Health and Social Services — 30 September 2015 (41st Legislature, 1st Session)
CSSS 2015-09-30
Quebec — Committees
Le ministre
a, par la suite, présenté un sous-amendement afin notamment d'ajouter, à la fin
du deuxième alinéa, les mots suivants : «Malgré les interdictions
énoncées aux neuvième et onzième alinéas, le gouvernement peut, par règlement,
prescrire des cas et des conditions dans lesquelles un paiement est autorisé.»
Selon
l'article 197 du règlement, un amendement doit concerner le même sujet que la
motion et ne doit pas aller à l'encontre
de son principe pour être jugé recevable. De plus, la jurisprudence a établi
qu'un amendement ne doit pas nier, dénaturer
ou écarter l'objectif de la motion principale. Et, à cet effet, je vous réfère
à une décision du 7 juin 2010, le n° 197-22. Cette règle s'applique
également à un sous-amendement en vertu de l'article 200 du règlement.
Ainsi, alors
que l'amendement vise l'interdiction complète de tout paiement pour des frais
engagés — aucun — le sous-amendement
permet plutôt au gouvernement de prévoir, par règlement, des exceptions à cette
interdiction complète. Ce faisant, le
sous-amendement a pour résultat l'inverse de la conclusion recherchée par la
motion principale, ce qui n'est pas
permis par la jurisprudence parlementaire quant à un sous-amendement. Et je
vous réfère à la décision du 24 novembre 2004, n° 197-35.
Pour
cette raison, le sous-amendement proposé est irrecevable, puisqu'il a pour
effet de contredire le principe contenu dans la motion d'amendement. Je termine, par contre, en précisant que la
présente décision sur le sous-amendement n'a pas pour effet de juger de la recevabilité ou non d'un amendement qui
pourrait être, d'aventure, présenté par la même personne.
Alors,
l'objet du débat revient donc à l'amendement présenté par la députée de Taillon
à l'article 25.2, et c'est ce qui est devant nous, chers collègues. Y
a-t-il des interventions? M. le ministre.
M. Barrette : J'en ai une, M. le
Président.
Le Président (M. Tanguay) : Oui, M.
le ministre.
Barrette : Alors, comme je l'ai dit hier... je vous avais dit que
j'allais être très... à l'avance, que j'allais être satisfait de votre
décision parce qu'elle est basée sur la raison, qui, elle, est basée sur la
jurisprudence parlementaire. Alors, je vous remercie de votre décision.
À la lumière
de celle-ci, cependant... et je reprends les commentaires que j'ai faits hier à
propos de l'économie de notre temps
parlementaire. Je pense que nous avons tous intérêt à ce que nous utilisions le
temps parlementaire de façon efficace
pour faire valoir nos arguments. Comme il y a une collision — vous l'avez illustré dans votre
décision — entre
nos positions... Cette
collision-là était reflétée dans l'amendement 24.1, qui n'avait pas été déposé.
Alors, évidemment, les chances que
nous acceptions l'amendement à 25.2, déposé par la députée de Taillon, sont
faibles, j'irais même jusqu'à dire inexistantes, mais le débat vaut
la peine d'être fait, évidemment.
Alors, si
nous continuions dans la direction actuelle, ça nous obligerait à ramener
évidemment le 24.1, qui n'a jamais
été déposé, mais qui a été proposé en amendement, alors, ce qui ferait en sorte
que le débat durerait deux fois plus longtemps.
Alors, je propose, pour l'économie de nos travaux, de revenir, avec
consentement, à 24.1 pour faire le débat tel que souhaité par les oppositions, que ça soit le débat tel que prévu
sans ambages, évidemment, mais ça fera en sorte qu'on ne le fera pas deux fois tel que, s'il n'y a pas consentement, ça
va arriver, et, évidemment, on prendra deux fois plus de temps, et je ne pense pas que nous, parlementaires, et ceux qui
nous écoutent conduire nos débats s'attendent... On sait, là, je le dis formellement, s'il n'y a pas un retour à 24.1, on
va simplement refaire le débat et consommer du temps inutilement. C'est
une répétition absolue.
Le Président (M. Tanguay) : Merci
beaucoup. Alors, sur les commentaires... Avez-vous les commentaires?
Mme Lamarre : M. le Président, oui,
avec commentaires.
Le Président (M. Tanguay) : Collègue
de Taillon.
Lamarre : Écoutez, le temps, on en est tous très conscients, mais ici
il s'agit de défendre quelque chose qui
est vraiment au coeur d'une préoccupation des citoyens, et je pense que tous
les gens qui nous écoutent trouvent que ce sont des minutes tout à fait bien consacrées à notre mandat de bien
réfléchir, de bien questionner le ministre, et je l'invite à faire preuve
d'ouverture. Il nous dit, depuis le début, qu'il va en déposer, des règlements
qui vont encadrer ça, alors qu'il
nous parle de son cadre, mais autrement.
Actuellement, il ne nous donne aucune information. Nous, on a un amendement
qui est très clair, et qui dit «aucun
paiement», et qui se justifie, et qui a été considéré recevable. Alors, moi, je
pense qu'on est tout à fait en droit de le débattre et de prendre
quelques autres 20 minutes. Là, on parle de quelques périodes de 20 minutes, pour les gens qui ne connaissent pas,
là, l'ampleur de ce que ça peut représenter. Je pense que pour un sujet aussi important que ça, aussi crucial, qui fait
l'actualité, qui fait consensus auprès de la population... je pense que c'est
tout à fait justifié d'aborder le premier
amendement que moi, j'ai déposé seulement. Le ministre nous ajoutera
d'autres... un autre amendement distinct, et puis il sera évalué sur la
nature de cet amendement-là.
Le Président (M. Tanguay) : M. le
ministre.
Barrette : Alors, M. le Président, un dernier commentaire pour que les
gens se rendent compte ici de ce qu'il se
passe. La proposition pour laquelle nous n'avons pas eu consentement ne change
absolument rien au débat. C'est le même
débat que nous ferons deux fois, et la conséquence est uniquement temporelle.
C'est une conséquence uniquement de
consommation de temps, tout simplement. Mais, M. le Président, je respecte
votre décision. La députée de Taillon a le droit de ne pas donner le consentement. Je ferai un parallèle avec ma
pratique précédente; ça s'appelle le consentement éclairé. La députée de Taillon choisit d'utiliser
le double du temps pour le même débat, qui est tout à fait justifié, en passant,
M. le Président, je ne le conteste pas. Alors, allons-y, débattons.
Président (M. Tanguay) : C'est bon. Alors, merci beaucoup. Sur l'objet
de notre débat, l'amendement de la collègue, 25.2. Collègue de Taillon,
la parole est à vous.
Le Président (M. Tanguay) : Collègue
de Rosemont.
M. Lisée : Non, Taillon
d'abord.
Le Président (M. Tanguay) : Taillon.
Lamarre : Alors, peut-être juste pour replacer le contexte, M. le
Président, puisqu'on n'a pas eu la chance, là, de relire récemment cet amendement-là. C'est un amendement qui vise
à remplacer... finalement à faire en sorte qu'on va remplacer le
neuvième paragraphe... neuvième alinéa, par les suivants — donc,
ça dit :
«Aucun
paiement ne peut être réclamé ou reçu d'une personne assurée, directement ou
indirectement, pour des frais engagés
aux fins de la dispensation de services assurés par un professionnel de la
santé soumis à l'application d'une entente ou par un professionnel
désengagé. Constituent notamment de tels frais ceux liés :
«1° au fonctionnement d'un cabinet privé;
«2° aux services, fournitures et équipements
requis lors de la dispensation d'un service assuré;
«3° aux tests diagnostiques effectués dans le
cadre de la dispensation d'un service assuré.
«Il est de plus interdit de rendre, directement
ou indirectement, l'accès à un service assuré conditionnel à un paiement par une personne assurée, ou de procurer
à celle-ci un accès privilégié à un tel service moyennant paiement.»
Et, deuxièmement, par le remplacement, dans le
12e alinéa, de «onzième» par «douzième»... Donc, plus un problème de
concordance.
Alors,
il y a plusieurs éléments de fond dans cet amendement-là. D'abord, le premier
principe, c'est : Aucun paiement ne
peut être réclamé. Alors, c'est quelque
chose qui, en 2015, est tout à fait réaliste. Les conditions de rémunération
des médecins ont été bonifiées, plus particulièrement au cours des dernières années, et, dans ces conditions de rémunération là, il est prévu que l'acte du médecin soit couvert, mais également
que soient couverts... et donner une bonification de sa rémunération pour couvrir les
frais de bureau, les frais d'équipement et d'éventuels tests diagnostiques
qu'il pourrait y avoir. C'est comme ça que ça a été convenu depuis le
début de l'assurance maladie.
Donc,
ces frais se sont ajoutés, je dirais, au fil des dernières années et on était
en train d'installer une habitude qui était contraire à la loi, et là ce
qu'on vient faire ici, c'est de dire clairement... parce que souvent c'est
l'ambiguïté qui fait que les gens dévient.
Donc, je ne dis pas que les médecins qui l'ont fait ont été de mauvaise foi,
pas du tout. Je pense qu'il y a eu
comme un laxisme, il y a eu un laisser-aller et, tranquillement, ça a
glissé. Ah! bien, on charge 20 $
pour des gouttes, puis ça fonctionne,
30 $, 40 $, 50 $, 100 $. On charge 150 $ pour des
frais administratifs, des transferts de dossiers, des frais interurbains. Ah! il n'y a personne qui
rouspète, il n'y a personne qui réagit, il n'y a personne au gouvernement
qui fait quoi que ce soit. Alors, ça
s'installe comme une pratique normale, et ce n'est pas normal, et ce n'est pas
l'esprit et le sens de la Loi de
l'assurance maladie. Donc, «aucun paiement ne peut être réclamé ou reçu d'une
personne assurée, directement ou
indirectement, pour des frais engagés aux fins de la dispensation de services
assurés par un professionnel, [donc en lien] notamment [...] au
fonctionnement d'un cabinet privé.» Et le «notamment» est important, parce
qu'on pourrait trouver d'autres éléments éventuellement qui pourraient être
initiés et qui seraient contraires à la loi.
Donc,
les frais de cabinet privé, je veux juste expliquer
sommairement comment ça
fonctionne. Mettons que, dans une
entente, l'entente entre la FMSQ et le gouvernement... Mettons qu'on prévoit
qu'il y a un montant de 100 $ qui peut être sur un acte, un examen
ophtalmologique, par exemple. Après, c'est au niveau de l'association, de la
Fédération des médecins spécialistes de
répartir ce 100 $ là. Alors, on
peut très bien dire, par exemple : Sur le 100 $, on va mettre
80 $ sur l'acte médical puis
juste 20 $ sur les frais de bureau. Alors là, c'est sûr que les gens vont
dire : Bien, écoute, les frais de
bureau sont beaucoup trop bas. 20 $, ça ne se peut pas. Il faut qu'on
charge ailleurs quelque chose pour justifier nos frais de bureau. Mais
il n'y a rien qui empêche actuellement qu'à l'intérieur de l'enveloppe des
médecins spécialistes ils fassent une autre
répartition et qu'ils disent : Pour mon acte, quand je vois le patient,
que je l'examine, on attribue 50 $ pour ça puis on attribue 50 $ pour les frais de bureau. Donc, si
l'acte est fait à l'hôpital, le médecin reçoit 50 $. Il le fait dans son bureau, il a une pratique particulière,
ça lui prend un équipement particulier, ça lui prend des frais de cabinet
supplémentaires? On peut majorer, on peut
même faire 30 $ pour l'acte, 70 $ pour les frais de bureau. Toutes
ces modalités-là sont possibles à
l'intérieur de l'enveloppe, et ce sont les médecins spécialistes, dans ce
cas-ci, ou les médecins... les
omnipraticiens, dans le cas de leur enveloppe, qui peuvent calibrer, je vous
dirais, trouver le juste équilibre entre les frais de bureau et
l'activité professionnelle qui doit être faite.
c'est ça qui a dérapé. C'est ça qui a fait que maintenant on se retrouve avec des situations où tout l'argent a été mis
sur l'acte, et là, évidemment, de
façon... Quand on regarde ça, on
dit : Bien là, ça n'a pas de bon sens que ça donne juste 10 $
ou 20 $ de plus pour le faire en cabinet privé. C'est sûr que mes frais de
cabinet privé ne sont pas inclus. Mais le premier questionnement qu'on doit se poser, c'est que, dans ce
100 $ là, est-ce qu'on en a assez pour couvrir l'acte et les frais de cabinet? Et ça, ça doit être modulé
correctement et adéquatement, et sur le volume, et sur le... Maintenant, il y a
des nouvelles technologies qui font que certains actes peuvent être faits avec
des volumes beaucoup plus grands, des examens
qui prenaient beaucoup plus de temps, maintenant qu'on peut faire en cinq ou 10
minutes, alors qu'on les faisait en une heure avant.
Donc,
tout ça a créé des volumes d'actes, et donc toute la rémunération ayant été
choisie d'être mise sur l'acte et non
pas sur les frais de cabinet, sur les frais de fournitures, bien là on arrive à
une situation où on dit aux gens : Bien là, on n'a plus le choix, là. Si on n'est pas payés pour avoir des surplus
pour les frais de cabinet, les frais d'équipement, bien, on ne pourra
plus faire les services. Bien non, ils vont être faits pareil, les services.
C'est sûr qu'ils vont être faits quand même.
C'est juste que là on fait payer ces frais-là en supplément à la population,
alors que, dans l'enveloppe, ce qui
est convenu au départ, c'était prévu qu'il y ait ces modalités-là et qu'il y
ait deux honoraires. La preuve : notre collègue hier, le député de Mercier, a déposé des grilles
d'honoraires, et on voit clairement qu'un honoraire fait pour le même acte
dans un hôpital, par exemple, ou dans un
CLSC, dans un hôpital en clinique externe ou dans un CLSC où le médecin n'a pas
à investir dans les frais de bureau, il est payé un certain montant, 30 $,
et il va être payé 50 $ si le médecin le fait dans son bureau
privé.
Alors,
c'est cet équilibre-là qui n'a pas été bien contrôlé et que... L'amendement que
je dépose vient obliger les fédérations médicales à dire : C'est
dans l'enveloppe qui a été négociée, qui a été en grande
partie bonifiée dans
les dernières années que se trouve la
solution. Et on estime, là, que 1 % seulement de cette enveloppe-là couvrirait
les 50 à 100 millions de dollars
des frais accessoires qui sont facturés actuellement à des milliers de
Québécois, pour qui ces frais-là sont
inclus déjà dans les taxes et les impôts qu'ils ont payés. Donc, je pense à ce
niveau-là avoir fait une précision qui permet de bien comprendre la
situation. Donc, il ne s'agit pas de dire : On va payer.
ce que ça amène comme comportement déviant, c'est qu'évidemment ça crée un
déplacement des spécialistes des établissements publics vers leurs
cliniques privées, parce que là évidemment, si j'ai 80 $ de plus ou
100 $ que je facture quand je vois le
patient dans ma clinique privée, j'ai plus de disponibilité, et les gens vont
reconnaître ça. Donc, souvent, ils se
font dire que, pour avoir tel type de traitement, ça va prendre trois mois,
quatre mois si on le donne dans la clinique
externe de l'hôpital et ça peut se faire en l'espace de deux semaines si on va
dans la clinique privée. Alors, on voit
l'effet pervers que ça a parce que la multiplication de ces services-là, elle
vient drainer, elle vient encourager une pratique dans le secteur privé.
