Institutions — 30 April 2024 (43rd Legislature, 1st Session)
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Cette version du Journal des débats est une version préliminaire : elle peut donc contenir des erreurs. La version définitive du Journal, en texte continu avec table des matières, est publiée dans un délai moyen de 2 ans suivant la date de la séance.
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mardi 30 avril 2024
Vol. 47 N° 68
Consultations particulières et auditions publiques sur le projet de loi n° 56, Loi portant sur la réforme du droit de la famille et instituant le régime d’union parentale
Aller directement au contenu du Journal des débats
Heures
9 h 30
10 h
10 h 30
11 h
11 h 30
12 h
15 h
15 h 30
16 h
16 h 30
17 h
17 h 30
18 h
18 h 30
19 h
Journal des débats
9 h 30 (version non révisée)
(Neuf heures quarante-cinq minutes)
Le Président (M.
Bachand) : Bonjour à tous. À l'ordre, s'il
vous plaît! Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission des
institutions ouverte. La commission est réunie afin de procéder aux
consultations particulières et aux auditions publiques sur le projet de loi n° 56,
Loi portant sur la réforme du droit de la famille et instituant le régime d'union
parentale. Avant de débuter, M. le secrétaire, y a-t-il des remplacements?
Le Secrétaire : Oui, M. le
Président. Mme Bourassa (Charlevoix-Côte-de-Beaupré) est remplacée par Mme
Lecours (Lotbinière-Frontenac); M. Zanetti (Jean-Lesage) est remplacé par M.
Cliche-Rivard (Saint-Henri-Sainte-Anne).
Le Président (M.
Bachand) : Merci. Nous allons débuter ce
matin par les remarques préliminaires, puis nous entendrons par la suite les
personnes et organismes suivants : Me Andréanne Malacket, professeure à l'Université
de Sherbrooke - très bonne université, bien sûr, dans une belle région; l'Union
des notaires du Québec; et Me Jean Lambert, notaire. Donc, on débute par les
remarques préliminaires. M. le ministre, pour six minutes, s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Merci, M.
le Président. Salutations, puis vous avez très raison relativement à l'Université
de Sherbrooke.
Alors, chers collègues, nous entamons
aujourd'hui une étape importante, celle des consultations particulières du
projet de loi n° 56, Loi portant sur la réforme du droit de la famille et instituant
le régime d'union parentale. Ce projet de loi vient poser le troisième jalon de
la vaste réforme du droit de la famille entreprise par le gouvernement en 2021.
Réclamé et attendu depuis plus de 10 ans,
ce volet de la réforme porte sur la conjugalité, est de loin celui qui touchera
le plus grand nombre de familles québécoises. En effet, au Québec, la
proportion de couples non mariés a quintuplé au cours des 40 dernières années,
passant de 8 % à 42 %. Le Québec se distingue ainsi non seulement du
reste du Canada, mais aussi à l'international, en ce qui a trait au taux d'unions
libres. À
titre comparatif, la Suède est le pays où le taux d'unions... de
couples en union libre est le plus élevé dans le monde, et il se situe à
seulement...
M. Jolin-Barrette : ...33 %.
Ce nouveau portrait conjugal a évidemment des impacts sur les parents et sur
les enfants qui naissent désormais en grande majorité hors mariage, soit à
hauteur de 65 %. Élaboré dans les années 80, le cadre législatif qui
régit notre droit familial encore aujourd'hui ne tient pas compte de ces
nouvelles dynamiques familiales et surtout n'y est pas adapté. Bien que
hautement saluée à l'époque, la dernière réforme du droit de la famille de feu
Marc-André Bédard nécessitait donc une importante mise à jour.
Le projet de loi n° 56 présente une
solution équilibrée qui reflète la nouvelle trajectoire familiale qu'empruntent
désormais les Québécoises et les Québécois. La réforme propose la mise en place
des protections nécessaires pour éviter que les enfants ne subissent les
contrecoups de la séparation de leurs parents, tout en maintenant le libre
choix pour les couples qui souhaitent convenir d'une entente qui leur est
propre. Soulignons que la réforme proposée a été de manière générale bien
accueillie par la population au moment de son dépôt.
Nous entamons donc cette étape des
consultations avec ouverture et écoute les conseils, les préoccupations, les
propositions qui ne seront partagées au cours des prochains jours par les
divers intervenants qui viendront témoigner devant la commission continueront à
bonifier notre réflexion quant au cadre qui protégera les familles pour les
prochaines décennies.
Avant de vous céder la parole,
permettez-moi de vous résumer brièvement les quatre mesures phares que nous
proposons dans le projet de loi n° 56.
Tout d'abord, le projet de loi propose
d'introduire un nouveau régime d'union parentale qui s'appliquerait aux
conjoints de fait qui deviendront éventuellement parents d'un même enfant.
L'union parentale serait ainsi formée
lorsque deux personnes deviennent parents d'un même enfant après la date
d'entrée en vigueur de la loi, font vie commune et se présentent publiquement
comme un couple.
Ce régime entraînerait la constitution
d'un patrimoine parental composé de la résidence familiale, des meubles de la
résidence ainsi que des véhicules automobiles utilisés pour les déplacements de
la famille.
Le patrimoine s'appliquerait
automatiquement aux conjoints de fait dès que les conditions seraient remplies.
Toutefois, les conjoints pourraient, d'un commun accord, retirer des biens du
patrimoine d'union parentale ou se retirer complètement de son application.
Il était hors de question pour nous de
marier les gens de force au Québec. L'autonomie décisionnelle est au cœur de
notre droit civil, il importe que les gens soient libres de décider pour
eux-mêmes.
Soulignons aussi que les parents non
mariés qui le souhaiteraient et dont les enfants sont nés avant l'entrée en
vigueur de la loi pourraient décider d'adhérer au patrimoine d'union parentale
et bénéficier d'un processus simplifié.
Le projet de loi n° 56 propose aussi
d'instaurer des mesures de protection de la résidence familiale. Nous voulons
éviter qu'un parent ne se retrouve du jour au lendemain en position de
vulnérabilité avec ses enfants parce qu'il n'est pas propriétaire de la maison
familiale. Ainsi, en cas de séparation, le tribunal pourrait attribuer un droit
d'usage temporaire de la résidence familiale au conjoint qui obtiendrait la
garde des enfants, même s'il n'en est pas propriétaire, cela lui permettrait de
prendre le temps de se reloger convenablement et d'assurer une transition plus
en douceur pour les enfants.
La réforme que nous proposons inclut
également des mesures visant à contrer la violence judiciaire. Malheureusement,
nous avons constaté au cours des dernières années que certains citoyens se
servent du système de justice pour nuire à leur ex-conjoint en multipliant les
procédures judiciaires qui sont évidemment source de stress et qui peuvent être
coûteuses. Trop souvent, ce sont les enfants qui se retrouvent au milieu des
conflits et qui en sont les victimes collatérales, ne sachant pas trop comment
ils doivent se positionner entre leurs deux parents. Nous donnons donc les
outils aux juges et aux tribunaux pour qu'ils puissent déceler ce type d'abus
en matière de droit familial et les sanctionner.
La dernière mesure phare du projet de loi
concerne l'héritage et prévoit de nombreux droits successoraux... de nouveaux
droits successoraux pour les conjoints en union parentale. À l'heure actuelle,
si un conjoint de fait décède sans nécessairement 100 % de son héritage va
à ses enfants, le conjoint survivant risque de se retrouver dans une situation
de précarité financière en plus de vivre son deuil. Imaginez le conjoint
survivant qui doit payer un loyer à ses enfants pour habiter dans la maison
dans laquelle il a vécu depuis les 20 dernières années. C'est insensé. Et
pourtant ce sont des situations qui ont cours actuellement.
• (9 h 50) •
Avec cette nouvelle mesure, en l'absence
du testament, le conjoint survivant pourra hériter dans la... dans les mêmes
proportions que s'il avait été marié avec le défunt, soit dans la répartition
suivante : un tiers pour le conjoint survivant, pourvu qu'ils aient fait
vie commune durant un mois avant le décès... au moins un an avant le décès, et
deux tiers pour les enfants, comme en mariage.
Cela dit, la liberté testamentaire demeure
et un conjoint pourra toujours décider de partager son héritage d'autres façons.
En conclusion, M. le Président, la réforme
s'adresse aux couples qui relèveront ce grand défi qu'être celui de devenir
parent au cours des prochaines années. Elle met en place un filet de sécurité
pour assurer la plus grande stabilité possible aux enfants en cas de
séparation, tout en maintenant la possibilité pour les parents qui le
souhaitent de convenir ensemble d'une entente qui leur est propre.
Le droit de la famille constitue sans
doute l'un des plus importants cadres juridiques de l'État québécois, car la
famille est au fondement même de notre société et elle en est, pour ainsi dire,
la clé de voûte. Les discussions que nous aurons aujourd'hui auront des
répercussions pour les générations à venir.
Et j'entame cette commission parlementaire
avec ouverture et surtout avec un... un bonheur, M. le Président, parce
qu'enfin nous arrivons à une réforme qui était attendue et nécessaire depuis
fort longtemps. Merci beaucoup, M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. Avant de passer
la parole à l'opposition officielle, est-ce qu'il y aurait consentement pour
octroyer une minute pour les remarques préliminaires au député de Jean-Talon?
Des voix : Consentement.
Le Président (M.
Bachand) : O.K. Merci beaucoup. Alors, M.
le député de l'Acadie pour 4 min 30 s, s'il vous plaît.
M. Morin : ...bien, écoutez,
M. le ministre vient de parler d'ouverture alors on a... on a consenti,
n'est-ce pas?
Bonjour, M. le ministre. Bonjour, M. le
Président. Pr Roy, bonjour. Je suis heureux de vous retrouver en commission
parlementaire, M. le Président. Je salue mes collègues...
M. Morin : ...collègues
députés, les collègues qui accompagnent M. le ministre, qui sont
fonctionnaires, qui ont un rôle important à jouer dans tout projet de loi.
Heureux d'être accompagné de mon collègue M. Bourret.
Et mes remarques préliminaires, je vous
dirai, seront les suivantes. C'est un projet de loi qui était fort attendu,
disons-le comme ça, et qui a suscité, immédiatement après son dépôt, un grand
nombre de commentaires dans les journaux. Bien, souvent, il y a une réaction
d'experts, de professeurs, de journalistes, quand on... quand il y a un projet
de loi qui est déposé. Mais là on en a eu de toutes les sortes, tous azimuts. Alors,
il y a des gens qui disaient : C'est... C'est très bien, d'autres qui
disaient : Ça va trop loin, d'autres qui disaient : Ce n'est pas
assez loin. Et vous comprendrez donc l'importance... Et c'est pour ça qu'on
a... qu'on a soumis un nombre important de groupes pour les consultations
parlementaires, compte tenu... compte tenu de l'impact du projet de loi et,
entre autres, des réactions que ce projet de loi a suscitées.
C'est un projet de loi qui vient apporter
un encadrement juridique à un très grand nombre de couples. M. le ministre
référait à certaines statistiques. Moi, des statistiques que j'ai trouvées,
c'est qu'en 2022, il y avait 43 % des couples au Québec qui vivaient en
union libre, mais il y avait seulement 8 % des couples qui ont une convention
de vie commune. Donc, c'est vous dire l'écart. Puis quand on regarde un peu les
statistiques, on se rend compte qu'il y a aussi un nombre important de couples
qui s'imaginent que l'ensemble des lois s'applique... s'applique à leur... à
leur situation, ce qui n'est pas... ce qui n'est pas le cas. Donc, le projet de
loi vient créer un encadrement pour ces couples. Mais évidemment, parce que...
parce que ça touche un très grand nombre de familles et puis éventuellement
d'enfants, je pense qu'il est très important qu'on puisse avoir recours en
consultations parlementaires à plusieurs groupes et à des experts pour qu'on
soit capables, évidemment, de bien évaluer l'impact de ce projet de
loi sur les
familles... sur les familles québécoises. Et c'est la raison pour laquelle,
enfin, moi, je suis très heureux de participer à ce projet de loi là et de
pouvoir dialoguer avec des experts sur le sujet. Je vous remercie, M. le
Président.
Le Président (M.
Bachand) : ...M. le député de
Saint-Henri-Sainte-Anne, pour une minute 32 secondes, s'il vous plaît.
M. Cliche-Rivard : Merci
beaucoup, M. le Président. Content de vous retrouver également. Merci au
ministre et à... et à nos collègues des oppositions. Merci aux équipes juridiques
également. Content de vous retrouver. Merci pour votre travail en amont et qui
va se continuer dans l'ensemble de cette consultation.
Mon collègue vient de le mentionner, c'est
une réforme importante qui était attendue, alors j'ai très hâte d'entendre les
groupes et les interventions. Ils sont nombreux, avec des points fort
pertinents, fort détaillés. On a la chance de pouvoir compter sur quelques
centaines de pages d'avis, là, si on cumule tout ça, donc on va avoir beaucoup
de travail. Alors, allons-y, M. le Président, attelons-nous à la tâche. Et je
garderai mes commentaires pour quand on sera un peu plus avancés dans l'étude
du projet de loi. Merci.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. M. le député de
Jean-Talon, pour une minute, s'il vous plaît.
M. Paradis : Merci beaucoup.
Salutations à toutes les équipes, et bravo pour le travail qui a été accompli,
qui mène jusqu'au projet de loi qui nous est présenté aujourd'hui. C'est en
quelque sorte l'aboutissement d'un chantier lancé par un gouvernement du Parti
québécois, hein? C'est en... C'est le 19 avril 2013 que le professeur Roy
s'est vu confier la présidence de... du comité qui a mené au rapport qui va
servir de base à nos travaux aujourd'hui.
La société évolue, il faut adapter le
droit de la famille à cette évolution. Il faut le faire avec mesure, en tenant
compte des données probantes, en tenant compte des expertises, des avis qu'on
va recevoir. Alors, on sera là pour travailler en collaboration avec les
collègues de l'opposition et du gouvernement. Merci.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup, M. le député de
Jean-Talon. Donc, on va débuter les auditions avec Me Andréanne Malacket,
professeure de droit à l'université de Sherbrooke. Merci beaucoup d'être avec
nous. Alors, comme vous savez, vous avez 10 minutes de présentation, après
ça, on aura une période d'échange avec les membres. Alors, la parole est à
vous. Merci.
