Public Finance — 3 September 2015 (41st Legislature, 1st Session)
CFP 2015-09-03
Quebec — Committees
Comme
vous le savez, notre gouvernement a entrepris aussi une vaste réflexion sur
notre fiscalité. Notre objectif est de
rendre notre fiscalité plus compétitive et plus efficace, notamment en incitant
et en récompensant davantage le travail et, bien entendu, en faisant en
sorte que notre régime fiscal demeure juste et équitable.
Quelques semaines
seulement après notre arrivée au pouvoir, nous avons instauré la Commission
d'examen sur la fiscalité québécoise en lui
donnant le mandat de nous fournir des pistes d'actions concrètes pour améliorer
notre régime fiscal. Nous avons reçu un rapport de grande qualité, et je tiens
à remercier l'ensemble des membres de la commission
qui sont présents avec nous aujourd'hui, soit le président de la commission, M.
Luc Godbout, Mme Dana Ades-Landy, Mme Danièle Milette, Mme Carole
Vincent, M. Jean-Pierre Vidal, M. Pierre-Carl Michaud, M. Yves St-Maurice et M. Luc Villeneuve, ainsi que le
secrétaire de la commission, M. Éric Ducharme, le sous-ministre associé
au ministère des Finances et les membres de
son équipe. Alors, mesdames messieurs, merci beaucoup du travail que
vous avez fait, parce que c'était vraiment
un travail colossal, et je pense que le Québec sort gagnant du travail que vous
avez entamé. Merci beaucoup.
Certaines
recommandations de la commission ont rapidement trouvé écho dans le plan
économique que j'ai déposé le 26 mars dernier. 28 des 71 recommandations
de la commission ont inspiré des mesures au dernier budget, principalement en
ce qui a trait à la fiscalité des sociétés. Nous nous sommes clairement
positionnés en faveur d'une réduction de la
fiscalité des entreprises en privilégiant un allégement de la fiscalité
générale. Nous voulons poursuivre en ce sens et assurer la plus grande stabilité pour
favoriser la croissance des entreprises. Nous voulons maintenant pousser
la réflexion plus loin en matière de fiscalité des particuliers.
Nous voulons poursuivre cet exercice comme il a
débuté, dans un esprit d'ouverture et de collaboration. En juin dernier, nous avons rencontré des
représentants d'une quinzaine d'organismes liés à différentes sphères de la
société québécoise. Nous élargissons
aujourd'hui le débat en amorçant une nouvelle étape des consultations à
laquelle participera, comme vous
l'avez mentionné, M. le Président, une quarantaine d'acteurs importants du
développement économique et social du
Québec. Conformément à la structure proposée dans le rapport de la commission,
nous souhaitons nous concentrer sur
les mesures touchant la fiscalité des particuliers. Je répète, c'est
important : Nous allons nous concentrer sur les mesures touchant la
fiscalité des particuliers.
Je tiens ici à rappeler l'une des balises du
mandat de la commission, qui consistait à étudier séparément la fiscalité des
particuliers et la fiscalité des sociétés et d'écarter l'interfinancement des
mesures proposées. Notre gouvernement a
aussi pris un engagement important, et nous sommes sur la bonne voie
d'atteindre cet objectif, soit le retour
à l'équilibre budgétaire en 2015‑2016. Ce retour ne constitue pas une fin en
soi; bien au contraire, il représente un départ et imprime un nouvel
élan pour le Québec.
C'est
d'ailleurs pour donner le maximum d'impulsion à cet élan que nous souhaitons
consulter plusieurs acteurs clés de
la société civile. Nous voulons que nos décisions en matière de réforme de la
fiscalité des particuliers reposent sur le plus large consensus possible. L'objectif de cette consultation n'est
pas de refaire le travail important qui a déjà été réalisé, mais bien d'analyser la réforme proposée
afin d'identifier des améliorations possibles au régime fiscal qui soutiendront la croissance économique et
favoriseront l'amélioration du niveau de vie des ménages. Je crois que
nous partageons tous les mêmes objectifs,
soit d'établir une base solide qui favorisera la croissance de l'économie, la
réduction du fardeau fiscal des Québécois et le maintien d'un faible niveau
d'inégalité, ce qui nous caractérise.
Dans le même
esprit que le mandat confié à la commission, nous nous imposons une balise
claire : la réforme doit être à
coût nul pour l'État. Donc, ce n'est pas un exercice d'augmentation ou de
baisse du fardeau fiscal. L'objectif n'est pas de dégager de nouveaux revenus fiscaux. L'impact positif d'une
réforme fiscale devra se faire sentir sur la croissance de l'économie, qui, elle, contribuera positivement au
niveau de vie des ménages et éventuellement aux revenus de l'État.
Donc, en terminant, M. le Président, je tiens à
remercier tous les groupes qui prendront la parole et prendront part à cet exercice important pour l'avenir du Québec.
Je veux les assurer que nous aborderons ces consultations dans un esprit
d'ouverture. Évidemment, je souhaite qu'il en soit de même pour tous les
participants. Je n'ai aucun doute qu'en élevant
le débat au-dessus de certaines divergences d'opinions et qu'en travaillant
ensemble nous pourrons atteindre les consensus nécessaires au bénéfice
du développement économique et social du Québec. Merci beaucoup.
Président (M. Bernier) : Merci, M. le ministre, de votre
présentation. M. le député de Rousseau, porte-parole de l'opposition
officielle, vous disposez de 3 min 30 s.
M. Marceau :
Trois minutes, O.K., je vais aller rapidement. Merci, M. le Président.
Permettez-moi de vous saluer, saluer
le ministre, les collègues autour de la table et évidemment les membres de la
commission, que j'aurai l'occasion de resaluer plus tard.
Écoutez, un
mot sur le processus. La commission a déposé son rapport en mars dernier à la
suite de consultations au cours
desquelles elle a entendu plusieurs groupes. Et je dois dire, là, que, presque
six mois après le dépôt du rapport, j'aurais
trouvé plus utile que nous discutions des orientations gouvernementales d'un
livre blanc plutôt que du rapport lui-même. Le rapport aurait dû
inspirer le gouvernement, inspirer le dépôt d'un livre blanc, en tout cas, des
orientations gouvernementales sur la base desquelles on aurait pu avoir des
discussions plus éclairées.
d'ailleurs, c'est un peu cocasse, parce qu'il y a beaucoup de groupes... en
fait, la plupart d'entre eux, la plupart des groupes qu'on va entendre aujourd'hui sont des groupes qui ont déjà
déposé des mémoires à la commission puis qui, dans le fond, viennent redire à la Commission des finances publiques
cette fois-ci, mais aussi un peu à la Commission d'examen de la
fiscalité, ce qu'ils avaient déjà dit. Enfin, tout ça pour dire que je crois
qu'il aurait été préférable que le gouvernement dépose ses orientations et puis
que, sur cette base, on ait des discussions.
Par ailleurs,
je pense, c'est important de souligner qu'on ne part pas de zéro aujourd'hui,
il y a une réforme qui est envisagée
pour la suite des choses, alors que, depuis l'arrivée du gouvernement en avril
2014, il y a eu hausse du fardeau fiscal
des contribuables québécois. Pour une famille de la classe moyenne, on parle de
tout près de 1 500 $ de plus à payer. Pour les entreprises, à
la page B.41 du budget 2015‑2016, on constate que les entreprises vont payer
2,5 milliards de dollars de plus qu'avant avril 2014. Donc, on ne part pas
de zéro.
Je pense,
c'est important de le dire, parce que, là, on nous parle, pour la suite des
choses, d'une réforme qui serait à coût nul, c'est-à-dire qui n'aurait
pas d'impact sur les revenus récoltés par le gouvernement ni sur le fardeau
fiscal des contribuables. Alors, ça sera à
démontrer, M. le Président. Nous sommes évidemment, encore une fois, ouverts à
la discussion, et nous allons discuter. Maintenant, il semble que le
gouvernement ait déjà fait un certain nombre de choix — enfin,
on verra pour la suite des choses, là, — quant à la TVQ.
Moi, j'aurai
l'occasion de rappeler un certain nombre de faits puis de poser un certain
nombre de questions sur la TVQ, entre autres, que les dernières hausses
de TVQ n'ont pas généré les revenus qui avaient été escomptés. Je vais aussi
rappeler le fait que le commerce de détail au Québec souffre présentement. Je
vais aussi rappeler que le problème du
commerce électronique n'est pas endigué, que ce problème-là existe et qu'à ce
jour aucune solution réaliste n'a été apportée à ce problème-là.
Enfin, je reviendrai sur des questions
d'équité, je reviendrai sur des questions de justice sociale, M. le
Président. La justice sociale, c'est une
valeur fondamentale, et la commission a voulu s'assurer que la hausse de TVQ ne
porte pas atteinte à la justice sociale.
Mais on aura des discussions là-dessus, parce que cette démonstration-là est
encore à faire.
Je termine en disant
qu'au plan plus politique peut-être on a devant nous un gouvernement qui avait
promis de baisser le fardeau fiscal des
Québécois. Il n'a jamais été question de baisser le fardeau fiscal... de
baisser l'impôt d'un côté puis d'augmenter la TVQ, d'autre part. Ça n'a
pas été dit en campagne électorale. On est dans un autre monde. Encore une
fois, nous sommes prêts à en discuter, M. le Président, mais ce n'est pas ce
qui avait été promis. Voilà.
Président (M. Bernier) : Merci, M. le député de Rousseau.
J'invite donc le porte-parole du deuxième groupe d'opposition. M. le
député de Granby, vous avez 2 min 30 s pour votre présentation.
Bonnardel : Oui, merci, M. le Président. Rapidement, mes
salutations au ministre, à vous, M. le Président, mon collègue de l'opposition officielle, à tous ceux
qui l'accompagnent, M. Godbout, à tous les commissaires qui ont
travaillé sur cette réforme, ce rapport. C'est un changement de culture fiscale
important que vous nous proposez, que vous proposez
au gouvernement avec ce rapport que vous avez déposé au printemps dernier,
volumineux rapport, et je suis content de voir aujourd'hui... Comme mon
collègue de l'opposition officielle l'a mentionné, j'ai été... oui, on a été sinon les premiers à dénoncer et à montrer aux
Québécois qu'avec l'arrivée du Parti libéral le fardeau fiscal des
familles au Québec a augmenté d'à peu près
1 400 $. On a vu un aveu presque du ministre des Ressources
naturelles au printemps dernier. Le
ministre des Finances ne l'a pas encore fait, mais je pense que tout le monde
est conscient que les tarifs et taxes ont augmenté au-dessus de
l'inflation.
M. Godbout dit :
On ne peut pas prendre à la pièce des propositions de ce rapport et les
appliquer une à une comme ça. Ça ne se
ferait pas. Il faudrait mettre en application tout le rapport au complet pour
que ça se fasse à coût nul pour les
entreprises autant que pour les contribuables québécois. Ma grande crainte, c'est
qu'on continue ce qui a été déjà fait
par soit Jean Charest et Raymond Bachand, et aujourd'hui par le gouvernement en
place, de continuer à prendre des pièces de ce rapport et d'augmenter le
fardeau fiscal des Québécois encore plus.
Et, de l'autre côté,
on nous dit, bon, ce matin : On va mettre en application des baisses
d'impôt et une hausse de la TVQ. C'est très
hypothétique comme proposition ce matin. Le ministre nous dit : Peut-être
que ça pourrait être fait déjà en
2016. Ce qui est hypothétique aussi, c'est que le PIB au Québec a été revu à la
baisse par de nombreux économistes. Est-ce
que les rentrées fiscales seront à la hauteur, à la hauteur de ce qui avait été
prévu dans le budget du printemps dernier?
Alors, ce sont toutes
des questions hypothétiques auxquelles le gouvernement devra répondre. Et
là-dessus ce qui m'inquiète aussi, c'est que peut-être que le ministre a déjà
fait son nid sur plusieurs propositions. On est ici à rencontrer M. Godbout et les commissaires. Je sais que secrètement M. le
ministre des Finances a rencontré différents intervenants les 15, 16 juin derniers pour discuter de certaines
applications, surtout pour les particuliers. Est-ce que son nid est déjà fait sur certaines de ces propositions?
On pourra nécessairement le questionner et vérifier la véracité de cet
article.
Donc, pour la suite
des choses, vous comprendrez qu'on travaillera de façon constructive, mais
qu'on sera nécessairement la voix forte des
familles, des contribuables québécois, des sociétés aussi, qui ont bien besoin,
bien besoin d'être épaulées, et
surtout d'une économie qui sera grandissante, qui sera plus forte, surtout
quand on regarde les indicateurs économiques du Québec depuis les
dernières années, qui sont à la baisse, quand on regarde tout ce qui sont nos...
au Canada. Donc, je termine là-dessus, M. le Président, on commence nos
travaux.
Le Président (M.
Bernier) : Merci, M. le député de Granby. Nous allons donc
débuter avec la commission Godbout, avec M.
Godbout. Donc, bienvenue encore une fois. Vous avez une période de 45 minutes
pour votre exposé, par la suite suivront des échanges également
d'environ 45 minutes avec les parlementaires. Donc, la parole est à vous, M.
Godbout.
M. Godbout
(Luc) : Merci beaucoup, M. le Président. Je me présente, donc, Luc
Godbout. J'ai présidé la Commission d'examen sur la fiscalité québécoise. C'est
un grand honneur d'agir comme premier intervenant à cette commission parlementaire qui s'ouvre sur notre
rapport vous proposant une révision de la fiscalité québécoise. C'est un
honneur que je partage avec tous les membres
de la commission. Ils m'accompagnent tous aujourd'hui. Le ministre les a
déjà nommés, je ne les nommerai pas de nouveau.
Depuis
que nous avons rendu public notre rapport en mars dernier, nous avons tenté de
faire revivre notre rapport le plus possible en acceptant toutes les
tribunes qui nous étaient offertes pour en discuter. Chaque fois, l'accueil a
été positif. Toujours en vue de favoriser la
diffusion de son contenu, nous avons offert aux partis politiques d'aller en
discuter en caucus. Nous avons également
présenté notre rapport à la table des partenaires, qui a été organisée, comme
on vient de le dire, par le ministre
des Finances en juin dernier. Aujourd'hui, pour votre commission parlementaire,
notre rôle est de vous démontrer la nécessité de réformer la fiscalité
au Québec. Nous insistons sur l'opportunité qui s'offre au Québec présentement de mieux définir notre fiscalité pour
favoriser croissance économique et augmentation du niveau de vie. Je
prends deux secondes pour dire que la présentation que je vous fais aujourd'hui
et que notre rapport est disponible sur le site de la Commission d'examen sur
la fiscalité québécoise.
Pour
mener à bien la tâche qui nous était confiée, j'étais accompagné par une équipe
de commissaires dont le savoir-faire est
diversifié et complémentaire. Je vous présente donc aujourd'hui notre rapport,
un rapport unanime, impartial et non
partisan, un rapport qui propose une réforme de la fiscalité à laquelle nous
croyons tous profondément. Cette réforme que nous proposons doit être évaluée à son mérite et sans a priori. Pour
réaliser notre mandat, on s'est appuyés sur des études externes qu'on a demandées à des experts québécois, canadiens et
étrangers. De plus, pour prendre le pouls des citoyens et des organismes québécois, la commission a tenu sept forums
citoyens et organisé sept journées d'audiences publiques. Donc, c'est
important que ça s'inscrive déjà dans une démarche.