L'autre
élément, c'est que ça draine aussi les disponibilités de médecins. Et, dans les
Laurentides, on a une situation où il
y a une grosse clinique ophtalmologique. Actuellement, ils ont 22
ophtalmologistes qui sont disponibles pour travailler dans cette clinique privée là et il n'en reste que
huit pour travailler dans l'hôpital. Alors, on voit encore comment ça va...
C'est un effet contraire à l'esprit de la loi et de l'accessibilité qu'on a le
droit d'avoir avec notre assurance maladie. C'est clairement contre ce
principe-là.
Ensuite, «il est interdit de rendre, directement
ou indirectement, l'accès à un service assuré conditionnel à un paiement...» Bien, on ne le rend pas conditionnel
à un paiement, mais, quand on dit à quelqu'un : Ça risque de prendre
six mois avant que tu aies ton examen ou
bien ça risque de prendre deux jours, on crée un incitatif. Mais la personne
qui ne l'a pas, le 200 $, qui
n'a pas le 500 $ pour sa coloscopie, elle, elle est sur la liste d'attente
pendant trois ans et demi de temps. Donc, on crée une grande iniquité,
une iniquité à l'endroit de tous les Québécois, et particulièrement les gens
les plus démunis. «...ou [donc] de procurer à celle-ci un accès privilégié...»
Alors, les
choix des termes sont tout à fait appropriés. Je pense que les exemples que
j'ai donnés décrivent très bien les
dérapages vers lesquels on est allés, qui ont fait en sorte que la population
est tellement désespérée actuellement du
manque d'accès qu'elle est prête à dire que, dans certains cas, c'est la seule
solution. Mais ce n'est pas la seule solution. La solution, c'est qu'on revienne à l'essence et à l'esprit de
l'assurance maladie et que, dans les enveloppes qui ont été prévues pour les médecins, ils s'attribuent entre
eux la juste répartition qui tiendra compte des frais pour les cabinets privés,
pour les fournitures, les équipements et les
tests diagnostiques, mais à l'intérieur de leur enveloppe. Donc, pas un sou de
plus pour les citoyens.
Le Président (M. Tanguay) : Merci
beaucoup. M. le ministre.
M. Barrette : M. le Président, je
n'ai pas eu de question.
Le Président (M. Tanguay) : Pas de
problème. Collègue de Lévis, la parole est à vous.
M. Paradis
(Lévis) : Merci, M. le
Président. Il y a de bons arguments qui sont signifiés ici de la part de la
députée de Taillon, des arguments qui
se tiennent, sur lesquels il faut réfléchir. Et, M. le Président, le ministre
de la Santé disait il y a quelques
instants à peine qu'il y a une espèce de collision qui se crée à ce moment-ci.
Je pense qu'il y a des positions qui
sont probablement... et le ministre l'a même dit, il a dit : Ce serait
difficilement réconciliable. Ce sont ses propos. Alors, il faut s'attendre à ce qu'il y ait des échanges,
puis il y en a, puis il y a des bons points, de très bons points, hein, amenés
par la députée de Taillon. Puis il y aura
assurément... parce que ça ne se terminera pas là, là, on est sur l'amendement
de la députée de Taillon,
éventuellement on reviendra sur l'amendement du gouvernement, puis il y aura
encore des débats, puis il y aura encore probablement des points qui
seront apportés, qui vaudront la peine d'être écoutés également.
M. le
Président, je pense que, s'il y a un élément sur lequel tout le monde s'entend
cependant, c'est l'importance de ce
qui se joue ici. La notion de frais accessoires, c'est extrêmement important.
Ça fait partie, dans ce projet de loi là, des éléments vitaux, tous en conviennent. D'ailleurs, depuis déjà un
bout de temps, on en parle, il s'écrit plein de choses, puis il y a plein de choses qui se disent. Ce sur
quoi on va tous s'entendre, c'est qu'il faut justement faire en sorte que
les choses soient claires une fois pour
toutes. Le problème, c'est qu'actuellement il y a beaucoup, mais beaucoup de
zones grises, puis il y a beaucoup de
personnes qui souhaiteraient être entendues, puis il y a beaucoup de personnes
qui souhaiteraient comprendre comment
ça va fonctionner, comment ça fonctionne, ce que ça pourrait devenir ou ce que
ça ne deviendra pas également.
À ce
moment-ci, M. le Président, parce que, moi aussi, je souhaite que les choses
avancent puis je souhaite que les
décisions se prennent de bonne façon, je reviens avec une proposition qui a été
faite, c'est-à-dire de faire en sorte qu'on puisse écouter les gens là-dessus, faire en sorte qu'on puisse étendre
ce débat-là et permettre d'avoir des consultations particulières faisant en
sorte que les principaux intéressés et les spécialistes puissent éclaircir le
portrait pour qu'on comprenne mieux collectivement ce qu'une décision
par rapport à une autre suppose.
Il n'y aurait
pas de mal à ce qu'on décide ensemble, là... Puis je sais que la proposition a
déjà été faite. Je rappellerai une réponse du ministre de la Santé, M.
le Président, qui me disait : Bien oui, bien là, le député de Lévis veut
des consultations, puis on va repartir pour
un an... On ne repartira pas pour un an, M. le Président. Là, ce qu'on fait là,
là... Puis on est bien, bien à cheval
sur le chronomètre, à dire : Est-ce qu'on engage bien notre temps
parlementaire? Je pense que l'enjeu
vaut la peine, bien sûr. Faire des consultations avec des gens qui souhaitent
être entendus, là, ça se fait assez rondement.
Ça a l'avantage de nous permettre d'avoir la position de tous ceux et celles
qui sont impliqués, parce que ça touche
tout le monde, les frais accessoires : des économistes, des juristes, des
professionnels de la santé, des spécialistes, omnipraticiens, des
patients qui se demandent qu'est-ce que ça va être pour demain.
Quelle est la
meilleure solution, alors qu'on a vraiment deux positions qui s'affrontent? Et
on voit difficilement l'issue, sinon que
de savoir, au bout du compte, que, par la force du nombre, bien, il y a des
décisions qui se prendront. Mais
l'auront-elles été en impliquant puis en se servant au maximum du pouvoir
démocratique qu'on a, c'est-à-dire de faire
en sorte que les gens puissent se prononcer, que vous puissiez vous prononcer à
la maison? Les gens qui le réclament, hein, ils sont nombreux.
Récemment,
dans un article, le Dr Isabelle Leblanc, qui est présidente du regroupement des
Médecins québécois pour le régime
public, disait : On s'apprête à modifier, à travers la position du
gouvernement, la situation des frais accessoires
pouvant donc permettre de modifier à sa guise les circonstances dans lesquelles
des frais accessoires pourraient être
facturés aux patients, sans consultation, sans débat démocratique. Sans débat
démocratique. Je pense que, là, on peut aller plus loin puis faire en sorte qu'on l'initie, ce débat-là. Je
parle du Dr Leblanc, bien je vous donnerai un autre groupe qui, aussi, a réclamé et réclame qu'on puisse
aller plus loin là-dedans : l'Association médicale du Québec, qui réclame
un débat public sur la question des frais
accessoires; des médecins membres de la Fédération des médecins spécialistes
du Québec, qui
disaient : Il faut ouvrir le débat — et c'est le Dr Livernoche — sur la question des frais accessoires et
mettre le patient au coeur de la décision.
Mettre le
patient au coeur de la décision, moi, dans ma tête à moi, c'est qu'il faut à
quelque part qu'il parle, il faut qu'il puisse s'exprimer, il faut qu'il
puisse comprendre. C'est d'autant plus important, M. le Président, dans ce que
je vous dis, qu'il y a des zones grises, et
les gens se questionnent, et les gens nous questionnent. Il y a des options sur
la table : interdire,
normaliser, permettre, avec des considérations pour chacune d'entre elles.
Mais, encore là, dans l'aboutissement puis
les conséquences, on ne sait pas trop, et c'est là qu'il serait intéressant
d'entendre des gens qui puissent nous donner aussi leur vision des choses pour éclairer nos décisions. Cette décision
qu'on va prendre là, là, ce n'est pas pour trois semaines, ce n'est pas
pour deux ans, c'est une décision importante qui a une portée.
Je vais
donner quelques points nébuleux qui sont assez... et sur lesquels je me fais
questionner et vous vous faites peut-être
également questionner. On a parlé de cette espèce d'incongruité dans la loi qui
fait que, depuis 1970 ou à peu près,
des frais accessoires sont permis, pas permis, mais qu'à cause des ententes ça
a été... on s'en est servi, on n'aurait peut-être pas dû.
L'article 18 de la loi 8, et, si je le lis... Ça a été
sanctionné le 7 juillet 1970, ce n'est pas d'hier, mais ça part de là
aussi. Mais, même là-dessus, on n'est pas trop, trop sûrs de sa portée puis de
ce que ça a donné, et pourtant le texte semblait assez clair. J'imagine que
ceux qui l'ont sanctionné en 1970 se disaient que c'était... seulement à se
rappeler comment on peut, par
exemple, parler de longues minutes sur la place d'une virgule ou d'un mot pour
faire en sorte que la loi fasse un sens.
En 1970, on
a écrit, loi 8, sanctionnée le 7 juillet : «Un professionnel — l'article 18 — de la santé a droit d'être rémunéré par la régie pour des services assurés
qu'il a fournis à une personne qui réside au Québec alors qu'il était soumis
à l'application d'une entente pourvu qu'il
se soit conformé aux dispositions de l'entente[...]; il ne peut exiger ni
recevoir pour de tels services aucune
autre rémunération que celle qui lui est payable par la régie et qui est prévue
à l'entente; toute convention à l'effet contraire est nulle de plein
droit.»
L'article
19 : «Aucune entente — "aucune entente" — ne peut prévoir un supplément de
rémunération pour des services assurés.»
C'est en
1970, ça, là. Ça semble, à sa lecture, assez clair, mais manifestement ça n'a
peut-être pas donné les résultats escomptés.
Bref, aujourd'hui, on se trouve dans une espèce problématique majeure tant pour
les patients que pour peut-être des médecins. Autre zone grise.
Et, si on
permettait les frais accessoires ou si, au contraire, on faisait en sorte qu'on
assume, on rembourse les frais des
médecins... Le ministre de la Santé, M. le Président, a parlé d'un
coût potentiel de 50 à 70 millions de dollars si on avait à rembourser les frais accessoires aux médecins en plus de l'enveloppe
prévue pour la rémunération des médecins. Là, je comprends que ça entre un peu dans l'argument de la députée
de Taillon, à savoir qu'on pourrait faire ce travail-là
sans sortir de l'enveloppe qui a déjà été allouée.
Mais prenons
les chiffres du ministre, M. le
Président, et le questionnement...
bien, il y a aussi des zones grises. Est-ce qu'on sait comment on est parvenu à ces
chiffres-là? Est-ce qu'on a réalisé des études à cet effet-là? À la limite,
on serait en mesure de savoir comment ça se
ventile, comment ça s'inscrit. Je vous dirai que nous avons... puis on le fait
assez fréquemment, on n'a pas toujours des
résultats, mais on le fait. On a aussi fait une demande d'accès à l'information
pour demander : un, tout document ou
avis juridique du ministère de la Santé et des Services sociaux sur les frais
accessoires — là, regarde, c'est des documents qui vont
être importants, on décide de quelque chose qui est majeur, là, il faut qu'on
ait tous les éléments sur la table; deuxièmement, tout document sur
l'évaluation des coûts si les médecins étaient
remboursés ou compensés pour les frais accessoires exigés aux patients. Il y a
deux demandes. Réponse, on va la partager ensemble : «Nous
regrettons de vous informer que l'accès aux documents faisant l'objet de votre
demande d'accès et que nos recherches ont
permis de repérer vous ont été refusés. En effet, il s'agit de renseignements
où il y a des incidences sur les
négociations entre organismes publics, et sur l'économie, et sur les décisions
administratives ou politiques qui ne
vous sont pas accessibles.» On n'a pas ça. Moi, je pense que c'est important
qu'on l'ait aussi. Il faut qu'on sache l'implication, il faut qu'on
sache comment ça coûte, il faut qu'on sache comment ça se définit que tout ça.
Le ministre
dit dans sa proposition... Puis là je comprends qu'on est sur l'amendement de
la députée de Taillon, la collègue,
mais, dans l'amendement précédent, le ministre dit, puis d'ailleurs il l'a dit
ce matin encore : Il n'y en aura pas, de frais accessoires abusifs. On va contrôler ça, bon, contrôler,
normaliser, encadrer. Il n'y en aura plus, de frais excessifs, on va mettre un terme à ça, ça n'a pas de bon
sens. Relativement à ce qu'on vit depuis 1970, puis, encore là, en fonction
du texte, on n'est pas sûr si ça aurait dû
ou si ça n'aurait pas dû être, là. Mais il se laisse une porte pour faire en
sorte qu'il puisse y avoir des cas
particuliers. Encore là, sans pouvoir écrire à la place du ministre ou entrer dans
sa tête et dans sa vision des choses,
ça veut dire quoi? Les cas seront lesquels? Ces règlements permettront quoi?
Est-ce qu'on revient à la case départ? Difficile de connaître et de
savoir ces intentions-là.
Sauf que ce
que je vous dis, c'est qu'il y a bien des gens qui ont déjà manifesté leur
désir d'apporter leur vision sur un
dossier aussi important. Je pense que communément, ensemble, pour faire en
sorte qu'on puisse avancer puis de ne pas
perdre de précieuses minutes dans un dossier aussi important que celui-là, il
serait bienvenu que nous nous entendions et qu'on puisse permettre à des gens, aux gens qui le réclament, aux
patients, aux comités d'usagers, à des économistes, à des juristes, à
des professionnels de la santé de venir s'exprimer.
Et ça va
tellement loin actuellement que même Me Jean-Pierre Ménard dit : Écoutez,
là, il y a tellement de portée là-dessus,
là, qu'il faut que j'adresse la question au gouvernement fédéral parce qu'il y
a une incidence automatique sur les
transferts fédéraux en santé. Et là ce n'est pas banal non plus, là, on parle
de millions de dollars. Alors là, il y a aussi une zone d'ombre. Est-ce qu'on est en train de créer un précédent qui va
faire en sorte que collectivement on perde de l'argent nécessaire à un
système de santé que l'on veut meilleur? Bien, soyons logiques. Faisons en
sorte...
J'aime,
moi, j'aime, j'adore le tennis, hein? Ça a été mon sport préféré, puis je le
pratiquerais encore davantage n'eût été d'une blessure au genou, puis ça va
revenir. Mais j'adore ça. J'adore voir les pros jouer. J'adore jouer,
moi aussi. Puis là, bien, je vois un beau
match, là : il y a du tennis pas mal, il y a de l'aller-retour, c'est
agréable. Mais ça risque de durer un bon bout de temps, puis l'essence
même de notre discussion, c'est de légiférer, prendre une position sur quelque
chose qui est fondamental pour tout le monde. On a l'impression que ceux qui
sont les principaux intéressés n'auront pas eu voix au chapitre. Moi, ça me
fatigue. Ça me dérange.
Qu'est-ce que trois jours, trois jours et demi
de consultations pour faire en sorte qu'ensuite on puisse dire : Ah! bien, la position de l'un se tient, de l'une,
oui, aussi, ou non, mais qu'ensemble et collectivement on ait l'impression
qu'on a pris une décision pour les patients
qui sont au centre de la discussion qu'on a? On parle pour eux, toujours pour
eux. On l'oublie. On l'oublie parce qu'on
parle souvent de virgules, puis d'articles, puis on est dans la concordance,
puis on est dans des trucs, puis là
ça... Mais on oublie qu'au centre de tout ça c'est l'accessibilité des
patients, le fait qu'on puisse recevoir des soins, que tous puissent les
recevoir également, tous.
