CRC — 5 February 2026 (43rd Legislature, 2nd Session)
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Quebec — Committees
Journal des débats de la Commission des relations avec les citoyens - Assemblée nationale du Québec
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Accueil > Travaux parlementaires > Travaux des commissions > Journal des débats de la Commission des relations avec les citoyens
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26e législature, 1re session (20 septembre 1960 - 22 septembre 1960)
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25e législature, 2e session (13 novembre 1957 - 21 février 1958)
25e législature, 1re session (14 novembre 1956 - 21 février 1957)
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13e législature, 3e session (7 janvier 1915 - 5 mars 1915)
13e législature, 2e session (11 novembre 1913 - 19 février 1914)
13e législature, 1re session (5 novembre 1912 - 21 décembre 1912)
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12e législature, 3e session (10 janvier 1911 - 24 mars 1911)
12e législature, 2e session (15 mars 1910 - 4 juin 1910)
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(30 septembre 2025 au 8 avril 2026)
Cette version du Journal des débats est une version préliminaire : elle peut donc contenir des erreurs. La version définitive du Journal, en texte continu avec table des matières, est publiée dans un délai moyen de 2 ans suivant la date de la séance.
Pour en savoir plus sur le Journal des débats et ses différentes versions
jeudi 5 février 2026
Vol. 48 N° 15
Consultations particulières et auditions publiques sur le projet de loi n° 9,
Loi sur le renforcement de la laïcité au Québec
Aller directement au contenu du Journal des débats
Heures
12 h
12 h 30
13 h 30
14 h
14 h 30
15 h
15 h 30
16 h
Journal des débats
12 h (version non révisée)
(Douze heures cinq minutes)
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Alors, à l'ordre, s'il vous plaît! Ayant constaté le
quorum, je déclare la séance de la Commission des relations avec les citoyens
ouverte.
La commission est réunie et de poursuivre
les consultations particulières et les auditions publiques sur le projet de loi
n° 9,
Loi sur le renforcement de la laïcité au Québec.
Mme la secrétaire, y a-t-il des
remplacements?
La Secrétaire : Oui, Mme la
Présidente. Mme Picard (Soulanges) est remplacée par M. Lévesque
(Chauveau); Mme Maccarone (Westmount—Saint-Louis) par Mme Cadet
(Bourassa-Sauvé); Mme Prass (D'Arcy-McGee) par Mme Setlakwe
(Mont-Royal—Outremont) et M. Fontecilla (Laurier-Dorion) par M. Zanetti
(Jean-Lesage).
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci. Alors, mesdames, messieurs, bienvenue à la
commission. Ce matin, nous allons entendre le groupe suivant : l'Association
des Québécois unis contre le racisme. Alors, mesdames...
Des voix : ...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : ...contre... pardon, c'est le prochain groupe, contre le...
Des voix : ...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Oui, merci, merci. Mes lunettes n'étaient pas suffisamment
nettoyées. Alors, mesdames, messieurs, permettez-moi de vous souhaiter la
bienvenue à la commission. Alors, il est d'usage, évidemment, de vous
accorder du temps. Vous allez avoir une période de 10 minutes pour vous
présenter, présenter l'essentiel de vos recommandations et de votre mémoire, et,
par la suite, nous allons discuter avec les parlementaires. Alors, votre temps débute
maintenant.
Mme Chatelier (Murielle) : Merci.
Bonjour, mesdames, messieurs. Je me présente. Donc, je suis Murielle Chatelier,
présidente de l'Association des Québécois unis contre le racialisme, et je suis
accompagnée de Guillaume, Françoise et Yannick, qui vont parler après moi. Donc,
la mission de l'AQUR est claire, nous défendons l'égalité des citoyens comme
individus, indépendamment de leur origine, de leur religion ou de toute
appartenance identitaire. La laïcité de l'État fait explicitement
partie des
principes que nous soutenons parce qu'elle constitue un pilier essentiel de
cette égalité. Nous nous inscrivons résolument dans une tradition universaliste,
donc c'est dans cette perspective que nous nous abordons le projet de loi n° 9 sur le renforcement de la laïcité de l'État.
Une critique revient souvent. On affirme
que le projet... que ce projet de loi serait excluant ou qu'il viserait
certaines minorités. Selon nous, cette lecture repose sur une confusion
fondamentale. Le projet de loi n° 9 ne s'adresse pas
aux croyances des individus, il encadre l'action de l'État. Il ne dit pas aux
citoyens ce qu'ils doivent croire, mais rappelle que l'autorité publique doit
demeurer neutre afin que tous puissent s'y reconnaître également. On reproche
parfois à la laïcité de rendre certaines identités invisibles. Or, l'objectif n'est
pas d'effacer les personnes, mais d'éviter que l'État attribue une valeur
politique ou institutionnelle aux appartenances religieuses. Dans l'espace
civique, ce qui doit être visible, ce n'est pas l'identité des individus, mais
l'impartialité de l'État. À cet égard, un point mérite d'être souligné. Lorsque
la religion cesse d'être une conviction intime pour devenir un marqueur
identitaire visible et pour le politiser dans un contexte de multiculturalisme
canadien qui tend à considérer les citoyens d'abord comme membres de
communautés, elle favorise des logiques de repli communautaire ou de
segmentation et, ultimement, d'ethnicisation des rapports sociaux.
Le projet de loi n° 9
apporte également une clarification importante en matière d'accommodements
religieux. En s'appuyant sur le principe de la contrainte plus que minimale, ol
rappelle qu'un accommodement n'est jamais automatique et qu'il doit demeurer
compatible avec la mission des institutions. Et contrairement à ce qu'on
affirme parfois, la laïcité n'est pas un obstacle au vivre ensemble, elle en
est une condition qui permet d'affirmer que nous sommes d'abord des citoyens
égaux. À ce titre, selon nous, la laïcité de l'État québécois s'inscrit dans
une conception universaliste de la citoyenneté. Et je cède la parole maintenant
à Guillaume.
M. Bard (Guillaume) : Bonjour,
merci de nous recevoir.
L'article 3 du présent projet de loi vient
modifier la
Loi sur la laïcité de l'État et le nouvel
article 4.2 de cette
dernière entend mentionner désormais les valeurs démocratiques et les valeurs
québécoises, dont l'égalité entre les femmes et les hommes et la laïcité de l'État.
Nous nous sommes demandé si l'égalité des femmes et des hommes, la démocratie
ou la laïcité de l'État devaient être appelées valeurs, alors que, pour notre
part, nous y voyons quelque chose de plus élevé, de plus fondamental, quelque
chose comme des principes.
En effet, le mot «valeurs» renvoie, à
travers ses définitions les plus usuelles...
M. Bard (Guillaume) : ...aux
qualités humaines qu'une personne possède ou vers laquelle elle tend. Or, à
l'échelle institutionnelle, il y a lieu de concevoir la laïcité de l'État,
ainsi que l'égalité des hommes et des femmes, ou, plus largement, l'égalité des
individus non pas comme des valeurs, mais bien comme des principes. Un individu
particulier est libre d'adhérer ou non à certaines valeurs, puisque c'est sa
personnalité et ses convictions qui sont en jeu. Par contraste, lorsque l'on
parle de principes démocratiques, d'égalité des individus ou de laïcité des
institutions, on parle ici des préceptes fondamentaux pour une société qui
règlent la conduite de l'État et de ses institutions et qui commanderont un
respect indépendant des valeurs personnelles. La question peut paraître
terminologique, principes, valeurs, mais elle est pour nous l'occasion de
demander une clarification. Nous pensons qu'un tel projet de loi devrait à tout
prix éviter de semer ou d'alimenter la confusion, comme d'autres projets de loi
ont pu le faire avant lui. La ligne doit être claire. Tout discours qui
tenterait de définir ou de figer une identité québécoise ou des valeurs
québécoises à l'intérieur même d'un projet sur l'État et ses institutions
risquerait de prêter le flanc aux critiques de multiples adversaires. En bref,
comme il s'agit de préciser la posture de l'État et de ses institutions par
rapport à la laïcité, nous croyons que la mention de «valeurs» dans le projet
de loi pose problème et que ces termes seraient avantageusement remplacés par
celui de «principes», ce qui permettrait d'éviter de possibles confusions entre
les principes institutionnels d'une part, et les valeurs privées, d'autre part.
Merci.
• (12 h 10) •
Mme Haw (Françoise) : Bonjour
à tous. Nous souhaitons aborder la question des accommodements raisonnables
pour motif religieux en saluant d'abord la modification suivante : Un tel
accommodement n'est raisonnable que s'il n'impose aucune contrainte plus que
minimale. Cela devrait permettre d'écarter toute demande d'accommodement qui
n'est pas jugée réalisable. Il s'agit d'un sujet crucial, car la demande
croissante d'accommodement à motifs religieux met à mal le vivre-ensemble,
puisque ces demandes peuvent entretenir la ségrégation entre les groupes, la
hiérarchisation entre les individus et la mise en avant de croyances
religieuses rigides au détriment du vivre-ensemble et de la cohésion sociale.
La contrainte plus que minimale devrait faciliter le travail des employés de
l'État quand de telles demandes sont soumises. La présente loi est claire, mais
nous souhaiterions que sa mise en application soit évidente pour tous. De plus,
nous estimons que les employés ne devraient pas se retrouver à gérer seuls le
fardeau que peut représenter une demande d'accommodements raisonnables pour
motif religieux. Il s'agit d'une responsabilité conséquente et ce serait aux
personnes haut placées de se prononcer quand une demande d'accommodement est
formulée. En fait, ces demandes se font surtout de manière informelle et sont
gérées au cas par cas, sans que les supérieurs en soient toujours informés.
Vous pouvez seulement imaginer quels peuvent être le désarroi et la détresse de
ceux qui sont parfois victimes de jugements négatifs quand ils refusent
d'accéder à ces demandes. Si ces... si ces demandes sont nombreuses et même si
chacune d'elles entraîne une contrainte minimale, l'accumulation d'exceptions
et de concessions dans n'importe quel milieu de travail peut entraîner des
inégalités ingérables au quotidien. Accéder à ces demandes parce que l'on est
démuni face aux pressions psychologiques qui peuvent s'exercer peut créer, à la
longue, un climat délétère. On m'a également fait part d'une réalité
troublante : Plusieurs fonctionnaires, même des gestionnaires, ignorent
tout de cette loi. En fait, le plus souvent, ils sont désarçonnés quand ils
reçoivent des demandes d'accommodement, et comme ils ne savent pas comment
réagir, ils acceptent ou ils refusent selon la nature de la demande, sans se
demander réellement s'il leur est contraignant ou pas d'accepter. Il y aurait
donc un immense travail d'information à effectuer auprès du public et des
employés de l'État afin que des demandes d'accommodements raisonnables pour
motifs religieux soient considérées avec plus de sérénité. Merci de votre
attention. Je cède la parole à M. Yannick Lacroix.
M. Lacroix (Yannick) : Mesdames,
messieurs, merci de nous recevoir. En tant qu'organisme dédié au combat contre
le racialisme et pour les raisons exposées plus tôt par sa présidente, l'AQUR
partage entièrement les principes de la laïcité tels que formulés par le
gouvernement. Mais si la laïcité demande un effort civique, plus spécialement
une forme de retenue identitaire dans certains contextes, elle ne le demande
pas en tout lieu et en tout temps. Le choix de la laïcité par les pouvoirs
étatiques est démocratiquement légitime, même s'il peut déplaire à
quelques-uns. En revanche, et pour la même raison, dans une démocratie
libérale, il y a des limites au pouvoir étatique. Et c'est pourquoi, malgré son
appui de principe, l'AQUR ressent un malaise face à l'introduction en son sein
d'un
chapitre 2 sur la neutralité religieuse de l'espace public. Il semble
y avoir un glissement de sens. Certaines manifestations religieuses dans
l'espace public ont dérangé, ces dernières années, et le gouvernement a raison
de ne pas détourner les yeux. Cependant, le dispositif approprié pour aborder
ce problème ne semble pas être le renforcement d'une
loi sur la laïcité d'État,
ce qui correspond d'ailleurs à...
M. Lacroix (Yannick) : ...des
commissaires Rousseau et Pelchat, qui affirment que le corpus normatif québécois
en matière de laïcité de l'État ne régit pas la conduite des citoyens et des
citoyennes, au-delà de la prestation et de la réception des services publics.
C'était dans leur dernier rapport à la page 161. Sans prétendre dicter au
Gouvernement sa conduite, nous suggérons qu'une révision de la
loi sur les
compétences municipales serait possiblement mieux indiquée à cet effet. Notre
souci à l'AQUR est le suivant nous sommes consternés par la division
ethnoraciale croissante de la société québécoise. Nous nous méfions donc de
tout ce qui est susceptible de l'accroître. Or, il n'est un secret pour
personne que le principe de la laïcité de l'État ne fait pas l'unanimité. Les
adversaires de la laïcité ou de la loi 21 feront flèche de tout bois. Il
ne faut donc pas nourrir les amalgames entre la laïcité et l'athéisme, entre la
neutralité axiologique de l'État et un quelconque suprémacisme culturel, ou
entre l'activité législative normale et la violation des droits individuels. De
tels amalgames peuvent compliquer la discussion démocratique jusqu'à la rendre
impossible. Or, l'inclusion dans le projet de loi n° 9 d'un
chapitre sur
la neutralité religieuse de l'espace public, avec ses restrictions ambiguës des
pratiques religieuses collectives, nous semble malencontreusement faire cela.
Le projet de loi n° 9, qui cherche à clarifier et à solidifier la
loi 21, gagnerait, de l'avis de l'AQUR, à ne pas compliquer indûment le
principe aussi nécessaire que contesté de la laïcité de l'État. Merci.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. Une amorce intéressante pour les
discussions qui vont suivre. On va commencer d'ores et déjà justement ces
discussions avec les parlementaires. Je me tourne du côté du Gouvernement, M.
le ministre et votre banquette, vous avez 16 minutes, 30 secondes.
