Culture and Education — 22 November 2017 (41st Legislature, 1st Session)
CCE 2017-11-22
Quebec — Committees
on va, par la suite, à la recommandation n° 5, page 8 : «Qu'un
siège étudiant soit prévu au sein du comité-conseil chargé d'étudier les plaintes et les requêtes
découlant du suivi du traitement et du dévoilement de ladite requête ou
plainte.» Ce qu'on trouve très
important à la base, à Citoyenneté Jeunesse, c'est la place des jeunes dans les
sphères décisionnelles, qu'ils soient
pleinement accomplis, qu'ils peuvent s'investir dans les processus
décisionnels. Alors, je crois qu'ici c'est très logique. On trouve déjà
très intéressant que le ministère veuille inclure l'ensemble des acteurs des
établissements d'enseignement supérieur dans le processus d'élaboration d'une
politique, notamment afin de contrer les violences à caractère sexuel, et on croit justement important, et voire légitime,
que les jeunes aient leur place également au sein du comité pour la
suite des choses.
on va par la suite à la page 9, recommandation n° 6, on énonce «que
toute relation sexuelle ou amoureuse dans le cadre d'un lien d'autorité, à
l'exception d'une relation antérieure au lien d'autorité, soit proscrite entre
les membres du corps professoral, la
direction, les cadres et les membres du personnel avec un étudiant ou une
étudiante dans l'ensemble des
établissements d'enseignement supérieur.» Donc, on trouve très important que,
lorsqu'il y a une présence d'autorité, tout
simplement, à l'exception des relations antérieures, qu'on évite d'avoir à
tolérer ce genre de relation dans un cadre académique, puisque la
relation d'autorité vient ici vicier le consentement clair et éclairé qui est
un élément qui est vital de l'établissement
d'une relation saine. Par lien d'autorité, ce qu'on entend, c'est le lien où
l'un des partenaires de la relation
peut avoir une incidence, un contrôle ou un effet direct sur le cursus
académique de l'autre partenaire. Donc, on veut que les règles soient
les plus claires et les plus uniformisées que possible dans tous les
établissements.
je vais par la suite à la proposition... à la recommandation n° 10, page 13 : «Que soit prolongé le
devoir d'aide, de soutien et d'accommodement académique d'urgence à l'ensemble
des étudiantes et étudiants, et ce, même si l'acte de violence à caractère sexuel
n'a pas eu lieu dans l'enceinte de l'établissement ni été perpétré par un
membre de la communauté universitaire.» En
gros, ce qu'on veut dire ici, c'est qu'on veut que les étudiants qui vivent ces
problématiques-là aient un soutien de leurs établissements d'enseignement, peu importe les circonstances. On ne veut
pas nécessairement que le collège ou l'université sanctionne un jeune qui n'est
pas dans la communauté universitaire ou si
l'acte s'est fait à l'extérieur du lieu de l'établissement d'enseignement, mais bien de créer ce climat de confiance auprès des victimes à l'égard de l'institution également pour les aider, surtout quand il peut arriver un événement,
la fin de semaine, à l'extérieur avec un examen le lundi matin. Donc, il
peut y avoir différentes circonstances, et on sent la... il y a une préoccupation
à ce que ces jeunes-là aient un appui dans le cadre de ces problématiques-là.
a également la recommandation n° 11, qui est à la page 15 : «Que le ministère
mette en place un dispositif permettant de gérer les plaintes émanant de
manquements aux politiques des établissements et/ou du non-respect de la
présente loi en s'inspirant du modèle du
comité d'examen des demandes dérogatoires au regard de l'aide financière aux
études.» Alors, ce qu'on veut, ce qu'on explique très clairement, c'est que... Et,
dans certaines universités, par exemple, il y a un ombudsman qui peut traiter ces problématiques-là de façon très
impartiale, bien entendu, des plaintes des étudiants, mais cet office n'a aucun pouvoir décisionnel et
ne peut que formuler des recommandations à l'institution. C'est important,
donc, qu'il y ait un organisme externe qui a
un pouvoir décisionnel, qui soit le palier suprême de traitement dans le cas
de ces... en cas d'insatisfaction, donc, s'il y a non-conformité également.
Alors, ça, on trouve ça très important.
Enfin,
la recommandation n° 12, en page 16 : «Que toute mention d'un
délai des prescriptions pour les plaintes de violence, harcèlement ou agression soit proscrite de la politique
pour contrer les violences sexuelles des établissements d'enseignement supérieur.» Donc, depuis 2008, en fait, le Code criminel stipule qu'aucun délai de prescription n'est établi pour les victimes d'actes criminels. Pourtant, il
y a des cégeps et des universités qui ont des réglementations à l'interne qui imposent des délais de limite
pour la dénonciation, notamment le cégep de Victoriaville, l'Université Laval,
qui imposent un délai de 90 jours. Alors, on voudrait simplement proscrire
ces délais de prescription.
La Présidente (Mme
de Santis) : Il vous reste une minute.
Paré (Francis) : Une minute? Alors, voilà, c'est ce qu'on voulait
revendiquer avec cette recommandation. Finalement, la
recommandation 14, en page 17 : «Que le gouvernement envisage de
prolonger l'obligation pour les établissements
d'éducation supérieurs de se doter d'une politique pour contrer les violences
sexuelles à l'ensemble des établissements d'enseignement.»
sait que ça dépasse en quelque sorte un peu le mandat, du moins de cette
commission, mais on trouve important que...
considérant que le deux tiers des survivants et des survivantes des violences à
caractère sexuel sont âgés de moins de
18 ans au moment de l'agression, bien, on trouve important, nous, en tant
que Citoyenneté Jeunesse, qui représente les 12 à 35 ans, de soumettre, en fait, dans le cadre de
consultations... c'est-à-dire d'élargir les demandes qui sont faites aux
institutions académiques supérieures et
d'élargir ça à tous les établissements de niveau secondaire, donc, c'est-à-dire
en parlant de l'obligation de se doter d'une politique.
Présidente (Mme de Santis) : Merci beaucoup, M. Paré. Alors, on vous
remercie pour votre exposé. Nous allons maintenant débuter la période
d'échange. La parole est à vous, Mme la ministre.
David : Merci beaucoup. Merci d'être ici avec nous ce matin, vous qui
êtes à la fois représentant jeunesse, mais
pas représentant officiel d'association étudiante. Alors, ça vous donne un
regard à la fois interne et externe. Et vous êtes plongés dans toutes sortes, en plus, de dossiers via la jeunesse.
Alors, j'apprécie particulièrement que vous soyez ici puis que vous ayez
le temps de regarder et de vous positionner sur plusieurs enjeux. Je pense que
c'est important, les positions que vous
prenez. On va en discuter. Vous allez nous aider parce qu'on est ici pour
bonifier le projet de loi, pour se
poser, dans le fond, un certain nombre de questions assez importantes de
société, d'enjeux qui dépassent des choses qui sont des prescriptions assez techniques. Il y a des enjeux assez
profonds. Je pense qu'on assiste, avec ce projet de loi là, je pense, à
une avancée importante dans le domaine des violences à caractère sexuel.
Alors, la
recommandation simple... parce que je ne les reprendrai pas toutes, mais où
vous demandez qu'il y ait des étudiants
dans ce que vous appelez les comités-conseils ou une espèce de comité qui
regardera des mesures académiques, peut-être
les... Je ne sais pas si vous parlez de l'ensemble des comités, parce que,
dépendant de la plainte, il y aura un comité d'urgence, d'une certaine façon, je ne me souviens plus comme Ni viande
ni objet appelait ça, en tout cas, une espèce de comité d'accompagnement pour décider rapidement est-ce que l'étudiant
a changé de résidence ou est-ce qu'il doit y avoir telle ou telle mesure. Ça, c'est la phase un peu
salle d'urgence, là. Puis après ça il y a d'autres choses, là, traitement de la
plainte puis après ça il peut y avoir des
comités de discipline. Est-ce que, dans votre esprit, cette présence étudiante
devrait être un peu partout dans toutes les étapes? Est-ce que c'est à
ça que vous faites référence?
Mme Simard Brochu (Véronique) : Je vais
reprendre la balle au bond. En fait, ce qu'on pensait, dans cette recommandation-là, c'est que, dans le projet de
loi, c'est inclus que pour l'élaboration de la politique, il doit y avoir un
siège étudiant, et les étudiants doivent être consultés. Ça, c'est très
clairement établi.
Par contre,
si jamais il y a un comité ou un conseil qui décide de... qui doit prendre la
décision au bout du délai de traitement
de la plainte, on pense que, sur ce comité de discipline là, il doit y avoir un
représentant étudiant, donc que ce ne soit
pas simplement des cadres, la direction et les professeurs qui prennent les
décisions sur les cadres, les professeurs ou même les étudiants. Donc,
les étudiants doivent être sur ces comités-là.
Évidemment,
ce n'est pas tous les universités, ou les cégeps, ou autres institutions qui
vont choisir d'avoir un comité de
discipline comme ça. Ça va peut-être être différent. Par contre, ce qu'on dit,
c'est que, sur ces comités de discipline là, il doit y avoir un siège
étudiant.
Ce n'est pas
nécessaire que des étudiants soient là, je pense. Par exemple, quand un jeune
ou une jeune fille arrive au guichet unique et qu'ils disent : Bon,
il est arrivé tel élément, et tout ça, je ne pense pas qu'il est nécessaire
d'aller consulter la communauté étudiante
pour décider. Je pense que c'est à la victime de dire c'est quoi, ses besoins,
et de dire : Bien, j'ai besoin
d'accommodement académique d'urgence, j'ai besoin de rencontrer un psychologue,
j'ai besoin d'aide psychologique.
Et je pense
que ça alourdirait le processus de devoir aller voir le comité et dire :
Bon, bien, qu'est-ce qu'on fait avec
ce dossier-là? Je pense que, dans l'état d'urgence, c'est des
spécialistes du milieu qui doivent être consultés et la victime qui doit
être capable de déterminer très clairement ses besoins à elle ou à lui parce
que c'est la personne tout indiquée pour déterminer lui-même ou elle-même ses
besoins.
David : Alors, si je comprends bien... Et je sais que ça existe dans certaines universités,
par exemple, un comité
de discipline pour les étudiants, donc, qui gère des problèmes
plus liés aux étudiants qu'au personnel enseignant ou au personnel
autre. Il y a toujours un siège étudiant prévu dans certaines universités. Je
ne vous dis pas que c'est partout puis je ne
vous dis pas que c'est dans les collèges non plus. Alors, ce que vous suggérez,
c'est que ça soit inscrit dans le projet de loi pour être sûr qu'il y ait au moins un représentant étudiant qui
fasse
partie du comité d'examen de la plainte?
Mme Simard Brochu (Véronique) : Oui.
David : O.K.
L'autre recommandation, la 6, elle est très importante aussi. On en
parle beaucoup, on en parle à peu près à chaque, je pense, échange qu'on a avec
les gens qui viennent nous rencontrer puis qui ont la générosité d'avoir
eu le temps, et l'énergie, et la motivation
de se pencher sur ces questions-là. Ce n'en est pas une nécessairement facile, c'est celle de la
relation sexuelle ou amoureuse dans
le cadre d'un lien d'autorité. Vous reprenez sensiblement le même libellé que l'UEQ et vous allez, à l'exception...
et la FECQ aussi, à l'exception d'une relation antérieure. Vous, comment
vous avez réfléchi à cette question-là pour arriver à cette conclusion-là?
Mme Simard
Brochu (Véronique) : En fait, étant donné qu'on est un organisme qui
représente l'ensemble des jeunes sur
le territoire du Québec, on avait la question... et la préoccupation, en fait,
de l'homogénéité des règlements et de la
protection au sein des différentes institutions. Mais, pour nous, c'était
important, cet aspect-là, ça fait qu'on y a réfléchi et on s'est dit : Effectivement, dans un
souci d'uniformité, on doit garantir une certaine ligne directrice, donc une
certaine ligne de protection. Donc, c'est comme ça qu'on l'a vu.
Je sais qu'en
commission parlementaire l'UEQ a dit : On ne veut pas que les étudiants
magasinent leurs universités en
fonction de ça. Moi, mon point, c'est... bien, notre point, ce n'était pas ça.
C'était de dire qu'on ne veut pas que les étudiants qui se disent :
Bon, bien, mon programme est juste offert dans un seul cégep, mais ce cégep-là,
ou cette université-là, ou peu importe,
n'offre pas cette protection-là, qu'ils soient obligés d'aller dans une
institution qui ne garantit pas les mêmes protections qu'ailleurs. Ça
fait que nous, pour nous, c'était cette idée-là d'obligation-là.
Et c'est
important, nous croyons, dans une politique ou dans une loi, de penser dans une
perspective uniforme, et c'est pour ça, en fait, là, qu'on a décidé
d'aborder ce point-là. Oui?
Mme Simard Brochu (Véronique) : Oui,
voilà.
Mme David : Donc, je reprends vos
mots, pour vous, c'est une protection pour les étudiants et non pas une
privation de droit fondamental entre deux adultes consentants?
Mme Simard Brochu (Véronique) : Non.
En fait, c'est un... Le point, c'est de dire que, quand il y a un lien d'autorité où... Je pense que vous, vous apportez
plus quand il y a un impact sur le parcours académique. Mais, tu sais,
on peut s'obstiner sur les mots, mais, pour nous, vous savez, je pense qu'on a
la même vision un peu.
Ce n'est pas nécessairement de priver les gens
d'avoir des relations amoureuses ou sexuelles comme ils le souhaitent et entre deux adultes consentants, mais
c'est l'idée de dire que, quand il y a ce lien-là, ça vient vraiment vicier
le consentement et qu'il n'y a aucun moyen
pour les institutions de se protéger de ça. Parce qu'une relation peut
commencer super positivement, puis ça
peut être la plus belle relation de toute ta vie, puis, comme deux semaines
plus tard, ça vire tout croche. Puis,
quand c'est ton prof, ça devient un peu plus compliqué, puis tu ne peux pas
nécessairement quitter, tu ne peux pas... Ça fait que ça peut devenir
vraiment, vraiment difficile.
Puis on sait
que c'est une ligne qui est dure, je pense que tous les acteurs qui apportent
cette recommandation-là savent que
c'est une ligne qui est dure. Mais on pense qu'il y a tellement eu d'abus par
le passé qu'on ne peut plus se tolérer de
se dire : Bon, bien, on va être souples, et tout ça. Non, il faut vraiment
dire les choses telles qu'elles sont et être clairs et cohérents, je
pense.
David : Vous êtes loin, vous êtes loin d'être le premier groupe qui
allez dans ce sens-là. Vous êtes peut-être, je ne sais pas, moi, le sixième ou le septième groupe, là, qui allez
dans ce sens-là. Je vais vous reposer la même question que j'ai posée, je pense, au tout premier groupe
ou au deuxième groupe, parce que, ça, c'est un enjeu de société quand même nouveau. Je ne pense pas qu'on ait jamais
discuté dans ces termes-là avec autant de jeunes, autant de représentants
de jeunes aussi de cette question-là avec une
quasi-unanimité, pour l'instant, à un bémol près, mais à une quasi-unanimité. Est-ce que ça vous
surprend?