M. le
Président, je réitère notre demande.
Je le fais à ce moment-ci. Alors, j'écoute les arguments avec beaucoup d'attention
et je les apprécie, mais je pense que, si on veut aller au-delà de ça, je réitère
la position faisant en sorte qu'on puisse
maintenant, à ce moment-ci, collectivement, se dire que des
consultations particulières permettant aux principaux intéressés de venir aussi donner leur point de vue
et de nous éclairer, parce qu'on n'a pas toutes les connaissances, hein, la science infuse,
là... On est peut-être en mesure de laisser de la place également
à ceux qui voient les choses différemment pour éclairer et nos débats... et, ensuite, faire en sorte que la
décision qui sera prise soit la meilleure pour la population et le patient. Merci, M. le
Président.
Président (M. Tanguay) : Merci beaucoup. Alors, deux choses sur votre demande, collègue de Lévis, d'y aller
de consultations particulières quant à l'article... bien, «quant à l'article»,
quant au projet de loi n° 20. En vertu de l'application de l'article 244 et de la jurisprudence nombreuse à ce
stade-ci, parce que nous avons commencé l'étude
article par article,
elle est irrecevable.
Par contre,
de consentement, ça pourrait être fait, mais, en vertu encore une fois de notre
code et de la jurisprudence, on ne pourra pas débattre d'une telle
motion, ça prendrait le consentement pour faire de plus amples consultations
particulières.
M. Paradis
(Lévis) : M. le Président,
je me permettrai seulement d'ajouter, si vous permettez, là, et je considère
que votre éclairage est très à propos...
Évidemment, j'imagine qu'on a tous la même volonté. Donc, dans ma tête à moi,
je pense que le consentement pourrait
venir par bonne foi puis souci de faire en sorte qu'on puisse avancer
davantage. Alors, c'est en ce sens-là que je le proposais, en me
disant : Probablement que le consentement pourrait être accordé.
Le Président (M. Tanguay) : M. le
ministre.
M. Barrette : Pas de consentement,
M. le Président.
Président (M. Tanguay) : Alors, il n'y a pas de consentement. Y a-t-il
d'autres interventions sur l'amendement de la collègue de Taillon?
Collègue de Taillon.
Mme Lamarre : Merci beaucoup.
Le Président (M. Tanguay) : Oui.
Collègue de Taillon.
Mme Lamarre : Merci, M. le
Président. Alors, juste quelques informations supplémentaires. Les gens n'ont peut-être pas pu entendre la question que j'ai
formulée ce matin, ce n'est pas tout le monde qui est disponible, là, à la
période de questions, mais on peut la
retrouver facilement sur Internet maintenant. Mais il est certain
qu'actuellement ce n'est pas permis.
Or, Me Jean-Pierre Ménard, qui est un avocat qui consacre sa pratique,
l'entièreté de son droit, à la défense des intérêts des patients, nous
dit qu'il y a déjà 113 cliniques où ça se fait. Donc, actuellement, c'est
interdit, et on a probablement à peu près
1 000 médecins qui touchent d'une façon ou d'une autre des frais
accessoires qui ne sont pas appropriés.
Or, le ministre veut rendre ça légal. Il veut encadrer, il veut rendre ça
autorisé par voie de règlement. Donc, quand
on a un règlement qui dit : On peut le faire, on dit feu vert, on y va. Et
là on va avoir non pas 1 000 médecins qui vont s'y adonner, mais 2 000, 10 000. Pourquoi pas les
20 000? Parce que tous ces médecins-là sont susceptibles d'avoir des frais de bureau, des frais d'équipement,
d'avoir recours à des tests diagnostics. Donc, on voit l'ampleur du débordement
que cela peut donner.
Et moi, je
vais vous dire, je connais beaucoup de médecins, des médecins de famille et des
médecins spécialistes, qui ont eu à coeur, depuis toutes ces
années — qui
l'ont encore — de
respecter la loi et qui ne facturent pas ces frais accessoires, qui s'en privent et qui sont capables, à même les
enveloppes et les honoraires qu'ils ont, de comprendre que l'esprit de
la loi visait à ce que tout ça, ce soit inclus, et qui ne facturent pas, ne
surfacturent pas à leurs patients. Je pense qu'on a un devoir d'équité aussi
envers tous ces médecins qui comprennent l'esprit de la loi, qui accordent de l'importance au caractère universel de l'assurance
maladie, au fait qu'au Québec les plus démunis, les plus défavorisés ont les mêmes droits en termes d'accès à la santé,
et souvent leurs besoins sont plus importants, et qu'ils ne doivent pas être marginalisés,
pénalisés parce qu'ils n'ont pas les moyens de payer des frais supplémentaires.
Et, ces médecins-là, je pense qu'on
doit leur rendre hommage aujourd'hui et on doit soutenir leur action, et on
doit leur dire qu'ils ont tenu le phare
malgré des influences qui étaient vraiment négatives. Mais ce n'est pas facile
quand on voit notre collègue à côté, dans
le bureau ou la clinique médicale, empocher des 100 $, des 200 $,
dire : Moi, je reste sur mon principe, je comprends que l'esprit de la loi puis ce que je me suis
engagé à faire comme médecin ne va pas dans ce sens-là, ce n'est pas ça qu'on
a ici, au Québec, et de tenir son bout.
Alors, moi, je pense qu'il y a une urgence à rendre justice à ces médecins-là qui
ont respecté leur engagement à l'endroit des Québécois en ne chargeant pas les
frais accessoires.
Le Président (M.
Tanguay) : Merci beaucoup. Y a-t-il d'autres commentaires?
M. Barrette :
Je n'ai pas de commentaire, M. le Président, n'ayant pas eu de question.
Le Président (M.
Tanguay) : Merci beaucoup. Collègue de Rosemont, la parole est à vous.
Lisée : Alors,
j'avise le ministre qu'il va avoir une question à la fin de mon
intervention. Je crois qu'il va être content
de pouvoir répondre. On a insisté, M.
le Président, pour présenter cet amendement
qui interdit les frais accessoires. On souhaitait que les membres de
cette commission puissent voter là-dessus. Et je peux d'ailleurs vous dire
qu'on demandera le vote nominal, parce que
ce n'est pas bénin, ce qu'on fait aujourd'hui.
Nous voulons que cette commission parlementaire puisse dire si,
oui ou non, le gouvernement libéral va introduire une nouvelle taxe santé, parce que
c'est de ça dont il s'agit, et, en fait, c'est pire, M. le Président,
puis je vais vous expliquer pourquoi.
D'abord,
on se souvient que la taxe santé introduite par le gouvernement Charest était particulièrement odieuse parce
qu'elle était régressive, c'est-à-dire que, peu importe si vous étiez pauvre ou riche, vous payiez 100 $ par personne ou 200 $ par couple. Mme Tartempion, M.
Desmarais payaient le même niveau de taxe santé pour avoir des frais de santé. C'était inacceptable. Et maintenant tout le monde
le reconnaît, y compris le Parti libéral, reconnaît qu'il faut se débarrasser
de cette taxe.
Bien,
les exemples de frais accessoires, là, c'est ça : 400 $ pour
l'analgésique lors d'une coloscopie, 200 $ pour des gouttes oculaires en ophtalmologie, 140 $
pour une injection lors d'une vasectomie, 25 $ pour un petit peu d'azote
en dermatologie. Mme Tartempion puis
Mme Desmarais vont payer le même montant, mais, contrairement à la taxe
santé, cette fois-ci, ça va être une
taxe-surprise parce qu'on ne s'attend pas à sortir la carte de crédit quand on
va chez le médecin, on s'attend à
avoir une carte, c'est la carte d'assurance maladie, la carte-soleil, pas la
carte brouillard, la carte-soleil. Et là ce que le ministre veut, c'est le
brouillard. On va aller chez le médecin et on ne saura pas ça va être quoi, les
frais qui vont nous être donnés,
parce que, même s'il veut mettre ça dans un règlement, pour les Québécois,
depuis 50 ans, la santé, c'est universel et gratuit. Ils paient par les
taxes puis ils paient les médecins. Puis, grâce au ministre actuel, ils les
paient énormément, mais ils s'attendent à n'avoir qu'une carte, la
carte-soleil.
là le ministre, qui nous annonce qu'il va voter contre notre proposition
d'interdire les frais, en fait, ce qu'il est en train de créer, en légalisant, en formalisant, en normalisant les frais,
bien, c'est de dire à tous les médecins qui, jusqu'à maintenant, respectaient l'idée de la santé
universelle et gratuite : Vous avez eu tort, vous avez eu tort. Ceux, qui
avaient raison, c'est ceux de vos
collègues qui chargeaient. Maintenant, faites comme eux. Et, au lieu d'avoir
1 000 médecins qui s'en
mettaient plus dans leurs poches avec ces frais non normalisés, on pourra en
avoir 2 000, 10 000, 20 000. Il y en a 20 000 au Québec. Alors, la taxe santé
régressive surprise que le ministre est en train de créer va avoir un impact
majeur sur les Québécois.
en plus, ce qu'il est en train de faire, c'est de la santé à deux vitesses, à
deux vitesses, parce que c'est : Payez ou attendez. Alors là, entre Mme Tartempion puis Mme Desmarais, il
va y avoir une différence parce que les gens riches, ils vont payer, ils vont payer, puis les gens
pauvres, ils ne pourront pas payer. Alors, ce que le ministre est en train
d'introduire, c'est un système de santé à deux vitesses, un pour les
riches puis un pour les pauvres.
vraiment, en en rajoutant des couches, là, il nous a dit que les médecins
pourront charger le tarif qu'il va leur permettre de charger sans profit substantiel — et là ma question s'en vient, je sais que le
ministre est très attentif — sans profit substantiel. Alors, ça veut dire que non seulement il accepte le
principe que les médecins vont charger, alors qu'ils pourraient ne pas
charger, alors que beaucoup de médecins ne chargent pas, mais là ils vont
charger, mais ils vont se prendre une cote,
ils vont se prendre une marge, ils vont se prendre un profit raisonnable,
raisonnable. Et le ministre va leur
dire quel est leur profit raisonnable. Mais là on est... Je veux dire, je n'en
reviens pas, et c'est ma question au ministre : Mais pourquoi, même s'il avale toute
l'argumentation de la Fédération des médecins
spécialistes — puis
je comprends qu'il l'avale parce que
c'est lui qu'il l'a inventée lorsqu'il les dirigeait — qu'il
y a des coûts qui doivent être transférés aux patients malgré la rémunération déjà acquise, qui est passée de
1,9 milliard à près de 4 milliards beaucoup grâce à lui...
Même s'il avale toute cette argumentation
qu'il faut transférer le coût aux patients, pourquoi diable faut-il qu'ils
prennent une marge de profit, quelle qu'elle soit? Pourquoi? C'est ça,
ma question, M. le ministre.
Le Président (M.
Tanguay) : M. le ministre.
M. Barrette :
M. le Président, alors, je suis très heureux que le député de Rosemont puisse
me permettre de rectifier les propos que
j'ai tenus hier. Évidemment, il n'est pas question qu'il y ait des profits
faits sur une tarification, même
imposée par le gouvernement. Il n'en est pas question. D'ailleurs,
c'est la raison pour laquelle, M. le
Président, nous allons faire
en sorte que la loi, éventuellement, soit passée...
recommence. La raison pour laquelle nous proposons... nous proposerons notre amendement
après les débats que nous ferons deux
fois au lieu de les faire une seule fois... Alors, notre amendement
prévoit que ces frais-là seront interdits en toutes circonstances, point. Donc, ça veut dire
qu'il pourrait y en avoir zéro. C'est possible qu'il y en ait zéro. Mais,
s'il y en avait, M. le Président, ce sera par règlement. Et, s'il y en avait, M. le Président, ce sera après avoir évalué de façon neutre le prix coûtant du
service en question, de l'honoraire ou du coût supplémentaire appliqué aux services.
Maintenant,
M. le Président, le Parti
québécois est l'exemple type, il est
le livre sur lequel on doit se baser pour faire en sorte que, pour des
raisons purement économiques, il y ait une marge, comme dans n'importe quel
domaine économique. Le seul gouvernement qui ne comprend pas l'économie, M. le
Président, c'est le gouvernement du Parti québécois, et je vais un petit peu plus dans le
détail, M. le Président. Le Parti
québécois est le parti qui n'a pas
respecté les ententes signées. Or, si
on ne respecte pas les ententes signées, ça veut dire qu'on n'applique pas ce
qui est écrit dans le contrat en termes de progression d'éventuels tarifs. Et, si, M. le Président, pour un
service qui a un coût réel qui doit être payé à des fournisseurs, à du personnel, à un certain nombre de
propriétaires, à des locateurs, ce coût-là évolue dans le temps, il est normal qu'il y ait des provisions
qui permettent de faire face à ça dans une entente contractuelle. La marge
de manoeuvre qui serait théoriquement, éventuellement, appliquée est une marge de
manoeuvre pour prémunir le public
de décisions inopportunes d'un gouvernement qui a l'habitude de ne pas
respecter ses ententes.
J'ai utilisé
un mauvais terme, M. le
Président : ce n'est pas des
profits, c'est une marge de manoeuvre. Alors, c'est un montant légèrement supérieur au coûtant pour prendre en considération
des fluctuations dans une année, parce qu'il y en a. Si le député de
Rosemont considère que, dans la vie, je dirais,
publique, d'affaires, il n'y a pas de fluctuations, bien là, ça montre évidemment l'inexpérience du Parti québécois du monde des affaires, bon, ou de la vie économique quotidienne que les gens vivent. Alors, si, M. le Président, il y avait — parce
qu'à la case départ il n'y en a pas — de
tels frais, seraient négociés... c'est-à-dire seraient déterminé le coûtant et lui serait assignée une petite,
microscopique marge pour faire face aux fluctuations. Et donc je rejoins
très bien le député de Rosemont : il ne doit pas y avoir de profits. Et j'irais même plus loin, M. le Président, la raison pour laquelle tout ça a dérapé au fil du temps, oui, c'est
par appât du gain. C'est ça qui a
mené aux abus. C'est ça. Il y en a eu, des abus, je l'ai dit. Je le redis. Il y
a même eu des frais illégaux. Et la RAMQ ne s'est pas considérée légalement,
par son contentieux, suffisamment solide juridiquement pour appliquer les lois existantes citées par le député de Lévis.
On va arrêter ça, nous autres. On va l'arrêter. Et, s'il y avait de tels frais chargés aux
patients, ils seraient de l'ordre du coûtant plus une marge pour faire face aux
fluctuations annuelles du marché ou aux fluctuations d'une période de
trois ans si c'était dans le cadre d'une application triennale, par exemple.
Il n'y aura pas de profit au sens où le député de
Rosemont l'entend. Et j'admets que j'ai fait un lapsus, c'est un lapsus, mais la réalité, elle est quand même
celle-là. Alors, j'invite le député de Rosemont à... Mais ça, je ne pense pas
qu'il va pouvoir le faire, mais j'invite le
député de Rosemont à me citer correctement et à utiliser le bon sens de mes
propos. Et ça, je doute que ça arrive, mais...
M. Lisée : ...M. le
Président.
Le Président (M. Tanguay) :
Rappel...
M. Barrette : Non, non, mais
j'écoute, je ne prête pas des intentions, là...
Le Président (M. Tanguay) : Oui,
mais rappel au règlement, collègue de...
M. Barrette : ...je fais confiance
au député de Rosemont d'aller dans cette direction.
Le Président (M. Tanguay) : Oui,
mais je dois entendre le rappel au règlement. Collègue de Rosemont.