M. Roberge : Merci beaucoup,
Mme la Présidente. Merci pour votre présentation très complète. Autant sur, je
dirais, les principes... les valeurs et les principes, les distinctions entre
les deux, très intéressants, que des applications très concrètes aussi, je
pense qu'il y a beaucoup d'éléments à tirer de ce que vous avez dit. Je trouve
intéressant que vous ayez parlé du multiculturalisme canadien, du modèle
canadien, qui considère d'abord les citoyens comme membres d'une communauté
plutôt que citoyens eux-mêmes. Je pense qu'on a tiré la même lecture du statu
quo qui existait quand on a préparé la loi qui édicte le nouveau modèle
d'intégration à la nation québécoise.
Sur la question précise sur laquelle vous
avez terminé, je trouve ça intéressant. Vous dites... vous avez des enjeux avec
ce qui est proposé, hein, vous n'êtes pas d'accord avec le moyen que nous
suggérons dans le projet de loi par rapport à des manifestations religieuses
collectives, organisées, concertées, qui accaparent certains lieux publics.
Vous en avez contre le fait que ce soit dans la
loi sur la laïcité ou dans une
nouvelle loi, mais vous dites : Il faudrait plutôt passer par le secteur
municipal. Est-ce à dire que vous pensez qu'il faut agir, mais d'une manière
différente? Je ne veux pas vous mettre des mots dans la bouche, je veux
comprendre ce que vous voulez exprimer là-dessus.
M. Lacroix (Yannick) : Oui,
je crois que vous le dites assez bien. Je crois que... et ça va... ça va s'accroître,
ce phénomène-là, possiblement, là, donc, des manifestations religieuses dans
l'espace public qui peuvent poser des problèmes d'ordre public, des problèmes
symboliques, des problèmes de cohésion sociale. Donc, le problème est là, puis
on... pas besoin de le nommer, on sait tous ce que c'est, là. Le problème est
là, mais ce n'est pas l'endroit à mon avis et à notre avis, pour l'aborder dans
une
loi sur la laïcité de l'État, parce que ça crée une confusion. La laïcité
de l'État concerne les institutions publiques. L'espace public est autre chose.
L'espace public n'est pas, pour ainsi dire, la propriété de l'État. Donc, on ne
peut pas... Il ne faut pas mélanger ce qui relève de la laïcité de l'État et ce
qui relève de l'espace public. Alors, pour ce qui est des manifestations
religieuses dans l'espace public, les prières de rue par exemple, peut-être
qu'il vaudrait mieux renforcer les règlements municipaux pour permettre des
interventions. Donc, si je réponds plus précisément à votre question, il y a possiblement,
oui, un problème qui doit être adressé. Mais la loi 9 n'est, de notre
avis, pas l'endroit pour le faire.
M. Roberge : Pas l'endroit
pour le faire, d'après vous. Plusieurs personnes sont venues dire qu'il fallait
agir dans cette direction. Certains sont d'accord avec la mesure, d'autres
proposent d'autres voies. Il y a deux unions ou regroupements municipaux qui
sont venus nous voir, ont tenu des discours différents. Un des deux a
dit : Ça n'existe pas ce problème-là, on n'a pas vu, on n'a pas entendu
parler. L'autre nous dit : Ça prend des balises plus claires, mais faites
donc vos balises au niveau national, on ne veut pas s'en occuper. Ça existe, il
y a un problème, ça prend des balises, on ne veut pas s'en occuper au niveau...
au niveau municipal. Vous nous dites plutôt : il y a un problème, ça prend
des balises, mais il ne faudrait pas que ce soit gouvernement, il faudrait que
ça soit au niveau municipal ou dans une loi municipale. Donc, ça va être
difficile de...
M. Roberge : ...on va écouter
tout le monde, mais il faudra trouver une façon, à un moment donné, de toucher
cette problématique. C'est comme si tout le monde la nommait, mais personne ne
voulait réellement s'en saisir. Mais votre contribution est très intéressante, ceci
dit, aussi sur la manière d'y arriver.
M. Lacroix (Yannick) : Si je
peux me permettre...
M. Roberge : Bien sûr, je suis
là pour vous écouter.
• (12 h 20) •
M. Lacroix (Yannick) :
...oui, moi je suis loin d'être un juriste, hein, donc, je ne sais pas
exactement comment un problème aussi épineux que ça peut être abordé. Notre
point, et c'est le même que fait, si je comprends bien, le Rassemblement pour
la laïcité, le point, ce n'est pas qu'il n'y a pas de problème, c'est que ça ne
doit pas être confondu avec la mission ou le principe qui est la laïcité de
l'État. Donc, peut-être que le gouvernement, au niveau national, peut faire une
loi, mais qui serait distincte de cette loi-ci sur la laïcité de l'État avec un
autre intitulé. Ce que je trouve... Moi, ce que j'ai trouvé problématique quand
j'ai lu le projet de loi, le projet de loi s'intitule Projet de
loi sur un
renforcement de la laïcité de l'État et, subitement, on a, au
chapitre II,
si je me rappelle bien, on a une nouvelle loi qui est proposée, qui s'appelle
Loi sur la neutralité religieuse de l'espace public. Alors là, c'est autre
chose, ça.
Donc, je trouvais qu'il y avait un
glissement de sens à l'intérieur du projet de loi qui... et on gagnerait
beaucoup à l'éviter, ce glissement-là, peut-être par deux lois séparées, là je
l'ignore, il faudrait demander à des juristes, oui.
Une voix : ...
M. Roberge : Mais je vais
prendre... en quelques secondes, je vais vous laisser aller. Juste pour définir
les choses, le projet de
loi sur lequel on travaille, c'est loi... le
renforcement de la laïcité au Québec. Dans le projet de
loi sur le renforcement
de la laïcité au Québec, on modifie plusieurs lois dont la
Loi sur la laïcité
de l'État. Mais ce n'est pas dans la
Loi sur la laïcité de l'État que l'on
traite de la question des prières de rue, pour reprendre le terme consacré. On
édicte plutôt une autre loi, différente de la
Loi sur laïcité de l'État.
Certains nous ont dit : C'est une bonne idée, mais ce n'est peut-être pas
le bon titre. Donc, dans quelle loi exactement? Je suis d'accord avec vous pour
dire que ce n'est pas dans la
loi sur laïcité de l'état. Une loi distincte,
fort bien, vous nous dites, peut-être dans le secteur municipal, je suis ouvert
à en discuter. Puis, s'il faut changer le
titre de loi, on est ouvert aussi, on
est là pour ça, pour trouver la bonne façon. Une fois qu'on a bien nommé le
problème, qu'on sait ce qu'on veut puis qu'il reste juste à prendre le GPS pour
s'y rendre, on va trouver le chemin. Allez-y.
Mme Chatelier (Murielle) :
Oui. Donc, je voulais juste ajouter que les municipalités ont déjà des leviers
pour gérer les manifestations dans l'espace public. Et nous, ce qu'on dit,
c'est que l'État doit vraiment légiférer au niveau de l'État. Peut-être que l'État
peut intervenir en donnant des leviers, d'autres leviers aux municipalités.
Sauf que nous, ce qui nous inquiète aussi, c'est que... Mais il peut y avoir
une impression, parmi les groupes qui sont réfractaires au projet de loi n° 9, il peut y avoir une impression
d'ingérence... d'ingérence dans l'espace public, et c'est ce qu'on veut éviter
parce qu'on est bien conscient qu'il y a une... c'est une réalité, que ça
dérange les citoyens. Mais c'est ça, on pense que ça pourrait être géré
autrement que par le projet de loi n° 9. Ce qu'on
veut éviter, c'est justement qu'on attaque le projet de loi n° 9,
parce que nous, évidemment, on est en faveur de ce projet de loi, mais c'est ce
genre de mesure là peut donner des munitions aux groupes qui sont contre ce projet-là.
M. Roberge : Merci. Une
dernière question avant de vous permettre d'échanger avec les collègues. Vous
avez parlé de la notion de gestion des demandes d'accommodement. Vous avez
précisé ça, et j'ai cru comprendre que vous étiez d'accord, avec le principe
qui est proposé dans le projet de loi, de remplacer la contrainte excessive par
la contrainte plus que minimale. Ce sont des termes un peu techniques. Qu'est
ce que ça veut dire, pour vous, de passer du statu quo à contrainte plus que minimale
pour accorder un accommodement? Pourquoi vous êtes en faveur avec cet
élément-là du projet de loi?
Mme Haw (Françoise) :
Écoutez, ce sera à gérer, à voir qu'est-ce qui est minimal dans certains
milieux, dans quel milieu exactement. Mais, dès que cela devient compliqué à
gérer, j'estime que c'est plus que minimal. C'est le simple bon sens qui
devrait guider la prise de décision dans ces moments. Je suis enseignante. Si
je peux donner un exemple, j'ai une collègue, dans sa classe, qui a eu à gérer
quatre... le cas de quatre femmes qui refusaient absolument de s'approcher d'un
homme ou de parler à un homme. Donc, vous pouvez imaginer qu'est-ce que ça
devient dans une salle de classe, OK, je la mets juste avec une femme, je ne
peux pas la mettre avec un homme. Les hommes étaient tous affligés. Ils sont
allés voir la prof, ils ont dit : Mais qu'est-ce qu'on a fait de mal?
Qu'est-ce qui se passe? Et c'était quatre... Voilà. Le nombre aussi ajoute des
complications. Ce serait quatre cas...
Mme Haw (Françoise) : ...d'accommodements
raisonnables, ah bien là, ça devient une contrainte excessive. Si on
additionne, on peut additionner beaucoup, beaucoup de cas, mais je pense qu'il
y a une limite à ne pas franchir. Il y a vraiment des limites à ne pas franchir
parce que cela devient invivable pour la personne qui est en position
d'autorité, qui doit faire régner un ordre dans tel milieu d'enseignement ou un
service quelconque. Et si chacun vient avec sa demande d'accommodement, même si
la contrainte est minimale, la contrainte additionnée devient excessive et
ça... cela devient un fardeau. Voilà.
M. Roberge : ...pour les
autres collègues.
Mme Haw (Françoise) :
Absolument.
M. Roberge : ...pour les
personnes qui interagissent, puis on comprend que...
Mme Haw (Françoise) : Oui.
M. Roberge : ...la situation
actuelle est problématique. Il faut s'attaquer à cette question.
Mme Haw (Françoise) : C'était
très problématique, c'était très problématique et les supérieurs hiérarchiques
ont pris des semaines, des... je dis bien des semaines, avant de confirmer que
cette... leur attitude méritait l'exclusion. Cela a pris des semaines alors que
cela aurait pu être plus rapide, on s'entend. Et la réponse est arrivée au
moment où ça ne valait même plus la peine de les exclure. Voilà.
M. Roberge : Merci beaucoup
pour votre présentation. Je vais laisser les collègues poursuivre les échanges.
Mme Lecours (Les Plaines) : Merci,
M. le ministre. Alors, je reconnais le député de Chauveau, il reste encore 6
min 45 s.
17851 12213 M. Lévesque (Chauveau) :
Merci beaucoup, Mme la Présidente. D'entrée de jeu, je me permets de vous
saluer. Merci pour votre précieuse collaboration et contribution, aujourd'hui,
aux travaux de la commission. Je me permets aussi de saluer derrière vous, je
vois qu'il y a des jeunes personnes qui sont... qui sont là, peut-être qui
seront à l'écran. Donc, une belle expérience de vie à un aussi jeune âge de
pouvoir assister à une commission parlementaire, ça fait que je me permets de
poser le geste aujourd'hui. Peut-être, si vous voulez bien, Mme Chatelier et
les membres de votre équipe, c'est un...pour moi, c'est quand même un... Je
pourrais faire la recherche Google, là, mais j'aimerais quand même que vous me
le définissiez au bénéfice de tous, là, ce concept, le racialisme. C'est
quelque chose, là, que, très intéressant, là. J'aimerais ça que le monde puisse
comprendre, là, vous représentez qui et quoi, exactement avant de poser des
questions un peu plus précises.
Mme Chatelier (Murielle) : D'accord,
on s'attendait à cette question car, effectivement, c'est un terme... ce n'est
pas... qui n'est pas connu par tout le monde. Donc, pour nous, le racialisme,
c'est une idéologie qui réduit les gens à leur couleur de peau, qui réintroduit
la race au centre des rapports sociaux et qui pense les enjeux sociaux en
fonction de la race. Et si je peux donner des exemples concrets, par exemple,
il y a des offres d'emploi qui sont réservées aux personnes racisées. Donc,
j'ai déjà écrit des lettres ouvertes à ce propos. Il y a aussi des événements
qui sont réservés aux personnes racisées ou aux personnes noires, il y a aussi,
dans notre système de justice, un scandale qui s'appelle les évaluations de
l'origine ethnique et culturelle, qui sont, donc, des rapports qui sont basés
sur la couleur de la peau des contrevenants, donc on réduit certaines peines en
fonction du fait que ces personnes-là auraient supposément subi du racisme
systémique, et ça, c'est vraiment, ça découle absolument du racialisme, et pour
moi, comme je l'ai dit et je le répète, c'est un scandale. Donc, c'est contre
ça que nous, on s'oppose, on s'oppose à ce que l'ethnie, la couleur de peau,
soient réintroduits dans nos rapports sociaux. Pour nous, c'est un recul
fondamental et c'est donc, c'est donc ça le... le racialisme.
M. Lévesque (Chauveau) : Oui,
je vous en prie.
M. Bard (Guillaume) : Si je
peux me permettre de compléter. C'est à dire qu'il y a... Bon, comme Murielle
vient de le mentionner, il y a une forme de ségrégation qui va un petit peu à
l'encontre de l'idée de mixité sociale, ici. Nous, on se dit, en fait, que même
si ceux qui défendent de telles mesures peuvent avoir en tête des notions de
justice sociale, d'égalité et d'inclusion, bien, on partage évidemment ces
objectifs-là, mais c'est les méthodes qui nous inquiètent. C'est-à-dire qu'il y
a une question de cohérence logique ici, on... lorsqu'on prône l'égalité et la
justice ou l'inclusion, il nous semble un peu incohérent, sur le plan logique,
que l'on ait des injustices comme moyens d'arriver à la justice ou que
l'inégalité soit la méthode pour arriver à l'égalité, ou encore que l'exclusion
soit pratiquée avec l'objectif de l'inclusion. Donc, il me semble qu'il y a une
cohérence à trouver entre ces objectifs louables de justice, d'égalité et
d'inclusion comme objectifs, comme finalités, et les moyens que l'on utilise
pour y parvenir. Donc, lorsque les moyens vont en contradiction avec les fins,
il nous semble y avoir une sorte de problème de cohérence logique. Et on ne
s'attendrait pas, par exemple, à ce que de telles offres ou les exemples qui
ont été mentionnés...
