CRC — 14 March 2023 (43rd Legislature, 1st Session)
CRC 2023-03-14
Quebec — Committees
(Neuf
heures quarante-neuf minutes)
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : ...Ayant
constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission des relations avec les citoyens ouverte.
La commission
est réunie aujourd'hui afin de procéder aux consultations particulières et aux
auditions publiques sur le projet de loi n° 11, Loi modifiant la
Loi concernant les soins de fin de vie et d'autres dispositions législatives.
Mme la secrétaire, y
a-t-il des remplacements?
La Secrétaire :
Oui, Mme la Présidente. Mme Garceau (Robert-Baldwin) est remplacée par Mme Maccarone (Westmount—Saint-Louis) et Mme Massé
(Sainte-Marie—Saint-Jacques) est remplacée par Mme Labrie (Sherbrooke).
La Présidente
(Mme Lecours, Les Plaines) : Merci beaucoup. Alors, nous allons
avoir un ordre du jour bien rempli aujourd'hui. Ce matin, nous allons débuter
par les remarques préliminaires puis nous entendrons les personnes et les
organismes suivants : Mme Nicole Filion, conjointement avec M.
Jocelyn Maclure, coprésidente et coprésident
du groupe d'experts sur l'inaptitude et l'aide médicale à mourir; nous
entendrons, par la suite, la Fédération québécoise des sociétés
Alzheimer; et nous allons terminer l'avant-midi avec l'Association québécoise
pour le droit de mourir dans la dignité. Par contre, nous allons débuter par
les remarques préliminaires, d'une durée totale de 12 minutes : le gouvernement, six minutes; l'opposition
officielle, 3 min 36 s; le deuxième groupe d'opposition,
1 min 12 s; ainsi que la députée indépendante,
1 min 12 s.
J'invite maintenant
la ministre déléguée de... à la Santé et aux Aînés à faire ses remarques
préliminaires. Mme la ministre, pour une durée de six minutes, la parole est à
vous.
Mme Bélanger :
Mme la Présidente, les consultations particulières qui débutent aujourd'hui
s'inscrivent dans la continuité de la réflexion et de la démarche
transpartisane sur l'évolution de la Loi concernant les soins de fin de vie
afin de permettre l'élargissement de l'aide médicale à mourir. Je nous invite à
effectuer ces travaux avec une approche empreinte de rigueur, de bienveillance
et de recherche d'équilibre entre l'autodétermination de la personne pour une
fin de vie digne et la protection des personnes vulnérables.
Je tiens à rappeler
que l'aide médicale à mourir est un soin de fin de vie, et qu'à cet égard il
doit offrir à toute personne qui le souhaite de vivre ses derniers moments
selon ses volontés, entourée de ses proches, et avec dignité. Par le dépôt de ce projet de loi, notre gouvernement fait écho aux travaux réalisés d'abord par la Commission spéciale sur
l'évolution de la Loi concernant les soins de fin de vie, puis à ceux menés par
les députés lors de la précédente législature. L'analyse et les consensus
établis par ces travaux se reflètent dans l'actuel projet de loi. Dans le cadre
des présentes consultations, nous aurons le
privilège d'entendre plusieurs groupes et experts afin d'alimenter nos
réflexions et d'apporter les ajustements qui s'avéreraient nécessaires.
Permettez-moi, Mme la
Présidente, de faire un rapide survol des éléments principaux que nous
étudierons. Le projet de loi propose
d'élargir l'aide médicale à mourir aux personnes ayant un diagnostic de maladie
grave et incurable menant à l'inaptitude à consentir aux soins. À cet
égard, le consensus québécois semble bien établi. Les travaux précédents ont néanmoins permis de soulever des
préoccupations quant à l'applicabilité de la loi par les professionnels de la santé et des services sociaux. La présente
proposition législative a été raffinée pour prendre en compte ces
préoccupations.
projet de loi propose d'élargir l'admissibilité à l'aide médicale à mourir de
façon circonscrite aux personnes ayant un handicap neuromoteur grave et
incurable, à condition que tous les autres critères prévus dans la loi soient
rencontrés. Cette proposition vise notamment à reconnaître pleinement
l'autonomie décisionnelle des personnes ayant
cette condition. La notion de handicap et de souffrance associée est délicate,
et la perspective des groupes intéressés permettra de jeter les bases
pour une discussion approfondie.
Le projet de loi
propose cependant d'interdire l'admissibilité à l'aide médicale à mourir pour
les personnes présentant un trouble mental
comme seul problème médical invoqué. Devant l'absence de consensus clair, le
caractère sensible de ce sujet et la nécessité de poursuivre la
réflexion, le principe de précaution a été privilégié.
Le projet de loi
propose également que les maisons de soins palliatifs ne puissent plus exclure
l'aide médicale à mourir de leur offre de soins. Cette proposition vise à
favoriser un accès équitable aux soins de fin de vie et à offrir une continuité
de soins aux patients qui y sont admis.
Au niveau des
professionnels de la santé, le projet de loi propose que les infirmières
praticiennes spécialisées puissent offrir tous les soins de fin de vie, y
compris l'aide médicale à mourir, au même
titre que les médecins. Le projet de loi propose qu'il soit dorénavant permis aux
infirmières et infirmiers de constater les décès, et ce, tant pour l'aide médicale à mourir que dans toutes les
autres circonstances de décès. Cette disposition, d'ailleurs, avait été émise
lors de la pandémie, et les interventions se sont démontrées probantes.
Afin de renforcer
davantage le soutien des professionnels impliqués dans les soins de fin de vie,
le projet de loi propose de rendre obligatoire la consultation de groupes
interdisciplinaires de soutien. Ces groupes existent déjà dans plusieurs
établissements, sans toutefois être obligatoires. Au sujet de la Commission sur
les soins de fin de vie, celle-ci a pour
mandat d'examiner toute question relative aux soins de fin de vie et de surveiller
l'application des exigences particulières
relatives à l'aide médicale à mourir. Le projet de loi propose d'élargir les
renseignements dont la commission peut disposer pour mieux accomplir son
travail. On propose également d'augmenter le nombre de membres de la Commission
sur les soins de fin de vie.
En conclusion, Mme la
Présidente, je tiens à réitérer l'importance de ce projet de loi pour une fin
de vie digne, et à rappeler les principes
sous-jacents à son étude, soit la rigueur, la bienveillance et la recherche
d'équilibre entre l'autodétermination de la personne et la protection
des personnes vulnérables. À l'avance, je tiens à remercier l'ensemble des députés, les groupes qui viendront
partager avec nous leur expertise, leurs constats et leurs préoccupations,
et à souligner l'engagement de tous dans cet important exercice. Alors, je vous
remercie, Mme la Présidente.
La Présidente
(Mme Lecours, Les Plaines) : Merci beaucoup, Mme la ministre.
Alors, j'invite maintenant la porte-parole de l'opposition officielle et
députée de Westmount—Saint-Louis
à faire ses remarques préliminaires, pour une durée de
3 min 36 s. Allez-y, Mme la députée.
Mme Maccarone :
Merci, Mme la Présidente. Bonjour, collègues. Évidemment, je suis contente
d'être parmi vous. C'est la suite, pour moi,
car j'ai été membre de la commission spéciale lors de la dernière législature.
Je suis heureuse
d'être accompagnée par la
collègue de D'Arcy-McGee. Je pense que, toutes les deux, on amène quand
même une expérience en ce qui concerne le concept de handicap.
Alors, je veux dire
que nous, on a l'intention, évidemment, de poursuivre dans le débat, en ce qui
concerne le projet de loi n° 11, avec
beaucoup de compassion. C'est un projet de loi qui est très émotionnel. On
parle de l'humanité, on parle des soins de fin de vie, mais, en
principe, on parle vraiment d'aide médicale à mourir. Parce que, malgré qu'on
parle beaucoup de... Au début, on parlait d'un état, et, maintenant, c'est une
évolution à une maladie. On introduit la notion de handicap, puis je comprends
qu'on parle de handicap neuromoteur, mais ça va en prendre une définition de ce que ça veut dire, la notion de
handicap, pour assurer qu'on a une clarté en ce qui concerne l'adoption de
cette loi, pour éviter qu'on ait des
dérives, pour protéger les personnes qui sont, souvent, en situation de
vulnérabilité, et qu'elles sont vulnérables.
On va parler beaucoup
de l'autonomie, on va parler beaucoup d'autodétermination, on va parler
beaucoup d'aptitude, inaptitude, la notion
de souffrance. C'est des concepts qui me préoccupent beaucoup. Les collègues
qui ont siégé avec moi lors de la dernière commission spéciale vont s'en
souvenir que nous avons fait beaucoup de débats en ce qui concerne toutes ces notions, parce que c'est très humain, parce
que ça peut être très subjectif. Alors, tout ce qui va être des balises
en ce qui concerne les demandes anticipées me préoccupe énormément, ainsi que le
débat en ce qui concerne l'introduction
d'une notion de handicap, car nous n'avons jamais fait le débat ici, à
l'Assemblée nationale, en ce qui concerne l'introduction d'une notion de
handicap, nous n'avons jamais fait le débat lors de notre dernière commission
spéciale. Et aussi, les collègues vont s'en souvenir, lors du dépôt du projet
de loi n° 38 du ministre de la Santé, lors de la dernière législature,
c'était une notion qui a été introduite et retirée, parce qu'on savait qu'on
n'était pas prêt. Et ce qui me préoccupe... Et j'ai hâte d'entendre tous les
témoignages de tous les gens qui vont passer en consultations particulières,
parce qu'on n'a pas fait un débat en ce qui concerne cette notion.
Et ce que j'ai
beaucoup appris de Lise Thériault, l'ancienne députée d'Anjou—Louis-Riel,
au moment qu'on dépose un projet de loi, que le gouvernement dépose un projet
de loi, ce n'est plus votre projet de loi, c'est le projet de loi de la société. J'ai hâte d'entendre tous
les témoignages et je remercie d'avance tous les gens qui vont venir partager
leur expérience, leurs compétences. Tout...
Que ce soit dans le cadre législatif ou personnel, ça va être important pour
nous d'être à l'écoute. J'aurais souhaité
avoir des consultations encore plus larges, parce que ça va être important de
s'assurer que tous les gens qui
souhaitent s'exprimer en ce qui concerne cette nouvelle notion soient entendus.
On ne va pas en faire le débat ici, dans ce projet de loi, des troubles
mentaux, mais, c'est clair, il va y avoir des gens qui vont venir en témoigner
à cet égard. Et j'espère qu'on va avoir une écoute ouverte puis un esprit
ouvert en ce qui concerne l'application de l'aide médicale à mourir parce que
c'est un débat de société, et ça représente une évolution pour tous les
Québécois et Québécoises.
La Présidente
(Mme Lecours, Les Plaines) : Merci beaucoup, Mme la députée.
Maintenant, j'invite la porte-parole du deuxième groupe d'opposition et députée
de Sherbrooke à faire ses remarques préliminaires, pour une durée de
1 min 12 s. La parole est à vous.
Mme Labrie : Merci beaucoup, Mme la
Présidente. Je dois dire que je me joins à vous avec beaucoup d'humilité
sur ce dossier-là, parce que je n'ai pas fait
partie de la commission spéciale,
comme certaines de mes collègues, mais ça me rassure de savoir que vous êtes
autour de la table, encore avec nous, aujourd'hui, pour nous partager tout
cela.
dossier de l'aide médicale à mourir, c'est un dossier que j'ai suivi à distance
depuis ses tout débuts, parce que j'appréciais beaucoup, d'abord, comme
citoyenne, puis, ensuite, comme députée, la manière dont ça se travaillait par
consensus. Donc, moi, j'ai bien l'intention de travailler de cette manière-là
avec vous. Je trouve ça très inspirant, la façon dont ça s'est déroulé jusqu'à
maintenant, et puis j'espère que ça continuera d'être le cas.
Je vais porter une
attention particulière aux groupes qui viennent se prononcer sur l'enjeu des
handicaps neuromoteurs, parce que ça n'avait
pas été l'objet de discussions dans la commission spéciale sur l'évolution de
la loi, mais il y a quand même plusieurs groupes qui viennent s'exprimer
là-dessus aujourd'hui.
Donc,
moi, j'arrive ici l'esprit ouvert. Si on est capable de dégager des consensus,
on verra ce qu'on peut en faire mais
c'est vraiment ça qui va me guider. Donc, merci, puis j'espère que l'ambiance
sera bonne tout au long de ces travaux, parce que c'est quand même un
enjeu délicat.
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Merci
beaucoup, Mme la députée. J'invite maintenant la députée de Laviolette—Saint-Maurice à faire ses remarques préliminaires, pour une durée de
1 min 12 s. La parole est à vous.
Mme Tardif :
Merci, Mme la Présidente. C'est avec émotion que je prends la parole aujourd'hui,
que je siège à
titre de membre de cette commission.
C'est un projet de loi, comme on l'a dit, qui vise à étendre la portée
de l'aide médicale à mourir,
mais je crois que ça représente probablement un des sujets les plus importants
sur lesquels nous allons légiférer, et en ce
sens que ça a été dit aussi, mais on va poursuivre le travail que vous avez
fait, chers collègues, l'énorme travail, devrais-je dire, qui a été
accompli par les membres de la Commission spéciale sur l'évolution de la Loi
concernant les soins de fin de vie. Et, tout comme eux, je m'engage à être à
l'écoute des organismes qui ont déposé un mémoire et qui vont venir nous donner
leur avis, car il est essentiel que la loi soit représentative de notre
société. Nous devons tous nous sentir respectueux, sereins et en paix lorsque
ce projet de loi sera adopté.
Aussi,
pour ma part, je suis confortable avec le fait qu'un trouble mental ne soit pas
considéré comme une maladie admissible.
Je suis aussi en accord que, comme les médecins, les infirmières praticiennes
spécialisées qui le souhaitent, c'est bien important, puissent
administrer la sédation palliative continue et l'aide médicale à mourir.
La Présidente
(Mme Lecours, Les Plaines) : Mme la députée, votre temps est
malheureusement écoulé. Merci beaucoup.
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Alors, avant d'entamer le début des auditions, je
vais suspendre quelques instants. Merci.
(Suspension de la séance à
10 h 03)
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : À
l'ordre, s'il vous plaît! Alors, nous allons reprendre les travaux de la
commission.
Nous
sommes, donc, rendus aux auditions particulières pour une durée totale de
45 minutes. Le gouvernement aura
16 min 30 s, l'opposition officielle, 9 min 54 s,
le deuxième groupe de l'opposition, 3 min 18 s, et les
indépendants... l'indépendante, 3 min 18 s.
souhaite, donc, la bienvenue aux représentants suivants, c'est-à-dire
Mme Nicole Filion et M. Jocelyn Maclure. Bienvenue à cette commission. Je vous rappelle que
vous disposez de 10 minutes pour votre exposé, puis nous procéderons,
par la suite, à la période d'échange avec
les parlementaires. Je vous invite donc à vous présenter et à débuter votre
exposé. La parole est à vous.
