Culture and Education — 21 November 2017 (41st Legislature, 1st Session)
CCE 2017-11-21
Quebec — Committees
Nous débuterons d'abord par des points qui n'ont
peu ou pas été soulevés jusqu'à présent en consultations particulières mais que nous jugeons
particulièrement pertinents. Dans plusieurs cas, ces recommandations
permettraient au Québec de devenir un chef
de file en matière de lutte aux violences sexuelles sur les campus, et ce, en
Amérique du Nord.
Premièrement,
nous recommandons que le projet de loi spécifie que chaque politique
institutionnelle s'applique au milieu
scolaire dans son contexte élargi, c'est-à-dire qu'elle s'applique tant à des
événements ayant eu lieu sur le campus qu'à des actions posées hors
campus, dans le contexte où les parties concernées sont toutes deux membres
d'une communauté d'enseignement. Cette
précision est essentielle, considérant qu'une proportion des actes de violence
sexuelle commis en enseignement supérieur au
Québec ne se produisent pas nécessairement sur les campus, mais bien en
marge de ceux-ci, et que l'arme du crime est
la confiance. Il y a un précédent solide à une telle loi, puisqu'aux États-Unis
toute politique universitaire en matière de violence sexuelle s'applique
également hors des limites du campus. Nous recommandons
également que le projet de loi spécifie que toute politique institutionnelle
doit s'appliquer à l'ensemble des personnes travaillant et étudiant au
sein d'une communauté d'enseignement. En effet, environ 30 % des répondants à l'ESSIMU ayant rapporté de la
violence sexuelle étaient des employés, des cadres ou des enseignants.
Par ailleurs, environ 50 % des
répondants à la même enquête ayant rapporté de la violence sexuelle disaient
avoir été victimisés par des employés, des cadres ou des enseignants. Il
apparaît donc nécessaire de légiférer pour que l'ensemble des communautés
d'enseignement, et non pas seulement les étudiants, soient visées par toute
politique pour contrer la violence sexuelle.
Deuxièmement,
nous tenons à mettre en garde la commission contre l'adoption d'un projet de
loi qui laisserait trop de place à
l'interprétation, même si cela est effectué dans un souci de flexibilité et
d'adaptation aux contextes locaux. Nous pensons à la loi 132, qui
est l'homologue ontarien du projet de loi n° 151. Nous avons entendu
plusieurs survivantes ontariennes qui nous ont ouvert les
yeux sur leur réalité. Le langage trop vague de la loi 132 en Ontario fait
en sorte qu'il y a peu d'uniformité entre
chaque campus et que les politiques institutionnelles qui découlent de la loi
ne sont tenues de respecter que très peu de standards. Même si la loi
ontarienne est bien intentionnée, elle n'a pas fait une grande différence sur le terrain. Par exemple, aucun
délai pour le traitement des plaintes n'est prescrit par la loi 132. Une
survivante sur un campus ontarien a donc dû attendre plus de 600 jours
pour que le processus disciplinaire mettant en cause son agresseur arrive à sa
conclusion.
Mme Lemay
(Mélanie) : Ainsi, nous
voulons placer les personnes survivantes au coeur du présent processus
législatif. Il est de notre devoir de s'assurer que le cas de l'Ontario ne se
reproduise pas au Québec.
Nous
considérons donc essentiel que la politique de chaque institution
d'enseignement visée par le projet de loi réponde à un seuil minimal d'exigences prescrites par le gouvernement.
Par exemple, toute politique devrait reconnaître l'intersectionnalité, la non-directivité, le consentement libre et
éclairé, l'approche centrée sur les personnes survivantes ainsi que le fait que les minorités sexuelles et de
genre, les minorités visibles, les communautés autochtones et les
étudiants en situation de handicap sont statistiquement plus à risque de vivre
des violences sexuelles.
De plus, toute politique devrait contenir un
délai précis de traitement de plaintes, une liste des options et des
accommodements qui doivent obligatoirement être offerts à une personne
survivante ainsi qu'une liste des sanctions possibles
lorsqu'une personne mise en cause est tenue responsable de violence sexuelle.
Par ailleurs, toute politique devrait interdire les représailles envers
les personnes survivantes qui considèrent ou décident de porter plainte auprès
d'une institution d'enseignement. Une liste
plus détaillée des différents éléments que devrait contenir une politique est
disponible sous la rubrique Recommandation 2.3 de notre mémoire.
Troisièmement, il est crucial de reconnaître que
les personnes survivantes de violence sexuelle sont souvent revictimisées par leurs institutions lorsque
celles-ci n'adoptent pas des attitudes aidantes suite à un dévoilement. Il
arrive que les institutions réduisent carrément les personnes survivantes au
silence et les laissent sans recours. Dans un souci de redonner une voix aux
survivantes, nous estimons essentiel de s'inspirer du modèle américain afin de
permettre aux personnes ayant été
revictimisées par des manquements institutionnels à la loi de porter plainte
auprès du gouvernement. Nous
recommandons donc la création d'un bureau provincial qui serait responsable de
recueillir ces plaintes pour que des manquements
à la loi, particulièrement ceux qui ont un impact sur le bien-être ou
l'intégrité d'une personne survivante, soient
rapidement corrigés. Nous ne pouvons nous permettre d'attendre les processus de
reddition de comptes annuels décrits
dans le présent projet de loi pour agir. Par ailleurs, ce processus
encouragerait les personnes survivantes à dévoiler... puisqu'il
augmenterait la crédibilité de leurs institutions.
Quatrièmement, il faut savoir que la majorité
des cas de violence sexuelle répertoriés dans le cadre de l'étude ESSIMU se sont produits lors de fêtes, de 5 à 7 ou
toute autre activité sociale. Par ailleurs, l'alcool est en cause de
trois cas sur quatre d'agression sexuelle et tentative d'agression. C'est la
substance de soumission la plus présente dans les échantillons prélevés sur les
victimes, et c'est pourquoi une attention particulière doit être portée sur la
situation des agressions par intoxication.
En effet, peu savent que c'est une drogue de soumission, et c'est pourquoi on
recommande que toute activité sociale avec
alcool organisée par les membres d'une communauté d'enseignement, tant sur le
campus que hors campus, affiche clairement de la sensibilisation face à
cette situation.
Pour donner
un exemple : à l'Université de Sherbrooke, le slogan Alcool ≠
Consentement a circulé lors du plus grand 5 à 11 de l'année, soit le Défi Têtes rasées, ainsi que le plus
gros party universitaire du Canada, soit l'Oktoberfest. Comme résultat, ce slogan a, notamment, contribué
au dévoilement d'une plainte qui a abouti à la condamnation d'un
étudiant au criminel. À ce sujet, pour s'exprimer sur son expérience de
dénonciation, la survivante mentionne qu'il semble
facile de dépasser les limites sans penser aux conséquences. Les campagnes de
sensibilisation sur le consentement en lien avec l'alcool, notamment,
qui ont été tenues avaient toutes leur raison d'être.
En terminant,
permettez-nous de mentionner que nous sommes entièrement en faveur d'une
interdiction complète des relations
entre étudiants et personnes ayant une influence directe sur leurs parcours
académiques. Nous considérons que le consentement de la personne et de
l'étudiant ne peut pas être ni libre ni éclairé dans de tels cas.
Nous vous remercions de nous avoir écoutées et
sommes dorénavant prêtes à répondre à vos questions.
Présidente (Mme de Santis) : Merci beaucoup, Mme Lemay,
Mme Litalien. Nous allons maintenant débuter la période d'échange.
Mme la ministre, la parole est à vous.
Mme David : Oui. Merci. Merci
beaucoup. Merci de votre présentation.
Merci d'être
ici et merci, depuis un an, pour tout ce que vous faites, parce que je sais que
vous avez travaillé très, très fort.
On s'est vus à de nombreuses reprises, je pense qu'on ne pensait pas qu'on se
verrait autant. Et c'est une bonne nouvelle qu'on se voie autant, ça
veut dire qu'on travaille. Alors, quand vous dites qu'on attend depuis plus
d'un an, j'oserais humblement vous dire que
vous attendez depuis moins d'un an ce projet de loi, parce qu'en 10 mois
on a fait, je pense, un travail
colossal, et vous, et nous, et tout le monde, pour faire avancer ce dossier,
j'oserais dire, dans un temps assez
record. Maintenant, on arrive presque à la consécration d'un outil extrêmement
structurant qui s'appelle une loi. Et donc, vous vous souvenez, au
début, on hésitait : Une politique, une loi; est-ce que c'est mieux, une?
Est-ce que c'est mieux, l'autre? On y est
arrivés. Puis, devant l'ampleur, je pense, de ce qu'on a vu, toutes et tous
ensemble, on s'est dit assez
rapidement, je pense, qu'on va aller vers une loi, et je ne le regrette pas une
seconde. Alors, merci d'être ici, d'avoir pris le temps... Vous me le rappeliez, et je tiens à le redire
publiquement, vous n'êtes pas un OBNL avec un financement, quelqu'un pour écrire le mémoire, vous l'avez fait
vous-mêmes. Vous consacrez énormément de temps à ça, donc je vous
remercie encore plus de toute l'énergie que vous investissez dans ce
dossier-là.
Alors,
je ne les reprendrai pas un par un. Vous avez mentionné plusieurs choses avec
lesquelles je suis d'accord, qui vont
nous aider dans notre réflexion. Je voudrais juste vous rassurer sur un certain
nombre de choses puis vous poser un certain
nombre de questions pour alimenter la réflexion. Je voudrais vous rassurer.
Dans votre recommandation 2.1, quand vous dites : On veut que
ça s'applique au milieu scolaire dans son contexte élargi, c'est très, très
clair que ce qu'on appelle, nous, le
contexte élargi, ça veut dire «dans les milieux collégiaux, universitaires,
beaucoup, beaucoup le hors campus».
Le hors campus est assujetti à la loi, étant donné que, quand on dit «les
activités organisées», «organisées», ça veut dire «par l'établissement,
par un membre de son personnel, par un dirigeant, par une association étudiante
qui seront assujettis aux règles édictées dans la politique».
Certains nous
ont fait remarquer, la semaine dernière — et je pense que vous serez d'accord, puis ça
va dans le sens de votre réflexion,
peut-être Mélanie encore plus — la question des équipes sportives, parce que,
quand on parle d'associations étudiantes, on ne pense pas à l'importance
que revêt, dans la plupart des universités maintenant, le caractère sportif. Et
on ne va pas être contre ça, mais il y a beaucoup d'activités liées à ça, il y
a beaucoup de socialisation, je pourrais
dire. Et on nous a dit : N'oubliez pas cette partie-là, qui n'est pas une
association en bonne et due forme,
et, croyez-moi, j'en ai pris une très, très bonne note. Et je rappelle donc à
ceux qui m'accompagnent d'en prendre aussi très bonne note parce que
c'est une suggestion très, très importante.
Quand vous parlez, à la recommandation 2.2,
une autre chose qui est déjà inhérente au projet de loi, que les personnes
visées par la politique... «s'applique à toute personne étudiant ou travaillant
sur le campus, y compris les sous-traitants», c'est inhérent au projet de loi
aussi. Alors, je voulais quand même un peu vous rassurer là-dessus. Maintenant, quand vous dites... et là j'aurai
peut-être quelques questions... non, pas quelques questions, des
commentaires positifs, que le projet de loi
dicte des standards spécifiques, là, sur la politique — votre mémoire, à la page 11 — je pense que vous parlez de choses dont d'autres ont traité avant vous, dont
l'Union étudiante ou d'autres groupes, c'est-à-dire qu'il y ait un
traitement de plaintes qui soit dans un délai raisonnable. Vous parlez de
45 jours pour l'enquête disciplinaire,
que ça ne devrait pas... Vous reprenez, dans le fond, probablement, les mêmes
paramètres que d'autres. Ça nous fait réfléchir dans le bon sens, je
vous dirais, de peut-être intégrer ça. C'est à ça que sert une commission parlementaire et rencontrer les gens qui
travaillent sur le terrain ou qui ont été eux-mêmes aux prises avec ces
questions-là. Alors, on réfléchit et on a
bien entendu cette question du délai, avec laquelle je dois dire que je suis
pas mal en accord. On va en parler plus tard avec une autre organisation
qui va venir nous parler d'une meilleure information.
Quand on
dit : Ce projet de loi porte beaucoup, beaucoup sur la formation,
l'information des étudiants, mais on nous demande d'aller encore plus
loin... Vous le faites vous-même. Vous voulez que les gens puissent comprendre
les différentes possibilités qui s'offrent à elles et à eux et de connaître un
peu plus la procédure, qu'est-ce qui est une plainte,
qu'est-ce qui n'est pas une plainte, qu'est-ce qui est un signalement, un
dévoilement, connaître l'existence même de la Commission des droits de la personne, des CALACS, de l'IVAC, de la
police, etc. Je suis d'accord avec ça. Je pense que nous aurions pu et nous pourrions peut-être faire
oeuvre d'encore plus de pédagogie et d'information à l'intérieur même du
projet de loi. Je ne doute pas que les
institutions le feraient elles-mêmes, mais pourquoi ne pas bonifier si on peut
bonifier?
Les types
d'accommodement obligatoirement offerts à la personne survivante, bon, tout ça,
je pense que ce sont des choses qui
sont assez bien décrites. Vous allez beaucoup plus loin. Je ne sais pas si on
ira aussi loin que ça. Ça va être très délicat.
Toute la question des sanctions adéquates qui doivent être prises, c'est une
question qui revêt, je dirais, 1000 facettes, parce qu'il peut y avoir 1000 cas différents.
Alors, c'est évident que tous les processus, tous les comités de règlement
et de discipline dans les universités — ils en ont à peu près tous — ont eux-mêmes déjà des référents en matière
de sanctions et de conséquences aux
gestes qui sont posés, tant d'ailleurs du côté des étudiants que des
professeurs. Alors, je ne sais pas jusqu'où on pourra aller dans la
prescription de ça, mais je trouve intéressant, en tout cas, que vous en
parliez.
Il y a la
question... et vraiment, là, les juristes vont certainement nous aider
là-dedans, je veux vous entendre un peu plus, parce que, celle-là, je ne
suis pas sûre de vous suivre et je ne suis pas sûre que les universités
pourraient vous suivre en la matière, ou les collèges, la question de la
non-proscription de temps pour un diplômé qui, par exemple, 20 ans après, veut dévoiler quelque chose à
l'université vis-à-vis un étudiant, par exemple, qui... où il s'est passé
quelque chose. J'ai l'impression que, s'il
veut être accompagné — et c'est le cas à peu près de toute la mission des
CALACS — ils
vont dans des centres d'aide aux victimes d'actes
criminels ou aux centres d'aide aux victimes d'agression à caractère
sexuel. Alors, vous voudriez quand même que les universités offrent des
services d'accompagnement, etc.