M. Bard (Guillaume) : ...soit
réservé, parce que, je veux dire, ce serait... c'est un scandale ou ce serait
un scandale également, comme ça a été connu dans l'histoire, là, qu'il y a des
offres réservées, par exemple, aux blancs ou des choses comme ça. Donc, on
imagine mal que des moyens qui ont déjà été désapprouvés socialement soient
réintroduits sous une nouvelle forme. Voilà.
• (12 h 30) •
M. Lévesque (Chauveau) : Vous
l'expliquez très bien, ça donne une vision. Puis je suis content de définir
l'expression, le mot. Donc, maintenant, je pense que c'est plus clair.
Maintenant, vous saluez tout d'abord, là,
que vous arrivez à cette commission, puis vous arrivez avec des propositions
concrètes. Moi, comme parlementaire, ça fait quand même plusieurs années que je
suis ici, ce que j'apprécie, c'est après n'avoir... pas obligé d'être d'accord
sur tout, évidemment, c'est même souhaitable parce que la mise au jeu d'un
projet de loi, c'est un papier au départ, il faut débattre de quelque chose,
c'est ce qu'on fait. Maintenant, vous arrivez avec des suggestions
concrètes sur l'idée de mettre... au lieu de «valeurs québécoises» de parler de
principes. Intéressant. Moi, je pense que ça pourrait être évalué et analysé
par l'équipe ministérielle ici. Vous proposez également... il y a des éléments
que vous avez des malaises. Vous avez parlé de la place publique par rapport à
ce que l'État fait. Intéressant. C'est un débat qui est beaucoup apporté
présentement à cette commission sur la gestion des fameuses prières de rue. Je
pense que... Certains disent que ça n'existe à peu près pas ou que c'est
anecdotique. D'autres nous ont dit hier, lors de nos consultations, que c'était
en croissance, que c'était quelque chose qui existait.
Donc, peut-être que... Vous dites que ce
n'est peut-être pas dans ce projet de loi là... il faut que ce soit réglé
quelque part, ou, à tout le moins, amélioré, ce principe-là. J'entends votre
suggestion, mais vous avez parlé aussi du plus que minimale, donc de gérer les
demandes d'accommodement. Puis là, la difficulté de gestion, je la conçois, tu
as toujours peur à des poursuites. Avez-vous des suggestions? Comment on
pourrait... Comment on pourrait gérer ça mieux comme gouvernement ou donner des
outils aux gestionnaires qui ont à gérer ces demandes d'accommodements
raisonnables? J'ai toujours eu de la misère avec l'expression «raisonnable».
Quand c'est raisonnable, c'est raisonnable. Quand ça l'est moins, ça l'est
moins.
Mme Haw (Françoise) : Et ça
devient déraisonnable.
M. Lévesque (Chauveau) :
Voilà.
Mme Haw (Françoise) : C'est ce
que nous voulons justement éviter. Bien, écoutez, j'ai parlé à des supérieurs
immédiats et supérieurs hiérarchiques. Certains m'ont dit : On n'a jamais
entendu parler de cette loi, on ne sait pas. Donc, il n'y a pas de directives,
il n'y a pas de directives, donc ça passe par plusieurs paliers et cela peut
expliquer le fait qu'une de mes collègues ait attendu des semaines avant qu'on
lui confirme que tel comportement de groupe est inacceptable dans une salle de
classe. Cela ne facilite pas du tout l'échange et ce n'est pas... d'un point de
vue pédagogique, ce n'est pas acceptable, par exemple.
Donc, cela dépend du milieu dans lequel la
demande se fait. Évidemment, il y a toujours des raisons qui fait que... qui
font qu'on ne peut pas accepter de telles demandes parce que cela contrevient à
notre mission. Si c'est dans le domaine de l'enseignement et qu'un homme me
dit : Je ne peux pas approcher une femme, je ne peux pas regarder une
femme, je ne peux pas m'asseoir à côté d'une femme, que voulez-vous que je lui
dise? Voilà.
Mme Chatelier (Murielle) :
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. Je dois vous arrêter. Le temps imparti au
gouvernement vient de se terminer, mais on poursuit les discussions. Cette
fois, je me tourne du côté du gouvernement avec la députée de Bourassa-Sauvé...
du gouvernement, pardon, de l'opposition officielle. Députée de Bourassa-Sauvé,
c'est ça?
Mme Cadet : Oui, exactement.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : OK. Alors, on continue. Il reste encore... Vous avez
16 min 30 s.
Mme Cadet : Parfait. Merci
beaucoup, Mme la Présidente. Donc, puisque nous disposons de
16 min 30 s, donc, Mme Chatelier, je vous laisserais
peut-être compléter avec votre point avant de poursuivre avec mes questions.
Mme Chatelier (Murielle) : Oui.
En fait, c'est ça, le député demandait : Qu'est-ce qu'on peut faire? Mais
moi, je voulais rajouter : Qu'est-ce qu'on ne doit absolument pas faire?
Et c'est laisser justement des consultants EDI parler de justement gérer les
accommodements régionaux à travers leur formation. Parce que si ne vous le
saviez pas, dans les institutions publiques, il y a des formations qui se
donnent par des consultants externes. Et un des points qui est abordé dans ces
formations, bien, ce sont justement les accommodements religieux. Donc, s'il y
a une chose qu'il ne faut pas faire, c'est laisser... c'est laisser ces
consultants externes gérer cette question-là à l'intérieur des institutions.
Puis j'aimerais beaucoup qu'on porte... qu'on garde ça à l'esprit, parce que,
comme je vous dis, présentement, il y a des consultants EDI qui gèrent cette
question-là dans vos institutions.
Mme Cadet : Dans les
institutions publiques du gouvernement du Québec ou de l'État québécois?
Mme Chatelier (Murielle) :
Oui.
Mme Cadet : Merci beaucoup.
Donc, merci pour votre contribution à la commission. Donc, puisque nous sommes,
donc, sous la thématique des accommodements, donc je poursuivrais, donc, avec
la proposition que vous faites... bien, en fait, l'aval, donc, que vous
octroyez au projet de loi de modifier le critère de contrainte excessive vers
le critère de contrainte plus que minimal. Donc, je comprends que si...
Haut de la page
12 h 30 (version non révisé
e) Mme Cadet : ...que c'est donc
votre point de vue. Certains groupes sont venus nous... nous parler, donc, sur
une base... sur base de juristes, en nous disant : Bien, écoutez, ici, donc
on saisi bien ce que le gouvernement, donc, tente de faire, mais il faut également,
donc, prendre en considération que les accommodements ne sont pas qu'octroyés
qu'en vertu de motifs religieux, qu'ils peuvent être octroyés en vertu d'autres
motifs. À ce moment-ci, donc, j'aimerais peut-être avoir votre opinion sur la
modification, donc, du critère de contrainte pour les autres types d'accommodements.
Mme Haw (Françoise) : ...cela
dépend bien sûr encore de la nature du milieu de travail. Je pense que la
contrainte plus que minimale doit être appliquée en tout temps. Parce que c'est
vrai qu'il y a... Puis, il peut y avoir d'autres raisons, pas seulement des
motifs religieux, il peut y avoir des raisons... des motifs par rapport au
handicap, par rapport.... Il y a... il y a plusieurs raisons. Mais est-ce qu'on
va demander des preuves? Est-ce qu'on va... Voilà.
Je pense que, quand les règles s'appliquent,
elles doivent s'appliquer au cas par cas, c'est parfois ce sera au gestionnaire
de trancher et c'est le bon sens qui doit primer. C'est la pertinence de la
demande. Tout est... tout est dit clairement. Il faut que la demande soit jugée
sérieuse. Voilà.
Il faut que si la demande... on accepte la
demande, il faut qu'elle soit réalisable aussi, sans porter préjudice à qui que
ce soit, aux collègues, aux services offerts, aux horaires d'ouverture par
exemple, etc. Donc, ce sera au gestionnaire de trancher. Voilà. Donc, lui, s'il
a les directives, il va les appliquer.
Donc, tant que c'est dit clairement, je
pense qu'il n'y aura pas de confusion, n'y aura pas de problème. Qu'une demande
soit motivée par la religion, ou par le handicap, ou par quoi que ce soit d'autre,
la règle s'applique. Voilà.
Mme Cadet : Parfait. Donc, je
veux bien saisir votre propos, vous nous dites que vous êtes en défaveur d'une
application asymétrique du critère de contrainte. Plutôt, donc, s'il y a
modification dans le cadre du projet de loi du critère de contrainte, alors
donc la... la façon donc la plus légitime donc de pouvoir le faire, ce serait
donc de modifier l'ensemble des... des critères, donc, de... de contrainte et
non pas donc d'en avoir un plus que minimal pour le fait religieux, mais de... de
demeurer avec le critère de contrainte excessive pour une situation de
handicap. Effectivement, donc c'est l'exemple qui a été donné, donc la
situation de handicap, là.
M. Bard (Guillaume) : Si je
peux me permettre de compléter ce que ma collègue a dit et peut-être d'apporter
une nuance qui me semble importante, je ne suis pas sûr que... je ne m'y
connais pas suffisamment, donc je ne peux pas dire si l'application actuelle
est symétrique ou asymétrique. Donc, ça, c'est une première chose. Je ne suis
pas certain qu'elle soit asymétrique en ce moment, mais bon, la question est
plutôt une question de responsabilité. Ce que ma collègue a évoqué, c'est le
fait qu'il faut un cadre commun qui soit clair. En l'absence d'un cadre commun,
qu'est-ce qui risque de se passer, c'est que la responsabilité revient un peu
par défaut aux intervenants de première ligne. On a mentionné par exemple des
enseignants, ça peut être le cas, et ça fait beaucoup sur les épaules d'une
personne qui n'a pas forcément... Enfin, c'est là que le cas par cas peut devenir
un peu problématique, c'est-à-dire qu'on met beaucoup de responsabilité sur les
épaules d'une personne qui est en première ligne, justement, en l'absence d'un
cadre commun clair. Et donc cette gestion au cas par cas devient un petit peu,
j'allais dire atomisante, là, c'est-à-dire que chacun fait de son mieux, ceux
qui sont en position de penser qu'il faut refuser ou de penser qu'ils sont
acceptés sont un peu livrés à eux-mêmes.
Donc, on pourrait dire que c'est surtout
ça qui importe à ce stade-ci, c'est d'avoir un cadre commun, clair, connu pour
tous, égalitaire. Et comme je l'ai dit, il y a certainement des situations qui
demandent une réflexion plus poussée. Je ne l'ai pas nécessairement la
réflexion à vous proposer maintenant, mais il me semble que c'est l'absence de
cadre commun clair qui peut, disons, entraîner des difficultés, en particulier
sur les intervenants de première ligne.
Mme Cadet : ...ici pour vous ou
pour l'un d'entre vous, parce que vous dites, évidemment, donc, ce... l'agent
de l'État, donc, qui... qui doit prendre une décision, vous nous dites, donc
devrait donc être assujetti à un code commun clair, mais bien évidemment, donc,
certaines situations se... sont nombreuses, mais d'autres situations, donc,
peuvent être plutôt inusitées, donc, pour la personne qui doit prendre cette
décision-là. Moi, je me dis, donc, l'agent de l'État, donc, qui a un rôle
décisionnel, a quand même une certaine forme d'imputabilité, donc ne faudrait-il
pas plutôt donc le... le former ou s'assurer qu'une certaine chaîne de
commandement...
Mme Cadet : ...donc pour mieux
être en mesure donc de répondre à ce type de situation là plutôt que dire,
bien, qu'il ne devrait pas être... qu'il ne devrait pas y avoir, donc, aucune
forme, donc, d'arbitraire. Oui.
M. Bard (Guillaume) : Bien,
en fait, si je peux me permettre encore une fois, vous avez évoqué
l'analogie... bien, pas l'«analogie», mais le cas... la comparaison, si on
veut, entre les cas d'accommodements raisonnables pour motif religieux et les
situations de handicap. Bien, j'aimerais quand même rappeler qu'au Québec on a
des programmes d'accès à égalité en emploi, les PAEE, et donc ça traite déjà,
de façon très... à ma connaissance, de façon très, très efficace et très...
c'est... c'est une loi qui, si je ne m'abuse, date de 1985. Donc, il y a des
cas comme ça qui sont déjà... Oui?
• (12 h 40) •
Mme Cadet : ...pour... pour
bien recadrer. Parce que je ne parle pas, donc, en situation d'emploi, donc, je
parle dans une situation où un opérateur, donc, de l'État, donc, est en contact
avec une personne, avec un citoyen qui a affaire avec l'État, donc qui... On
n'est pas, donc, dans une relation d'employeur-employé ou de collègues de
travail, mais vraiment, on pense, donc, par exemple au cas de la SAAQ où est-ce
qu'un citoyen, donc, utilise les services de l'État. C'est vraiment, donc, dans
ce cadre-là que je m'exprime. Donc, je vous laisse poursuivre, là, pour...
juste que vous m'ayez bien compris.
M. Bard (Guillaume) : OK.
J'avais... J'avais mal saisi l'intervention de départ. Je croyais qu'on parlait
d'un cadre plus large. Je ne sais pas exactement si on...
Mme Haw (Françoise) : ...reçus.
Là, vous parlez des services reçus et si les accommodements sont acceptables
pour ceux qui...
Mme Cadet : Voilà. Oui.
Mme Haw (Françoise) : Par
exemple, on a parlé d'un cas. Maître... Me Pelchat en a parlé ici. Par exemple,
un homme qui refuse, pour le permis, pour passer le test de conduite, que ce
soit une femme. Il veut que ce soit un homme parce qu'il ne peut pas se
retrouver seul avec une femme dans un lieu fermé. Et la SAAQ accepte si un
employé est disponible, ce que j'ai compris. Est-ce que c'est le cas dont vous
parlez? Mais, si vous parles aussi des handicaps...