Mme Simard Brochu (Véronique) : Vous
voulez dire que les gens soient aussi...
David : Prennent majoritairement position pour une interdiction de
rapports intimes ou amoureux, enfin, selon la définition. Est-ce que
votre position... vous surprend qu'elle soit aussi partagée par la jeunesse, je
dirais?
Mme Simard
Brochu (Véronique) : Moi, ça ne me surprend pas. Ça ne me surprend pas
parce que je pense que, dans le climat dans lequel on évolue, dans le
contexte actuel, je pense que tous les organismes, et les institutions, et même beaucoup de membres de la société civile sont
conscients de l'urgence de devoir agir et de devoir adopter des règles
qui sont claires.
Ça fait que,
personnellement, ça ne me surprend pas tant que ça. Je ne sais pas si tu veux
ajouter, mais moi, ça ne me surprend pas qu'il y ait autant un consensus
là-dessus.
M. Paré
(Francis) : Peut-être pour ajouter à ce que ma collègue dit, quand on
parle de climat, bien, avec tout ce qui se passe actuellement, ce qu'on a vu
dans les actualités très récentes, bien, on voit aussi, là, qu'il y a quand
même des statistiques assez
frappantes du nombre de jeunes, le ratio de jeunes de moins de 18 ans où,
lors de leurs études, de leurs projets académiques... où est-ce qu'ils
ont eu des événements à caractère... de violences à caractère sexuel. Je pense que ça devient une évidence d'en discuter puis de
trouver les façons d'encadrer clairement et de mettre les règles du jeu beaucoup plus claires pour l'avenir. Je pense
qu'on est sensibilisés, mais comment on met ça concrètement aujourd'hui...
C'est pour ça qu'on trouve bien qu'il y ait
déjà des démarches de faites en ce sens et qu'il y a une intervention qui est
proactive actuellement, dans la sphère
publique. Donc, ça, on l'apprécie énormément. Puis de devoir mettre ça plus
clair aussi que seulement des
politiques d'encadrement mais qu'on uniformise davantage dans ce domaine-là, je
pense qu'on en est rendus là, actuellement, avec tout ce qui se passe.
Mme Simard
Brochu (Véronique) : Et protéger les populations qui sont à risque.
C'est surtout ça, il faut protéger les
populations qui sont à risque, et malheureusement la communauté étudiante en
fait partie. On l'a vu dans le milieu artistique,
on l'a vu dans plein d'autres milieux. Donc, il faut protéger les populations
qui sont à risque et qui sont à risque de voir un lien d'autorité, ou
académique, ou peu importe affecter leurs cursus.
David : Je vais passer à la recommandation 10, où vous nous
dites : S'il vous plaît, aidez tous les jeunes, même s'il s'est passé quelque chose et que ce
n'est pas avec un étudiant du campus ou un adulte en position d'autorité, etc.
Pour moi, ça paraît évident, là, qu'un
étudiant qui cogne à une porte d'un service d'aide aux étudiants, il est reçu
depuis toujours d'ailleurs. Je peux
témoigner de mon passé en ce domaine, les gens aux services aux étudiants, on
l'espère qu'ils accueillent dans la
plus grande, je ne sais pas, générosité et expertise, que ça soit quelque chose
qui se soit passé avec son conjoint,
que ça soit n'importe quoi, une agression, ils sont là pour essayer d'aider les
étudiants et de bien les diriger.
Alors, je
vous remercie quand même de le souligner, parce que ça a l'air évident, mais ça
ne l'est pas toujours. Et j'espère
que les gens ne seront pas là à dire : Bien là, on a une grille, puis,
non, ce n'est pas arrivé avec quelqu'un de... donc, on ne t'aide pas, puis va te chercher un
psychologue quelque part sur le marché. Je pense qu'il y aura toujours cet accueil-là dans la mesure du possible. Puis
l'accompagnement, bien, c'est au moins de guider vers les bonnes ressources.
Mme Simard
Brochu (Véronique) : Le seul point, par rapport à ça, c'est que, pour
nous, tu sais, il y a beaucoup d'«on
espère», «on souhaite», «certains établissements». Notre but, derrière cette
politique-là, c'était de rendre ça clair, que ce soit écrit. Puis c'est
surtout le point sur les accommodements académiques d'urgence.
Donc, par
exemple, une jeune demoiselle ou un jeune garçon, qu'il arrive un événement
malheureux, la fin de semaine, et qui
arrive, et qui a un examen le lundi, nous croyons qu'il devrait être capable...
Et ça devrait être spécifié dans la
loi que l'université, le collège ou peu importe a le devoir de lui donner un
accommodement académique d'urgence s'il le demande ou si elle le demande. Ça
fait que c'est pour ça qu'on a demandé que ce soit rajouté parce que, pour
nous, c'est clair qu'il faut que ce soit spécifié que l'action n'arrive pas sur
le campus ou n'arrive pas avec un membre de la communauté universitaire ou cégépienne, que le ou la étudiante puisse
avoir accès à ces services-là et à ces ressources, et de les rendre
publiques, et qu'il soit au courant que ces ressources et ces accès-là lui sont
octroyés.
Parce que
parfois, si ce n'est pas arrivé sur le campus, il va se dire : Bien là,
est-ce que je dois aller voir la police?, est-ce que je dois aller voir un psychologue extérieur?, est-ce que je
dois aller voir les CALACS?, est-ce que je dois aller voir d'autres organismes? Mais de savoir que son
université ou son cégep n'a pas le choix de lui donner ces services-là, que c'est une obligation, pour nous, ça rendrait la situation,
encore une fois, beaucoup plus claire, et ça uniformiserait la situation
sur l'ensemble des secteurs, notamment pour les collèges et universités qui sont dans
les milieux régionaux. Parfois, ils
n'ont pas les ressources qui sont là et de les obliger d'avoir la ressource
et de faire suivre le financement en fonction de cette demande-là, évidemment, pour nous, ça favoriserait vraiment
une protection complète de l'ensemble des jeunes sur le territoire québécois.
M. Paré
(Francis) : Et surtout, très
humainement, de bien voir que pour ces jeunes-là qui subissent ce genre d'acte là, qu'ils n'aient pas le poids académique non
plus. Donc, d'avoir une relation de confiance avec l'institution dans laquelle c'est, en
quelque sorte, leur milieu de vie aussi, alors, c'est de créer cette
relation-là et que, justement, le cursus académique n'est pas impacté suite à ces événements-là. Donc,
on trouve ça très important, de façon humaine pour les élèves en général, d'avoir cette considération-là.
Mme David : O.K. Est-ce que vous
parlez seulement de s'il arrive un événement à caractère... une violence à caractère sexuel ou qu'il arrive une agression physique, un... toutes sortes de choses?
Parce que, je répète, je m'attends, moi, et j'espère... Et je pense que c'est le cas
d'un étudiant qui arrive, et qui a vécu de la mortalité dans sa famille, la fin de semaine d'avant, puis qui dit : Moi, je ne suis pas
prêt à passer l'examen mardi, là, écoutez, là, j'ai besoin d'un accommodement académique. J'ose croire que
ça se fait, quelle que soit la raison, si la raison est justifiée.
Donc, peut-être
que je vais plus large que ce que vous voulez dire, mais je comprends que vous
voulez dire : Si, entre autres, il arrive une violence à caractère sexuel,
que la personne puisse aller chercher l'aide et dire : Je ne suis vraiment pas
en état; je sais que ça ne concerne pas quelqu'un de l'université, mais regardez, là, moi, l'examen demain, là, oubliez ça, je suis dans tous mes états, puis pouvez-vous
m'accompagner, m'aider?, qu'est-ce
que je fais?, où je vais?, etc. Je pense c'est ça que vous voulez dire. Peut-être que j'élargis encore plus en
disant : Bien, normalement, les services sont là pour accompagner les étudiants, autant des étudiants
qui vivent des choses très difficiles dans leur vie, qui sont déprimés, qui
ont besoin d'aide, des fois, financière, etc.
Mme Simard
Brochu (Véronique) : ...en désaccord avec vous, là. Je veux dire,
c'est vrai que, si on peut le faire à
tous les actes de violence, d'agression, mortalité et tout, et tout, troubles,
c'est sûr et certain que, si on peut l'élargir, nous, on va faire : Yé! Mais, vu qu'on était dans un cadre, là, sur
la consultation des actes de violence sexuelle, on s'est vraiment ciblés là-dessus. Mais effectivement,
vous avez raison, l'important, par exemple, c'est de s'assurer que ça soit
une obligation dans tous les établissements d'enseignement supérieur.
David : ...bien. La recommandation 11, je suis sensible à ça, que le
ministère mette en place un dispositif pour
gérer des plaintes émanant, dans le fond, de manquements à la politique.
Manquements à la politique, ça peut être beaucoup de choses parce qu'une politique a plusieurs éléments. Donc,
l'étudiant peut dire : Ils n'ont pas... Par exemple, vous espérez qu'on mette des délais, plusieurs
nous ont mentionné ça, là, dans... qu'il n'y ait pas de délai pour certaines
choses, comme de porter plainte, mais qu'il
y ait des délais pour la gestion de la plainte, le cas échéant. Alors, ça, on
entend très bien ça, puis je pense qu'on est très sensibles à cette
question-là. Mais, donc, s'il y a un manquement, ça a pris six mois avant de...
tu sais, s'ils ne respectent pas un certain nombre de critères de la politique.
Et donc on
pourrait vous répondre que, oui, il y a toujours possibilité de déposer une
plainte au ministère. Mais vous me
sensibilisez à l'idée : O.K., une fois qu'on a dit ça, comment, dans mon
ministère, on va s'organiser pour avoir un système, peut-être, qui est un retour? Il y en a un, retour, mais...
Vous n'avez pas suivi votre politique, O.K., mais... mais quoi, une fois qu'on a fait ça? Donc, je
pense que c'est ça que vous voulez dire, c'est... Mais je veux être sûre que
le mot «manquement à la politique», ce n'est pas une procédure d'appel sur une
sanction, admettons.
Mme Simard
Brochu (Véronique) : Bien, en fait, oui et non. C'est-à-dire que, si
la sanction n'a pas été adaptée, ou que l'université n'a pas fait une sanction
qui était adéquate, ou que l'élève s'est vu retirer certains droits ou elle a
dû abandonner son cours, finalement,
à cause que l'université ne jugeait pas, là, que l'acte justifiait, par exemple,
le retrait de l'élève dans un cours, oui, effectivement, on pense que ce
mécanisme-là devrait exister.
Puis
on s'entend, puis on l'a très bien spécifié dans le mémoire, c'est un mécanisme
qui doit être d'exception, donc on ne
s'attend pas à ce qu'à chaque fois qu'un étudiant n'est pas satisfait il
retourne puis qu'il aille se plaindre. Le but, c'est vraiment que ça soit une exception parce qu'on croit que les
institutions d'enseignement supérieur vont être aptes à gérer
correctement les plaintes.
Par contre,
il y a toujours... La perfection n'existe pas tout à fait. Parfois,
il y a des torts, des fois, qui sont là. Donc, oui, on pense que l'étudiant devrait avoir recours à ce processus-là si
jamais la sanction n'est pas jugée adéquate parce que ça peut être
d'autres choses qui soient intrinsèques à ça, et, dans ce cas-là, oui,
l'étudiant devrait avoir accès à ce service-là et faire la demande au besoin.
David : Donc, je répète, parce que c'est important, ce que vous dites
là, ce n'est pas que porter plainte au ministère
parce que le processus aurait été mal suivi, mais parce qu'ils ne sont pas
contents que l'agresseur ait eu un mois de suspension puis qu'elle aurait
aimé qu'il ait six mois de suspension qui soit... un processus d'appel de
sanctions.
Mme Simard
Brochu (Véronique) : ...si la sanction n'a pas été mise correctement.
C'est-à-dire que, si la politique du
campus, c'est de dire : Pour tel acte ou pour un acte qu'un professeur
fait sur une étudiante, il y a un mois de suspension, la politique de l'université dit ça dans ce
cas-là, puis que l'étudiant ou l'étudiante dit : Bien, moi, je pense qu'il
devrait y avoir six mois,
effectivement, non, il ne peut pas aller voir le ministère et lui dire :
Bien là, moi, j'aurais voulu six mois, parce
que la politique de l'université, qui a été approuvée par le ministère, tel que
c'est dit dans le projet de loi, dit que c'est un mois. Donc, ça va être un mois. Dans ce cas-là, effectivement,
il n'y a pas de raison pour l'étudiant ou l'étudiante de se plaindre. Par contre, si, dans la politique,
ça dit : Bien, c'est six mois, et qu'on donne seulement un mois, dans ce
cas-là, oui, l'étudiant ou l'étudiante pourrait avoir accès à ce service-là.
Voilà.
Mme David : O.K. Merci. Mme la
Présidente, on va passer à quelqu'un d'autre.
Présidente (Mme de Santis) :
Merci, Mme la ministre. Alors, on va passer la parole à la députée de Richmond.
Vallières : Merci
beaucoup, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme de
Santis) : Vous avez 3 min 50 s.
Vallières :
Beaucoup trop de questions pour ce temps. Mais je voudrais surtout souhaiter la
bienvenue à votre baptême de
commission parlementaire. Et, connaissant le niveau d'activité et
l'effervescence chez Citoyenneté, je sais fort bien que l'on se reverra
certainement. Et on a l'occasion en plus de collaborer ensemble dans les
dossiers jeunesse. C'est toujours un plaisir.
Je dois y
aller dans les priorités. Je vais faire du pouce sur ce que ma collègue
ministre a mentionné par rapport aux
relations d'adultes en autorité sur un étudiant, un élève. On a entendu parler
aussi beaucoup de l'extension même de la classe et de l'école sur les réseaux sociaux, Facebook, Snapchat, etc.
Vous n'en faites pas part nécessairement dans votre mémoire, mais, connaissant votre proximité avec
les jeunes, est-ce que vous pouvez aussi nous dire si vous allez jusque-là
dans vos propositions?
Mme Simard
Brochu (Véronique) : Non, non, dans les faits, pas dans le cadre du
mémoire actuel. Effectivement, c'est
sûr qu'on encourage l'extension de ces applications-là, là. Ça, c'est évident.
Mais, dans le cadre de notre mémoire, non, effectivement, on n'a pas
mentionné ce point-là.
Vallières :
Également, on a eu plusieurs groupes qui nous disent de mieux définir tout
l'aspect des violences à caractère
sexuel, d'aller davantage donner... de déterminer certaines notions justement
quant aux agressions potentielles. Vous
n'en parlez pas dans votre mémoire. Est-ce que vous y avez réfléchi? Est-ce que
c'est quelque chose qui serait souhaité pour Citoyenneté Jeunesse?