Mme Filion
(Nicole) : Bonjour. Mon nom est Me Nicole Fillon, avocate. Et je
suis ex-directrice générale des affaires juridiques au bureau du Curateur
public du Québec.
M. Maclure
(Jocelyn) : Jocelyn Maclure, professeur de philosophie à l'Université
McGill et président de la Commission de l'éthique en sciences et technologie du
Québec.
Mme Filion
(Nicole) : Alors, bonjour à tous. À
titre de co-présidents du Groupe
d'experts sur la question d'inaptitude et l'aide médicale à mourir, nous sommes
bien heureux, M. Maclure et moi-même, de pouvoir participer aux
consultations sur le projet de loi n° 11.
D'entrée de
jeu, nous voulons vous rappeler que le groupe d'experts avait été constitué à
l'époque à la demande du ministre de
la Santé et des Services sociaux en 2017, et il était composé de
13 experts qui étaient issus de différents domaines, dont la
médecine, la pharmacie, les sciences infirmières, la psychologie, le travail
social, la philosophie, le droit et la
défense des droits des usagers. Le mandat du groupe était notamment d'analyser
des situations pour lesquelles l'aide médicale à mourir serait
souhaitable en cas d'inaptitude, le cas échéant, et aussi de rédiger un rapport
faisant état de ses recommandations. Le
rapport a été déposé en novembre 2019 et était intitulé : L'aide
médicale à mourir pour les
situations... pour les personnes en situation d'inaptitude : le juste
équilibre entre le droit à l'autodétermination, la compassion et la
prudence . Il figure à la page 2... Le lien figure à la page 2 de
notre mémoire.
D'entrée de jeu, on doit rappeler qu'on ne peut
exprimer des opinions sur le projet de loi n° 11 au nom des experts qui
ont constitué le groupe puisque le mandat du groupe est terminé et que le
groupe a été dissous, mais nous pouvons affirmer que le projet de loi, et plus
spécifiquement les dispositions qui traitent de la demande anticipée d'aide
médicale à mourir, est de façon générale en adéquation avec les conclusions
auxquelles en sont venues le groupe en 2019. Dans le mémoire du 31 mai
2022, eu égard au projet de loi n° 38, nous avions exprimé des réserves
dont va vous faire part M. Maclure.
M. Maclure
(Jocelyn) : Merci beaucoup, Nicole. Donc, lors de notre mémoire
dans le cadre du projet de loi n° 38, on avait exprimé quatre
grandes réserves, dont : une réserve importante sur la notion de refus de
recevoir l'aide médicale à mourir par une personne qui est en situation
d'inaptitude et qui aurait fait une demande anticipée d'aide médicale à mourir
auparavant, lorsqu'elle était apte; une autre réserve sur le rapport entre les
souffrances détaillées, décrites dans la demande anticipée versus les
souffrances contemporaines, objectivables et vécues par une personne en
situation d'inaptitude; une réserve aussi concernant la prise en considération
des personnes isolées; et une autre quant à l'implication des proches dans la
formulation d'une demande anticipée d'aide médicale à mourir. Comme
Me Filion l'a dit, le projet de loi n° 11 est nettement supérieur au
projet de loi n° 38 sur ces questions.
J'y reviens à
tour de rôle, mais en m'attardant à la question du refus, parce que je pense
que c'est là où il reste de l'ambiguïté
dans le projet de loi n° 11, même si cet enjeu-là est mieux traité que dans
le projet no° 38. Donc, pour être très spécifique, le projet de loi
n° 11, s'il est adopté en l'état, le nouvel
article 29.19 de la Loi concernant les soins de fin de vie inclura les
troisième et quatrième alinéas suivants. Donc, je cite le texte du projet de
loi :
«Tout refus de recevoir l'aide médicale à mourir
manifesté par la personne doit être respecté et il ne peut d'aucune manière y
être passé outre.
«Pour l'application du troisième alinéa, une
manifestation clinique découlant de la situation médicale de la personne ne
constitue pas un refus de recevoir l'aide médicale à mourir.» Fin de la
citation.
Donc, cette
idée est très importante. Qu'il y ait une manifestation clinique qui découle de
la situation médicale ne constitue pas un refus. Donc, ça, c'est
vraiment un pas dans la bonne direction.
Les nouveaux articles 30.1 et 30.2 de la
loi se liront comme suit, si le PL n° 11 est
adopté :
«30.1. Une demande anticipée ne devient pas
caduque du fait qu'un professionnel compétent a conclu qu'il ne peut
administrer l'aide médicale à mourir, à moins que cette conclusion ne découle
du refus de recevoir cette aide manifesté par la personne.»
La proposition est qu'il faut préciser ce qui
constitue un refus.
«30.2. Lorsqu'un professionnel compétent conclut
qu'il ne peut administrer l'aide médicale à mourir à une personne qui a formulé une demande anticipée en
raison du refus de recevoir cette aide manifesté par la personne, il doit s'assurer
que la demande est radiée, dans les plus brefs délais, du registre établi en
vertu de l'article 63.»
Donc, quand on met ces quatre dispositions-là
ensemble, je pense... on pense que ça peut créer un flou, une incertitude dans
l'application de la loi. Donc, on présume que la notion de refus de recevoir
l'aide médicale à mourir lorsqu'on est en
situation d'inaptitude, ça s'applique à une personne qui a perdu l'aptitude,
hein, à consentir à ces soins, et que c'est pour ça qu'elle a rédigé
d'abord une demande anticipée d'aide médicale à mourir. Mais quel est le sens
d'un refus d'une personne qui n'est plus apte à évaluer les soins de santé
qu'elle souhaite recevoir? Ça ne peut pas être un refus issu d'une délibération
rationnelle sur les soins de fin de vie qu'elle souhaite. Ce serait un refus qui
se manifesterait sans doute par de la résistance, une certaine forme
d'agitation.
Évidemment, si c'est un refus qui est issu d'un
retour passager à la lucidité, la volonté doit être respectée. Et, si la
personne dit qu'elle ne souhaite pas recevoir l'aide médicale à mourir, cette
demande doit être en fait radiée. Donc là, il n'y a pas d'enjeu éthique de ce
côté-là. Mais, si la personne demeure en situation d'inaptitude, donc là, il faut se demander : Est ce que, bon, c'est un
refus par rapport à quoi, hein, par rapport aux procédures mises en place par
les professionnels de la santé? Et, si c'est
le cas, bien, on ne croit pas que ça devrait mener à la radiation de la
demande. En fait, peut-être qu'il
faut reporter la procédure, peut-être que les circonstances ne sont pas
appropriées, mais ça ne devrait pas mener à un refus.
Donc, notre position, c'est que, s'il y a ce
qu'on pourrait penser... qu'on pense qu'il faudrait préciser, est-ce que le
refus en question doit être lorsque la personne est encore apte pour que la
demande soit radiée. Et je pense que c'est ça qui découle de l'esprit de la loi
lorsqu'on dit que le refus ne doit pas être une manifestation clinique de
l'état de la maladie. On pense que c'est
sans doute ce que ça implique, mais ce n'est pas clair dans la loi
présentement. Sur le plan des souffrances subjectives versus objectives,
on pourra en reparler si vous voulez, le projet de loi est plus satisfaisant.
Je laisse la parole à Nicole pour les dernières minutes.
Mme Filion
(Nicole) : D'accord. Nous avions aussi des remarques eu égard aux
personnes totalement isolées. Alors, nous
avions, à l'époque, le groupe d'experts, exprimé une préoccupation sur le sort
de ces personnes-là. On était d'avis
que l'impossibilité de désigner un tiers ne devait pas pour autant compromettre
le droit à l'autodétermination de la
personne qui a rédigé une demande anticipée. Nous saluons le fait que le
législateur, dans le PL n° 11, ait considéré une telle
préoccupation en introduisant de nouveaux articles, en l'occurrence les
articles 29.6, 29.14 à 29.16.
À la lumière
de ces articles-là, nous comprenons qu'il peut y avoir un tiers de confiance
ainsi qu'un second tiers de
confiance. Et, malgré qu'ils soient tous deux dans l'impossibilité d'agir ou ne
pas avoir été identifiés dans une demande anticipée, un professionnel de l'équipe de soins et même toute autre
personne peut signaler aux professionnels compétents la possibilité que la personne éprouve des
souffrances. Nous sommes très rassurés de ce fait-là, et selon nous, ça constitue
un filet de sécurité très appréciable pour
que la personne puisse continuer d'exercer son autonomie malgré son inaptitude.
Donc, pour ce qui est des articles,
nous sommes également d'avis qu'ils sont... que ce sont des remèdes suffisants
pour répondre à une personne qui est
isolée et qui reçoit... qui ne reçoit pas des soins en continu dans la mesure
où, lorsqu'une personne reçoit un
diagnostic grave et incurable, bien, elle est généralement suivie par une
équipe soignante multidisciplinaire ou à tout le moins un médecin.
L'implication des proches selon la volonté de la
personne. Le PL prévoit, dans le cadre d'une demande contemporaine,
l'implication des proches. Ça, de ce côté-là, ça ne pose aucun problème. Là où
on voit encore une problématique, c'est dans le cadre d'une demande anticipée.
Nous constatons à regret que l'implication des proches n'est pas prévue dans les circonstances suivantes. Il s'agit de quatre
circonstances quand même importantes et je veux les identifier : la survenance de l'inaptitude d'une personne qui a
formulé une demande, lorsque le professionnel procède à l'examen de la personne; lorsqu'elle paraît
éprouver des souffrances; lorsqu'il a effectué un examen et qu'il rend ses
conclusions; ou lorsqu'il est temps pour le
professionnel compétent de poser un geste aussi radical que l'aide médicale
à mourir, soit avant de procéder à l'administration. Donc, l'implication, on
constate que l'implication des proches est abordée uniquement lorsque le
professionnel invite la personne à s'entretenir avec ses proches, lorsqu'elle
formule sa demande, à l'article 29.4. Donc, on pense qu'il y aurait lieu
pour le législateur de considérer sérieusement cette question-là.
En conclusion, nous accueillons favorablement
les dispositions du projet de loi qui portent sur la possibilité d'une personne
qui reçoit un diagnostic de rédiger une demande anticipée d'aide médicale à
mourir. On croit que ces dispositions-là favorisent le droit à
l'autodétermination des personnes quant aux soins de vie qu'elles souhaitent obtenir, tout en protégeant les personnes qui sont
éminemment vulnérables, soit celles qui se trouvent en situation d'inaptitude.
Cependant, on croit que les dispositions concernant les refus de recevoir
l'aide médicale à mourir gagneraient à être
clarifiées et qu'on pourrait prévoir une implication plus grande des proches,
en particulier ceux qui ne jouent pas le rôle de tiers de confiance,
évidemment, dans la mesure où la personne malade en a exprimé la volonté de
manière explicite ou tacite. Merci de votre attention.
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Merci beaucoup,
Mme Filion. Merci, M. Maclure. Alors, nous allons entamer la période
d'échange avec les parlementaires. Je vais donc céder la parole à la banquette
de la ministre. Vous aurez un temps total de 15 min 30 s.
La parole est à vous.
Mme Bélanger : Alors, je vais
débuter et, si mes collègues veulent poursuivre, naturellement, vous êtes les
bienvenus.
D'abord,
merci beaucoup, Me Filion et M. Maclure, pour votre exposé. Merci
pour le dépôt du mémoire. En fait, et ce que je constate, c'est que le PL
n° 11 semble répondre en grande
partie de façon satisfaisante, là, aux
préoccupations qui ont été énoncées lors de l'étude du projet de loi
n° 38 et lors du précédent mémoire. Moi, ça me... J'ai peut-être une
question qui m'interpelle davantage, c'est sur la notion de refus. Vous avez
parlé tantôt de la notion de refus et qu'arrive-t-il au moment où la personne
n'est plus apte à consentir, comment interpréter que la personne refuse
maintenant d'aller de l'avant avec l'aide médicale à mourir? J'aimerais vous
entendre davantage sur cette notion.
M. Maclure (Jocelyn) : Merci
beaucoup, Mme la ministre. Oui, c'est un enjeu extrêmement difficile. Vous êtes
peut-être au fait d'un cas aux Pays-Bas où une personne qui avait à répétition
réitéré une demande anticipée d'euthanasie, dans ce cas-là, avait très, très
souvent réitéré sa volonté. Mais, au moment de l'administration de
l'euthanasie, a résisté, a éprouvé un malaise et, bon, les professionnels de...
les soignants étaient dans une certaine détresse,
hein, ne savaient pas comment gérer cette résistance. Et c'est le genre de
situation, effectivement, qu'on veut éviter. Mais, bon, il faut se
rappeler que, si on permet les demandes anticipées d'aide médicale à mourir,
c'est pour respecter la volonté de la personne lorsqu'elle était en pleine
possession de ses facultés rationnelles, qui a réfléchi à ce qu'elle souhaitait
pour sa fin de vie, a exprimé la volonté d'avoir accès à l'aide médicale à
mourir une fois, hein, qu'elle serait en
situation de souffrance, hein, réfractaire aux traitements, avec un déclin
irréversible, et ainsi de suite. Donc,
si on en arrive à la conclusion qu'il faut radier une demande, il faut
s'assurer, hein, que ça vienne vraiment de la volonté de la personne et
que ça ne soit pas une manifestation de son état de santé à ce moment-là, une
fois qu'elle a perdu les moyens de réfléchir de façon rationnelle à ce qu'elle
souhaite pour sa fin de vie.
Donc, je
pense que ça prend un protocole clinique très clair. Comment on administre une
AMM à une personne en situation
d'inaptitude? Quelles sont les bonnes pratiques? Et, s'il y a de la résistance,
on peut arriver à la conclusion que ça devrait être reporté à un autre
moment. Mais, s'il y a une radiation de la demande, je pense que ça doit être
lors de... s'il y a un retour à la lucidité, hein? Ça peut arriver aussi. Si la
personne est redevenue apte à évaluer ce qu'elle
souhaite pour elle-même, donc là, il faut effectivement respecter sa volonté.
Mais, si c'est des symptômes cliniques... Et la
notion de refus, dans le projet de loi, n'est pas précisée, là. Est-ce que
c'est en situation d'aptitude ou est-ce que ça inclut des situations d'inaptitude?
Et, si c'est le cas, ça me semblerait problématique.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : À vous.
Mme Bélanger : Oui. Alors...
Bien, écoutez, peut-être... Ce que je comprends, dans le fond, c'est qu'on doit
s'assurer que les professionnels soient en
mesure de bien faire la différence entre un refus de soins versus une
résistance aux soins. Et ce que vous recommandez, c'est que, dans
l'élaboration d'un protocole, il y ait des signes cliniques ou des manifestations, là, pour guider les
professionnels dans leurs décisions et... dans leur évaluation d'abord et dans
leurs décisions par la suite. Est-ce que c'est bien ça?
M. Maclure (Jocelyn) : C'est
exactement ça. Et, si possible, est-ce que le refus présuppose l'aptitude? Je
pense que, logiquement, ça devrait être le cas. Sinon, ça devrait être
interprété comme une résistance.
Mme Bélanger : OK. Ça va pour
moi.