Mme Cadet : C'est un... C'est
un type d'exemple. C'est... C'est un type d'exemple. Mais, en fait, est-ce
que... On prend un certain pas de recul. Donc, ce que certains juristes, donc,
sont venus nous dire au niveau de l'application du critère de contrainte...
Bien évidemment, donc, je pense qu'il y a certains cas qui sont plus usuels où,
en bout de ligne, dans le temps, donc, l'agent de l'État et que la personne qui
reçoit, donc, le service, vont donc... vont s'entendre parce qu'il va... il va
y avoir donc une certaine forme de compréhension mutuelle de l'aspect
raisonnable de l'accommodement qui est demandé.
Dans la... Dans les situations, donc, qui
nous occupent, je me demande donc si... je voulais savoir, et puis je pense que
vous, vous avez répondu, vous avez tenté, donc, de poursuivre, ce que vous nous
disiez, donc, de façon initiale, dans votre propos initial, c'est
qu'essentiellement, donc, pour l'ensemble, donc, des situations, donc, le
critère dans le cas d'une... d'un traitement de plainte, donc, par exemple,
donc, si l'accommodement, donc, il est refusé à ce moment-là, donc, quel serait
donc le cadre d'analyse du refus, donc de cet accommodement-là. Ce que vous
nous avez dit, puis je vous... je vous entends ici, c'est que, pour l'ensemble,
donc, de ces types de demandes là, bien, en fait, il faudrait qu'on puisse utiliser,
donc, le critère de la contrainte plus que minimale plutôt que le critère de la
contrainte excessive. Ce qui se défend. Donc, moi, j'ai compris que c'était
votre position.
Une voix : ...
Mme Cadet : Parfait. Oui?
M. Lacroix (Yannick) : Oui,
parce que votre question concerne spécifiquement... Il y a plusieurs motifs,
là, pour lesquels on peut donner des accommodements raisonnables. Il y a les
religieux, pour motifs de handicap, puis tous les motifs de discrimination
interdits dans la charte. Alors, ce n'est pas une discussion qu'on a eue, ça,
de manière très, très définitive, là. Nous... moi, ce que j'avais compris, du
moins, c'est que le critère de... le critère plus que minimal pour les
accommodements religieux, parce que les accommodements religieux créent des
défis croissants, là, dans les institutions publiques...
Mme Cadet : Le cadre du PL n° 9
ne parle que de...
M. Lacroix (Yannick) :
...dans les institutions d'enseignement. Les accommodements pour motif de
handicap, c'est quand même autre chose. Donc, vous parliez d'une asymétrie.
Notre réflexion n'est pas aboutie là-dessus. Moi, c'est ce que je dirais.
Mme Cadet : Parfait, merci.
M. Lacroix (Yannick) : Mais,
pour les accommodements religieux, clairement, nous sommes très en faveur d'un
resserrement des critères d'attribution de l'accommodement.
Mme Cadet : Merci. Mme
Chatelier, donc, vous indiquez que les municipalités, donc, disposent, donc, de
différents leviers, donc. Je vous ai entendue un peu plus tôt, donc, nous
parler de... bon, des prières de rue. Votre argumentaire, donc, ressemblait
beaucoup à ce que nous avons entendu en début de commission parlementaire de la
part du Rassemblement pour la laïcité, qui nous disait : Attention, donc,
il y a un certain glissement ici, on ne peut pas parler de neutralité
religieuse de l'espace public. Donc, dans ce cadre-là, donc, le législateur,
donc, a tout le loisir d'offrir un certain cadre, d'offrir certaines balises,
mais pas au nom de la laïcité ou pas au nom de la neutralité religieuse de
l'espace public. D'autres intervenants sont aussi venus nous dire : Bien,
attention, aussi, si aussi l'État, donc... si législateur décide d'aller dans
cette direction-là, il pourrait contrevenir à sa propre
Loi sur la laïcité,
donc, qui édicte, donc ,des principes qui sont fort distincts.
Donc, je voudrais peut-être, donc, vous
entendre un peu, donc, là-dessus, et voir, quand vous dites que les municipalités...
Mme Cadet : …on dispose déjà
de certains leviers. Est-ce que vous pensez que le cadre normatif actuel, donc,
leur permet d'agir? Est-ce que vous pensez qu'il faudrait avoir certaines
balises supplémentaires pour pouvoir les outiller? Donc, j'aimerais peut-être
vous entendre un peu plus sur cet aspect-là de votre présentation.
Mme Chatelier (Murielle) : Bien,
je pense que les municipalités bénéficient déjà de certains leviers, mais je
pense que, comme on a vu que, malgré ce fait, il y a quand même des prières de
rue qui se tiennent devant certaines cathédrales. Mais je pense qu'il y a lieu
soit de les outiller davantage, mais il faut faire quelque chose. On ne peut
pas… le statu quo ne peut pas durer. Donc oui, je pense qu'ils ont des leviers,
mais il faut… il faut renforcer leur capacité à gérer ces prières de rue. Mais
comme je dis, il y a… pour nous, c'est évident qu'il y a un problème et il y a
quelque chose qui doit être fait, parce qu'on ne peut plus tolérer ce genre de
manifestations-là dans nos espaces publics.
Mme Cadet : Merci. C'est que
je regarde le temps qu'il nous reste, hein, Mme la Présidente?
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : 3 min 50 s.
Mme Cadet : OK. Parfait.
J'avais peut-être une dernière question. Certains autres intervenants, donc,
sont venus nous faire la distinction entre l'égalité formelle et l'égalité
réelle. Notamment, donc, on a parlé, donc, de la décision de la Cour suprême,
donc, contre… contre… donc de la décision de la Cour suprême, donc, de
Mouvement laïque québécois contre Saguenay, nous disant que le critère, donc,
qui était utilisé à ce moment-là, donc, dans notre cadre actuel est celui de
l'égalité formelle plutôt… celui qui était réel plutôt que celui de l'égalité
formelle. Donc, vous n'avez pas parlé, donc, de cet aspect dans votre
présentation. J'aimerais vous entendre.
M. Bard (Guillaume) : Si je
peux me permettre, on a… on a parlé de l'égalité au sens très très large. Vous
avez raison de dire qu'on n'a pas distingué l'égalité formelle, l'égalité
réelle. C'est une question… C'est deux formes d'égalité, je pense que peut-être
mon collègue Yannick pourrait mieux… mieux vous répondre. Mais juste avant, je
voulais… Non, je vais laisser Yanick répondre d'abord.
M. Lacroix (Yannick) : Bien,
cette distinction-là entre égalité formelle et égalité réelle, c'est une
distinction juridique assez complexe. Et l'égalité réelle, c'est contenu… Ça,
je dis ça rapidement comme ça, je pense que vous soulevez des problèmes qui
sont très difficiles, mais rapidement. L'égalité réelle, c'est jurisprudentiel,
c'est une invention des juges, là. Donc, dans l'esprit civiliste qui est le
nôtre au Québec, l'égalité réelle, à ma connaissance, ce n'est pas réellement
une catégorie juridique qui est appliquée. On est dans un cadre qui est plutôt
de l'égalité formelle. Donc, si on dit, par exemple, vous ne prenez pas en
compte l'égalité réelle? Ma question, je répondrai pourquoi faut-il absolument
tenir en compte ce critère jurisprudentiel qui nous vient de la Cour suprême du
Canada? Je ne sais pas si on parle la même chose, mais cette distinction-là de
l'égalité formelle, l'égalité réelle, je ne crois pas qu'on est obligé de la
faire. C'est ça mon point.
Mme Cadet : Vous avez répondu
à ma question. Je vais laisser ma collègue poursuivre. Merci.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Alors, Mme la députée, il vous reste
2 min 4 s.
Mme Setlakwe : Merci. Merci à
vous quatre, vraiment vous alimentez notre réflexion. Et je suis d'accord avec
le collègue de Chauveaum, là, je pense que c'est intéressant pour la commission
de vous entendre sur la notion de l'idéologie du racialisme. Vous êtes très
sensibles à ce que tout le monde se sente égaux, la conception universaliste de
la citoyenneté, etc., vos propos sont… sont très clairs. Par rapport au projet
de loi, vous ne vous êtes pas exprimé ce matin sur l'utilisation de façon
préemptive de la clause dérogatoire qui est essentiellement, donc, on dit
d'emblée que certains droits et libertés qui sont mis de côté, on met le
judiciaire hors jeu, on va de l'avant avec des dispositions qui entrent en
vigueur, mais on ne laisse pas donc la possibilité à des citoyens de… de
poursuivre la voie judiciaire et de voir si ça passe le test des tribunaux.
Comment vous vous sentez par rapport à ça? Ah! bien…
Une voix : ...
Mme Setlakwe : Non, non, je
voulais… une entrevue.
M. Bard (Guillaume) : Je vais
céder la parole, dans un instant, Yannick.
C'est sûr que nous, on n'a pas déposé de
mémoire. Je veux juste dire qu'on a une… on présente la position globale qui
est beaucoup, contrairement peut-être à ce que le député de Chauveau a
sous-entendu, on peut sembler, à vos yeux, être dans les mesures concrètes,
mais nous, on a l'impression qu'on est davantage dans les principes, bien que
ça peut s'accompagner de mesures concrètes.
Donc, c'est sûr qu'on a été questionnés
sur les accommodements raisonnables, sur les prières de rue, sur toutes sortes
de choses qui sont très concrètes. Mais nous, c'est beaucoup les principes
d'égalité et d'inclusion qui n'excluent pas, et des choses comme ça, qu'on va
mettre de l'avant la lutte contre la ségrégation, contre la ghettoïsation.
C'est sûr qu'on ne s'est pas prononcés sur tous les enjeux. On n'a pas eu une
réflexion qui a abouti sur tous ces enjeux-là. Je vais quand même peut-être
voir si mon collègue souhaite répondre à ça.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Rapidement, rapidement.
M. Lacroix (Yannick) : Oui,
très rapidement. Nous, on n'a pas de problème avec la clause dérogatoire parce
qu'il y a une grosse lutte au Canada entre le pouvoir judiciaire et le pouvoir
politique, et on croit que la laïcité, c'est une question politique qui doit
être...
M. Lacroix (Yannick) : ...réglé
par les... par l'Assemblée nationale.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup, c'est ce qui termine cette... cette
audition. Alors, au nom de mes collègues, merci, encore une fois, pour l'apport
à nos travaux.
Je vais suspendre la commission jusqu'à
14 heures.
(Suspension de la séance à 12 h 50)
Haut de la page
13 h 30 (version non révisée)
(Reprise à 14 h 01)
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : À l'ordre, s'il vous plaît! La Commission des relations
avec les citoyens reprend ses travaux. Donc, nous poursuivons les consultations
particulières et auditions publiques sur le projet de loi n° 9,
Loi sur le renforcement de la laïcité au Québec. Cet après-midi, nous allons
recevoir le Réseau évangélique du Québec, qui sont ici présents avec leurs
représentants, le Mouvement laïque québécois, un petit peu plus tard, et nous
allons terminer avec l'Association québécoise des centres de la petite enfance.
Alors, messieurs, bienvenue à la
commission. Vous allez bénéficier d'une période de 10 minutes pour vous
présenter et présenter l'essentiel de vos recommandations, et, par la suite,
nous allons avoir une discussion avec les parlementaires.
Alors, votre temps débute maintenant.
M. Messina (Corentin) : Merci,
Mme la Présidente. Mmes et MM. les membres de la commission, permettez-moi d'abord
de nous présenter. Je m'appelle Corentin Messina, je suis directeur des affaires
publiques et des communications pour le Réseau évangélique du Québec. J'ai avec
moi Jean-Sébastien Morin, Alexandre Farley et Me Émile Bouchard, tous membres
de notre équipe de rédaction du mémoire que vous avez reçu.
Le Réseau évangélique du Québec regroupe
des associations d'églises, des institutions éducatives, des organismes engagés
depuis plusieurs années dans la vie sociale, éducative et communautaire du
Québec, et ce, sur l'ensemble du territoire québécois. On vous remercie de nous
accueillir pour l'étude du projet de loi n° 9.
On est devant vous avec un esprit de
collaboration. Notre tradition chrétienne nous amène à chercher activement le
bien commun, à contribuer positivement à la société dans laquelle nous vivons,
tout en reconnaissant la séparation des pouvoirs et la contribution des
institutions publiques et de la société civile au bien commun. C'est dans cette
perspective qu'on a quatre enjeux qu'on veut discuter avec vous en lien avec le
projet de loi. Le premier, c'est l'encadrement de la pratique religieuse dans
certains lieux et dans l'espace public. Le deuxième, c'est les effets du projet
de
loi sur les écoles privées confessionnelles subventionnées. Le troisième, c'est
l'ambiguïté entourant l'animation spirituelle, les services religieux en milieu
éducatif. Et quatre, l'élargissement des pouvoirs du ministre responsable de la
laïcité.
Le premier enjeu : l'encadrement de
la pratique religieuse en certains lieux dans l'espace public. Le projet de loi
retient une définition très large de la pratique religieuse, ce qui crée une
incertitude et ouvre la porte à des applications probablement disproportionnées
sur le terrain. On reconnaît des éléments positifs du cadre proposé, notamment
la possibilité de tenir des pratiques religieuses dans certains lieux
municipaux et d'éducation supérieure, dans des salles de spectacles, des locaux
loués, et on est contents de cette nouvelle sous des conditions claires de
neutralité financière et d'équité d'accès.