Mme Malacket (Andréanne) : M.
le ministre de la Justice, M. le Président de la commission, Mesdames et
Messieurs les membres de la commission, bonjour. Alors, je tiens tout d'abord à
vous remercier de l'invitation à me présenter devant vous ce matin pour
échanger sur le projet de loi n° 56 dans le cadre des consultations
particulières sur la réforme du droit de la famille qui débutent ce jour.
Puisque le temps qui m'est imparti est court, j'entre donc immédiatement dans
le vif du sujet. Je m'adresserai à vous en trois temps pour vous transmettre
mes réflexions...
Mme Malacket (Andréanne) : ...d'abord,
sur la philosophie d'ensemble du projet de loi n° 56, ensuite, sur la question
de la vocation successorale du conjoint de fait survivant et, finalement, sur
l'enjeu concernant l'encadrement des rapports pécuniaires conjugaux en mariage.
Philosophie d'ensemble du projet de loi n°
56. Premier élément, j'accueille favorablement le projet de loi n° 56, qui vise
à parachever la seconde
partie de la réforme du droit de la famille consacré à
la conjugalité. Je tiens d'entrée de jeu à souligner que je suis d'accord avec
le nouveau régime d'union parentale proposé, qui conçoit le besoin
d'encadrement des rapports pécuniaires conjugaux au regard de la naissance
d'enfants communs aux couples. C'était d'ailleurs l'idée mise de l'avant dans
le rapport Roy, la réforme proposée aux parents... un équilibre délicat, à mon
sens, entre les droits et les devoirs des parties en cause.
Deuxième élément, je suis d'accord avec la
constitution d'un patrimoine d'union parental tel que proposé dans le p.l. 56,
lequel est en
partie calqué sur le patrimoine familial. Plus spécialement, je
suis favorable à la composition du patrimoine d'union parental envisagé qui
vise la résidence principale de la famille, les meubles meublants et les
véhicules à l'usage de la famille. Je suis également à l'aise avec l'exclusion
des régimes de retraite de ce patrimoine d'union parentale. En effet, ils ne
sont pas un bien à caractère familial comme le sont la résidence, les meubles,
les véhicules. Sur le plan des principes, on peut donc considérer que ces biens
sont propres à chaque conjoint puisqu'ils sont intrinsèquement liés à la
formation acquise par chacun d'entre eux et aussi à leurs efforts sur le plan
professionnel.
En outre, je souligne que le partage de
ces gains a normalement lieu lorsque les enfants sont autonomes et ont quitté
le domicile familial. Si la réforme se justifie d'abord et avant tout par la
nécessité d'assurer aux enfants une meilleure stabilité, il paraît donc
difficile d'en justifier l'inclusion. Cela dit, j'invite les parlementaires à
amender le projet de loi n° 56 afin d'inclure les résidences secondaires dans
le patrimoine d'union parentale. Comme elles sont un bien à usage de la famille
au même
titre que la résidence principale, rien ne me paraît en justifier l'exclusion.
Troisième élément, je suis entièrement
favorable à la possibilité de se soustraire au patrimoine d'union parental. Il
s'agit d'un choix qui vise à mettre en œuvre une valeur sociale et juridique
légitime, la liberté contractuelle et l'autonomie de la volonté. J'ajouterais
que la réforme doit être envisagée en ayant en tête pour premier bénéficiaire
nos enfants et nos petits enfants et non pas nos mères et nos grands-mères,
dont le besoin de protection était différent à une époque qui n'est pas la
nôtre.
Quatrième élément, je suis d'accord avec
l'orientation compensatoire plutôt qu'alimentaire privilégiée dans le projet de
loi n° 56. En l'occurrence, on y met de l'avant l'idée voulant que l'État n'ait
pas à imposer aux conjoints de fait un devoir de solidarité, comme c'est le cas
pour les conjoints mariés, s'agissant plutôt de compenser un conjoint qui se
serait appauvri aux mains de l'autre, l'enrichi. En conséquence, l'opportunité
d'introduire une prestation compensatoire, qui se fonde justement sur cette
idée de compensation plutôt qu'une obligation alimentaire qui se fonde, elle,
sur un devoir de solidarité, prend tout son sens à mon avis. Aussi, je suis
favorable à l'adoption du mécanisme de prestation compensatoire pour les
conjoints d'union parentale sans possibilité de s'en soustraire, il faut le
dire.
• (10 heures) •
Cinquième élément le législateur devrait
toutefois, à mon sens, renforcer davantage ce dernier régime. Je vous réfère à
mon mémoire pour le détail au sujet de la méthode de calcul du montant dû au
titre de compensation, la valeur reçue étant... la méthode reçue par le projet
de loi, la méthode... pas reçue, mais la méthode retenue par le projet de loi
avec laquelle je suis favorable, sujet à certaines nuances. J'insiste toutefois
aujourd'hui devant vous sur l'importance d'adopter des lignes directrices des
barèmes, donc ,de compensation afin de permettre d'établir avec précision le
montant de compensation dû, ce que proposait aussi le rapport Roy. Ces lignes
directrices permettraient non seulement d'encadrer davantage le recours, mais
auraient, au surplus, l'avantage de neutraliser une interprétation
éventuellement restrictive de la mesure, tout en favorisant davantage de
prévisibilité pour le conjoint d'union parentale. Le législateur devrait, en
outre, à mon sens, et toujours dans cette même perspective, adopter un certain
nombre de présomptions d'appauvrissement et d'enrichissement pour faciliter la
preuve des éléments justifiant l'octroi d'une prestation compensatoire. À nouveau,
je vous réfère à mon mémoire pour plus de détails ici.
Deuxième sujet : la vocation
successorale... du conjoint survivant. Depuis l'accession de l'époux survivant
au statut d'héritier légal en 1915, le droit québécois est demeuré quasi
inchangé au
chapitre de la vocation successorale du conjoint survivant. Au vu
des transformations conjugale et familiale qui se sont opérées durant les 100
dernières années, n'est-ce pas, je me réjouis de l'intérêt nouveau porté à la
question. Je salue donc la modification proposée dans le PL 56, qui vise à
modifier l'article 653 du Code civil du Québec afin que les conjoints
d'union...
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10 h (version non révisé
e) Mme Malacket (Andréanne) : ...soit
considéré comme un conjoint survivant, aux fins de la dévolution légale de la
succession du conjoint prédécédé. La mesure, par contre, si elle doit être
saluée, demeure, à mon sens, incomplète. Dans l'état actuel du p.l. n° 56, il
faudra être conjoint d'union parentale, c'est-à-dire avoir un enfant commun
avec le défunt pour voir son statut reconnu aux fins de la dévolution légale.
Pourtant, ce sont les affections présumées, c'est-à-dire les affections qu'on
peut raisonnablement prêter à un défunt type à l'égard des membres de sa
famille, ici, le conjoint de fait survivant, que reposent les règles de
dévolution légale. Or, ici, les affections présumées ne suffisent pas et sont
éludées au profit de l'union de droit, matérialisée ici sous la forme de la
nouvelle union parentale.
Ce qui est, toutefois, encore plus
préoccupant, à mon sens, c'est que le projet de loi n° 56 opère une distinction
à l'intérieur même du cercle privilégié des conjoints de fait avec enfants communs,
puisque seuls ceux dont un... au moins un enfant commun sera né après le 29
juin 2025 seraient visés par la mesure. Or, je vous pose la question :
Est-il raisonnable de présumer que les conjoints de fait dont tous les enfants
communs sont nés avant le 30 juin 2025 ne s'aiment pas, alors que c'est le
contraire pour ceux dont la postérité naîtra, en tout ou en partie, à compter
de cette date? Bien sûr que non. Les affections présumées ne peuvent pas se
décliner au regard d'une arbitraire date de calendrier.
Par ailleurs, je me permets aussi de
réfuter les arguments ayant conduit le Comité consultatif sur le droit de la
famille à recommander le statu quo sur l'absence de vocation successorale ab
intestat du conjoint de fait survivant, une recommandation qui, fort
heureusement, n'est pas entièrement suivie dans le projet de loi n° 56. Pour
justifier l'exclusion du conjoint de fait, le rapport Roy se base sur la
volonté de protéger les enfants issus d'un premier lit et sur l'importance de
préserver la liberté contractuelle des conjoints de fait. Ces arguments sont
certes séduisants, mais ils ne résistent pas à une analyse plus approfondie des
lieux.
D'abord, ils ne tiennent pas compte du
fondement même des règles de dévolution légale, j'en ai parlé, les affections
présumées. Ensuite, admettre le conjoint de fait survivant dans le cercle des
héritiers légaux ne remet pas en cause la liberté des conjoints de fait, comme
on l'avance dans le rapport Roy. Au contraire, la liberté de tester, le
ministre l'a dit, est un principe-phare du droit successoral québécois, et la
reconnaissance d'une vocation successorale légale au conjoint de fait survivant
n'y changerait absolument rien. Enfin, on notera que la position du rapport Roy
ignore les recommandations étoffées émises en 1996 par le Comité
interministériel sur les unions de fait et, en 1978, par l'Office de révision
du Code civil, lesquels avaient, tous deux, suggéré l'admission du conjoint de
fait survivant comme héritier légal. Je vous réfère à mon mémoire pour plus de
détails à ce sujet.
Enfin, dernier point de réflexion, l'encadrement
des rapports pécuniaires conjugaux en mariage. En proposant la création de son
nouveau régime d'union parentale, le projet de loi n° 56 cesse de concevoir l'encadrement
des rapports pécuniaires conjugaux en fonction de l'unique dichotomie union de
fait-mariage. Il propose donc des mesures qui tirent leur source dans ce qui
impacte de facto les rapports économiques des conjoints entre eux, à savoir la
naissance d'un enfant. Or, du même souffle, le projet de loi n° 56 omet d'étendre
la réflexion à l'encadrement des rapports patrimoniaux des conjoints mariés.
Ainsi, on ne questionne pas la légitimité de l'approche paternaliste du
législateur envers les époux, qui ne peuvent se soustraire, même en partie, au
régime primaire impératif prévu au Code civil du Québec. Pourtant, le projet de
loi n° 56 reconnaît le droit des conjoints de fait en union parentale de se
soustraire du patrimoine d'union parentale, calqué sur le patrimoine familial.
Pourquoi, donc, nier cette possibilité aux époux?
Comprenez-moi bien, je ne dis pas que le
régime primaire impératif en mariage n'a pas sa place, mais le mariage n'est
pas que partenariat économique ou institution civile, il est aussi institution religieuse,
sociale et culturelle. Des personnes peuvent vouloir se marier et avoir des
enfants, mais sans pour autant adhérer à l'idée d'un encadrement strict et
englobant de leurs rapports pécuniaires conjugaux. Il s'agit là d'enjeux
fondamentaux que le projet de loi n° 56 met de côté. Or, cette réflexion devra,
tôt ou tard, être menée, parce qu'elle paraît nécessaire pour vraiment achever
la réforme, nécessaire parce que la société a changé.
En conclusion, je formule donc le souhait
que le législateur poursuive ses efforts de réformer le droit de la famille par
le truchement d'une phase III, eh oui, une phase III, qui permettrait à la
vision qui se dégage du projet de loi n° 56 de se déployer pleinement, même en
mariage, comme, d'ailleurs, l'avait suggéré le rapport Roy. J'ajoute,
finalement, qu'en parachevant le projet de loi n° 56 les parlementaires
pourraient également se saisir des solutions mitoyennes qui existent au regard
de l'absence de rétroactivité de la loi... du projet de loi, en fait, qui a été
critiquée par plusieurs. Mon mémoire en traite, je vous y réfère à nouveau.
Je vous remercie de votre écoute et je
demeure, évidemment, disponible pour répondre à vos questions.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. Je me tourne
vers le gouvernement, pour 16 min 30 s. M. le ministre de la Justice, s'il vous
plaît.
M. Jolin-Barrette : Oui,
merci, M. le Président. Pre Malacket, merci beaucoup d'être aujourd'hui avec
nous...
M. Jolin-Barrette : ...au
début, bien, en fait, comme on dit, d'inaugurer les... les consultations en
matière de droit de la famille sur le projet de loi n° 56. Merci de vos
éclairages. Merci de votre mémoire également. Vous êtes professeur de droit de
la famille notamment à l'Université de Sherbrooke et accessoirement vous
occupez plein d'autres fonctions.
Globalement, là, vous êtes d'avis que le
projet de loi est une avancée sociale importante. Je crois avoir lu un
article
là-dessus dans les journaux, là, suite au dépôt du projet de loi.
Mme Malacket (Andréanne) : Oui,
effectivement, vous avez raison. Je pense qu'il faut applaudir ce projet de loi
là. Ça faisait longtemps, vous l'avez dit, qu'il était attendu. La dernière
réforme sur le droit de la conjugalité date des années 80 avec la réforme,
la grande réforme de 1980, la loi 89. Donc, on était dû pour ce genre de
réforme, et personnellement, j'accueille très favorablement ce qui est proposé
dans le projet de loi, à savoir à mon sens, un équilibre vraiment, là, entre
les droits, les devoirs des conjoints de fait, ici, avec enfants. Je pense que
la façon suggérée par le projet de loi de concevoir l'encadrement des rapports
pécuniaires conjugaux, c'est-à-dire au regard de l'enfant, est la... est la
voie à suivre. C'est d'ailleurs ce qu'avait proposé le rapport Roy, là, donc
c'est... ce n'est pas une idée qui est nouvelle. Donc effectivement, je suis
tout à fait favorable à ce projet de loi là. Ceci étant dit, comme dans
n'importe quoi dans la vie, on peut toujours bonifier les choses, donc
évidemment, on... on pourrait en faire encore davantage.