Notre rapport
s'articule autour de huit objectifs. Je peux vous les nommer rapidement, mais
ils se trouvent clairement dans notre rapport, donc : favoriser la
croissance économique et l'augmentation du niveau de vie; stimuler l'investissement des entreprises; mieux inciter au travail; encourager l'épargne
personnelle; s'inscrire également
dans la logique du développement durable; s'assurer de percevoir tous nos revenus fiscaux;
adapter cette fiscalité à une société qui est en évolution; et, comme dernier objectif, assurer la
redistribution équitable de la richesse collective tout en offrant un
soutien adéquat aux plus démunis. Ce dernier objectif, en fait, il était notre
garde-fou, était notre garde-fou par, oui, favoriser
la croissance économique, mais favoriser la croissance économique en
maintenant une redistribution équitable de la richesse collective.
terme de nos travaux, nous avons fait le tour du jardin. On a formulé des recommandations concrètes. À ce jour,
certaines ont déjà été mises en oeuvre lors du dernier budget
et deux seules ont explicitement été mises de côté par le gouvernement. Le délai aujourd'hui est trop court pour que je vous présente les 71 recommandations. Nous allons nous concentrer
davantage sur l'esprit de la réforme fiscale qu'on propose.
Par contre, chacune des recommandations se
trouve en annexe, et, lors de nos échanges, nous pourrons en discuter, bien évidemment.
Pour
lancer la discussion, il est légitime au départ de se demander : Pourquoi
réformer la fiscalité québécoise? Je tiendrais à vous rappeler que c'est
un exercice qui est peu fréquent, mais qui le rend d'autant plus pertinent.
C'est seulement la quatrième fois, depuis que Maurice Duplessis a
remis l'impôt sur le revenu en 1954, que le gouvernement du Québec
propose un tel exercice. Sans l'ombre d'un doute, on peut affirmer que notre
fiscalité peut faire mieux, que notre fiscalité doit faire mieux, puis
qu'elle doit être mieux adaptée à la réalité d'aujourd'hui. Pensez-vous sérieusement
aujourd'hui que, si on partait de zéro, qu'on arriverait à la loi de l'impôt du Québec
actuelle? Nous, on n'y croit pas. Je vous
souligne également que l'idée de faire une réforme de la fiscalité
fait consensus. Personne, lors de nos consultations ou de nos forums citoyens, n'est venu nous
dire : Ne touchez pas à la fiscalité québécoise, elle est parfaite
comme elle est. Personne n'est venu
nous dire qu'aucune réforme n'était requise. Alors, l'idée d'une réforme de la
fiscalité fait consensus.
Après une mise en
contexte, je vais vous présenter la nécessité de comment réformer la fiscalité
québécoise. Rapidement, une mise en contexte pour comprendre l'à-propos
de la réforme, comprendre dans quel contexte économique, fiscal et sociétal que la réforme s'inscrit. Sous
l'angle économique, avec l'évolution démographique
que le Québec va connaître, la
croissance économique est appelée à être plus modeste dans les prochaines
années. La croissance potentielle va être plus faible entre 2016 et 2024
qu'elle ne l'a été dans les 10 ou 20 dernières années. C'est dans cette
perspective que la commission met autant
d'emphase sur une révision de la fiscalité, pour rendre cette fiscalité-là plus
favorable à la croissance économique.
Gardez en tête un élément extrêmement important : moins de croissance
économique au Québec, ça signifie que
les recettes fiscales vont rentrer moins vite, ça signifie que la croissance
des dépenses va être également altérée si
les recettes fiscales rentrent moins vite. C'est dans cet état d'esprit là
qu'on veut autant favoriser la croissance économique.
côté du contexte fiscal, ce contexte-là se caractérise par le fait qu'on a déjà
au Québec un poids de la fiscalité en proportion du PIB. Toutes
administrations confondues, fédérale, provinciales, municipales et autres
organismes publics, on a un poids plus élevé
au Québec de la fiscalité que la moyenne des pays de l'OCDE. Puis, lorsqu'on se
compare avec le reste du Canada, le reste du
Canada a un poids beaucoup plus faible que la moyenne des pays de l'OCDE. En
fait, le reste du Canada a une fiscalité
beaucoup plus proche des États-Unis et le Québec a une fiscalité beaucoup plus
proche de l'Europe. Et donc, dans ce contexte-là, la commission n'a pas voulu
alourdir le poids de la fiscalité dans l'économie.
Aux yeux des
commissaires, il fallait aussi tenir compte du contexte sociétal. Il est clair
que la société québécoise aspire à une
société qui est plus juste. En ce sens, la fiscalité constitue un outil
essentiel pour y parvenir. Dans cette
perspective, la commission a intégré dans son analyse deux objectifs sociaux
importants : la lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale — une loi d'ailleurs a été votée à l'Assemblée
nationale à l'unanimité sur ce sujet — et l'atteinte de l'égalité entre les
hommes et les femmes.
Le contexte se
caractérise également par la manière dont le Québec prélève les recettes
fiscales et utilise les différents modes
d'imposition. On doit constater que le Québec utilise nettement trop les impôts
sur le revenu. On doit insister sur
ce point : nettement trop... trop grande utilisation des impôts sur le
revenu au Québec. On a un poids de l'impôt sur le revenu, dans notre
économie, qui est plus grand que dans chacun des pays du G7. Au sein des 10
provinces canadiennes et des 50 États
américains, le poids de l'impôt sur le revenu au Québec, on arrive deuxième sur
60 pour le plus lourd poids de l'impôt sur le revenu. Si,
au lieu de se comparer avec notre environnement nord-américain, on s'en va avec les pays de l'OCDE et l'Union européenne puis
qu'on prend ces pays-là jumelés, on arrive deuxième sur 41, encore une fois,
pour le plus lourd poids de l'impôt sur le revenu en proportion de notre économie. On
pourrait ajouter des pays d'Amérique
latine, des pays d'Asie, des pays d'Afrique, le Québec sera toujours
deuxième. Et donc il faut tenir compte de ce constat-là : la
fiscalité évolue puis on doit essayer de l'adapter à de nouvelles réalités.
Pour
la commission, avec les connaissances que nous avons actuellement, être un des plus
grands utilisateurs de l'impôt sur le revenu dans le monde amène à conclure une
seule chose : cette surutilisation de l'impôt sur le revenu,
ça nuit, au Québec, à l'effort de travail,
ça nuit à la croissance économique et ça altère le niveau de vie des Québécois.
Évidemment, avoir un poids de l'impôt sur le revenu plus élevé, ça se répercute
sur les Québécois; ça se répercute, ils subissent un fardeau fiscal à l'impôt
sur le revenu important.
on se compare avec les autres provinces canadiennes puis qu'on appliquait leur
structure d'imposition plutôt que la
nôtre, on a des écarts de plusieurs milliards de dollars avec plusieurs
provinces. Par exemple, si je prends le cas de l'Ontario, en
appliquant la structure ontarienne de l'impôt aux Québécois, les Québécois
paieraient 6,5 milliards de dollars d'impôt en moins. Voilà un résultat
concret d'une trop grande utilisation de l'impôt sur le revenu.
Toujours
par rapport à l'Ontario, l'analyse permet de constater que ce sont les contribuables
qui gagnent entre 30 000 $ et 100 000 $ qui
subissent le plus gros de cet écart fiscal défavorable. Pour cette raison, la
réforme que nous allons vous proposer
doit avoir une attention particulière au poids de l'impôt sur le revenu, au
fardeau fiscal additionnel qu'il génère puis aux contribuables qui
subissent ce fardeau fiscal additionnel.
Maintenant,
je vais vous présenter les points fondamentaux de notre réforme. Pour la
commission, l'accent a donc été mis
sur la manière de prélever mieux nos recettes fiscales en vue de favoriser
l'augmentation du niveau de vie de tous les Québécois. Pour ce faire, la commission s'est appuyée sur une
approche qui est globale, et l'évaluation qu'on doit en faire, de cette
réforme-là, doit aussi, autant que faire se peut, se faire globalement.
Comme premier geste, la commission a proposé un
ménage dans les 300 mesures fiscales existantes après évidemment les avoir
évaluées. Comme deuxième geste, la réforme propose un meilleur équilibre entre
les modes d'imposition. Revoir les mesures
fiscales existantes, revoir l'équilibre entre les modes d'imposition, c'est le
coeur de la réforme que nous proposons, et c'est ça qui permet de
réduire l'importance de l'impôt sur le revenu.
Il est vrai que le Québec s'offre plus de
services publics que les autres provinces. Ici, la commission souhaite être très claire : pour la commission,
réduire l'impôt sur le revenu, ça ne signifie pas réduire le poids des services
publics. La commission ne se prononce pas
sur la taille de l'État. Si le Québec veut conserver un État qui prend une
place importante, par contre, aux
yeux de la commission, c'est encore plus crucial qu'il essaie de collecter ses
recettes de manière le plus efficacement possible. La commission propose
donc une réforme à coût nul ou à coût neutre sur le plan des recettes fiscales. Après la réforme, même si l'impôt sur le
revenu est réduit, le gouvernement aura autant de recettes qu'avant pour
financer les services publics.
La commission
est d'avis qu'un rééquilibrage entre les modes d'imposition s'impose. La
révision de l'équilibre entre les
modes d'imposition est rendue nécessaire pour une seule et bonne raison, c'est
que certains modes d'imposition très
utilisés au Québec sont plus dommageables sur l'économie que d'autres. L'OCDE,
dans une étude sur les réformes favorisant
la croissance économique, classe les impôts en fait en fonction de leur degré
de dommageabilité sur la croissance économique, les classe du plus
dommageable au moins dommageable.
L'OCDE dit
qu'en première position, en termes d'impôts dommageables, c'est les impôts
sur les bénéfices des sociétés. Ces impôts-là, selon l'OCDE, affaiblissent
l'incitation que les entreprises ont à produire et à créer de l'emploi, de
même qu'ils freinent les investissements que les entreprises veulent faire. En deuxième position, l'OCDE dit
que ce sont les impôts
sur le revenu qui sont les plus dommageables, qui réduisent l'emploi, qui
réduisent l'investissement que les Québécois font en capital humain et qui réduisent également
la productivité sous diverses manières. Pour l'OCDE, les taxes à la
consommation apparaissent moins dommageables et ils signalent que, lorsque les
taxes à la consommation sont prélevées à un
taux unique pour l'ensemble des biens et services, c'est dans ce contexte-là
que la croissance économique est le moins affectée négativement.
La commission a fait sienne l'idée de l'OCDE
voulant qu'une réforme neutre en termes de recettes fiscales et orientée vers une croissance économique consiste à
transférer une
partie des sources de l'impôt sur le revenu vers les taxes à la consommation.
Pour une même charge fiscale globale donnée, un meilleur rééquilibrage des
modes d'imposition procurerait au Québec des gains sur le plan économique.
Au Québec,
depuis le livre blanc sur la fiscalité du ministre des Finances Jacques
Parizeau en 1984, le modèle d'équilibre
général est utilisé pour mesurer les impacts et les modifications fiscales. Les
résultats les plus récents du modèle d'équilibre
général donnent les résultats suivants : l'impôt sur le revenu nuit
particulièrement à la croissance — chaque hausse de 1 $ à l'impôt sur le revenu nuit à
la croissance du PIB de 0,72 $ à terme. Par contre, les taxes et les
tarifs nuisent moins à la croissance
économique, et donc, augmenter les taxes à la consommation de 1 $ entraîne
une réduction du PIB à terme de
0,43 $. Une fois qu'on a ces résultats-là, diminuer l'impôt sur le revenu
et compenser cette diminution par une augmentation de taxes ou de tarifs
ont un impact net positif sur la croissance économique par les gains
d'efficacité économique qu'ils génèrent, simplement en changeant la structure
fiscale.
Je vous ai présenté les travaux de l'OCDE, je
vous ai parlé du modèle d'équilibre général, il y a d'autres approches qui existent également, comme celle du
coût marginal des fonds publics, qui apparaît dans une de nos études
externes que nous avons sollicitées sur les distorsions fiscales. Ce qu'il faut
en retenir, c'est que toutes les approches aboutissent
au même résultat : l'impôt sur le revenu constitue un mode d'imposition
plus dommageable sur l'économie que les
taxes à la consommation, et c'est un mode, l'impôt sur le revenu, qu'on
surutilise. C'est ça qu'il faut maintenant changer.
À l'aide des
calculs faits, le réaménagement fiscal qu'on propose aurait des impacts
économiques bien concrets. Même si la
réforme est dite à coût nul pour le gouvernement, elle produit les effets
bénéfiques suivants : elle procure une hausse de 2 milliards de la valeur ajoutée sur le PIB, une
augmentation de près de 600 millions de dollars sur le revenu personnel disponible des ménages, de
600 millions en investissements privés, et la création, à terme, de plus
de 20 000 emplois.
Certains nous ont dit ou certains pourraient
dire que c'est modeste. Bon, je réponds que c'est modeste sous l'angle de la variation du volume total, mais,
étant conscient de la plus faible croissance économique qui nous attend,
le Québec ne doit pas s'en priver pour
autant. Et, une fois qu'on a dit ça, pour un coût zéro, on obtient
2 milliards de plus sur la valeur
ajoutée du PIB, on obtient des investissements privés additionnels, on obtient
des milliers d'emplois. N'importe quel ministre
des Finances ou premier ministre serait heureux de rapporter un tel
investissement après un retour à l'étranger.
Maintenant,
regardons les autres impacts du rééquilibrage. Les retombées économiques du
rééquilibrage présentées jusqu'à
maintenant sont positives. Qu'est-ce qui se passe du côté du marché du travail?
Avec une réduction de l'impôt sur le revenu, ça va nécessairement renforcer
l'incitation au travail. Certains seront plus enclins à faire des heures
supplémentaires, d'autres voudront passer
d'un emploi à temps partiel à un emploi à temps plein. Dans un cas comme
dans l'autre, la baisse de l'impôt sur le revenu va favoriser l'économie
québécoise.
En matière d'épargne, contrairement à l'impôt
sur le revenu, les taxes à la consommation n'ont d'effet que sur le revenu dépensé et en conséquence ça
récompense davantage l'accumulation d'épargne. Récompenser davantage l'épargne, ça signifie qu'on aura plus de capital
pour l'investissement et donc plus de croissance économique à long
terme.
Un autre
aspect important du rééquilibrage, ce qu'il faut bien comprendre, c'est que
hausser la TVQ, c'est sans effet sur
la compétitivité des entreprises québécoises. Les mécanismes de remboursement
CTI, RTI existent déjà pour assurer
que la TVQ n'affecte pas les coûts de production ni la capacité des entreprises
québécoises à exporter. Quant à l'effet du redosage ou du rééquilibrage
sur la consommation, il ne faut pas juste considérer l'aspect négatif de la hausse de la taxe, il faut également prendre ça
dans son ensemble et considérer qu'à la fin de chaque semaine, avec un revenu disponible plus élevé suite à la baisse
d'impôt sur le revenu, les particuliers vont pouvoir consommer davantage
ou choisir entre consommation et/ou épargne.
