CRC — 10 May 2022 (42nd Legislature, 2nd Session)
CRC 2022-05-10
Quebec — Committees
(Neuf
heures quarante-cinq minutes)
La Présidente (Mme
D'Amours) : À l'ordre, s'il vous plaît! Ayant constaté le quorum, je
déclare la séance à la Commission des relations avec les citoyens ouverte.
La commission est
réunie afin de procéder à des auditions publiques dans le cadre des
consultations particulières sur le projet de loi n° 32,
Loi sur la liberté
académique dans les milieux universitaires.
M. le secrétaire, y
a-t-il des remplacements?
Secrétaire : Oui, Mme la Présidente. Mme Lachance (Bellechasse)
remplace Mme Foster (Charlevoix—Côte-de-Beaupré); M. Lévesque (Chapleau),
par M. Chassin (Saint-Jérôme); Mme Picard (Soulanges), par M. Émond
(Richelieu); Mme Maccarone
(Westmount—Saint-Louis), par Mme David
(Marguerite-Bourgeoys); Mme Labrie (Sherbrooke), par M. Leduc
(Hochelaga-Maisonneuve); et M. Bérubé (Matane-Matapédia), par Mme Perry
Mélançon (Gaspé).
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci
beaucoup. Ce matin, nous allons débuter par les remarques préliminaires
puis nous entendrons les groupes suivants : l'Union étudiante du Québec et
la Fédération nationale des enseignants et enseignantes du Québec.
cède maintenant la parole à la ministre
de l'Enseignement supérieur pour ses
remarques préliminaires. Mme la ministre, vous disposez de six minutes.
Mme McCann : Merci,
Mme la Présidente. Alors, très contente d'être ici aujourd'hui. Et je veux
saluer, évidemment, d'entrée de jeu, mes collègues parlementaires, là, de
l'opposition. Alors, je les salue. On vient de se voir à l'étude des crédits,
alors c'est un plaisir de vous retrouver aujourd'hui dans un autre contexte. Et
évidemment je veux saluer les collègues, là, du gouvernement : Mme Émilie
Foster, députée de Charlevoix—Côte-de-Beaupré;
M. Youri Chassin, député de Saint-Jérôme; M.
Jean-Bernard Émond également, et Mme Suzanne Dansereau. Donc, très contente
de vous revoir, et merci d'être présents. Et
aussi j'ai des représentants de mon cabinet et du ministère de l'Enseignement supérieur.
Donc, on est réunis
aujourd'hui pour débuter les consultations particulières sur le projet de loi
n° 32, la
Loi sur la liberté académique dans le milieu universitaire.
Alors, avant de débuter, j'aimerais faire un bref retour en arrière pour mettre
en contexte l'importance de ce qu'on fait aujourd'hui. La question de la
liberté académique est fondamentale, et les dernières années nous ont démontré
qu'elle n'est pas aussi acquise qu'on serait tentés de le croire. Il y a
plusieurs événements troublants en lien avec la liberté académique qui ont
attiré notre attention récemment. À ce sujet, les recommandations du rapport de
l'université du futur étaient claires, et c'est pourquoi nous nous étions
engagés à agir pour protéger la liberté académique dans les universités
québécoises.
Pour y arriver, nous
avons voulu faire les choses correctement, dans l'ordre, sans sauter d'étapes.
Alors, on a créé la Commission scientifique et technique indépendante sur la
reconnaissance de la liberté académique dans le milieu universitaire, qui a été
présidée par M. Alexandre Cloutier. M. Cloutier et son équipe avaient pour
mandat de rédiger une proposition d'orientation gouvernementale sur la liberté
académique en milieu universitaire et de déterminer le meilleur véhicule pour
reconnaître la liberté académique. Pour ce faire, la commission a notamment
dressé un portrait de la situation, tenu des consultations publiques sur la
question, soumis au gouvernement des propositions pour déterminer le meilleur
véhicule afin d'assurer la reconnaissance de la liberté académique. Le gouvernement a décidé de donner suite à l'ensemble
des recommandations de la commission et aussi à certains de ses avis.
En premier lieu, elle
a recommandé au gouvernement d'adopter une loi portant sur la liberté
universitaire, la raison de notre présence ici. Alors, ce projet de loi permet
notamment de réaffirmer que la liberté académique universitaire et
l'autonomie des établissements sont des conditions essentielles à
l'accomplissement de la mission des universités; de définir la liberté
académique universitaire et d'en identifier ses bénéficiaires, de nous assurer
que les universités se dotent d'une politique portant exclusivement sur la
liberté académique universitaire et de faire en sorte que les établissements
visés rendent compte de la mise en oeuvre de leur politique.
Alors, le projet de
loi permettrait la mise en place d'un cadre uniforme en matière de liberté
académique et universitaire dans le milieu universitaire. Par exemple, elle
exclurait toute possibilité pour les établissements visés d'inclure des mesures
qui empêcheraient d'aborder, à l'occasion d'une activité qui contribue à la mission
universitaire, des idées et des sujets qui sont susceptibles de choquer.
Autrement dit, à des fins académiques, toutes les idées, tous les sujets, sans
exception, peuvent être débattus de manière rationnelle et argumentés au sein
des universités.
Toujours selon le
projet de loi déposé, les bénéficiaires de la liberté académique universitaire
ne pourraient être contraints d'émettre un avertissement avant d'aborder un
contenu susceptible de choquer. D'autres dispositions prévoient
de permettre au ministre ou à la ministre de demander des éléments additionnels
à la politique des établissements. Si besoin était, le ou la ministre pourrait
également faire apporter les correctifs nécessaires à ses frais à un
établissement qui ferait défaut d'adopter une politique conforme. Les
établissements visés bénéficieraient de la souplesse nécessaire afin de
déterminer eux-mêmes les moyens les plus appropriés à mettre en place pour
universitaire est très importante, et nous comptons la respecter. Elle est même
réaffirmée dans le projet de loi.
Au cours des
prochaines heures, je serai donc à l'écoute des différents points de vue qui
seront partagés. Je vous le dis d'emblée, moi, je suis dans un mode d'ouverture
et de collaboration. S'il est nécessaire de bonifier ce projet de loi, nous
allons le faire assurément, mais, sur le principe, sur la protection de la
liberté académique et la fin de l'autocensure, nous sommes catégoriques, il n'y
aura pas de compromis. Le développement d'un esprit critique et d'un jugement
éclairé ne peut se faire que si le milieu universitaire défend les principes de
la liberté académique.
Par ailleurs, on
pense que les étudiants ont droit à une formation de qualité dans un
environnement propice à l'apprentissage, à la discussion et au débat, et je
suis confiante que cet exercice de consultations mènera à l'adoption d'une loi
qui fera du Québec une société avant-gardiste quant à la protection de la liberté
académique dans ses universités et qui va inspirer d'autres États à travers le
monde. Je vous remercie, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Merci, Mme la ministre. Je vais juste vous faire un petit
rappel qu'on ne doit pas nommer nos collègues par leurs noms, mais bien par
leurs titres.