M. Jolin-Barrette : J'ai une
question pour vous. Suite au dépôt du projet de loi, il y a eu certaines
critiques relativement au projet, relativement au fait que le projet de loi
créait trois catégories d'enfants. Alors, j'aimerais vous entendre là-dessus,
savoir ce que vous en pensez.
Mme Malacket (Andréanne) : En
fait, j'ai détaillé cet argument-là un peu dans mon mémoire, là. Bon, pour moi,
cet argument-là ne tient pas la route, là. Sur le plan des principes, ça ne se
défend pas. On ne peut pas concevoir le principe d'égalité des enfants en
fonction du statut économique ou de la position du point de vue patrimonial de
leurs parents. Ce n'est pas comme ça qu'on conçoit... qu'on doit concevoir la
chose. C'est d'ailleurs... c'est d'ailleurs une façon de voir qui a été
complètement mise de côté dans les années 80, hein? Si on fait le
parallèle avec, à l'époque, la distinction qu'on faisait entre les enfants et
les familles légitimes versus les enfants et les familles illégitimes, donc
c'est... Pour moi, ce n'est absolument pas la façon de concevoir les choses.
D'ailleurs, si on pousse l'argument un
petit peu plus loin, on se rend compte, là, qu'on pourrait s'amuser à créer un
paquet de catégories supplémentaires. Par exemple, considérer que les enfants
de conjoints mariés en séparation de biens sont dans une position moins
enviable que ceux qui se sont mariés en société d'acquêts, lesquels sont même
dans une position moins enviable que ceux mariés en communauté de biens et
d'acquêt. Donc, je pense qu'on n'a pas fini si on s'en remet à cette façon de
voir les choses qui pour moi n'a pas sa raison d'être. Le fait de distinguer
entre deux situations avoir des enfants, ne pas avoir d'enfants et être en
union de fait, être un mariage ne veut pas nécessairement dire faire une
distinction qui est discriminatoire au sens d'ailleurs des droits fondamentaux.
Je vous rappelle ici qu'il faut se rappeler quand même que la Cour suprême a
validé le régime actuel, hein? Et le régime actuel, qu'est-ce qu'il prévoit
pour les conjoints de fait? Rien pantoute. Donc, je ne pense pas qu'on puisse
vraiment prendre cet argument-là et lui faire faire beaucoup de chemin.
• (10 h 10) •
M. Jolin-Barrette : O.K.
Donc, ce que vous dites, c'est... dans le fond, c'est une vision passéiste de
dire : Bien, ça crée des catégories d'enfants distinctes, alors que le
droit actuel, si je vous comprends bien, à l'intérieur même du mariage avec les
régimes matrimoniaux, parce que le régime par défaut pour les gens qui nous
écoutent, c'est la société d'acquêts si vous n'allez pas chez le notaire pour
changer de régime matrimonial. Sinon, il y en a qui vont chez le notaire, puis
ils se marient sous la séparation de biens. Déjà, il y a une distinction au
sein du régime matrimonial, donc ça existe déjà cette distinction-là. Donc
déjà, si on suit la logique des gens qui prétendent ça, qu'il y a déjà des
catégories d'enfants.
Mme Malacket (Andréanne) : Absolument,
mais ce n'est pas ça des catégories d'enfants.
M. Jolin-Barrette : O.K.
Mme Malacket (Andréanne) : Des
catégories d'enfants, ce sont des enfants dont les droits sont différents en
raison des circonstances de leur naissance. Donc, on parle des droits
alimentaires, des droits successoraux, des droits à l'autorité parentale. C'est
ça, catégoriser les enfants, et ça, on ne le fait plus depuis 1980 fort
heureusement, et le projet de loi n° 56 n'implique pas un recul à cet
égard là. Pas du tout.
M. Jolin-Barrette : Et on ne
fait pas de catégories d'enfants dans le cadre du projet loi 56?
Mme Malacket (Andréanne) : Non.
M. Jolin-Barrette : O.K.
J'aimerais vous entendre sur les résidences secondaires. Dans le fond, lorsqu'on
a construit les régimes, on a amené une distinction relativement au patrimoine
familial versus le patrimoine de l'union parentale. Vous, vous dites : On
devrait inclure les résidences secondaires dans le cadre du patrimoine union
parentale. Pourquoi?
Mme Malacket (Andréanne) : Bien,
en fait, il n'y a pas vraiment de raison, sur le plan des principes, là, de les
distinguer. Si on...
Mme Malacket (Andréanne) : ...on
est une famille suffisamment à l'aise pour avoir non seulement une résidence
principale de la famille, hein, là où on exerce nos principales activités, mais
aussi une ou des résidences secondaires, le chalet en Estrie, le condo à
Tremblant, la maison à Charlevoix, name it. Je ne vois pas pourquoi on devrait
exclure ça. Ce sont des biens qui sont à l'usage de la famille, qui sont à
l'usage des deux conjoints, qui sont à l'usage des enfants. Il n'y a pas
vraiment de raison de les distinguer de la résidence principale de la famille.
D'ailleurs, dans le patrimoine familial, cette distinction-là n'est pas faite.
Ceci étant dit, ça ne veut pas dire qu'il ne faut pas faire des distinctions
entre le patrimoine d'union parentale et le patrimoine familial, mais, quand on
distingue à mon sens, il faut quand même rechercher les justifications à ça et
les fondements à ça. Et ici, j'avoue que j'ai un peu de misère à le voir, là.
M. Jolin-Barrette : Puis,
tout à l'heure, vous avez dit, vous, vous êtes à l'aise d'avoir un patrimoine
dans le fond d'union parentale versus, supposons, une pension alimentaire entre
ex-conjoints. Le fait que le législateur choisit, avec la proposition qu'on a,
dans le cadre du projet de loi, d'y aller par création d'un patrimoine, puis
c'est ce patrimoine-là qui devient partageable, vous êtes à l'aise avec le fait
qu'il n'y ait pas de pension alimentaire pour ex-conjoint de fait?
Mme Malacket (Andréanne) : Oui,
tout à fait. Et je mettrais davantage en ballant la question de la pension
alimentaire avec l'orientation compensatoire, là, qui est privilégiée dans le
projet de loi, parce que c'est davantage là, là, où je pense qu'on peut faire
les distinctions. C'est une question de philosophie, hein, la pension
alimentaire repose sur une idée qu'on veut imposer un devoir de solidarité au
conjoint. On peut adhérer à ça ou pas. Ici, dans la mouture actuelle du projet
de loi, on n'adhère pas à ça.
Ce qu'on dit, par contre, c'est il faut
quand même les compenser, ces conjoints de fait là, s'ils ont subi des
désavantages économiques consécutivement à la naissance des enfants. Mais,
quand on veut compenser quelqu'un en droit civil, le bon mécanisme, ce n'est
pas la pension alimentaire, c'est la prestation compensatoire. Et là,
évidemment, on a entendu des craintes légitimes de certains groupes, de
certaines personnes, à savoir, bon, mais la prestation compensatoire, ça a été
historiquement interprété de façon restrictive.
Bon, ce genre d'argument là, bien, il faut
savoir qu'il y a moyen de contrer tout ça, et je le mentionnais un petit peu
plus tôt, en créant un régime un peu plus renforcé et notamment en adoptant des
barèmes de compensation qui nous permettraient de nous assurer que
l'appauvrissement réel... et ici, je comprends que la préoccupation, c'est
souvent l'appauvrissement réel du conjoint qui reste à la maison, à la suite de
la naissance des enfants, donc plus souvent la femme que l'homme, malgré que ça
pourrait être l'inverse. Donc, il faut vraiment s'assurer de compenser
l'appauvrissement réel de cette personne-là, donc avoir une approche ou une
interprétation libérale de la méthode de calcul qui est privilégiée dans le
projet de loi, ça... c'est-à-dire la méthode de calcul de la valeur
accumulée... pas accumulée, reçue. Et il faut également, comme je le disais...
on aurait avantage, en fait, à écrire des... des lignes directrices qui en
elles-mêmes intégreraient cette interprétation large et libérale de ce que doit
être une compensation au regard de l'appauvrissement réel d'une personne. Je
détaille ça un petit peu dans le mémoire, là. Je ne sais pas si vous voulez qu'on
entre davantage dans le sujet, là.
M. Jolin-Barrette : Bien,
peut-être juste avant d'y aller sur... sur les lignes directrices à détailler
relativement à prestation compensatoire, j'aimerais juste vous ramener un pas
en arrière relativement, justement, à cette prestation compensatoire là, puis
relativement au choix du législateur d'utiliser la méthode de calcul de la
valeur marchande plutôt que de la valeur accumulée. Parce que j'ai écouté avec
intérêt votre passage à Tout le monde en parle. Puis manifestement, vous n'avez
pas eu suffisamment de temps pour expliquer tout ça. Alors, je voudrais que
vous nous l'expliquiez ce que vous vouliez dire.
Mme Malacket (Andréanne) : Oui.
Effectivement, je n'ai pas eu assez de temps. Bien, en fait, la méthode de la
valeur reçue, c'est la méthode de calcul de droit commun, la méthode de calcul
propre au droit civil. Et c'est une méthode de calcul qui nous permet de
calculer la compensation en tenant compte de l'appauvrissement ou de
l'enrichissement, le moindre des deux montants, là, chez les conjoints. La
méthode de la valeur accumulée, c'est une méthode qui a été développée dans la
jurisprudence via la common law canadienne, où finalement on calcule le montant
de compensation autrement, c'est-à-dire en prenant la valeur nette du
patrimoine, de la valeur nette du patrimoine de l'enrichi, et en décidant d'en
octroyer entre 20 % et 40 % en termes de valeur au conjoint qui s'est
appauvri. Donc, on crée là ni plus ni moins une espèce de régime de partage de
biens sui generis...
Mme Malacket (Andréanne) : ...perspective
civiliste est étrangère à ça. Alors, on a du droit civil ici au Québec. On
devrait en être fier. On a un Code civil, on a une tradition à cet égard-là et
une perspective à cet égard-là. Et en droit civil, le montant de la
compensation doit être établi par le législateur au moyen d'une méthode de
calcul claire, ce que permet de faire la méthode de la valeur reçue ou de la
valeur marchande, donc, en prenant tout simplement le moindre de l'appauvrissement
ou de l'enrichissement. Alors que la méthode de la valeur accumulée, elle,
donne un pouvoir de création du droit aux juges parce qu'ultimement c'est eux
qui vont décider en quelque sorte de partager, via cette compensation-là, de
partager en quelque sorte, là, les biens entre les conjoints de fait. Donc il y
a ça.
Par ailleurs, il faut faire attention. La
méthode de la valeur reçue a trop souvent été interprétée restrictivement par
les tribunaux québécois. C'est à dire, si je prends un exemple, prenons
l'exemple du... de la femme et de son conjoint. Ils sont ensemble. Ils ont un
enfant. Mme, par exemple, est ingénieure, abandonne le marché du travail
pendant cinq ans pour se consacrer au soin des enfants. Le montant de son
appauvrissement, c'est son salaire d'ingénieur pendant cinq ans puis les
avantages rattachés à ça. Ce que la jurisprudence a parfois tendance à faire,
erronément à mon sens, c'est de dire : Bien, dans le fond, le montant de
l'appauvrissement, ce n'est pas le montant de la valeur du salaire de cette
femme-là, c'est le montant du salaire de ce qu'elle a effectivement fait
pendant cinq ans, c'est-à-dire garder, entre guillemets, des enfants et éduquer
des enfants. Donc, ce qu'on va lui donner comme montant de compensation, ce
n'est pas son salaire d'ingénieure, c'est un salaire de gardienne d'enfants
puis d'éducatrice.
Ça, c'est un problème. Cette façon de
concevoir les choses, là, ne concorde pas avec la position d'ailleurs de la
Cour suprême voulant qu'il faille interpréter de manière large, souple et
libérale, la méthode de la valeur reçue. Ici l'appauvrissement réel, là, dans
mon exemple de la femme, c'est son salaire d'ingénieure, ce n'est pas le
salaire qu'elle aurait eu si elle avait été éducatrice d'enfants. Donc ça,
c'est une espèce de «bottom line», et il faut être en mesure d'envoyer, je
pense, via le projet de loi no 56, un signal clair aux tribunaux, que ce
«bottom line-là» est en... est vraiment un minimum. Il faut apprécier chacune
des situations pour ce qu'elles sont vraiment, ici, mon salaire d'ingénieure.
Comment on fait pour envoyer un signal
clair aux tribunaux? On en jase entre nous, ils vont peut-être nous lire un
jour, mais on peut aussi être encore plus certains et adopter des lignes
directrices. Ces lignes directrices là, si elles épousent l'interprétation
généreuse, large, souple de la méthode de la valeur reçue, bien, on va être
certains d'avoir un juste un montant de compensation qui va être octroyée au
parent qui va rester à la maison pour s'occuper des enfants pendant x années,
pendant que l'autre, lui, n'arrête pas sa carrière compte tenu de la venue des
enfants et du fait que c'est l'autre finalement qui fait le sacrifice.
• (10 h 20) •
M. Jolin-Barrette : Parfait.
Je vais céder la parole à mes collègues. Je sais qu'ils ont certaines
questions, mais en résumé, je comprends que, pour respecter notre tradition
civiliste, pour faire en sorte d'établir quelle est la véritable méthode de
calcul, vous nous invitez à continuer dans la valeur marchande pour distinguer
la valeur accumulée qui est une introduction de la common law dans notre droit
civil, mais par ailleurs d'avoir des lignes directrices pour guider les
tribunaux puis de clairement dire quel doit être le minimum, donc le véritable
salaire de la personne qu'elle aurait fait, supposons, même si elle reste à la
maison. Alors, je vais céder la parole à ma collègue. Merci beaucoup d'avoir
participé...
Le Président
(M. Bachand) : Merci. Mme la députée
de Vimont. Questions et réponses, 2 min 10 s.
