Transportation and the Environment — 18 February 2016 (41st Legislature, 1st Session)
CTE 2016-02-18
Quebec — Committees
(Onze heures trente-quatre minutes)
Le Président (M. Reid) : À
l'ordre, s'il vous plaît! Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission des transports et de l'environnement ouverte. Je demande à toutes les personnes dans
la salle de bien vouloir éteindre la sonnerie de leurs téléphones
cellulaires.
La commission
est réunie afin de procéder à des auditions publiques dans le cadre des consultations particulières sur le document
d'information sur le transport rémunéré des personnes par automobile.
Mme la secrétaire, y a-t-il des remplacements?
Secrétaire : Oui, M. le Président. M. Plante (Maskinongé) sera
remplacé par M. Polo (Laval-des-Rapides).
Le Président (M. Reid) :
Merci. Alors, voici l'ordre du jour ce matin. Nous allons commencer par les remarques préliminaires et, par la suite, nous
entendrons les groupes suivants : M. Guillaume Lavoie, conseiller de
ville à Montréal, et Taxelco.
Alors, M. le ministre, vous avez la parole.
Daoust : Alors, merci, M. le Président. D'abord, je souhaite à tous et
à toutes la plus cordiale des bienvenues. Je remercie également en
avance les nombreux intervenants qui ont répondu positivement à l'invitation de
cette commission. Et, malgré des délais très
courts, plus d'une trentaine d'intervenants de diverses provenances ont
signifié leur intérêt à venir exprimer leurs
points de vue. J'invite ceux qui n'ont pas l'occasion de venir s'exprimer
devant la commission à déposer un
mémoire au secrétariat de la commission. Toutes les interventions ou les
mémoires qui seront transmis seront pris en considération.
L'intérêt que
suscitent nos travaux et cette diversité de points de vue reflètent la complexité des enjeux devant nous. Il faut
aborder cet exercice avec ouverture, sans idée préconçue, de manière
constructive et dans la sérénité. Nous avons jugé important de demander une telle commission.
Cette commission représente,
selon nous, le meilleur endroit pour avoir une discussion franche sur
l'avenir du transport rémunéré des personnes par automobile.
Personne ne peut nier que l'arrivée de nouvelles
technologies et l'émergence de nouveaux modèles d'affaires ébranle l'industrie du transport par taxi.
Toutefois, soyons clairs, dans le cadre des lois actuelles du Québec, les
services UberX constituent toujours
aujourd'hui du transport illégal. Au Québec, un permis de taxi est requis pour
effectuer du transport rémunéré de personnes par automobile, et la
notion de covoiturage urbain n'existe pas dans nos lois.
À ce jour, plus de 1 000 véhicules ont
été saisis, et nous allons continuer en ce sens. Cette entreprise avait une occasion unique de montrer qu'elle pouvait
contribuer constructivement aux échanges en commission en suspendant ses
services. Elle a choisi de ne pas le faire, et je déplore cette situation.
Ceci étant,
les nouvelles technologies font
partie de notre réalité. Il est illusoire de
penser que le phénomène va se résorber.
Les changements technologiques sont non seulement là pour rester, mais ils vont
vraisemblablement se multiplier et influencer encore plus nos vies. Non
seulement nous ne pouvons pas ignorer cette réalité du monde en constante
évolution, mais il serait même irresponsable, comme gouvernement, de faire
comme si de rien était.
Dans ce contexte, le statu quo n'est plus
viable. Nous devons donc explorer de nouvelles pistes de solution. Nous pouvons
le faire ensemble et de façon réfléchie, et c'est ce que je souhaite, ou être à
la remorque des nouvelles technologies et de réagir à la pièce face aux
nouveaux types de concurrence qui ne manqueront pas d'émerger.
Cette situation ne concerne pas que le Québec,
mais elle pose le même problème ailleurs dans le monde. À ce jour, les diverses administrations ont réagi de
façon différente. Ces réactions vont de l'interdiction pure et simple de
services de type UberX à la mise en place d'une réglementation pour encadrer ce
genre d'activités. Chacune de ces méthodes comporte son lot d'avantages et
d'inconvénients. Je crois qu'il nous appartient, comme gouvernement, de trouver
la meilleure solution pour notre société.
Dans ce
contexte, je vous invite à considérer cette question de transport rémunéré de
personnes par automobile en fonction des trois grands principes suivants, à
savoir : assurer la sécurité des passagers sans compromis; permettre
une amélioration de services offerts au
bénéfice des diverses clientèles; assurer un environnement d'affaires équitable
pour tous.
Notre but
ultime doit être de faire en sorte que la clientèle — et j'insiste sur le mot «clientèle» — puisse bénéficier de services sécuritaires, fiables et efficaces et
en phase avec les technologies d'aujourd'hui. Nous devons également
mener cet exercice en tenant compte des
caractéristiques inhérentes des services de taxi au Québec et faire en sorte
que cette industrie demeure un acteur incontournable de la mobilité,
capable d'innover et de se moderniser.
J'invite
les membres de cette commission à travailler de concert afin que nous puissions
mettre en place des règles qui mettront fin à la concurrence déloyale
actuelle tout en assurant des règles équitables pour l'industrie du taxi, les
intervenants et les clientèles. Je vous remercie, M. le Président.
Le Président (M. Reid) :
Merci, M. le ministre. J'invite maintenant la porte-parole de l'opposition
officielle, Mme la députée de Vachon, à faire ses remarques préliminaires pour
une durée maximale de 3 min 30 s.
Ouellet :
Oui. Merci, M. le Président. Bien, dans un premier temps, permettez-moi de
saluer le ministre des Transports et
de le remercier de la tenue rapide de cette commission parlementaire, de saluer
ses collègues du gouvernement et les
collègues des oppositions, aussi offrir toute ma collaboration. Je pense qu'il
y a une situation actuelle extrêmement préoccupante,
et il faut réussir à trouver des solutions. Et, d'entrée de jeu, dire que les
technologies — là je
veux qu'on fasse bien la différence
entre Uber et UberX — les
plateformes mobiles, effectivement, c'est l'avenir, et maintenant la
répartition pour le service de taxi ne se fera plus seulement que par
téléphone, mais de plus en plus et éventuellement seulement que par application mobile. Et même l'industrie du taxi s'est
modernisée et a développé des applications mobiles, a utilisé maintenant le paiement électronique. Il
y a encore des améliorations à faire, mais je peux vous dire que
l'industrie du taxi a fait beaucoup de développement technologique dans la
dernière année.
Mais ce dont
il est question ici, c'est le transport parce qu'UberX ne peut pas se cacher en
arrière d'une technologie pour faire
du transport illégal, une activité illégale. Donc, c'est vraiment le transport,
et la
Loi sur le transport, elle est très claire. Articles 4 et 117 de la
Loi sur le transport, ça prend un permis
pour pouvoir faire du taxi, et même le ministre l'a encore réaffirmé
dans ses remarques préliminaires qu'UberX fait du transport illégal.
Pourquoi, à
ce moment-là, tolérer cet état de fait là?
Le maire de Montréal, la CMM, les chauffeurs de taxi, le Parti québécois, nous avons demandé que le ministre utilise les moyens nécessaires pour suspendre le
transport illégal d'UberX, et il en a
les moyens. Il en a le pouvoir. Même s'il se dit impuissant, il en a les
moyens, et clairement, les saisies ne sont pas suffisantes, parce
qu'il parle des saisies, mais les saisies ne sont pas suffisantes. Ça fait un
an que les saisies se font, et UberX continue à faire son transport
illégal, et il est même en croissance.
Calgary, ici,
au Canada, a réussi à suspendre le taxi illégal. Vancouver a suspendu le taxi
illégal. Paris a suspendu le taxi
illégal. Donc, il n'y a aucune raison que le ministre des Transports du Québec
ne puisse pas prendre les moyens pour faire appliquer les lois du
Québec. Parce que nous nous trouvons dans une situation assez malaisante,
j'oserais peut-être inventer ce mot, dans le sens que là nous allons recevoir ici,
à l'Assemblée nationale, des dirigeants d'une entreprise
qui effrontément bafoue nos lois, jour après jour, et sont en train de, entre
guillemets, ruiner les chauffeurs de taxi
qui, eux, respectent les lois, respectent les lois au niveau du tarif, respectent
les lois au niveau du permis, au niveau des assurances, au niveau de la
licence et le permis de conduire, au niveau des inspections. Et donc c'est
vraiment deux poids, deux mesures.
Et je pense
qu'il faudrait être très clair. Quand le ministre dit : La notion de
covoiturage urbain n'existe pas, bien, en fait, c'est de la publicité frauduleuse de la part d'UberX de parler de
covoiturage. Et, même à Paris, ils ont été condamnés en Cour d'appel à une amende de 150 000 euros
pour publicité trompeuse justement sur l'utilisation du mot
«covoiturage». Ce n'est pas du covoiturage
qu'ils effectuent parce que ce n'est pas le chauffeur qui décide de la
destination. C'est bien un service de taxi, qui est couvert par la loi.
Donc, nous
réitérons notre demande au ministre des Transports de faire appliquer les lois
du Québec et de faire en sorte que
les activités d'UberX, parce que, malheureusement, la multinationale
californienne refuse d'être de bonne foi et d'elle-même suspendre son
service illégal... donc que le ministre suspende les activités illégales
d'UberX.
Le Président (M. Reid) :
Merci, Mme la députée de Vachon. Nous passons maintenant au deuxième groupe
d'opposition, et je donne la parole à M. le député de Groulx.
Surprenant : Merci, M. le Président. Alors, permettez-moi avant tout
de saluer les collègues parlementaires à mon tour et surtout de
remercier les quelque 30 groupes qui se sont préparés dans un aussi court délai
en vue de la présentation de leurs mémoires
et de leurs points de vue quant aux obligations auxquelles nous devrions
soumettre les exploitants d'applications mobiles, comme Uber, et quant à
la place que nous devrions leur réserver sur le marché du transport rémunéré
par automobile au Québec.
Si nous
sommes ici aujourd'hui, c'est principalement parce que le gouvernement a erré
et qu'il a toléré l'existence d'un vide juridique qui a permis à des
activités illégales d'avoir libre cours au Québec. La lenteur et l'inaction de
ce gouvernement qui a trop longtemps refusé
de prendre ses responsabilités en main, a contribué à l'escalade des
tensions, M. le Président.
Malgré les moyens
de pression qui, dois-je le dire, ont parfois dépassé les bornes, peut-on
critiquer le désarroi des chauffeurs
de taxi et leurs familles qui craignent de perdre leur investissement? Non, la
situation actuelle n'est pas de leur
faute. Peut-on critiquer, par ailleurs, Uber qui souhaite se créer sa place au
Québec et offrir des services innovants
qui répondent à la demande? Non, M. le Président. Mais celui que nous pouvons
tous critiquer aujourd'hui et à qui
la faute appartient, c'est ce gouvernement qui, encore une fois, retarde
l'adoption d'une solution concrète et préfère que la situation actuelle
continue de se dégrader.
Alors,
la CAQ est ici aujourd'hui pour écouter chacun des groupes et souhaite
réellement trouver une solution équilibrée.
Nous participons donc constructivement à la commission parlementaire dans
l'objectif d'accroître la sécurité des passagers, d'instaurer des règles
équitables dans l'industrie tout en misant sur le progrès et l'innovation et
surtout d'assurer le bénéfice des usagers.
Ce matin,
nous avons demandé au ministre de décréter des règles temporaires dans les
jours suivant la commission, en attendant
la présentation d'un projet de loi, avant la fin de la session, souhaitons-le,
qui encadrera Uber en mettant en oeuvre
un projet pilote visant à rapidement l'encadrer de façon temporaire, donc en
attendant la présentation du projet de loi. Alors, le Québec est un État
de droit et le far west doit cesser. Merci, M. le Président.
Président (M. Reid) : Merci, M. le député de Groulx. Nous
allons passer maintenant à la période des auditions. Juste avant, étant donné qu'il y a un peu de
retard, j'ai besoin du consentement des membres de la commission pour
que nous puissions aller jusqu'à
13 h 15. C'est ça, à peu près, madame... Jusqu'à 13 h 15.
Est-ce que j'ai le consentement?
Des voix : Consentement.
Le Président (M. Reid) : Bon.
Alors, nous allons procéder maintenant avec notre premier invité. Il s'agit de M. Guillaume Lavoie, conseiller de ville à Montréal.
M. Lavoie, vous disposez d'une dizaine de minutes. Je vais vous avertir,
peut-être, dans la dernière minute, et, par la suite, nous procéderons à un
échange avec les membres de la commission. À vous la parole.
M. Lavoie
(Guillaume) : Merci beaucoup, M. le Président. Permettez-moi d'abord de saluer le ministre
pour son initiative, pour la tenue de cette commission, et de remercier également
tous les membres de la commission pour leur invitation.
Effectivement, je suis Guillaume Lavoie, conseiller de ville à Montréal.
Je suis le porte-parole de Projet Montréal, l'opposition officielle à l'Hôtel de Ville de
Montréal sur les questions de finances et de relations gouvernementales.
Et, puisque le hasard a voulu que je suis le
premier invité à présenter devant vous, je vais prendre l'opportunité pour
peut-être prendre un ou deux pas de recul pour bien situer le contexte, à mon
sens, dans lequel se situe l'examen que fera la commission.
Il se passe
des transformations économiques fondamentales dans la prestation des services.
On les appelle économie collaborative,
consommation collaborative. Peu importe le nom qu'on lui trouve, il y a
trois fondamentaux qui
changent profondément la manière dont cela a
lieu. Le premier, c'est maintenant, grâce aux plateformes technologiques,
d'avoir accès à la capacité résiduaire d'un
bien, d'une habileté, d'un service. Par exemple, la voiture étant peut-être le
meilleur exemple, qui est un actif qui n'est
pas utilisé entre 94 % et 96 % du temps. Deuxièmement, c'est que nous
sommes une société fondée
essentiellement sur le fait d'être propriétaire de quelque chose pour y avoir
accès. Le prochain renversement sera que l'accès pourra être facilité sans nécessairement posséder quelque chose.
Et troisièmement, et c'est là où ça frappe le plus la manière dont on pense les politiques publiques, c'est
l'abaissement général des barrières d'entrée dans les marchés.
Essentiellement, ça permet très facilement à tout un chacun d'entrer dans un
marché, à tout un chacun de devenir microentrepreneur sur la base des biens,
des habiletés et du temps qu'il possède.
Et il faut
bien comprendre que, bien qu'ici ça parlera d'Uber et du taxi, ça parlera du
transport, mais tout ça s'inscrit dans
une logique qui va bouleverser tous les champs de l'activité humaine, tous les
ministères et l'ensemble des politiques publiques. Pensez à l'hébergement et l'habitation, à la restauration et
l'alimentation, je pourrais même mettre le financement et l'investissement qui finiront aussi par être
inclus dans ces choses-là. Alors, le transport... et le débat d'aujourd'hui
va s'inclure là-dedans.