M. Lisée : Le ministre a
corrigé dans la fin de son intervention, donc je retire mon rappel au
règlement.
Le Président (M. Tanguay) : Ah! c'est
bon. Merci. M. le ministre.
Barrette : Je lui fais confiance, mais il pourrait lui arriver, comme
c'est arrivé à moi, que sa langue se fourche. Ça m'est arrivé, et on en parle, et c'est le sens de la question. Mais
la précision de ce que l'on veut faire, elle est celle-là, et que les choses soient dites : Nous allons
par... Nous aurions, si on avait débattu de notre amendement, fait le débat sur
le fait que nous proposons un amendement qui va à la base entraîner une absence
totale de frais dits «accessoires», va permettre,
dans des cas spécifiques, d'en avoir dans un cadre ultraréglementé par la loi,
c'est-à-dire le coûtant plus une marge
pour faire face aux fluctuations du marché. Et la raison pour laquelle il y a
une marge, bien, elle est en face de moi. On fait référence régulièrement à ma vie passée, bien, faisons-y
référence de façon pertinente. Le Parti québécois n'a jamais respecté les ententes, et, lorsqu'on impose un
montant, qui est un coûtant, qui ne prévoie pas les fluctuations du marché,
on met en péril celui ou celle qui a la
responsabilité économique de livrer ces services. Mais l'irresponsabilité
fiscale est ici, en quelque part, dans la pièce, et je la vois
actuellement quand je regarde devant moi. C'est tout, M. le Président.
Président (M. Tanguay) : Je vais poser la question. Je doute de la
réponse : Y a-t-il d'autres interventions? Collègue de Taillon, la
parole est à vous.
Lamarre : M. le Président, je vais laisser mon collègue de Rosemont
réagir aux insinuations du ministre. Je vais me consacrer sur ce qu'il
vient de dire...
M. Barrette :
Évidemment, je n'ai pas fait d'insinuation, là. 35. On prête des intentions...
Mme Lamarre : C'est son
interprétation.
Président (M. Tanguay) : Oui, tout à fait. Continuons. Chaque collègue
sait ce qu'il a à faire. Continuons sous
un bon ton en respectant notre règlement que nous testons de façon récurrente
et dont nous repoussons les limites à certains moments.
M. Barrette : Nous sommes des
capitaines Kirk du règlement.
Président (M. Tanguay) : Alors, je vous invite à poursuivre et
j'aimerais compter sur votre collaboration, de part et d'autre. Donc,
chaque collègue sait ce qu'il a à faire, et la parole est à la collègue de
Taillon.
Lamarre : Merci beaucoup. Alors, je vais prendre le ministre au mot.
Il nous dit : Ça va être le prix coûtant. Bien, comment on détermine le prix coûtant d'une salle où on fait une
coloscopie, où on fait une vasectomie? Ça s'arrête où, le prix coûtant?
Est-ce que ça inclut la salle d'intervention, la civière, la céramique dans
l'entrée, les chaises, le personnel, la
réceptionniste, les frais de téléphone? Ça s'arrête où, le coûtant? Comment on
détermine le vrai coûtant? Qui va
arbitrer ce coûtant-là? Ce n'est pas applicable et c'est pour ça que, dans les
ententes, il y a de prévu deux honoraires : un honoraire pour l'activité professionnelle et quelque chose qui se
négocie entre collègues. On dit : Bon, bien, regarde, toi, tu es ophtalmologiste, ton appareil coûte
plus cher. Toi, tu es en médecine interne, tu as peut-être moins besoin d'avoir
un équipement. Et ça, ça se module dans la grande enveloppe. Mais ce n'est pas
au ministre à trancher, parce qu'il va toujours
se mettre dans une position où il va avoir à déterminer : Est-ce qu'une
clinique est justifiée d'avoir deux infirmières plus une réceptionniste? Est-ce que ça nous prend de l'air climatisé?
C'est quoi, le coûtant? C'est quoi, le vrai coûtant? C'est impossible. Et c'est ça qui est dangereux,
parce qu'il a été capable d'élargir, dans son dépôt et quand il demandait,
au niveau de son amendement, le
fonctionnement d'un cabinet privé, même pas le coûtant, c'est quoi, le
fonctionnement, les coûts de
fonctionnement d'un cabinet privé : les services, fourniture et équipement
requis lors de la dispensation. Et les tests
diagnostiques, s'il y a des tests nouveaux, très chers ou s'il y a des tests
qui sont optionnels, comment on va déterminer que c'est le vrai coûtant? Ça ne peut pas se gérer par voie de
règlement. C'est une boîte de Pandore, et le ministre le sait très bien.
M. Barrette : N'importe quoi.
Lamarre : Et il le fait exprès, parce qu'il va arbitrer ça avec qui?
Le comité qu'il a prévu serait constitué de la FMOQ, de la FMSQ, de lui
et d'un expert indépendant. Comment on va trouver un expert indépendant pour déterminer ce que c'est? Alors, on voit vraiment
l'incapacité, l'incohérence entre ce que le ministre prétend qu'il va être
capable d'apporter comme garanties et la
boîte de Pandore qu'il ouvre, les risques que ça engendre et comment ça sera
complètement incontrôlable.
Juste
terminer, M. le Président. Dans une citation, une entrevue qu'il a donnée au Devoir
le 17 juin dernier, le ministre
a dit quelque chose et, pour moi, ça m'apparaît une démonstration de sa
méconnaissance de comment les Québécois se sentent actuellement par rapport à ces frais-surprises qui leur sont
imposés. Il a dit : «...il faut arrêter d'être hypocrite collectivement et de se mettre la tête dans le
sable. Ça existe, les gens s'en servent, et la majorité des gens qui s'en
servent sont bien contents avec ça.» Alors, les Québécois ne sont pas
contents, ils sont pris en otages, M. le ministre.
Le Président (M. Tanguay) : Merci
beaucoup. Merci beaucoup. D'autres commentaires, M. le ministre?
Le Président (M. Tanguay) : Non?
Collègue de Rosemont, la parole est à vous.
M. Lisée : Juste brièvement,
puis on reviendra cet après-midi. Alors, j'ai écouté attentivement la réponse
du ministre, qui me dit que, lorsqu'il pourra proposer son propre texte, ce
sera l'absence totale de frais, sauf dans les cas spécifiques. Alors, comme on
dit au Québec : Jamais, jamais, sauf une fois au chalet, sauf une fois au
chalet.
M. Barrette : Au chalet?
M. Lisée :
Et là, et là, ce que le ministre est en train de nous dire, c'est que ce n'est
pas un profit, c'est une marge.
M. Barrette : Est-ce qu'il pourrait
nous expliquer ce qu'il veut dire?
Le Président (M. Tanguay) : ...
M. Lisée :
Ce n'est pas un profit, c'est une marge, parce que, vous comprenez, les
médecins ont eu juste 12 % d'augmentation
de leur rémunération. Ça fait que, s'il fallait qu'un des trucs qu'on leur
rembourse augmente, au cas où, on va
leur avancer de l'argent au cas où ça augmente. Puis, si ça n'augmente pas,
bien, on n'appellera pas ça un profit, on
va appeler ça un effet d'aubaine, la manne, la manne, alors que, pendant ce
temps-là, le ministre propose à tous ses professionnels
de la santé 0 % d'augmentation cette année, 0 % d'augmentation l'an
prochain. Il les appauvrit. Alors, l'évolution
des coûts, ça n'existe que pour les médecins. Puis, même, on va augmenter leur
rémunération au cas où ça augmenterait, au cas où. Il trouve ça bon. Alors, une
fois au chalet, M. le Président, c'est vraiment une fois de trop. On en
rediscutera cet après-midi.
Le Président (M. Tanguay) : Il reste
une minute, M. le ministre.
M. Barrette : Je n'ai absolument
rien à rajouter, M. le Président, je vous laisse tout le temps restant.
Président (M. Tanguay) : Alors, chers collègues, compte tenu de
l'heure, la commission suspend ses travaux jusqu'à 15 heures.
(Suspension de la séance à 12 h 59)
Président (M. Tanguay) :
Alors, à l'ordre, s'il vous plaît! La commission reprend ses travaux. Je vous
rappelle que le mandat de la
commission est de poursuivre l'étude détaillée du projet de loi n° 20, Loi
édictant la Loi favorisant l'accès
aux services de médecine de famille et de médecine spécialisée et modifiant
diverses dispositions législatives en matière
de procréation assistée. Je demande à
toutes les personnes présentes dans la salle de bien vouloir éteindre la
sonnerie de votre téléphone cellulaire.
Avant la
suspension de nos travaux, nous étions rendus à l'amendement de la collègue de
Taillon qui introduisait un nouvel article,
le 25.2, et, en ce sens, j'ai eu une demande pour que le député, le collègue de
Mercier, puisse intervenir. Je crois que c'est le cas. Alors, la parole
est à vous.
M. Khadir : Oui, M. le
Président. Donc, nous revenons au
coeur du sujet, la question des frais accessoires. Nous savons que, depuis au moins deux semaines, il y a
des demandes insistantes qui viennent de toutes parts, de l'opposition de manière unanime, pour demander et faciliter, si tel est le cas de la
part du ministre, de régler une fois pour toutes... mais à l'avantage de la population et non pas à l'avantage abusif d'un groupe minoritaire de
médecins — je le
rappelle, d'un groupe minoritaire de
médecins — qui
facturent quelque chose de l'ordre, qui est évalué, de 50 millions de
dollars des patients pour des frais accessoires.
Quand on a fini d'aborder les questions morales,
c'est-à-dire l'immoralité de facturer des frais qui sont déjà facturés, qui sont déjà payés par le public, comme je vous l'ai démontré
hier, M. le Président... Dans la grille tarifaire, par exemple, pour les omnipraticiens, il est clair qu'il y a une majoration en
moyenne de 40 % de leur
rémunération pour justement subvenir
aux coûts excédentaires occasionnés par le travail en clinique privée par
rapport, par exemple, à un établissement public, que ça soit en CLSC ou
en clinique externe médicale.
Quand on a
fini donc d'épuiser tous ces arguments-là puis qu'on a démontré, et le ministre
est très conscient, parfois à quel point ça peut être abusif... Le
ministre a répondu hier à une question en Chambre et à plusieurs reprises à mes
collègues de l'opposition que, non, ça n'a
jamais été illégal au Québec, que c'est légal et c'est pratiqué depuis 1970,
depuis la toute première...
l'«inception», la conception même de la Loi de l'assurance maladie. Ça se peut
que certaines réalités, hein... C'est
comme l'existence du vol ou l'existence des paradis fiscaux. Il y a une
commission actuellement, là, j'y siège, évitement et paradis fiscal, puis ces abus-là existent depuis toujours.
Parfois, cette existence-là amène des gens, un peu de manière, je
dirais, de manière... par renoncement collectif ou par une espèce de...
j'oublie le terme, là, mais accepter qu'une
réalité est comme immuable, inchangeable. Les gens en viennent à croire que ça
a toujours été comme ça. Or, j'ai déposé hier un document, et je crois
que vous l'avez... M. le secrétaire, l'avez-vous distribué à tout le monde?
Le Président (M. Tanguay) : On en a
distribué des copies.
M. Khadir :
Très bien. Alors, je le dis pour le public, parce qu'à partir de ce moment-là
et à partir d'aujourd'hui j'espère bien que le ministre ne reprendra
plus cet argument, parce que la preuve sera faite, et ça sera porté à son attention, si ça lui a échappé, que, le 17 juillet
1970, quand le gouvernement d'alors, un gouvernement libéral, a obtenu le vote et sanctionné ce qui s'appelait alors
bill, le bill 8... La loi 8, la loi qui constituait l'assurance maladie,
ça s'appelle bill 8, Loi de
l'assurance maladie, Health Insurance Act, qui a été édité par l'Éditeur
officiel du Québec. À l'article 18, je vous
le lis : «Un professionnel de la santé a droit d'être rémunéré par la
régie pour des services assurés qu'il a fournis à une personne qui réside au Québec alors qu'il
était soumis à l'application d'une entente pourvu qu'il se soit conformé
aux dispositions de l'entente...» Donc, l'entente concerne la rémunération,
hein? «Un professionnel [le] a droit d'être rémunéré...» Donc, quand il voit
une malade, en vertu de l'entente, un acte posé en vertu de l'entente, il
demande rémunération à la régie, et la régie vient lui garantir qu'on va te
payer. Tu n'as pas besoin de faire payer le patient.
Dans le paragraphe qui suit, l'article
dit : «Il ne peut exiger ni recevoir pour de tels services aucune autre rémunération que celle qui lui est payable par la
régie et qui est prévue à l'entente; toute convention à l'effet contraire
est nulle de plein droit.»
En langage courant et
clair, ça veut dire tous frais au-dessus de ce que la RAMQ paie pour un acte
médical. Appelez-le frais excédentaire,
frais de bureau, frais accessoire, appelez-le n'importe quoi, la Loi de
l'assurance maladie l'interdisait et l'interdit encore aujourd'hui.
Merci, M. le Président.
Le Président (M. Tanguay) : Merci
beaucoup. M. le ministre.
Barrette : M. le Président, je me suis déjà exprimé en Chambre et ici
à cet effet. J'invite le député de Mercier de bien lire la loi. Il y trouvera
les réponses à son questionnement.
Président (M. Tanguay) : Le collègue de Mercier ne vous a pas compris,
M. le ministre. Je pense que le son était défectueux.
Barrette : ...que j'ai déjà, je ne sais pas, là, j'ai déjà répondu à
ça, et j'invite le député de Mercier à bien lire et lire au complet la
loi, il y trouvera la réponse à ses questions.
Le Président (M. Tanguay) : Collègue
de Mercier.
Khadir : Je crois que se lever en Chambre ou ici, en
commission, dire que, depuis ses débuts, la Loi de l'assurance maladie permet des frais accessoires, c'est
erroné. Continuer à le répéter quand on a ce document en main et quand tous les avis experts indépendants de lui... Parce que,
là, on comprend que le ministre est en train de négocier des choses avec
des fédérations médicales. Et il veut... il
a maintes fois répété, il s'est un peu compromis, qu'il va essayer de baliser.
Ça se peut, hein, des fois, dans le meilleur,
je dirais, des intentions, on se lève pour essayer de trouver une solution.
Mais, je le prie de croire, il se trompe et il induit la population en
erreur en se trompant, non sciemment. Oui. Cela...
Le Président (M. Tanguay) : Collège
de Mercier...
M. Khadir : Oui. Cela, cette erreur que moi... Si moi, je commets cette erreur, si
moi, je commets cette erreur d'affirmer quelque chose qui ne se vérifie
pas, la population peut être induite en erreur, d'accord? Si moi, je le fais.
Le Président (M. Tanguay) : Il faut
faire attention.
M. Khadir : Quiconque le fait, c'est pareil. Donc, je répète que je crois que, dorénavant, on ne peut pas se permettre de se lever et de répéter que la Loi
d'assurance maladie le permet.
S'il a un
article
de la loi, telle que modifiée au cours des 45 dernières années — on parle de 1970, on est rendu en 2015 — je veux bien accepter qu'il me le soumette,
hein? Il a tout le ministère à son service et tous les juristes du ministère
à son service. Qu'il nous sorte un
article
de la Loi de l'assurance maladie aujourd'hui qui établit que des frais
accessoires sont autorisés, sont
légaux. Et, je le répète, les experts externes, tous les experts externes à M.
le ministre, au ministère, tous les
experts qui se sont prononcés au cours des dernières années, notamment...