Mme Simard
Brochu (Véronique) : Pour nous, comme Francis vous l'a mentionné, en
fait, on ne se voit pas comme étant
des spécialistes d'agression sexuelle, mais on se voit... En tout cas, de tout
ce qui est de la nomenclature de
l'agression sexuelle, on n'est pas des spécialistes là-dedans. On est vraiment
des spécialistes jeunesse. Donc, oui, on a laissé la place à certains
groupes, comme Sans oui, c'est non! ou Ni viande ni... que je ne me souviens
plus le nom...
Mme Simard
Brochu (Véronique) : Oui, voilà, O.K. Bien, ces gens-là sont des
spécialistes du domaine. Donc, eux
connaissent davantage ça. Et, comme on n'aime pas parler au travers de notre
chapeau, même si on a des opinions, même
si on a une vision, on souhaite vraiment se cibler avec... rester sur notre
mission. Mais, certainement, les opinions et les points qui ont été mis en valeur par ces groupes-là, on vous
recommande fortement de les écouter, évidemment, parce que c'est des
spécialistes du milieu et du domaine.
Paré (Francis) : Puis d'ailleurs, quand on parle de spécialistes,
juste une petite parenthèse, à la recommandation 4, d'ailleurs,
pour les activités de formation obligatoire, on invite justement à ce que ce
soient des intervenants qui sont spécialisés dans le
domaine aussi pour former les gens, tous les intervenants, qui sont autant les
étudiants, que les dirigeants ou le membre du personnel aussi, là, pour faire
du pouce au fait qu'il y ait une spécialité.
Vallières :
Quand vous parlez de l'intervenant spécialisé, est-ce que vous voyez des
travailleurs sociaux? Est-ce que ce
sont des infirmiers? Est-ce que ce sont des sexologues? Vous la voyez comment,
cette intervention spécialisée?
Mme Simard
Brochu (Véronique) : Tout ce que vous venez de nommer, c'est tous des
gens que nous croyons qui sont adaptés, qui ont les compétences pour agir. Le
seul point, c'était de dire : Bon, on ne veut pas que ça soit le permanent d'une association étudiante qui ait à
donner cette formation-là, exemple. On ne veut que ça soit un professeur
de français qui ait cette charge-là à faire
parce qu'ils ont déjà une charge de travail et ce ne sont pas des spécialistes
qui ont été formés. Donc, sexologues,
psychologues, spécialistes qui ont étudié là-dedans, et qui ont étudié la
question, et qui ont élaboré la question, ça, c'est des gens qui sont
adaptés, on croit, pour donner ces formations-là.
Vallières :
Pour élargir au secondaire — je sais qu'il reste très peu de temps — mais, par rapport à votre proposition de dire : On aimerait que tous
les établissements d'enseignement aient une politique pour contrer les
violences sexuelles, quelle est...
La Présidente (Mme de Santis) :
...la parole est à...
Vallières : Merci.
La Présidente (Mme de Santis) :
Merci beaucoup. La parole est à la représentante de l'opposition officielle,
Mme la députée de Marie-Victorin.
Fournier : Merci, Mme la
Présidente. Merci à vous deux d'être avec nous aujourd'hui en commission
parlementaire pour nous donner le point de vue, donc, des jeunes sur la
question du projet de loi n° 151. Vous nous aidez à enrichir les
travaux de la commission, donc je vous en remercie encore une fois.
Et je vous
relancerais peut-être sur justement la question que souhaitait vous poser la
députée de Richmond parce que c'est
quelque chose aussi que j'avais bien noté dans votre mémoire. Vous êtes le
premier groupe qui en parlez jusqu'à maintenant
dans les consultations particulières, et donc je trouverais intéressant d'avoir
votre vision. Est-ce que vous trouvez qu'un
projet de loi comme le projet de loi n° 151 pourrait, par exemple,
s'appliquer dans les écoles secondaires? Quelles seraient les nuances à
apporter? Donc, j'aimerais avoir votre point de vue sur la question.
Mme Simard
Brochu (Véronique) : Oui. Merci beaucoup de pouvoir nous en parler.
C'est une recommandation qu'on s'est
dit qu'on va ajouter parce que... même si ce ne sera pas écrit dans la loi, on
trouvait ça important de vous l'amener parce
qu'on trouve que le pas que le projet de loi fait est important. Ça va marquer,
je pense, les établissements d'enseignement supérieur d'une manière positive. Et on aimerait voir cet effet positif
là reporté sur les autres établissements d'enseignement et que les écoles secondaires, même primaires, se
dotent de ces mécanismes-là parce que c'est important aussi de protéger l'ensemble des jeunes. Nous, on représente des
jeunes de 12 à 35 ans, comme Francis vous l'a dit. Donc, on a cette volonté-là
de protéger l'ensemble des jeunes. Puis, vraiment,
quand on a vu le projet de loi n° 151, on était supercontents parce que
c'est un bon pas dans la bonne direction. On
aimerait voir ce bon pas dans la bonne direction là se perpétuer et continuer
dans les établissements pour les plus jeunes et les tout-petits.
Fournier : Donc, c'est ça. Donc vous pensez qu'un projet de loi qui
pourrait ressembler à 151 pourrait être applicable aussi dans les écoles
primaires et secondaires?
M. Paré
(Francis) : Oui, tout à fait, je pense que... dans l'optique où, comme
je disais tantôt, dans les statistiques, le deux tiers des survivants
des violences à caractère sexuel ont moins de 18 ans, on présuppose qu'ils
n'ont pas juste 17 ou 18 ans et qu'ils sont
au cégep, mais il y en a que ça date aussi du secondaire et de peut-être même
antérieurement à ça également. Alors,
je pense que d'aller en amont et d'éduquer le plus rapidement possible, au bas
âge, à des moments critiques, des moments importants dans la formation
des jeunes... Ça commence le plus tôt possible.
Fournier : Vous avez utilisé le mot «éduquer». Donc, ce n'est pas
écrit dans votre mémoire, mais j'imagine que vous appuyez donc fortement
le retour de l'éducation à la sexualité dans nos écoles le plus rapidement
possible?
Mme Simard
Brochu (Véronique) : On n'a pas de position claire, ça fait que je ne
sais pas jusqu'à quel point est-ce
qu'on a la permissivité de vous dire oui. Mais c'est un moyen que l'on juge
adéquat, tout à fait. Je veux dire, quand on parle de formation sur les violences à caractère sexuel, bien, c'est
ce genre de formation qui peut en faire partie, tu sais, c'est le genre de chose qui peut être
pertinent. Mais c'est sûr que, bon, dans le cadre d'une consultation, et vu
qu'on n'a pas eu la réflexion avant,
je vais me garder une petite gêne à vous dire un gros oui. Mais vous voyez où
est-ce qu'on se situe.
M. Paré (Francis) : Et, si je déborde
légèrement également pour donner du pouce... Je pense que ce qui est intéressant, c'est que les jeunes ont besoin de
modèles, ont besoin, sur le terrain, de voir, de comprendre, de connaître
ces réalités-là qu'ils
n'ont pas toujours accès nécessairement ou qu'ils ne connaissent pas. Mais de
les connaître et d'être sensibilisé à
ça dès le départ, dès la jeunesse, bien, je pense que c'est un pas dans la
bonne direction aussi et que ça va se répercuter également dans les
milieux postsecondaires par la suite, là.
Fournier : Tout à fait. Puis justement vous parliez de formation
aussi, puis on sait que le projet de loi inclut certaines dispositions. Il y a également la FECQ qui croit que les
étudiants également devraient pouvoir recevoir de la formation pour prévenir, dans le fond, les
violences à caractère sexuel sur les campus, donc, des différents cégeps.
Est-ce que vous seriez d'accord avec ça?
M. Paré
(Francis) : Oui, tout à fait, là. Je pense que c'est dans le même
ordre d'idées, là, qu'on ait l'aspect éducatif également, puis c'est bien d'établir des cadres, mais, à l'intérieur de
ça, qu'est-ce que les gens doivent connaître. Puis, quand on parlait d'activités de formation à la
recommandation 4, encore une fois, je donne du pouce là-dessus, qu'on ait
plus d'accès à de l'information en général,
puis je pense que, de cette façon-là, on apprend à penser davantage avant
d'agir aussi. Donc, humainement, je
pense que c'est comme ça qu'on fonctionne : plus on connaît de choses,
qu'on est sensibilisés, l'empathie se
développe, également, davantage. Et je pense que, dans la culture, au Québec,
ce serait une bonne chose, là, qu'on travaille ça dès le bas âge, puis
de justement avoir un accès à des activités pédagogiques pour les jeunes aussi
là-dessus, là.
Fournier : C'est clair, parce qu'on veut soutenir, aider les victimes
de violence à caractère sexuel, mais on veut aussi faire en sorte qu'il
y en ait de moins en moins, de ce type de violence. Alors, on se rejoint tout à
fait.
Je voulais
vous amener sur la question du guichet unique. Vous en parlez dans votre
mémoire. Vous avez eu un échange
tantôt avec la ministre sur la question. Je sais que ça a été partiellement
abordé, mais la question, par exemple, d'un bureau québécois... Donc, un bureau
qui se trouverait au ministère, où, justement, les gens qui se sentiraient
lésés par le processus interne pourraient avoir recours, comment est-ce que
vous le visualisez? Je sais que vous en parlez à la recommandation 11,
mais est-ce que vous pouvez nous en parler un petit peu plus en détail?
Mme Simard
Brochu (Véronique) : Oui, tout à fait. Alors, nous, ce qu'on a réfléchi, c'est qu'on s'est dit : Bon,
maintenant qu'il y a une courroie qui serait créée entre la communauté
du milieu universitaire ou collégial et le ministère, en cas de problème,
comment est-ce qu'on articule tout ça à l'intérieur? Puis, quand on
regarde le Comité d'examen des demandes
dérogatoires au regard de l'aide financière aux études, c'est un comité qui est
formé de personnes de différents milieux sous recommandation des associations
étudiantes, des universités et tout ça. Donc, c'est un comité qui, pour nous, a une bonne, une grande légitimité à cause
de sa représentativité et que ce n'est pas seulement des gens qui sont
extérieurs et qui n'ont jamais
eu un lien avec les milieux d'étude ou d'enseignement supérieur qui
prennent la décision.
Donc, nous,
on pense que ce type de modèle là devrait être repris dans un cadre de gestion
des plaintes s'il y a eu des
manquements à la politique de l'université. Puis
ça, c'est important, on ne pense pas que les gens qui sont spécialistes dans l'aide financière aux études devraient
prendre les décisions parce que ce n'est pas adapté... mais de vraiment créer
un comité qui aurait comme responsabilité de
se rencontrer sporadiquement et de prendre une décision sur la plainte ou la
requête en question. Et c'est important pour
nous, pour ça qu'on n'a pas laissé à l'ombudsman... parce que je sais que ça
a été discuté un peu, un, parce que l'ombudsman, ce n'est pas dans toutes les
universités, et les collèges, et tout ça, qu'il
y en a, et, deux, c'est des pouvoirs de recommandation et non pas décisionnels.
Pour nous, c'est important que ce mécanisme-là ait un pouvoir
décisionnel. Voilà.
Fournier : Merci. Merci pour les éclaircissements. Au sein du fameux
guichet unique dont on parle, est-ce que
vous aviez visualisé un certain seuil plancher de ressources qui seraient
disponibles au sein du guichet unique? Parce qu'on sait qu'il y a quand même une crainte, notamment, disons, que la
protection ne soit pas la même selon les établissements. Par exemple, hier, il y a les gens de l'AVEQ qui
nous ont parlé qu'à l'Université Concordia il y avait vraiment un bureau
déjà, même, d'installé, avec des ressources
spécialisées, dédiées pour les étudiants, alors que, par exemple, à Chicoutimi,
à l'UQAC, il y a une personne à temps partiel. Donc, est-ce que vous pensez que
ça prend des ressources dédiées, un minimum de ressources dédiées?
Mme Simard
Brochu (Véronique) : Oui, à la fin du mémoire, on rappelle, dans notre
conclusion, l'importance que le
financement soit présent et soit au rendez-vous, parce que, comme on a dit, la
loi n° 151, on est très satisfaits et très contents, mais ça aura beau être la meilleure loi possible, s'il n'y a
pas les moyens d'application qui sont mis en place, ça ne sert pas à
grand-chose. Donc, il faut, oui, s'assurer que les ressources soient au
rendez-vous.
Par ailleurs,
on recommande dans une de nos recommandations que la stratégie du gouvernement
en matière de protection des actes de violence à caractère sexuel soit
revue aux cinq ans et que le financement soit revu également à ce moment-là. Donc, oui, effectivement, là, pour
nous, c'est important que cette politique-là et que ce projet de loi là aient
les ressources pour atteindre l'aspect
positif dans la société qu'elle peut faire. Donc, vraiment d'y aller, là, au
maximum de ses capacités et de faire suivre le financement, ça, c'est
évident.
M. Paré
(Francis) : Et on n'a pas nécessairement chiffré un nombre de
ressources ou un montant spécifique, mais ce qui est important, c'est d'éviter le déséquilibre régional. Donc, en
tant que Citoyenneté Jeunesse, ce qu'on trouve très important, c'est que
toutes les régions aient un accès, là, qui est équitable pour les jeunes dans
les établissements d'enseignement.
Fournier : De ne pas faire en sorte que, si on habite sur un
territoire qui est très vaste, bien, d'être pénalisé en raison de ça?
Mme Simard Brochu (Véronique) :
Absolument.
Mme Fournier : Oui, je
partage votre préoccupation.
Sur la
question de la reddition de comptes, vous l'abordez, là, à la page 12 de votre mémoire, votre recommandation 9, donc que soit ajoutée l'obligation que les rapports liés aux politiques des établissements soient rendus publics. Puis c'est justement
sur ces rapports-là que j'aimerais vous questionner parce qu'hier on a reçu certains groupes qui
trouvaient que la reddition de
comptes n'était pas nécessairement appropriée dans ces cas-ci, les gens, par
exemple, des collèges privés, si je
ne me trompe pas. Donc, vous en pensez quoi? Est-ce que vous pouvez nous parler
de ce qui est, selon vous, l'importance de la reddition de comptes dans
un cas comme celui qui nous préoccupe actuellement?
M. Paré
(Francis) : Je pense que le principe de base d'une reddition de
comptes, ça permet de voir comment sont utilisés les... comment sont
réalisés les processus qui sont mis en place quand il y a un encadrement. Mais
également il y a un lien de confiance qui se
développe, ce qui est très important. Et, pour les jeunes, je pense que c'est
primordial encore plus. Je ne veux
pas dire que c'est moins important pour les autres, mais, dans ce genre de
problématique là, très sensible, très personnelle, que de vivre des violences à
caractère sexuel, notamment, je pense que c'est quand même... Puis ça mobilise tout le monde en plus. Ça fait
que je pense que la reddition de comptes va de soi dans ce sens-là. Mais le
lien de confiance est un élément central quand on fait une reddition de comptes
pour s'assurer que l'encadrement est bien respecté. Puis, si, en plus,
on veut, en quelque sorte, uniformiser ou avoir des balises claires partout,
qui sont uniformes, et donc que ça permette
un service qui est équitable et qui est semblable d'une région à une autre, je
pense qu'à ce moment-là c'est important de voir si c'est bien réalisé.