Et, en termes
de contexte, pour être plus précis sur le sujet, Projet Montréal, presque jour
pour jour, il y a un an, a déposé une
motion à l'Hôtel de Ville de Montréal, demandant essentiellement d'encadrer
afin de mieux permettre cette nouvelle
technologie que nous pourrons appeler les plateformes de covoiturage ou les
compagnies de transport en réseau.
fondamentalement, il faut bien comprendre que cette arrivée dans les politiques
publiques vient rendre souvent soit
inopérants, inadéquats ou très souvent contraires à l'intérêt général les lois
et les règlements que nous avons mis en place dans un contexte qui est
bien dépassé aujourd'hui.
Alors,
qu'est-ce que maintenant les décideurs publics, les législateurs doivent faire?
Comment doivent-ils aborder le problème?
Et peut-être un des documents les mieux écrits là-dessus, très concis, bien
fait, c'est le document du Mowat Centre
qui dit comment les décideurs publics doivent penser les manifestations de
consommation collaborative, comment doivent-ils orienter leur réflexion.
Et essentiellement, c'est de se poser la question : Quel est l'objectif de
politiques publiques le plus important? Et c'est ça qui va guider le reste.
À mon sens,
l'objectif public le plus important, lorsqu'il est question de transport, c'est
d'améliorer les options de mobilité
au Québec et dans nos villes, améliorer l'offre, améliorer la qualité et, bien
sûr, être capable d'aller de l'avant avec
une réduction des gaz à effet de serre qui représentent... le transport routier
représente 40 % de la signature effet de serre au Québec. Et il est très clair que les plateformes de covoiturage
commercial permettent d'atteindre ces objectifs-là, qu'on les aime ou
pas.
deuxième grand objectif qui doit nous guider, M. le ministre a raison, c'est la
sécurité du public où il ne peut pas y avoir ni même l'ombre d'un
compromis. Sécurité du public, ça veut dire deux choses : la sécurité
physique des occupants d'une voiture, par
exemple, tant pour le chauffeur que pour le passager, et la sécurité de la
transaction commerciale, si vous
voulez. Si je paie pour un service, est-ce que j'obtiens le service? Et, si
j'offre un service, est-ce que je suis rémunéré en conséquence?
Protection du consommateur.
troisièmement, et c'est là où c'est plus délicat, c'est la capacité de créer un
environnement réglementaire qui est à la
fois concurrentiel, équitable et juste pour tout le monde, pour le taxi, pour
les plateformes, pour l'utilisateur et pour le contribuable également.
Et il y a
trois thèses, selon moi, qui nous permettent d'arriver à ça. Essentiellement,
c'est le principe, les exigences et
le cadre. Par principe, c'est que ça nous prend un traitement réglementaire
équitable de ces deux modèles d'affaires qui ont des fondamentaux profondément différents. Mais équitable ne veut pas
dire identique parce qu'il faut respecter les logiques de leurs modèles d'affaires. Si on essaie de cadrer une
nouvelle réalité, un nouveau modèle d'affaires, dans des règles qui ont
été écrites il y a longtemps, pour un autre modèle d'affaires, ce sera l'échec
assuré, et c'est ça qu'on vit aujourd'hui.
Alors, je
suis en train de dire ici qu'il faut augmenter la réglementation des
plateformes de covoiturage commercial, mais, en même temps, il faut
réviser et profondément alléger la réglementation qui s'applique à l'industrie
du taxi traditionnel. C'est une
réglementation dépassée, qui nuit à l'industrie, qui l'empêche d'être
pleinement concurrentielle, pleinement
innovante et qui, à la fin, l'écrase et la contraint. Mais il n'est pas
question ici... quand je dis qu'il faut alléger la réglementation, ce n'est pas une thèse
libertarienne, là. L'État a un rôle à jouer dans les transports urbains. C'est
très clair.
D'où viennent
les exigences? Les exigences de sécurité sur le chauffeur comme pour la voiture
et deux thèses très importantes où mettre les exigences... D'abord, les
redevances, parce que, que ce soient les compagnies de taxi traditionnel ou que ce soient les nouvelles
plateformes de covoiturage commercial, nous avons là deux modèles
d'affaires privés qui utilisent l'espace public afin de générer un profit. La
collectivité est donc tout à fait en droit d'exiger une redevance pour l'utilisation d'un bien collectif à des fins privées.
Évidemment, pour les plateformes, la logique la plus évidente, c'est une
redevance générale annuelle et une redevance par type de course.
Et le deuxième grand axe important, c'est sur
les données. Nous avons ici un potentiel d'avoir accès à des métadonnées sur l'origine, destination des gens
lorsqu'ils se déplacent à travers ces plateformes-là. Il faut bien
comprendre que cela est un potentiel majeur
pour aider les institutions publiques dans le déploiement et l'orientation de
leurs efforts limités par les deniers
publics des moyens de transport collectifs. Où est-ce que je vais mettre le
prochain autobus? Où est-ce que je
vais penser la prochaine ligne de métrobus? Voilà des informations que nous
pourrions comme ça réorienter le réseau de transport public pour le
rendre le plus efficace possible et faire ça sur une base presque mensuelle.
Finalement,
je vous disais : principe, exigences et le cadre, et là c'est
particulièrement délicat, et c'est là où il faut être capable d'innover. Ça nous prend un cadre qui permet la
cohabitation qui est juste pour le taxi, l'industrie du taxi traditionnel qui, il faut l'avouer, est prisonnier
d'un système qui est très imparfait. Même si le système est imparfait,
ils sont quand même prisonniers de ce
système-là, que ce soient les chauffeurs ou encore les propriétaires de permis.
Il faut reconnaître cette situation,
il faut être tout à fait être solidaire, avoir de la sollicitude pour leur
situation et se dire : Comment est-ce qu'on fait pour faire
atterrir tout ça?
La première doit être une logique qui nous permet
de réconcilier que, si nous avons un cadre plus exigeant au niveau réglementaire, même si on allège le taxi
traditionnel, le cadre réglementaire sera plus exigeant qu'une
plateforme plus ouverte. Alors, il faut être
capable de reconnaître que, si on a un cadre plus exigeant, il faut compenser
en mettant en place des avantages
concurrentiels que seule elle, l'industrie du taxi traditionnel, aura. Comment
faire ça? Ça, c'est très simple :
offrir à l'industrie du taxi traditionnel des portions de marché qui lui sont
réservées en prenant l'approche d'une clientèle réservée. On pourra en
reparler dans les questions, mais le «hailing» est certainement le plus
important. Et deuxièmement, offrir l'accès à
de l'espace réservé, l'accès aux voies réservées, par exemple, le matin, à
l'heure de pointe ou à la fin de la
journée. C'est un avantage concurrentiel majeur comparé à l'autre qui est pris
dans le trafic. Alors, ces choses-là sont importantes.
deuxièmement, il faut avoir une logique où les permis... il faut avoir une
ouverture possible sur un mécanisme de
rachat ou de compensation, et le tout va jouer dans les modalités. Mais,
puisque l'on aura un marché réservé en partie, ça veut dire que la valeur ne sera pas zéro. Je terminerai en disant
qu'il y a, si on reprend les thèses de qu'est-ce qui est le plus important pour les gestionnaires publics...
quelles sont les politiques publiques les plus importantes, mobilité,
sécurité, cadre réglementaire juste, il y a littéralement plus d'avantages à s'ouvrir à
la modernité qu'à tenter, futilement, à mon sens, de préserver un statu
quo qui, dans les faits, est souvent contraire à l'intérêt général.
Être capable d'encadrer va permettre de bénéficier
des avantages tout en permettant de tempérer et de compenser les difficultés. Essentiellement, l'approche que
je suggère que l'on prenne, qui touche à la fois le transport et
l'ensemble des autres commissions qui, comme
vous, devront regarder ce genre de manifestation là dans d'autres domaines de
l'activité humaine, sera essentiellement encadrer afin de mieux permettre.
Merci.
Président (M. Reid) : Merci beaucoup. Alors, nous allons passer
maintenant à la période d'échanges et nous commençons avec le côté
gouvernemental. M. le ministre, vous avez la parole.
M. Daoust : Oui. Merci, M. le
Président. Écoutez, je reçois votre intervention, mais un des sujets qui n'a
pas été couvert, à mon avis, est celui où le
Québec opère historiquement dans un système de gestion de l'offre où on a
un certain nombre de permis de taxi
qui sont émis. Et naturellement, parce que ça donne une possibilité d'avoir un
revenu, d'avoir un travail, ces permis-là qui, à l'origine, étaient
gratuits ont une valeur sur un marché secondaire.
si nous essayons de compenser ces personnes-là, est-ce qu'on s'en va vers un
système, dans votre perspective, où
chacun aurait une redevance à payer, mais on n'aurait plus de gestion de
l'offre? Puis une gestion partielle de l'offre où on garderait, imaginons, nos 8 500 permis
puis on en donne d'autres, pour une même clientèle, on ne fait que diluer
le produit. Et, à mon avis, on a une difficulté qui est importante, là, parce
que si, par exemple — prenons
un exemple, simplement — on
taxait chaque course de type Uber pour compenser les détenteurs de permis, en
fait, on va avoir un ensemble relativement
plus pauvre. Si j'augmente de 20 % le nombre de personnes qui opèrent pour
une même clientèle, je viens de diminuer de 20 % le revenu des gens
qui travaillent dans le métier.
Et, si on
veut avoir des automobiles qui sont en bon état, on veut avoir des chauffeurs
qui sont payés correctement pour un
travail fort difficile, je vois mal comment on peut émettre des permis ou
donner des droits de pratique sans affecter les détenteurs actuels et la valeur des permis actuels. La notion de
détenir un permis et de gestion de l'offre dans ça, à mon avis, est
fondamentale.
J'aimerais vous entendre un peu plus sur ça.
M. Lavoie
(Guillaume) : Merci, M. le
ministre. D'abord, je reviens à quel est l'objectif le plus important.
L'objectif le plus important, c'est
d'augmenter les options de mobilité. Si je poussais votre logique dans ses
derniers retranchements, on pourrait dire, à ce moment-là, que les
autres options de mobilité viennent possiblement ou potentiellement cannibaliser le marché du taxi. Je pense qu'on est
beaucoup mieux avisés de multiplier les options de mobilité, parce qu'à la fin c'est l'auto solo qui est le grand
problème, tant au plan environnemental, tant au plan de la productivité, dans
nos villes et ailleurs.
La gestion de
l'offre est le système avec lequel on est pris. Est-ce que ça fait que nous ne
pourrions pas évoluer à partir de là?
Comment peut-on faire cet atterrissage, difficile, j'en conviens? À mon sens,
d'offrir un allégement réglementaire à ceux
qui sont aujourd'hui dans le système va les rendre plus performants, plus
concurrentiels, et ça, ça veut dire commencer à ouvrir et regarder les possibilités de fixation des prix dynamiques,
de leur offrir également des portions réservées dans le marché pour
également leur offrir une compensation avec des avantages concurrentiels.
L'accès aux
voies réservées, ce n'est pas rien. Vous avez, dans les villes, des centaines
et des centaines de ce qu'on appellerait
un «taxi stand», c'est-à-dire des lieux d'attente pour les taxis, qui fait
qu'ils sont géographiquement toujours mieux positionnés que d'autres
pour prendre des clients à des endroits importants. On pourrait même ajouter
que ces endroits-là réservés à des taxis — par exemple, vous les avez
dans l'ensemble des institutions gouvernementales, je pense aux hôpitaux — c'est
un avantage commercial important. Alors, l'idée, ici, c'est comment est-ce que
je peux m'assurer que cela peut fonctionner
tout en multipliant les options de mobilité, parce que le grand objectif public
ici doit être celui-là, et le reste doit s'accorder en fonction de ça.
Le Président (M. Reid) :
Merci. M. le ministre.
Daoust : Oui. Vous êtes conseiller municipal à la ville de Montréal.
Il y a environ 4 700 permis à Montréal, et vous me dites que cette approche-là serait celle qui pourrait satisfaire
les propriétaires de permis de taxi dans Montréal?
M. Lavoie
(Guillaume) : Pas dans le
contexte actuel. Vous savez, tant et aussi longtemps que le gouvernement
du Québec n'aura pas pris une décision sur
où est-ce qu'il veut aller, il n'y aura pas de négociation possible. Mais il
est très clair, à mon sens, que ce
genre d'augmentation de la mobilité en protégeant une
partie du marché est une
piste d'atterrissage qui permet de
réconcilier l'objectif majeur de faciliter la mobilité en ville, de réduire
l'utilisation de l'auto solo, d'améliorer notre bilan d'émission de GES, tout en préservant l'industrie du taxi
traditionnel comme nous la connaissons et également d'ouvrir la porte à
une possible compensation.
M. Daoust : Je vais laisser la
possibilité à d'autres partis d'intervenir, puis on reviendra si...
Président (M. Reid) :
En fait, on a une période de temps réservée au gouvernement, qui est de
14 min 30 s, et, par la suite, on passe aux autres membres. Mais
il y a peut-être d'autres députés...
M. Daoust : ...mes collègues à poser
certaines questions.
Président (M. Reid) :
Est-ce qu'il y a d'autres députés du côté gouvernemental qui veulent intervenir? M. le député de Dubuc.
Simard : Merci, M. le Président. M. Lavoie, vous dites, dans votre plaidoyer ou
encore votre présentation, qu'il faut
s'ouvrir à la modernité. Je vous entends. C'est un fait, il y a beaucoup
de modernisme aujourd'hui, les jeunes en savent quelque chose. Mais, si on doit s'ajuster, justement, à la modernité, c'est une chose, mais, si la
modernité également doit servir, je vous dirai, le citoyen lui-même
par des règles qui lui sont propres... c'est-à-dire lorsqu'on veut vivre en société, il faut qu'on
puisse s'assurer que les règles sont applicables pour tous.
Donc,
appelons-la comme ça, là, l'application UberX est un outil. C'est strictement
un outil et c'est clair que ça vient changer des règles du jeu.
Maintenant, on sait pertinemment, ça donne l'opportunité, je le répète, à
l'industrie du taxi de se moderniser,
d'avoir des applications, au niveau de la localisation, semblables à celle
d'UberX pour s'assurer de donner un meilleur service, améliorer la
qualité de leurs voitures, etc. Donc, une nouvelle concurrence est née, mais
vous dites qu'il faut s'ouvrir à la modernité en laissant ça «free-for-all»
pour tout le monde. En raison qu'il y a un outil, là, n'importe qui doit faire n'importe
comment et véritablement ne pas payer ses taxes, ne pas payer ses
impôts, et ça, moi, j'ai un problème avec ça.
véritablement, si les règles doivent être les mêmes pour tout le monde, est-ce
qu'on doit nécessairement changer toutes
les règles du pays ou de la province de Québec en fonction d'une nouvelle
application qui vient d'entrer chez nous ou cette application-là qui vient de s'installer chez nous doit
s'assujettir aux règles de civilité d'ici pour être en mesure de donner
un service et de bonifier potentiellement, je vous dirais, leur industrie qui
s'appelle l'application elle-même? J'aimerais vous entendre là-dessus parce que
ce n'est pas clair dans ma tête.
Le Président (M.
Reid) : Merci. Alors, M. Lavoie.
