Culture and Education — 30 September 2021 (42nd Legislature, 1st Session)
CCE 2021-09-30
Quebec — Committees
(Onze heures seize minutes)
La Présidente (Mme Guillemette) :
Donc, à l'ordre, s'il vous plaît! Ayant constaté le quorum, je déclare la
séance de la Commission de la culture et de l'éducation ouverte.
La commission
est réunie aujourd'hui afin de poursuivre les auditions publiques dans
le cadre des consultations particulières sur le projet de loi n° 96,
Loi sur la langue officielle et commune du Québec, le français.
Mme la secrétaire, y a-t-il des remplacements?
La Secrétaire : Oui, Mme la
Présidente. Mme IsaBelle (Huntingdon) est remplacée par M. Lévesque
(Chapleau); Mme Rizqy (Saint-Laurent) est remplacée par M. Barrette
(La Pinière); Mme St-Pierre (Acadie) est remplacée par M. Birnbaum
(D'Arcy-McGee); Mme Dorion (Taschereau) est remplacée par Mme Ghazal
(Mercier); et Mme Hivon (Joliette) est remplacée par M. Bérubé
(Matane-Matapédia).
La Présidente (Mme Guillemette) : Merci,
Mme la secrétaire. Donc, cet avant-midi, nous entendrons l'Association des
municipalités de banlieue et le Regroupement des organismes en francisation du
Québec.
Donc, je souhaite maintenant la bienvenue à
Mme Julie Brisebois, mairesse de Senneville, et M. Beny Masella, président de l'Association des
municipalités de banlieue. Donc, je vous rappelle que vous disposez de
10 minutes pour nous présenter votre exposé et qu'il y aura par la suite
un échange avec les membres de la commission pour la suite des échanges. Donc,
dès maintenant, je vous cède la parole.
M. Masella (Beny) : Merci, Mme la
Présidente. Mon nom est Beny Masella, et je suis le maire de la ville de Montréal-Ouest
et président de l'Association des municipalités de banlieue. Je suis accompagné
aujourd'hui de Mlle Julie Brisebois, mairesse de Senneville et membre de
notre association.
L'Association des municipalités de banlieue
regroupe les maires des 15 villes de banlieue situées sur l'île de Montréal
appelées les villes liées. Notre association défend les droits et les intérêts
de nos villes et de nos concitoyens. Nous vous remercions de nous
permettre de vous transmettre notre point de vue à propos du projet de la loi n°
Pour entrer
dans le vif de ce sujet, dans nos villes, nous pouvons parler de réelle paix
linguistique entre francophones et anglophones. Concernant le projet de
loi, nous avons plusieurs propositions que les enjeux des citoyens de nos villes
soient pris en considération. Le plus important : Le maintien du statut
des villes bilingues. Cet élément est un
marqueur identitaire très fort. Nos citoyens sont très attachés à leurs
institutions municipales bilingues. Par ailleurs, plusieurs de nos villes ont déjà adopté des résolutions pour
réitérer leur volonté manifeste de demeurer bilingues, selon ce qui sera
prévu à la charte. Dans l'éventualité de l'adoption du projet de loi, la
reconnaissance de ces projets par le gouvernement de Québec constitue une de
nos demandes fondamentales.
Dans nos villes, nous sommes tannés que nos
institutions et nos droits linguistiques soient remis en question
périodiquement. La liste est longue : les fusions, défusions municipales,
le projet de la loi linguistique, le projet du Parti québécois de 2012, et
maintenant ce projet de loi. Ces situations affectent le vivre-ensemble, nous
avons hâte que les choses soient réglées.
Pour cela, nous souhaitons que le statut
bilingue des villes s'inscrive dans la durée, une fois qu'une motion sera
adoptée par les conseils municipaux. Il est important de comprendre que nos
communautés fonctionnent d'abord en français et que les maires de notre
association ne sont pas les porte-parole des anglophones, mais bien des
représentants des villes bilingues du Grand Montréal.
Aussi, il faut saisir que nos municipalités ne
sont pas exemptées de fournir leurs services en français. Nous représentons
tant... autant notre électorat francophone et nous les servons autant sur le
plan de la langue que sur celui de la qualité des services, sans aucune
différence de la manière dont nous servons le reste de notre population qui est
anglophone. La charte nous permet simplement
de poser des gestes en anglais également, ce que d'autres municipalités
ne font pas. Notre statut n'enlève rien à la langue française, il ne fait
qu'ajouter l'anglais.
L'Association des municipalités de banlieue se
présente donc comme les représentants de l'équilibre dans le respect des droits
de tous nos citoyens, peu importe leur langue maternelle ou d'usage. Nous
appuyons le consensus social et politique en faveur de la protection et le
renforcement du statut de la langue française. En même temps, nous avons à
coeur de protéger les acquis jugés importants par les citoyens de nos municipalités.
Le statut bilingue de certaines municipalités
doit être maintenu, même en cas de baisse démographique. Lors de l'adoption de
la charte, en 1997, cette possibilité avait été protégée par le gouvernement de
René Lévesque. Je le répète,
sur le terrain, nous ne rencontrons aucun problème qui justifierait de retirer
ce droit aux municipalités bilingues. Au contraire, cette
possibilité permet d'offrir de meilleurs services aux citoyens.
Le projet de loi, dans sa forme actuelle,
prévoit que les municipalités du Québec qui ont un statut bilingue le perdront
si moins de 50 % de leur population est de langue maternelle anglaise.
Elles pourront toutefois le conserver si leur conseil municipal adopte une
résolution à cet effet dans les 120 jours suivant l'entrée en vigueur de
la loi. En ce qui a trait du maintien du statut bilingue des municipalités,
nous sommes d'avis que le gouvernement présente une vision conciliante.
Par contre, en vertu du projet de loi, nous ne
sommes pas à l'abri d'une perte possible de notre statut. Notre association ne veut plus avoir à jouer dans ce
film-là à court, moyen ou long terme. Pour cette raison, nous souhaitons
que ce projet de loi rende permanente la
reconnaissance, par l'Office québécois de la langue française, du statut
bilingue d'une municipalité, à la suite
d'une résolution adoptée à cet effet, et ce, malgré une évaluation
démographique à la baisse.
Nous devons
continuer à rendre des services aux citoyens et conclure des ententes avec les
personnes morales dans leur langue, que ce soit en anglais ou en
français. Pour nous, l'équilibre signifie de renforcer la langue française sans
retirer les droits aux citoyens des municipalités bilingues.
Le Québec est une société démocratique, et le
respect des droits est de tout... tout doit être au coeur de ses préoccupations. L'avenir de l'Amérique française
ne se jouera pas sur le territoire des villes du statut bilingue. Il faut
savoir choisir ses combats. Surtout, il faut
éviter de créer un nouveau fossé entre la majorité francophone et la minorité anglophone. Les
droits collectifs des unes doivent demeurer complémentaires à ceux des autres,
dans un esprit de cohabitation harmonieuse,
de respect de l'autonomie et de la démocratie municipales des municipalités des
banlieues.
Ainsi, en terminant, je souhaiterais vous
rappelez sur quoi porte les recommandations de notre mémoire : numéro un,
le maintien du statut bilingue de nos villes d'une manière permanente et en
reconnaissant les résolutions déjà adoptées; deux, pouvoir continuer de
travailler en français et en anglais au conseil de ville et avec les personnes
morales; et, trois, que le projet de la loi s'inspire de la donnée de la langue
plus souvent parlée à la maison plutôt que celle de langue maternelle dans la
comptabilisation des foyers de la langue anglaise dans les municipalités.
En terminant, j'aimerais rappeler
respectueusement aux députés que les lois de l'Assemblée nationale sont
adoptées en français et anglais et que le droit de parler en anglais dans le
parlement est aussi protégé.
Nous sommes maintenant prêts à répondre à vos
questions.
La Présidente (Mme Guillemette) : Merci
beaucoup. Donc, nous allons maintenant procéder à la période d'échange avec les
parlementaires. Donc, M. le ministre, je vous cède maintenant la parole.
M. Jolin-Barrette : Merci, Mme la
Présidente. M. Masella, Mme Brisebois, bonjour. Bienvenue aux travaux
de la commission. C'est un plaisir de vous revoir, M. Masella.
D'entrée de jeu, dans le cadre du projet de loi
n° 96, là, ce qui motive les dispositions législatives à l'endroit des
municipalités, je vous dirais que c'est trois critères, le premier étant
celui de l'exemplarité de l'État. Nous croyons que, lorsqu'on parle de l'État
au sens large, ça comprend, bien entendu, le gouvernement du Québec, les
ministères, les organismes, mais également les municipalités, parce que vous
êtes des gouvernements de proximité, les municipalités, et, à ce titre, vous
faites
partie de l'État au sens large. Alors, on a conçu le projet de loi pour
faire en sorte que les municipalités participent également à la notion
d'exemplarité de l'État. Et on a vu, au cours des dernières années, qu'il y a
des lacunes au niveau de l'exemplarité de l'État. Et, si on veut faire en sorte
de promouvoir et de protéger la langue française, qu'on demande aux
entreprises, qu'on demande aux citoyens de faire un effort supplémentaire,
bien, à prime abord, l'État, en soi, incluant les municipalités, devrait
montrer l'exemple. Ça, c'est une des prémisses de base qui a guidé la rédaction
du projet de loi.
L'autre élément par rapport aux municipalités,
c'est l'autonomie municipale. C'est pour ça qu'on fait en sorte que, notamment
dans le cas des municipalités bilingues, on indique, par l'effet de la loi...
si la municipalité ne compte plus 50 % de sa population de langue
maternelle anglaise, par l'effet de la loi, elle perd le statut, mais elle a le
pouvoir de préserver ce statut par une résolution de son conseil majoritaire.
L'autre élément, lorsque j'ai construit le
projet de loi, c'est la protection des droits de la communauté anglophone et
des institutions de la communauté anglophone. Alors, il n'y a absolument rien,
dans le projet de loi, qui retire des droits à la communauté anglophone. Et
même on en rajoute, notamment pour la question du cégep, pour donner priorité
aux jeunes de la communauté anglophone, pour faire en sorte qu'ils puissent
continuer d'étudier dans leur langue au cégep aussi. Ça, j'ai été sensibilisé à
cet effet-là, que certains n'accèdent pas au cégep en anglais parce qu'il ne
reste plus de place. Alors, pour moi, c'est important que les membres de la
communauté anglophone puissent, s'ils le désirent, étudier dans leur langue, en
anglais. Alors, c'est la prémisse de base.
Lorsque je regarde votre mémoire, je constate
que vous dites... vous voudriez que le statut soit réglé une fois pour toutes
et qu'on ne puisse plus y revenir. Cependant, ça fait en sorte que, dans
certaines situations... je donne un exemple, dans ma propre circonscription, la
ville d'Otterburn Park a un statut bilingue, alors qu'il n'y a que 6 % de
la population, environ, je crois, de langue maternelle anglaise. Moi, je crois
que le conseil est apte à décider, mais il faut faire en sorte de le rattacher
au recensement, et c'est ce que nous faisons. Qu'est-ce que vous en pensez, de
M. Masella
(Beny) : Alors, si je peux répondre, M. le ministre, vous avez bien
dit que, dans votre cas, Otterburn Park, peut-être, les chiffres ont changé. Et
la loi prévoit le... le projet de la loi prévoit que le conseil municipal doit
adopter une résolution s'il veut maintenir le statut bilingue, et on est tout à
fait d'accord avec ça. Si le conseil municipal d'Otterburn Park décide de ne
pas le retenir, c'est à leur choix, et nous apprécions l'autonomie que le projet de la loi nous donne. Mais, par exemple, une fois
que c'est adopté, que ça finisse, l'histoire, on n'a pas besoin de le revisiter, on espère de ne pas avoir
besoin de le revisiter dans cinq ans, 10 ans, si la situation démographique change. C'est ça
que notre recommandation dit. Une fois que nous avons adopté la résolution, que
c'est permanent.
Jolin-Barrette : Je comprends votre point de vue, mais le fait d'avoir
du bilinguisme institutionnel, vous ne pensez pas que ça a pour effet, par
rapport aux nouveaux arrivants, d'envoyer un drôle de message? Parce que, dans
le cadre des municipalités bilingues, ce qui arrive, c'est que n'importe qui
sur le territoire pourra se faire servir dans
une autre langue que le français. Alors, tous les droits des ayants droit
d'être servis en anglais par la municipalité vont demeurer, même chose
pour les communautés autochtones, même chose pour ceux qui avaient déjà des
contacts en anglais avec la municipalité.
Ça, ça ne change absolument rien. Mais par contre les nouveaux arrivants qui
s'établissent, supposons, dans le cadre
d'une municipalité liée ou qui sont membres de votre organisation, donc ceux-ci
ont toujours la possibilité d'être servis dans une autre langue que le
français. Est-ce que vous ne trouvez pas que l'État, incluant les
municipalités, devrait s'adresser en français aux nouveaux arrivants?
M. Masella
(Beny) : Je pense, M. le ministre, que la question... et je pense
qu'on a touché tout le sujet quand j'étais dans votre bureau. Comment on doit
demander à quelqu'un qui fait preuve qu'il doive être servi... qu'il est
nouveau arrivant, qu'il doit faire preuve d'être servi en anglais? Alors, la
seule chose qu'on fait maintenant, c'est dire : On va le traiter... on va
lui répondre en français, mais, s'il le demande, on a le droit de lui répondre
en anglais.
Et j'ai dit aussi...
j'ai déjà fait des autres commentaires que ce n'est pas nécessairement pour les
grandes compagnies que je regarde. Je regarde la personne qui vient ouvrir un
petit dépanneur dans notre ville. Peut-être, cette personne qui est...
peut-être, le français est sa deuxième, troisième, quatrième langue, peut-être
l'anglais est sa deuxième langue, déjà de recevoir la communication d'une ville
est déjà un peu... ça peut causer un peu de stress, parce que d'habitude elles
sont des communications assez techniques. À ce point à dire à cette
personne : Non, je n'ai pas droit à vous répondre en anglais, une langue
peut-être que vous êtes plus à l'aise avec, mais il faut vous répondre en
français, je pense qu'on ne rend pas le bon service à ce citoyen. C'est pour
cette raison que j'aimerais faire le petit point que ce n'est pas toujours
évident de servir une personne en français. On ne sait pas qui est plus à
l'aise en français et qui est plus à l'aise en anglais. On ne fait pas le tri
de dire : Ah! c'est les nouveaux arrivants, il faut les traiter en
français. On ne fait pas cette analyse.
M. Jolin-Barrette :
Et je comprends votre point de vue, mais vous ne trouvez pas que, comme
société, on a une responsabilité d'intégrer en français les nouveaux arrivants?
Parce que ce que le projet de loi fait, c'est qu'il a des dispositions
d'antériorité qui font en sorte de protéger ceux qui communiquaient déjà en
anglais avec l'État. Mais, si on veut réussir à faire en sorte que la société demeure...
la société québécoise demeure avec la langue commune que ça soit le français,
il faut faire les efforts supplémentaires, et moi, je crois que les
municipalités doivent participer à ça.