Cependant, concernant l'espace public, on
partage l'opinion de d'autres groupes entendus ici, que ce soit rassembleur
pour la laïcité... et Cardus, qui sont venus également cette semaine. On pense
que la neutralisation de l'espace public est quelque chose à éviter. Nous
recommandons un encadrement fondé sur les critères objectifs qui ont été
mentionnés à plusieurs reprises dans cette commission : la sécurité, l'accessibilité,
la durée, la non-discrimination. On est en accord avec ça. Cependant, le
recours obligatoire à une résolution du conseil municipal nous apparaît
excessivement contraignant. Une telle approche risque de produire des applications
variables et arbitraires dépendant du territoire. À
titre d'exemple, on
pourrait se demander si, légitime pour un groupe d'amis évangéliques qui pique-niquent
dans un parc public, de rendre grâce avant de manger. Est-ce qu'ils seraient en
contradiction avec la loi ou ce serait acceptable? On serait curieux d'entendre,
bien entendu, le gouvernement par rapport à cet exemple.
Donc, on est pour des balises claires qui
peuvent être applicables et qui vont contribuer à la cohésion sociale. Les
balises étant la sécurité, l'accessibilité et la durée, et la
non-discrimination.
Le deuxième enjeu : les effets du
projet de
loi sur les écoles privées confessionnelles subventionnées. On est
particulièrement préoccupés par les conséquences de l'article 78.1...
Haut de la page
14 h (version non révisé
e) M. Messina (Corentin) : ...il
existe une perception voulant que les écoles privées confessionnelles
subventionnées fassent essentiellement de la religion. Cette perception est
inexacte. Ce ne sont pas des écoles intégristes. Le projet de loi, d'ailleurs,
ne s'attaque pas aux écoles illégales. Il faut savoir les distinguer. De notre
côté, nous parlons d'écoles privées agréées, subventionnées par le ministère.
Concrètement, l'État finance 50 % des coûts. Les parents assument l'autre,
50 % en plus de payer les taxes comme tous les autres citoyens. Mais... l'État
va obtenir 100 % du programme et le respect du contenu éducatif. Le
contenu religieux est limité, encadré et complémentaire. Il est également
essentiel de rappeler que le gouvernement dispose déjà de tous les outils
nécessaires pour intervenir.
En cas de non-respect du régime pédagogique ou des
obligations légales, il peut imposer des correctifs, suspendre ou révoquer un
agrément.
Le reste du projet de loi, tel qu'il est
actuellement rédigé, est... des institutions conformes et transparentes, tout
en demeurant peu efficaces face à des excès réels provenant de groupes qui
échappent déjà aux mécanismes de contrôle existants. Dans sa forme actuelle, le
projet de loi mettrait en péril une école exemplaire de la région de Québec,
une école que nous représentons, qui est l'école l'Eau-Vive qui accueille près
de 600 élèves. Plusieurs membres de cette école sont avec nous cette
semaine en commission, vous avez pu être témoins de leur participation, ça participe
également à leur éducation civique. Mais vous pouvez voir que l'école partage
la valeur démocratique, et c'est une valeur qu'ils y tiennent, et c'est pour ça
qu'ils ont assisté depuis le début de la commission à chacune des auditions. Ça
démontre leur engagement à la société québécoise. Sans les subventions, cet
établissement de 600 élèves dans la région de Québec ne disposerait pas de
ressources nécessaires pour poursuivre ses activités, ce qui entraînerait un
transfert massif d'élèves vers le réseau public. L'État ne finance pas l'aspect
religieux de l'école. L'École reçoit 2,5 millions de subventions, ce qui ne
couvre même pas la masse salariale, qui est de 3,4 millions, des 100 membres
du personnel. L'école, les parents, les élèves ne désirent pas se
déconfessionnalisation. Leur mission, leur ADN est lié à leur projet éducatif
chrétien. Il s'agit pourtant d'une école qui respecte pleinement le programme
du ministère et qui contribue à l'atteinte des objectifs de coopération entre
les parents, la communauté et les élèves.
Nous recommandons... nous recommandons
ainsi un encadrement qui préserve à la fois la neutralité de l'État, le
pluralisme éducatif et le droit des parents reconnus par la Charte des droits
et libertés de la personne. Donc, concrètement, c'est quoi, qu'on vous demande?
C'est un respect de l'identité de l'institution. C'est préserver l'héritage
culturel et religieux de cette école, garder les subventions ou offrir des
alternatives fiscales, on... dans notre mémoire, on parle d'alternatives
également, et surtout une distinction entre services éducatifs et services d'enseignement
des matières obligatoires.
Le troisième enjeu qu'on souligne, c'est l'ambiguïté
entourant l'animation spirituelle et les services religieux en milieu éducatif,
alors que l'État reconnaît l'accompagnement spirituel dans d'autres milieux de
vie, notamment les hôpitaux, les établissements de détention. Le projet de loi
laisse planer une incertitude quant à sa place en milieu scolaire, qui demeure
pourtant un milieu de vie central. Le Québec dispose pourtant d'institutions
universitaires qui forment des professionnels qualifiés en animation et en
accompagnement spirituel, et la littérature scientifique démontre clairement
les effets positifs de la spiritualité sur la santé mentale, la résilience et
le bien-être global, on a mis quelques études dans le mémoire. Mais il est
clair, et je suis sûr que vous partagez cet avis, qu'il y a une crise de l'anxiété,
d'incertitude parmi la jeunesse et l'accompagnement spirituel pour le
développement personnel peut être une solution, surtout avec des professionnels
qu'on forme au Québec, que ce soit l'Université de Montréal, l'Université de
Sherbrooke et l'Université Laval, qui ont vraiment des programmes spécialisés
sur l'accompagnement spirituel.
On recommande donc une application
cohérente de la laïcité fondée sur les intervenants formés, la non... la non-coercition,
la non-discrimination et le respect de la neutralité de l'État, tout en
reconnaissant le bienfait de l'accompagnement spirituel pour le développement
personnel.
Quatrième enjeu, l'élargissement des
pouvoirs du ministre responsable à... de responsable à la laïcité. Le projet de
loi prévoit un élargissement important des pouvoirs et directives de
vérification et d'intervention du ministre responsable sans balises normatives
suffisamment précises. Cette situation crée un risque d'arbitraire et d'insécurité
juridique pour les institutions concernées, notamment en raison du changement
du chevauchement... du chevauchement possible entre les pouvoirs de ce
ministère et celui de l'éducation. Il en résulte à un risque de directives
contradictoires et de double reddition des comptes.
En conclusion, le projet de loi neuf
soulève des enjeux importants, on le reconnaît, qui appellent non pas une
remise en cause de la laïcité, c'est un principe qu'on est d'accord, au Réseau
évangélique du Québec, mais une application juste, proportionnée et cohérente
de celle-ci. Le ministre a affirmé : C'est comme ça qu'on vit au Québec.
Cette formule exprime une volonté légitime de cohésion sociale et de clarté
normative. Une laïcité authentique ne s'obtient pas par l'effacement des
différences, mais par leur coexistence pacifique dans un cadre commun partagé.
Et on vous remercie pour l'écoute...
M. Messina (Corentin) : ...qu'on
a vu dans cette commission car on trouve que la commission incarne déjà ça,
cette coexistence, on peut avoir des discussions, poser les bonnes questions
sans craindre l'opinion de l'autre. Et c'est vraiment dans cet esprit-là qu'on
s'aligne. Laïcité ou l'effacement dans la sphère publique ne signifie pas
laïcité et où la laïcité est purement celle de l'État. Donc, on vous remercie
de votre attention et on va demeurer disponible pour répondre à vos questions.
On vous remercie.
• (14 h 10) •
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup pour cette présentation. Alors on va poser
les bonnes questions. On va commencer avec la banquette gouvernementale et le
ministre pour une période de 16 min 30 s.
M. Roberge : Merci, Mme la
ministre. Merci pour votre présentation et votre mémoire. Je pense que, comme
vous, on souhaite une approche qui est modérée, c'est pour ça qu'on a, d'abord,
avant de rédiger le projet de loi, mandaté un comité d'experts, non pas pour
aller rédiger dans son coin un rapport, mais pour aller consulter la société
civile, des groupes, recueillir des témoignages, faire des propositions. Ils
ont fait beaucoup de recommandations, c'est assez exhaustif, le travail qu'ils
ont fait. On en a intégré plusieurs, mais pas toutes. Par exemple, ils
recommandaient de mettre fin aux exemptions fiscales. On n'est pas allés là.
Plusieurs des mesures qu'ils ont suggérées étaient peut-être intéressantes,
mais allaient, d'après nous, par rapport au consensus social, un peu loin. On
voudra, dans le cadre des travaux, on voulait quand on a rédigé la loi, puis on
veut encore, dans le cadre des travaux, arrêter l'aiguille au bon endroit. Il
ne s'agit pas... Je l'ai dit souvent dans des points de presse : En
matière de la laïcité, ce n'est pas nécessairement plus on va loin, mieux
c'est. Il faut arrêter au bon endroit. Certains, dans le cadre des travaux, là,
se sont assis sur les mêmes chaises que vous, nous ont dit qu'on allait trop
loin. D'autres nous ont dit qu'on n'allait pas assez loin. Je vous dirais que,
jusqu'à présent, ça me conforte. D'habitude, quand les extrêmes sont fâchés
contre toi, c'est parce que t'es quelque part au milieu du raisonnable. Mais...
Mais on... Non, non, je n'ai pas entendu des personnes fâchées. Mais ça ne veut
pas dire qu'on ne peut pas améliorer le projet de loi quand même, je ne suis
pas en train de dire que c'est parfait, là, mais je pense que quand même, la
posture est correcte. D'ailleurs, bon, on n'est pas allés sur la question des
exemptions fiscales. On protège tous les milieux de vie des mesures, disons, du
projet de loi, on sait que ça ne s'applique pas pareil, par exemple, dans les
milieux carcéraux, dans des endroits où il y a des gens qui habitent, les
CHSLD, les milieux scolaires, on prépare et on précise aussi, on pourrait ne
pas le mettre, mais on le met pour que ça soit explicite, que c'est possible de
louer des locaux dans des cégeps, dans des universités, des salles de
spectacles, les salles des congrès, etc. Des gens nous ont dit de ne pas aller
là, hein, des gens ont dit d'interdire ceci. On a préféré non seulement le
permettre, mais l'écrire en toutes lettres que ce sera permis. Ceci dit, vous
avez quand même des enjeux puis on va en traiter aujourd'hui. Un des enjeux que
vous soulevez, c'est la question des écoles privées subventionnées. C'est
important de le préciser parce que les écoles privées, privées-privées, doivent
respecter le régime pédagogique, évidemment, mais ils ont moins de conditions
au-delà du fait de respecter le droit des élèves de... d'arriver à un diplôme reconnu
au Québec. On pense qu'il y a une espèce de consensus social qui se reflète,
d'ailleurs, à l'Assemblée nationale, parce que les quatre formations politiques
à l'Assemblée nationale, si on est en désaccord avec le statu quo, ça ne veut
pas dire que tout le monde est d'accord avec le libellé exact de la loi, je ne
dirais pas ça, mais les quatre formations politiques représentées disent qu'il
faut, d'une manière ou d'une autre, cesser le financement des écoles privées
religieuses ou rendre le financement conditionnel. Nous, on est allés dans
cette option-là, le rendre conditionnel, non pas empêcher la transmission de la
foi dans ces bâtiments-là, mais de dire que ça doit se passer à l'extérieur des
heures de cours où on fait le régime pédagogique. C'est-à-dire, on peut très
bien faire des activités religieuses, mais pas pendant le cours de français, de
science, d'histoire, de culture et citoyenneté québécoise. Il faut que ça se
fasse à l'extérieur des heures de cours, un peu comme une activité parascolaire.
Ça peut se faire au dîner. Il faut que ça soit facultatif et ça nous semble
raisonnable. Vous nous avez dit que vous êtes en désaccord avec ça. Je ne vois
pas dans quel univers une école perdrait son financement. En fait, quelle école
dirait : Non, non, non, je tiens à faire de la transmission de la foi en
même temps que le cours de français, le cours d'histoire? Et si oui, pourquoi?
M. Messina (Corentin) : ...c'est
ça votre question, je crois?
M. Roberge : Oui, pourquoi
une école ferait ce choix de dire : C'est déraisonnable, il faut
absolument que je transmette la foi. Bien, elle pourrait le faire, là, mais il
faudrait se priver de l'argent de l'État. Expliquez-moi pourquoi, d'après vous,
notre condition est excessive?
M. Messina (Corentin) : En
fait, c'est plutôt, si vous regardez, quand on parle de l'article...
M. Messina (Corentin) : ...du
point dans notre mémoire. Nous, on voudrait faire une distinction entre le
service éducatif et les services d'enseignement des matières obligatoires. Je
prends l'école l'Eau vive, qui est derrière moi, ils ont un projet éducatif à
saveur chrétienne, donc, c'est-à-dire que c'est dans leur identité, mais le
cours de mathématiques va rester un cours de mathématiques, mais notre
compréhension de comment la loi est écrite en ce moment, ça les amènerait... ça
les amènerait à perdre leur identité. Et c'est là, en fait, où le bât blesse
pour nous, mais, sinon, on est d'accord avec vous, le cours de mathématiques
doit rester un cours de mathématiques.
Sinon, on comprend les raisons que vous
amenez et on pense également que c'est une école qui est exemplaire, comme on
peut voir. Puis nous, c'est l'école qu'on représente, alors je ne peux pas
parler au nom des autres écoles... et on propose également des alternatives,
quand même, dans notre mémoire, soit une clause grand-père, soit d'autres
façons de penser à une charge fiscale autre. Parce qu'on parle quand même de
600 élèves, de familles, de parents, d'enseignants. Vous savez, à l'école l'Eau
vive, les enseignants acceptent... tout le personnel est payé moins cher...
moins coûteux qu'au public parce qu'ils croient à la mission de l'école. Et ça,
ça montre vraiment la mobilisation d'une communauté qui s'articule avec
l'intégration nationale, qui s'articule avec la nation québécoise et qui forme
de l'excellence quand même. Et donc c'est vraiment par rapport à ce point-là
précis dans le projet de loi que nous, on aimerait que ce soit modifié pour
garder l'identité, l'institution... on aurait le passé, les francos protestants,
et continuer à donner ce que le ministère attend.
M. Roberge : Mais vous, vous
avez parlé de l'intégration nationale. Je suis celui qui a apporté ce projet de
loi là pour... un projet de
loi sur notre modèle québécois d'intégration à la
nation, qu'on appelle l'intégration nationale, et ce modèle, dit : On doit
aller vers l'interculturalisme, on ne doit pas aller vers le communautarisme ou
vers les ghettos.