M. Lavoie (Guillaume) : Merci, M. le député. Permettez-moi un petit
détour. Vous savez qu'au Québec, jusqu'à 2007... En fait, plus simple que ça encore, dans les années 80, il y a
eu une nouvelle invention qui s'appelait les télés portatives. Il s'est
trouvé quelques brillants pour utiliser la télé portative dans leur voiture. Le
législateur a trouvé évidemment une bonne
chose d'interdire d'écouter la télévision en conduisant. On ne l'a pas écrit
comme ça, on l'a écrit en
disant : Il est interdit et fortement puni d'avoir un écran dans sa
voiture visible par le chauffeur. Voilà comment notre réglementation était écrite. Évidemment, c'était
avant l'arrivée des GPS dans les voitures. Alors, jusqu'en 2007, nous
avions ce problème-là. Les GPS sont arrivés bien avant 2007.
Alors,
qu'est-ce qu'on fait? Est-ce que la loi d'hier devient un cadre immuable dans
lequel une nouvelle réalité, clairement, ne peut pas entrer? Ou est-ce
qu'on se dit : Qu'est-ce qui est véritablement important?
voici comment on a modifié notre règlement. On a dit : Il est toujours
interdit d'avoir, dans sa voiture, un écran visible par le chauffeur, à moins que cet écran-là ne donne
exclusivement des informations sur l'état mécanique de la voiture ou le trajet à faire. On a trouvé une piste
d'atterrissage pour concilier un objectif public plus grand, tout en
protégeant la sécurité, qui était l'objectif numéro un de notre réglementation.
ne suis pas du tout en faveur du far west, et ça n'a pas à être le far west. Je
vais vous le dire comme ça, il est impossible
d'encadrer sans permettre, mais il est aussi impensable de permettre sans
encadrer. C'est ce qu'énormément de villes
réussissent à faire. Et l'encadrement, je vais vous donner quelques exemples.
On pourrait décider, et le marché de l'assurance
là-dessus est très clair, on pourrait décider qu'il faut avoir 25 ans pour
pouvoir faire du covoiturage commercial parce que vous avez un peu plus d'expérience. On pourrait décider que ça
vous prend un bilan de conduite exemplaire, pas beaucoup de points de
démérite. On pourrait décider que vous devez avoir, bien sûr, des antécédents
criminels vierges. On pourrait décider que
votre voiture ne peut pas être plus vieille que x années. On pourrait décider
que votre voiture doit passer x, y, z
inspections mécaniques. Et tout ça est tout à fait possible parce que ça existe
ailleurs et ce n'est pas compliqué. L'autre chose... Oui?
Le Président (M.
Reid) : Je ne veux pas vous pousser, mais il y a plusieurs
députés qui voudraient poser des questions, alors, si vous pouviez terminer
rapidement sur celle-ci.
M. Lavoie
(Guillaume) : Vous avez bien raison. Bien, je reviendrai plus tard.
Le Président (M.
Reid) : D'accord. Alors, M. le député de Laval-des-Rapides.
Polo : Merci beaucoup, M. le Président. Je vais faire une déclaration
très personnelle sur le sujet. J'ai utilisé le service d'UberX, mais pas au Québec, à Chicago. L'été dernier, en
vacances, j'ai pu voir comment ce service-là, dans une ville où il est réglementé, où il est disponible,
où il est accessible, comment le service fonctionne dans une grande
ville comme Chicago.
question pour vous, M. Lavoie, en termes d'option de mobilité, effectivement...
parce qu'ultimement je pense qu'il
faut penser au consommateur. Je pense que tout ce débat-là, selon moi, il faut
le ramener au niveau du consommateur, au niveau du service qui est
offert, au niveau de la disponibilité, au niveau des options de mobilité à ce
niveau-là et également à savoir... La
question que je me pose : Vous, en tant qu'élu municipal de Montréal, vous
avez été témoin, l'an dernier, à
travers l'ancien ministre des Transports, d'un grand sommet par rapport à la
modernisation du service du transport ou
de taxi, l'an dernier. Quel jugement ou quelle analyse faites-vous, dans les
quelques mois ou peut-être les six derniers mois, de l'évolution, suite aux différents engagements des différents
partis, de comment améliorer ce service-là destiné aux consommateurs?
Moi,
je vais vous dire, du point de vue d'élu, ce qui m'intéresse ultimement, c'est
le service qui est rendu. Et je fais
un lien avec le grand nombre de Québécois qui ont non seulement téléchargé
l'application, mais qui ont également utilisé
le service au cours des dernières années. Il n'y a pas uniquement Uber. Ils
sont ouverts à cette expérience de mobilité, si on peut dire.
Le Président (M.
Reid) : Merci. M. Lavoie.
M. Lavoie (Guillaume) : Oui, très rapidement, M. le Président. Merci, M.
le député, pour votre question. D'abord, Chicago est certainement un exemple qui permet de concilier les deux
systèmes, et le maire de Chicago n'est pas exactement reconnu comme étant un libertarien et il a réussi. Il a
réussi essentiellement en partageant le marché, comme je l'expliquais,
et en ajoutant d'autres choses importantes que l'industrie du taxi a gardées
pour elle.
Lorsque vous
mentionnez... Et, bien sûr, le mot UberX va revenir très souvent, mais c'est
important de réaliser que ce n'est
pas ça, la distinction fondamentale ici. C'est qu'avec UberX, par exemple,
c'est une plateforme de covoiturage urbain ou covoiturage commercial qui permet à tout
un chacun d'entrer dans un marché pour une heure, pour deux heures, pour toujours. Et, si ce n'est pas UberX, c'est
plein d'autres. Dans les quelques-uns que j'ai pu noter, là, vous
avez Lyft, Sidecar, Ola, Kuaidi, GrabTaxi; et les nouveaux : The
Zou's et Arcade City.
Alors ce
concept-là, lui, va s'imposer. Alors, la question, c'est : Comment est-ce
qu'on fait pour le faire atterrir? Et, vous
avez raison, le système est extraordinairement populaire. Et lorsque vous
dites : Comment est-ce qu'on va gérer ça, comment ça se passe à Montréal, la vérité, c'est qu'on a là une
opportunité d'avoir plus de mobilité sans devoir investir un seul sou et
pouvoir aller chercher des redevances. Le système actuel, dans le budget de la
ville de Montréal, coûte 3,5 millions
de dollars par année sans aucune redevance. Les gens doivent savoir et doivent
comprendre que le système actuel ne
rapporte rien, en termes de redevances, directement aux villes ou encore au
gouvernement du Québec. Alors, il y a là un enjeu majeur.
Le Président (M. Reid) : M.
le député de Mégantic, il reste moins d'une minute.
Bolduc : Merci, M. le Président. Bonjour, M. Lavoie. Je vais essayer
d'aller très rapidement. J'aimerais vous entendre sur le commentaire que vous avez fait au sujet d'ouvrir des
prix dynamiques et de voir comment ce concept-là rendrait service,
finalement, à la clientèle ou les utilisateurs du service.
Le Président (M. Reid) : Vous
avez 30 secondes.
M. Lavoie
(Guillaume) : La première
raison pourquoi on a fixé un prix, qui est presque coulé dans le béton,
tant en termes de départ de course que par
kilomètres et par minute, c'est parce qu'il était impossible d'avoir une
rétroaction. Comment est-ce qu'on fait pour
protéger les gens contre quelqu'un qui exagérerait son prix ou mentirait sur
son prix? Avec les applications, on a moins ce problème-là.
Mais je pense
que ce serait véritablement aider
l'industrie traditionnelle du taxi de pouvoir avoir des prix plus
compétitifs dans les moments où c'est plus tranquille et d'avoir des prix un
peu plus chers dans les moments où c'est très
en demande, ce qui est d'ailleurs la logique, dans le monde de l'hébergement, dans le monde de l'aviation, partout ailleurs, et ce serait
plus intéressant pour le chauffeur également.
Président (M. Reid) :
Merci, M. Lavoie. Nous allons passer maintenant aux questions du côté de l'opposition officielle. Mme
la députée de Vachon.
Ouellet : Merci, M. le Président. Bienvenue, M. Lavoie, en commission parlementaire. Je
pense que nous partageons une vision du développement technologique, mais
j'aimerais toutefois vous entendre parce que développement technologique
ne rime pas nécessairement avec transport illégal. Il y a des exemples.
D'ailleurs, Taxelco, qui a fait du
développement technologique, de l'électrification des transports, tout en
respectant le cadre actuel, je ne crois pas que ce soit incompatible. Et
c'est sûr que les cadres peuvent toujours évoluer, mais, lorsqu'on rentre dans
un marché, il me semble que la moindre des choses, ce serait de respecter ce
qui est en place.
Et je vous
entends, depuis tantôt, parler de covoiturage commercial. De votre vision,
est-ce que les chauffeurs de taxi font du covoiturage commercial?
M. Lavoie
(Guillaume) : Vous savez,
Mme la députée, le débat sur le nom ou l'étiquette, à mon sens, ne nous avance pas. Si, par contre, une des raisons... si
on parle du covoiturage classique comme tous les gouvernements du
Québec, depuis 30 ans, veulent encourager,
c'est un échec comme politique publique et, à mon sens, c'est un échec, entre
autres, parce que nous interdisons qu'il y
ait ni même un seul dollar de profit pour compenser la contrainte. À mon sens,
c'est contre-intuitif de construire l'idée de covoiturage comme ça, et la
réalité, c'est qu'on n'a pas les résultats dans le système actuel.
Ouellet : La question que je
vous pose n'est pas celle-là. La question que je vous pose, c'est que, si
vous considérez que les chauffeurs d'UberX font du covoiturage urbain, est-ce
que vous considérez que les chauffeurs de taxi font du covoiturage urbain
également?
M. Lavoie (Guillaume) : Oui et non.
Pour moi, ça n'a pas d'importance, littéralement.
Mme Ouellet : Ça n'a pas
d'importance, O.K.
M. Lavoie
(Guillaume) : Ça dépend
qu'est-ce que vous voulez mettre comme définition à l'autre bout. On
peut débattre sur le nom, mais quelle est la définition que vous voulez y
attacher? C'est ça, la question.
Mme Ouellet : Bien, la définition de
covoiturage, elle est définie dans les lois du Québec, et c'est lorsque le chauffeur décide de la destination, et, dans le
cas d'UberX, le chauffeur ne décide pas de la destination, le chauffeur
prend la destination du client. Et vous
savez qu'à Paris UberPop a été condamnée pour publicité trompeuse justement sur
l'utilisation du mot «covoiturage urbain». Ce n'est pas du covoiturage. Parce
que je pense qu'il faut démêler un peu tout ça parce qu'effectivement les gens d'Uber sont très habiles en marketing. Il faut
leur donner, ils sont très, très forts en marketing et ont développé une belle plateforme. Mais, si cette
plateforme technologique là, ils l'avaient vendue aux chauffeurs actuels
ou avaient accepté
d'acheter des permis de taxi, tout comme l'a fait Taxelco, par exemple, il n'y
aurait pas eu de problème. On ne se serait pas retrouvé avec les
problèmes qu'on a actuellement.
Donc,
c'est pour ça que je reviens à ça, parce que ça fait vraiment
partie de leur
marketing de covoiturage. Ça fait que vous nous dites : Oui, on
pourrait l'utiliser.
voudrais revenir à un autre point qui était aussi demandé par les députés du
gouvernement. Les algorithmes de prix
dynamique, vous dites : Lorsqu'on avait établi des tarifs... Et au Québec,
les tarifs, ce n'est pas le chauffeur de taxi, hein, qui décide le tarif. Le chauffeur de taxi doit appliquer le tarif
décidé par la Commission des transports du Québec. Or, UberX arrive avec
un algorithme. Un algorithme, c'est de la programmation, puis cet algorithme-là
peut prendre n'importe quoi en
considération. On ne sait pas comment cette programmation-là a été faite et
elle peut changer dans le temps parce
qu'il n'y a rien qui la réglemente. Et vous dites : Bien, ces tarifs-là
ont été établis à la CTQ pour protéger les consommateurs.
pense que vous avez vu passer les tarifs exorbitants qu'UberX a chargés pour le
jour de l'An. Est-ce que vous appelez ça protéger les consommateurs.
M. Lavoie
(Guillaume) : À deux conditions. Vous savez, une chambre d'hôtel, ça
coûte plus cher le jour de l'An ou pendant
le Grand Prix qu'aujourd'hui, à Montréal du moins. La grande question, ce n'est
pas le prix, parce qu'il y a toujours
un prix. Soit je paie plus cher en argent ou je paie plus cher en temps parce
qu'il n'y a pas d'offre. La grande question,
c'est : Est-ce que le consommateur est informé de ce prix-là? Dans toutes
les industries, est-ce que le consommateur sait et est capable de
dire : Je comprends que ça va coûter x?
Voilà ma question, et
c'est là où la protection du consommateur est importante.
Lorsque
vous dites par contre qu'UberX, Lyft, Sidecar et les autres peuvent venir et
ils ont tout simplement qu'à rentrer dans le moule actuel, bien là, à
mon sens, on passe à côté, toujours, de cette différence fondamentale dans les modèles d'affaires, qui est que, dans un modèle,
nous avons une offre fixe, et, dans l'autre, cette offre-là est flexible
parce que tout un chacun peut y entrer et en sortir à n'importe quel moment.
Alors,
soit vous êtes pour un modèle ou vous êtes pour les deux, mais vous ne pouvez
pas dire : Ce modèle-là peut exister dans un cadre d'offre fixe. Et
d'ailleurs, dans un cadre d'offre fixe, vous aurez toujours deux nombres de taxis : il y en aura soit toujours trop ou
toujours pas assez. C'est l'avantage d'avoir, en plus d'un modèle à offre fixe,
un modèle à offre flexible, qui peut, lui, venir compenser des périodes de
pointe pour lesquelles, économiquement, ça ne ferait aucun sens d'investir en
capital dans une flotte de taxis qui ne servirait, par exemple, qu'à des
pointes, soit le matin ou le soir.
Ouellet : Oui. Je pense que vous simplifiez lorsque vous
parlez de modèle fixe et modèle à offre flexible, parce que je ne crois pas que le modèle actuel est
à offre fixe, parce que les chauffeurs de taxi sont nombreux et ils
peuvent décider de venir sur le marché ou non, donc...
M. Lavoie
(Guillaume) : Ça me semble incorrect, Mme la députée. Le nombre de
permis est fixe.
Ouellet : Le nombre de permis est fixe, mais, si tous ces
chauffeurs-là décidaient de travailler en même temps, il y a donc une offre flexible à l'intérieur d'un registre, d'une
offre qui est gérée avec des permis. Puis il y a quand même une offre de
chauffeurs qui est flexible, puis les chauffeurs ont quand même une
flexibilité. Et lorsqu'on...
M. Lavoie (Guillaume) :
Si j'utilisais les termes «offre limitée», est-ce que ça...
Ouellet :
Laissez-moi juste terminer, M. Lavoie.
Le Président (M.
Reid) : M. Lavoie, on va y aller à tour de rôle, si vous
permettez.
Ouellet : Donc, je pense qu'il ne faut pas simplifier à
outrance et je crois que... Vous savez peut-être qu'à Montréal il a été une époque où l'offre était, si
j'utilise votre vocabulaire, complètement flexible, mais, en fait, à
l'époque, on appelait ça plutôt sauvage. Et,
pour des raisons de sécurité, pour des raisons aussi de retracer les
chauffeurs, pour des raisons de revenu décent pour chacun des
chauffeurs, il a été décidé, à une certaine époque, de travailler avec des
permis de taxi.