Et, dans un cas comme dans l'autre, c'est aussi positif pour l'économie.
Du côté du travail au noir, la baisse de
l'impôt sur le revenu va le rendre moins attrayant, car, pour un gain plus
faible, on court le même risque de se faire prendre.
Du côté de
l'augmentation de la TVQ, on peut penser que ça a un effet additionnel sur
l'évasion fiscale, mais il faut
comprendre l'avantage de la TVQ : avec les mécanismes de récupération des
taxes, le manque à gagner est beaucoup moins grand à l'impôt sur le
revenu qu'aux taxes à la consommation.
Globalement,
tout bien considéré, considérant l'utilisation trop forte des impôts sur le
revenu, on a tout avantage à revoir
l'équilibre entre les modes d'imposition pour réduire l'importance relative de l'impôt sur le revenu. Je ne parle pas d'abolir l'impôt
sur le revenu, je parle d'en réduire modestement notre surutilisation.
L'idée de
réduire un mode d'imposition dommageable
et de recourir davantage à un mode d'imposition moins dommageable est une idée qui a fait ses preuves.
L'évolution temporelle des données de l'OCDE montre que le poids de l'impôt sur le revenu en proportion du PIB diminue
dans le temps, alors que le poids des taxes à la consommation prend de l'importance dans le temps. On observe même sur
les tableaux : depuis le milieu des années 1990, les pays de l'OCDE
prélèvent plus de recettes fiscales en taxes
à la consommation qu'en impôt sur le revenu. On est évidemment loin du
compte au Québec, et d'ailleurs notre
réforme ne va pas aussi loin, elle propose un rééquilibrage qui est beaucoup
plus modeste.
Sur la scène internationale, plusieurs pays ont
même procédé à un rééquilibrage en simultané : au jour J, on baisse un mode d'imposition et on en augmente un
autre. Le Royaume-Uni, le Danemark et l'Allemagne, pour ne nommer que ceux-là, ont déjà fait ça. Le Québec aussi a
procédé à un rééquilibrage en simultané; je vais vous donner deux
exemples de cela. À la fin des années 1990, le ministre des Finances Bernard
Landry a ajouté un point de TVQ pour réduire en simultané d'un même montant
l'impôt sur le revenu. Il soulignait à l'époque que les impôts trop élevés sur
le revenu nuisent à la création d'emplois parce que les particuliers vont
préférer limiter leur effort productif. Il soulignait qu'il y avait donc un danger d'appauvrissement à la fois
collectif et individuel. Les constats faits par le ministre des Finances
de l'époque sont encore aussi vrais aujourd'hui et l'impôt sur le revenu est
toujours surutilisé au Québec.
Le second
exemple québécois que je voudrais vous donner concernant le redosage ou le
rééquilibrage des modes d'imposition concerne le ministre des Finances
Michel Audet, dans le milieu des années 2000, où il a annoncé une hausse de l'imposition des sociétés pour financer
l'abolition de la taxe sur le capital. Encore une fois, augmenter un
mode d'imposition moins dommageable pour éliminer un mode qui l'était
davantage, la taxe sur le capital, tout ça dans un contexte de réforme de la
fiscalité...
Maintenant,
je vais aborder plus en détail la réforme de la fiscalité qui concerne les
particuliers. Bon, devant les constats
qu'on a faits, devant le poids de l'impôt sur le revenu que je vous ai présenté
jusqu'à maintenant, ce n'est pas étonnant, la commission recommande une
baisse généralisée de l'impôt sur le revenu, qui va profiter à l'ensemble des
contribuables québécois.
La baisse de
l'impôt sur le revenu proposée par la commission prend essentiellement trois
formes : une abolition immédiate
de la contribution santé... Pour la commission, la contribution santé ne nous a
pas convaincus de sa pertinence. La
contribution santé est sans lien avec le coût du budget de la santé et sans
lien avec l'utilisation des soins de services de santé qu'utilisent les
Québécois; donc, on propose de l'abolir. On propose de majorer le montant
personnel de base pour que l'imposition
débute plus tardivement. Le prochain acétate y sera consacré. Et enfin, comme
troisième piste, on propose une
baisse généralisée de l'impôt sur le revenu en modifiant le barème d'imposition
pour que les moins nantis paient
moins d'impôt, évidemment, et que le barème soit revu. Les trois pistes
entraînent un manque à gagner à l'impôt sur le revenu de
4,4 milliards de dollars, ce qui réduirait significativement l'écart de
fardeau fiscal de 6,5 milliards avec l'Ontario.
Cela dit, il n'y a rien de magique; comme il s'agit d'une réforme à coût nul,
les réductions généralisées de l'impôt sur le revenu sont rendues
possibles seulement par les sommes dégagées par ailleurs. On va les présenter
également.
Du côté de la majoration du montant personnel de
base, dans le système actuel, un contribuable peut payer de l'impôt sur le
revenu même s'il se trouve sous le seuil de la pauvreté. La commission
recommande de faire passer le montant
personnel de base au-dessus du seuil de la pauvreté en augmentant le moment à
partir duquel débute l'imposition sur
le revenu de 14 281 $ à 18 000 $. Cette majoration est
significative; elle profiterait à tous les contribuables imposables. Par ce changement significatif, la commission
voulait assurer une meilleure distribution de la richesse, envoyer un
message clair que l'imposition débuterait à des revenus plus élevés, et servir,
avec d'autres mesures, de contrepartie dans les changements des modes
d'imposition.
Arrivons
maintenant à vous parler du barème d'imposition qu'on vous propose. Tant dans
les forums citoyens que lors des
audiences publiques, nous avons reçu plusieurs commentaires portant sur le
nombre de taux dans le barème d'imposition. En
conséquence, on propose de faire passer le nombre de taux du barème d'imposition
de 4 à 9. Les taux marginaux les plus bas seraient réduits davantage, alors que
le taux marginal le plus élevé serait inchangé mais s'appliquerait dorénavant à
partir de 150 000 $. C'est des changements qui ont l'air minimes à
l'écran, mais qui sont significatifs en termes de poids de l'impôt sur le
revenu.
Maintenant,
pour financer cette réduction de l'impôt sur le revenu, on a identifié trois
sources. On a d'abord, comme je vous
l'avais dit en préambule, une révision des dépenses fiscales, le recours accru
aux taxes à la consommation et le recours
accru à la tarification. Chacun de ces trois modes de financement vont être
exposés dans les prochains acétates.
Avec les deux derniers points, recours
accrus aux taxes à la consommation et recours accru à la tarification, il s'agit, encore une fois, de financer la baisse
d'un impôt dommageable par des impôts ou des modes d'imposition qui le sont moins. Une fois qu'on voit ici, sur le
tableau, on constate assez bien que la hausse de la TVQ ne représente
qu'un seul des éléments du rééquilibrage.
Un dernier
point en terminant : on a proposé également une compensation pour les plus
démunis. Dans tout le cadre de notre
réforme, on avait toujours à l'esprit qu'augmenter les taxes de vente ça venait
avec une bonification : une protection pour les plus démunis; et on
consacre 300 millions de dollars pour bonifier le crédit pour la
solidarité. Et c'est dans ce contexte-là
qu'une fois qu'on a considéré la protection pour les plus démunis la réforme
s'autofinance pour les particuliers.
Sur la base
d'un indice 100, la fiscalité du régime actuel au Québec est plus lourde en
regard des autres provinces canadiennes.
Donc, le poids de la fiscalité est plus lourd au Québec actuellement, sur la
base d'un indice 100. Avec les propositions
comme le nouveau barème, la majoration du montant personnel de base, les
nouvelles initiatives également, on améliore
significativement la compétitivité de l'impôt sur le revenu au Québec. En se
comparant avec l'Ontario, l'écart serait
significativement réduit et, en se comparant avec la moyenne canadienne,
l'écart serait pratiquement éliminé. Mais, pour financer cette baisse d'impôt sur le revenu, on va maintenant voir
quelles sont les trois sources que nous devons revoir.
Comme première
source, je vous l'ai déjà signalé, pour réduire l'impôt sur le revenu, on a
procédé à un examen de toutes les
dépenses fiscales touchant les particuliers, à la fois à l'impôt sur le revenu
et aux taxes à la consommation. Il importe de comprendre que, si
plusieurs de ces mesures ont des objectifs louables, si plusieurs de ces
mesures sont justifiées, certaines autres mesures créent des distorsions dans
les décisions économiques et ne profitent qu'à un petit nombre de
contribuables. Par contre, elles imposent un fardeau plus lourd à l'ensemble
des contribuables québécois.
La commission
recommande donc de faire le ménage dans les dépenses fiscales; elle dégage
ainsi 1,2 milliard. 1,2 milliard,
ce n'est pas rien, c'est 25 % de la réforme de l'impôt sur le revenu qui
se finance par la révision des mesures fiscales
aux particuliers. Pour y arriver, on propose d'abolir une trentaine de mesures
fiscales et de revoir les paramètres d'une quarantaine d'autres. Ça,
c'est la première source de financement.
Comme deuxième
source de financement, la commission propose de recourir à un mode d'imposition
qui est moins dommageable en augmentant les taxes à la consommation. Il
s'agit notamment de faire passer le taux de la TVQ de 9,975 % à 11 %, ce qui équivaut à une hausse d'un point de
pourcentage; d'augmenter la taxe sur les primes d'assurance pour
l'harmoniser à 11 % —
avoir le même taux que la TVQ. C'est les deux premières mesures.
Comme troisième mesure, on propose également
d'augmenter les taxes spécifiques qui touchent à la fois la bière, le tabac et les carburants, et on propose
d'échelonner ces hausses-là sur cinq ans pour éviter les chocs. Et on
propose enfin une taxe sur les biens de
luxe, un bien de luxe de manière spécifique : on propose de hausser les
droits d'immatriculation sur les
véhicules de luxe. Il existe déjà une taxe de 1 % sur les véhicules de
plus de 40 000 $; on propose de la faire passer à 2 %
lorsque les véhicules ont une valeur de 50 000 $ à 60 000 $
et de la faire passer à 3 % sur la valeur des véhicules excédant
60 000 $. Bon, c'est les changements qu'on propose du côté des taxes
à la consommation.
Évidemment,
lorsqu'on a voulu faire ça, il faut bien sûr regarder les taux du Québec avec
ce qui se fait ailleurs. Et je vous
le dis d'entrée de jeu : Si nos taux avaient été plus bas, notre marge de
manoeuvre aurait été plus grande. Cela dit, pour la commission,
augmenter la TVQ ou augmenter les taxes à la consommation tel que nous le
proposons, c'est à la fois acceptable, raisonnable et viable.
Comme
troisième source pour financer la réduction de l'impôt sur le revenu, la
commission a cherché à recourir à un
autre mode d'imposition moins dommageable et, cette fois-ci, il s'agit de
regarder du côté de la tarification électrique en proposant deux
manières. D'abord, on propose de revoir le tarif de l'électricité patrimoniale
en le haussant de 8/10 d'un sou par
kilowattheure. On propose également l'introduction d'une nouvelle taxe
applicable à la surconsommation d'électricité pour le secteur
domestique.
Actuellement, les tarifs d'Hydro tels qu'ils
sont faits, il y a un tarif bas pour le premier 30 kilowattheures par jour
et il y a un tarif plus élevé pour la consommation au-delà de
30 kilowattheures par jour. Nous, on propose de laisser cette grille-là comme ça et de rajouter, au-delà de
80 kilowattheures par jour, une taxe additionnelle pour la grande
consommation. C'est seulement lorsque les tarifs seraient excédents à
80 kilowattheures par jour que la taxe sur les grandes consommations
s'appliquerait.
Concrètement,
les impacts calculés par Hydro-Québec, à la demande de notre secrétariat,
arrivent aux résultats qui
apparaissent à l'écran. On parle, en moyenne, pour un cinq et demie — un logement de cinq et demie — on parle d'une augmentation annuelle
d'un peu plus de 100 $, et ce type d'appartement là, en moyenne, ne serait
pas visé par la taxe sur la grande
consommation. Par la suite, si on s'en va pour une petite maison, on parle
d'une hausse annuelle de 200 $, dont
seulement 8 $ par année découleraient de la taxe sur la grande
consommation. Et, si, enfin, on s'en va sur les grandes maisons, on s'aperçoit que l'augmentation des deux
modes réunis procurerait pratiquement 700 $ de plus en hausse de
tarifs hydroélectriques. Ces hausses-là
servent à financer la baisse de l'impôt sur le revenu, je vous le rappelle.
Puis il convient de signaler que cette proposition-là de changement dans
les tarifs d'hydroélectricité s'inscrit autant dans notre logique de rééquilibrage des modes
d'imposition que dans la logique aussi d'envoyer un bon signal dans la logique
du développement durable.
Pour nous, on
réussit à faire ça, tout en protégeant les plus démunis. Évidemment, aucune
réforme fiscale, même avec les objectifs de croissance économique les
plus nobles, ne peut se concevoir en affectant négativement les plus démunis. Des actions simultanées doivent compléter
le rééquilibrage des modes d'imposition pour tenir compte justement des plus démunis. Dans cette perspective, pour la
commission, augmenter la TVQ par exemple, vient impérativement avec la bonification du crédit d'impôt pour solidarité.
Je vous rappelle, 300 millions y est d'ailleurs consacré. Mais ce
n'est pas tout, il y a d'autres gestes aussi
qui vont également profiter aux ménages ayant les revenus les plus
modestes : je vous ai parlé plus tôt de la majoration du montant
personnel de base, je vous ai parlé plus tôt des baisses dans le barème d'imposition des premières tranches d'imposition
et de l'élargissement de l'assiette en éliminant des mesures fiscales...
sont toutes des mesures qui profitent également aux moins nantis.
En annexe, on vous présente 13 cas types
afin d'illustrer les impacts de la réforme pour les particuliers. Notre réforme est bien calibrée. Les résultats présentés
ici — je vous
présente seulement un
sommaire, mais on pourra aller voir les cas types plus tard — tiennent compte des principales
modifications de l'impôt sur le revenu. Dans le tableau que vous voyez là, il y a les modifications au barème de
l'impôt sur le revenu, il y a la majoration du montant personnel de
base, il y a la bonification de la prime au
travail, que nous n'avons pas encore discutée; il y a la modification au soutien
aux enfants, qu'on n'a pas encore
discutée; il y a la bonification du crédit pour solidarité, que nous avons
discutée; l'abolition de la contribution
santé; et les résultats, ici, intègrent également la hausse de la TVQ. C'est
l'effet net, incluant la hausse de la TVQ.
Ce que le
tableau ne tient pas en compte, c'est les résultats concernant les taxes
spécifiques : essence, bière, tabac. Il est difficile de poser des hypothèses qui sont à la fois simples et
crédibles sur la consommation de la bière, du tabac et de l'essence en fonction du revenu des ménages et de
leur situation familiale. Pour la même raison, dans les résultats ici,
la tarification de l'électricité n'est pas
également prise en compte. Mais le tableau, par contre, ce qu'il vous montre,
c'est l'effet des modifications en
proportion du revenu de travail. Les principaux bénéficiaires, ceux pour
lesquels l'effet mesuré en proportion
du revenu est le plus significatif, sont les ménages à revenus moyens, gagnant
entre 40 000 $ et 100 000 $. Ces résultats sont
cohérents en vue d'atténuer les écarts de fardeau fiscal que je vous ai montrés
plus tôt avec l'Ontario. Concrètement, pour
illustration, pour les couples ayant deux enfants, les gains pourraient
équivaut à une augmentation de salaire de 2 % nette.
