Transportation and the Environment — 29 January 2015 (41st Legislature, 1st Session)
CTE 2015-01-29
Quebec — Committees
Vous le
savez, on est dans une situation où la consommation est en évolution.
La consommation responsable est beaucoup plus forte dans d'autres pays, notamment
en Europe. Ici, on est dans une situation où il y a une certaine progression. Notre indice démontre depuis les cinq
dernières années une progression assez intéressante, mais on est dans
une moyenne qui est plutôt correcte. Ça dépend, finalement, des types de
comportements des citoyens québécois.
qu'on remarque, par contre, depuis la crise économique, c'est qu'il y a
une volonté de la plupart des citoyens de
changer de mode de consommation et de changer de type de pratiques au niveau
de la consommation. Et ça, on le voit internationalement,
dans la plupart des pays. Donc, pour faire très rapidement, ce qu'on remarque au
niveau des consommateurs québécois, premier constat, ils consomment moins, ils
veulent consommer mieux et ils consomment différemment.
Et ça, forcément, ça a des implications au niveau de la plupart des
parties prenantes de la société québécoise.
Ils consomment moins, c'était indiqué dans le rapport. Les derniers chiffres le
démontrent encore, des pratiques de déconsommation
qui sont en hausse. On se rend compte que c'est le comportement de consommation
qui, les cinq dernières années, a le
plus augmenté au Québec. Donc, des
consommateurs qui ont une vision très réductrice de la consommation aujourd'hui. De plus en plus de consommateurs
veulent consommer moins et veulent consommer uniquement les produits et
les services dont ils ont besoin. Donc, vous regarderez les chiffres plus en
profondeur.
On remarque aussi
depuis la crise économique une progression du «fait maison». Donc, de plus en
plus de consommateurs ne vont pas acheter les produits et les biens, vont
finalement, par eux-mêmes, fabriquer leurs propres produits. C'est essentiellement dans les questions de cuisine, de rénovation, de
seconde vie des objets, de réparation. Et, finalement, on se rend compte
aussi qu'on a des Québécois qui sont de
plus en plus prêts à boycotter les
entreprises qui ne s'engagent pas,
donc les entreprises qui ne vont pas aller vers l'approvisionnement responsable
et les entreprises qui ne vont pas
offrir des produits et des services responsables. Vous avez des statistiques
d'une étude qu'on a menée l'année dernière
pour le Conseil québécois du commerce de détail qui montrent qu'on a des...
statistiques qui vont entre 30 %
et plus de 40 % des Québécois qui sont prêts à boycotter ce type d'organisation,
et notamment, en particulier, les détaillants. Donc, assez intéressant à
ce niveau-là.
Ensuite, les
Québécois consomment mieux, et là c'est assez fort. Le phénomène le plus
important, c'est le phénomène de
consommation locale. Et ce qui est pertinent, c'est de se rendre compte que la
consommation locale touche tous les
Québécois. Ce ne sont pas les consommateurs les plus responsables qui ont des
intérêts envers la consommation locale,
ce sont aussi bien des non responsables, des moyennement responsables que des
responsables. Tous les consommateurs vont
vers les produits locaux. Il y a un intérêt qui est extrêmement fort, c'est le
deuxième comportement de consommation responsable
aujourd'hui au Québec dans notre indice. Depuis cinq ans, il y a une
augmentation de deux points. Donc, il y
a vraiment des consommateurs qui privilégient l'achat de produits locaux, qui
vont vers des commerçants locaux. Donc, on voit qu'il y a un retour vers, je dirais, l'achat local. On peut le
voir aussi dans de nombreuses publicités, de plus en plus détaillants
verts vont vers l'achat local.
Parmi
le top 20 des produits écoresponsables les plus plébiscités par les
consommateurs québécois, neuf sont de produits
locaux. Ça, c'est une nouveauté ces dernières années. Huit sont des produits
alimentaires, c'est normal. Mais, pour la première fois, on voit
apparaître des produits non alimentaires, qui sont les meubles.
a mené une étude pour le MAPAQ l'année dernière sur les produits locaux et sur
les produits à appellation réservée.
Là aussi, des résultats très, très encourageants, on voit, pour presque huit
Québécois sur 10, si le terme «local» est
apposé sur un produit... là on voit que ça bonifie complètement le produit.
Donc, il y a vraiment une volonté pour les consommateurs d'aller vers les produits locaux, puisque quasiment six
sur 10 veulent à tout prix trouver sur l'étiquette l'origine des produits, le lieu de fabrication.
Donc, c'est quelque chose d'extrêmement important. Pourquoi? Motivation
privilégiée, bénéfice fonctionnel. Pour eux, ce sont des produits qui sont de
meilleure qualité, qui sont meilleurs. Et, deuxièmement,
bien entendu, on va vers des bénéfices éthiques. Ils veulent favoriser leur
économie locale. Donc, il y a cette volonté qui est extrêmement forte chez les
Québécois. On retrouve les mêmes types de statistiques en France, par
exemple.
Ensuite,
bien entendu, dans le «consommez mieux», on va retrouver la consommation écologique,
qui est toujours très présente chez
les Québécois. C'est la première motivation à la consommation responsable, ils
veulent, à tout prix, rechercher des
bénéfices environnementaux. On voit que c'est encore la croissance des produits
et services verts qui est la plus
importante, plus que les produits et services équitables et plus que les
produits et services sociaux. On voit qu'ils vont vers l'achat de
produits plus durables, recyclables, faits à partir de matières recyclables.
2014, on avait mené une étude pour Éco Entreprises Québec sur l'intérêt des
Québécois pour les écoemballages. Là aussi, on voit qu'il y a une
demande pour ce type de produits. La problématique, c'est que l'offre n'est pas
encore importante. Donc, le marché n'est pas
là, mais la demande est là. Donc, les consommateurs sont prêts à aller vers ce
type d'emballage, vers des produits plus écoconçus, mais les entreprises
n'offrent pas encore assez ce type de produits.
Troisième
élément pour terminer sur le portrait, pour faire rapidement, les Québécois consomment différemment. C'était mentionné dans le rapport par rapport à nos statistiques. Premièrement, le marché de seconde main, qui est en très
forte progression, donc tout ce qui concerne l'achat d'occasion. On a beaucoup
parlé cette année, notamment avec Revenu Québec,
qui voulait mettre une taxe spécifique... En 2013, nous avions mené une étude
pour Kijiji là-dessus. C'est évident que c'est un marché qui est
en très forte progression. Vous avez des statistiques là-dessus, plus de
73 % des Québécois, entre 2013 et 2014,
pratiquaient l'achat d'occasion. Plus de 40 % avaient pratiqué la vente de
produits d'occasion. On avait même
plus de 15 % des Québécois qui avaient, au moins, acheté 10 produits
d'occasion. Les statistiques sont encore
plus importantes cette année, et nous publions, au mois de février prochain, un
indice canadien de la seconde vie des
objets, aussi en partenariat avec Kijiji, qui va démontrer que la province du
Québec est en retard par rapport, notamment, à l'Ontario, à l'Alberta et à la Colombie-Britannique. Donc, ce sont des
pratiques, l'échange, la location, l'achat d'occasion, le don... On est aussi en retard, mais ça
progresse. Donc, là, le danger, entre guillemets, c'est surtout un danger pour
le secteur économique traditionnel.
M. Durif
(Fabien) : Il reste une
minute. Ensuite, phénomène de la consommation collaborative, vous le savez,
extrêmement important, qu'est-ce qui se
passe? L'usage prédomine sur la propriété. Là aussi, les consommateurs
s'éloignent du
système de consommation traditionnel. Ils ne veulent plus passer par le système
de consommation marchand, ils veulent consommer
entre eux, via les plateformes de systèmes collaboratifs. Là aussi, il y a un
danger, finalement, si on se met du
côté du système de consommation traditionnel. Si on se met du côté du
consommateur, ce n'est pas un danger, c'est des raisons économiques et
des raisons ensuite environnementales.
termine, 30 secondes. Les Québécois sont prêts à valoriser les pratiques
écoresponsables, crédibilité pour les entreprises,
image perçue qui est meilleure. Comme mentionné dans notre étude, forte
méfiance des citoyens consommateurs envers
tous les acteurs qui se mettent dans ce secteur-là. Les statistiques sont
catastrophiques sur la publicité environnementale des marques, sur l'engagement en matière de
développement durable des marques. Vous avez à peine 15 % des citoyens
qui croient en l'engagement des entreprises
en matière de développement durable. Donc, il y a énormément de travail
à faire là-dessus...
Le Président (M.
Bérubé) : Merci.
M. Durif (Fabien) : ... — et je
termine en 10 secondes — énormément de problèmes d'information. Donc, on a un problème, méfiance envers la certification. Les
citoyens veulent de l'information, et l'information qui est transmise,
ils n'y croient pas et ils manquent d'information là-dessus. Donc, c'est à
partir de ça que vous retrouverez quelques recommandations
qu'on a faites dans le projet, mais je me suis plus concentré, finalement, sur
un état des lieux que des recommandations.
Président (M. Bérubé) : Merci, M. Durif, je vous remercie pour
votre présentation. Nous allons maintenant débuter la période d'échange.
M. le ministre, la parole est à vous.
Heurtel : Merci, M. le Président. Bonjour. Merci pour votre mémoire,
votre travail sur la stratégie. Première question, dans le cadre de vos travaux sur la consommation responsable,
puis je comprends que vous n'aviez que 10 minutes, là, mais est-ce que vous avez fait un lien ou
est-ce que vous avez pu établir des liens entre la consommation responsable
et la lutte contre les changements climatiques?
M. Durif (Fabien) : Disons qu'on voit... Parce que nous, en fait, on travaille vraiment sur
les... notamment sur l'empreinte carbone, sur les éléments que font les
consommateurs. Ce qu'on se rend compte au niveau des citoyens consommateurs,
c'est sûr qu'il y a des... les prétentions sont extrêmement fortes, notamment
sur les déterminants à la consommation responsable au niveau de
l'environnement. Ça fait partie, je dirais, des principales préoccupations des
consommateurs, notamment la lutte contre les changements climatiques, etc.
contre, ce qu'on voit, c'est qu'il y a des prétentions fortes, mais ensuite le
passage à l'action est beaucoup plus
complexe, et il y a une énorme difficulté des citoyens à comprendre,
finalement, qu'est-ce que c'est réellement, les changements climatiques.
Et ensuite il y a une énorme problématique au niveau du vocabulaire utilisé.
Donc, par exemple, dès qu'on va parler
d'empreinte carbone, là on perd complètement le citoyen. Donc, il faut
comprendre qu'on a, dans toutes les
études sur la consommation responsable, un énorme problème de désirabilité
sociale, ce qu'on appelle finalement
l'écart entre ce que le citoyen prétend être ou prétend vouloir faire et ce
qu'il fait réellement. Donc, ce gap est énorme dans la consommation
responsable.
l'objectif, finalement, c'est... On voit qu'ils sont sensibilisés, ils sont
motivés, mais le passage à l'action
est beaucoup plus faible, et tout le travail est à faire, finalement,
au milieu. Qu'est-ce qu'on peut faire
pour le faire passer à l'action?
Parce que le citoyen est prêt, et la problématique, on se rend compte, c'est
qu'il y a un... souvent, c'est le manque d'information et la compréhension, finalement, des concepts. Et le lien
entre les changements climatiques, le consommateur a du mal à le faire, finalement. Il a du mal à
comprendre que son action peut avoir réellement un impact parce que... On
se rend compte que le consommateur, souvent,
il va avoir... Dites-vous qu'à peu près, dans nos études, on voit que 40 %
des consommateurs font de la consommation
responsable pour eux. Donc, c'est une dimension personnelle, ils regardent
beaucoup moins l'impact sur la société. Ça,
il faut le prendre en considération, c'est énorme, il y a peu de consommateurs
qui le font dans une vision de développement de société.
Heurtel : Merci. Je comprends le point de vue que vous prenez puis
l'objectif de vos travaux, là, vous les avez très bien expliqués. Là, on travaille un document bien spécifique, la
stratégie de développement durable du gouvernement, et c'est principalement pour donner des
orientations, des objectifs aux ministères et organismes sous la responsabilité
du gouvernement en matière de développement durable. Donc, si on peut
voir comment on peut intégrer les principes de consommation responsable dans un contexte gouvernemental, alors... Parce
qu'évidemment on veut se diriger vers un objectif de consommation plus responsable, je voudrais vous entendre sur
la question, bon, est-ce que vous verriez... Puis j'imagine que oui, mais peut-être expliciter sur
le point par rapport aux appels d'offres, par rapport aux politiques d'achat
du gouvernement, des ministères et organismes, alors comment on pourrait
décliner des principes de consommation responsable dans un contexte
gouvernemental.
M. Durif (Fabien) : Bien, en fait, sur les politiques d'appel d'offres, il faudrait, tout
simplement, mettre en place, notamment,
des... il faudrait avoir des critères au début qui soient assez basiques sur,
notamment, les politiques d'achat responsable
des compagnies qui pourraient mettre un certain pourcentage au niveau, je
dirais, de l'achat responsable des compagnies
en partant sur certains... On a travaillé là-dessus, on a développé un
baromètre de l'achat responsable il y a trois ans, on en refait un cette année. Il y a quand même une
documentation qui est quand même assez importante là-dessus. Je pense
qu'il faut, au moins, développer des critères spécifiques dans les offres sur
l'achat responsable.
Ensuite,
la problématique, c'est de mettre en place des critères spécifiques sur les
actions qui seront mises en place par
les organisations. Nous, ce qu'on mettait dans le mémoire, c'est aussi pousser
les organisations à aller vers l'écoconception, donc au moins mettre en
place... Parce que c'est bien indiqué, je dirais, dans le rapport, mais il n'y
a pas d'objectif spécifique, c'est-à-dire
qu'on ne va pas vers aller à un certain pourcentage d'organisations pour les
pousser à aller vers, je ne sais pas,
aller vers un 10 % ou 15 % en cinq ans d'organisations qui
passeraient vers l'écoconception. Parce qu'on est extrêmement en retard au niveau de ce marché-là. Or, il y a quand
même des études assez récentes, notamment cette année, qui ont montré qu'il y avait une rentabilité à être dans le
secteur de l'écoconception, les marges sont supérieures à 12 %, par exemple, aux secteurs
traditionnels. Donc, je pense qu'il faudrait émettre des critères précis avec
des pourcentages précis au niveau de
ces éléments-là parce qu'il y a suffisamment... quand même, il y a un marché
spécifique avec des organisations spécifiques qui ont avancé dans ce
secteur-là. Ça permettrait, finalement, de développer une concurrence plus
saine à ce niveau-là en encadrant, bien entendu, très bien les éléments.