Mme Schmaltz : Deux
minutes? O.K. Parfait. Oui. Bonjour. Merci de votre présence. Bonjour, tout le
monde. Merci, M. le ministre, d'amener un projet de loi de cette envergure-là
parce que ça faisait longtemps qu'on l'attendait. Puis très apprécié, je pense,
par tout le monde. Alors, je vais y aller rapidement. Intéressant d'ailleurs de
vous écouter justement de parler de ce fameux calcul, là, des montants
compensatoires et tout ça. J'aurai peut-être... Juste rapidement, je voudrais
juste renchérir avant d'arriver à ma question. Est-ce qu'il y a un minimum,
maximum? Est-ce qu'on a établi ça dans le montant compensatoire, est-ce qu'il y
aurait un minimum si on calcule selon... Parce que j'ai l'impression, avec les
lignes directrices, qu'on va rentrer dans plusieurs catégories. Mais est-ce que
vous avez pensé ou imaginé un montant minimum à ça...
Mme Malacket (Andréanne) : ...bien,
en fait, oui, on pourrait... Écoutez, tu sais ça, c'est le genre de travail
qu'un actuaire pourrait évidemment bien mieux faire que moi. D'ailleurs, pour
se guider, on pourrait aller voir le rapport Roy, là, il y a toute une
annexe
consacrée à ça. C'est sûr qu'on pourrait présumer, par exemple, que bon, dans
les cas où il y a un des deux conjoints qui quitte le marché du travail pour
s'occuper des enfants pendant x années, bien, pendant ce x nombre d'années là,
il peut, par exemple, avoir droit à 50 % du régime de retraite de l'autre,
pour en revenir à ça, et octroyer de façon très mécanique ce montant-là.
On peut aussi, si on le souhaite, capsuler
des scénarios, hein, et venir dire, bon, au moyen de lignes directrices, de
barèmes, un peu comme on l'a fait pour les pensions alimentaires pour enfants
dans les années 90 : voici les critères qui doivent nous guider, et, actuariellement
parlant, en fonction du revenu disponible de la personne qui doit compenser, en
fonction du type de diplôme, du type de travail qu'occupait l'autre personne,
on va fixer à x, y, z le montant. On peut aussi venir guider tout simplement en
venant dire : Écoutez, il va falloir, au minimum, considérer
l'appauvrissement réel en termes de salaire de la personne qui a quitté en tout
ou en
partie le milieu...
Le Président (M.
Bachand) : ...la parole au député de
l'Acadie pour 10min 24s. M. le député.
M. Morin : Merci, M. le
Président. Alors, bonjour, Pre Malacket.
Mme Malacket (Andréanne) : Bonjour.
M. Morin : Merci pour votre
mémoire et pour vos explications. Il y a. Il y a quelques éléments que
j'aimerais discuter avec vous. Dans le projet de loi, entre autres, quand on
regarde l'article 3, sur l'union parentale, donc, la disposition 521.20, on dit
que ça se forme dès que des conjoints de fait deviennent père et mère ou les
parents d'un même enfant. Donc, c'est ce qui semble faire en sorte que l'union
parentale va se cristalliser. Il n'y a pas, comme tel... puis ça semble être
quand il y a effectivement... il y a... il y a un enfant, il n'y a pas de
période de temps. Est-ce que, pour vous c'est suffisant ou si on ne devrait pas
prévoir aussi peut-être une période de temps, même s'il n'y a pas d'enfant qui
ferait en sorte que le législateur viendrait à accorder une certaine protection
ou un encadrement juridique aux gens qui vivent en union de fait?
Mme Malacket (Andréanne) : Bien,
en fait, ce que vous entendez, finalement, c'est est-ce qu'on devrait imposer
un régime aux conjoints de fait sans enfants? C'est ça, votre question, si je
comprends bien.
M. Morin : Ça fait partie,
oui, c'est ça, ça fait
partie de ma question, effectivement.
Mme Malacket (Andréanne) : Donc,
à mon sens, non. Moi, je... moi, je suis une tenante de l'approche qui est
davantage en faveur de l'autonomie de la volonté, de la liberté contractuelle.
Je pense qu'il faut arrêter d'infantiliser les conjoints et les conjoints et de
penser qu'ils ne sont pas capables de régler eux-mêmes leurs rapports
pécuniaires conjugaux.
On a une job à faire, comme législateurs,
comme juristes, il faut informer aussi la population de quels sont leurs
droits, leurs obligations, mais, à un moment donné, on n'est plus non plus dans
les années 80, hein, là où les femmes qui se divorçaient se retrouvaient
presque à la rue parce que mariées en séparation de biens et parce qu'elles
avaient passé leur vie à s'occuper des enfants, alors que M., lui, travaillait.
C'était comme ça à l'époque. Ce n'est plus comme ça. Donc, imposer un devoir de
solidarité pur et dur aux conjoints de fait en matière matrimoniale, familiale,
moi, je ne suis pas en faveur de ça.
Maintenant, est-ce qu'il faut, à l'article
521.20, imposer un minimum quant à la durée de vie commune? Si on veut être
conséquent avec ce que je viens de dire, non. Pourquoi? Bien, parce que, si on
reprend la vision du projet de loi no 56, à laquelle j'adhère, c'est la
naissance d'un enfant qui entraîne les désavantages économiques pour les
conjoints, et c'est ça qu'on veut compenser. Donc, peu importe, ça fait combien
de temps on est ensemble, il va l'avoir, le désavantage. Donc, en ce sens-là,
je ne pense pas que la durée de leur vie commune doive ici avoir une influence.
M. Morin : Très bien. Je vous
remercie. Ma compréhension du projet de loi, c'est que ces dispositions-là vont
entrer en vigueur à partir de juin 2025, 30 juin 2025. Donc, pour les enfants
qui vont être nés...
M. Morin : ...nés après. Je
comprends que vous avez dit tout à l'heure que, selon vous, ça ne crée pas de
catégories d'enfants. Mais, puisqu'on est en train de regarder un projet de loi
qui vise à éventuellement accorder des prestations aux enfants qui seraient
issus de l'union parentale, pourquoi attendre au 30 juin 2025?
Mme Malacket (Andréanne) : Oui.
Ça, c'est un point que je soulève, tout à fait, là, dans mon mémoire, j'ai un
certain malaise avec ça. Je comprends... En fait, je pense, là... Je ne suis
pas dans la tête du ministre de la Justice, mais je pense comprendre c'était
quoi, l'objectif avec cette disposition transitoire là, c'est-à-dire ne pas
marier de force les Québécois, donc s'assurer qu'au moment où ça va entrer en
vigueur, les gens vont avoir eu le temps de réfléchir à ce qu'ils veulent faire
ou ne pas faire, et donc ne pas encadrer les situations déjà existantes, les
enfants déjà nés, les situations qui se sont déjà cristallisées. La
rétroactivité des lois, d'ailleurs, c'est toujours quelque chose de
supersensible. On se rappellera en 1989, avec le patrimoine familial, là, ce
que tout ça avait donné.
Donc, je peux comprendre qu'on ait choisi
cette approche-là, je ne suis pas convaincue que c'est la meilleure. Je pense
que ce serait une bonne affaire de réfléchir à des solutions mitoyennes qui
peut-être seraient en mesure de fédérer les tenants des deux positions,
c'est-à-dire marier de force les Québécois, entre guillemets, ou ne pas marier
de force les Québécois, et en ce sens-là c'est un peu ce que je détaille dans
mon mémoire. Peut-être y aurait-il lieu de réfléchir, par exemple, à la
possibilité d'appliquer la loi - à une certaine date, bien sûr, c'est toujours
comme ça, on n'a pas le choix, là - mais aux conjoints qui ont des enfants
mineurs ou encore aux conjoints qui ont des enfants de moins de 14 ans.
Pourquoi? Bien, parce que c'est là où les besoins sont les plus grands, c'est
là où on est davantage proche des désavantages économiques qu'ont subis les
conjoints, compte tenu de la naissance d'un enfant.
Donc, je pense qu'il y aurait lieu de
réfléchir à ça et que les parties se questionnent ensemble à savoir quelle est
la meilleure solution pour tous les Québécois, compte tenu de ce qu'on veut
faire ou ne pas faire et compte tenu du fait qu'on veut laisser une certaine
forme de liberté, mais en même temps on veut encadrer.
M. Morin : Parce qu'en fait
je suis d'accord avec vous, c'est vrai que l'effet rétroactif d'une loi, c'est
souvent problématique, c'est la raison pour laquelle c'est vraiment
l'exception. On ne reviendra pas, avec le projet de loi, régler des problèmes
que des conjoints en union de fait ont pu avoir il y a cinq, six, sept ou huit
ans, sauf qu'aussi, habituellement, la loi, elle est d'application immédiate,
donc elle est adoptée puis après ça, bien, elle rentre en vigueur.
Donc, il m'apparaît que cette date-là de
juin 2025 me semble loin, d'autant que, si j'ai bien compris la volonté du
ministre, c'est entre autres pour régler la situation d'enfants qui pourraient
être défavorisés dans le cadre d'une union parentale plutôt que de naître
dans... avec un couple où les conjoints sont mariés.
• (10 h 30) •
Ça serait quoi, pour vous, la meilleure
option pour essayer de couvrir le plus d'enfants possible puis que ça
s'applique assez rapidement? De toute façon, tôt ou tard, ça va s'appliquer,
alors les gens qui sont en union de fait vont être confrontés à cette
réalité-là. Avez-vous une suggestion?
Mme Malacket (Andréanne) : Bien,
en fait, c'est ce que je disais, moi, je pense qu'il faut vraiment explorer la
venue des enfants mineurs, ou peut-être même, si on veut restreindre davantage,
là, des enfants de moins de 14 ans à une certaine date, là, on n'a pas le choix
à un moment donné de fixer une date. Bon. Là, pourquoi c'est le 30 juin 2025
puis pas le 30 juin 2024? Je pense qu'on veut laisser le temps au monde de
finir de faire leurs bébés avant l'entrée en vigueur de la loi s'ils veulent en
faire, je ne sais pas. Mais, bon, ça, je pense que c'est quelque chose qui
appartient aux parlementaires. Mais on peut clairement penser à appliquer la
loi de façon mitoyenne, là, par exemple en considérant qu'à telle date, si les
enfants... ou si au moins un enfant commun a moins de 14 ans, bien, la loi, par
exemple, s'appliquerait. On pourrait... On pourrait penser à faire ça.
M. Morin : Si vous étiez le
législateur puis vous aviez à rédiger le projet de loi, qu'est-ce que vous
auriez inclus dans le patrimoine de l'Union parentale?
Mme Malacket (Andréanne) : J'aurais
inclus exactement la même affaire que ce qui est proposé actuellement dans le
projet de loi n° 56, en ajoutant les résidences secondaires.
M. Morin : Et uniquement les
résidences secondaires? Vous ne voyez pas autre chose qui devrait être ajouté
pour s'assurer que, s'il y a une séparation, évidemment, les enfants pourront
bénéficier?
Mme Malacket (Andréanne) : Non.
Comme je le disais un petit peu plus...
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10 h 30 (version non révisé
e) Mme Malacket (Andréanne) : ...comme
je le disais un petit peu plus tôt dans ma présentation, je suis à l'aise avec
le fait que les régimes de retraite, là, c'est ça qui... qui a été le plus
critiqué, là, j suis à l'aise avec le fait que les régimes de retraite soient
exclus. Compte tenu de la philosophie qu'il y a derrière ça, je pense qu'à un
certain point il faut laisser les conjoints libres de gérer leurs rapports
pécuniaires conjugaux. Et j'aimerais bien ça qu'on laisse les conjoints mariés
aussi un jour régler un petit peu plus leur rapports pécuniaires conjugaux
parce qu'actuellement on se rappellera qu'on ne peut s'exclure d'absolument
rien, même par contrat de mariage, et moi, j'ai un problème avec ça.
M. Morin : Oui, quand on
parle du régime primaire, là...
Mme Malacket (Andréanne) : Exactement.
M. Morin : ... il s'applique,
il est d'ordre public.
Mme Malacket (Andréanne) : Exactement.
M. Morin : O.K., parfait, je
vous remercie. Quand on parle de la prestation compensatoire, vous n'avez pas
peur qu'éventuellement ça vienne à nouveau engorger davantage les tribunaux.
Puis quand on parle de lignes directrices, avez-vous en tête des règlements ou
des lignes directrices ou comment... qu'est ce que vous voyez qui serait le
meilleur véhicule pour s'assurer que ça soit efficace?
Mme Malacket (Andréanne) : Je
ne vois pas comment ça pourrait affecter l'accès à la justice plus qu'une
pension alimentaire. Actuellement, on se rappellera qu'une pension alimentaire
entre conjoints ou ex-conjoints, on n'en a pas vraiment de barème, on a des
lignes directrices fédérales qui découlent de la
Loi sur le divorce et qu'on n'applique
pas ici, au Québec, dans la vaste majorité des cas. Donc, c'est du cas par
cas. Ça fait que, tu sais, si on veut faire perdre moins de temps aux
tribunaux, ce n'est certainement pas avec une pension alimentaire qu'on va y
arriver ou, en tout cas, penser que c'est comme ça qu'on va y arriver je pense,
je ne... je ne pense pas que c'est... que c'est réaliste et que c'est vrai de
dire ça maintenant. Est-ce qu'on va faire en sorte que les tribunaux vont
récupérer du temps si on fait des lignes directrices? Bien, oui, parce qu'on va
les diriger un peu comme on l'a fait pour les pensions alimentaires pour enfant...
Le Président (M.
Bachand) : Merci.
Mme Malacket (Andréanne) : ...avec
un formulaire.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. Le temps... le
temps file. Je vais céder la parole au député de Saint-Henri—Saint-Jacques... Saint-Henri—Sainte-Anne
pour 3 min 28 s, merci.
Mme Malacket (Andréanne) : D'accord.