Abordons maintenant la fiscalité touchant les
sociétés. Comme pour les particuliers, les baisses d'impôt pour les sociétés
vont être possibles, en autant qu'on revoie les dépenses fiscales et qu'on
revoie le dosage entre les modes d'imposition. On propose des baisses d'impôt
des sociétés de 1,6 milliard. Pour les financer, on propose de revoir les dépenses fiscales à la hauteur de
1,1 milliard, et l'augmentation de l'électricité patrimoniale, qui
s'applique également aux sociétés, finance le reste de la réforme de la
fiscalité des sociétés.
Je veux
souligner ici un avantage comparatif que le Québec a perdu. Au sein du Canada,
le Québec a longtemps eu un régime
fiscal favorable aux sociétés. Au fil du temps, le Québec a perdu
progressivement son avantage comparatif par rapport aux autres provinces canadiennes. En 2000, le Québec avait le
taux général d'imposition le plus faible de toute la fédération canadienne. Par contre, le Québec est
la seule province à avoir augmenté son taux général depuis, pendant que
les autres provinces réduisaient leurs taux
d'imposition ou le laissaient inchangé. Résultat : en 2014, le taux du
Québec est plus élevé qu'en Ontario,
qu'en Alberta ou qu'en Colombie-Britannique. La commission propose de porter le
taux général d'imposition des sociétés de 11,9 % à 10 %.
Du côté des PME, même en tenant compte de la
déduction actuelle pour les petites entreprises, on constate que le taux d'imposition est plus élevé au Québec
que dans les autres provinces canadiennes et on constate également que
l'écart est plus élevé qu'avant. La commission propose la mise en place d'une
prime à la croissance pour les PME en remplacement
de l'actuelle déduction pour petites entreprises. L'accès à la nouvelle prime à
la croissance encouragerait les petites entreprises à croître afin
d'atteindre le niveau de revenus bénéficiant du traitement fiscal que nous
jugeons avantageux. Entre 100 000 $ et 500 000 $ de revenus
imposables, les PME admissibles auraient un taux d'imposition marginal de
seulement 4 %, ce qui serait tout à fait comparable avec ce que les PME de
l'Ontario bénéficient.
Encore une
fois, sur une base d'un indice 100, la fiscalité du régime actuel au Québec est
plus lourde en regard des autres
provinces canadiennes pour l'impôt des sociétés. Avec nos propositions — prime à la croissance, réduction du
taux général d'imposition à 10 %,
l'impôt des sociétés au Québec à l'impôt sur le revenu — l'écart serait éliminé complètement
par rapport à l'Ontario. Donc, les changements sont significatifs.
Il reste une
autre assiette fiscale pour les sociétés, qui est la masse salariale pour les
employeurs, une source, encore une
fois, beaucoup plus utilisée ici que dans les autres provinces canadiennes; en
fait, il y a seulement quatre provinces canadiennes qui l'utilisent. La
commission a proposé de réduire de 2,7 % à 1,6 % le taux de
cotisation au Fonds de services de santé pour toutes les PME de tous les
secteurs d'activité, alors qu'actuellement seulement les PME manufacturières ou du secteur primaire en
bénéficient, de ce taux réduit de 1,6 %. Pour les PME qui ne bénéficient
pas du taux réduit à 1,6 %, les amener à 1,6 % constitue une baisse
de leur charge de la masse salariale de 40 %.
Il faut être extrêmement clair ici. Réformer la
fiscalité des sociétés, c'est une occasion unique de réduire les mesures fiscales qui profitent à des intérêts
particuliers, en échange d'une réduction généralisée de l'imposition des
sociétés. Pour financer les réductions des
sociétés, dans le cadre d'une réforme à coût nul, il faut nécessairement revoir
le volume des aides fiscales qui leur
sont offertes. Chaque crédit d'impôt ou mesure fiscale accordé à des
entreprises doit être payé par les autres entreprises qui ne bénéficient
pas de ces crédits d'impôt là par une fiscalité plus lourde.
Rapidement,
la réforme apporte également un train d'amélioration fiscale qui vise à
répondre à d'autres objectifs ciblés.
La réforme mise sur une meilleure incitation au travail. Il faut d'abord
connaître la problématique des taux implicites d'imposition. Que se
passe-t-il lorsqu'un citoyen augmente son revenu de 1 $? Quelle est la
part additionnelle, sur ce 1 $ là, accaparée par le gouvernement du Québec, le gouvernement d'Ottawa,
et les cotisations sociales, et les pertes de prestations? On constate,
dans bien des situations, que le taux implicite sur 1 $ de revenus
additionnels excède 50 %.
Je vous présente ici un exemple d'un couple
ayant deux enfants d'âge scolaire et dont le revenu s'accroît de 5 000 $. Une fois pris en compte l'impôt
additionnel sur ce 5 000 $, une fois prises en compte les cotisations
additionnelles sur ce 5 000 $ et
les pertes de prestations qui découlent du 5 000 $ de revenus additionnels,
pour ce ménage, il lui reste seulement
dans ses poches 1 083 $ du 5 000 $,
et donc un taux implicite d'imposition de 78 %. Pour la commission,
ces situations-là sont inacceptables et ont des effets sur l'incitation à
l'effort de travail, donc des mesures ont donc été proposées pour atténuer le phénomène
des taux implicites.
La commission
n'a pas proposé beaucoup de nouvelles mesures fiscales, mais le bouclier
fiscal proposé constitue une belle
initiative pour atténuer justement les taux implicites. Dans la même
logique, on parle de primes aux travailleurs d'expérience, un outil
indispensable pour favoriser le maintien ou le retour sur le marché du travail
des travailleurs expérimentés dans le contexte démographique qui est particulier
au Québec. La commission propose également de bonifier
la prime au travail pour accroître la rémunération du travail pour les faibles
revenus, tout comme elle suggère de revoir le soutien aux enfants pour
atténuer en
partie les taux implicites.
Une fois le
ménage réalisé dans les mesures fiscales, on proposait de revoir les trois
mesures fiscales. Une fois le ménage
fait, tant pour les particuliers que pour les sociétés, la commission
recommande d'assurer pour l'avenir une saine gestion des dépenses
fiscales. On fait ça comment? On le fait de plusieurs manières. D'une part,
dans la mesure où le gouvernement a mis en
place un cran d'arrêt aux dépenses budgétaires, on pense qu'une même logique de
mécanisme d'arbitrage doit s'appliquer aux
mesures fiscales. D'autre part, le ministère des Finances publie déjà à chaque
année un document qui s'appelle Le livre sur les dépenses fiscales .
On pense que, pour améliorer la reddition de comptes, ce document sur les
dépenses fiscales devrait être inséré dans les documents budgétaires et faire
partie du processus d'adoption du budget du
Québec. On pense également que ce même document là, on devrait évaluer
périodiquement les dépenses fiscales
et les insérer dans cette analyse-là. Par souci de transparence, la commission
a également proposé de rendre
publique la liste des principaux bénéficiaires des dépenses fiscales aux
sociétés. Donc, les entreprises qui reçoivent des crédits d'impôt au-delà d'un certain seuil, la
liste devrait être connue comme c'est le cas lorsque les subventions sont
faites. Enfin, on propose de mettre à
l'ordre du jour du Conseil de la fédération le thème de la concurrence fiscale.
Tous ces gestes souhaitent un seul et même objectif, mieux gérer les
dépenses fiscales.
Ici, j'aborde maintenant l'érosion de l'assiette
fiscale. Les données de Statistique Canada indiquent que les investissements
directs du Canada à l'étranger — pas du Québec, du Canada à
l'étranger — ont
atteint des chiffres considérables dans
plusieurs pays à fiscalité favorable. J'attire votre attention :
Luxembourg, cinquième endroit où des investissements directs du Canada;
îles Caïmans, quatrième; et la Barbade, troisième. Les investissements faits
là-bas apparaissent sans commune mesure avec
l'activité réelle qui est amenée dans ces pays-là. La commission a apporté
une attention particulière à l'érosion de l'assiette fiscale. Dans le cas de la
lutte engagée à l'évasion, à l'évitement et à la planification fiscale agressive, la commission formule des
recommandations, des recommandations sur le plan interprovincial, donc
d'intensifier les discussions avec les autres provinces et le gouvernement
fédéral, notamment dans le cadre des conférences
des ministres des Finances ou du Conseil de la fédération. On interpelle le
gouvernement fédéral pour dire quel
est le plan de match pour lutter contre l'évasion fiscale et quelle est
l'ampleur de ce phénomène. Sur le plan international, on souhaite que le
Québec appuie avec force les efforts internationaux actuellement engagés.
On arrive au
point suivant. Que se passe-t-il avec les taxes de vente dans le contexte du
commerce électronique? Oui, il y a urgence d'agir, mais ce n'est pas un
problème qui est spécifique au Québec. Le problème qui existe ici, il y a un problème canadien, il y a un problème de
perception de la TVQ. Même si notre TVQ, elle a été harmonisée à la TPS et qu'il y a une entente entre le premier
ministre du Québec et du Canada qui a été signée, il faudrait avoir
l'appui du gouvernement fédéral dans la perception de la TVQ dans le cas des
entreprises ayant une place d'affaires au Canada mais n'ayant pas de place
d'affaires au Québec. En ce qui concerne le commerce électronique avec
l'étranger, le gouvernement du fédéral, dans ce cas-là, devrait intensifier ses
efforts dans les travaux de l'OCDE sur tout ce qui concerne les transactions
via Internet.
Il reste un dernier point, sur cet acétate-là,
concernant l'érosion de l'assiette fiscale, c'est l'encadrement des fiducies, et donc on a des recommandations
spécifiques à l'égard des problèmes pour lesquels nous avons été
sensibilisés, des fiducies qui servent à déplacer l'assiette fiscale en dehors
du Québec. Je vous donne un exemple. Un immeuble
locatif situé ici, à Québec, qui est loué... des locaux commerciaux qui sont
loués à des entreprises québécoises, mais
que, si cet immeuble-là est détenu par un Québécois via une fiducie, la fiducie
pouvait, jusqu'à maintenant, s'imposer en dehors du Québec. Aux yeux de
la commission, c'est un non-sens qu'il faut changer. Il y a également
l'utilisation d'une fiducie pour multiplier les avantages fiscaux. On propose
une série de resserrements.
Il y a
beaucoup de ce qu'on propose qui sont des actions à court terme, on peut agir
beaucoup à court terme. Je vous présente
maintenant succinctement ce qui peut être fait à moyen et long termes. Ce qui
peut être fait à moyen terme, je vous le présente ici; ce qui peut être
fait à long terme et même en annexe, on en discutera au besoin lors de
l'échange.
À moyen terme, la commission recommande que le
gouvernement du Québec s'engage dans une révision du mode d'imposition des gains en capital. Certains partis politiques, au
cours des dernières années, ont fait un engagement d'augmenter la fiscalité sur le gain en capital.
La commission recommande d'éliminer complètement l'inclusion partielle des gains en capitaux, d'imposer le gain en
capital comme n'importe quel autre revenu en remplaçant l'inclusion
partielle par la prise en compte de l'inflation.
commission recommande le maintien de la non-imposition des gains en capital sur
les résidences principales, mais néanmoins en y faisant certains
resserrements. Du côté de l'exonération du gain en capital, on propose de la convertir en contribution
additionnelle au REER, comme ça a été présenté en 1993 à la fois au gouvernement
fédéral par le Comité technique sur
la fiscalité et au Québec par la Commission sur la fiscalité et le financement
des services publics. Donc, on revient à la charge avec des idées qui
ont déjà été proposées dans le passé.
mesures-là, ce sont des mesures importantes, et, si elles sont de moyen terme,
ce n'est pas parce qu'elles ne sont pas importantes, c'est parce qu'il
faut les classer à moyen terme parce que ça demande une coordination à
l'échelle canadienne. Si le Québec décide
d'agir seul dans la réalisation du gain en capital, il y a un risque que le
gain soit simplement déplacé à l'extérieur du Québec, et ça, c'est non
souhaitable.
Bon,
je suis maintenant rendu en conclusion. La réforme à coût nul que nous
proposons réduit la dépendance du Québec
à l'impôt sur le revenu, elle maintient cependant la capacité d'agir de l'État
en se finançant autrement, en faisant d'abord
un grand ménage dans les mesures fiscales et en recourant davantage aux modes
d'imposition qui sont moins dommageables.
La réforme offre des gains d'efficacité ayant un impact positif sur la
prospérité du Québec et sur l'emploi. On
propose une réforme qui est équitable, qui va d'abord bénéficier aux ménages à
revenus moyens tout en protégeant les plus
démunis. La réforme proposée accroît la compétitivité des entreprises,
récompense l'effort de travail, offre une réponse à l'érosion de
l'assiette fiscale et ouvre la voie à des réflexions de moyen et de long
termes.
Pour
nous, le Québec doit faire preuve de leadership fiscal. La réforme rend ça
possible. Nous avons le sentiment d'avoir tourné toutes les pierres afin
de rendre la fiscalité québécoise plus efficace. Le fruit de la réforme est
donc un travail exhaustif.
Réformer la
fiscalité, c'est quelque chose d'important. Dans le cadre de notre commission,
on a déjà tenu des forums citoyens, on a
déjà tenu des audiences publiques, on s'est insérés dans la table des
partenaires organisée par le ministre
des Finances. L'actuelle commission qui s'ouvre aujourd'hui s'inscrit dans ce processus
sérieux avant la mise en oeuvre d'une
réforme de la fiscalité québécoise. La discussion, à nos yeux, doit se faire
non pas sur l'acceptation ou le rejet en bloc de la réforme, mais plutôt
sur les manières d'aller de l'avant.
terminerai avec un point. Avec toutes les conférences que nous avons faites, il
y a quand même une constatation qui ressort : les gens semblent
surestimer l'impact négatif d'une utilisation accrue d'un mode d'imposition et
ne pas considérer les gains potentiels de la
diminution de l'impôt sur le revenu. Alors, je vous le dis, il faut être
sensibilisé aux forces du statu quo.
Même si notre réforme apporte des améliorations collectives significatives, il
se peut que les opposants se fassent entendre plus fortement que les
bénéficiaires.
terminant, les citoyens doivent croire à la réforme, croire que son esprit sera
respecté et qu'il n'y aura pas juste du
côté... des augmentations qui vont avoir lieu, mais également que les baisses
seront faites. Au nom de mes collègues, je vous remercie et je suis
maintenant prêt à répondre, en leur nom, à vos questions. Merci beaucoup.
Président (M. Bernier) : Merci, M. Godbout. Merci de votre
présentation. Merci également aux commissaires qui ont participé à ce
travail très, très important. M. le ministre, la parole est à vous.
Leitão : Très bien. Merci beaucoup, M. le Président. M. Godbout, merci
beaucoup. Ce n'est pas la première fois
que j'entends cette présentation, et vous avez toujours le talent de la rendre
intéressante, et utile, et toujours aussi claire. Alors, merci beaucoup
de votre présentation.