Le Président (M. Bérubé) : La
parole maintenant à la députée de Vaudreuil.
Mme Nichols : Vaudreuil, oui.
Bonjour, M. Durif.
M. Durif (Fabien) : Bonjour.
Nichols : Alors, hier, dans le cadre des consultations, on a rencontré
la Table de concertation des forums jeunesse régionaux du Québec. Eux
nous ont fait part, entre autres, là, de l'intérêt qu'ils avaient pour la
concertation, ils nous ont fait part de beaucoup de choses, là, puis les jeunes
sont très motivés, et je me demandais, dans le cadre, justement, de votre objectif... Parce qu'on comprend bien que l'objectif
de l'OCR, l'objectif principal, c'est de structurer puis d'assurer le développement à long terme d'un
pôle multidisciplinaire de recherche et de formation avancée, justement,
en consommation responsable, je me
demandais, dans ce cadre-là respectif, est-ce que vous... la vision, par
rapport à la jeunesse, quelle est-elle?
M. Durif
(Fabien) : Bien, c'est sûr
que... Ce que je mentionnais par rapport à ce que vous mettiez au niveau de...
Il y a une politique de formation, je pense
que c'était le 2... C'était quoi, le 2.4? Attendez que je le retrouve. Donc,
2.3 de la... Oui, 2.4, je pense. Ce qu'on se rend compte, c'est
qu'aujourd'hui, au niveau du développement durable, responsabilité sociale,
cela commence à être intégré dans pas mal de formations universitaires
pédagogiques, etc. La consommation
responsable, pour l'instant, c'est pas mal le néant au niveau de ce qui peut
exister au niveau de l'éducation,
de la sensibilisation. Et, si vous
regardez nos études, ce qu'on se rend compte, je dirais, à l'inverse de ce que
peuvent penser les médias, c'est que
ce sont les générations les plus jeunes qui passent le moins à l'action au
niveau de la consommation responsable. Elles sont sensibilisées, elles
comprennent ce que c'est, mais elles ne passent pas à l'action.
Si vous
regardez nos indices depuis cinq ans, plus on passe une génération, plus
l'indice augmente. Donc, plus on
vieillit, plus on devient responsable dans ses pratiques. La seule pratique que
les jeunes, finalement, ont de manière assez importante, c'est tout ce qui concerne la consommation
collaborative, donc toutes les nouvelles pratiques d'échange qu'on peut voir, le Bixi, toutes ces choses-là.
Donc, il y a un énorme travail à faire, finalement,
sur les jeunes générations parce
qu'ils connaissent, mais ils ne font pas. Ils disent pratiquer, mais ensuite on
voit dans les études qu'ils ne font pas réellement. Donc, il y a un
énorme travail à faire au niveau de la sensibilisation des jeunes générations.
Par contre,
ce qui est encourageant, on se rend compte que la génération des 25-44 ans,
depuis cinq ans, dans nos études,
c'est la génération où l'indice a le plus augmenté. Donc là, on a bon espoir
que peut-être qu'on commence à voir une
évolution qui est assez positive. Mais oui, il y a des efforts à faire, et,
pour l'instant, nous, nos moyens financiers ne nous permettent pas... Moi, j'interviens beaucoup dans des cégeps, dans
des écoles secondaires, mais nos moyens financiers ne nous permettent
pas, pour l'instant, de pouvoir développer des structures, ou des formations,
ou des ateliers de sensibilisation à plus
grande ampleur, sachant que nous ne sommes pas financés. Pour l'instant, notre
financement est essentiellement privé.
Donc, c'est beaucoup plus compliqué d'aller chercher... de développer ces
structures, mais c'est sûr qu'à terme on aimerait beaucoup pouvoir faire
ce type d'activités là.
Le Président (M. Bérubé) :
Mme la députée de Vaudreuil.
Mme Nichols :
Je suis très surprise de ce que vous nous dites parce que le discours était
vraiment différent, là, au niveau de la jeunesse qu'on a rencontrée
hier, là.
M. Durif
(Fabien) : Bien, il suffit
d'aller regarder toutes les études internationales, elles montrent
exactement... elles confirment tous ces chiffres-là. Ce sont les plus
sensibilisés, ce sont les plus motivés, mais ils ne passent pas à l'action, en particulier la génération Y, qui est,
de toute façon, la plus compliquée, qui est une... mais c'est vrai, c'est...
la génération qui va mentir le plus,
notamment, dans les études, puis qui va le plus changer dans son type de
comportements, et qui
s'attache le moins, finalement, à certains types de comportements...
Président (M. Bérubé) :
M. Durif, pour notre bénéfice, pouvez-vous nous rappeler les bornes de cette
génération?
Durif (Fabien) : Génération
Y, les bornes, grosso modo, on va tourner à 18-35 ans, à peu près,
34 ans, ça dépend ce qu'on peut avoir comme type de... des statistiques
qu'on peut utiliser.
Le Président (M.
Bérubé) : Plusieurs parlementaires sont rassurés, M. Durif.
Continuez, oui, à vous.
Nichols : Bien, moi, je n'ai
pas d'autre question parce que je ne voudrais pas causer aucun préjudice à la
génération Y. Donc, je vais laisser un collègue...
Le Président (M. Bérubé) : M.
le député de Mégantic, c'est à vous.
Bolduc
(Mégantic) : Bonjour.
Écoutez, moi, je voudrais regarder un peu sur votre point 2.5, pour aider les
consommateurs à faire des choix responsables. On a beaucoup de problèmes, selon
moi, dans les définitions. Je vous donne
l'exemple, par exemple, du papier recyclé, où, à 95 % du temps, le papier n'a jamais quitté
l'usine, il a brisé à la fin de la
machine, on l'a recyclé à l'entrée, puis c'est du papier recyclé par la
définition. La lutte aux changements climatiques aussi, de l'aluminium fabriqué au Québec avec de l'hydroélectricité et
de l'aluminium fabriqué ailleurs qui a demandé des consommations d'hydrocarbures beaucoup plus élevées, on ne peut pas
le différencier sur le marché. Donc, je vous donne... on pourrait s'étendre là-dessus, là, mais, dans l'ensemble, le
consommateur, quand il achète des produits, il ne voit pas ou il ne peut
pas comprendre l'impact que ces produits ont. Un autre exemple que je trouve extraordinaire, c'est celui des cellules
photoélectriques puis de la génération électrique qui demandent 12 ans de
consommation pour remplacer le coût
énergétique des hydrocarbures qui ont entré dans le produit. Les gens sont toujours
mêlés avec ce genre de choses là. Vous
êtes sur le choix de la consommation, quelle recommandation donneriez-vous,
finalement, à notre commission pour améliorer... ou
régler ce genre de problèmes là?
M. Durif
(Fabien) : Je vous dirais
que c'est le problème majeur. Le problème majeur aujourd'hui, c'est
l'étiquetage et l'affichage, finalement,
environnemental des produits. On se retrouve avec le phénomène
d'autodéclaration, c'est-à-dire
qu'étant donné que l'étiquetage n'est pas véritablement encadré... Bon, il y a une
loi sur
l'étiquetage, mais l'affichage environnemental n'est pas vraiment
encadré. On se retrouve avec, sur certains produits, jusqu'à 10, 15 labels,
cinq à 10 appellations ou autodéclarations,
le consommateur est complètement perdu. Si vous regardez nos études, les
certifications ne sont absolument pas
utilisées par les consommateurs pour faire leur choix de produits. Or, les
industriels, les fabricants n'arrêtent
pas d'apposer des certifications sur leurs produits. Les certifications même,
entre guillemets, les plus reconnues, comme
ÉcoLogo pour les produits verts, sept consommateurs sur 10 Québécois sont
incapables de les reconnaître, sont incapables de savoir qu'est-ce que
c'est. Donc, on a un problème majeur là-dessus.
Donc les
industriels, qu'est-ce qu'ils font? Ils utilisent des mots clés. Aujourd'hui,
si vous faites... Nous, dans nos
études, on se rend compte que le consommateur reconnaît certains mots clés. Les
industriels font les mêmes études que
nous. «Recyclage», à peu près le seul mot clé qu'ils connaissent sur les
produits verts, et «biodégradabilité», sans forcément comprendre qu'est-ce que c'est exactement. Donc, les
industriels vont maximiser ce type de mots clés là-dessus. Donc, ce que je vous dirais, il y a vraiment... il
faut faire... je crois qu'il n'y a pas le choix de faire des... il faut faire
du... du côté citoyen, il faut faire
des campagnes de sensibilisation sur certains types de mots clés pour expliquer
aux consommateurs exactement
qu'est-ce que c'est, qu'est-ce que cela signifie concrètement, quel est
l'impact que ça peut avoir, mais juste sur certains mots clés, parce que
le consommateur n'est pas prêt à aller vers certains types... Prenez l'empreinte carbone, retrouver «carbone neutre»
sur des produits, le consommateur, la neutralité carbone, là, il est bien
loin de ça encore là, il ne comprend pas qu'est-ce que c'est. Le cycle de vie,
c'est un petit peu trop compliqué pour le consommateur à l'heure actuelle
aussi.
Du côté
industriel et des fabricants, il faudrait mieux encadrer, je dirais,
l'affichage environnemental et leur faire comprendre, entre guillemets, qu'est-ce qu'on pourrait faire et ne pas
faire. Il y a deux côtés à travailler là-dessus pour faire en sorte que
le citoyen consommateur puisse mieux s'y retrouver parce que, là, on est dans
une problématique majeure, on a des
consommateurs qui... et c'est pour ça qu'on se retrouve avec des taux de
confiance envers les marques qui sont extrêmement faibles, le
consommateur ne croit plus ce qui est affiché.
Le Président (M. Bérubé) : Il
nous reste une minute pour les échanges, M. le député de Mégantic.
Bolduc
(Mégantic) : Est-ce que vous croyez que l'ensemble des
ministères et organismes au Québec, si on... Comment on pourrait
structurer les achats du gouvernement, finalement, pour aider à régler ce genre
de problème? Parce que ce n'est pas évident,
là, on achète des produits qui sont souvent différents du consommateur, mais
comment on pourrait les aider à
travers notre façon de recommander aux ministères et organismes les achats du
gouvernement?
M. Durif
(Fabien) : Bien, je crois,
il existe quand même quelques nomenclatures avec, dans chacune des catégories
de produits, un minimum de labels. Il y a
quand même des labels qui ont une certaine reconnaissance, aller vers certains
types de labels, mais aller... limiter à un,
deux labels par catégorie de produits parce que c'est la seule transparence
qu'on peut avoir aujourd'hui.
Président (M. Bérubé) : Merci beaucoup. Ça met fin à notre
échange. Nous allons passer au groupe formant l'opposition officielle, et je
reconnaîtrai le député de Jonquière.
M. Gaudreault : Merci de me
reconnaître, M. le Président. Alors, je veux saluer tous les collègues ce
matin, particulièrement notre invité, M.
Durif. Merci de votre présence et de votre mémoire, qui est très instructif,
sur lequel on pourrait même tirer des
leçons sur le plan politique. Mais ça, c'est un autre chantier. Et, en même
temps, je voulais faire des liens avec d'autres groupes qui sont venus nous voir, entre autres
hier sur la question des véhicules électriques. Vous savez, tout le monde veut avoir un véhicule
électrique, mais, de là à passer à l'action... Je veux dire, c'est bien, là,
dans un salon, de dire : Ah oui!
c'est écologique, on va économiser de l'essence. Mais, quand ils arrivent chez
le concessionnaire automobile, ils
vont être très tentés par, encore, des véhicules très énergivores, par exemple.
Je pense, c'est un bel exemple.
ne sais pas si vous avez des chiffres sur la consommation des autos, là, dans
le cadre de vos études, mais, là où je
veux vous amener particulièrement, c'est... Si on revient spécifiquement sur la
stratégie que nous avons devant nous, la
stratégie de développement durable 2015-2020, c'est une stratégie
gouvernementale qui s'adresse particulièrement aux ministères et organismes pour que le gouvernement,
via ses ministères et organismes, applique le développement durable. Et, quand on dit le gouvernement, c'est vraiment
au sens, je dirais, minimal du terme parce que la stratégie exclut, par exemple, les hôpitaux du secteur de la santé, les
commissions scolaires, certaines grandes sociétés d'État, etc. Mais vous,
vous nous interpellez sur, dans le fond, une
action citoyenne pour que le développement durable inclue une consommation
responsable et faire en sorte que les citoyens puissent passer à l'action.
Alors, est-ce que vous ne trouvez pas que la stratégie,
dans le fond, n'est peut-être pas la bonne tribune? Est-ce que la stratégie
devrait être élargie aux municipalités, à d'autres secteurs de la société, devrait embrasser beaucoup plus large,
sinon ça demeure un voeu pieux, par la stratégie que nous avons devant
nous, par rapport aux objectifs que vous nous communiquez?
M. Durif (Fabien) : Premièrement, pour les voitures électriques, vous regarderez dans le
baromètre de cette année, on voit qu'on a un taux forcément de Québécois
qui ont des voitures électriques assez faible. Par contre, ce qui est encourageant, c'est qu'entre 2013 et 2014 on voit
que, ceux qui avaient mentionné vouloir aller vers ce type de voiture, il y a une proportion assez intéressante qui est
passée à l'action, même si on reste dans un marché qui est assez faible.
Oui, c'est évident
que moi, je suis allé dans des recommandations qui vont beaucoup plus loin que
juste le gouvernement. Je pense que,
premièrement, c'est important que le gouvernement prenne position et aille
beaucoup plus loin vers la
consommation responsable. C'est une question d'image envers ses citoyens. Je
pense qu'il faut d'abord, au moins,
être exemplaire en termes de politique d'approvisionnement responsable et de
politique de consommation responsable, mais
c'est sûr que ça serait intéressant d'aller beaucoup plus loin, et d'élargir la
stratégie, et de prendre exemple sur certaines politiques, notamment en France, qui sont beaucoup plus développées
comme des agences comme l'ADEME, par exemple, qui vont aller beaucoup
plus loin sur les pratiques qui sont faites au niveau de la consommation
responsable et sur les réglementations qui
sont prises en compte. Ça, c'est évident que... C'est pour ça que moi, je suis
allé dans des recommandations qui s'adressent aussi aux citoyens, qui
dépassent, finalement, la politique interne du gouvernement.
Le Président (M.
Bérubé) : Je reconnaîtrais à ce moment-ci le député de
Bonaventure.
Roy : Merci, M. le Président. Bon matin à tous. Bonjour, M.
Durif. Vous avez soulevé un enjeu qui est assez important selon moi, c'est celui de la dichotomie entre ce que je sais
que je dois faire, ce qu'on devrait faire et ce que je fais. Vous nous dites que, bon, la majorité des
gens sont sensibles à l'écoresponsabilité, à un comportement responsable, etc.
