Transportation and the Environment — 23 August 2016 (41st Legislature, 1st Session)
CTE 2016-08-23
Quebec — Committees
(Neuf heures trente et une minutes)
Le Président (M. Reid) : À
l'ordre, s'il vous plaît! Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission des transports et de l'environnement ouverte. Je demande à toutes les personnes dans
la salle de bien vouloir éteindre la sonnerie de leurs téléphones
cellulaires — ce
que je vais faire moi-même.
La commission
est réunie afin de poursuivre les auditions publiques dans le cadre des consultations
particulières sur le projet de loi n° 104, Loi
visant l'augmentation du nombre de véhicules automobiles zéro émission au
Québec afin de réduire les émissions de gaz à effet de serre et autres
polluants.
Mme la secrétaire, y a-t-il des remplacements?
La Secrétaire : Non, M. le
Président, il n'y a aucun remplacement.
Président (M. Reid) :
Merci. Alors, voici l'ordre du jour pour ce matin : nous entendrons les
groupes suivants : Nissan Canada;
CAA-Québec; Mouvement Desjardins; Tesla Motors, pour lequel il y aura de l'interprétation simultanée;
et l'Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique.
Alors, je
souhaite la bienvenue aux représentants de Nissan Canada. Je vous demande de
bien vouloir d'abord vous présenter, pour les fins de l'enregistrement,
ainsi que les personnes qui vous accompagnent. Par la suite, vous avez 10 minutes pour faire votre exposé. Et, à la suite
de cet exposé, nous allons avoir une période d'échange avec les membres
de la commission. Alors, à vous la parole.
M. Paiva
(Joni) : Très bien. M. le Président, le ministre, les membres de la
commission, mesdames messieurs, bonjour.
Merci de nous recevoir aujourd'hui. Mon nom est Joni Paiva. Je suis le
président de Nissan Canada, dont j'ai pris la direction au 1er janvier
2016. Avec moi, sur ma droite, François Lefèvre, qui est le responsable
Marketing de la commercialisation des
véhicules électriques pour Nissan Canada au Canada; Fernando Garcia, qui est le
conseiller juridique principal de Nissan Canada. Fernando comprend le
français et ne parle pas le français. François comprend et parle le français.
Sur ma gauche, Alain Pilon, consultant, qui comprend et parle le français.
Le Président (M. Reid) :
Alors, vous pouvez y aller.
M. Paiva
(Joni) : Il y a une dizaine d'années, lorsque le chef de la direction
de Nissan a mentionné pour la première fois
l'engagement de l'entreprise à concevoir un véhicule qui serait abordable,
pratique et offert à vaste échelle, plusieurs observateurs de
l'industrie automobile doutaient de notre investissement. Tout le monde croyait
que nous avions tort d'investir dans la
création d'un véhicule entièrement électrique. À l'époque, l'idée que les
véhicules électriques soient lents,
encombrants et peu pratiques faisait consensus. Nous n'étions pas associés à
une solution concrète aux changements climatiques et à la situation de
précarité causée par notre dépendance aux combustibles fossiles.
Aujourd'hui,
nous sommes fiers d'annoncer que le véhicule électrique le plus vendu au monde
est la Nissan Leaf, avec plus de
230 000 véhicules à l'échelle mondiale. Plus de 3 800 Leaf sillonnent
les routes canadiennes aujourd'hui, et la moitié de ces véhicules
appartient à des Québécois. Ces ventes solides s'expliquent par les rabais
provinciaux, le développement des
infrastructures de recharge, une culture de changement et l'engagement des 38
concessionnaires Nissan qui vendent
des véhicules électriques à l'échelle de la province et qui ont déployé des
efforts exceptionnels — près de 2 millions
de dollars — pour
promouvoir l'adoption des véhicules électriques. En plus d'avoir investi dans
les véhicules électriques, nous avons
formé un partenariat avec Hydro-Québec pour renforcer le circuit de bornes de
recharge électrique en installant 25 sites de charge rapide à courant
continu. Ces infrastructures représentent un investissement total de
500 000 $ au Québec par Nissan.