Je ne vais pas
prendre beaucoup de temps. Je vais laisser la parole à mes collègues. Nous, on
s'est déjà parlé beaucoup là-dessus, et je partage... j'allais dire ici,
publiquement, que je partage entièrement les conclusions de la commission, et que je trouve que ça serait une
réforme importante de la fiscalité québécoise, et que je vais faire de
tout mon mieux pour qu'on puisse mener cet exercice à terme.
Juste
une question avant de laisser la parole à mes collègues, parce
que vous mentionnez, et à juste titre, dans vos conclusions, que cette réforme est à coût nul pour l'État, donc on
ne va pas chercher de revenus additionnels à court terme, mais elle a des
retombées positives sur la croissance économique du Québec à moyen terme.
Alors, peut-être, si vous pouvez juste nous expliquer un petit peu comment vous
êtes parvenu à estimer ces retombées positives de la réforme sur l'économie
québécoise.
Le Président (M.
Bernier) : M. Godbout.
Godbout (Luc) : Bon, les retombées ont été estimées d'abord de manière
qualitative à partir de la littérature en sachant qu'il y a des modes d'imposition qui sont moins dommageables que
d'autres. Et là les résultats sont assez clairs : peu importe la méthode utilisée, on arrive
toujours à un constat que l'impôt sur le revenu est plus dommageable que
les taxes à la consommation. Que ça soit
sous la forme du coût marginal des fonds publics, du modèle d'équilibre
général ou des travaux de l'OCDE, les
résultats sont toujours les mêmes. Pour mesurer plus concrètement au Québec, on
a eu recours au modèle d'équilibre
général. C'est une belle occasion... Le modèle d'équilibre général, depuis le
livre blanc de Jacques Parizeau en
1984, c'est l'outil qui est utilisé par le ministère des Finances pour mesurer
l'impact des changements fiscaux. À
titre
historique, en 1984, le modèle d'équilibre général a été fait d'abord à
l'Université Laval, avait été fait et conçu par trois professeurs à
l'époque : Henri-Paul Rousseau, Pierre Fortin et Bernard Fortin. Alors,
eux avaient calculé les impacts du livre blanc du ministre des Finances de
l'époque. Par la suite, le ministère des Finances s'est approprié le modèle d'équilibre général et l'a adapté au fil des
années, et, à chaque fois qu'il y a des réformes, il sert de base aux impacts
qui ont lieu. Alors, le ministère des
Finances nous a fait ces calculs-là, et on arrive à des impacts, vraiment, qui
sont concrets, qui génèrent des gains
d'emplois, qui génèrent des investissements additionnels et qui génèrent une
augmentation du revenu disponible des ménages une fois la réforme
intégrée.
Le Président (M. Bernier) :
M. le ministre.
Leitão : Merci, merci. Si vous avez des questions, mes collègues,
allez-y.
Le Président (M.
Bernier) : M. le député de Portneuf, dans un premier temps.
Matte : Merci, M. le Président. Bienvenue, M. Godbout. J'ai écouté
votre présentation avec beaucoup d'intérêt et je trouve que c'était clair, sauf que vous avez mentionné en
conclusion qu'il faut faire un acte de foi. Effectivement, même si c'était clair, ça soulève beaucoup
d'interrogations, et j'ai de la difficulté à comprendre puis à expliquer,
même si ça avait été clair, qu'on va
diminuer les impôts puis on va augmenter les taxes à coût nul et que les
familles n'auront pas ou très peu, là, d'augmentation de coûts. Et je
m'explique, là. Puis je vous invite à prendre votre tableau, là, à la page 25,
là, dans votre présentation, vous indiquez «revenu». Est-ce que c'est un revenu
brut ou un revenu net que vous indiquez, là, dans la première colonne, là?
M. Godbout
(Luc) : Ici, c'est le revenu de travail gagné avant l'imposition.
M. Matte :
Donc, c'est un revenu brut.
M. Godbout
(Luc) : Oui.
Matte : Vous dites qu'une réforme qui profite particulièrement aux
contribuables à revenus moyens... sauf que vous n'avez pas tenu compte, là, là-dedans, le tabac, l'alcool,
l'électricité et l'essence, tu sais? Donc, premièrement, est-ce que vous
avez tenu de ces augmentations de taxes là?
Ensuite, un autre
effet négatif que je vois dans votre présentation de rapport, c'est à l'effet
que, quand vous proposez d'augmenter
l'essence 0,01 $, là, sur cinq ans, donc, si, la première année, je paie
1 $ mon litre d'essence, après cinq
ans, je vais payer 1,05 $. Pour les régions, les grands territoires...
puis moi, je fais
partie d'une région. Or, je consomme beaucoup plus d'essence, non pas parce que je
veux, mais l'obligation de la grandeur de mon territoire. Ça, je trouve
que vous ne tenez pas compte de ça.
autre réaction que j'ai, c'est que je trouve aussi que les régions limitrophes,
que ce soit avec l'Ontario ou les États-Unis, si je compare la taxe de
la TVQ du Québec, qui passerait de tout près de 11 %, si je regarde en
Ontario, qui est environ 8 %, il y a
déjà 3 % d'écart. 3 % d'écart sur les taxes, là, mes données, là. Si
j'étais puis j'habitais dans une région limitrophe, j'habiterais au
Québec parce que je paierais moins d'impôts puis j'irais consommer en Ontario,
là. C'est ce que votre réforme ne tient pas compte.
Et je termine en
disant qu'il y a 44 % des Québécois qui ne paient pas d'impôt au Québec.
Est-ce que votre réforme... si elle est maintenue comme ça, quel sera le
pourcentage de Québécois qui ne paieront pas d'impôt?
Le Président (M.
Bernier) : Merci. M. Godbout.
Godbout (Luc) : Il y a plusieurs
questions, là, je vais essayer de ne pas en oublier. Si je
commence avec nos tableaux, nos tableaux tiennent compte de beaucoup de
choses, tiennent compte de la baisse de l'impôt sur le revenu, tiennent compte
de toutes les modifications qu'on fait à l'impôt sur le revenu, la majoration
de crédits, etc., tiennent compte de l'abolition de la contribution santé et
tiennent compte de l'augmentation de la TVQ. Donc, le gain, ici, il est
significatif.
Vous
avez raison de signaler que ça ne tient pas compte, par contre,
des taxes spécifiques sur le tabac, bière et essence, mais, bien souvent, ces biens de consommation là... on peut la
modifier, cette consommation-là, on peut moins fumer, on peut moins boire puis on peut se déplacer avec des véhicules
moins énergivores. C'est pour ça qu'on ne les a pas pris en compte, parce qu'il n'y a pas de cas type clair de quelqu'un... nécessairement,
on ne peut pas trouver une famille à 80 000 $
au Québec avec deux enfants puis dire : Bien, en moyenne, ils fument deux
paquets de cigarettes, ils prennent trois bières; ça ne se fait pas, faire ça. Et on a regardé dans les budgets
précédents du gouvernement du Québec et, à chaque fois qu'il y a eu des hausses de tabac, qu'il y a eu
des hausses sur la bière, jamais on n'a essayé de montrer l'impact en
fonction du revenu des ménages. Alors, on est à l'aise de ne pas le prendre, parce
que c'est de la consommation qui est plus discrétionnaire que la TVQ de base,
où, elle, on l'a bien considérée.
Vous
avez parlé par la suite... vous avez parlé des coûts de transport en région,
qui sont plus élevés. On en avait tenu
compte dans la mesure où, pour les sociétés, c'est elles qui assument les plus
gros frais de transport avec les camions qui se déplacent pour... Et là
le ministre des Finances a mis en place, dans la dernière année, un crédit
justement pour tenir compte des frais de
transport. Alors, on pense que le crédit qui a été mis en place compense les
augmentations de taxe sur l'essence que ces sociétés de transport là
subiraient.
troisième lieu, vous nous amenez sur les régions limitrophes. Actuellement, le
taux de la TVH, en Ontario, est 13 %,
le taux de la TVQ, au Québec, est 15 %. Il y a un écart de 2 %. Si on
fait passer la TVQ à plus 1 %, on s'en va à 16 %. Effectivement, il y a trois points d'écart une fois la
réforme mise en oeuvre. Est-ce que trois points d'écart, c'est trop
grand? C'est une bonne question. Est-ce que trois points d'écart, c'est trop
grand? Là, nous, on est allés voir entre différentes régions, qu'il y a des
zones limitrophes comme ça, quels sont les écarts de taux constatés. On s'en va
en Europe, mais on ne s'en va pas en Europe
pour mesurer le niveau du taux, on s'en va en Europe pour mesurer les
écarts de taux constatés. L'Allemagne a un
taux de 19 %, la Pologne, qui est collée à côté, a un taux de 23 %,
le Danemark a un taux de 25 %,
et la Suisse, de l'autre bord, a un taux de 8 %. Autour de l'Allemagne,
là, il y a des pays à 8 %, des pays à 25 %, des pays à 23 %, puis eux sont à 19 %.
C'est viable. Ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas du commerce transfrontalier,
mais ça veut dire que, globalement, c'est viable.
Et après ça il y a des cas
aux États-Unis également, il y a des États qui n'ont pas de taxe de vente, des
États qu'il y en a 5 %, ça fait un
écart de 5 %. Nous, on pense que le 3 % est à la fois raisonnable et
viable. Il n'y a pas de souci pour ça. Et encore une fois ça témoigne un
peu de ma conclusion sur le fait qu'on surestime les effets négatifs de
l'augmentation de l'écart de taxe de vente. Mais, en ce moment, M. le
Président, on a 6,5 milliards d'écart à l'impôt sur le revenu avec
l'Ontario. Ça aussi, ça a des effets dommageables, puis pas juste pour la
région limitrophe. Il peut y avoir des
Québécois qui décident de vivre dans une autre province parce qu'il y a un
écart de 6,5 milliards, et l'effet sur l'économie québécoise est beaucoup
plus dommageable que l'écart de taux de taxe en région limitrophe.
Le dernier
point, qui était il y a 40 %, peu importe, 39 %, 40 % ou
43 %, 44 % des Québécois qui ne paient pas d'impôt, nous, ça ne nous a pas vraiment dérangés,
ça, parce qu'il faut comprendre pourquoi ces gens-là ne paient pas d'impôt. Ces gens-là ne paient pas d'impôt souvent
parce que ce sont des étudiants. L'étudiant a 17 ans, puis on dit :
Aïe! Si tu ne produis pas ton rapport d'impôt, là, l'année prochaine, tu
n'auras pas ton crédit de solidarité, tu n'auras pas ton remboursement de régie...
On les force à produire puis après on est surpris qu'ils ne soient pas
imposables. Si on leur demandait tout simplement de ne pas produire, ils
disparaîtraient, là, puis ils ne seraient pas plus riches, ne seraient pas plus
pauvres.
Donc, cette
idée-là, que le chiffre de contribuables pas imposables ne nous a jamais trop
affectés. On a même mis, dans le volume 3,
un petit calcul qui montre que, si on le faisait différemment, le résultat serait
meilleur. Avec notre réforme, considérant qu'on majore le montant personnel de
base jusqu'à 18 000 $ au-dessus du seuil de pauvreté, c'est clair qu'il y a encore moins de contribuables qui
vont payer de l'impôt sur le revenu. Par contre, ils vont payer davantage de
taxes à la consommation.
Le Président (M. Bernier) :
Merci. M. le député de Pontiac.
M. Fortin (Pontiac) : Merci, M. le
Président. Bonjour.
M. Godbout (Luc) : Bonjour.
M. Fortin (Pontiac) : Merci à toute
votre équipe, là, d'être ici aujourd'hui et du travail que vous avez fait. M. Godbout, je veux revenir sur une des
particularités du rapport et je sais que c'est une... parce qu'on parle des
particuliers de façon plus spécifique
aujourd'hui, et je sais que c'est quelque chose qui rejoint certains de mes collègues. J'ai entendu le député
de Rousseau parler de justice sociale dans ses remarques d'ouverture.
Mais, si je
résume, là, l'ensemble du travail que vous avez fait en une ligne, et là
vous allez dire que je ne devrais peut-être pas faire ça, mais on parle d'augmentation de taxe de vente et de diminution d'impôt sur le revenu. Donc,
quand on parle de ça, souvent, il y a
une perception, dans la population, que les taxes à la consommation, ce n'est pas nécessairement
la taxe la plus progressive, que c'est peut-être
un petit peu difficile sur les gens qui sont les plus démunis,
qui sont dans... disons les gens à plus faibles revenus. Je vous ai déjà
entendu dire, il me semble, que le 20 % qui reçoit le moins en revenus, il y a une grande
partie de ses dépenses
qui ne sont pas taxables, mais j'aimerais ça vous entendre davantage sur
cette question-là, sur ce que vous avez mis
comme provision pour s'assurer que les gens les plus démunis, que les
gens qui reçoivent le moins en revenus seront quand même protégés par la
réforme que vous proposez.
Le Président (M. Bernier) :
M. Godbout.
M. Godbout
(Luc) : Ça, on focusse sur l'aspect réforme pour les particuliers,
moins d'impôt sur le revenu, plus de taxe
de vente. Il y a d'autres choses, là, il y a le ménage dans les dépenses
fiscales puis il y a l'augmentation des tarifs d'hydroélectricité. Mais, si on va simplement là-dessus, bon, quoi dire?
C'est vrai que les impôts sur le revenu sont plus progressifs que les taxes de vente, on ne cache
pas ça, mais c'est pour ça qu'on corrige cet élément-là par la
bonification du crédit solidarité de 300 millions. Et donc ça, c'est quand
même important de le souligner.
Le deuxième élément qu'il pourrait être
important de souligner en regard de votre question, si vous allez d'abord à l'acétate 48, ça va... en annexe, donc,
à l'acétate 48, c'est un tableau. Ce n'est pas nous qui l'avons fait,
c'est le ministre des Finances du Canada en
1987, lorsqu'il a réformé la fiscalité canadienne, puis il montrait l'effet
qu'aurait la taxe de vente TPS, puis il disait : Effectivement, si
on appliquait une taxe de vente au Canada, puis qu'il n'y avait pas
d'exemption, puis qu'il n'y avait pas de crédit pour les démunis, ça serait une
taxe qui serait régressive. Il montre la ligne noire puis il dit : Voici,
maintenant, comment, au Canada, on va corriger ça. Et on va corriger ça
comment? En exemptant certains biens puis en donnant des crédits pour les plus
démunis. Puis là ça transforme la ligne noire en ligne bleue. Bien, c'est exactement ce qu'on avait à l'esprit quand nous
avons fait ça. On a dit : On ne touche pas à l'assiette et on s'en va en bonifiant le crédit solidarité.
Le Canada et le Québec innovent avec ces crédits-là pour les démunis,
que ça soit le crédit de TPS ou le crédit
pour solidarité. Les autres pays européens, ils n'ont pas ça. Et nous, on a ça,
c'est un outil justement pour atténuer cette régressivité-là, pour
corriger cette régressivité-là des taxes de vente, et donc on arrive à bien
faire le tout.