M. Cliche-Rivard : Même si...
merci, M. le Président et merci beaucoup pour votre présentation et votre
mémoire fort détaillés. Je me posais une question. Vous étiez à détailler un
petit peu tout à l'heure la réflexion que vous aviez sur l'information, l'autonomie
des couples de choisir, finalement, et ce qu'on voit là plutôt dans le nombre
considérable d'entre eux qui ne connaissent pas leurs... leurs droits où le
régime qui s'appliquent à eux. Vous dites évidemment qu'on a un travail d'information
à faire. C'est vrai. Est-ce que c'est réaliste, compte tenu de ce qu'on sait
aujourd'hui sur la connaissance qu'ont ces mêmes couples, de leurs droits? C'est
une question qui mérite d'être posée. Dans ce contexte-là, est-ce que, plutôt
que d'assurer un droit de retrait qui serait complet, mais en prévoyant un régime
d'application, est-ce qu'on ne donnerait pas là quand même le droit de s'en
sortir tout en protégeant ceux qui finalement pensent qu'ils sont protégés
indirectement mais qui ne le sont pas?
Mme Malacket (Andréanne) : Je
ne suis pas sûre de vous suivre, là, donc répétez donc ce que vous voulez dire,
parce que, là, ce que vous souhaiteriez, vous, c'est...
M. Cliche-Rivard : Non, moi,
je ne souhaite rien, je vous pose la question, là. Mais, allez-y, je vous
laisse compléter.
Mme Malacket (Andréanne) : Bien,
en fait, je ne suis pas sûre de saisir votre question. Donc vous, vous me
demandez si on devrait plutôt imposer à tout le monde, tous les conjoints de
fait qui ont des enfants, puis leur permettre un «opt out». C'est ça que vous
me dites?
M. Cliche-Rivard : C'est la
question.
Mme Malacket (Andréanne) : Bon,
c'est ce qu'on a fait avec le patrimoine familial en 89. Le problème avec cette
façon de faire, c'est que ça prend, bien sûr, le consentement des deux
conjoints pour l'«opt out». S'il y en a un des deux qui ne veut pas, bien, on
ne peut pas opter out. Donc, c'est... c'est l'argument qui va être opposé à la
situation. On pourrait faire ça, on pourrait décider qu'on veut faire ça. Ma
compréhension, c'est qu'en 1989, ça a mal passé. Donc, est-ce qu'on veut
retourner là? Je ne suis pas convaincue. Je pense que de le penser à l'inverse
est peut-être plus habile et probablement plus fédérateur si on se met à aller
interroger un peu tout le monde dans la population. Mais est-ce qu'on pourrait
faire le contraire? On peut tout faire.
M. Cliche-Rivard : Parfait.
Vous dites aussi... puis vous privilégiez quand même que les gens choisissent,
puis quelle est leur volonté, là, dans une liberté contractuelle de... d'embarquer
ou non dans le mariage, puis ne pas les marier de force. Par contre, là, vous
proposez de reconnaître un statut d'héritier légal à l'ensemble des conjoints
de fait donc qui ne sont pas mariés. Je voudrais juste bien comprendre votre
distinction entre ce qui vise le testament, puis ce qui vise le patrimoine
familial.
Mme Malacket (Andréanne) : Oui,
c'est une excellente question. J'en ai fait ma thèse de doctorat qui a plus que
500 pages. Donc, vous pourriez aller la lire, mais ça se peut que ce soit
un peu long. Donc, pour faire court, j'en parle un petit peu dans mon mémoire,
mais il faut distinguer les deux types de règles qui sont en cause. D'un côté,
le droit familial matrimonial qui vise à partager les biens entre les conjoints
et d'un autre côté, les règles de dévolution légale qui vise à transmettre les
biens d'un conjoint. Quand on veut transmettre les biens d'un conjoint, on ne
vise pas à protéger quiconque. Il n'y a pas de désert...
Mme Malacket (Andréanne) : ...réserve
héréditaires ici, au Québec, là, il y a un principe de liberté de tester
absolu, oui, limité de façon indirecte, là, depuis 89, mais c'est ça, l'idée.
Alors, on est vraiment dans deux schèmes de pensée complètement différents. Et
on ne peut pas dire que parce qu'on considère qu'en matière matrimoniale c'est
juste les conjoints de fait avec enfants qu'en matière successorale il faut
faire la même affaire. Deux types de règles, deux types de fondement, deux
visions différentes, d'un côté, une façon de voir les choses où on veut
compenser, voire imposer un devoir de solidarité, où on veut partager des
valeurs et, de l'autre, une vision où on veut transmettre des biens et où les
affections, qu'elles soient présumées, donc, dans les règles de dévolution
légale ou exprimées dans un testament, sont le fondement de ce qui est fait.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. Merci. M. le
député Jean-Talon, pour deux minutes 38 s, s'il vous plaît.
M. Paradis : On n'a pas
beaucoup de temps, alors je vais essayer des questions pour des réponses
courtes. Vous dites essentiellement que, pour compenser le possible
appauvrissement d'un conjoint, c'est vraiment le mécanisme de la prestation
compensatoire plutôt que celui de la pension alimentaire, donc, en ce sens,
vous dites : Le projet de loi est sur le bon principe, mais vous faites
des recommandations importantes pour revoir, justement, le calcul de la
prestation compensatoire, harmonisation de la méthode de calcul, adoption de la
méthode dite de la valeur reçue, lignes directrices pour faciliter le calcul,
adopter certaines présomptions. S'il n'y a pas ça dans le projet de loi, est-ce
que votre avis demeure le même sur le principe?
Mme Malacket (Andréanne) : Bien,
en fait, ça prend ça. Donc, en je n'ai pas envie de vous dire... S'il n'y a pas
ça, est-ce que mon avis demeure le même? Mon... S'il n'y a pas ça, mon avis ne
sera pas plus qu'il faut se contenter d'un mécanisme, par exemple la pension
alimentaire, qui n'est pas fait pour ça parce qu'on n'est pas capable de faire
le travail jusqu'au bout. Donc, je me dis : Bien non, il faut le faire, la
job, puis il faut la faire jusqu'au bout, il faut être cohérent avec les
fondements qu'on cherche à défendre.
M. Paradis : Très bien. De
manière générale, vous dites : Bien, il y a... il faut se détacher d'une
certaine approche paternaliste dans la... dans la gestion, là, des relations
entre... entre les conjoints ou entre les époux. Mais certaines critiques
disent qu'il y a encore quand même souvent des situations où un des conjoints
ou une des conjointes est dans une situation de vulnérabilité et que, là, ce
qui risque d'arriver, compte tenu de la démographie au Québec, c'est qu'il va
avoir globalement un régime plus défavorable aux conjoints en situation de
vulnérabilité, qui va devenir celui qui va devenir un peu le régime général.
Qu'est-ce que vous répondez à cette... à cette pratique-là?
Mme Malacket (Andréanne) : Je
réponds deux choses. Il faut arrêter de penser que le conjoint dit placé dans
une situation plus favorable va forcément exploiter puis vouloir dominer
l'autre, hein, la majorité des Québécois, quand ils se séparent, heureusement,
ils sont en mesure de gérer leur séparation sans aller se battre devant les
tribunaux. Donc, il faut partir de cette vision-là où on se dit : Bien...
je veux dire, on n'est pas ici pour prendre pour acquis qu'il faut concevoir
que le conjoint favorisé va forcément profiter de sa situation. Le deuxième
point, c'est qu'il faut arrêter de penser que les Québécois, que les
Québécoises ne sont pas capables de régler leurs rapports pécuniaires
conjugaux. C'est réducteur, c'est une façon de voir qui n'a plus sa place. On
est capables, en 2024, surtout qu'on est en train d'écrire une loi pour nos
enfants puis nos petits enfants, d'aller plus loin et de se dire que les
conjoints de fait sont capables, comme les conjoints mariés, de régler, à tout
le moins...
• (10 h 40) •
Le Président (M.
Bachand) : Merci.
Mme Malacket (Andréanne) : ...une
certaine proportion de ces rapports-là.
Le Président (M.
Bachand) : Merci, Maître. Merci beaucoup
d'avoir été avec nous. Le temps passe très rapidement, bien sûr. Bien, merci
infiniment.
Et, cela dit, je vais faire suspendre les
travaux quelques instants. Merci.
(Suspension de la séance à 10 h 41)
(Reprise à 10 h 44)
Le Président (M.
Bachand) : À l'ordre, s'il vous plaît! La
commission reprend ses travaux. Il me fait plaisir d'accueillir les
représentants et représentante de l'Union des notaires du Québec. Merci
beaucoup d'être avec nous ce matin. Alors, je vous inviterais, bien sûr,
d'abord à vous présenter et débuter votre échange pour une période de
10 minutes, s'il vous plaît.
(Visioconférence)
M. Aspri (Roberto) : Merci.
Bonjour. Mon nom est Roberto Aspri. Je suis notaire à Montréal et le président
de l'Union des notaires du Québec, l'UNQ. Je suis accompagné aujourd'hui par
Maître Mélanie Lessard, notaire... administratrice, membre du conseil
d'administration de l'UNQ, et Maître Pierre Périgny, avocat, secrétaire général
de l'UNQ.
Alors, M. le Président, M. le ministre de
la Justice, notaire général du Québec, Mmes et MM. les députés, je voudrais
tout d'abord vous remercier de nous accueillir pour nous entendre sur le projet
de loi n° 56 portant sur la réforme du droit de la famille et instituant le
régime d'union parentale. Nous vous avons acheminé notre mémoire contenant le
détail de nos commentaires et recommandations.
L'Union des notaires du Québec ou UNQ fut
fondée en 2016. C'est un syndicat professionnel représentatif de ses membres
notaires et qui a pour mission principale de représenter leurs intérêts
sociaux, légaux, financiers et moraux. Elle est née du constat que la
profession notariale fait face à d'importants défis. J'aimerais profiter
d'ailleurs de la présente occasion pour saluer le courage et la vision du
ministre de la Justice et notaire général du Québec pour son importante
contribution à l'amélioration et à l'avancement du notariat.
Le projet de loi n° 56 suscite un vif
intérêt au sein de l'UNQ en raison de son incidence majeure sur la pratique
notariale. En effet, les notaires jouent un rôle essentiel en fournissant des
conseils juridiques aux couples québécois concernant leurs droits en matière
d'état civil et matrimonial. De plus, ils sont chargés quotidiennement de
vérifier l'identité et la capacité juridique des personnes, rédiger des actes
notariés qui régissent les relations des couples, qu'ils soient mariés, en
union civile ou en union libre.
Malgré la croyance de beaucoup de couples
en union de fait à l'effet qu'ils auraient les mêmes droits que les personnes
mariées, la réalité est tout autre puisque jusqu'à présent le Code civil du
Québec n'accordait pas de reconnaissance formelle aux couples en union de fait,
à l'exception de quelques situations spécifiques, notamment en ce qui concerne
le logement résidentiel.
Selon les données émanant de l'Institut de
statistique du Québec dans son édition de 2023, le bilan démographique
démontrait qu'en 1981 seulement 8 % des couples québécois vivaient en
union de fait, alors que ce pourcentage est passé à 42 % en 2021, soit
828 000 couples au Québec vivent en union libre, dont près de
400 000 ont des enfants. Nous sommes convaincus que le projet de loi n° 56
offre une occasion précieuse pour enfin légiférer... (panne de son) ...nouvelle
réalité et moderniser notre cadre juridique afin de mieux refléter la diversité
des modèles familiaux au Québec.
Je vais maintenant passer la parole à Me
Pierre Périgny.
M. Périgny (Pierre) : Bonjour,
distingués membres de la...
M. Périgny (Pierre) : ...la
commission, à la demande du président de l'UMQ, j'ai mené une consultation
auprès des membres et, pour prendre le pouls de nos membres, et un certain
nombre d'entre eux ont répondu. Et ce qui est ressorti, c'est que... Une des
questions qui leur a été posée, c'est : Comment voyez-vous le projet de
loi? Très favorablement, favorablement et... ou encore défavorablement. Puis en
à peu près aux deux tiers, les gens sont... le voient favorablement, donc
accueillent favorablement cette possible... ce possible changement.
Autre question qui leur a été posée,
c'est : Quel est l'impact que ça aura, selon vous, sur la pratique
notariale, ce changement, cette introduction-là à des mesures de protection à
l'égard des couples en union de fait. Et là, je peux vous dire que 95 %
des gens pensent que ça va avoir un impact parfois très significatif. Dans une
grande majorité, près de 60 % pensent que ça va... C'est un impact très
important. Alors... Et très peu de personnes pensent que ça... moins de
5 % pensent que ça n'aura pas d'impact sur leur pratique. Alors, c'est...
On le perçoit du côté notaire d'une façon... d'une façon où il y aura des
impacts majeurs pour eux dans leur pratique.
Alors, on leur a demandé aussi :
Bien, quels étaient les points forts selon eux, de ce que vous avez vu dans le
projet de loi? Et pour une grande
partie d'entre eux, le fait d'hériter sans
testament est un point fort du projet de loi, de même que la protection de la
résidence familiale. Évidemment, on s'est questionné aussi sur ce qu'étaient
les points faibles de ce projet. Et le fait d'exclure une grande
partie des
conjoints de fait, donc tous ceux qui actuellement ont des enfants, ne serait
pas visé, selon notre compréhension, du projet de loi, mais que ça
s'appliquerait à partir de 2025, pour fin du mois de juin. Et ça, c'est
perçu... c'était vu comme un point faible par nos membres. Aussi, le fait que
le patrimoine de l'union familiale ne soit pas aussi étendu, par certains, mais
pas majoritairement, on se doit de dire, comme étant un point faible, si vous
voulez.
C'est un constat intéressant qui a été
fait par les membres, c'est que les couples... On pense que le... Enfin,
certaines personnes l'ont soulevé, un droit au... pourrait peut-être être
envisagé, mais de façon modérée, là, c'est-à-dire... Donc, c'est les constats
que je tenais à partager avec vous rapidement ce matin. Alors, je passe la
parole à Me Lessard.
Mme Lessard (Mélanie) : Bonjour,
membres de cette commission. Donc, suite à la consultation, nos membres ont
fait certaines recommandations. Donc, la première recommandation serait
l'application immédiate pour tous les couples en union parentale et non
seulement les couples qui vont avoir un enfant suite au 29 juin 2025, ce
qui engloberait au moins 400 000 membres... 400 000 couples
qui seraient laissés sans protection. Et puis aussi, cela faciliterait, nous,
notre travail en tant que notaire pour les vérifications. Lorsque nous faisons
par exemple un acte de vente et que nous avons besoin d'une intervention d'un
conjoint.