Dans un contexte où on voit les hypermarchés
se développer, les Wal-Mart de ce monde se déployer, il y a comme un paradoxe ou une contradiction dans tout ça, et là
j'aimerais vous entendre là-dessus, à savoir quels sont les déterminants
qui peuvent favoriser un rapprochement entre
le monde que je rêve, le monde que je souhaite voir prégnant et l'action
que je fais quotidiennement.
M. Durif (Fabien) : Aujourd'hui, si vous regardez le secteur du commerce de détail, hein,
si vous regardez les derniers
chiffres, notamment sur le CQCD, on est dans une période assez charnière de
reconversion, c'est-à-dire qu'on est
dans une hyperconcentration des géants et on est à la fois dans le
redéploiement de tous les commerces locaux. Regardez la nouvelle campagne cette année des Pages
Jaunes , qui était complètement axée sur l'achat local, il y a une
reconversion et une renaissance de
l'achat local sans pour autant que ça — entre guillemets — prenne forcément des parts de marché énormes aux géants commerciaux. Donc, je pense que
ces deux mondes-là peuvent complètement se développer en parallèle parce
que les circuits se multiplient, les consommateurs vont vers différents types
de circuits.
Mais
c'est sûr que la charnière est dans le passage à l'action. Et aujourd'hui, pour
faciliter le passage à l'action, entre
guillemets, il faut des facilitateurs. Et les facilitateurs, quand on va parler
pour les voitures électriques, ça va être la facilité, par exemple, des écotaxes ou des facilitations au niveau du
gouvernement pour faire baisser les prix, ça va être une multiplication des bornes électriques, etc.
Donc, le consommateur a besoin... entre guillemets, bon, le citoyen ne veut
pas beaucoup faire d'efforts, et ça peut
être exactement... pour un employé, c'est la même chose, là, c'est-à-dire
qu'ils sont prêts, ils sont motivés, mais ils veulent faire le moins
possible d'efforts pour passer à l'action.
Donc,
il faut, finalement, apporter les outils et les éléments le plus facilement
possible au citoyen pour qu'il puisse passer
à l'action, et c'est là toute la difficulté dans les actions de consommation
responsable. On le voit très bien si vous regardez nos comportements, le recyclage est en première position, le
compostage est en dernière position. La plupart des citoyens sont prêts à composter, mais ils ne le font pas parce que
ça demande énormément d'efforts pour composter. Le recyclage, ils le font parce que ça demande beaucoup moins d'efforts.
C'est une question, finalement, de ce qu'on met autour d'eux pour faciliter le comportement. La même chose pour le
transport durable. C'est ce qu'on voit dans toutes nos études, une
question de facilitation des comportements.
Le Président (M.
Bérubé) : M. le député de Bonaventure.
Roy : Bien, dans une réflexion sur les conditions facilitantes,
est-ce que la géographie, je veux dire, bon, disons, urbaine versus les
régions, etc., est-ce qu'on voit des différences dans l'attitude ou dans
l'action concrète du comportement écoresponsable?
M. Durif (Fabien) : Oui. Nous, on ne
publie pas toujours toutes les données, mais on voit complètement des
différences, par exemple, sur le compostage selon certains types de régions.
Par exemple, souvent, l'Estrie ressort en première position. Et là, si on va
regarder, on remarque... parce qu'en fait ça dépend des actions qui sont faites
par certaines MRC ou des choses comme ça. En
fait, oui, il y a des disparités régionales qui vont dépendre de ce qui est
fait, de ce qui est mis en place
politiquement par des municipalités, etc. Oui, ça va complètement jouer. Et
c'est ce qui ressort, que, dans
certaines provinces, on retrouve des comportements qui sont beaucoup plus forts
ou beaucoup plus faibles, c'est complètement géographique aussi.
consommation responsable n'est pas liée ni aux revenus ni, je dirais, à
l'éducation. Elle était beaucoup liée avant au sexe parce que c'était
beaucoup plus les femmes que les hommes. Aujourd'hui, ça se resserre. C'est, en
fait, beaucoup plus lié géographiquement,
finalement, à ce qui est mis en place comme actions pour faciliter les
comportements.
Le Président (M. Bérubé) : M.
le député de Jonquière, 1 min 30 s.
Gaudreault : Oui.
Bien, en tout cas, ce que vous nous amenez est extrêmement intéressant, les nuances, là. Ça veut dire que ça ne prend certainement pas une stratégie de développement
durable qui est mur à mur, là, il faut
avoir une stratégie qui est capable de s'adapter aux territoires, même à
la différenciation des genres, par exemple.
Je voudrais
revenir un petit peu sur la conversation que vous avez eue avec les collègues
du gouvernement tout à
l'heure concernant la question des appels
d'offres. Je pense
que, si on veut aller vers un approvisionnement responsable, il faut peut-être
penser à modifier la façon de faire des appels d'offres. Vous avez parlé tout à
l'heure d'un modèle français. Est-ce qu'il y a d'autres modèles internationaux qui peuvent inspirer le Québec à
cet égard et qui pourraient nous aider à faire un pas de plus vers
l'approvisionnement responsable?
M. Durif
(Fabien) : Bien, je dirais
que l'approvisionnement responsable, c'est essentiellement l'Europe qui est
avancée, la France. On peut retrouver un peu
l'Australie, hein, mais c'est beaucoup en France qu'on va retrouver le plus, je dirais,
les pratiques qui vont être les plus avancées. Mais on progresse beaucoup
au Québec, hein? Cette année, on va refaire le même baromètre qu'on avait fait il y a trois
ans, on voit qu'il y a quand
même une progression de ces
pratiques-là. De plus en plus d'organisations québécoises ont mis en
place des codes de conduite, ont mis en place des politiques d'achat responsable, se sont structurées, ont mis
en place des directeurs d'achats qui vont suivre des consignes spécifiques.
Donc, il y a quand même
des structurations qui sont faites, et je
pense qu'il y a de plus en plus d'organismes qui sont prêts à répondre à ce type d'offre, ils
sont prêts.
Si vous
prenez l'exemple, par exemple, des événements,
le secteur de l'événementiel, la certification du BNQ événement écoresponsable fonctionne très bien.
Vous avez énormément d'industries qui se sont pliées à cette certification-là,
elle marche très bien dans la plupart des événements.
De nombreux festivals se font certifier événement écoresponsable, donc ça change complètement une industrie parce
que la restauration, le spectacle, la communication, etc., forcément, vont suivre toute la politique d'achat responsable
et tous les critères à ce moment-là. Donc, dès qu'on rentre dans certains
éléments... Et là on a un exemple typique
qui a bien fonctionné, une norme qui a bien été suivie, qui a été une norme du
BNQ sur les événements écoresponsables.
Le Président (M. Bérubé) :
Merci à vous. On va passer au deuxième groupe d'opposition, je reconnaîtrai M.
le député de Groulx.
Surprenant : Merci, M. le Président. Alors, dans votre mémoire,
M. Durif, à la page 7, vous parlez, donc, de la marge
bénéficiaire des produits écoconçus, qui se situe en moyenne à 12 %
au-dessus des marges des produits conventionnels.
Ça m'étonne un petit peu, on a toujours pensé qu'il y avait un effort plus
grand puis que c'était un marché qu'il
était plus difficile de faire évoluer, donc que les marges étaient moins
grandes. Je suis donc surpris de voir que c'est 12 % supérieur.
Le Règlement sur les contrats de services des
organismes publics, hein, on en a parlé hier avec d'autres intervenants, alors
il est question... il y a un traitement plus favorable et une marge
préférentielle d'au plus 10 % qui pourrait
leur être accordée pour favoriser, finalement, les soumissionnaires qui
respectent l'environnement. Et donc ma question,
finalement, c'est : Comment vous voyez ça, de... On veut favoriser une
industrie, finalement, qui a des marges bénéficiaires plus élevées que
d'autres industries. Alors, comment ça peut être plus juste que ce qui est
énoncé là?
M. Durif
(Fabien) : Là, l'étude que
je mentionne, ce n'est pas nous qui l'avons conduite, mais, bon, c'est quand
même des organismes qui sont reconnus, c'est l'Institut de développement de
produits, qui est à Montréal, et le Pôle Éco-conception.
C'est une étude qui a été faite l'année dernière sur une centaine d'entreprises
entre la France et le Québec qui démontrait, donc, qu'il y avait une
marge brute supérieure de 12 %. Certainement que, si on allait sur des
panels beaucoup plus importants, on n'aurait
peut-être pas un chiffre aussi intéressant, mais c'est évident que,
généralement, il y a un
investissement qui est plus élevé à court terme. Mais on se rend compte qu'une
entreprise qui va vers l'écoconception va
arriver souvent à réduire ses frais, on voit souvent une économie dans le
processus qui peut permettre, des fois, d'aller vers une marge brute qui
peut être intéressante.
pense qu'il ne faut pas le regarder de ce côté-là, de se dire qu'on peut
favoriser, finalement, une industrie qui, peut-être, déjà, avait des bénéfices. Je pense qu'il faut regarder les
efforts qui sont faits par certains pionniers pour aller vers l'écoconception et, justement, de leur
démontrer que peut-être aller vers ce type, je dirais, de pratique peut être
payant pour eux. Et je pense que
c'est intéressant de voir ces choses-là parce que ce n'est pas pour tout le
monde que ce sera payant à moyen
terme et à court terme. La plupart vont avoir des investissements très
importants, et notamment les PME. Parce que la question se pose surtout sur les PME. Passer à une écoconception
pour une PME qui n'était pas née, entre guillemets, dans ce processus-là, ça peut être beaucoup plus
compliqué. Une entreprise qui naît directement avec un processus écoconçu,
qui a réfléchi dès le départ, c'est généralement beaucoup plus facile,
l'investissement est moindre.
Donc, je
pense qu'il y a un besoin de soutenir ce type d'industrie là. Sinon, surtout
dans des situations économiques comme
à l'heure actuelle, les entreprises regardent leur profit à court terme, ne
regardent pas, finalement, le profit qui peut être fait à moyen terme et long terme, et je pense qu'il faut
soutenir cette industrie-là. Sinon, il y aura beaucoup de blocages qui vont être faits de la part de
l'industrie. On voit, à l'heure actuelle, même sur la consommation responsable,
la plupart des organismes, des entreprises ne veulent voir qu'un retour sur
investissement à court terme, ne veulent développer
une offre écoresponsable que si cela paie à court terme. Ils ne regardent pas,
finalement, le bienfait que ça peut
avoir auprès des citoyens, auprès des parties prenantes et... Donc, il y a un
angle qui est beaucoup plus fermé, il y a un besoin, je pense, de
soutenir cette industrie-là.
Le Président (M. Bérubé) : M.
le député de Groulx.
Surprenant : À la page 7 également, vous parlez d'une forte méfiance
des citoyens envers le secteur écoresponsable.
Alors, qu'est-ce qui pourrait être fait selon vous pour améliorer la confiance
des citoyens? Et c'est peut-être parce qu'il y a des failles au niveau
de la production de ces biens-là, que, dans le fond, ils ne sont pas
nécessairement écologiques, ces biens-là.
Qu'est-ce qui pourrait être fait simplement et rapidement pour améliorer la
confiance des gens vis-à-vis le secteur écoresponsable?
M. Durif
(Fabien) : Bien, je crois
qu'aujourd'hui... Nous, on le voit dans nos études, ce qu'attendent les
citoyens et à qui ils font confiance,
ce sont des experts, donc des experts indépendants. Ils s'attendent aujourd'hui
à ce qu'il y ait des experts qui
puissent parler, sensibiliser... Ils s'attendent aussi certainement à ce que le
gouvernement puisse enfin prendre position
et faire des campagnes de sensibilisation, éducation comme le font d'autres
gouvernements, si vous prenez des campagnes
de sensibilisation que fait la France sur les labels, sur certains types de
pratiques écoresponsables qui vont permettre finalement, au fur et à
mesure, de faire rentrer dans l'esprit des consommateurs certaines pratiques.
Prenez l'exemple de la campagne de
sensibilisation d'aliments Québec l'année dernière, ça a permis de faire
augmenter la notoriété du label. Nous, on l'a vu dans nos études, c'est
extraordinaire. En quelques mois, le label est reconnu, le label est compris. Et forcément ils ont flirté aussi sur la
tendance de la consommation locale. Mais il y a un besoin d'avoir des campagnes de sensibilisation de
masse qui sont faites par des acteurs plus indépendants, et je pense qu'il faut que le gouvernement s'implique dans
cette éducation-là. C'est ce à quoi s'attendent aujourd'hui le citoyen et
n'importe quel employé.
Le Président (M. Bérubé) :
Une minute, M. le député...
M. Durif
(Fabien) : Ils n'ont plus
confiance aux organisations, donc il faut que ce soient des acteurs
indépendants. Et, même si le gouvernement peut avoir certaines
sensibilités que certains citoyens peuvent plus ou moins, je dirais, reprocher, il y a quand même une autorité
indépendante et au niveau des réglementations qui va être beaucoup mieux prise
en considération par les citoyens. Il y a un besoin d'éducation là-dessus.
Le Président (M. Bérubé) : M.
le député.
M. Surprenant : Ça répond à ma
question.
Président (M. Bérubé) : Je vous remercie. Nous allons passer à
la députée de Sainte-Marie—Saint-Jacques.
Massé : Merci, M. le Président. Bonjour, tout le monde. Bonjour, M.
Durif. Merci pour cette présentation. J'aimerais
aborder deux choses avec vous : premièrement, toute la question de l'achat
local et, deuxièmement, toute la question du modèle de consommation, qui
semble, à travers vos études, en transformation.
En matière
d'achat local, ce que je comprends, c'est qu'il y a là une sensibilité qui a
passé, les citoyens québécois et
québécoises sont ouverts à cette notion-là. Est-ce que vous pensez le type
d'incohérence que peut avoir un gouvernement comme le gouvernement du Québec en signant des accords internationaux
qui, dans le fond, freinent de façon importante parfois le principe
d'achat local peut avoir un impact négatif sur la population?
Le Président (M. Bérubé) : M.
Durif.
M. Durif
(Fabien) : Je pense qu'à
l'heure actuelle le citoyen n'est peut-être pas capable d'aller voir aussi loin
dans les éléments parce que l'achat local,
pour lui, c'est vraiment une disparité régionale. Ce sont des produits produits
à moins de 100 kilomètres, fabriqués à
moins de 100 kilomètres de chez lui. Je pense qu'il voit moins la
dimension politique, il voit la dimension économique de l'achat local. Mais c'est évident
qu'un engagement important du gouvernement sur l'achat local serait pertinent
pour lui. Il regarde beaucoup plus, finalement, ce que font les organisations. Est-ce qu'un détaillant comme Wal-Mart va prôner l'achat local?