En ce qui
concerne la proportion des biens entre les démunis puis les plus riches, je
vous invite à aller à l'acétate suivant,
parce que je n'ai pas eu le temps de vous le présenter; je m'étais préparé, je
l'avais mis en annexe. Donc, ici, dans le panier de consommation, ce
qu'il faut comprendre, c'est que le 20 % des plus pauvres, évidemment, les
premiers dollars de revenus qu'ils ont, ça
va à se loger et à se nourrir. Ce sont deux choses pas taxables au Québec. Ce
qui fait qu'il y a moins que
50 % de ce qu'ils consomment, les moins nantis... va à des biens non
taxables. Quand on s'en va aux plus riches,
le deux tiers de la consommation qu'ils font, ce sont des biens assujettis à la
taxation parce que se loger et se nourrir, pour les plus riches, a une proportion plus faible
dans l'ensemble de leurs revenus. Ça fait que c'est une façon, combinée
au crédit solidarité, d'atteindre une certaine justice sociale, même en ayant
plus de taxe de vente.
Puis je terminerais avec l'acétate 47, qui est
un peu complexe à comprendre, mais ça parle d'inégalités, le coefficient de Gini. Le coefficient de Gini sur le
revenu de marché, ça mesure les inégalités, puis l'indice se situe entre
zéro et un. On remesure ce coefficient de Gini là après les impôts et taxes. Et
le bâton qui vous est montré ici, c'est la réduction
du coefficient de Gini dans chacun des pays. Et là on a la contribution des
impôts versus des transferts. Puis ce que
je veux attirer votre attention : l'importance pour réduire le coefficient
de Gini, ce n'est pas nécessairement la manière dont on prélève les
impôts, c'est ce qu'on fait avec en termes de transferts. Et, encore une fois,
dans tous les pays qui sont observés ici,
c'est beaucoup plus par les transferts que les inégalités se réduisent que par
la manière dont les impôts sont prélevés.
Alors, à tout prendre, si le Québec décide d'avoir un fardeau fiscal plus élevé
qu'ailleurs, c'est d'autant plus pertinent
d'avoir ce fardeau fiscal là, aller vers des modes d'imposition qui sont plus
efficaces et de prendre cet argent-là pour faire les transferts qui sont
destinés à la société.
Le Président (M. Bernier) :
Merci. M. le député de Pontiac, une autre question?
M. Fortin (Pontiac) : Oui, merci. Je
sais que vous y avez touché, là, en réponse au député de Portneuf, mais vous comprendrez que moi, je suis le député de Pontiac
et qu'à côté de moi j'ai le député de Chapleau.
Donc, quand on parle des régions
limitrophes, c'est quelque chose qui nous intéresse. De façon,
générale, cependant, je lis bien le tableau, là, que vous avez à la page 6 de votre présentation,
ce sont des chiffres qui sont quand
même assez importants, assez
imposants, là, quand on se compare avec des provinces... évidemment l'Alberta,
mais l'Ontario, la Saskatchewan, et d'autres.
Vous avez
dit, pendant votre présentation, évidemment, que la grande majorité de ce
6,5 milliards vient des gens de la
classe moyenne essentiellement, là, des gens qui font entre 30 000 $
et 100 000 $, donc il y a une
partie là-dedans qui est de la classe moyenne. Évidemment, c'est la
classe moyenne, donc c'est là où se situe la grande majorité des contribuables. Pour les gens qui ont un salaire
plus élevé, pour les gens qui sont dans une classe d'imposition un petit
peu plus importante, je comprends que l'impact est moindre par rapport au
montant total, mais qu'est-ce que ça veut dire pour ces gens-là? Est-ce qu'il y a une différence qui est encore plus
grande pour un individu en particulier en Ontario, par exemple, que pour
quelqu'un qui est dans la classe moyenne?
Le Président (M. Bernier) :
M. Godbout.
M. Godbout (Luc) : Bien, vous parlez
de l'acétate 6, et on a l'acétate 7 qui montre un peu l'écart de
fardeau fiscal au fur et à mesure que le
revenu évolue. On voit vraiment... C'est là qu'on voit des écarts considérables
entre le Québec et l'Ontario pour un
même revenu donné, et l'écart, peu à peu, s'atténue. Il est trop grand. Mais la
réforme qu'on propose, on baisse les
taux du barème le plus bas, on abolit la contribution santé, puis le taux le
plus élevé commence à s'appliquer à
150 000 $, alors qu'il s'applique plus tôt présentement. Ces
changements-là, ça profite particulièrement aux gens qui gagnent entre 40 000 $ et 100 000 $, mais
ça continue de profiter aux plus riches également, là. Ça continue de profiter aux plus riches parce que c'est un barème
avec des taux marginaux. Si le taux est plus bas sur la première tranche
de 20 000 $, il s'applique à tout le monde, y compris pour le riche.
Et donc la personne riche va bénéficier de cette baisse d'impôt là, mais c'est sûr qu'elle va en profiter moins, parce
que, ultimement, le taux marginal le plus élevé n'est pas changé. Et donc, si on veut vraiment faire une
baisse d'impôt pour les plus riches, c'est le taux marginal supérieur
qu'il faut baisser. Mais ça, nous, on a choisi de le laisser au même taux de
50 %.
M. Fortin (Pontiac) : Très bien.
Le Président (M. Bernier) :
M. le député de Sainte-Rose, il vous reste environ 2 min 30 s.
Habel : Merci, M. le Président. À mon tour aussi de saluer les gens de
la commission. J'aimerais aborder... parce
que l'essence même du rapport, c'est sur le rapport entre les impôts et les
taxes sur la consommation. J'ai une question par rapport à la
prévisibilité. C'est-à-dire, sur un horizon de cinq ans, par exemple, il va y
avoir des fluctuations économiques à travers le temps. Comment êtes-vous
capable de bien situer les revenus que nous allons engranger et les revenus qui vont en ressortir par la suite au
courant des cinq prochaines années? Si, par exemple, il y a une
récession, une récession, les taxes sur la consommation étant élevées, est-ce
que les gens vont être incités à moins dépenser et plus, dans le fond, à mettre
de côté? Est-ce que ça va avoir un impact négatif sur les revenus engendrés par
l'État?
Le Président (M. Bernier) :
M. Godbout.
M. Godbout (Luc) : La conjoncture
économique, là, les taxes, de cette façon-là, sont... Vous comprenez qu'il existe déjà au Québec de l'impôt sur le
revenu puis des taxes de vente, là. Puis le ministère des Finances
projette déjà cette évolution-là des revenus
en fonction des cycles économiques. Nous, on aborde ça comme si c'était un
changement révolutionnaire, là, mais on
parle de seulement ajouter un point à la TVQ puis de baisser l'impôt sur le
revenu. Ça fait que ce sont les mêmes perspectives économiques qui vont
s'appliquer.
Traditionnellement, les taxes à la consommation
augmentent au même rythme que la croissance économique lorsque la mise en oeuvre se fait correctement. Lorsqu'il n'y a pas de
changement, là, les taxes de vente augmentent au même rythme que la
croissance économique.
Le Président (M.
Bernier) : Merci. M. le député.
Habel : Donc, en conclusion,
vous dites que, même avec l'augmentation que vous allez, par exemple, faire au niveau des taxes sur les véhicules de luxe, l'augmentation de la tarification sur l'essence, sur le bloc patrimonial,
même avec ce type d'augmentation là spécifique sur les taxes et en plus de l'augmentation d'un point de pourcentage sur la TVQ, on n'aura pas d'impact, bien, sur les revenus en cas
de récession, par exemple, ou en cas de prospérité aussi?
M. Godbout
(Luc) : Si vous ne faites
que ça, si vous ne faites que ça, augmenter la TVQ, augmenter les taxes
sur les assurances, augmenter les tarifs
d'hydroélectricité, augmenter les taxes spécifiques puis que vous ne faites pas
la baisse d'impôt sur le revenu, là, on ne discute plus de la même
chose. Là, il pourrait y avoir des impacts, parce que, quand...
M. Godbout (Luc) : ...si on fait ça,
ça veut dire qu'on s'en va gruger dans le pouvoir d'achat des ménages
québécois.
M. Habel : Ça, c'est évident.
M. Godbout (Luc) : Et là c'est sûr
qu'il y a un effet sur le comportement.
Par contre,
nous, ce qu'on dit, c'est : Au jour J, il y a aussi une baisse d'impôt
de 4,4 milliards qui s'applique, là, et à la fin de chaque semaine, le jeudi soir, les
gens, ils vont avoir eu des retenues d'impôt de leur employeur plus faibles, ils vont
avoir plus d'argent dans leurs poches et là ils vont pouvoir consommer ou
épargner, mais les deux, c'est bon pour la société.
Le Président (M. Bernier) :
Merci, M. Godbout. Nous allons donc passer du côté de l'opposition officielle. M.
le député de Rousseau.
M. Marceau : Merci, M.
le Président. Alors, permettez-moi
tout d'abord de saluer les membres de la commission
présents, et même les absents, et le personnel qui a entouré la commission.
Plusieurs de...
M. Godbout (Luc) : Il n'y a pas
d'absent.
M. Godbout (Luc) : Il n'y a pas
d'absent.
M. Marceau : Il n'y
a pas d'absent? Tout le monde est là? Vous n'êtes pas tous à la table, donc c'est ça. Enfin, plusieurs d'entre vous, nous nous connaissons
depuis très longtemps, très, très longtemps dans certains cas.
Plusieurs d'entre vous sont des amis,
et j'ai beaucoup de respect pour tous, ce qui n'empêche pas qu'on
puisse débattre et puis même être en désaccord,
et vous allez voir que je vais insister sur les points de désaccord pendant les
quelques minutes que j'ai avec vous.
Le Président (M. Bernier) :
La table est mise.
M. Marceau : La table est
mise, donc, M. le Président.
Alors, je vais commencer par un élément qui est quand
même important, c'est la page 48 du volume 1, c'est l'impact économique de la
réforme proposée, et je pense que c'est important d'en parler parce que ça
s'appuie sur le modèle d'équilibre général calculable du ministère, qui a été
effectivement construit de longue date, là, au ministère des Finances.
Maintenant,
il y a des forces et il y a des faiblesses à ce modèle-là, et certaines
faiblesses sont telles que je crois qu'on
peut avoir des doutes quant à l'impact réel de la réforme proposée, et je vous
donne un premier exemple puis je pense que
vous savez qu'il n'y a pas d'économie souterraine dans le modèle. Il n'y a pas
de secteur de la consommation non taxé, ça n'existe pas. Il n'y a pas de détournement de la TVQ vers d'autres
juridictions dans le modèle et il n'y a pas non plus de place pour le
commerce électronique, à ce que je sache.
Je vais
ajouter un dernier point. Une grande
partie de l'impact d'une réforme telle que
celle que vous proposez va passer à
travers les changements de comportement des ménages quant à leur offre de
travail. Or, à ma connaissance, il n'existe
pas d'estimé fiable de l'élasticité de l'offre de travail au Québec, et, que je
sache, dans le modèle, on utilise des estimés
américains pour l'offre de travail. Alors, tout ça, ça me fait douter qu'on
puisse mesurer, de façon aussi précise que vous le dites, l'impact sur
le PIB. Peut-être vous laisser réagir à ce que je viens de dire.
Le Président (M. Bernier) :
M. Godbout.
M. Godbout
(Luc) : Bien, évidemment, le modèle d'équilibre général, c'est le
modèle d'équilibre général du ministère des Finances. Le député de Rousseau
a déjà été ministre des Finances, ce n'est pas moi qui va défendre le modèle
d'équilibre général. On a demandé au secrétariat de faire des calculs. Je peux
répondre à quelques éléments. Implicitement, on m'a dit : Oui, l'économie souterraine est captée;
oui, le commerce électronique est capté. Je peux vous dire que c'est les
réponses que j'ai eues, que c'est capté par le modèle d'équilibre général.
Le modèle d'équilibre général, il a évolué
beaucoup au fil des années. Il y a eu des comités d'experts, des professeurs d'université en économie étaient
dessus pour le calibrer pour qu'il fonctionne le mieux possible. Ce n'est
pas la Bible, mais ce que moi, je pense
qu'on doit retenir comme message, c'est que les données du modèle d'équilibre
général sont confirmées par d'autres études
sur les distorsions fiscales et sont confirmées par les travaux de l'OCDE sur
l'augmentation du niveau de vie. Les travaux de l'OCDE montrent un impact
beaucoup plus fort. Si on applique le modèle de l'OCDE à nos travaux, ça montre
qu'il y a des impacts beaucoup plus forts.
Nous, on ne
voulait pas jouer à dire : Voici les impacts les plus grands possible. Ça
sert de balise à montrer l'effet de
la réforme. Ces gains-là sont positifs. S'ils sont plus grands, tant mieux, et
c'est un modèle qui est... c'est une approche qui est conservatrice parce qu'effectivement le modèle
d'équilibre général ne prend pas en compte, par exemple, le bouclier
fiscal ou ne prend pas en compte la prime aux travailleurs d'expérience, et
donc les effets ne seraient que plus grands que ceux présentés.
Le Président (M. Bernier) :
Merci. M. le député.
M. Marceau : Je vous entends,
là. Tout ce que je dis, c'est qu'il n'y a pas clairement un secteur d'économie souterraine dans le modèle, il n'y a pas
clairement un secteur de consommation non taxable, que l'élasticité de
l'offre de travail qui est utilisée est une
approximation grossière, là, de ce qui se passe véritablement et que, donc, il
y a des enjeux de réalisme des résultats qui sont obtenus.
Puis depuis
10 ans, il s'est passé quelque chose dans la consommation au Québec, puis plus
particulièrement ces dernières années, qui est le fait que les
Québécois, selon moi en tout cas, se sont tournés plus vers la consommation, enfin, vers... appelons ça l'économie souterraine, vers le fait de consommer hors cadre
légal, se sont tournés plus aussi vers le
commerce électronique, et ces phénomènes-là ne sont pas mesurés puis ne sont
pas captés dans le modèle de façon
claire et explicite, ce qui fait que je ne
dis pas qu'il y a une grosse erreur dans ce que vous dites, je ne
sais juste pas la taille de l'erreur que vous avez peut-être faite et je
n'ai rien... Je trouve qu'on n'a pas tenté nulle part de mesurer l'impact que
pouvait avoir l'arrivée de nouveaux phénomènes.
Je veux juste
vous dire un chiffre, quand même, qui laisse croire qu'il s'est passé quelque chose, qu'il s'est passé quelque chose dans la consommation au Québec
puis que ça aurait été intéressant de l'inclure dans le modèle. En 2012, en mars 2012, Raymond Bachand a déposé son
budget, puis il avait prévu, à la suite de l'augmentation du
dernier point de TVQ, il avait prévu les
revenus de la TVQ. À l'époque, c'était 15 229 000 000 $ pour l'année 2012‑2013.
Notre ministre qui est devant moi aujourd'hui, dans son budget déposé en mars
dernier, pour l'année 2015‑2016, il prévoit 14,5
milliards. Donc, on prévoyait 15,2 milliards en 2012‑2013 puis là on est rendu
à 14,5 milliards. Il y a 700 millions, minimum, qui ont disparu, si
ce n'est pas 800. On ne sait pas d'où ça, vient, on ne sait pas pourquoi, mais M.
le ministre ici nous dit que ça va être 14,5, puis, à l'époque, Raymond Bachand
disait 15,2. Il s'est passé quelque
chose dans la consommation. Il y a de la consommation qui est consommée ailleurs
et il n'y a rien de ça qui est documenté puis qui
est utilisé. Bon. Alors, je veux juste vous dire, ça,
c'est un élément, mais c'est important, parce que ce n'est pas
dans le modèle d'équilibre général.