On peut toujours
décider... Puis ça, cette question-là de permis de taxi, ça n'a rien à voir
avec la plateforme technologique parce que
les gens peuvent utiliser des plateformes technologiques nouvelles tout en
fonctionnant avec des permis de taxi.
On peut toujours décider de revoir cette formule de permis de taxi là, mais,
comme ça a déjà été présenté, il y a quand même des gens qui ont investi
pour acheter ces permis-là. Ça représente souvent leur fonds de pension, les
chauffeurs de taxi, pour 1,7 milliard de dollars au Québec environ,
l'ensemble des permis de taxi.
nous voulons fonctionner dans un système où il n'y a pas de permis de taxi, il
devrait donc y avoir compensation.
Est-ce
qu'à votre avis c'est aux contribuables à payer pour cette compensation-là ou
ce serait plutôt aux joueurs qui souhaitent ne pas avoir de permis à
compenser les permis des chauffeurs de taxi?
Le Président (M.
Reid) : M. Lavoie, il vous reste environ une minute.
M. Lavoie
(Guillaume) : Très bonne question. D'abord, il faut faire une distinction
entre les contribuables et les utilisateurs, là. À mon sens, il serait plus
logique que ce soit les utilisateurs parce que, si ce sont les joueurs, le prix
va se ramasser chez les utilisateurs, et ça empêche que tous les contribuables
aient à faire face à ce coût-là.
Ce qui est important ici... Quand vous
dites : Comment est-ce qu'on va le faire, comment est-ce qu'on va rembourser ça, bien là, vous posez la question,
et, là-dessus, tout dépend de deux facteurs. Quelle est la valeur qui
doit être remboursée? Est-ce qu'elle est
basée sur le prix qui est sur le marché aujourd'hui? Il y a une
partie qui est
fonction du système qu'on a mis en place, il y a une
partie fonction du
marché secondaire lui-même. Ça, c'est la grande question.
L'autre grande question, c'est : Si les
permis — je
spécule — chutaient
de 50 %, devrait-on les rembourser à 100 %?
Alors là, il faudra avoir véritablement... Moi, je suis en faveur d'une
compensation, mais il va falloir que ce soit une compensation qui est en fonction de la modification du marché, et là,
bien, ce sera de savoir exactement de quel pourcentage il est question.
Président (M. Reid) : Merci. Ça termine la période de questions
réservée à l'opposition officielle. Nous passons maintenant au deuxième
groupe d'opposition. M. le député de Groulx.
Surprenant : Merci, M. le Président. Alors, bienvenue, M. Lavoie.
Alors, je voudrais d'abord faire un petit historique pour remettre en
perspective le contexte, là, que l'on vit présentement avec Uber, parce que ce
n'est pas d'aujourd'hui qu'on voit de
l'innovation qui arrive et puis que le législateur tarde à s'ajuster aux
innovations qui se pointent.
Alors, je
vais revenir au tournant des années 1800. Cornelius Vanderbilt, le premier
«tycoon» américain, lui, il transportait
des gens de Staten Island à Manhattan en bateau, et puis finalement, bien, il
était illégal parce qu'il y avait des droits
qui devaient être payés, puis il a décidé d'offrir un service moins cher que
les autres et puis en offrant également, là, une valeur ajoutée en offrant la boisson sur le bateau. Donc, les gens
aimaient ça, et il grugeait la clientèle des autres, il offrait plus, finalement. Mais au bout de quelques
années de débats légaux, finalement,
ils ont décidé d'enlever les droits et de
libéraliser un peu plus, là, l'industrie. Donc, il est devenu extrêmement riche par la suite puis il est allé dans le train. Bon, alors, c'est une histoire juste pour dire que ce
n'est pas d'aujourd'hui qu'on voit des situations où le législateur tarde à légiférer pour rendre des situations légales.
Alors, par ailleurs, bien, c'est une responsabilité que l'on a aussi de respecter des gens qui ont
fonctionné avec le système qu'on a mis en place Alors, ces gens-là ont été
respectueux, d'autres l'ont moins été, puis on doit protéger les avoirs
de ces gens-là aussi.
Alors, ma question,
finalement, c'est qu'au
niveau de... Vous avez ouvert la
porte au niveau de la compensation tantôt. Vous avez répondu un
petit peu à ma collègue
la députée de Vachon, mais j'aimerais que vous en parliez un petit peu plus. Et puis quelle est vraiment
votre orientation au niveau de compensation? Est-ce que vous privilégieriez ça
ou privilégieriez un système
où on pourrait permettre aux gens, avec des droits qu'ils auraient à payer,
pour rentrer dans le marché, finalement? Est-ce que vous avez un biais
envers l'un ou envers l'autre?
Le Président (M. Reid) : M.
Lavoie.
M. Lavoie (Guillaume) : Je vous
dirais, là, puis juste pour faire... d'abord, sur la prémisse de votre question,
vous avez tout à fait raison, c'est
l'histoire la plus classique où la réalité sociale et économique
est systématiquement un pas devant le cadre juridicopolitique. C'est normal
que ce soit comme ça et c'est au juridicopolitique de définir l'encadrement
pour soit encourager une pratique qu'il trouve souhaitable ou encore pour
l'interdire parce qu'il est conscient ou il considère que c'est contraire à l'intérêt
général.
Maintenant,
sur la compensation des permis, je
pense que ça revient à ce que je
disais tout à l'heure. Un, est-ce
que,
s'il y a une
partie du marché réservée à l'industrie du taxi traditionnel : voies réservées, stands de taxi, aires
d'attente dans les hôpitaux
et les institutions, le «hailing», qui est une portion importante du
marché de la demande, la réservation par téléphone, tout le marché des gens qui n'ont pas de carte de crédit,
tout le marché des gens qui n'ont pas de téléphone intelligent... Et ce ne sont pas que des pauvres.
Il y a des gens qui sont très riches, qui travaillent dans le secteur
bancaire, qui ne peuvent pas avoir de
téléphone intelligent pour des raisons de sécurité. Il reste une portion du marché, là, qui est importante, qui vous permettrait de postuler que
la valeur du permis ne peut pas être zéro à ce moment-là. Alors là, il
faut évaluer exactement c'est combien.
Et là-dessus
j'aurais un message à la commission et ceux qui devront étudier ça. Il y a
beaucoup d'informations contradictoires sur la valeur des permis et
l'évolution de la valeur des permis. Vous avez, d'un côté, une information comme quoi les permis auraient beaucoup diminué
dans les dernières années; vous avez, de l'autre côté, The Gazette
qui publie un papier comme quoi la valeur
des permis se maintient, plutôt bien, d'ailleurs. Alors là, il faudra savoir
exactement quelle évolution est due à quoi,
et là on va avoir besoin d'étudier ça pas seulement sur la valeur
d'aujourd'hui, mais sur une période beaucoup plus large.
Et je vous
dirais une autre chose qui, à mon sens, est extraordinairement importante. Si
on s'entête à garder le statu quo, on contribue, de manière volontaire
ou involontaire, à ce que des joueurs très puissants, très costauds puissent
tenter leur coup dans un environnement réglementaire qui est flou ou hostile.
si vous me permettez, une mini anecdote. Il existe des nouvelles technologies
où on peut mettre en location privément
son entrée de garage, un «drive-way». Appelez ça le Airbnb de l'entrée de
garage, par exemple. Il n'y a pas de cadre
municipal pour ça; c'est un environnement réglementaire qui serait flou.
Pourtant, à Montréal, aujourd'hui, il y a des compagnies américaines très importantes qui, parce qu'elles sont
rendues importantes, peuvent se permettre de se lancer dans un marché où le cadre réglementaire est flou. Quelle
est la conséquence de ça? La petite «start-up» québécoise, l'entrepreneur québécois
qui, lui, veut se lancer là-dedans, aura-t-il la capacité de se risquer dans un
marché? Serait-il capable de lever du
capital et du financement dans un marché qui est flou? Le très gros pourra le
faire, pas le petit, pas le local.
Lui se trouve à être écarté à cause de notre flou et de notre hésitation. Si on
veut éviter les monopoles, tant dans l'industrie
classique que dans l'industrie nouvelle, il faudra absolument ouvrir le marché
afin de susciter une concurrence et l'émergence de champions locaux
parce qu'on aura donné des signaux clairs dans le cadre réglementaire.
Le Président (M.
Reid) : M. le député de Groulx, il ne reste que quelques
secondes.
Surprenant : Rapidement alors. Au niveau de la modulation des tarifs
qu'Uber propose...
Le Président (M.
Reid) : ...quelques secondes, c'est 10 secondes pour faire un
commentaire, c'est tout.
Surprenant : Bon, qu'est-ce que vous en pensez?
M. Lavoie
(Guillaume) : Ce qui est très important, deux choses :
l'information doit être claire, et il doit être impossible de se faire imposer
un prix pour lequel on n'a pas dit qu'on était d'accord; l'autre chose, et
l'algorithme entre en place automatiquement, il faut penser à des cas,
comme le gouvernement le fait dans des cas de catastrophe... Je viens du
Saguenay—Lac-Saint-Jean,
je me souviens très bien des inondations de 1998... Il me semble que c'est...
M. Lavoie (Guillaume) : 1996, pardon. Merci, M. le député. Il est correct,
par exemple, pour un hôtel de jouer l'offre et la demande dans ses prix.
Il est...
Le Président (M.
Reid) : Alors, c'était malheureusement...
M. Lavoie (Guillaume) : Bien, juste rapidement. Il serait
impensable et injustifiable de le faire dans un cas de catastrophe.
Alors là, voilà un cadre réglementaire que le gouvernement peut mettre en
place.
Le Président (M.
Reid) : Alors, je vous arrête parce qu'on dépasse presque d'une
minute le temps réservé. Alors, je vais préserver l'enveloppe de trois minutes
réservée aux députés indépendants. M. le député de Mercier.
M. Khadir :
Merci, M. le Président. M. Lavoie, bienvenue. M. Lavoie, vous êtes ici à
titre
personnel ou à
titre de représentant de Projet Montréal?
M. Lavoie (Guillaume) : Abraham Lincoln vous dirait qu'une maison séparée
ne peut pas tenir. Je ne peux pas me dissocier que je sois un élu de
Projet Montréal.
M. Khadir :
D'accord, mais disons que les positions que vous défendez sont principalement
les vôtres, n'est-ce pas?
M. Lavoie (Guillaume) : Ah! bien là, vous avez tort, M. le député. La motion que Projet Montréal a déposée, nous l'avons déposée il
y a un an, et je vous invite à la lire...
M. Khadir :
Non, c'est correct. Donc, c'est la même. Vous...
M. Lavoie (Guillaume) : ...mais elle a été adoptée à l'unanimité par notre caucus qui est de
plus de 25 personnes.
M. Khadir :
M. Lavoie, j'ai trois minutes, donc on va y aller rapidement. Donc, c'est la
position de Projet Montréal. C'est ça, vous êtes ici pour...
M. Lavoie
(Guillaume) : Oui.
M. Khadir : Très
bien. Vous savez, moi, je suis en
faveur de la mobilité durable, l'augmentation de la mobilité et la diminution de l'automobile individuelle. D'ailleurs,
j'ai perdu la mienne parce qu'elle était usée et, depuis ce temps-là, je suis à Communauto, j'ai ma carte d'Opus pour
transport ici, à Québec, comme à Montréal. Je fais du vélo, même du vélo sous zéro. Et même, en fait, il y a
30 ans, quand j'étudiais en médecine à Québec, je faisais le trajet avec un vrai projet
de partage, d'économie du partage qui s'appelait Allo-Stop. Vous vous rappelez,
c'était...
Bon.
Alors, nous en sommes, et je crois que tous les partis réunis ici alentour de
la table parlent d'une même voix en matière
d'ouverture pour les nouvelles technologies. Nous avons salué tous les Hypra
Taxi de ce monde; Taxelco, avec son système
Téo; ici, à Québec, la coop de Québec, qui a un système intégré, une plateforme
technologique numérique qui permet en
temps réel de suivre le trajet des taxis, bon, et il y a des applications
mobiles, etc. Donc, personne ici est contre ça.
que j'aimerais savoir de votre part : Est-ce que, pour vous, Uber,
l'entreprise, cette multinationale qui emmène des conducteurs à penser qu'ils peuvent se dispenser de suivre les
règles, est-ce que c'est Uber que vous défendez ou plutôt les
plateformes technologiques?
Président (M. Reid) : M. Lavoie, vous avez une minute.
M. Lavoie
(Guillaume) : Merci. Bien sûr que je défends les plateformes
technologiques.
M. Khadir :
Et qu'est-ce que vous pensez d'Uber? Uber subit actuellement une poursuite pour
infraction criminelle en France. Deux de ses dirigeants ont été accusés de
pratiques commerciales trompeuses. C'est criminel et passible de prison. Est-ce
que vous pensez qu'Uber opère autrement et différemment ici, au Québec?
M. Lavoie
(Guillaume) : Bien, je sais qu'Uber opère dans nombre de villes où ils
sont tout à fait dans la réglementation. La question, ce n'est pas Uber...
M. Khadir :
Non, ils ne sont pas dans...
M. Lavoie
(Guillaume) : Bien, si vous me permettez, M. le député, j'ai une
minute pour vous répondre...
Le Président (M.
Reid) : M. le député de Mercier, on va laisser... M. le député
de Mercier.
M. Khadir :
J'ai demandé : Ici, à Montréal, est-ce qu'ils opèrent comme en France?
Président (M. Reid) : M. le député de Mercier, on va laisser la
parole à M. Lavoie. Il reste à peine quelques secondes.
M. Lavoie (Guillaume) : M. le député, lorsque vous dites, par exemple,
lorsque je faisais l'aller-retour Québec-Montréal, il y a des milliers et des milliers de voitures, tous les
jours, qui font Québec-Montréal avec trois sièges vides dans la voiture.
Si on permettait à quelqu'un de faire un petit profit, pensez-vous qu'il y
aurait plus...
M. Khadir :
Ça, c'est de l'économie de partage, ce n'est pas Uber. Ça, ça reste au Québec.
M. Lavoie (Guillaume) : M. le député, pensez-vous qu'il y a plus de gens
qui utiliseraient ce service-là plutôt que...
M. Khadir :
Absolument. On parle d'Uber.
Le Président (M.
Reid) : Le temps est terminé, malheureusement.
M. Khadir :
Il y a eu un petit temps que vous avez accordé...
Président (M. Reid) : M. le député de Mercier, votre temps est
terminé, vous avez déjà dépassé de 30 secondes.
M. Khadir :
Moi, ce que je voudrais savoir, c'est qu'Uber, qui délocalise ses profits,
est-ce que vous êtes d'accord avec ça?
Le Président (M.
Reid) : Alors, M. Lavoie, je vous remercie de votre
contribution à nos travaux.
vais lever la séance quelques instants, le temps que nous permettions à nos
prochains invités de prendre place.