Et c'est contraire au projet de loi et à
son esprit que de dire : Bien, après, on va utiliser l'argent de l'État
pour s'assurer que les catholiques étudient avec les catholiques, les
protestants étudient avec les protestants, les juifs étudient avec les juifs,
les musulmans étudient avec les musulmans, puis ça va être chacun dans leurs
petites écoles. On pourra bien se voir dans le parc, là, mais il faut être sûr
que, dans les écoles, on est séparés. Ça, c'est contraire à l'intégration
nationale. On le permet, bien sûr, pour le privé-privé, mais lorsque l'État
intervient, il va dire : Bien, bien sûr, vous pouvez faire des activités. D'ailleurs,
dans un
article de journal, ça dit que c'est 3 %, là, du temps... bon,
bien, ce 3 % là peut-il se faire le jeudi après-midi de 4 à 5, en
activités parascolaires, en acceptant que quelqu'un peut être non-croyant ou
croyant d'une autre confession, suivre les cours de français, maths, sciences,
histoire dans la même classe? Puis ça pourrait briser les préjugés... bien,
finalement, cette personne-là, qui ne partage pas la même foi que moi, bien je
peux quand même jouer au soccer avec ou apprendre le cours de français ou
préparer mon exposé oral avec.
M. Messina (Corentin) : Bien,
en fait, le projet éducatif... Tu sais, quand on choisit une école privée, les
parents vont pour un projet éducatif avec lequel ils sont d'accord. Vous
pourriez dire : Bien, moi, je suis d'accord, je ne partage pas
nécessairement la même foi, mais je pense que c'est des bonnes valeurs pour le
développement de mon enfant. Et l'enfant, ça va peut-être l'aider à mieux
comprendre le vivre-ensemble et autres. Et un exemple de l'école l'Eau vive...
Je pense que c'est un super allié pour la laïcité, en termes que ça permet
aussi à des jeunes de comprendre leur spiritualité, l'articuler avec le
vivre-ensemble québécois et la laïcité, de se dire : Bon, on respecte ce
que le gouvernement nous demande, on a un 3 % supplémentaire de contenu
religieux, mais ça... ce qui sort de cette école-là, c'est des gens intégrés
dans la société, qui y contribuent, et autres.
Puis c'est surtout, quand même, que le
projet de loi va fragiliser quelque chose qui existe déjà. Donc, nous, c'est
pour ça qu'on a une proposition qui dit : On comprend aussi peut-être le
changement sociétal, l'avis puis le désir du gouvernement, mais est-ce qu'on
pourrait avoir une clause grand-père dans ce cas? Et ça me fait penser à la
laïcité en France, où... en France, l'Alsace, par exemple, n'est pas sous la
loi de 1905, pour des raisons historiques et autres, mais c'est un point de vue
pragmatique qui a été amené pour la gestion. Et donc nous, ce qu'on se demande,
c'est, dans l'esprit la laïcité... La laïcité, c'est le vivre-ensemble, c'est
aussi le côté pragmatique, ce n'est pas être guidé par des dogmes. Et ainsi,
bien, on pourrait laisser place à une clause grand-père pour une école qui
souscrit quand même à 100 % du programme éducatif.
M. Roberge : Je comprends que
c'est la grosse mode, les clauses grand-père, en ce moment, mais lorsqu'il
arrive des changements, quand on a... avec le rapport Parent, monseigneur
Parent, qui avait fait le rapport Parent, dans les années 60... quand ils ont
transformé notre réseau scolaire public, ils n'ont pas dit : Bien, tous
les collèges classiques vont rester là pour l'éternité, mais c'est juste les
nouvelles écoles qui vont devenir polyvalentes, ou les écoles secondaires, ils
ont dit : Bien non, on a vécu comme ça un certain temps, on ne regarde pas
puis on ne juge pas le passé avec les lunettes d'aujourd'hui en disant :
Tout ce qui était avant nous est mal, mais on dit : Maintenant, la société
est ailleurs, puis on a remplacé les collèges classiques par des écoles... des
écoles publiques.
Après ça, quand on a transformé les
commissions scolaires catholiques et protestantes, on n'a pas dit : Les
nouvelles commissions scolaires qu'on créera seront linguistiques... Puis
clause grand-père, il n'y aurait rien qui a changé, on n'en crée pas, des
commissions scolaires, OK, donc ça aurait été une façon de changer sans rien
changer...
M. Roberge : ...donc là, si on
arrive avec un changement, on veut donner peut-être une période de transition
dans le projet de loi, on parle de trois ans. Est-ce raisonnable...
(Interruption)
M. Roberge : ...pardon, est-ce
que c'est trop long? Est-ce que, sur cinq ans, ce serait mieux pour dire Bien,
vous pourrez garder vos subventions, vos agréments, si vous vous assurez que
les activités de nature religieuse sont à l'extérieur du cursus scolaire et
facultatives. Mais je vous écoute, parce que... Excusez-moi, vous avez voulu
intervenir.
• (14 h 20) •
M. Messina (Corentin) : ...à
quelque chose, mais, tu sais, on parle de changement de société et, en
changement de société, on a une grande pluralité. La laïcité, c'est une valeur
qui permet d'unifier la nation québécoise sur le vivre-ensemble dans l'espace
public, les écoles publiques et autres. Mais c'est une école privée qui fait un
partenariat avec l'État, au final, pour l'éducation, et le cours de math est
toujours enseigné pour un cours de maths. Donc, c'est là l'enjeu, plutôt à
dire : Mais, au final, l'État finance juste le cours de mathématique, il
ne finance pas le côté religieux, il ne finance pas ce côté-là. Et même il y a
une grande diversité dans cette école-là, on n'est pas les franco-protestants,
on n'est pas un groupe identitaire culturel, monolithique. On a plein d'histoires
différentes puis, dans le passé, on s'est fait angliciser à cause des écoles...
les commissions scolaires confessionnelles. Si vous parlez des gens qui ont
grandi sur la Rive-Sud, qui ont un nom francophone, mais qui parlent anglais en
premier et qui ont... qui vont dans une église évangélique, la majorité, c'est
parce que leur grand-père ou arrière-grand-père s'est fait interdire d'aller à
l'école confessionnelle catholique.
Donc, on s'aligne, on comprend l'esprit de
la loi, le désir de s'avancer vers la laïcité. Ce qu'on éveille, c'est plus se
dire : Est-ce qu'on est obligé, peut-être, de mettre en danger une
institution qui est exemplaire en termes des valeurs qu'ils épousent, sur
l'égalité hommes-femmes également? Les professeurs n'ont pas de symbole
religieux sur eux, c'est à visage découvert. Donc, il y a quand même plusieurs
idées de la laïcité qui sont épousées et un attachement à la nation québécoise également.
Donc, il n'y a pas un renforcement sous-identitaire qui a lieu, parce qu'on les
apprend à articuler leur pensée chrétienne avec l'État, et la pensée chrétienne
croit à la séparation des pouvoirs. Rendez à César ce qui est à César.
M. Roberge : Je vous remercie.
Je vais laisser les collègues poursuivre. Juste avant, je veux saluer les
élèves qui sont derrière. Vous êtes les bienvenus à l'Assemblée nationale. Je
trouve ça formidable que vous participiez au débat et que vous assistiez au
débat.
Merci, Mme la Présidente. Je laisse les
collègues continuer.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. Mais, en tout cas, moi je vous propose de
parler de clause grand-mère à l'avenir...
Des voix : ...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : ...mais bon, je vais laisser... je vais laisser la parole
au député de Chauveau. Il reste 4 min 32 s.
M. Lévesque (Chauveau) : Merci
beaucoup, Mme la Présidente. Moi aussi, vous m'avez volé les mots de la bouche,
M. le ministre, je veux souhaiter la bienvenue à tous les jeunes de l'école
L'Eau-Vive, l'école que j'ai rencontrée, la directrice et parents également,
très contents que vous soyez là. Puis là je vais vous donner une chance de me
l'expliquer concrètement, là. Moi, j'écoute ce que vous me dites, j'écoute ce
que le ministre dit, j'ai rencontré la direction, comme je vous dis, puis je ne
suis pas encore capable aujourd'hui de vous dire, là, dans votre journée de
travail, dans votre semaine de travail, si on applique la loi telle qu'elle est
proposée, mur à mur, il n'y a pas un changement d'une virgule aujourd'hui, en
quoi l'école l'Eau-Vive va être obligée de fermer dans trois ans?
Les discussions que j'ai eues, puis là je
ne veux pas trahir les discussions hors micro que j'ai eues, mais on ne m'a pas
convaincu du tout, parce que c'était très clair comment se passait une journée
dans cette belle école. Puis, encore une fois, permettez-moi de réitérer
qu'aucun jugement de valeur, au contraire, je suis convaincu que la qualité de
l'enseignement, que tout ce qui se fait dans cette école-là, les enseignants
sont compétents, la direction l'est. La preuve, il y a 600 personnes qui
ont fait le choix de cette école.
Mais, dites-nous clairement, là, sans...
dans vos mots, là, qu'est-ce qui ferait, là, dans le programme de
l'école L'Eau-Vive, que l'école va être obligée de fermer avec la loi
actuelle?
M. Messina (Corentin) :
...mais je vais laisser la parole à mon collègue Me Émile Bouchard, qui est un
parent de l'école L'Eau-Vive.
M. Lévesque (Chauveau) :
Parfait.
M. Bouchard (Émile) : Et aussi
un citoyen de votre circonscription. Là où le bât blesse pour l'école, c'est
l'usage du mot «service pédagogique», l'expression «service pédagogique» dans
les articles 10.3 et 78.1. «Service pédagogique», c'est très large, ça englobe
tout le projet éducatif de l'école, ça englobe tout, là, ce n'est pas juste les
cours, là, c'est l'orientation, c'est ce qui se passe entre les cours. Et c'est
pour ça qu'on propose d'utiliser les termes «service d'enseignement des
matières obligatoires prévues au régime pédagogique». Le régime pédagogique,
c'est un règlement qui dit : Voici ce qu'on doit retrouver, dans une
école, dont, notamment, x heures de mathématiques, x heures de
français. Alors, l'école est d'accord de pas faire de...
M. Bouchard (Émile) : ...transmission
de la foi pendant ces périodes-là, mais elle veut continuer à faire de la
transmission de la foi, comme elle le fait, dans tout le reste, tout ce qui
n'est pas des cours, de l'enseignement de matière qui est financé par l'État,
mais tout le reste : à la pause, un élève qui se blesse, une situation
d'intimidation, l'enseignant, il est chrétien, il va résoudre le conflit d'une
façon qui va être biblique ou chrétienne. Il va dire... il va inviter à
pardonner l'autre. Il va dire : Est-ce que tu ferais à l'autre... Fais pas
à l'autre ce que tu ne veux pas qu'il te soit fait toi-même.
Alors, c'est ça qu'on veut préserver,
c'est le caractère chrétien de l'école, il est là. Il n'est pas dans les
mathématiques ou dans l'enseignement de la science. Là, ce n'est pas là-dedans.
Et on pense, de toute façon, que le but qui est recherché par le législateur,
il peut déjà être atteint par la
Loi sur l'enseignement privé, tel qu'elle est,
parce qu'on les connaît, les écoles problématiques où il y a de l'intégrisme,
mais celles-ci ne sont pas conformes aux normes gouvernementales. L'École
l'Eau-Vive joue le… joue franc… franc-jeu avec le gouvernement, elle fait
toutes les choses dans les règles de l'art, mais les écoles qui sont
problématiques ne font pas ça puis elles se passent des subventions. Alors,
c'est pour ça que Corentin disait que c'est un partenariat parce que c'est
vraiment ça, c'est... de part et d'autre, on veut faire des compromis,
c'est-à-dire l'État fait un compromis puis aussi les communautés le font.
M. Roberge : Il reste
quelques secondes.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Allez-y.
M. Roberge : Très vite. Juste
dire que quand on utilise dans la loi le terme (services éducatifs), en fait on
dit c'est prévu au régime pédagogique, on les met toujours comme ça. Et quand
on parle de services éducatifs prévus au régime pédagogique, on est réellement
sur les heures de cours pendant la transmission de la matière. Donc, il n'y a
jamais le terme «services éducatifs» éloigné du terme «prévus au régime
pédagogique». C'est la nuance que je voulais apporter. Je pense qu'il me reste
plus de temps. Merci, Mme la Présidente. Mais on continue.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. Alors, on poursuit les discussions. Merci,
M. le ministre. On poursuit les discussions, pardon avec l'opposition
officielle pour 16 min 30 s.
Mme Cadet : Merci, Mme la
Présidente. Bonjour à vous quatre. Merci pour votre contribution à la
commission parlementaire. Et je tiens, moi aussi, donc, à saluer les élèves,
les jeunes, donc, qui, pour certains, donc, participent pour la première fois à
cet exercice hautement démocratique. Donc, j'espère que nos propos sont à la
hauteur de… de l'exercice que vous êtes en train de faire aujourd'hui. Merci,
disons, donc, aux enseignants et à toute la communauté de l'École l'Eau Vive
qui sont avec nous aujourd'hui.
Donc, messieurs, donc vous venez
d'échanger avec la
partie gouvernementale, peut-être la première question que
j'ai pour vous, à la lumière, donc, des propos, donc, du ministre, êtes-vous
rassurés?
M. Messina (Corentin) : J'aurais
aimé, bien, si j'avais eu le droit… si j'avais eu plus de temps, j'aurais aimé
poser la question de clarifier si l'école… pouvait garder son identité et son
projet éducatif chrétien. C'est surtout ça en fait notre crainte. Nous, on nous
veut savoir : Est-ce qu'on peut garder le projet éducatif chrétien car
c'est la beauté de l'école. L'école a fait un sondage auprès des parents. Les
parents ont dit on préfère que l'école ferme. C'est fort parce qu'ils y croient
réellement aux bienfaits, le bienfait de cet accompagnement spirituel qui est
amené avec professionnalisme, avec sincérité, et c'est ça l'enjeu pour nous
surtout, parce que pour la majorité des projets de loi, on est d'accord avec le
principe. On a des… on a des critiques d'amélioration sur certains enjeux, que
ce soit dans la sphère publique également par rapport aux manifestations, mais
par rapport à l'école, comme a dit mon collègue, le cours de math doit rester
un cours de math.