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Oui. Alors, merci
beaucoup, Mme la ministre. On a une question de Mme la députée de
Roberval.
Mme Guillemette : Bonjour,
merci d'être présents avec nous aujourd'hui. Moi, je reviens sur la question de
refus. Est-ce qu'on devrait l'aborder dans
la... Quand il est question de remplir la demande anticipée, est-ce que la
personne devrait dire : Bien,
moi, même s'il y a un refus, je souhaite qu'on aille au bout ou, non, si vous
voyez qu'il y a un refus, je ne veux pas? Est-ce que cet aspect-là devrait
d'emblée être mentionné dans le formulaire de demande, d'après vous?
M. Maclure (Jocelyn) : Nicole,
est-ce que tu veux intervenir ou tu...
Mme Filion (Nicole) : Je te
laisse continuer sur ta lancée.
M. Maclure
(Jocelyn) : OK. Parfait. Je pense qu'il faut, d'abord,
élaborer le protocole clinique avant de pouvoir répondre à cette question-là. Entre autres, dans ce protocole, on va
déterminer quel est... quelles sont les bonnes pratiques eu égard à
l'utilisation de sédatifs, hein, de calmants, qu'est-ce qu'il se fait
présentement lors de l'administration de soins
à des personnes en situation d'inaptitude. Et, une fois qu'on aurait répondu à
ces questions, élaboré le protocole, je pense qu'après on pourrait
revenir à cette question. Parce que, si ça fait déjà
partie du protocole de
donner quelque chose pour calmer la personne qui ne comprend pas ce qu'il se
passe, bien là, écoutez, je pense qu'on peut respecter la volonté qu'elle a exprimée antérieurement. Mais, bon, est-ce qu'on
devrait encourager les personnes à préciser quoi faire si leur choix
contemporain, là, est en situation d'agitation? Je pense qu'on ne perd rien de
le faire, mais je pense qu'il faut d'abord réfléchir au protocole clinique à
mettre en oeuvre dans ces situations-là.
Mme Guillemette : Parfait,
merci. J'aurais peut-être une dernière question avant de passer la parole à mes
collègues. Pour vous, on parle de souffrance
contemporaine, de souffrance anticipée. Pour vous, est-ce que la souffrance
psychologique qui serait anticipée par quelqu'un... Et là je comprends que ce
n'est pas, bien, lorsque je ne reconnaîtrai plus mes proches, lorsque je serai incontinent, c'est vraiment une
souffrance qu'elle aura identifiée comme psychologique. Est-ce que, pour vous, c'est admissible à la notion de
souffrance ou c'est vraiment une souffrance physique, pour vous, qui
devrait être admise?
M. Maclure
(Jocelyn) : Je pense que, dans les demandes anticipées, dans
la description de ce qui va constituer des souffrances intolérables, je
pense que, bon, la personne peut décrire ce qu'elle ressent quand même comme étant
des souffrances qu'elle souhaite éviter.
Mais, bon, vous vous rappelez, le sens de notre
recommandation était qu'on évite de procéder trop tôt à une aide médicale à
mourir pour éviter qu'elle soit administrée dans une situation de démence
relativement paisible ou plutôt heureuse. Et ça, c'est compatible avec le fait
qu'on ne reconnaisse plus ses proches, hein? Donc, je pense que, dans la demande anticipée, la personne peut
décrire sa propre perception, mais elle doit, au moment de l'administration,
être en situation de souffrance
objectivable, là. Il faut voir qu'elle n'a plus de qualité de vie, qu'elle
souffre, et ça peut inclure des souffrances psychiques aussi et
physiques.
Nicole, je ne sais pas si tu voulais ajouter
quelque chose.
Mme Filion
(Nicole) : Bien, je fais un petit peu du pouce sur
l'implication des proches. Je pense que l'implication des proches est
très importante en ce sens où les proches sont une mine d'informations très,
très riche, entre autres, justement, pour décoder des signaux de souffrance
chez la personne malade qui sont souvent des souffrances d'ordre psychologique,
par exemple de la peur, de l'anxiété, de la détresse. Alors, je pense que ce
serait intéressant de ne pas se priver des proches qui peuvent vraiment aiguiller
le professionnel sur des souffrances qu'il a à observer de façon tout à fait
objectivable. Voilà.
Mme Guillemette : Merci.
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Merci beaucoup. Est-ce
que j'ai d'autres questions? Il reste 6 min 50 s, Mme la députée
de Châteauguay. La parole est à vous.
Mme Gendron :
Bonjour, Me Filion, M. Maclure. Merci d'être avec nous ce matin
puis de nous permettre ces belles discussions. En fait, je vais faire un peu du
pouce sur ce que vous avez dit, Me Filion. Je veux aller voir un petit peu
plus la notion... Vous avez noté, en fait, de demander l'implication des
proches, que l'implication des proches devrait être plus intégrée à la
démarche. Est-ce que vous avez une piste d'idées ou des exemples à nous fournir,
s'il vous plaît?
Mme Filion
(Nicole) : Oui, absolument. Je veux, d'entrée de jeu, vous dire qu'il
faut que la personne malade ait exprimé explicitement ou tacitement une
volonté, hein, de voir ses proches impliqués. Peut-être qu'elle a choisi délibérément
de ne pas vouloir impliquer les proches pour toutes sortes de raisons qui lui
appartiennent. Cependant, je pense que le législateur devrait étudier l'option
que, dans la loi, y figure un
article qui énonce, si on veut, un principe
général qui pourrait stipuler que, à moins qu'il y ait l'expression d'une
volonté à l'effet contraire provenant de la personne inapte, les proches
devraient être considérés ou pris en compte dans une démarche de demande
anticipée d'aide médicale à mourir. Personnellement, je crois que, si on ne
prévoit pas une telle disposition, je crains que la loi soit malheureusement
appliquée au pied de la lettre et elle pourrait causer des préoccupations aux
proches aidants et à la famille qui entourent la personne dans la dernière phase
de sa maladie.
Je pense que... Je
réitère le fait que la place du tiers de confiance est prépondérante dans le
cadre de la demande anticipée, et c'est très bien ainsi, je ne remets pas ça en
question. Au contraire, dans notre recommandation, je crois que c'était la
recommandation 7 du rapport du groupe d'experts déposé en novembre 2009,
nous en avions fait une question
prépondérante. Cependant, je pense qu'il devrait y avoir lieu de trouver une
place, si minime soit-elle dans la loi, aux proches, sous réserve de la
volonté exprimée de façon tacite ou exprès de la personne malade.
La Présidente
(Mme Lecours, Les Plaines) : Merci beaucoup. Est-ce qu'il y a
d'autres questions?
Mme Gendron : Bien, si vous pouvez me
permettre, j'aimerais juste préciser quelque chose. Donc, j'entends que vous désireriez qu'on s'informe auprès des proches
si la procédure doit être faite à un moment donné. Est-ce que c'est ce
que je comprends?
Mme Filion
(Nicole) : Pas tout à fait. En fait, d'entrée de jeu, il faudrait voir
la volonté de la personne. Ça, c'est la
première chose à faire. Au moment où elle formule sa demande anticipée d'aide
médicale à mourir, souhaite-t-elle ou
non l'implication de ses proches? Elle a le droit de ne pas souhaiter
l'implication de ses proches, et c'est son choix. Ceci étant dit, on
voit beaucoup, dans les dispositions de la loi, dans le cadre d'une demande
anticipée, l'implication du tiers de
confiance. J'en suis. Je suis tout à fait d'accord avec ça. Mais, si vous lisez
les dispositions, vous allez voir que les proches ne sont pas là
autrement que dans l'application de l'article 29.4 au moment où la
personne formule sa demande et que le
professionnel compétent l'invite, si elle le souhaite, à consulter ses proches.
Mais, tout le long du processus menant à... jusqu'à l'administration de
l'aide médicale à mourir, les proches n'y sont pas. Alors, je pense que ce serait bien qu'on ait une clause de nature
générale pour voir, toujours sous la base de la même réserve que je viens
de vous expliquer, si des proches pourraient
ou pas être considérés dans le... la démarche d'une demande anticipée d'aide médicale
à mourir.
La Présidente
(Mme Lecours, Les Plaines) : Merci. Je pense qu'on a une question
de Mme la ministre.
Mme Bélanger : En fait, je pense que la
discussion est fort pertinente. La notion de proche, elle est importante,
on le sait, là, quand on... tout au long de
notre vie, en particulier quand on arrive en fin de vie. Mais est-ce que vous ne
craignez pas qu'il y ait un problème de confusion des rôles entre le tiers de
confiance et les proches?
Parce qu'on sait très
bien qu'une personne pourrait choisir un tiers de confiance, on suppose qu'elle
fait confiance, donc qu'elle est proche, mais quelle serait la nuance entre une
personne qui choisit un tiers de confiance qui
est une amie, par exemple, versus les proches qui sont les enfants? Est-ce
qu'il n'y aurait pas un risque, en amenant la notion de proche, si on ne le définit pas, de créer, je dirais, de
l'incertitude par rapport au rôle que doit avoir le tiers de confiance?
Mme Filion
(Nicole) : Je peux répondre à ça, en ce sens où le tiers de confiance
n'est pas un mandataire. Ce n'est pas lui
qui décide, ce n'est pas un tuteur, ce n'est pas un curateur, c'est une
personne qui souvent a gagné la confiance, évidemment, de la personne malade et peut attirer l'attention du
personnel médical sur, par exemple, les souffrances que la personne
malade éprouve.
Quant aux proches,
quant à moi, ils peuvent avoir un rôle tout à fait complémentaire,
c'est-à-dire... Souvent, ce sont des proches aidants. Les tiers de confiance ne
sont pas nécessairement des proches aidants. Mais les proches peuvent témoigner de l'histoire de la personne
malade, rapporter son vécu, ses valeurs, les facettes de son existence et
ils peuvent — et c'est quelque chose à ne pas négliger — témoigner
des volontés que la personne malade a déjà exprimées par le passé, de ce que ça... ce qu'elle
souhaitait comme mort digne. Alors, je ne vois pas de conflit entre les deux
rôles.
Et, ceci étant dit,
je reviens sur le fait que la personne peut très bien choisir de ne pas
impliquer, de ne pas vouloir impliquer ses proches, et, quant à moi, c'est tout
à fait acceptable, si c'est de sa volonté.
Je ne sais pas, Jocelyn, si tu veux compléter.
M. Maclure
(Jocelyn) : Bien, peut-être juste pour dire que... je pense...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Le temps est écoulé, je m'excuse.
M. Maclure (Jocelyn) : Parfait.
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Le temps est écoulé pour la
partie du
gouvernement. Par contre, on va
continuer ces discussions fort intéressantes avec la députée de Westmount—Saint-Louis. Votre temps est de 9 min 54 s.
Mme Maccarone : Merci, Mme la
Présidente. Bien, je vais prendre la balle au bond parce que les questions sont
très pertinentes. Quand on parle de... le rôle de tiers de confiance, je pense
que c'est très important, puis vous soulevez vraiment quelque chose qui est
important souvent dans la vie de la personne concernée, puis, je suis d'accord,
ce n'est pas le proche aidant ou la personne qui est désignée comme tiers de
confiance qui va administrer l'aide médicale
à mourir, c'est eux qui vont peut-être soulever le questionnement : Est-ce
que ma mère, est-ce que mon ami,
est-ce que la personne dont je suis responsable est rendue à un point où nous
devons se préoccuper de la demande anticipée?
Et j'ajoute que, dans les statistiques, 27 % de l'aide médicale à mourir
qui est administrée est faite à domicile. Ça, c'est les statistiques de 2020-2021. C'est quand même 40 % des
demandes. Alors, est-ce que c'est... C'est important.
D'abord, comment nous devons le baliser dans la
loi pour que le rôle de tiers de confiance est vraiment pris en considération?
Est-ce que, selon vous... Parce que moi, je suis heureuse que vous nous
accompagniez toujours dans ce processus.
Vous êtes là vraiment depuis le début. Comment l'élaborer dans la loi pour que
ce soit clair, le rôle de cette personne? Est-ce qu'on dit que c'est eux qui
devraient peut-être, s'ils sont nommés, être le précurseur? Parce qu'on
veut respecter l'autonomie de la personne concernée.
Mme Filion (Nicole) : Vas-y,
Jocelyn. Je te cède la parole.
M. Maclure (Jocelyn) : Bien,
très brièvement, parce que, vraiment, Me Filion était au Curateur public avant
puis c'est vraiment une experte dans le domaine, mais je pense que les
dispositions actuelles qui concernent le tiers de confiance sont dans... en adéquation avec l'esprit de nos
recommandations. C'est une personne qui n'a pas un droit de veto, c'est une personne qui attire l'attention
de l'équipe soignante, qui est aussi une mine d'informations, et ainsi de suite, mais sans avoir de droit de veto. Et on est
heureux qu'il y ait un deuxième tiers de confiance qui puisse être désigné
aussi.
Alors, ceci
étant dit, la personne peut avoir été accompagnée par plusieurs proches pendant
tout ce processus et peut-être qu'une
application trop stricte ou étroite de la loi pourrait convaincre un médecin,
par exemple, de simplement s'entretenir avec un tiers de confiance, alors qu'il
y avait peut-être des enfants, des frères et soeurs aussi qui ont toujours
été impliqués. Je pense que c'est l'esprit de la recommandation de Me Filion.
Mme Maccarone : Et je présume
que la notion aussi de s'assurer que le tiers de confiance que ce soit clair que... Exemple, si le... les professionnels qui
entourent la personne concernée disent que nous... pensent que nous sommes
rendus à un moment où nous, selon la demande anticipée, nous devons poursuivre
parce que l'état de la personne est rendu à un point où on peut administrer le
soin de fin de vie, mais le tiers de confiance dit : Non, non, je ne suis
pas d'accord. Est-ce que ça aussi, c'est une
leçon que nous devons aussi élaborer dans la loi pour assurer qu'on respecte
aussi le droit et l'autonomie de la personne qui a fait la demande
anticipée?
Mme Filion (Nicole) : Je dois
vous dire que 29.6 vient bien camper les responsabilités du tiers de confiance
dans la demande anticipée, notamment d'aviser le professionnel de la santé
lorsqu'il croit que la personne éprouve des
souffrances telles qu'elles sont décrites dans la demande. Et, à partir de ce
moment-là, il y aura... ce que j'en ai compris, évidemment, il y aura
l'entrée en scène du professionnel de la santé qui va procéder à un examen.
Donc, dans le fond, le tiers de confiance, c'est
celui qui lève le drapeau rouge, qui va dire aux gens, l'équipe médicale : Écoutez, moi, j'ai comme
l'impression — puis
c'est bien campé à 29.6 — que
la personne souffre et je demande à
ce qu'il y ait un examen qui soit réalisé. Et ça aussi, tout l'aspect examen
par le professionnel compétent est tout à fait bien campé dans le projet
de loi, là, n° 11. Donc...