Jean-Pierre Ménard, dont la compétence, je pense, peut difficilement être mise en doute dans sa connaissance
profonde et détaillée de la Loi d'assurance maladie, vient d'écrire à la ministre fédérale de la Santé
pour attirer son attention sur l'illégalité des gestes posés par les médecins
qui facturent des frais accessoires. Je
pense qu'on ne peut pas être plus clair que ça, et j'appelle le ministre
de ne pas insister à rester sur son
erreur et à corriger de manière
courageuse, de reconnaître qu'il y a des manquements à la loi qui ont été
commis par les médecins qui facturent ces frais-là, qu'ils soient abusifs ou
qu'ils soient juste de quelques dollars, parce que reconnaître le problème est
la première solution pour arriver à résoudre le problème.
Le Président (M. Tanguay) : M. le
ministre. Oui.
M. Barrette : Je serai bref. La Loi
sur l'assurance maladie, 1er novembre 1979, bientôt 40 ans,
article 22, septième alinéa — juste un
petit instant, là — comme le
député de Mercier a dit : «Il est interdit à toute personne d'exiger ou de
recevoir tout paiement...» Ce que le député de Mercier a lu est vrai.
Manifestement, il n'a pas été jusqu'au bout, parce que le bout, c'est :
«...sauf dans les cas prescrits ou prévus [à] une entente...»
Alors, dans la catégorie «induire le public en
erreur», M. le Président, bien, il faudrait qu'il se regarde dans le miroir, parce
que, là, M. le Président, il a lu les textes, il a lu les textes, il les a devant lui, et c'est
disponible sur l'Internet, je viens
de le lire. Et c'est là depuis 1979, et aujourd'hui c'est là, même
texte,
article 22, neuvième alinéa, dans la version
courante.
Président (M. Tanguay) : O.K.
Chers collègues — puis ça, c'est bon pour les deux côtés — on peut faire nos points, faire valoir nos arguments d'un bord comme l'autre sans
prêter des intentions et accuser l'autre
partie d'induire directement ou indirectement la population en
erreur. Alors, le point est fait de part et d'autre. Et, collègue de Mercier,
vouliez-vous...
M. Barrette : Bien, M. le
Président...
Le Président (M. Tanguay) : Je
croyais que vous aviez terminé.
M. Barrette : ...commentaire,
M. le Président. Je m'excuse.
Alors, j'aimerais, par honnêteté intellectuelle,
que le député de Mercier dise dans le micro que ce qu'il a dit n'est pas exact, que ce qu'il a affirmé n'est pas
exact et que, bel et bien, il y a un texte dans la loi depuis 1979... Lui, ce
n'est pas 1979, peut-être. Mais, aujourd'hui, il y a bel et bien une provision
qui le permet... s'excuser.
Le Président (M. Tanguay) : Collègue
de Mercier.
M. Khadir : Voici les
différences d'interprétation. C'est que le ministre a répété en Chambre
hier que, depuis 1970, tel est le
cas. Je lui rappelle qu'en 1979, lorsqu'une
telle provision pour entente a été conclue, c'était pour un nombre très limité, et
je me donne... je me ferai un devoir de sortir l'entente, si le ministère
veut bien collaborer, parce qu'on sait que mon
collègue de Lévis a déjà fait des demandes d'information sur les frais accessoires à son ministère et que le ministère a
refusé, malgré le fait que ça soit au centre du débat public. Mais je me ferai
un devoir de faire moi-même la demande à
son ministère et à la Régie
de l'assurance maladie de sortir
cette entente — de
février 1979 ou avril, vous avez dit? avril 1979, «whatever», novembre, enfin, 79 — pour que la population voie que c'était pour
un nombre excessivement limité d'actes qui
étaient à la frontière de ce qu'il, auparavant ou au moment où ça a été
introduit, était possible pour la RAMQ de couvrir. Et, en fait, ça traduisait le beau dilemme dans
lequel on est aujourd'hui. Ça traduisait le fait qu'on a fait des compromis,
je dirais, toujours malheureux et au
détriment du grand public pour accommoder les demandes sans cesse croissantes
d'une minorité de médecins qui
faisaient pression avec les lobbys, qu'on connaît depuis toujours, puis je ne
suis pas le premier à se plaindre du
lobby excessif de certains groupes professionnels. Je parle des avocats, des
architectes, des comptables, des banquiers et des médecins.
Le Président (M. Tanguay) : M. le
ministre.
M. Barrette : Je n'ai rien à
rajouter, M. le Président.
Le Président (M. Tanguay) : Y a-t-il
d'autres interventions? Collègue de Rosemont, la parole est à vous.
M. Lisée : Juste vérifier que
le collègue de Mercier a terminé ses interventions?
Le Président (M. Tanguay) : Oui.
M. Lisée : S'il veut revenir,
qu'il me l'indique.
Le Président (M. Tanguay) : Oui, ne
vous inquiétez pas.
M. Lisée : J'ai quelques
questions d'ordre... d'information à poser au ministre sur le débat qui est en
cours. Par exemple, tout à l'heure, avant la
pause, M. le Président, nous avions discuté du profit ou de la marge que le
ministre entend laisser aux médecins
qui vont, lorsqu'il leur en donnera la permission, demander aux patients de
payer des frais supplémentaires.
Alors, il
nous a dit qu'il ne leur laisserait qu'une toute petite marge, au-delà du coût
réel, microscopique, je pense, c'est
un des mots qu'il a utilisés. J'ai rétorqué que... Il a expliqué que c'était
une marge pour prévenir la fluctuation des prix qui pourrait arriver
pendant la période où cette autorisation serait donnée, période qui pourrait
être d'un an ou de trois ans, selon les
termes de l'entente qui fixerait à la fois le tarif et la marge. Je lui ai fait
valoir que, dans d'autres cas, ces
marges-là ne sont pas rendues disponibles, c'est-à-dire qu'à la fois la
proposition patronale, pour l'ensemble des salariés de la santé, ce
n'est même pas l'inflation.
Alors, pourquoi permettrait-il aux médecins de
se prémunir avec une marge qu'il prédéterminerait face à une évolution des
coûts qu'il ne connaît pas? Et que se passerait-il s'il n'y avait pas
d'évolution des coûts? Est-ce qu'il récupérerait la marge?
Le Président (M. Tanguay) : M. le
ministre.
Barrette : M. le Président, l'amendement proposé par la députée de
Taillon ne traitant pas des frais accessoires, je ne vois pas pourquoi je répondrais à des questions qui traitent d'un
élément que la députée de Taillon n'a même pas déposé. Je n'ai rien à
répondre à ça.
Le Président (M. Tanguay) : Collègue
de Rosemont.
M. Lisée :
M. le Président, je vais plaider la pertinence. L'amendement traite
spécifiquement des frais accessoires, parce
qu'on veut les interdire. On veut les interdire, parce qu'ils sont mauvais en
principe et dans le détail. Le ministre veut les permettre. Alors, puisqu'il nous a dit tout à l'heure qu'il y
avait une différence de vue, on voudrait, nous, expliquer notre position et comprendre la sienne. Moi, je
n'ai pas l'intention de refaire l'ensemble de ce débat lorsqu'il déposera
son amendement, et donc les questions que je lui pose maintenant nous
permettront de gagner du temps.
Alors, je
repose la question : Pourquoi une marge pour prévenir une augmentation,
alors que, pour le reste des salariés
de la santé, il propose 0 %? Et que se passerait-il si le coût était fixe
ou même, ça arrive dans certaines technologies, qu'il baisse? Est-ce que la marge resterait dans
la poche des médecins ou est-ce qu'il a pensé à un mécanisme pour aller la
rechercher pour le trésor public?
Le Président (M. Tanguay) : M. le
ministre.
Barrette : M. le Président, si le député de Rosemont veut gagner du
temps, il pourrait retirer son amendement et nous permettre d'aller à
24.1. Je n'ai rien à rajouter.
M. Lisée : Alors, le ministre
refuse...
Le Président (M. Tanguay) : Collègue
de Rosemont.
M. Lisée :
...à la question. C'est un refus de répondre à la question. Je lui répète ce
que je lui ai dit tout à l'heure : Nous tenons à ce que les représentants élus autour de cette commission
parlementaire puissent voter directement sur le principe des frais accessoires. C'est ce que notre amendement permet de
faire. Aucun autre cas de figure ne nous permettait de le faire aussi
clairement.
Alors, j'ai
d'autres questions. Il pourrait refuser de répondre et les gens qui nous
écoutent jugeront de son niveau de
collaboration. Il nous a dit ce matin... Il était d'accord pour répondre à
quelques questions ce matin; cet après-midi, ce n'est pas le cas, mais je lui laisse... je lui tends la main. Ce
matin, donc, il nous a dit que cette marge supplémentaire qu'il veut accorder aux médecins, au cas où leurs
frais augmenteraient serait
microscopique. Il a le droit de changer d'avis. Le 18 juin, il déclarait à TVA que ce serait le prix coûtant plus
10 % à 15 %. C'était sa
position le 18 juin. Est-ce qu'il est toujours d'accord avec ce qu'il
disait, 10 % à 15 % de marge, ou est-ce qu'il trouve que ce n'est pas
microscopique?
Le Président (M. Tanguay) : M. le
ministre.
M. Barrette : Même réponse, M. le
Président.
Le Président (M. Tanguay) : Collègue
de Rosemont.
M. Lisée :
Je pense que je pose des questions qui sont factuelles, qui nous permettraient
de mieux comprendre la pensée du
ministre. Évidemment, s'il refuse d'y répondre maintenant, on lui reposera
jusqu'à temps qu'il réponde, parce qu'on
s'est rendu compte, M. le Président, que, même lorsque parfois nous sommes
confrontés à des refus du ministre, il
finit par cogiter, il finit par revenir avec un certain nombre de choses. Par
exemple, lorsqu'on lui a soulevé le fait qu'il était pour le moins inopportun d'augmenter de 500 % les frais de
transport adapté pour les personnes qui vont dans les centres de jour, ça ne lui a pris que quelques
heures pour se rendre à notre position et dire qu'effectivement il ne le
fallait pas. Puis, même dans le cours
de cette commission, un certain nombre de modifications ont été apportées après
qu'il eut fait mine, dans un premier temps, d'être fermé à nos
propositions et parfois même sur l'information.
Alors, j'ai
une autre question à lui poser, ça lui permettra de se préparer. Nous avons la
certitude que, pour ce qui est de ces
frais supplémentaires, des médecins décident de les charger aux patients, et
d'autres médecins, dans des situations identiques,
ne les chargent pas aux patients. Comme explique-t-il ça? S'il est nécessaire
de permettre à des médecins de faire
cette facturation même de la manière encadrée qu'il propose, pourquoi certains
médecins ne le font-ils pas? Et, si c'est indispensable, pourquoi est-ce
que ce n'est pas indispensable pour tous?
Le Président (M. Tanguay) : M. le
ministre.
M. Barrette : J'ai déjà répondu à
cette question, M. le Président, à plusieurs reprises.
Le Président (M. Tanguay) : Merci
beaucoup. Collègue de Rosemont.
M. Lisée : Je ne suis pas
conscient de cette réponse. Je n'ai pas entendu. Et je me tourne vers mes
collègues parce que, justement, cette
question des frais particuliers, nous ne l'avons pas abordée jusqu'à
maintenant, et donc je n'ai pas
entendu. Peut-être qu'il l'a dit dans un discours, dans un scrum, etc. Et
j'essaie de tout suivre ce que dit le ministre, puis vraiment j'y mets
beaucoup d'efforts, mais là j'avoue que je n'ai pas compris cette réponse-là.
Alors,
j'aimerais qu'il nous fasse le plaisir de nous expliquer pourquoi certains
médecins disent : «Si vous ne nous remboursez pas, on ferme.» Ils disent ça : «On ferme nos cliniques»
ou «On refuse de donner ce traitement». Et d'autres médecins
disent : «Non, non. Ça va. Moi, j'assume ce frais.» Pourquoi?
Barrette : Je n'ai rien à ajouter, M. le Président. J'ai dit
précédemment qu'il y avait des abus. Je l'ai encore dit il y a quelques
instants.
Le Président (M. Tanguay) : Collègue
de Rosemont.
M. Lisée :
Bien, c'est-à-dire, s'il y a des abus... Il y en a qui chargent puis il y en a
qui ne chargent pas. Alors, s'il nous dit que ceux qui chargent, c'est
des abus, bien, abolissons complètement, puisqu'il y en a qui ne chargent pas.
Le Président (M.
Tanguay) : M. le ministre.
M. Barrette : M. le Président, on en
débattra à 24.1.
M. Lisée :
On est en train de se poser la question de l'opportunité d'avoir des frais
accessoires, de l'opportunité. Et là
on est au coeur du sujet puisqu'un certain nombre de médecins n'en voient pas
la nécessité, n'en voient pas l'opportunité. Alors, pourquoi est-ce que l'État et sa bourse, et, dans ce cas-ci, le
portefeuille des patients, devraient être sollicités pour ceux qui trouvent que c'est indispensable et qu'on
ne devrait pas plutôt s'ajuster sur ceux qui trouvent que ce n'est pas nécessaire et qui, de toute évidence,
l'amortissent dans leur enveloppe? Pourquoi le ministre choisit-il de s'aligner
sur ceux qui chargent plutôt que sur ceux qui ne chargent pas?
Le Président (M. Tanguay) : M. le
ministre.
M. Barrette : Rien à ajouter, M. le
Président.
M. Lisée :
M. le Président, moi, je vais finir par conclure que l'absence de réponse est
motivée par l'absence de réponse,
parce qu'il n'y a pas de bonne réponse à cette question parce que, finalement,
ce que le ministre a décidé de faire, c'est
de protéger... baliser, je lui donne ça, mais protéger ceux qui chargent plutôt
que de généraliser la pratique de ceux qui
ne chargent pas, et c'est un des
nombreux grands problèmes avec l'existence des frais accessoires qu'on veut
abolir, c'est que ça récompense ceux
pour qui l'appât du gain était plus important que le serment d'Hippocrate. Ça les récompense,
ça les normalise, ça les normalise et, pire, ça les rend contagieux parce qu'à
partir du moment où on était dans une dynamique
où c'était permis, mais à peine toléré, puis ceux qui le faisaient, on trouvait
que c'étaient des abus, puis ceux qui le faisaient, le faisaient par la
bande, ils chargeaient des gouttes pour financer des machines et puis... Et
donc beaucoup de médecins étaient contre
pour des raisons éthiques. Les juristes n'étaient pas certains. Puis j'ai vu le
débat tout à l'heure entre les deux
médecins spécialistes qui sont députés dans cette chambre en deux partis
différents : Est-ce que la loi
le permet ou la loi ne le permet pas? Les juristes n'étaient pas certains même
de la légalité de la disposition que le
ministre a citée dans la loi québécoise. Est-ce que c'est vraiment légal au vu
du droit canadien? Et donc ce débat de juristes
était là. Donc, il y avait ceux dont l'appât du gain était tellement fort
qu'ils disaient : Bien, je vais le faire — il y en a qui le faisaient raisonnablement, il y en a qui le faisaient avec
abus — puis
tous ceux qui disaient : Bien, moi, mon éthique me dit que je suis assez bien payé — merci au ministre actuel — pour pouvoir assumer ce frais-là puis, en
plus, je ne suis pas sûr que c'est légal. Ce n'est pas éthique, je suis
bien payé, pas sûr que c'est légal.
Mais là, en
les légalisant et en normalisant, il va dire à tout le monde : C'est
légal. Je vous donne la grille, puis, si
vous, la majorité, pensiez que vous deviez payer pour ça, sachez maintenant que
vous êtes les dindons de la farce, parce que, là, je vous donne la grille. Ça fait que allez-y! Et, en plus,
faites un petit profit, une petite marge microscopique de 10 % à
15 %, microscopique de 10 % à 15 %.
