Health and Social Services — 6 October 2015 (41st Legislature, 1st Session)
CSSS 2015-10-06
Quebec — Committees
M. le secrétaire, y a-t-il des remplacements?
Le Secrétaire : Oui, M. le
Président. M. Iracà (Papineau), remplacé par M. Boucher (Ungava); M. Giguère (Saint-Maurice),
remplacé par M. Auger (Champlain); Mme Simard (Charlevoix—Côte-de-Beaupré),
remplacée par Mme Nichols (Vaudreuil); Mme Hivon (Joliette), remplacée par M.
Rochon (Richelieu); Mme Richard (Duplessis), remplacée par M. Pagé (Labelle).
Président (M. Tanguay) :
Lors de l'ajournement de nos travaux du 30 septembre dernier, nous
étions à l'étude de l'amendement du ministre de la Santé, de son amendement 25.2, introduit par
l'article 1, mais nous étions, évidemment...
l'objet du débat, sur le sous-amendement du collègue de Richelieu, et
donc c'est l'objet de notre débat ce matin. Y a-t-il des interventions?
M. Rochon : Oui, M. le Président.
Le Président (M. Tanguay) : Collègue
de Richelieu, la parole est à vous.
Rochon : Je peux peut-être,
à ce moment-ci, rappeler le sous-amendement à l'étude.
Alors : «Ce règlement doit, avant son entrée en vigueur, être soumis
pour étude aux membres de la commission
parlementaire de la santé et des
services sociaux.»
Nous avons
été plusieurs hier à citer la Protectrice du citoyen, pour
laquelle «une facturation directe aux usagers des frais accessoires aux services assurés compromet les principes
d'universalité et d'accessibilité à la base du régime public. On
introduirait ici [...] — écrit-elle — des
barrières financières qui limiteraient l'accès aux services assurés
médicalement requis. Affectant l'ensemble de la population, ces
contraintes — poursuit
la Protectrice du citoyen — pénaliseraient
davantage certains segments de la population.
Il importe ici de nommer des groupes de personnes qui seraient parmi les
plus touchés par les changements envisagés...»
Et je vais
reprendre cette nomenclature, ce n'est pas inutile : les personnes «à
revenus moyens, en particulier celles qui
n'ont pas d'assurance privée; [les personnes] sans emploi; au travail, mais à
faibles revenus; [...]aux prises avec une maladie chronique; victimes d'abus et d'agressions graves; aux prises
avec un problème de santé mentale; avec un handicap physique,
intellectuel ou un trouble du spectre de l'autisme; avec une dépendance;
itinérantes.
«En matière de protection des droits
fondamentaux des usagers, le Protecteur du citoyen est d'avis que réglementer l'imposition de frais accessoires aux
services assurés médicalement requis entraînerait des difficultés d'accès,
que rencontreraient alors [des] personnes
vulnérables. Cette situation, conséquente de l'imposition de frais accessoires,
ne respecterait pas le droit à la sécurité
des Québécois, en plus d'ignorer deux principes qui sont l'essence même du
régime public, l'universalité et
l'accessibilité. La Cour suprême l'a confirmé, être privé de l'accès aux
services médicalement requis viole le
droit à la vie et le droit à l'intégrité, tous les deux protégés par l'article
1 de la Charte des droits et libertés de la personne.
«Ces principes ont également été inscrits dans
les diverses lois québécoises qui définissent le régime public. La
Loi sur les services de santé et les services
sociaux renferme différentes dispositions qui réfèrent, à des degrés divers,
à ces principes. La
Loi sur l'assurance maladie, la
Loi sur
l'assurance-hospitalisation et leurs règlements d'application définissent quant à elles le cadre à l'intérieur
duquel la fourniture des services de santé et leur financement sont assumés
en vertu du régime public. L'esprit et
l'objectif de la législation en la matière sont de promouvoir, pour tous les
Québécois, l'accès à des soins de santé de la meilleure qualité
possible, sans égard à leur capacité de payer.»
Voilà
pourquoi il nous semble, M. le Président, qu'il faille que ce règlement, qui
est introduit par amendement, là, par
le ministre, ce règlement qui prescrirait des cas et des conditions dans
lesquelles un paiement est autorisé, doit, avant son entrée en vigueur, être soumis pour étude aux membres
de la commission parlementaire de la santé et des services sociaux.
Le Président (M.
Tanguay) : Merci beaucoup. M. le ministre.
M. Barrette : Je n'ai pas de
commentaire à rajouter, M. le Président.
Président (M. Tanguay) : Merci. Y a-t-il d'autres interventions?
Collègue de Taillon, la parole est à vous.
Lamarre : Oui, M. le Président. Alors, l'amendement déposé par le
collègue député de Richelieu prévoit qu'on ait accès, finalement, dans
le cadre de la commission parlementaire, au règlement qui va préciser les
modalités de ces frais accessoires, de ces
frais supplémentaires là. Donc, moi, j'aimerais ça, proposer au ministre qu'on fasse un exercice complet, par
exemple comment on va pouvoir déterminer le prix coûtant plus 15 %, là,
qui est prévu sur une coloscopie, quels sont
les paramètres dont on va s'inspirer, et systématiquement, puisqu'il y a des
travaux qui sont prévus avec un
comité. J'aimerais qu'on fasse l'exercice de comment on va déterminer le prix
coûtant d'une coloscopie. Alors, une
coloscopie, est-ce qu'on va entrer dans ça le prix de la civière, le prix du
personnel qui va travailler, de la réceptionniste, du chauffage, de la climatisation, de la surveillance
du patient après? Quels sont les critères qui vont nous aider à déterminer
le vrai coûtant, le vrai coûtant? Parce que
le ministre nous dit : Fiez-vous sur moi, vous n'avez
pas besoin de voir ça par règlement,
moi, je vais le déterminer, le
coûtant, avec une équipe. Cette équipe-là, on comprend que ça va être la FMSQ
et un expert.
Donc,
j'aimerais ça, quand même, qu'on fasse cet exercice-là. Je pense
que ce serait très instructif pour la population,
puis peut-être que ça nous montrerait que c'est quelque chose qui est pertinent
à faire et qui n'a pas besoin d'autres observateurs que ceux qui ont été
prévus.
Barrette : M. le Président, évidemment, ce n'est pas le lieu de cette commission parlementaire là de débattre de ça, mais je suis content de constater que, maintenant, la députée de Taillon change de direction et, maintenant, embarque dans le concept. Je suis heureux de le constater et je
suis heureux de constater, par sa question, qu'elle a une bonne connaissance, et même détaillée, ce qui ne me surprend pas, comme pharmacienne
propriétaire, qu'elle ait cette connaissance-là. Alors, je vois, de son niveau de connaissance, qu'elle sait très bien comment faire ça. Alors, conséquemment, M. le Président, je n'ai pas grand-chose à rajouter, elle sait comment le faire. Alors,
c'est tous les items qu'elle a nommés plus les items spécifiques à
l'instrumentation.
Le Président (M. Tanguay) : Collègue
de Taillon.
Lamarre : Bien, M. le Président, ça peut aller loin, le prix coûtant, là. Ça peut inclure le
déneigement, ça peut inclure énormément de choses. Moi, je pense que
l'exercice que je demande au ministre de faire, là, il est très révélateur pour
la population. C'est ça dont elle veut entendre parler. Et le ministre nous dit
qu'il possède bien cette information-là. Alors, qu'il la fasse, la démonstration de
qu'est-ce qui va entrer dans le prix coûtant d'une coloscopie faite dans une clinique médicale, et là on va voir, là,
que ce n'est plus juste des 10 $, puis des 20 $, puis peut-être
pas juste des 100 $, là, on a des exemples de 500 $, où on charge là-dessus — puis j'aimerais ça, avoir l'avis du ministre — 150 $
pour des frais administratifs. Ça, ça
inclut des photocopies, des transferts de dossiers, de la recherche un peu,
l'impression du reçu. Dans le fond,
c'est vrai, ça prend une imprimante puis un reçu. Donc, ça rentre aussi dans le
coûtant de la coloscopie. Alors, j'aimerais
ça que le ministre nous explique comment il va réagir à 150 $
de frais administratifs pour une coloscopie.
Le Président (M. Tanguay) : M. le
ministre.
Barrette : M. le Président, j'ai déjà répondu à ça. Il y a des gens à qui on donnera le
mandat, des experts en évaluation de ce type-là, des firmes comptables qui sont
reconnues dans la société et qui connaissent très bien ce milieu-là.
Le mandat sera de déterminer le coûtant, point final.
Le Président (M. Tanguay) : Collègue
de Taillon.
Lamarre : Bien, d'abord, je
veux bien clarifier les choses, M. le
Président, je ne me rends pas du tout
à ce que le ministre impose aux Québécois actuellement, pas du tout,
d'aucune façon. C'est juste qu'on a, effectivement, affaire à une situation où, étant devant un gouvernement majoritaire, étant dans un gouvernement où il ne semble pas que les autres collègues députés jouissent
d'une grande écoute du point de vue du ministre et n'aient pas beaucoup voix à la parole en tant que représentants des citoyens...
Parce que je suis sûre que tous, ils ont été rencontrés par des citoyens qui
leur ont exprimé leurs inquiétudes, leurs
préoccupations et les injustices auxquelles ils ont été exposés. Alors, c'est
ça qu'on essaie d'éviter et c'est ça
qu'on essaie de corriger. Et là je
trouve qu'on a vraiment
quelque chose qui n'est pas clarifié pour les gens, donc j'espère que le ministre...
Faisons-le, l'exercice, c'est l'endroit. Le ministre ne veut même pas
déposer le règlement. Alors, comment on va ensuite comprendre le
cheminement?
Et l'autre question
que j'aurais... Donc, j'en aurais deux. J'aimerais bien avoir des réponses parce que
je pense qu'elles sont pertinentes puis je pense
que, sous... Le ministre aime se cacher actuellement derrière :
Je ne réponds pas, je n'ai pas envie de répondre à ça. Je sais, M. le Président, qu'il a le droit de le dire, mais, à répétition, je pense
que ça devient une réelle obstruction par
rapport à nos travaux. Et je voudrais
juste que les gens comprennent bien que de ne pas répondre à quelque chose qui est le coeur d'un amendement
qui nous est lancé en plein milieu d'un projet de loi où il n'a
même pas d'affaire à avoir lieu... je pense que le ministre doit être plus
généreux dans ses informations et nous donner matière à
ce qu'on puisse comprendre comment ça va se passer, qu'on puisse voir que sa
méthode a des bases rigoureuses et solides.
Et, pour moi,
quand le ministre fait affaire avec des firmes comptables, il y a beaucoup
de façons de compter, là, quand on
calcule des prix coûtants puis des prix de revenus. Alors, M. le Président, donc, ma question demeure entière, est-ce qu'on peut faire un
exercice... qu'est-ce qui rentrerait dans une coloscopie? C'est dans un
secteur, en plus, que le ministre
connaît. Je pense qu'on devrait être capables de passer à travers les éléments
de qu'est-ce qui serait inclus. Et comment
le ministre réagit à ce moment-ci, puisqu'il va faire
partie des travaux? Parce
que le comité, ça va être la FMSQ, la FMOQ, un expert, semble-t-il, et
le ministre. Alors, comment il va apprécier 150 $ de frais administratifs
pour une coloscopie? Moi, je suis curieuse
de l'entendre là-dessus et je suis certaine qu'il ne s'est jamais exprimé en
détail là-dessus pour nous donner son opinion et sa vision des choses.
Le Président (M. Tanguay) : M. le
ministre.
Barrette : M. le Président, je ne l'ai pas relevé, mais je noterai que
«cacher», «se cacher», c'est non parlementaire. Et je constate que la députée de Taillon, à la limite, traite
d'incompétentes les firmes comptables du Québec. Il y a une façon
d'évaluer le coûtant, c'est très connu. Elle l'a d'ailleurs elle-même exprimé
assez clairement, qu'elle avait la connaissance
de ça. Là, aujourd'hui, elle veut nous amener dans un débat qui n'est pas celui
de l'amendement, et c'est tout, là, moi, je n'irai pas là, je n'ai rien
à ajouter, M. le Président.
Président (M. Tanguay) : Merci. Oui, je fais appel à votre
collaboration. Chacun, ici, autour de la table, sait ce qu'il a à faire comme parlementaire. Alors, on
peut le faire, mais, de part et d'autre, là, en utilisant des mots
parlementaires et en ne prêtant pas
des intentions. Alors, je fais appel à la collaboration de tout le monde.
Collègue de Taillon, la parole est à vous.
Mme Lamarre : Oui. Bien, écoutez,
mon objectif, il est très simple, M. le Président. C'est qu'à ne pas avoir d'information, la conclusion à laquelle on arrive,
c'est que l'amendement du ministre vise à payer les cliniques médicales des spécialistes. Si ce n'est pas ça, je pense
qu'il faut que le ministre nous donne plus d'information parce que, sinon, ça
peut aller jusqu'à ça, le prix coûtant d'une coloscopie, ça inclut les murs de
la clinique et ça inclut tout ce qui est nécessaire au niveau du
personnel. Alors, qu'est-ce qui rentre dans les frais accessoires que le
ministre voit? Parce qu'il a toujours
l'autorité de dire : Non, ça, ça déborde, ça ne rentre pas. Ça, ça rentre.
Est-ce que le ministre peut nous donner
des guides? Parce que c'est vraiment essentiel et c'est en lien direct avec
l'amendement de mon collègue, parce que c'est dans les règlements qu'on
pourrait voir la ventilation de ces frais-là qui ont été déterminés.
Là, ce que
j'ai compris, c'est que le ministre va nous donner : Coloscopie, un
montant. Puis il va falloir prendre ça
comptant en disant : Ah! c'est ça, le vrai prix. Et comment ça va
s'indexer, comment ça va se moduler dans le temps, s'il y a des activités et des nouvelles
technologies qui permettent de faire l'acte plus rapidement et que, tout à
coup, ce qui prenait 20, 30
minutes... On l'a vu en ophtalmologie, des examens qui prenaient 30 minutes
qui, maintenant, peuvent se faire
beaucoup plus rapidement. Ça va être ce prix-là de façon indéterminée? Il y a
beaucoup de questions auxquelles le
ministre doit répondre s'il veut prétendre apporter un éclairage adéquat à la
population sur quelque chose qui va aller chercher directement de
l'argent dans ses poches, mais aussi qui va vraiment créer un accès à deux
vitesses.
Alors, j'aimerais ça que le ministre, juste, me
dise, là, le 150 $ de frais administratifs pour une coloscopie, est-ce
qu'il trouve ça adéquat, est-ce que ça fait
partie des frais qu'il veut
diminuer.
Le Président (M. Tanguay) : M. le
ministre.
Barrette : M. le Président, j'ai déjà répondu à cette question-là et
je vais quand même le répéter, il y a des firmes à qui on donnera le mandat de faire cette évaluation-là et qui
ont tout à fait la compétence de le faire. Je suis déçu de constater que la députée de Taillon considère
qu'il n'y a personne au Québec qui a cette expertise-là dans son esprit.
On sait tous et toutes que le Parti québécois, quand vient le temps de parler
d'économie et d'affaires, ce n'est pas exactement
leur univers. Je le comprends, mais, à en juger par les commentaires de la
députée de Taillon, qui nous a bien énuméré les grandes lignes de ce
qu'est le coûtant, elle doit le savoir. Puis d'ailleurs elle le sait parce
qu'en tant que propriétaire pharmacienne elle opère des entreprises de ce
type-là, puis elle sait c'est quoi, un coûtant, puis elle sait comment faire ça, puis elle nous l'a bien dit.