Mais, ceci
étant dit, je pense que l'entrée en scène d'un tiers de confiance ne devrait
pas nécessairement vouloir dire qu'on exclut de façon radicale
l'implication des proches. Et, quand je parle d'implication des proches, là, c'est
peut-être juste de les tenir informés de ce qu'il se passe, point à la ligne.
M. Maclure (Jocelyn) : Si je
peux ajouter quelque chose, c'est une très bonne question, je pense qu'on
pourrait décider de procéder à une aide médicale à mourir suite à un examen des
professionnels de la santé. C'est possible
qu'un tiers de confiance considère que ce ne soit pas le... ce soit trop rapide
et il faut prendre son point de vue au sérieux aussi, mais c'est... L'esprit de
notre recommandation, c'était d'abord une mesure de protection supplémentaire
au cas où les professionnels de la santé ne seraient pas au fait qu'il y aurait
une demande anticipée ou aurait perdu de vue
qu'il y en a une, il peut y avoir quelqu'un qui dit : Bien, écoutez, là,
mon proche souffre vraiment, c'est peut-être le temps d'exécuter sa
volonté.
Mais, si le tiers, lui, n'est pas prêt, mais que
les médecins et les... le personnel soignant considère que, là, l'état s'est beaucoup dégradé, la personne est en
souffrance constante, ça peut justifier aussi l'administration de l'aide médicale à mourir. Il n'y a pas un droit de veto, là,
du tiers de confiance ni dans la loi ni dans l'esprit de nos recommandations.
Mme Maccarone : Je veux
retourner sur la notion de leur refus. Parce que, selon vous, dans votre
mémoire puis dans vos remarques, si j'ai bien saisi, vous, vous pensez que nous
devons ajouter une définition de la notion de refus dans la loi. Ça prend un
article pour que ce soit plus clair, oui?
M. Maclure (Jocelyn) : Oui,
parce que, présentement, on peut interpréter les dispositions comme un refus
pouvant être exprimé en situation d'inaptitude. Et, si c'est le cas, là il y a
une ambiguïté, parce qu'en même temps on dit que, si c'est une manifestation
clinique de la maladie, ce ne doit pas être vu comme un... un refus. Alors,
est-ce que ça signifie que c'est simplement en situation d'aptitude qu'il
puisse y avoir un refus? Et là le texte ne le dit pas. Il y a une sorte de
sous-détermination et ça pourrait créer peut-être une certaine confusion pour
les cliniciens.
Mme Maccarone : Sauf
que, dans votre mémoire, vous n'avez pas fourni une définition de c'est quoi,
un refus. Alors — je
vous vois sourire — évidemment,
ce n'est jamais trop tard. Nous, on est preneurs pour les amendements.
Mais je pense que ça va être important si vous pouvez vous exprimer en ce qui
concerne la notion puis ça devrait avoir l'air de quoi dans la loi.
Parce que je vous soumets aussi, on parle de
refus, mais on n'a pas parlé de démence heureuse que nous savons tous...
Surtout, on a tous entendu les témoignages de, par exemple,
Mme Demontigny, qui a passé beaucoup aux
nouvelles lors de la commission spéciale aussi. Si c'est clairement indiqué
dans une demande anticipée, c'est fait... on a fait la recommandation de
faire des témoignages par vidéo, par exemple, si c'est clairement indiqué que,
peu importe, si j'arrive à un tel moment puis je dis : Pour moi, là, ça,
c'est un refus, si je suis rendu à un moment dans ma vie où c'est une démence heureuse, mais je souhaite quand même
poursuivre. Est-ce que ça, ça peut faire
partie d'une définition que
nous avons besoin de la loi aussi? Parce que c'est rendu à un point où, moi,
mon autodétermination, mon choix, c'est de
ne plus vivre parce que ce n'est plus moi, rendu à ce moment-là. Mais comment
est-ce qu'on peut équiper aussi le corps professionnel? Parce que, c'est
sensible, c'est humain, c'est difficile, c'est catégorisé pour moi aussi comme
un type de refus.
M. Maclure (Jocelyn) : Oui. Un
des choix que le groupe d'experts a fait, c'est d'exclure l'administration
d'aide médicale à mourir pour des personnes en situation de démence
relativement heureuse et paisible. Hein, c'est... ça a été une des grandes
questions qu'on avait à... sur laquelle on devait se prononcer, une des plus
complexes, et on considère que tous les
autres critères qui donnent accès à l'AMM doivent être respectés lors de
l'administration. Donc, il doit y avoir souffrance persistante,
réfractaire aux traitements, il doit y avoir un déclin irréversible de la
maladie et avancé, donc ça exclut ces moments de démence heureuse. Même si une
personne inscrivait dans une demande anticipée que, lorsque je reconnais plus
mes proches, même si j'ai l'air d'être dans un certain bien-être, c'est à ce moment-là que je voudrais l'AMM, nos
recommandations, c'est que, non, ça, c'est trop tôt parce que la personne
devenue inapte acquiert des nouveaux intérêts à ce moment-là, a un
certain bien-être, qu'on veut lui permettre de vivre cette période-là avant de
passer à l'administration d'un soin, hein, qui est l'aide médicale à mourir.
Donc, ça exclut déjà ce genre de possibilité là. Et évidemment, là, je parle en
mon nom, parce que, le groupe, on n'a pas été dans le fin détail là-dessus. Pour moi, un refus doit... qui mène à
une radiation de la demande doit être issu d'une réflexion rationnelle sur les
soins qu'on se souhaite. Donc, ça doit être en situation d'inaptitude. Si c'est
de la résistance en situation d'inaptitude, ça peut mener au report de la procédure et non pas à la radiation. Mais,
ça, c'est mon point de vue personnel, hein, je ne m'exprime pas au nom
du groupe sur cette question.
Mme Maccarone : Merci. Est-ce
qu'il reste du temps?
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : 10 secondes pour une petite question rapide, rapide.
Une voix : Je pense qu'on va laisser
faire. 10 secondes.
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : On va laisser faire.
Merci beaucoup. Alors, on est maintenant... Merci beaucoup pour ces réponses. On est maintenant rendu à la députée
de Sherbrooke. Vous bénéficiez de 3 min 18 s.
Mme Labrie : Merci, Mme la
Présidente. Je vais poursuivre sur la question de tiers de confiance parce que vous nous amenez à réfléchir à l'implication de
davantage de proches, là. Le projet de loi prévoit deux tiers de confiance.
Est-ce qu'il y a une raison pour laquelle on devrait limiter le nombre de tiers
de confiance? Par exemple, une personne qui désigne son mari mais qui a
plusieurs enfants, si son mari décède entre-temps, on va se retrouver sans
tiers de confiance. Est-ce qu'une
personne ne pourrait pas avoir le droit de nommer sans qu'il y ait
nécessairement une limite au nombre de tiers de confiance qui pourraient
être habilités à lever le drapeau sur sa souffrance?
Mme Filion
(Nicole) : Je crois que le projet de loi n° 11 prévoit un tiers
de confiance et un second tiers de confiance, tout ça dans le but de pouvoir
s'assurer que la condition de la personne malade soit considérée en temps utile, alors qu'elle exprime des souffrances, etc. Et je
pense que le projet de loi n° 11 répond très bien et davantage de ce que répondait le projet de loi n° 38
sur cette question-là, à savoir au-delà des tiers de confiance, on responsabilise
en quelque sorte, si je peux m'exprimer ainsi, aussi les professionnels de
l'équipe soignante et aussi toute autre personne
qui pourrait être témoin de souffrances qu'exprime... Donc, tout ça pour lever
le drapeau, comme je le disais tout à l'heure et pour s'assurer que la
personne sera soit prise en charge par le professionnel compétent qui, dès
lors, va procéder à l'examen de la personne selon les prescriptions, là, des
articles 29.12 et suivants.
Donc, quant à moi,
c'est suffisant parce qu'il y a un filet de sécurité qui vient entourer la
personne.
Mme Labrie :
Est-ce que, M. Maclure, vous souhaitez vous exprimer aussi sur...
M. Maclure
(Jocelyn) : Ça va pour moi.
Mme Labrie :
OK. Bien, vous nous dites que c'est suffisant, mais je me permets de vous
poser quand même la question, parce qu'on peut imaginer tout un paquet de
situations pour lesquelles il pourrait arriver quelque chose, ou même
l'inaptitude de la personne qui est nommée tiers de confiance entre temps, et
donc que ce ne soit pas possible d'en nommer
un nouveau. Une personne peut avoir plusieurs enfants, être déchirée par
rapport à quel tiers de confiance nommé, c'est comme choisir entre ses
enfants. Ça m'apparaît assez difficile comme décision à prendre. Je ne vois... J'ai de la misère à comprendre pourquoi
il faudrait que ce soit limitatif le nombre de tiers de confiance. J'ai bien
compris leur rôle, mais j'ai de la difficulté à comprendre pourquoi il faudrait
que ce soit limitatif le nombre de personnes qu'on demande de choisir pour être un tiers de confiance. Est-ce que
vous avez une piste d'explication pour moi, pour ça?
Mme Filion
(Nicole) : Bien. En fait, dans l'hypothèse que vous nous exposez,
l'autre... le frère, ou l'autre soeur, ou l'autre
enfant pourrait très bien, à
titre de personne, non pas nécessairement à
titre
de tiers de confiance, signaler la condition de son proche à... au
professionnel compétent. Donc, peu importe le chapeau qu'il porte. Je pense que
le législateur, dans le projet de loi, a
prévu... à fermer toutes les portes pour ne pas que la personne soit privée
d'un traitement ou d'un examen par le
professionnel compétent. Et là je fais le parallèle un peu avec le mandat de
protection qu'on appelait, par ailleurs, le mandat en cas d'inaptitude,
il y a des substituts...
La Présidente
(Mme Lecours, Les Plaines) : Me Filion.
Mme Filion
(Nicole) : Oui?
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Je
suis désolée, je dois vous demander d'arrêter. Le temps réparti est
arrêté pour la députée de Sherbrooke. Je dois maintenant laisser le temps de
parole à la députée de Laviolette—Saint-Maurice pour une période également de
3 min 18 s.
Mme Tardif : Merci. Merci d'être là,
merci de vous être penchés, là, sur ce projet de loi qui est très important.
Corrigez-moi si j'ai malentendu, mais, de manière générale, je constate que
vous êtes en accord avec l'esprit du projet de loi, avec l'esprit de
l'élargissement de ce... de cette loi.
me posais des questions aussi par rapport au refus parce qu'on entend beaucoup
parler de démence heureuse. Mes
collègues en ont parlé. Vous nous conseillez, donc, d'ajouter un
article dans
la loi pour bien définir ce qu'est un refus. Et, à ça, je crois que nous
allons y réfléchir sérieusement. C'est un bon point.
Je suis aussi
confortable avec le fait que vous nous dites d'impliquer davantage les proches
aidants, mais je me pose aussi la question à
savoir... et on sait comment ça fonctionne, là, ce sont des moments extrêmement
émotifs et... quand une personne est malade, et, s'il y a le tiers qui a
été nommé par la personne malade et ses proches aidants, comment bien définir
le rôle de chacun pour ne pas, justement, engendrer de la chicane? Et
comment... Je dirais même par rapport aux intérêts des proches, parce que les
proches, souvent, vont avoir un intérêt, malheureusement, disons-le, mais ce sera parfois des intérêts
pécuniers. Donc, il faut jauger nos articles de loi, et ce n'est pas facile, et
je vous demande votre aide par rapport à ça.
Et j'aimerais vous
entendre aussi par rapport à... vous avez parlé de l'insistance sur la
description subjective, et c'est très important, là, de détailler les
souffrances. Ce n'est pas une mince affaire non plus, mais, au point de vue
médical, ça se fait. Comment détailler? Donc, j'ai une question avec deux
volets.
M. Maclure
(Jocelyn) : Très bien. Mais merci de votre question. Brièvement, sur
le... la notion de refus, je pense que ça
pourrait être un alinéa dans l'article disant qu'un refus ne doit pas être une
manifestation directe de la maladie, une
manifestation clinique. Donc, on pourrait ajouter un alinéa disant qu'un refus
doit être exprimé dans une situation de... un état lucidité ou en
situation d'aptitude.
la question des souffrances, et je vais laisser l'autre question à Nicole, dans
le projet de loi antérieur, n° 38, on insistait très lourdement sur les...
sur la description suggestive, antérieure, là, dans la demande anticipée, des
souffrances qui ne seront pas acceptables à nos yeux lorsqu'on sera en
situation d'inaptitude. Le problème avec cette insistance était que plusieurs
personnes, on le sait, hein, n'ont pas envie d'être dépendantes, de dépendre
lourdement des proches, de ne plus les reconnaître, d'être placées en centre
d'hébergement de longue durée, et ainsi de suite, mais tous ces symptômes-là sont compatibles avec un certain bien-être,
et on veut s'assurer que la... que l'aide médicale à mourir soit
administrée au moment où il y a des souffrances contemporaines objectivables
par des professionnels de la santé. Et là le projet de loi atteint un meilleur
équilibre entre les deux souffrances, là. Nicole?
La Présidente
(Mme Lecours, Les Plaines) : Le temps est écoulé. Je vous laisse
quelques secondes pour répondre à l'autre partie, mais le temps est déjà
écoulé. Très rapidement, s'il vous plaît.
Mme Filion (Nicole) : Écoutez,
pour répondre brièvement, les articles 29.6, 29.14 ou 29.15 et 29.16,
viennent bien camper le rôle du tiers de confiance. Je pense que ça n'exclut
pas l'implication des proches si telle est la
volonté de la personne malade. Et le rôle du tiers de confiance est d'abord et
avant tout d'aviser le professionnel de la santé s'il croit que la
personne éprouve des souffrances et aussi pour l'aviser de l'existence de la
demande.
Alors, je
pense que le projet de loi n° 11 vient bien répondre au rôle du tiers de
confiance, avec une petite réserve sur l'implication des proches que
j'ai exprimée tout à l'heure.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup, Me Filion, M. Maclure, merci
énormément au nom des parlementaires et des membres de la commission, du
personnel également, pour votre présentation et surtout pour votre contribution
à nos travaux.
Alors, je vais suspendre quelques instants, le
temps de recevoir le prochain groupe.
(Suspension de la séance à 10 h 54)
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : À l'ordre, s'il vous plaît! Nous allons reprendre nos
travaux. Nous sommes maintenant rendus au
deuxième groupe de la journée qui est représenté par Mme Sylvie Grenier,
directrice générale, et Mme Nouha Ben Gaied, directrice, Recherche,
et développement, et qualité de services, à la Fédération québécoise des
sociétés d'Alzheimer.
Alors, je
vous rappelle que vous avez une période de 10 minutes, mesdames, pour
notamment vous représenter... vous présenter et, ensuite, pour votre
exposé. La parole est à vous.
Mme Grenier
(Sylvie) : Merci beaucoup. D'abord, Mme la ministre des Aînés
et des proches aidants, Mme la Présidente
de la commission, Mesdames les députées, merci de nous accueillir et de nous
permettre de prendre part à la consultation
publique entourant le projet de loi n° 11 qui vise notamment à étendre
l'aide médicale à mourir aux personnes inaptes.