• (10 h 50) •
Le deuxième... La deuxième recommandation
serait peut-être de laisser... de donner la possibilité de faire une
renonciation volontaire pour ceux qui souhaitent se soustraire à la loi avec un
acte notarié, en signant un acte notarié et un enregistrement au... un peu
comme cela avait été établi lors... le patrimoine familial dans les
années 80. On s'était donné une période de temps, un délai raisonnable,
entre six et 18 mois pour...
Et la troisième recommandation, la
création d'un registre pour faciliter l'identification des couples vivant en
union parentale, union de fait, soit la possibilité d'avoir un accès direct aux
données du Directeur de l'état civil du Québec ou de Revenu Québec en tant que
juriste, un peu comme nous avons accès au registraire des entreprises du Québec
comme représentants autorisés.
Et dernière recommandation le droit aux aliments
pour une période, comme un autre témoin a dit à l'avant, avant moi, une période
de 30 mois, par exemple, une période tampon pourrait donner un délai suite
à la fin de l'union. Donc nous suivons l'évolution du droit. L'Union des
notaires est en accord avec les valeurs de la société...
Mme Lessard (Mélanie) : ...depuis
l'affaire d'Éric contre Lola, nous savons que nous devons faire changer et
protéger mieux nos couples en union de fait. Donc, c'est pour cette raison que
l'Union des notaires du Québec soutient le nouveau projet de loi, et nous
sommes prêts, avec nos membres, à mettre en place les mesures pour une
meilleure application de cette loi. Je vous remercie.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. Alors, je cède
la parole du côté du gouvernement. M. le ministre, 16min 30s.
M. Jolin-Barrette : Merci, M.
le Président. Me Aspri, Me Lessard, Me Périgny, bonjour. Merci de participer
aux travaux de la commission et d'avoir déposé un mémoire. Donc, vous êtes
l'Union des notaires du Québec, qui est une association de notaires, donc
l'équivalent d'un syndicat représentant certains notaires. Vous avez plus de...
vous me corrigerez, plus de 1000 notaires qui sont membres de votre
association?
M. Aspri (Roberto) : Oui.
Nous avons eu une baisse cette année, un peu, là, mais on fait une grosse
campagne actuellement.
M. Jolin-Barrette : O.K.
Donc, vous soulignez le fait, dans les points positifs du projet de loi,
notamment, la possibilité d'hériter du conjoint en l'absence de testament. Un
peu plus loin, par contre, vous dites que les enfants... en fait, au point 4,
vous dites : «La loi vient modifier notre liberté de tester en créant un
nouvel héritier. Les enfants qui héritaient du parent 100 % vont perdre un
pourcentage en faveur du conjoint en union parentale.» Donc, je comprends que
vous dites c'est un point positif, mais c'est un point négatif en même temps.
Est-ce que je me trompe?
M. Périgny (Pierre) : Non. On
a voulu faire ressortir la diversité des points qui nous ont été partagés.
M. Jolin-Barrette : Je
comprends que c'est un sondage que vous avez fait, là. Qu'est-ce que... Vous
avez pris quoi, Survey Monkey ou un truc comme ça?
M. Périgny (Pierre) : Non, on
a utilisé un logiciel pour les sondages, mais c'est un sondage fait maison, là,
ce n'est pas... ce n'est pas une firme de sondage.
M. Jolin-Barrette : Combien
de notaires ont répondu?
M. Périgny (Pierre) : Pas
énormément, malheureusement, pas autant qu'on aurait souhaité. C'est en bas
d'une centaine.
M. Jolin-Barrette : D'une
centaine, donc moins de 10 % de vos membres. O.K. Mais juste sur le fond
des choses, là, il y a beaucoup de gens qui se retrouvent à être conjoints de
fait, supposons, pendant 30 ans, avec leur conjoint, qui ont trois enfants, ils
ont toujours été ensemble, tout ça, ils ont pas de testament, ils sont
conjoints de fait, puis là la maison, supposons, bien, était au nom de M., M.
décède, Mme, elle n'hérite de rien, actuellement. C'est un peu problématique
puis c'est ça qu'on veut corriger. Vous êtes d'accord avec ça, que, comme en
mariage, dans le fond, le conjoint survivant, et lorsqu'il y a des enfants,
puisse hériter d'une
partie de l'héritage lorsqu'il n'y a pas de testament?
M. Aspri (Roberto) : Effectivement.
M. Périgny (Pierre) : C'est
une loi à caractère social qui vise à corriger les écarts qu'on peut... qu'on a
pu... qu'on constate. Donc, je pense que oui, ça implique qu'on passe... qu'on
se rende jusque-là.
M. Jolin-Barrette : O.K.,
mais la mesure qu'on met en place, vous êtes conscients que ça n'enlève pas la
liberté de tester, là. Dans le fond, les parents qui disent : Bien, moi je
veux laisser l'entièreté de mes biens à mon conjoint ou l'entièreté de mes
biens aux enfants puis et ne pas avantager mon conjoint de fait, même si c'est
la mère de mes enfants depuis 30 ans... puis que je laisse 100 % de mon
pécule, de ma fortune à mes enfants, ça, c'est toujours possible de le faire
avec le projet de loi, là.
Des voix : Oui.
M. Jolin-Barrette : O.K. Je
voudrais vous entendre, là, sur la question des REER, là. Vous dites, dans les
points négatifs, là, au point 3 : «Le fait que le patrimoine parental ne
prenne pas en considération les régimes de retraite et REER,
article 3du projet
de loi introduisant l'article 521.30 du Code civil, les cotisations et les
prestations du régime de rentes sont déjà partageables entre les conjoints en
union libre. Un membre sur quatre considère que le patrimoine d'union parental
devrait inclure un partage du régime de retraite et des REER.» Mais là c'est
juste 25 % des gens qui ont répondu à votre sondage qui sont d'accord pour
que les REER soient là. Donc, je comprends qu'a contrario 75 % des
notaires que vous avez sondés sont d'accord pour ne pas mettre les REER, les
fonds de pension, les régimes de retraite dans le régime d'union parentale.
C'est comme ça que je dois le lire.
M. Périgny (Pierre) : Exact.
Vous avez... votre interprétation est correcte.
M. Jolin-Barrette : Pourquoi
vous le mettez dans points négatifs, alors que 75 % des notaires sondés
sont d'accord avec la position du projet de loi?
M. Périgny (Pierre) : Bien,
on a voulu, je pense... parce que ce n'était pas unanime, il y avait des...
parmi les notaires, il y en a qui pensent que le projet de loi n'aurait pas
dû... n'aurait pas dû être déposé, même, parce qu'ils considèrent que c'est...
des commentaires que j'ai lus, là, la liberté...
M. Périgny (Pierre) : ...de
choix est compromise avec le projet de loi, mais... mais la majorité, je pense,
se range... on a voulu, je pense, peut-être... peut-être ne pas... on... on a
voulu faire ressortir cette diversité de position...
M. Jolin-Barrette : Pouvez-vous
me parler, là, dans l'aspect pratico-pratique, là, le rôle du notaire, là?
C'est quoi, le rôle fondamental du notaire en matière de droit de la famille?
Tu sais... (panne de son) ...votre association, là. Quel... Quel rôle le
notaire joue en matière de droit de la famille?
M. Aspri (Roberto) : Bien,
tout d'abord, je pense que dans... le notaire est le... est le professionnel
qui est le plus sollicité dans les questions familiales, dans le sens que ne
serait-ce dans le cas... le cadre de la préparation d'un testament, d'une vente
ou de n'importe quelle transaction, le client, son réflexe, c'est de demander
au notaire c'est quoi... quels sont ses droits. Et d'ailleurs on avait
toujours... Mais, moi, ça fait, quoi, 48 ans que je pratique, là, puis ça
fait... à chaque fois m'arrivent les mêmes questions : Bon, moi, si je
décède demain matin, il arrive quoi si je n'ai pas de testament? Donc, on est
continuellement sollicités par les clients. Tout ce qui s'appelle droit
familial, je pense qu'on a un rôle très important à jouer au niveau de
l'information qu'on véhicule auprès du public.
Alors, c'est pour ça que c'est très
important que nous possédions très, très bien les règles et tout ce qui est,
disons, amené par le projet de loi n° 56, parce que ça va être amené à
chaque jour à nous être demandé. Donc, il faut savoir exactement... on ne veut
pas induire en erreur le public, là, on doit exactement les diriger vers la
bonne décision. S'ils ont à faire un testament, c'est aussi bien qu'ils le
fassent. Sinon, bien, le droit commun va être ces règles-là. Donc, on a un impact
important, je pense, face au public constamment. Chaque jour, on se fait poser
des questions sur le droit familial.
M. Jolin-Barrette : O.K. Dans
votre mémoire, là, vous soulignez, là, qu'il y a deux États fédérés, là,
notamment le... la Nouvelle-Écosse et le Manitoba, qui ont un registre des
couples en union libre. Vous, vous nous dites : Bien, peut-être qu'il
devrait y avoir la même chose au Québec en lien avec le projet de loi pour,
dans le fond, faciliter l'accès aux données au notaire, supposons, quand va
venir le temps de faire la liquidation de la succession ou, supposons, la fin
de l'union ou la vente d'une maison. Quelle forme, selon vous, dans le cadre de
votre proposition, ça devrait prendre... (panne de son) ...vous nous proposez
comme registre, là?
Parce que, tu sais, je vous mets en
contexte, là. Supposons, j'ai un enfant. Là, actuellement, les gens, ils ne
font pas de contrat de vie commune, là. C'est notamment une des raisons pour
lesquelles on vient mettre en place un régime qui va s'appliquer à tout le
monde puis que, s'ils veulent s'en exclure... à partir du moment où vous avez
un enfant, vous devez aller chez le notaire pour avoir... pour vous exclure du
notaire. Là, moi, ce que je comprends du registre que vous nous proposez, ce
serait de dire : Bien, à partir du moment où vous avez un enfant, vous
allez devoir vous inscrire sur le registre. Mais là, déjà, les gens... ils ne
font pas de contrat de vie commune, ils ne font pas les démarches. Ce n'est pas
tout le monde qui a un testament non plus. Donc, comment vous voyez ça, là,
cette opérationnalisation-là? À quoi vous pensez quand vous nous suggérez ça?
• (11 heures) •
Mme Lessard (Mélanie) : B ien,
peut-être avoir accès au directeur d'état civil, qui tient compte des
naissances du nom des pères et mères des enfants, ou Revenu Québec, qui nous
demande qui sont des conjoints de fait.
M. Jolin-Barrette : ...ne signifie
pas, supposons, au registre des naissances, aux acteurs de l'état civil que les
gens sont assujettis au régime d'union parentale parce qu'il y a des critères
associés au régime d'union parental, notamment le fait de s'exposer
publiquement comme étant un couple, le fait de faire vie commune. Alors, ça, ce
n'est pas parce que votre... votre... votre nom est sur le certificat de
naissance... Puis là il y en a de plus en plus, là, qui ont des... supposons,
des projets parental en ayant des enfants mais en n'étant pas un couple. Donc,
qu'est ce qu'on fait avec ça?
M. Aspri (Roberto) : Je
pense... Je pense que, M. le ministre... qu'on est confrontés avec la même
réalité lorsqu'on parle d'une personne qui se déclare célibataire. Il n'y a pas
de registre qui nous dit que le... si des... A priori, si on n'a pas un
certificat de mariage, on n'a pas une preuve de ce lien-là, bon, force est de
croire que la personne est vraiment célibataire, mais il n'y a pas de registre,
donc, si on est confrontés à la même... à la même problématique, qu'on doit se
fier en grande
partie à la déclaration des parties. Par contre, s'il y avait
une façon d'avoir accès à...
Haut de la page
11 h (version non révisé
e) M. Aspri (Roberto) : ...a des
registres qui nous permettraient de confirmer si la personne, surtout en droit
successoral, par exemple, où ça va devenir important pour être capable de
délimiter les masses à partager. Basé sur quoi, on va avoir les notaires
seulement sur la parole d'une des parties? C'est là que ça devenait important d'avoir
soit un registre ou quelque chose...
M. Jolin-Barrette : J'ai une
question pour vous, Me Aspri, avant de céder la parole à ma collègue, mais
exemple, en matière, actuellement, là, de succession, là, testamentaire, là, le
notaire fait la recherche testamentaire, bon, au registre, mais cependant, ça
ne veut pas dire qu'il n'y a pas de testaments olographes qui ont été
enregistrés par la suite, là.
M. Aspri (Roberto) : Oui,
vous avez raison.
M. Jolin-Barrette : Bien, qui
n'a pas... qui ont été enregistrés, qui ont été faits.
M. Aspri (Roberto) : Non,
puis d'ailleurs, comme vous le savez, il y a seulement deux registres
officiels, là, de... absolus, du Barreau du Québec, celui de la Chambre des
notaires. Alors, il n'y a pas de registre sur les testaments olographes. Je
crois qu'il y a une firme qui a tenté de le faire, mais c'étaient des... les
entreprises privées, donc c'était hautement risqué. Un exemple, si cette
société-là faisait faillite demain, où iraient toutes ces données-là? Alors
donc, et vous avez raison, le... Mais, par contre, le public, il est... il a le
choix de se... bien se protéger en allant voir le notaire ou aller voir un avocat
pour faire son testament, qui va être inscrit à ce moment-là dans un registre,
donc qui ne sera pas perdu. Alors, on a assisté parfois à des successions dans
lesquelles le testament a été découvert dans un livre de la bibliothèque 20 ans
après, alors c'est trop tard, les biens ont déjà été distribués.
M. Jolin-Barrette : Oui, je
comprends. Je vous remercie, Me Aspri, merci d'être venu en commission
parlementaire. J'ai des collègues qui veulent vous poser des questions.
Le Président (M. Bachand) : Merci.
M. Aspri (Roberto) : Merci,
M. le ministre.
Le Président (M.
Bachand) : Mme la députée de Vimont.