Alors, je pense qu'elle l'a très bien exprimé. Elle peut faire l'exposé qu'elle
veut aussi longtemps qu'elle veut, là, et je n'ai pas, moi, à faire ce
détail-là. Moi, je dépose un amendement, il est là, et le reste, c'est
hors sujet.
Le Président (M. Tanguay) : Collègue
de Taillon.
Lamarre : Alors, on entend bien ce que le ministre vient de dire. Il
dépose un amendement, et le reste, c'est hors sujet. Ce n'est pas banal,
là. Ce n'est pas banal.
M. Barrette : C'est vrai que ce
n'est pas banal.
Lamarre : À
part les paroles du ministre, M. le Président, tout le reste est hors sujet. Quel bel exemple
de démocratie et de collaboration au sein d'une commission
parlementaire, alors que le ministre improvise, nous ajoute des amendements en milieu de règlement
qui n'ont pas de lien avec l'accès. Moi, j'aimerais bien que le ministre
me dise en quoi les frais accessoires
vont améliorer l'accès aux soins et à la population dans un esprit
équitable. Alors, on est très loin de ça.
Le ministre
dit que le Parti québécois n'a pas d'expertise en administration ou en comptabilité, bien, je pense qu'il vient, tout justement, de me rendre hommage en disant que j'ai une
expérience en administration et en gestion d'entreprise et qu'on a également
un chef qui est reconnu pour être un très bon développeur au niveau
de l'économie, et je pense qu'on n'a pas à compétitionner là-dessus, on a tous à mettre chacun nos
expertises au service de la population. Et, contrairement au ministre, moi, je pense qu'on n'a pas toutes les expertises
dans une seule personne. Alors, je pense qu'il faut écouter les autres de temps
en temps, il faut partager la science. Et je pense que le ministre,
à ce niveau-là, doit nous aider à comprendre
sa science parce que c'est vraiment lui qui a seulement ça dans sa tête à ce
moment-ci, on n'a rien, rien, rien de précis par rapport à cet impact de
cet amendement-là, qui a des conséquences majeures.
Écoutez,
tout le monde réagit là-dessus, là. L'association médicale du Canada, qui regroupe 80 000 médecins, des médecins, donc, qui devraient, normalement, avoir un préjugé assez favorable sur ce qui est positif pour les
médecins, s'inquiètent de ça parce qu'eux, ils ont une vision de l'importance d'un accès universel et équitable aux
services de l'assurance maladie.
C'est quelque chose de majeur, ça, dans l'accès, et dans la qualité de vie, et
dans la justice sociale, puis dans l'égalité des chances. Alors, le
ministre est prêt à faire une brèche là-dessus, mais tout ce qui n'est pas son
amendement, c'est hors sujet. C'est hors sujet, M. le Président.
Alors, moi, je lui demande de me dire qu'est-ce
qu'il prévoit mettre dans le 150 $. Bien, qu'il me dise juste s'il trouve
ça raisonnable, un 150 $ de frais administratifs sur une coloscopie qui en
coûte 500 $.
Le Président (M. Tanguay) : M. le
ministre.
Barrette : M. le Président, le public qui suit nos travaux aura
remarqué que, dans la catégorie improvisation, la députée de Taillon est assez experte, tous les amendements qui sont
proposés par la députée de Taillon sont écrits sur le coin de la table. Et hier on a constaté que sa
formation politique en avait déposé deux qui étaient irrecevables, alors, moi,
on repassera, là, pour ce qui est d'improvisation.
Pour ce qui
est de l'association médicale du Canada, je l'inviterais à faire attention, là,
pour prendre des positions basées sur
cette organisation-là, qui s'est opposée complètement au projet de loi
n° 52 que sa formation a adopté à l'unanimité. Et, pour le reste,
M. le Président, je n'ai rien à rajouter.
Président (M. Tanguay) : Il y a le collègue de Richelieu qui voulait
prendre la parole. La parole est à vous.
Rochon : Oui. M. le
Président, sans vouloir vous mettre dans une position délicate, j'aimerais ça,
vous entendre commenter l'affirmation
du ministre à l'effet qu'outre ses amendements à cette commission parlementaire
le reste est hors sujet. Est-ce que nos sous-amendements sont hors
sujet?
Président (M. Tanguay) : Vous connaissez l'objet du débat, qui est
votre sous-amendement, qui est d'étudier en commission parlementaire, le cas échéant, un règlement. Alors, ça,
c'est le sujet, et je vous rappelle l'article 34 : «Les députés ne
peuvent poser au président que des questions portant sur les affaires ou [les
procédures] de l'Assemblée.» Alors, moi,
dans la mesure où on respecte l'article 211 sur l'aspect que vous soulevez, qui
est la pertinence, l'objet du débat est votre sous-amendement à
l'amendement du ministre à 25.2.
Alors, je vous invite à faire vos interventions,
et ne suscitez pas la présidence à commenter la procédure parlementaire parce que vous savez que je pourrais
y prendre goût, puis je peux vous faire 20 minutes facilement là-dessus.
Facilement, à part de ça.
Alors, qui veut prendre la parole? Si personne
ne prend la parole, on va aller au vote.
M. Rochon : Je veux poursuivre, M.
le Président.
Le Président (M. Tanguay) : Alors,
la parole est à vous, collègue de Richelieu.
Rochon : Oui, rapidement.
Non seulement notre sous-amendement est-il pertinent, est-il dans le sujet,
mais ce sous-amendement, qui vise à
soumettre à l'étude des membres de la commission parlementaire le règlement
prescrivant des cas et des conditions
dans lesquelles un paiement est autorisé, est en droite ligne avec la
recommandation — paragraphe
73 — du
Protecteur du citoyen — et elle ne fait pas de la politique, elle,
là : «...parce qu'elle concerne l'ensemble de la population et parce qu'elle a une portée réelle dans la vie
de chacun, la réflexion sur les frais accessoires du ministre de la Santé et des Services sociaux doit se faire en toute
transparence et avec ouverture. Cette réflexion ne saurait progresser selon des
mécanismes de huis clos, en ignorant l'intérêt public dans son sens le plus
large.»
C'est ce que
disent, c'est ce que répètent depuis hier toutes les oppositions. La députée de
Taillon, ce matin, c'est ce qu'elle
dit. Alors, il n'y a pas que la députée de Taillon, là, que rabroue aujourd'hui
le ministre. Ce faisant, il rabroue le Protecteur du citoyen.
Le Président (M. Tanguay) : M. le
ministre.
Barrette : M. le Président, je n'ai rien à ajouter, là. Le député de
Richelieu fait un éditorial, j'en prends note.
Le Président (M.
Tanguay) : Collègue de Richelieu.
M. Rochon : Rien n'interdit le
ministre de faire un contre-éditorial, ça pourrait être intéressant.
M. Barrette : Bien, M. le Président,
je n'ai pas l'intention de contre-éditorialer.
Le Président (M. Tanguay) : Collègue
de Labelle, la parole est à vous.
M. Pagé :
Oui. Merci, M. le Président. Peut-être juste un petit commentaire bien amical
envers le ministre. Quand il a
qualifié tantôt les sous-amendements d'improvisés parce qu'ils étaient
irrecevables, vous savez comme moi, ce n'est pas parce qu'ils sont irrecevables qu'ils sont improvisés. D'ailleurs,
le ministre lui-même a déposé un sous-amendement antérieurement qui a été également irrecevable, et je suis convaincu que
son sous-amendement n'était pas improvisé, hein? Alors, il ne faudrait
quand même pas faire l'équation irrecevable et improvisé. Alors, je l'invite à
la prudence.
J'aimerais
sincèrement que le ministre prenne le temps de regarder comme il faut le
sous-amendement qui est proposé à son
amendement pour la raison suivante. Vous savez qu'au départ nous étions contre
son amendement à cause de la
partie
bien précise où il introduit par un
article de loi la possibilité d'encadrer
les frais accessoires. Nous sommes contre,
et, de l'avis général, de façon très, très large, à peu près tout le monde est
contre. À partir du moment où nous savons que nous ne pouvons pas battre légalement, parce que la force du nombre
nous l'impose, cet amendement, ce qu'on essaie de faire, c'est qu'on essaie d'amoindrir le choc. On essaie de voir de
quelle façon on peut rendre ça le plus correct possible en fonction de
tout ce qui nous est dit, en fonction de ce que la Protectrice du citoyen nous
dit, en fonction de ce que plusieurs
personnes... Parce que, depuis vendredi dernier, il y a quand même une certaine
levée de boucliers, là, c'est assez généralisé, où un peu tout le monde
vient nous dire : Attention, vous empruntez la mauvaise voie.
Alors, nous,
on constate que le ministre souhaite quand même emprunter cette voie, et ce
qu'on propose aujourd'hui, c'est
quelque chose qui, somme toute, s'il l'acceptait, rendrait son article, je
dirais, peut-être un peu plus acceptable aux yeux de la Protectrice du citoyen, aux yeux, certainement, de
l'Association médicale du Québec, là, qui regroupe quand même
10 000 omnipraticiens, spécialistes, résidents et étudiants en
médecine, qui, hier, émettait un communiqué, un communiqué quand même dur à l'endroit du ministre parce que le titre,
déjà, L'Association médicale du Québec s'insurge contre l'attitude antidémocratique du ministre de
la Santé ... Puis moi, je ne veux
pas croire que le ministre est quelqu'un d'antidémocratique, absolument pas, je suis convaincu qu'il ne souhaite
pas cela, mais le
titre disait qu'on s'insurge contre l'attitude
antidémocratique du ministre de la Santé dans le dossier des frais accessoires.
Et là ce
qu'ils disent, eux, c'est : «Considérant les effets majeurs — alors donc, ce qu'il introduit, là, pour
tout le monde, c'est important parce
qu'il y aura des effets majeurs — de la ratification des frais accessoires et de leurs retombées sur l'accessibilité...» Hein, pourquoi que c'est majeur? Parce que, là,
l'accessibilité, on ne respectera plus même les normes canadiennes, hein? L'accessibilité va se faire à
deux vitesses, c'est ce que tout le monde est en train de dire partout. Si vous allez à l'hôpital, vous ne paierez pas. Si vous allez dans un
cabinet voir votre médecin de famille, vous allez payer. Donc, on commence à
avoir de la médecine à deux vitesses.
Alors :
«Considérant les effets majeurs de la ratification des frais accessoires et de
leurs retombées sur l'accessibilité
aux services de santé pour les Québécois, l'AMQ a demandé, par voie de lettres,
au ministre de la Santé et au leader parlementaire que cet enjeu fasse l'objet d'un débat public...»
Alors, nous, ce que l'on offre, justement, parce
que l'on constate qu'on n'aura pas le choix d'aller dans
cette voie, même si le ministre sait que ça peut être contesté devant les
tribunaux, devant ce constat on offre au ministre d'ajouter une
partie
qui rendrait son amendement un peu plus acceptable. Et cette partie-là, elle est fort légitime. Cette partie-là,
finalement, ne vient pas éliminer ce que le ministre
dit précédemment, mais elle vient plutôt
permettre un débat en commission
parlementaire pour réfléchir à la
façon dont tout cela est fait, hein,
parce que ce que ça dit, c'est que ce règlement
doit... Donc, on constate, «ce
règlement doit — donc,
devrait — avant son entrée en vigueur, être soumis
pour étude aux membres de la commission parlementaire de la santé et des
services sociaux».
Il me semble
que le ministre devrait voir là-dedans plutôt une perche, une main tendue, ne
devrait pas s'objecter à ce que nous
proposons. Alors, je suis assez étonné qu'il n'ouvre pas cette porte, qui irait
dans le sens de ce que tout le monde lui dit en lui disant : Vous
êtes antidémocratique, M. le ministre. Quand la Protectrice du citoyen
dit : C'est la dernière place jusqu'où
vous devriez aller, il me semble qu'à partir du moment où on essaie de bonifier
en allant dans le sens de toutes les critiques, le ministre devrait
accepter la main tendue qui rendrait son amendement plus acceptable.
Et d'ailleurs
je vous rappelle que, le 16 septembre dernier — on l'a dit hier, mais je pense qu'il faut le
répéter, hein, des fois, à force de répéter, on finit par passer le
message — le
ministre avait lui-même accepté ce même genre de
proposition, une proposition que nous avions faite, là, dans le cadre des
quotas de médecins de famille, et le ministre avait lui-même repris
notre sous-amendement pour le réécrire, mais allant dans le sens que
l'opposition souhaitait, qui disait que «le règlement initial pris en vertu
[des dispositions des chapitres II] doit faire l'objet d'une étude par la commission compétente de l'Assemblée nationale,
avant son adoption par le gouvernement, d'une durée maximale de
6 heures». On avait même encadré tout ça. On se disait : Quand on ira
devant les parlementaires, on n'ira pas pour trois
semaines, pour six semaines, on va y aller pour six heures, maximum. Donc, il y
avait là matière à discussion. Le ministre
a fini par accepter notre proposition de sous-amendement en l'adaptant à ce
qu'il considérait comme acceptable.
Alors, ce qu'on lui dit aujourd'hui :
Faites la même chose, M. le ministre, sur un sujet qui, somme toute, est très important. Parce que ce sujet-là,
Me Ménard vous l'a dit très clairement hier — et je ne pense pas que c'est le dernier
venu — vous ouvrez la porte à des contestations
devant les tribunaux. Alors, ce qu'on vous offre aujourd'hui, c'est de rendre un peu plus acceptable ce que nous, on
trouve inacceptable. Alors, j'ai beaucoup de difficultés à voir pourquoi le
ministre ne voudrait pas accepter ce sous-amendement, qui
nous permettrait d'avancer tout en n'allant pas jusqu'où on souhaiterait aller
parce que, tout le monde le dit, il ne faut pas aller jusque-là. Mais, à partir
du moment où on est devant le fait accompli et on sait qu'on va se rendre
jusque-là, alors comment atténuer la chose? C'est ce qu'on lui propose.
Est-ce qu'il
voudrait mettre à la fin de notre sous-amendement, comme on avait fait le
16 septembre dernier, «d'une durée maximale de six heures»? Soit,
ajoutons-le, ajoutons-le. D'ailleurs, on pourra peut-être revenir avec un autre
sous-amendement qui dira la même chose, mais
qui pourra limiter dans le temps cette commission parlementaire. Mais,
je le répète, ce n'est pas banal, ce qu'on
est en train de faire, on est en train de vouloir rendre légal ce qui, en
principe, ne l'est pas parce que ça contrevient au principe même de la
loi québécoise sur l'accessibilité aux soins de santé, mais également la loi
canadienne. Alors, je demande bien amicalement au ministre de revoir sa
position et de voir dans cet amendement-là une main tendue pour rendre
acceptable ce qui, à nos yeux, ne l'est pas.
Le Président (M. Tanguay) : M. le
ministre.
M. Barrette : Je n'ai rien à
rajouter, M. le Président.
Le Président (M. Tanguay) : Collègue
de Labelle.