Le deuxième
pilier sur lequel vous appuyez votre argumentaire, c'est les estimés de coût
marginal de fonds publics, puis essentiellement c'est sur le texte, là,
de Dahlby puis Ferede, un papier qui a été publié dans l' International Tax
and Public Finance , une revue académique, en 2012. Or, dans ce texte-là,
Dahlby et Ferede utilisent des données canadiennes
de 1972 à 2006. Alors, ça s'arrête en 2006, et toute l'ampleur du commerce électronique
puis des nouveaux phénomènes que je vous ai dits n'était pas captée par
ça, bon, ce qui fait qu'on peut, encore une fois, avoir... on peut encore se
dire que peut-être que ça a changé à travers le temps, peut-être qu'il s'est
passé quelque chose dans les cinq dernières années qui change les résultats
qu'on avait auparavant puis les croyances qu'on avait dans le milieu
académique.
C'est
simplement ça, vous dire que moi, j'ai un doute puis j'aurais aimé ça qu'on
aille plus loin puis qu'on investigue
ce qui s'est passé à la consommation depuis cinq ans au Québec
avant de décider d'aller de l'avant avec une hausse de la TVQ. Moi, je
pense que ce n'est pas prudent, je pense que c'est risqué. Je vous laisse
réagir.
Le Président (M. Bernier) :
M. Godbout.
M. Godbout
(Luc) : Trois éléments de
réponse. Vous parlez d'évasion fiscale puis vous dites qu'il y a
un manque à gagner aux taxes de vente. Moi, j'aimerais qu'on s'arrête
deux secondes, là, puis qu'on essaie de comprendre il est où, le manque à
gagner.
Quelqu'un, un rénovateur, un bricoleur de
galeries, là, puis qui s'entend pour rénover la galerie au noir, là, est-ce que
le manque à gagner, il est plus grand à l'impôt sur le revenu ou il est plus
grand aux taxes de vente? Il est plus grand
à l'impôt sur le revenu. Le bricoleur qui fait ça, il va aller chercher
la peinture, il va aller chercher le bois, et les taxes vont être payées
sur les intrants. Et donc le manque à gagner — mettons, il vous charge 1 000 $
pour rénover tout ça — ça
ne sera pas, avec une taxe de 10 %,
ça ne sera pas 100 $, ça va être 50 $. Par contre, ce même bricoleur
là, avec son 1 000 $, s'il ne le déclare pas à l'impôt sur le
revenu, le taux moyen à l'impôt sur le revenu est plus élevé que 10 % puis, en plus, comme il ne déclare pas son
1 000 $, il apparaît plus pauvre, on lui envoie des crédits
solidarité, on lui envoie du soutien
aux enfants, on lui envoie tout ça. Ça fait que c'est dans le manque à gagner à
l'impôt sur le revenu qu'il faudrait focusser et non pas sur les taxes
de vente.
ce qui concerne Raymond Bachand en 2012, on compare deux choses complètement
différentes. En 2012, le ministre des Finances a augmenté la taxe de
vente pour la deuxième fois récemment et il n'a pas fait de redosage des impôts. Il est allé gruger dans le pouvoir d'achat
des ménages deux fois de suite. Et
là, en faisant ça, c'est sûr que ça peut modifier davantage le
comportement. Nous, ce qu'on vous dit, c'est qu'au jour J... Je ne sais pas
quel sera le jour J et s'il y aura un jour
J, mais, s'il y a un jour J, il va y avoir une baisse d'impôt équivalente. Et
comparer des augmentations de taxes
tout court avec des augmentations de taxes finançant une baisse d'impôt sur le
revenu, ce n'est pas la même chose.
Pour ce qui est de Dahlby...
Le Président (M. Bernier) :
M. Marceau : Non, je vais le
laisser finir.
M. Godbout (Luc) : Dahlby, nous,
c'est une étude qu'on lui a demandée en 2014, qu'il a écrite pour nous en 2014, qui est publiée dans le volume 5 de notre rapport,
et ce n'est pas basé sur une étude, là, de 2006 ou autre, là, à moins qu'il
n'ait pas mis à jour ses travaux, mais, dans le volume de 2014, c'est les
travaux qu'on lui avait demandés.
M. Marceau : Je veux juste...
Le Président (M. Bernier) :
Merci. M. le député de Rousseau, il vous reste quatre minutes.
Le Président (M. Bernier) :
Quatre.
M. Marceau : O.K. Sur
Dahlby-Ferede, là, sur le texte, moi, j'ai été lire, puis relire, puis je suis
arrivé à la conclusion que ça s'appuyait sur
le papier qui a été publié dans International Tax and Public Finance , et il n'a pas refait de nouvelles
estimations. Il s'est appuyé sur ce qu'il avait écrit dans le passé, et les
données, ce qu'il a obtenu à l'époque, ça correspond à ce que tout le
monde connaît dans la littérature, mais c'est des vieilles données, c'est
des... bien, vieilles données, en tout cas, c'est trop vieux pour qu'on puisse
dire que ça tient compte des nouveaux phénomènes qui ont été observés.
Puis juste
finir sur ce que Raymond Bachand a fait. La TPS avait baissé de deux points. Ce
n'était pas un transfert d'espace fiscal au sens où moi, je l'entends,
mais il n'en demeure pas moins que, quand vous dites que c'était une hausse
brute... bon, en tout cas, ça se discute et, politiquement, ça a été...
M. Godbout
(Luc) : Je ne veux pas
m'obstiner, là, mais une baisse de TPS en 2006 puis une hausse de TVQ en
2012, on peut appeler ça un redosage a posteriori, là...
M. Marceau : Non, je
comprends très bien...
M. Godbout (Luc) : ...mais, pour les
ménages, ils l'avaient dépensé en 2006 puis ils ne l'avaient plus dans leurs
poches en 2012.
Le Président (M. Bernier) : M.
le député de Rousseau.
M. Marceau : Je vais juste changer de sujet, là. Je veux juste
parler d'équité, puis rapidement, je n'ai pas beaucoup de temps malheureusement.
Mais moi,
j'aurais souhaité puis je pense que vous pourrez le faire, si vous le voulez,
dans les prochaines semaines ou dans
les prochains jours, j'aurais aimé ça avoir une idée de l'impact sur le
coefficient de Gini ou sur les parts d'impôt payées par les différents quintiles ou bien sur le ratio Q5 sur Q1.
J'aurais aimé avoir ces informations-là pour la réforme qui est proposée puis évidemment
incluant à la fois ce qui est documenté dans les tableaux de cas types, mais
aussi les changements qui découlent des taxes spécifiques puis des tarifs, parce
que c'est certain que vous avez dû faire des hypothèses sur les comportements
des gens pour arriver à dire que, par exemple, le PIB augmente de 1,9 milliard.
Il y a des hypothèses sous-jacentes pour
arriver à ce chiffre-là. Alors, en quelque part, ces hypothèses-là existent.
Moi, j'aurais aimé ça savoir ce que
ça donnait sur le plan de l'équité, puis des taxes, puis sur le plan tel que
mesuré, par exemple, par Gini ou par Q5 sur Q1.
Parce qu'à ce
jour... puis j'entendais le député tout à l'heure nous dire qu'il y a des
mesures qui sont prévues par vous,
puis je suis tout à fait d'accord avec cette affirmation-là, que vous avez
prévu des mesures pour atténuer les impacts régressifs d'une hausse de la TVQ, et je trouve que c'est tout à fait
correct, ce que vous dites, ce qui ne change pas le fait que l'ensemble
de la réforme proposée, puisqu'elle diminue le poids de l'impôt le plus
progressif puis augmente celui d'un impôt qui, dans le meilleur des cas,
pourrait être neutre, la réforme proposée peut rendre le système fiscal plus
régressif. Puis quant à la TVQ, simplement ça, puis j'aimerais ça que les gens
le retiennent aussi, on a tendance à se concentrer
beaucoup sur le bas de distribution du revenu, sur les gens les plus pauvres,
mais, quand on compare ce qui se passe
entre un contribuable de la classe moyenne puis un contribuable très riche, il
y a une hausse de régressivité par une hausse de la TVQ, là. Ça, c'est
indéniable et incontournable, là.
Alors, j'aurais aimé ça avoir ces
résultats-là. Si vous voulez les présenter à la commission, que ce soit des
tableaux, tout ce que vous voulez, dans les prochains jours, ce serait bien
apprécié.
Le Président (M.
Bernier) : M. Godbout.
Godbout (Luc) : Bon, bien, moi, je pense que les travaux vont se
poursuivre avec votre commission parlementaire. Ce n'est plus à nous à
faire des calculs, là, c'est à d'autres, là.
que je peux vous dire concernant le coefficient de Gini, c'est que les
résultats qui nous ont été présentés, de manière globale, globale, ce que ça dit, c'est que la réforme proposée
sur le revenu disponible des ménages, elle a un effet d'abord positif, tu sais. Ça fait que le
coefficient de Gini est mieux sur la réforme... une fois la réforme proposée.
Par contre, le coefficient de Gini
sur le revenu disponible, ça ne mesure pas les taxes à la consommation,
habituellement. Ça fait que là nous,
on a rajouté l'effet de la hausse de taxe à la consommation sur l'effet de Gini
et là ça devient légèrement négatif. Mais,
vous savez, Gini, mettons, il se situe entre zéro et un, ça fait que, mettons,
c'est 0,30, bien, le changement qui est fait, là, ce n'est pas dans le trois, ce n'est pas dans le zéro, c'est après,
là. On est rendus à la troisième décimale après le zéro, où là il y a un
changement mineur.
deuxième élément, vous nous dites d'insérer des nouvelles hypothèses dans nos
13 tableaux que nous avons faits. Bon, on avait eu la chance d'en
discuter en caucus. Je l'ai intégré ici en partie, là. Ce que j'ai fait, j'ai
pris les données qu'on avait d'Hydro-Québec
plus loin dans le rapport, puis j'ai pris les tableaux qu'on avait, puis j'ai
dit : Là, il faut poser des
hypothèses. Une famille avec deux enfants d'âge préscolaire qui a
20 000 $ de revenus, est-ce que ça habite dans un cinq et demie ou ça habite dans une grande
maison? Je pense qu'on peut dire que ça habite dans un cinq et demie en moyenne. On l'a rajouté; le gain reste positif.
J'ai tous les tableaux ici. Après ça, à 40 000 $, est-ce que ça
habite dans une petite ou dans une
moyenne maison? On l'a intégré... Dans tous les cas, même en intégrant
l'hydroélectricité, sur la même base
des calculs, cinq et demie, petite maison, moyenne maison et grande maison,
c'est intégré dans le calcul que je vous ai fait, puis ça reste positif.
Par contre, ce que
j'ai fait aussi, c'est que j'ai regardé l'ensemble des budgets qui ont été
présentés dans les dernières années. Puis,
dans les derniers budgets, quand on parlait d'augmenter les tarifs d'hydroélectricité,
on ne montrait pas l'effet sur les ménages.
Président (M. Bernier) : M. Godbout, je dois vous arrêter. Je
donne 30 secondes au député de Rousseau. Par la suite, je dois
passer au député de Granby. Allez-y, M. le député de Rousseau.
Marceau : Oui. Je vais juste faire un commentaire. Je vous
remercie. Ces tableaux-là, si vous pouvez les rendre disponibles, ce
serait apprécié puis ça serait utile.
Le Président (M.
Bernier) : Nous les ferons parvenir à la commission.
Marceau : Oui. Puis, dernier mot, quand même, la réforme, par
définition, elle est neutre, c'est-à-dire qu'elle rapporte... elle ne
coûte pas plus cher aux contribuables dans leur ensemble. Mais là ce n'est pas
possible que tous les ménages gagnent. Ça
prend des perdants, ça prend des gagnants. Ce qui n'est pas clair dans ce que
vous avez fait. Puis ce que j'aurais
aimé savoir, c'est : c'est qui, les perdants? Parce que vous ne pouvez pas
dire que tout le monde est gagnant, ça ne marche pas. Tout le monde le
sait que ça ne marche pas. C'est supposé être un fardeau fiscal nul.
Alors,
comme il y a des gagnants, puis comme il y a des perdants, puis que je ne sais
pas lequel est gagnant puis lequel est perdant, bien, qu'est-ce que vous
voulez, je me pose des questions sur l'équité. Il aurait fallu présenter ces
résultats-là, je le pense encore fortement.
Le Président (M.
Bernier) : Merci. Merci, M. le député de Rousseau. M. le député
de Granby, la parole est à vous.
Bonnardel : M. le Président, M. Godbout, encore une fois,
bonjour. Les indicateurs économiques m'interpellent
énormément depuis une dizaine d'années, depuis que je suis à l'Assemblée. Puis
je n'ai pas le choix de revenir un
peu... pas de la même manière que mon collègue, mais à la page 12 de votre
document que vous nous avez amené.
Quand
on regarde l'impact sur le PIB, bon, à peu près 2 milliards avec
8 millions d'habitants, on peut calculer que c'est à peu près 250 $ par personne sur le
revenu disponible, l'impact sur l'investissement privé. Bon, le PIB, on l'a
souvent mentionné, mon chef l'a dit, sur
60 États et provinces en Amérique du Nord, nous sommes 57e. Revenus
disponibles, nous sommes avant-derniers au
Canada. En termes d'investissements privés, quand on regarde la grosseur de la
province vis-à-vis le restant du Canada, on a des investissements autour de
12 %, 13 %, ce qui est en bas de la moyenne.
Rapidement, là, oui, j'imagine que ces indicateurs
économiques, on aurait un step — excusez de le dire ainsi — plus fort. Mais avez-vous étudié une tendance, sur une période de cinq ans,
10 ans, qui nous amènerait peut-être à avoir des indicateurs qui vont s'améliorer avec les années si ce changement de
culture fiscale était mis en place par le gouvernement?
Le Président (M.
Bernier) : M. Godbout.
Godbout (Luc) : Bien, vous savez, l'évolution de la croissance
économique au Québec, là, c'est multifactoriel, là. C'est les
changements démographiques, en principale cause, qui vont faire en sorte que la
croissance économique va être plus modeste
dans le futur. C'est justement pour ça qu'il faut accorder plus d'importance à
la croissance économique maintenant. C'est ce qu'on a fait. C'est ce qu'on a fait en
disant : Si on fait la réforme du côté des particuliers, si on fait
de la réforme du côté des sociétés, c'est là
qu'on va avoir les gains les plus positifs. Abaisser le taux des sociétés à
10 %, c'est un élément de croissance
économique à long terme, c'est un impôt qui apparaît comme un impôt les plus
dommageables, c'est ce qui va stimuler
l'avantage de l'investissement. Mais il faut le faire, il faut le faire en
abolissant d'autres mesures pour le financer. C'est là où nous en
sommes, mais c'est une réforme à coût nul. Il n'y a pas de magie, là.
Le Président (M.
Bernier) : M. le député de Granby.
Bonnardel :
Mais c'est difficile pour vous de nous dire ce matin que ces indicateurs
pourraient être à la hausse sur une période de cinq ans, 10 ans au Québec.