Mais je voudrais vous
poser une autre question sur votre mémoire. Vous proposez qu'on change
également l'indicateur linguistique pour les municipalités bilingues. Vous
souhaitez qu'on passe de la langue maternelle, donc, actuellement, dans la Charte
de la langue française, c'est la langue maternelle, et qu'on utilise un autre
indicateur, celle de la langue parlée à la maison. C'est un peu ironique, tout
ça, parce que j'ai des collègues autour de la table qui décrient le fait que
les démographes utilisent comme donnée la langue parlée à la maison, puis là
vous, vous voudriez qu'on utilise ça. Alors, c'est comme si, des deux côtés, finalement,
vous dites que c'est un bon indicateur.
M. Masella
(Beny) : Mais je regarde le cas dans mon cas, je suis italien
d'origine, alors, à la maison, ma langue maternelle était l'italien. Mais, une
fois que j'avais commencé l'école, ma langue, et la langue plus souvent
utilisée à la maison, est devenue l'anglais. C'est à ce point que je dis :
Peut-être, oui, la langue maternelle était une autre... nous avons deux types
de communautés dans nos municipalités, mais la langue plus souvent utilisée est
la langue qui, je pense, est plus utile pour déterminer ce niveau, cette cible
de 50 %.
M. Jolin-Barrette :
O.K. Donc, l'effet d'utiliser la langue parlée à la maison, dans ce cas-ci,
aurait pour effet d'augmenter le bassin de locuteurs de langue anglaise. La
conséquence, c'est ça que ça amènerait.
M. Masella
(Beny) : Je ne suis pas sûr si ça va augmenter, le numéro, M. le
ministre, mais je suis sûr que c'est un meilleur indicateur.
M. Jolin-Barrette :
O.K. Et, selon vous, qu'est-ce que les municipalités peuvent faire pour améliorer
l'exemplarité de l'État en matière linguistique?
M. Masella
(Beny) : Je m'excuse. Pouvez-vous répéter la question?
M. Jolin-Barrette : Oui. Selon vous, qu'est-ce que les municipalités
peuvent faire pour améliorer l'exemplarité de l'État, pour participer à
la protection, à la promotion du français? Quel doit être le rôle du domaine
municipal pour améliorer le visage français du Québec?
M. Masella (Beny) : Bien, je ne
suis pas sûr, à grande échelle, qu'est-ce qu'on peut faire. Je sais les gestes
que nous avons entrepris à faire dans ma ville, dans la ville de
Montréal-Ouest. On s'assure maintenant que toute, toute chose est faite d'une manière bilingue, que
peut-être à l'époque ce n'était pas le cas. Je m'assure que toute chose,
toutes les... toute chose est faite de manière bilingue, même si la plupart des
résidents qui arrivent dans les conseils préfèrent avoir toutes choses en
anglais, ce n'est pas le cas maintenant. On met toutes choses en bilingue. Mes
rapports sont faits de manière bilingue.
Alors, ce sont des gestes qu'on commence à,
déjà, mettre en place pour avancer ce type de choses. Je ne sais pas,
peut-être, ma collègue pourrait ajouter quelque chose.
M. Jolin-Barrette : Juste une
sous-question pour Mme Brisebois, là. Je comprends qu'il y a des gens qui
préfèrent recevoir leurs communications dans une autre langue que le français,
mais, lorsqu'on parle des nouveaux arrivants
qui viennent s'établir, là, dans les municipalités, est-ce qu'on ne devrait pas
communiquer avec eux en français ou
ça devrait uniquement être en fonction de leur préférence, de la langue qu'ils
préfèrent? Est-ce que, comme État, on devrait
envoyer un message pour dire : On intègre les nouveaux arrivants en
français ou on leur laisse ça à leur discrétion?
Mme Brisebois (Julie) : Bien,
je vais peut-être commencer par compléter le commentaire de mon collègue sur
l'exemplarité et vous parler un peu de comment ça se passe sur le terrain. Moi,
vous entendez mon accent, je suis francophone, je suis francophone de
naissance. J'ai le plaisir de diriger une ville à statut bilingue. Je me suis
fait, moi, un devoir, malgré des salles de conseil à 90 % d'assistance
anglophone, je me suis fait un devoir de faire toutes mes séances bilingues,
c'est-à-dire que c'est 50 %‑50 %. Et toutes nos communications sont
bilingues, que je vois, moi, comme un ajout et non d'enlever quoi que ce soit à
la langue française.
Pour ce qui est des... pour ce qui est des
personnes immigrantes et de ceux qui arrivent chez nous, nous, dans tous les
cas, les communications se font à prime abord de façon bilingue avec les
nouveaux citoyens. Et, s'il y a à s'ajuster après, parce qu'on a une réponse en
anglais et que ces citoyens-là préfèrent s'adresser à nous en anglais, la
réponse... la communication va s'établir en anglais, comme on le fait avec les
anglophones de notre communauté.
M. Jolin-Barrette : Je vous
remercie pour votre présence en commission parlementaire. J'ai des collègues
qui souhaitent vous poser des questions. Merci.
La Présidente (Mme Guillemette) :
Merci. Oui, je céderais la parole au député de Saint-Jean.
M. Lemieux : Merci beaucoup, Mme la Présidente.
Mme Brisebois, M. Masella, bien le bonjour. Merci d'être là...
M. Masella (Beny) : Bonjour.
M. Lemieux : ...pour nous aider
à comprendre et à apprécier l'ensemble de la question, y compris de votre point de vue. J'écoutais votre échange avec le
ministre et je me disais que, qu'il s'agisse de la formule, de
l'indicateur, quand il est question des
dispositions sur le statut bilingue d'une ville et tout ça, le fond de
l'histoire de tout ça, y compris l'exemplarité de l'État qui était la
question précédente du ministre, le fond de l'histoire, le fond de l'affaire,
c'est de protéger le français. Et je n'ai pas pu m'empêcher de souligner, dans
votre préambule, dans votre mémoire, que vous nous dites que les chiffres sur
les... les données sur la situation linguistique au Québec ne sont pas
apocalyptiques.
Alors, pour bien se comprendre, il faut savoir
d'où on part. Est-ce que vous aussi, vous partez du point de vue, qui est partagé
par, je pense, la grande, la vaste majorité des Québécois, que le français a
besoin d'être protégé?
M. Masella (Beny) : Julie,
voulez-vous répondre ou voulez-vous que je...
Mme Brisebois (Julie) : Allez-y,
Beny.
M. Masella (Beny) : Alors, monsieur,
je peux dire que, peut-être, il y a le sentiment que le... qu'il y a une
attaque ou il y a une perte de la langue française, le statut de la langue
française, la position de la langue française. Je ne suis pas sûr si cette
notion est partagée nécessairement sur l'île de Montréal. Sur l'île de Montréal,
à moins d'avis contraire, je vois que nous avons une paix assez stable de cette
chose. Alors, je ne suis pas... dans nos municipalités, je ne le vois pas. Sur l'île
de Montréal, je n'ai pas entendu parler nécessairement. Peut-être, dans les
régions, c'est une situation plus évidente, mais je ne le ressentis pas sur l'île
de Montréal et ni dans nos municipalités.
Lemieux : Vous ne ressentez
pas que le français est en recul, pour ne pas dire en déclin sur l'île de Montréal?
M. Masella (Beny) : C'est... Dans
mon avis, quand je vois qu'il y a une bonne harmonie maintenant entre les
anglophones et les francophones...
M. Lemieux : Bien, la paix
linguistique, je comprends, d'ailleurs vous avez un passage, un long passage
dans votre préambule sur ce que c'était il y a 200 ans, sur ce que ça été
pendant la crise à Saint-Léonard, ce que ça été... j'ai lu votre mémoire. Ça,
je comprends votre vision des relations de la communauté sur la base de la
langue. Moi, je vous parle du français,
langue commune au Québec. Est-ce qu'il a besoin d'être protégé, ce français-là?
Est-ce que vous croyez, comme tous ceux qui nous parlent ou presque, qu'il
est en déclin, nonobstant les chiffres qui ne sont pas apocalyptiques?
M. Masella
(Beny) : Je dirais que, oui, il doit être protégé, mais, j'ai déjà
mentionné plusieurs fois, pas au détriment des droits acquis de la communauté
anglophone.
Lemieux : Oui. Mme la
Présidente, est-ce que j'ai le temps de passer la parole? Combien il reste de
temps?
La Présidente (Mme Guillemette) :
1 min 30 s.
M. Lemieux : Pas vraiment le temps.
Ça ne serait pas gentil de lui faire ça, en 1 min 30 s. Alors, je
vais continuer. Ce que vous venez de dire,
je l'apprécie, mais j'ai aussi entendu le ministre, depuis le début, dire qu'il
n'y avait pas de droits qui étaient enlevés à la communauté anglophone.
Mais je comprends que la paix linguistique dont on parlait tout à l'heure est
exacerbée par le projet de loi n° 96, c'est ce que vous me dites.
M. Masella (Beny) : Je vais dire
que, si la loi n° 96 est adoptée telle quelle, le droit qu'une
municipalité a maintenant de communiquer avec une personne en anglais, une
personne morale, en anglais, sera enlevé. Et ça, ça inclut le petit monsieur,
la petite madame qui a le dépanneur au coin de la rue. Je ne parle pas des
commissions scolaires des autres niveaux gouvernementaux, je parle de la petite
personne au coin de la rue. Ça doit être enlevé.
M. Lemieux : Merci beaucoup,
M. Masella. Merci, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme Guillemette) :
Merci. Donc, je céderais maintenant la parole à l'opposition officielle pour
une période de 11 min 30 s. Mme la députée.
Mme David : Merci beaucoup, Mme la
Présidente. Bonjour, monsieur, bonjour, madame. Enchantée de votre présence.
Nous avons bien lu votre mémoire, et je vais vous amener vraiment dans des
méandres ou dans des articles où on n'est pas allés tellement. Alors, je vous
amène carrément à votre dernière page, la page 12, où il y a
l'article 114 et qui réfère à la nouvelle loi à la page... à
l'article 204.30. On est vraiment à la toute, toute fin du projet de loi. Et j'espère qu'on se rendra là un jour
dans l'étude détaillée. Enfin, c'est mon grand souhait. Donc,
l'article 204.30 qui se lit comme suit... On est dans la
section Sanction
administrative et mesures disciplinaires, parce que vous abordez cette
question-là dans vos préoccupations. Alors, l'article se lit comme suit :
«Un manquement à une disposition de la présente
loi ou d'un règlement pris pour son application, autre qu'aux
articles 78[...] — bon,
etc. — ou[...],
commis dans l'exercice de ses fonctions par un fonctionnaire visé à l'article 1 de la
Loi sur la fonction
publique ou par un administrateur public visé à l'article 3.0.1 de la Loi
sur le ministère du Conseil exécutif est réputé — alors,
encore le mot "réputé", qui est lourd de sens — être
un manquement aux normes d'éthique et de discipline ou, selon le cas, aux
normes d'éthique et de déontologie qui lui sont applicables et est passible des
mesures disciplinaires prévues pour un tel manquement.
«De plus, tout organisme de l'Administration
doit établir des mesures disciplinaires propres à prévenir et à sanctionner un
tel manquement commis, dans l'exercice de ses fonctions, par un membre de son
personnel, autre qu'un fonctionnaire ou un administrateur public visé au
premier alinéa.»
Tout ça a l'air très technique, je vais essayer
de rendre ma question la plus concrète possible. Vous dites, comme
commentaire : «Cet
article crée l'obligation pour un organisme de
l'Administration d'établir des mesures disciplinaires
propres à prévenir et à sanctionner des manquements par son personnel. Le fait
de sanctionner un manquement commis pas un membre de son personnel ne
devrait-il pas — et
je vous cite — demeurer
un privilège de l'organisme, qu'il pourra choisir d'exécuter ou non, à sa
discrétion?»
Donc, ma question, c'est... j'essaie de voir ce
qui vous incommode le plus, pour ne pas vous dire vous fâche le plus. Est-ce
que c'est d'avoir à sanctionner ou si c'est le fait que ça soit une sanction
mise au même niveau qu'un manquement aux normes éthique, déontologique ou
disciplinaire? J'essaie de comprendre votre malaise.
M. Masella (Beny) : Julie?
Brisebois (Julie) : Écoutez,
c'est une bonne question. Je dirais que, dans cet enjeu-là, c'est probablement
au niveau de l'éthique.
Mme David : C'est-à-dire, au niveau
de l'éthique?
Mme Brisebois (Julie) : Bien, c'est-à-dire
d'avoir à réprimander, et même les bases sur lesquelles ces réprimandes-là
devront être établies. C'est un commentaire qui est d'ordre vraiment général,
et je dois avouer que l'idée était de le mettre sur la table. Je ne pourrais
pas élaborer plus. Beny, «I don't...» Je ne sais pas s'il y a autre chose de
ton côté, là.
M. Masella (Beny) : Oui, il y a quelque
chose à ajouter, madame. Je dirais que c'est aussi une question de l'autonomie.
Si quelqu'un a posé un geste, a répondu à une question et a mis un commentaire
à une personne morale en anglais, parce qu'il a déjà une relation, il a déjà
répondu à 100 questions de cette personne, maintenant je suis dans
l'obligeance de causer des problèmes ou de le sanctionner, c'est ça que ça peut
être problématique. Ça se peut que nous demandions de ravoir l'autonomie de
décider. Oui, écoute, on comprend qu'il y avait une histoire derrière ça, ce n'est pas noir sur blanc que ça devrait être quelque
chose à sanctionner, et spécialement pas au niveau de l'éthique, que c'est quelque chose qui va contre un code de déontologie.
C'est un peu lourd. Comme vous avez dit tout à l'heure, c'est un peu
lourd.
Mme David : D'autant que c'est le
mot «réputé», ça veut dire que... ça veut dire qu'il y a un manquement déjà où
la personne a plus de difficulté à se défendre. Mais vous vivez déjà avec une
charte de la langue française depuis de
nombreuses décennies. Qu'est-ce qui change? Vous avez déjà eu à appliquer des
sanctions? Vous êtes maire, mairesse,
là, de municipalités. Est-ce qu'il y a déjà eu ce genre de sanction en lien
avec la Charte de la langue française ou c'est complètement nouveau,
c'est du nouveau droit, comme on dit, qui est applicable à la langue française,
dont vous aurez, dans le fond, à avoir la responsabilité en prenant, par
exemple, cet article-là et en devant l'appliquer? Est-ce que c'est totalement
nouveau pour vous?
M. Masella (Beny) : Dans notre cas,
à Montréal-Ouest, ce n'est jamais arrivé que j'ai dû appliquer cette sanction,
même si... déjà elle existait. Maintenant, je vois que, maintenant dans la loi,
c'est : il faut l'appliquer, on n'a pas le choix, ce n'est pas parce que
nous avons la discrétion ou l'autonomie de décider. Maintenant, comme je vois
la loi, on doit l'appliquer, et malheureusement fortement, et c'est là où ça
cause des inconvénients, ça enlève un peu de l'autonomie qu'on avait à
l'époque.