M. Pagé : Ah! bien, rien à ajouter. Regardez, j'ai beaucoup
de difficultés à accepter une réponse comme celle-ci, là, parce
qu'il me semble qu'on présente un sous-amendement qui ne vient pas contrer
l'amendement du ministre, et qu'il me
dise au moins pour quelle raison il ne veut pas accepter cela. Est-ce que c'est
parce qu'on n'a pas arrêté dans le temps, comme on l'a fait à 38.1 en ajoutant le maximum de temps où on aurait à
se pencher aux quotas de médecins? Puis, entre vous et moi, là, les quotas de médecins, là, comparativement à ce qu'on
est en train de débattre, là... j'ai l'impression que ce qu'on est en train de débattre est beaucoup plus
important, là, parce que, là, on est en train d'introduire une médecine
à deux vitesses, là, hein? Alors, c'est grave, là, ce qu'on est en train
d'introduire.
Je ne suis
même pas sûr qu'en bout de piste on devrait continuer à vouloir sous-amender
parce qu'on est en train de légaliser
ce qui risque de se retrouver devant les tribunaux bientôt. Alors, j'ai
beaucoup de difficultés à accepter de ne
pas avoir de commentaires quand ce qu'on propose est beaucoup plus une main
tendue qu'une opposition. Ou je vais m'y
prendre autrement, comment le ministre peut-il justifier que, dans ce cas-ci,
il a accepté un débat de six heures et, pour quelque chose qui
m'apparaît comme nettement plus important, je vais le dire comme je le vois
aujourd'hui... comment accepte-t-il de ne pas avoir un minimum de débat sur la
question?
Le Président (M. Tanguay) : M. le
ministre.
Barrette : La raison est très simple, M. le Président, le député de
Labelle sait très bien qu'il est exceptionnel d'avoir un règlement qui passe en commission parlementaire. C'est
exceptionnel, et le passé, l'histoire le démontrent. Et, ici, on parle de choses qui sont purement
techniques, d'une assez profonde simplicité. Alors, ici, je ne peux que
conclure qu'on veut... je le conclue,
c'est ma conclusion — j'ai le
droit de conclure quelque chose, là — que c'est un alourdissement de la
procédure inopportun.
Le Président (M. Tanguay) : Collègue
de Labelle.
M. Pagé :
Sauf qu'il est assez exceptionnel que la Protectrice du citoyen vienne nous
dire : Ce que vous faites là, ne
le faites pas. Il est assez exceptionnel qu'une quinzaine de groupes d'à peu
près partout, et non pas des «commentateux» sur la place publique, là,
hein, l'association... bon, on peut...
Une voix : ...des retraités.
M. Pagé :
...l'association des retraités, la FADOQ... Mais l'Association, là, médicale du
Québec, c'est quand même 10 000
omnipraticiens, spécialistes, résidents et étudiants en médecine, ce n'est pas
rien, là, puis il y en a d'autres comme ça, là, il y en avait un autre groupe de 4 000 également. Alors,
j'ai un peu de difficultés avec la réponse du ministre, qui nous dit qu'on va alourdir un processus, quand,
pourtant, ce que l'on veut faire, c'est de lui tendre la perche, une main
tendue pour rendre la chose plus acceptable.
Écoutez, très déçu, M. le Président. Je vais laisser la parole à mon collègue
de Richelieu.
Le Président (M. Tanguay) : Collègue
de Richelieu, la parole est à vous.
M. Rochon : Oui, écoutez, ce que
j'allais dire, M. le Président, c'est que ce n'est pas une joute intellectuelle
à laquelle on se livre ici, là, on ne se
livre pas à un débat parlementaire désincarné. La médecine à deux vitesses, que
nous craignons de voir s'installer,
elle s'incarne dans du monde. Hier, je lui citais l'exemple, que je ne retrouve
pas, là, de la dame de 70 ans
qui est allée à l'hôpital pour une coloscopie et qui s'est fait dire qu'il y
aurait plusieurs mois, voire années d'attente,
qui s'est tournée vers la clinique du gastroentérologue et a été informée
qu'elle pourrait subir son examen, sa coloscopie,
dans deux semaines, moyennant le versement de 500 $. Et cette dame-là de
déclarer : C'est dur, c'est dur pour les aînés.
Alors,
voilà. Ce n'est pas une joute intellectuelle, là, ce n'est pas un débat parlementaire
désincarné, on se fait la voix, à
cette commission parlementaire, des citoyennes et des citoyens du Québec qui
craignent le pire, qui n'ont pas le
goût de sortir, dans les cabinets de médecins, en plus de leur carte
d'assurance maladie, leurs cartes de crédit. Je pense, c'est légitime,
là, ils paient de l'impôt, les Québécois et les Québécoises, là, ils sont en
droit, en retour...
Rochon : Et en masse, oui,
vous avez raison de le dire, M. le député de Labelle. Ils sont en droit de
s'attendre à des services en retour, des services médicaux de qualité.
Mais je sais que tout ça n'ébranlera pas le ministre.
Barrette : M. le Président, puisque nos collègues d'en face veulent
prendre du temps, qu'ils expliquent à la population, M. le Président, et
à leurs collègues pourquoi ils ont mis la même mesure dans leur programme
électoral. Qu'ils nous expliquent ça, ça
nous intéresse. Puisque le député de Richelieu, souvent, fait des interventions
sans question, donc des éditoriaux, qu'il nous explique comment sa formation a
pu présenter la même mesure dans un programme électoral.
Rochon : La formation pour
laquelle je siège vous demande avec insistance, à répétition, depuis des heures,
des jours, d'interdire les frais accessoires. Et, M. le ministre, un jour, vous
serez dans notre position, vous serez dans l'opposition.
Un jour prochain, j'espère, mais, pour l'instant, c'est vous qui êtes ministre
et c'est vous qui avez à répondre de
vos actes et des actes du gouvernement, ne vous en déplaise. Ça ne doit pas
toujours être facile, particulièrement ces temps-ci, et je le comprends.
Le Président (M. Tanguay) : Y a-t-il
d'autres interventions? Collègue de Labelle, la parole est à vous.
M. Pagé :
Bien, quand même, ça fait quelques fois que le ministre reprend le programme du
Parti québécois, mais le rapport de
la Protectrice du citoyen est arrivé quand? Je suis convaincu que le programme
du Parti québécois aurait été
différent si la Protectrice du citoyen avait émis un rapport avant 2014. La
Protectrice du citoyen a émis son rapport vendredi dernier, et il faut l'entendre, c'est la Protectrice du
citoyen. Alors, si le ministre ne veut pas l'entendre, s'il ne veut pas entendre les associations qui prennent
position partout à travers le Québec, qui va-t-il entendre? Et ce qu'on est en
train de faire avec notre sous-amendement, ce n'est même pas de réussir à se
rendre là où jusqu'où tout le monde nous demande d'aller, soit de
retirer la
partie de son amendement parce que, manifestement, on ne pourra pas
se rendre jusque-là. Là où on se rend, c'est
juste d'essayer d'encadrer mieux la chose que l'on ne souhaite pas. Mais,
compte tenu qu'on est devant un fait qui sera accompli éventuellement,
on essaie de mieux l'encadrer.
Hier, le
ministre a dit : Nous faisons un effort — je le cite, là — pour retrouver l'équilibre budgétaire.
Alors, la logique derrière ce qu'il nous met dans son projet de loi,
c'est une logique comptable, c'est une logique purement d'équilibre budgétaire qui va à l'encontre de la logique de la loi
canadienne sur l'accessibilité universelle des soins de santé, et le même esprit également était derrière
la constitution du ministère de la Santé au Québec. Pourquoi introduit-il
cela pour un coût possible de
50 millions — mais on
ne le sait pas, ça peut être 25 comme ça peut être 125 — qui sera donc une nouvelle facture refilée aux citoyens? Nous faisons un effort
pour retrouver l'équilibre budgétaire. Donc, clairement, ce qu'on fait aujourd'hui, comme on fait ailleurs
avec des permis de toutes sortes où on double, où on triple... Que ce soient
les baux de villégiature, les permis de chasse, les factures sont nettement
plus importantes.
Ce qu'on fait
aujourd'hui... Vous me direz, baux de villégiature, un permis de chasse,
effectivement, ce n'est pas très
grave, en ce sens... L'augmentation est importante, mais ce n'est pas très
grave parce que ce n'est pas quelque chose qui doit être universel et universellement partagé comme philosophie,
comme façon de faire, comme vision depuis des décennies au Québec et à travers le Canada, que l'accessibilité aux
soins de santé, ça doit être universel et équitable pour tous.
À partir de
ce principe-là, on ne devrait pas aller dans la voie que le ministre veut nous
amener. Alors, j'ai toujours énormément
de difficultés à accepter que le ministre ne prenne pas notre main tendue, même
si je suis inconfortable, hein... Je
suis inconfortable avec la main tendue qu'on lui donne parce qu'avec notre main
tendue, là, on fait juste amoindrir le choc
de quelque chose qui risque de se retrouver devant les tribunaux, de quelque
chose qui ouvre la porte à une médecine à deux vitesses, ce que l'on n'a
jamais voulu dans l'histoire du Québec, même dans l'histoire canadienne.
Alors,
j'espère que le ministre va... Si, à tout le moins, il n'est pas prêt à
accepter notre sous-amendement tel que libellé,
qu'il en rédige un autre, comme il l'a fait avec le quota des médecins de
famille. C'est lui qui l'a réécrit pour le rendre plus acceptable. Là, il nous dit : Bien, c'est parce que je
ne veux pas alourdir le processus. Mais alourdir le processus, là, c'est refiler une facture aux citoyens du
Québec. Et ça, pour nous, c'est inacceptable parce que c'est une facture qui
est dans le cadre de l'accessibilité aux soins de santé, et ça, c'est
inacceptable. Alors, je demande encore une fois au ministre : Quelle est la différence avec 38.1? Qu'il réécrive,
comme il l'a fait avec 38.1, un sous-amendement qui rendra la chose plus
acceptable à ses yeux et à nos yeux également.
Le Président (M. Tanguay) : M. le
ministre.
Barrette : Un court commentaire. Ce qui est responsable pour un
gouvernement, c'est d'avoir des finances publiques équilibrées — c'est ça qui est responsable — de façon à ce qu'on puisse garder l'argent
des citoyens dans les services plutôt que dans des
paiements de dette. C'est ça qui est responsable. Et, sur ce point-là, je
laisse la population... bien, en
fait, je ne la laisse pas juger, elle a déjà jugé des positions et des actions
du Parti québécois. De notre côté, on agit de façon responsable, M. le
Président.
Le Président (M. Tanguay) : Collègue
de Labelle, sur le même échange.
M. Pagé : Est-ce que c'est
responsable d'ouvrir une médecine à deux vitesses?
Barrette : M. le Président, notre responsabilité est d'aller dans le
sens de la Protectrice du citoyen. Le panier de services excède notre
capacité de payer, donc on doit faire des choix, point.
M. Pagé :
Quand, de façon assez claire, on nous dit à peu près partout que le
50 millions, par rapport aux 35 milliards,
c'est tout à fait à la marge... Le ministre, d'ailleurs, se targuait, il n'y a
pas tellement longtemps, avec le projet de loi n° 10, d'économiser
220 millions. Alors, à ce compte-là, pourquoi ne pas refiler une facture
de 100 millions, 200 millions, 300 millions? Parce que, là, il
ouvre une médecine à deux vitesses. À notre avis, la responsabilité, c'est beaucoup plus de préserver la mission et la vision
des choses qui est quand même reconnue depuis des décennies au Québec.
Il vient d'ouvrir la porte sur quelque chose qui est tout à fait inacceptable,
et ça, c'est irresponsable.
Le Président (M. Tanguay) : M. le ministre?
Collègue de Taillon, la parole est à vous.
Lamarre : Oui, M. le Président. Écoutez, le ministre évoque... Le
Parti québécois a toujours eu la volonté d'encadrer les frais accessoires. Et, pour ça, sa position, c'était de
donner plus de pouvoirs d'enquête à la RAMQ parce qu'il y avait vraiment, de ce
côté-là, des limites actuellement à la RAMQ pour pouvoir investiguer ces effets
déviants. Et ces effets déviants, ils
étaient marginaux il y a quelques années, mais, comme la Protectrice du citoyen
l'a très bien exprimé, on assiste à
un glissement qui fait qu'il y a une multiplication. Maintenant, il n'y a plus
personne qui peut aller chez un
ophtalmologiste ou un dermatologue sans que ça coûte quelque chose. Ce n'était
pas le cas il y a trois ou quatre ans. Alors, la situation a glissé par
manque d'intervention.
On sait que le ministre, dès son arrivée, et
même quand il était déjà président de la FMSQ, disait qu'il fallait absolument contrôler. Maintenant, on comprend que
ce qu'il voulait dire par contrôler ces frais-là, il voulait, dans le fond,
faire en sorte que ses membres en
particulier... Parce que ce sont principalement certains sous-groupes de
spécialistes qui facturent ces
surcharges-là aux patients, et il voulait leur faire un cadeau particulier, il
voulait leur donner plus de revenus, et
c'est ça qu'il est en train maintenant... Au lieu d'encadrer ce qui était
marginal, de dire : Ça ne devrait plus se faire, et on corrige tout de suite, il dit : Bien,
regardez, là, maintenant, c'est fait, alors là on va le normaliser, on va le
légaliser. Et ça, ça permet de donner
de l'argent à qui? Qui profite de cet amendement-là? Qui profite de cet
amendement-là? Pas les citoyens, les
médecins spécialistes qui les font, à qui le médecin... Le ministre nous l'a
dit tantôt, il est prêt à payer des
frais de bureau, des frais d'équipement, des tests diagnostiques. Alors, c'est
clair, clair, clair, là, il est vraiment dans une situation où les gens
qui sont favorisés...
On ne protège
pas la population avec cet amendement-là, on protège certains petits
sous-groupes de médecins et on cause
une brèche énorme, brèche énorme pas seulement sur la médecine à deux vitesses.
Oui, c'est vrai que les gens vont
attendre encore plus, mais on fait aussi en sorte d'envoyer un message clair
aux médecins en disant : Bien, c'est moins intéressant d'être à l'hôpital que d'être dans la clinique privée. Donc,
déplacez-vous vers la clinique privée, on va même vous payer vos frais administratifs — le ministre l'a dit tantôt, le loyer, les
frais d'infrastructures, l'informatisation, les secrétaires, tout ça, ça peut rentrer, là, dans une coloscopie — et on va avoir de moins en moins de médecins
qui vont être disponibles dans les hôpitaux.
Donc, non
seulement on va avoir des délais, mais ces délais-là vont être accentués, vont
être augmentés, et on va avoir une carence de spécialistes dans les
hôpitaux parce qu'ils vont aller travailler en clinique privée où ils vont pouvoir ajouter des 100 $, des 200 $ sur
chacun des actes qu'ils posent auprès des patients. Donc, bien rappeler au
ministre, là, le glissement qui s'est fait dans les dernières années et
que, déjà sous le Parti québécois, les échographies avaient commencé à être rapatriées pour, justement, éviter
qu'il y ait une dépendance exclusive aux cliniques privées externes pour
obtenir une échographie.
Alors, moi,
je vais juste demander au ministre... Parce que, vous savez, tout ça, ça a
commencé avec les enveloppes pour les
médecins spécialistes quand il était président de la Fédération des médecins
spécialistes, et j'ai des citations, là : «Ce n'est pas vrai que l'État ne peut pas nous payer. C'est une insulte,
une énormité, un mensonge, un scandale intellectuel. Le politicien qui veut se faire élire va jouer la
carte de la baisse d'impôts.» Il me semble avoir entendu des choses comme
ça. «On ne va pas se sacrifier pour que le
gouvernement...» Et là il parlait au nom des médecins spécialistes à ce
moment-là.
