Public Administration — 15 May 2018 (41st Legislature, 1st Session)
CAP 2018-05-15
Quebec — Committees
De plus, le ministère
ne dispose pas d'une méthode de gestion de risques structurée pour orienter ses
actions en matière de gestion
contractuelle. Au fil des ans, il a ajouté plusieurs contrôles pour répondre
aux problèmes soulevés. Toutefois, il ne s'est pas basé sur une appréciation
objective des risques réels ni n'a évalué l'impact de ces contrôles sur l'efficience du processus. Qui plus est, une
grande
partie des contrôles ajoutés ont surtout visé à renforcer la conformité
du processus à la réglementation. De ce fait, le ministère a porté une
attention insuffisante à l'efficience du processus, de même qu'à
la surveillance des marchés dans les territoires.
Par ailleurs, la haute direction représente
la pierre angulaire sur laquelle doit s'appuyer la saine gouvernance de
l'organisation. À la suite de nos travaux, nous avons constaté que la
haute direction du ministère devra apporter des ajustements, notamment sur le plan des communications internes, afin
d'améliorer le climat organisationnel et susciter une meilleure adhésion
du personnel à ses orientations.
Quant au
deuxième rapport, il présente nos conclusions sur la gestion des contrats du
ministère. Nous avions comme objectif de déterminer si ce dernier gère son
processus de gestion contractuelle conformément aux règles en vigueur et
aux saines pratiques de gestion. Les
constats que nous avons faits sont que, d'abord, l'importance des contrats
accordés aux firmes externes dans le
contexte où le ministère demeure vulnérable sur le plan de l'expertise, soulève
des préoccupations quant à sa
capacité à encadrer adéquatement les firmes. Cela est d'autant plus essentiel
que le ministère confie aux firmes externes des responsabilités
importantes comme la conception des plans et des devis et la surveillance des
chantiers. Pour ce qui est de l'estimation
des coûts, nous avons vérifié certains contrats de construction et de services
professionnels. Nous avons constaté que, pour ces deux types de
contrats, les estimations ne sont pas établies avec toute la rigueur
nécessaire.
Un autre
point important porte sur le processus d'appel d'offres. Un des principes de la
Loi sur les contrats des organismes
publics est de donner la possibilité aux concurrents qualifiés de participer
aux appels d'offres. Or, les analyses effectuées par le ministère pour
connaître les marchés ne sont pas suffisamment approfondies pour qu'il puisse
adapter sa stratégie d'intervention, et ce, afin de permettre une plus grande
concurrence. De plus, lorsque le ministère recevait
une seule offre conforme, la justification qu'il donnait pour signer tout de
même le contrat avec le fournisseur concerné n'était pas suffisante.
Enfin, ce
deuxième rapport aborde également d'autres volets de la gestion contractuelle
qui nécessitent l'attention du
ministère. Ces volets portent notamment sur les dépassements de coûts, les
situations d'urgence, la signature des contrats et leur suivi. Au terme
de nos travaux, nous avons formulé des recommandations qui ont toutes été
acceptées par le ministère. D'ailleurs, je tiens à remercier le personnel du
ministère pour sa collaboration. J'aimerais aussi assurer les membres de la
commission qu'ils peuvent compter sur mon entière participation à leurs
travaux. Merci.
Président (M. Rochon) : Merci beaucoup, Mme Leclerc. Alors,
M. le sous-ministre, je vous invite à nous présenter les gens qui vous
accompagnent puis à faire votre exposé. Vous disposez de 10 minutes à
votre tour.