Ça, je voudrais vous entendre là-dessus ainsi
que, pour faire un deux dans un parce que c'est la même recommandation, à 2.4, toute la question du processus d'enquête
disciplinaire, où vous voudriez qu'on dicte les quatre, cinq, six éléments sur quoi ne pas faire, par
exemple, ne pas forcer une personne survivante à confronter son
agresseur par la médiation — bon, j'imagine que, dans les meilleures
pratiques, effectivement, on ne force pas, mais, je pense, vous préféreriez qu'on le nomme — permettre à un membre du comité de
questionner une personne survivante au sujet de ses antécédents sexuels — je ne suis pas juriste, mais je pense que
c'est balisé par les façons de faire, mais je voudrais vous entendre là-dessus, pourquoi vous jugez bon de
dire : Écrivez-le dans le projet de loi — forcerait une personne survivante à renoncer à des démarches judiciaires — même argument, est-ce que vraiment les gens
pourraient faire ça? — serait annulé ou
suspendu en cas de démarches judiciaires, bon, la démarche disciplinaire.
Enfin, vous rentrez dans le très juridique et disciplinaire des choses, alors je voudrais vous entendre, puis après
vous allez vers le bâillonnement puis les menaces de représailles.
Alors,
essayez d'en dire un petit peu plus pour nous éclairer, parce que vous êtes les
seuls, à date, qui vous penchez sur ces questions-là.
Mme Litalien
(Ariane) : D'accord. Donc, au sujet des sanctions adéquates, c'est
bien simple, s'il n'y a pas de sanction adéquate ou il n'y a pas une
perception que les sanctions sont présentes, il n'y aura pas de plainte. Les
gens ne voudront pas
passer au travers d'un processus, typiquement, qui est souvent excessivement
exigeant pour finalement ne pas avoir la certitude que justice va être
faite.
Au niveau de la prescription du délai fixé,
c'est sûr que, bon, dans un cas extrême, une personne qui a gradué il y a 20 ans pourrait, par exemple, accuser
un professeur qui est encore membre de la même communauté universitaire.
Je ne pense pas que ça soit des situations
très fréquentes. Nous, dans le fond, ce qu'on voudrait, c'est, même si
quelqu'un a... Le but de cette recommandation, c'est que, si quelqu'un a, par
exemple, quitté ses études, par exemple, en raison des violences sexuelles dont
il ou elle a été victime, il puisse quand même avoir des recours à l'interne
pour que ce professeur-là soit
potentiellement discipliné. Donc, c'est plus dans cette optique-là. Tu sais, de
dire : Un maximum d'un an après les faits pour porter plainte, ça
n'aura pas d'effet productif sur la quantité de dévoilements et de plaintes
reçus.
Maintenant,
par rapport au fait qu'on a certaines choses qu'on voudrait interdire dans des
politiques, j'apprécie votre foi en
la bonne foi des institutions, cependant c'est des choses qu'on a vues
ailleurs, malheureusement. On les a vues en Ontario, on les a vues aux États-Unis. Les délais en termes de durée
des processus d'enquête sont très, très longs. Et il y a eu un mouvement, à un moment donné, aux
États-Unis où la médiation était excessivement prônée. Donc, ce n'est
pas quelque chose qu'on veut... tu sais, ce
n'est pas une situation de harcèlement psychologique où les personnes
peuvent s'asseoir, peut-être discuter des
choses qui se sont passées, tu sais, c'est un cas de violence sexuelle, la
personne a été excessivement
traumatisée. Et, si on peut prévenir, en écrivant ça dans le projet de loi,
qu'une personne ait à confronter son agresseur, ne serait-ce qu'une
seule, je pense que ça vaut la peine d'être écrit.
Mme Lemay (Mélanie) : De mon
côté, pour ajouter un peu de complément, en fait, c'est qu'en lien avec ce que
tu viens de mentionner, avec les agresseurs, le risque aussi, c'est de nier en
bloc, parce que ça demande quand même un processus.
Tu sais, on peut penser à la justice réparatrice,
il faut que des deux côtés les parties aient pu faire un bout de chemin pour
être en mesure d'évaluer vraiment l'impact non seulement des conséquences qui
sont arrivées suite à ce geste. Donc, le
processus de guérison est long, il est complexe, et c'est un autre élément
aussi sur la raison pour laquelle on considère
qu'un délai d'un an, ce n'est pas suffisant, parce que d'être non seulement en
mesure de mettre des mots sur un traumatisme,
ça peut être très difficile... et, après ça, d'être en mesure de comprendre la
complexité dans laquelle c'est venu
s'immiscer comme conséquence dans l'ensemble des sphères de la vie, ça aussi,
c'est important. Parce qu'on peut penser
au fait que, dans les avancements ou les opportunités de carrière, ça peut arriver
qu'une victime se soit elle-même empêchée
d'aller à un certain niveau parce qu'elle considérait qu'elle risquait de se
mettre à risque. Donc, ça, c'est un autre élément aussi du pourquoi
c'est important de pouvoir offrir la capacité de dénoncer, même si c'est arrivé
dans un délai supérieur à un an.
Ensuite, il faut comprendre que, parfois, non
seulement le code permanent permet de faire en sorte qu'on peut voir les personnes qui ont fait du plagiat,
mais, nous, notre questionnement, c'est de se dire aussi : Mais
pourquoi qu'on n'aurait pas la capacité de
mentionner que cette personne-là a déjà commis par le passé certains gestes qui
ont été considérés comme étant de la violence sexuelle? La raison étant
que, selon une étude du Hunting Ground , c'est 4 % à 8 % des hommes qui commettent 90 % des
agressions sexuelles. Donc, si on a la capacité de cibler quelqu'un, dans
une communauté universitaire, qui est
problématique, le but, ce n'est pas de faire une chasse aux sorcières, c'est
vraiment plus de veiller à ce que cette
personne-là ait un accompagnement adéquat pour qu'elle puisse prendre
conscience d'en quoi son comportement est problématique.
Donc, c'est
surtout dans une capacité aussi de prévenir d'éventuelles victimes que c'est
important aussi d'enlever le stigma
qu'on peut avoir sur l'identité des agresseurs, parce que, tant et aussi
longtemps qu'on va avoir des biais, on ne pourra pas nécessairement réfléchir de manière éclairée à comment
permettre qu'il y ait des ajustements
nécessaires dans la mise en place de cette politique...
de cette loi, je veux dire.
Mme David : Donc là, à
ce moment-là, vous parlez de la
partie bâillonnement, là, c'est là où vous référez quand vous dites que la personne survivante devrait
pouvoir «divulguer des informations sur leur agression à quiconque une
fois le processus de plainte entamé ou
terminé», autrement dit, de divulguer, ou bien vous faites référence... parce que,
pour le plagiat, c'est inscrit, disons, au dossier de l'étudiant, c'est un
geste administratif qui est posé, tout comme il y a plein d'autres choses dans le dossier étudiant, s'il y a
un échec à un cours, etc. Je ne sais pas comment les universités
vont gérer ça, ou les collèges, mais,
j'imagine, s'il y a eu une sanction x ou y, ça fait
partie du dossier
étudiant. Je ne peux pas vous répondre s'ils le mettent obligatoirement,
mais, quand un étudiant est passé en comité disciplinaire, d'habitude, ça suit
l'étudiant. Ça ne veut pas dire que c'est public, ça ne veut pas dire qu'on met
des pancartes pour le dire dans le département ou dans le programme, mais ça
veut dire que l'administration le sait.
Alors, je ne
suis pas sûre si je comprends que vous faites référence à la question du
bâillonnement ou si vous faites référence à la question du dossier
académique, où il faudrait que ce soit inscrit.
Mme Lemay (Mélanie) : C'est sûr
que, pour nous, c'est essentiel que, de manière claire, il y ait un élément qui
permet aux institutions postsecondaires de savoir quel étudiant a pu, quand il
était au cégep ou dans une autre institution, commettre certains gestes qui...
aujourd'hui, si ça arrive à nouveau, puis il subit un autre processus de plainte, bien, qu'il puisse y avoir un référant
qui permet d'identifier qu'effectivement il a à réviser la façon dont lui-même
se comporte dans l'institution avec les étudiants. Donc, je pense que, Ariane,
tu peux clarifier.
Mme Litalien
(Ariane) : Bien, tout à fait d'accord. Donc, dans
le fond, Mélanie ne parlait pas du
bâillonnement, mais bien des mentions au
dossier académique. Pour en parler, du bâillonnement, par contre,
le but n'est pas nécessairement, comme Mélanie disait, de faire une chasse aux
sorcières puis de dire aux personnes survivantes qu'elles peuvent sortir
partout et crier le nom de leurs agresseurs
partout, tu sais, puis peut-être potentiellement de s'exposer à des poursuites.
Si c'est ça qu'elles veulent faire, nous, on est toujours du côté des personnes
survivantes, mais le but, c'est plutôt de redonner
un sentiment de contrôle sur la situation aux personnes survivantes.
C'est-à-dire que, si elles se font dire par leurs universités : Bien, tu peux seulement porter
plainte si tu acceptes de ne pas en parler à personne, à tes amis, à tes
parents, à un chargé de cours, ou peu importe, ça devient une situation de
perte de pouvoir et de revictimisation.
Mme Lemay (Mélanie) : Et, pour faire du pouce là-dessus,
moi, ce que j'ajouterais aussi, c'est qu'il
n'y a rien de négatif au fait de souligner que ces personnes-là aient
passé à travers un processus de plainte, dans le sens où, de la même
façon que le plagiat, c'est une mention qui est déjà présente. Mais, en fait,
le problème, c'est de dissocier, en fait, le stigma social qui n'appartient pas à ce que nous,
on veut amener. Nous, ce qu'on souhaite, c'est simplement de veiller à
ce que cette situation-là soit reconnue puis que, si jamais il y a d'autres
actions qui sont posées après auprès d'autres étudiants
et étudiantes, bien, au moins il y
ait une connaissance que cette personne-là, elle nécessite d'autant plus
d'avoir accès à des ressources. Donc, c'est
vraiment dans une optique non pas... Tu sais, il faut vraiment veiller à ce que
le tabou de l'identité des agresseurs
ne vienne pas aveugler, en fait, des mesures concrètes qui permettraient de
prévenir de nouvelles victimes.
Mme David :
O.K. Je pense, vous ne posez pas des questions légales faciles, là, parce que
ça veut dire que tu es sanctionné de
quelque chose pas au criminel ni en cour, là, mais au cégep X; tu fais ta
demande à l'université Y, et ton dossier
doit te suivre comme suivent plein d'autres choses. Je ne suis pas sûre que ça
passerait le cap de toutes sortes de contraintes des droits de la
personne, mais on comprend l'esprit... mais je pense que c'est une question
complexe que vous posez.
Il y en a une qui m'a
fait rire presque un petit peu, au sens où j'ai mis : Wow! on oblige les
universités ou les collèges à suivre leurs
propres lois ou leurs propres politiques. Alors, ça, je veux absolument vous
entendre là-dessus, parce que vous
dites : «Québec contre les violences sexuelles recommande l'ajout d'un
article qui obligerait les universités à suivre leur propre politique...» J'ai dit : Wow! on se met les
bretelles puis la ceinture. Vous avez des raisons pour ça, vous voulez vraiment être sûrs, sûrs, sûrs. Par définition,
avec la reddition de comptes annuelle, avec tout ce qu'on met en place,
je pense qu'elles ne seraient pas très, très
avisées de ne pas suivre leurs propres politiques. En même temps, on veut
toujours que les universités suivent leurs
propres politiques, elles en ont de nombreuses. Puis vous voulez peut-être...
mais là je vous mets la réponse dans
la bouche, vous voulez peut-être que celles-ci ne soient jamais oubliées.
Est-ce que je comprends bien?
Mme Litalien
(Ariane) : Oui. Bien, dans le fond, ça allait un peu de pair, cette
recommandation-là, avec le fait qu'on aimerait avoir un bureau de
plaintes pour les personnes survivantes, qu'ils puissent s'adresser directement
au gouvernement. Dans le fond, si leurs universités ne respectent pas la loi,
elles pourraient s'y adresser. Mais, si leurs universités ne respectent pas leurs propres politiques,
elles n'auraient pas de recours vis-à-vis du gouvernement, parce que ce ne serait pas dans la loi que les universités doivent suivre
leurs propres politiques. Je ne sais pas si vous me suivez.
David : Non, je ne suis pas
sûre, parce que je trouve qu'on est pas mal costaud en termes de reddition de comptes
et de sanctions. S'il n'y a pas de reddition de comptes et, encore plus, s'il
n'y a pas de politique, on envoie quelqu'un leur en faire une, puis c'est à leurs frais à
eux. Je pense qu'ils vont avoir le goût de faire leurs politiques.
Puis, s'ils ne la font pas, puis s'ils ne
font pas de reddition de comptes, c'est le C.A. qui est imputable et c'est le ministère, et, comme je les connais, ils vont très,
très bien surveiller la chose. Alors,
j'essaie de voir la valeur ajoutée, parce
que j'essaie toujours de voir qu'est-ce qu'on peut faire de mieux dans
le projet de loi. Alors, comprenez bien mes questions dans ce sens-là.
Litalien (Ariane) : Oui, tout à fait. Écoutez, on n'a pas de doute que le processus de reddition de comptes va grandement aider à l'application des politiques.
Le problème, c'est que, si une personne survivante se retrouve dans une situation
où elle a l'impression qu'elle est revictimisée par son institution, elle n'aura pas de recours concret, selon ce projet de loi là.
Donc, c'est-à-dire que, si l'université ne lui offre pas... Par exemple,
mettons que le projet de loi spécifie un délai
puis que le délai n'est pas respecté, mettons qu'on doit lui offrir certaines
options puis que les options ne lui ont pas été offertes. Si c'est dans le projet
de loi, tant mieux, elle va pouvoir
se dire : Bien, O.K., c'était illégal. Mais, maintenant, est-ce
qu'elle a des recours pour le signaler au gouvernement? Tu sais, selon moi, on
ne peut pas se fier seulement aux institutions pour rendre des comptes au gouvernement.
David : Ça,
c'est autre chose. C'est de dire : Est-ce qu'il ne pourrait pas y
avoir une instance, qui existe déjà au
ministère, d'ailleurs,
où on pourrait la rendre encore plus visible et la plus évidente, que, s'ils ne sont pas satisfaits du traitement x ou y, etc., ils peuvent faire appel
au ministère? Et ça, ça peut être quelque chose qui est très intéressant, qui est différent de ce dont on discutait, de rendre compte, chaque année, du
nombre de plaintes, de la procédure. Puis, si on met dans la loi : Cinq jours pour ça, cinq jours
pour ça, 45 jours, bien là, on a un
peu plus de prise, parce qu'on aura été un peu plus prescriptifs.
Maintenant, je ne
voudrais pas qu'on... parce qu'il me reste quelques minutes. Je veux vous
entendre sur... Parce que vous n'êtes pas les premiers, et je ne sais pas
si vous allez être les derniers et les dernières à dire que vous
aimeriez qu'il y ait une interdiction de relations entre une
personne étudiante et toute autre personne ayant une influence directe
sur le parcours académique. Vous comprenez,
là aussi, la délicatesse du processus et de la composante légale de cette
question-là et de la Charte des droits et libertés, mais j'aimerais vous
entendre sur votre assurance dans cette recommandation-là.