Mme McCann : Ah
mon Dieu! Vous avez tellement raison. Après tant d'années, je devrais savoir
ça. Merci.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Merci. Donc, Mme la députée... J'invite maintenant,
pardon, la députée du groupe de l'opposition officielle, de
Marguerite-Bourgeoys, à faire ses remarques préliminaires pour une durée de
quatre minutes.
Mme David : Merci
beaucoup. Bonjour, tout le monde. Comme je n'ai que quatre minutes, je vais
aller au plus important, étant celui de discuter de ce projet de loi là. Alors,
je remercie la ministre, dans ses propos introductifs, de dire qu'elle sera
très ouverte et en mode collaboration parce que c'est ça qui va être très, très
important, quand on lit tous les mémoires, qu'on entend tous les commentaires.
Encore ce matin, à la radio, le recteur de l'Université de Montréal qui disait
carrément de retirer ce projet de loi, donc vous allez voir qu'on va passer par
beaucoup de choses, beaucoup de points de vue. Mais il y a unanimité contre
beaucoup de parties de ce projet de loi, même si tout le monde défend, comme vient de terminer la ministre, en
disant : Le milieu universitaire défend le principe de la liberté
académique. Oui, oui, oui, mais c'est pour ça qu'il protège... qu'il propose
tant de changements au projet de loi.
Alors, ce projet de
loi là est de la plus grande importance. C'est comme, Mme la ministre, rouvrir
la Constitution canadienne, rien de moins. C'est comme les articles 90Q.1 et
90Q.2 dans le projet de loi n° 96. C'est la liberté académique, c'est le
fondement même du fonctionnement d'une université et de la mission des
universités. Donc, chaque mot compte, chaque absence de mot est lourde de
conséquences, chaque mesure a son lot d'enjeux.
Par exemple,
l'article 6 est unanimement décrié par tous les partenaires, et, en 40 ans
de pratique en enseignement supérieur, je peux vous dire que j'ai rarement vu
une telle unanimité. Quand on a les trois piliers qui sont contre, c'est qu'il y a quelque chose qui ne va pas, c'est-à-dire
les étudiants, les syndicats, les professeurs et les hauts dirigeants,
qui disent : Ça n'a pas de bon sens, c'est une ingérence sans précédent,
ça donne un fondement juridique sans précédent, des intrusions massives dans la
sphère décisionnelle des universités. Il y a donc unanimité contre cette
mesure, et tous les protagonistes sont contre ce projet de loi, en tout ou en
partie. Donc, ça va être un exercice d'équilibrisme, comme j'ai dit, jeudi
dernier, à la ministre, de pouvoir trouver le meilleur de tout ça. Il va
falloir écouter, réfléchir, dialoguer, trouver les meilleurs compromis, sinon
c'est vers un échec total qu'on se dirige, à moins de faire mourir le projet de
loi au feuilleton.
Donc, si on met
ensemble toutes les recommandations, pas mal tout, et on va le voir avec les
mémoires, avec les présentations, pas mal tout est à repenser, refaire,
réécrire. Je ne dis pas que tout est mauvais, je ne dis pas que ça n'a pas été
réfléchi, mais il y a tellement d'obstacles et tellement d'enjeux qu'on va
entendre toute la journée : Vous devriez faire ci, vous devriez faire ça.
Si on met ça bout à bout, c'est un... Nous sommes conviés, tous ensemble, à une
grande, grande réflexion et amendements autour de ce projet de loi. Je ne dis
pas qu'on n'y arrivera pas, je l'ai dit à la ministre, mais il va falloir
s'asseoir et être extrêmement ouverts à tous les commentaires qui vont être
apportés.
Et je ne sais pas
s'il me reste du temps. Ah! il me reste une minute? Alors, nous allons écouter
tous les... nous allons commencer avec l'Union étudiante du Québec, qui, par
exemple, dans sa recommandation 1, c'est simple : «Que le gouvernement du
Québec ne légifère pas au sujet de la liberté académique.» On commence raide,
je dirais, Mme la Présidente, mais il y a d'autres qui vont venir dire la même
chose. L'Université de Montréal l'a encore dit ce matin, le BCI va venir
demain. Alors, on est entre ce genre de position. La FQPPU va venir, des
syndicats, la CSN, la FNEEQ. Il y a beaucoup, beaucoup de monde.
M. Cloutier va venir lui-même pour son rapport. Et eux-mêmes proposent,
dans leur... des amendements importants parce que, quand on dit que le
gouvernement a donné suite à l'ensemble des recommandations du rapport
Cloutier, bien, M. Cloutier et ses collaborateurs vont venir dire que non,
le gouvernement n'a pas donné suite à l'ensemble de leurs recommandations.
Alors, ça va être passionnant. Ça va être
passionnant, Mme la Présidente, et nous allons travailler très fort, et j'offre
toute ma collaboration à trouver des voies de solution.
Présidente (Mme D'Amours) : Merci, Mme la députée. J'invite maintenant le
porte-parole du deuxième groupe d'opposition et député
d'Hochelaga-Maisonneuve à faire ses remarques préliminaires. Vous disposez
d'une minute.
M. Leduc : Merci,
Mme la Présidente. Bonjour, tout le monde. Bienvenue. C'est une journée
importante aujourd'hui. Une
loi sur la liberté universitaire et la liberté
académique est réclamée quand même depuis longtemps par différents acteurs.
Nous, on souscrit, à Québec solidaire, à cet objectif, mais visiblement la
pièce qu'on nous a servie est mal bricolée, mal ficelée. On a peut-être
travaillé trop vite. Pour prendre l'allégorie professorale, je ne suis pas sûr
qu'elle obtiendrait une note de passage, cette première copie.
Mais bon, on est là. J'entends l'ouverture de la
ministre, autant aujourd'hui que la semaine dernière, à l'étude des crédits. Je
suis content d'entendre cette ouverture-là maintenant. Ça tombe bien, la
semaine prochaine, c'est une semaine de circonscription. Il y aura le temps,
peut-être à son cabinet, de retravailler les amendements, de mettre une
deuxième copie au jeu au retour. Nous sommes... Nous serons disponibles, les
différents députés d'opposition, pour travailler peut-être avec elle dans cette
semaine de circonscription là et arriver à une pièce législative qui sera...
qui fera peut-être l'unanimité, cette
fois-ci, en faveur et non l'unanimité en défaveur, comme c'est le cas
actuellement. Merci.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Merci beaucoup, M. le député. J'invite maintenant la
porte-parole du troisième groupe d'opposition et députée de Gaspé à faire ses
remarques préliminaires pour un maximum d'une minute.