Mme Schmaltz : Il reste
combien de temps?
Le Président (M.
Bachand) : 5 minutes.
Mme Schmaltz : O.K., parfait.
Merci. Merci, M. le Président. Merci. Bonjour à vous trois. Merci de votre
présence. Ma question concerne la validité du consentement. Quelles sont les
précautions qui vont être prises par les notaires, justement, pour s'assurer de
la validité? C'est... C'est ma question.
M. Périgny (Pierre) : ...à l'époque...
à l'époque... Est-ce que vous m'entendez?
Mme Schmaltz : Oui.
Le Président (M.
Bachand) : Oui, là, on vous entend bien,
oui.
M. Périgny (Pierre) : Oui.
À... lorsque... Dans le fond, c'est... On peut penser à un mécanisme semblable
à celui qui s'est appliqué lorsque le patrimoine familial a été instauré en
1989, où les couples pouvaient se désengager pendant... Ils avaient un an et
demi, on a revérifié... on n'était pas certains si c'était six mois ou un an et
demi, mais ils avaient un an et demi pour se désengager, aller chez le notaire,
puis les notaires, bien là, évidemment, s'assureraient du consentement des deux
parties. Donc, ça veut dire prendre des précautions... additionnelles puis s'assurer
qu'il n'y ait pas de, excusez, tordage de bras. À l'époque, j'en ai...
Moi-même, j'ai... dans une autre vie, j'ai été notaire et puis j'ai vécu cette
période-là, puis il fallait faire particulièrement attention. Mais je pense
que... je peux dire que... je pense que les notaires s'en sont bien sortis avec
cette réforme-là, puis je ne vois pas pourquoi ça ne serait pas le cas
éventuellement.
M. Aspri (Roberto) : Je crois
aussi qu'il y a certains indices qui nous indiquent que... Moi-même, pour avoir
passé certains contrats de mariage même... ou si je vois dissensions puis je
vois qu'il y a comme de la captation quelque part ou, bien non, c'est forcé, je
demande, à ce moment-là, que les parties se retirent, qu'ils discutent entre
eux encore parce que je ne pense pas qu'ils sont d'un commun accord. Alors, c'est
le rôle du notaire, justement, de... de faire en sorte que le consentement est
éclairé et, aussi, un consentement qui est volontaire et qui n'est pas forcé d'une
part ou d'autre.
Mme Schmaltz : Parfait.
Merci. J'ai encore le temps? Oui. Merci. Alors, on constate que 65 % des
couples qui sont en union libre ne font pas leur testament. Comment vous
expliquez un chiffre aussi élevé? Est-ce que c'est parce que vous constatez que
les gens croient qu'ils ont les mêmes avantages qu'un couple qui est marié, c'est
ce qui explique cette forte hausse?
M. Aspri (Roberto) : Je
crois, personnellement, comme je vous dis, je... pas que je veux révéler mon
âge, là, mais, après 48 ans de pratique, je pourrais vous dire que les
conjoints de fait ont véritablement l'impression qu'ils ont des droits et ils
sont tous surpris quand ont dit : Non, vous n'avez absolument aucun droit.
S'il y avait décès demain de votre conjoint, c'est seulement vos enfants. Si
vous avez des enfants, si vous n'avez pas d'enfant, vous allez avoir de la
grande visite dans la maison parce que c'est la famille du conjoint qui va
embarquer, là. Alors donc, c'est là qu'ils font leur testament parce que, là,
ils réalisent qu'ils se pensaient, eux... qu'ils étaient protégés parce que ça
faisait deux ans, cinq ans ou 20 ans qu'ils étaient ensemble, mais ça n'a
absolument aucune incidence. Alors, je... par mon expérience...
M. Aspri (Roberto) : ...je
vous dirais qu'en grande
partie c'est qu'il y a cette croyance qu'ils ont des
droits comme les conjoints à partir d'un certain délai, mettons deux ans ou
trois ans qu'ils sont ensemble.
Mme Schmaltz : O.K. Et puis
est-ce que ce sont principalement de jeunes couples qui pensent encore de cette
façon-là? Parce que c'est assez étonnant, avec le nombre d'annonces qu'on
entend là-dessus, il me semble que ça fait longtemps qu'on le dit, qu'on l'a
répétée, l'importance, justement, de faire un testament. Donc, de voir encore
des chiffres aussi élevés est assez surprenant. Est-ce que, de votre côté, il y
a un plan, justement, de communication qui avait été fait ou... Là, c'est sûr
que ça va changer, mais bon.
M. Aspri (Roberto) : Ce
serait important de le faire, un plan médiatique national d'importance, parce
que je... Puis moi, je l'ai remarqué de tous les couples, ce ne sont pas
seulement que les jeunes, bien au contraire, même les couples que ça fait 20,
30 ans qu'ils sont ensemble, ils sont tout surpris... bien là, moi, je pensais
qu'on était protégé, qu'il y avait quelque chose quand même qui... Ils se
réfèrent à certaines autres provinces, certains autres États, comme
particulièrement en Ontario, je crois que c'est deux ans de vie commune, ça
donne des droits, certains des droits de la personne mariée, mais, ici, ils
sont tout surpris qu'ils n'ont absolument rien, ils n'ont aucune protection.
Et c'est pour ça que le projet de loi no
56, en tout cas, pour nous, l'union, était... était vraiment quelque chose
qui... il était temps que ça vienne, parce que ça vient légiférer puis ça vient
donner, maintenant, des droits, ça vient clarifier ce tableau qui était quand
même nébuleux jusqu'à maintenant.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. M. le député de
l'Acadie, pour 10 min 24 s.
M. Périgny (Pierre) : Si vous
permettez...
Le Président (M.
Bachand) : Oui, Me Périgny, rapidement.
M. Périgny (Pierre) : Oui,
oui. Juste pour répondre, renchérir, c'est... Il y a des lois à caractère
social au Québec qui créent cette confusion-là. Mme Belleau, dans son mémoire
qu'elle a transmis, là, la chercheuse de l'INRSS, a cité, je pense... a fait un
bon inventaire de tout ce qu'on a comme loi où les conjoints de fait sont
reconnus. Puis ça, moi qui enseigne dans le... dans le réseau... collégial,
pardon, je peux vous le dire, jeunes ou moins jeunes méconnaissent leurs...
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. M. le député
d'Acadie, pour 10 min 24s.
M. Morin : Alors, merci.
Merci, M. le Président. Me Aspri, Me Lessard, Me Périgny, bonjour. Merci pour
votre mémoire et l'éclairage que vous apportez à la commission.
J'ai quelques questions pour vous.
D'abord, parlez-moi de la date du 30 juin 2025. Il semble y avoir un délai, là,
il va y avoir un délai. Donc, il y a certains couples en union de fait et en
union parentale qui ne seront pas couverts. Est-ce que vous pensez qu'on
devrait attendre en juin 2025 ou si la loi devrait être d'application
immédiate, quelque temps après sa sanction?
Des voix : ...
• (11 h 10) •
M. Aspri (Roberto) : Vas-y,
Mélanie.
Mme Lessard (Mélanie) : ...dans
nos recommandations de l'appliquer pour ne pas laisser tomber ces 400 000
couples là.
M. Morin : Je vous remercie.
Le projet de loi va créer un patrimoine d'union parentale, c'est l'article 3 du
projet de loi, mais l'union parentale va être composée, entre autres, de la
résidence familiale, des droits qui en confèrent l'usage, des meubles, des
véhicules automobiles utilisés pour les déplacements de la famille. D'autres
experts nous ont dit que ça n'allait pas assez loin.
Évidemment, si on veut protéger et faire
un partage de biens qui ont... utilisés par la famille, on pourrait en
rajouter. Donc, selon vous, est-ce que c'est complet ou si on ne devrait pas
prévoir plutôt tous les biens, meubles ou immeubles, qui sont utilisés pour les
fins de la famille?
Le Président (M.
Bachand) : Me Aspri? M. Périgny?
M. Périgny (Pierre) : Je
pense que je vais... Je peux peut-être... Je pense que c'est un premier jet qui
est fait avec ce projet de loi là. Il n'y avait rien, donc. Je pense qu'il y a
une question de proportionnalité, là. Si les gens veulent avoir tous les effets
du mariage ou l'union civile, bien, ils ont la possibilité de se marier et de
s'unir civilement. Par contre, au niveau... d'un point de vue social, bien, on
sauve un peu, là... excusez, on sauve un peu les meubles en permettant au
couple en union de fait qui ne sont pas toujours... dont les unions se sont
formées comme ça, assez rapidement, sans trop y réfléchir... bien, on vient
peut-être...
M. Périgny (Pierre) : ...établir
un minimum pour eux. C'est un peu comme ça, je pense qu'on le perçoit, mais il
n'y a pas de... Je n'ai pas senti chez les membres, à part peut-être
l'observation qu'on a fait, là, certains pensaient que ça n'allait pas assez
loin, mais ce n'était pas non plus partagé, comme j'ai mentionné au ministre
tantôt, là, par l'ensemble des notaires.
Donc, moi, j'en déduis que du groupe des
gens de l'Union des notaires, c'est... ça semble être un minimum, là, qui
satisfait.
M. Morin : Toujours à
l'article 3, à l'article 521.33 du projet de loi, toujours dans le patrimoine
d'union parentale, le législateur indique que «les conjoints peuvent, en cours
d'union, par acte notarié en minute, à peine de nullité absolue, se retirer
d'un commun accord de l'application des dispositions du présent chapitre». Donc,
contrairement au patrimoine familial, on pourra sans exclure, le patrimoine
d'une union parentale, on pourrait, évidemment, ça a des conséquences, ça peut
avoir des conséquences énormes. Est-ce que vous êtes d'avis que, pour décider,
chaque conjoint devrait consulter un notaire différent, devrait obtenir une
opinion juridique, chacun, pour bien comprendre les enjeux, éviter toute forme
de pression puis s'assurer que le consentement est valide ou si, comme c'est
là, ça semble dire qu'un seul notaire pourrait conseiller les deux parties?
Mme Lessard (Mélanie) : Un
notaire est impartial de par sa nature. Je crois qu'il saura conseiller bien
les deux parties et expliquer tous leurs leurs droits, devoirs, obligations ou
leurs pertes, en cas de non-application de ce patrimoine-là.
M. Morin : Parfait. Je vous
remercie. Le régime qui est prévu ne parle pas de pension alimentaire, mais
bien de prestation compensatoire. Certains suggèrent qu'il devrait y avoir des
lignes directrices. Quelle est votre... quelle est votre opinion là-dessus?
M. Périgny (Pierre) : Bien,
c'est sûr que faire la preuve devant les tribunaux pour obtenir une prestation
compensatoire, c'est complexe. C'est pour ça, peut-être que, un, en
titre de
mesure additionnelle, on a rajouté à notre présentation que, possiblement, un
droit aux aliments, en plus, peut-être sans ôter le droit à la prestation
compensatoire, sans toucher à cette mesure-là, peut-être, oui, elle devrait
être bonifiée. On n'a pas de position précise sur ce qui devrait être fait,
mais, par contre, pour peut-être améliorer le sort, le fait de permettre le
droit aux aliments, c'est peut-être un peu plus facile. Parce qu'on peut penser
que, lorsque le couple, la dissolution survient, on cherche les mesures les
plus rapides, puis probablement qu'une pension alimentaire, c'est peut-être
plus facile, les critères d'octroi sont peut-être... peuvent être pensés de
façon à ce que cette aide-là vienne plus rapidement, puis peut-être, quitte à
ce que par la suite, la prestation compensatoire puisse être demandée. Mais il
n'y a pas de... on ne s'est vraiment penché sur les critères comme tels, la
prestation compensatoire. Donc, on n'a pas... on n'a pas élaboré davantage.
M. Morin : Je vous remercie.
Juste pour bien, pour bien vous saisir, est-ce que ce que vous suggérez qu'il
devrait y avoir une pension alimentaire et, en plus, la possibilité d'une
prestation compensatoire ou juste la prestation compensatoire?
M. Périgny (Pierre) : On
pense que la prestation compensatoire, c'est c'est quelque chose qui devrait
rester, mais vu la difficulté peut-être d'obtenir cette prestation
compensatoire, ce n'est jamais facile, devant les tribunaux, de faire cette
démonstration-là. Le droit aux aliments, par exemple, de trois à six mois, tout
dépendant ce que le législateur pourrait considérer comme raisonnable, bien, ça
peut constituer une aide assez... qui peut venir assez rapidement, qui peut
être octroyée assez rapidement, puis qui va peut-être permettre au conjoint de,
qui est défavorisé dans le couple, de reprendre un peu l'ascendant sur la
situation qu'il vit au moment où la rupture survient.
M. Morin : Un peu plus tôt,
la professeure Malacket nous disait que, dans un régime de droit civil, ce qui
est le nôtre, la prestation compensatoire est plus conforme au droit civil, la
pension alimentaire serait plus de régime de common law. Pour vous, est-ce que
ça pose un enjeu particulier si on veut garder l'intégrité de notre droit
civil... ou, enfin, j'aimerais ça vous entendre là-dessus.
M. Périgny (Pierre) : Je vais
laisser mes collègues répondre, mes confrères...
M. Aspri (Roberto) : ...je ne
pense pas qu'on perde notre caractère par le fait qu'on joindrait... qu'on
permettrait les deux. L'opinion que vous soumettez a ses mérites, mais je pense
que, dans le cas ici, lorsqu'on a une question de rupture, c'est quand même
assez important, c'est grave, même, puis il faut aussi penser à quelles
seraient les mesures les plus efficaces et les plus rapides qu'on puisse amener
à une telle situation. C'est une situation quasiment d'urgence. Donc, je crois
effectivement que le droit aux aliments va être beaucoup plus facile à
consentir que l'autre, la prestation compensatoire. Et dans un esprit
d'urgence, je pense, c'est ça, il faut l'expliquer du côté humain, beaucoup
plus qu'une question légale ou de juridiction.
M. Morin : D'accord. Donc, en
fait, vous, vous n'auriez pas d'inconvénient à ce qu'on crée, par exemple, un
régime de pension alimentaire avec une grille qui pourrait s'appliquer
évidemment aux enfants issus de l'union parentale?
