CRC — 10 February 2015 (41st Legislature, 1st Session)
CRC 2015-02-10
Quebec — Committees
cours des 25 dernières années, la ville a mis en place plusieurs
orientations politiques et pratiques pour assurer la participation des citoyens de diverses origines à
la vie municipale, la Charte montréalaise des droits et responsabilités
adoptée en 2006 en est un bon exemple. En 2011, Montréal a obtenu une
reconnaissance internationale du Conseil de l'Europe et de la Commission
européenne pour l'ensemble de ses actions dans le domaine interculturel.
villes sont des acteurs de premier plan dans l'accueil et l'intégration des
immigrants, car c'est au niveau local que se vit quotidiennement
l'inclusion. En tant que gouvernement de proximité, Montréal a le souci de
maximiser l'utilisation des ressources municipales et communautaires,
mentionnons à
titre d'exemple les bibliothèques, les maisons de la culture, les installations sportives et les centres de
loisirs. Mais les défis sont nombreux. Plusieurs familles vivent des situations de pauvreté passagères ou
même permanentes. Certains individus sont aussi à risque de vivre des épisodes d'itinérance. Cette situation est
préoccupante, et la ville veut pouvoir disposer de plus de ressources pour
contrer l'exclusion sociale qui en découle et demeurer une métropole inclusive.
Au-delà
des politiques sociales, l'inclusion présente des implications économiques
majeures. Je me permets de rappeler
que le dynamisme de la métropole est essentiel à la prospérité de l'ensemble
des régions du Québec. Avec les départs massifs à la retraite d'ici
2019, 1,4 million de travailleurs devront remplacer ceux qui quitteront.
L'arrivée de nouveaux immigrants représente
une
partie de la solution et une condition essentielle pour assurer la vitalité
économique de Montréal et donc du Québec.
Montréal accueille la grande majorité des
immigrants sélectionnés dans la catégorie économique. Toutefois, encore
aujourd'hui, la situation de l'emploi chez ces personnes est précaire. À
titre
d'exemple, le taux de chômage à Montréal est
plus élevé pour les immigrants, 11,3 %, que pour les non-immigrants, de
7 %. Face à ces constats, la ville de Montréal a mis en place plusieurs initiatives pour améliorer l'employabilité
des personnes immigrantes sur son territoire. Notre programme de
parrainage professionnel est un exemple de succès. Créé en 2006, il a aidé
354 stagiaires à développer leurs
compétences pour intégrer le marché du travail. Le programme a toutefois été
suspendu en 2014 en raison d'un manque de financement. La ville de
Montréal invite le ministère à réévaluer sa position et le financement du
programme afin qu'il soit relancé rapidement.
entreprises de la région métropolitaine contribuent, elles aussi, à cet effort
d'intégration professionnelle des immigrants à la hauteur de leurs
compétences.
Malgré l'immense potentiel de ces travailleurs, la déqualification
et la non-reconnaissance des acquis et compétences sont des problématiques
majeures. La reconnaissance des diplômes étrangers
est complexe et ambiguë pour plusieurs entreprises. Le gouvernement doit porter
une attention particulière à cette réalité et continuer de soutenir des
projets de sensibilisation des entreprises tels que le projet Emploi Nexus.
Comme la
présente consultation servira d'assise à la prochaine planification de
l'immigration, nous souhaitons réitérer l'importance d'éviter toute
mesure qui aurait pour effet de diminuer le nombre d'admissions sur le
territoire montréalais. On le répète,
l'équilibre démographique et le développement économique de la métropole sont
grandement tributaires de l'immigration. Le gouvernement doit poursuivre la
sélection orientée sur la diversification des bassins d'immigration et viser le recrutement de candidats dont les compétences
sont recherchées sur le marché du travail. La métropole souscrit également aux propositions de Montréal International
qui soulignent l'importance pour le ministère de mieux accompagner les
travailleurs temporaires spécialisés et les étudiants internationaux, compte
tenu de leur fort potentiel d'intégration.