Est-ce qu'un détaillant comme Target, par exemple, avait des produits locaux?
Target n'avait quasiment pas d'offre de produits locaux, au détriment d'IGA ou
de Metro qui axent beaucoup
leur offre là-dessus.
Massé : Et peut-être,
en terminant, vous avez parlé de consommation collaborative, de seconde main,
et les Québécois, on excelle là-dedans. Est-ce que
vous pensez que ça envoie un message comme quoi le modèle économique actuel du profit à court terme...
il y a quelque chose qui est en train de changer dans notre conception de l'économie?
M. Durif
(Fabien) : Oui. Là, c'est
une reconversion de l'économie. On le voit, hein, 88 % des Québécois
veulent un changement de mode de
consommation. Et ça, c'est extrêmement fort, ça augmente d'année en année. Donc, ils
veulent de moins en moins transiter par les acteurs économiques
traditionnels, ils veulent de moins
en moins payer, ils veulent de plus en plus commercer entre eux. Et ça, c'est un changement profond qu'il faut
prendre en considération, et il ne
faut pas penser que ça ne va pas progresser. Si on regarde des marchés
comme les États-Unis, si on regarde des marchés comme la France, ce sont des
modèles qui explosent complètement, et on va certainement aller vers le même
type de consommation. On subit le problème
ici avec Uber, on va subir le problème avec Airbnb. Ce sont des problématiques qui vont rentrer en jeu, problématiques municipales, réglementales avec les
gouvernements. Ça va commencer à rentrer dans les comportements
québécois de plus en plus en importance.
Président (M. Bérubé) : Merci, M. Durif. Ça met fin à
votre présentation. Merci d'être venu nous rencontrer.
M. Durif (Fabien) : Merci.
Président (M. Bérubé) : Alors, je suspends les travaux quelques
instants afin de permettre au prochain groupe de prendre place.
(Suspension de la séance à 10 h 17)
Le Président (M. Bérubé) :
Alors, nous poursuivons nos travaux. Nous accueillons cette fois l'Institut de
l'environnement, du développement durable et de l'économie circulaire. Alors,
j'invite les gens de ce groupe à se présenter pour une période de 10 minutes.
Normandin (Daniel) : Alors,
bonjour à tous et à toutes. Mon nom est Daniel Normandin. Je suis le directeur
exécutif de l'Institut EDDEC. En fait, le
plan de la présentation... Et je vous présente ma coordonnatrice, donc Mélanie McDonald, qui va assister durant la
présentation et la période de questions. Ce que je vous propose aujourd'hui,
en fait, très succinctement, la présentation, donc, de qui nous sommes. Après,
expliquer un peu ce qu'est l'économie circulaire
et comment, en fait, cette intégration de l'économie circulaire est cruciale au
sein de la stratégie québécoise de développement durable révisée.
Très
rapidement, l'Institut EDDEC a été créé il y a environ neuf mois... en fait, 10
mois pour être exact. C'est un institut qui regroupe les forces vives du
campus de l'Université de Montréal, donc les chercheurs de HEC et Polytechnique, Université de Montréal, sur les
thématiques de l'environnement, de l'économie circulaire et du développement
durable. Donc, ça regroupe environ un
potentiel de 400 chercheurs de toutes disciplines plus environ 1 000 à
1 500 étudiants aux cycles supérieurs.
Les axes, en fait, d'intervention de l'institut,
évidemment c'est la recherche, forcément, on est en milieu universitaire, mais également la formation, que ça
soit la formation aux trois cycles universitaires, mais aussi la formation
de type continu, donc former les parties
prenantes avec lesquelles on travaille, de même que le rayonnement, le
transfert et le dialogue, faire en
sorte que ce que l'on développe comme recherche puisse être appliqué, transféré directement à la société civile et aux entreprises.
Alors, notre
rayon d'action touche à peu près tous les secteurs publics, parapublics, société
civile. Donc, on travaille avec les gouvernements, les entreprises et
les citoyens, et notre rayonnement, en fait, n'est pas seulement à l'échelle québécoise,
mais également à l'échelle canadienne, à l'échelle internationale par des partenariats qui sont en train d'être montés, en fait,
avec des organisations similaires en Europe et en Asie.
Alors, l'économie circulaire. En fait, pour
définir un peu ce que c'est, l'économie circulaire, d'abord on va présenter ce que c'est, l'économie
linéaire. En fait, c'est l'économie, en fait, dans laquelle on se trouve depuis à peu près le début de l'ère industrielle.
C'est une économie, en fait, qui est principalement basée sur l'extraction des
matières premières, leur transformation,
leur consommation, et, finalement, on les jette. Donc, c'est un modèle
économique qui est essentiellement basé, je
dirais, sur le gaspillage, malheureusement, parce que la création de richesse
est fondée essentiellement sur la production du plus grand nombre d'unités
possible et la consommation de ces unités-là. Donc, dans un contexte où les ressources sur la planète sont
physiquement finies, on peut facilement comprendre que, dans un contexte
où la population de la planète
s'achemine progressivement vers 9 milliards d'individus d'ici 2050, on va éventuellement avoir un problème
d'adéquation entre les ressources et les besoins, d'autant plus que les
consommateurs de la classe moyenne, qui
consomment environ 80 % des
ressources de la planète, devraient doubler d'ici environ 15 ans. Donc, il y a
un défi énorme de concilier, donc, les besoins avec l'offre, et ce problème-là
va s'amplifier avec le temps.
Alors, il y a
de plus en plus de voix qui s'élèvent sur la nécessité de découpler à la fois
la croissance de la population et ses
besoins de l'activité économique, donc de découpler ça de l'extraction des
matières premières, donc des ressources naturelles et des impacts sur l'environnement. Ce message-là est porté
de plus en plus. On n'a qu'à penser, par exemple, à l'Europe ou à la Chine, en fait, qui ont des
problèmes, évidemment, d'approvisionnement en matières premières et de densification de la population, avec tous les
problèmes environnementaux que ça peut provoquer. Donc, il y a un appel à changer notre modèle économique actuel, changer
de paradigme pour quelque chose... un modèle économique qui soit plus
respectueux des contraintes naturelles de la planète.
Alors, ce
concept-là, en fait, s'appelle l'économie circulaire. Essentiellement, c'est un
concept qui vise, contrairement au
modèle de l'économie linéaire, à limiter le gaspillage en augmentant de façon
substantielle la productivité des ressources qui sont déjà en circulation dans le marché, d'accord, et, ce faisant,
donc, on évite d'en extraire en amont au même rythme qu'on le fait actuellement et on évite surtout
d'en enfouir en aval. Donc, la notion de gisement de matière ne se concentre
pas uniquement à ce qui se trouve dans la
croûte terrestre, mais plutôt en circulation dans le marché. Alors, pour ce
faire, il y a toutes sortes de
stratégies d'affaires qui sont mises en place, et ces stratégies-là, en fait,
permettent aux entreprises qui s'inscrivent dans un modèle d'économie
circulaire de tirer profit, évidemment... de tirer... en fait, de générer des économies substantielles. Et plus les cycles ou
les boucles, si vous voulez, de rétroaction sont courts, plus les retours pour
les entreprises et pour l'économie en général sont grands.
Alors, on
peut penser, par exemple... On en a parlé tantôt avec le Pr Durif des nouveaux
modèles d'affaires qui permettent,
donc, de partager les ressources, donc ce qu'on appelle la consommation
collaborative. Également, un nouveau modèle
d'affaires qui est en train de se déployer à l'échelle internationale, qui
s'appelle l'économie de fonctionnalité. C'est-à-dire qu'au lieu de vendre un produit on vend l'usage du produit,
et le manufacturier ou le distributeur reste propriétaire du produit en
question, si bien qu'il a accès, donc, à une source continue de matières
premières pour fabriquer des nouveaux
produits et, en même temps, permet de maintenir un lien avec son client qui
soit, évidemment, beaucoup plus fort
que l'économie linéaire ou l'économie, en fait, où on vend les produits peut
apporter. Le deuxième niveau, en
fait, c'est ce qu'on appelle le reconditionnement et le réusinage. Donc, à
partir du moment où le produit en question
a atteint sa fin de vie utile, donc, on peut reconditionner le produit en tout
et en
partie et le remettre sur le marché. Et la dernière boucle, en fait, c'est le recyclage, qui,
essentiellement, constitue peut-être la moins intéressante des options, mais quand même intéressante, c'est-à-dire qu'on
évite, tout de même, d'extraire en amont des ressources naturelles pour
produire les mêmes produits.
Alors, tout
ça, évidemment, repose sur une série d'outils que vous connaissez, certains
d'entre vous, donc ce qu'on appelle l'analyse des flux de matière, les
politiques d'écofiscalité, des politiques de réglementation qui concourent, évidemment, à un meilleur usage des produits et
services, l'analyse du cycle de vie, l'écoconception, l'approvisionnement
responsable — Fabien en a parlé tout à l'heure — et aussi la logistique inversée, donc
comment on ramène les produits qui sont sur le marché vers les
entreprises qui vont les remanufacturer.
Et ça implique également une mobilisation des
acteurs, de tous les acteurs, que ça soit les entreprises, des gouvernements, les consommateurs qui doivent
travailler, donc, ensemble pour mettre en oeuvre un tel modèle économique
qui peut être déployé à l'échelle d'un
continent, d'un pays, d'une province, d'une collectivité locale, d'une filière
économique particulière. Et ça,
évidemment, ça implique que tout le monde, je dirais, concourt au même
objectif, donc vise dans la même direction.
Alors, ce
modèle de stratégie, en fait, c'est un nouveau modèle économique. Il est issu,
d'abord et avant tout, non pas, je
dirais, de pressions des écologistes, mais c'est un mouvement qui est venu
essentiellement de l'industrie manufacturière. Ils se sont aperçus que
la volatilité des matières premières, en fait, et des commodités allait de
façon croissante avec le temps et il
devenait de plus en plus difficile pour les entreprises manufacturières
d'établir leur coût de revient
au-delà de trois ans. Ce phénomène-là s'amplifie avec le temps, donc il faut...
Et, évidemment, la question de l'accès aux
ressources est aussi un enjeu majeur. Ce n'est pas parce qu'une ressource est
encore disponible qu'elle va être nécessairement exploitée parce qu'il y a toutes sortes d'enjeux sociaux qui viennent,
évidemment, jouer dans l'équation. Donc, la question de la disponibilité de la ressource est un enjeu
majeur, et qui va s'amplifier avec le temps. Donc, la meilleure façon pour
les entreprises de pouvoir contrecarrer ce
phénomène-là, c'était d'assurer un approvisionnement continu à partir de leurs
propres produits par toutes sortes de boucles de rétroaction que je vous ai,
tout à l'heure, montrées.
Alors, ce courant économique là est en train de
se déployer de façon substantielle en Europe et en Asie. Il y a toutes sortes d'initiatives qui voient le jour en
ce moment. Entre autres, du côté européen, il y a des... Par exemple, en
Allemagne, ils ont une loi-cadre sur
l'économie circulaire avec des lois qui touchent plus particulièrement
l'extraction des ressources et la
gestion des déchets. La Chine a également une
loi sur l'économie circulaire
depuis 2008 qui se décline aussi en loi afférente sur également les
ressources, les déchets et l'énergie. Alors, il y a toutes sortes — comment
dirais-je? — d'initiatives
qui sont en train de se mettre en place à la vitesse grand V.
Lorsqu'on a
fondé l'institut il y a neuf mois, les termes «économie circulaire» étaient
très peu... Du moins, au Québec, on
en entendait très peu parler. Maintenant, c'est en train de se déployer un peu
partout, donc on suit ce mouvement économique
là. Et essentiellement les cibles que les gouvernements se donnent sont des
cibles de productivité de matière, donc on dit... Par exemple, l'Allemagne s'est
dit : D'ici 2020, on va doubler la productivité des matières qui rentrent
sur le territoire allemand et on va
bannir l'enfouissement. Donc, ce faisant, on aligne évidemment, pour atteindre
de tels objectifs, tous les
ministères concernés. Que ce soit le ministère de l'Environnement et du
Développement durable, que ce soient les
ministères à vocation économique, alors donc on concourt vers le même objectif.
Alors, tout ça pour dire que c'est porté
actuellement par le Forum économique mondial, donc c'est vraiment une
organisation internationale qui porte ce nouveau modèle économique.
Alors, dans
le cadre de la stratégie, on a intégré de façon un peu timide, j'avoue, la
notion de l'économie circulaire. Il y
a deux définitions qui ne sont pas tout à fait les mêmes et qui portent à
confusion. Ce que nous, on propose, en fait, c'est une définition qui a été définie par l'ADEME, donc l'Agence de
l'environnement et de la maîtrise de l'énergie, en France, et qui est beaucoup plus englobante que la
simple définition qui a été proposée dans le cadre de la révision de la stratégie. Alors, ce qu'on propose, nous, comme
institut, en fait, c'est que la stratégie repose, en fait, essentiellement sur
l'économie circulaire, puisqu'elle permet de
répondre aux orientations et à la plupart des actions qui ont été proposées
dans le cadre de la stratégie en question.
Donc, on touche à peu près à toutes les orientations — un, deux et huit — et on touche de façon indirecte la plupart des orientations et des objectifs.
Alors, ce qu'on propose, en fait, c'est de prendre l'angle économique.
Je termine là-dessus.
Le Président
(M. Bérubé) : Oui. Je vous inviterais, à travers les échanges
peut-être, à compléter pour qu'on puisse maintenir notre temps.
M. Normandin (Daniel) : Ah!
d'accord. Même pas la «slide» ici?
Président (M. Bérubé) : Sur le temps... Alors, le gouvernement
permet que ça soit sur son temps. Continuez.
Normandin (Daniel) :
D'accord. Donc, ce qu'on propose comme démarche, en fait, c'est de prendre,
pour une stratégie de développement
durable qui soit efficace, l'angle économique parce que c'est celui, en fait,
qui parle le plus aux acteurs, aux
parties prenantes de la société. Les signes de piastre parlent, évidemment,
beaucoup plus qu'une approche qui
est, je dirais, une approche punitive, de dire : Occupez-vous de
l'environnement et occupez-vous du volet social. Donc, rentrer par l'angle économique pour susciter l'adhésion
des ministères et des organisations, développer les connaissances sur le modèle d'économie circulaire,
se fixer des objectifs qui concourent entre les différents ministères et développer un plan d'action qui permette de
rencontrer ces objectifs. Alors, voilà. Je fais grâce des conclusions parce
que je reprends essentiellement les éléments que je viens de vous exposer.
Le Président (M. Bérubé) :
Merci, M. Normandin. Alors, M. le ministre, pour échanger avec des gens d'un
institut relié à votre alma mater, l'Université de Montréal.