Mme Cadet : Puis vous l'avez
mentionné, donc ce sont près de 600 élèves. Donc, en 10 ans, donc plus de
300 familles, donc, qui ont fait le choix de l'école en raison de son
projet éducatif. Donc, bien évidemment, donc, on peut comprendre que la grande
majorité, donc, des élèves, donc, qui fréquentent l'école, donc, eux-mêmes,
donc, partagent la même confession. Mais vous dites, donc, vous, dans votre
processus d'admission, quand on regarde, donc, les autres aspects, donc, qui se
retrouvent, au projet de loi, dans les dispositions qui concernent les écoles
privées confessionnelles, écoles privées subventionnées vous nous dites, donc,
qu'il n'y a pas non plus une… une sélection où est-ce que vous refuseriez, par
exemple, donc, l'accès à l'école à un jeune, donc, qui ne partagerait pas,
donc, la même foi chrétienne.
M. Messina (Corentin) : C'est
que les écoles privées, c'est que les parents choisissent des écoles avec
lesquelles ils sont d'accord pour le projet éducatif. Donc, on pourrait dire
automatiquement, là, déjà, une sélection naturelle ou si vous ne voulez pas que
votre enfant ait un environnement chrétien, bien, vous ne l'envoyez pas à
l'École l'Eau Vive. Tu sais, c'est juste du… ça fait du sens. Maintenant, c'est
d'épouser le projet éducatif, comme si j'irais pour faire un projet éducatif
dans une école… une école artistique, bien, c'est parce que je crois que ça va
amener du bienfait à mon enfant.
Mme Cadet : Merci. Me
Bouchard, donc, je me tourne vers vous parce que vous arriviez avec des
propositions concrètes pour permettre de mieux baliser, donc, les dispositions
qui sont présentées dans le cadre du projet de loi. Donc, le ministre, donc,
vient de mentionner qu'on parle ici, donc, de services éducatifs prévus au
régime pédagogique. Donc, je vous réitère donc la question : Donc, est-ce
que la nomenclature, est-ce que la formule qui est utilisée, selon vous, donc,
est rassurante? Et si ce n'est pas le cas, donc, quelle…
Mme Cadet : ...quelle serait
votre proposition?
M. Bouchard (Émile) : J'inviterais
tout le monde, en fait, à lire le premier
article du régime pédagogique, parce
que les services éducatifs, c'est un peu une métacatégorie, c'est la plus
grosse poupée russe. Ensuite, on a les services d'enseignement, on a les
services complémentaires. Alors, c'est pour ça que le terme «service
pédagogique» ou «service éducatif» est problématique, parce qu'il ne vise pas
juste les cours, c'est les services d'enseignement obligatoires. Ça, c'est les
cours, mais services éducatifs, c'est l'ensemble, c'est une catégorie plus
générale encore, qui est une nuance difficile à cerner peut-être aussi, même
pour moi.
• (14 h 30) •
Mme Cadet : Bien oui, puis
vous le disiez, donc, selon les propos du ministre, de la manière que c'est...
d'expliquer, donc, la volonté du législateur, donc, sa volonté politique, c'est
véritablement, donc, de strictement encadrer, donc, les services
d'enseignement. Donc, c'est... ça semble donc être l'objectif du projet de loi.
Puis, rapidement, vous nous disiez que,
selon vous, donc, la
loi sur les... sur l'enseignement privé, pardon, dans sa
mouture actuelle, donc, permettrait déjà d'encadrer, donc, le type de pratiques
que le ministre cherche à proscrire.
M. Bouchard (Émile) : Les
écoles privées passent déjà dans un processus d'accréditation. Ils ont un
permis, puis les écoles ont aussi un agrément.
Mme Cadet : Pouvez-vous nous
faire la distinction entre le permis et l'agrément?
M. Bouchard (Émile) : Bien,
le permis, c'est l'autorisation de dispenser des services éducatifs.
L'agrément, c'est l'agrément aux fins de subvention... autorisé aux fins de
subventions. Et là 78.1, ça vise l'agrément aux fins de subvention, mais le
gouvernement a déjà un pouvoir, si vous voulez, d'enquête, dans le cadre de
renouvellement des permis, pour s'assurer que l'environnement éducatif, il est
sain, là, puis qu'il a été fait dans le cadre... dans le respect de la
Loi sur
la laïcité.
Et puis d'ailleurs, là, il y aura aussi un
nouvel
article dans le projet de loi par rapport à l'enseignement, je pense que
c'est l'article 4, par rapport aux valeurs démocratiques, par rapport à
l'égalité hommes-femmes puis par rapport à la laïcité de l'État. Ça, le gouvernement
pourra vérifier que c'est bien appliqué dans les écoles. Ce n'est pas un
article qui est problématique pour le REQ ou pour l'école.
Mme Cadet : Et puis vous
disiez, un peu plus tôt, M. Messina, qu'en fait l'école est exemplaire, donc,
qu'elle est titulaire d'un permis, donc, ce permis-là est renouvelé, donc, de
façon périodique. Donc, ça, ça a toujours été le cas. Donc, dans votre cas,
vous dites : Il faudrait s'assurer que le texte proposé de la modification
législative puisse vous permettre, donc, de préserver votre identité propre,
cet environnement-là, ou que... ou, à l'extérieur, donc, disons, des services
d'enseignement, le caractère identitaire, donc, de l'école, donc, puisse se
poursuivre librement.
M. Messina (Corentin) : L'identité
première reste québécoise, tu sais, puis je pense qu'il faut être clair
là-dessus, mais on a des multiples identités quand même, d'un certain sens.
Tout individu a des origines, des valeurs qu'il épouse, des conceptions du
monde. Et là où l'identité de l'école est, c'est dans sa philosophie. Sa
philosophie est basée sur Jésus qui vous dit : Aimez votre ennemi comme
vous-même, tu sais. Ça ne fait pas de mal, surtout si vous êtes dans un projet
éducatif chrétien qui épouse la valeur égalité hommes-femmes, qui épouse les
valeurs démocratiques, la séparation des pouvoirs.
Vous savez, on parle de laïcité, mais on
pourrait dire : Les protestants, c'est les premiers à avoir fait la
séparation des pouvoirs. Donc, c'est très fort, chez nous, il n'y a pas de
clergé vraiment, chez nous, je veux dire, le pasteur... Ici, à cette table, on
a... trois d'entre nous, on est des pasteurs. Je ne suis pas plus saint que la
personne dans ma congrégation, je suis voté par les membres de ma congrégation.
Ils peuvent me démettre de mes fonctions en tout temps, en réunion de conseil
de membres. Donc, il n'y a pas une idée de saint des saints, il n'y a pas une
hiérarchie de citoyens, il y a vraiment une égalité déjà qui est présente. Et
l'homme et la femme... les membres d'une église évangélique, il a le même vote,
la même voix dans la réunion de membres.
Donc, pour moi, pour nous, l'école est
entièrement d'accord avec tout ça. Puis même, c'est un gain, je veux dire, on
peut articuler un accompagnement spirituel. La spiritualité, c'est un besoin
humain. Et parfois le danger qu'on a avec les enjeux de certains extrêmes,
c'est qu'on balaie l'angle spirituel de l'être humain. Mais, vous savez, là,
les jeunes, avec Internet, ils vont aller chercher la spiritualité ailleurs. Et
là on a l'exemple d'une école qui articule une spiritualité pensée avec des
gens formés au Québec, j'insiste, formés au Québec, là, et qui comprennent et
épousent la laïcité de l'État. Donc, on est en train de créer des gens
croyants, pratiquants ou non, qui comprennent la philosophie chrétienne mais
qui épousent aussi la laïcité. Donc, c'est un gain, c'est gagnant-gagnant.
Et pour les gens qui auraient un malaise
par rapport à que leur argent irait là-dessus, bien, je rappelle, vous ne
financez pas toute l'école, vous financez le cours de mathématiques. Êtes-vous
d'accord avec le cours de mathématiques? Moi, je pense qu'une école chrétienne,
les enfants devraient avoir un cours de mathématiques. Donc, c'est là où on se
situe, en fait.
Mme Cadet : Puis vous disiez
un peu plus tôt, donc, que si...
Haut de la page
14 h 30 (version non révisé
e) Mme Cadet : ...l'école, donc,
devait... devait perdre son identité propre que les parents, donc... Vous avez
fait, donc, un sondage et que les parents se disent : Mais nous, on préférerait
que l'école ferme, donc, tout simplement.
M. Messina (Corentin) : Oui,
parce que l'école... Vous savez, il y a 25 ans, quand il y a eu la déconfessionnalisation
des écoles, c'est là où l'école L'Eau-Vive est comme ressuscitée, hein, les chrétiens,
on est forts là-dessus. La résurrection de l'école L'Eau-Vive, hein, c'est un
lieu il y a 25 ans. Est-ce qu'il peut y avoir une autre résurrection? Peut-être,
nous, on croit aux miracles, de notre côté. Mais il y a 25 ans, les
chrétiens de Québec se sont réunis ensemble, se sont dit : Nous, là... Il
y avait trois écoles qui ont fermé, hein, confessionnelles. Ils se sont réunis
ensemble, ont dit : Nous, ce n'est pas vrai qu'on ne va avoir aucune école
chrétienne à Québec. C'est la seule école chrétienne francophone agréée
subventionnée au Québec, exemplaire. Donc, c'est sûr qu'ils vont se battre puis
vouloir que ça reste ouvert, je veux dire, il y a des familles, ça fait des
générations qu'ils vont là, il y a un attachement.
Et là on va briser un attachement, un
écosystème qu'on va perturber au nom de principe qui, même si on épouse le
principe, ne nous obligerait pas à briser cet écosystème.
Mme Cadet : On parlait de
permis un peu plus tôt. Donc, est-ce que vous êtes en mesure, donc, de me dire,
donc, à quel moment, donc, le permis a été renouvelé pour la dernière fois?
M. Messina (Corentin) : Si je ne
me trompe pas, c'est en 2021. Il faudrait vérifier avec... avec l'école plus, vu
qu'on représente l'école, mais la direction pourrait être plus précise que moi.
Mme Cadet : Parfait. Je
regarde le temps qu'il nous reste pour peut-être parler, peut-être d'animation
spirituelle. Donc, vous me disiez, cet aspect-là du projet de loi, vous aviez,
donc, des... vous aviez donc certaines propositions à faire à cet égard.
M. Messina (Corentin) : En
fait, au Québec, on subventionne nos universités, on a trois universités
francophones qui ont des programmes d'accompagnement spirituel. Donc, on forme
des gens spécialisés pour accompagner quelqu'un dans un lieu d'hôpital, à
respecter sa conscience, sa liberté de conscience. C'est précis, là. Je viens
de Sherbrooke. Je connais les gens qui sont dans le programme. Ils s'assurent
qu'on respecte la liberté de conscience des individus. On les accompagne, dans
la spiritualité, face à des enjeux de vie, des épreuves, maladie, mort,
questions existentielles. Moi, je ne comprends pas... on ne comprend pas
pourquoi, avec les capacités qu'on a ici, au Québec, nos institutions, nos
fleurons, on n'est pas capable de se dire : Pourquoi ne pas aller plus
loin puis articuler une laïcité qui reconnaît le fait spirituel. Puis j'insiste
sur le fait spirituel, pas le fait confessionnel où vous devez, à tout prix,
croire ce que moi, je crois, mais vous accompagnez, parce que, dans un monde,
pluriel, dans un monde où on a des vraies questions qui se posent et on a des
professionnels formés, dans une université, qui épousent l'égalité hommes-femmes
et autres.
Donc, on pourrait penser à une réflexion,
de se dire... on pourrait créer une animation spirituelle dans nos systèmes
scolaires, privés ou autres, et se dire : Les conditions, vous devez faire
tel programme à l'Université de Sherbrooke, l'Université Laval, avoir tel
permis. On pourrait réfléchir à tout ça, parce qu'il y a une crise d'anxiété
parmi nos jeunes. Moi, j'ai été pasteur auprès des adolescents pendant six ans.
J'ai accompagné presque 100 adolescents. Je peux vous garantir, la
spiritualité, ça les a aidés, la majorité, à passer à travers les épreuves qu'ils
avaient, des questionnements, et ce n'était jamais fait de façon contraignante.
Pourquoi? J'ai étudié sciences des religions dans une université québécoise. J'ai
appris c'est quoi, les différences à avoir et le respect qu'on doit avoir par
rapport à la liberté de conscience.
Mme Cadet : Merci beaucoup.
Avec le temps qu'il nous reste, je passerais la parole à ma collègue...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Oui, merci. Alors... Merci beaucoup. La députée de...
Mme Setlakwe : Mont-Royal—Outremont.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : ...Mont-Royal—Outremont, pardon,
5 min 09 s.
Mme Setlakwe : Merci à vous
quatre. Avant d'aller sur ce qu'on souhaite faire au niveau de l'espace public,
en lien avec ce que ma collègue vient d'aborder, la question de permettre des
lieux multifonctions dans des écoles et aussi, je pense à l'enseignement
supérieur, on parle de jeunes adultes, donc vous, vous avez vraiment un enjeu :
Est-ce qu'on on empêche les établissements d'octroyer un espace à des groupes,
à des associations pour y pratiquer, par exemple, des activités, en lien avec
la spiritualité, dans la mesure, évidemment, où tout ça est fait de façon paisible
et qu'on ne soit pas en train d'exclure... exclure certaines personnes?
M. Messina (Corentin) : L'éducation
supérieure, l'objectif, c'est la quête de savoir. Donc, nous, si je ne me
trompe pas, dans notre mémoire, on veut distinguer tout ce qui est cultuel
aussi. On sait que l'université, sur les heures de cours, je pense que personne
ne souhaite que ça devienne une église protestante, tu sais. Par contre, est-ce
qu'il pourrait y avoir un groupe d'élèves qui se dit : Nous, on veut
discuter du fait religieux, créer une association. Nous, on veut discuter du
fait religieux. On veut discuter de Martin Luther King et des droits civiques.