Mme Simard
Brochu (Véronique) : Et, si je peux ajouter, pour commenter un peu la
recommandation 9, c'est que, quand on
a vu que la reddition de comptes pouvait être jointe au rapport annuel des
universités, on faisait des blagues en
disant : On vous met tous au défi de trouver des rapports annuels et de
trouver un élément particulier dans un rapport annuel d'université. C'est très lourd et très complexe. Donc, pour nous,
c'est important que ce rapport-là soit fait peut-être en même temps que le rapport annuel et joint au
rapport annuel, mais on doit faire un document à part, facilement trouvable
sur les sites de l'université ou du collège.
Et c'est important que ce soit public, parce que ce n'est pas spécifié
nécessairement dans la loi, et, pour
nous, c'est important que ces rapports-là soient rendus publics pour que les
jeunes soient capables de lire les
rapports, et de chercher l'information facilement, et de trouver l'information,
et de ne pas que ça soit, bien, dans un collège, on fait un rapport annuel, mais on a décidé de faire un rapport
aussi, mais de le garder interne ou de le présenter juste aux assos
étudiantes, mais vraiment que ces rapports-là soient rendus publics.
Ça fait que
ça, c'est des éléments qu'on voulait ajouter à la reddition de comptes parce
que, comme Francis vous l'a dit, c'est une question de créer un lien de
confiance.
M. Paré
(Francis) : Et, en plus, tout en assurant, bien entendu, l'anonymat
des victimes. Ça, c'est très important aussi.
Mme Fournier :
Merci. Finalement, quelque chose aussi qui a piqué ma curiosité était sur les
délais de traitement des plaintes.
Donc, vous êtes le premier groupe aussi à distinguer le réseau collégial du
réseau universitaire, là, en termes de nombre de jours. Ça tombe bien
parce que la FECQ proposait 30 jours et l'UEQ, par exemple, proposait
45 jours. Puis il y a plusieurs
groupes, par la suite, aussi qui nous ont parlé du 45 jours. Donc, je
voulais vous entendre sur pourquoi vous
distinguez, dans le fond, un délai plus court pour ce qui est des cégeps puis
un délai un petit peu plus long pour ce qui est des universités.
Mme Simard
Brochu (Véronique) : En fait, c'est simple, pour nous, là, si ça
pouvait être le plus rapidement possible,
on serait très, très satisfaits. Au début, on s'était dit : Bien, on va
mettre 30 jours pour les collèges puis 30 jours pour les universités. Par la suite, à force de
discussions avec nos partenaires qui viennent notamment des universités, ils nous ont dit : 30 jours, ce n'est pas
assez parce qu'il y a beaucoup plus d'étudiants dans une université, c'est
beaucoup plus lourd. Le processus est
parfois plus complexe parce que justement il y a beaucoup plus de
représentants. Puis c'est pour ça
qu'on s'est dit : O.K., disons 45 jours pour les universités parce
que, pour eux... ce qui représente une demi-session et ce qui semblait comme acceptable pour la
plupart des représentants des universités, et, pour les cégeps, gardons notre
30 jours parce qu'on pense que
30 jours, c'est un délai... Un mois, c'est beaucoup pour, déjà, une
victime, de devoir se questionner, à
savoir, bon, qu'est-ce qui va être fait, tu sais, qu'est-ce qu'il se passe avec
tout le soutien et l'aide. Donc, pour
nous, on voulait mettre le 30 jours, mais, par la suite, à force de
discuter avec aussi les gens qui sont dans les universités, les jeunes
qui sont dans les universités, ils nous ont dit : Oui, 45 jours, pour
nous, ça fait plus de sens.
Je m'excuse, Mme de Santis.
Mme Fournier :
Oui. En même temps, certains diraient qu'il y a quand même certains cégeps qui
sont très importants, en termes de nombre d'étudiants, qui ont plus
d'étudiants que certaines petites universités.
Mme Simard
Brochu (Véronique) : Oui,
mais, étant donné que c'est une clientèle aussi qui est beaucoup
plus jeune, pour nous, il y a encore plus une pression. Tu sais, comme
je vous dis, si ça pouvait être 30 jours pour les universités, ça serait parfait. Mais, pour nous,
l'idée, c'est de protéger le plus rapidement possible les victimes. Donc,
c'est pour ça...
Mme Fournier : Merci beaucoup.
Présidente (Mme de Santis) : Merci beaucoup. La parole maintenant
est au représentant du deuxième groupe d'opposition, le député de
Chambly.
M. Roberge : Merci bien, Mme la
Présidente. Merci pour votre présentation. Donc, plusieurs choses ont été discutées précédemment, et c'est intéressant aussi de faire des liens, des comparaisons entre ce que vous apportez
puis ce que des groupes précédents
nous ont apporté. Ça fait que, des fois, je vais vous questionner sur ce que
vous avez dit ou ce que d'autres ont dit.
Votre recommandation 14, elle est originale. Vous nous amenez là où personne ne nous a amenés
jusqu'à présent quand vous... Je vais
vous la lire, là, en fait, pour les gens qui nous écoutent puis qui n'ont pas
le document devant eux, donc que «le gouvernement envisage de prolonger l'obligation
pour les établissements d'éducation supérieure de se doter d'une politique
pour contrer les violences sexuelles à l'ensemble des établissements d'enseignement.»
Donc, dans le fond, vous parlez des établissements qui seraient dans les commissions scolaires. On peut penser que c'est les écoles primaires, secondaires, vous l'avez dit
précédemment. Moi, j'ai peut-être plus en tête ce qu'on appelle les centres de formation pour adultes, les centres
de formation professionnelle. Ce que je vous ai entendu, tout à l'heure, dire : Oui, mais ça peut même arriver chez les jeunes, donc, qui
sont mineurs, mais, si on a 18, 19, 20, 25 ans, là, donc, on ne parle même pas de clientèle mineure, on
parle... Il peut y avoir deux jeunes de 20 ans. Il peut y en avoir un qui est
au cégep, l'autre qui est en centre
de formation professionnelle. Il peut y en avoir un troisième en centre
de formation pour adultes.
Donc, à cet égard-là, est-ce que vous pensiez vraiment
dans le sens de couvrir tous les établissements des commissions scolaires ou de
cibler peut-être là où les gens sont majeurs, par rapport à cette proposition-là?
Mme Simard
Brochu (Véronique) : Bien,
c'est pour ça que la recommandation dit «l'ensemble des établissements d'enseignement», donc l'ensemble des établissements d'enseignement,
oui.
Roberge : Bon, c'est très bien.
C'est bon. Je comprends mieux. Par
contre, il y a
une nuance, peut-être, et je pose une question d'ordre juridique,
là. Je suis content qu'il y a déjà des juristes qui nous écoutent. Comme le dit, des
fois, la ministre,
les questions sont importantes, les réponses, des fois, sont un peu plus
complexes. Je ne sais pas dans quelle mesure
et à partir de quel âge un jeune peut lui-même porter plainte, à quel âge il
doit être accompagné d'un adulte, etc. Évidemment qu'on veut bien que le jeune, s'il a 14 ans puis
il est victime de quelque chose, il puisse le signaler. Mais c'est une
interrogation que j'ai. Mais, pour moi, c'est plus facile de dire qu'on
implante ce type de protection aux établissements où il
y a des jeunes qui sont majeurs,
mais, peut-être, il faudra le faire aussi pour l'ensemble, ce
modèle-là, considérant le fait que
100 % des Québécois, on veut qu'ils soient prémunis contre les
violences à caractère sexuel. Il est possible,
par contre, que la manière de le faire ne soit pas la même,
la politique ne soit pas la même, le bureau des plaintes
ne soit pas le même si on accueille une victime de 12 ans versus 20 ans.
Mme Simard Brochu (Véronique) : Absolument.
Et d'ailleurs on sera charmés de revenir en commission parlementaire si jamais
vous décidez d'aller de l'avant avec un projet de loi pour les établissements secondaires, primaires et enseignement aux adultes. Ça nous fera plaisir d'être
présents. Mais effectivement, à chaque situation, on doit s'adapter. L'idée, c'est de dire... Les objectifs,
l'idée générale, l'idée de devoir se doter d'une politique dans les écoles
primaires et secondaires et de formation aux adultes, c'est important,
et on croit que ça devrait être fait. Après ça, toutes les nomenclatures... Je ne suis pas juriste, et c'est très bien
comme ça. Je veux dire, ça nous fera plaisir, dans ce cas-là, de venir, et de commenter, et de voir justement
les spécificités, et de voir à quel point est-ce que ça peut s'adapter à des
contextes qui sont particuliers, effectivement.
Roberge : C'est très bien
parce qu'on pose des bonnes questions. Nous autres aussi, on en a, des juristes dans
notre équipe. Il y en a un peu partout. On trouvera les meilleures réponses.
Mais, en tout cas, c'est une contribution intéressante que vous apportez là.
Je vais vous
amener à votre recommandation 12. Vous dites que toute mention d'un délai de
prescription pour les plaintes de
violence, de harcèlement ou d'agression soit proscrite de la politique
pour contrer les violences sexuelles des
établissements d'enseignement supérieur. Donc, comme un groupe qu'on a entendu
hier, pour vous, même un ex-étudiant
pourrait venir porter plainte dans son cégep ou dans son université
pour quelque chose qu'il aurait vécu même si ça faisait trois ans, quatre ans, cinq ans,
même s'il était sur le marché du
travail. Donc, de dire que ça ne se
fait pas en un mois, c'est une chose,
mais, juste être certain, est-ce que vous incluez vraiment
les ex-étudiants dans cette politique?
Mme Simard
Brochu (Véronique) : Oui, tout à fait. Mais, dans ce cas-là, ça sera à voir, comment est-ce qu'on s'articule avec les mécanismes qui sont déjà présents dans la société
civile, c'est-à-dire, quand ça fait un certain moment, qu'on fait une plainte d'agression sexuelle, et
que, là, les cégeps et les universités doivent être mis au courant. L'objectif de
cette recommandation-là, c'est, oui, de protéger les victimes, oui,
d'être conscient, de se dire... Ça peut prendre un certain temps avant qu'on fasse comme : Ah mon Dieu!
C'est terrible, ce qui m'est arrivé, maintenant je suis prête à déclarer. Mais c'est aussi une politique pour protéger les institutions, et que les institutions soient
conscientes des gens qui sont dans leurs murs, et de protéger les étudiants qui sont actuellement dans l'université ou dans le cégep et qui ont peut-être
peur de mettre ça à jour et de dénoncer également.
Ça fait que l'abandon du délai de prescription,
c'est tout un ensemble de procédures qui protègent, je pense, l'ensemble des acteurs qui sont là : la victime, les institutions, les étudiants qui sont présentement là. Donc, oui, effectivement, je pense qu'il
y aura... Et ça sera aux universités de voir quelle politique
ils dealent avec ça, donc : Est-ce qu'on suspend le professeur? Est-ce qu'on fait ça? Mais on pense
que, oui, effectivement, là, les étudiants et étudiantes devraient avoir
le droit de retourner voir l'université et de l'avertir, de dire :
Bien, écoutez, tel professeur ou tel étudiant a fait des actes répréhensibles,
là, dans les... Après ça, ça sera de voir est-ce qu'on doit adapter la sanction
en fonction de ça. Oui, certainement, si c'est entre deux étudiants puis les deux
étudiants ne sont plus à l'université, bien là, il faut adapter les
sanctions en fonction de ça, vous comprenez un peu. Voilà.
M. Paré (Francis) : Je pense aussi
que c'est quand même important, cette flexibilité-là, parce que souvent le traumatisme vécu par le jeune peut prendre plusieurs
mois avant de finalement émaner, de finalement sortir au grand jour pour la personne elle-même. Donc, c'est sûr que
c'est... On aimerait bien que ce soit le plus rapidement possible que la
personne dénonce ou en parle, mais c'est
différent d'une personne à une autre. Donc, c'est très difficile. Puis je pense
qu'on a beaucoup de preuves dans
l'actualité, avec la vague sur les médias sociaux, que des fois ça prend des
années même avant de sortir. Donc, on
espère éventuellement que la culture va changer et que ce sera davantage
exprimé plus rapidement, là,
chez les personnes qui en sont victimes, qui ne seront pas gênées de le dire
non plus. Mais, bon, c'est sûr que c'est des choses qui peuvent arriver
aussi, côté flexibilité, dans le temps.
Roberge : Oui, parce que
ce n'est pas juste une question de sanction. Donc, on peut imaginer que, si ça
arrive entre deux étudiants, les deux ne sont plus, supposons, à
l'université, mais, pour la victime, de pouvoir retourner à l'université, ce n'est pas nécessairement pour obtenir la sanction, c'est peut-être aussi pour obtenir
des services. Donc, on peut le voir
de cette manière-là aussi. Et, de
toute façon, il n'y a pas de délai de
prescription pour les souffrances. En
tout cas, ça serait intéressant de savoir, après cinq ans : Tu es
guéri, ça fait trop longtemps. Ça serait pas mal intéressant. Malheureusement,
ce n'est pas ça. Donc, je comprends très, très bien, d'éliminer ces délais de
prescription là, mais je voulais quand même vous entendre là-dessus, sur les
ex-étudiants. Donc là, c'est très clair pour vous.
Il me reste
bien peu de temps. Vous avez parlé, à votre recommandation 9, des rapports
qui sont liés aux politiques, la reddition
de comptes. Ma question,
c'est... Pour préserver la confidentialité, mais, en même temps, ça prend une reddition de comptes pour savoir... Il y a des fonds qui sont là, puis on veut être sûrs que
c'est bien investi, puis on veut être
certains que les gens sont bien protégés, qu'ils sont bien aidés. Comment on
fait justement pour avoir une reddition de comptes qui soit efficace, une bonne gouvernance
puis une bonne protection de la confidentialité?
Mme Simard
Brochu (Véronique) : En
fait, c'est en normalisant, là, les données, là, c'est-à-dire, tu sais, de
dire : Bien, on a tant de cas
répondus, tant de cas terminés, tant de cas en cours, là. Ce n'est pas
obligé... Tu sais, on ne voit pas comment
les noms des victimes pourraient se retrouver, là, dans les rapports, là. Ça
fait que c'est vraiment en normalisant la donnée, là, en analysant ça d'une manière très quantitative, et
d'amener par la suite les services... qui ont été donnés de manière qualitative, sans nécessairement
donner de nom de victime, en fait, ni d'agresseur, là. De toute façon, les noms des agresseurs, bon, parfois, ça sort dans les médias
et tout ça, mais de vraiment normaliser les données, là... Voilà.
Roberge : Je vous remercie. Je pense que c'est possible de le faire,
mais c'est juste qu'il faut savoir, des fois, que, dans des petits milieux, des fois, en croisant les données, on
finit par savoir c'est qui. Mais je le comprends. De toute façon, il va falloir trouver un arbitrage, là, ici
ou, justement, dans les différentes politiques de chaque établissement, en
tenant compte de la grandeur des établissements.
Donc, c'est tout le temps que j'ai. Je vous
remercie beaucoup pour votre présentation.