M. Heurtel : Merci, M. le Président.
En effet, fier carabin que je suis.
M. Normandin (Daniel) : Fier carabin
que vous êtes.
Heurtel : Alors, merci pour
votre présentation ainsi que votre mémoire. J'ai eu le plaisir de vous rencontrer, ainsi que plusieurs membres de l'institut l'automne dernier. Clair
que l'économie circulaire doit être intégrée, là, dans une réflexion profonde que nous avons à faire pour
effectuer la transition nécessaire de notre économie vers une économie
plus verte. La première question,
je voudrais avoir votre appréciation sur le lien entre l'économie
circulaire et la lutte contre les changements climatiques. J'aimerais
ça, que vous nous parliez un peu de ça, s'il vous plaît.
Normandin (Daniel) : Oui. En
fait, le modèle d'économie circulaire, par définition, est un modèle qui est
beaucoup plus faible en intensité carbone qu'un modèle d'économie linéaire,
qui, lui, est axé beaucoup plus sur le gaspillage,
comme je disais. Donc, on peut s'attendre à ce que, si on produit moins
d'unités pour satisfaire les besoins d'une
même population, forcément on sera moins intense en carbone. Et l'économie
circulaire, en fait, repose également
sur les énergies renouvelables. Donc, les
matières qui proviennent de la biosphère, donc les matières d'origine
biologique, normalement on les met dans une boucle de rétroaction qui
permet, à la fin de leur vie utile, d'en extraire l'énergie, en fait, à
travers la méthanisation, entre autres, les composés biochimiques également à
haute valeur ajoutée, avant que ces substances-là
ne reviennent à la terre pour, évidemment, régénérer la planète. Donc, le
modèle d'économie circulaire en tant que tel est un modèle qui tend à lutter contre le changement climatique parce
que c'est un modèle à plus faible
intensité carbone.
M. Heurtel : Parfait. Donc, nécessairement,
on a, ici encore, une façon de voir la nécessité d'intégrer la lutte contre les changements climatiques à la stratégie
de développement durable et de s'assurer que nos efforts en matière de lutte contre les changements
climatiques — vous connaissez bien, plan d'action, Fonds vert, marché du carbone — soient
véritablement intégrés pleinement à la stratégie de développement durable. Bon.
L'autre point
que j'aimerais vous faire approfondir, c'est au niveau des opportunités de développement économique pour l'économie québécoise. Parce
qu'évidemment, souvent, lorsqu'on parle de transition d'économie, de changement
d'habitudes, de transformation, évidemment, on a tout de suite, évidemment,
beaucoup de gens qui vont soulever des questionnements,
et sur le fait que ça va probablement nuire à l'économie québécoise. Donc,
là-dessus, ce serait intéressant de vous entendre sur comment une transition, cette
transition-là peut, au contraire — et je le crois — être une opportunité très importante,
voire stratégique, pour l'avenir du développement de l'économie québécoise.
Normandin (Daniel) :
Écoutez, les économistes qui ont étudié ce modèle-là, les économistes, entre
autres, du Forum économique mondial
ont fait des estimés, en fait, de, premièrement, d'économies générées pour les
entreprises et la société de façon
générale et la création d'emploi liée à l'économie circulaire. Uniquement pour
le territoire britannique, on estime
que l'économie circulaire devrait créer 200 000 nouveaux emplois d'ici
2030 par l'introduction de l'économie circulaire.
Alors, ça, les études n'ont pas été réalisées pour le Québec, mais on peut
s'attendre évidemment à avoir le même type — évidemment, toutes
proportions gardées, là — de
création d'emplois.
Le modèle
d'économie circulaire, qu'on le veuille ou qu'on ne veuille pas, est en train
de s'implanter à l'échelle internationale.
Donc, le Québec va être impacté, qu'il le veuille ou qu'il ne le veuille pas.
C'est-à-dire que l'intensité de consommation
de ressources, per capita, va diminuer au total. Alors, si on veut faire
partie
du mouvement et tirer bénéfice, en
fait, de la création d'emplois et de richesse que ça peut occasionner, il faut
l'inscrire de manière concrète à l'intérieur de notre stratégie. Non
seulement de la stratégie de développement durable, de notre politique
d'innovation, de notre stratégie industrielle parce que tout ça, évidemment,
est relié. À partir du moment où on se fixe des objectifs de productivité de matières, il y a toutes sortes
d'entreprises qui vont inventer des nouveaux modèles, en fait des nouvelles
façons de mieux gérer les ressources, de mieux en tirer profit.
Tantôt,
Fabien a parlé de l'économie collaborative. Ça, c'est en train de se mettre en
place, qu'on le veuille ou qu'on ne
le veuille pas. Il y a un déploiement massif de l'économie collaborative et
l'économie de fonctionnalité, qui sont des
composantes importantes. Et ce qui nous permet de croire qu'aujourd'hui
l'économie circulaire va se réaliser à l'échelle internationale, c'est le fait que les planètes s'alignent sur une prise
de conscience des consommateurs, une écoeurantite aigüe, en fait, de l'obsolescence programmée des
produits qu'on consomme, la question des ressources qui deviennent de moins en moins disponibles, d'une part, et
aussi cette pression, en fait, occasionnée par la croissance de la population.
Donc, on n'a pas le choix, on va y aller.
Pour le Québec, évidemment,
ça veut dire de réfléchir en fonction de notre réalité économique
québécoise. On est une
nation extractive, entre autres, on a beaucoup de ressources naturelles. Comment l'industrie
extractive peut prendre un pas de
recul et considérer le gisement non pas juste en dessous de la croûte
terrestre, mais également à l'échelle du marché, que ce soit dans les sites d'enfouissement, en circulation dans
le marché autant que dans la croûte terrestre? On est en train de discuter, entre autres, avec le ministère de
l'Énergie et des Ressources naturelles,
justement, pour évaluer un projet qui viserait à
cartographier un peu ces ressources-là puis voir qu'est-ce qu'on peut en tirer,
comment on peut appliquer des modèles de
stratégie de circularité pour en tirer davantage, évidemment, de retour sur l'investissement et
s'inscrire dans cette dynamique d'économie circulaire qui est en train de se
mettre en place à la vitesse grand V.
Donc, il y aura des opportunités. C'est sûr qu'il y a
toujours des perdants lorsqu'on fait un changement de paradigme, un changement économique. Tantôt, si on
ne prend que l'économie de fonctionnalité, le fait, évidemment... Bon, on peut prendre l'exemple de Uber, on peut
prendre l'exemple de Airbnb, l'industrie hôtelière, l'industrie du taxi vont être impactées, mais globalement, en fait,
tout le monde va y trouver son compte. On va créer plus d'emplois qu'on va
en perdre par un modèle d'économie circulaire, c'est ce que soutiennent les
économistes qui sont à la base de ce modèle-là,
qui, d'ailleurs, n'est pas si nouveau que ça, on en parlait dans les années 70
par le Club de Rome. Mais, dans sa
définition moderne, c'est un modèle qui se déploie depuis environ une dizaine
d'années, de façon plus intensive depuis les quatre, cinq dernières
années, et on estime que la transition vers une économie circulaire devrait
prendre entre, grosso modo, 15 à 25 ans.
McDonald (Mélanie) : Mais,
si on regarde, par exemple, ce qui se passe en Allemagne, leurs expériences
ont débuté au début des années 2000. Avec
des indicateurs chiffrés... leur a permis de démontrer qu'effectivement c'était
symbole d'opportunité économique
intéressante, et ils ont d'ailleurs réenligné assez rapidement leur stratégie
d'économie circulaire, qui émanait, à
la base, de leur stratégie de développement durable — donc, c'est intéressant — quelques années après dans une stratégie plus musclée qui implique
l'équivalent du MDIE ou autre, donc, là, vraiment opportunité économique
liée à l'économie circulaire.
Heurtel : Donc, de façon horizontale, il faudrait que, justement, la
stratégie intègre, justement, ces principes-là et s'assure que, par
exemple, que ce soit au niveau de nos politiques d'investissement, que ça soit
dans nos processus décisionnels,
l'aménagement urbain, transport, au niveau de tous les choix économiques, là,
toutes les interventions de l'État.
Parce qu'il y a beaucoup des exemples que vous avez donnés, l'État, parfois,
est un investisseur, un prêteur, un subventionnaire.
Alors, dans ça, il faudrait véritablement intégrer des conditions pour
s'assurer qu'on intègre l'idée de transitionner vers une économie
circulaire.
M. Normandin (Daniel) : Si je peux
me permettre, M. Heurtel, moi, je fais du développement durable et de l'environnement depuis environ 30 ans. C'est ma
carrière, en fait. Puis j'ai vu évoluer le champ du développement durable
autant en tant qu'universitaire, mais aussi
comme consultant. J'ai été consultant pendant cinq ans, j'ai fondé une firme
qui s'appelle Quantis , que certains
d'entre vous, peut-être, connaissez. Et ce qu'on peut dire, c'est qu'actuellement,
dans le contexte économique que l'on
connaît, qui est difficile depuis 2008, le développement durable est en
régression autant dans les
gouvernements que dans les entreprises parce qu'on voit ça comme étant un
fardeau supplémentaire à ce que les entreprises et les gouvernements
doivent déjà faire. Alors, c'est une approche qui est plus — comment
je dirais ça? — culpabilisante, c'est-à-dire occupez-vous de
l'environnement et occupez-vous du volet social. Et, ce faisant, les entreprises autant que
les gouvernements ont de la difficulté à intégrer ça dans leur quotidien, en
fait. En prenant l'angle économique,
on a des retombées sur l'environnement et on a des retombées sur le volet
social. Et c'est un angle qui parle à
la fois au gouvernement parce qu'on parle de création de richesse, et c'est un
angle qui parle également aux entreprises et aux citoyens parce qu'on crée des emplois, on maintient des emplois
et on permet à l'économie d'être beaucoup plus résiliente qu'elle l'est
actuellement.
Alors,
c'est pour ça qu'en ce moment il y a cette vague d'intérêt pour l'économie
circulaire à travers la planète. Et
les pays, évidemment, qui sont les premiers à adopter ça sont les pays qui ont
des problèmes déjà de densité de population et d'accès à la ressource que
sont, entre autres, la Chine et plusieurs pays européens.
Mme McDonald
(Mélanie) : Moi, j'ajouterais aussi qu'en fait il y a un intérêt
important des organisations environnementales,
des spécialistes en développement durable. Moi, je travaille depuis 15 ans en
développement durable, j'ai passé cinq ans en Europe à mobiliser... Moi, ma
spécialité, c'est la conduite du changement en développement durable. Et, là où
je trouve ça intéressant en plus, l'économie circulaire, c'est que c'est un cadre
fédérateur qui amène tout le monde à
la table sur un cadre de solution clair et cohérent. Donc, ça permet de
rassembler plusieurs actions
intéressantes, mais qui semblent dispersées. Et ça, c'est essentiel si
on veut mobiliser les gens, notamment les consommateurs, et autres, sur... mais
aussi les employés sur des initiatives de développement durable parce que,
sinon, tout le monde a l'impression d'agir
tout seul de son côté, c'est démotivant, et on a l'impression qu'on n'avance
pas, alors que, là, ça fait comme une
carte — si
vous voyez le schéma qu'on a essayé de reproduire, c'est un petit peu ça — qui nous permet de voir où moi,
j'agis, mais aussi où les autres agissent également.
Le Président (M.
Bérubé) : M. le député de Mégantic.
Bolduc
(Mégantic) : Merci. Merci, M. Normandin,
de votre présentation, mais aussi de nous présenter un peu une structure qui, pour moi, est fascinante.
Et je vais vous donner un exemple pratique parce que je pense que c'est très important. Dans mon comté, on est en train de
construire une usine de recyclage qui s'appelle Valoris, qui va regrouper,
en fait, Sherbrooke et tout l'ensemble de
mon comté, où on va prendre tous les déchets et on va faire un recyclage
total : produits biologiques, les produits non ferreux, les
ferreux, etc. L'usine devrait être en démarrage dans les prochaines semaines. Donc, je pense que c'est un de ces
exemples d'économie circulaire qui est en développement. J'ai, moi aussi,
hâte de voir la performance et l'évolution
que ça va nous amener. Et le site de déchets de Valoris, chez nous, est en
train de devenir, en fait, une
nouvelle industrie complètement parce que le nombre d'entrepreneurs et
d'entreprises qui y travaillent augmente
continuellement, puis de façon vraiment, vraiment systématique. Donc, ce que
vous nous dites là, là, c'est très, très bien.
où moi, j'ai un problème de paradigme, c'est au niveau de certains segments de
l'industrie, on va devoir faire des
changements fondamentaux. Je m'explique. Par exemple, prenez l'industrie du
plastique, où les catalyseurs, l'aérologie,
les additifs font que le produit fini, dans son utilisation, devient
pratiquement impossible à recycler dans sa forme originale. O.K.? Vous comprenez très bien, là, cet ensemble de
choses là. Pour moi, dans les politiques de développement durable qu'on est en train de mettre en place,
est-ce que vous avez des suggestions à nous faire sur les paramètres, par
exemple, de recyclabilité, là, qu'on pourrait mettre dans l'évolution de nos
produits à partir des ressources naturelles originales pour permettre une
reconversion?
M. Normandin (Daniel) : Oui. Bien, en fait, il y a des éléments
techniques, évidemment, qui sont là-dedans. Moi, j'étais hier au forum organisé par Éco Entreprises Québec, et on a entendu
beaucoup d'exemples d'entreprises qui étaient, justement, des recycleurs. Le problème qu'on a actuellement, en fait,
c'est que la matière qu'on récupère par la collecte sélective et surtout la consigne... En fait, oui,
la consigne, en fait, je dirais, la matière est souvent de meilleure qualité,
mais, au niveau de la collecte sélective, il
y a beaucoup de contamination, si bien que les plastiques qu'on récupère, en
bout de ligne il y a seulement qu'une petite
proportion qu'on peut en faire, évidemment, quelque chose de... un objet de
qualité, disons. Alors, ça, il y a un enjeu
principal, un enjeu majeur là-dessus, il faut connecter la chaîne de valeur. Il
faut que les manufacturiers arrivent avec des cahiers de charges précis
et qu'évidemment les recycleurs qui récupèrent le matériel puissent répondre à
ces cahiers de charges là. Et ça veut dire aussi de retourner à la conception
du produit lui-même pour faire en sorte
qu'on utilise, oui, qu'on utilise, donc, des plastiques qui soient de meilleure
qualité au départ et qui soient
surtout recyclables, ce qui n'est pas le cas de tous les plastiques. Et souvent
ils sont mélangés, donc on se retrouve
avec un ensemble de plastiques de différentes natures, et ça fait en sorte
qu'on est obligé de jeter le tout. Alors donc, la conception en amont est extrêmement importante, et ça fait
partie des outils qui contribuent à la mise en place de l'économie
circulaire.