Et donc ce
qu'on voit maintenant, c'est qu'effectivement il n'a pas l'intention de
sacrifier qui que ce soit, mais surtout
pas les médecins. Il demande, par contre, à la population de se sacrifier, de
se sacrifier à tous les niveaux, que ce soit celui qui va avoir accès à cette clinique privée là qui va devoir
payer, que ce soit celui qui n'a pas les moyens de se la payer et qui va être retardé et, éventuellement,
l'ensemble du système, qui va payer pour ça en... Non seulement ça, mais
on risque de perdre nos transferts fédéraux en plus.
Alors,
imaginez, il y a... Qui gagne? Moi, je pose la question, là. Dans une approche
comme celle-là, on doit se demander :
À qui ça fait plaisir, ce qui est en train de se produire là? Ça ne fait pas
plaisir à l'ensemble des médecins, ça
ne fait pas plaisir à ceux qui sont la voix des citoyens les plus vulnérables,
comme Me Ménard, à ceux qui protègent le citoyen, ça ne fait pas plaisir à plusieurs groupes de médecins qui
sont sensibles à la valeur d'une assurance maladie.
Parce
qu'il y a des avantages aussi à avoir une assurance maladie. On n'est pas
toujours en train de négocier, là. Si
on parlait avec les médecins aux États-Unis, ils sont obligés de négocier, eux
autres, avec les patients, là : Ça coûte ça, j'ai ça ou je n'ai pas ça. Moi, j'ai même
quelqu'un à qui on a fait une intervention dans le dos, et ça coûtait
100 $ pour la xylocaïne, puis le
patient a dit : Je ne l'ai pas, le 100 $. On a dit : On va te la
faire à froid. Au Québec, au Québec, là, ça s'est produit, ça. Alors, c'est comme ça qu'on gère ça. C'est comme
ça qu'on gère ça, et c'est ça qui doit être balisé. Et le 50 millions, dans une enveloppe de
l'ordre de celle qu'on a en santé, de l'ordre de celle de 7 milliards qui
est consacrée aux médecins, je pense que c'est très raisonnable de
l'inclure. C'est moins de 1 %, et ça s'impose absolument.
Mais, je reviens, le ministre nous a dit, quand
il a justifié ces augmentations de salaire, de rémunération des médecins spécialistes en 2011... Donc, c'était
alors que M. Bolduc, le Dr Bolduc était ministre. Ça avait commencé
avec le premier ministre actuel, et
ça s'est poursuivi ensuite avec le ministre Bolduc. Le seul argument que le
ministre a évoqué pour avoir ces
augmentations-là à l'intention des spécialistes, c'est la parité avec les autres provinces, le seul argument, le Québec... et c'était la seule... Est-ce qu'on avait des garanties d'amélioration de services, d'amélioration d'accès en
conséquence de ça? Non, il fallait avoir
pareil, pareil, pareil. Mais pareil, pareil, il faut regarder tous les pareils.
Dans les autres provinces, on n'a pas
25 % des gens qui n'ont pas
accès à un médecin de famille, on ne demande pas aux médecins de famille de travailler 40 % de leur temps à
l'urgence de l'hôpital. Il doit y avoir quelqu'un d'autre qui les fait, ces
heures-là, à l'hôpital, ce sont des spécialistes la plupart du temps.
Donc, sur
la base de la parité avec les autres provinces, j'aimerais que le ministre me
dise quelles provinces canadiennes chargent
des frais accessoires. Puisque, là, on l'a atteinte, la parité, alors quelles
sont les autres provinces canadiennes où
on permet aux médecins, en particulier les spécialistes, de charger pour des
frais accessoires? Une question, M. le Président, qui est très claire, très précise, qu'on n'a
jamais posée, donc j'espère que le ministre ne me répondra pas par : J'ai
déjà répondu à ça. Ou je ne réponds
pas à ça. Ou je ne veux pas répondre à ça. Je pense que ça mérite d'être
répondu correctement.
Barrette : M. le Président, ça déborde largement le sous-amendement
qui est sur la table. Il n'est pas là, là, ça n'a rien à voir, on est
dans une argumentation de règlement, là.
Le Président (M. Tanguay) : Collègue
de Taillon.
Mme Lamarre : M. le Président, ça ne
déborde pas du tout, c'est sur la base même du seul principe qui a été défendu
historiquement par le ministre quand il était président de la FMSQ, parité avec
les autres provinces. Si on est pareils, on
n'est pas juste pareils sur les avantages, on est pareils sur les
inconvénients. Dans les autres provinces, les médecins les paient, leurs frais de bureau. Ils paient leurs
frais de bureau, ils ne se les font pas payer par l'État. Ce n'est pas pareil,
ça. À la limite, c'est bien plus
payant d'avoir un 100 000 $ de remise sur nos frais
d'infrastructures, sur notre clinique médicale que d'avoir un petit gain de deux dollars sur un honoraire d'acte
professionnel qu'on fait, c'est majeur. Donc, c'est tout à fait en lien.
Et je remarque que, quand je touche à des choses qui sont particulièrement
vraies, le ministre n'aime pas répondre à
mes questions et n'aime pas élaborer parce qu'il a un petit peu un manque
d'arguments à ce niveau-là. Alors donc, le ministre choisit de ne pas répondre,
je comprends que ma question est bonne et pertinente. Alors, c'est son choix.
Le Président (M. Tanguay) : M. le
ministre.
Barrette : Le choix que je fais, M. le Président, c'est d'utiliser le
temps parlementaire judicieusement. Et les gens qui nous écoutent
comprennent très bien la démarche de la députée de Taillon et de sa formation
politique.
Le Président (M. Tanguay) : Collègue
de Richelieu, la parole est à vous.
Rochon : Oui. M. le
Président, pour se reposer du pouvoir ou faire diversion, le ministre aime bien
référer à l'époque où nous l'étions, au pouvoir, un gros 18 mois au
cours des 12 dernières années. Alors, retournons à cette époque. La Presse ,
4 février 2013 : «Les jours où les médecins peuvent facturer
200 $ à leurs patients pour des gouttes ophtalmiques qui valent
15 $ sont comptés. Le ministre de la Santé, le Dr Réjean Hébert, veut
abolir certains frais accessoires à la source d'innombrables exagérations au
cours des dernières années.
«Il compte
par ailleurs élargir les pouvoirs d'enquête et de sanction de la Régie de
l'assurance maladie du Québec pour stopper la perception illégale de
frais.
«"Je
veux qu'on abolisse ces frais accessoires, qui commencent à devenir un moyen
détourné pour demander des honoraires supplémentaires."» C'était le
4 février 2013.
6 février 2013, dans le même journal : «...l'abolition de
certains frais accessoires risque de priver des patients de soins, en plus d'allonger les listes d'attente
dans les hôpitaux, préviennent les fédérations de médecins. Le président
de la Fédération des médecins spécialistes
du Québec — un
certain Dr Gaétan Barrette, le "un certain", ça vient de moi — le Dr Gaétan Barrette, menace...»
Le Président (M. Tanguay) : Juste
faire attention, un petit rappel technique, mais qui a son impact et son
importance, entre parlementaires nous nous appelons par nos fonctions.
Rochon : Oui, mais ça aurait
l'air fou de dire : «Le président de la Fédération des médecins
spécialistes, le ministre de la Santé», vous comprenez?
Le Président (M.
Tanguay) : À votre question, je vous dirais : Non, ça
n'aurait pas l'air fou.
Le Président (M. Tanguay) : Non, pas
du tout.
Rochon : Ah bon! Je croyais.
Je ne voulais pas le mettre mal à l'aise. Bien, je vais le dire comme ça.
Alors : «Le président de la
Fédération des médecins spécialistes du Québec, [le ministre de la Santé],
menace de régler la question devant
les tribunaux — là, ça
va avoir vraiment l'air fou — si le ministre de la Santé ne corrige pas le
tir...» Là, ça vient dur à suivre, là.
Le Président (M. Tanguay) : C'est la
fin de votre intervention?
Des voix : Ha, ha, ha!
Le Président (M. Tanguay) : On
attendait la suite.
Barrette : Je dois vous avouer, M. le Président, que c'est vrai que
c'est dur à suivre. C'est vrai. M. le Président, il faudrait que le député de Richelieu nous explique pourquoi le ministre
de la Santé précédent, en 2013, exprimait une intention et, en campagne
électorale, disait le contraire, le contraire étant ce que l'on fait
aujourd'hui.
M. le
Président, le Parti québécois, on comprend le ton, les insinuations, la
construction d'une image que la députée de Taillon, le député de Richelieu essaient de faire. Personne, M. le
Président, qui nous écoute ne peut être dupe de la manoeuvre, personne.
Ils sont en contradiction avec leur propre programme.
Et je
terminerai là-dessus, M. le Président. Si je compare nos 17 mois avec leurs 18
mois, nous sommes dans des univers totalement parallèles qui ne se
rejoindront jamais, tellement on compare le néant avec la réalité.
Le Président (M. Tanguay) : Collègue
de Richelieu.
M. Rochon : M. le Président, sous la gouverne du ministre de
la Santé, ex-président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec, les médecins ont joui de
bonnes hausses de revenus. 1 % de ces revenus permettrait de rencontrer
les frais accessoires que le ministre veut refiler aux patients. Compte tenu
des hausses de rémunération des médecins, M.
le ministre, ne serait-il pas correct, convenable qu'on ne refile pas de frais
accessoires aux patients et que ce soit imputé à l'enveloppe des
médecins?
Le Président (M. Tanguay) : M. le
ministre.
Barrette : M. le Président, je réitère, je rappelle que le Parti
québécois ne l'a pas fait. Et on sait tous pourquoi ils ne l'ont pas fait, et ils le savent, eux
aussi. Alors, ce théâtre-là, que je ne qualifierai pas aujourd'hui, est sans
avenue et sans grande utilité, M. le
Président. Que le Parti québécois se regarde, regarde la caméra — parce que je comprends qu'il y en a qui aiment ça, là — et qu'ils disent à la caméra pourquoi eux,
dans la même situation, ils ne l'ont pas fait et, même pire, ils ont proposé la même chose que nous.
Comment peut-on changer d'idée si rapidement, si ce n'est que pour des
effets de toge, politiciens.
Le Président (M. Tanguay) : M. le
député de Richelieu.
M. Rochon : M. le Président, la
Protectrice du citoyen : «La facturation aux usagers doit être interdite.»
Protectrice du citoyen : «La Régie de l'assurance maladie du Québec doit
avoir les pouvoirs requis pour exercer son devoir
de contrôle.» Protectrice du citoyen : «...parce qu'elle concerne
l'ensemble de la population et parce qu'elle a une portée réelle dans la vie de chacun, la réflexion
sur les frais accessoires du ministre de la Santé et des Services sociaux
doit se faire en toute transparence et avec
ouverture. Cette réflexion ne saurait progresser selon des mécanismes de huis
clos, en ignorant l'intérêt public dans son sens le plus large.»
Est-ce que la Protectrice du citoyen fait du
théâtre, M. le ministre? Sont-ce des effets de toge, M. le ministre?
M. Barrette : ...et puis je n'ai pas
parlé de la...
M. Rochon : Ça, c'en est un. Moi, je
parle de la Protectrice du citoyen, là.
M. Barrette : Oui, mais moi, je...
M. Rochon : Sont-ce des effets de
toge?
M. Barrette : Moi, je ne parle...
Rochon : Fait-elle du théâtre?
M. Barrette :
M. le Président, c'est qui qui a la parole, là?
Le Président (M.
Tanguay) : Un à la fois. O.K. Alors, la parole est à vous, M. le
ministre.
Barrette : Bon. Alors, j'ai parlé spécifiquement de la formation
politique que le député de Richelieu représente avec beaucoup d'effets
de toge.
Le Président (M.
Tanguay) : Collègue de Richelieu.
M. Rochon :
La formation politique que je représente reprend les arguments de la
Protectrice du citoyen.
Le Président (M.
Tanguay) : M. le ministre.
M. Barrette :
Ce n'est pas une question, c'est un énoncé.
Le Président (M.
Tanguay) : Alors, M. le collègue de Richelieu, la parole est à vous.
M. Rochon :
M. le Président, jamais notre formation politique — je référais à des articles, là, de 2013,
là — n'a
changé d'opinion. Il a toujours été de notre volonté de mettre fin aux frais
accessoires et, dans un premier temps, de donner plus de pouvoirs à la
Régie de l'assurance maladie du Québec.
Le Président (M.
Tanguay) : M. le ministre.
Barrette : M. le Président, juste pour amuser le député
de Richelieu, dans la citation de mon prédécesseur, il a dit
qu'il voulait abolir certains frais accessoires. Est-ce qu'il peut nous
expliquer lesquels il voulait garder?
M. Rochon :
C'est amusant que vous vouliez me soumettre à cet exercice et que vous refusiez
de vous y soumettre, hein, parce que c'est l'objet, tiens, c'est l'objet du sous-amendement que nous avons présenté, hein, l'étude, en commission parlementaire, du règlement sur certains frais, là, qui
pourraient être encourus par les patients. Le ministre veut soumettre l'opposition à un exercice
auquel il ne veut pas se soumettre, lui qui est ministre en titre, lui qui
fait
partie du gouvernement. À mon tour, M. le Président, de m'amuser. Et je regrette de m'en amuser parce que,
dans le fond, ce n'est pas drôle pantoute. Pantoute,
pantoute.
Le Président (M.
Tanguay) : M. le ministre.
Barrette : M. le Président, ce n'est pas moi qui change d'idée, là, ici, là, c'est eux autres.
Alors, je ne fais que m'amuser devant
le changement de direction en si peu de temps. Imaginez, M. le Président, comment loufoque la situation
est. Ce que propose le Parti québécois, s'il avait été au pouvoir, aurait été décrété par l'opinion publique
comme étant du cynisme absolu. On annonce une chose, puis on change
d'idée.
là ce qu'il nous dit aussi, le député
de Richelieu, c'est que le Parti québécois n'est pas capable de penser tout seul, il faut que ça soit la Protectrice du citoyen
qui lui mette des idées dans la tête. Bien, regardez, là, moi, je suis capable
de défendre ma position et je la défends ici avec plaisir.
Le Président (M.
Tanguay) : Collègue de Richelieu.
M. Rochon :
Bien oui, le ministre est, en effet, sourd aux recommandations du Protecteur du citoyen, alors que nous sommes tout ouïe à ses recommandations. Et je trouve que sa surdité n'est pas quelque chose de banal, il banalise le rapport de quelque chose qui est une
institution au Québec, le Protecteur du citoyen.
Le Président (M.
Tanguay) : M. le ministre.
M. Barrette : M. le
Président, regardez, là, je pense
que le public comprend que les seules choses, ce matin, depuis 10 heures, que l'opposition a faites, c'est
du salissage, des insinuations, des intentions. J'ai dit à plusieurs
reprises, M. le Président, à plusieurs
reprises, que c'était un excellent rapport...
Le Président (M.
Tanguay) : Oui, rappel au règlement.
Pagé :
Article
35, s'il vous plaît, M. le
Président. Je pense
que d'insinuer qu'on fait du salissage, ça va un petit peu trop loin...