Lemay (Mélanie) : Bien, je
pense qu'il ne faut pas seulement s'arrêter à ce qui existe déjà comme
balises légales, parce que, quand on regarde
le taux de condamnations qui existe présentement par rapport aux gestes
commis et finalement ce qui aboutit à la fin
du processus judiciaire, il y a une marge immense. Puis la raison derrière ça,
ce n'est pas juste parce qu'on n'a pas des bonnes lois ou qu'on ne sait
pas les appliquer, c'est que le contexte social actuel fait en sorte que non
seulement c'est très complexe, donc ça nécessite une réponse judiciaire qui va
l'être tout autant... présentement, je n'ai
pas l'impression, puis je ne suis pas la seule à le partager, que ce n'est pas
encore au point. Puis ça, je pense,
c'est sûr que ça découle d'un autre ministère que le vôtre, mais, je pense, malgré tout... Tu sais, pour
donner un exemple très concret, un
des éléments qui m'a le plus dérangée puis qui a été le plus difficile à
porter, c'était de savoir que, librement,
il avait la capacité de refaire à nouveau d'autres victimes et que, malgré
tout, il n'y avait rien à faire. Et j'ai même été culpabilisée par un médecin qui m'avait
dit : Tu réalises que c'est de ta faute s'il en viole d'autres, parce que tu n'as pas porté plainte, puis la raison étant que ce n'est pas sécuritaire,
nécessairement, en tout temps, pour une victime d'aller
porter plainte à la police. Des fois, il y a de la discrimination systémique
qui se passe en raison du bagage socioéconomique que peut porter une survivante. Donc, il y a quand même
un écart non pas parce que la loi en soi, elle n'est pas bonne, c'est vraiment parce que
la façon dont elle est appliquée par les différentes personnes qui travaillent
à travers elle, qui portent des préjugés et qui sont teintés de certains
éléments... qui est problématique.
Donc, comme
la mission des institutions postsecondaires, c'est de veiller à la sécurité
de ces étudiants et étudiantes, bien,
je pense que c'est la moindre des choses de faire en sorte que les personnes
qui pourraient être ciblées comme ayant commis des gestes... bien, on veille à ce qu'il y ait une continuité
dans son dossier, qu'on puisse veiller à ce que, tout au long de son cheminement scolaire, on puisse s'assurer
que cette personne-là n'ait plus nécessairement un risque, même si, pour le moment, en raison des balises sociales qui présentement ne sont pas encore à point, elle n'est pas en mesure de le faire.
Mme David : O.K. Mais je parlais vraiment
de l'interdiction des relations intimes professeurs-étudiants. Alors, il vous
reste 50 secondes.
Litalien (Ariane) : Pour
compléter. Le consentement ne peut simplement
pas être libre et éclairé — je pense que ça a été
dit — dans une
position d'autorité. On a parlé des lois existantes, mais je ne suis pas
certaine qu'il n'y ait aucune loi...
ou qu'il ait tant une problématique légale que ça à interdire les relations
entre profs et étudiants simplement parce
que c'est... Oui, je veux dire, toute personne est libre de faire... tu sais,
il y a la charte des libertés, et tout ça, mais, comment dire...
Mme Lemay
(Mélanie) : Parce que rien
n'empêche, en fait, que, même si c'est la balise officielle, des
personnes puissent faire des démarches pour
demander une dérogation ou demander à ce qu'il y ait un ajustement qui permette
que des personnes, des tiers puissent observer... Parce que, par exemple, si
c'est un domaine qui est très pointu, bien, rien n'empêche que, malgré le fait qu'il y ait une relation d'autorité, bien,
il y ait des gens qui supervisent et qui veillent à ce qu'il y ait un
suivi non seulement technique, mais aussi psychologique autour de tout ça.
Présidente (Mme de Santis) : Merci beaucoup. Maintenant, la parole est
à la représentante de l'opposition officielle, la députée de
Marie-Victorin.
Fournier : Oui. Merci, Mme la Présidente. Donc, merci à vous deux
d'être ici aujourd'hui en commission parlementaire.
C'est très pertinent de pouvoir vous entendre en vue de bonifier le projet de
loi n° 151, qui est un projet de loi extrêmement important, donc je
vous en remercie.
reviendrais peut-être sur les derniers propos de la ministre en ce qui concerne
l'interdiction totale, donc, de relations
entre les personnes étudiantes et toute personne ayant une influence directe
sur le parcours académique. Donc, il y
a beaucoup de groupes, par exemple, qui nous ont parlé d'interdire les
relations entre les professeurs et les étudiants, mais vous, vous allez plus large que ça, vous parlez de
personnes avec une influence directe. Donc, j'aimerais vous entendre sur
ce que représentent pour vous, donc, les
personnes ayant une influence directe et aussi pourquoi vous visez plus
large que simplement les professeurs.
Litalien (Ariane) : Simplement parce qu'il peut y avoir des
professeurs, chargés de cours, superviseurs. Je pense que c'est peut-être une façon plus large qu'on a eue de le
définir, mais, selon moi, c'est quelqu'un qui a de l'influence sur les
notes de la personne ou l'évaluation.
Mme Lemay (Mélanie) : ...ne
serait-ce que dans les employés aussi, donc, par exemple les concierges, les personnes qui veillent à la manutention de
l'espace. Si tu ne te sens pas en sécurité de circuler librement autour de
cet espace physique, bien, nécessairement, ça peut jouer aussi dans ton
processus académique. Donc, c'est un élément aussi qu'on considère qu'il est
important d'ajouter.
Mme Fournier : Tout à fait, parce
qu'il y avait certains groupes justement qui disaient : Tout le personnel
de l'établissement. Mais à ce moment-là — vous avez parlé, par exemple,
des gens de l'entretien ménager — donc vous considérez que ça entre dans la
catégorie des personnes qui ont une influence directe.
Mme Lemay (Mélanie) : Bien, oui, considérant que, nécessairement, les gens occupent l'espace
institutionnel. Donc, si la victime ou la
personne circule à travers ça, bien, oui, ça va avoir un impact direct. Tu
sais, je peux penser à mon expérience personnelle : un concierge m'avait donné des propos qui
étaient problématiques, puis, moi, ça a fait en sorte que je ne me sentais
plus à l'aise de circuler dans cette partie-là de l'université. Donc, oui.
Fournier : O.K. Merci. Une autre de mes préoccupations aussi après
avoir entendu différents groupes, c'était de
voir qu'il pouvait y avoir une différence entre la protection des étudiants
selon les établissements d'enseignement supérieur, étant donné que
chaque établissement, donc, serait libre d'adopter sa propre politique. Donc,
j'ai vu qu'à la recommandation 2.3, donc,
vous voulez qu'il y ait des standards spécifiques. Vous appelez, notamment,
l'exemple de l'Ontario avec le projet de loi 132.
Est-ce
que vous pouvez nous parler davantage de l'exemple ontarien et comment ça s'est
concrétisé là-bas puis les impacts que vous avez pu observer?
Litalien (Ariane) : Oui, tout à fait. Alors, la loi 132 en
Ontario spécifie que toute institution d'enseignement supérieur doit
avoir une politique en matière de violence sexuelle. Si je ne me trompe pas,
c'est majoritairement les universités. Elle
spécifie que, par exemple, les personnes survivantes, les groupes étudiants
doivent être consultés pour l'établissement de cette politique, mais
elle ne spécifie pas exactement, concrètement, comment ça doit se produire.
Je comprends que,
dans un projet de loi, on veut garder une certaine flexibilité par rapport aux
contextes locaux. C'est sûr que l'UQAR ou l'UQAT n'aura pas le même contexte
que l'Université McGill ou l'Université de Montréal. Par contre, ce qu'on a vu
en Ontario, c'est justement qu'il y a une énorme variabilité en termes des
délais prescrits. Il y a beaucoup de
politiques qui disent «délais raisonnables», alors que d'autres vont dire
«délai de 60 jours», par exemple.
Puis, «délais raisonnables», on s'entend que ça ne veut pas dire grand-chose
pour une personne survivante. Donc,
c'est vraiment au niveau de, comme je mentionnais, la survivante que ça a duré
600 jours, son processus disciplinaire. C'est absolument inacceptable. Puis, tu sais, il y a eu des délais en
termes de changer des agresseurs de résidence, des choses comme ça, puis j'ai, honnêtement, peur,
pour avoir vu, pour avoir vécu l'expérience aux États-Unis, pour avoir
entendu les survivantes de l'Ontario, que,
si on n'est pas assez stricts au Québec, la situation se reproduise ici puis
que finalement ce projet de loi, à certains égards, soit un coup d'épée
dans l'eau.
Fournier : O.K. Parce qu'il y a vraiment eu des expériences, donc,
de survivantes aussi qui se sont un peu plaintes, en Ontario, du fait
que la protection n'était pas la même partout.
Litalien (Ariane) : Tout à fait. Puis il y a l'organisme Our Turn...
bien, le mouvement Our Turn, qui a déposé justement, récemment, un plan d'action pour les associations étudiantes
dans lequel ils évaluent, en fait, les politiques de différentes
universités en fonction de critères, un peu comme ceux qu'on suggère, pour les
politiques, puis ils leur donnent des notes, puis ça va de l'échec au succès.
Donc,
c'est vraiment inacceptable qu'une survivante, à une université, n'aurait pas
les mêmes recours en termes de temps,
en termes, tu sais, de tout ça. Puis on a peur que la flexibilité au niveau des
contextes locaux, ça donne juste des raisons
aux universités d'en faire moins pas nécessairement parce qu'elles veulent en
faire moins, mais parce qu'elles ne savent pas c'est quoi, les balises
claires.
Mme Lemay
(Mélanie) : ...mentionner que ce n'est pas seulement en lien avec ce
qu'Ariane vient de mentionner, mais aussi
sur l'accès aux ressources d'aide. Donc, il faut vraiment veiller à ce que,
même si, pour le moment, ce n'est peut-être pas encore pleinement
développé partout, ce soit accessible puis pas juste pour, par exemple, les femmes victimes, mais pour les hommes victimes
aussi, puis la même chose pour les auteurs. Donc, il va vraiment falloir
aussi veiller à ce que l'accès aux services
communautaires d'aide soit présent dans l'ensemble des régions, parce qu'il ne faudrait pas que l'aide qui
soit accordée dépende de ton code postal.
Fournier : Exact. Merci. Puis, quand vous parlez des contextes locaux,
justement, auxquels on pourrait s'adapter selon une université qui peut
être située dans une région ou une autre, qu'est-ce que vous entendez par là?
Qu'est-ce qui, selon vous, justifierait, justement, des différences entre les
établissements selon les contextes locaux?
Mme Lemay (Mélanie) : Bien, par exemple, on peut penser que Sherbrooke, c'est une ville très
universitaire, donc, c'est aussi une des
villes où il y a le plus haut taux de consommation d'alcool. Donc, c'est sûr
qu'il y a certaines réalités qui
peuvent émerger qui n'existent pas nécessairement sur d'autres campus, mais,
malgré tout, non seulement ça prend des balises claires, uniformes pour
tout le monde, mais qu'il puisse aussi y avoir une marge de manoeuvre, d'ajustement au contexte et aux problématiques qui
peuvent découler du contexte géographique ou social d'une certaine
région, parce que, tu sais, le Québec n'est pas homogène par rapport à la façon
dont ses individus se comportent.
Donc,
nécessairement, on pense que ça prend, oui, des balises qui sont généralisées à
tous mais que ça doit aller aussi un
petit peu plus loin de la part des universités, soit de s'ajuster au contexte
social et culturel de leurs propres campus.
Litalien (Ariane) : ...de
sensibilisation, entre autres. Ça pourrait être facilement adapté au contexte
local, d'une façon que la politique, pour moi, devrait être moins flexible à
cet égard.
Fournier : O.K. Parce que
vous parlez beaucoup des recours justement qui pourraient ne pas être
les mêmes, mais est-ce que vous considérez aussi que, dans les
politiques des établissements, donc, ce qui est interdit, ce qui n'est
pas interdit, ça devrait être davantage, aussi, spécifié à l'ensemble du Québec
plutôt qu'être laissé, donc, à la discrétion de chaque établissement?
Litalien (Ariane) : Tout à fait.
Fournier : O.K. Donc, c'est un peu plus large que les simples recours.
Mme Litalien
(Ariane) : Bien, je ne suis pas sûre que j'ai bien compris la...
Fournier : Il y a les recours, par exemple, les délais de
prescription, tout ça, si on veut l'uniformiser, mais aussi tout ce qui
pourrait être interdit, donc tout ce qui est chapeauté un peu dans la
politique.
Litalien (Ariane) : Oui, tout ce qui est dans la... Bien, la majorité
des éléments de la politique, on considère qu'ils devraient être
prescrits.
Fournier : Merci beaucoup. Justement, la recommandation 2.8,
quand vous parlez, donc, de la sensibilisation
face aux agressions par intoxication, je trouvais ça intéressant, parce que
vous êtes les premiers à l'amener lors
des consultations. Puis donc je me demandais si vous voyiez ça exactement comme
une campagne de sensibilisation, donc,
exactement un peu ce qui se fait à Sherbrooke avec les affiches, par exemple,
ou vous pensez que ça pourrait se faire aussi par d'autres moyens.
Mme Lemay (Mélanie) : ...dans un monde idéal. Un peu comme avec la cigarette, tu sais, ça a
été mentionné que ça peut occasionner
des problèmes de santé... bien, c'est sûr que, dans un monde parfait, bien, on
pourrait amener ça plus loin puis de se dire : Bien, pourquoi, sur
l'emballage des bières ou encore dans les bars publics, ça ne serait pas des éléments de réponse, soit de sensibiliser les gens
au fait que, non, l'alcool n'égale pas le consentement? Donc, ça permet non seulement de déresponsabiliser les victimes,
mais en même temps de responsabiliser les agresseurs face à leurs
gestes.
Donc,
nous, on pense vraiment qu'en raison du tabou social autour de la sexualité,
bien, c'est important vraiment que,
oui, ça prenne l'apport de campagnes de sensibilisation mais qu'idéalement
aussi il puisse y avoir des balises qui permettent de faire en sorte que, si un événement social se produit puis
qu'il n'y avait pas de visuel ou d'information sur ce qui constitue les agressions par intoxication...
mais, nécessairement, il faudrait que les gens soient tenus redevables
de ce manque. Donc, ça peut aller non
seulement d'un côté, oui, de campagne, mais, d'un autre côté aussi, ça prend un
côté plus législatif qui veille à ce que ça soit des éléments de réponse qui
soient obligatoires lors de tenue d'activités sociales.