(Suspension de la séance à
12 h 29)
Président (M. Reid) :
Alors, nous reprenons nos travaux. Je souhaite la bienvenue à nos prochains
invités, les représentants de Taxelco. Je vous demande, dans un premier temps, de vous présenter et présenter les personnes qui
vous accompagnent. Vous avez 10 minutes pour faire votre présentation. Par
la suite, nous aurons une période d'échange avec les membres de la commission.
À vous la parole.
M. Taillefer
(Alexandre) : Très bien, merci. Mon nom est Alexandre Taillefer, je
suis associé principal chez XPND Capital, qui est un fonds d'investissement qui
est l'actionnaire principal, seul actionnaire de Taxelco. Et je vous présente
Thierry St-Cyr, qui s'occupe des affaires gouvernementales et des opérations,
et Marc Petit, qui est le P.D.G. de notre entreprise.
Je voudrais d'abord
remercier M. le ministre de nous avoir convoqués à cette commission-ci pour
pouvoir rapidement statuer sur le covoiturage commercial et je remercie également
tous les membres de cette commission d'écouter notre point de vue aujourd'hui.
XPND Capital
est donc le promoteur de Taxelco. C'est un nouvel acteur dans le taxi montréalais,
qui envisage une croissance importante
de ses activités courantes et qui prévoit exporter son
savoir-faire au Québec et dans le reste du monde.
Taxelco est propriétaire de Taxi Hochelaga, une acquisition que nous avons
faite il y a près de six mois, le deuxième intermédiaire de taxis à Montréal et
le chef de file dans le marché du transport adapté qui est le transport de
personnes à mobilité réduite.
On est également
propriétaire de Téo, un projet qui vise à améliorer la qualité et la
profitabilité de l'industrie
du taxi ainsi qu'à offrir une alternative
performante et écologiquement responsable à la voiture personnelle. Téo est un
projet novateur qui va contribuer à l'image
de marque de Montréal et de tout le Québec. Il est structurant
pour l'industrie du taxi, crée de la valeur pour tous les acteurs de l'industrie en offrant un modèle de redistribution plus juste et a été créé à
l'intérieur des règles de l'industrie.
Nous avons
investi, à ce jour, plus de 20 millions
de dollars dans la modernisation de l'industrie en déployant un réseau de
voitures électriques et une plateforme technologique
qui va augmenter la productivité des chauffeurs et la qualité du service rendu aux usagers. À terme, c'est plus
de 200 millions de dollars qu'elle compte investir dans la
modernisation de l'industrie du taxi.
Alors, nous
avons, au coeur de nos décisions d'affaires, des principes, des principes de
base. D'abord, mettre le client au coeur de la solution. Taxelco croit
fermement qu'il faut d'abord et avant tout remettre le client au coeur de
l'approche requise afin de réinventer l'industrie du taxi. On souhaite bien
entendu générer un bénéfice pour nos investisseurs,
mais on pense, par contre, que la motivation mercantile ne peut guider seule la
réinvention de l'industrie du taxi
avec succès. Les objectifs de Taxelco comprennent une amélioration significative
des revenus des chauffeurs, des revenus
stables, une simplicité opérationnelle pour les propriétaires de permis et un
service dont la haute qualité est offerte de façon homogène pour tous les
usagers. À cet égard, l'État doit jouer un rôle fondamental pour s'assurer que
les politiques publiques répondent d'abord et avant tout aux besoins des
clients.
Le second
principe, c'est investir dans le transport individuel de personnes. Notre
constat est clair : pour mieux servir
le client, il faut investir massivement dans cette industrie.
Impossible de prétendre pouvoir mieux servir le client sans travailler
sur tous les aspects suivants : développer des applications mobiles, bien
entendu; se doter d'un parc de véhicules
plus confortables, plus économiques et plus écologiques; mettre en place des systèmes
d'optimisation du service et des systèmes
d'analyse des données permettant de telles optimisations; mettre en place des infrastructures de nettoyage, d'entretien,
de recharge des véhicules; et développer des mécanismes de suivi concernant la satisfaction de la clientèle.
Or, toutes
ces actions requièrent énormément de capital. En conséquence, Taxelco encourage les
parlementaires à promouvoir des mesures qui
encourageront l'investissement et à rejeter toute mesure qui pourrait y nuire.
Pour Taxelco, cela se décline autour
de trois axes. Premièrement, favoriser la compétition en assouplissant la
réglementation; deuxièmement, faire appliquer les mêmes règles à tous;
et troisièmement, permettre l'essor de grands joueurs dans l'industrie.
D'abord,
favoriser la compétition. Présentement, l'industrie du taxi souffre d'une réglementation
infantilisante et dépassée. Ancrés dans
cette vision, certains acteurs souhaitent continuer dans la voie de la
surréglementation. Ce serait une erreur
car la surabondance d'encadrements a deux effets pervers. Cela nuit à la capacité
des acteurs d'innover et d'offrir des produits
distinctifs qui répondent aux besoins des différentes clientèles et, deuxièmement, restreindre la capacité d'un acteur à se distinguer de ses
compétiteurs et diminuer d'autant sa capacité à tirer des bénéfices de ses
efforts. Cela a un effet dissuasif sur l'investissement.
Nous cherchons également à ce que les règles
soient appliquées identiquement à tous. Il nous apparaît incontournable que les
mêmes règles opérationnelles et fiscales soient appliquées à tous. Quoi qu'en
disent certains acteurs du taxi amateur,
leur modèle n'encourage pas du tout l'innovation. Au contraire, il prive de
capitaux les acteurs qui souhaitent
innover tout en respectant la loi. L'exemple de Taxelco est éloquent à cet
égard. Nous avons décidé d'investir dans
l'industrie malgré l'incertitude qui y règne. Il est par contre
crucial que l'environnement soit équitable et permette une saine
compétition afin que ses investissements puissent se poursuivre.
Nous
cherchons également à permettre l'essor de plus grands joueurs dans l'industrie. Pour des raisons qui lui apparaissaient probablement raisonnables à
l'époque, le législateur québécois a jugé bon de favoriser le modèle du
taxi artisanal et a rendu pratiquement
impossible l'avènement de grands joueurs dans l'industrie. Il est difficile
d'attirer les investissements requis
pour réinventer le taxi à l'intérieur du modèle artisanal actuel. Il ne s'agit
toutefois pas d'empêcher le taxi
artisanal. Il représente, pour de nombreux chauffeurs, un mode de vie qui leur
convient. Par contre, le législateur devrait faciliter l'avènement de
grands joueurs québécois en leur permettant de détenir des flottes, des actifs
et des permis en nombre suffisant afin de
pouvoir créer des économies d'échelle permettant une augmentation de la
rentabilité globale de cette industrie, incluant tous les joueurs et
surtout les chauffeurs. Nous y reviendrons.
Il était, par
exemple, inconcevable de mettre en place un système de taxis électriques dans
les limites actuelles de la
réglementation de taxi. Nous avons dû travailler de concert avec les instances
publiques pour créer un projet pilote afin de rendre le projet possible. Notre proposition aujourd'hui s'articule
autour de trois volets : un cadre modernisé pour le taxi, un
nouveau cadre légal et fiscal pour ce qu'on appelle le taxi amateur et le
respect de la démocratie.
Le cadre
modernisé pour le taxi. Taxelco est d'avis que le législateur devrait
moderniser le cadre réglementaire actuel du taxi par un certain nombre
de mesures. Ce cadre s'appliquerait à tous les détenteurs actuels de permis qui
détiendraient le privilège exclusif des
courses spontanées, c'est-à-dire les courses qui sont hélées sur la rue et les
courses prises à un poste d'attente. De
plus, étant donné la nature vulnérable de la clientèle du transport adapté et
du transport médical et, par le fait
même, des besoins de formation et de suivi qui en découlent, ces deux segments
de transport devraient être la
responsabilité exclusive des détenteurs de permis. Les détenteurs de permis de
taxi continueraient bien sûr de pouvoir prendre des courses via une
répartition téléphonique et électronique.
Nous
proposons plusieurs mesures, qui suivent, afin de moderniser le cadre
réglementaire du taxi et permettre une plus
grande innovation. D'abord, favoriser la compétition en assouplissant la
réglementation, permettre aux taxis de faire varier leurs tarifs en fonction de l'offre et la demande, et ça, pour
les courses via répartition, pourvu que ce tarif ne soit pas inférieur à 50 %
du tarif prévu par la Commission des transports du Québec et ne soit pas
supérieur à 200 % du tarif prévu
par la commission. L'utilisateur devrait bien sûr être informé avant de ce
tarif, et ça ne s'appliquerait pas aux courses spontanées ou aux courses
initiées à partir d'un poste de taxi, qui, elles, resteraient en tout temps
fixées par les tarifs déterminés par la CTQ.
Mettre fin à
l'inefficacité engendrée par le système d'agglomération de taxis. Le système
actuel force les taxis à faire un
certain nombre de voyages à vide en les empêchant de prendre des clients dans
une agglomération autre que celle rattachée
au permis. Tout le monde y perd. Le nombre de courses total de l'industrie
n'augmente pas, mais les dépenses rattachées
à ces courses augmentent inutilement. De plus, ces courses à vide sont une
source de pollution et d'émissions de gaz à effet de serre qui sont
injustifiables sur le plan environnemental.
Nous pensons que de permettre une formation plus
flexible basée sur une approche d'apprenti chauffeur nous permettrait d'émettre rapidement, après une
formation de base, un permis
d'apprenti chauffeur permettant au candidat chauffeur de terminer sa formation
dans le cadre de la pratique réelle.
Nous
cherchons à faire appliquer ces mêmes règles à tous : Obliger les intermédiaires
de taxi et les exploitants de flottes
de taxis à percevoir directement la TPS et la TVQ auprès de leurs clients au nom
des chauffeurs pour toutes les transactions qui sont complétées
électroniquement. Nous cherchons également à obliger les intermédiaires de taxi
et les exploitants de flottes de taxis à
émettre des relevés de revenus et les transmettre aux chauffeurs et aux
autorités fiscales. Taxelco applique déjà ces
règles chez Téo et propose de le faire chez Taxi Hochelaga. C'est plus de 50 millions de dollars que nous
prévoyons verser à l'État pour les seules taxes de vente durant les cinq
prochaines années.
Faciliter
l'avènement de plusieurs grands joueurs dans l'industrie par la généralisation de la possibilité de louer des permis de taxi, ce qui est actuellement offert dans
le cadre du projet pilote, et mettre fin à la limite de détention
actuellement fixée à 20 permis.
Un nouveau
cadre légal et fiscal pour ce qu'on appelle le taxi amateur. Parce que le
gouvernement semble pencher vers une
autorisation du taxi amateur, parce qu'il est populaire et serait difficilement
contrôlable, Taxelco propose que le législateur
mette en place un cadre réglementaire et fiscal spécifique au taxi amateur,
appelé aussi erronément le covoiturage commercial, entre guillemets.
Ce cadre
s'appliquerait uniquement aux opérateurs enregistrés et donc détenant un permis
qui serait requis par l'État à cet
effet ne pourrait qu'offrir des courses via un système de répartition
électronique. Ces opérateurs ne pourraient donc pas faire de courses hélées sur rue, de courses
initiées à partir d'un poste d'attente ni de courses pour le transport adapté
ou le transport médical. Ces opérateurs de taxi amateur seraient tenus de
vérifier les antécédents judiciaires, les dossiers de conduite de leurs
chauffeurs. Ils devraient également fournir la liste de leurs chauffeurs aux
autorités.
Voici les mesures que nous proposons pour
encadrer le taxi amateur.
Le Président (M. Reid) : M.
Taillefer, il vous reste une minute.
Taillefer (Alexandre) : Très
bien. Alors, ce que nous proposons : permettre aux taxis amateurs d'offrir
un tarif de leur choix, pourvu que ce tarif
ne soit pas inférieur à 50 % et ni supérieur à 200 %, comme ce que
nous proposons pour le taxi; faire
appliquer les mêmes règles à tous; obliger les opérateurs de taxi amateur à
percevoir directement la TPS et la TVQ auprès des clients et de la
remettre à Revenu Québec; abolir la dispense de percevoir la TPS et la TVQ pour
les personnes dont le chiffre d'affaires est inférieur à 30 000 $
pour l'activité de taxi amateur, comme c'est déjà le cas pour le reste de l'industrie du taxi; obliger les
opérateurs de taxi amateur à émettre des relevés de revenus et les
transmettre à leurs chauffeurs et aux
autorités fiscales et verser une indemnité de 1,10 $ par course à un fonds
de compensation des détenteurs de
permis de... propriétaires de taxi à être créé afin de couvrir la baisse de
revenus liée à l'augmentation de l'offre pour le transport commercial.
conclusion, nous pensons également qu'on doit respecter la démocratie. Nous
sommes viscéralement contre le taxi
de contrebande. Toutefois, si le gouvernement souhaite permettre le taxi
amateur, il est impératif que les règles soient équitables, surtout au
niveau fiscal. Pour éviter qu'une telle approche devienne...
Le Président (M. Reid) : En
terminant.
Taillefer (Alexandre) : ...un
modus operandi pour une entreprise désirant se développer au mépris des
lois québécoises, nous proposons que les règles que nous proposons soient adaptées
de façon rétroactive aux opérateurs qui ont oeuvré au Québec depuis les
dernières années.
Le Président (M. Reid) : Je
vous arrête.
Taillefer (Alexandre) : Nul
ne peut se moquer de la démocratie québécoise et penser s'en tirer
impunément.
Président (M. Reid) : Merci, M. Taillefer. Nous passons
maintenant aux échanges avec les membres de la commission. Nous
commençons par le côté gouvernemental. M. le ministre.
M. Daoust :
Bonjour, M. Taillefer. Bienvenue à la commission. Écoutez, j'écoute avec
beaucoup d'intérêt ce que vous dites, mais
une des choses que j'aimerais voir, c'est sur le terrain actuellement. Vous
êtes dans un projet pilote, il y a la
présence d'Uber. J'aimerais que vous nous parliez de votre projet pilote, de
son fonctionnement dans un univers qui est réglementé, d'une part, et d'intervenants
qui ne se réglementent pas ou ne suivent pas la règle. J'aimerais
entendre vos commentaires sur ça.
M. Taillefer (Alexandre) : Très bien. Alors, la façon dont notre projet a
été construit, nous avons dû négocier la location de permis, ce qui
n'était pas permis précédemment. On a développé un modèle financier qui nous
permet de déterminer quel est le revenu
potentiel par voiture de taxi, et on chiffre aujourd'hui ce revenu-là autour de
100 000 $ à 125 000 $
à peu près, en termes de nombre de courses que chaque taxi est en mesure de
faire, en prenant en considération que
le taxi va être utilisé environ 18 heures sur 24. Ceci nous a permis de
déterminer un prix qui était acceptable pour la location du permis, et aujourd'hui on paie un prix de 265 $ par
semaine pour le détenteur d'un permis, et ce prix représente un coût par
course de l'ordre d'à peu près 1,60 $. L'autre élément qui est très
important, naturellement, de prendre en considération, c'est la TPS, TVQ qui
est ajoutée à chacune de nos courses.