M. Lacroix
(Marc) : Oui, M. le Président. Mmes et MM. les députés,
Mme la Vérificatrice générale, bonjour. Alors, je vous présente les
personnes qui m'accompagnent : d'abord, en commençant par mon extrême
gauche, M. Carl Bélanger, qui est
directeur général de la coordination territoriale et qui a pratiqué plusieurs
années dans la région Mauricie—Centre-du-Québec comme directeur territorial, il
connaît bien le terrain; ensuite, Mme Anne-Marie Leclerc, qui est
sous-ministre adjointe à l'ingénierie et aux infrastructures, donc
l'ingénieure-chef du ministère; à ma droite, Julie
Blackburn, sous-ministre adjointe à la gestion contractuelle, qui, pendant une
dizaine d'années, a cumulé des fonctions de responsable de la gestion contractuelle au Secrétariat du Conseil du
trésor, accompagnée de Mme Marie-Josée Fournier, qui est directrice
générale de la surveillance des marchés et de l'application des règles
contractuelles, qui elle-même a évolué
pendant quelques années au Secrétariat du Conseil du trésor en gestion
contractuelle; et Mme Chantal Gingras, qui est sous-ministre adjointe aux grands projets routiers; et enfin
M. Jean Villeneuve, sous-ministre adjoint aux services à la
gestion.
Deux autres personnes sont susceptibles
d'intervenir, évidemment avec votre accord, M. le Président, elles sont
derrière : Mme Debra Dollard, qui est directrice de la mise en oeuvre
de la transformation organisationnelle, et M. Martin
St-Louis, qui est le directeur des enquêtes et de l'audit interne. J'en profite
pour souligner la présence également de Mme Marie-Soleil Tremblay,
qui est professeure à l'ENAP et membre du comité d'audit interne du ministère.
Alors, comme
vous le savez, nous avons initié, en décembre 2016, un plan de transformation
triennal qui vise une performance
accrue, une gouvernance renforcée et une équipe mobilisée. Le plan se décline
en huit chantiers, et une équipe
dédiée en assure la coordination et en fait le suivi sur une base
trimestrielle. Ces suivis vous sont transmis, car nous vous savons
attentifs à ce que nous faisons. J'utiliserai le temps disponible pour évoquer
quelques-unes de nos réalisations, lesquelles témoignent de l'ampleur des
changements en cours au sein du ministère.
chantier 1 porte sur l'organisation administrative, que nous avons revue.
Concurremment, plusieurs nouveaux visages
ont joint les rangs de la haute direction : 78 % des membres de la
haute direction ont changé depuis novembre 2016, 35 % de l'encadrement également. Au nombre
des changements apportés : le positionnement au niveau sous-ministériel
des fonctions liées à la gestion de la
performance ainsi que celles relatives à la gestion des grands projets, la mise
en place d'un sous-ministériat dédié à la gestion contractuelle et à
l'analyse des marchés en vue de garantir les améliorations attendues dans ce domaine névralgique d'activité,
le regroupement des ressources administratives en territoire et au central sous
une même autorité fonctionnelle, les buts recherchés étant l'harmonisation et
l'optimisation des pratiques. Ces
modifications reflètent notre volonté de renforcer l'imputabilité et la
cohérence dans la réalisation de la mission et de consolider les
fonctions liées à la gouvernance et à la planification.
chantier 2 touche l'optimisation des processus. Les modifications
apportées au fil des ans, tant au cadre légal que réglementaire qu'à
l'organisation du travail, ont entraîné une multiplication des contrôles et la
création de chevauchements dans les rôles et responsabilités des unités
administratives. Se posent donc aujourd'hui des enjeux d'efficience dont la
résolution passe, entre autres, par l'optimisation des processus. Les processus
administratifs et d'affaires ont été inventoriés et plusieurs ont été
cartographiés puis analysés. Dans ces cas, le travail effectué a été documenté, à savoir qui fait quoi, comment, avec
quelles ressources et pourquoi. Les changements pour rendre ces processus
davantage efficaces et efficients comprennent leur simplification, leur
modification en profondeur, l'élimination des dédoublements,
une meilleure utilisation des ressources ou l'amélioration des méthodes de
travail. En outre, des mesures d'allègement administratif sont apportées
afin d'atténuer, le cas échéant, la lourdeur administrative.