Mme David : Et il y a eu toute une loi
sur l'autonomie municipale, justement, et certains... et une politique par
rapport à ça. Donc là, vous trouvez que ça vient un peu en contravention, je
dirais, ou en porte-à-faux avec ce que vous avez déjà comme autonomie
municipale, que vous avez tellement réclamée. Et là vous dites : On a une
loi qu'on n'avait pas avant, avec des mesures obligatoires. Donc, pour vous, ça
va demander des compétences nouvelles, des habiletés nouvelles?
M. Masella (Beny) : Ou des
obligeances nouvelles.
Mme David : Oui. Vous dites, vous
n'avez jamais eu à appliquer quoi que ce soit lié à ces obligations par rapport
à la Charte de la langue française de toute votre histoire, là, de maire ou
mairesse?
M. Masella (Beny) : Pas dans mon
cas, et à Montréal-Ouest, depuis que je suis maire, je n'ai jamais eu à
l'appliquer, non.
Mme Brisebois (Julie) : Et c'est la
même chose pour moi.
Mme David : O.K. Merci beaucoup. Je
vais passer la parole à mon collègue de La Pinière.
La Présidente (Mme Guillemette) : M.
le député.
M. Barrette : Oui. Merci, Mme la
Présidente. M. Masella, Mme Brisebois. Je regarde, moi aussi,
certaines recommandations qui sont détaillées à la fin de votre mémoire, et il
y a deux articles que vous mettez en évidence, pour des raisons qui m'étonnent, compte tenu des propos que vous avez
faits, particulièrement M. Masella, en introduction. Vous avez...
et ce sont des articles, des recommandations qui traitent aux articles 40
et 93. Vous avez plaidé devant nous la problématique qui vous apparaît à donner
des services au citoyen, au simple citoyen, particulièrement le nouvel
arrivant, en lien avec sa langue. Et vous avez dit, puis ça m'a beaucoup
étonné, puis c'est là où je veux en venir, là : Ce n'est pas la même chose
pour une grosse compagnie, une personne morale, ce sont vos mots. Pourtant, quand vous faites des recommandations en lien avec
40 et 93, ce sont des personnes morales, ce sont des compagnies,
notamment des assureurs. Alors là, j'aimerais que vous m'expliquiez votre
position, parce que, j'ai cru comprendre, peut-être à tort, peut-être que je
vous ai mal compris, vous ne sembliez pas, dans votre présentation, voir un
enjeu avec les personnes morales, notamment certaines compagnies, les grandes
compagnies, c'est votre expression, et... mais par contre, dans vos recommandations,
vous y voyez un problème. Alors, j'aimerais que vous nous expliquiez ça pour
qu'on puisse comprendre un peu plus votre position, et peut-être que,
Mme Brisebois, vous avez aussi des commentaires à faire, là, mais,
M. Masella, je pense que c'est vous qui êtes le premier interpelé dans mon
propos.
M. Masella (Beny) : Je peux dire
que, peut-être dans ce que nous avons mis dans notre dépôt, c'est-à-dire... peut-être
qu'il peut y avoir des manquements ou... des disponibilités des documents
d'assurance. On a parlé, on a fait l'exemple des documents d'assurance pour les
compagnies basées à Londres. On n'a pas dit que ça peut être, ça va être ça, on
l'a dit. Est-ce que ça peut causer un problème d'avoir ces documents en
français? Maintenant, nous avons l'obligeance de l'avoir en français. Peut-être,
il n'existe pas, déjà. Ça cause une autre problématique pour le ressortir, pour
le faire valider par 150 avocats avant que ça soit mis en fonction, mis en
acceptation. Alors, on a dit : Ça peut causer un problème de la disponibilité
de certains documents, comme nous avons dit, des compagnies, des grandes
compagnies qui sont basées, disons, à Londres. Ce n'est pas nécessairement la
même chose avec, on a dit, une petite entreprise dans la ville, c'est une
petite entreprise, c'est beaucoup plus facile. Et, d'habitude, les interactions
sont moins compliquées. Mais, quand on
commence à parler avec des polices d'assurance, ça devient compliqué. Et est-ce que les documents... est-ce qu'il va
y avoir un enjeu de la disponibilité des documents en français...
M. Barrette : Bien, c'est à peu près
ce que j'avais compris, mais c'était quand même une hypothèse, sans nommer les
compagnies en question, là, on en connaît plusieurs, je pense, autour de la
table, ce sont des compagnies qui font
affaire... elles sont planétaires. Alors, en général, elles ont des
versions dans les langues des pays correspondants où elles font affaire.
Du moins, moi, dans mon expérience précédente, même de grandes compagnies de
construction, là, les documents étaient en français parce que c'était...
D'ailleurs, plus j'y pense, vous seriez surpris du nombre de compagnies
mondiales basées en Europe, dont en Angleterre, qui nous fournissent leurs
documents en français. Mais, pour vous, je comprends que c'est une hypothèse actuellement,
ce n'est pas un fait que vous avez relevé ou expérimenté dans votre quotidien.
M. Masella (Beny) : Exactement. Exactement.
M. Barrette : O.K. Sur le plan... Là
il me reste combien de temps, Mme la Présidente?
La Présidente (Mme Guillemette) : Il
vous reste 10 secondes.
M. Barrette : Bon, bien, écoutez, je
ne terminerai pas ma phrase et je vous remercie d'être venu ici converser avec
nous.
La Présidente (Mme Guillemette) : Merci
beaucoup, M. le député. Donc, je céderais maintenant la parole au deuxième
groupe d'opposition. Mme la députée de Mercier.
Mme Ghazal : Merci, Mme la
Présidente. Merci pour votre présentation. Je voulais savoir, parmi les villes
qui sont membres de votre association, combien tombent sous le seuil de
50 % d'anglophones?
M. Masella (Beny) : En dessous de...
je pense qu'il y en a deux, si je ne me trompe pas, madame, il y en a deux qui
tombent en dessous le seuil. Et je peux vérifier, je n'ai pas les chiffres à
porter de mes mains.
Mme Ghazal : Donc, attendez, donc
deux sur les 15 qui ont moins de la population, moins de 50 % qui sont
anglophones?
M. Masella (Beny) : Je pense que
oui, mais, comme j'ai dit, je n'ai pas les chiffres à porter de main, je peux
les avoir.
Mme Ghazal : Mais donc dans le sens
que ce qui est demandé par le projet de loi n° 96 n'aura pas besoin de
s'appliquer. Parce que vous dites : Il faut que... quand une municipalité
a plus de 50 % de sa population francophone, donc moins de 50 % de sa
population anglophone, c'est là qu'elle peut, si elle le veut, demander une
résolution, voter une résolution au conseil municipal pour demeurer bilingue.
Donc, de ce que je comprends, elles sont déjà à plus de 50 %
d'anglophones, la majorité, là, des municipalités, donc elles n'auront même pas
besoin de demander de voter de résolution. D'où vient votre inquiétude alors?
M. Masella (Beny) : Quand je
regarde... excuse, et je... quand je vois le tableau maintenant pour la langue
maternelle, je vois : une, deux, trois, quatre, cinq, six, sept ont moins
de 50 % de langue maternelle en anglais.
Ghazal : Anglaise,
anglophone. O.K. Et donc, selon vous, toutes ces municipalités vont demander,
vont voter une résolution pour demeurer
bilingues ou certaines vont demeurer, vont accepter de devenir
francophones?
M. Masella (Beny) : Je pense que,
parmi ces sept-là, deux n'ont pas le statut bilingue, alors il n'y aura rien à
changer là-dedans. Mais, les autres, je présume... et certains ont déjà passé
des résolutions dans leurs propres conseils...
Mme Ghazal : Toutes les sept. Puis
j'essaie de comprendre pour quelle raison ça veut dire que... pourquoi est-ce que c'est si important pour elles, alors
que la majorité de leurs citoyens sont francophones? Est-ce qu'il y a
une menace pour les services que vous offrez à ces citoyens-là, puisque la
majorité sont francophones et probablement que les autres sont bilingues, comme
beaucoup au Québec, comme vous?
M. Masella (Beny) : Allez-y,
allez-y, madame...
Mme Brisebois (Julie) : Oui. Bien,
je vais prendre la parole. En fait on leur offre un service supplémentaire en
ce moment, aux citoyens, on offre tout dans les deux langues. Donc, de ne pas
faire de demande pour maintenir le statut de ville bilingue signifie qu'on ne
pourrait plus communiquer en anglais. Alors, même si le pourcentage de population de langue maternelle anglaise peut descendre,
moi, je parle de mon cas précis, on est tout juste en dessous de la barre des
50 %, tandis que le pourcentage de la langue parlée...
La Présidente (Mme Guillemette) :
Merci, Mme Brisebois, c'est tout le temps que nous avions. Merci, Mme la députée. Je céderais maintenant la parole au troisième groupe d'opposition.
M. le député de Matane-Matapédia.
M. Bérubé : Merci, Mme la Présidente.
Bienvenue à l'Assemblée nationale. Vous devez être rassurés parce que rien ne
va changer. Le gouvernement a décidé que vous êtes des municipalités à statut
bilingue, il y a un truc : vous n'avez qu'à passer une résolution, dans
certains cas vous l'avez déjà fait, et puis rien ne changera, quel que soit le
pourcentage que vous avez d'anglophones sur votre territoire. Donc, j'imagine
cette satisfaction que vous avez.
Mais vous en voulez plus, vous voulez que ce
statut demeure pour toujours, pour l'éternité. Bien, écoutez, ville Mont-Royal, «Town of Mount Royal», 18,5 % d'anglophones, ce n'est pas beaucoup, ça.
Alors, le conseil municipal peut décider qu'on continue comme ça.
Peut-être, ça va devenir 15 % dans quelques années, 10 %, ça sera
maintenu.
C'est un symbole de vouloir maintenir une
municipalité bilingue, mais, les symboles, on en a dans ce projet de loi. Le
ministre, par exemple, veut consacrer le Québec comme francophone, langue
unique, le français, c'est un symbole. Mais c'est plus qu'un symbole de faire
en sorte qu'une majorité de francophones puisse être dans une municipalité à
statut francophone.
Alors, je comprends votre proposition, mais vous
poussez votre luck un peu, pour prendre un mot anglais. Parce que des
municipalités qui décroissent, ça va continuer. Et je prends l'exemple de ville
Mont-Royal. Qu'est-ce qu'il faudrait qu'un citoyen de ville Mont-Royal...
Prenons l'exemple d'un député qui est dans cette salle, qui se rendrait à son
conseil municipal et qui irait dire : Non, moi, je demande à mon conseil
municipal que ça soit une municipalité francophone. Ce serait ça, finalement.
M. Masella (Beny) : Est-ce que vous
me posez une question, M. Bérubé? Je m'excuse.
M. Bérubé : C'est-u normal que ville
Mont-Royal, avec 18,5 % d'anglophones, maintienne son statut de ville
bilingue? Je vais vous le poser comme ça.
M. Masella (Beny) : C'est à eux
autres à décider, ça. C'est les conseillers de la ville qui sont plus proches à
leurs citoyens, et peut-être... comme on le voit de tout. Le bilinguisme, c'est
comme part de notre identité. La ville de Mont-Royal a ça comme dans son
identité. Mais, comme vous avez dit, la loi prévoit de donner l'autonomie au
conseil municipal de décider s'ils vont continuer. La seule chose que nous
avons demandée, on ne veut pas toujours remousser et ravoir la
discussion : une fois que la décision est prise, ça finisse là, on n'a pas
besoin de le revisiter chaque cinq ans, 10 ans, 15 ans.
M. Bérubé : Mais ça vous énerve, ça,
de perdre ce statut-là, comme si vous étiez une enclave, un petit royaume qui
va demeurer à demeure bilingue. Je veux dire, les choses changent. Vous n'aviez
plus la majorité pour maintenir ces municipalités. Vous demandez au ministre de
les maintenir.
D'ailleurs, je comprends que vous vous êtes
rencontrés avant le projet de loi. Vous avez évoqué une rencontre dans son
bureau à un moment donné.
La Présidente (Mme Guillemette) :
Merci.
M. Bérubé : Puis c'est ça que vous
lui avez demandé?
La Présidente (Mme Guillemette) :
Merci, M. le député. C'est tout le temps que nous avions pour les échanges.
M. Bérubé : J'en saurai plus
là-dessus.
La Présidente (Mme Guillemette) :
Donc, je vous remercie d'avoir été avec nous aujourd'hui et votre contribution
aux travaux de la commission.
Et je suspends les travaux quelques instants, le
temps d'accueillir nos nouveaux invités.
(Suspension de la séance à 12 h 01)
La Présidente (Mme Guillemette) :
Donc, la commission reprend ses travaux. Je souhaite la bienvenue au
Regroupement des organismes en francisation du Québec et leurs représentants,
Mme Anait Aleksanian, présidente — j'espère que je le prononce
bien — et
M. Carlos Carmona, coordonnateur, donc bienvenue à vous deux. Merci
d'être avec nous cet avant-midi. Donc, vous disposez de 10 minutes pour
nous présenter votre exposé, et par la suite il y aura un échange avec les
membres de la commission. Donc, sans plus tarder, je vous cède la parole.
Mme Aleksanian (Anait) : Bonjour,
Mme la Présidente. Permettez-moi de me présenter. Donc, mon nom, c'est Anait Aleksanian,
je suis la présidente du conseil d'administration du ROFQ.
Je vais prendre, peut-être, quelques minutes
pour présenter brièvement le ROFQ. Le Regroupement des organismes en
francisation du Québec, le ROFQ, est issu du milieu communautaire. Il a pour
mission de soutenir et promouvoir la francisation des personnes immigrantes et
défendre les intérêts de ses membres. Le ROFQ regroupe environ une soixantaine
de membres, partout au Québec, qui a comme objectif de contribuer comme un
espace de concertation, d'échanges, d'analyses et de partage d'expérience pour
les organismes membres; favoriser la prise de position commune en ce qui
concerne les enjeux et des problématiques de la francisation en milieu
communautaire; défendre l'accès à la francisation dans les organismes
communautaires et sa reconnaissance par le ministère de l'Immigration de la
francisation et de l'intégration et des autres institutions, évidemment.
Le ROFQ est régi par un conseil d'administration
composé de sept représentants des organismes, élus par les membres, dont
au moins un vient de l'extérieur de la région métropolitaine de Montréal.
Le principal
mandat du ROFQ est de représenter les intérêts des organismes membres qui
militent pour le droit des personnes
à apprendre la langue française, et c'est devant les instances publiques,
parapubliques et communautaires partout au Québec.
M. Carmona (Carlos) : Bonjour, Mme
la Présidente. Mon nom est Carlos Carmona, je suis coordonnateur du ROFQ.
Je reprends. Donc, par l'intermédiaire de cet
organisme membre et en collaboration avec le ministère de l'Immigration, de la
Francisation et de l'Intégration, le MIFI, le ROFQ est un acteur privilégié de
la francisation en milieu communautaire. Quatre fois par année, les organismes
du ROFQ organisent des sessions de cours de français dans leurs murs. Les organismes prennent en charge les processus de la
promotion du cours, du recrutement de personnes immigrantes et ils
mettent à la disposition du MIFI les locaux pour la dispensation de ces cours
par le personnel enseignant du MIFI.