Fournier : Merci. Je vous ramène... parce que j'avais oublié de vous
demander une question pour la recommandation
2.3, parce que je vous ai parlé de ce qui se passait en Ontario, mais j'aurais
aimé aussi vous entendre sur ce qui
se passe aux États-Unis, parce qu'il y a plusieurs universités... bien, par
exemple, si on pense à Yale ou Harvard, qui ont adopté des politiques de lutte aux violences sexuelles, puis j'aimerais
vous entendre sur quelles sont les réussites là-bas, et qu'est-ce qui pourrait aussi être amélioré, et de
quoi on pourrait s'inspirer aussi de ce qui se fait dans ces institutions-là.
Litalien (Ariane) : Je vais répondre à cette question, considérant que
j'ai fait mes études aux États-Unis.
Aux États-Unis, dans
le fond, de la façon que ça fonctionne — pour ceux qui ne sont pas
familiers — il
y a une loi qui s'appelle Title IX, qui est
une «gender equity law», qui parle du fait qu'il ne doit pas y avoir de
discrimination basée sur le sexe dans les
institutions d'enseignement puis que les universités sont à risque de perdre
leur financement si elles font de la discrimination basée sur le sexe.
Ensuite — rapidement — il y a une lettre, en 2011, qui est sortie,
qui s'appelle la Dear Colleague Letter , qui vient vraiment établir des barèmes spécifiques en termes
de délai, en termes de fardeau de la preuve, d'accommodements qui
doivent être faits. Cette lettre-là n'est pas une loi en soi, mais elle
clarifie la loi Title IX pour dire : Voici ce à quoi on s'attend que vous fassiez pour ne pas faire de la
discrimination basée sur le sexe, en lien avec les violences sexuelles.
Donc, elle vient vraiment spécifier des
barèmes, puis ça joue vraiment sur le pouvoir des personnes. Ils sont capables
de dire : Regardez, bien, telle
affaire, concrètement, ça n'a pas été respecté. Ça permet d'éviter un peu des
zones grises au niveau de si l'université a respecté ou non ses
obligations. Maintenant, ce qui marche moins bien, c'est qu'il y a tellement d'universités aux États-Unis qui ne respectaient
pas cette loi-là que le bureau des plaintes a été complètement débordé.
Et donc une plainte à laquelle j'ai
contribué, à l'Université Harvard... bien, contre l'Université Harvard n'a
toujours pas, depuis 2014, été traitée... ou le traitement de cette
plainte-là n'a pas été formalisé par le Département de l'éducation.
Fournier : D'où, donc, l'importance de mettre les délais dans la loi.
C'est bien ça?
Litalien (Ariane) : Absolument, parce que, s'il n'y a pas de délai, on
n'a pas de recours concret auprès de l'université ou du gouvernement, il
n'y a pas de redevabilité possible, selon moi.
Fournier : O.K. Merci. Puis ensuite, à la recommandation 3.1,
vous parlez de la création d'un bureau provincial
pour traiter certaines plaintes. Donc, ça, je trouvais ça intéressant. Est-ce
que vous parlez, à ce moment-là, que ce sont les plaintes qui seraient
non reçues par les établissements qui seraient, dès lors, traitées par le
bureau provincial?
Mme Litalien (Ariane) : Je parle
davantage de si les plaintes n'auraient pas été traitées adéquatement. Donc, ça ne serait pas des plaintes contre un
individu, mais davantage contre une institution qui n'aurait pas reçu une
plainte de façon
sérieuse, qui aurait découragé la victime de procéder à un processus formel
disciplinaire. Donc, c'est vraiment plus dans cette optique-là. Ce ne
serait pas une plainte pour violence sexuelle, mais une plainte pour un
manquement à cette loi.
Mme Lemay (Mélanie) : Je pense qu'un
élément intéressant qui pourrait être bonifié aussi à ce bureau-là, c'est qu'il ne faut pas... Il faut mentionner
aussi tous les professeurs qui sont, donc, les témoins actifs du
comportement de certains de leurs homologues
et puis qui sont un peu dans une incapacité de les dénoncer parce que les
personnes sur le terrain se sentent
trop vulnérables pour pouvoir les dénoncer officiellement. Donc, de permettre
aussi à ce que les témoins actifs
puissent dénoncer, ce serait un élément intéressant que ce bureau-là pourrait
avoir, parce que souvent il arrive des conflits d'intérêts. Donc, c'est
des amis qui doivent enquêter sur d'autres amis, alors ça fait en sorte qu'il
n'y a pas vraiment une volonté réelle de veiller à ce qu'il y ait des
sanctions. J'en ai été témoin lors de mon passage au cégep.
Donc, c'est vraiment important qu'il y ait une
institution neutre qui va être capable de se défaire des conflits d'intérêts
que certains pourraient avoir.
Mme Fournier : O.K. Très bien. Donc,
j'en comprends que ça pourrait comprendre, donc, les lacunes des établissements. Donc, ça pourrait donner une porte
aux survivants qui souhaitent dénoncer, dans le fond, les gestes ou, en tout cas, ce qui se passe à l'intérieur de leurs
institutions, où ils ne se sentent pas bien accueillis dans leurs plaintes,
ainsi que pour les témoins actifs. C'est bien ça? Donc, il y aurait comme deux
volets,
Puis est-ce
que vous avez une idée aussi... Donc, ce serait ça, les critères spécifiques?
Est-ce que vous en avez élaboré d'autres ou...
Mme Lemay (Mélanie) : C'est sûr
qu'il peut y avoir une complexité de situations qui arrivent sur le terrain. Donc, moi, je pense qu'il ne faut pas fermer la
porte à d'autres mandats plus larges qui pourraient émerger en fonction
de situations particulières, mais je pense que, dans tous les cas, ça ne peut
pas nuire d'avoir une entité neutre qui est détachée,
parce que ça redonne confiance aussi à la survivante. Parce que, si elle a été
mal reçue par une institution, elle n'aura
pas envie de porter plainte dans quelque chose qui est dans la même
institution, elle va vouloir quelque chose de neutre. Donc, je pense que vraiment d'ajouter cet élément-là... puis
quitte à ce que, comme Mme David l'a mentionné, rendre plus visible ce
qui existe déjà... Mais nous, on considère vraiment que c'est important que ce
soit dirigé vers ces axes-là.
Fournier : Puis la dernière question, c'est pour la date
d'application. Vous demandez que la date butoir d'adoption d'une politique soit devancée au 1er janvier 2019. Donc,
vous parlez de l'adoption et de la mise en oeuvre? Parce qu'il y a
certains groupes qui faisaient la distinction, puis je me demandais si vous
regroupiez tout ensemble.
Litalien (Ariane) : Oui. Bien, pour être honnête, au moins l'adoption,
là. La mise en oeuvre, on n'a pas passé plus de temps à y réfléchir que ça. C'est sûr que, c'est ça, nous, ce
qu'on... la mise en oeuvre, j'imagine, au 1er septembre 2019.
Devancer de six mois environ l'échéancier qui est déjà posé.
Mme Fournier : ...que la politique
soit bien, donc, prête pour le 1er septembre 2019. C'est ça?
Litalien (Ariane) : Oui, on veut que ça soit bien fait, il n'y a pas
de doute, mais on n'a pas beaucoup de temps. Les personnes survivantes, en
ce moment, qui ne sont pas couvertes par des politiques n'ont pas de recours.
Donc, il ne faut jamais oublier ça.
Mme Lemay
(Mélanie) : Puis, la
formation qui va être accordée, il va falloir qu'elle soit de qualité aussi,
qu'elle ne soit pas juste une fois, tu sais,
ou une fois en 10 minutes. Il va falloir aussi que ça soit vraiment des choses
qui soient pertinentes puis qui soient faites d'une façon temporelle.
Donc, oui, on
considère que ça prend du temps de créer ces éléments-là, qui ne sont pas tout
à fait déjà présents, mais, non, c'est important pour nous quand même de
veiller à ce que ça soit de qualité, les formations qui vont être accordées,
donc d'où l'importance de réfléchir comme il se doit à ce qui existe aussi,
comme par exemple le mois de sensibilisation, le message.
Présidente (Mme de Santis) : Merci beaucoup. Maintenant, la parole est
au deuxième groupe d'opposition. M. le député de Chambly.
M. Roberge : Merci beaucoup, Mme la
Présidente. On salue la ministre, ma collègue, toute l'équipe du ministère. Puis merci beaucoup pour votre
présentation, c'est toujours apprécié. Plusieurs questions. C'est une
chance de passer après les autres, parce que
plusieurs points ont été soulevés. Vous avez apporté des réponses. Mais, des
fois, c'est des petites précisions.
Votre
recommandation 2.1. Vous souhaitez que le champ d'application de la politique
s'applique... enfin, que ça s'applique
dans le milieu scolaire dans son contexte élargi. J'aimerais juste comprendre
précisément à quoi vous faites référence.
D'autres sont venus avant vous, ont parlé des résidences. Pour moi, c'est assez
clair que les résidences officielles d'un cégep ou, en tout cas, d'une
université, d'un campus, ça doit être visé. Mais est-ce que vous avez, vous,
pensé à d'autres lieux, d'autres endroits où la politique doit s'appliquer,
quand vous dites : Le contexte élargi?
Mme Litalien
(Ariane) : Oui. Dans le fond, nous, on va plus loin que les résidences,
on va plus loin que les activités organisées par des associations étudiantes,
comme la ministre le mentionnait. Nous, c'est vraiment toute interaction qui
comprend les parties qui sont membres d'une communauté d'enseignement. Donc, ça
peut être chez toi, dans ton appartement
privé. Si c'est un collègue de classe qui est avec toi puis il se passe une
situation de violence sexuelle, la politique devrait s'appliquer.
Mme Lemay (Mélanie) : En fait, c'est
à partir du moment où la relation s'est installée en raison du contexte d'enseignement dans lequel elles se sont
rencontrées, les parties. Donc, c'est vraiment parce que, tu sais, les deux
tiers des infractions sexuelles qui sont
commises sont commises dans une résidence privée. Donc, ça doit aller au-delà
de spécifier juste les lieux
géographiques, mais vraiment juste aller vers la balise qui est la relation qui
existe entre les deux, et, à partir du
moment où elles se sont rencontrées, bien, ça découle, en fait, du contexte
d'enseignement. Donc, c'est là que s'est installé le lien de confiance, qui est aussi l'arme du crime. Donc,
c'est vraiment là-dessus que, nous, notre réflexion était basée.
Mme Litalien (Ariane) : Puis, c'est
ça, dans le fond, on veut vraiment que toutes les situations potentielles
soient couvertes. Puis je ne pense pas que... Il y a un précédent aux
États-Unis, dans le fond, que toutes les politiques doivent s'appliquer hors campus également. Donc, on ne voit pas pourquoi
ici il y aurait un problème par rapport à ça.
M. Roberge : Merci. Donc, c'est
assez clair. La notion de guichet unique aussi a été mentionnée par d'autres
groupes. Puis je pense que vous en parlez, mais je ne sais pas dans quels mots.
Dans le fond, peu importe où a eu lieu le
crime, comme vous dites, même si, dans le fond, ça peut se faire complètement à
l'extérieur du processus judiciaire, là, l'étudiant ou la victime, le
survivant, la survivante pourrait porter plainte.
Mais est-ce
que vous l'avez incluse quelque part, cette notion de guichet unique sur le
campus? Est-ce que c'est quelque chose qui vous parle ou...
Mme Litalien (Ariane) : Ça peut
certainement aider. Nous, on ne l'a pas inclus, simplement parce que c'est
quelque chose avec lequel on était en accord. Donc, peut-être qu'on n'a pas
assez clarifié les choses qu'on appréciait du projet de loi. Donc, voilà.
Mme Lemay
(Mélanie) : Puis l'idéal,
c'est vraiment de clarifier le processus de plainte le plus possible.
Donc, c'est déjà assez difficile de se
relever puis de réfléchir aux ressources, mais il va falloir faire en sorte que
ce soit le plus visible et le plus
accessible... Parce que j'ai déjà eu un témoignage d'un survivant qui m'a
dit : Je ne l'ai même pas cherché dans Google, parce que juste l'idée m'écoeure. Ça fait que de faire en sorte
qu'au moins ce soit clair puis que... ou à partir du moment où la personne est en mesure de bien
recevoir l'information soit dans les rentrées scolaires, et tout ça. Ça
fait que, comme ça, si jamais,
malheureusement, ça arrive, bien, au moins, c'est resté, l'information, en
arrière de la tête, pas qu'il aille à partir de zéro puis essayer de
faire des démarches à gauche, à droite. Il faut vraiment clarifier puis
centraliser le plus possible.
Roberge : Donc, il faudrait que le mode de diffusion ou d'information,
ça soit carrément dans la politique, dans le fond, une obligation pour l'institution d'informer préalablement, on
l'espère... on espère qu'il n'y aura juste pas, de violence sexuelle, mais, non, dans le cas où il y
en a, dans le fond, que les étudiants, les étudiantes, ils savent déjà
elle est où, la coop, ils savent déjà où est
la bibliothèque puis ils savent déjà où est le bureau des plaintes. Donc, c'est
connu, c'est su, puis tu n'as pas
besoin de prendre Google ou d'aller au bureau d'information, dire :
Coudon, y a-tu un local quelque part au troisième sous-sol, là?
Mme Lemay
(Mélanie) : C'est vraiment
dans une optique de réduction des méfaits, finalement, qu'on propose ça,
là. C'est vraiment de minimiser l'impact des conséquences psychologiques que va
avoir eu ce geste, parce qu'il faut savoir
que, si on est capable d'aider adéquatement une personne survivante, elle
risque de ne pas développer de syndrome post-traumatique. Parce que ce qui va être vraiment la clé de la
guérison, ça va être comment les personnes vont l'avoir reçue, d'où
l'importance aussi des attitudes aidantes.
Donc, c'est
vraiment dans cette optique-là, de se dire : Bien, on ne pourra peut-être
pas prévenir tous les crimes, mais,
malgré tout, il va falloir prévenir le plus possible les impacts psychologiques
que le geste peut causer, parce que ça, c'est à notre portée.
Roberge : Sur un autre sujet assez délicat, qui est de proscrire les
relations amoureuses et/ou intimes entre des gens en autorité et
d'autres personnes, vous, donc, vous le mentionnez très clairement, là, vous
dites : Quelqu'un qui peut avoir une
influence directe sur le parcours académique. Vous ne faites pas la distinction
entre le milieu collégial et universitaire.
On a eu deux regroupements, là. Les étudiants du niveau collégial nous ont
dit : Nous, ça devrait être tout le personnel, même si, je ne sais pas, moi, l'animateur, l'animatrice à la
vie parascolaire n'a pas nécessairement un impact direct sur les notes. Puis, au réseau
universitaire, ils nous ont parlé... un peu comme vous, là, les professeurs,
les enseignants, les superviseurs, quelqu'un qui a une influence sur les
notes. Est-ce que vous maintenez votre position, que ce soit quelqu'un qui a vraiment une influence sur le
parcours académique, ou, au collégial, ça pourrait être une distinction
parce que... Pas toujours, parce que
maintenant on peut retourner au collégial à tout âge, mais disons que, de
manière générale, c'est sûr qu'au collégial les étudiants et étudiantes
sont plus jeunes qu'à l'université.