Mme Perry
Mélançon : D'une minute. Merci, Mme la Présidente. Je salue les
collègues et Mme la ministre pour cet important projet de loi qu'on va analyser
dans son détail avec nos invités, justement, dt je salue également les
collègues de l'opposition. Bien, ce sera un peu des commentaires qui rejoignent
ceux de mes collègues. Il faut s'assurer que cet important pas qu'on fait pour
assurer une protection aux établissements, et à leur personnel, et à leurs enseignants, que ce soit un pas vers la bonne
direction et non pas un pas de recul. Alors, c'est vraiment dans le libellé,
dans les articles tels qu'ils sont rédigés, qu'il faudra aller en profondeur
voir quels impacts que ça a. Je pense qu'on entendra beaucoup de commentaires qui vont nous éclairer. Et j'entendais
l'ouverture de la ministre pour apporter des amendements, et évidemment, moi, je suis vraiment favorable à
ce qu'on légifère, qu'il y ait une... qu'il y ait vraiment un projet de
loi pour assurer la liberté académique.
Alors, ça, évidemment qu'on sera toujours dans cette optique-là au Parti québécois. Merci.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Merci beaucoup. Je souhaite maintenant la bienvenue à
l'Union étudiante du Québec et aux représentants, M. Jonathan Desroches,
président, et Mme Alice Lemieux-Bourque, coordonnatrice à l'enseignement
supérieur. Nous procédons à la période d'échanges entre les membres d'une
durée... Vous avez... Pardon, vous disposez de 10 minutes pour votre
exposé, et ensuite nous procéderons à la période d'échanges avec les membres de
la commission. Je vous invite donc à vous présenter et à procéder à votre
exposé. La parole est à vous.
M. Desroches (Jonathan) : Merci,
Mme la Présidente. Je tiens à vous saluer, saluer les députés, saluer la ministre
de l'Enseignement supérieur. Mon nom est Jonathan Desroches. Je suis président
de l'Union étudiante du Québec pour encore quelques heures. Je laisse ma
collègue se présenter.
Mme Lemieux-Bourque (Alice) : Alice
Lemieux-Bourque, coordonnatrice en enseignement supérieur.
M. Desroches
(Jonathan) : L'Union étudiante du Québec représente directement
91 000 étudiants et étudiantes universitaires au Québec par
l'entremise de 10 associations étudiantes membres et regroupe, là, dans ses
travaux, sur une base régulière, plus de 200 000 étudiants
et étudiantes représentés par l'entremise d'associations non-membres également.
L'UEQ a pour mission de défendre les droits et les intérêts de la communauté
étudiante universitaire, de ses associations étudiantes membres et de leurs
membres individuels. Par sa représentation politique, ses recherches et sa
mobilisation, l'UEQ est, depuis six ans maintenant, l'interlocutrice principale
des dossiers d'accessibilité aux études universitaires et de conditions de vie
des étudiants et des étudiantes auprès du gouvernement provincial, fédéral, des
partis d'opposition et des groupes sociaux. Vraiment, je remercie la commission
de l'invitation à témoigner et à présenter le point de vue étudiant sur le projet
de loi n° 32,
Loi sur la liberté académique dans le
milieu universitaire.
En septembre passé, l'UEQ a participé à la
Commission scientifique et technique indépendante sur la reconnaissance de la
liberté académique dans le milieu universitaire, la commission Cloutier, en
s'opposant à l'idée d'une loi ayant pour but de définir et de baliser la
liberté académique au sein des universités. On souhaitait donc qu'il n'y ait
pas de projet de loi et on est ici aujourd'hui pour réitérer cette position, en
plus de suggérer des pistes d'amendement pour améliorer le projet de loi, bien
que nous y demeurions opposés.
Donc, allons-y tout de suite avec le coeur de
notre position. Pour qu'elle puisse accomplir pleinement sa mission, soit
d'alimenter les connaissances, les débats et le développement de la société,
l'université doit être un lieu où toutes les idées
peuvent être exprimées, discutées et remises en question. La communauté
étudiante est une
partie centrale de cette discussion, et la seule manière dont
ces débats peuvent avoir lieu, c'est dans un milieu respectueux, inclusif,
inclusif des idées et des individus. Il est normal, il est sain que ces
discussions se déroulent dans les universités. Et, en fait, c'est même dans les
universités et non à l'Assemblée nationale que ces discussions-là doivent avoir
lieu parce que la liberté universitaire permet aussi la critique indépendante
de l'État. Et c'est impossible d'atteindre cet objectif si c'est l'État qui
définit les contours de la liberté universitaire. En imposant un cadre
législatif, en imposant une démarche, l'Assemblée nationale ouvre une brèche
pour affecter le rôle de l'université et son évolution dans le temps.
L'article 6 du projet de loi est le meilleur exemple pour illustrer le
danger que ce projet de loi représente pour la liberté académique en elle-même.
Je vais d'ailleurs revenir à l'article 6 un peu plus tard.
En plus d'être une menace à l'autonomie des
universités et à la liberté académique, le projet de loi ne va régler aucun
problème, selon nous, parce que la commission Cloutier a existé en réponse à
des événements médiatisés. Or, avec ou sans une loi, avec ou sans une
politique, s'il y a des propos dans les universités qui sont inacceptables ou
qui ne sont pas respectueux, qui sont tenus par des personnes qui bénéficient
de la liberté académique, évidemment, les personnes qui sont concernées par ces
propos-là seront toujours dans leur droit de s'exprimer sur la place publique,
dans les médias, si elles le souhaitent. Donc, les situations médiatiques qu'on
cherche à éviter, ce n'est pas avec une loi, ce n'est pas avec une politique
qui va les corriger, c'est plutôt en travaillant en amont dans un processus de
formation continue de la communauté universitaire. Ça aussi, on va y revenir
peu plus tard.
Donc, ce que je disais, c'est que le projet de
loi non seulement ne va rien changer à la situation initiale, soit la
possibilité qu'il y ait des événements médiatiques, mais en plus représente une
menace à la liberté universitaire et à l'autonomie des universités. C'est pour
ça que la première recommandation de l'Union étudiante du Québec demeure de ne
pas légiférer sur la liberté académique dans les universités et de laisser
cette notion évoluer selon la communauté universitaire. Bien que ce soit là notre
principale recommandation, nous souhaitons tout de même suggérer des
amendements dans le cas où le projet de loi serait adopté.
Notre première suggestion d'amendement concerne
l'article 6. L'Union étudiante du Québec suggère de retirer le premier alinéa
de l'article 6 qui stipule que le ministre peut, lorsqu'il l'estime
nécessaire pour protéger la liberté académique, la liberté académique
universitaire, donc, ordonner à un établissement d'enseignement de prévoir dans
sa politique tout élément qu'il indique. C'est un élément du projet de loi qui
suscite de vives réactions dans la communauté universitaire, chez la communauté
étudiante également. Et pour l'UEQ, si on souhaite vraiment protéger la liberté
académique, il faut empêcher une intervention de l'État qui aurait pour
conséquence d'influencer sa mission même car ça demeure ce niveau de danger
auquel nous confronte le projet de loi avec un exemple comme l'article 6.