Selon le rapport annuel de gestion du MIFI en
2019-2020, 19 480 personnes ont participé au cours de français à temps partiel. Selon nos estimations, plus de 17 000 de ces
personnes l'ont fait dans un organisme communautaire représenté par le
ROFQ. C'est donc fort et fier de cette expertise en francisation que le ROFQ
présente aujourd'hui quelques commentaires en relation au projet de loi
n° 96 qui modifie la Charte de la langue française.
Aleksanian (Anait) :
Globalement, nous sommes favorables au projet de loi, notamment à
l'intégration dans la constitution le fait que le Québec est une nation dont la
langue officielle est le français. Permettez-nous de saluer très favorablement
l'article 133 du projet de loi n° 96 qui prévoit une modification au
préambule de la Charte de la langue française avec l'insertion de l'alinéa
suivant : «Considérant que le français est la seule langue officielle du
Québec ainsi que la langue commune de la nation québécoise et la langue
d'intégration à celle-ci.» C'est la notion de langue d'intégration qui nous
semble très importante en vue de l'intégration harmonieuse des personnes
immigrantes à la société québécoise. En même temps, nous considérons que cela
envoie un message fort aux nouveaux arrivants.
Toutefois, l'article 15 de ce projet de loi
prévoit modifier la Charte de la langue française par l'insertion, après l'article 22.1 de celle-ci, d'une série
d'articles. Nous voudrions nous référer tout particulièrement à
l'article 22.3c qui prévoit : «Un
organisme de l'Administration peut déroger au paragraphe 1° de
l'article 13.2 en utilisant, en plus du français, une autre langue
lorsqu'il écrit, dans les cas suivants :
«
c) fournir des services pour l'accueil au sein
de la société québécoise des personnes immigrantes durant les six premiers mois
de leur arrivée au Québec.»
En tant qu'organisme voué à l'enseignement de la
langue française, nous manifestons notre désaccord à cet alinéa, car il nous
semble difficile à atteindre. Pourquoi limiter les services d'accueil dans une
autre langue que le français seulement à six mois? Cela présuppose qu'une
personne immigrante apprend le français en six mois et qu'après cette
période elle devient complètement autonome en français. En acceptant la
prémisse qu'il est possible de devenir autonome en français en si peu de temps,
cela présuppose aussi que la personne immigrante a commencé son apprentissage
dès son arrivée au territoire québécois, qu'elle n'a rien fait d'autre que
d'étudier le français, qu'elle a trouvé une formation adéquate à sa descente d'avion,
alors que l'on sait que ce n'est pas toujours possible.
M. Carmona (Carlos) : Comme en exemple,
par ailleurs, le programme de francisation du MIFI prévoit quatre sessions de 11 semaines de cours, à
raison de 30 heures par semaine, soit un total de 44 semaines
d'apprentissage ou l'équivalent de
1 320 heures, pour atteindre la
partie supérieure du niveau de
compétence, soit les niveaux 7 et 8 de l' Échelle québécoise
des niveaux de compétence en français des personnes immigrantes adultes ,
et cela, si la personne suit ces cours à temps plein.
Que se passe-t-il quand la personne immigrante
étudie à temps partiel à raison de six, neuf ou 12 heures par semaine? On
a longuement dépassé les six premiers mois suivant son arrivée pour qu'elle
devienne autonome en français. Cet article,
selon nous, ne prend pas en considération que la durée de l'apprentissage peut
varier selon différents facteurs, notamment le parcours migratoire, la
scolarité, la langue maternelle de la personne immigrante.
Mme Aleksanian (Anait) : À
titre d'exemple, qu'est-ce qui arrive avec une personne qui atterrit à Montréal
aujourd'hui, le 30 septembre, et il va s'inscrire au cours de français en
espérant aussi trouver un emploi? On parle des cours de français à temps partiel. En
considérant que le cours de français session automne commence le
4 octobre, donc, la personne va pouvoir
s'inscrire au cours de français uniquement à partir du mois de janvier. Donc,
la personne vient de perdre trois mois. Donc, il va lui rester trois
mois pour apprendre le français.
Qu'est-ce qui arrive avec les personnes qui
viennent suite à l'immigration humanitaire, notamment les réfugiés parrainés
par l'État? Une personne qui fuit la guerre et qui a passé des années dans le
camp de refugiés, dès son arrivée sur le sol québécois, c'est sûr que, d'abord
et avant tout, il a besoin de soutien psychosocial.
Ou qu'est-ce qui arrive avec une famille qui
atterrit en plein congé scolaire?
Donc, il y a
une série de contraintes administratives qui empêchent les personnes de suivre
un parcours exemplaire.
M. Carmona (Carlos) : Ça nous
amène à suggérer d'allonger la période de six mois prévue dans le projet de loi
à un minimum d'un an, selon les contraintes qu'on vient d'énumérer.
Dans un autre ordre d'idées, le projet de loi
prévoit aussi une... pardon, une unité administrative appelée Francisation
Québec au sein du ministère de l'Immigration, de la Francisation et de
l'Intégration.
L'article 156.24 prévoit que Francisation Québec est
l'unique point d'accès gouvernemental pour ces personnes désirant recevoir des
services d'apprentissage du français. Ce libellé nous interpelle et nous
inquiète profondément, car, présentement, notre
organisme assure des responsabilités notamment en ce qui concerne le
recrutement et l'inscription des personnes immigrantes souhaitant apprendre le français à temps partiel dans un
organisme communautaire de leur choix, organisme qui, en plus des cours
de français, offre une série, une panoplie de services qui vont les aider à
leur intégration à la société québécoise francophone.
Comme nous l'avons indiqué en introduction,
c'est plus de 17 000 personnes qui décident, session après session,
de s'inscrire dans un organisme communautaire pour apprendre le français, et
bénéficier des services offerts par notre organisme, et ainsi s'intégrer
harmonieusement à leur société québécoise. C'est pour ça que ce libellé de
Francisation Québec comme point unique gouvernemental nous interpelle, et on se
pose des questions à savoir quel va être le rôle des organismes communautaires
après l'adoption du projet de loi.
Mme la Présidente, nous avons fini notre
présentation.
La Présidente (Mme Guillemette) :
Parfait, merci. Donc, nous passons maintenant à la période d'échange, en
débutant par M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Merci beaucoup,
Mme la Présidente. Mme Aleksanian et M. Carmona, bonjour, bienvenue à
la commission parlementaire. Merci beaucoup de contribuer aux travaux de la
commission. Puis je suis heureux que vous
participiez parce que je crois que le ROFQ, justement, connaît la réalité en
francisation des personnes immigrantes et l'importance également
d'amener les gens vers une francisation pour faire en sorte qu'ils puissent
intégrer la langue commune.
Alors, pourquoi est-ce que c'est important
d'enseigner rapidement le français aux personnes immigrantes? Qu'est-ce qui
arrive si on ne réussit pas à offrir des cours rapidement, une prise en charge
rapidement en français? Sur le choix linguistique de la personne, qu'est-ce qui
arrive?
Mme Aleksanian (Anait) : C'est sûr
que ça peut avoir un impact négatif sur l'intégration de la personne. Et là on
parle de l'intégration sociale, intégration professionnelle aussi.
M. Jolin-Barrette : En quelque
sorte, d'isolement?
Mme Aleksanian (Anait) : Absolument.
M. Jolin-Barrette : Vous
dites : Intégration sociale, intégration sur le marché du travail. Quelle
est la réalité des personnes immigrantes lorsqu'elles immigrent au Québec, et
la majorité déposent leurs valises sur Montréal, et décident de s'installer à Montréal?
Et on l'a vu, là, il y a certaines études qui ont été publiées, au cours des
dernières années, qui démontrent une exigence d'une langue autre que le
français pour être embauché. Est-ce que ça soulève des enjeux dans les
clientèles que vous voyez dans vos cours de francisation? Comment les personnes
immigrantes reçoivent ça lorsqu'on leur dit : Venez au Québec, puis
finalement parlez-vous anglais, pour travailler à Montréal?
M. Carmona (Carlos) : C'est
évidemment, M. le ministre, une question qui est très simple à répondre :
Ça transmet un message qui n'est pas très clair. C'est un message où on
dit : Oh! à Montréal, on peut travailler en anglais même si la langue
officielle du Québec est le français. C'est ça, la réalité de Montréal.
Peut-être que ce n'est pas la réalité des régions, mais c'est ça qui se passe à
Montréal. Donc, il faut...
Et, dans votre première question, vous
disiez : Qu'est-ce qui se passe si les personnes ne suivent pas de cours
de français? Nous, on ne met pas en doute le fait que les personnes doivent
suivre des cours de français dès le début. On se questionne sur le fait de
limiter cette période à seulement six mois avant que... pendant les six mois où
le gouvernement pourra communiquer avec eux dans une langue autre que le
français. Nous pensons que six mois n'est pas suffisant pour qu'ils apprennent
convenablement le français.
M. Jolin-Barrette : Et, sur la
question du marché du travail, là, bon, vous dites : C'est un peu un
message contradictoire, le fait d'exiger une autre langue que le français pour
travailler à Montréal, alors qu'on donne des cours de
francisation et on veut intégrer en français. Puis là vous avez parlé
d'isolement des personnes, isolement social notamment, qui n'apprennent pas le
français. Les mesures qu'on met dans le projet de loi pour faire en sorte
justement qu'il faut vraiment que ça soit nécessaire, l'utilisation d'une autre
langue que le français, pour être embauché ou pour avoir une promotion, est-ce
que vous accueillez ça favorablement, que le gouvernement resserre les critères
de l'exigence d'une autre langue que le français sur le marché du travail?
Mme Aleksanian (Anait) :
Évidemment, on reçoit ça favorablement. Toutefois, c'est sûr qu'il faut être
beaucoup plus strict, hein? Il ne faut pas permettre que les entreprises
demandent... pour n'importe quel type d'emploi, exiger d'être bilingue.
Toutefois, on sait très bien qu'il y a des postes qui exigent la connaissance
de l'anglais, hein, notamment dans certains domaines de compétence où la
personne doit participer à des missions, faire des représentations, etc., au
service à la clientèle, dans le domaine du tourisme, dans l'informatique.
M. Jolin-Barrette : Dans le
projet de loi, on élargit également l'assujettissement des entreprises. Donc,
avant c'était 50 et plus, là on les amène à 25-49, et on souhaite faire de la
francisation également à l'entreprise, notamment avec Francisation Québec.
Comment vous entrevoyez ça, le fait qu'on vient appliquer les dispositions de
la charte aux entreprises de 25 à 49 pour la francisation des personnes
immigrantes?
Mme Aleksanian (Anait) : C'est sûr
que ça ne touche pas directement notre mission, mais moi, d'emblée, je peux
dire que moi, j'accueille ça favorablement, ces dispositions. Toutefois, il
faut s'assurer de donner les moyens à ces entreprises pour pouvoir répondre aux
exigences, puisque généralement ces entreprises n'ont pas les ressources, notamment
les ressources humaines, les responsables des ressources humaines, etc., pour
répondre à toutes les exigences administratives de cet article.
M. Jolin-Barrette : Vous semblez
inquiets de la création de Francisation Québec. Tout à l'heure, vous le disiez
bien, vous offrez de la francisation dans vos institutions, dans les différents
organismes communautaires, et, de la façon que ça fonctionne notamment, c'est
le ministère de l'Immigration qui finance, bon, le coût du professeur, qui
finance également pour le coût du local. D'ailleurs, j'avais augmenté
substantiellement les allocations données aux organismes communautaires à
l'époque où j'étais ministre de l'Immigration, également la bonification des
allocations, on ouvre le temps partiel aussi.
Peut-être
pour vous rassurer, Francisation Québec est là pour amener un guichet unique
pour faire en sorte, sur le plan
opérationnel, d'être plus performant. Parce qu'en 2017 la Vérificatrice
générale avait émis comme recommandation une critique à l'effet qu'il y avait un éparpillement des services.
Alors, le guichet unique va permettre de fédérer à la fois pour les
employeurs, mais à la fois pour les personnes immigrantes, mais c'est sûr que
vous êtes un partenaire de grande qualité,
les organismes communautaires également sont un partenaire de grande qualité.
Alors, l'objectif, c'est de faire en sorte, également, de maintenir les
cours dans les organismes communautaires aussi, mais d'avoir également une
flexibilité puis un moyen d'action aussi pour aller en entreprise, pour
répondre aux besoins de francisation.
Alors, l'objectif, c'est de mettre à
contribution tout le monde mais de n'avoir qu'une seule porte d'entrée pour
tout le monde, de façon à mieux orienter les gens aussi, si ça peut vous
rassurer.
Aleksanian (Anait) : Merci beaucoup.
C'est effectivement très rassurant. C'est qu'il ne faut pas
oublier que les organismes
communautaires sont de véritables milieux d'intégration, puisque la personne
qui fréquente un organisme, il ne
suit pas tout simplement un cours de français académique, mais il
rencontre les intervenants sociaux, les conseillers en emploi. Bref,
tous les employés de l'organisme sont à ce service pour favoriser son
intégration harmonieuse à la société d'accueil.
M. Jolin-Barrette : Peut-être une
dernière question avant de céder la parole à mes collègues. Pour un nouvel
arrivant, pour une personne immigrante qui choisit le Québec puis qui arrive à
Montréal, dans une proportion de 80 % des cas, à quel point est fort le
facteur d'attractivité de la langue anglaise? Lorsque vient le temps pour une
personne immigrante, là... elle est à Montréal, elle veut s'intégrer, à quel
point le facteur d'attractivité de l'anglais est important, selon ce que vous
constatez?
M. Carmona (Carlos) : À ma
connaissance, c'est le milieu de travail qui détermine cette option. Si le
milieu de travail est effectivement un
milieu de travail francophone, où les personnes vont communiquer en français,
le travail va se faire en français. Sauf quelques exceptions, comme a
dit Mme Aleksanian il y a quelques minutes, l'attirance, l'attraction de
l'anglais va être moindre. Et c'est... D'après moi, c'est là-dessus qu'il faut
aussi insister, pour que le milieu de travail à Montréal soit effectivement un
milieu de travail francophone.
Mme Aleksanian (Anait) : Ça va
dépendre aussi de l'efficacité de l'offre de français sur le terrain. Ça va
dépendre aussi des discours de valorisation et de la promotion qu'on va aussi
tenir collectivement, notamment via les organismes communautaires, qui sont les
premières portes d'entrée pour ces personnes-là.
M. Jolin-Barrette : Peut-être
une dernière question. Certaines formations politiques à l'Assemblée nationale
proposent de ne sélectionner que des personnes immigrantes qui ont une
connaissance du français. Qu'est-ce que vous pensez de cela?
