis on est passé... seulement en allant dans les CHSLD et les
RPA, qui sont nos principaux groupes,
on a vu les cas dans les CHSLD passer de 4 % des cas, c'est-à-dire aux
30 000 cas actifs, à 1 % à l'intérieur de six semaines.
C'est majeur. C'est-à-dire que les cas ont baissé de 20 000 à 10 000,
mais les éclosions dans les CHSLD et les principaux sites ont baissé
rapidement.
Ce qu'on a vu, par contre, puis je l'ai expliqué
tout à l'heure... c'est qu'on a vu, après ça, une stabilisation des cas mais de
la vaccination, et c'est pour ça qu'on a décidé, au mois de mars, de faire un
effort supplémentaire puis de dire aux gens on était rendus à peu près à
60 % de taux de vaccination. Et on a fait l'effort supplémentaire mais
toujours en respect des gens pour dire : Bien, écoutez, au moins ajoutez
un test pour être capable d'avoir des tests pour être capable de... ceux qui
n'étaient pas vaccinés. Ce qu'il est arrivé, c'est qu'on a monté jusqu'à
90 %. Et, dans la quatrième vague, on le voit très bien que ce 90 %
des gens qui sont vaccinés a encore plus d'impact. Parce que, moi, la bonne
nouvelle que je vois pour le moment, c'est qu'en ce moment on a beaucoup de
cas, mais on en a très, très peu dans nos milieux de vie puis dans nos milieux
de soins.
Donc, la vaccination, pour moi, non seulement
elle fonctionne en termes d'impact, mais elle fonctionne aussi autant pour les
employés que pour les usagers qui sont en contact avec... les employés qui sont
en contact avec les usagers. Donc, on est certain que ça fonctionne et on a
l'exemple de la troisième et la quatrième vague qui est très, très frappant.
Mme Boutin : Dans la même veine,
bon, depuis le début de la campagne de vaccination, on a vu aussi que... on a
constaté que, pour des patients qui étaient plus âgés ou plus fragiles, il y
avait une baisse de l'efficacité des vaccins
dans le temps, bien que, bon, oui, ça a eu un impact, là, comme vous venez de
le mentionner, sur les éclosions. Mais est-ce
que vous pourriez... on pourrait
revenir un petit peu dans le temps pour revenir dans le contexte
de la troisième vague au printemps dernier? Vous avez mentionné brièvement, là,
lorsque vous parliez avec ma collègue de Soulanges, un historique concernant
les éclosions et les dates clés concernant la vaccination des employés, l'effet
de la vaccination. Est-ce que vous avez eu des moments charnières dans la troisième
vague?
M. Dubé : Bien, peut-être pour
reprendre, ce que je vous dirais, moment charnière, on a commencé à vacciner
les usagers et les employés en même temps. Rappelez-vous, là, on était contents
de commencer à faire ça au début de janvier. Et tout de suite on a vu, après
six semaines, parce que c'est à peu près ça que ça nous a pris pour vacciner notamment
dans les CHSLD... Et c'est pour ça qu'on vaccinait et les usagers et les
employés. Alors, ça, c'est une date clé.
Comme j'ai dit, après avoir réalisé que ça allait
bien de ce côté-là puis qu'on commençait à avoir plus de vaccins,
rappelez-vous, parce qu'au début on n'en avait pas, de vaccin, il a fallu...
Après ça, je pense qu'on est au mois de mars, là, j'essaie de vous donner des
dates générales, c'est là qu'on a pu accélérer la vaccination dans nos
travailleurs de la santé, parce que, là, on commençait à avoir de plus en... Ça
peut paraître surprenant, mais, dans ce temps-là, on était contents de vacciner
10 000 personnes par jour, vous vous en rappelez.
Alors, c'est pour ça que je pense que dates
clés : début janvier; mars, on commence à avoir plus de vaccins pour nos
employés de la santé; puis, maintenant, je vous dirais, durant l'été, on a été
capable de compléter tout le monde pour arriver au 90 %, 91 % qu'on
est aujourd'hui. Mais, en même temps, 91 % avec une clientèle vulnérable,
moi, pour moi, ce n'est pas assez.
Mme Boutin : Merci beaucoup.
Le Président (M. Provençal)
: Mme la députée de Repentigny.
Mme Lavallée : Merci beaucoup.
Merci, M. le ministre, de prendre le temps de venir nous parler. Vous en
avez probablement entendu parler, du médecin... de la médecin intensiviste qui
travaille dans un hôpital de ma région, qui fait plusieurs sorties dans les
tribunes publiques pour nous parler de ce qu'il se passe dans le réseau. Et
elle nous partage les constats qu'elle fait à l'effet qu'actuellement c'est
beaucoup de jeunes qui se retrouvent en soins à l'hôpital et c'est des jeunes
qui n'ont pas nécessairement d'antécédents médicaux mais qu'ils ont un point en
commun, c'est qu'ils sont non vaccinés. Et elle rappelle... puis je la
remercie, parce qu'elle rappelle notamment l'importance de la vaccination, qui
est une mesure importante de protection.
Mais, du côté du personnel soignant, y a-t-il eu
des conséquences de manque de vaccination d'employés dans certaines unités? Et
avez-vous des exemples?
M. Dubé : Oui, bien,
malheureusement, la députée de Maurice-Richard a donné un
bon exemple tantôt, là, que je peux reprendre, là. Je pense, entre autres, à
l'unité des soins de cancérologie du CHU à Sherbrooke, là. On est au mois de juin, on est au mois de juin, puis il y
a une éclosion qui est survenue dans la... au niveau de la cancérologie.
Puis, écoutez, encore une fois, là, ce n'est pas pour accuser personne, mais
l'éclosion, ce qu'on nous explique, aurait été déclenchée par un employé qui
était contaminé — où
il aurait été contaminé, on ne le sait pas — mais entraînant le décès de
quatre patients. Et il y a eu 16 usagers qui ont été infectés par la
suite, dont quatre décès.
Alors donc, quand on regarde ces cas-là... Je le
répète, il y a eu un effort incroyable qui a été fait dans l'ensemble du réseau
sur les travailleurs de la santé, mais, étant donné l'impact de ce nouveau
variant là, qui était très peu présent au début, on l'a vu comment il a
augmenté, je pense qu'en ce moment même... et je le répète, même à 91 %, étant donné le contexte, les clientèles très
vulnérables, pour moi, on ne peut plus se permettre ce genre d'événement là et
on est rendu à cette étape-là. On avait un plan très clair où on suivait le
plan, mais je crois... et les gens comprennent très bien aujourd'hui qu'on
s'est ajustés.
Maintenant, ce qui m'inquiète encore plus, c'est
que je vous ai dit : On sait que c'est 91 % dans le réseau public,
mais on n'a pas ces statistiques-là dans le réseau privé. Puis on en a, des RI,
on en a, des RTF. Ma mère est dans une RPA. On en a partout, des gens qui font
affaire avec le réseau privé, où il n'y a pas cette obligation-là parce que ce
ne sont pas nos employés. Alors, c'est sûr que je le redis, c'est une décision
qui est difficile, je pense aux EESAD, je pense à tout ça. Alors, pour nous,
pour... Il y a des exemples malheureux, très malheureux, mais je pense qu'il
faut faire un effort encore plus, malgré tous les efforts qui ont été faits
jusqu'à maintenant.
Mme Lavallée : Je vous
remercie, M. le ministre.
Le Président (M. Provençal)
: M. le député de Chauveau.
M. Lévesque (Chauveau) : Oui,
merci beaucoup, M. le Président. M. le ministre, Mme la sous-ministre, chers collègues, merci. Je suis très heureux
d'être là, ce matin, pour discuter de ce sujet-là superimportant. Et, M. le
ministre, on le sait, là, il y a beaucoup de personnes présentement dans
les... personnel du ministère de la Santé qui sont quand même en arrêt de travail pour toutes sortes de
raisons, épuisement. On l'a vu, ça a bougé, beaucoup brassé, hein, on voit
même des manifestations arriver où est-ce que les gens disent : On
est à bout de souffle. Nos anges gardiens sont fatigués.
Moi, j'entends bien votre désir de vouloir
améliorer la situation, protéger les vulnérables, les personnes les plus vulnérables, puis c'est très, très louable,
mais la crainte que je peux avoir, là, quand on va imposer la vaccination
obligatoire... Est-ce que ça pourrait entraîner certains bris de service à
l'intérieur? Parce qu'il y a des gens, peut-être,
qui vont être réfractaires, qui vont refuser. Vous l'avez nommé dans vos
objectifs tout à l'heure, là. Est-ce que vous craignez certains bris de service
à l'intérieur du réseau de la santé et des services sociaux?
M. Dubé : La réponse, c'est
oui. Je pense que c'est pour ça qu'on a retardé cette décision-là le plus
possible. Encore une fois, on est avec... Puis je pense que c'est une très
bonne question, M. Lévesque, M. le député, parce que... Puis je dirais que c'est pour ça qu'on a pris vraiment le temps
de dire : Est-ce qu'on a fait tout ce qu'il fallait faire avant
d'aller à la vaccination obligatoire? Ça, c'est la première chose. Puis c'est
sûr que ça peut... ça nous inquiète, parce qu'on le voit comment notre
personnel a été surmené dans... Puis c'est pour ça que je les en remercie tous
les jours que le bon Dieu amène, parce
qu'ils ont fait un travail merveilleux. On ne fait pas ça par plaisir
aujourd'hui, là, donc on se comprend bien.
Par contre, on sait, puis on l'a vu, que, dans
les derniers mois, plus on avançait dans la vaccination, plus les gens
appréciaient l'environnement sécuritaire qu'on leur donnait. Parce qu'il n'y a
rien de pire, pour un employé de la santé
qui est vacciné, de savoir qu'un de ses collègues, dans le même milieu de
travail, n'est pas vacciné. Alors donc, je pense qu'il y a un équilibre
entre : oui, il y a peut-être un risque d'en perdre quelques-uns, mais il
y a aussi un risque de fournir... et
l'objectif de fournir un meilleur environnement. Puis il n'y a pas personne,
dans le domaine de la santé, qui ne pense pas, à chaque soir, en
rentrant à la maison, à ses enfants ou à sa famille, puis de dire : Est-ce
que j'ai contracté le virus? Non seulement
c'est triste pour moi, mais pour ma famille. Puis on l'a vu, et vice versa,
comment ça arrive, c'est souvent peut-être à la maison avec les enfants
que les gens contractent le virus puis reviennent dans le milieu de la santé.
Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup, M. le
ministre. Alors, nous allons maintenant
céder la parole à la députée de Maurice-Richard.
Mme Montpetit : Je vous remercie, M. le Président. Bonjour, M. le ministre. Bonjour, Mme Savoie. Heureuse d'avoir l'occasion
d'échanger avec vous aujourd'hui.
D'entrée de jeu, M. le ministre, vous avez fait
référence à un avis de la Santé publique. J'imagine que, par souci de
transparence, vous pouvez partager ça avec les membres de la commission,
aujourd'hui, et le rendre public?
M. Dubé : Je pense qu'il est encore
un avis préliminaire. Je vous laisserai en discuter avec le Dr Arruda.
Mme Montpetit :
Bien, vous avez souvent fait référence à la transparence. C'est une décision
qui est importante, la vaccination.
M. Dubé : Tout à fait, tout à
fait, tout à fait.
Mme Montpetit : Je vous invite
à le partager pour qu'on puisse faire les échanges que l'on souhaite.
M. Dubé :
Vous aurez amplement le temps de le discuter avec le Dr Arruda, qui sera
ici dans quelques minutes.
Mme Montpetit : Parfait. Donc,
j'entends que vous n'avez pas la volonté de le partager. C'est parfait, ça
commence bien.
M. Dubé :
Ce n'est pas ça que j'ai dit, j'ai dit que vous pouvez le discuter avec le
Dr Arruda.
Mme Montpetit : Mais c'est
votre décision de le rendre disponible ou pas.