Ainsi, notre première suggestion d'amendement est de retirer le premier alinéa
de l'article 6, et Alice va poursuivre avec la suite de nos suggestions
d'amendement.
Mme Lemieux-Bourque (Alice) : Merci.
Ensuite, là, on pense qu'il faudrait mieux définir ce qu'on entend par liberté
d'enseigner à l'article 3 du projet de loi. La communauté étudiante
s'inquiète que la reconnaissance de cette nouvelle liberté là mène à des
interprétations légales qui risquent de restreindre les droits et libertés
acquis par les étudiants et les étudiantes dans leurs institutions. Et ce qu'on
veut dire par là, en gros, là, c'est qu'on ne veut pas que le concept de
liberté d'enseigner soit utilisé pour justifier, par exemple, qu'une personne
enseignante ne suive pas son plan de cours selon les règlements de
l'université, sous prétexte que ça ferait
partie de sa liberté académique. À
cet effet, d'ailleurs, là, on propose dans le mémoire un amendement qui
permettrait, là, de spécifier la liberté d'enseigner.
Ensuite, Jonathan l'a déjà dit, mais je vais à
mon tour rappeler pourquoi on est ici aujourd'hui. La problématique à l'origine
du projet de loi, c'était à propos de conflits liés à des événements à
caractère discriminatoire qui se sont retrouvés dans l'espace public. En ce
moment, dans le projet de loi, il n'y a absolument rien qui va permettre
d'éviter des situations conflictuelles puis rien non plus qui va permettre de
désamorcer ces conflits afin d'éviter que des membres de la communauté
étudiante ne ressentent que leur seule option, face à un désaccord, soit de
sortir dans les médias. Au contraire, là, le projet de loi ne contient que des
éléments répressifs qui ne viennent pas encourager la médiation, mais donnent
plutôt l'impression que l'endroit pour exprimer son désaccord, c'est à
l'extérieur des murs de l'université. Un comité de règlement de plaintes portant
sur une atteinte au droit à la liberté académique, comme c'est en ce moment,
là, prévu au projet de loi, ça n'offre pas de solution à une personne qui se
sent brimée dans son milieu d'apprentissage. Ce que l'UEQ proposait,
lorsqu'elle a témoigné devant la commission Cloutier, en septembre dernier,
c'était la mise en place de mécanismes de médiation et de gestion de plainte
envers le contenu d'un cours ou les propos tenus dans le cadre d'un milieu
d'apprentissage. La présence de lieux de médiation, de consensus, de lieux
d'arbitrage, ça permettrait de proposer une procédure encadrée de gestion de
conflit plus inclusive et respectueuse pour les personnes touchées. Pour nous,
afin que le projet de loi ne rate pas complètement sa cible, c'est essentiel qu'il
demande la mise en place d'espaces de dialogue et de processus de gestion de
plainte envers le contenu d'un cours. On croit que ça pourrait être fait, là,
entre autres, en intégrant ces fonctions-là au conseil qui est proposé au
paragraphe 1° de l'article 4.
Pour continuer encore sur ce conseil-là, on
croit qu'il serait important que le projet de loi spécifie que des membres de
la communauté étudiante doivent être inclus dans la constitution du conseil. On
doit vraiment s'assurer de la participation et de la consultation de la
population étudiante sur cet enjeu dans toutes les universités.
Encore une fois dans l'article 4, mais
cette fois-ci au paragraphe 3°, qui demande de préciser dans les
politiques les mesures et sanctions applicables en cas d'atteinte au droit à la
liberté académique universitaire, puisque l'université possède déjà les outils
nécessaires pour sanctionner les personnes en cas de harcèlement ou de
diffamation, l'UEQ craint que les politiques mises en place mènent à des abus
de sanctions sur les membres de la communauté étudiante qui
exprimeraient leur désaccord. Les politiques ne doivent pas servir à porter
atteinte à la liberté d'expression de la population étudiante et à remettre en
question son droit fondamental de s'exprimer, de manière non diffamatoire, bien
sûr, sur l'enseignement qu'elle reçoit. On veut être bien clair ici, là, c'est
impensable qu'on permette la création de systèmes dans les universités qui
sanctionneraient les étudiants et les étudiantes exerçant leur droit constitutionnel
de s'exprimer, de protester ou de manifester. Ainsi, l'UEQ demande que, dans
les politiques mises en place par les universités, on réaffirme le droit
fondamental de la communauté étudiante à s'exprimer sur le contenu académique
et les propos tenus par une personne enseignante.
Finalement, l'UEQ croit que les politiques
pourraient être utilisées afin de mettre en place des ressources et formations
sur l'équité, la diversité et l'inclusion, ou l'EDI, dans le milieu
universitaire. Plus précisément, là, l'UEQ propose de demander la mise en place
de ressources pour accompagner le corps enseignant des universités lorsque
vient le temps d'aborder des sujets potentiellement litigieux, une proposition
d'ailleurs, là, qu'on peut retrouver dans le rapport de la commission Cloutier.
Cette initiative permettrait de rendre le milieu universitaire plus inclusif et
d'éviter des situations conflictuelles.
Dans le même ordre d'idée, afin d'assurer que
l'ensemble de la communauté étudiante soit sensibilisée aux enjeux liés à la
discrimination, on demande que les universités mettent en place des formations
sur les enjeux liés à l'EDI, notamment l'utilisation d'un langage et d'une
expression inclusifs. Il me reste combien de temps?
La Présidente (Mme D'Amours) : ...
Mme Lemieux-Bourque (Alice) : Je
vais y aller rapidement. En résumé, l'UEQ s'oppose à la légifération de la
liberté académique dans les universités. Le premier alinéa de l'article 6,
qui fait la démonstration même que ce projet de loi est une porte d'entrée pour
les ingérences de la part du gouvernement, doit être retiré afin de s'assurer
que le projet de loi ne rate pas sa cible et qu'il puisse réellement désamorcer
les conflits présents dans les universités lors d'événements à caractère discriminatoire.
Il doit prévoir la mise en place de milieux de médiation et de gestion de
plainte. Des étudiants et des étudiants doivent se retrouver sur le conseil mis
en place dans chaque université. Les universités doivent reconnaître le droit
fondamental de la communauté étudiante à s'exprimer sur le contenu académique
et les propos d'une personne enseignante. Et finalement, des ressources doivent
être développées afin de soutenir le corps
enseignant lorsque vient le temps d'aborder des sujets potentiellement
litigieux. Et toute la communauté universitaire devrait être formée aux
enjeux d'équité, de diversité et d'inclusion. Voilà.