Là, on n'a
pas la réponse, M. le Président. J'aurais aimé ajuster ma déclaration en
fonction d'une réponse que le ministre
m'aurait donnée. Je lui pose la question, il refuse de nous donner cette
information. Alors, c'est microscopique de 10 % à 15 %. Alors, quand vous savez que le ministre vous
donne le droit d'avoir un taux de profit microscopique de 10 % à 15 % sur quoi que ce soit, vous
allez avoir une très forte motivation à charger. Pourquoi se priver? L'autre le
fait.
Alors,
écoutez, les raisons de s'opposer à ça dans tous les sens m'apparaissent non
seulement écrasantes — c'est écrasant — mais en plus je ne comprends même pas,
connaissant l'intelligence politique qu'il y a au Parti libéral du Québec,
et il y en a, et connaissant la lecture
politique que les conseillers du premier ministre peuvent avoir, et souvent ils
l'ont, je ne comprends même pas que la proposition n'ait pas été retirée
en bonne et due forme, parce que le gouvernement libéral est en ce moment accusé d'avoir manqué à l'engagement du premier
ministre de ne plus rien ajouter au fardeau des Québécois depuis décembre, janvier dernier. Alors, quand un de ses
collègues a eu l'idée de la taxe piña colada, en 24 heures, le bureau du premier ministre, le premier ministre a
dit : Non! Il n'y aura pas de taxe piña colada. Et là le ministre de la Santé continue à avoir l'autorisation de
proposer une nouvelle taxe santé. Et ça, je ne comprends pas que lui, qui
a un bon sens politique, et que ses
collègues, qui ont un sens politique, et que le Conseil des ministres, qui est
censé en avoir un, puis que le premier ministre, qui est censé en avoir
un, n'aient pas tiré la plug là-dessus complètement. Ça, je ne comprends pas
Alors, c'est
politiquement une erreur grave qui va leur coller s'ils devaient aller jusqu'au
bout de ça, et je commence à avoir
bon espoir qu'ils n'y aillent pas, hein? J'ai l'espoir. Dans le caucus du Parti
libéral, les collègues, là, je compte sur vous pour dire que, même si le
ministre est un ministre sénior du gouvernement, même s'il a l'oreille du
premier ministre, même si c'est un médecin
spécialiste qui est premier ministre, même si c'est un médecin qui est
secrétaire général du gouvernement,
malgré tout ça, il y a un moment où les députés libéraux vont dire : Ça
suffit! On est en train de se faire rejeter
par nos électeurs. Pendant ce temps-là, les enseignants, on leur dit :
0 %. Puis les infirmières, on veut leur enlever leur prime de soir, aux infirmières. Puis là on
dit : Non seulement on a laissé les primes aux médecins, mais, en plus, on
leur permet de charger des frais
accessoires. Puis, en plus, on leur dit : Faites un petit profit
là-dessus. Il y a un moment, là, je veux dire, au sein du caucus
libéral, ça ne peut pas passer, ça ne peut pas passer.
Le Président (M. Tanguay) : ...au
règlement.
Montpetit : ...pertinence. Peut-être qu'on pourrait recadrer nos
discussions. Je pense qu'on a laissé aller le député de Rosemont fort longtemps. Avec beaucoup de respect, je pense
qu'on pourrait recadrer pour le reste des discussions.
Président (M. Tanguay) : Alors, l'objet du débat est effectivement
l'article 25.2. Y a-t-il d'autres interventions?
M. Lisée :
C'est simplement sur les... On parle de l'opportunité d'avoir ou non des frais
accessoires et des raisons pour
lesquelles ils devraient être interdits. Il y a des raisons politiques aussi.
Il y a des raisons de cohérence de la politique gouvernementale. Il y a des raisons de fardeaux imposés aux Québécois et
il y a des raisons de parole donnée de la part du premier ministre. Toutes les raisons convergent
pour interdire ces frais accessoires. Malheureusement, le ministre a décidé
de se terrer dans son mutisme. Même sur la
mécanique, sur à quelle sauce le portefeuille des patients québécois sera-t-il
mangé, il ne veut pas nous le dire maintenant. Alors, je vais laisser ma
collègue enchaîner.
Le Président (M. Tanguay) : Collègue
de Duplessis, la parole est à vous.
Richard : Merci, M. le
Président. Vous savez, jeudi dernier, nous avons mis énormément d'efforts et
nous avons offert toute notre
collaboration pour qu'on puisse avoir des discussions avec le ministre quant
aux frais accessoires. Notre
position, je pense, était déjà connue de la part du ministre : on est
contre tous frais accessoires qui peuvent être chargés aux patients lorsqu'ils vont dans une clinique
privée. Ils paient déjà pour ces frais d'une autre façon par leurs impôts, par
leurs taxes. Le ministre a refusé à ce moment-là de répondre à toutes nos
questions.
Ma collègue
de Taillon a déposé un amendement à cet effet. Le ministre vous a même demandé,
M. le Président, quant à l'effet de
l'amendement, si celui-ci pouvait être recevable ou non. Il se questionnait sur
la recevabilité de l'amendement
déposé par ma collègue de Taillon. C'est vous dire, M. le Président, comment le
ministre ne veut même pas nous entendre parler des frais accessoires.
Et pourtant,
M. le Président, je suis convaincue que vous, tout comme moi... Souvent, on est
à Québec la semaine. Nous faisons
notre travail ici, de la législation, la période de questions, notre travail de
parlementaires ici, à Québec. Mais, quand
nous retournons dans nos circonscriptions, on voit nos concitoyens, on échange
avec eux. Que ce soit à l'épicerie ou
ailleurs, moi, j'en rencontre beaucoup, et ils me disent comment ça n'a pas de
foutu bon sens, que ce soient des gouttes ophtalmiques, que ce soit pour n'importe quel petit pansement quand ils
vont dans une clinique privée, que ce soit pour une vasectomie... C'est 325 $, je pense, qu'on charge. Donc, c'est
des frais de plus en plus que les médecins ont décidé de charger aux patients, aux personnes qui vont dans
ces cabinets privés parce que, souvent, ils n'ont pas le choix à cause des délais, des délais souvent qui font en sorte
que, que ce soit pour une vasectomie, entre autres, là... Vous ne pouvez
pas attendre un an si vous aviez décidé, vous et votre conjointe, de mettre un
terme à votre fertilité, n'est-ce pas?
Le Président (M. Tanguay) :
...là-dessus, collègue de Duplessis.
Mme Richard : On ne commencera pas
là-dessus, mais vous comprenez où est-ce que je veux aller, hein, c'est-à-dire que, des fois, dans un couple, le
temps est un facteur, puis il peut y avoir des conditions médicales qui font
qu'on doit procéder le plus rapidement possible. Ça coûte des sous. Ça coûte
des sous.
Le ministre,
moi, je l'ai entendu à plusieurs reprises, il a indiqué... a parlé de la Loi
sur l'assurance maladie. Je le remercie
pour ce cours d'histoire, moi, j'en apprends. Le ministre, des fois, il n'aime
pas ça échanger avec nous, hein? Moi, j'aime ça, j'en apprends de plus
en plus à tous les jours, et ça, il ne peut pas démentir ça, M. le Président.
Il doit convenir que, quand a été fondée
l'assurance maladie, puis qu'on a accepté qu'il y ait des frais accessoires,
ceux-ci étaient extrêmement balisés. Ça, je crois qu'il en convient avec
moi et en convient avec mes collègues de ce côté-ci.
Et il
convient également, M. le Président, j'en suis sûre, qu'au fil des années il y
a eu une dérive, une dérive. Mon
collègue l'a dit tantôt, mon collègue de Rosemont,
certains médecins, je pense, par compassion, par empathie, disent :
Écoute, moi, je ne te chargerai pas, là,
75 $, 50 $ pour des gouttes quand ils m'ont coûté à peine 7 $,
8 $. Ils vont dire : Non,
non, ça n'a pas de bon sens. Ils ont une conscience professionnelle. D'autres
médecins, comme dans les différentes professions,
pour l'appât du gain à tout prix, décident, eux, de charger des montants, M. le
Président, exorbitants. Et, si ces montants-là
n'étaient pas si exorbitants, peut-être qu'il y aurait des frais accessoires
qui se seraient multipliés, comme c'est
le cas, au fil du temps, mais on n'aurait pas un débat comme ça qui interpelle
toute la société québécoise, M. le Président.
Il y a eu une
dérive. Le nouveau ministre de la Santé, qui est arrivé en poste il y a un an à
peine, ne veut pas en entendre parler. Malheureusement pour lui,
l'amendement de ma collègue la députée de Taillon a été jugé recevable. Bon, bien, je me disais : On va pouvoir en
discuter. Non. Non, il a décidé qu'on n'en discuterait pas, parce qu'il ne
répond pas à nos questions. Ça fait que vous comprenez que ce n'est pas
bien, bien des échanges qui sont nécessairement harmonieux et qui peuvent faire en sorte de bonifier un projet de loi
tel que le projet de loi n° 20. Quand vous n'avez pas d'échange avec la personne qui est ministre, qui
est responsable de cette loi quand elle va être mise en application, qui a
énormément de pouvoir, c'est un petit peu difficile.
Quand on
essaie, M. le Président, de faire valoir nos arguments parce que nous, on pense
que ça doit cesser, ça doit cesser
rapidement, puis on essaie de le convaincre de toutes les manières qu'on peut
trouver de ce côté-ci pour lui dire :
Bien, écoutez — on passe
par vous, M. le Président — M. le ministre, vous devriez nous écouter, vous ne pensez pas que là-dessus on a raison?, vous ne pensez pas
que là-dessus ça va trop loin?, savez-vous qu'est-ce qu'il nous répond? Là, il nous répond, il nous répond qu'on utilise
notre temps, puis que notre temps n'est pas utilisé à bon escient, qu'on
devrait accélérer davantage, parce que ça ne fait pas son affaire, ça ne fait
pas son affaire.
Je trouve ça
malheureux puis je vais lui dire, M. le Président, je suis sûre qu'il le sait,
quand on a essayé de discuter, la semaine dernière, jeudi passé, on
était aux articles 24, il n'a pas voulu. Je vais juste lui rappeler que ça
prend le consentement des membres de la
commission pour retourner à l'article 24. Il dit : Bien, tantôt, là, on va
retourner, là, à 24.1, là, puis on ne fera pas le
débat maintenant, là, vous pourrez en jaser tantôt. Moi, je pense que c'est
maintenant, c'est maintenant que l'amendement de la députée de Taillon est sur
la table.
Il dit, dans
certains communiqués, dans certaines réponses à la période de questions, dans
certains points de presse, qu'il va
régler le problème, parce qu'il admet, il l'admet, qu'il y a de l'abus. Par
contre, s'il avait vraiment voulu le régler puis dire : Cette fois-ci, on va le régler une fois pour toutes...
Parce que, vous savez, le ministre, il aime le poste qu'il occupe, il
aime ça négocier, que ce soit avec les médecins spécialistes, avec les médecins
et les omnis. Les infirmières, ça, on pourra
en rejaser une autre fois. Dommage qu'on n'ait pas un
article là-dessus, on en
aurait longtemps à dire, je ne suis pas
rendue là, mais je pourrais reprendre les propos de mon collègue le député de
Rosemont : Elles n'ont pas des très bonnes conditions ni de travail
puis ni de conditions salariales.
Il refuse
notre amendement. Il va discuter avec un comité, quatre personnes, si ma
mémoire est bonne, quatre, cinq personnes qui vont être autour de la
table, à peu près.
Là, il est
arrivé après avec un sous-amendement qui, malheureusement pour lui, celui-là,
il n'a pas été recevable parce qu'il
était incompatible avec le nôtre, où il disait ceci : «...le gouvernement
peut, par règlement, prescrire des cas et
des conditions dans lesquelles un paiement est autorisé.» Mais nous, là, M. le
Président, on pense qu'avec l'entente qui
a été négociée il ne devrait pas y avoir cette brèche. Le ministre, il aurait
dû dire : Il n'y en aura pas, de frais accessoires, c'est fini, puis j'irai m'assire avec les gens du comité puis je vais leur
dire qu'ils trouvent une façon de faire avec ce qu'eux, ils ont réussi à obtenir de moi comme principal
négociateur. C'est ce qu'il devrait dire à ces gens. Ce n'est pas ce qu'il
va faire.
Là, après,
nous, de ce côté-ci, qui avons de la difficulté à obtenir des réponses — puis,
quand un sujet ne lui plaît pas,
bien, il ne nous répond pas parce
qu'il n'aime pas ça, là, on vient péter un petit peu sa bulle, là — là, il faudrait dire, M. le Président : Bien, M. le ministre,
d'accord, vous aurez tout le loisir après de juger dans quel cas un paiement
peut être autorisé.
Je vais
m'essayer, M. le Président. Je vais m'essayer pour une réponse. Moi, j'aimerais
savoir... Ça peut être louable. Pour
M. et Mme Tout-le-monde qui nous écoutent, le ministre, il dit : Moi, là,
je suis contre ça, les frais accessoires. Puis là il va revenir : Le Parti québécois, il n'a jamais rien fait dans
les 18 mois qu'il a été au pouvoir. C'est comme si, des fois, moi, je pense qu'il se trompe puis il croit
qu'on y a été les 18 dernières années, là. Je pense qu'il se trompe dans ses
calculs, mais, en tout cas, ça... Moi, je
vais vous régler ça, les frais accessoires, vous n'en paierez plus. C'est sûr
qu'il va omettre de dire... à moins
qu'on ait des journalistes très, très attentifs aujourd'hui puis qu'ils le
chatouillent un petit peu en revenant constamment avec cette question-là :
Oui, mais vous vous êtes donné le loisir, M. le ministre, dans certains cas, dans certaines conditions, qu'il y aurait un
paiement qui pourrait être autorisé. Là, je ne sais pas qu'est-ce qu'il va
dire comme réponse, mais moi, j'aimerais
qu'il me dise à moi tout au moins un début de réponse. S'il dit qu'il y a dans
certains cas qu'il peut l'autoriser, le paiement, est-ce que...
Puis je vais
m'essayer aussi. Moi, je me suis dit ce matin, après avoir écouté... Je me suis
dit : Ah! mais pas fou, là, pas
fou, cette idée-là. Là, il va dire : D'accord, plus de frais accessoires,
puis moi, je vais vous régler ça. Est-ce qu'il ne voudrait pas à ce
moment-ci... Je vous donne un exemple parce que ce n'est pas les vrais
chiffres, là... Mettons les gouttes, là,
vous savez, les petites bouteilles, là, de gouttes ophtalmiques. Disons qu'elle
vaut 7 $ puis que le médecin en
charge 25 $. Il ne pourrait pas arriver
puis dire : Moi, je vais vérifier le prix réel de la petite bouteille de
gouttes ophtalmiques? Elle vaut
7 $? Bien là, chers concitoyens et concitoyennes du Québec, bien, moi, je
suis un ministre responsable, puis là j'ai
décidé que, comme ministre responsable, bien, vous n'en aurez plus, de frais
qui vont être exagérés. La fameuse petite goutte que les médecins vous chargent quatre, cinq fois et six fois le
prix — ça
dépend du cabinet du médecin — bien, maintenant, mes citoyens et mes citoyennes du Québec, moi, comme
ministre de la Santé, j'ai décidé que ce sera 7,02 $ ou 7,03 $ ou peut-être 7 $. Ça se peut
qu'il arrive là. Est-ce qu'il va me répondre si c'est ça, si c'est juste
là-dessus qu'il veut aller, ou, quand
il va décider de négocier, discuter, parlementer avec son comité, il va aller
comme ma collègue de Taillon le
disait ce matin? Mais là, à la clinique, là... Vous savez, il y a des super de
belles cliniques privées, hein? Elles sont beaucoup mieux équipées que nos CHSLD, en termes, là... Je
vous parle juste en termes de chaises, hein? Vous savez, quand vous rentrez dans l'accueil, là, je vous dis qu'il y a
des personnes âgées qui seraient bien contentes, M. le Président, d'être
assises dans de telles belles chaises
durant leur pause. Ça, c'est quand les infirmières ont le temps de réussir à
les lever l'après-midi pour faire leur sieste. Ça, c'est quand ils ont
le temps... pas tout le temps le temps parce que le quota des patients par infirmière puis par préposé est tellement élevé
qu'ils n'arrivent plus. Est-ce qu'il va faire un melting-pot de tout ça quand
il va jaser avec ces gens-là ou qu'il va
juste aller sur les gouttes, l'azote liquide, sur quelques frais accessoires
qui... Au départ, ça avait été accepté, avait été accepté quand on a
fondé l'assurance maladie du Québec.