Donc,
aujourd'hui, si on compare l'avantage qu'a un UberX, au niveau de l'opération,
versus ce que nous faisons, notre
coût de départ, qui n'est pas à être assumé aujourd'hui par du taxi amateur,
est de l'ordre d'environ 3,50 $. Ça, c'est en excluant nos coûts
d'opération. Ça, c'est notre coût de base pour pouvoir opérer et ça n'inclut
pas nos chauffeurs.
L'autre
caractéristique qui est très intéressante par rapport à notre projet, notre
thèse d'investissement est basée sur deux
critères. Premièrement, diminution des coûts d'opération par le remplacement de
l'essence par l'électricité. Ceci nous permet de réduire nos coûts d'opération
en fonction du prix du baril ou du prix du litre, qui est à 0,85 $
aujourd'hui, d'environ 12 %, et, à
1,50 $, on économise des coûts d'opération de l'ordre de 16 %. C'est
des dépenses, c'est des coûts d'opération importants, que nous séparons
50-50 entre nos chauffeurs et nous-mêmes.
je termine sur le dernier point, l'élément le plus important au niveau de la
profitabilité de notre modèle, c'est la gestion efficace de l'offre et la demande qui n'existe pas aujourd'hui
dans l'industrie du taxi. Ce qu'on a compris dans cette industrie-là, c'était que, tant que nous ne
réglions pas les conditions précaires dans lesquelles les chauffeurs de taxi
opèrent aujourd'hui... et un chauffeur de
taxi, ça fait entre 80 et 90 heures par semaine de travail et ça va générer, au
net, entre 7 $ et 8 $ de l'heure sans avoir aucun filet de
social, sans participer au RRQ et sans avoir droit à aucune vacance. On est convaincus aujourd'hui que, tant qu'on ne règle
pas les conditions misérabilistes dans lesquelles les chauffeurs de taxi
opèrent à Montréal, au Québec, on ne pourra
jamais offrir un service de qualité qui répondra aux attentes de la
population.
Daoust : Merci. Dans votre projet pilote actuellement, les prochaines
étapes, là, que vous avez à franchir... Vous en avez fait un bout, il
vous en reste un bout à franchir, je présume. Vous êtes rendus où?
M. Taillefer (Alexandre) : Alors, nous avons, en ce moment, 50 voitures
qui sont en opération. On a aujourd'hui investi l'équivalent en développements technologiques de pas loin de 6,
7 millions de dollars. Si je peux me permettre, l'innovation technologique aujourd'hui, ce n'est
pas une entreprise comme Uber qui la fait, c'est des entreprises comme nous aujourd'hui qui mettons en place des outils
qui sont largement supérieurs au niveau de l'optimisation des revenus de
l'industrie pour pouvoir les séparer entre les différents intervenants. Uber,
aujourd'hui, passe beaucoup plus de son temps
à optimiser les revenus qu'eux-mêmes vont être en mesure de générer en évitant
soit de la fiscalité, ou en prenant de plus en plus de pourcentage des
chauffeurs, ou en augmentant les prix pour les consommateurs.
Alors,
pour nous, le projet aujourd'hui est rendu à 50 voitures. Nous allons avoir 110
voitures au mois de mai. Nos tests
aujourd'hui, au niveau de l'électrification des transports, sont tout à fait
concluants. Nous procédons parallèlement aujourd'hui à l'amélioration des conditions de l'industrie à travers le
placement que nous avons fait chez Hochelaga. Notre objectif aujourd'hui n'est pas de déplacer
Hochelaga vers Téo, mais de continuer à supporter deux modèles
d'affaires : un modèle d'affaires où
nous allons avoir des employés, qui va être le modèle de Téo, et un modèle
d'affaires où nous allons continuer à supporter des travailleurs
autonomes dans l'aspect de Taxi Hochelaga. Et nous savons aujourd'hui que de nombreux joueurs veulent continuer à être des
travailleurs autonomes et on veut encourager ça. Ceci dit, on veut
augmenter leur productivité pour qu'ils fassent plus d'argent, que tout le
monde puisse être plus profitable.
Daoust : Maintenant, si je vous demandais, dans une perspective où on
ferait des modifications législatives, on moderniserait nos règles, si
je vous demandais, par exemple, vos trois priorités, ce serait lesquelles?
M. Taillefer (Alexandre) : Alors, un des éléments qui est primordial, c'est
aujourd'hui l'élimination des territoires qui existent, le A-5, le A-11, le A-12, le A-2, le A-8. Ce sont des
territoires qui ont été créés à l'époque et qui malheureusement
aujourd'hui créent énormément d'inefficacité.
y a deux statistiques qui sont très importantes de comprendre dans l'industrie
du taxi. Première statistique, c'est que 75 % du temps, les
chauffeurs sont dans leurs voitures à se tourner les pouces. La deuxième
statistique qui est importante, 65 %
des kilomètres qui sont faits par les voitures sont faits à vide. Et la raison
pour laquelle c'est fait à vide, c'est
que nous avons aujourd'hui un système qui fait que quelqu'un, par exemple, qui
part de l'aéroport de Montréal, qui s'en
va au centre-ville, ne peut pas prendre quelqu'un pour le ramener. Il veut
retourner rapidement en ligne à l'aéroport de Montréal, et on crée énormément d'inefficacité. Donc, ça, c'est le
premier aspect, pour nous, qui nous apparaît important.
deuxième aspect, c'est la capacité que nous avons à pouvoir louer des permis.
Quand on parle aujourd'hui de transport
au niveau international, il y a très peu d'industries de transport qui sont en
mesure de générer une profitabilité intéressante
sans mettre en place, en anglais ce qu'on appelle du «yield management», en
français, ce qu'on appelle une gestion
adéquate de l'offre et la demande. Et, pour pouvoir y arriver, nous pensons
aujourd'hui que, dans notre modèle, ça nous
prend un minimum de 1 000 voitures à Montréal pour pouvoir déployer nos
flottes adéquatement, et pouvoir anticiper la demande, et créer des économies d'échelle importantes pour
l'industrie, qui vont bénéficier à tout le monde. Alors, je vous dirais
que, pour nous, c'est vraiment les deux aspects.
troisièmement, en terminant, la question de formation. Vous savez, un des
enjeux liés à l'industrie, c'est qu'on impose
aujourd'hui une formation de cinq semaines non rémunérée au Bureau du taxi de
Montréal, et toute l'industrie est modulée
pour que les chauffeurs louent des permis et opèrent pendant des chiffres de 12
heures, sept jours par semaine, l'exploitation de leur permis. On pense
aujourd'hui que, pour améliorer la productivité de l'industrie, en développant
des programmes de formation qui nous permettraient d'aller chercher des
étudiants universitaires, des gens qui sont semi-retraités
qui pourraient faire une vingtaine d'heures par semaine, ça nous permettrait
d'exploiter mieux les flottes et développer une offre pendant les
pointes, ce qui est très important, comme vous le savez, dans le milieu du
transport.
M. Daoust : Il me reste combien de
temps, M. le Président?
Le Président (M. Reid) : Il
vous reste encore sept minutes.
M. Daoust : Encore sept minutes. Je
vais laisser la possibilité à mes collègues de poser des questions.
Le Président (M. Reid) : M.
le député de Mégantic.
Bolduc : Merci, M. le Président. Bonjour, messieurs. J'ai une question
par rapport à Téo et l'utilisation de voitures
électriques. Premièrement, je voudrais vous entendre sur la précarité, par
exemple, des batteries à moins 25°, comme on a eu la semaine passée,
mais aussi de l'enjeu beaucoup plus large de l'accès des taxis aux voies
réservées.
Est-ce que
ça, ça devient un enjeu? Et comment vous voyez l'évolution, si l'on veut, de ce
type d'utilisation là, par exemple, des voies réservées aux véhicules
électriques à des fins commerciales?
Taillefer (Alexandre) :
Alors, deux éléments, là-dedans. Premièrement, en termes électriques,
aujourd'hui, nous avons des voitures qui ont
des batteries de 30 kilowattheures et des batteries de 90 kilowattheures.
On a acheté des Tesla non pas parce
qu'on pense que c'est profitable de payer une voiture 110 000 $ et
exploiter un service de taxi, c'est une hérésie, mais c'était le seul véhicule aujourd'hui qui nous permettait
de tester des batteries extrêmement grandes pour voir quel genre de
flexibilité ça aurait.
Nous avons
exploité ce service-là à moins 27° la semaine dernière. Il n'y a aucune voiture
qui est tombée en panne, et nous
sommes convaincus que d'ici les 18 prochains mois, les manufacturiers vont
sortir des voitures abordables avec des batteries de l'ordre de 65 à 90
kilowattheures, ce qui va être amplement suffisant pour le marché du taxi.
Maintenant, en ce qui concerne l'enjeu, vous
l'avez mentionné en premier lieu chez l'intervenant précédent, aujourd'hui, la voiture est le facteur le plus
important d'appauvrissement collectif et individuel. La voiture coûte
énormément cher à la société, et tout
ce qui peut être fait pour diminuer l'utilisation de la voiture, éliminer la
seconde voiture, voire la première,
va être au bénéfice de la société. Et à l'intérieur du cocktail transport, bien
entendu, on parle du vélo, on parle de la
marche, on parle du VLS, véhicule en libre-service, et le taxi, aujourd'hui,
fait
partie de ce cocktail transport là. Alors, tout ce qui va favoriser
l'utilisation de ce type de transport est au bénéfice de la société.
Le Président (M. Reid) :
Merci. Oui, M. le député de Mégantic, pour une deuxième question. Vous avez des
collègues qui veulent parler aussi.
Bolduc : Juste une minute. Vous n'avez pas commenté sur l'élément que
les taxis pourraient utiliser des voies réservées étant donné que c'est
une auto, un véhicule électrique, là. Est-ce qu'il y a un bénéfice commercial
pour...
M. Taillefer (Alexandre) : Pour moi,
ça doit être considéré de la même façon que du transport collectif, et aujourd'hui, ce qu'on veut faire, c'est éliminer
le plus possible, avec l'utilisation de voies réservées, l'utilisation de
la voiture individuelle. Et, à ce titre-là,
on pense aujourd'hui que l'utilisation du taxi à l'intérieur de ces voies-là,
c'est une excellente approche que le gouvernement a mise de l'avant.
Le Président (M. Reid) :
Merci. M. le député de Laval-des-Rapides.
Polo : Merci beaucoup, M. le Président. Merci à nos invités. Vous avez
utilisé des termes très durs pour décrire la réglementation actuelle, en parlant d'une réglementation
infantilisante et dépassée et également d'une surréglementation. Quelles mesures concrètes Taxelco souhaite
suggérer pour assouplir la réglementation, d'une part? Et, deuxièmement,
question peut-être plus importante à ce niveau-là, en parvenant à obtenir un
assouplissement à la réglementation, quelles incidences cela aurait-il sur les
services offerts aux consommateurs?
Tantôt, vous
avez entendu ma remarque précédente. Je pense qu'on ne parle pas assez du
consommateur. Je suis conscient que
vous parlez beaucoup, bien sûr, des aspects soit financiers et des conditions
des chauffeurs de taxi, mais, avec un assouplissement de la
réglementation, quelle incidence cela aurait-il sur les services offerts aux
consommateurs?
Le Président (M. Reid) : M.
Taillefer.
M. Taillefer (Alexandre) : Alors,
premièrement, aujourd'hui, quand on regarde l'industrie du taxi, vous remarquerez que le
titre de notre document
est : Placer le consommateur au centre de la nouvelle politique de taxi ,
et quand on regarde aujourd'hui les
plaintes numéro un des consommateurs, c'est quoi? C'est un véhicule qui n'est
pas propre, c'est
un chauffeur qui ne sait pas où il s'en va, c'est une qualité de voiture qui
n'a pas de bon sens, c'est les applicatifs qui ne sont pas suffisamment
importants, qui ne sont pas suffisamment faits.
Ce que je
peux vous dire, c'est que nous connaissons aujourd'hui les revenus de
l'ensemble ou de la majorité des intermédiaires de taxi à Montréal.
Quand je parle d'intermédiaires, je parle d'entreprises comme Hochelaga, comme Diamond et autres. Ces entreprises-là,
aujourd'hui, ce sont des entreprises qui génèrent toutes en deçà de
2 millions de dollars d'EBITDA par année. Quand une entreprise fait
moins de 2 millions de dollars d'EBITDA par année, c'est impossible de pouvoir compétitionner avec un
joueur comme Uber et d'investir 3, 4,
5 millions de dollars par année dans la technologie, dans
l'optimisation des flottes.
Ce que le
consommateur veut aujourd'hui, c'est une voiture de qualité, c'est un service
sécuritaire, c'est un service qui va
être là à l'heure, un service qui va pouvoir être répondu à l'intérieur de cinq minutes. Le critère numéro un pour l'utilisation d'un taxi, c'est : Est-ce que
mon taxi peut être là dans cinq minutes? Ce sont des innovations telle la
possibilité de réserver un taxi à l'avance,
ce sont des innovations comme pouvoir acheter des allers-retours aéroport et
diminuer les prix. Et c'est, entre autres, également pouvoir avoir des
chauffeurs le 31 décembre, parce qu'on s'est fait reprocher, l'industrie du taxi, de ne pas avoir d'offre le
31 décembre. Mais, si vous faites 8 $ de l'heure, là, est-ce que ça vous tenterait d'être dehors le 31 décembre au lieu d'aller
manger de la dinde avec votre famille? Bien, c'est ça aujourd'hui,
l'enjeu de l'industrie du taxi. On n'a pas suffisamment de flexibilité pour
permettre à des employés de pouvoir être payés temps double le soir du
31 décembre pour qu'on ait une offre raisonnable qui va satisfaire la
clientèle du Québec.
Alors, quand
je parle aujourd'hui de modifications au niveau du cadre réglementaire, c'est
ce à quoi je fais référence.
Président (M. Reid) :
Oui. Est-ce que j'ai d'autres interventions du côté gouvernemental? Merci. Pardon? M. le député de Mégantic, il reste
1 min 30 s à peu près.
Bolduc : O.K.
J'aurais aimé ça vous entendre aussi sur l'impact de la modulation puis à quel
point on rend service au consommateur en faisant ces modulations-là.
Taillefer (Alexandre) : Tout à fait. Alors, c'est une excellente question. D'abord, vous conviendrez que ce que l'on propose, c'est une modulation uniquement dans
le cadre de commandes par téléphone ou par voie électronique avec une approbation du tarif. Ce qu'on recherche aujourd'hui, c'est la possibilité de moduler les prix pour avoir plus
d'offres quand il y a une rareté, une pénurie.
Aujourd'hui, deux fois, c'est la norme pour n'importe quel travailleur qui va
travailler le 31 décembre, et je propose que nous mettions en place
des barèmes à peu près identiques à ce qui peut être présent aujourd'hui dans
la fonction publique, par exemple.
Puis ceci
dit, ce qui est très important pour nous, nous allons être en mesure d'utiliser
l'inverse, c'est-à-dire être en
mesure de compétitionner avec des entreprises comme UberX. Vous savez qu'aujourd'hui, au centre-ville, le taxi n'est à peu près pas utilisé entre
10 heures et 3 heures l'après-midi. Quand il fait 23° dehors, du beau soleil, l'utilisation du
taxi est à peu près à zéro. Alors, ce qu'on va vouloir faire, c'est de
développer des habitudes de consommation en offrant, par exemple, un tarif unique pour se déplacer à
l'intérieur du centre-ville de Montréal ou à l'intérieur du centre-ville de
Québec, en offrant une offre à 7 $, en
offrant une offre, le soir, à 10 $, comme ce qui a été fait à Paris qui a
un succès phénoménal dans l'industrie du taxi.