Est-ce que vous
différenciez les exigences des politiques entre le collégial et
l'universitaire?
Lemay (Mélanie) : Bien, c'est sûr qu'il doit y avoir des balises de
base qui s'appliquent, de manière universelle,
autant aux institutions collégiales qu'universitaires. C'est sûr, après, qu'il
y a certains contextes particuliers qui ne se retrouvent pas nécessairement au collégial. Donc, on peut penser
au fait... Bien, c'est sûr que, dans les programmes techniques très
pointus, oui, il y a une spécialisation qui amène un peu une obligation d'être
en lien avec quelqu'un qui a cette expertise-là. Mais, moi, c'est pour ça que
je pense qu'il y a vraiment des ponts à faire entre les deux.
C'est
sûr qu'il y a des spécificités qui peuvent émerger dans le contexte plus
universitaire qui n'existent pas au collégial, mais c'est de là
l'importance, selon moi, de clarifier le fait que, oui, ça prend, malgré tout,
des ensembles universels pour les deux paliers.
M. Roberge :
Puis j'aime bien la section, à la fin de votre mémoire, où vous élargissez un
peu les horizons, comme un addendum, Alcool ≠ Consentement . Ce n'est pas
directement lié au projet de loi, mais vous apportez des suggestions qui sont intéressantes. Vous souhaiteriez
qu'il y ait un étiquetage, là, carrément sur l'alcool puis peut-être
aussi des affiches dans les bars, des endroits comme ça.
contexte étant ce qu'il est, il y a moins d'une semaine, un projet de loi était
déposé sur le cannabis, donc, et je ne suis
vraiment pas un expert, mais est-ce qu'il y a cette même notion que... Comme
vous en parlez dans votre mémoire, là, l'alcool
est impliqué beaucoup, beaucoup dans des cas d'agression ou, en tout cas,
d'absence de consentement. Est-ce que ça ne devrait pas être la même
chose, puisqu'on est dedans, là, pour le cannabis?
Mme Lemay (Mélanie) : Pour répondre à votre questionnement : en fait, c'est déjà dans le
Code criminel. Donc, toute personne
ne peut commettre d'acte criminel via l'usage ou la mise en usage d'une
substance illicite quelconque. Donc,
oui, en fait. Nous, le but, en fait, c'est simplement de mentionner que
l'alcool, c'est une drogue de soumission. Ça arrive souvent que, dans les procès, on observe des
contextes où les gens disent : Ah! mais il n'y a pas eu de GHB, ce n'est
pas grave, tu sais. L'alcool en est une,
puis il a fait en sorte de dépenser énormément d'argent, donc on est conscient
qu'il l'a assujettie. Donc, elle n'a pas pu
fournir un consentement qui était libre et éclairé. Ça aussi, c'est dans le
Code criminel. Donc, c'est sûr que,
si la marijuana... Tu sais, moi, je pense vraiment que la raison pour laquelle
on parle d'alcool, c'est parce que
c'est la drogue la plus socialement acceptée et même banalisée. Puis on peut
penser à Bud Light aussi, qui avait fait une campagne publicitaire qui
disait : Pour enlever le mot «non» de la soirée.
Donc,
je pense vraiment qu'il y a beaucoup de confusion là-dessus, parce que ça avait
créé des méchants débats sur le campus de l'Université de Sherbrooke
quand on a sorti ce slogan-là, puis je pense qu'il y a toute une question
d'éducation sur la sexualité et le consentement.
Roberge : Puis une dernière question. Vous parlez évidemment
d'adoption de la politique, parce que c'est à ça que fait référence le
projet de loi. Est-ce que, d'après vous, on devrait distinguer politique et
plan d'action et rajouter d'autres articles pour préciser que, bon, il y aurait
la politique avec les grands principes, mais il y aurait aussi un plan d'action
puis... Parce qu'on n'en parle pas dans le projet de loi. Est-ce qu'il faut
ajouter ça?
Mme Lemay (Mélanie) : Oui, vraiment, parce que la politique est des lignes directrices
générales, puis un plan d'action permet de donner une donnée temporelle
aux éléments qui vont être mis en place. Donc, clairement, oui, ça doit être
complémentaire.
La Présidente (Mme
de Santis) : Merci, Mme Lemay, Mme Litalien. Nous apprécions
énormément votre contribution aux travaux de la commission.
Je suspends les travaux quelques
instants afin de permettre aux représentants du Regroupement québécois
des centres d'aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel de
prendre place. Merci.
(Suspension de la séance à
11 heures)
Présidente (Mme de Santis) :
Je souhaite la bienvenue aux représentants du Regroupement québécois des centres d'aide et de lutte contre les agressions à
caractère sexuel. Je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes pour votre exposé. Ensuite, nous allons procéder à
la période d'échange avec les membres
de la commission. D'abord,
merci de vous présenter, et ensuite vous procédez immédiatement à votre exposé.
Merci.
Mme Lopez (Marlihan) : Bonjour. Je
m'appelle Marlihan Lopez, je suis agente de liaison au Regroupement québécois
des centres d'aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel.
Regroupement québécois des centres d'aide et de lutte contre les
agressions à caractère sexuel est un organisme féministe à but non
lucratif qui regroupe et appuie les CALACS membres. Les CALACS membres du
regroupement s'adressent aux femmes et aux adolescentes victimes d'agression sexuelle présente ou passée ainsi qu'à leurs proches. Les CALACS ont trois volets d'action : aide
directe, prévention et défense des droits. Ils offrent des services d'aide
individuelle, des rencontres de groupe de
soutien et des services d'accompagnement, lors du processus judiciaire, auprès
des services de santé ou divers autres organismes,
selon les besoins des victimes. Pour défaire les nombreux mythes et préjugés entourant les agressions à caractère sexuel et changer les mentalités, les attitudes
discriminatoires et les comportements sexistes,
les CALACS offrent des activités de sensibilisation et d'information auprès des
organismes mais également auprès de
la population. Le programme de prévention Empreinte, destiné aux jeunes d'école
secondaire, s'inspire de pratiques exemplaires sur le terrain, des
CALACS notamment, lesquels ont une expérience de plus de 25 ans en matière
d'intervention et de prévention. Finalement,
pour s'inscrire dans une démarche de changement social, politique et
légal afin que cesse la violence genrée, les CALACS font des représentations et
interviennent sur des tables de concertation locales et régionales.
Le regroupement était actif de diverses façons
avant, pendant et après les consultations gouvernementales qui ont mené à la
rédaction de ce projet de loi ainsi qu'à la création de la stratégie de lutte
contre la violence sexuelle en milieu
d'enseignement supérieur. Par ailleurs, le regroupement a participé à l'enquête
ESSIMU, menée par un groupe interdisciplinaire
de 12 chercheuses, qui a brossé un portrait global de la violence sexuelle
sur les campus universitaires au Québec
et qui a énormément nourri la consultation autour de la problématique de
violence sexuelle en milieu universitaire et collégial.
Ceci étant
dit, le regroupement considère le projet de loi comme une bonne base sur
laquelle travailler et s'attend à ce que l'ensemble des groupes
participants agissent de bonne foi afin d'améliorer les aspects concernant
l'appui aux survivants et survivantes et que ceux-ci soient incorporés à la
loi. Un nombre important de suggestions issues des consultations publiques initiales ont été prises en compte, notamment le
caractère autonome de la politique de violence sexuelle à venir, la centralisation des ressources sur les campus, les
dispositions pour l'information et les mécanismes d'application. La
ministre, et son équipe de travail, a consulté les organismes communautaires
ayant une expertise en violence sexuelle, et
nous saluons le fait qu'elle tient compte que ces organismes doivent jouer un
rôle important dans la lutte contre les agressions sexuelles en milieu
d'enseignement supérieur.
En ce qui
concerne le contenu du projet de loi, nous avons quelques inquiétudes et
recommandations à vous partager.
Considérant que l'agression sexuelle est un acte de domination, d'humiliation,
d'abus de pouvoir, de violence principalement
commise envers les femmes et que cet acte s'inscrit dans une forme de contrôle
social en tentant de les maintenir
dans la peur et dans des rapports de force inégaux, il est important que cette
dynamique et ces rapports sociaux soient reflétés et déconstruits dans
le discours du projet de loi.
Il est
également important de clairement identifier les différentes manifestations
d'agression à caractère sexuel, voir :
viol individuel, collectif, attouchements sexuels, harcèlement sexuel, exhibitionnisme,
voyeurisme, appels obscènes, cyberprédation, cyberintimidation, etc. Il
faudrait clairement nommer qu'agresser sexuellement, c'est imposer des attitudes, des paroles, des gestes à connotation
sexuelle contre la volonté de la personne en utilisant l'intimidation ou
la menace, le chantage, la violence verbale, physique et psychologique. Nous
recommandons d'inclure un paragraphe énumérant
les différentes manifestations de violence à caractère sexuel sujettes à ajout
afin de suivre l'évolution de la définition
des violences à caractère sexuel et
de s'assurer que toutes, et tous, les victimes puissent porter plainte et
accéder à des services d'aide s'ils et elles le désirent.
Comme nous l'avons précisé, la violence à
caractère sexuel est basée sur la domination et les pouvoirs d'une personne par une autre, mais cette relation
asymétrique ne se manifeste pas seulement dans le contexte des relations
entre profs et étudiants. Les rapports de pouvoir sont présents dans de
multiples contextes et doivent être adressés. Par ces nombreux rapports sociaux de domination, tels que la racialisation, les
rapports de genre, les rapports de classe, le statut migratoire, la capacité physique, et autres,
certains groupes sont davantage à risque à la violence sexuelle, d'où
l'importance de porter une attention
particulière sur les vulnérabilités de certains groupes et les barrières
auxquelles ils font face au moment de dénoncer et chercher un soutien.
Les besoins et l'égalité des groupes plus à risque
tels que les femmes, les personnes de la communauté LGBTQIA+, les personnes en situation de handicap, les étudiants
étrangers — et
étrangères — doivent
être tenus en compte au moment de s'attaquer à la violence sexuelle en
milieu universitaire et collégial. Nous accueillons favorablement la mesure visant l'implantation de services
d'accueil, de référence, de soutien psychosocial et d'accompagnement dans
tous les établissements collégiaux et
universitaires pour les survivants et survivantes d'agression sexuelle et nous
espérons que ce service sera
véritablement accessible aux personnes en situation de handicap et sécuritaire
et adapté aux besoins de groupes minoritaires comme les étudiants
internationaux, les étudiants et étudiantes autochtones, racisés ou appartenant
à la diversité sexuelle et de genre.
En outre,
nous espérons que les investissements serviront principalement à la prévention
et à la sensibilisation de la violence sexuelle auprès de toutes et tous
les membres des institutions postsecondaires et que les différents moyens de prévention tiendront compte des besoins et
réalités de tous les groupes marginalisés. Nous souhaitons également que
les organismes travaillant sur le terrain et
détenant une réelle expertise en matière d'intervention et de prévention de
la violence sexuelle soient reconnus et
interpelés dans la mise en place de ces mesures. Des groupes communautaires
offrent déjà des services — voir
le projet pilote à l'UQAM avec une intervenante des CALACS — et
ils sont requis pour développer des mesures
de prévention et de sensibilisation informées par les différentes réalités des
personnes survivantes. Alors, nous
recommandons que le projet de loi n° 151 spécifie la collaboration, la
priorisation et le financement des groupes communautaires sur les
différents campus d'établissements d'enseignement supérieur lors de la mise en
place des mesures de prévention et de sensibilisation.
Par ailleurs, nous sommes inquiètes sur
l'emphase mise sur la sécurisation. Ce projet de loi semble mettre beaucoup d'efforts sur la sécurisation et
l'investissement dans les infrastructures et des agents de sécurité. L'énergie
et le financement doivent être investis dans
une multiplicité de tactiques de prévention en incluant les formations. Il
faudra faire attention
à ne pas se concentrer sur la surveillance des étudiants en dépit d'axer le
projet de
loi sur la prévention, ce qui risque de perpétuer des
structures de surreprésentation de surveillance et d'oppression de certains
groupes. Puis, considérant que seulement
5 % des victimes portent plainte à la police, nous questionnons la volonté
du gouvernement d'inclure les corps de police comme une ressource
externe prioritaire.
Nous avons
également quelques inquiétudes concernant les sanctions et les processus de traitement
des plaintes. Nous trouvons que le
projet de loi est trop vague à cet égard, ce qui ne favorise pas une relative
uniformisation dans les processus et
mécanismes institutionnels de signalement des cas de violence sexuelle. Une
communication transparente du processus de traitement des plaintes est
essentielle. Nous recommandons que le processus...
La Présidente (Mme de
Santis) : ...
Mme Lopez (Marlihan) : Merci.
La Présidente (Mme de Santis) : ...vous
avez trente secondes.
Mme Lopez
(Marlihan) : Ah! Nous recommandons que les processus d'accompagnement
et de plainte soient énumérés dans leur intégralité à l'intérieur de la
politique de chaque établissement d'enseignement supérieur.
La Présidente (Mme de Santis) : Merci
beaucoup, Mme Lopez. Maintenant, nous procédons à la période d'échange.
Mme la ministre, la parole est à vous.
Mme David :
Oui. Merci beaucoup. Je suis très heureuse que le RQCALACS se présente et
vienne nous aider dans la détermination des principaux axes du projet de
loi.
Et, comme
vous le dites bien, effectivement,
dans les organismes externes, nous savons très bien que vous êtes
un incontournable, étant donné que vous
donnez de nombreux services d'accompagnement, de formation, d'information.
Et j'ai eu l'occasion moi-même
de passer plusieurs heures à Trêve pour elles, qui est un des CALACS importants
de Montréal, qui justement a ce projet pilote avec l'UQAM. Alors, j'ai
été à même de voir à quel point c'est utile d'avoir ce genre d'entente, où quelqu'un du CALACS s'en va passer
du temps à l'UQAM et passer du temps à Trêve pour elles aussi, parce que ce n'est pas tout le monde qui veut aller
nécessairement sur place à l'université. Donc, ça donne vraiment une
très, très belle liaison entre l'établissement d'enseignement supérieur et le
service offert aux CALACS. Alors, c'est un point important que nous prenons en très bonne note, cette question d'être
peut-être un peu plus larges dans la définition des organismes externes, même si on ne voulait
certainement pas se limiter aux corps policiers, mais je suis d'accord
avec vous qu'on peut aller plus loin. On
essaie, dans les projets de loi, que ce ne soit pas une bible de 2 000
pages, mais je pense que, dans ce cas-ci, ça vaut peut-être la peine de regarder
J'aurai deux
questions principales. La première, parce que j'ai été à même de rencontrer...
en rencontrant votre regroupement, on a beaucoup parlé de tout ce que
vous faites, et une des choses que vous faites, c'est, entre autres, le programme Empreinte dans les écoles secondaires.