Le troisième
chantier concerne la gestion contractuelle. Plusieurs mesures ont été
appliquées ces dernières années afin
d'assurer l'intégrité et la saine gestion des contrats publics et elles ont
contribué positivement à l'évolution de nos pratiques. Néanmoins, le Vérificateur général a démontré les limites de
l'approche et des actions priorisées de 2013 à 2016. En ressort la
nécessité d'optimiser nos façons de faire et de mettre en place des dispositifs
permettant d'en assurer l'intégrité, en
fonction des risques identifiés. Les recommandations formulées confirment
certains axes d'intervention privilégiés dans notre plan de
transformation, soit le renforcement de la gouvernance, la recherche accrue
d'efficacité et d'efficience ainsi que la consolidation de l'expertise interne.
Afin d'assurer le succès des efforts déployés, nous adoptons une approche qui mise à la fois sur l'implication des directions
territoriales dans la recherche de solutions légitimes et fonctionnelles, sur le recensement des bonnes
pratiques applicables et sur des données probantes nous permettant de poser des choix de gestion pertinents, cohérents
et durables. Une telle démarche a reçu l'aval du comité d'audit interne.
Dans cette
foulée et à la lumière des commentaires du Vérificateur général sur certains
éléments perfectibles de notre plan d'action, une version bonifiée de
celui-ci vous a été transmise. Au nombre des initiatives mises de l'avant, mentionnons à
titre d'exemple le déploiement d'un
programme de formation en vue de la certification des intervenants en gestion contractuelle, la réalisation d'un bilan
des activités contractuelles au plan ministériel et par direction territoriale
visant à favoriser l'imputabilité des gestionnaires, la mise sur pied d'une
équipe de travail représentative des unités centrales et territoriales chargée d'optimiser les opérations en gestion
contractuelle et de veiller à ce que les directives tiennent compte des
réalités sur le terrain, l'implantation d'un cadre de gestion des risques en
matière de fraude, de collusion et de
corruption et d'un plan d'action annuel en la matière, la révision du mode
d'intervention de la haute direction en
matière de gouvernance de la gestion contractuelle, dans l'optique où la prise
de décision s'appuie de plus en plus sur une information de gestion
obtenue en temps opportun.
L'amélioration
de la gouvernance et de la performance est l'objet du chantier 4. Le
développement d'une vision stratégique
commune, la consolidation des pratiques favorisant l'amélioration continue, la
gestion axée sur les résultats et la gestion des risques sont au nombre des
principes qui guident la mise en oeuvre du plan de transformation.
Ainsi, un
nouveau plan stratégique a été adopté, et sa mise en oeuvre s'effectue via un
plan opérationnel annuel dont l'état d'avancement est suivi
trimestriellement par la haute direction. Les enjeux liés à la mobilité durable
à l'horizon 2030 ont fait l'objet
d'importants travaux, ce qui s'est traduit par une politique gouvernementale et
par un plan d'action quinquennal en la matière. Nous avons en outre
élaboré une vision triennale de l'évolution des ressources informationnelles accompagnée d'un plan de mise en
oeuvre afin de mieux répondre aux enjeux de mobilité et d'agilité, de prestation électronique de services, de
sécurité de l'information et de gestion efficiente des ressources. La
coordination de la gestion des
risques à l'échelle ministérielle a également été prise en charge. Un exercice
d'identification des risques a été
réalisé, et un plan de mitigation a été élaboré. Nous avons par ailleurs
commandé des évaluations indépendantes, lesquelles découlent des plans d'amélioration, sur les activités
suivantes : la gestion des projets majeurs, la gestion des
avenants, l'estimation des projets, le suivi de leur exécution et la gestion
des actifs.
Nous avons
entrepris de renforcer deux autres éléments clés de la gestion axée sur les
résultats, soit les fonctions d'évaluation de programmes et d'audit
interne.