Le Président (M. Reid) :
Merci. Nous avons terminé cette période. Nous passons maintenant à l'opposition
officielle. Mme la députée de Vachon.
Ouellet :
Oui. Merci, M. le Président. Bien, bienvenue à M. Taillefer, M. St-Cyr et M.
Petit. Bienvenue en commission parlementaire.
Peut-être,
dans un premier temps, parce qu'on parle souvent de développement technologique
de l'industrie du taxi en faisant
référence à Uber, UberX, mais, avec Téo Taxi, vous avez développé des
nouvelles technologies, j'imagine, des
nouvelles applications — je n'ai pas encore eu le plaisir d'utiliser les taxis Téo — mais tout en prenant des permis au
Québec. C'est ce que je comprends.
Taillefer (Alexandre) : Tout
à fait. Aujourd'hui, dans notre modèle d'affaires, nous avons la possibilité
de payer un loyer pour un permis, et ça a
été mis à l'intérieur de nos modèles financiers. Donc, on a la possibilité de
le faire, à condition qu'aujourd'hui
les règles tarifaires de la CTQ soient respectées. Donc, si, demain matin, on a
une compétition avec des gens qui ne
paient pas leur TPS, TVQ... parce que vous savez que le critère numéro un
pourquoi est-ce que les gens aiment
UberX, c'est le prix. On lit ça, là, aujourd'hui : Ah! c'est fantastique,
l'industrie du taxi devrait se positionner parce que c'est tellement pas cher, puis le taxi n'est pas capable de
s'adapter. Bien, c'est sûr que, quand tu n'as pas à payer ta TPS, TVQ, que tu paies tes employés 4,60 $ de
l'heure avant que la TPS et TVQ soient payées, c'est un grand avantage
concurrentiel qui n'est pas acceptable dans notre milieu.
Alors, en
termes d'innovation, on a non seulement de l'analyse de demande, on a engagé...
il y a 12 personnes aujourd'hui de la Polytechnique qui travaillent sur
des algorithmes d'efficacité. On travaille avec les gens des HEC aujourd'hui au niveau de la tarification, au
niveau des déplacements. On a une équipe de chercheurs de Lévis et on va
investir près de 20 millions de dollars
dans les infrastructures de recharge, parce qu'il est impossible aujourd'hui de
pouvoir opérer un système commercial
électrique sans avoir son propre réseau de bornes à haute vitesse, et ça
requiert un investissement, de notre part, de 20 millions de
dollars.
Alors, quand on regarde aujourd'hui
les sommes que nous allons investir uniquement, et je ne parle pas d'infrastructures automobiles, uniquement
dans le développement de la technologie, on parle de pas loin de 40 millions
de dollars qui vont être investis au Québec. Et ce programme-là, il n'y a pas
une autre compagnie de taxi au monde qui développe un programme comme nous
l'avons développé depuis les deux dernières années.
Ouellet : Et quand vous
parlez des algorithmes d'efficacité, j'imagine, c'est pour les trajets. C'est
ce que je comprends. Actuellement, ce n'est pas pour le tarif, là.
Taillefer (Alexandre) : Absolument.
Ça, aujourd'hui, on ne travaille pas sur la question tarifaire.
C'est évident qu'on va vouloir, nous,
susciter davantage de demande. Alors, on va vouloir mettre en place
des algorithmes qui vont nous
permettre d'améliorer la productivité et l'efficacité de notre voiture, mais
c'est surtout au niveau, par
exemple, de l'anticipation de la demande. On a des systèmes
experts à l'intérieur desquels rentrent les datas des trains, des
aéroports, des universités. Quand est-ce que la STM tombe en panne? De moins en
moins maintenant — on
est contents, avec le train Azur, c'est
fantastique — mais toutes ces données-là sont mises à
l'intérieur d'un système expert et ça nous permet de déplacer nos flottes pour limiter les deux
statistiques auxquelles je faisais référence : le 75 % de temps qui
est passé à ne rien faire et le
65 % des kilomètres à vide. En faisant ça, on est en mesure d'augmenter
beaucoup la profitabilité de l'industrie.
Mme Ouellet : Et vous offrez
également une plateforme électronique d'accès. Les gens peuvent, avec leur
téléphone mobile, aller commander une voiture Téo.
Taillefer (Alexandre) : En
2016, une entreprise de taxi qui n'a pas une application qui permet de voir le
taxi qui arrive puis qui se déplace en
arrivant près de chez soi, on est aussi bien de faire autre chose dans la vie,
là. Alors, c'est bien évident que ça a été mis en place.
Mme Ouellet : Donc, je pense qu'on a
ici un exemple de démonstration des gens qui utilisent les nouvelles technologies, puis c'est toujours ça qu'on a dit,
qu'on était pour les nouvelles technologies, tout en respectant les lois
du Québec. Et c'est possible de le faire,
et, oui, je pense qu'il peut y avoir une amélioration, une modernisation des
lois du Québec, mais, comme vous dites, il ne faut pas que ça se fasse
au détriment des gens qui sont déjà dans l'industrie.
concernant ça, je voulais revenir sur deux de vos recommandations. La première,
dont vous avez moins parlé, concernant
la perception directe de la TPS et de la TVQ, vous m'excuserez, mais je ne sais
pas exactement comment ça se passe
entre les intermédiaires et les chauffeurs de taxi. Donc, si vous pouvez nous
expliquer cette recommandation-là parce qu'en tout cas, moi, je n'avais pas connaissance de ce volet-là, puis
peut-être que vous pourriez m'expliquer aussi... Je me suis fait dire, et à valider, concernant le
paiement électronique, concernant le paiement électronique avec carte de
crédit, carte de débit, il y a des frais qui
sont exigés par les banques, je crois, de l'ordre de 2 % à 3 % — vous me confirmerez — mais je me suis fait dire que
certains intermédiaires exigeaient jusqu'à 7 % de ces frais-là de la part
de leurs chauffeurs.
Donc, j'ai
peut-être compris, une des résistances qu'il y avait des chauffeurs à utiliser
le paiement électronique. Je voulais savoir ce que vous en pensiez et
comment, vous, vous travaillez du côté de Taxi Hochelaga et de Taxi Téo.
Taillefer (Alexandre) : Oui.
Alors, toutes de bonnes questions. La question des frais, je vais aborder ça
tout de suite, effectivement, il y a beaucoup de joueurs qui chargent des
frais. On a vu jusqu'à 8 %, parce que c'est 7 %, plus TPS, TVQ, donc ça coûte près de 8 %. Quand
nous sommes entrés chez Hochelaga, la première mesure qu'on a mise en place, c'est l'abolition de ces frais-là, qui est
un frein à l'utilisation des cartes de crédit. Je ne vous cacherai pas que
nous avons fait notre Ph. D. taxi 101, 201,
301 depuis les deux dernières années, et on s'est rendus compte naturellement
que c'est une industrie qui fonctionne beaucoup encore avec l'argent comptant.
Donc, il y a
deux raisons pour lesquelles est-ce que les gens ne veulent pas utiliser la
carte de crédit, c'est : un, le 10 000 $,
12 000 $, 15 000 $ que chaque chauffeur peut tirer
annuellement de l'argent comptant et, deuxièmement, le 7 % au niveau des
frais. Alors, ça, c'est très important.
Au niveau
des... Excusez-moi, Mme Ouellet, j'ai noté votre question, mais je ne suis pas
capable de me relire.
Mme Ouellet : ...TPS, TVQ, qu'elle
doit être perçue directement par les intermédiaires.
M. Taillefer (Alexandre) : Oui.
Alors, ce qui est important de comprendre, c'est qu'aujourd'hui il y a un intermédiaire puis il y a... Nous, Téo, on est un
opérateur; chez Hochelaga, on est un intermédiaire. À
titre
d'intermédiaire, aujourd'hui, tout ce qu'on
fait, c'est d'offrir un service de dôme, et ces gens-là nous paient
mensuellement pour qu'on leur envoie des appels. C'est eux qui vont
prendre l'argent, récolter l'argent, et une majorité des chauffeurs utilisent
nos plateformes de paiement, mais ils
peuvent prendre des plateformes de paiement tierces. Dans ce cas-là, Hochelaga
ne fait aucune saisie ou retenue de la TPS, TVQ. C'est chacun des chauffeurs
qui doit faire son rapport annuellement.
Et ça,
aujourd'hui, on sait que c'est un véritable casse-tête pour l'ARQ. On parle de
près de 4 000 travailleurs indépendants qui doivent faire leur
rapport trimestriellement, et l'ARQ a déterminé que c'était le prochain secteur
dans lequel on allait implanter de la
MEVisation, donc des mouchards. Dans le cadre de Téo, comme aujourd'hui on
offre un service directement aux
consommateurs et que ce sont nos employés, nous sommes tenus de récolter la
TPS, TVQ et de remettre la TPS, TVQ
au nom des chauffeurs. On pense aujourd'hui que l'industrie du taxi, pour
optimiser la perception de TPS, TVQ,
devrait donner la responsabilité et aux intermédiaires et aux opérateurs de
percevoir la TPS et de la remettre au gouvernement. Inutile de vous dire
que ce serait la même chose pour le taxi amateur.
Mme Ouellet : Oui. D'ailleurs, je trouve que c'est une belle
appellation, taxi amateur. Ça prenait une façon de le dire parce qu'effectivement ce n'est pas du
covoiturage. Donc, taxi amateur, je pense, c'est une belle appellation. Et
vous nous proposez... à la page 9 de 10, on
dit que le crime ne paie pas. Donc, vous proposez une pleine rétroaction parce
que malheureusement le ministre n'a pas fait
cesser les activités illégales d'UberX. Et j'aimerais vous entendre un petit
peu plus concernant cette proposition-là.
M. Taillefer (Alexandre) : Bien, essentiellement, on est en mesure
aujourd'hui de savoir combien de transactions ont été faites dans les
dernières années par UberX. Ces informations-là ont été communiquées par
M. Guillemette la dernière fois à Tout
le monde en parle . Il se vante d'avoir 450 000 courses par mois. On
parle aujourd'hui d'à peu près 10 % du trafic de l'industrie du
taxi qui serait aujourd'hui sur la plateforme UberX. Alors, en utilisant...
Mme Ouellet :
Ces chiffres-là sont exacts?
M. Taillefer (Alexandre) : Bien, il nous a dit 450 000. C'est toujours
un peu flou, là, où ça passe. Une chose est certaine, c'est que c'est probablement au Luxembourg ou en Hongrie, mais
on pense aujourd'hui que le gouvernement devrait, de façon rétroactive, à partir du moment où ils mettent en
place un tarif pour pouvoir opérer du taxi amateur, que ce tarif-là soit
appliqué de façon rétroactive et que la perception de TPS, TVQ qui n'aura pas
été remboursée par les travailleurs autonomes soit la responsabilité
d'entreprises comme Uber.
Le Président (M.
Reid) : Merci. Le temps est écoulé pour l'opposition
officielle. Nous passons au deuxième groupe d'opposition. M. le député de
Groulx.
Surprenant : Merci, M. le Président. Alors, bonjour et bienvenue à
vous trois de Taxelco. Alors, votre mémoire, vous indiquez d'abord que c'est un
aide-mémoire, en fait, et qu'un mémoire plus exhaustif va être remis ultérieurement aux membres de la commission.
Alors, déjà, il y a beaucoup de données, et puis je serais impressionné
d'avoir un mémoire plus exhaustif que ça. Mais pourriez-vous nous en parler un
petit peu des grandes lignes que vous anticipez...
M. Taillefer (Alexandre) : Tout à fait. Alors, ce que nous allons vous
fournir par la suite... et vous comprendrez que, compte tenu du peu de temps qu'on avait pour pouvoir produire ce
document-là, on a aujourd'hui mandaté une firme pour procéder à l'analyse et la récolte de données empiriques par
rapport au taxi amateur. Donc, on va connaître, de façon très précise, les réels salaires horaires des
chauffeurs et qu'est-ce qui se passe aujourd'hui au niveau de la récolte de
TPS, TVQ. On va être en mesure de partager ces informations-là avec vous. On a
également des tableaux économiques, c'est-à-dire
combien est-ce qu'un chauffeur aujourd'hui gagne, pourquoi est-ce qu'aujourd'hui
la valeur du permis est estimée à environ 150 000 $, ce qui
est la limite que les deux financiers reliés à l'industrie du permis ont
établie, c'est-à-dire Fintaxi et Desjardins, qui est la limite à laquelle ces
gens-là étaient prêts à prêter de l'argent.
Alors, on a également
toutes ces données financières là qui vont vous permettre de comprendre ce que
vaut aujourd'hui un permis à Montréal et
pourquoi est-ce que nous sommes arrivés avec un chiffre de 1,10 $ par
course. On n'a pas lancé ça en l'air
en disant 0,10 $, on a calculé c'était quoi, le réel coût, et aujourd'hui
on soumet à la commission un coût de 1,10 $ et on va étoffer ces
données financières là.
Surprenant : Rapidement, vous anticipez de nous soumettre ce mémoire
au complet...
M. Taillefer
(Alexandre) : Vous allez recevoir ça dans les deux prochaines
semaines, donc avant la fin de la commission, sans faute.
Le Président (M.
Reid) : ...qui va s'assurer de distribuer ça aux membres.
Surprenant : Vous indiquez également
que, dans vos objectifs, c'est l'amélioration significative des
revenus des chauffeurs. Pouvez-vous nous en parler un petit peu, s'il vous
plaît?
M. Taillefer (Alexandre) : C'est un excellent point. Je vous dirais que,
pour moi, c'est une valeur fondamentale, qui dicte à peu près tous les investissements
que l'on fait, d'être en mesure d'offrir des conditions salariales décentes
à nos employés, et nous offrons aujourd'hui,
à ces employés-là, un salaire horaire garanti de 15 $ de l'heure.
15 $ de l'heure, c'est à peu
près deux fois ce qu'un chauffeur de taxi fait dans le métier. Et non seulement
est-ce qu'ils ont un salaire de 15 $ de l'heure, mais ils ont
également droit à tous les bénéfices marginaux, incluant deux semaines de
vacances, incluant le RRQ, etc. Alors,
aujourd'hui, si vous parlez aux chauffeurs de Téo, vous allez vous rendre
compte d'une chose, c'est que ces
gens-là ont retrouvé une vie, ils sont en mesure d'être plus proches de leur
famille, et c'est le premier commentaire que tous les chauffeurs Téo
vont vous faire.
pour nous, aujourd'hui, de faire la promotion d'un service de taxi amateur qui
encourage le nivellement vers le bas
en termes de conditions salariales, qui utilise le vocable de «travailleur
autonome» pour appauvrir toute une classe de la société, pour nous,
c'est totalement inacceptable.