Le Président (M.
Bérubé) : Merci.
Bolduc
(Mégantic) : ...
Président (M. Bérubé) : Notre temps est terminé. À moins que
vous vouliez allonger sur votre temps de tout à l'heure, mais... On va
passer au groupe de l'opposition officielle, et je reconnaîtrai M. le député de
Jonquière.
M. Gaudreault :
Oui. Merci, M. le Président. Bonjour...
M. Normandin (Daniel) : Bonjour,
M. Gaudreault.
Gaudreault : ...Mme McDonald, M. Normandin. J'aurais,
évidemment, à peu près 10 000 questions, mais on va...
M. Gaudreault : Oui, c'est
ça, ça ne fait pas beaucoup de secondes par question. Alors, vous avez piqué ma
curiosité, Mme McDonald, avec les
expériences internationales. Puis, tout à l'heure, je voyais sur votre
présentation, là, la carte du monde,
où vraiment l'Amérique est complètement sur une autre planète, là, en termes
d'économie circulaire — c'est le cas de le
dire — autant
Amérique du Sud qu'en Amérique du Nord. Je suis étonné sur la Chine, là, avec
les lois en économie circulaire. Mais
j'aimerais que vous nous instruisiez un peu plus sur le processus, peut-être
particulièrement dans un pays qui
nous ressemble plus comme
l'Allemagne, ou la Grande-Bretagne, ou même la France, les Pays-Bas, sur le
processus qu'ils ont utilisé pour intégrer l'économie circulaire.
Autrement dit, en quoi ça pourrait nous inspirer par rapport à la stratégie qu'on a devant nous, là, pour être
capable de modifier tout de suite la stratégie qu'on a devant nous afin d'amener
davantage l'économie circulaire?
McDonald (Mélanie) : Bien,
je pense, tous les pays l'ont vu comme un cadre fédérateur. Donc, ça, quand
on parlait d'intégration horizontale qui
permet de catalyser la majorité des actions — c'est pour ça qu'on a fait un peu un recensement de tous les objectifs de la
stratégie actuelle que ça permettait de regrouper — ça, c'est quand même un point essentiel. De regrouper tous les acteurs
impliqués, ça a été un point commun de l'ensemble des pays. Donc, de mettre
à la table autant les gouvernements, les entreprises, les organisations environnementales
que les universitaires, ça a été vraiment,
vraiment important. Bien, ce n'est pas parce que c'est l'Institut EDDEC, là,
mais d'être accompagné par des organisations
de recherche en Allemagne, par exemple, l'Institut Wuppertal, qui a permis de
mesurer et aussi d'apporter des
conseils stratégiques sur comment le faire... Parce que ça soulève des
questions qui impliquent toutes les disciplines. Autant on a parlé de technique, mais on peut parler de politique
sociologique. Ça, c'est absolument essentiel, donc, de se doter
d'indicateurs de suivi.
Donc, ça fait
partie des premiers points où, en général, ils se sont dotés, en gros, d'un
incubateur de deux à trois ans pour
se permettre de vraiment être capables de se fixer un objectif et des plans
d'action qui font sens. Et c'est pour ça que notre recommandation... ce que Daniel Normandin disait tout à l'heure,
que c'est important, à notre avis, qu'on se donne le temps aussi avant de demander aux ministères et
organismes de réaliser des plans d'action. Donc, s'ils doivent le faire,
par exemple, pour le 1er avril et intégrer
tout de suite l'économie circulaire là-dedans, bien, je pense que ça demande un
certain temps d'appropriation, de discussion
entre les acteurs pour voir la contribution de chacun, pour qu'on puisse être
capable de se fixer ce plan d'action là en général. C'est ce que les autres ont
fait, du moins.
Normandin (Daniel) : Si je
peux rajouter, le gouvernement a joué un rôle souvent, justement, de catalyseur
ou de mise en commun des parties prenantes,
d'une part. Et c'est souvent le ministère de l'Environnement ou du
Développement durable qui a joué de façon peut-être prioritaire ce
rôle-là, mais qui a entraîné, évidemment, les autres ministères à collaborer dans la démarche. Et, souvent, on...
Bien, en fait, c'est le cas de la France, qui est en train de... qui a un
projet de
loi sur l'économie
circulaire qui est en discussion en ce moment. Normalement, ils ont créé un institut
qui s'appelle l'Institut de l'économie circulaire, qui n'est pas un
institut de recherche, contrairement au nôtre, qui est là plus pour regrouper les parties prenantes et faire les
pressions appropriées pour que l'économie circulaire puisse voir le jour, et
ils se sont donné comme objectif de
voter une loi de l'économie circulaire pour 2017 en France. Ça, c'était
l'objectif initial, mais déjà
Ségolène Royal a annoncé un avant-projet de loi cet été... l'été dernier, en
fait. Donc, les choses vont aller plus rapidement.
Et, comme je disais tout à l'heure, au-delà de
la fédération des acteurs, il faut savoir qu'au Québec toutes les composantes de l'économie circulaire existent.
C'est juste que les composantes sont en silo, les initiatives ne se parlent
pas, souvent, donc il y a beaucoup de
gaspillage de fonds juste pour soutenir des initiatives en développement
durable qui, individuellement, sont
intéressantes, là, concourent, en fait, à des objectifs de développement
durable, on s'entend, mais, comme ils
sont disparates, on a de la difficulté à atteindre un objectif commun.
L'économie circulaire permet ce parapluie
qui fédère l'ensemble des initiatives, et tout le monde travaille dans la même
direction. Et c'est pour ça qu'on donne
des objectifs de productivité de matière, et ça peut être également des
objectifs de réduction du changement climatique qui sont afférents. Et tous les ministères, Innovation, Industrie,
Ressources naturelles, Environnement concourent... et puis le ministère de l'Éducation aussi,
évidemment, pour former la main-d'oeuvre, les compétences nécessaires pour ce
faire, donc concourent au même objectif.
McDonald (Mélanie) :
J'ajouterais un autre point très, très important qui a été mis en oeuvre dans
plusieurs pays, notamment en Chine,
en Hollande, qui ont beaucoup cette approche-là, c'est les projets pilotes,
donc de tout de suite tester dans
plusieurs secteurs d'activité, sur plusieurs territoires, dans des
organisations des produits, plusieurs approches possibles, qu'est-ce que ça veut dire, l'économie circulaire, et puis de
mesurer concrètement les retombées économiques, environnementales, sociales de tout ça pour mieux encadrer par la suite.
Donc, la Chine est en train de déployer dans le cadre de sa loi
1 000 projets pilotes à l'échelle territoriale. Donc, on pourra
certainement s'en inspirer.
Puis, à
l'échelle des Pays-Bas, ils n'ont pas de loi. Ils ont été avec une approche, on
dit, plus libérale, donc où le gouvernement
va faciliter, joue un rôle de facilitateur pour les projets pilotes qui
rentrent dans un programme qu'ils ont appelé
Green Deals. On pourrait regarder ça si ça vous intéresse, mais c'est une
approche différente de l'approche législative et fixation d'objectifs
clairs.
M. Normandin (Daniel) :
Si j'ai quelques minutes, juste pour rajouter...
M. Gaudreault : Tant qu'à
être parti.
Normandin (Daniel) : ...actuellement, on a une douzaine de projets qui sont à différents degrés de montage
au niveau de l'institut avec différentes parties prenantes. Un, entre autres, que vous avez peut-être entendu parler, en fait, c'est d'inscrire le secteur aéronautique dans l'économie
circulaire. Donc, c'est de faire du Québec, en fait, une plaque tournante, en fait, du démantèlement et de la valorisation des aéronefs en fin de vie. Il
y a trois plaques tournantes au niveau international. En Europe, évidemment, ils mettent beaucoup
l'emphase là-dessus, mais au Québec on a tout ce qu'il faut ici pour le faire.
Donc, en ce
moment, il y a eu deux projets
pilotes. Donc, on a démantelé deux
aéronefs. C'est un projet qui a eu lieu,
il y a deux ans, avec Air Transat, entre
autres, puis des joueurs comme
Pratt & Whitney, comme Bombardier, etc., et pour apprendre un peu. On est capable de recycler
jusqu'à 80 % un avion. Il reste
encore 20 % de matériaux de très, très haute qualité. La qualité
aéronautique, c'est le maximum qu'on peut obtenir, là. Alors, ces matériaux-là,
ces 20 % de matière là se ramassent
dans un site d'enfouissement. Alors, il faut monter ça à 100 %, et on
aurait au Québec, entre autres, l'opportunité
de devenir un pôle mondial de démantèlement et de valorisation des aéronefs en
fin de vie par toutes sortes de solutions qu'on pourrait éventuellement
mettre au point. Et donc c'est Aéro-Montréal qui s'occupe de ça, et on va travailler aussi avec le CRIAQ, le consortium de
recherche en aéronautique du Québec, pour que les ingénieurs, que les économistes, que les... en fait, que les
spécialistes d'aviation travaillent tous au même objectif, en fait, de devenir
ce pôle mondial là.
Ça, c'est un
exemple, mais on déploie l'économie circulaire aussi à différentes échelles,
échelle de quartiers... On a déposé
un projet à Je vois Mtl pour faire de la métropole, en fait, la première
métropole en économie circulaire en Amérique
du Nord. Et on peut déployer, évidemment, l'économie circulaire au niveau du
Québec. Donc, il y a différentes échelles géographiques : à
l'échelle d'une entreprise, à l'échelle d'une filière industrielle, à l'échelle
d'un métal, par exemple. C'est-à-dire, on
cartographie ce métal-là sur l'ensemble des flux, tout ce qui rentre, tout ce
qui est généré dans le marché et tout ce qui se ramasse dans les sites
d'enfouissement.
Le Président (M. Bérubé) : 30
secondes.
M. Normandin (Daniel) : Oui, bonjour...
Le Président (M. Bérubé) :
Fais ça vite.
M. Roy : Vous êtes
passionnés. Quelles sont les zones de résistance?
M. Normandin (Daniel) : Les zones de
résistance? Évidemment, quand on change un modèle économique, il y a toujours
de la résistance, c'est clair. Les entreprises sont très conservatrices. Donc, les entreprises
qui sont là depuis très longtemps ont souvent des freins, quoique, dans le
modèle d'économie circulaire, en Angleterre il y a une centaine d'entreprises,
de multinationales qui se sont inscrites dans ce courant-là et qui modifient
leurs pratiques d'affaires.
Mme McDonald (Mélanie) : ...à
travailler ensemble, c'en est un bon.
Président (M. Bérubé) : Merci beaucoup. Alors, on va passer aux
représentants de la deuxième opposition, M. le député de Groulx.
M. Surprenant : M. le Président,
merci. Mme McDonald, M. Normandin, bonjour.
M. Normandin (Daniel) : Bonjour.
Surprenant : Ma question va porter sur l'impact au niveau des régions
de l'économie circulaire. Vous savez, le
Québec est un pays producteur de matières premières, donc c'est une donnée
importante, là, de notre économie. Alors, d'ailleurs, le gouvernement
est en train de créer le Plan Nord, donc veut mettre l'emphase sur le
développement des ressources en région.
Donc, ça crée beaucoup d'emplois, l'exploitation des ressources du sol. Alors,
ma question, donc : Quel est
l'impact d'une transition vers une économie circulaire pour les régions,
particulièrement celles qui sont liées aux ressources? Parce qu'il y a
des emplois qui vont se perdre, là.
McDonald (Mélanie) : Bien,
moi, je dis, vu l'augmentation de la population, là, on va continuer d'extraire
quand même, là. Donc, ça ne veut pas dire
que ceux qui sont dans le domaine de l'extraction vont perdre leur emploi parce
qu'on va dans une transition vers l'économie
circulaire. Par contre, ce qui est intéressant, c'est que, par exemple, en
France, ils ont été vers l'économie
circulaire pour redynamiser les régions, les territoires parce que ça recrée
une économie locale qui n'est pas
délocalisable. Par exemple, si on regarde les solutions au niveau de la
réparation des produits, ce type de solution
là va recréer des savoir-faire locaux qui sont disparus, oui, quand on va créer
des boucles locales de redistribution des matières, de réemploi. Il y a certaines des
solutions qui ne peuvent pas être faites, comme le recyclage, à l'échelle
mondiale. Donc, c'est dans cette optique-là
que, notamment en France, ils ont développé leur stratégie d'économie
circulaire en disant : On va
redynamiser nos territoires sur autre chose que l'exploitation des ressources
naturelles, qui, dans leur cas, n'est plus disponible, bien effectivement.
Surprenant : Dans leur cas, vous dites, qui est... plus disponibles,
les ressources naturelles?
Mme McDonald
(Mélanie) : Les ressources naturelles sont moins disponibles en France
qu'ici, on s'entend.
Surprenant : Voilà. Voilà. Donc, votre réponse, finalement, à mon
avis, ne fonctionne pas pour ce qui est du Québec parce qu'on parle de régions qui sont des grandes productrices
de ressources naturelles. La France, ce n'est pas le cas. Là, on veut transformer des régions, en fait, à l'économie
circulaire, alors qui vont, en contrepartie, écoper au niveau de la
production de matières premières. Alors, j'ai lu des documents au niveau de...
M. Normandin
(Daniel) : Mélanie dit justement...
Surprenant : ...on parle de 20 %, au moins, de réduction de...
M. Normandin (Daniel) : Ce que Mélanie dit, en fait, c'est que la
population va s'accroître. L'idée là-dedans, c'est de diminuer la consommation de ressources per capita. Mais si la
population... En fait, pas si, la population va passer de 7 milliards à 9 milliards en 2050, à
12 milliards en 2150, donc avec, évidemment, une population de classe
moyenne qui va doubler d'ici 15 ans.
Donc, la demande pour les ressources ne va pas diminuer. Ce qu'on veut, en
fait, c'est diminuer l'angle de la pente ou l'angle... la courbe, si
vous voulez, en fait.
Le développement
durable, c'est quoi? C'est d'être capable de satisfaire les besoins des
générations actuelles sans compromettre les
générations futures d'être capables de satisfaire leurs propres besoins. C'est
d'abord et avant tout une question de
ressources. Si on extrait tout ce qu'on peut extraire aujourd'hui et que cette
extraction-là se ramasse dans un site
d'enfouissement éventuellement, comment voulez-vous qu'on rentre dans un
développement durable dans cette perspective-là?