M. Aspri (Roberto) : Oui,
oui.
M. Morin : Et dans un cas
comme ça, ça s'appliquerait à tous les enfants ou ceux nés après le
30 juin 2025?
M. Aspri (Roberto) : Bien,
nous, on préconiserait plutôt que même à tous les enfants parce que,
finalement, on se trouve à exclure... comme disait Me Lessard, tantôt, on
exclurait 400 000 couples d'un coup, là. Parce que, bon, je
comprends, il faut commencer quelque part, mais d'un autre côté, je pense qu'on
pourrait... on rendrait beaucoup plus justice si on inclurait ces gens-là qui
sont quand même 400 000 couples, là. Ce n'est quand même pas mineur,
là, comme effet.
M. Morin : Parfait. Puis en
matière de règles successorales ou de règles de dévolution, avez-vous des
recommandations à faire? Est-ce que le projet de loi vous semble satisfaisant
ou si on peut l'améliorer davantage?
M. Périgny (Pierre) : Bien,
on avait... On a soumis l'idée que... puis bien qu'on n'en ait pas fait de
recommandation, que les couples qui vivent... les conjoints de fait qui ne
répondent pas à la définition de couple en union parentale, puissent...
peut-être, qu'on puisse réfléchir à la possibilité qu'ils puissent hériter l'un
de l'autre. Parce que, souvent, ces personnes-là qui sont depuis longtemps
ensemble, qui n'ont pas nécessairement eu d'enfants, ont acquis des biens
ensemble et ils ont contribué à ériger un petit patrimoine ensemble. Donc,
c'est quelque chose auquel on devrait réfléchir, mais qu'on n'a pas vu la
nécessité d'en faire nécessairement une recommandation à ce stade-ci.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. M. le député de
Saint-Henri—Sainte-Anne.
• (11 h 20) •
M. Cliche-Rivard : Merci
beaucoup. Merci pour votre présentation. Des petites questions juste
d'éclaircissement pour bien comprendre les positions. Je vois dans vos points
faibles, vous parlez le fait que le projet de loi ne s'applique qu'aux couples
en union libre avec enfants, là. Vous mentionnez ça à la page... je pense à
votre page 3. Juste pour bien comprendre, est-ce que votre suggestion,
c'est une application immédiate pour tous les conjoints de fait, enfants ou
pas, juin 2025 ou pas? Est-ce que c'est ce que vous visez comme application mur
à mur avec un droit de complet... un droit de retrait, pardon, complet pour
tout le monde ou pas pour tout le monde? Est-ce que vous voyez une différence
quand il y a des enfants, pas de différence? Une question que je pose aussi,
là. Puis est-ce que vous voyez, bon, la possibilité de retrait sur la résidence
familiale? Non? Bref, j'essaie de bien comprendre votre positionnement
finalement, là, dans le régime global que vous proposez, là, considérant que
vous mettez ça dans vos points faibles, là.
M. Aspri (Roberto) : Oui.
Bien, personnellement, je pense que dans le cadre que nous, ce que nous
soumettons, c'est qu'en réalité il reste quand même que le couple a le choix
encore de se marier aussi s'ils veulent avoir tous ces autres éléments-là.
Donc, le régime complet de protection, bien, ils n'ont qu'à se marier. C'est un
choix, là, c'est un couple, ils doivent décider, eux, c'est quoi qui fait...
qui est plus le modèle d'union qu'ils veulent avoir. Et je pense que, par le
mariage, ils auraient droit à ces protections-là qui sont le patrimoine
familial mur à mur que vous dites ou... Mais, par contre, s'ils veulent y aller
moitié chemin, bien, ils ont d'autres avenues, ils ont d'autres opportunités,
là, qu'ils peuvent saisir. Donc, je ne pense pas que le régime actuel, celui
proposé par le projet de loi n° 56, devrait se
rapprocher à ce point là du couple marié. Ils ont l'option aussi, là, de faire
le couple de... comme ils ont aussi l'option de faire un testament.
Alors, vous savez, il y a... le projet de
loi n° 56 vient amener une protection supplémentaire
pour ceux qui n'ont pas prévu ni de testament ni de contrat de mariage...
M. Aspri (Roberto) : ...rien
de tout ça. Bien là, il y a au moins une règle, là, un régime légal, un peu
comme la société d'acquêts est venu combler le fait... le régime. Il y a un
régime légal. Si vous n'en faites pas un par contrat de mariage, il va y en
avoir un qui va vous être attribué par l'État, et c'est la société d'acquêts,
alors...
M. Cliche-Rivard : Et qu'en
est-il sur la distinction entre l'union libre avec enfants ou sans enfant?
Parce que, là, le projet de loi, bon, vient débuter le régime avec l'enfant,
alors que, là, vous le dites, là, les unions libres sans enfants, eux, n'ont
pas de protection supplémentaire. Où est-ce que vous êtes sur votre
positionnement entre... du fait que l'enfant entre dans la vie des parents ou
qu'il n'y a pas d'enfant dans le régime? Êtes-vous à l'aise avec la
proposition?
M. Périgny (Pierre) : Bien,
en fait, c'est ce qu'on a voulu faire ressortir, peut-être... c'était que
c'était... le voyait comme une faiblesse. Par contre, ce que nous on a... en
équipe, on a considéré, c'est ce que j'ai expliqué tantôt, c'est-à-dire on
s'est questionné, est-ce que... nécessairement une mauvaise... Est-ce que ça
serait une bonne mesure que de permettre à des gens qui ne sont pas... qui
n'ont pas d'enfants de pouvoir hériter, là, ça sans que les autres effets du
patrimoine d'union... de l'union parentale s'appliquent à eux? C'est-à-dire on ait...
que pour ces gens-là, peut-être, la possibilité d'hériter, ceux qui n'ont pas
d'enfants. Mais ce qu'on a voulu faire ressortir, c'est surtout... ce n'est pas
nécessairement... c'est certains points faibles qui ont été soulignés par des
notaires, on a voulu les présenter aussi, mais on pense que l'union parentale
telle qu'elle est actuellement, en tout cas, c'est un point de départ
intéressant, si vous voulez.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. M. le député
Jean-Talon.
M. Paradis : Merci beaucoup.
Dans votre échange, tout à l'heure, avec le ministre, vous avez parlé un petit
peu de la méthodologie de votre enquête maison. J'aimerais revenir un petit peu
là-dessus, parce que, pour moi, en tout cas, comme député, ce que les notaires
pensent des questions qu'on aborde, c'est très, très, très important. Vous
l'avez mentionné aussi tout à l'heure, vous jouez un rôle d'accompagnement,
vous préparez certains des documents les plus importants dans la vie des
couples du Québec. Et là je sais qu'on va entendre les collègues de
l'Association professionnelle des notaires du Québec demain. Je n'ai pas encore
vu leur mémoire. Vous avez un collègue qui vous suit, Me Jean Lambert, qui
était dans le comité Roy, qui, lui, en tout cas, insiste beaucoup pour le...
sur le fait que les solutions proposées sont les bonnes.
Et vous, vous arrivez avec des points
quand même importants, là, sur le fait que l'union parentale ne s'applique
qu'aux couples en union de fait à partir du 29 juin 2025. Ensuite, que c'est
seulement aux couples en union libre avec enfants que ça s'applique. C'est des
points très importants. Donc, qu'est-ce qui fait que vous avez déterminé que
c'est dans les points forts ou dans les points faibles? Combien de gens on dit
ça ou on dit ceci? Parce que, pour nous, comme députés, c'est important de voir
ce que vous pensez des mesures qui sont proposées dans le projet de loi.
M. Périgny (Pierre) : Bien,
je vais répondre, parce que c'est moi... Le sondage qu'on a préparé, il fallait
quand même faire ressortir rapidement. Moi, j'ai affaire à... on a affaire à
des praticiens, essentiellement, là, ça ne veut pas dire que c'est
essentiellement des... uniquement des praticiens, dans la... dans cette
association, mais il y a quand même une bonne portion de praticiens. Donc, on a
fait ressortir un certain nombre de points forts de la loi de... qui
découlaient de la loi, d'autres qu'on considérait comme étant des points
faibles, avec la possibilité de commenter. Est-ce que c'est un point fort? Les
gens pouvaient commenter aussi par rapport à ce qui était des points forts,
pour en rajouter ou encore aussi, au niveau des points faibles, bien, rajouter.
Donc, ils n'étaient pas limités par les choix qu'on avait faits. L'idée
c'était... a on a mis les articles de loi aussi pour qu'ils puissent y référer
au besoin, et, bien, c'est comme ça qu'on a procédé.
On a reçu... un certain nombre de membres
nous ont répondu, puis on a essayé de mettre de l'avant un peu ce qui
ressortait de plus... parmi les points forts, parmi les points faibles.
M. Paradis : Est-ce que vous
avez des pourcentages sur les différents points que vous avez mis de l'avant
d'un côté ou de l'autre?
M. Périgny (Pierre) : Je
pense que oui, attendez un instant.
Le Président (M.
Bachand) : ...terminé, Me Périgny. Alors,
je voulais juste vous remercier, Me Aspri, Me Lessard, Me Périgny, d'avoir été
avec nous aujourd'hui.
Et cela dit, la commission suspend ces
travaux quelques instants. Merci.
(Suspension de la séance à 11 h 27 )
(Reprise à 11 h 31)
Le Président (M.
Bachand) : À l'ordre, s'il vous plaît. La
commission reprend ses travaux. Il nous fait plaisir d'accueillir Me Jean
Lambert, notaire. Alors, merci beaucoup d'être avec nous.
Comme vous savez, vous avez
10 minutes de présentation, après ça, on aura un échange avec les membres
de la commission.
Alors, je vous cède la parole, Me Lambert.
Merci beaucoup, encore une fois, d'être ici.
M. Lambert (Jean) : Merci, M.
le Président. Alors, Jean Lambert, notaire praticien. J'ai été président de la
Chambre des notaires de 1984 à 1990, donc huit grandes commissions
parlementaires sur le nouveau Code civil. De 2009 à 2014, ça, ça a été le Code
de procédure civile, puis il y a eu d'autres commissions parlementaires. Donc,
j'en suis à ma 18 ᵉ...
Haut de la page
11 h 30 (version non révisé
e) M. Lambert (Jean) : ...dont
une à la Chambre des communes. Alors donc, c'est pour ça que l'invitation m'a
plu beaucoup, mais je comprends que c'est sans doute suite à l'article dans la
Presse du 12 avril et aussi ma qualité de l'un des 10 membres du comité
consultatif sur le droit de la famille, qui a été mis sur pied au printemps de
2013, à la suite du jugement Éric et Lola.
Et, M. le Président, le comité
consultatif, ça a été des travaux intenses et sérieux qui se sont étendus sur
deux années, à raison de deux pleines journées aux 15 jours, plus les travaux,
évidemment, préparatoires, hein, et ça a donné pour résultat ce document.
Certains vont dire que les propositions,
ça vient d'un groupe qui était déconnecté. Là-dessus, je peux vous dire que le
comité a suivi l'évolution de la parentalité, conjugalité, utilisons tous les
mots, au Québec, et tout au long de ces travaux, nous avons été éclairés par la
sociologue et démographe de grande réputation Céline Lebourdet, qui était l'un
des 10 membres de la commission. Elle a d'ailleurs écrit le
chapitre II de ce
rapport avec la collaboration d'une autre sommité dans le domaine, la Pre
Évelyne Lapierre... On avait aussi trois avocates spécialisées en droit de la
famille et litiges matrimoniaux. Je me demande qu'est-ce que ça prend pour être
plus connecté.
Vous me permettrez donc de rendre hommage,
et je ne suis pas flagorneur, au notaire général et ministre de la Justice d'avoir
donné suite à ce rapport, alors que ses prédécesseurs ont tergiversé. On en est
au troisième volet, aujourd'hui, et je suis très heureux d'y participer.
Rapidement, un énoncé général. Évidemment,
je suis tout à fait d'accord avec l'approche du projet de loi, qui est fondée
sur le respect de la volonté et des libertés... de l'autonomie et de la
volonté, devrais-je dire. Cependant, avec la limitation lorsqu'un enfant arrive
dans le couple, parce que, pour les Québécois, la présence d'un enfant, son
bien-être, son évolution, son développement, c'est aussi une valeur reconnue et
chérie. Alors donc, c'est la raison pour laquelle le projet de loi est devant
nous, pour cette raison. Alors, souvent, on a eu des questions, j'ai entendu...
je vais plutôt attendre que les parlementaires me posent des questions, mais
vous comprenez donc que je suis tout à fait d'accord avec la philosophie.
Et j'aimerais parler de deux mesures
phares. Évidemment, on est dans le cadre d'une philosophie de compensation. Il
n'est pas question de solidarité, il n'est pas question d'union économique, mais
on vient compenser le conjoint qui, d'une façon prépondérante, s'occuperait de
l'enfant, verrait à son développement, ses soins, etc., et qui a subi un
désavantage. Alors, le comité, dont je faisais partie, trouvait tout à fait
juste que ce conjoint-là soit compensé. Alors, c'est la philosophie.
Et ce qui est intéressant, dans ce qui est
proposé ici, parce que, souvent, la question des capacités financières pour la
personne qui doit faire valoir ses droits, c'est majeur... ici, l'article
521.45 permet au juge d'ordonner une provision pour frais. Donc, on vient
faciliter.
Par contre, comme membre du comité, je
persiste à dire qu'il devrait y avoir des lignes directrices, un peu sur le
modèle des pensions alimentaires pour enfants. Pourquoi? Bien, ça permet aux
conjoints de pouvoir mieux, eux-mêmes, en arriver à une entente, la définir,
définir le montant. C'est un meilleur accès à la justice, puis on espère que,
ce faisant, ça déjudiciarise. Et le notaire général s'est fait fort, depuis
plusieurs récentes législations, de faciliter l'accès à la justice. D'ailleurs,
on sait que c'est probablement la marque de sa présence au Conseil des
ministre