J'espère tout au moins un début de réponse.
Demandez-lui s'il va me répondre, M. le Président, ou s'il a une réponse pour
moi ou pour ceux qui nous écoutent.
Le Président (M. Tanguay) : M. le
ministre.
M. Barrette : M. le Président, je
n'ai rien à rajouter.
Le Président (M. Tanguay) : Collègue
de Duplessis...
M. Barrette : M. le Président...
Le Président (M. Tanguay) : M. le
ministre.
M. Barrette : ...quelque
chose, une seule phrase. L'opposition fait le débat qui va se faire... qui se
serait fait s'ils avaient consenti à ce que je leur ai demandé. Je,
évidemment, ne jouerai pas dans leur jeu.
Le Président (M.
Tanguay) : Collègue de Duplessis.
Mme Richard : Oui, merci, M. le Président. J'ai remarqué qu'il a dit «jeu», mais moi,
je vais lui dire : Ce n'est
pas moi, là, qui pilote le projet de loi n° 20, là, c'est le ministre. Mais le ministre,
lui, il aurait dû déposer un tel amendement
la semaine passée. On en aurait jasé, mais avec plaisir.
Bien,
voyons donc, M. le Président! Vous savez combien on est collaborateurs de ce
côté-ci. Ce n'est pas nous qui menons
la game, là, c'est le ministre. Ils sont majoritaires. Le ministre,
il décide que c'est ça, c'est ça. Notre seul pouvoir présentement, puis
ça, j'aimerais, là, que nos collègues, nos collègues du parti au pouvoir,
comprennent ceci, le seul pouvoir que j'ai présentement, c'est mon droit de parole pour essayer un petit peu d'influencer le ministre, puis je ne réussis pas. Ça fait
que ce qui me reste après, c'est de dire aux gens qui nous écoutent :
Bien, écoutez, nous autres de ce côté-ci, là, vous savez notre position, elle est connue,
tout au moins pour ne pas se faire passer pour des valises, là, M. le Président. Vous comprenez, là?
là, je veux bien, là, des fois, qu'on déforme la réalité puis qu'on dise
certaines choses, là. Le ministre, il est habile, hein, très habile. Je vais
lui dire que, malgré son peu d'ancienneté comme parlementaire... En commission
parlementaire, il sait très... Ça, je vais lui donner 110 %, il sait très,
très bien se débrouiller.
Une voix :
115 %, 115 %.
Mme Richard :
Ah! 115 %, même. 115 %
Une voix :
Microscopique, microscopique. 115 %.
Mme Richard : Mais tout ça pour vous dire de façon plus sérieuse, M. le Président, qu'il avait tout le loisir jeudi passé, et vous étiez à nos travaux, M. le Président, vous
présidiez à ce moment-là. Et je peux vous dire que, dans la salle, la tension
était palpable. Il ne voulait même pas en entendre parler, du mot «frais», hein?
Les frais accessoires, c'était : Pas du tout, pas du tout, pas du
tout. On ferme ça.
Mme Richard : Il paniquait presque. Bon, «paniquer», c'est un bien grand mot. Disons
que sa tension artérielle a monté un petit peu, ce n'est pas un genre qui panique. Je ne penserais pas, je ne
penserais pas. C'est rare qu'il y ait des spécialistes qui paniquent. Ils n'aiment pas ça, ils sont volubiles, ils
sont fougueux. Ils paniquent? Non. C'est parce qu'ils sont toujours en
contrôle. Ils sont en contrôle.
Mais
pas un mot! Il ne voulait pas qu'on en parle. La députée de Taillon
arrive avec un amendement. Il s'essaie. Il est recevable. Là, ça vient encore... Oh! mautadit, on vient encore de
lui péter sa bulle, là. Il ne sait plus quel moyen il va prendre pour ne pas discuter des frais
accessoires, parce qu'il ne veut pas en discuter. Là, il dépose un sous-amendement. Il n'avait pas d'allure, il allait en contradiction avec le
nôtre. Ça fait qu'il a été jugé irrecevable.
Là, M.
le Président, il n'est pas au bout de
ses moyens, le ministre, il faut dire ça, il n'est pas au bout de ses
moyens. Il dit : Bien, O.K., mon
sous-amendement, il était irrecevable. De quelle façon je vais
m'en sortir pour ne pas discuter de
ça, là? Parce que, tu sais, ça ne paraîtra pas très bien si je m'en vais...
parce que, tantôt, il va falloir voter, hein? Il ne va pas voter sur son amendement, là, tantôt. Il va
voter sur... pas son sous-amendement, mais sur l'amendement de la députée de Taillon. Il va être obligé de
voter contre. Ça, c'est sûr qu'il va voter contre. Il va voter contre.
Mais
là il est arrivé avec d'autre chose. Il s'est dit : Ah! on va battre
celui-là puis on va revenir à 24.1. Bien, je vous dis, là, même moi, je suis ici puis je suis ça, là, puis j'en perds
des bouts. Imaginez-vous les gens qui nous écoutent, là. S'ils connaissent la position du ministre,
ils sont chanceux. Ils sont très chanceux, parce que moi, là, je ne sais pas du
tout où ce qu'il va nous emmener avec ça.
Bien,
je peux vous dire ceci, M. le
Président : Il pourra répondre
des questions... à la réponse des questions qui sont posées en Chambre comme bon lui semble. Il
pourra faire les points de presse comme bon lui semble. Il pourra envoyer
des communiqués. Il pourra discuter avec son
comité de travail : Quelle façon il va moduler ça? Qu'est-ce qu'il va
prendre? Qu'est-ce qu'il ne prendra
pas? De ce côté-ci, là, ça a été très, très clair. Je ne vais pas... Je vais
parler, regarde... Abolition pure et
simple des frais accessoires. Je ne peux pas être plus claire que ça. On n'en
veut plus. Ça fait qu'on ne veut pas, M.
le Président, participer, de quelque
façon que ce soit, à ouvrir une brèche pour par la suite qu'il y aura des
conditions ou certains cas qui vont
permettre certains paiements, parce qu'en bout de piste c'est encore le
patient, c'est encore le patient qui va payer, M. le Président. Et je
peux vous dire une chose, j'ai été estomaquée, moi, de voir certains frais... Puis ce n'est pas parce qu'on est autour de la
table ici puis qu'on fait un travail de législateurs, M. le Président, vous le savez, que ce soit,
hein... On fait des projets de
loi sur les mines, on est en santé, en éducation,
dans plein, plein, je peux vous dire, de dossiers...
Une voix :
...des généralistes.
Richard : Exactement.
Nous ne sommes pas des spécialistes. En
tout cas, moi, je ne suis pas une
spécialiste. On va dire qu'on est des
généralistes des projets de loi. Ça
fait qu'il faut vraiment avoir, je vous dirais, cette expérience, cette
expertise de façon très, très pointue pour arriver et être capable d'aller, là,
au fond des choses.
Mais j'ai été
étonnée, M. le Président, quand j'ai vu certains chiffres par rapport à ce que
chargeaient des médecins dans des
cabinets privés aux patients. Puis je m'étais posé la question : Est-ce
que c'est parce qu'ils n'ont pas le choix? À quelque part, ils n'ont pas le choix. Les délais d'attente sont
tellement longs qu'ils n'ont pas le choix d'aller vers le privé. Puis, en plus, c'est qui qui paie le privé
au bout de tout ça? Aïe! C'est nous collectivement. Là, quand tu t'arrêtes
à ça deux secondes, tu te dis : Dans
quel monde vivons-nous? On n'est pas capable, à l'hôpital, d'avoir des
rendez-vous dans un délai
raisonnable. On n'était pas capable d'avoir accès à un médecin de famille. On
va au privé : on a accès aux médecins, on a accès aux examens, mais
on paie deux fois. Oupelaïe!
Je vais
m'arrêter là-dessus, M. le Président. Mais je veux juste dire au ministre que,
pour venir à l'article dont il veut
que nous débattions, à 24.1, ça prend le consentement. Puis, si on était comme
lui, on serait beaucoup, beaucoup, beaucoup moins collaborateurs. Merci,
M. le Président.
Le Président (M. Tanguay) : M. le
ministre.
M. Barrette : Je n'ai rien à
ajouter, M. le Président. Je n'ai pas eu de question.
Le Président (M. Tanguay) : Collègue
de Richelieu, la parole est à vous.
Rochon : Merci, M. le
Président. 300 $ pour une coloscopie réalisée en clinique privée,
200 $ exigés pour des gouttes oculaires administrées au bureau,
50 $ requis pour l'injection d'un produit qui n'en vaut que 3 $...
Je vous cite
Jean-Pierre Ménard : «L'impact de l'inaction et de la tolérance du
gouvernement du Québec à l'égard des frais accessoires et son intention
de les légaliser a [des] conséquences considérables sur les droits des
patients.» Jean-Pierre Ménard.
poursuis : «Elle crée une inégalité d'accès aux services médicaux.
Certains patients n'ont pas les moyens de payer ces frais accessoires, même s'ils sont relativement peu élevés
dans certains cas. Ces patients doivent soit se passer des services proposés, soit attendre pendant une
longue période pour les obtenir dans le système public, ce qui constitue
clairement le développement d'un régime de
santé à deux vitesses, au détriment des patients moins fortunés.» Ce n'est
pas l'opposition qui parle, là. Me Jean-Pierre Ménard.
poursuit : «Cette approche introduit une distorsion majeure — "une distorsion majeure" — dans l'accès aux soins médicaux. Ce ne sont plus l'urgence et la
gravité de la maladie qui sont dorénavant les critères d'accès aux soins
de santé, mais plutôt la capacité de payer
du patient lorsqu'il a besoin de certains soins. Toute la législation fédérale
et provinciale avait jusqu'ici
protégé le patient en cherchant à reconnaître à tous les patients un droit
d'accès égal aux soins médicaux, peu importe lesquels...»
Pourquoi le
ministre ne souscrit-il pas à la proposition de la députée de Taillon — j'oserais dire «à la proposition des oppositions» — non pas d'encadrer les frais accessoires,
mais d'interdire les frais accessoires? Je viens de poser une question
au ministre.
Le Président (M. Tanguay) : M. le
ministre.
M. Barrette : M. le Président, je
pense que ce n'est pas la bonne option. On en débattra plus tard.
Le Président (M. Tanguay) : Collègue
de Richelieu.
Rochon : Merci. Là, on sait
au moins que ce n'est pas la bonne option d'interdire les frais accessoires.
Tout le monde a entendu : Ce n'est
pas la bonne option d'interdire les frais accessoires. Le ministre est contre
l'interdiction des frais accessoires. On avance.
Le Dr Alain
Vadeboncoeur : «...les frais accessoires contribuent à la dérive de notre
système [...] vers un régime à deux vitesses — il dit la même chose que Me Ménard, dans le
fond, hein? — qui
donne rapidement l'accès à ceux qui ont
des moyens et retarde l'accès de ceux qui ne les ont pas. C'est aussi simple
que ça, écrit le Dr Vadeboncoeur, mais c'est un sacré problème de société,
qui s'aggrave avec la multiplication des frais constatée ces dernières années.
«Bien
entendu, tout dépend du genre de société qu'on souhaite léguer à nos enfants. Je connais, par exemple, des gens qui pensent que
l'argent devrait permettre tout, notamment de se faire soigner avant les autres.» Ce n'est pas moi qui parle, c'est le docteur Vadeboncoeur. Le Dr Vadeboncoeur :
«C'est un point de vue, mais il est opposé, écrit-il toujours, à l'orientation que nous avons donnée à notre
société depuis plus de 50 ans, soit la gratuité et l'universalité [des soins,]
de l'accès.»
Même le
chroniqueur, Alain Dubuc, qui n'a pas sa carte de membre du Parti québécois,
aux dernières nouvelles, en convient
lorsqu'il écrit à propos de la clarification du rôle du public et du privé en
santé — et je
cite Alain Dubuc, cette citation a
été introduite dans les propos du Dr Vadeboncoeur : «Ce serait encore plus
clair si on faisait le ménage dans les
zones grises, dont la plus agaçante, selon moi, écrit Dubuc, est le recours
abusif aux frais accessoires dans certaines cliniques privées, qui
trahit les principes de gratuité et d'universalité.»
Et là le Dr
Vadeboncoeur a une proposition : «Ma proposition peut se chiffrer
ainsi — ça,
notre collègue de Taillon l'a
reprise, hein : Redistribuons 1 % de nos revenus, écrit le Dr
Vadeboncoeur, pour régler la question des frais accessoires. Et, si mes confrères
jugent malgré tout que cet effort est démesuré, engageons-nous au moins à
consacrer le prochain 1 % de hausse à cette fin, et seulement à
cette fin.
«Pour
nous consoler, imaginons un instant l'amélioration consécutive dans l'équité
d'accès et dans le fonctionnement du système
de santé. Tout ça pour un petit 1 %, qui bénéficiera à votre mère, votre
cousin, votre voisin, vos enfants... et, qui sait, peut-être un jour à
vous-même?
«Un petit 1 %,
pour régler tous les frais accessoires du 99 %, ça vaut le coût, non?»
Ma question au ministre :
Ça vaut le coût, non?
Le Président (M.
Tanguay) : M. le ministre.
M. Barrette :
M. le Président, ce n'est pas comme ça que ça marche, là. Alors, je n'ai rien à
rajouter.
Le Président (M.
Tanguay) : Collègue de Richelieu.
M. Rochon :
Là, je m'excuse, je fais un très, très gros effort de compréhension, mais, quand
il me répond : Ce n'est pas comme ça que ça marche, qu'est-ce qui
ne marche pas? À quoi fait-il allusion?
M. Barrette :
M. le Président, je n'ai rien à rajouter.
Le Président (M.
Tanguay) : Collègue de Richelieu.
M. Rochon :
Le ministre propose de permettre la facturation des frais
accessoires au coût réel plus une marge n'excédant pas 15 % — le
député de Rosemont se souvient de ça, 10 % à 15 %, disait le ministre
à un moment donné — et
un comité mis sur pied par le ministre qui va décider au niveau de la facturation.
Ce comité, est-ce qu'il s'est rencontré jusqu'ici, M. le ministre?
Le Président (M.
Tanguay) : M. le ministre.
M. Barrette :
M. le Président, je n'ai rien à ajouter. C'est des questions qui traitent d'un
sujet qui n'est pas déposé, M. le Président.