Mme Aleksanian
(Anait) : On en a déjà discuté, et ça fait déjà quelques années, je
pense, que ça fait
partie des discussions politiques. Le ROFQ a toujours
manifesté son désaccord avec cette vision puisque, sur le terrain, on constate
aussi que ce n'est pas... Ce n'est pas parce que la personne vient d'un pays
non francophone qu'il ne va pas le devenir très rapidement et qu'il ne va pas
s'intégrer dans la société d'accueil, peut-être parfois plus vite et mieux
comme francophone.
M. Jolin-Barrette : Merci.
Mme Aleksanian (Anait) : Donc,
ce que je suis en train de dire, seulement la connaissance du français en soi,
ça ne détermine pas la capacité d'intégration dans la société d'accueil. Ça
prend une série d'autres facteurs.
M. Carmona (Carlos) : Si vous
permettez, M. le ministre, en plus de la notion de francophone, il faudrait
jouer aussi sur la notion de personne francophile.
M. Jolin-Barrette : C'est bien
noté. Et je vous remercie grandement pour votre présence en commission
parlementaire.
Mme Aleksanian (Anait) : Merci
à vous.
M. Carmona (Carlos) : Merci.
Présidente (Mme Guillemette) : Merci, M. le ministre. Je céderais maintenant la parole au député de
Chapleau.
M. Lévesque (Chapleau) : Merci
beaucoup, Mme la Présidente. Bonjour, Mme Aleksanian, M. Carmona.
Merci beaucoup de votre présentation. J'aimerais peut-être faire appel à votre
expérience, vous, là, qui travaillez avec, justement... soit vous offrez des
cours, vous-mêmes, de francisation ou vous travaillez avec des partenaires qui en offrent. J'aimerais savoir, à la lumière du
projet de loi qui est déposé par le ministre, par le gouvernement, qu'est-ce
qui... qu'est-ce qu'on pourrait ajouter. Est-ce qu'il y a des éléments que vous
voyez, dans le projet de loi, qui pourraient venir vous aider, justement, à
remplir votre rôle de francisation? Est-ce qu'il y a des éléments que, vous trouvez, ils sont très pertinents, ou d'autres que
vous dites : Ah! bien, si on avait tel levier ou telle mesure, on
pourrait vraiment bonifier notre offre de francisation, selon votre expérience,
bien entendu, et des gens que vous représentez?
Mme Aleksanian (Anait) : Selon moi,
là, on parle d'un projet de loi, une fois que le projet de loi sera adopté, je
pense qu'on va avoir beaucoup plus de propositions et plus d'idées sur
l'opérationnalisation de ce projet de loi.
Là, on va avoir, j'imagine, beaucoup plus de leviers. Peut-être qu'on peut
suggérer avoir une offre de francisation plus souple, par exemple.
M. Lévesque (Chapleau) : Définir ce
que...
Mme Aleksanian (Anait) : Notamment,
en termes de calendrier... Notamment en termes de calendrier de formation.
Actuellement, nous avons, au niveau des temps partiels, quatre sessions, l'été,
automne, printemps, hiver. Peut-être, entre sessions, on pourrait intégrer
d'autres types de formations pour être beaucoup plus inclusifs. Et, de cette
manière, on pourrait raccourcir les délais. Mais ça, c'est plus au niveau de
l'opérationnalisation.
M. Lévesque (Chapleau) : D'accord.
Même chose de votre côté, monsieur?
M. Carmona (Carlos) : Oui,
effectivement. Et il y a un élément qui ne concerne pas le projet de loi, mais
je trouve qu'il faudrait aussi qu'il y ait une plus grande flexibilité dans les
consignes, dans les données du ministère de l'Immigration, dans la gestion des classes par les professeurs.
Il faudrait effectivement qu'il y ait... qu'il puisse y avoir une
flexibilité plus grande dans le transfert des étudiants. Quelquefois, les
étudiants, à partir d'un certain moment... et ça, c'est lié à une convention
collective, ça ne concerne pas au projet de loi, O.K.? Mais quelquefois un
étudiant va perdre son temps en restant dans une classe, alors qu'il pourrait
être dans une autre classe, mais la convention collective actuelle ne le permet
pas. Donc, c'est au niveau de la façon de rendre opérationnel ce projet de loi,
O.K.? Donc, c'est un élément auquel moi, je tiens beaucoup.
M. Lévesque (Chapleau) : D'accord.
Merci. Peut-être pour revenir sur une question, là, qui a été abordée, là, par le ministre, notamment, le fait que les
personnes francophones à l'immigration... des candidats à l'immigration aient... comme langue maternelle aient le
français, de façon unique, en termes de candidatures, là, que l'État
québécois pourrait accueillir.
On a vu, là, tout récemment, avec une dame
haïtienne qui a eu quand même certaines difficultés à obtenir un emploi du fait qu'elle avait, donc, cette langue
maternelle. Voyez-vous également... là, vous avez parlé du milieu de
travail, il y a une certaine anglicisation
qui peut se faire, si ce n'est pas une intégration en français. Donc, peut-être
élaborer sur ce point-là, que,
justement, le fait d'être uniquement francophone, à l'immigration, il peut y
avoir aussi certaines barrières pour ces
gens-là, notamment avec la demande de parler en anglais ou d'avoir la langue anglaise comme critère pour
l'embauche.
Mme Aleksanian
(Anait) : Je n'ai pas tout à fait compris la question. Pouvez-vous
nous clarifier?
M. Lévesque (Chapleau) : Oui, oui, absolument,
avec plaisir. Non. Justement, là, donc, le fait de demander à l'immigration la langue française uniquement,
souvent il peut y avoir aussi des obstacles, pour ces personnes-là,
donc, qui ont comme langue maternelle le
français, à l'embauche, actuellement, à Montréal. Est-ce
que vous constatez ça aussi?
Aleksanian (Anait) : Bien, encore une fois, dépendamment des domaines de
compétence. Effectivement, il y a des domaines de compétence qui exigent
la connaissance de l'anglais. Mais je pense que le projet de loi vient corriger
les aspects... Il va mettre en place peut-être plus de surveillance auprès des
entreprises qui exigent la connaissance de l'anglais, alors que ce n'est pas du
tout nécessaire.
Mais, pour
revenir aussi... les propos du ministre Jolin-Barrette à propos de recrutement
des francophones pour le Québec,
j'y ajouterais peut-être le fait qu'en adoptant cette stratégie, en recrutant
uniquement les francophones ou prioritairement francophones, Québec risque de
passer à côté d'une immigration qui va être très intéressante pour le Québec...
M. Lévesque (Chapleau) :
Effectivement.
Mme Aleksanian (Anait) :
...originant, par exemple, d'Amérique latine, l'Europe de l'Est ou d'autres
pays qui ne parlent pas nécessairement le français mais qui s'intègrent très facilement.
M. Lévesque (Chapleau) : Oui. Donc,
merci. Permettez-moi peut-être de vous amener vers un autre sujet, la question
constitutionnelle, que vous avez, là, abordée brièvement. À l'article 133,
vous dites que, le changement de préambule à la charte, vous êtes très
favorables à ce changement-là, particulièrement sur la question de
l'intégration. Peut-être que vous pourriez nous éclairer, là, de l'importance
de ce changement pour vous.
M. Carmona (Carlos) : Je pense que
c'est important d'ajouter dans ces... ... C'est que le fait d'indiquer à la
charte que le français est la langue de la nation québécoise, c'est important,
et, surtout... et pour nous, le fait de dire que c'est la langue d'intégration,
c'est un message très clair qu'on va passer aux immigrants en disant : Si
vous voulez vous intégrer au Québec, c'est en français que ça se passe, et
c'est dans la charte, ce n'est pas seulement dans un autre... dans un règlement
du ministère quelconque.
Lévesque (Chapleau) : Une
loi fondamentale. Donc, c'est très important d'envoyer ce signal-là, exactement.
M. Carmona (Carlos) : Oui, effectivement.
Tout à fait.
Mme Aleksanian (Anait) : Exactement.
Et ça donne à un organisme aussi un levier, un argument fort pour favoriser
aussi la francisation des nouveaux arrivants à leur inscription en grand nombre
aux cours de français.
M. Lévesque (Chapleau) : D'accord.
Il me reste combien de temps, Mme la Présidente?
La Présidente (Mme Guillemette) : 30
secondes.
M. Lévesque (Chapleau) : Oh! un
petit dernier 30... Mais, au-delà de votre préoccupation, que le ministre
a pu dissiper, là, en lien avec Francisation Québec, est-ce que vous trouvez tout
de même intéressante l'idée qu'il y ait la création de Francisation Québec avec
les mesures puis l'aide en entreprise également? Est-ce que vous voyez tout de
même du positif dans cette création-là?
Mme Aleksanian (Anait) : Je pense
que cela peut être positif, mais encore une fois tout dépend comment cela va
être opérationnalisé, de quelle manière... Ça va être quoi surtout le rôle des organismes
communautaires qui jouaient jusqu'à maintenant un rôle majeur dans la
francisation des nouveaux arrivants, notamment en temps partiel.
La Présidente (Mme Guillemette) :
Merci. Merci, M. le député. Donc, nous poursuivons maintenant nos échanges avec
la députée de Marguerite-Bourgeoys. Mme la députée.
Mme David : Merci, Mme la
Présidente. Bonjour, monsieur. Bonjour, madame. Alors, non seulement je suis
enchantée de vous entendre et de vous avoir avec nous ce matin, mais je pense
que vous auriez eu droit à un doublé d'une audience double tellement on a de
questions à vous poser et tellement votre rôle est important. Parce que, dans le fond, si on est ici avec le projet de loi
n° 96, c'est beaucoup, beaucoup, beaucoup en pensant à vous. C'est
énormément en pensant à l'avenir du Québec dans sa francophonie, dans sa francophilie,
dans sa francotropie, on peut prendre tous ces termes-là, mais c'est avec vous,
c'est avec vous et c'est grâce à vous, c'est grâce à vous, c'est grâce à vos
organismes communautaires, c'est grâce au travail, comme vous dites,
d'intégration en français.
Alors, dans
le fond, vous n'êtes pas toujours avec nous, mais vous êtes toujours l'objet de
nos préoccupations. On le sait bien, que ce ne sont pas nécessairement à
travers les enfants qu'on dit de souche... parce qu'on n'a pas un taux de
reproduction si élevé, on sait qu'on a besoin, besoin énormément de vous et
qu'on vous apprécie dans votre présence d'abord et dans
votre capacité d'intégrer ce qu'on appelle les nouveaux arrivants. Alors, je ne
saurais vous remercier de votre présence ici pour toute l'expertise que vous
nous apportez.
Vous avez parlé, justement, de francophones, de
francophiles, puis c'est vrai que plusieurs disent : Il faudrait des
immigrants qui savent parler le français avant de descendre à l'aéroport et
qu'ils possèdent un bon français. Mais je
dois vous donner raison parce que vous dites : Non, pas seulement ces
immigrants-là, on peut parler le français sans être un francophile et on
peut ne pas parler le français du tout et être un formidable francophone en
devenir.
Et je ferais référence à ma petite expérience,
mais quand même, de m'être promenée à travers le monde pour recruter des
étudiants au niveau universitaire. Et j'ai été témoin de tellement d'étudiants
d'Amérique du Sud, d'Amérique centrale, d'Europe de l'Est, comme vous dites,
qui ont un appétit formidable pour la langue française mais ne le parlent que
très peu, parce qu'ils se parlent portugais, espagnol ou d'autres langues, et
qui arrivent ici et, vraiment rapidement, sont capables non seulement de
s'intégrer, mais de participer avec des diplômes universitaires, dans le cas qui m'occupait, et de faire... de
devenir de formidables Québécois francophones. Alors, moi, je suis
d'accord avec vous. Par contre, par contre, il faut les intégrer, il faut
mettre, comme on dit en bon québécois, le paquet pour vraiment leur offrir des
services gratuits, sur les campus, dans le cas qui nous concerne, collégiaux et
universitaires, accessibles, et il faut leur donner un peu de temps aussi.
Alors, vous
dites, et ça m'a frappée, je ne le savais pas, le ministre doit le savoir, il a
été ministre de l'Immigration, que le MIFI lui-même parle de
44 semaines, temps plein, pour pouvoir prétendre être à un niveau 7
de francisation. Ça, c'est probablement des étudiants qui ont fait ça de façon
très sérieuse à temps plein. 44 semaines, moi, quand je divise par quatre,
mais disons que les mois ont un peu plus que 28 jours, ça fait au moins
10 mois. Ça fait 10 mois, minimum, donnés parle MIFI. Alors, je suis
tellement curieuse d'entendre le ministre : D'où vient ce six mois
pour dire qu'on peut vraiment franciser quelqu'un? Ça serait un temps olympien.
Ça serait un record de pouvoir dire comme
vous dites : Je me trouve un emploi, je m'installe, je dépose mes valises,
on peut être au mois d'octobre, le cours commence au mois de janvier, puis, au mois d'avril, je parle aussi bien
français que vous et moi. Alors, expliquez-moi, d'après-vous, qui connaissez bien le MIFI et ceux qui ont inspiré le
projet de loi, comment ils ont pu arriver à six mois?
M. Carmona (Carlos) : Madame, pour
nous c'est une... Pour nous, ça a été une surprise, le six mois, étant donné
qu'on connaît... qu'on sait quelle est la durée des programmes des cours de
francisation au ministère de l'Immigration. Je ne peux pas vous... personnellement,
je ne peux pas vous dire d'où viennent ces six mois. Nous, on est inquiets face à ce six mois. On considère
qu'après six mois c'est très difficile de pouvoir communiquer en
français avec l'administration publique. Je pense que ce n'était pas à nous que vous devez nous demander d'où vient ce
six mois.
Mme David : Mais vous comprenez que
je profite de l'occasion pour vous entendre dire que vous n'avez pas la
réponse, et puis le ministre est à l'écoute, alors je suis sûre qu'il entend
très bien. Parce que vous n'êtes pas du tout les premiers ni les derniers à
dire que ça n'a pas de bon sens, six mois. En fait, personne n'a dit, à
date, que c'était réaliste, six mois. Personne. Alors, c'est soit
un an, et même d'autres sont venus avec deux ans, deux ans.
M. Carmona (Carlos) : Oui, effectivement...
Mme David : Puis on peut... Disons
qu'on donne un peu... je me mets dans la tête du ministre qui se dit :
Oui, mais plus on va donner de temps, plus ils vont prendre leur temps. Mais il
y a quand même une limite à dire que c'est facile et que ça va se faire en six
mois. Madame, je pense, vous vouliez répondre ou...
Mme Aleksanian (Anait) : Non, non,
ça va. Je suis tout à fait d'accord avec Carlos. Effectivement, c'est un peu
compliqué. Je pense que, peut-être, avec un an, ça devrait être un peu plus
raisonnable.
Mme David : Et est-ce que... Ça,
c'est une autre de mes inquiétudes, est-ce que les professeurs peuvent être au rendez-vous
pour rapidement franciser tout le monde, tout le monde? Parce que ça va être
dans la loi, tout le monde a le droit d'apprendre le français. Mais, si on lui
dit : Bien, ton cours va être dans quatre ans, ce n'est pas tellement
efficace.