Présidente (Mme de Santis) : Mme Simard Brochu, M. Paré, merci pour
votre contribution aux travaux de la commission.
Je suspends les travaux de la commission jusqu'à
15 heures.
Bon appétit, tout le monde!
(Suspension de la séance à 12 h 30)
Présidente (Mme de Santis) :
À l'ordre, s'il vous plaît! La Commission
de la culture et de l'éducation
reprend ses travaux. Veuillez éteindre la sonnerie de vos appareils
électroniques.
Nous
poursuivons les auditions publiques dans le cadre des consultations particulières sur le projet de loi n° 151, la Loi visant à prévenir et à combattre les
violences à caractère sexuel dans les établissements d'enseignement supérieur.
Cet après-midi, nous entendrons la Fédération québécoise
des professeures et professeurs d'université, la Centrale des syndicats du
Québec et les auteures de l'enquête sur la sexualité, la sécurité et les
interactions en milieu universitaire.
souhaite la bienvenue à M. Jean-Marie Lafortune, représentant de la
Fédération québécoise des professeures et
professeurs d'université. Je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes
pour votre exposé, puis après, ensuite, nous allons procéder à la période d'échange avec les membres de la
commission. Je vous invite à procéder avec votre exposé.
M. Lafortune
(Jean-Marie) : Merci. Alors,
bonjour. Merci de me recevoir parmi vous aujourd'hui. Évidemment, j'ai conscience qu'ayant transmis le document
quelques jours à l'avance vous avez eu l'occasion de le parcourir, surtout
qu'il est relativement concis. Alors,
peut-être juste, d'entrée de jeu, indiquer l'orientation générale par le
sous-titre qu'il a : Un
engagement professoral et un défi de société , pour bien attester, bien sûr, de la... le sérieux par lequel on
envisage le problème des violences à
caractère sexuel, mais aussi par le fait qu'on considère que, s'il se manifeste
à l'intérieur du milieu
universitaire, c'est qu'il englobe plus largement des logiques sociétales et
que, donc, l'action nous mobilise bien au-delà de l'enceinte
universitaire.
Alors, je
reprends brièvement les principaux éléments apparaissant dans ce mémoire.
D'entrée de jeu, bien sûr, débuter en disant que les syndicats de professeurs
n'ont pas attendu le dépôt d'un projet de loi pour, disons, se doter de lignes de conduite en matière de violence à
caractère sexuel, plus spécifiquement, éventuellement, de mesures à prendre
pour éviter d'être en situation de conflit d'intérêts ou d'abus de pouvoir.
Alors donc,
il y a depuis longue date des diffusions d'information à cet égard et prises de
conscience par le corps professoral,
bien que, bien sûr, on ne peut pas
garantir que l'ensemble des membres de ce corps professoral, disons, appliquent
systématiquement les recommandations de leurs syndicats.
l'orientation générale du projet de loi, nous sommes plutôt favorables à cette
approche qu'on a qualifiée de ferme
et flexible, c'est-à-dire qui s'instaure dans le respect de l'autonomie
universitaire. On considère qu'effectivement, à cet égard, les institutions sont au coeur de la solution et que leurs
approches sérieuses, méthodiques et diligentes permettront d'éviter la prolifération de dénonciations
publiques en marge du système, qui, donc, lui fait mal et qui touche bien sûr
l'ensemble du corps professoral.
Par ailleurs,
de manière très prosaïque, la question du financement préoccupe la FQPPU, comme
bien d'autres acteurs du milieu, à
savoir que, bien sûr, l'annonce du 23 millions sur l'étendue de cinq ans
ne nous garantit pas éventuellement que ce sera suffisant pour
satisfaire les besoins. C'est pour ça que nous appelons à non seulement un financement dédié de cette nature, mais également
récurrent, et indexé, et éventuellement révisé, le cas échéant, s'il fallait
qu'il ne soit pas à la hauteur des besoins.
Par ailleurs,
nous considérons donc, à la fédération, qu'une possible incohérence est
susceptible d'apparaître entre deux principes relativement au traitement équitable,
à la présomption d'innocence et la confidentialité des dossiers. Le premier principe est évidemment celui de l'accès à
l'information sur le suivi des plaintes par les victimes, et le second principe est celui de la confidentialité des
processus. Alors, nous nous interrogeons sur la possibilité de concilier
réellement les principes de suivi des
plaintes et celui de confidentialité. D'un côté, la demande des victimes
d'obtenir l'information sur
l'exemption nous apparaît légitime et garante du maintien de la confiance
envers le processus institutionnel de traitement des plaintes, mais, de l'autre côté, la préservation de la
confidentialité s'appuie sur les principes de justice naturelle et
d'équité procédurale, qui sont à la base de notre système juridique.
On en arrive
au point qui, éventuellement, fait craindre à plusieurs de nos collègues une
mise en oeuvre peut-être abusive d'un encadrement, disons, excessif et celui
relatif à l'instauration d'un code de conduire selon les modalités mêmes de mise en oeuvre de ce code de conduite. Il
n'est pas clair, dans le projet de loi, en tout cas, ce que l'on entend par là, à savoir est-ce qu'il s'agit, comme je
l'évoquais d'entrée de jeu, de ligne de conduite ou d'un code, au sens plus
strict qui amènerait, par exemple,
l'ensemble des membres du corps professoral à devoir s'engager, par exemple,
par écrit à respecter certaines règles.
Puisque vous
n'êtes pas sans avoir que, bien sûr, les conventions collectives des
professeurs leur garantissent une liberté
universitaire contre laquelle certains éléments de code de conduite pourraient
entrer en contravention et que les
codes de conduite, tels qu'ils ont tenté d'être mis en oeuvre, en tout cas,
depuis un certain nombre d'années par les administrations
universitaires, sont considérés par nous comme un outil de régulation qui
cherche davantage à museler l'opposition qu'à garantir les bonnes pratiques et les bonnes
conduites. Alors, dépendamment de la manière dont on aura d'instaurer et de mettre en oeuvre un tel code de
conduite, on sera plus ou moins, disons, favorables à son avènement.
Autre élément... enfin, avant-dernier, si on
veut, c'est celui de l'accessibilité aux services. Dans le cadre des
consultations en début d'année, en 2017, donc, nous avions proposé d'envisager
une mutualisation des ressources de manière,
évidemment, à nous assurer que le 23 millions annoncé
puisse satisfaire, donc, ces besoins dans un contexte, je vous le rappelle, où les universités ont connu,
disons, des coupures, des compressions budgétaires importantes au cours des
dernières années. Et, par exemple, on s'interroge à savoir : Qu'en est-il des
universités multicampus? On a à l'esprit une université comme celle du Québec à Rimouski, un campus à Rimouski, un campus à Lévis.
Est-ce que le bureau, donc, sera à
l'un ou l'autre des campus? Sera-t-il aux deux campus? Auquel cas il faudra
prévoir, bien sûr, les budgets
nécessaires. Mais nous continuons d'opter pour une perspective de
mutualisation lorsque possible.
Dernier
élément, c'est celui de la limite de la compétence des universités lorsque le
projet de loi énonce qu'il devra prendre
en compte également les échanges dans le cyberespace. Alors, on s'interroge à
savoir si effectivement il y a une capacité
des administrations universitaires à intervenir ou à réguler le cyberespace ou l'Internet. Nous en
doutons fortement. On se demande dans
quelle mesure il y aura, dans cette
perspective, respect de la vie privée, qui fait l'objet de débats dans la société québécoise et
canadienne, depuis longue date, et pour nous, l'idée que l'ensemble des
échanges par Internet soient surveillés par les administrations, ça fait
une surenchère de contrôles et de régulations. Parce que vous n'êtes peut-être pas sans savoir que maintenant le milieu
universitaire est traversé par un ensemble de caméras, un ensemble d'agents de sécurité qui sont censés garantir
cette sécurité mais qui, au fond, exercent également une surveillance étroite
sur l'ensemble des membres de la communauté
universitaire et, au fond, aussi de manière importante sur les professeurs.
Alors, en
conclusion, nous considérons que ce projet de loi constitue une initiative
importante, notamment par le fait
qu'il pourra apporter une réponse plus uniforme aux problèmes, aux abus que
vivent un certain nombre de victimes. Mais,
vous aurez compris que nous avons un certain nombre d'éléments qui nous
apparaissent difficiles à mettre en oeuvre ou qui, à notre avis, ne relèvent pas de la compétence des universités.
À
titre de remarque finale, nous estimons donc que les violences à caractère sexuel trouvent racine
dans une culture qui n'est pas l'apanage du milieu universitaire, ce dont
témoigne l'actualité récente. Et, dans ces
circonstances, on ne saurait trop insister sur l'importance que revêtent
l'éducation, la prévention et la sensibilisation.
En terminant, donc, une mise en garde, si on
veut, à l'effet que, bien sûr, toutes les solutions qu'on est tentés d'apporter à ce problème comportent leurs propres
problèmes et que, donc, il faut agir avec prudence dans leur implantation.
Merci.
La Présidente (Mme de Santis) :
Merci beaucoup, M. Lafortune. Nous allons maintenant débuter la période
d'échange. Mme la ministre, la parole est à vous.
Mme David :
Oui, merci beaucoup. Merci, M. Lafortune, de vous être déplacé jusqu'à
Québec pour venir nous donner des
avis sur ce projet de loi qui, pour nous, revêt une grande importance. Je pense
que ça témoigne de non seulement ce qui se passe dans la société depuis
plusieurs années, mais ce qui, suite à toutes sortes d'événements dans les universités, des consultations... auxquelles je
n'ai pas vu beaucoup la FQPPU, d'ailleurs, dans les cinq journées de
consultations. Je ne pense pas que...
Mme David :
Oui? Vous êtes venus? Je pense que, si vous avez assisté à l'ensemble des
consultations, vous serez d'accord
que les gens étaient très inquiets de ce qui se passait. Ils disaient : Il
faut faire quelque chose, il faut réfléchir à cette question-là, elle
est plus présente qu'on pensait.
Un des
mémoires qui nous a été proposé, dont on va discuter tout à l'heure, à
5 heures, c'est l'enquête ESSIMU, qui
a été faite, d'ailleurs, à partir de l'UQAM et qui est une enquête qui a fait couler
beaucoup d'encre, qui a révélé un certain nombre de choses qui nous
empêchent d'ignorer la situation des violences à caractère sexuel, dont vous
avez tout à fait raison de dire que ce n'est
pas l'apanage des universités et des collèges, mais c'est aussi dans les
universités et les collèges, et on ne
pourrait faire fi de cette situation. Donc, je vais vouloir avoir une
intéressante conversation avec vous, puisque vous acceptez gentiment de
partager la tribune pour nous dire ce que vous pensez.
Je pense que,
dans ces journées, on a vu beaucoup de très belles initiatives. Je parle de
l'enquête ESSIMU, mais je parle aussi
des campagnes Sans oui, c'est non! et Ni viande ni objet, qui ont mis à jour
vraiment des besoins de prévention, d'information, de formation,
d'encadrement des activités d'accueil et d'intégration qu'on appelle plus
communément «initiations», dans les
universités, beaucoup de dérapage, donc beaucoup de choses liées à des
conséquences fâcheuses à partir d'événements qui se passent hors campus
et sur campus.
Alors, on a
eu beaucoup de discussions là-dessus avec les associations étudiantes, qui sont
venues à peu près toutes, des
associations de jeunes, la Fédération des cégeps, des représentants, donc, de
différents milieux. Et tous et toutes nous demandent, contrairement à vous, et là c'est là que je veux comprendre
un peu, d'au contraire intervenir hors campus. Parce qu'il existe plusieurs activités qui peuvent être faites à partir
d'une association étudiante accréditée par une université, par exemple, et qui fait une activité d'accueil,
d'initiation, un party de Noël, etc., ou qu'un événement tourne mal, mais ça
se passe vraiment entre membres d'une
communauté universitaire. Et là ils nous ont dit : Bien, ne vous limitez
pas aux campus parce que plusieurs
activités ne se font pas nécessairement aux campus, mais... où l'association
étudiante, ou le département, ou la faculté cautionne et accepte que
cette activité-là se tienne.
Alors, je
voulais savoir un petit peu vos réflexions sur cette question-là. Parce que,
s'il arrive un élément un peu malencontreux,
un peu ou beaucoup, est-ce que je comprends que l'université ne devrait pas
s'en mêler, si l'étudiante ou l'étudiant
demande de l'aide ou veut accuser un... porter plainte contre la personne de
qui elle a été agressée, parce que ça ne serait pas dans les limites
géographiques du campus?
M. Lafortune
(Jean-Marie) : Bien, ce
qu'il nous semble, d'entrée de jeu, c'est qu'il sera difficile, bien sûr, de
mettre en place un dispositif de surveillance et de suivi en ces matières pour
toutes les universités. Est-ce qu'on peut considérer
qu'elles ont effectivement des responsabilités en regard, par exemple,
d'activités qui peuvent se dérouler à des centaines de kilomètres de leur campus principal? Est-ce qu'il y a
d'autres modalités qui existent, éventuellement, pour que justice soit faite, dans le cas d'abus,
d'agression, et qu'ils puissent être attestés plus directement et sur les lieux
mêmes de ces abus ou de ces comportements, là, réprimables?
Et nous,
jusqu'à présent, on interroge parce qu'on ne pense pas qu'à l'heure actuelle
les universités pourront être efficaces
dans cette perspective. Et on se demande jusqu'à quel point les dispositifs en
question ne comporteront pas ce que
j'appelais les effets collatéraux de surveillance et de contrôle qui feront en
sorte que... Est-ce qu'au fond ça va aller jusque chez les individus? Est-ce que ça va aller jusque... les lieux de
rencontre informelle? Parce qu'on comprend bien, là, dans l'exemple que vous utilisez, qu'il s'agit de
rencontres étudiantes ou d'activités socioculturelles. Mais qu'en sera-t-il
d'activités de recherche professorale, etc.?
Alors donc, une fois qu'on entre dans cette voie-là, on craint qu'on veuille
s'engouffrer dans une perspective un peu, là, inépuisable de moyens de
surveillance qui vont ultimement contraindre l'ensemble
de la communauté universitaire et, éventuellement, donc, bien sûr, les
professeurs, au nom, évidemment, je dirais, d'une problématique sérieuse
à laquelle, effectivement, on doit chercher des solutions.
Mais
il y a tout lieu de craindre que cette voie-là ne soit pas la plus souhaitable,
en tout cas, dans l'état actuel des choses,
pour que, d'une part, le phénomène s'estompe et pour que, d'autre part, le
milieu universitaire puisse continuer de
se développer, je dirais, sainement, sans le souci de dire que chaque geste,
chaque parole va être épié par, je ne sais pas, des pions, par des
personnes qui relateront l'ensemble des propos et gestes à une instance dont on
ne connaît pas d'ailleurs d'emblée, disons,
la composition, mais dont on peut suspecter qu'elle relèvera de
l'administration et qui pourra l'utiliser éventuellement sur le corps
professoral pour toutes sortes de pressions. Puisque notre observation nous mène à considérer que chaque outil additionnel de
contrôle fait parfois l'objet d'une utilisation malveillante par des gens qui
soit veulent faire taire des professeurs qui ont, je dirais... qui défendent
leur liberté universitaire, et donc leur aire de liberté, par rapport à des ambitions administratives qui cherchent, au
contraire, à gérer sur la base de leurs propres chefs. Alors, c'est l'équilibre des pouvoirs qu'on a
nommés dans le mémoire qui nous semble être peut-être compromis si on
s'avance dans cette voie.