Je me présente, Sylvie Grenier, comme vous
l'avez fait... comme vous l'avez dit, Sylvie Grenier, directrice générale de la
Fédération québécoise des sociétés Alzheimer, porte-parole des 20 sociétés
Alzheimer du Québec, qui, elle, offre aux
170 000 Québécois, qui vivent avec troubles cognitifs et leurs
proches aidants, de l'information, du soutien psychosocial, de la
formation et du répit. Je suis accompagnée aujourd'hui par ma collègue, Dre
NoUha Ben Gaied, qui, elle, est directrice
de recherche et développement, de la qualité des services. Le hasard fait
parfois bien des choses, notre horaire a été modifié, on a l'opportunité
aujourd'hui d'être parmi les premiers à s'entretenir avec vous.
Le projet de
loi permettant d'encadrer l'élargissement de l'aide médicale à mourir était
très attendu, surtout à la suite des
recommandations de la Commission des soins de fin de vie, et de l'avis de
plusieurs experts, et de l'acceptation sociale au sein de la société
québécoise.
La FQSA avait, d'ailleurs, déploré que les
discussions autour du projet de loi n° 38 aient menées... aient été menées en fin de session parlementaire en juin
2022. Nous sommes ravies de voir que, très rapidement, Mme la ministre,
vous avez agi en déposant un nouveau projet de loi pour discuter
d'élargissement de l'aide médicale à mourir aux personnes inaptes dans des
conditions plus sereines, sans pression temporelle, pour laisser la place à la
réflexion et à des discussions avec l'ensemble des groupes concernés, et cela,
dans un contexte transpartisan.
La FQSA a été
partie prenante de l'ensemble des consultations publiques, forums ou
commissions parlementaires entourant l'élargissement de l'aide médicale
à mourir. Et nous tenons, d'ores et déjà, à mentionner que la fédération
accueille favorablement les énoncés généraux du projet de loi, soit :
«Que des
personnes atteintes d'une maladie grave et incurable mènent... menant à
l'inaptitude à consentir aux soins puissent formuler une demande
anticipée d'aide médicale à mourir;
«Que des infirmières praticiennes soient
habilitées à administrer la sédation palliative en continu et aux infirmières
de constater le décès;
«Que l'AMM puisse être rajoutée à l'offre de
services des maisons de soins palliatifs;
«Que le
concept de mort raisonnablement prévisible soit supprimé du projet de loi, au
profit du concept global de soins de fin de vie;
«Qu'un groupe interdisciplinaire d'experts soit
sollicité, au besoin, par l'équipe soignante;
«Que la
demande anticipée d'AMM soit notariée et consignée dans un registre commun, au
même titre, en fait, que les directives médicales anticipées.»
La charte des droits et des personnes atteintes
de troubles cognitifs majeurs stipule, comme premiers droits à respecter, d'avoir accès aux mêmes droits que
l'ensemble des Canadiens. Cela passe notamment par leur inclusion dans l'ensemble
des lois qui régissent notre société. Un comité aviseur de la Société Alzheimer
Canada s'est également penché sur cette question et
l'ensemble des membres sont en accord avec la possibilité d'avoir accès à une
demande anticipée pour pouvoir avoir le choix de prendre une décision éclairée,
et ce, dès qu'un diagnostic est posé.
Au Québec, nous
n'avons pas assez entendu la voix des personnes qui vivent avec un trouble
neurocognitif majeur tel que la maladie d'Alzheimer, et nous essaierons aujourd'hui de porter leur voix,
d'apporter certaines nuances, mais
aussi, de vous convaincre de procéder à des amendements de l'actuel projet de
loi. Ces nuances portent, notamment, sur l'importance du diagnostic dans
le processus de discussion et, par la suite, de la notion de déclin avancé lors
de l'administration de l'AMM, les troubles mentaux associés aux troubles
neurocognitifs majeurs, le rôle du tiers de confiance,
le processus de l'administration de l'AMM au moment venu, certaines obligations
des professionnels compétents, et,
enfin, le principe d'autodétermination, qui, lui, est pratiquement absent du
projet de loi. Après lecture de l'actuel projet de loi, plusieurs des suggestions que nous avions formulées lors de la
précédente consultation ont été prises en compte, mais il ne demeure pas moins
que certains articles du projet de loi nécessitent plus de précisions pour
mieux encadrer l'administration d'une demande anticipée d'AMM aux
personnes rendues inaptes suite à l'évolution des troubles neurocognitifs.
Pour la fédération et
les 20 sociétés membres, l'aide médicale à mourir devra toujours être
considérée, dans une situation de déclin cognitif avancé, comme un soin de
dernier recours, après que l'équipe soignante ait tout tenté pour soulager la souffrance physique et psychique
de la personne. Ça suppose également que l'AMM ne devrait, en aucun cas, devenir la solution de facilité à l'incapacité
de notre système de santé et des services sociaux à prendre soin et accompagner
adéquatement les personnes les plus vulnérables de notre société, et ce, jusqu'à
la fin de leur vie.
ne faudrait pas non plus qu'en raison de préjugés, de stigmas, ou encore,
d'expériences négatives personnelles on accélère la mort des personnes
atteintes, alors que l'on devrait les accompagner, en mettant à leur
disposition des soins de qualité, une
approche humaniste, des milieux de vie adaptés à leurs besoins, du personnel,
surtout, qualifié et formé à
l'intervention auprès des personnes qui vivent avec un trouble neurocognitif
majeur, et surtout, en les considérant comme des personnes à part
entière, et ça, tout au long du parcours de leur vie avec la maladie. Voilà,
c'était notre introduction de notre présentation.
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Merci
beaucoup. Il vous reste encore trois minutes, si vous voulez... si vous
avez d'autres informations. Est-ce que ça va? Sinon, on passe la parole...
Mme Grenier
(Sylvie) : Ça va pour nous, oui.
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Merci,
merci infiniment pour votre exposé. Donc, je vais... je vais me tourner
du côté de la ministre, pour une période de 16 min 30 s. Alors,
la parole est à vous.
Mme Bélanger : Oui, alors, Mme la
Présidente... alors, Mme Grenier, bonjour, il me fait plaisir de vous
revoir, Dre Ben Gaied aussi. Merci pour
le mémoire que vous déposez et puis pour votre présentation que vous venez de
faire. Naturellement, on voit que, de façon générale, vous êtes en
faveur de l'ensemble des éléments au niveau du projet de loi n° 11. Par contre, vous
amenez certains éléments, puis j'aimerais peut-être qu'on ait une discussion à
ce niveau-là.
Dans
votre mémoire, vous notez que l'obligation, pour la personne, de déterminer,
dans sa demande anticipée d'aide
médicale à mourir, les souffrances qu'elle ne souhaite pas vivre va à
l'encontre de l'autodétermination. J'aimerais vous entendre là-dessus. C'est ce qu'on a compris, là, qui était inscrit
dans votre mémoire. Qu'est-ce que vous proposez comme solution? Ou
peut-être qu'on a moins bien interprété, mais j'aimerais vous entendre
spécifiquement sur cet élément-là.
Mme Grenier
(Sylvie) : Moi, je vois Nouha qui réagit, donc je te laisse aller,
Nouha.
Mme Ben Gaied
(Nouha) : Non, effectivement, on mentionne, dans notre mémoire, que
l'aide médicale à mourir devrait être
considérée dans un... dans des conditions de déclin avancé et irréversible de
la capacité de la personne et, pour
ça, de se baser sur des échelles bien connues pour, justement, déterminer ce
déclin avancé, mais en aucun cas, en
fait, que cela va à l'encontre du principe d'autodétermination de la personne.
Au contraire, on trouve que ce principe-là n'est pas assez mis en valeur dans
le projet de loi, et qu'il faudrait, justement, que ce soit davantage quelque
chose qui soit poursuivi au-delà de la demande anticipée, et qu'il soit
respecté tout au long du processus.
Donc, pour nous, le
principe d'autodétermination de la personne, c'est quelque chose qui,
justement, est un point de discorde au niveau du projet de loi. Mais en aucun
cas le fait de faire une demande anticipée va à l'encontre de ce principe-là.
On demande, au contraire, que la personne, lorsqu'elle reçoit un diagnostic,
qu'elle soit impliquée dans le processus décisionnel, qu'elle puisse avoir
cette conversation avec le professionnel compétent, que le tiers de confiance
soit impliqué, que les proches, autant que possible, soient impliqués également
dans cette discussion, et que ce soit une décision libre et éclairée de la
personne, qu'elle effectue lorsqu'elle est apte à consentir aux soins.
Mme Bélanger :
OK. Peut-être, j'aimerais revenir... une question de clarification, là.
Vous dites que vous constatez que l'autodétermination serait un point de
discorde dans le projet de loi. J'ai bien compris ça, là? C'est ce que vous
avez mentionné? J'aimerais ça vous entendre un petit peu plus là-dessus, là,
sur l'autodétermination versus qu'est-ce qu'il est inscrit dans le projet de
loi, versus votre vision des choses par rapport à ça.
Mme Ben
Gaied (Nouha) : Effectivement, dans un contexte où c'est une demande
anticipée qui est effectuée de manière libre et éclairée par la personne
apte à consentir aux soins, on s'attend que cette demande soit respectée le moment venu, dans un contexte d'inaptitude. Et, dans ce
contexte-là, il y a certains articles du projet de loi qui vont à l'encontre de
ce principe d'autodétermination. C'est notamment, par exemple, au niveau de
l'article 29.19, où, là, on mentionne
que tout refus de recevoir l'aide médicale à mourir manifesté par la personne
doit être respecté, et il ne peut, d'aucune manière, y être passé outre,
ou encore, le fait que... il y a un autre article, excusez-moi, là, je suis en
train de le chercher, où, là, on va, encore
une fois, à l'encontre de ce principe-là. Et, en fait, ce n'est pas qu'on va à
l'encontre, c'est une omission, c'est... on ne le prend pas assez en
considération dans le processus suivi pour, justement, recevoir l'aide médicale
à mourir.
Le fait,
également, de radier... pardon, excusez-moi, il y a eu un retour... le fait,
également, de radier une demande d'aide médicale à mourir lorsqu'il y a un
refus, pour nous, est considéré non seulement comme une compréhension
très simpliste de l'évolution avec un trouble neurocognitif majeur, mais
également comme une... on va à l'encontre du principe d'autodétermination,
puisque, oui, effectivement, il peut y avoir un refus lors de l'administration
de l'aide médicale à mourir, et cette manifestation,
ça va se manifester, notamment, par de la résistance, par des pleurs, par des
cris, mais il ne faudrait pas, effectivement, s'arrêter à cette résistance aux
soins, et continuer, effectivement, avec le processus d'administrer l'aide
médicale à mourir.
On rejoint ici beaucoup ce que le groupe
d'experts avant nous, notamment Dr Machure a mentionné, entre ce qui est une
résistance aux soins et ce qui est un refus de l'aide médicale à mourir. Et,
pour cela, bien, forcément, les professionnels compétents, les professionnels
de la santé qui entourent la personne au moment de l'administration de l'aide médicale à mourir doivent être formés,
sensibilisés, justement, à cette possible résistance aux soins au moment de
l'administration de l'aide médicale à mourir. Mais en aucun cas ça ne doit être
considéré comme un refus, et que la radiation soit, donc, l'action qui ensuit
ce refus-là.
C'est pour ça qu'on mise davantage sur des
protocoles clairs, sur une formation et puis, bien, que ça ne doit pas nécessairement être ouvert à tous les
professionnels, mais plutôt à une catégorie de professionnels qui seraient
formés à administrer l'aide médicale
à mourir auprès des personnes inaptes dans un contexte de trouble neurocognitif
majeur.
Mme Bélanger : D'accord.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Allez-y.
Mme Bélanger : Ça va pour moi.
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Donc, est-ce que j'ai des
questions? Mme la députée de Roberval.
Mme Guillemette : Merci, Mme la
Présidente. Merci, Dre Ben Gaied, d'être ici, et Mme Grenier, pour nous éclairer sur certaines questions qu'on a. Et moi,
je reviens aussi sur le refus. Est-ce que ce ne serait pas bien de le baliser
dans la demande anticipée, de demander,
quand la personne est apte, si jamais il y a un refus, est-ce qu'on va jusqu'au
bout ou est-ce qu'on ne va pas jusqu'au bout? Parce que nous, on est des
législateurs, mais, vous comprendrez, pour le
médecin qui va... ou l'IPS qui va administrer l'aide médicale à mourir à
quelqu'un qui crie, qui pleure, qui ne veut plus, en tout cas, qui manifeste des signes, il faut
prendre cet aspect-là en considération. Quelqu'un qui n'aurait jamais manifesté
aucune... qui n'aurait jamais eu aucune manifestation de peur de seringue, ou
d'injection, ou... puis que, tout d'un coup, quand vient le temps d'administrer l'aide médicale à mourir, se débat,
est-ce que, d'après vous, il faudrait bien l'encadrer dans le formulaire
de demande lorsque la personne est apte? Vous voyez ça comment, cet aspect-là?
Mme Ben
Gaied (Nouha) : Alors, oui, effectivement, on ne peut... on ne
pourra jamais, en fait, savoir à l'avance comment la personne va réagir lors de l'administration de l'aide
médicale à mourir, elle ne sera pas non plus nécessairement toujours en mesure de verbaliser son accord à
l'administration des soins, et donc c'est pour ça qu'effectivement des lignes
directrices devront être bien claires. Le fait de le baliser en amont, donc
dans la demande anticipée, dans la demande, oui,
anticipée, permettrait, en fait, de donner au professionnel compétent un cadre
dans lequel il pourra agir, et ce sera, effectivement, sa volonté,
encore une fois, au moment venu, de recevoir l'aide médicale à mourir ou pas.
Maintenant, c'est toujours quelque chose de très
personnel, dans le sens que, dans... Actuellement, le formulaire d'aide
médicale à mourir de manière anticipée, bien, on ne sait pas encore de... son
contenu, et donc, bien, à ce moment-là, ce
sera très important de savoir qu'est-ce qu'on accepte et qu'est-ce qu'on
refuse, comme c'est le cas dans le formulaire des directives médicales
anticipées, où on accepte ou on refuse un certain nombre de soins. Ça viendra baliser, d'une certaine manière, mais, en
même temps, il se peut qu'il y ait des manifestations qui n'aient pas été
incluses dans la demande anticipée et qui
seront malheureusement, vécues par la personne au moment de l'administration de
l'aide médicale à mourir.
Mme Guillemette : Merci. J'ai
des collègues qui ont des questions, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Mme la députée de Vimont.
Mme Schmaltz : Bonjour,
mesdames. Au niveau des critères d'administration, si on regarde le volet
numéro un, vous demandez d'ajouter davantage de balises. Vous demandez à
ce qu'il y ait des critères supplémentaires basés sur la perte de dignité et d'autonomie. Et cet instrument, en fait, qui a
été développé par les chercheurs, vous avez élaboré plusieurs
points. Je me posais la question... peut-être que j'ai mal compris...
c'est : Pourquoi vous voulez ajouter ces critères-là dans ce point-là?