On va discuter de Martin Luther, Augustin, puis réfléchir autour d'un texte
biblique, parce que les universités, de toute façon, ont été créées aussi par l'Église,
dans un certain sens. Donc, c'était la quête de savoir, en premier lieu, et non
une quête d'endoctrinement. Donc, sur cet élément-là, nous, on aurait plutôt
une approche plus nuancée où si ce n'est pas un temple qui se transforme dans l'université,
mais plutôt un lieu de rencontre, de discussion où il n'y a pas de
discrimination, on ne voit pas...
M. Messina (Corentin) : ...pourquoi
une association chrétienne, par exemple, de l'Université de Sherbrooke, ne
pourrait pas avoir lieu si ce n'est pas des activités cultuelles, mais des
activités d'échange, de discussion. Puis je sais que vous allez avoir peut-être
beaucoup de questions pour la sphère publique, là, donc, je ne sais pas si vous
avez une question plus précise là-dessus, ou...
• (14 h 40) •
Mme Setlakwe : Oui, mais
j'aimerais qu'on... parce que votre mémoire et vos propos sont très bien
structurés et on comprend que vous avez quatre enjeux. On a parlé amplement...
je pense qu'on a bien saisi la problématique, vos inquiétudes, par rapport à
la... on va le dire, à la survie de l'école. Moi aussi, je salue les
enseignantes toute la semaine. Toute la semaine, ça a été un plaisir de vous
voir, là, vous êtes vraiment en grand nombre puis une pensée toute
particulière, il y a une salutation particulière aux enfants qui sont... qui
sont ici. Vous êtes les bienvenus. On est très heureux de... et on espère qu'on
est sur... on se comporte bien à vos yeux.
Mais la question de... oui, donc la
question de toute activité religieuse, pratique religieuse dans l'espace
public, là, on n'est plus sur la laïcité de l'État, là, puis même le ministre
l'a exposé. On a une loi, ici, qu'on étudie, là, le projet loi neuf, qui va
venir faire des modifications à la
Loi sur la laïcité de l'État, va aussi
édicter une nouvelle loi, mais qui va légiférer, ce qui est permis et non
permis sur l'espace public, là, on a entendu les municipalités venir s'exprimer
à ce sujet. Mais, j'aimerais vous entendre parce qu'on essaie aussi de... comme
législateur, il est important qu'on puisse cerner la problématique, le cas
échéant, s'il y en a une, et tenter de s'assurer qu'on met en place des mesures
équilibrées, justes et mesurées par rapport à la problématique, s'il y en a
une. Mais encore faut-il comprendre la problématique et aussi comprendre les
angles morts et la création de nouveaux problèmes. Si on met en place les
dispositions. Alors, j'aimerais, oui, vous entendre là-dessus.
M. Messina (Corentin) : Oui.
Bien, écoutez, je trouvais ça amusant, si vous permettez, je vais utiliser une
petite expression, mais je pense que le ministre a fait un miracle avec la
commission, parce que le rassemblement pour la laïcité a la même opinion que
nous. Et je les écoutais, puis c'est exactement ça, on... Le point, c'est de se
dire, donné ça au conseil municipal... au conseil de municipalité, c'est
délicat comme situation, on pourrait avoir des grosses différences sur les
territoires. On complique beaucoup les choses. Imaginez, il pourrait y avoir
beaucoup de demandes dépendant où vous êtes.
On est d'accord avec les balises, par
contre. Vous savez, les balises d'égalité hommes-femmes, non-discrimination,
accessibilité. Nous, protestants, on ne serait pas d'accord, là, qu'un groupe
évangélique prenne le parc, puis chaque dimanche, ça devienne leur église. Je
ne serais pas d'accord avec ça. Si c'est une fois, par contre, pour un
événement, pourquoi pas? Mais le demander à une municipalité, on politise le
fait religieux. Puis je pense qu'il faut vraiment faire attention à ça, parce
que si on politise le fait religieux, on va fragiliser le vivre-ensemble, puis
on va confier ça à des gens au municipal. Puis, avec tout respect, je pense
qu'ils en ont déjà beaucoup à gérer. Donc ça, c'est une de nos craintes. On
pense que les balises sont bonnes, on reconnaît qu'il y a des problèmes qu'on a
vus dans l'actualité. On n'est pas dans le déni, dire : Ah! On n'a aucun
problème de vivre-ensemble, il n'y a aucune instrumentalisation du fait
religieux. Non. On est dans un monde imparfait, l'être humain est capable de
beaucoup de bêtises. Donc, avoir des règles claires, absolument. Mais pas dans
l'esprit de la laïcité, c'est dans l'esprit de l'ordre public. Je suis
Québécois, mais je suis aussi Français d'origine et, en France, c'est au nom de
l'ordre public qu'on va venir sévir, si vous perturbez et c'est quand même
intéressant à observer ce fait-là. Donc, c'est au nom de l'ordre public qu'on
devrait intervenir et non au nom de la laïcité, car sinon on trahit l'esprit
même de la laïcité, on le met en danger envers les gens qui le critiquent.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci... Merci beaucoup. Alors c'est ce qui termine
cette... cette audition, pardon, puis au nom de mes collègues qui n'ont pas pu
vous saluer, je vous salue, on vous salue à tous les jeunes qui sont ici, vous
êtes les adultes de demain. Alors, vous avez pu constater que ce travail est
sérieux, mais qu'il peut se faire en toute convivialité. C'est ce qui... c'est
ce qui nous motive à tous les jours, parce que chaque... chaque page de
l'histoire s'écrit ici à tous les jours. Alors à vous tous, messieurs, merci.
Je vais suspendre quelques instants, le temps de recevoir le prochain groupe.
(Suspension de la séance à 14 h 44)
(Reprise à 14 h 50)
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : À l'ordre, s'il vous plaît. La commission reprend ses
travaux, donc pour les prochaines 45 minutes, nous recevons les représentantes
du Mouvement laïque québécois. Madame, monsieur, bienvenue à la commission des
relations avec les citoyens. Donc, vous allez bénéficier d'une période de 10
minutes pour vous présenter, ainsi que l'essentiel de votre... 10 minutes, oui,
l'essentiel de votre mémoire et des recommandations que vous faites, et par la
suite, on va discuter avec les parlementaires. Alors, votre 10 minutes commence
maintenant.
M. Baril (Daniel) : Merci, Mme la Présidente. M. le ministre, mesdames,
messieurs les députés. Alors, merci de l'invitation à participer à cette
commission parlementaire sur le renforcement de la laïcité. M'accompagne Mme
Fatima Aboubakr, directrice de garderie, puis conseillère, également, au Mouvement
laïque québécois. On avait annoncé Mme Boivin, mais qui, malheureusement, a dû
s'excuser pour raison médicale de dernière minute ce matin. Bon, ce ne sera pas
une surprise pour personne de vous dire que le Mouvement laïque appuie
l'ensemble des objectifs du projet de loi 9 au point où on a même reproduit
tous les objectifs tel quel dans notre mémoire. On propose toutefois plusieurs
amendements et ajouts. Donc, on a vu qu'on a pu constater que plusieurs de
ces... de nos recommandations avaient percolé chez plusieurs de nos groupes
amis, ça ne fera que les renforcer, notamment sur le maintien de l'article...
intégralement de l'article 4 de la
Loi sur la laïcité, où on ne trouve pas
d'équivalent dans le nouvel
article 4 qui est... qui est proposé par le projet
de loi 9. Le projet, le... l'actuel
article 4 donne le droit, donc, c'est un
droit individuel à des services publics, des institutions publiques laïques, on
n'a pas l'équivalent dans l'article 4. Donc, on demande que ce soit maintenu.
Il y a un droit à des services publics laïques dans le projet de loi 1, mais
c'est un droit collectif et non pas un droit individuel, comme on a dans
l'article 4, actuellement. Donc, qu'on maintienne le droit de toute personne...
que toute personne a droit à des institutions parlementaires, gouvernementales,
judiciaires laïques, ainsi qu'à des services publics laïque, et même d'ajouter
ce droit-là dans la Charte des droits et libertés de la personne. Concernant
la magistrature, le... on est inquiets que l'article 10.5 du... du projet de
loi 9 risque d'annuler la portée de l'article 5 de la
Loi sur la laïcité, qui
concerne la magistrature et qui dit qu'il appartient au Conseil de la
magistrature d'édicter, là, des règles qui respectent les principes de la
laïcité de l'État, ce à quoi le Conseil, jusqu'à date, s'est opposé. Alors, si
on dit que, dans l'article 10 du projet de loi actuel, le ministre peut émettre
des directives à tout organisme énuméré à l'annexe 1, à l'exception du Conseil
de la magistrature, bien, on vient d'annuler la portée de l'article 5 de la Loi
sur la laïcité. Donc, on demande de retirer «à l'exception du Conseil de la
magistrature» ou encore d'ajouter «sous réserve de l'article cinq de la
Loi sur
la laïcité» pour conserver cette directive à l'endroit du Conseil de la
magistrature.
Les prières de rue. On s'entend que ce
n'est pas la guignolée, là, ni le cortège funèbre. Bon, j'aurai des citations
de la philosophe Catherine Kintzler, j'y reviendrai pendant les questions. On
est d'accord avec les principes d'encadrement qui sont énumérés dans la loi.
Toutefois, on pense qu'ils seraient mieux placés dans la
loi sur les
compétences municipales. Bon, je sais que d'autres ont repris ça. On a... tout
à fait heureux. D'ailleurs, le... le projet de loi fait lui-même référence à la
loi sur les compétences municipales, c'est là que, logiquement, devraient être
placées les mesures d'encadrement des activités religieuses collectives
publiques. Déjà, la loi leur donne le pouvoir d'intervenir.
L'article 7... Les
municipalités ont le pouvoir de réglementer les services culturels, récréatifs
ou communautaires qu'elles offrent et l'utilisation ses parcs.
L'article 67.
Les municipalités peuvent adopter des règlements pour régir tout usage d'une
voie publique non visée par les pouvoirs que lui confère le Code de sécurité
routière. Donc, il y a déjà des pouvoirs qui sont là, puis c'est...
logiquement, devraient les ajouter là. En faisant ça, ça évite du même coup de
placer l'encadrement des prières de rue sous le... le chapeau de la neutralité
religieuse qui est un des éléments de la laïcité. Alors, je sais que vous
l'avez entendu ce matin et l'autre jour, la laïcité concerne les institutions
publiques et non pas la rue. Et là, c'est un peu maladroit qu'on trouve...
qu'on retrouve l'encadrement des prières publiques, donc des prières de rue,
dans une
loi sur la neutralité religieuse qui fait...
M. Baril (Daniel) :
…partie de la laïcité. En laissant ça dans la
Loi sur les compétences
municipales, bien, on évite ce rapprochement avec la laïcité. En retirant, tu
sais, les accommodements, je veux dire les encadrements des prières de rue de
cette loi là, tout ce qui reste dans la
loi sur la neutralité, c'est les… c'est
l'encadrement des… des accommodements religieux. Quand on voit toutes les
conditions qu'il faut respecter pour accorder un accommodement religieux, on ne
voit pas qu'est-ce qui peut rester comme accommodements religieux dans une
décision publique. Et ici maintenir une
Loi sur… sur les accommodements
religieux, c'est le talon d'Achille de la laïcité. Si on retire donc la
question des encadrements et qu'on place ailleurs, on se questionne sur la
pertinence de maintenir une
Loi sur la neutralité religieuse qui date d'avant
la
Loi sur la laïcité qui dit des esprits incompatibles avec la laïcité.
Et là, les vêtements religieux, Mme Bakr
va… va vous en venir vous en exposer plus longuement. On pense qu'il est
légitime qu'un État laïque offre aux élèves l'expérience d'un espace de vie à
l'abri de tout précepte religieux contraire aux normes que doit édicter
l'école.
La Direction de protection de la jeunesse
et le personnel de la Direction de la protection de la jeunesse devraient être
soumis aux règles de respect de la laïcité comme les autres représentants de
l'État. Ce sont des représentants non seulement des représentants de l'État,
mais représenté une autorité coercitive. Le droit acquis devrait être limité
dans le temps. C'était une des mesures du défunt projet de loi n° 60, le
droit acquis était limité à un an, puis il faudrait maintenir… il faudrait
instaurer une durée, c'est-à-dire une échéance dans le maintien du droit
acquis.
Et les organismes d'enquête, on pense que
la Commission des droits de la personne devrait avoir le mandat de recevoir et
d'enquêter sur les plaintes relatives à la laïcité. On avait dit qu'il se
demanderait un changement de culture, et la commission, ça semble être en voie,
d'après ce qu'on a entendu il y a deux jours.
Et les députés de l'Assemblée nationale,
il y avait une disposition qui était invalidée par la Cour supérieure. Par
contre, il y a… il est possible que l'Assemblée nationale procède pour
interdire et obliger le visage découvert, interdire les signes religieux par le
voie… par la voie de la
Loi sur l'Assemblée nationale ou et… ou bien de
procéder par règlement. C'est une jurisprudence qui est reconnue… c'est-à-dire
c'est un pouvoir qui est reconnu par la jurisprudence canadienne. Et je pense
que dans le projet de loi, il y avait une disposition qui visait cet effet-là,
cette mesure-là, et il faut donc… il y a moyen, je pense, de contourner le
jugement et de procéder d'une autre façon. Voilà, pour l'essentiel. Je laisse
la parole à ma collègue.
Mme Aboubakr (Fatima) : Bonjour,
Mme la Présidente, M. le ministre, mesdames et messieurs. Pour optimiser mes
3 minutes, je vais aller droit, droit droit au but, donc. Je vais
commencer par éclaircir quelques points que, à mon avis, quand j'écoute les
nouvelles et j'écoute les débats, je vois qu'il y a de la confusion.
Comme le groupe précédent, il s'est référé
à sa religion pour expliquer, moi aussi je vais me référer à ma religion pour
expliquer. Je veux parler des salles