Donc, j'ai lu ce que vous faites, j'ai regardé les axes d'intervention,
de communication, comment vous travaillez.
Je sais que, récemment, vous êtes très, très recherchés avec ce
programme-là. Un, je voudrais vous entendre
un petit peu plus sur ce qui vous a peut-être amenés à développer et à nous
décrire un petit peu qu'est-ce qu'il vise.
Et j'aimerais
après peut-être vous poser la question, parce que j'ai été interpelée par des
étudiants collégiaux qui m'ont demandé
quelque chose, dans le fond, quand j'ai regardé ce que vous faisiez avec
Empreinte, qui ressemblait à ce programme. Donc, est-ce que vous pouvez
vous visualiser éventuellement à adapter quelque chose dans les collèges, voire même dans les universités? Parce qu'on parle
énormément, énormément de formation, d'information à toutes sortes de niveaux, au niveau de qu'est-ce qu'est le
consentement. On le sait, Sans oui, c'est non! est né à partir de ce concept-là...
Ni viande ni objet, bon, il y a beaucoup de choses,
mais est-ce que tous ces programmes-là peuvent s'alimenter les uns les autres, même au niveau collégial et universitaire?
Mais j'aimerais peut-être vous entendre un petit peu sur ce
programme-là, qui est... On parle énormément d'éducation sexuelle au primaire,
secondaire. Votre programme, ce n'est pas un cours d'éducation sexuelle, c'est
complémentaire à ça.
Alors, pour
le bénéfice de tous, peut-être vous pourriez nous parler un peu plus de ce
programme, d'où il vient, comment
vous l'avez développé, qu'est-ce qui se passe. J'en sais pas mal, mais
j'aimerais ça, pour le bénéfice de tous, que vous en parliez.
Mme Lopez (Marlihan) : Parfait. En
fait, comme vous le savez, nous avons plus que 25 ans d'expérience en
prévention et, en équipe avec des chercheuses à l'UQAM, nous avons développé ce
programme Empreinte. Ce qui le distingue
d'autres programmes, c'est qu'il est beaucoup plus inclusif des multiples
réalités qu'on peut trouver chez les jeunes, et c'est un outil pour
lutter contre la violence sexuelle chez les jeunes.
Donc,
le projet a plusieurs volets, entre autres un volet sur l'hypersexualisation,
sur le consentement. Il y a même des
capsules qui sont destinées aux parents puis il y a des formations qui sont
destinées aux professeurs ou enseignants. Donc, ce programme a été
déployé pendant une année, un projet pilote dans plusieurs régions du Québec,
et on est en train de faire l'évaluation là-dessus.
Aussi, une
autre chose qui est aussi nouvelle avec ce projet, c'est l'opportunité de pouvoir
faire une évaluation et faire des
modifications s'il y a lieu. Et je pense que ce projet peut très bien s'adapter
à d'autres groupes, pas nécessairement juste
les écoles secondaires. Il y a déjà des intervenants qui vont en milieu
universitaire, non pas seulement
Trêve pour elles, mais le CALACS de l'Outaouais
aussi a une grande expérience en prévention auprès des institutions
universitaires et collégiales. Donc, avec un
financement, je pense que ce projet Empreinte pourrait être
déployé ailleurs et pourrait être aussi adapté pour être
donné dans d'autres institutions.
Mme David : Et je sais que, derrière
la collaboration, c'est l'UQAM qui est très interpelée et la chercheure principale d'ESSIMU, c'est-à-dire Manon Bergeron,
donc on gravite autour de gens qui ont une expérience tout à fait reconnue. C'est très, très clair, Manon
Bergeron, c'est l'enquête ESSIMU, c'est l'enquête qu'on veut développer et
déployer aussi au collégial, donc c'est dans la même mouvance, et c'est la même
mouvance que Trêve pour elles, qui est en collaboration
et qui, grâce à une subvention de chez nous, je crois, d'ailleurs,
vous donne un peu d'argent pour pouvoir payer quelqu'un qui va à l'UQAM.
Alors, je pense qu'on a là des modèles, des pistes d'intervention extrêmement importants,
et on va certainement regarder de près et rapidement... parce que ça commence, là. J'ai rencontré cette personne qui navigue entre l'UQAM et Trêve pour elles, et
elle dit : Bon, c'est à ses tout débuts, là. J'étais là il y a deux
semaines, et puis elle avait commencé au mois de septembre.
Mais je pense
que cette idée est très porteuse, et c'est dans ce sens-là que je pourrais peut-être
vous demander, à plus large échelle
ou, disons, à partir de vos expériences de collaboration avec différents
milieux, comment vous voyez... Parce
qu'on parle de guichet unique. On parle de ressources qu'ont souvent, oui, les
grandes universités, les grands collèges, les collèges à 10 000 étudiants, des universités à
40 000 étudiants, mais il
faut aussi penser aux plus petits
collèges, aux plus petites universités, aux régions qui peuvent avoir
une personne qui est le pivot dans l'institution mais qui est très branchée, dans
le fond, à une organisation comme la vôtre.
Alors,
comment vous voyez ou est-ce que ça existe déjà... ou comment ça pourrait
se développer, cette collaboration
beaucoup plus étroite entre ce que vous
pouvez apporter dans le cadre de la mise en place des actions qu'on veut
faire dans les collèges, et les universités, et vos CALACS, particulièrement,
en région?
Mme Lopez
(Marlihan) : Nous, nous sommes présents partout au Québec. La réalité
des CALACS diffère d'une région à
l'autre. Je pense qu'il y a des CALACS qui sont très bien outillés pour pouvoir
offrir des outils de formation, faire de
la prévention dans les institutions collégiales, qu'ils soient petits, qu'ils
soient en milieu urbain. Je pense qu'ils ont de l'expertise pour faire
En ce qui
concerne c'est quoi, les défis, ça serait vraiment le financement. En ce moment,
on a une intervenante qui travaille à
l'UQAM, mais elle travaille quelques jours par semaine. Donc, c'est un bon
début, mais à la fin ça va prendre beaucoup plus que deux, trois fois
par semaine, ça va prendre des ressources qui vont pouvoir faire un suivi,
parce que pour les victimes de violence
sexuelle ça ne prend pas juste une ou deux rencontres, ça prend un suivi, ça
prend un accompagnement qui dure du temps, et pour ça on a besoin de
pouvoir mobiliser des intervenantes. Et on a entendu les associations
étudiantes nommer le fait que ça prend des ressources externes pas
nécessairement qui viennent de l'université. Donc, pour ça, il faudrait
vraiment prévoir un financement pour pouvoir déployer ces ressources-là.
David : Oui, on entend bien et on est bien conscients de ça. On a fait
un bon début avec le 23 millions de dollars, mais on est très
attentifs aux besoins de tous et chacun.
Maintenant,
j'aimerais vous entendre sur la question... puis là je ne veux pas me tromper
dans l'acronyme, parce qu'il se rajoute, des fois, des lettres à la fin,
là, LGBTQI, R et U, je crois, non?
Mme Lopez (Marlihan) : IA+.
Mme Lopez (Marlihan) : A+.
Mme David : Oui, plus. Bon, enfin,
toute cette diversité, qu'on respecte beaucoup et qui, donc, je pense, a plus de voix qu'avant et plus d'écoute dans la
société. J'aimerais vous entendre, parce que plusieurs disent, et même
nous, on l'a dit dans notre projet de loi...
mais je ne suis pas sûre de comment opérationnaliser le soutien qui pourrait
être plus spécifique à certaines
communautés qu'à d'autres. Et vous ajoutez, avec raison, j'en suis tout à fait,
la question des étudiants internationaux,
grande fragilité, premier trimestre très, très, bon, en situation d'adaptation,
en exil, bon, une situation pas facile, mais toute la communauté de la
diversité de genre.
Comment vous
nous conseilleriez d'avoir des actions plus spécifiques en regard de ce projet
de loi et des violences à caractère
sexuel? On est d'accord, on l'a dit, d'être très attentifs, mais, une fois
qu'on a dit ça, je profite de votre présence pour vous demander comment
on pourrait opérationnaliser la chose.
Mme Lopez (Marlihan) : Au moment de
rédiger des projets de loi ou des stratégies qui s'attaquent sur des problèmes sociaux, normalement, on a tendance à se
fixer sur les expériences des groupes majoritaires, et ce qui arrive,
c'est qu'on passe à côté de certaines
réalités qui font en sorte que ça ne va pas être toute la population qui va
pouvoir bénéficier de certaines actions ou stratégies.
Donc, pour ce
qui concerne les étudiants qui font
partie de la communauté LGBTQIA, ou les
étudiants étrangers, ou les autres
groupes qu'on connaît, qui sont beaucoup plus à risque, il faudrait avoir des
actions précises, parce que sinon ces
stratégies, ces actions ne vont pas les bénéficier. Et, pour ce qui est des
étudiants internationaux ou des personnes de la communauté LGBTQIA,
c'est le fait que ces groupes font face à davantage de barrières qui sont
systémiques au moment de dénoncer ou au moment de porter
plainte. Un étudiant international va penser : Bon, si je porte plainte,
je risque de devoir interrompre mes études. Si j'interromps mes études, je vais
perdre mon permis de séjour, mon visa d'études.
Donc, c'est vraiment beaucoup de questionnements. Et de plus l'étudiant
étranger ne connaîtra pas le processus judiciaire
ici. Donc, il y a beaucoup de questionnements qui vont faire en sorte qu'ils ne
vont pas porter plainte, ils ne vont pas
accéder au service. Donc, il faut tenir en tête ces barrières systémiques au
moment de faire des stratégies, parce que, si on tient compte... par la suite, on va bénéficier non seulement les
étudiants étrangers, mais tout le monde. Mais, si on se concentre sur
les réalités des groupes majoritaires, tous ces groupes minoritaires vont être
mis de côté. Pour ce qui concerne les
groupes de la diversité sexuelle et de genre, eux aussi, ils font face à des
barrières systémiques au moment de dénoncer,
et les étudiants qui appartiennent à ce groupe sont ciblés à cause de leur
identité de genre et leur identité sexuelle.
Donc, au moment de chercher de l'aide, ça prend
des personnes, des intervenants qui soient outillés pour pouvoir recevoir ces dévoilements, qui soient
outillés pour pouvoir référer à des services qui vont venir s'ajouter.
Donc, c'est très important d'avoir en tête
les réalités des groupes qui sont minoritaires, parce que sinon on ne va pas
avoir du succès au moment de lutter contre la violence sexuelle en
milieu universitaire.
Mme David : Merci beaucoup, c'est extrêmement
intéressant, et je pense qu'on doit avoir une écoute très, très attentive aux
différentes spécificités.
Je ne sais pas comment on pourrait bonifier
encore plus ce qu'on demande aux institutions, mais je suis très sensible à ce que vous dites autant pour des
étudiants internationaux où il est évident que les exemples que vous
donnez existent, d'une part, et, d'autre
part, je pense qu'on n'a peut-être pas développé encore tout ce qu'il faut, tout
l'arsenal d'interventions pour faire en sorte qu'on puisse les aider tout
en les rassurant sur les questions de visa, les questions légales.
Alors, je vous remercie de nous faire valoir ces points-là.
J'ai un collègue ici qui serait prêt, je pense,
à poser une question.
La Présidente (Mme de Santis) : M.
le député de D'Arcy-McGee. Il reste 8 min 30 s.
M. Birnbaum : Combien? Je m'excuse.
La Présidente (Mme de Santis) :
8 min 30 s.
Birnbaum : Ah bon! Merci. Merci, Mme la Présidente. Merci, Mme Lopez,
pour votre exposé. Je crois
qu'on comprend que le regroupement des centres d'aide, voilà des partenaires incontournables dans les
efforts qui visent ce projet de loi, et votre présence sur le terrain, votre notoriété
accrue, et qui doit toujours s'accroître, est très importante
pour à la fois que les femmes ainsi que les hommes comprennent les
services que vous avez à leur offrir.
Bon. J'aurais
quelques petites questions. Je
comprends que, quand on parle de la
nécessité de sensibiliser la société en
général, chacun des intervenants, qu'il y a probablement... pas probablement, il y a un travail à faire avec les forces policières en même temps. Je comprends. En même temps, j'ai été étonné, si je vous ai bien compris,
quand vous avez dit que vous n'êtes
pas à l'aise avec le fait que, dans le projet
de loi, on parle des forces
policières comme ressources externes très
importantes. Il
me semble que, dans une société
de droit, c'est tout à fait normal. Est-ce
que vous pouvez élaborer là-dessus?
Mme Lopez
(Marlihan) : Notre préoccupation, c'est qu'étant donné que c'est très facile de quantifier une
action en termes de surveillance les efforts soient mis là-dedans, comme
priorisés, qu'on priorise la sécurisation et non un changement des
comportements, des attitudes par le biais de formations, de la sensibilisation.
Donc, nous,
notre préoccupation, ce n'est pas qu'on nomme un possible partenariat avec la police, même si je crois
que ce n'est pas la solution pour contrer la violence sexuelle, si on considère
que la violence sexuelle vient d'une culture
du viol et que c'est un problème social qui ne peut se réduire à des actes isolés.
Donc, en tenant compte de ça, je pense que ça prend vraiment la prévention. Alors,
notre préoccupation, c'est que les efforts et que l'investissement soient mis dans des infrastructures, pour créer un
sentiment de sécurité, ou dans l'augmentation des agents de sécurité, parce qu'on sait très bien que le fait qu'il y ait plus de
police ou plus d'agents de sécurité, ça ne veut pas dire qu'il va y avoir
moins d'incidence de violence, donc, et de
plus ça peut créer un certain sentiment d'insécurité chez certains groupes qui
sont stigmatisés ou qui ont une relation
difficile avec la police par rapport à l'histoire ou par rapport à certains
enjeux sociaux.
Birnbaum : Je veux juste poursuivre un petit peu. Je comprends, mais
est-ce que la solution n'est pas à la fois, de façon réciproque,
sensibiliser les forces de sécurité à cet enjeu ainsi que les membres de ces
communautés minoritaires, qui risquent d'avoir, et je comprends, un bagage très
difficile issu de leurs pays d'origine?
Mais est-ce
que la solution, c'est, en quelque part, de minimiser une pierre angulaire, il
me semble, de la défense contre le harcèlement, c'est-à-dire la présence
sécurisée et sécurisante des lieux partout sur les campus?
Mme Lopez
(Marlihan) : Je ne crois pas que la sécurisation ou la surveillance va faire en sorte que les
comportements vont changer, parce que les personnes qui vont faire la
violence vont le faire en dehors de l'université, où il n'y aura pas des agents de sécurité. Donc, comme je vous ai
partagé, pour nous, on ne devrait pas prioriser cette avenue-là. On devrait prioriser la présence des ressources
externes qui sont là pour vraiment produire un changement de société,
pour démystifier les préjugés et les mythes
autour de la violence sexuelle, pour faire des changements à long terme. Donc,
c'est pour ça que nous, on ne priorise pas
une ressource comme la police pour contrer la violence sexuelle en milieu
universitaire.