Pourquoi on les ajoute? Est-ce qu'ils sont en opposition ou ils sont
complémentaires?
Mme Ben
Gaied (Nouha) : Ils sont tout à fait en complémentaire. C'est
vraiment pour venir spécifier qu'est-ce qu'on entend par un déclin avancé et
irréversible et, encore une fois, ça fera plus l'objet des lignes directrices,
des procédures pour les professionnels.
Mais, effectivement, le fait que ce soit un déclin avancé et irréversible des
capacités, bien, ça suppose qu'on
s'appuie sur des échelles évaluées qui sont déjà utilisées par les
professionnels de la santé et qui permettent... qui leur permettent, en
fait, de définir, à ce moment-là, quelles seront les souffrances insoutenables,
physiques et psychiques qu'éprouve la personne.
Mais c'est aussi pour baliser, dans le
formulaire de demande anticipée, qu'est-ce qu'on pourra et qu'est-ce qu'on ne
pourra pas demander dans ce formulaire-là. Donc, il faudra, en fait, objectiver
sa demande lorsqu'elle sera remplie par la
personne, et non pas tout simplement donner des exemples comme, bien, je ne
reconnais pas mes proches, par exemple. Cette reconnaissance des
proches, elle n'est pas nécessairement associée à de la souffrance. Cette reconnaissance des proches est aussi beaucoup
associée à la souffrance des proches, de l'entourage, qui, effectivement,
vit un deuil blanc par rapport à l'évolution de la maladie. Et donc, bien,
c'est là qu'on vient ramener, effectivement, des échelles validées qui sont
utilisées par les professionnels, pour que, dans la demande anticipée, on se
base sur quelque chose qui est, par la suite, mesurable.
Mme Schmaltz : Est-ce que je...
Juste une dernière petite question, là, juste pour être certaine d'avoir bien saisi. Parce que je regardais... Bon, je vous
donne un point, là, que vous avez cité, les atteintes de la personne à effectuer
des tâches domestiques. Le point que je
soulevais par rapport à ça, quand on parle de critères de souffrance
intolérable, c'est : Comment
qu'on évalue cette... ces points-là? C'est juste ça que j'ai essayé de voir.
Est-ce qu'on les catégorise dans des
souffrances insoutenables ou c'est... Je ne sais pas si vous comprenez ce que
je veux dire? Pour moi, c'est une base, peut-être, assez simple. Est-ce
qu'on peut les rentrer dans ces catégories-là si la personne, justement, n'a
plus... a perdu ces fonctions-là?
Mme Ben
Gaied (Nouha) : Alors, il y a d'autres échelles pour mesurer la
douleur des personnes aînées, et, à ce moment-là, elles seraient également à
utiliser pour, justement, mesurer ces souffrances physiques et psychiques. Là, le
fait que ce soit un déclin avancé et irréversible, on s'appuie sur l'échelle de
Reisberg, et puis, bien, c'est vraiment dans les stades les plus avancés de la
maladie, où on va avoir une répercussion assez importante sur le niveau d'autonomie et de dignité de la personne. Ce n'est
pas nécessairement toujours associé à de la souffrance. Donc, effectivement, il y aurait d'autres échelles à utiliser
pour mesurer cette douleur-là et évaluer, effectivement, est-ce que la
personne répond aux critères de l'aide médicale à mourir ou pas.
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Merci beaucoup. Je crois
que la députée d'Abitibi-Ouest aurait une question pour vous.
Mme Blais : ...dans votre mémoire,
vous dites que la fédération accueille favorablement les énoncés généraux du
projet de loi, soit... et je m'en tiens au point 2, qui dit que les
infirmières praticiennes soient habilitées à administrer
la sédation palliative continue... aux infirmières, et de constater le décès.
Pour moi, une sédation palliative, c'est un soin de confort. Est-ce
qu'on parle de la même chose?
Mme Ben Gaied (Nouha) : Bien
là, c'est ce qui est proposé dans le concept du projet de loi, et ça permettra aussi d'arrimer, finalement, la loi provinciale et
la loi fédérale que d'étendre les... que d'étendre, effectivement, le champ
de compétence des infirmières. Qu'elles soient impliquées dans le processus,
bien, nous paraît tout à fait acceptable, et
même souhaité, puisqu'elles sont aussi au chevet des personnes puis qu'elles
les accompagnent sur une longue durée. Donc, qu'elles soient impliquées
dans ce processus nous paraît tout à fait légitime.
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Merci beaucoup. Je pense
que, Mme la députée de Laporte, vous avez également une question?
Mme Poulet : Oui,
merci beaucoup à tous les deux d'être présentes. Dans votre mémoire, vous
parlez de certaines nuances, dont certaines obligations des
professionnels compétents. Dans notre projet de loi, on parle que le médecin doit faire une recherche si un formulaire était
complété, d'aviser le chef de service, un médecin, infirmière praticienne
doivent être... les professionnels sont compétents et sont formés. Quand vous
parlez de nuances concernant les obligations,
est-ce que ce serait possible d'avoir plus de détails sur ce point-là, sur
cette nuance-là que vous apportez?
Mme Ben Gaied (Nouha) : Oui.
Effectivement, c'est surtout par rapport, bien, à des amendements, là, que l'on amène, au niveau, notamment, par exemple,
du... de l'article 29.13, où c'est non seulement une reformulation, mais
c'est, en plus, dans un contexte global, là, du processus qui serait suivi pour
administrer l'aide médicale à mourir. Mais c'est surtout
dans le cas de refus. Dans le cas de refus, bien, il n'y a aucune mention, à
notre sens, par rapport à quelle serait l'obligation
du professionnel compétent s'il refuse d'administrer l'aide médicale à mourir à
une personne inapte. À ce moment-là, on ne mentionne pas qu'il doit
référer à un professionnel compétent. Ça doit d'abord passer par
l'établissement, qui, lui, doit avoir... doit remédier à la situation, et là,
pour nous, il y aurait, encore une fois, une précision à donner.
Le fait, également, que la... le professionnel
compétent devra, effectivement, avoir cette conversation avec la personne en début, donc la nécessité, encore une
fois, de miser sur le diagnostic. Mais on est bien conscient que, d'une part, il faudra bien choisir le moment durant
lequel cette conversation va avoir lieu. Non seulement il y a toute la charge
émotive qui est associée au diagnostic, mais il y a également une notion de
temps. Il faudra que le professionnel compétent prenne le temps, avec le
patient, pour lui expliquer le processus, pour lui expliquer également à quoi
s'attendre avec l'évolution de la maladie, pour lui donner, justement, un
aperçu de l'ensemble des possibilités de soins qui s'offrent à lui avec la
maladie, mais également en fin de vie, puis c'est vraiment cette obligation-là
qu'on souhaiterait davantage mise de valeur parce que ce n'est pas une décision
qui devra être prise à la légère, mais il devra y avoir un accompagnement par
les professionnels durant tout le parcours, finalement.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Dre Ben Gaied, merci beaucoup pour votre réponse. Je suis désolée, le temps vient de s'écouler. Merci, Mme
la ministre. Merci, Mmes les députées. Je me retourne maintenant vers la
députée de Westmount—Saint-Louis,
pour une période de 9 min 54 s. On poursuit les échanges.
Mme Maccarone : Merci beaucoup.
Merci beaucoup pour votre témoignage et pour votre mémoire. Vous soulevez des
questions très importantes, surtout la notion de ce formulaire. Alors, je fais
une demande formelle tout de suite, si
possible, de déposer le formulaire, que nous pouvons tous avoir une
consultation, de faire la lecture de ceci et de faire un... Comme ça, lors des
échanges, rendus à l'étude détaillée, nous serons en mesure d'avoir comme,
quand même, un échange constructif,
au lieu d'au moment que ce sera déposé, pour retarder aussi le débat en ce qui
concerne cette loi. Parce que toutes vos questions sont en lien avec le
formulaire. Nous n'avons pas vu le formulaire, alors c'est difficile de se prononcer en ce qui concerne les balises. On peut
avoir des espoirs, puis ça se peut que c'est là-dedans, ça se peut que ce n'est pas là-dedans. Il va
falloir vraiment qu'on fait un débat presque uniquement en ce qui concerne
les critères qui sont écrits dans le
formulaire. Alors, merci de l'avoir soulevé, parce que, c'est vrai, ça va être
un enjeu très important.
Je veux ramener un peu la notion du déclin
avancé irréversible. Lors des échanges que nous avons eus avec Me Filion et M.
Maclure, j'avais soulevé la question de démence heureuse, puis, selon eux, ça
ne fait pas
partie d'un critère pour être
éligible pour procéder avec une demande anticipée, par exemple, si, mettons, ça
fait
partie du formulaire. Je souhaite entendre votre point de vue
là-dessus, parce que, quand on parle, souvent, de démence heureuse, on parle
vraiment d'un Alzheimer qui est très avancé. Alors, si vous pouvez nous
illuminer, s'il vous plaît.
Mme Ben Gaied (Nouha) : Alors,
déjà, en termes de terminologie, au niveau des sociétés Alzheimer, on n'utilise pas le terme «démence», puisque c'est un
terme qui est très chargé en connotation négative, mais on va y aller avec le
terme «démence heureuse», qui est plus communément utilisé. La démence
heureuse, effectivement, pour nous, ne rentrerait pas dans le cadre de
la loi... du projet de loi actuel. Qui dit démence heureuse dit que la personne
est entourée, que la personne n'éprouve pas de souffrance physique et
psychique, que le proche aidant accompagne la personne,
qu'elle a des services et des soins adaptés à ses besoins et que, finalement,
il y a une certaine qualité de vie qui est maintenue pour la personne,
versus ce qui est présenté dans le projet de loi, où on parle vraiment de
souffrances qui sont physiques et psychiques, et pour lesquelles, finalement,
toutes les... toutes les conditions médicales ont été suivies pour pouvoir soulager cette souffrance-là sans pouvoir... sans,
finalement, être... y avoir... y avoir été... y avoir répondu
adéquatement. Et donc, à ce moment-là, l'aide médicale à mourir pourrait être
la solution, si la personne a formulé une
demande anticipée. Donc, pour nous, la demande heureuse, effectivement, ne
rentrerait pas dans le cadre du projet de loi.
Mme Maccarone : Parfait. Puis,
en ce qui concerne le refus, parce qu'on... vous avez fait quand même des
interventions là-dessus, puis, c'est vrai, je pense qu'on est d'accord qu'on
devrait quand même préciser et baliser cette notion de refus. Dans le Code
civil, on parle d'un refus catégorique, mais, dans ce projet de loi, on ne
parle pas d'un refus catégorique. Selon vous,
si ce n'est pas plus balisé, si ce n'est pas clarifié, est-ce que ça veut dire
que, mettons, un proche ou le tiers
de confiance va avoir recours au tribunal, par exemple, pour procéder avec des
demandes anticipées?
Mme Ben Gaied (Nouha) : Tout à
fait, tout à fait. En fait, dans l'ancien projet de loi, cette notion de refus
était... il y avait aussi un flou par rapport à combien de fois est-ce qu'on
allait administrer l'aide médicale à mourir, bien sûr, lorsque les personnes
répondent aux critères. Mais là on revient avec, finalement, une seule
tentative, et, à ce moment-là, bien, quel sera le rôle du proche, le tiers de
confiance, mais également de la famille, qui, elle, aura été témoin,
finalement, de la volonté répétée, éclairée de la personne au moment où elle
était apte à consentir aux soins, et qu'au
moment, finalement, où elle répondrait aux critères on lui refuse ce soin-là?
Donc, oui, clairement, à notre sens, il pourrait y avoir des
contestations devant les tribunaux, parce que la demande de la personne n'aura
pas été répondue, et ce qui ramène aussi la notion de demande versus une
directive.
Mme Maccarone : Merci. Ma
collègue de D'Arcy-McGee a des questions.
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Merci beaucoup. Donc, Mme
la collègue... Mme la députée de D'Arcy-McGee, la parole est à vous. Juste
repeser sur votre bouton, s'il vous plaît. Voilà. Vous n'avez pas besoin d'y
toucher.
Mme Prass :
Parfait. Alors, moi, j'ai une
question à propos de votre traitement de la demande et, spécifiquement,
ce qu'il arrive en l'absence de tiers de confiance qui sont désignés par la
personne. Donc, vous dites que la
responsabilité... ils devraient procéder à un examen d'évaluation, mais... Deux
questions. Premièrement, est-ce qu'il ne devrait pas y avoir un
mécanisme de surveillance de la personne à une certaine fréquence? Parce que,
justement, on ne sait pas, le... la personne
qui va être désignée du côté du système de la santé, s'ils vont être présents
tout le temps, s'ils vont vraiment avoir une obligation d'aller voir
cette personne-là à des fréquences régulières, parce qu'on ne veut pas que la personne... comme ils n'ont pas de
tiers désigné, qu'ils soient un petit peu ignorés par un système de santé qui
est déjà en pénurie et qui n'a pas toujours les moyens ou le temps de faire ces
surveillances-là. Donc, je voudrais vous entendre davantage là-dessus.
Mme Ben Gaied
(Nouha) : En fait, là, vraiment, vous soulevez deux choses, d'une
part, le rôle du tiers de confiance, mais, également, en l'absence d'un tiers
de confiance. Pour nous, effectivement, le tiers de confiance doit vraiment
être présent. Le projet de loi mentionne qu'une personne pourrait désigner un
tiers de confiance, alors qu'en notre sens
il devra être désigné par la personne, d'une part. Il devra également être
impliqué dans l'ensemble des discussions
qui sont en cours avec le professionnel compétent, parce qu'il y a une
obligation, justement, d'enclencher le processus
en informant les professionnels. Mais, également, il a... il va y avoir,
effectivement, une... il peut y avoir, en fait, des émotions qui sont
associées à cette prise de décision et donc, bien, on demande qu'il y ait un
suivi psychologique pour la personne, le tiers de confiance, au besoin, parce
que ça peut être très chargé en émotions à ce moment-là.
Et, dans le cas,
justement, où il n'y a pas de tiers de confiance... donc, ce n'est ni la
première ni la deuxième personne de tiers de confiance, il n'y en a pas, il n'y
en a pas qui ont été désignées... à ce moment-là, effectivement, c'est le
professionnel de la santé qui va en informer le professionnel compétent. Mais
sur quelle base? Sur quelle base est-ce que
le processus va être enclenché? Est-ce que... est-ce qu'on a besoin d'un
lit, parce qu'on est en manque, justement, de places dans une résidence,
et donc on a...
Excusez-moi, d'être
très crue, là, ici, là, mais ça va être ça, la réalité. Sur quelle base est-ce
qu'on va définir que la personne effectivement, répond aux critères de la loi?
Oui, il y a des critères qui vont être définis, mais le moment, le moment qu'il va être nécessaire à enclencher ce
processus-là... Et, justement, on ne voudrait pas qu'il y ait une dérive
en absence d'un tiers. Et puis, bien, forcément, ça soulève aussi le rôle de la
famille dans ce processus-là, parce que,
qui... il se pourrait très bien que la personne n'ait pas désigné de tiers de
confiance, mais qu'il y ait quand même de
la famille, des membres de la famille rapprochée, des personnes qui ont à coeur
cette personne. Et puis quel va être leur rôle aussi dans ce
processus-là? Est-ce qu'ils vont pouvoir s'opposer à une demande anticipée à
l'aide médicale à mourir à ce moment-là?