M. Dubé : Très bien, très bien.
Mme Montpetit : Parfait. Moi,
j'aimerais ça savoir... Parce que, bon, vous faites référence, encore là, à un
avis de la Santé publique, alors que la
Loi sur la santé publique, elle est
quand même assez claire avec l'article 123, que je vous lis pour rappel,
qu'au cours d'une urgence sanitaire, le ministre peut «ordonner la vaccination
obligatoire de toute la population ou d'une certaine
partie de celle-ci» sans
délai et sans formalité.
Pourquoi avoir fait le choix d'attendre? On a eu
ces échanges-là au mois de janvier, vous y avez fait référence vous-même, il y a eu... Bon, je ne suis pas sûre que j'aurais
qualifié ça d'exemples malheureux, mais il y a eu des éclosions, il y a
eu des décès, il y a des gens, aujourd'hui, qui ont des proches... qui ont
perdu des proches dans des CHSLD, effectivement, et au CHU, en cancérologie,
parce que, justement, il y a des employés qui n'étaient pas vaccinés, parce
qu'on les a laissés dans des milieux de soins. Pourquoi ne pas avoir pris cette
décision-là plus tôt? Et pourquoi aujourd'hui le faire? Et est-ce que ça va
être la même logique pour les autres secteurs aussi, d'attendre encore?
M. Dubé : Bien, écoutez, je
pense qu'on ne peut pas nous reprocher, là, de suivre les recommandations de la
Santé publique, c'est ce qu'on fait depuis
le début, puis je pense que vous êtes en accord avec ça que c'est ce qu'on fait
depuis le début.
Maintenant,
il faut faire une différence. Quand vous parlez de l'article 123 ou 126,
qui est corollaire à ça, il y a une grande différence entre obliger la
vaccination, c'est de dire de forcer quelqu'un à le piquer. C'est ça que la loi
peut permettre jusqu'à l'extrême dans certains cas. Ce n'est pas de ça
qu'on parle ici. Ce qu'on parle ici, c'est de dire aux gens : Si jamais vous ne voulez pas être vacciné, vous ne
pourrez plus travailler. Il y a une grande, grande différence ici. Parce que
je pense, et ça sera au Dr Arruda de vous expliquer, là, ce que la loi
nous permet puis les mesures d'urgence nous permettent,
on pourrait aller obliger quelqu'un
de dire : Vous êtes... vous travaillez, et je vous pique. Ce n'est pas de
ça qu'on parle ici.
Alors, pour répondre à votre question, je
pense... puis j'ai bien expliqué, dans mon texte, un peu plus tôt, Mme la
députée, puis j'apprécie votre question... j'ai expliqué qu'on a suivi plusieurs
étapes, plusieurs étapes depuis le début,
tout en trouvant l'équilibre entre respectant le droit des employés, leur vie personnelle,
la façon dont on les traite, on
traite leur intégrité mais aussi d'être capable d'avoir le plus de volontariat
possible. L'arrivée de la quatrième vague nous met devant cette situation-là,
puis on va agir.
Mais on croyait qu'il était important, pour une
décision aussi cruciale, de venir consulter nos collègues et les experts. Il y aura plus de 15 experts qui
seront ici au cours des deux prochains jours. Je pense que c'est la bonne façon
de travailler.
Mme Montpetit : Vous avez...
D'entrée de jeu, dans votre allocution, vous avez dit que la vaccination
obligatoire aux travailleurs de la santé allait s'appliquer à tous les employés
et, par la suite, vous avez nuancé en disant
qu'elle allait s'appliquer seulement aux employés, aux travailleurs de la santé
qui sont dans un contact rapproché pendant plus de 15 minutes avec
la clientèle. Je vous laisserai certainement expliquer plus clairement ce
qu'est un contact rapproché dans d'autres circonstances que cette commission.
Moi, ce que je veux savoir plus précisément,
c'est pourquoi vous avez fait le choix d'exclure certains patients. Ce qu'on a
appris dans les trois dernières vagues, c'est qu'il y a eu de la transmission
entre les employés. Il y a eu de la transmission notamment dans les salles de
pause, dans les cafétérias, dans les couloirs. Et là vous prenez la décision...
Ça fait un peu demi-mesure d'exclure du personnel qui, lui, pourrait se
retrouver en contact avec des soignants qui,
eux, sont en contact avec des patients. Donc, j'aimerais savoir pourquoi vous
prenez ce risque, pourquoi vous prenez le risque d'exclure des patients
et de ne pas inclure... des travailleurs de la santé, pourquoi ne pas inclure
tous les travailleurs de la santé qui sont dans un milieu de soins, notamment.
M. Dubé : O.K. Bien, en fait,
ça a été une discussion qu'on a eue avec... encore une fois, je m'excuse de me répéter, mais c'est la logique qu'on a suivie,
c'est de regarder l'équilibre entre les différents critères que j'ai expliqués
tout à l'heure, le critère, entre autres, de vulnérabilité. C'est sûr qu'il n'y
a pas la même vulnérabilité d'un employé qui est en administration ou dans un
bureau puis quelqu'un qui est dans une salle de chirurgie.
Mais ce qu'on
a fait, c'est qu'on a demandé à l'équipe du Dr Arruda... Puis c'est pour
ça qu'encore une fois je remercie le
Dr Massé, avec toute son équipe, qui ont fait un travail... C'est eux qui
sont arrivés avec la recommandation, Mme la députée, là, qui sont
arrivés puis qui ont dit : Écoutez, on veut que ce soient tous les
travailleurs de la santé, mais le principe,
c'est d'avoir un contact important avec le patient. Et, ce contact-là, ils
l'ont défini par un contact de plus de
15 minutes avec un patient. Moi, je vous dis, avec les premiers calculs
qu'on a faits, ça rejoint à peu près 500 000 personnes.
Mais 300 000 personnes du réseau
public, 300 000 personnes qui sont vaccinées à 90 %, 91 %,
ça fait quand même 30 000 personnes, dans le public, qui ne sont pas
vaccinées. Et, dans le privé, si on prenait les mêmes pourcentages, puis je
pense qu'ils sont un peu plus bas, on a...
M. Dubé :
Non, mais juste pour terminer... Non, mais juste pour terminer...
Mme Montpetit : Est-ce que vous
pouvez nous confirmer qu'il n'y a eu aucune éclosion qui est venue du personnel
que vous allez exclure de votre directive?
M. Dubé : Je ne peux pas vous
confirmer ça, madame, parce qu'on a... Mais ce que j'aimerais vous dire, juste
pour terminer mon point, on parle ici, là, de 30 000 personnes qui ne
sont pas vaccinées dans le réseau public et on parle d'au moins la même chose
du côté du réseau privé. Alors, quand on pense aux RPA, on pense aux RI, du
personnel, des employés, des patients vulnérables qui sont souvent handicapés,
etc., je pense qu'il y a une décision importante de prendre par rapport à
50 000, 60 000, 70 000 personnes qui ne sont pas vaccinées
et qui sont en contact avec les patients, et c'est pour ça qu'on prend cette
décision-là. Voilà.
Le Président (M. Provençal)
: M. le député de Nelligan.
M. Derraji : Merci, M. le
Président. Bonjour. J'ai vu que vous aimez les tableaux, donc, moi aussi, j'aime
aussi les tableaux. Donc, on parle d'un plan
de réaffectation d'un minimum de 60 000 employés.
Donc, il y a 30 000 dans le secteur public, 30 000 dans le
secteur privé. Donc, j'ai entendu que vous allez proposer la réaffectation. Si
c'est un refus, c'est un congé sans solde. C'est quoi, vos prévisions par
rapport aux prochains trois mois au niveau de la réaffectation des employés?
M. Dubé : C'est pour ça, tout à
l'heure, que je répondais à la question du député de Vanier, moi, je crois...
et c'est pour ça qu'on a donné une date d'application, M. le député, du
15 octobre. En fait, ce qu'on dit aux employés de la santé, là : Il
vous reste une chance, au cours des deux prochains mois, pour être capable
d'aller chercher non seulement votre première dose, mais d'aller chercher votre
deuxième dose aussi, parce qu'on sait que l'intervalle minimum est de quatre
semaines. Donc, c'est sûr qu'on sent qu'il va y avoir un certain dérangement
s'il y a des gens qui continuent de prendre cette décision-là.
Mais je vous
rappellerais, en même temps, qu'au pire, au pire de la première vague, on avait
12 000 personnes du réseau de la santé qui étaient absentes
pour toutes sortes de raisons, on est à 2 000 présentement. Alors, c'est
sûr qu'on a un peu plus de flexibilité qu'on en avait dans la première vague.
Mais c'est sûr, encore une fois, et c'est pour ça qu'on donne... Et les
discussions que vous aurez de par votre commission avec les représentants
syndicaux, puis je suis excessivement content de la collaboration qu'on a eue
avec eux, posez-leur leurs questions.
Parce que je
pense qu'on a vu une augmentation des taux. On était à 85 % il y a un
mois, on est rendu à 91 %. Donc,
il a continué d'avoir une augmentation. Puis je pense qu'en expliquant bien les
choses je serais pas mal surpris, surtout en donnant un environnement de
meilleure qualité à nos employés, pour leurs familles, qu'on va avoir une...
M. Derraji : ...vous
expliquez... Comment vous expliquez qu'à l'intérieur du réseau de santé, où
vous êtes responsable, il y a 30 000 personnes qui, jusqu'à
maintenant, elles, n'ont pas eu ni la première ni la deuxième dose,
qu'aujourd'hui, vu que vous allez passer au mode obligation, ils vont aller se
précipiter pour la première et la deuxième dose et respecter le délai du
15 octobre?
M. Dubé : Bien, écoutez, je
vous ai dit, on prend des moyens qu'on trouve excessivement difficiles. On va réaffecter, mais comme vous avez dit, si on n'est
pas capable de réaffecter un certain nombre de personnes, ces gens-là
devront prendre un congé sans solde. Alors, c'est triste, mais c'est ça. Ce
n'est pas notre objectif. Alors...
M. Derraji : C'est quoi, le
profil...
M. Dubé :
...je pense qu'il faut... Mais je veux juste terminer. Il faut être capable de
comparer des désavantages. C'en est un, on est très conscients de ça.
M. Derraji : C'est quoi, le
profil des employés, les 30 000 qui refusent, jusqu'à maintenant, la
vaccination? Est-ce qu'on parle des médecins? Est-ce qu'on parle de
pharmaciens? Est-ce qu'on parle d'infirmières? Est-ce qu'on parle de préposés
aux bénéficiaires? C'est quoi, le profil?
M. Dubé : Le profil, il est
variable, il est variable par profession, il est variable par expertise, il est
variable par région. On a des régions, par
exemple, comme à Montréal, où le taux de vaccination des employés est beaucoup
plus bas. On a des types de
professions qui sont un peu plus bas. Je vous dirais que c'est généralisé mais
avec des pourcentages qui varient. Et c'est pour ça que je crois, selon
moi, qu'une bonne discussion comme on va avoir dans les prochains jours, notamment avec le travail... puis je le
répète que le syndicat nous a... les différents syndicats nous ont aidés, je
pense qu'il y a encore de la place pour convaincre des gens de bien les
informer et de monter le taux de participation.
Le Président (M. Provençal)
: Merci, M. le ministre. Je cède maintenant la parole au
député de Rosemont.
M. Marissal :
Merci, M. le Président. M. le ministre, ce n'est pas que je suis impoli, mais
je n'ai pas de temps, alors je vais couper les mondanités. J'ai 2 min 30 s
puis j'ai deux questions.
D'après certaines
statistiques, là, il peut y avoir jusqu'à 30 % de personnel non
adéquatement vacciné même dans certains
hôpitaux. Vous avez parlé de Montréal, c'est le cas, effectivement. C'est quoi,
votre plan de contingence? Parce que vous admettez vous-même qu'il y en
a une
partie qui vont partir, effectivement, et vous admettez qu'il peut y avoir bris de service, ce qui n'est quand
même pas rien dans des hôpitaux qui sont déjà à l'extrême limite de ce
qu'ils peuvent faire.
Et, par ailleurs, est-ce qu'il y a toujours
cette fameuse mobilité du personnel d'un établissement à l'autre, en
particulier du personnel qui vient des agences privées et qui contribue aussi à
la propagation et à la contamination?