Présidente (Mme D'Amours) : Bravo! Merci. Merci pour votre exposé. Nous allons
maintenant commencer la période d'échange. Mme la ministre, la parole
est à vous pour une durée de 16 min 30 s
Mme McCann : Merci, Mme la
Présidente. Bien, écoutez, je vous salue et je vous remercie vraiment d'avoir
pris le temps, là, d'évidemment rédiger le mémoire, les consultations, sûrement,
que vous avez faites et d'être présents aujourd'hui avec nous. Vous le savez
probablement, mais je vous le réitère, que je valorise énormément vos opinions,
vos positions. C'est sûr que je peux être en désaccord, là, avec certaines de
vos positions, vous le savez, mais tout au long du mandat, je vous ai
rencontrés, et vos prédécesseurs, et ça a été, pour moi, toujours très
enrichissant, et ça va être la même chose aujourd'hui.
Alors, suite
à votre exposé, j'aurais quelques questions sur... parce que, vous le savez, le
rapport Cloutier, il y a eu un
sondage qui a été fait auprès des étudiants, auprès des professeurs, et il y
avait une proportion, une certaine proportion
des professeurs, des étudiants qui
disaient qu'ils ne pouvaient pas utiliser... s'autocensurer sur certains mots,
certains sujets dans les classes.
Quelle est votre position là-dessus, là, actuellement? La situation, elle a été
amenée, là, par ces sondages qu'a faits la commission Cloutier. Quelle
est votre position pour régler cette autocensure, là, des étudiants et des
professeurs?
M. Desroches (Jonathan) : Merci.
Merci de la question. Donc, je tiens... On a vu récemment, dans des articles,
je crois, de La Presse , des groupes de professeurs remettre
en question la méthode scientifique de ce sondage-là, là. Également, il me
semble que c'est le recteur Jutras qui a soulevé ces points-là. Mais, bon, je
vais laisser la remise en question, là, de la méthodologie scientifique, puis
on peut parler directement au niveau de la censure. Évidemment, on ne peut pas
être contre la vertu. Pareillement, on ne peut pas être pour la censure. Et ce
n'est pas ça qui est soulevé dans ce qu'on dit, mais plutôt une optique de...
En fait, c'est normal, que ça soit dans les universités, à l'Assemblée
nationale ou sur la rue, de réfléchir avant de parler, et c'est souhaitable,
évidemment. Mais c'est pour ça que, quand on demande : Est-ce que vous
avez l'impression de vous autocensurer?, ça peut avoir plusieurs connotations.
Ça veut dire quelque chose et son contraire, en fait, et clairement, ce n'est
pas... ce n'est pas de ça qu'on parle.
Mais dans
l'évolution peut-être de l'université, les termes, évidemment, évoluent. Les
personnes qui fréquentent les universités évoluent, au Québec particulièrement,
dans les 20, 30, 40 dernières années. Et évidemment, avec une évolution des personnes qui fréquentent
l'université, ça apporte aussi une évolution des concepts, des discussions qui
ont lieu dans les universités. C'est donc
normal et c'est même souhaitable que des termes qui étaient peut-être
utilisables, il y a 50 ans ou dans des générations précédentes, ne
le soient plus aujourd'hui. Mais dans tous les cas, ce qu'on dit, c'est que ces
discussions-là appartiennent ou doivent avoir lieu dans le milieu
universitaire, et c'est une bonne chose qu'elles aient lieu dans le milieu
universitaire.
Mme McCann :
D'accord. Je vais vous poser une autre question, mais je vais faire un
petit préambule, là, parce que je veux être sûre, là, qu'on comprend le projet
de loi. Peut-être... Je vais vous poser la question suivante : Est-ce que votre compréhension du projet de loi, dans votre
compréhension, il est entendu que les étudiants peuvent aussi porter plainte au
conseil qui est mentionné dans le projet de loi? Est-ce que votre
compréhension, c'est celle-là? Est-ce que vous pensez que ce sont seulement les
professeurs, les chargés de cours, etc., qui peuvent porter plainte, là, au
conseil qui est mentionné dans le projet de loi, ou est-ce que vous pensez que...
Est-ce que votre compréhension, c'est que les étudiants aussi peuvent porter
plainte à ce conseil?
Mme Lemieux-Bourque
(Alice) : Je vais y aller, là. De notre... Bien, de notre
compréhension, bien, de ce que vous avez dit, les étudiants pouvaient...
peuvent aller porter plainte, mais de ce qu'on lit, nous, c'est qu'en ce
moment, dans le projet de loi, le conseil, sa fonction, là, c'est écrit
d'examiner les plaintes portant sur une atteinte au droit à la liberté
académique universitaire. Or, comme une personne étudiante ne bénéficie pas de
la liberté académique universitaire, comme dans le projet de loi, bien, tu
sais, si le comité est pour atteinte au droit à la liberté académique, bien, si
un étudiant se retrouve sur ce comité-là, on s'entend que ce n'est pas parce
que c'est son droit qui a été atteint, et donc c'est qui l'atteint... Il porte
atteinte au droit à la liberté académique. Donc, nous, pour nous, la façon dont
le projet de loi conçoit la problématique, ça semble être à sens unique. Ça fait
que c'est pour ça que pour nous, là, c'est... On ne voit vraiment pas comment
un étudiant ou une étudiante, là, pourrait aller voir ce comité-là pour parler.
Mme McCann :
Parfait. Et si c'était possible qu'un étudiant puisse porter plainte au
conseil, est-ce que ça modifierait votre position?
Mme Lemieux-Bourque
(Alice) : Bien, ça ne modifierait pas notre position sur le projet de
loi en soi, parce qu'on considère que les universités pourraient déjà mettre
des mécanismes en place par elles-mêmes, là, pour, par exemple, la médiation.
Mais c'est sûr que ce serait mieux pour nous, puis ce serait même très
important, de préciser dans le projet de loi que ça peut être une place pour
que les étudiants puissent aller exprimer leur désaccord.
Mme McCann :
O.K. Et il y a un lien avec ma prochaine question. Vous êtes probablement
au courant d'une étude qui est faite actuellement par des étudiants en
psychologie à McGill et cette étude porte sur la liberté universitaire. Ils ont
recueilli des commentaires de plusieurs des... quelques centaines d'étudiants
d'ailleurs, qui indiquent que le débat et la diversité des points de vue sont
difficiles, voire impossibles dans certains départements, que les étudiants
craignent de partager leurs points de vue, qu'il est difficile d'avoir des
conversations posées et raisonnées, que ceux qui présentent des points de vue
qui critiquent ou questionnent les dérives du mouvement de justice sociale,
même à des fins constructives, se font humilier publiquement par certains
professeurs et étudiants, que les étudiants ont peur de s'exprimer, craignant
d'être traités de suprémacistes blancs ou transphobes, alors que ça n'est pas
du tout leur point de vue, ou encore de se faire annuler ou de se voir refuser
l'accès à des bourses ou à des études graduées. Les chercheurs disent :
Nous avons nous-mêmes observé ces phénomènes dans nos programmes.