Selon notre
expérience, les principaux obstacles à la diffusion de Leaf et des véhicules
électriques sont le prix, l'autonomie, l'infrastructure de recharge et
la sensibilisation et l'information des consommateurs. Les politiques et
programmes gouvernementaux jouent un rôle essentiel afin de surmonter ces
obstacles.
Nissan
appuie les objectifs du projet de loi n° 104, la
loi sur les véhicules
zéro émission au Québec. Nous avons toutefois certaines préoccupations
quant au mandat proposé par le projet de loi et estimons qu'une vaste
consultation approfondie et détaillée avec
le secteur automobile ainsi qu'une analyse des pratiques exemplaires sont
requises avant de mettre en oeuvre un
tel mandat. Le projet de loi établit également un système de crédits
échangeables obtenus lors de la vente ou de la
location d'un véhicule neuf par les fabricants de véhicules électriques. Le
nombre de crédits que doit accumuler un
fabricant, la façon d'accumuler ces crédits, les quotas expliqués dans le
projet de loi doivent faire un peu plus
de détails. Le secteur automobile fait
partie du problème et doit ainsi faire
partie de la solution. Par conséquent, Nissan estime qu'elle devrait être consultée, tout comme le secteur automobile,
lors de la préparation des réglementations, en plus d'avoir l'occasion
d'émettre des recommandations.
titre préliminaire, nous souhaitons donc faire les observations suivantes.
Parmi les aspects à considérer plus attentivement,
mentionnons l'accumulation des crédits. En vertu du projet de loi n° 104,
la période d'accumulation des crédits
avant l'exigence réglementaire de 2018 est de seulement trois ans. Nous
estimons que le calcul des crédits devrait remonter à cinq ans avant 2018 afin de mieux refléter les efforts
antérieurs des constructeurs automobiles pour la vente de véhicules électriques. Par conséquent, Nissan
recommande une période d'accumulation de crédits prolongée à cinq ans
plutôt que la période de trois ans.
S'agissant de la
valeur des crédits, Nissan comprend le principe fondamental du projet de loi
voulant que le nombre de crédits accordés
soit proportionnel à l'autonomie du véhicule. Cela dit, Nissan propose
également que le système octroie plus de crédits à un véhicule
électrique à batterie plutôt qu'à un véhicule hybride rechargeable. Les
véhicules électriques à batterie ne produisent aucune émission, contrairement
aux autres.
S'agissant
de la demande de véhicules électriques et des incitatifs gouvernementaux et
infrastructures de recharge, les politiques et programmes d'incitatifs
gouvernementaux contribuent fortement à alimenter le nombre de véhicules électriques sur les routes. En juin 2016,
l'International Council on Clean Transportation a publié une étude qui
examine les incitatifs fiscaux pour les
véhicules électriques à l'échelle des principaux marchés d'Amérique du Nord,
d'Europe, d'Asie. Voici les
principales conclusions qui en émergent : des 500 000 véhicules
électriques vendus à l'échelle mondiale en 2015, par rapport aux quelques centaines vendues en 2010, la majeure
partie
des véhicules électriques ont trouvé des acheteurs dans les marchés où des incitatifs fiscaux
importants avaient été mis en place; plus les incitatifs contribuent à
combler l'écart de prix entre les véhicules à essence traditionnels et les
véhicules électriques pour accroître leur capacité concurrentielle, plus les véhicules électriques sont répandus — on a pu l'observer dans des marchés comme la
Norvège, les Pays-Bas, Shanghai, la
Californie, Beijing et Washington; dans plusieurs marchés où les prix des
véhicules électriques après taxes et
incitatifs demeurent élevés, comme en Allemagne et dans les provinces
canadiennes, les ventes de véhicules électriques demeurent faibles.