M. Dubé :
Bon, comme vous n'avez pas beaucoup de temps, je vais aller à l'essentiel. Deux
choses. Vous me demandez quelles vont
être les bris de service. On l'a vu dans les vagues précédentes, quand on
manque de personnel, qu'est-ce qu'on fait? Malheureusement, on coupe
dans les chirurgies, on coupe dans les chirurgies, on coupe dans des services qui sont essentiels. C'est sûr que,
s'il y a beaucoup de personnes qui partent, il va y avoir un impact. En ce
moment, on a réussi à revenir à 100 % de nos chirurgies. On ne rattrape
pas le retard, mais au moins on est revenus à 100 %.
La pire nouvelle qu'on pourrait annoncer aux Québécois, c'est que... s'il y a
beaucoup de personnes du réseau qui
s'en vont, c'est qu'on va être obligé de baisser encore une fois les chirurgies.
C'est ça qui va être notre choix, puis ce n'est pas notre premier choix,
et c'est pour ça qu'on donne jusqu'au 15 octobre à nos employés pour le
faire.
Maintenant, spécifiquement à votre question dans
certaines régions, pour moi, la différence dans certaines régions s'explique aussi peut-être par une
communication plus grande qu'on devrait faire dans certaines régions. Parce
qu'il y a des... j'ai des secteurs où on est
à 95 %, 96 % dans le secteur de la santé aussi. Alors, c'est pour ça,
M. le député, puis je termine
là-dessus, qu'on se donne jusqu'au 15 octobre pour donner aux gens le
temps, ceux qui n'ont pas encore été convaincus, de le faire.
M. Marissal : Si on est à
70 % dans certains hôpitaux, là, donc 30 % de personnel non vacciné,
vous venez d'admettre que vous avez raté votre programme de communication.
Parce que, 18 mois plus tard, il est un peu tard, M. le ministre, pour
venir nous dire : Ah! bien, on va faire de la sensibilisation.
M. Dubé : Vous pouvez commenter
ça. Moi, je vous dirais qu'avec toute la collaboration qu'on a eue de nos
syndicats, de nos P.D.G. qui ont fait un travail incroyable, de... tout le
monde a fait un travail, il y a encore des endroits où on peut mieux faire.
Puis je pense que c'est ça qu'on va continuer à faire dans les prochains jours.
On le fait chaque jour. On a demandé à nos employés d'être disponibles, on leur
a donné toutes sortes de façons de le faire.
Le Président (M. Provençal)
: Merci, M. le ministre.
M. Dubé : On va continuer à le
faire, M. le député.
Le Président (M. Provençal)
: Merci. Je cède maintenant la parole au député des
Îles-de-la-Madeleine.
M. Arseneau : Merci beaucoup,
M. le Président. Alors, par manque de temps, je vais aller droit au but
également avec quelques courtes questions. M. le ministre, quand vous
faites référence à un avis public dont on ne peut
pas avoir copie pour l'instant, est-ce qu'il s'agit bel et bien d'un avis du
Comité d'éthique de la santé publique ou d'une autre organisation?
M. Dubé : Non, premièrement, ce
n'est pas un avis public, là, ce que j'ai parlé tout à l'heure, puis ce n'est
pas l'avis du comité d'éthique, c'est un avis qu'on a demandé à la Santé
publique, que j'ai qualifié d'un avis préliminaire, et cet avis-là n'est pas
encore disponible de façon publique.
M. Arseneau : Mais vous êtes
bien conscient que le seul avis que le public a, que les gens de la santé ont,
c'est celui du Comité d'éthique en santé publique, qui mise sur les valeurs de
réciprocité et de solidarité pour une vaccination volontaire.
M. Dubé : Oui. Et c'est pour
ça, d'ailleurs... M. le député, votre question est très pertinente. C'est pour
ça qu'on a demandé au Dr Arruda, à son équipe, de nous dire...
émettez-nous un avis, parce qu'on est tous d'accord qu'on a besoin de la vaccination obligation pour la santé. Puis, étant
donné qu'on décidait de passer par une commission, je pense qu'il aurait
été prématuré, pour faire un avis final avant d'entendre tout le monde qui va
être ici, autant les députés que les experts qui sont consultés.
M. Arseneau : Vous avez parlé,
tout à l'heure, de quelques semaines encore pour convaincre les gens qui n'ont
pas été se faire vacciner adéquatement, mais on utilise la contrainte, en fait.
Pourquoi utiliser seulement la contrainte à ce stade-ci?
M. Dubé : Bien, écoutez, je
pense que poser la question, c'est y répondre, M. le député.
M. Arseneau : Est-ce que vous
ne craignez pas, à ce moment-là, que ce soit contre-productif puis qu'on ait
des fameux bris de service auxquels vous avez fait référence? Et est-ce que
vous les avez mesurés? Parce que vous êtes... vous dites que vous êtes un amant des
tableaux, mais vous l'êtes aussi, en tout cas du moins votre gouvernement,
des sondages. Quelle est la perception que
vous avez sur l'effet de la contrainte sur le personnel de la santé? Quels
seront les résultats?
M. Dubé :
Écoutez, on l'a vu... M. le député, on l'a vu dans plusieurs cas qu'il y a des
gens, puis pour toutes sortes de raisons personnelles, culturelles, etc., qui
ont besoin de prendre plus de temps pour être convaincus de ce qu'il faut faire, et, dans ce sens-là... Puis j'ai
expliqué, là, j'ai pris le temps, tout à l'heure, d'expliquer toutes les étapes,
comment on a fait pour en arriver avec un consensus pour que les gens
comprennent que c'était important dans la santé. On est passé de 40 à 60...
M. Arseneau :
L'objectif final, c'est quoi, 100 %?
M. Dubé :
Bien, c'est sûr qu'il faut aller chercher... Parce qu'on a dit — il y
a un objectif précis dans la santé — que chaque cas est dangereux.
On a donné des exemples, la députée de Maurice-Richard en a donnés. On peut vous en
donner plusieurs, exemples, où, malheureusement, un seul employé non vacciné
peut causer un tort important. On ne dit pas que c'est...
M. Arseneau :
...peuvent aussi transmettre le virus.
Le Président (M. Provençal)
: Merci
beaucoup. Le temps étant déjà écoulé,
je cède maintenant la parole à la députée d'Iberville.
Mme Samson :
Merci, M. le Président. Bon, on parle ici de 30 000, 50 000,
60 000 employés du service de la santé qui ne sont pas vaccinés. M.
le ministre, de combien de ceux-ci le système est-il capable de se passer avant
de s'écrouler?
M. Dubé :
Écoutez, Mme la députée, j'ai expliqué, tout à l'heure, que... Alors, on a eu,
au pire de la première vague, 12 000 employés qui étaient en absence
de travail. On en a présentement un petit peu plus que 2 000. C'est
sûr qu'on ne veut pas retourner là, et je pense que c'est pour ça qu'on s'est
donné un délai et qu'on veut être capable de le respecter. Et on va être
capable de convaincre nos employés que c'est la bonne chose à faire étant donné
l'urgence de la situation.
Mme Samson :
Les employés qui ne sont pas complètement vaccinés aujourd'hui doivent passer
trois tests négatifs par semaine, si je ne m'abuse. À partir du moment où le
vaccin est efficace contre le Delta à 66 %, là, c'est les derniers
chiffres qui sont sortis, est-ce que les gens qui se font vacciner sont moins
bien protégés que ceux qui passent les trois tests négatifs par semaine?
M. Dubé :
Écoutez, il faut faire attention avec les études qui sont sorties, c'est des
études aux États-Unis et en Angleterre qui ne tiennent pas compte de
l'intervalle entre la première dose et la deuxième dose. On parle de temps
d'intervalle, dans ces pays-là, qui a été de quatre semaines. Nous, on a
eu un intervalle beaucoup plus long grâce à une excellente recommandation du
Dr Arruda, qui a demandé à avoir un intervalle beaucoup plus long entre la
première puis deuxième dose, donc ces études-là ne s'appliquent pas à nos
statistiques à nous. Puis on le verra, dans les prochaines semaines, comment ça
se développe.
Le Président
(M. Provençal)
15 secondes.
C'est beau? Merci. Je vous remercie, M. le ministre, pour votre
collaboration et votre contribution aux travaux de la commission.
Je suspends les
travaux quelques instants afin que l'on puisse accueillir le prochain témoin.
(Suspension de la séance à
10 h 52)
Le Président
(M. Provençal)
: Je souhaite la
bienvenue au Dr Horacio Arruda, directeur national de la santé
publique. Je vous rappelle que vous disposez 10 minutes pour votre exposé,
après quoi, nous procéderons à la période d'échange avec les membres de la
commission. Je vous invite à vous présenter et à commencer votre exposé, après
quoi nous procéderons à la période d'échange avec les membres de la commission.
Je vous invite à vous présenter et à commencer votre exposé. À vous la parole.
M. Arruda
(Horacio) : Bonjour,
M. le Président. Bonjour, M. le
ministre, chers élus, mesdames et messieurs. Je me présente, je
suis le Dr Horacio Arruda, directeur national de santé publique et sous-ministre
adjoint à la santé publique au ministère de la Santé et des Services sociaux.
Je suis accompagné de mon collègue, qui va se présenter, le Dr Richard
Massé. Vas-y, Richard.
M. Massé
(Richard) : Bonjour. Je suis conseiller médical stratégique auprès du directeur
national de santé publique. Je suis présent depuis le mois de mars 2020 aux
côtés du Dr Arruda.
M. Arruda
(Horacio) : Merci.
Donc, permettez-moi de vous faire encore mes salutations, et je vous remercie
de nous permettre d'être entendus à cette commission, qui est très importante,
pour cet objet très particulier, qui se prend dans un contexte de mesures
d'urgence.
Mesdames et messieurs, nous sommes plus que
jamais à un point crucial de nos efforts de lutte contre la COVID-19. Au Québec,
comme par les campagnes passées, la réponse de la population québécoise à
l'invitation du gouvernement avec... à la vaccination contre la COVID-19 a été
un grand succès, particulièrement quand l'on se compare avec les taux qui ont
été atteints aux niveaux international et national. Même si la vaccination
demeure le meilleur outil de lutte contre la pandémie, l'arrivée du variant
Delta accentue encore notre défi. Nous sommes encore loin de pouvoir abandonner la vigilance qui nous a si bien servis ces
derniers mois. M. le ministre a bien raison d'affirmer que la prudence est de mise. Dans ce
contexte particulier d'urgence sanitaire, de l'arrivée du variant Delta et
surtout après tous les efforts qui ont été consentis pour promouvoir et rendre
accessible la vaccination à toute la population, l'adoption d'une mesure
obligeant la vaccination adéquate des intervenants de santé et des services
sociaux s'avère nécessaire au point où nous en sommes.
Par ailleurs, c'est important de le mentionner,
que nous continuerons certes tous les efforts pour convaincre la population à
se faire vacciner par des approches habituelles qui sont les pierres angulaires
de nos programmes de vaccination. C'est
ainsi que nous pourrons limiter la propagation du virus de manière stratégique là où les conséquences sont les plus grandes, soit dans nos installations
du réseau et dans les milieux qui accueillent les clientèles les plus
vulnérables.
Bien sûr, il ne s'agit pas d'obliger tout le
monde mais plutôt les personnes qui sont en contact rapproché, pendant plus de
15 minutes, avec les usagers sur une base quotidienne. Les milieux ciblés
sont les CLSC, les centres hospitaliers, les
CHSLD, les centres qui accueillent les jeunes en difficulté, les milieux de vie accueillant des personnes ayant une perte d'autonomie, les entreprises
qui offrent des services de soutien à
domicile, le milieu des services
préhospitaliers d'urgence. Je n'en fais pas une liste exhaustive, car nous
aurons le temps, en commission, de regarder cela de plus près, mais vous
comprenez le principe. Cela concerne les intervenants qui ont un contact direct
avec les usagers pendant assez longtemps
pour présenter un risque réel de contamination. Ces intervenants sont de
différents types. Cela inclut le personnel soignant, dont les médecins,
les stagiaires, les sages-femmes, mais aussi, entre autres, les bénévoles, le
personnel enseignant oeuvrant au sein du réseau de même que les responsables
des milieux de vie et leur personnel.