Est-ce que ça suscite
chez vous une inquiétude? Parce que vous, là, comme Union étudiante du Québec,
vous représentez tous les étudiants. Et là on a une étude qui est faite par des
chercheurs étudiants, et vous avez un rôle de défense, hein, des droits, des
intérêts, que vous jouez pleinement pour toute la communauté étudiante. Quelle
est votre réaction à cette étude, là, qui démontre qu'il y a un certain nombre
d'étudiants qui ont vraiment peur de s'exprimer?
M. Desroches
(Jonathan) : Je peux y aller. Merci de la question. Donc, je vais vous
mentionner que, clairement, ce n'est pas une question, par exemple, là, puis
c'est parce que la ministre l'a soulevée, mais ce n'est pas une question de
débat woke ou antiwoke. Puis de toute façon, ici — j'ai suivi l'actualité
récemment — tout
le monde, ici, serait rendu des wokes, là, ou à peu près.
Mais sur la notion de
liberté académique, ce qu'on soutient, essentiellement, c'est que ça fait des
décennies que les universités gèrent la liberté académique. C'est au coeur, en
fait, de la liberté. La liberté académique est un outil pour accomplir la
mission même des universités. Donc, ça fait des décennies que ces
considérations-là ont lieu, qu'il y a des situations académiques qui sont
gérées dans les comités de discipline, par exemple, qui existent déjà dans les
universités. Évidemment, on n'en entend pas toujours parler, mais c'est une
situation qui se passe de manière régulière dans les universités. Et au niveau
de l'accessibilité, quand je parlais, dans mon préambule, d'accessibilité, qui
est une mission de l'Union étudiante du Québec, là, on ne parle pas uniquement
d'accessibilité financière. Oui, évidemment, mais dans le cas qui nous concerne
aussi, on parle d'accessibilité des différentes personnes, porteurs, porteuses
de marqueurs de diversité, ce qu'on ne voyait pas dans les universités au
Québec il y a 30, 40 ans. Et comme je le mentionnais tantôt, ça fait en
sorte que les discussions évoluent, et c'est une bonne chose. Et le point qui a
été soulevé à McGill, spécifiquement, c'est une étude universitaire, là, du
côté de l'UEQ, qu'on n'a pas vue récemment, mais clairement ça démontre qu'il y
a des discussions dans le milieu universitaire et que c'est une bonne chose que
ces discussions-là, que ces analyses-là aient lieu dans le milieu
universitaire, et que la communauté universitaire peut arriver à des... à un
consensus sans avoir un projet de loi qui impose ce cadre-là, législatif, là.
Mme McCann :
Bien, je vous remercie et je suis d'accord qu'il y a des actions qui sont
prises dans plusieurs universités, mais je pense que... Évidemment, là, vous
avez lu le rapport Cloutier, puis c'est bien clair que c'est à géométrie
variable. Il y a eu beaucoup de commentaires, là, par rapport à la
disponibilité de l'information. Enfin, c'est à géométrie variable, mais
effectivement il existe quand même beaucoup d'actions qui se font dans les
universités. Et le projet de loi va dans le sens d'une cohérence, hein, d'une
uniformité.
Donc, là-dessus, je
vous demanderais, et ce sera ma dernière question avant que je passe la parole
à mes collègues, comment vous voyez que la
politique, là, qu'on va instaurer dans chaque université, il y aurait une
consultation auprès des membres de la communauté
universitaire? Alors, comment vous voyez cette consultation-là pour qu'elle
soit la plus rassembleuse possible?
M. Desroches
(Jonathan) : Pour ce qui est de la disparité des informations entre
les universités, on tient aussi à souligner qu'on parle peut-être, là... La
liberté universitaire s'applique, là, pareillement dans l'ensemble des
universités. Évidemment, ce qui est question, des fois, quand on parle de
différence, c'est dans les traitements, surtout dans les traitements, par
exemple, dans les différents comités, les traitements des plaintes. Chaque
université a déjà des processus pour traiter ces éléments-là.
Maintenant, en ce qui
a trait de politique, puis c'est pour ça aussi qu'on pense que ce n'est pas
nécessaire de légiférer ou, en tout cas, d'imposer une politique aux
universités, c'est parce que les universités vont peut-être aller vers d'autres
options, pourraient aller vers d'autres options, comme ce qu'on a fait à
l'Université de Montréal avec un énoncé de principes qui a suivi la mission du
recteur sur la liberté académique, et cet énoncé de principes là a été
travaillé par l'ensemble de la communauté. Je pense, quand on cherche à avoir
un processus de consultation, celui-ci en est un bon exemple. Et évidemment,
comme on l'a mentionné, on doit impliquer la communauté étudiante dans ces
consultations-là. Chaque université a ses structures dans lesquelles les
étudiants et étudiantes doivent avoir une voix. Donc, c'est pour ça que c'est
difficile... et ça illustre un peu à quel point c'est difficile d'appliquer le
même modèle à l'ensemble des universités parce que les structures sont
légèrement différentes, bien qu'évidemment la liberté académique, là,
s'applique de manière similaire dans tous les cas.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Merci. Je vais maintenant... Merci, Mme la ministre. Je
vais maintenant céder la parole à la députée de Charlevoix—Côte-de-Beaupré.
Il reste 4 min 50 s
Mme Foster :
Merci beaucoup. Bienvenue à vous. Merci beaucoup pour votre mémoire très
enrichissant. Vous apportez certaines idées
d'amendement, et, comme la ministre l'a mentionné, elle montre quand même une
certaine ouverture.
Moi, de mon côté,
j'aurais une question. Vous avez dit tout à l'heure, lors de votre
présentation, que certains mots ne se disent plus et que ce n'est peut-être pas
une mauvaise chose. Bon, moi, j'ai ma perspective d'ancienne chargée de cours,
peut-être future, également. Je viens de ce monde-là, j'ai un doctorat. Bon, à
mon avis, le prodébat, c'est une notion qui doit être fondamentale au niveau
académique. O.K. Je pense que, là-dessus, on s'entend sur le fond. Par contre,
on la détermine où, la limite? Qui détermine ce qui va se dire et ce qui ne se
dira pas, quel mot se dit, quel mot ne doit pas se dire? Par exemple, si on
fait un cours sur la deuxième guerre mondiale en histoire puis on ne parle pas
d'Hitler, est-ce qu'à la base on doit nommer les choses pour pouvoir les décrier
et dire qu'elles étaient inacceptables historiquement ou il ne faut pas les
nommer? Vous me suivez? Ça fait que, voilà, c'est ma question.
M. Desroches
(Jonathan) : Merci de la question. Mme la Présidente, je dirais qu'un
peu comme on l'a mentionné en introduction, la commission Cloutier a existé en
réponse à des événements qui ont été médiatisés. Ce qu'on veut dire par là,
c'est qu'on n'est pas devant des problèmes théoriques de gens, par exemple, qui
cherchent à remettre en question le big
bang, puis qui ne sont pas capables, puis qui se font censurer. Ce n'est pas
ça. C'est qu'il y a des... Il y a des
personnes, dans le contexte universitaire, sur la liberté académique, on a vu
ce qui a été médiatisé, qui veulent dire le «n-word» puis qui ne
devraient peut-être pas. C'est de ça qu'il a été question. C'est ça qui a été
médiatisé.