Mme Aleksanian (Anait) : Vous
connaissez très bien la situation du marché du travail actuelle, la pénurie de main-d'oeuvre qui frappe tous les domaines de
compétence, notamment dans les organismes communautaires, dans les usines, en fait dans tous les domaines. Et
j'imagine que ça a un impact aussi sur le recrutement des enseignants.
Déjà...
Mme David : ...tient à ça. S'il n'y
a pas d'enseignant, on est un peu foutus avec le projet de loi n° 96. Il
faut absolument énormément d'enseignants.
Bien, je vais laisser la parole à mon collègue
de La Pinière, Mme la Présidente. Merci beaucoup.
Mme Aleksanian (Anait) : Merci à
vous.
La Présidente (Mme Guillemette) :
Merci. M. le député.
M. Barrette : Merci, Mme la
Présidente. Madame, monsieur, je suis très heureux que vous soyez là. Vous
savez, dans mon comté, il y a deux de vos membres qui offrent des services de
francisation : grands efforts, grands résultats. C'est absolument notable. À date, on a rencontré,
en commission... on a reçu, en commission parlementaire, en
consultations, des groupes ou des individus qui ont tous été consultés pour
l'élaboration du projet de loi. Avez-vous été consultés?
M. Carmona (Carlos) : Pour
l'élaboration du projet de loi?
M. Carmona (Carlos) : Moi, de mon
côté, non. Je ne sais pas, Anait, si... Non.
M. Barrette : Parfait. Et c'est bien
dommage parce que je pense que vous avez à jouer un rôle très important. Vous
n'avez pas été consultés. Et on voit bien que le projet de loi vise une
catégorie très spécifique de nouveaux arrivants, et c'est très orienté vers le
milieu du travail, ce qui est très bien, mais on oublie, dans le discours que l'on entend, ce que vous faites, notamment en
termes de francisation de tous les membres d'une famille immigrante.
Moi, je le vis dans mon comté. Il y en a
beaucoup. Et, quand les gens arrivent, c'est assez spectaculaire, hein? Je
donne l'image suivante, ça ne vous surprendra pas : Une famille d'immigrants
avec deux enfants, qui arrive au Québec au mois d'août ou au mois de septembre,
à Noël les enfants parlent français parce qu'ils vont à l'école. Souvent,
l'homme, parce que culturellement c'est comme ça, va être pas trop pire, mais
les femmes ne le sont pas, et vous faites
ça, là, vous vous adressez, vous, par vos organisations communautaires, à
permettre d'avoir des opportunités de francisation dans des situations
qui ne sont pas les habituelles que sont celles de l'emploi. Pouvez-vous
élaborer un petit peu là-dessus?
Parce que moi, je le vois, là, ce que vous
faites, là. Et je pense qu'il est aussi important de franciser les enfants, c'est pas mal simple avec l'école, ça va
bien, les parents, mais il y a deux parents la plupart du temps, et vous
avez un rôle à jouer, majeur, pour ce qui
est de la francisation des femmes. Et on sait que, bien, les mères ont encore
aujourd'hui, dans toutes les sociétés, une influence importante dans la société et
dans les familles, et, si on les omet, en termes de francisation, et
c'est un trou dans cette loi-là, je pense qu'on fait une erreur. Alors, d'où
l'importance de votre rôle.
Allez-y, prenez toute la place, parce que vous
travaillez très fort à cet égard-là, et je dois le souligner, et on doit le
reconnaître. Et que vous n'ayez pas été consultés sur cet angle-là... parce que
découle tout le reste, hein? Le financement, vous pouvez en parler aussi, parce
qu'en général vous ne nagez pas dans les dollars, en termes d'organisation
communautaire. Allez-y, prenez le temps.
Mme Aleksanian (Anait) : Effectivement,
les organismes communautaires, ils jouent un rôle très important pour l'intégration des nouveaux arrivants, mais notamment
pour des femmes, comme vous venez de dire, parce que c'est des véritables milieux d'intégration. La plupart
des organismes sont multiservices puis ils offrent notamment
le service de halte-garderie. On sait
que ce n'est pas toujours évident de trouver une place dans les CPE. Alors,
c'est pour ça qu'en partenariat avec le ministère de la Famille les
organismes offrent aussi un service de halte-garderie, pour donner la
possibilité aux femmes, parfois aux hommes aussi, apprendre le français,
surtout temps partiel, hein, dans le milieu communautaire.
Mais ce n'est pas uniquement ça, nous avons
aussi plusieurs autres programmes, soit par Emploi-Québec au ministère de l'Emploi, soit par le ministère de
l'Immigration, qui nous permet de favoriser tous les aspects
d'intégration de la famille. Il faut dire
aussi que dernièrement on a salué très favorablement l'admissibilité des
travailleurs temporaires et les étudiants étrangers à nos services
d'accueil et d'intégration, notamment au cours de français. On salue aussi
l'allocation de la francisation, ce qui les amène à s'inscrire au cours de
français en grand nombre. Il y a quand même des choses très positives qui ont
été faites, qu'on veut aussi souligner.
M. Barrette : Il me reste combien de
temps, Mme la Présidente?
La Présidente (Mme Guillemette) :
Cinq secondes.
M. Barrette : Bon. Merci encore
infiniment pour tout ce que vous faites et que, j'ose espérer, vous allez
pouvoir continuer de faire.
Mme Aleksanian (Anait) : Merci.
La Présidente (Mme Guillemette) :
Merci, M. le député. Donc, je cède maintenant la parole au deuxième groupe
d'opposition.
Mme Ghazal : Merci infiniment pour
votre présence et votre présentation. Vous avez raison quand vous dites que c'est le travail qui rend le français
attractif, là, c'est la langue du pain. Il ne suffit pas juste d'aimer le
français pour vouloir l'apprendre, il faut
que ça serve à quelque chose. Puis il y a même des francophones, hein, des
immigrants francophones qui arrivent au Québec, puis on les choisit parce
qu'ils parlent français, puis ils restent finalement au chômage parce qu'ils ne
parlent pas anglais. Et ça, c'est vraiment, vraiment dommage.
Vous savez,
par rapport aux six mois... On prend souvent pour acquis que les
immigrants qui arrivent ici, s'ils ne parlent
pas français, donc nécessairement ils parlent anglais. C'est souvent vrai, mais
ce n'est pas toujours vrai. Il y en a qui ne parlent pas les deux langues. Il y a des
gens aussi... surtout, vous avez parlé des réfugiés, probablement encore
plus dans leurs cas. Donc, au lieu que l'État s'adresse directement à eux en
anglais, il y a une proposition intéressante, deux même, du Syndicat de la
fonction publique du Québec, qui sont venus avant vous, et qui ont dit :
Bien, le six mois, c'est trop court, faisons ça deux ans. C'est ce
qu'ils proposent. Je voudrais vous entendre là-dessus.
Et leur
deuxième proposition : Au lieu d'amener des immigrants puis de leur parler
en anglais, pourquoi est-ce qu'on
n'aurait pas un service d'interprétariat au gouvernement pour qu'ils puissent
s'adresser dans la langue maternelle des
gens qui viennent ici, le temps qu'ils apprennent le français? Qu'est-ce que
vous pensez de ces deux propositions?
M. Carmona (Carlos) : Vas-y.
Mme Aleksanian (Anait) : Bien, je
pense...
Mme Ghazal : Bien, le deux ans, disons
le deux ans, parce que vous dites que six mois, c'est trop court.
Mme Aleksanian (Anait) : Bien, nous,
on avait discuté d'un an, mais deux ans, c'est mieux encore. Et en même temps il ne faut pas que le temps soit trop
long, hein, il faut quand même mettre un temps pour que les nouveaux
arrivants soient très, très, très motivés à apprendre le français. Maintenant,
c'est sûr que ce n'est pas six mois, mais, si c'est un an, une année et
demie, deux ans, bien, O.K., à condition que toutes les mesures, tous les
moyens de la francisation soient mis en place, toutes les mesures sont là pour
permettre aux personnes immigrantes d'accéder aux cours de français aussitôt
que possible et le plus rapidement possible. C'est ça, notre préoccupation. Le
temps, ce n'est pas vraiment... Ça peut être, je ne sais pas, un an, un an
et demi.
Mme Ghazal : Ça dépend des
conditions, c'est ça.
Mme Aleksanian (Anait) :
Effectivement, conditions qui sont mises en place, qui favorisent la
francisation le plus rapidement possible.
Mme Ghazal : Parfait. J'ai peu de
temps. Francisation Québec, moi, dans mon esprit, c'est une demande historique
d'avoir un guichet unique, c'est ce que vous vouliez, et, Francisation Québec,
je croyais que ça répondait à ça. Vous avez entendu le ministre nous dire que,
dans le fond, l'objectif, c'est que... Ce que je comprends, c'est que ça ne
change rien, les organismes communautaires pourraient continuer à offrir les
services. Si c'est le cas, l'idée, c'est de ramener tout ça dans un seul
endroit pour éviter l'offre éclatée, pour que les gens qui veulent apprendre le
français, ils n'aient pas besoin d'aller partout, un seul endroit, et après ça
ils pourraient être référés à la bonne place. Qu'est-ce que vous en pensez?
La Présidente (Mme Guillemette) :
Merci. Merci, Mme la députée. C'est tout le temps que nous avions, malheureusement. Donc, merci beaucoup, Mme Aleksanian et M. Carmona, de votre présence
et de votre contribution aux travaux de la commission.
Et, compte tenu de l'heure, je suspends les
travaux jusqu'à 14 heures.
(Suspension de la séance à 12 h 46)
La Présidente (Mme Guillemette) : La
Commission de la culture et de l'éducation reprend ses travaux. Et nous
poursuivons cet après-midi les auditions publiques dans le cadre des consultations
particulières... — oh!
je pense qu'on n'était pas en ondes, hein? O.K. — dans le cadre des consultations
particulières sur le projet de loi n° 96,
la
Loi sur la langue officielle et commune du Québec, le français.
Donc, cet après-midi, nous entendrons
M. Jean Leclair, professeur titulaire à l'Université de Montréal,
spécialiste en droit constitutionnel et du droit autochtone, le Conseil
interprofessionnel du Québec et la Fédération étudiante collégiale du Québec.
Donc, bienvenue, M. Leclair, merci d'être
avec nous cet après-midi. Donc, vous disposerez de 10 minutes pour votre présentation,
et par la suite il y aura un échange avec les membres de la commission. Donc,
je vous cède la parole dès maintenant.
M. Leclair (Jean) : Mme la
Présidente, Mmes, MM. les députés, bonjour. Ma courte allocution portera uniquement sur la
partie de mon mémoire relative
aux pouvoirs du Québec de modifier sa propre constitution. Et plus spécifiquement
je m'arrêterai aux conséquences politiques de la théorie constitutionnelle que
le gouvernement mobilise aujourd'hui
pour soutenir qu'il peut modifier en même temps la Constitution du Québec et la
constitution formelle du Canada.
Mettons une chose au clair.
L'article 45 de
la Loi constitutionnelle de 1982 reconnaît aux provinces le pouvoir de se donner une constitution dans les
limites de ce qu'autorise la Constitution du Canada. Le Québec pourrait donc adopter les articles Q.1 et Q.2 du projet de loi dans une
loi appelée Constitution du Québec. Q.2 devrait cependant être légèrement reformulée afin de respecter les garanties
linguistiques prévues dans les lois constitutionnelles de 1867 et 1982.
Mais la théorie constitutionnelle développée par le Pr Taillon et reprise par
le gouvernement va plus loin. Ils soutiennent que cet
article permet de
modifier en même temps la constitution du Québec et la Constitution du Canada.
Ils soutiennent que les normes constitutionnelles québécoises ainsi modifiées
jouiront d'une primauté sur les autres lois provinciales en raison du
paragraphe 52.1 de la Loi constitutionnelle de 1982, c'est-à-dire qu'elles
auront un statut supralégislatif, ce qui signifie qu'elles seront placées
au-dessus des autres lois du Québec.
Toutefois, ce sur quoi ils n'insistent pas,
c'est sur le fait que ces modifications à la constitution du Québec, et par la
même occasion du Canada, passent par l'adoption d'une simple loi provinciale,
rien de plus. On aurait pu penser, par exemple, que l'adoption d'une norme
constitutionnelle appelée à définir la nature de la nation aurait dû exiger l'assentiment d'une majorité renforcée des
deux tiers des députés qui la représentent, ou encore une approbation
par voie référendaire. Rien de tout cela n'est nécessaire. L'utilisation de la
procédure du bâillon n'est même pas exclue.
Selon l'interprétation du gouvernement,
l'adoption d'une loi permettant une modification à la constitution du Québec ne
requiert donc qu'une majorité absolue des voix à l'Assemblée nationale. Or,
lorsque le parti au pouvoir détient une majorité absolue des sièges, personne
n'est dupe. C'est la volonté du premier ministre et de son cabinet qui
déterminera ultimement ce qui mérite de figurer dans la constitution formelle
du Québec.
L'article 159 du projet de
loi changera la constitution du Québec. Et son adoption ne requerra pourtant
rien d'autre que l'appui d'une majorité simple de députés.
Au-delà de
l'importante victoire symbolique, que je ne nie pas, que la théorie
constitutionnelle du gouvernement permet de réaliser, inscrire la
différence québécoise dans le marbre constitutionnel canadien, les conséquences
juridiques et politiques de leur interprétation sont troublantes. Premièrement,
parce que cette théorie concentre dans les
mains du parti détenant la majorité des sièges à l'Assemblée nationale le soin
de décider ce qui mérite ou non d'être hissé au statut de norme
supralégislative dans la hiérarchie du droit constitutionnel provincial et,
deuxièmement, parce qu'elle encourage une
dynamique où la rédaction d'une constitution est vue comme une démarche où la
volonté de la nation se limite à ce qu'un gouvernement majoritaire du jour,
aujourd'hui la CAQ, demain le PLQ, ou peut-être QS, dégagera des commentaires
militants tirés de sa page Facebook.
L'approche gouvernementale oublie que la
supralégalité ou primauté de la constitution du Québec n'est pas une simple
affaire technique relative au statut d'une norme dans la pyramide des règles de
droit constitutionnel. Politiquement, la primauté de la constitution vient
consacrer l'idée que certaines parties du contrat social d'une nation sont
d'une telle importance qu'elles doivent prévaloir sur les lois ordinaires qui y
contreviennent. Et, parce qu'elles ont une
telle importance, l'adoption et la modification des normes les plus
fondamentales du contrat social d'une communauté politique sont
assujetties à une procédure complexe de modification. Ce qui permet d'éviter
que le gouvernement du jour ne les modifie selon ce que son humeur lui dicte.
Autrement dit, ces normes fondamentales ne sont généralement pas modifiables au
moyen d'une loi dont l'adoption dépend de la seule volonté de la majorité
parlementaire du moment.
Afin de s'assurer qu'une norme constitutionnelle
reflète véritablement un contrat social, pour être en mesure d'affirmer qu'elle
est le miroir de la volonté du plus grand nombre possible de citoyens et
citoyennes de la nation, cette norme doit être assujettie à un mécanisme
d'adoption qui embrasse le plus d'acteurs et d'actrices possible. Faute de
procédure d'adoption extraordinaire : majorité renforcée, référendum, la
constitution du Québec ne sera pas nécessairement
le reflet de la nation tel que la conçoivent les Québécoises et les Québécois.