Évidemment, il y aura des exceptions, car
certaines personnes ont des contre-indications à la vaccination. Je tiens
toutefois à rappeler que ces contre-indications sont très rares et qu'elles
sont, en général, applicables à un seul type de vaccin, il y a presque toujours
possibilité d'offrir un type de vaccin ou un autre.
L'adoption d'une telle mesure n'est pas unique
au Québec. Cette option s'inscrit en cohérence avec la position de nombreuses
juridictions à travers le monde qui ont opté pour cette solution. Ailleurs dans
le monde aussi, les autorités de santé
publique font des recommandations en ce sens. En France, par exemple, le
personnel des hôpitaux, des cliniques et des maisons de retraite ainsi
que les professionnels et bénévoles auprès des personnes âgées ont jusqu'au
15 septembre 2021 pour se faire vacciner. L'Italie et la Grèce ont pris
des mesures similaires.
La vaccination obligatoire doit être utilisée en
ajout des autres mesures de protection recommandées. Et, rappelons-le, le
vaccin est la solution la plus efficace pour venir à bout de cette pandémie,
et, si nous voulons en finir avec une telle crise, il faut nous assurer que plus
de gens possible soient immunisés. Avec l'émergence des variants et la
recrudescence des cas que nous observons en ce moment, c'est le choix le plus
sensé à faire, et le but de cette commission est de voir comment nous allons adapter cette
mesure au contexte québécois et à la volonté de la population.
Merci à vous,
chers élus de l'Assemblée nationale, de nous partager vos suggestions
et vos préoccupations afin de soutenir le gouvernement dans sa
décision. Je vous remercie et je vous souhaite une bonne commission.
Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup pour votre exposé. Nous allons débuter la période d'échange avec Mme la députée de Soulanges.
Mme Picard : Merci, M. le
Président. Merci à vous deux d'être présents pour la commission aujourd'hui. Un merci tout spécial à Dr Massé pour toutes
vos années de contribution à la fonction
publique et surtout votre grande
contribution pour la pandémie actuelle.
J'ai une question vraiment toute simple pour
vous : Sur quoi vous vous êtes basés pour rendre cette décision, pour
prendre cette décision?
M. Arruda (Horacio) : Je
pourrais commencer, et Dr Massé pourra compléter. Il faut comprendre qu'on
s'est basés sur le fait que, premièrement, on a offert la vaccination, on a
fait plusieurs démarches antérieures, je vous dirais, là, pour promouvoir la
vaccination, diminuer les barrières, expliquer, promouvoir, aller vacciner sur
les sites et sur les lieux, mais
malheureusement, avec l'arrivée du Delta comme tel, compte tenu aussi du fait
qu'il existe encore un risque
important pour les personnes vulnérables et pour les... pour un certain
sous-groupe de travailleurs de la santé et dans le contexte où, avec la quatrième vague, oui, on va avoir plus
de cas, mais on risque d'avoir des hospitalisations aussi chez des plus jeunes, des besoins pour le
système de soins, bien, dans les faits, comme stratégie complémentaire à
ce qu'on a déjà fait, compte tenu qu'on a
quand même mis des efforts assez intenses, on considère maintenant, compte tenu du variant Delta, compte tenu qu'il y a encore un
bassin important de personnes vulnérables, compte tenu qu'on veut protéger les travailleurs de la santé aussi
de la transmission entre eux et les maintenir au travail... parce que chaque
travailleur de la santé qui est absent est une ressource de moins, qui va avoir
un impact non pas seulement sur les gens qu'on traite, en termes de COVID-19,
mais aussi sur les soins en général, des infarctus, d'autres urgences qui
pourraient, à mon avis, être impactées.
Et, dans ce contexte-là, aussi on s'est basés
sur la connaissance qu'on a eue des éclosions antérieures. On sait que les
travailleurs de la santé ont été une très forte proportion des cas, notamment
en première vague, et même en deuxième, et encore vrai tout récemment. À chaque
jour, on a au moins une vingtaine, même jusqu'à 40 travailleurs de la santé qui s'infectent et on a besoin de ces
personnes-là pour maintenir les soins. Donc, ce sont des milieux à haut risque. C'est basé sur notre expérience
antérieure, sur le désir, un, de protéger les vulnérables, deux, de protéger
notre système de soins mais aussi les travailleurs de la santé.
Je ne sais pas si Dr Massé veut ajouter
quelque chose.
M. Massé (Richard) : Bien, je
pense, vous avez fait le tour des arguments, mais j'ajouterais le fait d'avoir un rôle exemplaire vis-à-vis de l'ensemble de la
société. Donc, c'est moins un enjeu épidémiologique que le fait de dire :
Bien, tout le monde devrait aller chercher la vaccination. Mais, si les
travailleurs de la santé y vont complètement, ça montre le signal que c'est
essentiel pour tout le monde d'aller chercher la vaccination.
M. Arruda (Horacio) :
Merci, Richard, de parler de cette exemplarité-là qui est importante, et ça
fait un peu
partie de nos processus déontologiques, de ne pas mettre à risque
nos patients.
Le Président (M. Provençal)
: Mme la députée de Jean-Talon.
Mme Boutin : Merci beaucoup, M. le Président. Merci,
Dr Massé, merci, Dr Arruda, d'être aujourd'hui présents en commission
pour répondre à nos questions. Écoutez, j'ai deux questions qui sont en
complémentarité avec celle de ma... la
députée de Soulanges. Vous savez, le gouvernement, jusqu'à maintenant, a
toujours suivi les avis, les recommandations de la Santé publique, et puis là, bon, vous venez de recommander
que la vaccination obligatoire soit faite
pour les travailleurs de la santé. J'aimerais savoir quels sont les
critères qui vous guident dans la décision pour définir, décider qu'un corps d'emploi particulier se qualifie ou devrait,
justement, se faire vacciner
de manière... obligatoirement.
M. Arruda (Horacio) : Je
vous remercie. Il faut comprendre que notre avis est préliminaire actuellement,
d'ailleurs les travaux de la commission vont peut-être nous aider à cerner
aussi certains sous-groupes qui n'auraient été pas nécessairement identifiés
dans la liste, mais le principe général, là, c'est un intervenant, une personne
qui peut être à la fois un professionnel de la santé ou une personne, par exemple en hygiène et salubrité, qui va être en contact avec des personnes en milieu vulnérable pour un
minimum de 15 minutes. La raison pour laquelle on fait ça, dans le fond, c'est qu'on... c'est que les gens doivent avoir un contact physique ou
dans la même pièce qu'une personne qui est malade et
qui est très vulnérable. Ça, c'est un des critères majeurs, je vous dirais,
c'est celui qui définit l'intervenant de
santé. Après ça, il y a toute une série d'analyses qui sont faites, notamment
avec nos équipes de ressources humaines, qui connaissent bien les corps
d'emploi, etc.
Nous, on n'est pas rentrés dans la définition
précise des corps d'emploi, on en a quelques-uns, mais, dans les faits, le principe principal, c'est : Vous
êtes un intervenant de soins de santé ou vous travaillez dans un milieu de
santé où vous êtes en contact avec
des personnes vulnérables, habituellement pour un temps qu'on calcule de 15
minutes, donc vous devez être protégé, à la fois pour vous protéger
vous, pour rester en fonction, et aussi protéger la population. Dr Massé?
M. Massé (Richard) : On fait
attention aussi pour ne pas déborder pour des gens qui n'auraient pas ces
contacts avec les personnes vulnérables, parce que peut-être que vous nous
poserez la question : Mais pourquoi pas telle autre, pourquoi pas telle
autre? Puis c'est là l'enjeu important de dire : On s'en tient à ces
critères-là, parce qu'on a toujours
maintenu que ce n'était pas l'option numéro un d'avoir la vaccination
obligatoire mais que, dans certains cas, et c'est le cas maintenant, on
est obligés de le prendre et on doit vraiment le... bien le cercler, bien le
confiner.
Mme Boutin : ...complémentaire,
là. Considérant qu'on a fait beaucoup d'efforts de sensibilisation pour
encourager les gens à se faire vacciner, encourager tous les travailleurs à se
faire vacciner également, est-ce que, selon
vous, on devrait, à terme, quand on va être au maximum des efforts, là, de sensibilisation... est-ce que, selon vous, à terme, on devrait obliger, forcer
la vaccination obligatoire à tous les travailleurs qui sont en contact direct
avec des personnes que vous jugez vulnérables selon vos critères?
M. Arruda
(Horacio) : Il faut
comprendre que, comme on le dit, là, la mesure principale qu'on fait habituellement... et qu'on va continuer à faire, hein? Ce n'est pas parce qu'on va
implanter cette mesure de vaccination obligatoire
auprès de certains travailleurs qu'on va arrêter nos efforts de faire comprendre
et de convaincre, hein, ça va
continuer. C'est un élément qui s'ajoute aussi sur un autre élément qui est
très important, il faut garder nos mesures de protection qu'on utilise, mesures de protection
personnelle, et les guides de pratiques qui vont être là, là. Ce n'est pas
parce qu'on est vaccinés deux doses qu'il faut automatiquement tout libérer
avec le variant Delta.
Donc, je pense qu'actuellement ce qu'on a
convenu, là, où on en est en date d'aujourd'hui, puis on va entendre, bien entendu, les travaux de la
commission, c'est qu'on veut protéger les gens vulnérables. Où sont-ils? Ils
sont dans les milieux de soins, ils
sont dans les CHSLD, ils sont dans des résidences pour personnes âgées. Et la
catégorie de personnel qui est en
contact suffisant avec la personne pour l'exposer, c'est eux qui sont visés par
la recommandation préliminaire qu'on a mise en place.
Maintenant, pour ce qui est de l'avenir, je
pense que je ne veux pas fermer aucune porte, mais actuellement c'est
véritablement là-dessus, parce qu'on considère que ces personnes-là sont à
risque, ces personnes-là peuvent contaminer leurs... les patients, et puis,
trois, ils sont absolument essentiels au maintien des services de santé. Et ce n'est pas seulement la COVID-19, mais toutes les
autres opérations urgentes ou moins urgentes qui pourraient être impactées
par un système de soins qui est surchargé.
Mme Boutin : Merci beaucoup. Je
pense que ma collègue de Repentigny à quelques questions également.
Le Président (M. Provençal)
: ...je vous cède la parole.
Mme Lavallée :
Merci beaucoup. Merci à vous deux d'être présents et partager vos
connaissances. Ma question, c'est que vous avez retenu le critère des personnes
qui travaillent dans le régime de santé mais qui sont en contact pour...
sur une base de 15 minutes avec des patients.
Est-ce qu'il devrait y avoir d'autres critères à être envisagés pour certaines
catégories de travailleurs du réseau?
M. Arruda (Horacio) :
Bien, dans les faits, c'est... ce critère-là englobe déjà une très grande
proportion. Premièrement, il faut se le
dire, il y a une bonne... quand même relative bonne couverture des travailleurs
de la santé, là. Là, ce qu'on va
aller chercher, c'est un noyau plus, je dirais, minimal, qui, pour toutes
sortes de raisons, des fois, c'est de l'hésitation,
attendent un peu plus tard. Donc, c'est une mesure qui va s'ajouter encore à
celle qu'on convainc, comme tel, par rapport à ça.
Dr Massé, voulez-vous ajouter?
M. Massé
(Richard) : Bien, dans le fond, vous ouvrez la porte à dire : S'il arrivait quelque chose de différent dans le futur, est-ce
qu'on pourrait évoluer? Par exemple, si on avait un variant différent qui se
présentait puis que la situation
épidémiologique changeait, c'est évident qu'il pourrait y avoir une révision de
l'avis du Dr Arruda puis dire : Bien, peut-être que, compte tenu de la situation, on doit maintenant
revoir les critères qui ont été utilisés pour dire qui devrait être
vacciné de façon obligatoire.