Donc, c'est vraiment
toutes ces petites nuances qui sont à amener dans le processus. Et, pour ça,
forcément, le fait de désigner un tiers de
confiance, que l'acte, également... que le formulaire soit notarié, nous
parlait... nous paraît, justement, des protections à avoir en amont.
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Merci
beaucoup. Vous avez une autre question? Mme la députée de Saint-Louis.
Mme Maccarone :
Bien, dans le fond, c'est : Comment l'écrire dans la loi pour que ce
soit clair? Tu sais, quand on... Je pense
que c'est ça, ma question que j'aurais pour vous, parce que vous soulevez une
excellente question. Mais comment le mettre dans la loi pour que ce soit
clair, selon vous?
Mme Ben Gaied (Nouha) : Selon
nous, il faudra qu'il y ait un tiers de confiance et, à ce moment-là, de
définir un rôle pour la famille, et, également, un rôle pour le mandataire, ce
qui n'est... ce qui n'est pas, actuellement, présent.
Mme Maccarone :
Ma préoccupation, c'est, si, mettons, on n'a pas un membre proche dans
notre... dans notre famille, puis, comme
vous dites, on devrait désigner un membre du corps professionnel. Vous avez dit
de... tu sais, vous avez... vous vous excusez d'être crue, mais, présentement,
dans notre réseau de système de santé, on fait face à une pénurie de personnel vraiment importante. J'ai une inquiétude qu'on
est en train de rajouter à leurs tâches puis que ça se peut qu'ils ne
seront pas au rendez-vous. C'est encore plus de responsabilités pour eux.
Alors, est-ce qu'on a un autre moyen ou une autre façon de voir ceci? On a dit,
dans la loi, qu'on va ouvrir la possibilité d'administrer l'aide médicale à
mourir aux infirmières praticiennes. Quand on parle de...
La Présidente
(Mme Lecours, Les Plaines) : Merci. Je suis désolée, le temps est
écoulé.
Mme Maccarone :
Ah! bien, merci.
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : On
va continuer avec nos discussions avec la députée de Sherbrooke, alors,
pour une période de 3 min 18 s.
Mme Labrie :
Merci, Mme la Présidente. Dans le mémoire, vous nous dites que vous voulez
jouer un rôle de sensibilisation,
d'information auprès des personnes à risque. J'imagine que vous allez aussi
être appelés à le faire auprès des tiers de confiance qui vont
potentiellement avoir besoin d'accompagnement pour évaluer l'évolution de la
maladie, comprendre un peu les souffrances
que ça peut générer. Si vous le mentionnez spécifiquement, est-ce que c'est
parce que vous estimez ne pas avoir
les ressources nécessaires, actuellement, pour, justement, répondre aux
demandes que ça va générer, là, d'accompagnement de la part des
personnes atteintes d'Alzheimer ou de leurs proches?
Mme Ben Gaied
(Nouha) : Ce n'est pas une demande qui est formulée puis qui est
discutée au niveau de notre réseau par les
personnes atteintes et par les proches aidants, mais, par contre, ça doit faire
partie de la discussion dans un processus, justement, de planification
de soins. Comme on parle du mandat de protection, comme on parle du testament,
de la procuration ou encore de la planification par rapport à l'hébergement,
bien, c'est quelque chose qu'il faudra
également envisager à des stades très légers de la maladie, voire même en amont
chez les personnes à risque, puisqu'on sait que, malheureusement, c'est des
personnes qui pourraient développer par la suite un trouble neurocognitif
léger et éventuellement la maladie
d'Alzheimer. Donc, c'est vraiment de considérer cette sensibilisation, cette
information dans un contexte plus global où la personne aurait à prendre
des décisions et à planifier sa vie de manière adéquate avec la maladie
d'Alzheimer, tout simplement. Donc, ce n'est pas nécessairement une question de
ressources, mais plutôt un rôle que l'on voudrait
jouer pour, justement, informer les personnes qui sont déjà notre clientèle et
qui pourraient vouloir avoir accès à une demande anticipée d'aide
médicale à mourir. Donc, à nous de les accompagner de manière adéquate.
Mme Labrie :
Est-ce qu'à votre avis il y a... le référencement se fait déjà suffisamment
auprès des personnes qui ont un diagnostic d'Alzheimer, par exemple, vers vos
organismes?
Mme Ben Gaied
(Nouha) : Donc, un référencement vers la société Alzheimer?
Mme Ben Gaied
(Nouha) : En fait, depuis maintenant plus d'un an, on a le processus
de Référence Aidance Québec qui permet aux
professionnels de la santé de référer les personnes proches aidantes vers les
services de la société Alzheimer et également vers les services de
L'Appui pour les proches aidants. Pour nous, effectivement, il faudrait inclure davantage la personne atteinte d'un
trouble neurocognitif dans le processus pour, justement, pouvoir la prendre
en charge de manière adéquate, en amont, donc
vraiment aux stades les plus légers de la maladie et puis pour, justement,
maintenir cette qualité de vie.
Le fait d'avoir accès
à des services de stimulation, à des cafés-rencontres, à pouvoir échanger avec
les pairs, également à soutenir la personne
proche aidante, parce qu'elle va pouvoir avoir les outils nécessaires pour
communiquer et également pour intervenir lors des comportements, bien,
tout ça va contribuer à l'amélioration de la qualité de vie de la personne atteinte. Et donc, dans ce contexte-là,
c'est quand même un projet qui commence, mais déjà on a énormément de
demandes qui ont un effet, oui, potentiel sur les services par la suite.
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Merci
beaucoup. Le temps est écoulé. Maintenant, je cède la parole à la
députée de Laviolette—Saint-Maurice
pour une période de 3 min 18 s.
Mme Tardif :
Bonjour. Merci. Merci d'avoir pris le temps de tabler sur cet important
projet de loi. Et je rebondis un peu sur ce
que vous venez de dire, parce qu'effectivement il y a certains... Et vous avez
fait un sondage et vous vous êtes
informés auprès de vos... des gens que vous représentez, et il y a tout de même
certaines maisons qui prennent soin des personnes qui sont atteintes
d'Alzheimer et qui ont un regard différent ou un regard qui nous appelle à
l'ouverture par rapport au déclin et à la définition de ce déclin avancé. Cette
notion-là est très importante, parce que, comme
vous l'avez mentionné, il y a beaucoup de ces personnes-là atteintes qui,
lorsqu'elles sont stimulées... les gens qui en prennent soin nous diront
qu'il y a un net progrès.
Alors, je me
demandais avec vous, vous êtes ceux et celles qui avez les yeux tournés vers
ça, vers ces personnes-là et vers les maisons de soins : Comment faire
pour offrir davantage de ces soutiens-là? Jusqu'où aller? Vous êtes d'accord avec le projet de loi, vous
êtes d'accord avec l'élargissement du projet de loi, mais c'est une question
excessivement importante, et le principe
d'autodétermination et le principe... la notion de déclin avancé... Je pense
que j'aurais besoin de votre aide, là.
Mme Ben Gaied
(Nouha) : On est, oui, en faveur de l'élargissement de l'aide médicale
à mourir pour offrir un choix aux personnes
atteintes d'un trouble neurocognitif majeur dans des conditions où elles
deviendraient inaptes. Cela ne veut pas dire que toutes les personnes
devraient y avoir accès. Ça demeure une... un choix personnel, et ce projet de
loi va dans ce sens-là.
Au niveau des
sociétés Alzheimer, quatre sociétés offrent de l'hébergement, et effectivement
on accompagne les personnes jusqu'à la fin de vie dans certains cas. Ça passe
par de la stimulation cognitive, ça passe par le maintien des capacités en les incluant dans les activités, ça passe
également par la reconnaissance qu'il faut s'adapter, il faut s'adapter
à leurs capacités, et puis ce qui était possible hier, peut-être, va devenir un
peu plus difficile aujourd'hui, mais on
doit, nous, s'adapter. Ça passe également par des environnements qui sont
adaptés à leurs besoins et ça passe toujours par leur inclusion dans le
processus. Donc, on est tout à fait...
Puis ça, ça va carrément avec
l'approche centrée sur la personne préconisée par les sociétés Alzheimer, on doit y aller par le moment présent, on doit
favoriser cette collaboration et puis ce partenariat avec la personne atteinte.
Et c'est comme ça qu'on la... qu'on maintient leur qualité de vie puis qu'on
maintient également leur dignité et leur autonomie.
C'est à nous de nous adapter, et non pas à eux. On doit leur donner les
meilleures conditions de vie. Et, par la suite, si la personne fait ce
choix-là, bien, on doit aussi l'accompagner dans ce choix-là.
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Merci
beaucoup, Dre Ben Gaied, merci beaucoup, Mme Grenier, pour votre
contribution aux travaux de notre commission au nom des parlementaires qui sont
assises ici. Je vous souhaite une bonne journée.
Et je suspends les
travaux jusqu'à notre prochaine... notre prochain groupe. Merci.
(Suspension de la séance à
11 h 39)
La Présidente
(Mme Lecours, Les Plaines) : À l'ordre, s'il vous plaît! Donc, la
commission reprend ses travaux. Nous en
sommes rendus maintenant avec une présentation de l'Association québécoise pour
le droit de mourir dans la dignité. Alors, je souhaite la bienvenue au
Dr Georges L'Espérance, président et neurochirurgien, ainsi qu'à
Mme Catherine Leclerc, membre du conseil d'administration. Je vous
rappelle, madame, monsieur, que vous avez une période de 10 minutes pour
vous présenter, ainsi que pour exposer vos propos. La parole est à vous.
M. L'Espérance
(Georges) : Mme la Présidente, merci beaucoup. Mmes, MM. les députés
de l'Assemblée nationale, l'Association
québécoise pour le droit de mourir dans la dignité vous remercie pour
l'invitation à témoigner devant cette commission d'étude. Mon nom est
Georges L'Espérance, neurochirurgien, et j'ai le plaisir d'être accompagné de
Mme Catherine Leclerc, membre du conseil d'administration. L'association
est une association citoyenne bénévole dont la mission est d'oeuvrer pour
assurer que les lois permettent à chaque citoyen de choisir et d'obtenir des
soins de fin de vie conformes à sa conception personnelle de dignité, dont
l'aide médicale à mourir.
présent témoignage résume le mémoire qui vous fut remis pour fins de discussion
sur quelques aspects précis du projet de loi n° 11. Par la suite,
je céderai la parole à Mme Leclerc pour quelques remarques complémentaires
sur les demandes anticipées. Nous tenons à souligner le remarquable travail du
groupe... du groupe transpartisan, rapport suivi du projet de loi n° 38, et
maintenant la continuité sous forme de ce projet de loi n° 11, présenté
par Mme la ministre Bélanger. J'insisterai sur les aspects médicaux du projet
de loi tels qu'élaborés dans notre mémoire.
Passons tout d'abord
rapidement sur les notes explicatives du projet de loi. Premièrement, nous nous
réjouissons au plus haut point des modifications progressistes pour les
demandes anticipées des personnes atteintes d'une
maladie neurodégénérative cognitive menant à l'inaptitude. Deuxièmement, nous
sommes totalement en accord avec l'exclusion temporaire, et espérons-le
de courte durée, des problématiques de santé mentale jusqu'au dépôt d'un projet de loi fédéral. Troisièmement, nous sommes
en accord total avec l'inclusion des infirmières praticiennes spécialisées,
modification très attendue. Quatrièmement, nous sommes très heureux de
l'obligation faite aux maisons de soins palliatifs d'intégrer l'aide médicale à
mourir dans le continuum de soins et que nulle philosophie religieuse ne doit
interférer avec ce droit du malade. Nous ne devrions plus jamais avoir à
transférer le demandeur en ambulance à l'hôpital
pour recevoir le soin, loin des soignants qui l'avaient soutenu pendant des
semaines. De plus, cette disposition est parfaitement cohérente avec la
volonté gouvernementale d'instaurer une laïcité de fait dans les services
rendus au nom de l'État.
Passons
à quelques commentaires sur les articles du projet de loi. Il est implicite que
ne sont pas discutés ici les articles avec lesquels nous sommes en
accord complet, ainsi en est-il des articles 1 à 13, impeccables tels que
décrits.
L'article 14 du projet de loi
n° 11 modifie l'article 26 de la loi n° 2. Nous avons ici deux
commentaires. Premièrement, à
l'alinéa 3°, nous suggérons à la ministre de retirer l'adjectif «neuromoteur»
qui suit le terme «handicap», car médicalement inapproprié dans le
contexte. Dans une optique d'harmonisation avec le Code criminel et la décision
de la Cour suprême, l'alinéa 3° devrait simplement
se lire comme suit : La personne «est atteinte d'une maladie, d'une
affection ou d'un handicap grave et incurable». Le terme de «handicap»
doit être reconnu médicalement pour ce qu'il est : la conséquence d'une maladie. Vous trouverez, en
annexe dans le mémoire, des explications plus élaborées. J'ajoute ici que
le handicap intellectuel grave ne devrait jamais faire partie, bien sûr, de la
définition ici du handicap.
Alinéa
5°, il est écrit que la personne «éprouve des souffrances physiques ou psychiques
constantes, insupportables et qui ne
peuvent être apaisées dans des conditions qu'elle juge tolérables». Afin de ne
pas prêter à confusion avec les problématiques de santé mentale, nous
suggérons de changer le terme de «psychiques» pour «psychologiques», ce qui, là
aussi, harmonisera avec le Code criminel. Nous suggérons d'y ajouter le terme
de «souffrances existentielles» afin de
couvrir l'ensemble des situations vécues par les patients, particulièrement
pour les demandes anticipées. Afin de ne pas me répéter inutilement
ainsi, cette modification devra se retrouver aussi dans le reste du projet de
loi, tel que mentionné dans le mémoire.
L'article 18
ajoute les articles 29.1 et suivants à la loi n° 2 et concerne les
demandes anticipées. Les concepts qui posent problème au plan clinique
tournent essentiellement autour des termes suivants : objectivation et
addition des souffrances physiques, psychologiques et
existentielles. Nous avons quelques interrogations dont découlent certaines
suggestions. Premièrement, pour la même raison qu'exprimée plus haut, nous
suggérons de remplacer «physiques ou psychiques» par «physiques ou
psychologiques ou existentielles». Deuxièmement, le terme «objectiver» va
prêter à confusion et à d'interminables
discussions et prêter le flanc aux objections de tous ordres. Troisièmement,
s'il est possible d'objectiver des souffrances physiques, il n'en est
pas de même des souffrances psychologiques et/ou existentielles chez un patient devenu dément. Quatrièmement, une
telle objectivation reviendrait à nier les volontés exprimées par la personne
alors qu'elle était apte, en particulier chez les personnes que l'on qualifie à
tort de déments heureux. Cinquièmement, les souffrances physiques ne sont pas
nécessairement en lien avec la maladie qu'est la démence, par exemple des plaies de décubitus, des infections
urinaires à répétition, des fractures non consolidées, qui sont objectivables.