M. Birnbaum : Qu'on
s'entende, je comprends, je respecte et je partage l'idée qu'il faut miser de
maintes façons sur la prévention et l'éducation et, peut-être, je peux
poursuivre un petit peu là-dessus.
comprends que vous avez le rôle central en ce qui a trait à l'éducation, à la
formation, et tout ça, et moi, je me préoccupe
beaucoup d'une cible. Peut-être, on peut les appeler, comme, en quelque part,
passifs. C'est, j'espère, la grande majorité
d'hommes. Je sais qu'il y a des agressions dont sont responsables des femmes
aussi, mais on parle surtout des hommes.
Cette grande cible d'hommes de bonne
foi mais qui ont besoin d'apprendre,
qui ne vont peut-être pas nécessairement se mettre de l'avant pour dire : J'ai besoin
de comprendre mieux, j'ai besoin de valider mes comportements, et tout ça, j'aimerais vous inviter, dans les
quelques minutes qui restent, de nous parler de vos efforts pour joindre
cette population, cette cible-là essentielle.
Lopez (Marlihan) : Bien
qu'on n'offre des services d'accompagnement et de soutien qu'aux femmes et à leurs proches, au moment de faire la prévention,
on s'adresse à toute la société. C'est un enjeu qui nous concerne tous et
toutes. Donc, ce n'est pas juste avec les femmes qu'on fait ce travail-là,
c'est avec les enfants, les jeunes, les femmes,
les hommes, toute personne qui est concernée par l'enjeu des violences
sexuelles. Donc, étant donné qu'on a cette expérience-là, je pense
qu'on est des ressources incontournables dans le contexte de lutte contre la
violence sexuelle en milieu universitaire.
M. Birnbaum :
Je vous remercie.
La Présidente (Mme
de Santis) : Merci. Maintenant, la députée de Richmond.
Vallières : Merci beaucoup, Mme la Présidente. Merci énormément de votre présence. Oui, effectivement, les collègues ont mentionné la présence des CALACS sur l'ensemble
du territoire. On le sent très bien dans nos
régions et on voit l'importance que les organisations ont. J'aimerais beaucoup
revenir...
Vallières :
Merci beaucoup. Ça va être bien trop peu de temps.
J'aurais
voulu qu'on revienne sur le rôle important des organisations autres aussi dans
cet apport-là régional. On pourra certainement y revenir dans d'autres
discussions à ce moment-là.
Mme Lopez (Marlihan) :
D'autres organisations communautaires?
Vallières : Qui sont en lien aussi avec les CALACS dans les
milieux ruraux, puisque les CALACS sont là de façon régionale, mais,
dans la ruralité, les CALACS ont aussi leurs forces qui sont en lien avec les
cégeps et universités aussi.
Mme Lopez
(Marlihan) : Oui. Nous travaillons, si j'ai bien compris la question,
avec d'autres groupes, et, dépendamment de
chaque région, chaque région a une multiplicité de groupes communautaires qui
travaillent sur différents enjeux
sociaux. Donc, dépendamment de chaque contexte, il y a des concertations qui se
font avec de multiples groupes. Ici, à
Montréal, le regroupement fait des concertations avec des groupes de femmes qui
travaillent des enjeux de violence, des groupes de femmes qu'on considère de la diversité, qu'on nomme de la
diversité parce qu'ils représentent des femmes de la diversité sexuelle. Donc, c'est des organismes
communautaires qui travaillent auprès de ces groupes-là, auprès des
femmes immigrantes, auprès des femmes en situation de handicap.
en région, dépendamment de l'existence des différents types d'organisme, il y a
des concertations aussi qui se font dans le contexte de lutte contre
l'agression sexuelle. Ça fait
partie de notre mandat, et chaque CALACS le fait.
Présidente (Mme de Santis) : Merci, Mme Lopez. Maintenant, la parole
est à la représentante de l'opposition officielle, la députée de
Marie-Victorin.
Fournier : Merci, Mme la Présidente. Merci. Je vous remercie pour
votre présence aujourd'hui en commission
parlementaire et l'éclairage que vous nous apportez sur le projet de loi
n° 151. Bien entendu, je vous remercie de vous être déplacée aujourd'hui. Je sais que la situation, en ce
moment, dans les CALACS, elle n'est pas facile, vous débordez de
demandes. Donc, de prendre le temps de venir nous rencontrer, c'est extrêmement
apprécié.
donc je voulais profiter de votre présence aujourd'hui en commission parlementaire
pour que vous puissiez nous dresser
un état de la situation de ce qui se vit actuellement dans le réseau des CALACS
suite notamment aux plus récentes
vagues de dénonciation #moiaussi. Donc, j'aimerais vous entendre là-dessus, sur
le manque de ressources, par exemple, que vous vivez actuellement dans
toutes les régions du Québec.
Lopez (Marlihan) : Alors, suite au mouvement #moiaussi, on a vécu une
augmentation de la demande, mais non seulement des demandes de soutien
de la part des victimes, des survivantes, sinon aussi des demandes de
sensibilisation, de formation et aussi beaucoup, beaucoup de demandes... Puis
on est en communication, on est en discussion
avec Mme la ministre et puis on se sent rassurés, parce qu'on sent qu'on est en
train de nous entendre là-dessus, et
on a de l'espoir qu'il y aura des actions qui vont venir pour adresser ces
limites qu'on vit en tant
qu'intervenants contre la violence sexuelle.
Puis ça dépend de chaque territoire. À
Montréal, il y a eu une hausse trois fois, quatre fois. Ça
dépend de chaque région. Au Nord-du-Québec, l'expérience a été
différente. Et on est encore en train d'affronter ces augmentations de demande. Donc, c'est très difficile, parce qu'avec les contraintes financières et...
et, dépendamment de chaque CALACS, il
y a, des fois, des besoins au niveau des ressources humaines, un besoin d'avoir
plus d'intervenants pour pouvoir couvrir tous les territoires. Il y a des CALACS qui desservent des territoires
immenses. Donc, dépendamment de chaque
contexte, cette situation
a été vécue mais toujours de
manière difficile. Donc, on espère qu'avec tout ce qui se passe et toutes
les consultations il y aura des mesures qui
vont être mises en place pour adresser les limitations qui existent, pour
répondre aux demandes des survivantes, les victimes d'agression sexuelle.
Fournier : Tout à fait, parce que... corrigez-moi si je me trompe,
mais, par exemple, quand il y a eu le mouvement #agressionnondénoncée, il y a
eu une augmentation des demandes rapide suite à ce mouvement-là, mais les
demandes ont continué d'augmenter aussi dans le temps. Des fois, c'est plus
tard qu'on voit les répercussions des mouvements, des vagues... des
dénonciations.
Donc, est-ce que vous
vous attendez aussi à ce que ça se reproduise dans le cas, par exemple, du
mouvement #moiaussi, que les demandes vont continuer de croître dans les mois
qui suivent?
Mme Lopez
(Marlihan) : Oui. La différence, c'est qu'en ce moment il a une plus
grande visibilité. Mais on s'entend que,
l'augmentation de la demande, l'urgence, on les vit depuis longtemps. Ce n'est
pas depuis #moiaussi qu'on vit cette
urgence. Les CALACS doivent être très, très
créatifs dans la manière qu'ils répondent aux demandes, parce qu'il faut qu'on travaille avec des
ressources restreintes. Donc, ce n'est pas une urgence qui est... L'urgence
n'est pas nouvelle, mais, oui, nous pensons qu'on va continuer à devoir
répondre à une augmentation et on espère pouvoir répondre de manière efficace.
Fournier : Parfait. Merci. Puis je serais curieuse de savoir est-ce
que vous avez répertorié... Est-ce que vous avez beaucoup de cas, donc, de survivantes qui vont vous voir qui ont
vécu des violences à caractère sexuel sur les campus, par exemple?
Est-ce que c'est en augmentation? Est-ce que vous le voyez directement sur le
terrain?
Lopez (Marlihan) : Oui. Les CALACS qui sont à proximité des
universités ou des collèges reçoivent des demandes. Ici, à Montréal,
Trêve pour elles reçoit beaucoup de demandes. Au CALACS de l'Outaouais, eux
aussi, ils reçoivent beaucoup de demandes.
Donc, dépendamment où est situé le CALACS, les intervenants ont l'habitude
de répondre aux demandes en milieu universitaire et collégial.
Fournier : Merci. Puis, quand on parle de ressources, est-ce que vous
considérez, par exemple, que, pour appliquer
le projet de loi n° 151, les ressources vont être suffisantes dans les
établissements, donc, d'études postsecondaires? Est-ce que vous avez fait une évaluation de ce que ça nécessiterait pour
mettre en oeuvre ce projet de loi là? Est-ce que vous considérez que le
23 millions, actuellement, ça sera suffisant?
Lopez (Marlihan) : Nous sommes en train de travailler sur les chiffres
pour pouvoir chiffrer les besoins et on
espère, bientôt, pouvoir sortir avec un portrait plus clair de ce que ça
nécessiterait pour vraiment bien répondre aux demandes qu'on reçoit en
matière de prévention, en matière de soutien.
Fournier : O.K. D'accord. Excellent. C'est certain qu'on va suivre ça
de près. Je sais que vous l'avez abordé un petit peu déjà, mais j'aimerais savoir un peu comment vous voyez votre rôle, vous, les CALACS, dans la mise en oeuvre de ce projet de loi ci. On parlait beaucoup de collaboration, notamment, avec des institutions d'enseignement. Je sais que vous avez déjà des projets en
cours avec, bon, l'UQAM qui ont été abordés. Il y a aussi l'Université du
Québec en Outaouais avec laquelle vous collaborez.
Comment
voyez-vous justement votre apport au sein même des établissements? Je sais aussi qu'il y a
certaines institutions postsecondaires qui ont eu recours à vous en raison des
coupes qu'ils ont eues à l'intérieur même de leurs établissements, du fait que
les ressources internes se faisaient plus rares. Donc, j'aimerais vous entendre
là-dessus.
Lopez (Marlihan) : Nous
pensons que nous avons un rôle à jouer en
matière de prévention. Tout ce
qui est sensibilisation, formation, étant donné qu'on a une expérience là-dedans, je pense qu'on a un rôle à jouer
là-dedans. Aussi, quand on parle de
guichet unique, accompagnement, je pense qu'aussi on a un rôle à jouer, comme
ressource externe, pour pouvoir répondre aux besoins des survivants et survivantes
en milieu universitaire. Il y a beaucoup d'étudiants qui vont se sentir beaucoup plus à l'aise de
venir dévoiler... à un intervenant qui fait
partie de l'université
ou une ressource externe. Donc, je
pense que c'est important. Et puis, si on peut aussi jouer rôle de
référence, dépendamment des besoins... parce
qu'on s'entend que les CALACS n'offrent pas de services aux hommes, mais on
peut référer à un service qui offre des
services aux hommes, un service spécialisé, dépendamment des besoins. Donc, je
pense qu'on a un rôle à jouer, soit de soutien ou de référence, en
milieu universitaire pour répondre aux besoins des victimes et survivantes.
Fournier : Merci. Dans votre
exposé aussi, vous avez mentionné le fait que vous trouviez qu'à
certains égards le projet de loi qu'on a entre les mains était trop vague sur certaines dispositions. Et c'est certain qu'on a tous la préoccupation, au fond,
d'offrir le même niveau de protection à tout le monde, à tous les
étudiants, peu importe l'institution d'enseignement. Alors, j'aimerais
que vous nous parliez de quelles mesures vous souhaiteriez que l'on précise
dans la loi actuelle.
Lopez (Marlihan) : Par rapport
aux sanctions, c'est un peu vague, il
y a beaucoup de choses qui
restent à la discrétion de chaque institution, et c'est ça que... préoccupe
un peu. Je pense qu'on aimerait tous et toutes qu'il y ait une certaine
uniformisation pour éviter que certaines choses soient laissées de côté.
Et, pour les survivantes — j'imagine
que ce n'est pas la première fois que vous entendez ça — c'est
très important que les sanctions soient
claires et que les survivantes puissent avoir des informations par rapport
à : Est-ce que mon agresseur se trouve encore sur le campus, est-ce
que je vais le croiser? Donc, je pense qu'il faut des dispositions beaucoup plus claires. Et aussi, par rapport au
temps pour traiter une plainte, si moi, j'étais étudiante, je n'aimerais
pas me sentir comme sans aucune sécurité par
rapport à combien de temps est-ce que ça va prendre, qu'on traite ma
demande, combien de temps est-ce que je vais
être vulnérable à croiser mon agresseur dans un couloir. Donc, je pense que ça
prend des mesures plus claires. Et aussi,
par rapport à l'«accountability» des institutions, on parle d'un rapport
annuel, mais moi, j'aurais aimé voir des mesures plus claires,
répercussions pour les institutions qui ne répondent pas aux demandes prévues
dans la loi.
Donc, c'est
des choses qui, je pense, auraient dû être éclaircies un peu plus pour éviter
que ça soit à la discrétion de chaque institution.
Fournier : Puis est-ce que vous seriez d'accord avec l'idée, qui est
avancée par certains groupes, d'avoir une ressource à l'extérieur des
établissements, donc, par exemple au niveau du ministère, qui permettrait aux
étudiants, étudiantes d'aller faire une
plainte, en fait, contre l'établissement qui n'aurait pas vraiment mis en
oeuvre, qui n'aurait pas respecté sa politique?
Mme Lopez
(Marlihan) : Oui, je pense
que ça peut soulager les victimes et les survivantes, parce qu'effectivement
ça va être un peu difficile, créer une
confiance chez les survivantes et chez les victimes, en sachant que leur
plainte va être traitée par l'institution même qui a des enjeux par
rapport aux cas d'agression sexuelle et qui va être surveillée, en quelque part, par le gouvernement par rapport à
comment ils implémentent leurs politiques, comment est-ce que la
violence sexuelle est présente dans chaque collège ou université.
Fournier : Oui. J'aimerais aussi vous entendre sur un sujet qui a été
largement abordé par les autres groupes qui sont venus s'exprimer
jusqu'à maintenant lors des consultations particulières, qui est la
proscription des relations intimes entre les
étudiants et les professeurs. Donc, je me demandais si vous aviez une position
sur la question et, si oui, comment
vous la voyez. Est-ce que vous voulez qu'on inclue seulement les professeurs?
Est-ce que vous voyez ça de façon large au sein même de l'établissement?
Donc, avoir votre point de vue sur la question.
Mme Lopez
(Marlihan) : Alors, en tant qu'organisme féministe, on est conscients
que la violence sexuelle, il s'agit
d'un rapport de domination. On parle de rapports de pouvoir entre personnes.
Donc, c'est sûr que la relation entre un étudiant et un prof est une relation de pouvoir. Donc, ça va faire que,
si l'étudiant ou l'étudiante est
victime d'agression sexuelle, il y a
plein de barrières auxquelles cette personne doit faire face pour pouvoir
dévoiler... dénoncer. Et, si l'agresseur a une influence sur leurs études, ça va venir encore rendre difficile un
processus de plainte et un dévoilement. Donc, nous, on appuie les revendications des groupes qui
mettent l'accent sur l'importance d'interdire ces relations ou de créer
des mécanismes pour que ça soit clair et ça soit compris.