Mme Lavallée : Puis mon autre question, ça serait : Est-ce que
la nature du travail des gens qui travaillent dans le réseau devrait
déterminer si elle est visée ou non par l'obligation d'être vacciné?
M. Arruda (Horacio) :
Oui, dans le sens où la nature du travail que les gens font, c'est : il
faut qu'ils soient en contact physique avec la personne. Prenons un exemple,
quelqu'un qui est dans un secrétariat administratif, qui n'a pas de contact avec les patients, n'est pas
nécessairement plus à risque qu'un autre individu dans un bureau qui n'est
pas dans un centre hospitalier. Ça fait que c'est véritablement la question du
soignant.
Prenons, par
exemple, quelqu'un qui fait de l'hygiène et de la salubrité, hein, qui vient
désinfecter des chambres, des fois, il y a des chambres multiples, pendant qu'il
fait une désinfection, il est dans le même espace physique, et ça peut
prendre plus que 15 minutes, une bonne désinfection de chambre, donc, à ce
moment-là, ces personnes-là, c'est par... à travers le type de contacts qu'ils
ont avec la clientèle qui est l'élément particulier.
Mme Lavallée : Merci beaucoup.
Le Président (M. Provençal)
: M. le député de Chauveau.
M. Lévesque (Chauveau) : Oui,
merci beaucoup, M. le Président. Dr Arruda, Dr Massé, merci beaucoup d'être avec nous aujourd'hui. Ma collègue de Jean-Talon
vous a parlé des corps d'emploi, la façon, là... votre processus
décisionnel. Moi, de mon côté, ce qui... On va le reconnaître, là, la
proposition sur la table, c'est quand même assez contraignant, c'est du
rarement-vu, même peut-être jamais-vu au Québec, là. Peut-être, historiquement,
ça s'est passé il y a fort longtemps, mais, de mémoire d'homme, moi, je ne m'en
souviens pas, là.
J'aimerais ça comprendre vos étapes pour faire
une... prendre une décision, faire une proposition comme ça. Comment vous fonctionnez pour prendre cette
décision-là, votre processus décisionnel, là, les étapes que vous avez passé
au travers? Parce que c'est quand même assez
contraignant ce que vous proposez aujourd'hui au ministre de la Santé.
M. Arruda (Horacio) :
C'est clair qu'en santé publique je tiens à vous dire que la vaccination
obligatoire, c'est quelque chose qui est permis dans la loi, mais il faut avoir
fait certaines conditions, parce qu'on vient brimer et un petit peu même aller contre certains principes de la charte des droits et libertés. Mais il faut comprendre que les juges
peuvent comprendre que, si une menace est présente et qu'on a mis en place
toutes les autres stratégies d'effort qui sont faites, il
faut avoir une bonne raison pour le justifier. Bon, l'arrivée du variant Delta,
hein, le fait qu'on a fait des efforts... Puis on va continuer à les faire,
hein, je ne sais pas si vous comprenez, là. Ça, je tiens à le dire, là, d'ici
le moment où ça va être obligatoire,
appliqué, on ne va pas dire : On attend, on va continuer à aller
convaincre des gens, parce que chaque personne vaccinée première dose,
un, et deuxième dose, se protège elle-même, donc ça ne devient pas un patient.
Et, dans les faits, on a absolument besoin de ces gens-là pour les maintenir.
Et on sait que la capacité du réseau de la
santé, par rapport à la première vague, elle a beaucoup diminué de par le fait
qu'il y a beaucoup plus de gens qui ont été absents, il y a plusieurs
travailleurs de la santé qui, pour des raisons d'immunité ou autres, ne sont
pas au travail. On a dû prendre des ressources, aussi, pour les utiliser pour
les campagnes de vaccination, pour les centres de dépistage. On a demandé la
contribution de Je contribue, là, mais on est dans un niveau, actuellement, où,
à la veille d'une quatrième vague, qui a été exponentielle ailleurs, avec des
impacts importants sur les hospitalisations et les soins intensifs... on
arrive, à ce stade-ci, après avoir fait des efforts, à prendre une mesure
d'exception auprès d'un sous-groupe de la population, qu'on pense qui est
majeur parce qu'il est en contact avec les plus vulnérables, parce qu'il est
essentiel qu'il puisse continuer à donner des soins. Et ce personnel-là, aussi,
quelque part, va nous permettre de maintenir le système de soins, je vous
dirais, en fonction sans mettre en péril, je vous dirais, des retards qu'on a déjà
faits par rapport à des délestages mais aussi parce que les lits de soins intensifs sont occupés par des jeunes patients
atteints, ne sont pas accessibles pour des chirurgies semi-urgentes ou
autres.
Donc, il faut comprendre le contexte, et je vais
laisser Dr Massé ajouter, on arrive à un moment charnière, si vous permettez, parce qu'aussi, plus tard, avec la
vaccination des enfants et des plus jeunes, on va avoir cette immunité
collective qui va probablement nous ramener, espérons-le, vers un mode plus
normal. Dr Massé?
M. Massé (Richard) : En plus de
l'effort de promotion puis d'accessibilité puis renforcer dans chacun des
milieux, on a fait quelque chose qu'on ne fait pas si souvent que ça, c'est de
demander, obliger, dans le fond, à ce que tous les travailleurs qui ne sont pas
vaccinés, qui n'ont pas une dose au moins de vaccin soient dépistés trois fois
par semaine. Ça aussi, c'est déjà un niveau de contrainte qui est un peu
spécial, mais ça tenait compte de la situation à ce moment-là.
Puis là, comme M. le ministre l'a exprimé
en début de session ce matin, on voit que ça a plafonné. Depuis le mois de
juillet, on avait une baisse du nombre de personnes qui venaient chercher leur
vaccination. Donc, on doit passer à une étape supérieure, complémentaire aux
autres, comme Dr Arruda l'a mentionné.
M. Lévesque (Chauveau) : Merci.
Le Président (M. Provençal)
: Autres questions? Oui, Mme la députée de Lotbinière...
Le Président (M. Provençal)
: ...Frontenac.
Mme Lecours (Lotbinière-Frontenac) :
Bonjour, M. Arruda, Dr Massé. Pouvez-vous nous dire si c'est une situation
inusitée de former... de forcer, excusez-moi, la vaccination au Québec? Puis est-ce
que vous pouvez nous faire un bref historique de la vaccination?
Le Président (M. Provençal)
: ...secondes.
M. Arruda (Horacio) :
Bien, rapidement, je suis très légèrement plus jeune que le Dr Massé,
mais, de mémoire d'homme ou de... du moment où moi, je suis au Québec, on n'a
pas utilisé la vaccination obligatoire. Ça a toujours été quelque chose où on
est allés par le «convaincre» plutôt que le
«contraindre». Et je tiens à vous dire que c'est le principe qu'on essaie de
faire habituellement, justement pour respecter les droits de la personne. Pour,
par contre, en arriver à ça... Il y a des situations, par exemple, où, pour
pouvoir faire un stage en médecine, vous devez être vacciné contre telle, telle maladie parce que, si vous n'êtes pas vacciné contre telle, telle
maladie, vous ne pourrez pas faire votre stage dans tel département.
Donc, ce n'est pas une vaccination obligatoire, mais c'est une condition
administrative pour... Mais la vaccination obligatoire d'une population, même
dans la H1N1, ça n'a pas été une chose qu'on a utilisée. Il faut vraiment avoir
de bonnes raisons. On est rendus quand même à une quatrième vague.
Le Président (M. Provençal)
: Docteur...
M. Arruda (Horacio) : On
voit l'impact que ça a sur...
Le Président (M. Provençal)
: Je dois vous remercier...
M. Arruda (Horacio) : ...
Le Président (M. Provençal)
: Le temps est écoulé. Je vais céder la parole maintenant à
la députée de Maurice-Richard.
Mme Montpetit :
Je vous remercie beaucoup, M. le Président. Bonjour, Dr Arruda. Bonjour,
Dr Massé. Bien contente de vous voir. Merci beaucoup de prendre le temps
aujourd'hui d'être avec nous, de répondre à vos questions, on sait combien vos
avis sont toujours très éclairants. Merci énormément.
D'entrée de jeu, Dr Arruda, le ministre,
tout à l'heure, dans son audition, nous disait qu'il vous a demandé un avis.
Pourriez-vous m'indiquer à quel moment cet avis sur la vaccination obligatoire
vous a été demandé, à quel moment il a été transféré, aussi, au ministre et sur
quel secteur la demande a été faite?
M. Arruda (Horacio) : Si
vous me permettez... Là, je vais vous dire, moi, j'ai une très mauvaise mémoire
de ce qui s'est passé hier, il se passe tellement de choses. J'ai de la misère
même des fois à définir quelle année je suis, puis ce n'est pas pour vous
mentir, je vous dis bien honnêtement. Dr Massé, qui travaillait avec
l'équipe d'immunisation... Ce qu'il faut que vous compreniez, c'est que, bon,
il y a eu une demande, mais nous, on a fait une proposition en disant :
Qu'est-ce qu'on peut faire pour améliorer le statut vaccinal...
Mme Montpetit : Je m'excuse,
Dr Arruda...
M. Arruda (Horacio) :
Mais, je vous dirais, c'est à peu près... c'est arrivé au courant... Richard,
peux-tu mentionner quand est-ce qu'on a commencé à soulever la question de la
vaccination obligatoire, s'il te plaît?
M. Massé (Richard) : Bon, en
fait, ça fait longtemps que cette option-là est connue. On l'a mise dans la loi
il y a 20 ans, là, donc on savait que
c'était une option éventuelle potentielle. Au mois de juin, quand on a vu qu'il
y avait un plafonnement de la vaccination chez les intervenants de santé
puis qu'il y avait encore une proportion quand même significative de personnes
qui n'étaient pas vaccinées, on pensait qu'on devait aller plus loin, puis on a
eu les discussions avec les autorités ministérielles et avec le conseil
exécutif, puis là, après, on a documenté, travaillé à regarder toutes les options, comme Dr Arruda l'a mentionné, et puis
on a, à ce moment-là, cheminé dans la recommandation qui est dans l'avis
préliminaire du directeur national.
Mme Montpetit : Donc, ce que
vous me confirmez aussi, c'est que vous vous appuyez, justement, sur la
Loi sur
la santé publique pour prendre cette direction-là?
M. Massé (Richard) : C'est une
chose qui était prévue dans la
Loi sur la santé publique mais qui n'a pas été appliquée parce qu'il n'y avait pas des
circonstances qui permettaient de le faire, sauf qu'il y avait déjà certaines
vaccinations, par exemple pour l'hépatite B, qui étaient des mesures... je
vais les qualifier, comme Dr Arruda, de plus administratives, là, dans lesquelles les gens
devaient avoir cette vaccination-là pour faire leurs stages, ce qui correspond
à faire vacciner toutes les personnes qui rentraient dans le réseau de santé.
Mme Montpetit : Parfait.
M. Massé (Richard) : Mais je ne
veux pas diverger, là, c'est une autre chose un petit peu différente.
Mme Montpetit :
Non, pas du tout. Bien non, je... C'est parce que ça nous permet de clarifier
le commentaire qui a été fait par le
ministre tout à l'heure sur l'article 123 de la
Loi sur la santé publique,
où il disait : Ce n'était pas cet article-là
qui s'applique dans le contexte, mais ça met la table, en fait. Puis, si vous
pouvez nous revenir plus précisément sur le moment, sur les dates, ce serait
bien apprécié. Et vous avez émis un avis sur quel...
Mme Montpetit : Vous avez émis
un avis sur quel secteur précisément? Est-ce que c'est seulement sur les
travailleurs de la santé ou c'est plus largement?
M. Arruda (Horacio) :
Oui, notre avis préliminaire, actuellement, comporte seulement sur les
travailleurs de la santé parce que c'est là
qu'on pense que le maximum de critères, bon, nécessaires pour en arriver à une
vaccination obligatoire peut être défendable...
Mme Montpetit : Parfait.
M. Arruda (Horacio) :
...actuellement.