Faute de procédure d'adoption extraordinaire, elle sera plutôt le reflet
de la nation tel que le parti détenant la majorité parlementaire se la
représente.
La preuve, c'est qu'au cours des années 70
le PLQ et le PQ se sont reliés autour de ce qui était alors considéré comme
l'une des pièces maîtresses de l'ordre constitutionnel québécois, la charte
québécoise des droits et libertés. Aujourd'hui, au moyen d'une clause de
dérogation adoptée à la majorité simple des députés, on relègue ce document
infraconstitutionnel dans le placard des objets perdus. Aujourd'hui...
La Présidente (Mme Guillemette) :
On ne vous entend plus, M. Leclair. Votre micro est peut-être fermé. Non,
on n'entend plus. On va suspendre quelques instants, le temps de voir si c'est
de notre côté qu'on a un problème technique. On vous revient.
(Suspension de la séance à 14 h 12)
La Présidente (Mme Guillemette) :
Parfait. Vous pouvez recommencer, M. Leclair.
M. Leclair (Jean) : Maintenant?
La Présidente (Mme Guillemette) :
Oui.
M. Leclair
(Jean) : Alors, aujourd'hui
donc, comme je le disais, la majorité parlementaire propose
l'article 159, demain un autre parti
proposera autre chose. Et, si un parti d'opposition soulève une objection, la
majorité parlementaire associée à la discipline de
parti et à la procédure du bâillon viendra dicter le contenu de la constitution
du Québec. Si l'intention ici est de faire autre chose que de simplement dire
son fait au Canada anglais, si l'intention était vraiment d'affirmer haut et
fort ce que les Québécois et les Québécoises, entre eux, pour eux, estiment
être au coeur de l'identité de la nation québécoise, alors ce n'est pas vers la
constitution (panne de son)...
La Présidente (Mme Guillemette) :
Une petite minute, M. Leclair. Est-ce qu'on est en ondes?
La Présidente (Mme Guillemette) :
O.K. Parfait. Je m'excuse infiniment. Vous pouvez y aller.
La Présidente (Mme Guillemette) :
Non, là on ne vous entend plus. On va être obligés de suspendre encore quelques
instants. Je vous reviens, désolée, vraiment.
(Suspension de la séance à 14 h 14)
Présidente (Mme Guillemette) :
La commission reprend ses travaux. Bienvenue. Donc, on entendra
maintenant le Conseil interprofessionnel du Québec et leurs représentants, Mme
Gyslaine Desrosiers, présidente, et M. Marc Beaudoin, directeur général.
Merci d'être avec nous cet après-midi. Bienvenue. Donc, vous disposez de
10 minutes pour nous présenter votre exposé. Par la suite, il y aura un
échange avec les membres de la commission. Je vous cède la parole.
Desrosiers (Gyslaine) :
Merci, Mme la Présidente. Bonjour, M. le ministre, bonjour, mesdames et
messieurs, membres de la commission. Alors, notre organisme, le Conseil
interprofessionnel, regroupe les 46 ordres professionnels du Québec
qui encadrent 55 professions réglementées. Et ces professions totalisent
environ 410 000 personnes. C'est toujours
bon de commencer avec quelques statistiques. Outre notre mandat associatif, le Code des professions confère à notre organisme un rôle-conseil auprès du
gouvernement pour tout ce qui touche de près ou de loin les ordres
professionnels et le système dans son ensemble. C'est afin de représenter
l'opinion de nos membres, les 46 ordres, sur ce projet de loi que nous
sommes devant vous aujourd'hui.
Alors, d'entrée de jeu, je tiens à souligner le
courage du ministre parce que M. le ministre nous... convie le Québec à une
grande discussion nationale sur la langue française, sachant, a priori, qu'il
ne fera pas que des heureux. Cette discussion s'avère, en ce qui nous concerne,
non seulement souhaitable, mais elle a été rendue nécessaire par le recul du
français auquel nous faisons face.
Alors, nos membres, de façon générale, appuient
les objectifs du projet de loi et la volonté gouvernementale en matière de protection de la langue française.
Nos recommandations touchent plutôt des ajustements dans l'application.
Alors, d'entrée de jeu, j'attire votre attention sur notre première proposition
qui touche la question de la traduction certifiée. C'est mentionné à plusieurs
reprises dans le projet de loi que ça prend une traduction certifiée, et nous
recommandons aux membres de la commission de préciser aux articles en question
qu'il s'agit de requérir les services d'un
traducteur agréé. Parce que je rappelle à la commission que le seul organisme au
Québec avec une structure en place qui permet de certifier les
compétences de ses membres, c'est l'Ordre des traducteurs, terminologues et
interprètes agréés du Québec, l'OTTIAQ.
Alors, dans une perspective plus systémique, le
Conseil interprofessionnel appuie le resserrement en matière de communication
entre les ordres et leurs membres qui vise à lutter contre le bilinguisme
institutionnel. Alors que chaque professionnel doit démontrer une connaissance
du français appropriée à l'exercice de sa profession et que le projet de loi
exige de maintenir cette connaissance au-delà de l'admission, tout au long de
sa carrière, le Conseil interprofessionnel
considère qu'il sera apte à recevoir de l'information uniquement en français de
la part de son ordre.
Cependant, le projet de loi a soulevé certaines
questions sur l'étendue de cette obligation, notamment pour les communications qui visent à la fois les
membres et le grand public. On pense ici aux différents médias
numériques de l'ordre, comme son site
Internet, ses réseaux sociaux. Ça a l'air d'un détail, mais il reste que c'est
des questions qui se posent.
On a eu aussi d'autres questions concernant
surtout la possibilité de communiquer dans une autre langue avec les étudiants
anglophones, le projet de loi indique les membres et les candidats, mais les
étudiants ne sont ni l'un ni l'autre, alors ces établissements-là qui mènent à
un
titre professionnel, sur la possibilité qu'ils puissent passer leurs examens
d'admission en anglais quand cette option est disponible. Dans certains cas,
c'est des examens canadiens, il y a toujours l'option français ou anglais.
J'ajouterais
aussi que certains ordres ont des membres extraterritoriaux, qui demeurent dans
d'autres provinces. Alors, on pense que certaines précisions pourraient
être apportées.
Par ailleurs, vous avez
remarqué que quelques ordres ont souhaité des exceptions, dans des mémoires
qu'ils vous ont soumis. Nous, on n'est pas
en mesure de commenter ces cas particuliers ou spécifiques à quelque
profession.
Alors, depuis l'adoption de la loi 101, en
1977, les personnes qui souhaitent d'obtenir un permis de pratique dans une
profession réglementée doivent démontrer qu'ils ont une connaissance du
français appropriée à l'exercice de leur profession. C'est évalué à
l'admission. Jusqu'à maintenant, ce n'était pas remis en question par la suite.
Le fait que le projet de loi prévoit qu'ils devront maintenir cette
connaissance tout au long de leur carrière, c'est vraiment, comment dirais-je,
une nouveauté. Et, afin de respecter cette exigence, le projet de loi prévoit
que l'ordre doit utiliser les mécanismes usuels d'accompagnement et de
surveillance que sont l'inspection et le syndic.
Nous, on est d'avis que certains aspects dans
cette portion-là du projet de loi, certains aspects sont trop lourds et
risquent d'être difficilement applicables. Alors, afin de pallier des problèmes
de concordance entre la charte et le Code des professions, on propose une série
de simplifications qui ne devraient pas affecter la capacité des ordres d'agir
et rencontrer, malgré tout, les objectifs de la loi.
Ainsi, nous avons proposé de retirer
l'article 35.2 proposé par l'article 23 du projet de loi.
Premièrement, simplement, en contrepartie, on suggère d'ajouter des articles au
Code des professions, aux articles 55, 113 et 160 du code, d'ajouter la
possibilité d'exiger qu'un professionnel obtienne une attestation délivrée par
l'OQLF, de le faire directement dans les
articles du code. Et il nous apparaît aussi que le comité d'inspection a déjà...
professionnel a déjà tous les pouvoirs pour obliger un membre à suivre
un cours, un stage, et le comité peut même à cet effet recommander la limitation ou la suspension d'exercice. Introduire
l'obligation d'un nouveau règlement en vertu de l'article 90, vous
aurez compris que ça signifie
46 règlements. Avec le goulot d'étrangement qu'il y a déjà au niveau du
traitement réglementaire à l'Office
des professions, on pense que ça prendrait des années à se mettre en
application et que ce n'est pas nécessaire.
L'autre
aspect qu'on souligne, c'est : le Code des professions permet actuellement
aussi au comité d'inspection professionnelle,
s'il le juge pertinent, d'acheminer de l'information au syndic afin que ce
dernier puisse faire enquête. Donc, il y a un pont entre les deux. Donc,
il ne nous apparaît pas, en conclusion, sur ce point-là, nécessaire de créer de
nouveaux mécanismes en sus de ceux actuellement prévus au code.
Passons maintenant au rôle du syndic. Nous souhaitons
le retrait de l'article 142 du projet de loi. Cet
article établit comme
acte dérogatoire à la dignité de la profession le fait de ne pas maintenir une
connaissance suffisante du français ou encore de refuser d'offrir des services
en français. On pense que cette étiquette est très lourde de conséquences pour
un professionnel parce que cet ajout-là à l'article 59.2 du Code des
professions le met dans une liste d'actes dérogatoires qui vont de l'inconduite
sexuelle à la fraude, à la conduite de... à la question des thérapies de
conversion. Nous suggérons au législateur d'envisager d'introduire une autre
disposition que celle du 59.2 pour s'assurer de la capacité d'intervention du
syndic et du conseil de discipline.
Autant pour l'inspection professionnelle que
pour les enquêtes du syndic, il nous apparaît que l'ordre devrait pouvoir
bénéficier gratuitement de services experts de l'Office québécois de la langue
française pour certains cas pour lesquels on requiert des évaluations plus
poussées.
Ensuite, on a abordé dans notre mémoire la
question des permis. La charte prévoit notamment que les professionnels formés
à l'étranger doivent réussir un examen qui atteste de leurs connaissances, là,
l'examen de l'OQLF. On pense que la formulation actuelle de l'article 37
de la charte est large et vous apportez des... des modifications qui nous
apparaissent trop restrictives. Et ça pourrait freiner la capacité des ordres à
délivrer des permis temporaires, parce que les ordres fonctionnent avec la
notion d'équivalence de diplôme et de formation. Puis le nouveau libellé que
vous mettez, c'est vraiment de reconnaître le diplôme ou la formation. Donc, ce
n'est pas tout à fait les mêmes termes. Donc, on vous recommanderait plutôt de
maintenir l'article... de retirer l'article 24 du projet de loi puis de
maintenir les modalités prévues à la charte actuelle.
On en a
profité, dans notre mémoire, pour
rappeler que les employeurs devraient jouer un rôle d'accompagnement
accru auprès des titulaires des permis temporaires. Ce n'est pas normal
qu'après trois essais, puis ça fait trois ans qu'ils travaillent dans un
milieu, ils ne sont toujours pas capables de réussir l'examen de la langue
française. Même si ce n'est pas un nombre
énorme, il reste qu'on pense que les employeurs qui ont des employés qui,
justement, doivent... sont dans le cheminement de réussite de l'examen
de l'OQLF pourraient avoir un soutien plus large de la part des employeurs.
Alors... et finalement on n'a pas introduit de modalité spécifique sur cette question-là,
des employeurs, mais on vous invite à considérer peut-être le cas.
Et finalement
le projet intègre des modifications à l'article 40 de la charte, portant sur les permis
restrictifs pour une personne qui ne maîtrise pas la langue française. C'est un genre de permis qui est très rarement délivré, mais le
conseil souhaite attirer votre attention sur
le fait que le libellé que vous avez mis dans le projet de loi permet à l'OQLF
d'imposer des conditions à l'émission de ce genre de permis. Et on voudrait juste
être sûrs qu'on parle bien de conditions à caractère... de nature administrative
et que l'OQLF ne s'immisce pas dans des conditions qui pourraient toucher de
près ou de loin la compétence des membres. Peut-être que c'est implicite pour
vous, mais ça a suscité des questions.
Alors, écoutez, en conclusion, on réitère notre
appui au gouvernement quant aux objectifs poursuivis par ce projet de loi qui
vise à consolider l'usage de la langue française au Québec, qui est un des
fondements de notre identité collective. Les ordres et les professionnels au
Québec avaient déjà des obligations en vertu de la charte. Vous proposez qu'ils
s'investissent encore davantage, notamment par le maintien d'un usage approprié
de la langue française tout au long de leur carrière.
Pour certaines professions ou certains ordres,
ce projet de loi pourrait exiger des ajustements importants, mais il était
clair, pour la grande majorité des ordres professionnels, qu'eux-mêmes, les
ordres et les professionnels au Québec, devaient mettre l'épaule à la roue et
soutenir ce projet de loi, qui est quand même un enjeu de société.
Alors, je
répète qu'on a proposé des modifications, mais c'était... dans notre tête,
c'étaient des simplifications...
Présidente (Mme Guillemette) : Merci, Mme Desrosiers.
Mme Desrosiers
(Gyslaine) : ...au projet de loi.
La Présidente (Mme
Guillemette) : On va continuer les échanges avec les membres de la commission.
Donc, on est un petit peu serré dans notre temps. Donc, merci pour votre présentation.
Et je céderais sans plus tarder la parole à M. le ministre pour
12 minutes.
Jolin-Barrette : Merci, Mme la Présidente. Mme Desrosiers,
M. Beaudoin, merci d'être présents et pour la présentation de votre
mémoire. Et, d'entrée de jeu, le CIQ représentent les 46 ordres
professionnels qui existent au Québec. Pourquoi est-ce important de renforcer
les mesures dans la Charte de la langue française relativement à la maîtrise du
français et la communication des ordres envers leurs membres en français?
Mme Desrosiers
(Gyslaine) : Bien, les ordres sont des organismes qui n'ont pas
échappé à toutes les tendances de la société québécoise. Les sièges sociaux sont à Montréal,
il y a eu quand même de l'admission
importante de professionnels de différents pays. Bref, il peut s'être installé,
avec le temps, des pratiques qu'on pourrait appeler de bilinguisme
institutionnel. Moi-même, j'ai été présidente de l'Ordre des infirmières et
infirmiers du Québec pendant 20 ans,
et, dans des assemblées générales de 1 000 personnes, on avait la
région de Montréal qui nous demandait de tout envoyer en bilingue,
français, anglais. C'était rejeté, mais il pouvait rester certaines
documentations. Je me rappelle d'avoir déjà dit à l'Hôpital Royal Victoria
associé à l'Université McGill, j'ai dit : On va vous autoriser une traduction libre, mais ne nous demandez-nous pas,
nous, de tout vous fournir en anglais, alors que tous les professionnels
sont supposés avoir une connaissance du français à l'admission, puis, trois,
quatre ans, cinq ans plus tard, ils ne l'ont plus, ils ne parlent plus, c'est fini, ça a disparu dans la nature.