Ensuite,
est-ce qu'il y a des contextes pour... Est-ce
qu'il est acceptable d'avoir certains
propos? Ces contextes-là, ce qu'on
dit, c'est au milieu universitaire de les définir, que ça soit dans chaque
domaine, dans chaque secteur. Ce n'est clairement
pas à l'Assemblée nationale, ici, d'imposer un cadre aux universités et aux
milieux universitaires pour établir qu'est-ce qu'il est possible de dire
ou qu'est-ce qu'il est possible de ne pas dire.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Merci. Je vais céder maintenant la parole au député de
Saint-Jérôme.
M. Chassin : Merci, Mme la Présidente. Peut-être une dernière question
sur le volet de votre présentation qui concerne la pertinence ou la nécessité
d'un projet de loi par rapport à, dans le fond, l'organisation autonome dans
chacune des universités. Est-ce que... Vous parlez des cas médiatisés. Est-ce
que, selon vous, donc, la réaction des universités a été correcte?
M. Desroches
(Jonathan) : Correcte par rapport...
M. Chassin : Est-ce que vous jugez que les universités ont bien géré les
différentes crises médiatiques dont on a entendu parler? Est-ce que vous jugez
que les universités ont bien géré ça de façon autonome?
M. Desroches
(Jonathan) : Merci de la question, merci de la précision. Bien, on
sait qu'il y a eu un cas à l'Université
d'Ottawa, il y a un an et demi, deux ans maintenant, donc, qui ne nous concerne
pas, évidemment. Et, à l'Université McGill, là, on avait entendu aussi
un événement médiatisé il y a un an, un an et demi. Et, à notre connaissance,
cette situation-là a été réglée comme, je
mentionnais, des situations qui se produisent et qui sont réglées par des
comités de discipline. Donc, à notre
connaissance, il n'y a pas eu d'enjeu problématique, là, qui a suivi cette
situation-là à McGill, par exemple.
M. Chassin : Et donc, même si ce n'est pas au Québec, je trouve que
c'est quand même intéressant de retenir les leçons de nos voisins. Renvoyer,
par exemple, une chargée de cours ou la suspendre sans solde, est-ce que ça
peut être, à votre point de vue, une réaction tout à fait pertinente d'une
université dans un cas?
M. Desroches
(Jonathan) : Dans... et c'est pour ça qu'on ramène la discussion vers
l'équité, la diversité et l'inclusion, vers la formation en continu du milieu
universitaire, parce que non, la censure, ce n'est pas une option. Et de
sanctionner des gens, comme on le mentionnait, c'est ça que la politique
apporte, là. Quand on parle d'imposer une politique, on parle de sanction. La
différence entre un énoncé de principe et une politique, c'est que la
politique, il doit y avoir des sanctions pour pouvoir l'appliquer. Donc, nous,
on pense que c'est favorable, dans cette discussion-là du milieu universitaire,
de travailler en amont et de laisser peut-être les sanctions de côté, de
favoriser la discussion et de laisser le milieu universitaire, si c'est des
énoncés de principe qui émanent, bien, de laisser ces conclusions.
M. Chassin : Puis là j'imagine qu'il me reste très peu de temps, Mme la
Présidente.
La Présidente (Mme
D'Amours) : 20 secondes.
M. Chassin : 20 secondes. Est-ce que... Juste sur la méthodologie
du sondage, est-ce que je comprends que, quand
vous dites qu'autocensurer, ça peut vouloir dire une chose et son contraire,
c'est que vous comprenez «autocensurer» comme peut-être que des
répondants se sont dit : Ah! bien, il faut que je pense avant de parler?
Et donc c'est positif de s'autocensurer dans ce sens-là?
M. Desroches
(Jonathan) : Oui. On dit ça, mais ce n'est pas que nous qui disons ça,
là. Comme je le mentionnais, le recteur Jutras a soulevé un problème avec ce
sondage-là, et, je crois, c'est il y a deux semaines, il y a trois semaines, dans
La Presse , c'est un groupe de professeurs, là, de plus de
200 professeurs, là, qui soumet ça.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Merci beaucoup. Donc, maintenant, je cède la parole à la
députée de Marguerite-Bourgeoys pour une durée de 11 minutes.
Mme David :
Merci beaucoup, Mme la Présidente. Des questions que j'entends, j'espère
qu'on ne passera pas toute la journée à faire le procès de l'Université
d'Ottawa, parce que la question de la liberté académique est tellement plus
large que ça. Même la ministre a référé à la recherche, tout à l'heure, la
liberté de pouvoir chercher sur n'importe quoi. Or, on sait que souvent les
fonds de recherche orientent et mettent de l'argent, comme on fait pour les
bourses Perspective Québec d'ailleurs, dans des sujets particuliers, parce que
c'est prioritaire pour la société. Alors, ça, ça pourrait être une forme de
censure. Les étudiants le savent très bien. Quand ils font des demandes de
bourse de maîtrise, de doctorat, il y a des mots à écrire dans la demande de
subvention, si tu veux avoir ta subvention, puis il y a des mots à proscrire ou
il y a des sujets.
Alors, j'espère qu'on
ne sera pas là-dessus tout le long. Mais vous êtes le seul regroupement
étudiant qui va venir aujourd'hui, si je ne m'abuse, et c'est extrêmement
important, ce que vous avez à dire. Vous ne voulez pas de loi. Vous
dites : Les universités sont capables de le faire. Vous référez souvent à
l'Université de Montréal. C'est assez intéressant, d'ailleurs, je vous en
parlerai tout à l'heure, mais vous dites : La communauté étudiante doit
pouvoir s'exprimer sur le contenu académique d'un cours et les propos d'une
personne enseignante. Alors, vous dites : On ne veut pas de loi, mais
c'est... Il faut que l'université trouve une façon. Et vous référez à la
médiation, alors que la ministre vous envoie directement au conseil, qui est
une instance suprême, selon le rapport Cloutier. Ce n'est pas une instance
première, c'est quand toutes les procédures universitaires habituelles n'ont
pas fonctionné.
On le sait, comment
ça fonctionne, vous le savez, il y a un directeur des départements, il y a un
directeur de programme de baccalauréat, ou de maîtrise, ou de doctorat. Après
ça, il peut y avoir un vice-doyen aux études dans le décanat de la faculté.
Après ça, il peut y avoir le doyen qui intervient, après ça le vice-recteur,
puis le conseil, c'est la dernière, dernière, dernière instance. Alors,
l'étudiant qui dit : Moi, je n'aime pas le prof, puis il a dit tel mot, il
ne s'en va pas au conseil directement. En tout cas, si c'est ça, on va en
parler tout à l'heure avec M. Cloutier qui va venir parler de son rapport,
bien, ça va être impossible de s'immiscer dans le contenu de tous les cours.