M. Surprenant :
Dans les données que l'on a, là, vous savez qu'au niveau des permis il y en a
qui sont renouvelables et d'autres qui sont
des permis à terme, là, de cinq ans. Alors, certains proposent de réserver les
permis, donc qui sont non renouvelables, aux exploitants d'applications
mobiles. Quelle est votre opinion à cet égard?
M. Taillefer (Alexandre) : Bien,
écoutez, je pense qu'on va se retrouver aujourd'hui dans une situation où il va
y avoir trop de permis à Montréal. Les permis restreints ont été utilisés dans
un contexte très particulier, qui est le transport
adapté, parce que l'industrie peinait aujourd'hui à mettre en place une
infrastructure pour pouvoir faire le transport de personnes à mobilité réduite. Il va falloir s'assurer que, si c'est
ce genre de décision là qui est prise, ce ne soit pas fait au détriment des personnes à mobilité réduite et du
transport médical. Alors, je doute de la pertinence de cette
proposition-là.
Ceci dit, l'élimination aujourd'hui de, par
exemple, 10 % des permis, qui représente le volume estimé du taxi amateur, nous apparaît plus réaliste. Et ça va
permettre, donc de compenser tout le monde uniformément en diminuant le
nombre de taxis traditionnels. Et là on parle d'un achat de l'ordre de
probablement 66 millions de dollars.
Ce que je
rajouterais par rapport aux permis, c'est que nous sommes convaincus
aujourd'hui que le gouvernement a une
responsabilité par rapport à ces permis-là. Le gouvernement a imposé qu'un
transport payant soit fait en utilisant un permis et le transfert de permis d'une personne à l'autre existe depuis
50 ans. Alors, je pense que l'État a probablement un «liability», excusez-moi le terme anglais, une
responsabilité potentielle supérieure à 1 milliard de dollars si des
mesures visant à réduire la valeur des permis sont introduites.
Surprenant : À la page 7 de votre mémoire, d'ailleurs vous en avez
fait état encore tantôt, au niveau d'un fonds de compensation, donc qui serait une indemnité de 1,10 $ par course
sur une période de 25 ans. Alors, qu'est-ce qui arrive au-delà de 25
ans?
M. Taillefer (Alexandre) : Alors, la
question des permis est une question très complexe, et, à l'intérieur de notre mémoire, on va avoir un
chapitre entier à la
proposition qu'on fait par rapport aux permis. On pense que ce qui a été
pris comme décision il y a 50 ans, de
permettre un marché secondaire d'un individu à un autre individu pour le
transfert d'un quota d'une société, n'était peut-être pas la meilleure idée et
aujourd'hui on pense que le rapatriement de ces quotas-là par l'État est probablement une voie qu'il va falloir
envisager. Mais ça ne peut pas se faire de façon financière en un an, parce qu'un chèque de 1,5 milliard de
dollars, c'est beaucoup trop d'argent. On a mis aujourd'hui une solution
en place qui permet le rachat, sur
25 ans, non seulement de quotas qui seraient alloués au taxi amateur, mais
également à tous les autres taxis, et, au bout de 25 ans, les taxis
seraient retournés à la société avec une valeur de zéro dollar.
Président (M. Reid) :
Merci. Il me reste à vous remercier pour votre contribution aux travaux de la
commission.
Je suspends les travaux de la commission jusqu'à
15 heures cet après-midi.
(Suspension de la séance à 13 h 13)
Président (M. Reid) :
À l'ordre, s'il vous plaît! Alors, la Commission des transports et de l'environnement reprend ses
travaux.
Nous
poursuivons les auditions publiques dans
le cadre des consultations particulières sur le document d'information sur le transport rémunéré de personnes par
automobile. Cet après-midi, nous entendrons les organismes suivants : le Regroupement des travailleurs autonomes Métallos; le Regroupement des intermédiaires du taxi de Québec, le RITQ; Uber Québec et le Comité
provincial de concertation et de développement de l'industrie du taxi, le
CPCDIT.
Alors,
bienvenue à nos premiers invités du Regroupement des travailleurs autonomes Métallos, et vous avez une dizaine de minutes pour faire votre présentation.
Je vous demande de vous présenter et présenter les personnes qui vous
accompagnent pour les fins de l'enregistrement, et vous avez donc
10 minutes. À vous la parole.
M. Jugand
(Benoît) : Alors, merci.
Alors, je me présente, Benoît Jugand, porte-parole pour le Regroupement des travailleurs
autonomes Métallos. À ma gauche, on a M. Driss Bouamira, propriétaire de
taxi, chauffeur de taxi et président de Coop
Taxi Montréal; à ma droite, M. Mario Denis, coordonnateur
au Syndicat des métallos, et M. Jocelyn Desjardins, responsable des communications au Syndicat des métallos et
pour le Regroupement des travailleurs autonomes Métallos.
Le Président (M. Reid) : Vous
avez la parole.
M. Jugand
(Benoît) : Merci, M. le Président. Alors, d'entrée de jeu, ce qu'il
faut mentionner, c'est que le Regroupement des travailleurs autonomes Métallos
n'est pas contre l'innovation et n'est pas contre les changements. On est contre un modèle d'affaires qui refuse de
se rendre compétitif, comme 170 autres compagnies de taxi québécoises,
contre un modèle qui cache son incapacité à
se rendre compétitif derrière la critique d'un monopole, ce qui est un
manque de respect de nos lois et de notre
société, contre un modèle d'affaires dont la compétitivité repose sur le
non-respect de nos
lois, et on est contre un modèle d'affaires dont la principale innovation est
dans le génie à faire accepter l'illégalité. C'est facile d'être populaire quand on est moins chers et c'est facile
d'être moins cher quand on n'a pas de règle à respecter, c'est facile quand on ne paie pas ses impôts, ses
taxes, ses assurances commerciales, ses permis, sa formation, ses vérifications,
les antécédents judiciaires, les inspections mécaniques, et les entretiens,
ainsi que ses chauffeurs.
Au Québec, on a des
règles. Ces règles existent pour des raisons : contrer l'évasion fiscale,
la tarification spéculative, assurer la
sécurité publique, la confiance des usagers, la qualité de service,
l'amélioration continue et assurer un
revenu de vie décent pour 22 000 pères et mères de famille au Québec. En
juin, la loi a été modifiée pour permettre des projets pilotes. C'était la porte d'entrée réglementaire pour tous
ceux qui s'estimaient trop nouveaux pour tomber sous le coup de la loi. Le ministre, à ce moment, a
accordé quatre projets pilotes par décret. À ce jour, Uber n'a jamais
déposé de projet. La question est :
Pourquoi? Pourquoi n'a-t-il pas déposé de projet jusqu'à présent? Ensuite, ce
faisant, pourquoi faut-il entendre
Uber aujourd'hui et pourquoi sommes-nous ici aujourd'hui devant vous, MM. et
Mmes de la commission? On a déposé un
mémoire en août 2015, à la demande du gouvernement, qui contient 17
recommandations portant sur la modernisation.
On va en déposer un nouveau avant la date limite, cette fois-ci portant sur la
réglementation. On espère que cette fois-ci sera la bonne.
vous résume aujourd'hui nos principales revendications à partir des quatre
thèmes figurant à votre document d'information. Nous y ajoutons une
série de revendications que nous jugeons nécessaires au bon fonctionnement de
l'industrie.
Concernant le
maintien des responsabilités de l'État pour assurer la sécurité des usagers,
nous demandons l'interdiction de transporter des personnes contre rémunération
sans avoir un permis de classe 4C.
Deuxièmement,
l'établissement d'un programme d'évaluation des véhicules-taxis ainsi que d'un
comité de discipline sous la supervision de
la Commission des transports du Québec, un peu comme ça se
fait dans le camionnage avec le programme d'exploitation des véhicules
lourds.
Concernant
l'amélioration des services offerts à la clientèle, nous demandons de rendre la
formation obligatoire à l'ensemble du Québec, de mettre en place un
examen pratique de comportement, de conduite ainsi que de français.
Concernant
la mise en place d'un environnement d'affaires équitable, nous demandons le
soutien gouvernemental pour des
applications mobiles québécoises déjà
existantes. On sait qu'au Québec ce n'est pas vrai qu'on arrive avec une
entreprise qui apporte de l'innovation,
alors qu'on sait très bien qu'on a des entreprises qui, depuis quatre ans,
offrent déjà des services d'application avec paiement intégré.
L'obligation pour
Uber de déposer un projet pilote, tel que prévu à la loi, à l'article 89 de la
loi, l'obligation pour Uber de détenir un permis d'intermédiaire en services de
transport par taxi, nous demandons simplement que la loi soit appliquée.
L'obligation
également pour tous les transporteurs de personnes contre rémunération de
détenir des permis valides, un numéro de TPS
et TVQ et de munir leurs véhicules d'un taximètre. Nous demandons également
l'obligation d'installer un module
d'enregistrement des ventes pour tous les propriétaires de taxi sous l'égide de
Revenu Québec, devant être relié à un
taximètre, une imprimante à reçus et une application mobile permettant le
paiement, autant par carte de crédit, mais également de débit, et
permettant le paiement par argent comptant.
Nous demandons
également l'augmentation des amendes pour toute personne transportant
illégalement des personnes contre
rémunération, c'est-à-dire la suspension du permis de conduire en plus d'une
amende de 1 250 $ pour le conducteur
et une suspension du droit de circuler pour trois mois en plus d'une amende de
2 500 $ pour le propriétaire du véhicule, tel que la loi le
prévoyait en 2002.
Nous demandons
également l'uniformisation des systèmes de contrôle en matière de transport
adapté — je
vais y revenir un petit peu plus loin — ensuite, l'inspection obligatoire des
véhicules pour les transports adaptés. Vous savez qu'actuellement il n'y a aucune règle qui vient régir les
véhicules qui sont modifiés. On a des inspections mécaniques qui se font pour les taxis à tous les six mois,
mais il n'y a aucune règle qui vient faire en sorte qu'on puisse s'assurer
de la sécurité de la clientèle avec les attaches et les modifications qui ont
été faites.
Concernant
l'émergence de nouveaux modèles d'affaires facilitée par l'arrivée de nouvelles
technologies, nous recommandons,
première règle de protection du consommateur, c'est-à-dire le maintien de la
définition du covoiturage dans la
loi. Présentement, la
loi sur le transport vient définir le covoiturage et la
loi est claire. Nous demandons, en fait, qu'il n'y ait aucune modification à cette définition. Ce n'est pas du
covoiturage commercial, ni du covoiturage urbain, ni rémunéré. Du
transport rémunéré, c'est du transport rémunéré au Québec.
Nous
demandons également tarif fixe et obligatoire sur l'ensemble du territoire
québécois pour l'ensemble des transporteurs
des personnes contre rémunération. L'affichage obligatoire du tarif fixe et du
permis de chauffeur et de la voiture
pour la clientèle dans chaque véhicule. Également, la possibilité pour la
Commission des transports du Québec de fixer
des tarifs différents par agglomération de taxis et, pour la région
métropolitaine de Montréal, par secteurs d'agglomération ainsi que par blocs d'heure, mais l'interdiction de
spéculer sur les tarifs en fonction de l'achalandage.
Nous demandons également l'affichage obligatoire,
sur tout véhicule de transport de personnes contre rémunération, d'une signature extérieure ou dôme d'identité et
facilement reconnaissable par le public, l'accès obligatoire de l'État
aux données numériques de chacun des transporteurs afin d'éviter l'évasion
fiscale, mesure obligatoire de protection des renseignements personnels issus
de ces données. La vérification des antécédents criminels doit être faite par
un corps policier pour chacun des chauffeurs effectuant du transport rémunéré
de personnes. La reconnaissance de la double responsabilité
du gouvernement dans le marché secondaire, également, des permis, avec
l'établissement des quotas par agglomération,
en fonction des plans de rachat qui ont eu lieu dans les années 80 ainsi que de
la loi qui datait de 2001.
Nous demandons également la réalisation d'une
étude d'impact économique avant tout changement aux politiques publiques, à la
loi ou à la réglementation existante pouvant avoir un effet sur la valeur des
permis.
Si le gouvernement
souhaite baisser ou abolir les quotas, un plan de rachat, à la valeur actuelle
du marché secondaire, devra être considéré.
Si le gouvernement souhaite maintenir les quotas, les transporteurs illégaux
devront se procurer des permis à la valeur du marché secondaire ou plier
bagage.
Il me reste
peu de temps, alors je vais passer aussi à l'essentiel des autres
recommandations. Donc, nous demandons de
donner un pouvoir étendu à la Commission des transports du Québec afin de
pouvoir suspendre ou révoquer un permis d'intermédiaire en services qui
enfreindrait les règles.
Nous
demandons aussi le principe, à l'État, de ne pas discriminer la clientèle, et
ça, c'est très important. On ne peut
pas se permettre qu'une compagnie choisisse sa clientèle. On fait du taxi, il y
a un tarif qui est prévu, et ça, c'est pour tout le monde. Si on choisit d'offrir seulement un paiement par carte de
crédit, on discrimine parce qu'il y a des gens qui n'ont pas de carte de crédit. Par la suite, si on
choisit de ne pas transporter les personnes à mobilité réduite, c'est de
la discrimination également. On ne peut pas
permettre à une compagnie de décider quel type de clientèle elle veut
desservir.
Président (M. Reid) : Merci beaucoup. Je m'excuse de vous
couper un petit peu, mais vous allez avoir le temps, dans les échanges qui vont suivre, de pouvoir
parler des éléments que vous n'avez peut-être pas eu le temps de nous
donner. Alors, nous allons commencer nos échanges par la
partie
gouvernementale. M. le ministre.
Daoust : Oui. Bonjour, monsieur. Bonjour, tout le monde. Ça me fait
plaisir de vous accueillir à l'Assemblée nationale. Écoutez, ce matin, M. Taillefer proposait l'abolition
des agglomérations pour éviter que les véhicules vides reviennent dans leur secteur. Est-ce que vous êtes
d'accord avec cette approche-là? Vous pensez quoi de cette approche-là? Parce qu'actuellement, par exemple, un taxi se
rend dans une autre agglomération, mais il est obligé de revenir vide,
ce qui n'est pas très payant pour ces gens-là. Qu'est-ce que vous pensez de
cette proposition-là?
M. Jugand
(Benoît) : Il est certain qu'il faut optimiser les véhicules pouvant
transporter des personnes. D'avoir le plus
de clients à bord le plus souvent possible et d'avoir le moins de charges à
vide, c'est ce qui est intéressant. Par contre, lorsqu'on parle des
agglomérations, je pense qu'il serait sage de la part du gouvernement, avant de
prendre une décision, de mener une étude
réelle sur l'état de l'offre et de la demande au Québec, de savoir si,
exactement, dans les agglomérations, est-ce
qu'elles doivent être revues, est-ce que les quotas qui sont fixés devraient
être revus également.
Et est-ce
qu'on ne pourrait pas, en fonction des nouvelles technologies qui sont
disponibles maintenant, outiller le gouvernement
pour faire un suivi en constance sur l'état de l'industrie du taxi pour
permettre à une organisation comme la Commission
des transports du Québec de pouvoir réviser un peu ces territoires puis les
lieux où on va prendre la clientèle?
Daoust : Oui. Alors, est-ce que je comprends qu'il y a des quotas qui
ont été établis... En fait, j'appelle ça