Mme David :
Vous parlez de liberté universitaire, un concept, quand même, que je connais
assez bien, et vous mettez ça en opposition... j'ai marqué ici :
«Museler des positions, des positions plus administratives qui pourraient exercer un pouvoir», vous en parlez souvent, les
mots «contrainte», les mots «administration malveillante», etc. J'essaie vraiment de comprendre en quoi le concept de liberté universitaire, qui date du Moyen Âge, on se comprend, les accords de Bologne, si on peut en parler, on va en parler longtemps... Cette contrainte ou ce souci de liberté, c'est la liberté de penser, c'est la liberté académique de pouvoir
faire de la recherche libre, de la recherche indépendante. J'essaie de voir le
lien entre ce concept, et la notion de
violence à caractère sexuel, et de danger sur les membres du personnel parce qu'il pourrait se passer quelque
chose. Je ne comprends pas, honnêtement, le lien, et j'aimerais vous entendre là-dessus, entre ladite
liberté universitaire et la question des violences à caractère sexuel.
M. Lafortune (Jean-Marie) : Alors, je pense qu'on a une autre définition de
la liberté universitaire, qui, pour nous,
consiste à pouvoir révéler des vérités qui peuvent heurter les pouvoirs — politiques, économiques, religieux,
syndicaux mêmes — et que donc... Justement, c'est un peu ce
qui fait objet de l'opposition, dans la démocratie universitaire, qui est
aujourd'hui mise à mal. Parce qu'à la lecture
que l'on fait des choses, c'est que les administrations sont tentées de
s'accaparer l'ensemble des pouvoirs, de la destinée des institutions
pour les conduire de leur propre chef.
Alors,
la référence aux violences, elle est indirecte. C'est que les outils qu'on est
tentés de vouloir mettre en place pour
pallier ce problème sont susceptibles d'être utilisés de manière à faire taire
les oppositions internes aux universités. Alors, pour nous, c'est vrai de tous les moyens de régulation qui
actuellement ont été mis en place. J'ai été moi-même, disons, mis au courant d'au moins une
demi-douzaine de cas où, par exemple, les politiques contre le harcèlement ont
été instrumentalisées par des
administrations pour mettre à l'écart des professeurs qui étaient considérés
comme nocifs, par exemple, à l'image de l'université.
Alors,
on se dit : Par extension, les politiques en matière de harcèlement sexuel
ou de lutte à la violence à caractère sexuel
n'échapperont éventuellement pas à cette logique. Et donc les membres du corps
professoral nous demandent, nous, aux
représentants et représentantes de ce groupe, de nous assurer qu'on n'ira pas
plus loin dans l'outillage, si on veut, des administrations, en matière
justement de contrôle de régulation, considérant le risque avéré — enfin,
si on tient compte au moins de la demi-douzaine
de cas qui ont été portés à mon attention — d'abus dans l'utilisation, les usages
de ces outils.
Alors,
tel est l'état, si on veut, du problème, à savoir que, cherchant bien sûr à
s'outiller mieux, éventuellement, on
suscite de nouveaux problèmes qui sont d'une autre nature, j'en conviens, mais
qui importent bien sûr aux membres du corps professoral.
Mme David :
Est-ce que vous pensez que cette question des violences à caractère sexuel qui
touchent les jeunes, nos jeunes, est
importante, est suffisamment importante pour qu'on doive essayer d'intervenir
pour les accompagner, si tant est que cette chose-là existe dans la
posture que vous semblez développer aujourd'hui?
M. Lafortune (Jean-Marie) : Bien sûr. Nous, on pense qu'il faut effectivement
que, dans chacune des universités, enfin,
dans chacun des établissements postsecondaires ou d'enseignement supérieur, il
y ait des ressources spécialisées suffisamment dotées pour permettre
effectivement un traitement rapide, sérieux des signalements et des plaintes
qui seront portés à leur attention.
Donc, on estime le problème réel et sérieux. Mais, simplement, la recherche de
solutions peut parfois, donc, comme
je le soulignais, nous entraîner dans des pentes glissantes, et c'est ce que
l'on cherche à éviter par nos commentaires, par nos réserves, le cas
échéant. Et, sans avoir les solutions clé en main, on se dit : Il faut véritablement faire attention à ne pas justement,
je dirais, transformer nos univers universitaires en univers carcéraux,
je vais dire.
Mme David :
Est-ce que vous pouvez élaborer un peu sur l'univers carcéral universitaire?
M. Lafortune (Jean-Marie) :
C'est que là, nous, comme professeurs, il faut comprendre qu'on est évalués à l'entrée, on est évalués à chacun de nos contrats,
chacune de nos demandes de financement, chaque dépôt de texte pour une revue, pour un livre, on est évalués dans
chacun de nos cours, on est surveillés par les caméras, par les gardiens, on
est... Donc, je dirais, on fait l'objet
d'une surveillance continue. Quiconque a lu déjà sur le panoptisme
comprend qu'il y a peu
de marge de manoeuvre additionnelle pour que l'ensemble,
je dirais, des gestes et des paroles soient consignés et éventuellement
utilisés contre les membres du corps professoral.
Il y a un tel
état de sécurité, et c'est a priori, à notre sens, une question importante et
que... Ce qui a été mis en place, les
dispositifs élaborés ont cherché à répondre à un problème réel, mais tout ça
finalement contribue à transformer, effectivement, l'université, on
pourrait dire même à transformer peut-être les rapports entre les membres du
corps professoral et le reste des membres de
l'université parce que, si les... Enfin, on peut imaginer que, si on est soumis
à un regard constant et à une évaluation
constante, les comportements vont également changer et que l'ouverture, par
exemple, du corps enseignant à toutes sortes de discussions qui
permettent d'approfondir certaines questions de recherche, de pédagogie vont être omises à l'avenir, puisque risquant,
par effets collatéraux, de compromettre la carrière d'un ou d'une
professeur.
Mme David :
O.K. On va revenir. J'ai un collègue qui voudrait vous poser une question, et
après ça je reviendrai sur votre... un certain nombre de vos affirmations.
Alors, mon collègue de D'Arcy-McGee, Mme la Présidente, voudrait...
Présidente (Mme de Santis) : Merci, Mme la ministre. Alors, la
parole est à vous, M. le député de D'Arcy-McGee.
M. Birnbaum :
Merci, Mme la Présidente. Bonjour, M. Lafortune, et merci pour votre
exposé. Écoutez, avec tout respect, je me permets d'exprimer, dans un premier
temps, mon étonnement et à vous inviter de me convaincre de votre
constat premier qui est que vous appuyez le geste très important que pose la
ministre dans un dossier que, vous convenez avec nous, est d'une importance
capitale. Et je me permets de poser la question sur deux volets.
Dans un
premier temps, j'ai cru comprendre que les genres d'instances qu'on propose à
instaurer vous inquiètent parce que ça
risque de renforcer une tendance que vous avez déjà vue qui est de permettre
aux administrations des universités
de faire procès d'intention des profs sur d'autres terrains. Premièrement, ça
m'étonne un petit peu. Dans un deuxième temps, est-ce qu'il faut tout
simplement adresser ce problème-là, au lieu de dire que, les structures qu'on
proposerait, c'était très difficile?
Deuxième
question sur une chose assez fondamentale, et là j'ai plutôt une question. Vous
notez à juste
titre que la question de confidentialité est d'une
sensibilité... d'une difficulté accrue. Évidemment, il faut à la fois respecter
la notion de protéger des gens contre les
allégations non fondées, et, évidemment, je crois qu'on va s'entendre sur
l'importance, si on est pour adresser
au phénomène de l'intimidation, tout ce phénomène qui rend ça tellement
difficile pour les femmes, surtout de
se protéger, de se mettre de l'avant lors d'un incident. Il faut respecter leur
confidentialité en même temps. Là, dans
votre mémoire et dans vos remarques, vous avez parlé de cette difficulté de
trancher, mais vous n'avez pas proposé de solution. Alors, je vous
invite d'élaborer un petit peu sur la question de confidentialité.
Et comme je
dis, je persiste et je maintiens, je pose la question. Vous êtes en train de
dire que vous avez tout à fait compris
l'importance sociétale d'attaquer un problème de sécurité, d'un bien-être qui
touche un pourcentage de la population et
souvent les gens les plus vulnérables, vous l'avez dit, comme constat, et là je
vois devant nous des bâtons assez larges que vous mettez dans les roues
d'un processus qui s'adresserait à ce grand problème.
M. Lafortune (Jean-Marie) :
Merci de la question. Alors, il n'y a pas d'ambiguïté sur la reconnaissance du problème, mais ce n'est pas tout que de le reconnaître
pour penser que, magiquement, bien sûr, des solutions toutes faites ou
importées d'autres contextes puissent être satisfaisantes et sans impact sur le
milieu universitaire et notamment le corps
professoral. Alors, si, évidemment, on observe que malgré les lignes de
conduite diffusées par les syndicats de profs auprès de leurs membres,
certains professeurs abusent et se compromettent dans toutes sortes de gestes
et de paroles, non seulement on le déplore, mais on les rappelle à l'ordre à
l'interne à partir de ce qu'on considère être les outils d'éducation et de sensibilisation, éventuellement,
donc de changement comportemental volontaire, plutôt que d'instaurer un cadre strict, légal, judiciaire qui démontre
que, on le voit bien dans le cas
américain, on a beau instaurer
des codes de conduite avec des
documents à signer par tout le monde, il n'empêche qu'il y a des cas d'abus
dans les initiations, il y a des cas d'abus dans les universités, etc.
Donc, on
s'inspire aussi de ce qui se fait ailleurs pour comprendre qu'il y a des
solutions qui nous apparaissent inquiétantes,
même si effectivement, je le reconnaissais tout à l'heure, on n'a pas les
réponses à tout. Donc, on manifeste un certain nombre d'inquiétudes en nous
disant : Inspirons-nous non seulement de solutions que des membres de
la communauté universitaire proposent ici,
mais aussi d'expériences ailleurs, pour bien voir que ce qui apparaîtrait a
priori comme des solutions
intéressantes ne le sont, dans les faits, pas tant que ça et comportent des
effets pervers qu'il faut donc
prévenir.
La question
de l'administration autoritaire, pour nous, ça fait de nombreuses
années qu'on la traite, et donc... Parce
vous m'invitiez, si on veut, à dire : Est-ce qu'il n'y aurait pas un
travail à faire de ce côté-là?, et
que, si on retrouvait la collégialité dont on se... enfin, on prétend
encore, disons, utiliser comme principe constitutif ou structurant de la vie
universitaire, force est d'admettre que la collégialité est réduite à sa plus
simple expression aujourd'hui, que la... on pourrait dire, l'administration
managériale a pris le dessus sur la gestion collégiale et que donc, effectivement,
ça fait craindre des usages intéressés,
détournés des outils qu'on pourrait mettre en place à des fins de confort d'un
pouvoir que certaines administrations cherchent à concentrer.
Alors, il
faut reconnaître le problème, il faut s'atteler à trouver des solutions qui
soient les plus intéressantes. Celles qui
procèdent par incitation, par sensibilisation, éducation, adhésion volontaire à un certain
nombre de comportements nous semblent toujours à privilégier, considérant qu'ailleurs sur la
planète on a tenté de jouer le jeu des interdictions, des grandes sanctions et que ça n'a en rien réglé le
problème, même qu'il est sans doute plus important au sud de la frontière
qu'ici, au Québec.
Mme David :
C'est parce que...
La Présidente (Mme
de Santis) : Mme la ministre.
Mme David : Oui, excusez. Je sais et je comprends le modèle
que la FQPPU peut privilégier, la cogestion, etc. Vous ne vous en êtes jamais
cachés, puis, bon, c'est correct, on a tous nos modèles de gestion. Mais là on
parle... Moi, je vois très mal
comment on pourrait cogérer, au sens de dire à un professeur ou de dire à un
employé ou à un autre étudiant qui
aurait commis un geste malheureux, que ça soit n'importe qui vis-à-vis
n'importe qui, qu'il y ait une incitation à se reprendre en main. Disons qu'il y a
des gestes qui appellent des conséquences un peu plus graves que ça. Je
pense que vous l'admettrez avec moi que, quand on parle de viol, quand
on parle d'agression sexuelle, il faut toujours bien qu'il y ait quelqu'un
qui, dans notre société, qui est un État de droit, il y ait
une victime, il y a un agresseur. Peut-être que ce n'est pas un vrai agresseur puis qu'il n'y a pas de vraie victime, mais il
y a aussi des vraies victimes et des
vrais agresseurs, et donc ça prend un système...
La société est faite
ainsi qu'il y a des interdits dans notre société.
y en a qui ont dit qu'il était
interdit d'interdire. Je ne sais pas si vous participez de ce modèle où on
n'interdit rien, mais quand vous
comparez... parce que vous avez employé le mot «panoptisme» tout à l'heure, qui est quand même un mot de Michel Foucault, qui parle des asiles
psychiatriques du XVIIIe siècle, et que nous serions dans ce climat-là dans le climat universitaire. Si c'est le
fond de l'arrière-plan à partir duquel vous installez votre réflexion sur les
violences à caractère sexuel, j'ai un
peu de misère à suivre parce que je comprends à ce moment-là que, dans cet
univers... on a parlé d'univers carcéral tout à l'heure, bien,
c'est la prémisse à partir de laquelle vous faites cette réflexion sur comment
ne pas encadrer ou ne pas se poser de question sur...
La Présidente (Mme
de Santis) : Il reste 30 secondes.
Mme David :
...qu'est-ce qui arrive entre un agresseur et une victime.
M. Lafortune
(Jean-Marie) : Alors, bon, évidemment, il y a certaines agressions
qui, à notre avis, relèvent carrément du
Code criminel, là, si on évoque le viol et tout ça. On se demande pourquoi ce
serait limité à une administration universitaire
qui voudrait bien réguler ça. Au fond, il y a déjà un système en place. Donc,
pour ce qu'il y a de vraiment plus brutal, là, normalement, là, on
reconnaît, là, la prérogative du système judiciaire et policier.
Pour le reste,
évidemment, c'est une... comment dire, c'est une préoccupation, une inquiétude,
qui est rendue manifeste chez le corps
professoral, qu'on est dans un contexte où, effectivement, disons, les
relations de confiance sont rompues
avec les administrations, ce qui nous amène à faire acte de plus grande
prudence, mais ça ne veut pas dire de protéger des personnes qui
commettent des gestes répréhensibles.
Alors,
c'est sûr à ce qu'on s'attend à ce qu'éventuellement des gestes qui n'ont pas
lieu d'être à l'université soient sanctionnés.