Mme Fournier : Que ça soit uniforme
dans tous les établissements d'enseignement. C'est bien ça?
Mme Lopez (Marlihan) : Oui.
Fournier : Très bien.
J'aurais une dernière question. Donc,
vous avez insisté sur le fait que ce projet de loi se concentrait plutôt sur la sécurisation, ce qui,
je pense, est bien pour les gens, les survivants, et tout ça, mais est-ce
que vous auriez vu davantage de mesures de prévention être incluses dans les
dispositions du projet de loi?
Mme Lopez (Marlihan) : Comme nous
avons dit plus tôt, oui, je pense qu'il faut être clair qu'on priorise la prévention mais qui passe à travers les
changements d'attitude et de comportement et non pas à travers la
surveillance. Donc, si le projet de loi est clair là-dedans et que le financement
est davantage mis dans les actions de prévention, de sensibilisation, de
formation et de soutien, je pense que nos inquiétudes vont disparaître.
Mme Fournier : Merci beaucoup.
Présidente (Mme de Santis) :
Merci, Mme Lopez. Maintenant, la parole est au représentant du
deuxième groupe d'opposition, M. le député de Chambly.
Roberge : Merci beaucoup, Mme la Présidente. Donc, merci pour votre présentation. C'est bien
apprécié. Donc, quelques petites questions d'éclaircissement.
D'abord, ma collègue vient de vous interroger, il
y a quelques minutes, sur : ce qui pouvait manquer dans le projet de loi, c'étaient peut-être des sanctions, de les préciser pour peut-être
que les sanctions ne varient pas, pour une infraction ou, en tout cas,
un geste commis qui seraient similaires, d'une institution à l'autre, bien, que
les sanctions soient différentes. Vous avez
quoi en tête? Ça pourrait être quoi, une sanction pour quelqu'un qui aurait
fait du harcèlement? Est-ce que vous pensez à une exclusion pour un étudiant, une suspension
pour un enseignant, un professeur ou un chargé de cours? Vous avez quoi
en tête?
Mme Lopez
(Marlihan) : Notre expertise
n'est pas là-dedans. Donc, nous, on n'est pas venus ici pour amener des recommandations par rapport aux sanctions
comme telles qui vont être données. Nous, ce qu'on tient à dire, c'est
que ces sanctions doivent être claires, que, si moi, je porte plainte, je
puisse savoir que je peux avoir de la justice et que mon agresseur va recevoir
telle, telle sanction.
Par rapport à quelle sanction, je pense qu'il y
a des groupes qui sont beaucoup mieux placés pour répondre à cette question que nous. Nous, on se concentre sur tout ce qui
est prévention, tout ce qui est soutien et aide aux victimes. Donc, pour
nous, c'est vraiment le fait que ça soit clair pour que la victime ou la
survivante puisse avoir une certaine sécurité qu'une action va être mise en
oeuvre et qu'il y aura une «accountability».
Roberge : Sur ce sujet-là,
je pense que, pour le survivant, la survivante, la notion d'être pris en charge
très rapidement avait été évoquée précédemment par le groupe Ni
viande ni objet, qui était venu présenter la semaine dernière... qui nous disait : Le plaignant doit avoir,
aussitôt qu'il y a un dévoilement, une action très, très
rapide... on disait, peut-être même
48 heures ou cinq jours ouvrables, maximum, là, pour que cette personne-là sente que, tout de suite, tout de suite, elle est rencontrée, elle est prise en charge sans qu'il y ait nécessairement une sanction contre un
agresseur potentiel. Mais, qu'il y ait une prise en charge très, très
rapide, j'imagine, c'est quelque chose avec lequel vous êtes d'accord.
Mme Lopez (Marlihan) : Oui, oui,
oui, et puis que le service soit concentré dans un endroit pour éviter la revictimisation, pour que la victime ou la
survivante n'ait pas à dévoiler... à chaque fois, à un endroit, à une autre
personne et que ça prend cinq bureaux pour
recevoir accès à un soutien ou porter plainte. Donc, c'est ça que nous, on
trouve que ça serait important. C'est pour ça qu'on trouve que le guichet
unique, c'est intéressant.
M. Roberge : O.K. Bien, je suis
content que vous l'abordiez, ça, parce qu'on l'a entendu à quelques reprises, «revictimisation», puis je n'étais pas certain à
quoi on faisait référence, mais, dans le fond, c'est de forcer la victime ou la survivante de raconter l'événement plusieurs fois. Donc, l'idée
d'avoir un guichet unique, ça peut éliminer la revictimisation. Mais ça serait quoi, d'autres contextes qu'il faudrait
éviter, qui amèneraient une revictimisation, donc, évidemment,
de croiser son agresseur, de raconter son histoire plusieurs
fois? Quoi d'autre aussi qu'on devrait éviter et qu'on pourrait peut-être
inscrire dans la loi, là, pour éviter les revictimisations?
Mme Lopez
(Marlihan) : Je pense qu'il
faut aussi prévoir des accommodements. On entend beaucoup parler des victimes
et survivants en milieu universitaire, par
exemple, qui ont vécu une agression dans les résidences, que ça tombe
sur le poids de la victime de trouver une
autre chambre, de trouver un autre endroit. S'il s'agit d'un agresseur qui est
dans le même cours, c'est la victime qui
doit changer de cours. Donc, il faudrait que le poids et la responsabilité
soient déplacés et qu'il y ait des
accommodements pour des victimes qui portent plainte, parce que, jusqu'à
maintenant, on sent que la charge est trop sur la victime, et non pas
l'agresseur. Donc, ça serait un exemple.
Et aussi, quand on parle de guichet unique,
nous, on salue cette initiative, mais il faut aussi s'assurer que les personnes qui travaillent dans ce guichet unique
soient vraiment outillées pour pouvoir recevoir des dévoilements et
soient outillées pour recevoir des
dévoilements des étudiants qui appartiennent à différentes communautés, parce
qu'on a tous des préjugés, il y a des
stéréotypes qui nourrissent ces préjugés. Donc, ça prend vraiment des personnes
qui soient formées et outillées pour pouvoir recevoir des dévoilements
d'agression sexuelle, parce que la revictimisation peut arriver au moment de dévoiler... Donc, ça, c'est très, très
important, d'éviter tout blâme. C'est avoir des attitudes aidantes, et ça
prend des intervenants formés avec une expertise en violence sexuelle.
Roberge : Puis je me demandais : Justement, est-ce que ça
pourrait être votre rôle, aux CALACS, d'aider à la formation de ces gens-là, de les accompagner? J'essaie
de voir la différence entre votre rôle actuel et quel serait votre rôle éventuel après la mise en oeuvre des politiques et
de cette loi-là. Est-ce que vous voyez, pour vous, vraiment un champ
d'action, un rôle pour les CALACS? Et qu'est-ce que vous pourriez faire, dans
un avenir rapproché, disons, dans les 18 prochains mois, dans les 24 prochains
mois, pour la mise en place des politiques, des plans d'action?
Mme Lopez
(Marlihan) : Dépendamment des réalités de chaque région en question et
du financement disponible. On peut
prendre l'exemple de Trêve pour elles, qui a une intervenante qui travaille en
milieu universitaire, à l'UQAM, qui
travaille plusieurs jours par semaine, qui reçoit des victimes, qui reçoit
aussi des témoins actifs qui, eux aussi, ont vécu des traumatismes. Donc, ça peut prendre plusieurs
formes. Ça peut être former, ça peut être offrir le soutien, même. Mais
ça dépend de la réalité de chaque région et du financement qui est disponible
pour pouvoir offrir ces ressources.
M. Roberge : Donc, on pourrait
carrément imaginer, dans certains cas, une espèce de partenariat entre un collège ou une université puis un CALACS puis une
espèce d'entente où le CALACS pourrait entrer... Dans le fond, il faut être flexible sur les moyens, très, très ferme sur
les objectifs. Puis il y a de la place pour vous pour participer
activement dans ça. Évidemment, vous auriez
besoin de moyens. Si on pense à ça, supposons, un partenariat, juste pour se
donner une idée, là, supposons, un collège
qui, en ce moment, ne ferait pas affaire avec... «affaire», ce n'est peut-être
pas le bon terme, mais qui ne serait
pas en lien avec un CALACS et qui dirait : O.K., nous, on vous inclut dans
le processus, on pense à combien d'intervenants? On pense à combien de
moyens que vous auriez besoin pour participer à ça?
Lopez (Marlihan) : Ça dépend des régions. Ça ne va pas être les
mêmes... Ce n'est pas la même réalité à Rimouski qu'à Montréal, qu'à Chicoutimi. Ça dépend vraiment des réalités
de chaque CALACS, des besoins de chaque CALACS et des besoins des collèges en question. Donc, je ne pense pas
que ça va être un modèle qui va être le même partout. Dépendamment de chaque réalité, c'est sûr qu'un partenariat est
faisable, est souhaitable, mais ça ne va pas être pareil partout. Il
faut vraiment voir les besoins de chaque région et les ressources avec
lesquelles on peut travailler pour voir quel modèle on peut développer.
Roberge : Donc, c'est de
miser sur une de vos forces, qui est la flexibilité, puis d'être
capables de s'adapter puis de tisser des partenariats selon chaque
milieu.
Bien, je vous remercie beaucoup. Je pense,
c'étaient mes dernières secondes. Merci pour votre présentation.
Présidente (Mme de Santis) :
Merci beaucoup, Mme Lopez. Votre contribution aux travaux de la
commission est très appréciée.
Je suspends les travaux de la commission
jusqu'après les affaires courantes, soit vers 15 h 15. Merci.
(Suspension de la séance à 12 h 1)
Présidente (Mme de Santis) :
La Commission de la culture et de
l'éducation reprend ses travaux.
Veuillez éteindre la sonnerie de vos appareils électroniques.
Nous
poursuivons les auditions publiques dans
le cadre des consultations particulières sur le projet
de loi n° 151, Loi visant à
prévenir et à combattre les violences à caractère sexuel dans les
établissements d'enseignement supérieur. Cet après-midi, nous entendrons
le Bureau de coopération interuniversitaire, l'Association pour la voix
étudiante au Québec et la Fédération des cégeps.
Je souhaite
la bienvenue aux représentants du Bureau de coopération interuniversitaire. Je
vous rappelle que vous disposez de 10 minutes pour votre exposé et
ensuite nous procéderons à la période d'échange avec les membres de la
commission. Donc, je vous invite à vous présenter et à procéder avec votre
exposé.
M. Bédard (Claude) : Alors, merci,
Mme la Présidente. Mmes et MM. les députés, permettez-moi de me présenter : Claude Bédard, directeur général du BCI. Je suis accompagné de Mme Johanne Jean, à ma gauche,
présidente de l'Université du Québec, et de Mme Angela Campbell, vice-présidente
adjointe de l'Université McGill, à ma droite.
D'entrée de jeu, nous souhaitons remercier la commission de nous offrir l'occasion de présenter le point de vue des établissements universitaires. Nous tenons en particulier à remercier la ministre responsable de l'Enseignement supérieur,
Mme Hélène David, d'avoir initié ce
processus et de nous y avoir conviés, puisqu'il s'agit d'un sujet d'une
importance capitale dans notre société.
Le BCI tient d'abord à témoigner de la
préoccupation profonde qui anime les établissements universitaires au sujet des
violences à caractère sexuel sur leurs campus. De tels comportements nuisent à
notre mission d'offrir aux membres de nos
communautés un environnement d'études et de travail qui soit à la fois sain et
sécuritaire. Sachez que les universités québécoises sont déjà fermement
engagées dans la lutte contre de telles violences. Dès décembre 2014, le conseil d'administration du BCI a mandaté un
groupe de travail afin de proposer les meilleures pratiques pour
prévenir et traiter de tels cas sur leurs
campus. Le rapport résultant est considéré d'ailleurs comme une référence en la
matière, a été traduit en anglais et
distribué largement depuis à travers le Canada. Nous sommes conscients que nos
institutions ont un rôle clé à jouer
dans ce domaine d'abord en encourageant un changement de culture concernant la
notion de consentement, notion
capitale, et ainsi que par la voie de politiques et procédures qui visent trois
volets distincts : un, l'éducation des membres de nos communautés
afin de prévenir ou de réduire l'incidence de telles violences sur les campus;
deux, le support des victimes; et, trois,
l'établissement de procédures transparentes et efficaces qui à la fois aident
les victimes et traitent adéquatement les plaintes.
Bref, les établissements universitaires sont
heureux de constater que ce projet de loi est, dans son ensemble, conforme à
leurs attentes et qu'il leur reconnaît la flexibilité de développer des
politiques qui leur seront appropriées.
Alors, cela
étant dit, nous souhaitons maintenant porter à votre attention quelques
préoccupations et suggestions importantes
concernant ce projet de loi. Pour ma part, je céderai maintenant la parole à
mes collègues sur ces questions. Alors, Mme Jean, d'abord.
Mme Jean (Johanne) : Merci, Claude.
Je vais aborder avec vous des éléments qui touchent particulièrement
l'harmonisation avec les lois et les conventions existantes ainsi que ceux sur
l'encadrement des activités sociales ou d'accueil.
En premier lieu, tout de même, je tiens quand
même à mentionner que les universités sont effectivement très favorables à la mise en place, dans chaque
établissement, d'une politique ayant pour objectif de prévenir et de
combattre les violences à caractère sexuel,
incluant, bien entendu, l'obligation que cette politique doit être distincte de
toute autre politique de l'établissement.
Concernant maintenant la question de
l'harmonisation avec les lois et les conventions existantes, il est clair
que les universités comptent mettre en oeuvre la recommandation que le projet
de loi prescrit à l'article 3, paragraphe 1°. Cependant, il faut
noter qu'il y a tout de même un défi d'harmoniser l'action avec les lois,
politiques et conventions existantes. Ainsi,
il importe de souligner que les droits et obligations des établissements envers
leurs employés sont régis par des conventions collectives et des
contrats individuels de travail. La législation éventuelle devrait tenir compte
de ces ententes, de la Charte des droits et libertés de la personne et des droits et obligations qui en découlent.
La loi doit servir à bien outiller
les établissements pour qu'ils soient en mesure de travailler avec
tous les membres de leurs communautés, qu'ils
soient dirigeants, membres du corps professoral, employés, étudiants, ou encore
leurs associations pour mettre leurs politiques respectives
en marche.
Par ailleurs, toujours
en lien avec l'harmonisation avec les lois et les conventions existantes mais
en ce qui concerne les sanctions, la politique doit reconnaître la nature distincte
des relations entre les établissements et leurs étudiants, leurs employés et leurs cadres. Il existe déjà des
codes de conduite, des politiques et des conventions
collectives qui régissent ces relations
ainsi que les mesures disciplinaires qui puissent être invoquées. Il est important
que les politi