Le Président (M. Tanguay) : Un à la fois. Un à la fois. Alors, faites
juste... faire attention, «salissage» est un mot à l'index. Mais, une fois ceci dit, évidemment, je rappelle, des
deux côtés de la chambre, à tous de faire attention. Je fais appel à votre collaboration. Vous voyez, chaque parlementaire sait ici ce qu'il a à faire, et je vous demande
votre collaboration pour ne pas utiliser des mots qui sont à l'index, de
un, mais, de deux, aussi de le faire avec respect, tout simplement. Alors, je
vous remercie pour votre collaboration. M. le ministre.
Pagé : Je n'ai pas
entendu de salissage, ni d'un côté ni de l'autre. J'ai entendu des arguments
qui peuvent être différents.
Président (M. Tanguay) : O.K.
Non, excusez, collègue de Labelle, j'ai statué sur votre appel au règlement,
la parole est au ministre.
Barrette : Alors, ça fait 1
h 15 min qu'on assiste à des tentatives qui essaient de qualifier ma
personne et mes décisions, et on va
jusqu'à dire que je banalise le rapport de la Protectrice du citoyen.
Je vois le député de Richelieu lever les yeux au ciel. Je ne sais pas qu'est-ce
qu'il attend du ciel, mais j'ai dit à plusieurs reprises que c'était un
excellent rapport, qu'on allait lui donner
suite, mais qu'on ne pouvait pas aller là où il nous amène pour les mêmes
raisons que le Parti québécois avait choisi de ne pas y aller également.
je peux comprendre que le député de Richelieu veuille renier le passé de sa
formation sur la base de la Protectrice du citoyen, et ça m'étonne, mais... Ça m'étonne, mais ça ne me surprend
pas. C'est de même, c'est le Parti québécois. La réalité est que nous allons faire ce qu'il faut pour que les
facturations illégales soient, dans les faits, éradiquées et que ce soit
la même chose pour les abus dans le contexte budgétaire qui est celui du
Québec, que, théoriquement, le Parti québécois
voulait aussi corriger.
Théoriquement, je dis, parce que, dans la vraie vie, ce n'est pas ça qui,
manifestement, se serait passé.
je vais donc redonner la parole, M.
le Président, à mes collègues,
qui ont, sans aucun doute, d'autres commentaires pleins d'intentions à
apporter, à formuler à mon endroit.
Le Président (M.
Tanguay) : Collègue de Richelieu, la parole est à vous.
M. Rochon :
Ce que nous allons faire, aurait pu, aurait dû ajouter le ministre,
c'est aussi... Puis là ce n'est pas du salissage, là, c'est son amendement.
Ce que nous allons faire, c'est aussi prescrire des cas et des conditions dans lesquelles un paiement est autorisé. Nous offrons
avec notre sous-amendement une occasion de transparence au ministre en
disant : Ce règlement, par lequel nous allons prescrire des cas et des
conditions dans lesquelles un paiement est autorisé, devra, avant son entrée en vigueur, être soumis
pour étude aux membres de la commission
parlementaire de la santé et des
services sociaux. C'est parfaitement
raisonnable, c'est en ligne avec les recommandations du Protecteur du citoyen, duquel le ministre n'aime pas que nous
parlions. Et ce qui est déraisonnable, c'est justement de ne pas souscrire à ce
sous-amendement et de vouloir agir à huis clos. Et là je reprends
aussi des paroles de la Protectrice
du citoyen en parlant de huis
clos.
Le Président (M.
Tanguay) : M. le ministre.
Barrette : M. le Président, je sais qu'on ne peut pas vous le demander, là, mais je rêve de
pouvoir avoir une personne dans la salle, un officiel neutre qui
pourrait expliquer que le principe de la publication d'un règlement pour permettre à quiconque, tout citoyen,
toute citoyenne, toute organisation, de s'exprimer, bien, c'est ça, la transparence
aussi, un concept qu'il faudrait que
le député de Richelieu approfondisse dans ses temps libres avant de se
présenter en commission parlementaire, avant de dire ce genre de chose là. Il vient de nous dire que la
procédure législative du Québec n'est pas transparente, c'est quand même quelque
chose.
Le Président (M.
Tanguay) : Y a-t-il d'autres interventions? Collègue de Richelieu.
M. Rochon : M. le Président, le 16 septembre 2015, on va encore devoir
le rappeler, le ministre a souscrit à une étude en commission
parlementaire, une étude d'une durée
maximale de six heures. «Le règlement initial pris en vertu [des dispositions des chapitres... ou du
chapitre II] doit faire l'objet d'une étude par la commission
compétente de l'Assemblée nationale,
avant son adoption par le gouvernement, [d'une] durée maximale de six heures.» Pourquoi
ce qu'il faisait le 16 septembre, ce qui était correct, qui avait
plein d'allure, n'a plus d'allure, n'a plus de sens aujourd'hui?
Le Président (M.
Tanguay) : M. le ministre.
Barrette : C'était, évidemment, la nature exceptionnelle du sujet, alors que, là, ici, on est dans un
sujet d'une grande banalité, l'évaluation d'un coût.
M. Rochon : M. le Président, je
regrette de le dire, de le répéter au ministre, mais je crois qu'il est le seul
qui estime que c'est d'une grande banalité,
cette question-là. Une majorité écrasante de Québécois croient que ce n'est
pas d'une grande banalité, que c'est d'une grande importance.
Président (M. Tanguay) : M. le ministre.
Barrette : On mélange les
choses, M. le Président. Le coût, c'est quelque chose de simple à
déterminer, point. Ce n'est pas le
principe du coût, là, qui est en jeu ici, c'est l'établissement du coût. Et je
laisse les 40 prochaines minutes au député de Richelieu, député de Labelle,
à la députée de Taillon.
Président (M. Tanguay) :
Alors, chers collègues, sommes-nous prêts à aller au collègue
de Lévis? Par application du principe d'alternance,
collègue de Lévis, la parole est à vous.
M. Paradis (Lévis) : Merci, M. le Président. Beaucoup de choses se sont dites, et j'avais déjà
exprimé lors du dépôt de ce sous-amendement l'intérêt pour qu'on puisse présenter aux membres de la commission
le règlement dont on parle. Je comprends... Et là ce n'est pas une notion de dire si la façon de faire... Bien sûr
que la façon de faire permettra, après
publication du règlement, à des gens, de manifester leur vision dudit
règlement, que le ministre pourra en prendre note, lire les écrits,
mais ça va au-delà de ça.
Je pense
que dans... Ça fait deux heures, là, on roule là-dessus depuis deux heures.
Deux heures ce matin puis encore hier
sur la même chose, parce qu'on avait déjà commencé. On a passé peut-être
trois heures là-dessus. Il y a un souci de transparence, de
compréhension. Moi, je le vois. Je le vois parce que, dans la proposition du ministre, dans ce qu'on
s'apprête à faire, dans ce que le ministre sous-tend puis entend faire, c'est de déterminer
des occasions où il y aura des frais accessoires avec une marge de
manoeuvre — il l'a
dit lui-même — de
10 % à 15 %, et il a expliqué pourquoi tout à l'heure. Mais, au-delà de ça, l'effort, on le demandera au
citoyen, puis c'est le citoyen qui devra fouiller dans sa poche pour assumer ces frais qu'on aura décidé
être des frais qui valent la peine d'être remboursés, et, dans ce contexte-là,
je pense que c'est toujours parce qu'on
travaille pour le bénéfice de ceux et celles qui nous regardent, des patients,
de ceux qui utilisent le réseau. Je
pense que de savoir sur quoi on va arrêter les frais accessoires, la
ventilation du montant qui sera
demandé, juste pour qu'on comprenne quels seront les coûts que devront assumer
les Québécois et les Québécoises...
Alors,
je reviens sur le fait qu'on en parle depuis presque trois heures. Mais
manifestement, par souci au-delà... Parce que, M. le Président, le
ministre dit : Vous savez, il y a des règles, il y a des façons de faire
qui permettent la transparence. Mais allons
au-delà de ça parce qu'on est dans un projet de loi qui va au-delà de tout ça,
parce qu'on est en train,
globalement, dans un projet comme celui-là, qui n'est pas banal, de revoir
notre système de santé au
chapitre de l'accessibilité, on est en plein
processus de requestionner les frais accessoires, que l'on souhaite, nous, voir
interdits. Au-delà de ça, on doit donner
davantage... on doit se donner du temps pour avancer correctement. Très honnêtement,
là, on aurait convenu que cette
portion de règlement puisse être étudiée par les membres de la commission dans
une période de trois heures... Parce
que l'a fait dans un autre segment pour les articles 1 à 22 avec un règlement
où on étudiera sur une période de six
heures. On aurait pu la mettre à trois heures qu'on aurait fait, à peu près,
là... on serait passé ailleurs puis on aurait probablement fait ce qu'on
souhaite faire puis ce qui ne se fera pas.
fait que, là, pour sauver du temps, on n'en sauve pas, là. Là, là, on s'amuse à
se questionner sur quelque chose qui
aurait pu être assez facilement réglé. Et le souci, ce n'est pas de...
Manifestement, il y aura... Je comprends le principe, je comprends. Je comprends l'intervenant
indépendant. Je comprends que ça puisse paraître assez banal, pour des gens
qui font de la gestion d'entreprise, de
comprendre qu'un coûtant ça suppose... Je comprends que ça puisse... Mais, pour
le citoyen qui a à payer, je m'excuse, là,
mais c'est des réalités qui ne sont peut-être pas nécessairement son quotidien.
Alors, de savoir ce qu'on lui demandera,
comment ça a été établi, qu'il puisse convenir que ça fait sens ou pas, qu'il
puisse se questionner au-delà de ce
qui est déjà prévu dans les règles de transparence et d'appréciation, il me
semble que ce n'est pas un effort si volumineux que ça, si important que
Moi,
je continue à penser qu'on aurait manifestement gagné du temps pour faire en
sorte qu'on puisse continuer à avancer
parce que c'est la volonté de tout le monde, puis du ministre le premier, M. le
Président, de faire en sorte qu'on puisse
se rendre au bout de l'exercice. Puis Dieu sait qu'il y a encore des
discussions à venir. Dans ce contexte-là, on aurait peut-être évité, justement, de rajouter, de se questionner,
de reculer, de refaire deux pas... Je comprends qu'à l'occasion il faut
reculer pour mieux sauter, mais, à cette étape-ci, ce n'était pas un saut de
géant non plus.
Alors,
je demande au ministre encore une fois l'ouverture qu'il a manifestée dans une
portion à la demande des oppositions,
et c'est bienvenu. Pas dans un esprit de destruction, dans un esprit de
collaboration, bien sûr, mais surtout dans un esprit de compréhension
pour ceux qui n'ont peut-être pas les facilités qui sont celles du ministre ou
d'autres personnes qui feront de la gestion
d'entreprise, mais qui aimeraient peut-être savoir ce qu'on leur demandera puis
comment tout ça a été établi, simplement, dans une période temps prévue,
fixe, pour ne pas qu'on perde...
la même enseigne, M. le Président, lorsque le ministre, à notre demande d'avoir
des consultations particulières, avait
dit : Ah! bien, ça y est, on repart pour un an... Non, non, ça se
circonscrit dans le temps, il y a moyen de placer ça, de prévoir un moment faisant en sorte qu'on ne fasse
que comprendre, nous ici, parce qu'on est là tous les jours, mais ceux
et celles qui se joignent à nous à l'occasion puis ont ensuite des rapports
puis des trucs à comprendre parce que, manifestement, ils font
partie de
l'équation. Et c'est en ce sens-là où je demande au ministre une certaine
ouverture, quitte à ce qu'il y ait une
réécriture faisant en sorte qu'on puisse avoir... et satisfaire à travers nous
ceux et celles qui vont vivre avec un
projet de loi extrêmement important qui doit changer la face du système de
santé actuel. Merci, M. le Président.
Le Président (M.
Tanguay) : M. le ministre.
Barrette : M. le Président, deux commentaires. Un, ça ne change pas la
face du système de santé, ça ne fait qu'encadrer
la réalité actuelle, qui est connue de la population, il n'y a rien qui change.
Et, si ça change, ça va être plus même dans la limitation de ce dont on
parle, et certainement pas dans son développement.
Deuxièmement,
je vais faire un parallèle pour illustrer la faible utilité de ce que l'on
fait. M. le Président, le député de Lévis vient de nous dire qu'il comprenait,
là, qu'une mécanique, ça se fait, ça, par des gens qui ont une expertise
en évaluation de coûts. Faisons un
parallèle. Quand on investit 17 millions de dollars dans un CLSC pour le
construire, la Société québécoise
d'infrastructures fait une évaluation détaillée du coût, regarde les plans et
devis, regarde les virgules, les pieds carrés, le coût des clous, des
planches, des vis, des poignées de porte. Est-ce qu'on fait une commission parlementaire pour évaluer ça? Est-ce que le
public, lui, a besoin de savoir comment coûte la livre de clous? Eh non! La
réponse, c'est non, M. le Président, parce
qu'on donne à des experts, qui ont la capacité de faire cette évaluation-là, de
déterminer si le plan et devis est correct et si les soumissions sont
appropriées. C'est normal, c'est simple.
Alors, ici, là, clairement, on veut créer une
situation dans laquelle il y aura du temps parlementaire d'utilisé inutilement, et on pourra questionner la couleur
et la grosseur de la moppe. Là, à un moment donné, il faut en revenir, et c'est la raison pour laquelle les gouvernements
prévoient que des règlements ne viennent pas en commission parlementaire,
parce qu'en commission parlementaire on revivrait ce qu'on vit actuellement, ce
qui est ce que c'est.
M. Paradis
(Lévis) : M. le Président,
l'exemple du ministre est assez surprenant. Je lui dirai : Bien oui, on a
des devis, puis on analyse pour arriver à des coûts. J'ai plusieurs exemples à
lui donner comme quoi ces coûts-là qu'on avait estimés ne sont pas ceux
qu'on devra payer. Faut-il lui rappeler qu'il y a des mégacentres hospitaliers,
puis on est en train de crever les budgets,
puis que ça explose comme des ballounes remplies à l'hélium parce que... Est-ce
qu'on a besoin de rappeler ce que
coûteront le CUSM, le CHUM, les prédictions pour le mégahôpital dans la région
de Québec? Bon, on le sait, ce que ça
veut dire. De temps en temps, il est peut-être bon aussi de confronter des
données chiffrées. On les voit. Je
pense que c'est écrit à pleine page dans les journaux, les gens le comprennent
très bien. Alors, l'exemple est un peu particulier.
Ceci dit, je
veux dire, le souci de transparence n'empêche pas le fait de pouvoir expliquer
ce que les gens auront à payer, ce
que je viens de dire il y a deux instants. Je veux dire, un n'empêche pas
l'autre, et, si on fait en sorte qu'un exercice puisse être prévu dans
un laps de temps x, je ne vois pas ce que le ministre a à craindre. De toute
façon, la logique mathématique fait en sorte
que, de toute façon, au terme de l'exercice, bien, je veux dire, sinon que de
faire en sorte qu'on puisse refléter les légitimes inquiétudes des
citoyens, le ministre pourra arriver à ses fins, de toute façon. Reste que l'exercice est important, que l'exemple du
ministre, dans ma tête à moi, ne tient pas la route et que, troisièmement,
bien, ce serait une façon de faire avancer ce qui bloque depuis déjà de
nombreuses heures.