Mme Montpetit :
Je m'excuse, je... Vous savez, on n'a jamais beaucoup de temps dans ces
exercices-là. Donc, ce n'est pas...
M. Arruda
(Horacio) : Non, je comprends. Je vais essayer de... Réponses
courtes. Réponses courtes et directes.
Mme Montpetit : Voilà. Merci.
Pas dans un souci d'impolitesse, de vous couper. Vous avez... Dr Arruda, aussi, vous avez fait référence, dans les
dernières semaines, au fait qu'il fallait atteindre un 95 % de taux de
vaccination pour arriver à une immunité
collective. Déjà, je voudrais préciser, parce qu'il y a différents éléments qui
ont été cités. On parle bien de 95 % de l'ensemble de la population et non
pas de 95 % des gens qui sont admissibles à la vaccination présentement?
M. Arruda (Horacio) :
Actuellement... Bien, il faut comprendre... Si vous me permettez, premièrement,
je tiens à dire, le succès de la campagne de vaccination au Québec, les taux
qu'on a atteints sont exceptionnels, je veux dire, c'est des bons taux. Le
variant Delta, ce qu'il amène, par contre, c'est une protection moins grande,
une plus grande transmissibilité, ce qui fait que l'immunité collective qu'on
avait identifiée ou le chiffre qu'on avait identifié antérieurement de
75 % ou 80 %, maintenant, avec le variant Delta, n'est probablement
pas suffisant. La vaccination des tout-petits... des cinq à 11 ans et
éventuellement des tout-petits va nous amener, à ce moment-là, à des niveaux d'immunité collective qui vont probablement
empêcher le virus. Mais actuellement, là, le 95 %, c'est un rêve, mais
c'est... j'avais dit 90 % et peut-être potentiellement 95 %, c'était
sur la population, je vous dirais, admissible actuellement.
Mme Montpetit : Parfait. Quel
délai on se donne pour atteindre cet objectif-là?
M. Arruda (Horacio) :
Bien là, il faut comprendre aussi une chose, c'est qu'on est... si vous me
permettez, on est... comment je pourrais dire, on doit attendre l'arrivée du
vaccin pour les 12... cinq à 12 ans et pour les plus petits. D'après les
informations qu'on a eues, ça devait être début octobre, mais là il semblerait
qu'on va pouvoir le faire entre octobre et novembre... entre... autour de
novembre, décembre et, pour les plus petits en bas de cinq ans, en janvier
2022. Mais je dois vous dire, cette... Et on est déjà en travail avec nos
établissements scolaires pour augmenter cette vaccination-là qui, elle, va
venir diminuer de façon importante le nombre de susceptibles dans la population
québécoise.
Mme Montpetit : Est-ce que vous
avez, et je comprends, avec ce que vous dites, une certaine certitude... puis
là vous pourrez modérer le mot «certitude», mais qu'une fois qu'on aura des
vaccins qui pourraient être homologués pour
les moins de 12 ans on atteindrait, donc, d'office ce 95 % sans
ajouter de mesures supplémentaires?
M. Arruda (Horacio) :
Bien, je pense que... Est-ce que c'est 95 % ou 90 %, ou 92 %,
là, ça va être difficile pour moi, mais je pense que, compte tenu,
habituellement, du succès qu'on a auprès de ces clientèles et des parents, de l'approche qu'on va faire en milieu scolaire pour aller chercher ces clientèles-là... Habituellement, on atteint des bons taux de couverture vaccinale, effectivement,
auprès de ces populations-là.
Mais, vous savez, avec la COVID-19, un
élément : les nouveaux variants. Donc, vous comprenez que je n'ose pas
rien garantir ou promettre dans le contexte où, s'il y avait un nouveau
variant, on serait peut-être obligés d'utiliser un autre type de vaccin, elle
va retarder cet élément-là, et puis il y a toute la question potentielle de la
troisième dose.
Mme Montpetit : Et, si on... Présentement,
pouvez-vous me rappeler, là, sur la population générale, on est à quel pourcentage
de taux de vaccination?
M. Arruda (Horacio) : Il
me semble que, sur la population générale... attendez, il faudrait que je
revérifie, il me semble, c'est... Je vais regarder, vérifier, attendez une
seconde. Je ne sais pas si tu l'as, Richard, de mémoire. Je vois tellement de
chiffres.
M. Massé (Richard) : On a 76 %
des gens admissibles, là, qui...
M. Arruda (Horacio) :
Une dose.
M. Massé (Richard) : ...qui ont
reçu une dose.
Mme Montpetit : ...population
générale?
M. Massé (Richard) : Non, mais
population générale, là, c'est ça, oui, si on prend toute la population, O.K.,
mais, chez les gens admissibles, c'est plus de 80 % qui ont reçu une dose.
Deux doses, on est en bas de 70 %, là, 69 % actuellement. Mais, comme
Dr Arruda dit, les populations les plus jeunes, c'est plus de 12 %
des gens. Et donc, comme on les rejoint d'habitude de façon très efficace, les
parents sont très sensibles aussi à la protection de leurs enfants, à ce
moment-là, si on vaccine une très grande majorité de ces gens-là, vous voyez
tout de suite l'augmentation au niveau des taux, qui vont amener une diminution
de la transmission mais pas cesser complètement la transmission, mais assez
pour éviter une transmission soutenue.
Mme Montpetit : Et pouvez-vous
nous exprimer qu'est-ce qui va arriver, justement, si on ne l'atteint pas, ce
95 % ou 90 %, si on ne l'atteint pas, cette immunité collective?
M. Arruda
(Horacio) : Bien, il
va y avoir des éclosions, il va y avoir des cas. Puis là il faut aussi
comprendre, par contre, en quatrième vague, un des éléments importants,
c'est le maintien des systèmes hospitaliers. Compte tenu qu'une
bonne proportion de gens sont vaccinés, compte tenu qu'on a vacciné aussi nos
plus vulnérables, l'impact, en termes de mortalité puis de morbidité, va être
moindre, mais ça va être beaucoup plus, je vous dirais, la relation d'impact
sur le système de soins qui va devenir notre indicateur pour voir si on doit
intervenir.
Mais il faut aussi
comprendre que, même avec la vaccination à double dose, on doit maintenir
certaines mesures de prévention en milieu de soins et ailleurs dans le milieu
de travail par les guides qui sont mis en place avec la CNESST, comme tel, tant et aussi longtemps qu'on n'aura pas
atteint ces immunités collectives, les méthodes barrières. Mais notre
objectif n'est pas de reconfiner, je vous dirais, la population ou de fermer
des secteurs d'activité complètement, comme tel, d'où aussi l'utilisation du
passeport vaccinal pour diminuer... plutôt que de fermer certains secteurs, de
maintenir des secteurs ouverts.
Mme Montpetit :
Malheureusement, ce n'est pas à vous que je vais apprendre, Dr Arruda, que
le virus a déjoué bien des objectifs qu'on avait ou que le gouvernement avait
dans les trois premières vagues. Je suis... J'aimerais vous entendre quand même
davantage sur pourquoi vous ne, je ne sais pas, recommandez pas ou pourquoi
attendre, en fait, pour élargir la vaccination obligatoire à d'autres secteurs
quand on voit que plusieurs d'autres sociétés, dont autres provinces près de
nous, ont engendré ce pas-là, justement, pour s'assurer d'augmenter le taux de
vaccination mais aussi de limiter les éclosions, garder les écoles ouvertes,
s'assurer, dans le fond, de freiner la transmission le plus possible, là.
Pourquoi vous ne le recommandez pas à ce stade-ci?
M. Arruda
(Horacio) : Les discussions qu'on a eues en Santé publique,
entre collègues de santé publique et notamment avec Dr Massé, puis etc.,
c'est que c'est à un endroit où on trouve, actuellement, où le plus grand gain,
et bénéfice, et impact vont avoir lieu. Parce qu'il ne faut pas oublier que la
vaccination obligatoire, c'est véritablement une mesure d'exception. Il faut
avoir véritablement une logique très solide. Et je pense qu'on commence par ça,
mais on va être à l'écoute, si vous me permettez, des débats. Ce n'est pas
parce qu'on ne sera pas présents avec vous... mais on va vous écouter pour voir
aussi où en est la société québécoise par rapport à...
Le Président
(M. Provençal)
: Merci beaucoup,
Dr Arruda. On va céder maintenant la parole au député de Rosemont.
M. Marissal :
Oui. Bonjour, messieurs. Merci d'être là. J'ai très, très peu de temps, je
continue là-dessus. Est-ce qu'il y a... Là-dessus, sur élargir, éventuellement,
la vaccination obligatoire à d'autres secteurs, puisque ça semble être assez
réglé pour le réseau de la santé. Voyez-vous, là, comme spécialistes de la
santé publique, des bénéfices et des indications de bénéfices, je parle
d'indications scientifiques, évidemment, là, pas de feeling de population, là, à
élargir notamment dans le réseau de l'éducation? Puis c'est d'actualité parce
que les enfants puis les ados rentrent à l'école là, là.
M. Arruda
(Horacio) : Je considère... Puis je fais toujours attention à
ce que je dis, parce que je l'ai dit le 13 mars, l'année dernière, ce que je
vous dis aujourd'hui peut changer demain, là, pour toutes sortes de raisons,
mais actuellement je considère que le système de santé, les travailleurs de la
santé qui sont... qui exposent les personnes vulnérables sont dans un contexte
complètement différent de celui qui peut se passer au niveau scolaire. Parce
que les complications au niveau scolaire pour les enfants... oui, il va y avoir
des cas, mais les complications ne sont pas de
la même nature. Oui, ça contribue à diminuer la transmission puis aux effets
indirects, mais je pense que le bénéfice n'est pas de la même nature que
celui des travailleurs de la santé. Et, dans le contexte qu'il faut peser le
bénéfice contre les droits des individus aussi, quelque part, je vous dirais
qu'à ce stade-ci on n'en est pas là.
D'ailleurs, on a
introduit des éléments pour la rentrée scolaire, comme le masque, pour diminuer
notamment la transmission dans le milieu. Mais je pense que, là, quand on
arrive à extensionner, on arrive vers une cascade qui nous amènerait vers la
vaccination obligatoire de tous. Et, nous, en tout cas, en termes de santé
publique, par rapport au principe
d'équilibre entre le fait de violer une liberté de quelqu'un versus le gain de
santé publique, on pense que c'est véritablement au niveau du soin, mais
on va être à l'écoute de vos délibérations.
M. Marissal :
Bien, vous avez vu comme moi qu'à Montréal en particulier les 12-17 ans
ont un taux assez faible de vaccination adéquate de 54 %. Évidemment, on
ne peut pas prendre tous les ados puis les forcer à se faire vacciner, là, je
comprends, la mesure est liberticide, là, mais on a quand même un sacré
problème là, non?
M. Arruda
(Horacio) : Écoutez, on a une... Écoutez, dans une perspective
purement santé, je pourrais vous dire qu'on
a un problème, effectivement, quand les taux de vaccination ne sont pas élevés.
Mais on va continuer les efforts. Je veux juste vous dire qu'à la
rentrée scolaire, là, c'est bien important, il va y avoir des efforts
supplémentaires pour vacciner ces
clientèles-là, au niveau scolaire, dans des quartiers ciblés, permettre même
aux parents de se faire vacciner. On
ne lâchera pas les approches, je vous dirais, là, agressives de diminution des
barrières, d'explications, puis etc. Et...
Le Président
(M. Provençal)
: Merci
beaucoup, Dr Arruda. Je dois céder maintenant la parole au député des
Îles-de-la-Madeleine.
M. Arseneau :
Merci, M. le Président. Bonjour, docteur. J'y vais directement avec quelques
questions courtes. Tout d'abord, l'avis préliminaire, effectivement, on
aimerait en avoir copie, enfin, quand elle sera définitive. Et quand
pensez-vous pouvoir remettre cet avis définitif?
M. Arruda
(Horacio) : Il faut comprendre que l'avis est préliminaire.