Toujours dans
le but de mieux accueillir et intégrer les immigrants, la ville salue
l'orientation gouvernementale qui prévoit
des démarches d'intégration en amont depuis l'étranger. Toutefois,
l'accompagnement de nouveaux arrivants une fois établis au pays demeure
la pierre d'assise d'une intégration réussie.
La notion du
vivre-ensemble concerne aussi l'accueil humanitaire. Le projet de soutien à
l'intégration, liaison et accompagnement,
SILA, mis en place par la ville suite au séisme d'Haïti est un bel exemple de
partenariat et de réussite, avec près
de 53 000 personnes accueillies. Dans un contexte mondial où les
villes sont de plus en plus appelées à accueillir et soutenir des populations fragilisées, ce type de
projet apparaît comme un modèle d'intervention, et j'invite le
gouvernement à s'en inspirer pour les situations d'accueil d'urgence.
Le document de consultation soulève clairement
la question du rôle des municipalités en matière d'accueil, d'intégration, de francisation, de relations
interculturelles et d'inclusion. La ville de Montréal précise d'entrée de jeu
que la francisation doit demeurer une responsabilité gouvernementale
étroitement liée aux fonctions d'éducation, il est essentiel que cet apprentissage se fasse, à l'arrivée au Québec, dans un
contexte d'accompagnement étroit qui relève des ministères concernés et
non des municipalités. C'est plutôt en ce qui concerne les fonctions d'accueil
et d'intégration qu'un changement de
paradigme est nécessaire afin d'atteindre les objectifs de subsidiarité et
d'efficience visés par le gouvernement. En effet, l'atteinte de ces
objectifs est conditionnelle à une révision en profondeur de l'ensemble des services d'accueil aux nouveaux arrivants, ce qui
implique une étroite collaboration entre tous les partenaires
communautaires et institutionnels. L'efficacité de l'accueil et de
l'intégration des immigrants se réalisera seulement grâce à un partenariat réel entre Québec et Montréal. La métropole a la
capacité d'assumer des pouvoirs accrus dans ces fonctions stratégiques, les nombreuses initiatives et bonnes pratiques
mises de l'avant depuis des années par Montréal témoignent de son
expertise dans le domaine. Toutefois, on ne peut nier la réalité financière.
Montréal évolue dans un contexte de financement restreint et inadéquat.
Pour la période de 2014 à 2016, la métropole
recevra, dans le cadre de l'entente signée avec le ministère de l'Immigration, de la Diversité et de l'Inclusion,
un financement de 3,1 millions de dollars pour soutenir l'ensemble
de ses actions en matière d'immigration et
d'intégration. Certes, d'autres ministères contribuent à cet égard-là. Ce
montant est nettement insuffisant pour répondre aux défis que nous
sommes appelés à relever. Pourtant, l'accord Canada-Québec relatif à
l'immigration et l'admission des aubains de 1991 prévoit un financement stable,
récurrent et indexé transféré du
gouvernement du Canada au gouvernement du Québec, ce qui représente
320 millions de dollars en 2014. Le temps est venu de revoir les
modes de gestion et de répartition de ces montants afin d'assurer des
ressources à la métropole pour qu'elle puisse remplir adéquatement ses
fonctions d'accueil et d'intégration des nouveaux citoyens.
Les défis sont importants. En tant que
territoire d'accueil et d'intégration de plus de 70 % des immigrants du
Québec, la métropole doit avoir les coudées franches pour agir localement et
répondre aux besoins de ses citoyens. La nouvelle politique québécoise en
matière d'immigration, de diversité et d'inclusion est une opportunité pour le gouvernement du Québec de travailler en
partenariat avec la métropole, la révision des modes de gestion et de
financement d'initiatives montréalaises en matière d'accueil et d'intégration
des immigrants est incontournable. Dans le contexte d'une reconnaissance du statut de métropole, l'occasion est excellente
pour le gouvernement de reconnaître le rôle de la métropole en matière d'accueil et d'intégration
des immigrants et qu'il lui alloue les ressources financières
nécessaires pour assumer ce rôle.