Norvège, où la part des ventes de véhicules électriques par habitant est la
plus élevée, les incitatifs gouvernementaux
et les infrastructures de recharge étaient également les plus développés au
monde. Le gouvernement norvégien
n'impose aucune taxe d'importation ou de taxe à valeur ajoutée, réduit les
frais d'immatriculation, offre des stationnements
municipaux gratuits et un accès aux voies réservées de transport en commun. Par
conséquent, un conducteur norvégien de véhicule électrique économise de
l'argent par rapport à un conducteur de véhicule à essence. En plus, la Norvège compte plus de 2 000 stations
de charge, comprenant 7 000 bornes de recharge et 500 bornes de
recharge rapide ainsi que 360 bornes de recharge semi-rapide.
En Californie, le
plus vaste marché au monde, comptant plus de 120 000 véhicules
électriques, des remises, à l'achat, de
2 500 $ pour un véhicule électrique à batterie et de
1 500 $ pour un véhicule hybride rechargeable continuent d'être accordées par l'État, en plus d'une remise
fédérale de 7 500 $; les conducteurs de véhicules électriques ont
accès aux voies réservées; les flottes automobiles des agences gouvernementales
doivent être composées à 25 % de véhicules électriques d'ici 2020; les conducteurs de véhicules électriques
bénéficient d'avantages dans les stationnements au sein des immeubles appartenant à l'État; des
changements ont été apportés au code du bâtiment pour permettre
l'installation de chargeurs de véhicules électriques
aux constructions résidentielles et non résidentielles. Plus important, plus de
40 % des conducteurs de véhicules électriques ont accès à des
chargeurs en milieu du travail.
Nissan
estime que les programmes d'incitatifs gouvernementaux pour l'achat de
véhicules électriques ainsi que les programmes d'infrastructure de
recharge sont essentiels et fondamentaux pour contribuer à augmenter les ventes
de véhicules électriques sur les routes au
Québec. Aussi, nous pensons que le Québec doit continuer à innover et à
développer de nouveaux programmes afin d'augmenter le nombre de véhicules
électriques au Québec.
Nissan
souhaite ainsi proposer une modification du programme Roulez électrique afin de
rendre admissibles les véhicules
électriques qui sont reconditionnés, en provenance des États-Unis, aux
incitatifs de la province. Cette mesure pourrait être faite à un faible coût et maximiserait les bénéfices en
rendant les véhicules électriques encore plus accessibles au plus grand nombre et aiderait grandement le
gouvernement à atteindre son objectif, d'ici 2020, de 100 000
véhicules électriques sur les routes du
Québec. Nissan est d'avis que l'appui du gouvernement fédéral, comme le fait le
gouvernement fédéral aux États-Unis, serait essentiel pour le développement des
véhicules électriques au Québec.
somme, nous croyons que la poursuite et l'adoption de nouvelles mesures
gouvernementales, d'incitatifs à l'achat
pour les véhicules électriques contribueront au succès du Québec à atteindre
l'objectif de voir 100 000 véhicules électriques sur ses routes d'ici 2020. Nissan appuie les objectifs du
projet de loi n° 104 s'inscrivant parmi les nombreuses initiatives mises en oeuvre ou proposées par le
gouvernement du Québec en vue de réduire la quantité de gaz à effet de
serre émis par les véhicules automobiles. Nous avons toutefois certaines
préoccupations, comme évoqué, quant au mandat véhicule
zéro électrique proposé par le projet de loi et estimons qu'une consultation
avec le secteur automobile ainsi qu'une analyse des pratiques
exemplaires soient mises en oeuvre avant de déployer le mandat.
Nous
vous remercions de nous avoir permis d'émettre nos recommandations au comité et
vous félicitons, avant tout, pour
votre rôle de chef de file en ce qui concerne la mise en place d'initiatives
précieuses et cruciales dans ce sujet.
Le Président (M. Reid) :
Merci, M. Paiva. Merci pour votre exposé. Nous allons procéder maintenant à une
période d'échange. M. le ministre, vous avez la parole.
Heurtel : Merci, M. le Président. Bonjour, messieurs. Merci pour votre
présentation ainsi que votre mémoire. Ma première question, c'est à
propos du récent succès de l'achat