C'est impossible de l'évaluer.
M. Godbout (Luc) : Si vous misez sur la croissance économique, le
niveau de vie des Québécois va être à la hausse.
Le Président (M.
Bernier) : M. le député.
Bonnardel : M. le Président, avez-vous pris en considération
que le Québec est la deuxième nation au monde la plus vieillissante? On a un choc démographique qui nous frappe
énormément. On avait neuf travailleurs pour un retraité voilà 40 ans; demain, en 2016, ce sera trois
pour un; en 2030, on évalue deux travailleurs. L'assiette fiscale va
continuer de grossir. Aujourd'hui, on est à
peu près à 100 milliards. La pression fiscale va être énorme, énorme pour
ceux qui vont sortir de l'école, pour ceux qui sont sur le marché du
travail.
Vous
l'avez évalué comment, en se disant que, dans les 15 prochaines années,
cette pression va être extrêmement forte
pour ceux qui seront sur le marché du travail puis qu'on espère garder au
Québec pour être capable de supporter les acquis sociaux que nos parents
et grands-parents ont payé, là?
Le Président (M.
Bernier) : M. Godbout.
M. Godbout
(Luc) : Bien, comprenez bien que c'est pour ça qu'on met autant
d'emphase à vouloir baisser l'impôt sur le
revenu. C'est de ces travailleurs-là dont on parle. Vous dites : On a le
deuxième vieillissement le plus vite au monde. Bien, il n'y a pas de cause à effet, mais on est aussi les
deuxièmes dans le monde pour l'impôt sur le revenu, là. Et ça, ça a des effets comportementaux sur la
participation au marché du travail, sur le nombre d'heures qu'on veut
travailler.
C'est là-dessus qu'on
veut jouer : baisser l'impôt sur le revenu pour inciter davantage les gens
à travailler, à travailler... ceux qui ne
travaillent pas qui veulent travailler, ceux qui sont à temps partiel qui
veulent être à temps plein, ceux qui
veulent travailler plus d'heures. C'est ça qui va favoriser la croissance
économique, alors que la taxe de vente, elle s'applique, qu'on soit
travailleur ou retraité.
Le Président (M.
Bernier) : Merci. M. le député.
Bonnardel : Le problème, c'est qu'on n'aura peut-être pas
tous les impacts désirés si le gouvernement décide de ne pas mettre en place tout ce que vous avez
là-dedans. Mais ça, ça sera un débat qui restera entre nous et
parlementaires. C'est ça, ma grande
inquiétude, vous comprenez bien, depuis 2010, parce qu'autant les dépenses ont
augmenté de façon considérable sur une période de 10 ans, à presque
5 %, autant les revenus n'ont pas suivi. Puis c'est pour ça que le gouvernement en place, autant M. Charest
qu'aujourd'hui, amène des tarifs et des taxes additionnelles au-delà de
l'inflation pour aller chercher des revenus.
J'arrive rapidement
sur une question sur les sociétés. Le ministre a dit tantôt : Pour nous,
c'est terminé, les impacts sur les PME, sur
les sociétés. On n'est pas vraiment, là, dans l'esprit de votre réforme, là. Si
on arrête ça directement, c'est un
premier pas déjà auquel on se dit : Bien, le gouvernement n'ira pas plus
loin. J'ai bien compris tantôt l'intervention du ministre. Donc, pour
vous, ce n'est nécessairement pas l'essence ou l'esprit même de votre réforme,
Le Président (M.
Bernier) : M. Godbout.
M. Godbout
(Luc) : Bon, oui, c'est quand même une question assez importante. En
premier lieu, même dans les mots
d'ouverture, on parlait que c'est à prendre en bloc ou à laisser. Nous, on n'a
pas cette prétention-là que c'est à prendre
en bloc ou à laisser. Par contre, il y a deux blocs dans cette réforme-là. À
vrai dire, c'est comme si on a proposé deux
réformes ici, là. On propose une réforme des particuliers puis une réforme des
sociétés. Les deux s'autofinancent, donc
on peut très bien faire la réforme de l'impôt des particuliers, mais ne pas
faire la réforme des sociétés. Ça peut se faire. Mais, par contre, quand
on parle d'impact sur l'économie, on va faire juste la moitié, il va y avoir
moins d'impact.
L'autre
élément aussi qu'il faut considérer, bien, pour les sociétés, la réforme
s'autofinance. Mais je l'ai clairement exposée,
l'analyse, là, c'est... Si on veut baisser le taux d'imposition des sociétés
significativement, si on veut mettre une prime à la croissance, il faut couper dans des mesures fiscales. On peut
rentrer dans la discussion sur lesquelles, mais, si on ne le fait pas, ça veut dire que toutes les autres
entreprises vont avoir un taux d'imposition plus élevé. C'est le concept
même qui est là, c'est réduire les mesures
fiscales pour financer des baisses d'impôt généralisées parce qu'en ce
moment on est là. Il y a des avantages pour des intérêts particuliers qui sont
payés par des taux plus forts pour l'ensemble des sociétés québécoises, puis ça
aussi, ça peut avoir un effet négatif sur la croissance économique.
Le Président (M. Bernier) :
Merci. M. le député.
Bonnardel : Oui. Justement, sur ces dépenses fiscales, là,
vous mentionnez... puis on l'a souvent mentionné comme parti que le
Québec était trop généreux vis-à-vis certaines entreprises. La preuve, c'est
que les indicateurs ne suivaient pas nécessairement cet effet où on est
extrêmement généreux quand on se compare, exemple, à l'Ontario.
À votre
recommandation 9, si je ne me trompe pas, à la page 27, vous mentionnez
1,1 milliard ou à peu près, là, de ces dépenses fiscales. À ma connaissance, je cherchais... Avez-vous fait
un travail plus précis sur ces dépenses comme telles de
1,1 milliard, où vous iriez chercher cette...
M. Godbout
(Luc) : Une réponse rapide, c'est oui. La réponse plus longue,
c'est double oui. Dans le volume 2 de notre rapport, on est passés à travers toutes les mesures fiscales
aux particuliers et aux sociétés puis on a accordé une attention particulière aux gros crédits d'impôt
pour les sociétés, à dire : Est-ce que c'est encore utile de maintenir tel
crédit, tel crédit, tel crédit? Et on a fait
nos recommandations et on a sollicité des études externes. Il y a beaucoup
d'études qui ont été faites pour mesurer la rentabilité fiscale de tel
ou tel crédit. Ça a été fait, c'est dans notre
annexe VI, et on a statué qu'il
y a plusieurs crédits qui pourraient être revus ou resserrés.
Je vais
donner un exemple, c'est les crédits d'impôt remboursables. Sans rentrer dans
l'esprit de chacun, il y a plusieurs crédits d'impôt, mais ils ont une
caractéristique commune : ils sont remboursables. Ça veut dire qu'à la fin
de l'année l'entreprise, qu'elle ait ou non
de l'impôt à payer, on lui envoie un chèque dans la boîte aux lettres parce
que le crédit d'impôt est remboursable.
Nous, on voulait maintenir ces crédits d'impôt là, mais on voulait enlever la
remboursabilité pour les grandes
entreprises. C'est ça qu'on a proposé, et ça, ça dégage de l'argent pour faire
des baisses d'impôt. Si on ne le fait pas, il y a moins d'argent pour
faire des baisses d'impôt, évidemment.
Le Président (M. Bernier) :
Merci. M. le député de Granby, il vous reste deux minutes.
Bonnardel :
Oui, rapidement, une dernière question. Ce n'est pas dans l'essence ou dans
l'esprit même, là, mais mon collègue
l'a mentionné, le commerce électronique. Veux veux pas, on parle d'Airbnb,
on parle d'Uber, demain matin, on
ne pourra pas mettre de côté toutes ces avancées technologiques qui vont nous
frapper dans les cinq, 10, 15 prochaines années. Rapidement, cette problématique de la taxe qu'on ne peut pas
aller chercher à gauche et à droite... Bon, oui, on souhaite rapidement que le gouvernement en place
puisse discuter avec le fédéral pour être capable de trouver un moyen d'aller chercher le dû qui est dû au gouvernement.
Vous n'avez pas évalué à peu près, aujourd'hui, à combien on pourrait
évaluer cette perte de commerce qui est due à ces avancées, là?
Le Président (M. Bernier) :
M. Godbout.
M. Godbout
(Luc) : Les pertes qui ont été évaluées, qui existent, là, c'est des
pertes sur des transactions tangibles, là,
de commerce électronique à l'intérieur du Canada, parce qu'il y a des
entreprises canadiennes inscrites à la TPS mais non inscrites à la TVQ.
Ça, c'est mesuré dans notre rapport. Mais, vous savez, qu'on modifie ou qu'on
ne modifie pas la TVQ, la problématique du commerce électronique est là pour
rester. Puis ce n'est pas un problème québécois, c'est un problème mondial.
Nous, ce
qu'on dit, c'est : Regardez puis soyez attentifs à ce que l'OCDE fait,
puis soit que le Québec y participe directement
ou via le Canada, mais c'est là qu'il va se trouver les innovations. Il faut
changer. On est dans un mode, dans la fiscalité,
où on dit : Si tu as une place d'affaires au Québec, tu es obligé de
t'inscrire, mais, si tu as une présence commerciale sans place d'affaires, parce que tu vends électroniquement, tu n'es pas obligé de
t'inscrire, c'est ça qu'il faut
changer. Et une présence significative dans
le commerce sans être présente physiquement mériterait aussi d'être inscrite
aux taxes de vente. Ça, probablement que ça va arriver dans les cinq, 10 prochaines années, peut-être
même plus vite parce que des fois les choses vont vite. Mais c'est
là la solution.
Président (M. Bernier) : Merci. Merci, M. Godbout. Merci aux membres de la commission, les commissaires qui ont
travaillé à ce rapport, à ce document. Merci de votre participation.
Je vais
suspendre quelques instants afin de permettre à l'Association québécoise
des centres de la petite
enfance de prendre place. Merci.
(Suspension de la séance à 10 h 56)
Président (M. Bernier) : ...merci de votre participation à la Commission des finances publiques. Donc, vous avez une période
de 10 minutes pour faire votre présentation. Par la suite suivront les échanges
avec les parlementaires. Donc, allez-y, simplement, vous vous
identifiez.
M. Senécal
(Louis) : Parfait, merci.
Mon nom est Louis Senécal, merci, M.
le Président. Bonjour, M. le ministre, distingués membres de la commission. Merci de l'invitation,
l'opportunité de vous présenter nos réflexions suite au dépôt que l'on
vient d'entendre, là, du rapport Godbout.
Alors, je vais commencer par vous
présenter mes collègues, peut-être en commençant par Mme Gina Gasparrini, à ma droite, qui est présidente du conseil
d'administration de l'AQCPE ainsi que directrice générale du CPE St.
Mary's à Montréal; à l'extrême gauche, Mme Hélène Gosselin, qui est
vice-présidente du conseil d'administration de l'AQCPE et
directrice générale du CPE Les Mousses à
Lévis; et M. Pierre Fortin, je pense qu'il se passe de présentation, un
économiste que vous connaissez très bien.
Alors,
notre première réaction, quand on a reçu l'invitation pour venir vous adresser
la parole aujourd'hui, ça a été
évidemment de nous dire qu'on avait eu l'occasion, dans le
cadre des travaux sur le projet de
loi n° 28, de parler de
l'effet de la modulation sur les tarifs de
garde. Et, étant donné que c'est la principale recommandation que fait M.
Godbout dans son rapport, bien ça
nous donne l'occasion aujourd'hui de revenir. Mais on ne peut pas ne pas tenir
compte du fait que le gouvernement a déjà pris ses décisions en prenant la décision
d'adopter la loi n° 28 que l'on connaît maintenant. Ça fait que
notre objectif aujourd'hui, ce n'est pas de répéter les arguments qu'on a eu
l'occasion de vous présenter, mais bien de vous parler différemment du même
sujet.
Alors,
on cherche à s'adresser à ceux qui auraient tendance à banaliser l'impact de la
qualité des services de garde éducatifs sur le développement de nos
jeunes cerveaux au Québec, ce qui est un impact évidemment qualitatif, mais
aussi un impact économique, là. Notre seule présence ici aujourd'hui fait la
démonstration que les services de garde éducatifs au Québec représentent un
levier économique, et on va vous entretenir de ça dans quelques instants.
cherche aussi à atteindre les gens qui tenteraient ou seraient tentés de
banaliser le fait que les centres de la petite enfance ne représentent pas ou représentent — ça, on prétend qu'ils représentent — le premier maillon dans la chaîne de
l'éducation. On cherche également à parler à ceux qui auraient de la difficulté
à voir la différence de qualité entre les services
qui sont offerts en garderies commerciales, qui sont subventionnées par le
biais des crédits d'impôt... la différence avec les centres de la petite
enfance.
Également,
on souhaite parler à ceux qui seraient tentés de banaliser la rentabilité...
alors la réelle rentabilité, là, en argent
sonnant, d'un système qui a fait ses preuves et qui seraient tentés également
de banaliser l'importance de l'armée de bénévoles, de parents bénévoles qui sont impliqués au quotidien dans
l'administration de nos centres de la petite enfance, comme vous le savez, qui sont des organisations à
but non lucratif, qui sont à part entière au sein de l'économie sociale.
Donc,
à ceux-là, on est venus parler d'économie, on est venus parler le langage des
finances publiques. On s'adresse aux
bonnes personnes, c'est la commission qui est dédiée à cette thématique-là. Et
c'est pour cette raison, donc, qu'on a demandé à M. Pierre Fortin
de nous accompagner. Et je vais tout de suite lui céder la parole pour qu'il
s'entretienne avec vous des différents sujets. Et je reviendrai dans le cadre
de l'échange.
Le Président (M.
Bernier) : Merci. M. Fortin.
M. Fortin (Pierre) :
Merci beaucoup.
Le Président (M.
Bernier) : Bienvenue.
Fortin (Pierre) : Donc, mes salutations à tout le monde autour
de la table. Merci de votre invitation. Pourquoi je suis ici? Bien, les enfants, c'est ma vie, j'en ai eu cinq. On a
expérimenté quatre garderies, j'ai 19 années de garderies dans le
corps et j'ai fait 2 790 voyages aller-retour entre la maison et la
garderie dans ma carrière.
Deuxièmement, j'ai
fait, avec le Pr Godbout, que vous venez d'entendre, une étude d'impact
économique du système scandinave que le Québec a adopté. Et donc ça a aussi
amélioré mon intérêt, augmenté mon intérêt. Et finalement j'arrive de sept conférences que j'ai faites à travers toutes
les provinces du Canada, et également à Londres, pour expliquer le changement qui a eu lieu dans le
système de garde québécois. Donc, j'ai ça en moi. Donc, je vais faire
une présentation qui est formatée en 6 min 34 s, O.K.?
Premièrement,
tout d'abord, permettez-moi d'observer que l'affirmation répétée à l'effet que
le coût des garderies à 7 $ suit
une tendance explosive est fausse. Au contraire, depuis 2002, le coût de la
subvention gouvernementale par enfant à ces garderies a progressé de façon très modérée, soit de 2,5 % par
année en moyenne; rien là pour écrire à s