C'est pourquoi nous
suggérons la structure suivante de cet article, donc l'alinéa 2° :
«2° au moment de
l'administration de l'aide médicale à mourir — petit d :
«
d) elle semble — petit
objectivement éprouver des souffrances physiques telles que décrites dans sa
demande — et
la deuxième
partie :
«ii.
et où elle est à l'étape de sa maladie qui correspond aux états de souffrance
psychologique ou existentielle, telle
que décrite dans sa demande.» Garder les deux conditions conjointement revient
à quasiment refuser l'aide médicale à mourir à tous ces patients, car
comment évaluer la souffrance psychologique ou existentielle d'un patient
dément?
29.3, même remarque que ci-haut concernant le lien entre les souffrances et la
maladie, c'est-à-dire la démence. Notre
suggestion, pour être cohérent avec les précédents paragraphes, est de
remplacer aussi le deuxième alinéa tel que cela est précisé dans le
mémoire.
29.5 et 29.13, modifier les alinéas selon les suggestions ci-dessus, à 29.1 et
29.3, toujours pour la cohérence. À
29.9, il est complet tel quel. Et, au nom de nos patients et de leurs proches,
j'en profite pour remercier la ministre et son équipe d'avoir su prévoir
les moyens technologiques à distance. À 29.13, il faudrait préciser ici qu'il
s'agit de l'examen nécessaire lorsque la personne est arrivée au stade où le
tiers de confiance demande une évaluation. Je vous réfère à notre mémoire pour
une formulation intégrative.
Et, pour terminer, je
souligne notre accord complet avec l'alinéa h de l'article 19, et il en
est de même de l'article 20, qui assure
ainsi qu'aucun demandeur ne sera lésé de son droit d'être évalué adéquatement
et dans un délai raisonnable,
c'est-à-dire quelques jours au maximum. Cette mesure de sauvegarde permettra de
combler un vide qui était trop souvent utilisé par des opposants pour
brimer les droits de certains demandeurs.
Je cède maintenant la
parole à Mme Catherine Leclerc.
Mme Leclerc
(Catherine) : Bonjour. Donc, je suis membre du conseil
d'administration de l'AQDMD, avec Georges. Je vous remercie de l'opportunité de
m'exprimer devant vous aujourd'hui.
Le 13 février, au terme de sept jours d'agonie
en soins palliatifs, ma douce maman a rendu son dernier souffle. Sept
interminables jours et nuits à la veiller jusqu'à ce que son petit corps frêle
cède finalement sous le poids de la dénutrition et de la souffrance. Les
premiers symptômes de l'Alzheimer se sont manifestés très tôt, alors qu'elle n'avait que 61 ans. Au fil des années qui
s'effaçaient, sa réalité s'écroulait et la plongeait dans une solitude, nous
laissant à 1 000 lieues de son coeur, de son âme, de son monde
inatteignable. Elle aura été terrassée par la maladie pendant 16 longues années, dont les six dernières
entre les murs d'un CHSLD qui lui auront tout volé. Et, bien que ma mère
faisait
partie de ce que certains
appellent la démence heureuse, je sais avec une certitude inébranlable qu'elle
n'aurait jamais accepté de vivre ainsi et que, si elle avait eu le
choix, elle aurait décidé de mettre fin à ses jours.
Advenant un
diagnostic d'Alzheimer, dont les probabilités sont malheureusement élevées dans
ma famille, je ferai le nécessaire pour ne pas vivre et ne pas mourir dans les
mêmes circonstances que ma mère. Le dépôt du projet de loi n° 11 m'amène
l'espoir d'une grande sérénité, de nuits paisibles devant un avenir qui est
pourtant incertain. Or, le simple fait de
savoir que je ne subirai pas avec impuissance la fatalité d'un tel diagnostic
et que je pourrai donner mon consentement anticipé à une demande d'aide
médicale à mourir lorsque j'aurai atteint des souffrances physiques et/ou existentielles intolérables selon mes
convictions, mes croyances, mes valeurs personnelles... Et, pour cela, vous avez
toute ma gratitude.
Mais je suis
également préoccupée, parce que l'article 29.1 du projet de loi est
formulé de façon à ce qu'on pourrait refuser d'honorer ma demande anticipée si,
à l'instar de ma mère, je ne sois plus capable de communiquer avec le monde extérieur et que je sourisse
béatement lorsque le moment sera venu. Entériner le projet de loi dans sa forme
actuelle, avec un critère d'observation manifeste de souffrance contemporaine,
physique et existentielle qui soit objectivable, rendra pour moi la possibilité
d'un consentement anticipé inexistant. Avec un diagnostic de maladie
neurodégénérative cognitive, je ne pourrai pas prendre le risque qu'arrivée à
terme ma demande ne soit pas respectée. Alors, je n'aurai pas autre choix que
de procéder à une demande contemporaine d'aide médicale à mourir, soit le... comme on appelle, alors que je serai
encore apte à consentir, et, de ce fait, en sacrifiant ainsi quelques années
de vie de qualité où j'aurais pu partager des beaux moments auprès de mes
proches.
Mmes
et MM. les députés commissionnaires, vous avez entre vos mains le pouvoir de
rendre nos dernières années de vie
plus dignes, plus douces. Je vous remercie de votre attention, et Dr
L'Espérance et moi sommes disposés à répondre à vos questions.
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Merci
beaucoup, Mme Leclerc. Merci, monsieur... Dr L'Espérance. Votre
témoignage, Mme Leclerc, nous touche grandement, ce matin, alors nos
pensées sont avec vous. Et je pense que ce
que vous avez, comme témoin... ce que vous avez témoigné va nous aider, va nous
éclairer énormément. Alors, sans plus
tarder, je vais céder la parole à la ministre pour une période... je m'excuse,
j'ai un petit peu... 16 min 30 s. Merci.
Mme Bélanger :
Alors, bien, bonjour, Dr L'Espérance. Bonjour, Mme Leclerc. Un grand
merci pour la qualité et le dépôt, là, de
votre mémoire, que j'ai lu avec beaucoup d'attention. Et, Mme Leclerc, je
veux aussi vous offrir mes plus sincères sympathies à vous et à vos
proches, et merci de témoigner de ce que vous venez de vivre et de nous le partager. C'est très apprécié, ça nous
aide à mieux comprendre le travail que nous avons à faire dans ce projet
de loi qui est fort important.
Dr L'Espérance,
j'aimerais vous poser une première question en lien avec le handicap
neuromoteur. Alors, j'aimerais ça, pour nous
éclairer tous et toutes, que vous nous parliez de qu'est-ce que c'est, le
handicap neuromoteur. Comment vous le concevez? Comment vous définissez
ce que c'est, le handicap neuromoteur?
M. L'Espérance (Georges) : C'est
une question qui a été amenée dans l'actualité législative depuis quelques
années. En fait, tout handicap peut être un handicap de tout autre ordre. Le
handicap neurolocomoteur s'entend comme étant un handicap qui touche et
les nerfs ou le cerveau ou la motricité, mais ça fait
partie des grands
handicaps. Et ce que je comprends des... du
questionnement qui a été amené, depuis quelques années, ça a toujours été
l'exemple d'un jeune homme qui se retrouve paraplégique suite à un accident,
mais une personne qui est née avec une encéphalopathie néonatale, c'est un handicap neurolocomoteur, une
personne qui va... qui est née avec une... par exemple, un syndrome de moelle attachée, c'est un handicap
neurolocomoteur, une personne qui a une tumeur de sa moelle va avoir un
handicap neurolocomoteur, etc., etc. Je pense qu'on veut tenter de mettre un
peu en opposition le handicap neurolocomoteur avec des handicaps tels
que la vision ou la surdité, mais perdre la vision, c'est un handicap
neurologique, donc c'est un handicap... neuromoteur aussi, en quelque sorte.
Je pense que cette
notion de handicap, elle a été, disons, mise à l'intérieur des maladies par la
Cour suprême, par la... par la Cour
fédérale, par le Code criminel fédéral aussi. La seule... Pour moi, là, et puis
je ne suis pas tout seul, je peux vous garantir que tous mes collègues
puis même le Collège des médecins a le même avis, le seul élément qui est
très... qui ne devrait jamais être touché, c'est le handicap intellectuel de
naissance, handicap intellectuel sévère. On
ne parle pas de quelqu'un qui a un handicap léger, mais un handicap
intellectuel sévère, c'est une personne qui ne pourra jamais décider
pour elle-même. Et ça, ça devrait être totalement exclu à tout jamais pour des
raisons très évidentes de consentement.
Tout le reste, et je
l'explique dans notre annexe, toute maladie amène un handicap, qu'il soit léger
ou important, qu'il soit temporaire ou transitoire. Et je vous... dans le
mémoire, je parle de l'exemple de la COVID. Tout
le monde l'a vécu. Donc, toute maladie amène un handicap, et tout handicap
vient d'une maladie, que ce soit une maladie néonatale, que ce soit une
maladie à la naissance, toute... une maladie infectieuse, etc.
Donc, cette notion de
handicap... je sais, toutes les discussions qu'il y a eu, on ne va pas refaire
ici... parce qu'on n'a pas le temps, mais, dans l'annexe, on en parle. Mais là
cette question du handicap neuromoteur, et avec tout le respect que j'ai pour
Mme Hivon, et elle le sait, c'est une... Mme Hivon a beaucoup insisté
sur cet aspect-là, mais tout ça a été largement discuté déjà au niveau fédéral.
Puis, au niveau du Québec, je pense que la question du handicap a aussi été
discutée lorsqu'on parlait de maladie. On ne peut pas faire la différence entre
une maladie et un handicap, mais je pourrais discuter longtemps, mais je vais
vous laisser poser d'autres questions.
Mme Bélanger : Mais... hein, c'est
vraiment intéressant, mais vous... ne trouvez-vous pas que le fait d'enlever la
qualification de neuromoteur et de parler de handicap, sans balise... Est-ce
qu'il n'y a pas un risque qu'on assiste à un dérapage? Parce que la notion de handicap, vous l'avez mentionné,
c'est quand même une situation qui peut être très, très large. Alors, vous croyez que ce n'est pas
nécessaire que, dans le projet de loi... que, dans la loi, on vienne préciser
de quoi on parle quand on parle de handicap?
M. L'Espérance
(Georges) : Non, parce qu'un handicap vient d'une maladie, et, de
toute façon, les autres critères sont là. L'aptitude, bien sûr, mais une
maladie grave et incurable... Je vais donner un exemple complètement banal, là. Mettons que j'ai un handicap parce que
je me suis coupé le majeur. Bon, bien, j'ai un handicap, c'est certain,
mais ce n'est pas une maladie grave et incurable, là. C'est peut-être
incurable, mais ce n'est pas une maladie grave et ça n'amène pas un déclin
irréversible, etc., etc. Donc, tous les autres critères sont là.
C'est vraiment...
Cette histoire du handicap moteur amène des... disons, des blocages, pour
certains, qui n'ont pas lieu d'être. D'ailleurs, le Collège des médecins, en
2021, a averti tous les médecins que, s'ils suivaient le Code criminel
canadien, bien, il n'y aurait pas de problème, mais je pense que vous savez
tous ces éléments-là déjà. Mais je ne crois
pas que, dans une loi, il soit obligé de le... de le qualifier. Ça devient un
problème clinique qui doit... qui doit être dans les guides cliniques.
Par contre, ce que j'aimerais beaucoup voir dans la loi, si vous me permettez,
ce serait d'indiquer que cela exclut le handicap intellectuel sévère, et ça,
point final, quant à moi.
Mme Bélanger : D'accord. Peut-être une
autre question, puisque vous êtes là. Vous avez parlé tantôt... et vous avez
parlé de la classification de dément heureux, mais à tort.
M. L'Espérance
(Georges) : ...
Mme Bélanger :
J'aimerais vous entendre là-dessus, parce qu'on entend aussi complètement des
positions très différentes par rapport à ça. Alors, vous entendre, comme
spécialiste : Dément heureux, est-ce que ça existe? Est-ce que c'est un
diagnostic? Votre position par rapport à ça.
L'Espérance (Georges) : Bien, je ne suis pas certain du tout que c'est
un diagnostic. C'est plus une constatation
que les soignants font ou que les familles peuvent faire, mais, Catherine l'a
très bien exprimé, un dément heureux, c'est vraiment dans la vision de
celui qui voit le patient. Mais le patient, qui, lui, alors qu'il était apte et
qu'il avait toute son aptitude et sa conscience... je ne suis pas du tout
certain qu'il est heureux... qu'il serait heureux de se voir dans la condition
où il est après. C'est pour ça que, pour moi, la question de la démence
heureuse est une question qui est un petit peu... disons, pour être poli, un
peu tendancieuse. D'ailleurs, Judes Poirier, qui est le grand spécialiste de
ça, avait très bien, aussi, fait un témoignage devant la commission. Peut-être,
Catherine aurait un mot à dire sur la... sur la démence heureuse. J'ajouterais
juste une chose : Est-ce qu'il y a un seul d'entre vous qui veut se voir
assis, dément, et en pensant qu'il va être heureux?
Mme Bélanger :
Oui, c'est une bonne question. Ça va pour moi, merci.
La Présidente
(Mme Lecours, Les Plaines) : Merci beaucoup. Merci, Mme la
ministre. Mme la députée de Roberval.
Mme Guillemette :
Merci. Mes sympathies, Mme Leclerc. On est de tout coeur avec vous, et
merci d'être ici pour nous partager votre
vécu, parce que c'est important d'avoir des témoignages comme le vôtre dans la
commission.
Dr L'Espérance, c'est
un plaisir de vous retrouver, on a eu plusieurs discussions. Et moi, je vous
ramènerais sur la notion du refus. Je sais que vous administrez l'aide médicale
à mourir. Vous réagissez comment à quelqu'un qui
se débat, qui ne veut pas, qui semble manifester un refus, mais qui a,
d'emblée, avant ça, manifesté son intention d'avoir l'aide médicale à
mourir? On fait quoi avec ça, légalement, et pour vous aussi, là, pour la
conscience du médecin?
M. L'Espérance
(Georges) : Oui. D'abord, je tiens à préciser que Catherine, ce matin,
est avec nous, est à Vancouver, imaginez-vous, alors merci encore plus d'être
là. La question du refus... Ce matin, j'écoutais les autres intervenants, et je
trouve ça intéressant, c'est la première fois que ça m'allume une lumière,
parce qu'on parle de refus, mais, en fait,
la plupart du temps, sinon, la majorité du temps, c'est une résistance, et je
pense que M. Maclure l'a très
bien dit. Et, la résistance, on la voit partout, je dirais, en clinique. Si
vous avez un patient qui arrive intoxiqué à l'urgence, il va être résistant. Si vous avez un patient qui
est... puis je le sais, j'en ai vu, dans ma vie, qui est comateux, mais,
disons, léger, ou qui est en trouble de consc