Le Président (M. Tanguay) : M. le
ministre.
M. Barrette : Je n'ai rien à
rajouter, M. le Président.
Président (M. Tanguay) : Y a-t-il d'autres interventions? S'il n'y a
pas d'autre intervention, collègues, nous allons procéder au vote sur
le...
Mme Lamarre : Par appel nominal.
Président (M. Tanguay) : Oui. Alors, nous allons procéder à un vote
par appel nominal sur le sous-amendement déposé par notre collègue de
Richelieu. M. le secrétaire.
Le Secrétaire : Donc, pour,
contre ou abstention. M. Rochon (Richelieu)?
Le Secrétaire : Mme Lamarre
(Taillon)?
Le Secrétaire : M. Pagé
(Labelle)?
Le Secrétaire : M. Barrette
(La Pinière)?
Le Secrétaire : M. Auger
(Champlain)?
Le Secrétaire : Mme Montpetit
(Crémazie)?
Le Secrétaire :
Mme Tremblay (Chauveau)?
Le Secrétaire : M. Habel
(Sainte-Rose)?
Le Secrétaire : Mme Nichols
(Vaudreuil)?
Le Secrétaire : M. Paradis
(Lévis)?
M. Paradis (Lévis) : Pour.
Le Secrétaire : M. Tanguay
(LaFontaine)?
Le Président (M. Tanguay) :
Abstention.
Le Secrétaire : Rejeté.
Président (M. Tanguay) : Alors, le sous-amendement est rejeté. L'objet
de notre débat est donc l'amendement du ministre à l'article 25.2. Y
a-t-il des interventions? Collègue de Taillon, la parole est à vous.
Lamarre : Oui, M. le Président. J'aimerais présenter un
sous-amendement. Mes collègues ont fait référence au fait qu'à
l'article...
Le Président (M. Tanguay) :
...suspendre, le temps de faire des photocopies pour le distribuer.
Le Président (M. Tanguay) : Alors,
nous suspendons quelques instants. Merci.
(Suspension de la séance à 11 h 29)
Le Président
(M. Tanguay) : Alors, merci beaucoup. Alors, nous avons reçu copie du
texte pour le sous-amendement de la collègue de Taillon. La parole est à
vous pour en faire la lecture et en donner quelques explications.
Lamarre : Merci, M. le Président. Donc, il s'agit d'un
sous-amendement.
Article 1,
article 25.2 : Modifier l'amendement à
l'article 25.2, introduit par l'article 1 du projet de loi, par l'ajout, après
le quatrième alinéa, des mots suivants :
«Le règlement pris en vertu de cet
article doit faire l'objet d'une étude par
la commission compétente de l'Assemblée nationale, avant son adoption
par le gouvernement, d'une durée maximale de 6 heures.»
Alors, si je
peux donner quelques commentaires, M. le Président, donc, nous avons, pour éviter
toute équivoque, repris exactement le même libellé qu'à l'article 38.1, où le ministre
a donné son accord pour que nous puissions regarder les orientations
réglementaires, les règlements, en fait, en ce qui concerne la
section des
obligations à l'endroit des médecins de
famille et des médecins spécialistes
dans le cadre du projet de loi
n° 20. Je rappelle que, dans le
cadre du projet de loi n° 20, nous avons eu des consultations particulières
où nous avons pu accueillir plus d'une quarantaine de groupes,
d'individus qui sont venus exprimer leur opinion sur le projet de loi n° 20.
Dans le cas
de cet article-ci et, donc, de l'amendement déposé par le ministre sur les frais
accessoires, il a été déposé après que toutes ces consultations-là aient été
terminées. Donc, personne n'a eu la possibilité de s'exprimer sur ces amendements-là,
et même on n'a pas eu la chance... donc, les gens n'ont pas pu questionner le ministre
pour qu'il explique sa vision et la
pertinence de cet amendement-là. Donc, on est vraiment dans quelque chose qui arrive de façon surprise, de façon non débattue, de façon non expliquée, et ce sous-amendement est précis, est plus précis que le précédent parce qu'il précise une durée maximale de six heures, qui nous apparaît être
raisonnable et qui nous fait dire qu'on n'allongera pas les travaux. Au contraire, on va les rendre plus
performants. Mais c'est sûr que, dans ce dépôt du règlement, on aura au moins
des informations plus précises qui nous
permettront de mieux comprendre la portée et les choix qui ont été faits par le
comité qui va en déterminer le contenu.
Je rappelle
que ce comité ne comporte pas de patients, ne comporte pas d'usagers, ne
comporte pas d'avocats qui sont
reconnus comme étant à la défense de la population. Il ne comporte que des
médecins et des gens en comptabilité. Alors,
toute la dimension de système qui doit tenir compte des priorités des
patients... Des patients, par exemple, pourraient dire
que les frais de stationnement, ça ne devrait pas être inclus dans les frais
accessoires. Je vous donne une idée. Peut-être
que ça serait un bon argument que la population pourrait penser à apporter et
que peut-être que les médecins et un
comptable ne penseraient pas à apporter. Donc, tout ça nous permettrait de voir
de façon plus détaillée sur quels critères le ministre s'est penché avec les
membres du comité pour justifier ces factures qui sont faites aux patients,
aux Québécois.
Le Président (M. Tanguay) : M. le
ministre.
Barrette : Bien, M. le Président, je vous soumets que ce
sous-amendement-là est irrecevable pour les raisons suivantes. Je vais lire l'amendement qui a été
déposé et qui a été battu. Le sous-amendement qui a été déposé et battu se
lisait comme suit : «Ce règlement doit,
avant son entrée en vigueur, être soumis pour étude aux membres de la
commission parlementaire de la santé et des services sociaux.»
sous-amendement qui vient d'être déposé : «Le règlement pris en vertu
de cet
article doit faire l'objet d'une étude par la commission
compétente de l'Assemblée nationale, avant son adoption par le gouvernement,
d'une durée maximale de 6 heures.»
La députée de
Taillon vient de nous dire elle-même que c'était le même amendement auquel on a
ajouté simplement «d'une durée
maximale de 6 heures». J'ai plaidé, M. le Président — et je vais encore le faire si vous
considérez que le sous-amendement est
recevable — j'ai
plaidé que le principe d'aller en commission parlementaire était la base de
notre opposition à cette proposition.
Alors, le principe qu'on réfute... Que ce soit une audience d'une minute, une
seconde, une heure, six heures, six
jours, ça ne sert à rien, là, on va s'y opposer pareil. Alors, on l'a battu, M.
le Président. Et implicitement, comme
le principe que l'on a battu était d'aller en commission parlementaire, on
essaie donc de reproduire un amendement battu. Alors, les gens qui nous
écoutent pourraient penser que c'est de l'obstruction.
D'ailleurs, M.
le Président, quand on battra celui-là... Parce que, si on est conséquents avec
notre position précédente, on n'a pas
le choix de le battre. On le sait, là, c'est le principe qu'on a battu. Alors
là, est-ce qu'on va en arriver à un
autre sous-amendement qui va dire : On va retourner en commission avec le
règlement les lundis matin pendant un mois, et, après ça, on aura un
autre sous-amendement, on va y aller seulement les mercredis quand il pleut,
et, si c'est l'hiver, on va y aller
seulement s'il n'y a pas de congé scolaire, à partir du moment où il y a une
tempête de neige? Là, on va avoir une
infinité de sous-amendements, M. le Président, pour débattre du principe qu'on
a battu. Là, je vais prendre ce que les règles parlementaires ne nous
permettent pas de faire indirectement... ou de répéter constamment le même amendement en changeant simplement une virgule.
C'est tout, M. le Président. Mais je vais me soumettre, évidemment, à
votre sage décision, quelle qu'elle sera.
Président (M. Tanguay) : Donc, sur la recevabilité, je vais entendre
une personne de chaque groupe parlementaire. Collègue de Taillon et...
Voilà, la parole est à vous.
Lamarre : Oui, M. le Président. Alors, ce sous-amendement est plus
précis. Jamais dans l'étude de l'autre sous-amendement, le ministre n'a
évoqué qu'il avait peur du temps. Il avait peur de l'obstruction, il avait peur
que ça évoque le temps supplémentaire. Nous,
on lui dit : On va en sauver, du temps. Garantissez-nous qu'on va avoir
accès aux règlements et qu'on va pouvoir questionner le contenu de ces
règlements. À la défense du ministre, peut-être qu'ils ne sont pas encore écrits, les règlements. Mettons-le comme ça, là.
Mettons qu'il ne les a pas encore écrits et que, là, bien sûr, il ne veut pas
nous en parler parce qu'il ne sait pas trop qu'est-ce qu'il va mettre dedans.
On l'a vu dans le projet de loi
n° 10, dans le projet de loi n° 20, on a eu beaucoup d'improvisation,
puis on a beaucoup de changements après. Mettons que c'est comme ça. Alors, on dit au ministre : Il reste qu'avant
le dépôt, quand ils vont être bien rédigés, quand vous allez avoir trouvé les coûts adéquats, on vous
dit : Six heures. Et six heures, c'est une information nouvelle, précise
qui vient préciser le
sous-amendement, qui garantit qu'il n'y aura pas de débordement, mais qu'on va
avoir du contenu, par exemple, parce que, là, on va être dans le
règlement.
Et le règlement, on ne l'aura jamais vu
autrement. Et 45 jours d'étude pour le règlement qui sont prévus, effectivement, dans la publication, bien, quand on
a juste deux colonnes de chiffres, comme ce que le ministre s'apprête à nous dire, là, il va y avoir un acte, un chiffre,
un acte, un chiffre, ce n'est pas compréhensible. Il faut être capable de poser
des questions pour dire comment vous êtes
arrivé à ce chiffre-là, et c'est ça que le ministre, à ce moment-ci, ne veut
pas. Mais moi, je pense qu'il aurait
intérêt à nous l'expliquer parce que, si sa mesure est bonne, si ses méthodes
de calcul sont bonnes, ça va se
comprendre, ça va s'accepter peut-être. Nous, on ne l'accepterait pas, mais
peut-être qu'il va aider... ça va aider
la population à comprendre, ça va aider d'autres personnes à comprendre. Mais
son refus systématique nous montre qu'il
y a vraiment un malaise de contenu. Et moi, je dis que ce sous-amendement-là,
avec la durée maximale de six heures, apporte
une précision supplémentaire qui le rend encore plus acceptable aux yeux du
ministre si sa volonté, c'est vraiment qu'on puisse en discuter
ouvertement, en transparence et pour la protection des citoyens du Québec.
Le Président (M. Tanguay) : Merci.
Un représentant des autres groupes parlementaires, sur la recevabilité. Je
reconnais le collègue de Mercier.
M. Khadir : Merci, M. le Président. Il est
certain qu'à mon avis ce projet de sous-amendement est très recevable, d'abord parce que, contrairement à plusieurs
débats qu'on a eus sur la recevabilité ou pas de d'autres amendements ou
sous-amendements, celui-là est tout à fait
compatible avec la volonté du ministre d'introduire des frais accessoires, de
les baliser, de légaliser ce qui était
illégal, de notre point de vue. Cependant, ça tient compte aussi d'une réalité
dynamique. Moi,
je pense qu'encore aujourd'hui trop de mes collègues alentour de la table, une
bonne
partie de la population et des médias
ignorent le fait que les frais accessoires, qui sont réputés être des frais
pour tenir compte des frais de pratique en cabinet privé, sont déjà inclus dans la rémunération des médecins. Il
est important qu'on donne le temps à tout le monde de saisir l'importance des sommes en jeu. Il
s'agit d'une majoration d'à peu près 40 %, 40 % en moyenne, de ce qui
est payé par la RAMQ par rapport à ce
que la RAMQ rémunère un médecin qui pose le même acte dans un établissement de
santé public comme un CLSC ou une clinique externe de médecine.
Qu'est-ce que ça veut
dire en chiffres concrets? Actuellement, les 7 milliards qui sont dans
l'enveloppe de la rémunération des médecins,
c'est pour 20 000 médecins. En fait, le calcul, ça fait une moyenne de
350 000 $ par médecin. Il y
en a à peu près 20 000. On peut facilement comprendre que la rémunération
des médecins spécialistes est un peu plus élevée. Donc, la rémunération moyenne d'un médecin généraliste qui
pratique au Québec est de l'ordre de 300 000 $ par année. Une majoration de 40 % qui vient composer ce 300 000 $, c'est
beaucoup d'argent. C'est au-dessus de 100 000 $ qui sont payés par chaque médecin. Donc, vous
pouvez imaginer qu'une clinique où oeuvrent deux, trois, quatre médecins,
les chiffres montent très rapidement.
Quand,
collectivement, on va saisir l'importance des sommes en jeu parce que réparties
sur plusieurs milliers de médecins
qui ont des pratiques en clinique privée ou qui chargent des frais accessoires,
ça fait des centaines de milliers, des
millions, sinon des dizaines de millions, sinon des centaines de millions de
dollars. Là, je n'ai pas les chiffres exacts, mais c'est plusieurs, plusieurs, plusieurs milliers de dollars. En plus,
on est dans un contexte où on vient de réaliser que la commissaire...
Une voix :
...Protectrice du citoyen.
M. Khadir :
Oui, je m'excuse, la commissaire... protectrice. La Protectrice du citoyen, des
citoyens a jugé tellement important
l'enjeu qu'elle a écrit une lettre à l'intention du ministre pour préciser son
avis et mettre les pendules à l'heure sur
une interprétation trop étroite qu'avait faite le ministre sur l'appel lancé
par la Protectrice du citoyen sur le fait que les frais accessoires doivent être complètement
abolis, et abandonnés, et inclus dans la rémunération des médecins. Donc, je
m'aperçois, moi, que même la protectrice du
médecin ignore en
partie le fait que c'est déjà inclus dans la rémunération
des médecins.
qu'introduit comme sous-amendement la députée de Taillon permet aux esprits,
aux positions... aux députés de saisir
toute la complexité du débat en jeu. Puis au moment opportun, une fois que le
comité choisi par le ministre offre ses
solutions, en tenant compte de l'évolution du débat et des informations qui se
sont rajoutées, de l'approfondissement de notre réflexion sur les frais
accessoires, des conséquences de le baliser, une des premières conséquences,
c'est que — oui, j'arrive — l'augmentation de cette pratique-là...
Actuellement, c'est une minorité de médecins qui facturent les frais accessoires. Quand ça va être rebalisé,
beaucoup d'autres qui, aujourd'hui, ne le font pas parce que c'est illégal
suivant la
loi canadienne se mettront à le
faire parce que protégés par règlement par le ministre. Ceux qui auront recours
à la
loi canadienne pour contester ça et qui
auront de bonnes chances de gagner leur requête en cour, bien, ça va être qui
qui va assumer les frais? Ça va être
les contribuables québécois parce que, cette fois-ci, les médecins ne pourront
pas être tenus responsables. Ça va
être le ministre, donc le ministère public, qui va devoir compenser les
dizaines de millions de recours,
effectivement, devant les tribunaux. Donc, il y a une série de conséquences
qu'on n'a pas eu le temps d'évaluer ensemble.
Le Président (M.
Tanguay) : Sur la recevabilité.