Ce qu'il faut faire, en fait, c'est que les entreprises extractives, comme je
disais tantôt, prennent un pas de
recul et voient la ressource en question non pas juste en dessous de la croûte
terrestre, mais également dans le marché. Et je pense que ce qu'il faut relancer, c'est une industrie locale de
transformation de ces ressources-là ou de retransformation des ressources par pôles qui peuvent être
concentrés en foresterie, en différents types de métaux, donc spécialiser un
peu des régions.
l'économie circulaire se conjugue au niveau des collectivités parce qu'on
essaie de réduire les circuits. Donc, les
circuits courts. Pourquoi les circuits courts? Parce que moins il y a de
transport, moins il y a de gaz à effet de serre, et on s'organise pour que les collectivités soient le plus autoportantes
possible. Donc, il y a des ressources qui se promènent à l'échelle mondiale, à l'échelle globale. Une fois
qu'elles rentrent sur un territoire, on essaie de faire en sorte que les
boucles soient les plus petites
possible, à l'échelle d'une province, à l'échelle d'une collectivité, à
l'échelle d'une ville, à l'échelle de... Alors, c'est ça.
Donc,
c'est certain que ça va... on devra repenser de la façon dont on exploite nos
ressources, mais ça ne veut pas dire
qu'on va perdre des emplois pour autant, là. On va créer de nouveaux types
d'emplois qui vont être plus associés sur la retransformation des
ressources qui sont déjà en circulation dans le marché.
Mme McDonald (Mélanie) : Et ça fait
partie des points qu'on a identifiés
comme étant vraiment à explorer et à calculer précisément dans le cadre
de notre programmation de recherche, je vous rassure.
Surprenant : Oui. J'ai encore un peu de temps, oui?
Le Président (M.
Bérubé) : Oui, vous avez 1 min 20 s.
Surprenant : O.K. Parce qu'au niveau de l'emploi, en fait, ce que je
comprends, c'est que, bon, au niveau des
GES, on devra penser dans tout ça qu'il y ait une diminution du transport.
Donc, les ressources déjà utilisées en région pourraient être...
circuler là-bas et ramenées ici.
Une voix :
Une partie.
Surprenant : Ou une petite partie, mais il va y avoir des usines qui
vont s'installer autour des grands pôles. Donc, l'économie des régions va être affectée, il y a des emplois qui
vont être déplacés vers les grands pôles nécessairement, là, si on parle
d'économie circulaire.
Mme McDonald (Mélanie) : Bien, actuellement, beaucoup de ressources vont
aussi directement en Chine, là, sans
être... Donc, il faudra voir, l'impact est vraiment difficile à analyser. Je
veux dire, cette étude-là au niveau de l'impact sur les emplois a été faite au niveau de l'Europe, ça a donné des
résultats superpositifs. Après, au niveau du Québec, je pense qu'on a besoin de prendre un pas de recul
puis de voir... Tout dépend des mesures qu'on choisit de mettre en place
aussi. Il y a certaines des solutions qui
vont pouvoir être déployées en région plus loin, d'autres qui supposeraient d'être
déployées plus proche des pôles. C'est à nous à faire des choix aussi comme
société.
Normandin (Daniel) : Ceci
dit, les modes de transport influencent beaucoup les émissions de gaz à effet
de serre. Donc, on a des spécialistes
à l'institut, en fait des spécialistes de logistique inversée, qui permettent,
justement, de voir quels sont les meilleurs patrons de circulation des
flux de matières.
Président (M. Bérubé) : Merci pour ce bloc, ça met fin. Alors,
on va passer à la députée de Sainte-Marie—Saint-Jacques
pour trois minutes.
Massé : Merci. Merci pour votre réflexion, pour votre perspicacité de
voir ce qui s'en vient, ce qui est en avant.
Je trouve ça très intéressant, d'autant plus quand on parle d'être à l'affût de
modèles respectueux des limites de la planète,
hein? C'est comme ramener l'être humain dans son rôle premier, qui est d'être
un être humain. Ce que je trouve intéressant,
vous avez dit que c'est un type d'économie qui peut... bon, projets pilotes,
etc., mais se développer sur une base territoriale, sur une base de
modèle... une filière économique, etc.
J'aimerais ça
parce que je trouve qu'ici, au Québec — et vous l'avez souligné — on a quelque chose qui nous est propre, c'est-à-dire on a une SAQ qui,
annuellement, vend énormément de bouteilles de différents types de verre. On
avait historiquement des entreprises qui
agissaient peut-être sans le savoir dans une économie circulaire. J'aimerais
que vous me dites si, par exemple,
toute la question de la consigne... Vous y avez fait un état... Je n'ai pas
trop compris ce que vous vouliez
dire. Comment on pourrait faire en sorte d'inscrire le verre, une filière,
donc, dans l'économie circulaire ici, au Québec?
Normandin (Daniel) : Bien,
écoutez, la question arrive à point. Hier, j'étais, donc, au forum Éco
Entreprises Québec, qui est responsable, donc, justement, des emballages
puis des imprimés. Et j'étais en atelier de travail sur le recyclage, et, entre
autres, il y avait deux entreprises, Tricentris et puis Gaudreau, qui sont en
train... en fait, qui ont développé des usines de traitement du verre. La
question de la consigne versus la collecte sélective, c'est surtout une question de qualité, évidemment, des matières
qu'on récupère. Quand c'est consigné, évidemment, en général on a une
plus grande qualité qu'en collecte sélective, surtout quand c'est tout mélangé.
Pour ce qui
est du verre, les technologies, qu'on nous a dit hier, étaient suffisamment à
point pour être capable, même par la
collecte sélective, donc, de récupérer le verre, de le traiter et de le
recycler... en fait, même, je dirais, de le surcycler. Parce qu'on appelle l'«upcycling» le fait de donner une valeur
au produit plus grande que sa valeur d'origine, contrairement au
«downcycling», en fait, ou sous-cyclage, qui donne une valeur moins importante
au produit de deuxième vie. Et ce qu'on nous a dit hier, en fait, c'est qu'il
semblait y avoir de nombreuses innovations pour permettre à ce verre qu'on micronise, donc qu'on rend à
l'échelle du micron, pour en faire des produits fort intéressants, que ça soit l'intégration dans les bétons, en fait dans le
ciment, mais que ça soit aussi pour la production de dalles ou... Donc, il
semblait plus y avoir un problème éventuellement d'offre qu'un problème de
demande pour le verre.
Président (M. Bérubé) :
Merci. Ça met fin à ce bloc. J'ai une demande exceptionnelle du ministre
pour ajouter cinq minutes qui seraient
retranchées sur un prochain bloc du gouvernement si j'ai l'accord de l'ensemble
des membres de cette
commission. Est-ce que j'ai le consentement?
Président (M. Bérubé) :
Ça va? Mme la députée de Sainte-Marie—Saint-Jacques, ça va? Alors, M.
le ministre... Ah! c'est Mme
la députée de Vaudreuil. Cinq minutes.
Nichols : Oui. Merci, M. le
Président. Merci aussi à... merci, les collègues. C'est tellement intéressant, on aimerait vous entendre et vous
entendre.
On sait que
l'un des résultats qui est recherché dans la stratégie, c'est d'augmenter
le nombre de municipalités, entre autres, là, de les impliquer
encore plus dans le développement durable puis leur capacité aussi à le faire.
Puis le ministre nous avait préalablement informés que vous
animiez, entre autres, Montréal :
Laboratoire de l'économie
circulaire en Amérique du Nord, puis je pense que Mme McDonald
en a glissé un mot tantôt, mais ça aurait été intéressant de vous entendre aussi, pour les plus petites municipalités,
l'intérêt de ce projet-là. Parce qu'on sait que c'est plus facile pour les
grandes municipalités, mais l'intérêt ou la façon qu'on peut l'appliquer pour
les plus petites municipalités...
Normandin (Daniel) : On a
actuellement, comme je disais tantôt, dans les cartons, en fait, à différents
degrés de montage, plusieurs projets. Et l'échelle géographique, en
fait, est un des angles d'attaque, en fait, des projets de recherche de l'institut, et on est actuellement en
discussion avec des villes de taille moyenne ou de petite taille, en fait,
pour voir, justement, comment on peut
conjuguer l'économie circulaire à ces échelles géographiques là. Entre autres,
on est en discussion avec la ville de
Victoriaville, qui est une ville qui est, bon, le berceau du développement
durable pour toutes sortes de
raisons. Bon. Et il y a une écoute favorable de ce côté-là, et c'est de voir
comment on peut mobiliser les acteurs de cette région-là pour,
évidemment... Puis là il y a des entreprises comme Gaudreau qui en font partie,
qui sont des innovateurs en termes de
recyclage et de surcyclage. Donc, on est en discussion pour, justement, être
capable d'appliquer ce modèle-là à différentes échelles : petites,
moyennes et grandes villes.
McDonald (Mélanie) : Mais
aussi en région, en ville, dans les quartiers, donc on essaie vraiment d'avoir
une approche variée pour comprendre l'impact réel.
Nichols : Oui. Bien, il faut que ça soit un modèle inspirant aussi
pour les plus petites municipalités. Parce qu'on s'entend que les plus grandes ont souvent les moyens de le faire,
mais on cherchait la source d'inspiration pour les plus petites
municipalités.
McDonald (Mélanie) : Mais,
pour l'instant, je vous avoue qu'on répond seulement à la demande parce qu'on fait seulement quelques conférences, et puis
les gens viennent à nous, tu sais... l'exemple de Victoriaville, il y a plusieurs villes qui se sont montrées intéressées
à être des projets pilotes là-dessus, tout comme des entreprises, tout comme des organisations sans but lucratif, tu sais, il y
a vraiment un intérêt fort des acteurs de la société aujourd'hui au Québec.
Le Président (M. Bérubé) : Ça
Mme Nichols : Oui, ça va. Merci
beaucoup
Président (M. Bérubé) :
C'est tout pour votre bloc? Bien, finalement, c'était 2 min 25 s
au lieu de cinq. Alors, merci beaucoup. Merci de votre présentation. Et
on va passer aux prochains intervenants.
(Suspension de la séance à 11 h 5)
Président (M. Bérubé) :
Alors, nous allons passer au prochain intervenant, du Centre québécois
du droit de l'environnement, et nous recevons Me Jean Baril, docteur en droit
et administrateur. Vous avez 10
minutes pour votre présentation.
M. Baril (Jean) : Bonjour. Merci aux
parlementaires, aux membres de la commission d'avoir accepté la demande du Centre québécois du droit de
l'environnement d'être entendu. Mon nom est Jean Baril. Je suis avocat, docteur
en droit et un des 15 administrateurs
bénévoles. Je le spécifie, le centre québécois est composé... tous
d'administrateurs bénévoles.
Pour ceux qui connaissent moins le centre, je
veux juste expliquer brièvement un peu sa mission, sa vocation. Depuis 1989, donc 25 ans déjà, le CQDE joue un
rôle actif au sein de la société québécoise en intervenant dans les débats
environnementaux importants qui animent
l'actualité. Il participe aussi régulièrement aux consultations
gouvernementales comme aujourd'hui
portant sur diverses réformes législatives et réglementaires ainsi que devant
les instances judiciaires lorsque
nécessaire. Vous avez peut-être entendu parler que dernièrement le CQDE s'est
ainsi récemment présenté devant les
tribunaux pour contester la légalité des autorisations environnementales
concernant les forages à Cacouna, l'absence d'autorisation concernant ceux effectués sur Anticosti ainsi que le refus de divulguer les produits
contaminants utilisés par l'industrie des gaz de schiste.
Depuis sa
fondation, le CQDE dispense de l'information juridique à des citoyens et des groupes de
protection de l'environnement leur permettant de faire la lumière sur les dimensions juridiques des
problèmes environnementaux auxquels ils font face tout en les
inscrivant dans l'atteinte éventuelle d'un développement qui soit durable.
Je suis
désolé de me présenter seul devant vous alors qu'il y a autant d'expertise
au sein du CQDE, mais il s'agit
d'un genre de symbole de la faiblesse des
moyens financiers du CQDE, qui, malgré sa vocation, ne bénéficie toujours d'aucun financement public.
Notre mémoire s'ouvre avec un rappel du principe
10 de la déclaration de Rio sur l'environnement et le développement, qui avait été adoptée
à Rio en 1992, qui est la base du droit du développement durable, que je
vous invite à lire attentivement parce qu'on y retrouve l'essentiel de la mission du centre,
et c'est principalement sur l'application
de ces principes au Québec que porte notre mémoire.
Outre la
définition générale du développement
durable qu'on retrouve dans la loi
adoptée en 2006, ses 16 principes juridiques forment, selon nous,
l'ossature de ce type de développement recherché. Dans un État de droit — et on
vit, heureusement, dans un État de droit — ces principes juridiques, novateurs à
plusieurs égards, doivent donc être transposés dans nos lois et règlements, particulièrement ceux qui sont antérieurs à
l'adoption du principe du développement durable.
Malheureusement,
le peu de place accordé aux changements juridiques nécessaires pour permettre
l'application concrète des principes du développement durable, tout
particulièrement ceux concernant l'accès à l'information et la participation du public aux prises de décision,
amène le CQDE à douter fortement que le projet de stratégie présenté ait
une influence marquante sur le projet de
société et le grand défi que constitue l'atteinte d'un développement qui soit
durable.
Commissaire au développement durable a lui-même constaté que — et je cite — «les principes de développement durable définis
dans la loi sont encore trop souvent ignorés par l'administration publique ou
appliqués trop partiellement». Selon nous, toute stratégie gouvernementale digne de ce nom devrait avoir comme objectif principal de montrer
par quels moyens concrets la mise en oeuvre de ces principes juridiques sera renforcée au cours des cinq prochaines
années. Ce n'est pas du tout ce que nous constatons dans le projet actuel, et les 16 principes
juridiques ne font même pas
partie des critères retenus pour fixer les orientations et les objectifs du projet de stratégie, comme le démontre
l'annexe III du projet.
Au CQDE, les principes juridiques
d'accès au savoir — qui
sont dans la loi — et
de participation et engagement
nous apparaissent particulièrement importants. Selon nous, ils impliquent des modifications législatives urgentes pour
assurer que l'ensemble de la société
québécoise soit
partie prenante du projet de développement durable initié par
l'administration publique. L'accès à
l'information est d'ailleurs un préalable indispensable pour l'application de
très nombreux principes de
développement durable qui sont contenus dans la loi. Qu'on pense au principe de
prévention. Pour prévenir, il faut être
au courant des contaminants qui sont susceptibles d'être émis ou qui sont
présents dans l'environnement, il faut être au courant aussi des mesures
d'urgence qui sont prévues.