C'est l'évidence même. Alors là, après ça, il s'agit de voir quel est cet
appareillage-là à partir duquel on va opérer, d'une part, une
sanction...
Présidente (Mme de Santis) : Merci, M. Lafortune. La parole
maintenant est à la représentante de l'opposition officielle, la députée
de Marie-Victorin.
Mme Fournier :
Merci, Mme la Présidente. Rebonjour et bienvenue en commission parlementaire.
vais tout de suite poursuivre un peu sur les questionnements des collègues du
gouvernement qui sont passés avant
moi, parce que, bon, c'est certain qu'on ne se cachera pas que votre position
aujourd'hui, elle est quand même assez largement
différente de celles qu'on a entendues jusqu'à maintenant dans les
consultations particulières. Puis il y a quelque chose que vous avez dit, qui m'a interpellée, il y a quelques minutes
seulement. Vous avez dit que... En tout cas, vous avez semblé laisser entendre que les solutions qui
pouvaient s'apparenter au projet de loi n° 151, qui avaient été adoptées
ailleurs dans le monde, n'étaient pas... ne répondaient pas un peu à nos
préoccupations ou ne fonctionnaient pas bien. Pourtant,
on a souvent cité, par exemple, les cas des universités américaines comme
Harvard ou Yale et, en tout cas, de ce que
moi, j'en sais, c'est que ça fonctionne bien. Les solutions ne sont pas
parfaites, mais c'est néanmoins un très bon pas en avant.
Donc,
j'aimerais vous entendre sur la nature de votre déclaration puis plutôt quelles
expériences avez-vous noté qui ne fonctionnaient pas bien ailleurs, en
matière de lutte contre les violences à caractère sexuel dans les universités.
M. Lafortune (Jean-Marie) : D'accord. Le regard, effectivement, a tendance à
se tourner vers les universités américaines, eu égard à, moi, je dirais,
à l'ossature juridique qu'ils ont tenté d'imposer à l'ensemble des membres de la communauté universitaire. Mais lorsqu'on
regarde simplement des statistiques sur les réalités des occurrences de cas
d'agressions de nature sexuelle sur les
campus américains, lorsqu'on se tourne du côté des actions de débordement qui
accompagnent les activités d'initiation sur
les campus américains, on ne voit pas de grande avancée ou de grande
différence, eu égard à ce qui se faisait avant l'instauration de ces
mécanismes de contrôle.
Et donc on
s'interroge, à savoir : est-ce que ce sont donc les bons outils, les bons
véhicules, si on veut, à mettre de
l'avant pour y parvenir? Et la judiciarisation des milieux de travail ne nous
apparaît pas nécessairement, là, l'option la plus
souhaitable. On est d'accord pour le fait que les actes les plus répréhensibles
soient sanctionnés, mais, à plus long terme,
c'est-à-dire, au fond, peut-être dans un premier temps, il faut symboliquement
montrer un peu plus de force dans le combat contre ces violences.
Mais à terme, ce qu'on souhaite, et sans être
une interdiction d'interdire, c'est que la prise de conscience, l'éducation, la sensibilisation prennent le pas
sur les sanctions, parce que dans tous les cas, à vrai dire, d'espèce, en
éducation comme ailleurs, dans le
milieu universitaire comme dans le milieu de travail en général, les sanctions
atteignent rapidement leur limite et
les personnes parviennent à contourner les règles existantes pour pouvoir,
finalement, continuer d'exercer leurs abus dans bien des cas, si bien
que, pour nous, la voie de la pénalité nous apparaît être à suivre dans un
moment premier, mais très limité, de manière
à bien marquer le point à ce moment-ci de l'histoire, mais que rien ne
remplacera, donc, une éducation dès
le plus bas âge, pour nous assurer du respect de chacune, chacune, et d'une évolution
pacifique, et de la création d'un milieu de travail et d'études qui soit
sain.
Mme Fournier : Là-dessus, c'est certain qu'on s'entend. Je pense
qu'on a du travail à faire en amont aussi en même temps qu'il y a du travail à faire en aval, mais il faut le
reconnaître que c'est quand même une problématique qui est très présente. On l'entend aussi énormément
depuis quelques semaines, voire quelques années, avec les
différentes vagues de dénonciation.
Alors, il faut quand même reconnaître que le problème, il est là, et donc
de donner toutes les ressources nécessaires aux personnes qui ont pu être
victimes de violence à caractère sexuel dans nos cégeps, dans nos universités,
de passer à travers ça puis aussi d'avoir les recours appropriés pour s'en
sortir.
Donc, vous
avez dit tantôt que vous aviez, en réponse à ma question sur les cas des
universités américaines, par exemple...
Est-ce que vous avez un rapport en particulier que vous
citez? Parce que vous sembliez faire allusion à des
statistiques particulières.
M. Lafortune
(Jean-Marie) : Ce n'est rien
d'absolument récent. Donc, ça ne me donne rien d'aller beaucoup plus
loin parce qu'il faudrait sans
doute... Ça évolue rapidement, ce genre de chose là, et, comme je le disais, il
y a des fois des gestes, qui
apparaissent d'abord symboliques, peuvent aussi à plus long terme, disons,
opérer et faire la différence.
pourrait... si vous le souhaitez, je pourrais vous transmettre ça plus tard,
là, ce mois-ci, des statistiques qu'on pourrait
trouver, plus récentes, là, sur l'occurrence de ces cas-là. Encore faut-il voir
comment est-ce que c'est compilé parce
que ce qu'on appelle abus ou agression a différentes natures, recouvre
différents gestes ou paroles. Et là il faut voir aussi quelle est la gravité relative de ces gestes ou
paroles et est-ce que c'est compilé de la même manière au Québec, au
Canada, aux États-Unis, parce qu'il faut bien sûr s'assurer d'avoir du
comparable en ces matières.
Mais je
rencontre, dans mes activités de représentation à l'international, des
collègues des universités américaines, et
ces gens-là, forts de leur connaissance, si on veut, du système universitaire,
me disent que tout ça, finalement, a un impact proprement symbolique, mais qu'éventuellement cet engagement-là par
écrit des membres de la communauté universitaire les attache et finalement les met dans une situation où ils se sentent
muselés, non seulement de participer à la vie universitaire plus
intégralement, mais éventuellement de mettre de l'avant des débats qui
pourraient éventuellement heurter les sensibilités.
Et là on voit
que la question des violences à caractère sexuel, on glisse vers l'ensemble des
sujets mis en débat à l'intérieur d'un cadre universitaire, et, pour
nous, c'est là où on fait apparaître cette idée de liberté universitaire, où ça ne nous apparaît pas une solution, une
perspective réjouissante de se dire que, dans la foulée des outils pour
combattre un phénomène sérieux, réel
et qu'on doit, au fond, contenir, de modifier le registre des échanges
intellectuels dans un milieu universitaire
qui ne doit pas être, je dirais, muselé de quelque manière que ce soit. Et donc
on pourrait dire, les limites sont
minces entre une solution adéquate sur le long terme et une solution qui pourrait
apporter des revers, des aspects plus négatifs.
Et, quand on dit pour la communauté
universitaire, bien, c'est éventuellement pour l'ensemble de la société,
puisqu'évidemment on est dans une société du savoir, une économie qu'on dit du
savoir et donc virtuellement, par la démocratisation,
on souhaite que tout le monde passe par l'université, mais il faut garder une
université qui puisse encore jouer son rôle d'approfondir des questions,
de questionner ce qui relève des pouvoirs et donc d'éviter tout ce qui est
susceptible d'aller à l'encontre d'une vie universitaire, je dirais, fébrile,
créative.
Et donc c'est
pour ça que c'est, disons, sous l'image, là, de crainte, d'inquiétude et de
questionnement que je viens ici aujourd'hui sans pouvoir effectivement
vous livrer des solutions, là. Mais dépendamment, comme je le disais autour de la question des cas de reconduite, de la
manière dont on implante ça, ça peut éventuellement, puisque si ça suit la...
enfin, je dirais, l'orientation qu'on a prise, nous, dans les syndicats, à
savoir de ligne de conduite à laquelle les gens adhèrent volontairement,
on pense que, sur le long terme en tout cas, ça va être plus intéressant que
des codes de conduite qui engageraient
formellement les gens par des signatures et qui iraient éventuellement, donc, à
l'encontre d'une vie intellectuelle plus ouverte.
Mme Fournier : Parce
que ce que nous disaient beaucoup
de groupes jeunes, aussi, par exemple, la Fédération des cégeps, tout ça, c'est que les mesures, par
exemple, qui sont contenues dans le projet
de loi n° 151, les mesures que
vous semblez un peu plus dénoncer, bien,
pouvaient participer au contraire à créer ce lien de confiance là entre la
partie étudiante, et les professeurs, et, bref, tout le personnel qui
est en relation d'autorité.
Mais quand même
je pense qu'on s'entend sur la
partie éducation,
prévention, sensibilisation. Dans votre mémoire, vous parlez notamment, là, des cours d'éducation
à la sexualité dès l'école primaire, tout ça, et, bon, je partage entièrement votre position. Mais à ce regard-là, en regard de l'éducation,
de la prévention, de la sensibilisation, selon vous, que pourraient faire de plus
les universités québécoises?
M. Lafortune (Jean-Marie) :
Bien, c'est d'outiller les intervenants et intervenantes, déjà aussi de
s'associer à des forces de la société civile, enfin, ou communautaire,
associatif, qui déjà ont des expertises dans le domaine. Évidemment, là, on l'a
appelé dans la consultation antérieure et on estime que... enfin, ce milieu
universitaire est en mesure d'outiller
convenablement l'ensemble des parties personnelles ou individuelles et
organisationnelles qui cherchent justement
à aller plus loin dans cet objectif de sensibilisation et d'éducation, de
documenter, de faire des enquêtes pour voir
effectivement est-ce qu'il y a des avancées, donc est-ce qu'il y a un recul de
l'apparition de ces cas-là, par exemple, après la mise en oeuvre d'un certain nombre de programmes de sensibilisation,
etc. Et donc, au fond, on pourrait dire de monitorer, comme on l'a dit
souvent, le phénomène et de voir ce qui fonctionne, ce qui fonctionne moins.
Donc, au
fond, c'est ça qui est, je pense, l'apport particulier de l'université. Ça a
toujours été de tenter de contribuer à
ce qu'on s'administre, qu'on se gère avec une plus grande lumière, si on veut,
c'est-à-dire à travers des faits et non pas uniquement, bien sûr, des
impressions.
Mme Fournier :
Merci. Un autre aspect sur lequel on s'entend, c'est la nécessité d'avoir des
ressources dédiées pour mettre en application le projet de loi
n° 151, parce que c'est vrai qu'il contient plusieurs mesures auxquelles
les universités devront se soumettre.
Donc,
j'aimerais vous entendre là-dessus. Est-ce que vous avez un peu chiffré les
besoins? Est-ce que selon vous ça
prendrait certaines ressources minimales? Donc, comment vous l'entrevoyez,
nonobstant votre position, là, nécessairement, sur les mesures plus
spécifiques?
M. Lafortune
(Jean-Marie) : Non, on ne
l'a pas chiffré, à vrai dire, et... mais, enfin, on a le souci d'une
mutualisation, comme je l'ai évoqué plus tôt, parce qu'enfin c'est un
secret de polichinelle que les universités crient famine depuis cinq, six ans, et que ce qu'on craignait, c'était
qu'on demande aux universités d'aller puiser dans leur maigre budget les
ressources nécessaires à la mise en place de ces nouveaux outils.
Alors, nous, on dit : Tentons le coup avec
l'annonce, enfin, les disponibilités budgétaires annoncées jusqu'à présent, voyons ce qu'il en est et ouvrons la
porte éventuellement à ce qu'on puisse accroître ces budgets-là, le cas échéant.
C'est difficile de mesurer, pour l'heure,
combien de personnes seront nécessaires, les coûts de la formation, le nombre
de plaintes, de signalements, le nombre
d'enquêtes qui seront menées. Et donc je ne sais pas exactement sur quels
critères on pourrait se fonder pour
établir un coût approximatif assez, enfin... ou même précis de ces ressources.
Mais toujours est-il qu'au moins, là,
on dispose d'un budget de démarrage, et puis il faut simplement, à notre avis,
rester ouverts à cette idée qu'il ne
faut pas, disons, amputer les autres budgets des universités. Il faut dédier,
donc, les ressources financières adéquates eu égard aux besoins qui
seront manifestés.
Mme Fournier : Bien sûr.
Peut-être, finalement, parce qu'il ne reste vraiment pas beaucoup de temps,
mais peut-être nous préciser ce que vous entendiez, là, par la mutualisation
des ressources.
M. Lafortune
(Jean-Marie) : Bien, la
mutualisation, c'est que, lorsqu'il y a plusieurs établissements,
éventuellement, de petite taille, où
on peut peut-être envisager, et c'est la réalité qui nous le dira, qu'il y a un
moins grand nombre, à tout le moins en
chiffres absolus, de cas qui se présenteront, est-ce qu'il n'y aurait pas la
possibilité de faire en sorte qu'un seul lieu soit créé avec les ressources présentes pour éventuellement
accueillir les personnes qui voudront avoir de l'aide, ou voudront porter
plainte, ou faire des signalements?
Donc, on
pense souvent, éventuellement, à des situations régionales, où est-ce que
cégeps et puis universités de petite
taille sont à proximité et permettraient, le cas échéant, d'avoir un seul
bureau pour deux établissements ou trois, là, le cas échéant. Parce que
cette exigence-là de l'avoir par établissement a priori semble intéressante,
mais s'il y a des ressources qui sont là et inutilisées, là, on se demande
effectivement si elles ont été bien allouées.
Mme Fournier : Merci beaucoup.
Présidente (Mme de Santis) :
Merci beaucoup. Maintenant, la parole est à la représentante du deuxième groupe
d'opposition, la députée d'Iberville.
Mme Samson :
Merci, Mme la Présidente. Bonjour, M. Lafortune. Je dois vous dire
d'entrée de jeu, M. Lafortune, que,
contrairement à plusieurs de mes collègues, je ne suis pas une experte du
domaine de l'éducation au Québec, encore moins du système universitaire. Je n'ai pas fait mes études au Québec.
J'imagine que, dans mon jeune temps, ça existait aussi dans les universités américaines. Je ne l'ai pas connu, mais
peut-être que, quand on mesure six pieds puis qu'on est ceinture noire en karaté, on n'est peut-être pas le
groupe cible, là, prioritaire des abuseurs. Donc, ça m'a peut-être aidée
un peu. Mais j'ai trois choses que
j'aimerais aborder avec vous, et la troisième, ça sera la question qui tue, je
vous préviens d'avance.
Mais vous
avez dit d'entrée de jeu que votre fédération n'avait pas attendu un projet de
loi pour se doter ou, enfin, s'outiller.
J'imagine que vous avez fait de la sensibilisation, des communications auprès
de vos membres par rapport au phénomène
qu'on a connu, peut-être de façon plus accentuée récemment. Mais est-ce que
votre fédération a envisagé de doter
ses membres d'un code d'éthique ou de conduite jusqu'à maintenant? Si j'ai bien
compris, non. Ce n'est pas une solution, une piste que vous avez abordée
et ce n'en est pas une que vous contemplez non plus pour le moment.