Président (M. Tanguay) : Un
à la fois, un à la fois. La parole est à une personne à la fois. Vous savez, en
vertu des articles 81 et 82, que la
réponse appartient au ministre. Aucun rappel au règlement ne peut être fait
quant à l'interprétation d'une
réponse du ministre, alors, s'il
vous plaît, un à la fois. Chacun ici,
autour de la table, sait ce qu'il a à faire et le fait bien de part et
d'autre.
Barrette : M. le Président.
Vous avez raison, M. le Président. Ça fait près d'une heure maintenant
que j'aurais pu invoquer, à chaque intervention des députés de l'opposition,
un point de pertinence, parce qu'on ne traite... j'avais annoncé qu'on ferait deux ou trois fois le débat
au lieu de le faire une fois. Toutes les questions, toutes les
remarques traitent d'un amendement
non déposé, donc qui n'existe pas. Alors, l'amendement dont on parle actuellement ne traite pas de ce que le député
de Richelieu parle. Je n'ai donc rien à rajouter, M. le Président, et je vais continuer à inviter nos collègues de parler de leur
amendement plutôt que de mon éventuel amendement.
Le Président (M.
Tanguay) : Collègue de Richelieu.
M. Rochon :
Alors, l'amendement que nous avons sous les yeux :
L'article 22 de cette
loi est modifié :
1° par le
remplacement du neuvième alinéa par les suivants :
«Aucun paiement ne peut être réclamé ou reçu d'une
personne assurée, directement ou indirectement, pour des frais engagés aux fins de la dispensation de
services assurés par un professionnel de la santé soumis à l'application d'une
entente ou par un professionnel désengagé. Constituent notamment de tels frais
ceux liés :
«1° au fonctionnement
d'un cabinet privé;
«2° aux services,
fournitures et équipements requis lors de la dispensation d'un service assuré;
«3° aux tests
diagnostiques effectués dans le cadre de la dispensation d'un service assuré.
«Il est de plus
interdit de rendre, directement ou indirectement, l'accès à un service assuré
conditionnel à un paiement par une personne
assurée, ou de procurer à celle-ci un accès privilégié à un tel service
moyennant paiement.»
Ce n'est pas
de ça qu'on parle? On ne parle pas des frais accessoires dans ce texte que je
viens de vous lire? Je crois que le ministre est distrait, là.
Alors, je reprends ma
question : Le ministre — parce que c'est en lien, là — a
proposé, lui, de permettre la facturation de
frais accessoires au coût réel plus une marge n'excédant pas 10 % à
15 %, un comité mis sur pied qui va décider du niveau de la
facturation, comité, si nous avons bien compris, dont les patients sont
absents. Je demande au ministre : Est-ce que ce comité s'est réuni jusqu'à
maintenant?
Le Président (M. Tanguay) : M. le
ministre.
Barrette : M. le Président, est-ce que le député de Richelieu ou un
autre de sa formation pourrait m'indiquer où est-ce, dans le projet de
loi n° 20, que j'ai proposé ça? Je n'ai rien à ajouter, M. le Président.
Le Président (M. Tanguay) : Collègue
de Richelieu.
Rochon : Pourquoi ne pas
intégrer à votre comité des représentants des patients, M. le ministre? Il me
semble que ce serait une bonne idée.
Le Président (M. Tanguay) : M. le
ministre.
Barrette : Je n'ai rien à ajouter, là. On est dans la pertinence. Je
n'invoque rien, M. le Président, là. Ce n'est pas dans... Il parle de
quelque chose qui n'est pas dans le p.l. 20, là.
Le Président (M. Tanguay) : Collègue
de Richelieu.
Rochon : Le ministre a fait
plein d'entrevues à l'effet qu'il allait abolir les frais accessoires. Il a
publié un communiqué le 18 juin. S'en souvient-il?
Le Président (M. Tanguay) : M. le
ministre.
M. Barrette : Je n'ai rien à
ajouter, M. le Président, là.
Le Président (M. Tanguay) : Collègue
de Richelieu.
Rochon : M. le Président,
jeudi dernier, le ministre plaidait la pertinence pour ne pas répondre à nos
questions. Là, on est au coeur du
sujet. Je ne comprends pas son comportement. Il y a un amendement, là, qui est
à l'étude, là. Pourquoi refuser de participer à l'étude du texte que
nous avons sous les yeux?
M. Barrette : Je n'ai rien à
rajouter, M. le Président
Le Président (M. Tanguay) : Collègue
de Richelieu, la parole est à vous.
M. Rochon : J'aurais tendance à
croire, mais là ce serait prêter des intentions au ministre, que le ministre s'enferme dans son mutisme pour avoir perdu la
bataille de procédures parlementaires, mais un tel comportement ne nous avance
à rien. Là, il trouve ça très, très, très drôle, pourtant on est dans un sujet très,
très, très sérieux. Ce n'est pas accessoire, les frais accessoires.
Le Président (M. Tanguay) : Collègue
de Duplessis.
Richard : Merci, M. le Président. Il nous reste encore plusieurs
heures à faire en commission
parlementaire, et je dois vous dire, M. le Président, qu'à ce moment-ci, là, je suis extrêmement déçue, parce que
de ne pas vouloir répondre ainsi aux
questions des oppositions — des
oppositions, M. le
Président — et ça, on le voit depuis quelques jours, je pense que
c'est un manque de respect flagrant pour les députés des oppositions
que nous sommes. Et c'est un manque de respect également pour les populations
que nous représentons ici, à l'Assemblée nationale.
Quand vous
débattez d'un projet de loi, M. le
Président, ça va dans les deux
sens : des échanges, des questions et réponses, des fois juste une certaine orientation par rapport à certains articles. On veut savoir comment tout ça va se concrétiser, et c'est ça, faire de la législation.
Et ce n'est pas juste, M. le
Président, quand c'est vous qui êtes ministre
puis qui décidez des amendements,
puis des sous-amendements, puis que là les discussions se font comme vous,
vous avez décidé.
Donc, à
chaque fois, moi, je sens que mes droits, comme parlementaire, M. le Président, sont pas mal, pas mal bafoués de la part du ministre.
Président (M. Tanguay) : Merci beaucoup. Y a-t-il d'autres interventions sur l'amendement?
Je ne vois pas d'autres interventions sur l'amendement, alors nous
allons procéder au vote sur...
Une voix : Vote par appel
nominal, s'il vous plaît.
Président (M. Tanguay) : Oui,
vote par appel nominal sur l'amendement de la collègue de Taillon à l'article 25.2. M. le secrétaire.
Le Secrétaire : Donc, pour,
contre ou abstention. M. Lisée (Rosemont)?
Richard : ...avant le vote...
Président (M. Tanguay) : Ah! on ne sait pas... je n'ai pas... on n'a
pas commencé... il n'y a pas eu... Je dois vous dire, on s'est... C'est la première fois que ça nous arrive.
Désolé. Personne n'a commencé à voter, donc on peut faire marche arrière. Si quelqu'un avait commencé à
voter, là, on n'aurait pas pu faire marche arrière. Alors, collègue de Lévis,
la parole est à vous.
M. Paradis (Lévis) : C'est une simple précision, M. le Président, à cette étape-ci. Je pense
que c'est important de le faire
également à ce vote-ci aussi. Nous considérons... Je continue à penser qu'à la
lumière des échanges... Je pense qu'il
aurait été bienvenu que nous consentions communément à faire en sorte que des
gens s'expriment sur ce dossier-là. Depuis plusieurs heures maintenant
et depuis le début de cette séance d'après-midi, manifestement, il y a beaucoup
trop de questions sans réponse. Puis on se fait dire : On refera le débat,
on ne débat pas, mais, dans le fond, on débat, mais ça recommencera. Je pense
que — et
c'est clair pour tout le monde, là, pour tous ceux et celles qui tentent de comprendre — qu'on a, à ce moment-ci, une problématique
certaine. Alors, je continue à dire que nous aurions dû et nous devrions nous donner la possibilité d'entendre ceux
et celles qui ont des choses à dire pour bonifier les positions de chacun
en fonction des arguments qui ont été présentés.
Ceci
dit, parce qu'on se dirige vers le vote. Dans ce contexte-là, parce que je
continue à penser que ce serait la bonne façon de faire, nous nous
abstiendrons sur ce vote, faisant en sorte de continuer à penser que l'idéal
serait de convoquer des gens ici au bénéfice
de ceux et celles qui nous regardent et des parlementaires qui se prononcent.
Alors, je voulais simplement signifier notre position dans le vote qui
sera demandé dans quelques instants.
Président (M. Tanguay) : Merci beaucoup. Alors, chers collègues, s'il
n'y a pas d'autre intervention, nous allons
maintenant procéder au vote sur l'amendement de la collègue de Taillon. Alors,
vote par appel nominal, M. le secrétaire.
Le Secrétaire :
Donc, pour, contre ou abstention. M. Lisée (Rosemont)?
Le Secrétaire :
Mme Richard (Duplessis)?
Le Secrétaire :
M. Rochon (Richelieu)?
Le Secrétaire :
M. Barrette (La Pinière)?
Le Secrétaire :
Mme Montpetit (Crémazie)?
Montpetit : Contre.
Le Secrétaire :
M. Giguère (Saint-Maurice)?
La Secrétaire :
Mme Simard (Charlevoix—Côte-de-Beaupré)?
Le Secrétaire :
M. Iracà (Papineau)?
Le Secrétaire :
M. Paradis (Lévis)?
M. Paradis
(Lévis) : Abstention.
Le Secrétaire :
M. Tanguay (LaFontaine)?
Le Président (M. Tanguay) :
Abstention.
Secrétaire : Rejeté.
Président (M. Tanguay) : Alors, l'amendement est rejeté. Nous sommes
toujours dans la sphère de cet article. Y a-t-il d'autres propositions?
Demandez-vous une suspension?
M. Barrette :
J'ai un nouvel amendement à déposer.
Le Président (M.
Tanguay) : La parole est à vous.
Barrette : Qui, je pense, est entre vos mains. Voulez-vous que je...
Je pense que je devrais attendre qu'il soit distribué.
Président (M. Tanguay) : O.K., alors, attendez, oui. On va attendre,
on va le distribuer. Alors, voilà, on va le distribuer. Vous pouvez
attendre, peut-être, quelques secondes. Je vais le laisser le présenter, après
ça on pourra...
M. Barrette :
Alors, M. le Président, est-ce que j'y vais ou...
Président (M. Tanguay) : Oui. Je vous demanderais de nous en faire la
lecture, puis, après ça, on verra si on ne suspend pas. Alors, je vous
demande d'en faire la lecture.
M. Barrette :
Alors, M. le Président, je dépose l'amendement suivant,
article 25.2 :
Insérer, après
l'article 25.1 proposé par...
Barrette : Je vois que le député de Rosemont est plus attiré vers sa
tablette. Mais il nous a dit tantôt qu'il écoutait mes entrevues. J'imagine que c'est plutôt ça... à
la télévision. J'espère que c'est décent, là, ce que le député de Rosemont
regarde.
Le Président (M.
Tanguay) : Bon, alors, je vais vous rappeler tout le monde à l'ordre.
Décorum,
article 32. M. le ministre.
Barrette : Non, c'est parce que le député de Rosemont a semé dans nous
des images ce matin que j'ai comprises plus tard. C'était trop complexe.
Alors, 25.2 :
L'article 22 de cette loi est modifié :
1° par le
remplacement des neuvième et dixième alinéas par les suivants :
«Aucun
paiement ne peut être réclamé ou reçu d'une personne assurée, directement ou
indirectement, pour des frais engagés
aux fins de [...] dispensation de services assurés par un professionnel de la
santé soumis à l'application d'une entente ou par un professionnel
désengagé. Constituent notamment de tels frais ceux liés :
au fonctionnement d'un cabinet privé de professionnel ou d'un centre médical
spécialisé au sens de la
Loi sur les services de santé et les services
sociaux (chapitre S-4.2);
aux services, fournitures, médicaments et équipements requis pour la
dispensation d'un service assuré, ainsi que pour la réalisation d'un
test diagnostique se rapportant à un tel service;
constituent pas de tels frais ceux liés à des services non considérés comme
assurés requis avant, pendant ou après la dispensation d'un service
assuré;
«Il est de plus
interdit de rendre, directement ou indirectement, l'accès à un service assuré
conditionnel à un paiement par une personne
assurée, ou de procurer à celle-ci un accès privilégié à un tel service
moyennant paiement;
«Malgré
les interdictions énoncées aux neuvième et onzième alinéas, le gouvernement
peut, par règlement, prescrire des cas et des conditions dans lesquels
un paiement est autorisé.»;
par le remplacement, dans le douzième alinéa, de «onzième» par «treizième» et
de «neuvième» par «neuvième ou onzième».
Est-ce
que j'en fais l'explication? Oui, M. le Président. Alors, on comprendra, M. le
Président, et je ne m'étendrai pas
trop longtemps là-dessus parce que j'ai déjà fait cet exposé-là précédemment,
on comprendra que cet article-là vient de
façon formelle, sans ambiguïté, sans hésitation, sans questionnement possible,
interdire à quiconque de facturer, de charger,
d'induire un frais au patient en quelque circonstance que ce soit, sauf dans
des cas réglementés. Et ça vient répondre d'abord — d'abord — à la problématique qui a généré les abus que
l'on connaît dans le système d'aujourd'hui, qui venaient d'une combinaison d'une application laxe de la
loi, laxité générée par des problèmes d'interprétation de la loi initiale.
Ici, ça vient fermer la porte à triple tour,
quadruple tour, à la possibilité d'avoir des frais chargés au patient,
sauf — sauf — dans
les cas où c'est réglementé, permis par un règlement du gouvernement. Et ce
règlement-là, par définition,
vient évidemment implicitement, on en reparlera dans un éventuel règlement, M.
le Président... Et là je me citerai
moi-même : Il est parfaitement possible de déterminer ce qui est le prix
coûtant d'un service lorsque c'est indiqué.
Alors, on
vient, ici, M. le Président, corriger la situation actuelle. Actuellement, il y
a une confusion. Il y a des frais
chargeables au patient, facturables au patient. C'est permis dans la loi. Il y
a des abus. Il y a des frais, à mon avis, illégaux. Bien, et les abus et les illégalités vont être abolis dans le
deuxième cas et retirés dans le premier cas. Et ça, ça m'apparaît être en synchronisme avec l'état de la
situation actuelle, l'état de la pensée de la population, certainement pas
toute la population, certainement pas les
gens qui nous accompagnent ici, devant nous, mais certainement la majorité de
la population du Québec. Et c'est ce
que la population veut. La population veut cesser les abus, avoir accès à des
services et avoir l'assurance que les
décisions qui sont prises sont des décisions basées sur la raison et non sur
quelques faiblesses administratives que ce soit. Voilà, M. le Président.
Le Président (M. Tanguay) : Merci
beaucoup. Alors, y a-t-il des interventions? Collègue de Duplessis.
Richard : Merci, M. le
Président. Bon. De ce que je comprends de l'amendement déposé par le ministre,
disons qu'il l'a un petit peu... un petit
peu changé, mais c'est essentiellement ce qu'on retrouve... le sous-amendement
qui n'avait pas été recevable. Mais celui-ci est recevable dans sa forme
actuelle.
Mme Richard : Je ne suis pas là.
Barrette : M. le Président, si vous me permettez, ce n'est que du
changement sémantique; c'est exactement le même amendement.
Mme Richard : J'ai déjà compris ça,
M. le Président.
Le Président (M. Tanguay) : Collègue
de Duplessis. Oui.
Richard : Non, non, mais je
veux juste, pour que les gens qui nous suivent comprennent bien... Des fois,
tu sais, amendement, sous-amendement, c'est
la même chos