J'invite donc, au nom du
maire de Montréal M. Denis Coderre, le gouvernement du Québec à appuyer le Sommet Vivre ensemble qui se déroulera à Montréal
en juin. Cet événement sera l'occasion d'échanger avec les autres métropoles sur les questions de sécurité et
d'intégration et sur la nécessité de maintenir un équilibre entre l'ouverture
et la vigilance. Ce sera également l'occasion de mettre de l'avant la vision
proposée d'un Québec francophone, inclusif et fier de sa diversité.
Je vous remercie de votre attention, et nous
sommes disponibles pour répondre à vos questions.
Président (M. Picard) : Merci, M. Perez. Nous allons
débuter avec la
partie gouvernementale, donc je cède la parole à Mme la
ministre.
Mme Weil :
Oui. Bonjour, M. Lionel Perez, Mme Bachman. Je voudrais, dans un
premier temps, vous remercier de
votre participation et vous dire que j'ai beaucoup, beaucoup apprécié votre
mémoire, c'est un travail très recherché, très riche, beaucoup d'information. Vous faites un retour sur des
programmes qui ont bien fonctionné, évidemment, pour alimenter la réflexion, c'est-à-dire une politique
et un plan d'action à venir, et je vais vous poser certaines questions
sur ces différentes initiatives, mais
surtout ce que j'apprécie beaucoup, c'est cette vision d'ouverture. Et on le
voit, on a juste à se promener à Montréal, on le sent. Moi, je suis
souvent, évidemment, à l'hôtel de ville pour des annonces, des événements, avec
le maire, et c'est vraiment un lieu où le vivre-ensemble est promu
quotidiennement par la ville et d'autres
acteurs. Alors, je voulais vous féliciter publiquement pour tout le travail que
vous faites, je pense que Montréal est un modèle, honnêtement, dans sa
façon de fonctionner. Et on arrivera peut-être sur cette question... bien, on
arrivera sûrement, là, dans les questions
sur le rôle des villes en matière de promotion, si on veut, d'intégration de
l'immigration.
Juste
d'entrée de jeu, j'aimerais parler du rôle du secteur privé, parce qu'il y a des comparaisons avec
d'autres villes, comme Toronto, et je suis frappée... Comme dans d'autres
villes, à Toronto par exemple, tout le dossier de l'intégration des immigrants, ça a été le secteur privé qui a été un peu
l'instigateur de ça, c'est le projet ALLIES. Et moi, je n'étais pas en politique à ce moment-là,
j'étais à La Fondation du Grand Montréal, et on dirait que c'est difficile
de mobiliser le secteur privé comme ils peuvent faire dans d'autres villes
canadiennes.
Et donc on
sait très bien que ce n'est pas le gouvernement qui engage tout ce monde-là. Le
gouvernement a des fonds, on distribue l'argent qu'on reçoit du
gouvernement du Canada à Emploi-Québec. Et vous mentionnez les programmes qui sont financés par Emploi-Québec,
l'argent au ministère de l'Éducation, au ministère de la Santé pour tous
les enjeux que vous soulignez, mais, le secteur privé, on en parle rarement. Et
moi, j'aimerais savoir de votre part, si la
ville veut jouer un rôle de premier plan en matière d'intégration et d'accueil,
qu'est-ce que la ville pourrait faire pour mobiliser le milieu, le
secteur privé qui... finalement c'est le secteur privé qui engage, toute cette...
Vous l'avez mentionné, vous utilisez le mot
«discrimination» comme nous, on l'utilise ici, les préjugés, la fermeture.
C'est sûr que, lorsque les
représentants du secteur privé arrivent, ils disent : C'est souvent la
méconnaissance, mais ils reconnaissent aussi qu'il y a du travail à
faire. Mais la ville comme acteur principal pour mobiliser, qu'en pensez-vous?
M. Perez
(Lionel J.) : C'est certain que chaque intervenant de la société a un
rôle à jouer. Évidemment, le secteur privé
a besoin de main-d'oeuvre, c'est sa préoccupat