M. Khadir :
En fait, j'énumère ces conséquences-là qu'on n'a pas encore abordées et je
pense que ces six heures-là seront
salutaires pour pouvoir revenir avec plus de précisions sur toutes les
conséquences qu'une telle décision pourrait entraîner. Donc, je trouve que, là, on donne une belle opportunité à
l'ensemble des collègues, de ce côté-ci comme de l'autre côté, d'avoir un temps de manière démocratique, et ce n'est pas
exagéré, six heures en commission parlementaire, d'examiner les
propositions qui viendront du comité retenu par le ministère puis de les
soumettre à l'évaluation des collègues de l'Assemblée nationale.
Président (M. Tanguay) : Merci beaucoup. Alors, sur la recevabilité,
nous allons y aller d'un dernier tour sur les remarques finales, quant à
des remarques finales, en vous rappelant que, sur la recevabilité, c'est un peu
plus technique que sur le fond des choses.
Alors, je vous invite à y aller sur la recevabilité. Pour remarques finales de
votre groupe parlementaire, je cède la parole à notre collègue de
Champlain.
Auger : Oui. Merci, M. le Président. J'aimerais porter à votre
attention une décision du Recueil des décisions concernant la procédure parlementaire , la décision 244/3. Je vais vous lire la
décision, M. le Président : «La motion du député de l'opposition officielle [avait été jugée] irrecevable, car
elle est identique, quant au fond, à une motion déjà étudiée par la
commission.» C'est le cas que nous avons ici présentement, M. le Président.
Merci.
Le Président (M.
Tanguay) : 244 de la jurisprudence en commission?
M. Auger :
Oui, exactement, 244/3. Merci.
Président (M. Tanguay) : Merci. Y a-t-il, donc, des remarques finales?
Collègue de Labelle, la parole est à vous.
Pagé : Oui. Bien, je m'inscris en faux au collègue de Chambly
parce que, dans l'argumentaire présenté préalablement,
le ministre nous avait clairement dit que ce que l'on proposait allait trop
alourdir le processus. Alors là, ce
que l'on fait aujourd'hui... Parce qu'effectivement, dans la première
proposition, il n'y avait rien d'arrêté dans le temps. Ça aurait pu être
une commission parlementaire qui aurait siégé pendant des heures et des heures,
peut-être voire des semaines.
Mais
aujourd'hui ce que l'on propose, ce que l'on propose maintenant, c'est
justement d'arrêter dans le temps une
commission parlementaire qui ne durerait pas plus que six heures et qui répond
bien à la préoccupation du ministre, qui
était au départ... Il m'a clairement répondu : Je ne veux pas alourdir...
Alors, sur un enjeu aussi important, d'arrêter dans le temps un six heures de débat, ça m'apparaît bien peu lourd quand
l'enjeu dont on débat est drôlement préoccupant pour l'ensemble de la
population, là. Alors, on répond ici à l'argumentaire du ministre, qui ne
voulait pas alourdir le processus
parlementaire, qui aurait, effectivement, pu être très long dans le temps. Et je
rappelle que, dans ce processus qu'on
veut minimiser, qu'on veut encadrer, six heures, qu'il a déjà été accepté une
première fois sur un autre enjeu qui, à mes yeux, est... à mes yeux aujourd'hui, là, en tout cas. Peut-être
qu'un jour je changerai d'idée, là, mais qui, à mes yeux, est moins
important que ce que l'on est en train de faire présentement.
Alors, compte tenu
qu'il a déjà été accepté, dans un premier temps, le 18 septembre
dernier, qu'il — dans
un premier temps, le 18 septembre
dernier — avait
été refusé parce que, justement, on ne l'avait pas encadré, et le ministre
lui-même est venu l'encadrer le 18 septembre
dernier en mettant dans le temps un six heures, alors, aujourd'hui, ce qu'on
fait, c'est qu'on reprend le même processus
qu'on a fait le 18 septembre dernier, où, là, il y avait eu un nouvel
amendement qui avait encadré dans le temps. Alors, j'aurais beaucoup de
difficultés à comprendre, M. le Président, comment ce sous-amendement ne
pourrait pas être recevable. J'aurais beaucoup de difficultés à comprendre.
Président (M. Tanguay) : Y a-t-il d'autres remarques finales? Non?
Alors, chers collègues, je vais prendre en délibéré avec les gens du
secrétariat aux commissions parlementaires la question de la recevabilité.
Laissez-moi suspendre quelques minutes. Nous
devons terminer nos travaux dans huit minutes, mais laissez-moi suspendre
quelques minutes pour évaluer le temps que ça prendra, et on verra.
Donc, je suspends
quelques minutes.
(Suspension de la séance à
11 h 53)
Président (M. Tanguay) :
Alors, à l'ordre, s'il vous plaît,
chers collègues. Alors, je rendrai ma décision au retour de nos travaux,
après les affaires courantes, vers 15 heures.
Alors, compte tenu de
l'heure, la commission suspend ses travaux.
(Suspension de la séance à 12
heures)
Le Président (M.
Tanguay) : Alors, à l'ordre, s'il vous plaît! La commission reprend
ses travaux, et je vous rappelle que le mandat de la commission est de
poursuivre l'étude détaillée du projet de loi n° 20, Loi édictant la Loi
favorisant l'accès aux services de médecine de famille et de médecine
spécialisée et modifiant diverses dispositions législatives en matière de procréation assistée. Je demande à toutes les
personnes présentes dans la salle de
bien vouloir éteindre la sonnerie de votre téléphone cellulaire.
Je vais maintenant
rendre ma décision sur la question de la recevabilité du sous-amendement déposé
par la collègue de Taillon,
que j'avais prise en délibéré au moment de la suspension de nos travaux un peu
plus tôt aujourd'hui. Et je
dois vous dire que, pour ce faire... Évidemment, vous l'avez constaté, je prends avec tout le
sérieux nécessaire, dû à ma
responsabilité de président de commission, d'évidemment
statuer et décider. Évidemment, la décision revient au président, mais, évidemment, avec la grande collaboration et l'aide, je dirais — parce qu'ils ont cette mémoire de notre
jurisprudence — des
représentantes, représentants des affaires juridiques, je dirais, ou des
affaires des commissions parlementaires.
Donc, pas uniquement la CSSS, mais ce sont des gens qui sont spécialisés dans
la procédure parlementaire et qui
nous aident, les présidentes, présidents, à rendre nos décisions — donc, je tiens à les remercier — et, évidemment, toujours avec l'aide
de notre secrétaire, Mathew Lagacé, que je salue et remercie devant vous.
sous-amendement en question propose de modifier l'amendement présenté à
l'article 25.2, introduit par l'article 1 du projet de loi à l'étude. On y prévoit que le
règlement pris en vertu de cet
article doit faire l'objet d'une étude par la
commission compétente de l'Assemblée d'une durée maximale de six heures. Des
arguments m'ont été soumis de part et d'autre
au sujet de la recevabilité de ce sous-amendement. On m'a notamment fait
valoir, du côté ministériel, que la
commission a rejeté un sous-amendement similaire, ce qui le rendrait
irrecevable. D'autre part, les députés de l'opposition ont fait valoir qu'une situation semblable s'est
produite au cours de l'étude de ce même projet de loi plus tôt cette année.
La question de l'étude d'un règlement en
commission avait alors été débattue, puis rejetée. Les membres de la commission
avaient ensuite été saisis d'un amendement précisant la durée de l'étude en
commission qu'ils ont adopté. Selon eux, il
s'agit d'une situation qui suit la même logique, et cela militerait en faveur
de la recevabilité du sous-amendement qui m'est soumis.
Je vais d'abord revenir sur
la situation qui s'est produite et à laquelle on me réfère pour préciser que
les circonstances ne sont pas les mêmes. Et,
avec l'aide de notre secrétaire... Il n'y a pas qu'une situation, il y en a
deux : il y en a une du 21 août, dont je vais faire état, et
une seconde qui est du — et
je vais vous le dire — 16 septembre
dernier.
Alors, analysons le 21 août. À ce
moment-là, on se rappellera que les discussions portaient au départ sur un
amendement qui proposait le renvoi en commission de l'étude de tout règlement
découlant de l'article étudié. C'était l'article 3,
intégré par l'article 1. Cet amendement avait été rejeté. Par la suite, un
amendement similaire, limitant cette fois
l'étude de tout règlement en commission à une durée de 20 heures, a été
proposé par l'opposition officielle puis retiré. Il n'a pas été rejeté,
il a été retiré. La question de sa recevabilité ne s'est donc jamais posée. Par
la suite, le ministre a lui-même présenté un
amendement pour que la commission étudie le règlement initial pris en vertu de
l'article à l'étude, et ce, pour
une durée de six heures. Cet amendement a été adopté à l'unanimité par la
commission sans que sa recevabilité ne soit remise en cause. Ça, c'est
le 21 août dernier.
16 septembre dernier, un amendement a été déposé par le ministre à
l'article 38.1, un nouvel
article 38.1 qui précisait une commission parlementaire d'une durée
maximale de six heures. Donc, il a été déposé et adopté à l'unanimité sans, évidemment, qu'il y ait un débat quant à la
recevabilité ou pas de cet amendement-là. Mais, de toute façon, il n'y
avait pas eu de débat précédent.
Donc, vous
voyez que, dans les deux cas d'espèce, nous ne sommes pas dans un cas où il y
avait eu un amendement d'une
commission parlementaire qui était rejeté et, par la suite, un autre amendement
où l'on précisait le nombre d'heures
qui était présenté. Dans le premier cas, il
y avait eu retrait de l'amendement et, par la suite, il y avait eu adoption à l'unanimité par la commission sans
qu'il n'y ait, dans les deux cas, de toute façon, de débat sur la recevabilité.
Maintenant,
sur l'aspect fondamental de la mécanique des choses, un peu plus en ce qui
concerne notre règlement de
l'Assemblée nationale et la jurisprudence parlementaire, cette dernière a déjà
établi que, pour qu'un amendement ou un sous-amendement soit recevable, il ne doit pas avoir le même effet
qu'une motion présentée précédemment. Et je vous réfère à une décision du 5 décembre 1984 dans la
jurisprudence. Et les jurisprudences que je vous citerai seront, les trois,
tirées du recueil de décisions des
commissions. Donc, 5 décembre 1984, 185/1 établit qu'il ne doit pas
avoir le même effet qu'une motion présentée précédemment.
Elle a
également précisé, la jurisprudence parlementaire, que l'objet d'un amendement
doit être suffisamment différent d'un
amendement précédemment rejeté — «rejeté» est un mot important ici — et je vous réfère à la décision 185/2 du 18 février 1986. Or, en l'espèce, l'objet
du sous-amendement qui a été rejeté par la commission consistait à soumettre
pour étude le règlement pris en vertu de
l'article 25.2. Nonobstant de la durée prévue pour cette étude, le
sous-amendement qui a été présenté
par la suite par la députée de Taillon a le même objet, soit l'envoi du règlement
en commission. Dans ces
circonstances — et
j'aimerais vous référer à une autre décision, 185/5 du
1er juin 2006 — j'en viens à la conclusion que ce sous-amendement est irrecevable, puisqu'il n'est pas, pour
reprendre les termes de la jurisprudence, suffisamment différent de
celui qui vient d'être rejeté par la commission.
Alors, ceci
étant dit, chers collègues, nos débats se poursuivent. L'objet de notre débat
demeure, évidemment, l'article 25.2 et l'amendement du ministre en
ce sens-là. Y a-t-il des interventions? Oui, collègue de Champlain?
M. Auger : ...avoir une copie papier
de votre décision?
Président (M. Tanguay) : Bien, on n'a pas habitude à remettre des
copies papier. On vous réfère, à ce moment-là, au verbatim.
M. Auger : ...un certain délai,
là...
Président (M. Tanguay) :
Alors, on pourra y aller au verbatim. Dans un cas exceptionnel, je m'étais déjà
engagé à remettre une décision écrite, ce qui n'était pas le cas ici.
Quant aux copies papier, bien, ce sera... Effectivement, vous avez raison, ça
prend plusieurs jours, des fois, mais on pourra se référer au verbatim de la
décision. Merci beaucoup, collègue de Champlain.
25.2, l'amendement du ministre, est l'objet de
notre débat. Y a-t-il des interventions? Collègue de Labelle.
M. Pagé : Bien, sur votre
décision, M. le Président, que je me dois de respecter et, évidemment, que je
vais respecter... J'ai souvent partagé avec
des collègues que je trouve que vous faites un excellent
travail, je vous en félicite. Mais,
cette fois-ci, M. le Président, vous me voyez fort déçu, et je veux quand même
me permettre ce commentaire pour la
raison suivante. Quand vous faites référence au 18 septembre, au moment où nous n'avons peut-être pas préalablement rejeté une proposition, un sous-amendement parce qu'il y a eu discussion, parce qu'il y a eu
des échanges pour rendre le sous-amendement acceptable aux yeux du ministre,
si nous n'avions pas accepté cela, la proposition initiale, le sous-amendement
initial aurait été rejeté. On serait donc revenus une deuxième fois, et là le ministre
aurait accepté.
Donc, il est
normal que, le 18 septembre, que l'on n'ait pas, dans un premier temps,
rejeté le sous-amendement pour ensuite accepter une deuxième fois parce
qu'il y a eu des tractations, il y a eu des discussions qui se sont faites.
Alors, on est exactement
dans le même scénario, sauf que, cette
fois-ci, on a débattu le premier sous-amendement et on présente maintenant une proposition qui est fort différente parce qu'ouvrir un débat
sur une période de temps qui est non limitée, c'est très différent d'un débat qui est dans un cadre restreint. Et
c'est la raison pour laquelle, le 18 septembre dernier, le ministre
a accepté notre proposition, parce qu'on a fermé ce débat-là. Si on avait
fait la première proposition telle que libellée la première fois le 18 septembre, cette proposition-là aurait été rejetée et acceptée à nouveau une seconde fois, acceptée lors de la
deuxième proposition parce qu'on aurait ajouté le six heures. Donc,
cette fois-ci, M. le Président, j'ai beaucoup de difficultés avec votre
décision.
Président (M. Tanguay) : Merci beaucoup, collègue de Labelle. Deux choses. La présidence ne répond pas à des questions hypothétiques,
il y a beaucoup de «si» dans votre intervention, et, en vertu de
l'article 34 et de la jurisprudence, la présidence ne peut pas répondre à des questions hypothétiques.
Qu'est-ce qui relève de la présidence? Assurément pas les «si», et les tractations, et les négociations
préalables à tout dépôt officiel d'amendement ou de sous-amendement. Ça,
ça ne relève pas du tout de la présidence.
Et vous pouvez verbaliser votre déception quant à la non-tenue de telle
tractation, mais ça, ça ne relève pas
de moi. Qu'est-ce qui relève de la présidence? Toujours en revenant sur
l'article 34 de la jurisprudence,
que moi, je ne statue pas, comme président, sur des questions hypothétiques,
c'est ce qui est effectivement bel et
bien déposé, rédigé — vous le
savez bien, vous êtes un parlementaire aguerri — devant la présidence. Et je dois statuer sur ce qui est déposé, et je ne m'immisce
jamais dans les tractations ou discussions. Et, chers collègues, je vous invite
maintenant à l'objet de notre débat, toujours en considérant l'article 41,
à l'effet qu'une décision de la présidence, là, ne peut être débattue. Mais je tenais, par respect pour vous, à vous
entendre. Vous l'avez fait, je viens de rendre ma décision.
poursuivons le débat, donc, sous 25.2, l'amendement du ministre. Y a-t-il des
interventions? Collègue de Taillon.