Donc, je pense que notre proposition, c'est de... on a compris l'esprit
dans lequel vous introduisez le projet de loi, et les ordres sont des
organismes qui doivent collaborer.
Jolin-Barrette : Et notamment je crois qu'on doit, au niveau de
l'État, mettre fin au bilinguisme institutionnel,
et, les ordres professionnels, puisque c'est un pouvoir délégué de l'État
envers les ordres, c'est important que...
c'est le continuum de services, puis je pense que vous avez raison. Quelle est
l'importance pour un professionnel au Québec, membre d'un ordre
professionnel, de maintenir une connaissance appropriée du français dans
l'exercice de ses fonctions, sa carrière durant? Pourquoi est-ce qu'un
professionnel devrait avoir la maîtrise du français?
Mme Desrosiers
(Gyslaine) : Bien, écoutez, on n'a pas à creuser de façon très
philosophique la chose, mais il demeure que les professionnels donnent des
services aux citoyens du Québec, et de deux choses l'une, ou c'est le citoyen
qui doit être bilingue pour obtenir un service, ou c'est le professionnel qui
est bilingue pour être en mesure de donner un service en français et avoir une
conduite exemplaire quant à l'usage de la langue officielle qui est le français
au Québec. Je veux dire, c'est ce qu'on a compris de votre projet de loi...
Jolin-Barrette : Est-ce que ça fait part de la protection du public,
le fait qu'un citoyen puisse se faire servir dans sa langue et de comprendre ce
que le professionnel dit?
Mme Desrosiers
(Gyslaine) : Bien, quand même, les ordres nous ont soumis qu'il y
avait quand même des enjeux, parce que vous introduisez... vous faites une
proposition, mais, si ça fait 40 ans qu'un professionnel travaille
uniquement en anglais auprès d'une clientèle en anglais, ce n'est pas demain la
veille qu'il va commencer à servir des clientèles en français. Donc, il reste
qu'il y a une transition nécessaire qui va s'installer dans le temps. Le fait
que vous obligiez les communications
institutionnelles en français, c'est déjà beaucoup. Pour la protection du
public, dans certains cas, c'est clair qu'il
faut être servi dans sa langue. Donc,
un francophone espère être servi en français...
Voilà.
M. Jolin-Barrette :
Ce n'est pas normal que le Barreau vienne dire en commission
parlementaire : Écoutez, c'est correct, dans le fond, de communiquer
exclusivement en français avec nos membres, mais, pour certaines communications
précises avec des avocats, hein, que c'est leur travail, et théoriquement ils
doivent avoir une connaissance appropriée de textes quand même complexes, hein,
parce que les avocats travaillent avec la loi, les textes de loi, les textes de règlement... mais que, pour une décision particulière, le Barreau
voudrait se réserver le droit de communiquer dans une autre langue que
le français, alors que, pour les autres ordres, ça serait correct, mais, pour
un avocat, ça, le Barreau a un enjeu là-dessus?
Mme Desrosiers (Gyslaine) : Ça m'est difficile de commenter les positions
d'un ordre en particulier. Cependant, comme
je viens de vous expliquer, s'il s'est installé dans le temps, pour certains
ordres, des pratiques bilingues, et les membres de ces ordres n'ont pas cru nécessaire de voir l'usage de
la langue française, c'est clair que, du jour au lendemain, on l'a dit dans... je viens de les dire dans ma présentation tantôt, que ça peut demander des ajustements de la part des
pratiques corporatives des ordres,
mais également peut-être que certains professionnels vont être surpris de
ne plus pouvoir s'exprimer en anglais auprès de leurs ordres. Donc,
c'est un changement qui, dans plusieurs cas, peut s'avérer important.
M. Jolin-Barrette :
Et c'est un changement de culture. Mais c'est un changement qui est nécessaire parce
que... je ne me souviens plus précisément du nombre de professionnels qui
existent au Québec qui sont membres des ordres professionnels.
Mme Desrosiers
(Gyslaine) : 410 000.
M. Jolin-Barrette :
410 000 personnes aujourd'hui, donc, professionnels qui travaillent au
quotidien. Donc, sur 8 millions
quelques habitants au Québec, c'est quand même une part... Puis on parle de
plus de 400 000 personnes qui sont actives, donc sur le marché
du travail actif.
Donc,
lorsqu'on parle du marché du travail, les professionnels ont un rôle important
parce que les professionnels souvent, aussi, c'est des employeurs, hein,
dans leur propre bureau. Qu'on pense à des avocats, à des pharmaciens, à des comptables, à des acupuncteurs, à des
physiothérapeutes. Le professionnel, bien souvent, est en affaires. Il
exerce ses activités au bénéfice des citoyens, mais il embauche également.
Alors, bien entendu que, si la langue française
n'est pas au coeur de la pratique professionnelle du membre de l'ordre
professionnel, ça va peut-être avoir un impact aussi sur les employés, donc,
d'où l'importance de valoriser la langue française.
Mme Desrosiers (Gyslaine) :
Oui, c'est les objectifs que vous poursuivez, c'est certain. Mais j'ai quand
même attiré votre attention, dans le cadre de notre mémoire, sur
l'article 142 que moi, je dirais que c'est un enjeu de recevabilité
sociale pour les 410 000 personnes que le fait de ne pas maintenir ou
de... l'usage approprié de la langue française... approprié à leur profession,
ou encore de refuser de donner un service, ça peut entraîner des conflits
éthiques importants pour certains. Donc...
Et, le fait d'être associé à des choses aussi
graves que les assauts sexuels comme actes dérogatoires, je pense que vous
auriez à coeur, M. le ministre, de trouver une façon d'introduire dans le Code
des professions un
article qui ne vient pas amalgamer les assauts sexuels avec
une difficulté dans le maintien de l'usage approprié de la langue française,
parce qu'il y a une certaine gradation là-dedans, et/ou, encore, le refus. Ça,
je pense que ça aiderait beaucoup la recevabilité ou la transition.
Jolin-Barrette : Donc, je
vous entends bien : vous souhaitez qu'on fasse un
article distinct
relativement à ce...
Mme Desrosiers (Gyslaine) : Je n'ai
pas passé au vote la notion d'article distinct, mais c'est clair que ça vous
prend un
article pour que le syndic puisse agir et que le conseil de discipline
puisse trancher. Mais vous avez entendu le cri du coeur de plusieurs ordres que
ça ne doit pas être associé à la dignité de la profession. Je sais que, pour un juriste, ça a l'air facile, 59.2, on
rajoute une ligne, mais je pense qu'il y a un petit effort, là-dessus, c'est,
au-delà de la facilité juridique, d'avoir un
article qui est plus
acceptable.
M. Jolin-Barrette : O.K. Je vais
céder la parole à mes collègues. Juste un commentaire sur ce point-là.
Effectivement, l'atteinte à la dignité de la profession, c'est quelque chose
d'important, et c'est Mme Vallée qui a inséré les peines plus sévères
notamment en lien avec les agressions sexuelles, tout ça, et c'était une bonne
chose que ça soit fait. Bon, il y a la corruption, la fraude aussi. Mais il y a
un message clair aussi qui doit être envoyé : qu'au Québec, le fait d'exercer une profession, dans un
premier temps, c'est un privilège, mais qu'également la langue commune,
c'est le français.
Alors, je
retiens votre suggestion, on va la regarder avec intérêt pour voir comment on
peut amender, peut-être, le texte. Mais fondamentalement il faut que les
ordres prennent conscience que c'est une priorité qu'au Québec ça se passe en
français.
Mme Desrosiers (Gyslaine) : On vous
entend très bien, c'est pour ça qu'on n'a pas... on vous a invité à trouver une
autre avenue pour justement soutenir le pouvoir d'agir soit des syndics ou des
conseils de discipline.
M. Jolin-Barrette : Parfait. Merci
beaucoup pour votre présentation.
Mme Desrosiers (Gyslaine) : Je vous
en prie.
La Présidente (Mme Guillemette) :
Merci, M. le ministre. Je passerais la parole au député de Saint-Jean pour
trois minutes.
Lemieux : Oupelaïe! Merci beaucoup, Mme la Présidente. Bonjour,
Mme Desrosiers, M. Beaudoin. Juste pour fermer cette parenthèse qui venait d'être ouverte,
puis en fait c'est un gros morceau de ce que vous venez de demander au
ministre, l'article 142 et 59.2, là, l'acte dérogatoire, si je comprends
bien, ce n'est pas que c'est de la sémantique, là, mais, je veux dire, pour le commun des mortels qui n'est pas un juriste,
là, au final, ce n'est pas sur le fond, le problème, c'est sur la forme
et l'association ou l'amalgame qui vient avec. Mais, sur le fondamental du
fond, vous n'avez pas de problème.
Mme Desrosiers (Gyslaine) : Écoutez,
les ordres sont des créatures de l'État, et l'État, s'il installe une obligation
de maintenir l'usage de la langue française et de ne pas refuser de donner des
services en français... quoique le refus pourrait... ça pourrait être un
refus... ce serait plutôt une disposition qui permette de référer le client à
quelqu'un d'autre, il reste qu'il faut que... La discipline, c'est un outil
très important du Code des professions. Il faut trouver une façon d'actualiser
la capacité d'agir des syndics et du conseil de discipline.
Donc,
comme vous dites, on n'est pas dans la sémantique, mais il reste que, pour M.
et Mme Tout-le-monde, et les
professionnels... vous avez entendu cette semaine le Collège des médecins dire
qu'ils ne veulent pas être associés à un comportement indigne, parce que
c'est... Les juristes vont dire : C'est juste une disposition, dans la
loi, qui permet d'agir, mais l'autre va dire : Bien, j'ai été considérée
indigne. Tu sais, ça semble être une...
M. Lemieux :
C'est pour ça que je parlais de sémantique. Mais je pense qu'on se comprend...
Mme Desrosiers
(Gyslaine) : On s'entend.
M. Lemieux :
...puis on s'entend. J'aurais dû commencer... parce que j'enchaînais, tout
simplement, mais j'aurais dû commencer par vous dire que c'est bon de vous
entendre, parce qu'à un certain moment, pendant ces consultations, on se demandait si le français était en péril, si le
français était en recul. Vous arrivez en disant : Le français est
en recul, il faut le protéger, on va toujours en avoir besoin. Là, vous... Là,
je suis dans un environnement où j'apprécie davantage vos recommandations et
vos remarques sur le projet de loi.
ça me fait vous demander... Au sujet de la francisation, il y a plusieurs
portes, en ce moment, d'entrée pour quelqu'un qui veut apprendre le
français, mais Francisation Québec va nous donner, on l'espère, avec le projet
de loi, un guichet unique. Vous avez parlé,
dans votre mémoire, de l'obligation pour les travailleurs de faciliter la
francisation des professionnels avec des
permis temporaires. Est-ce qu'à cet égard-là, Francisation Québec, vous voyez
ça comme un bon chemin, une bonne proposition?
Mme Desrosiers
(Gyslaine) : Bon, je laisserais le directeur général, qui a regardé
d'un peu plus près la question du rôle des employeurs et de leur intégration
dans les milieux de travail...
La Présidente (Mme
Guillemette) : En 30 secondes.
M. Beaudoin
(Marc) : Oui, merci. Donc, oui, effectivement, Francisation Québec
pourrait être une bonne porte d'entrée. En fait, ce que le mémoire propose, la recommandation,
ce qu'on propose, c'est de donner des outils supplémentaires, des obligations supplémentaires
aux employeurs pour accompagner les professionnels formés à l'étranger qui
sont... qui ont fait une demande en vertu de l'article 37 de la charte,
là, pour avoir un permis, donc.
M. Lemieux :
Merci, M. Beaudoin, et merci, Mme Desrosiers.
La Présidente (Mme
Guillemette) : Merci beaucoup, M. le député. Donc, je céderais la
parole à la députée de Marguerite-Bourgeoys.
Mme David :
Merci beaucoup, Mme la Présidente. Rebonjour, monsieur, madame. Alors, on va se
mettre ensemble, Mme Desrosiers, comme femmes, je pense
qu'on va convaincre le ministre de... on va être très convaincantes sur la
question de l'acte dérogatoire à la dignité de la profession. Parce que c'est une
chose de dire : Le français, c'est
important, mais c'est une autre chose d'en voir les conséquences. Moi, je suis
embêtée sur le qui, quand, comment,
où, toute cette question autour du maintien du français. On est tous pour le
maintien du français, c'est important, mais, pour l'instant, de ce que j'en connaissais, puis j'ai
été inspectrice moi-même et puis j'ai été membre d'un ordre professionnel pendant des années,
c'est une chose de passer l'examen de l'OQLF au début pour être sûr d'avoir la
certification si on a fait notre diplôme dans une université anglophone ou si
on a... vient d'un autre... bon, mais c'en est une autre, le maintien.
Donc, qui fait le
maintien? Qui évalue le maintien du français? Quand on évalue le maintien du
français? Aux deux ans, aux trois ans aux cinq ans, aux 10 ans? Qui
évalue? Où se passe la correction, si le maintien n'est pas maintenu? Et
quelles sont les conséquences? Alors, je pense qu'on est dans quatre parties
d'un continuum qui est nouveau, parce qu'avant c'était «réputé», hein, le mot dans
la loi, c'était «réputé». Réputé un jour, maintenu toujours. C'était ça,
l'idée. Là, c'est : Jamais réputé, puis il est constamment à reprouver
qu'il possède son... qu'il ou elle possède bien la maîtrise du français. Alors,
oui, il y a les conséquences, l'acte dérogatoire, que vous n'êtes pas les seuls... Vous le savez, vous avez écouté les
autres, tout le monde trouve que ça n'a pas de bon sens que ça soit un
équivalent de collusion, corruption, assaut sexuel, usurpation de titre, mais
il... et je suis d'accord avec vous, puis je pense que le ministre a bien
écouté, qu'il pourra trouver une façon de le rendre plus comestible, sans
nécessairement négliger l'objectif qu'il veut atteindre.
Alors, comment vous
voyez le qui? Qui évalue? L'inspecteur? Quand il évalue? À quelle fréquence?
Puis le rôle de l'OQLF dans tout ça? Ce n'est pas clair pour moi.
Mme Desrosiers
(Gyslaine) : Nous, ce qu'on a compris dans la discussion avec les
ordres, mais aussi de ma propre expérience comme ancienne présidente d'un
ordre, c'est que les mécanismes usuels vont s'appliquer. Alors, l'inspection
professionnelle fonctionne sur enquête particulière ou sur un programme de
surveillance. Il n'y aura pas une équipe consacrée à on va aller
surveiller si le monde parle français. Ce n'est pas ça, c'est qu'à partir du
moment où les inspecteurs eux-mêmes doivent s'adresser en français aux membres,
ils vont arriver chez un professionnel pour faire de l'inspection ou dans un
milieu, ils vont s'adresser en français, ils vont s'apercevoir assez vite s'il
parle français ou non, et, s'ils ont un doute sur sa capacité à offrir un
service qu'on appelle un usage approprié de la langue, ils po