L'application
du principe pollueur-payeur, qui est dans la loi, pour un citoyen, pour
vérifier si le gouvernement respecte
ce principe-là, il faut savoir la quantité de pollution qui est émise par un
secteur industriel et les contreparties économiques qui sont versées pour utiliser soit des ressources
naturelles ou l'air et l'eau. Même chose pour la capacité de support des écosystèmes, comment un citoyen
peut voir à l'application de la capacité de support des écosystèmes s'il
n'a pas l'information sur l'état de ces écosystèmes?
Donc, les diverses
dispositions de la législation québécoise permettant aux citoyens d'accéder à
l'information environnementale datent toutes
d'une trentaine d'années, bien avant l'adoption du concept de développement
durable. Donc, prendre le virage
qu'implique ce type de développement signifie logiquement modifier nos façons
de traiter l'information
environnementale, que cette information relève du droit général d'accès à
l'information administrative, qu'on retrouve dans notre
loi sur l'accès
qui a été adoptée en 1982, ou encore dans les mécanismes particuliers d'accès à
l'information environnementale, qui, eux,
datent de 1978, dans la
Loi sur la qualité de l'environnement. Malheureusement,
le projet de stratégie actuel passe
totalement sous silence ces questions et ne propose aucun changement concret à
réaliser au cours des cinq prochaines années.
obligations des autorités publiques quant à la participation du public au
processus de prise de décision sont aussi
essentielles. Encore là, la première stratégie n'a entraîné aucun changement
sur ces questions. Par exemple, notre procédure
d'évaluation et d'examen des impacts sur l'environnement date de 1978 et est
toujours inchangée malgré les nombreuses
critiques et les nombreux rapports, entre autres, de commissions parlementaires
qui ont proposé des modifications.
L'évaluation
environnementale stratégique, qui est de plus en plus utilisée ces dernières
années, n'est pas encadrée législativement, et les modalités de son
utilisation relèvent de la totale discrétion ministérielle ou administrative.
La population du Québec n'a aucune garantie
juridique à savoir si elle sera consultée, par qui, de quelle façon. Les
groupes environnementaux et le citoyen ne bénéficient d'aucun programme
d'aide financière pour participer efficacement aux consultations de diverses
natures initiées par l'Administration, et, malgré les promesses entourant la
création du Fonds vert en 2006, leur
situation financière n'a jamais été aussi critique. Même si le travail du CQDE
est clairement lié au développement
durable et à ses principes, ainsi qu'à celui d'accès à la justice, sa mission
ne jouit toujours d'aucune mesure de financement public.
rien dans le projet de stratégie actuel ne permet de penser que des avancées
seront faites sur ces questions au cours
des cinq prochaines années. D'ailleurs, la faiblesse de la consultation ciblée
qui a entouré la rédaction de ce projet de stratégie, qui est abordée dans notre mémoire, mais que je vais
passer rapidement ici, est d'ailleurs représentative, selon nous, du manque de volonté de mettre en oeuvre
pratiquement le principe de participation et d'engagement qui est prévu
dans la
Loi sur le développement durable.
Donc,
de l'avis du CQDE, la stratégie 2015-2020 devrait indiquer clairement comme
objectif celui d'une modernisation de
la
Loi sur la qualité de l'environnement, incluant une réforme de nos
mécanismes d'information et de participation
du public, l'intégration de l'évaluation environnementale stratégique, des
politiques, plans et programmes dans
notre législation et l'utilisation d'une
partie du Fonds vert pour assurer un
financement public adéquat aux groupes citoyens et environnementaux.
autre point qui est développé dans notre mémoire concerne les observations du
Commissaire au développement durable,
dont je sais que vous allez entendre à la fin de la commission. Selon nous, la
mesure de surveillance et de reddition de
comptes la plus importante prévue lors de l'adoption de la loi en 2006 demeure
la création d'un poste de Commissaire au
développement durable. Notre mémoire montre comment, au fil des ans, le
commissaire s'est montré très critique de la stratégie et de
l'application des principes du développement durable par l'administration
publique. Pour le CQDE, la population serait
en droit de s'attendre que de telles observations, établies par un expert
indépendant bénéficiant de pouvoirs légaux
exclusifs et de moyens appropriés — puis ce qui n'est pas le cas des groupes
environnementaux ou de n'importe quel
groupe de citoyens — soient
réellement prises en compte par l'administration faisant l'objet de ces
vérifications.
le projet de stratégie passe totalement sous silence les rapports du Commissaire
au développement durable, ainsi que
ses avis et recommandations. Ces rapports n'apparaissent même pas dans l'annexe
IV des principales références utilisées. D'ailleurs, le site Internet du
ministère de l'Environnement consacré à la stratégie 2015-2020 est tout aussi silencieux, tant sur la mission du commissaire que
sur ses rapports. Le CQDE ne peut donc constater que, dans la situation actuelle, l'administration publique fixe elle-même les objectifs qu'elle
devra atteindre, évalue ses propres résultats, décide qui est consulté
lors de l'élaboration du projet de stratégie et peut écarter de son rapport les
constats du principal instrument de reddition de comptes indépendant prévu par
la loi, le Commissaire au développement durable.
Pour le CQDE, cette
autarcie est malsaine, et les élus ainsi que les citoyens doivent se
réapproprier cette démarche si on veut que
le développement durable soit, un jour, une réalité au Québec.
À cet égard, toute stratégie de développement révisé devrait avoir l'obligation de revenir sur les constats du Commissaire au développement durable
et de motiver les orientations prises pour
en tenir compte. Ces bilans indépendants, établis sur la stratégie, les
indicateurs et les plans de développement durable, devraient obligatoirement
accompagner toute consultation préalable sur tout nouveau projet de stratégie.
Le dernier
point de notre mémoire porte sur la nécessité
d'assujettir les organismes municipaux, de santé. Je vais rapidement. Vous savez que la loi reconnaît le principe
de subsidiarité, ça a été un principe qui est reconnu par la Cour suprême et les
différents tribunaux du Québec. Actuellement, la
Loi sur le développement
durable ne s'applique qu'aux ministères et aux organismes, et, même si
la loi prévoit l'éventualité pour le gouvernement d'assujettir les municipalités, les organismes de santé, sociaux,
le projet de stratégie est totalement silencieux sur cette question-là. Donc,
pour le CQDE, il serait important que le gouvernement se mette au diapason de
nos tribunaux quant à la place du développement
durable au sein de nos municipalités et du rôle qu'elles doivent assumer dans
ce domaine. La loi est en vigueur depuis maintenant 10 ans, et il est
temps d'assujettir les organismes municipaux ou scolaires ainsi que les
établissements de santé et de services sociaux aux 16 principes juridiques de
la loi.
Le Président (M. Bérubé) :
Merci.
M. Baril (Jean) : J'irai plus loin
en répondant aux questions.
Président (M. Bérubé) : Merci, Me Baril. Nous allons passer au
groupe formant le gouvernement, avec la députée de Vaudreuil pour
démarrer. C'est bien ça? Non, député de Mégantic, pardon.
Bolduc
(Mégantic) : Merci, M. le Président. Bonjour, M. Baril.
Écoutez, vous nous indiquez à travers votre présentation qu'on devrait
utiliser une
partie du Fonds vert pour assurer un financement public adéquat
aux groupes environnementaux, dont le vôtre.
Je trouve ça un peu intéressant de voir qu'est-ce qu'on y gagnerait à,
finalement, se servir d'un fonds vert
qui est pour, finalement, créer une économie durable et de financer des projets
d'actions pour financer, finalement, des débats, là. O.K.?
Puis vous parlez
de consultation qui est ciblée, un peu mal faite, etc. Pouvez-vous nous
éclairer là-dessus parce que ça me mêle?
M. Baril
(Jean) : Certainement. Au
niveau juridique, tous les principes de la
Loi sur le développement durable se
tiennent et s'équivalent. Il n'y a pas juste les principes économiques, les
principes de participation et d'engagement. C'est beau de dire aux citoyens : Participez, venez nous rencontrer
en commission parlementaire, puis on fait de EES, il y en a beaucoup de ce type de consultations au
Québec, et, hier, vous vous l'êtes fait dire par le forum jeunesse — je suivais à distance — que ce
n'est pas toujours évident de suivre l'ensemble des consultations qui se
promènent un peu partout sur
différents sujets quand vous n'avez aucun financement. Je vous ferai remarquer
que beaucoup des groupes qui sont ici, qui viennent cette semaine ont,
de différentes manières, des financements qui viennent de l'État.
Les groupes
environnementaux... En 2006, le Fonds vert, quand ça a été annoncé, ce n'était
pas seulement à des fins économiques, c'était, entre autres, de
favoriser la participation et l'engagement des citoyens. La loi fédérale sur l'évaluation environnementale prévoit dans ses
mécanismes et depuis longtemps des fonds — il y a des règles adoptées par le législateur — qui permettent aux citoyens de se présenter, par
exemple, devant l'Agence canadienne d'évaluation environnementale ou devant l'Office national de l'énergie avec une
expertise, avec les photocopies, les documents pour être capable de
participer intelligemment.
Moi, je suis un partisan de la délibération
publique, même si c'est aux élus à prendre la décision finale. Mais, malheureusement, si on ne finance pas bien les
groupes et qu'on n'a pas l'information — parce que ça, c'est la base de tout, c'est avoir la même information disponible à
tout le monde — on se
ramasse, effectivement, avec des débats qui, des fois, tournent un peu en rond et à vide, avec des accusations d'un
bord comme de l'autre soit d'avoir des lunettes roses ou bien encore c'est la fin du monde demain matin.
Si tout le monde avait accès aux mêmes informations et à l'ensemble des informations, si les groupes de citoyens
avaient un financement suffisant pour se préparer, moi, je pense que la qualité
des débats et les résultats, pour l'ensemble
de la société, seraient meilleurs. Et c'est ce que proposait le principe 10 de
Rio, et c'est une des bases du principe d'engagement et de
participation.
Le Président (M. Bérubé) :
Toujours à vous.
Bolduc
(Mégantic) : Merci. Écoutez, moi, je voudrais aller un peu plus loin
dans le cas de l'accès à l'information. Je pense que... en tout cas, ma
perception ici, au gouvernement, c'est qu'on dépense beaucoup, beaucoup
d'énergie à essayer de structurer,
d'organiser. Il y a une volonté vraiment sérieuse d'en arriver à rendre
l'information publique. Mais, quand
vous considérez l'ensemble de la masse des données... Et il y a des
gouvernements comme la France, certains pays européens qui ont commencé à donner des accès à cette information-là, et
on se rend bien compte que l'ensemble de la complexité de rendre la bonne information disponible... Parce que de
l'information, c'est facile à distribuer, mais, des fois, ça ne vaut pas
grand-chose, il faut être capable d'extraire les paramètres, de tirer des
conclusions ou de faire des analyses
pertinentes. Vous parlez beaucoup de changements dans la législation, on est en
train de faire des changements, mais est-ce qu'il y a des points
particuliers que vous nous suggérez de faire en regard à l'utilité de
l'information, pas seulement d'avoir de l'information, mais d'avoir de
l'information pertinente?
M. Baril
(Jean) : Oui. L'information
pertinente, elle est souvent demandée même par des élus municipaux en vertu de la
loi sur l'accès, par exemple, pour
avoir accès aux documents qui ont fondé les autorisations environnementales,
les documents qui sont mentionnés au
certificat d'autorisation, par exemple, des projets de sablières et carrières
dans les municipalités. Il y a de
très nombreux cas — j'ai
fait ma thèse de doctorat sur l'accès à l'information environnementale, l'Assemblée nationale, vous m'avez récompensé pour
la qualité de ce travail-là — où les municipalités sont obligées...
et perdent tout le temps à la Commission
d'accès à l'information. Parce qu'il y a une étude hydrogéologique — je donne un
exemple précis — que
le ministère s'est servi pour autoriser l'installation d'une carrière ou d'une
sablière sur leur territoire. Les élus
municipaux, comme les citoyens,
se posent des questions sur l'impact sur la nappe phréatique, les
sources d'approvisionnement en eau potable de leurs citoyens,
ils veulent avoir l'information. Ce sera à eux de décider si c'est
utile, ils ne peuvent pas à l'heure actuelle en vertu de la loi parce que les
tiers ont un droit de veto. La compagnie, la sablière,
la carrière, qui a demandé à un ingénieur hydrologue de préparer cette
étude-là, parce qu'il avait
l'obligation de la remettre au ministère de l'Environnement, bien, en
vertu de la
loi sur l'accès, il faut demander absolument... le responsable de l'accès demande au tiers s'il est
d'accord. Et j'ai lu des centaines et des centaines de décisions, dans
99 % des cas les entreprises
refusent. Donc, les élus comme les citoyens n'ont pas accès à ce qui a justifié
l'autorisation, ce qui peut amener toutes sortes de suppositions à tort
ou à travers.
Donc, ça,
c'est un exemple de notre loi qui devrait être modifiée. Même sans passer par
changement législatif, à l'heure
actuelle le Commissaire au
développement durable l'a aussi fait remarquer, mais, au registre public, le
registre du ministère de l'Environnement, sur un registre public, je
peux voir qu'il y a eu un certificat d'autorisation qui a été accordé à une sablière dans telle municipalité,
mais je n'ai pas de lien Internet, il faut que je fasse une demande d'accès
à l'information pour l'avoir. Dans le
dernier rapport annuel du ministère de l'Environnement, on montre que le
ministère a reçu, l'année dernière,
12 000 demandes sur l'accès à l'information dans l'année, c'est énorme.
Mais ce qui est pire — il faut être plus efficace
au sein de l'administration publique — c'est que la moitié de ces demandes-là ont
été vérifiées, et il n'y avait pas de
documents là-dessus. C'est énormément de temps et de gaspillage d'énergie. On
pourrait faire pas mal d'autres choses, je suis certain, au sein du
ministère quand...
Au niveau international, ce qu'on propose de
plus en plus, c'est ce qu'on appelle la divulgation active de l'information, donc plus besoin de passer par des
demandes. Tous les documents, maintenant, sont numérisés PDF, là — ce n'était
pas le temps quand on a adopté la loi en 1982, la
loi sur l'accès — qui pourraient être mis... Le certificat
d'autorisation, il est mis sur le
site. Ça se passe en Ontario, ça se passe aux États-Unis, ça se passe en
Europe, ça fait
partie de conventions internationales.
Donc, plus besoin de faire de demande d'accès, pas de fonctionnaires qui sont
mobilisés en temps et énergie de
trouver le document, vérifier si, effectivement, il correspond à la demande,
c'est des choses qui devraient et qui pourraient être faites, et,
malheureusement, ça n'apparaît nulle part dans la stratégie comme même volonté.
Bolduc
(Mégantic) : Ça m'amène à une réflexion, puis je voudrais
entendre vos commentaires là-dessus. Vous avez parlé de pollueur-payeur, je ne sais pas si vous vous rappelez,
dans les années 80, avec la gestion responsable, le gouvernement
américain avait c