Comme je vous l'ai dit, je savais que la
commission allait avoir lieu puis je voulais être à l'écoute. Vous savez, le directeur
national doit prendre en compte ce que la population veut, vous êtes les
élus et représentants de ce qu'ils sont. Ça fait que je vais vous dire :
Assez rapidement, là, mais je ne peux pas vous donner une date précise, mais,
un, il faut prendre état de ce que vous allez faire en termes de commission,
puis on va peaufiner l'avis, qui va devenir final, et il sera rendu public dès
qu'il sera rendu final probablement.
M. Arseneau : Et ce sera avant
le 1er septembre, l'entrée en vigueur de la mesure?
M. Arruda
(Horacio) : Quelle
date sommes-nous? Je veux juste... 26 août. Très près. Parce que
je ne veux pas... il y a, des fois, des processus...
M. Arseneau : D'accord. Je
voulais savoir, dans votre façon de voir les choses, quelle est la durée
d'application de cette mesure. Est-ce que c'est jusqu'à l'éradication complète
de la COVID-19? Est-ce que c'est jusqu'à ce
qu'on atteigne une certaine immunité collective? Est-ce que vous avez fait une
recommandation à cet égard? Puisque des gens pourraient refuser, être en congé
sans solde, ce qui équivaudrait à une perte d'emploi éventuellement.
M. Arruda (Horacio) :
Nous, on considère que c'est une mesure temporaire, O.K.? Mais, compte tenu de
ce qui va se passer au cours des prochaines
semaines, la rentrée scolaire, là, la rentrée tout court va amener une
augmentation des contacts qui vont avoir plus ou moins d'impacts sur
notre système de soins. Ça fait que je vous dirais que, pour nous, c'est une
mesure temporaire. Ça ne veut pas dire qu'il faudra attendre complètement un...
On va voir le niveau qu'on va être capable d'atteindre, on va évaluer la
situation, mais ce n'est pas une mesure ad vitam aeternam et ça ne sera surtout
pas une mesure qu'on va réappliquer à chaque fois qu'il va y avoir un nouveau
virus qui va apparaître dès le départ.
M. Arseneau : D'accord. Vous
êtes évidemment conscient que le seul avis qu'on a en main, c'est celui du Comité d'éthique de la santé publique de l'INSPQ
qui va à l'encontre de vos conclusions. Comment est-ce qu'on peut, nous,
en tirer des conclusions?
M. Arruda
(Horacio) : Bon, je sais que l'avis de... du comité d'éthique,
parce que c'est un comité indépendant, est
en train de se faire mettre à jour. Quand ils ont su qu'il allait y avoir une commission...
Ils vont mettre à jour l'avis. Mais il faut aussi comprendre, puis
Dr Massé pourra compléter, qu'il a été pris dans un contexte qui était
complètement différent, hein? Je veux dire, l'avis a été fait à une
période où on n'avait pas de données sur l'efficacité du vaccin...
Le Président (M. Provençal)
: Je dois vous interrompre, Dr Arruda.
M. Arruda (Horacio) :
...on n'avait pas de variant Delta.
Le Président (M. Provençal)
: Dr Arruda, je dois vous interrompre.
M. Arruda (Horacio) :
Donc, je pense que c'était complètement un autre contexte.
Le Président (M. Provençal)
: Et je vais céder maintenant la parole à la députée
d'Iberville.
Mme Samson :
Bonjour, messieurs. Dr Arruda, une mesure temporaire, mais je n'ai jamais
entendu parler d'une dévaccination dans l'histoire des peuples, là, mais
enfin...
M. Arruda (Horacio) :
Non, mais je vous dirais, il y a... vous comprendrez que les travailleurs de la
santé qui arrivent de plus en plus... il y a toutes sortes de travailleurs de
la santé qui... des cohortes de travailleurs de la santé qui sont gradués à chaque année, là. Une fois qu'ils vont avoir
été vaccinés, oui, ils vont avoir été vaccinés, on l'espère, s'il y a
besoin d'un rappel plus tard...
Mme Samson : D'accord. Je vais vous poser ma question,
Dr Arruda, si vous le permettez. À
partir du moment... et c'est
un peu la même question que j'ai posée au ministre ce matin, à partir du moment
où le vaccin est efficace dans à peu près 66 % contre le Delta, que les
employés qui ne sont pas vaccinés aujourd'hui doivent subir trois tests par
semaine, à partir du moment où on apprend également que les gens vaccinés sont
plus asymptomatiques que les non-vaccinés, est-ce que les gens vaccinés ne
sont-ils pas plus un risque pour eux-mêmes et pour les autres? Alors, pourquoi
ne pas permettre au personnel de la santé qui ne veut pas être vacciné de
continuer de se prêter à l'exercice des trois tests négatifs par semaine?
M. Arruda (Horacio) :
Bon, il faut comprendre que le 66 % dont vous parlez, là, c'est la
question de faire l'infection mais pas nécessairement les complications. Quand
on parle d'hospitalisation ou de faire une maladie grave qui va se retrouver aux soins intensifs, on est dans l'ordre de
95 % et plus. Ça, c'est un élément très important. Une réduction
même de 66 % des infections, c'est assez significatif pour avoir un impact
sur les éléments.
Et on veut protéger nos
travailleurs de la santé. Je veux dire, un travailleur de la santé qui va faire
l'infection, qui va être peu symptomatique,
qui pourrait la transmettre, c'est une chose, mais lui-même est protégé d'une
maladie importante, et on ne veut pas qu'il soit hospitalisé, qu'il soit...
qu'il ait des soins intensifs et qu'on manque de personnel au niveau du réseau.
Donc,
il est encore très clair que la vaccination, malgré le variant Delta, même si
ce n'est pas parfait, est un gain très significatif, et toutes les autorités de
santé publique vont dans ce sens-là.
Je ne sais pas, Dr Massé, si vous voulez
ajouter.
Le Président (M. Provençal)
: Bien, je suis obligé de vous remercier, Dr Arruda et
Dr Massé, pour votre contribution aux travaux de la commission.
Je suspends les travaux quelques instants afin
que l'on puisse accueillir le prochain groupe. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à 11 h 40)
Le Président (M. Provençal)
: Bonjour. Bienvenue à la Commission de la santé et des
services sociaux. Alors, je vais maintenant souhaiter la bienvenue aux représentants
de la Fédération interprofessionnelle de la santé. Je vous
rappelle que vous disposez de 10 minutes pour votre exposé. Après quoi,
nous procéderons à la période d'échange avec les membres de la commission. Je
vous invite à vous présenter et à débuter votre exposé. Merci.
Mme Bédard (Nancy) :
Donc, bonjour, M. le Président, Mmes, MM. les parlementaires. Merci de nous
accueillir aujourd'hui. Je me présente, Nancy Bédard, je suis présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé
du Québec et je représente
76 000 professionnels en soins, dont des infirmières, infirmières
auxiliaires, inhalothérapeutes et perfusionnistes cliniques. Et je suis
accompagnée de Mme Marie-Anne Laramée, conseillère syndicale au secteur
sociopolitique.
D'entrée de jeu, je tiens à réitérer la position
des fédérations. Nous sommes résolument en faveur de la vaccination et nous
partageons l'objectif que le plus grand nombre possible de professionnelles en
soins soit vacciné. Cependant, nous estimons qu'il est nécessaire de vous
exposer nos réserves en ce qui a trait au caractère obligatoire de la
vaccination. Nous avons donc un objectif partagé, mais nous nous questionnons
sur le moyen retenu.
Les fédérations considèrent qu'il est de leur
devoir de vous faire part de nos préoccupations et des effets pervers qui pourraient
survenir si le gouvernement maintient sa décision de recourir à la vaccination
obligatoire pour les professionnelles en
soins. Nous comprenons que les décisions relatives à la pandémie ont un
caractère parfois urgent et qu'elles peuvent évoluer rapidement. Cependant,
nous déplorons que cette consultation se tienne alors que la décision
d'imposer la vaccination est déjà prise et que nous n'avons toujours pas accès
aux bases scientifiques qui guident le gouvernement, notamment les dernières
données et conclusions de la Santé publique.
Alors que le gouvernement veut imposer la
vaccination aux travailleuses de la santé du réseau, le ministère de la Santé et des Services sociaux est en mode
allègement des mesures dans nos établissements. Dans une directive du
6 août dernier, on met fin aux zones chaudes et tièdes, on réautorise la
mobilité du personnel, et les patients seront à nouveau plusieurs dans la même
chambre. À moins qu'un rehaussement des mesures soit en cours de préparation,
il va falloir nous l'expliquer, et, encore
une fois, ces contradictions n'aident en rien. Notamment, dans cette directive,
on mentionne notamment le taux élevé
de vaccination des travailleurs de la santé pour justifier ces allègements des
mesures.
Dès le début
de la campagne de vaccination contre la COVID-19, la FIQ et la FIQP ont
recommandé fortement la vaccination à
leurs membres. Nous souhaitons bien évidemment que le plus grand nombre
possible de professionnelles en soins soit vacciné. Depuis avril
dernier, avec l'arrêté ministériel 024, les professionnelles en soins
visées ont des tests de dépistage trois fois
par semaine minimum pour effectuer leur travail, et les fédérations n'ont pas
remis en question cet arrêté. La
campagne de vaccination volontaire donne des résultats nettement supérieurs à
la population en général. Selon les taux publiés par l'INSPQ le
22 août, 92,1 % du personnel de la catégorie 1 des
établissements publics et des ETC ont reçu une première dose de vaccin et près
de 88 % sont déjà pleinement vaccinés de façon volontaire, et ces taux ne
cessent de monter actuellement. Notons que les données publiées ne reflètent
pas la réalité d'aujourd'hui puisque les délais de traitement sont de trois à
cinq semaines.
Ces taux ont été obtenus par l'encouragement,
l'information et la collaboration. On n'est pas face à un faible taux et à un faible pourcentage de vaccination
devant lequel tout aurait été tenté. Les fédérations croient que le gouvernement aurait avantage à saluer l'engagement
professionnel des professionnels en soins en faveur de la vaccination, à reconnaître
leurs efforts, à s'appuyer sur l'expérience positive et les résultats
impressionnants de leur campagne de vaccination.
En pandémie, malgré le contexte difficile et le
manque évident de personnel, qui existait bien avant l'urgence sanitaire, les
professionnelles en soins adoptent les recommandations et ont des comportements
exemplaires. Elles jouent un rôle essentiel pour sensibiliser la population et
contrer l'hésitation à recourir à l'ensemble des mesures sanitaires, dont le
masque, le lavage de mains, la distanciation et la vaccination, en plus de leur
présence de tous les instants auprès de
leurs patients. On ne peut en aucun cas remettre en doute l'engagement des professionnelles en soins dans la lutte contre la COVID-19.
le gouvernement maintient sa décision de recourir à la vaccination obligatoire
pour les professionnelles en soins, cette façon de faire pourrait impliquer certains effets pervers. L'obligation vaccinale pourrait affecter davantage
la confiance des professionnelles en soins envers les autorités de santé. La
littérature nous dit qu'en général c'est un élément déterminant dans la volonté
des travailleurs de la santé de recommander la vaccination. Le gouvernement tient, à l'endroit des professionnelles
en soins, un discours de protection, mais elles se souviennent, et elles le
vivent encore trop aujourd'hui, de bien des incohérences et des batailles à
mener pour assurer leur protection et celle des patients. Si l'obligation
vaccinale était perçue comme une nouvelle manifestation de gestion autoritaire,
on peut anticiper que cela puisse affecter davantage certaines professionnelles
en soins.
Deuxièmement, en
mettant l'accent sur un seul moyen dans son discours, le gouvernement pourrait
bien malgré lui diminuer l'adhésion à l'ensemble
des mesures. Les autres moyens de prévention de santé et sécurité au travail
restent tout aussi importants pour diminuer la propagation dans nos milieux.
Troisièmement, on
doit tenir compte de l'état actuel du réseau de la santé, qui est fortement
ébranlé par une très grave pénurie, et ce, sans précédent. Faute d'obtenir
une adhésion volontaire à la vaccination, certaines travailleuses de la santé pourraient cesser de travailler ou
être réaffectées, et cela pourrait aggraver davantage la pénurie de
main-d'oeuvre et déstabiliser encore plus les équipes de travail.