Mme Lamarre : M. le Président, j'ai
un...
Lamarre : Excuse-moi. Je peux laisser la parole à mon collègue de...
Non? D'accord. Alors, je demanderais de suspendre, j'ai un
sous-amendement à déposer.
Le Président (M. Tanguay) : Alors,
nous allons suspendre quelques instants.
(Suspension de la séance à 15 h 47)
Président (M. Tanguay) :
Alors, à l'ordre, s'il vous plaît!
Nous sommes de retour en commission. Je cède maintenant la parole à
notre collègue de Taillon.
Lamarre : Merci beaucoup, M. le Président. Alors, je vais lire le
sous-amendement à l'article 1 (article 25.2) : Modifier l'amendement à l'article 25.2,
introduit par l'article 1 du projet de loi, par l'ajout, après le
quatrième alinéa, des mots suivants :
«Le gouvernement tient une consultation publique
avant la rédaction et l'entrée en vigueur de ce règlement.»
Le Président (M. Tanguay) : ...des
explications.
Lamarre : Oui, tout à fait. Je vous dirais que, M. le Président, c'est
en désespoir de cause que nous déposons cet amendement. Je pense que nous avons tenté de toutes les manières de
faire en sorte que le ministre conçoive l'ampleur de ce qu'il est en train d'entrer subrepticement
en amendement. Nous avons tenté d'avoir un éclairage, d'avoir le fond de
sa pensée, d'avoir une vision, ce qui
m'apparaît être l'objectif des travaux quand on est en commission parlementaire
et ce que je sais que mes collègues
ont la chance de vivre, eux, dans d'autres commissions parlementaires, mais,
nous, il semble qu'ici ça ne soit pas le cas. Alors, notre volonté,
c'est vraiment que la population soit le mieux protégée.
Il y a
vraiment quelque chose que le ministre ne voit pas. Je ne sais pas si c'est
parce qu'il a moins conscience des
écarts de revenus qu'il y a dans la population, mais il y a des gens pour qui
ces frais accessoires constituent un
véritable obstacle à l'accès aux
soins. Et je pense qu'il n'en a pas pris la mesure, je pense qu'il ne le
perçoit pas, il ne le voit pas, et donc, ultimement, nous, nous sommes
convaincus que l'esprit de la loi fait en sorte que les Québécois
ne devraient pas, pas plus que les citoyens des autres provinces, qui,
eux, n'ont pas cet enjeu-là, ne se questionnent pas... Les médecins s'organisent à l'intérieur de leur enveloppe pour
couvrir ces frais-là. Pourquoi, au Québec, c'est différent? Le ministre n'a
pas pu nous l'expliquer, mais il juge personnellement que c'est justifié et
qu'en plus de l'enveloppe les Québécois
devront donner un surplus d'argent aux médecins quand ils iront les voir pour
certains services en clinique privée.
Au moins, on
se dit : Il y aura peut-être quelqu'un d'autre qu'il écoutera. Je vous avoue que je ne
sais plus trop qui il pourrait écouter parce que, quand on a le
regroupement des retraités ici, qui sont l'Association des retraitées et retraités de l'éducation, qui ont clairement
exprimé des commentaires négatifs et contraires... Je les cite, ils
disent, entre autres,
que «le ministre de la Santé et la Fédération des médecins
spécialistes semblent vouloir régler cette question entre eux, derrière des portes closes, dans le plus grand
secret». Et ces ententes risquent... et «menacent les fondements mêmes
de notre système de santé public». Je pense que c'est tout à fait vrai.
«"Les personnes aînées que nous représentons s'opposent à ces frais, qui compromettent l'accessibilité et conduisent
à la privatisation du système de santé. Ce n'est pas parce qu'on acquitte une facture, faute
d'alternative, qu'on l'accepte pour autant!", s'indigne le président de
l'AREQ», M. Pierre-Paul Côté.
Alors,
c'est une association, il y
en a eu plusieurs. Il y a eu des gens, je pense, qui méritent notre respect
profond. Moi, tous les protecteurs du
citoyen que j'ai rencontrés dans ma carrière... J'ai commencé avec
M. Jacoby, avec plusieurs autres,
j'ai toujours eu un énorme respect pour leur avis. Ce sont nos sentinelles, ce
sont nos alertes. Même chose pour le Commissaire
à la santé. Même chose pour le Collège québécois des médecins de famille, le
Collège des médecins du Québec. Tous les interlocuteurs, mêmes médecins,
se sont trouvés menacés, ont trouvé que ça menaçait notre système public. Il n'y a que le ministre qui n'y voit pas de
problème, et il ne veut pas partager avec nous sa vision, son organisation de
ces services. C'est très, très, très déplorable. Donc, on en arrive à devoir
déposer cet amendement.
le Président, je veux juste vous dire, j'ai regardé, là, un régime politique
dans lequel une personne ou un groupe de
personnes exercent tous les pouvoirs de façon absolue sans qu'aucune loi ou
institution ne les limite, il y a un nom pour ça, et ça s'appelle une dictature. Et je crois que ce n'est pas ce
que le ministre veut faire, mais, si ce n'est pas ça, je pense qu'il
doit vraiment changer son attitude au sein de cette commission. Merci.
Le Président (M. Tanguay) :
Vous faites un rappel au règlement?
Auger : ...directive, M. le Président, parce qu'on semble être pas mal
dans le débat de fond. Est-ce qu'on peut prendre pour acquis que nous en sommes
au niveau de la recevabilité, M. le Président? Donc, est-ce qu'on doit conclure
que c'est recevable?
Le Président (M.
Tanguay) : ...plus fort, s'il vous plaît, j'ai de la difficulté à...
Auger : Oui, ça va me faire plaisir. Donc, ce que je disais, question
de directive, on semble être rendus sur le débat de fond. Ma question : Est-ce qu'on doit prendre en
considération que c'est recevable comme sous-amendement, vu qu'on est en
train de débattre vraiment du fond du sous-amendement?
Président (M. Tanguay) : La façon de fonctionner que l'on a toujours
faite, c'est que ce soit un amendement ou
un sous-amendement, quand un
article est d'abord lu... Un
article est d'abord
lu, et, par la suite, il y a des explications qui sont données pour le contextualiser, et tout ça, et ces explications-là
sont prises sur le temps, le 20 minutes que le député a sur le sous-amendement ou l'amendement. Et ça,
je veux dire, ça s'arrête à 20 minutes, alors il n'y a pas de... La
présidence n'imposera pas de limite à
la personne qui veut présenter son amendement. Par la suite, évidemment, la
banquette ministérielle aura l'occasion de répliquer, là. Voilà.
Alors, la parole est
à la collègue de Taillon sur son sous-amendement.
Lamarre : Alors, M. le Président, j'invite le ministre à prendre la mesure du désespoir de la population déjà au niveau
de l'accès, à saisir que la population, actuellement, ne voit pas de quelle façon ça peut être dans son
intérêt d'officialiser des frais accessoires, et qu'à ce moment-ci il
doit au moins avoir l'ouverture de tenir une consultation publique pour être capable d'entendre... de donner
l'opportunité à lui et à ses collègues, qui sauront peut-être
l'influencer, de comprendre l'ampleur
de ce changement qu'il est en train d'introduire à la
Loi sur l'assurance maladie non seulement au Québec, mais à travers tout le Canada
et qui est contraire à l'esprit même de cette loi avec laquelle nous vivons et dont
nous sommes fiers.
Moi,
j'ai travaillé dans des pays en voie de développement où on n'a pas
cette accessibilité égale. Et déjà on a des gens qui sont dépourvus, qui sont
plus vulnérables, pour qui c'est plus difficile, le parcours, bien, je pense
que le fait d'ajouter des frais accessoires,
alors que, nulle part ailleurs au Canada, on n'en a et que tout
ça est géré à l'intérieur des enveloppes des médecins, ça ne se justifie tout simplement pas. Alors, peut-être que le ministre, en entendant directement des citoyens, des gens qui défendent les patients, pourra
avoir une certaine sensibilité, puisque, jusqu'à maintenant, il a été
totalement imperméable à toutes et tous, à toutes nos explications, nos demandes.
Qu'elles soient faites en douceur, avec des assouplissements, il
n'entend rien. Donc, j'espère qu'il sera sensible à cette consultation.
Le Président (M.
Tanguay) : Merci beaucoup. Y a-t-il d'autres interventions?
Barrette : ...contrairement
à ce matin et à hier, M. le Président, je vais prendre quelques minutes probablement, pour
à la fois, informer nos collègues, inviter notre collègue de Taillon à
réécouter cet enregistrement en boucle de façon à ce qu'elle puisse comprendre
quelque chose et...
M. Barrette :
Non, non, mais quelque chose dans ma pensée, je veux dire, M. le Président, là.
Le Président (M.
Tanguay) : ...rappel au règlement. Faites juste attention, de part et
d'autre.
Barrette : M. le Président, là, ça fait des heures, des heures et des
heures que... et, encore maintenant, là, toutes, toutes — sans
exception — toutes
les interventions de la députée de Taillon sont pleines d'insinuations tout le
temps, tout le
temps, tout le temps. Elle s'est arrêtée avant de prononcer un mot qui n'est
certainement pas parlementaire tantôt. On
l'a tous saisi ici, il y a eu un malaise dans la salle, là, tout le monde
savait qu'elle allait trop loin. La députée de Taillon est une
insinuatrice de négativité dans mes propos. C'est ça, sa tactique, tout le
monde le voit.
Président (M. Tanguay) : Bon, là-dessus, peut-être, juste, M. le
ministre, je rappelle tout le monde... Première des choses, le président statue lorsqu'il y a des rappels au règlement
qui sont faits de façon claire. Ceci dit, d'office, moi, quand on dépasse tant et tellement les bornes que
c'est évident pour tout le monde, je peux intervenir. Nonobstant des cas d'espèce comme ça, qui sont assez rares et
assez patents et évidents, moi je ne statue que sur les rappels au règlement
qui sont faits.
Alors, ceci
dit, je vous invite, de part et d'autre, évidemment, à faire ce que vous avez à
faire, à faire attention aux mots que
l'on utilise — c'est
bon pour tout le monde autour de la table — à ne pas se prêter d'intentions, à rester
sur le fond des choses, puis notre
institution ne s'en portera que mieux. Puis ça, c'est bon pour tout le monde.
Alors, je fais appel à votre collaboration, sur le fond des choses. M.
le ministre, la parole est à vous.
Barrette : Très bien. Alors, dans les presque 15 minutes que la
députée de Taillon a utilisées, il n'y avait que des insinuations. Maintenant, moi, je vais parler du fond pour qu'elle
comprenne la situation, M. le Président. Le problème, il est clair, il est de trois ordres : un, il
y a des frais illégaux; deux, il y a des abus; trois, il y a un panier de
services qui excède la capacité
financière de la société québécoise. Elle l'a dit, la protectrice dit, ceci
nous a menés inévitablement à la
multiplication des frais accessoires. C'est ça, la situation, frais accessoires
qui sont parfois illégaux, parfois abusifs, mais ce n'est pas ça qui nuit à l'accès à la population, là, il y a
d'autres... Elle fait toujours abstraction dans les interventions, la députée
de Taillon, elle fait toujours abstraction du fait qu'il y a un réseau
extrêmement majoritaire en termes de volume
dans tous les secteurs qui est l'hôpital,
les cliniques externes, les CLSC, où il
n'y a pas de frais. On construit un
drame dramatique sur ce qui est de la
marge. Mais aujourd'hui, aujourd'hui, la marge, M. le Président, c'est malheureusement la goutte qui fait déborder
le vase budgétaire de l'État.
Le Parti québécois, quand il était au pouvoir récemment, M. le
Président... Ça fait deux fois que le
gouvernement prend le pouvoir... le Parti québécois. On connaît la catastrophe des années 90, on connaît l'inaction de la
dernière fois, rien donné d'utile
dans la société. Mais il n'en reste pas moins que le Parti québécois, en plus de créer un déficit, qui, lui, minait les finances
publiques de l'État, qui, elles, un coup minées, allaient diminuer l'accès aux
soins et services... D'ailleurs,
M. le Président, ils l'ont fait. On se rappellera la diminution
de l'accès à la chirurgie qui a été induite par des coupures du Parti
québécois lorsqu'il était au pouvoir. C'est une réalité, ça. C'est la vraie vie,
là, des vrais faits. Pas d'insinuation, la vraie vie, des faits.
Alors, la difficulté,
M. le Président, quand on crée des déficits, c'est qu'il n'y a pas plus d'argent pour donner des services. Et c'est ce que la
députée de Taillon refuse de noter, elle refuse de prendre en compte le fait
que son propre gouvernement a choisi, en 2014, de mettre dans son programme
électoral, qu'elle a défendu elle-même... Je pense, M. le Président, qu'elle s'est présentée en 2014, de mémoire. Elle l'a
choisi, elle l'a débattu, ce programme électoral là, elle l'a défendu, et il y avait, évidemment, la même
mesure que nous, encadrer les frais accessoires, qui était la version complètement
contraire à celle qui avait été présentée en 2013, comme le député de Richelieu
l'a... Et j'imagine qu'il le regrette, là,
aujourd'hui, il a dit ça ce matin, le ministre de la Santé de l'époque du Parti
québécois voulait abolir certains frais accessoires, on est passé d'un
extrême à l'autre.
Bon, pourquoi
on est passé d'un extrême à l'autre? Pourquoi aussi on n'a pas déposé de
crédits en 2014? C'est parce qu'on savait qu'il y avait un déficit qui
allait empêcher de donner des services et qu'on savait qu'il n'était pas possible de ramener dans le secteur public les
frais accessoires. C'est ça qui n'était pas possible. Et là j'entends déjà la
députée de Taillon reprendre la parole avec
ses collègues et dire : C'est aux médecins de le payer. Bien, elle sait
très bien, là, que, ça, ce n'est pas
possible, ce n'est pas comme ça qu'on peut faire ça, puis c'est une avenue qui
est dérogatoire auprès du processus de négociation qui existe dans le
réseau. Elle le sait, ça. Mais ce n'est pas grave, elle choisit de tenir un discours qui n'est basé sur rien pour faire de la
politique. Puis c'est correct, on est des politiciens. Je remets ses pendules
à l'heure parlementaire.
Maintenant,
le vrai fond, M. le Président, il est le suivant, il est le suivant. Et là
j'ose espérer que la députée de Taillon va me porter toute l'attention
qu'elle devrait faire. Le vrai fond... Bien, j'ose espérer, M. le Président,
que la députée de Taillon va porter toute
l'attention qu'elle devrait me porter, il me semble qu'il n'y a rien de méchant
là-dedans, là.
Mme Lamarre : M. le Président, je
suis toujours attentive. Le ministre me prête des intentions, j'aimerais...
M. Barrette : Bien, moi, je la vois
placoter avec sa recherchiste, là.
Le Président (M. Tanguay) : Juste...
Non, en fait, sur le rappel au règlement...
Lamarre : M. le Président, j'écris, je prends des notes de ce que le
ministre a dit, je refuse d'être considérée comme non attentive.
Président (M. Tanguay) : O.K. Je vais faire le rappel encore une fois,
chers collègues. De part et d'autre, j'ai entendu ce commentaire-là,
qu'untel n'est pas attentif, ou s'il a le temps de m'écouter, ou untel ne
m'écoute pas. Alors, on se dit-u qu'à partir
de maintenant ce sera