M. Lafortune (Jean-Marie) : Je
répondrai à la fin des trois questions? C'est ça?
Mme Samson :
Non, non. Allez-y. Allez-y.
M. Lafortune (Jean-Marie) : Tout de suite? D'accord. Bien, c'est que,
contrairement à d'autres professions, il n'y a pas un ordre
professionnel des enseignements, ici, et des professeurs, si bien que ce qu'on
appelle un code d'éthique, ça paraît, encore
là, être une option intéressante, mais elle n'est pas consacrable dans la
réalité québécoise. C'est pour ça
qu'on parle de ligne de conduite en ce qui nous concerne. Et, oui, on a diffusé
des outils de mobilisation. On démarre prochainement un autre projet qui
est sur ce qu'on appelle le «mobbing» universitaire, c'est-à-dire des
stratégies concertées d'éviction de membres
de la communauté universitaire, et dans le souci effectivement d'en arriver à
un fascicule qui outille les
syndicats et qui leur permette d'être plus efficaces dans leur travail au sein
des différents établissements.
Alors,
non, ce n'est pas quelque chose qu'on prend à la légère.
Malgré les réserves
que j'ai eues sur les outils, sur la
question, on a, je pense, toujours été, là, soucieux d'agir, mais d'agir, comme
je le dis, par la sensibilisation et l'éducation même de nos propres collègues. Même si, parfois, on pense que les
professeurs n'ont pas besoin d'éducation eux-mêmes, dans certains
dossiers, ce n'est pas le cas.
Mme Samson :
Pas le cas. Je peux vous dire d'un autre côté, par expérience, que de doter une
association professionnelle d'un code de
déontologie, ce n'est pas impossible et ça ne requiert pas de faire
partie des
professionnels. Je l'ai fait avec
l'Association des producteurs de films et de télévision du Québec, qui se sont
dotés d'un code de déontologie, auquel
d'ailleurs les gens qui ont des problèmes pourraient faire appel.
Malheureusement, peut-être que son existence n'est pas assez connue.
Mon deuxième point...
et là j'ai eu de la misère à comprendre comment le projet de loi dont
découlerait des mécanismes de traitement des
plaintes et tout ça pourrait accroître la menace qui plane sur l'embauche des
enseignants. Vous avez, à moins que
je vous ai mal compris... dire que, puis que mon collègue l'a soulevé tantôt,
qu'on puisse faire des procès d'intention à des professeurs. En quoi le
projet de loi qui vise à combattre les violences à caractère sexuel peut-il augmenter le risque qu'un professeur soit
victime de discrimination ou qu'on lui refuse un contrat? Dans quelles circonstances cela pourrait-il se produire? Si son
dossier était public, était non confidentiel? Je ne sais pas. J'aimerais juste
que vous m'expliquiez en quoi la menace est grandissante.
M. Lafortune
(Jean-Marie) : Bien, d'une part, évidemment, ce n'est pas le projet de
loi lui-même. Ce sont, comme vous le dites,
les mécanismes prévus, exactement, qui sont susceptibles d'être, nous, on dit
instrumentalisés, hein? Parce qu'au
fond, s'il s'agit de faire une plainte, un signalement et d'engager une enquête
et si on souscrit à l'idée qu'il faut d'entrée de jeu, à ce moment-là,
publiciser le nom des personnes suspectées...
Mme Samson :
...bout-là, là. O.K.
M. Lafortune (Jean-Marie) : Bien, évidemment qu'on est, là, dans une
stratégie évidemment de... Ce n'est pas le complot, là, selon nous, là, mais
parce qu'on est témoin. Ça arrive déjà, là. Alors donc, on se dit, faisons
attention. Puis on comprend, on l'a
mis dans le mémoire, que les victimes
souhaiteraient bien qu'il y ait publicisation rapide de l'ensemble des démarches et éventuellement des sanctions, mais nous, on dit, encore là,
prudence dans le... Tant que ça reste à l'état d'allégations, ça ne
devrait jamais être, évidemment, publicisé.
Mme Samson :
C'est ça. C'est vraiment l'aspect de la confidentialité.
M. Lafortune
(Jean-Marie) : Et donc ce n'est pas du tout à l'embauche, là. C'est plutôt
les professeurs qui manifestent des
désaccords profonds avec les orientations des directions qui sont parfois visés
par ces instrumentalisations des mécanismes en place ou en...
Mme Samson :
Je comprends. Maintenant, je vous envoie celle qui tue. Beaucoup de gens qui se
sont présentés en commission ou à qui
on a parlé dans différentes instances de consultation, plusieurs organismes
nous ont demandé que le projet de loi
inclue des directives claires quant à l'interdiction de relations intimes entre
un étudiant ou une étudiante et quelqu'un
qui a une influence sur son parcours d'éducation. Comment vous réagissez à ça,
vous, que ce soit une interdiction?
M. Lafortune (Jean-Marie) : Enfin, la façon de l'envisager, pour nous, c'est,
d'une part, de considérer que le langage
n'est pas toujours performatif, comme on dit en philosophie, à savoir que
dénoncer le discours, ce n'est pas de créer la réalité. Et donc de
dire : Il est interdit, ça ne fait pas en sorte qu'il y a interdiction
dans les faits.
Notre
crainte, et on l'a mis dans le mémoire, c'est qu'une fois qu'une situation fait
l'objet d'une interdiction, comme plusieurs
phénomènes dans la société, ça ne cesse pas d'apparaître, mais ça revêt des
caractéristiques qu'on a appelées de
clandestinité. Or, dans la clandestinité des rapports intimes entre membres de
la communauté universitaire, ce qu'on craint, c'est que la
partie la plus
vulnérable peine encore plus à l'intérieur d'une telle relation, où est-ce que
tout ça devrait rester éventuellement
caché. Et donc les pressions qui s'exerceront sur les personnes vulnérables
dans un rapport intime risquent
d'être encore plus dures à subir, et l'omerta, si on veut, encore plus forte,
si, dans la veine d'une interdiction, ça
s'accompagnait, bien sûr, de sanctions, disons, automatiques, auquel cas ça
voudrait dire que, là, il y aurait vraiment, on estime, nous, des
dangers accrus pour les personnes qui sont vulnérables à l'intérieur de ça.
Donc, pour nous, on ne
s'interdit pas, bien sûr, d'envisager cette question-là, mais on en a débattu
avec un certain nombre de représentants des
associations étudiantes. Et encore là, ça semble, d'entrée de jeu, être une
solution intéressante, c'est-à-dire,
au fond, à tout le moins, à mettre de l'avant puis à analyser. Mais on estime
que ça ne résiste pas longtemps à
l'analyse, parce que justement ça risque de créer des effets contraires à ceux
qu'on souhaite, parce que ça ne
réglera pas simplement, magiquement, des cas qui... Enfin, vous disiez, même à
l'époque où vous étudiiez, sans doute
que ça se passait. Ça se passera dans 15 ans, 20 ans. On souhaite que
ce soit le plus faiblement possible. On souhaite outiller les victimes pour qu'elles puissent mieux, évidemment, répondre
à cette situation et ne pas sacrifier une existence dans ces cas-là, mais l'interdiction, dans le
discours, ne créera pas l'impact envisagé d'une manière bien théorique ou
abstraite, mais risque de créer, en tout cas, d'autres phénomènes.
La Présidente (Mme de Santis) : Il
reste une minute.
Mme Samson : ...qui m'a passé
la remarque plus tôt aujourd'hui, naturellement, qu'une relation intime entre
deux adultes consentants n'implique pas nécessairement qu'il y ait violence. On
parle ici d'un projet de loi qui vise à combattre
et à prévenir la violence ou les agressions sexuelles. Alors, naturellement,
deux adultes consentants, la relation n'est
pas nécessairement empreinte de violence. Il y a un rapport, naturellement,
d'autorité qui existe potentiellement, qui pourrait être un litige ou qui pourrait donner lieu à des difficultés,
mais il faut voir quelle sorte de terrain on veut couvrir. Merci, Mme la
Présidente. Merci, M. Lafortune.
Présidente (Mme de Santis) : Merci,
Mme la députée d'Iberville. M. Lafortune, on vous remercie pour votre
exposé.
Nous allons
maintenant suspendre pour quelques instants afin de permettre aux représentants
de la Centrale des syndicats du Québec de prendre place. Merci.
(Suspension de la séance à 16 heures)
Présidente (Mme de Santis) :
Nous reprenons nos travaux. Je souhaite la bienvenue aux représentants, oui, il y a des représentants en grand nombre, de la Centrale des syndicats du Québec. Je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes pour votre exposé. Ensuite, nous
procéderons à la période d'échange avec les membres
de la commission. Je vous
invite à vous présenter et à procéder avec votre exposé. Allez-y.
Mme Chabot
(Louise) : Merci. Louise
Chabot, présidente de la Centrale des
syndicats du Québec. Oui, on est
venus en collégialité vous présenter notre mémoire dans le cadre de cette
commission parlementaire. D'abord, merci pour l'invitation, Mme la
ministre.
Ça fait que je vous présente les personnes qui
sont avec moi : Marie-Claude... pardon, Marie-Josée Dallaire, qui est
vice-présidente de la fédération de l'enseignement privé, à la CSQ, qui
regroupe aussi des cégeps. J'ai Mme Suzanne
Tousignant, qui est la présidente des professionnels des collèges, des cégeps.
J'ai Silvie Lemelin, qui est vice-présidente
à la Fédération des enseignantes et des enseignants de cégep, toujours à la
CSQ, hein, Mme Diane Courchesne, qui
est responsable du dossier de la condition des femmes. J'ai Luc Caron, qui est
président du Syndicat des professionnelles et professionnels de recherche à l'Université Laval, et j'ai
M. John Cuffaro, qui est vice-président du personnel de soutien en
enseignement supérieur.
Bien,
d'abord, c'est avec beaucoup de fierté qu'on est ici aujourd'hui pour venir
saluer un projet de loi qui à notre avis
est une grande avancée sur les questions de violence et d'agression en matière
d'agression sexuelle. Vous le savez, Mme
la ministre, Mmes, MM. les parlementaires, la CSQ, ça fait 40 ans qu'elle
lutte, comme mouvement syndical, avec ses
comités de la condition des femmes, avec les groupes communautaires puis avec
les groupes de femmes pour faire en
sorte que nos milieux de vie partout soient exempts de discrimination, soient
exempts d'agression et soient exempts de harcèlement. C'est, pour nous,
majeur.
Ça fait que
vous l'avez vu dans notre mémoire, on va saluer plusieurs articles du projet de
loi qui sont en cause. Mais je vais
me permettre de dire qu'on va aussi saluer la ministre pour le leadership
qu'elle a exercé dans ce dossier-là, parce
que la lecture qu'on fait du projet de loi, c'est qu'il est vraiment conforme,
en grande partie, à la stratégie qui a été déposée. Puis la stratégie qui a été déposée, bien, elle a fait l'objet
d'abord d'une grande consultation, où les principaux acteurs ont été invités. Vous avez pris ça à
bras-le-corps dès le début, puis on sent dans le projet de loi une volonté
d'avoir répondu aux préoccupations du milieu.
Ce qu'on
salue particulièrement avec ce projet
de loi, c'est l'idée... la volonté du
gouvernement de prévenir et de contrer les violences à caractère sexuel en enseignement
supérieur, un projet de loi qui est distinct et qui oblige à mettre
en place, dans chacun de nos établissements, une politique avec des éléments prescrits, une consultation de tous les acteurs du
milieu, une évaluation annuelle pour les établissements, une révision
de la politique aux cinq ans, et l'exigence de se conformer aux obligations prévues dans la
loi sans quoi l'établissement pourrait se voir imposer par le ministre
des mesures de surveillance et d'accompagnement.
salue aussi l'obligation de diffusion de la politique au début de chaque session. Cette information, je
pense qu'elle va permettre de rendre plus visible et accessible
l'endroit où on devrait trouver tous les renseignements, de l'écoute et de l'aide. On salue aussi les
formations prescrites. Ça nous apparaît essentiel pour tout le personnel parce
que, vous le savez, le personnel,
dans nos réseaux, dans nos cégeps, dans nos universités, le personnel est susceptible
d'être appelé à intervenir auprès de
la population étudiante ou auprès des collèges. Ça fait que, dans les volets de
formation qu'on suggère, c'est que ça
devrait traiter des rapports sociaux égalitaires, de la culture du viol, et de
la question de consentement. On doit absolument veiller à déconstruire
les stéréotypes puis identifier les relations de pouvoir qui se perpétuent malheureusement encore dans nos établissements.
Suivi étroit des plaintes et des signalements, c'est majeur, comme la
confidentialité est cruciale, surtout dans les petits établissements, pour
protéger les personnes concernées.
Au niveau des
éléments du projet de loi qui sont à améliorer, on va se référer à
l'article 2. En premier lieu, à moins que ça soit déjà couvert, mais on insisterait pour dire que la loi doit
s'appliquer aussi l'Institut maritime du Québec puis aux centres collégiaux de transfert et de
technologie. Ça fait
partie du réseau collégial puis, pour nous, c'est majeur.
À l'article 3, dans la mise en
place de la politique, vous faites état que la politique doit prévoir les rôles
et les responsabilités des
dirigeants, des membres du personnel, des représentants des étudiants. Il
manque les syndicats. Ça fait qu'on va vous demander d'ajouter les syndicats, notamment par l'intermédiaire, pour
certains, de leurs comités de la condition des femmes. Je le disais d'entrée de jeu, on a joué un rôle
important là-dedans, ça fait qu'ils doivent absolument être ajoutés, ça fait
qu'on vous a proposé un contenu.
Mise en place
de la politique aux pages... à la recommandation n° 3 que nous faisons,
c'est que la stratégie rendue publique en août indiquait que la politique des
établissements devait prévoir des mesures qui visent à protéger les personnes concernées et à limiter les impacts sur
leurs études. C'est d'ailleurs dans le projet de loi. Mais toutefois la
stratégie ministérielle disait aussi qu'il faudrait demander aux
établissements de réviser le règlement sur l'abandon de cours sans échec de même que le règlement sur la
résiliation de bail à la résidence. C'étaient des bonnes idées, mais on ne les
retrouve pas dans le projet de loi, c'est
pour ça qu'on vous propose d'ajouter un bout de texte à l'article... au
paragraphe 3°... au paragraphe de
l'article 3. Je n'aurais pas dû m'enfarger dans les chiffres, là, je le
fais tout le temps. Dans le fond, de dire : Notamment, la révision
des règles sur l'abandon des cours et la mention d'échec et sur la résiliation
de bail à la résidence étudiante. Pour la
mise en place de la politique... à défaut, on disait aussi, pardon, sur la
dernière question, que les
établissements devraient quand même veiller à réviser ces règlements, ce qui
pourrait vouloir dire que le fait d'être victime de violence à caractère sexuel pourrait, au collégial, faire
l'objet d'une mention incomplet pour force majeure, puis, au niveau