Les fédérations
croient fermement qu'on doit avoir un portrait précis de la situation des professionnelles
en soins non vaccinées. Sont-elles enceintes, en retrait préventif,
immunosupprimées, en arrêt de travail? Ont-elles des contraintes médicales ou font-elles
partie de cette infime portion qui
hésite toujours en raison d'un contexte particulier?
Sont-elles en contact prolongé avec les patients? Ce portrait est nécessaire
pour que le gouvernement puisse déployer des stratégies pertinentes et
poursuivre la sensibilisation.
Ce qui est tout aussi
important pour les fédérations, c'est qu'on doit continuer de mettre en oeuvre
un ensemble de mesures pour assurer la protection des professionnelles en soins
et de leurs patients, et certainement pas d'alléger les mesures, il faut les
maintenir. La vaccination est un moyen de prévention crucial, certes, dans cet ensemble de moyens, mais elle ne doit pas devenir
le seul sur lequel reposerait la stratégie pour freiner la propagation
de la COVID-19 et éviter la transmission dans nos lieux de travail.
La FIQ et la FIQP
suggèrent donc de continuer d'appliquer et de mettre en oeuvre les mesures de
prévention suivantes. Les fédérations sont convaincues qu'il est impératif
d'améliorer la qualité de l'air dans les établissements du réseau de santé en
augmentant le changement d'air à l'heure. Plusieurs CHSLD, au Québec, n'ont
aucune ventilation mécanique et, lorsqu'il y en a de disponibles, elles sont
souvent vétustes.
On doit poursuivre
aussi le dépistage et augmenter l'accès aux tests rapides. Le dépistage est une
mesure peu invasive pour les professionnelles en soins et il permet de retirer,
en temps opportun, du milieu de travail toute personne porteuse du virus.
On doit maintenir la
vigilance en ce qui concerne la prévention et le contrôle des infections. Il
s'agit d'un élément sur lequel il y a eu des lacunes. Les professionnelles en
soins ont besoin de mises à jour fréquentes pour appliquer les méthodes de
travail les plus sécuritaires possibles et le soutien doit être sur tous les
quarts de travail. Certains employeurs ont recommencé à recourir aux
déplacements à outrance du personnel pour toutes sortes de raisons. Une des importantes leçons de la première
vague, c'est qu'on doit continuer à limiter la mobilité du personnel, et
la directive à cet effet doit être établie et appliquée de façon stricte. Les
masques N95 doivent continuer d'être fournis aux professionnelles en soins qui
travaillent en zones chaudes et tièdes. Vous savez que les fédérations ont dû
se battre devant les tribunaux pour y avoir accès.
Le bon taux de
vaccination des professionnelles en soins provient aussi d'initiatives
paritaires, mais les fédérations pensent que, de ce côté, il faut poursuivre en
ce sens. Cela implique un travail étroit du gouvernement et du ministère avec
les syndicats. Nous sommes des partenaires en santé et sécurité au travail, on
devrait avoir accès aux données les plus à jour possibles. Sans les
informations pertinentes, le syndicat ne peut remplir pleinement son rôle de
représentation et d'information auprès de ses membres. La confiance entre les
professionnelles en soins et le gouvernement
s'est effritée au cours de la pandémie en raison de l'approche et du choix des
moyens du gouvernement. On a demandé aux professionnelles en soins de
faire des quarantaines réduites pour retourner le plus rapidement au travail.
Elles ont été requises au travail même si elles avaient des symptômes de la COVID.
Elles ont dû se battre jusque devant les tribunaux pour être protégées
adéquatement.
L'imposition de la
vaccination obligatoire s'ajoute à cette série de mesures où le moyen n'a rien
à voir avec la collaboration et l'adhésion. Dans l'éventualité où certaines de
nos membres étaient visées par différentes mesures découlant de la
non-vaccination, je veux que ce soit clair que la FIQ et la FIQP les
représenteront en vertu de nos obligations prévues au Code du travail.
Depuis le début de la
pandémie, nous avons été présentes et nous avons soutenu certaines directives.
Nous avons aussi prévenu le gouvernement des effets dévastateurs de son
approche autoritaire face à d'autres directives. Nous avons levé des drapeaux jaunes et des drapeaux rouges. Aujourd'hui,
les professionnelles en soins sont nombreuses à avoir démissionné, à
être parties pour des retraites prématurées. Certaines parlent d'exode,
certaines parlent d'hémorragie. Les bris de service se multiplient et la
perspective de voir d'autres travailleuses quitter le réseau de la santé est
extrêmement difficile à envisager. L'état fragile du réseau couplé à cette
confiance effritée nous fait conclure que,
même si la vaccination et sa nécessité pour tous sont des consensus forts,
l'obligation vaccinale pourrait avoir
des effets néfastes qui doivent être évités à tout prix. C'est le drapeau rouge
que nous vous levons aujourd'hui. Merci.
Président (M. Provençal)
Merci beaucoup pour votre exposé. Nous allons maintenant débuter la période
d'échange avec la députée de Soulanges.
Mme Picard :
Merci beaucoup, M. le Président. Merci beaucoup, mesdames, d'être parmi nous
aujourd'hui pour nos travaux de la commission. Vous avez soutenu qu'il y a
certaines infirmières et d'autres professionnels en santé qui sont en arrêt de
travail ou qui sont enceintes dans le pourcentage des personnes non vaccinées.
Est-ce que vous avez une idée du pourcentage
de ces personnes-là? Et surtout avez-vous une idée du pourcentage des membres
qui sont non vaccinés qui travaillent actuellement dans le réseau?
Mme Bédard (Nancy) :
Malheureusement, non. Alors, c'est des données qui nous manquent actuellement,
et c'est les questions qu'on pose... alors c'est les questions qu'on pose
aujourd'hui. Dans les travailleuses qui ne sont pas vaccinées, bien, c'est toutes ces séries-là de savoir, bien,
lesquelles. Est-ce qu'on en a un gros pourcentage? Parce qu'on va se le dire, on a un très grand
pourcentage qui sont vaccinés. C'est exemplaire, là, on est près de 90 %
qui sont vaccinés, et ça, c'est les
données qui datent de plusieurs semaines. Donc, si je regarde pour nous,
76 000 membres, il y a peut-être
un 6 000 professionnels en soins, actuellement, qui ne seraient pas
vaccinés. Sur ces 6 000, on en a
quelques milliers qui sont en absence pour diverses raisons. Donc, c'est
ces données qu'on aurait apprécié avoir pour être capable de voir qu'est-ce
qu'on a à faire de plus? Où il faut
aller? Comment comprendre qu'elles ne sont pas vaccinées actuellement?
Mme Picard : Et vous avez mentionné aussi d'attendre, de
patienter avant de prendre peut-être cette mesure-là. Est-ce que vous ne pensez pas,
comme la quatrième vague est en montée actuellement, que d'attendre
peut jouer contre nous?
Mme Bédard (Nancy) :
Bien, il nous manque énormément d'éléments. Vous savez, on avait énormément de
rencontres aller jusqu'au mois de juin. Puis, aller jusqu'au mois de juin, avec
l'équipe du ministre Dubé, tout le monde était satisfait. On avait des
éléments, le variant Delta avait commencé, tout était en contrôle. Et la
directive que je vous ai parlé, du 6 août, qui a été envoyée aux
directions, je vous parle du 6 août, disait qu'effectivement, parce que
les professionnels en soins étaient fortement vaccinés, on pouvait aller dans l'allègement
de toutes autres mesures qui, depuis le début des vagues qu'on a eues,
faisaient en sorte qu'on pouvait commencer à baisser la garde sur certains
éléments.
Donc, c'est ces incohérences-là ou ces
incompréhensions-là qu'on apporte comme questionnement et qui, aujourd'hui,
font en sorte qu'on est restés un peu surpris, tout à coup, de cette sortie et
de cette approche face aux travailleurs de la santé quand, les dernières
rencontres qu'on a eues, on n'était pas du tout dans ce contexte-là et les directives
et les incohérences, actuellement, qui sont appliquées dans les établissements.
Mme Picard : Merci, M. le
Président. J'ai d'autres collègues qui veulent poser des questions.
Le Président (M. Provençal)
: Alors, Mme la députée de Jean-Talon.
Mme Boutin : Merci beaucoup,
M. le Président. Merci, Mme Bédard, d'être aujourd'hui en commission
avec nous, c'est très apprécié. Et je tiens également à remercier, là, vos
membres qui ont fait un... et qui continuent de faire un travail exceptionnel
dans le réseau de la santé, là. Je pense que, sans vos membres, on serait bien
mal en point au Québec.
Vous l'avez dit à plusieurs reprises, et on est
quand même conscients, là, de la situation, le contexte pandémique a accentué
la pression qu'il y a actuellement sur les travailleurs de la santé, puis ça,
c'est... ça s'ajoute aux enjeux de pénurie de main-d'oeuvre, là, qu'on connaît
actuellement. Puis la pression s'est accentuée notamment lorsqu'il y a eu des
retraits préventifs, des retraits parce qu'il y a des gens qui ont eu des cas
de COVID. J'en connais particulièrement, là, dans mon réseau d'amis, là,
plusieurs infirmières qui ont vécu ça, que ces retraits-là, cette pression-là a
mis encore plus de pression à ceux qui restaient, les équipes tactiques, là,
qui prenaient le relais.
Dans cette optique-là et dans également
l'optique que la Santé publique, bon, fait la recommandation de la vaccination
obligatoire afin de limiter l'absentéisme, est-ce que vous croyez... ne
croyez-vous pas que la vaccination obligatoire pourrait diminuer la pression
sur le personnel soignant? Comment est-ce que vous expliquez, là, votre réserve
face à cette recommandation de la Santé publique aujourd'hui?
Mme Bédard (Nancy) :
Je vais vous le dire en deux phases. C'est-à-dire que, quand vous me parlez de
professionnels en soins qui ont eu la COVID, et tout ça, il faut regarder les
phases où on était. Au jour où on est là, avec le taux de vaccination qu'on a
dans les derniers mois, le contexte de contamination des professionnels de la
santé à la COVID, on ne nous a pas exposé ces éléments-là. Puis même, les
éclosions dans les établissements, depuis que les forts taux de vaccination des
professionnels en soins sont là, on n'a eu aucune donnée, puis, même jusqu'aux
rencontres à la fin juin, on n'en avait plus.
Donc, c'est sûr qu'on peut dire qu'on a eu des
expériences de la première vague. La première vague, on s'est battus pour que
nos professionnels en soins puissent avoir des masques, des protections, vous
le savez, je vous l'ai dit tout à l'heure. Donc, c'est sûr qu'on peut se
référer à la première, la deuxième vague, où, là, on n'était pas encore dans la
vaccination. Mais ce qu'on a eu comme tableau, c'est qu'on n'était plus dans
cet espace-là depuis les hauts taux de vaccination.
Le deuxième élément, si j'avais mes
professionnelles en soins autour de moi pour répondre au fait que, bien, la
pression est sur celles qui restent, bien, celles qui sont parties, depuis un
an et demi, c'est l'approche autoritaire qui les a fait partir, c'est la
surcharge, c'est le temps supplémentaire obligatoire, c'est les services qu'on
donne, et on n'a plus assez de professionnelles en soins
pour les donner, on ne module pas assez les services sur leur dos. Et c'est ce
qu'elles vous diraient. Ça, là, c'est ce qui est le pire, actuellement, qui
empêche les patients d'avoir des soins, d'être capable de donner l'ensemble des
soins, et ce n'est pas la contamination de la COVID dans les milieux de travail
et le fait que les patients ne soient pas... que nos membres ne soient pas
vaccinés. Alors, si j'avais l'ensemble des professionnels en soins autour de
moi, ils vous donneraient une série d'éléments qui fait que ça n'a plus de
sens, la charge de travail.
Et ça, c'est un aspect
de non-qualité, non-sécurité, et ça a été un aspect de non-précaution pour nos
travailleuses de la santé actuellement, et c'est pour ça qu'elles tombent au
combat, qu'elles partent, et ça n'a aucun rapport, pour l'instant, avec