Alors,
comment, vous, vous conciliez votre sentiment que vous voulez pouvoir exprimer
ce que vous voulez, de la même façon que vous dites que les professeurs
ont le droit d'enseigner de la façon dont ils veulent, ils ne doivent pas se
censurer, et cette question du processus puis de... jumelé au fait que vous ne
voulez pas de projet de loi, finalement?
Mme Lemieux-Bourque (Alice) : Bien,
je peux y aller. Bien, vous venez, en fait, d'expliquer, là, notre
position, puis il existe déjà des processus dans les universités pour entendre,
pour régler ce genre de problématique là. Donc, pour nous, le projet de loi
n'est pas nécessaire. La mise en place de ce conseil-là, précisément, dans
chacune des universités, n'est pas nécessaire parce qu'il existe déjà des
processus pour faire exactement ça. Ça fait que je pense que, tu sais, ce qu'on
veut dire, c'est que c'est irréconciliable.
La seule chose qu'on
avait peur avec le conseil, c'est que ça devienne un conseil seulement, là, à
sens unique, de sanctions, par exemple, pour un étudiant ou une étudiante qui
exprimerait son désaccord, puis que la personne enseignante en réponse
dise : C'est ma liberté académique. Puis en voulant m'empêcher, tu sais,
en te plaignant de la façon dont j'aborde un sujet, tu nuis à ma liberté
académique. On va au conseil, puis tu vas être sanctionné. L'idée, c'était
qu'on ne voulait absolument pas que ce conseil-là soit mis en place dans les
universités pour mener à des sanctions contre la communauté étudiante. Mais on
s'entend, là, c'est pour ça aussi qu'on ne voulait pas nécessairement de projet
de loi, c'est parce qu'en soi il existe des processus déjà dans les
universités, on s'entend.
Mme David : Ce qui est
intéressant dans ce que vous dites, c'est qu'on ne veut pas qu'ils soient
sanctionnés. Et la dernière question du député de Saint-Jean... non, de
Saint-Jérôme, excusez, Saint-Jean, je le sais, il n'est pas là, de Saint-Jérôme dit : Qu'est-ce que vous pensez de la
sanction de la prof qui aurait été suspendue? Et donc, des sanctions que le
conseil pourrait appliquer, c'est exactement ça, là. C'est exactement ça, et ce
contre quoi, évidemment, le gouvernement est, il ne faut pas sanctionner une
prof, mais le conseil aurait pour objectif de sanctionner, entre autres, de
réfléchir aux sanctions en étape directe. Tu vas à la Cour suprême sans passer
par les premières instances, si on veut, si on considère que le conseil serait
la Cour suprême.
Alors, comment vous réconciliez cette histoire,
justement, de sanctions? Comment on sanctionne un professeur qui aurait dit un
mot qui aurait rendu inconfortables certains étudiants, par exemple?
Mme Lemieux-Bourque (Alice) : Bien,
nous, on ne voyait pas ça en termes de sanction, là, d'un professeur qui aurait
rendu des étudiants inconfortables, mais plutôt, quand on parle de processus de
médiation, c'est de s'asseoir entre le prof, tu sais, de s'asseoir professeur,
étudiant, étudiante, d'essayer d'arriver à un consensus, puis d'un peu de... tu
sais, c'est quelque chose que j'avais beaucoup parlé, là, à la commission
Cloutier, mais un peu que le corps enseignant se place un peu en position
d'apprentissage, tu sais, puis qu'il prenne les commentaires, puis qu'il essaie
de s'améliorer pour la suite, puis peut-être de ne pas réaborder le même sujet
de la même manière parce qu'on réalise que ça peut venir toucher certaines
personnes de manières différentes. Puis on est conscients aussi qu'en arrivant
dans une classe une personne enseignante ne peut pas automatiquement savoir
tous les impacts de tout ce qu'elle peut dire. Ce qu'on veut, en fait, c'est
que le corps enseignant soit ouvert, en fait, à recevoir de la rétroaction puis
à s'améliorer pour la suite, parce que le
milieu universitaire, parce que la société évoluent et que les opinions
évoluent aussi avec ça.
Mme David : Justement, je vais vous
amener à ce fameux rapport de mission de l'Université de Montréal qui recommande — et je
recommande à tout le monde de le lire parce que ça donne des belles pistes, ils
ont fait un travail colossal — que l'Université de Montréal protège en
tout temps son autonomie. Et c'est les seuls qui parlent de ça, le projet de
loi n'en parle pas, mais je suis très contente qu'ils disent ça par rapport aux
ordres professionnels. On en a parlé avec la ministre la semaine dernière, les
rehaussements, les ci, les ça. Les ordres professionnels ont le goût, des fois,
de dire, ils le font allègrement, comment... quelles sortes de programmes
faire pour donner accès à l'ordre.
Bon, alors, ils le disent, «protège en tout
temps l'autonomie par rapport aux ordres professionnels, aux instances
gouvernementales, aux entités politiques comme aux agents économiques ou
philanthropiques». Parce que la philanthropie, on peut en parler longtemps,
comment ça paie bien, des fois, des professeurs, pour faire de la recherche...
que «l'Université de Montréal — bon — continue d'assurer la
défense, la protection de la libre expression agissant dans le cadre de leurs
fonctions ou d'activités universitaires». Je comprends que ça inclut les cours,
après ça, ils parlent d'aborder... soutiennent la mise en place de dispositifs
de partage de ressources pédagogiques, bon, pour... tels que des
communautés de pratique qui reflètent la diversité des approches déjà éprouvées
par le personnel enseignant pour aborder des
thèmes et des oeuvres sensibles. On y est, là, dans la question d'aborder des
oeuvres sensibles, mais avec discussion, réflexion. Et ils veulent que
l'Université de Montréal produise un règlement visant à interdire la
cyberintimidation, je pense, c'est important.
Et finalement qu'ils disent, et c'est là où vous
dites la même chose, que les facultés se dotent d'une ressource dont elles peuvent déterminer la nature et la
composition pour recueillir les témoignages des personnes ou des groupes
qui souhaitent relayer une situation
problématique en lien avec l'exercice des libertés d'expression en contexte
universitaire, cette ressource se veut un espace de médiation entre les
parties, j'ai l'impression que c'est votre inspiration, ça.
M. Desroches (Jonathan) : Je
pourrais dire clairement que... peut-être pas une inspiration, mais qu'il y a
des éléments intéressants ici. Puis, quand on regarde ces conclusions-là à
l'Université de Montréal, on se demande aussi, avec le projet de loi actuel, ça
va être quoi, l'interaction entre une future politique et ces conclusions-là
qui ont déjà lieu à l'Université de Montréal. Donc, on se retrouve, là, quand
on parlait d'autonomie institutionnelle puis du milieu universitaire, on se
retrouve un peu à devoir refaire le travail, si on comprend, si l'Université de
Montréal doit avoir une politique comme dans toutes les autres universités.
Puis aussi, bon, là, ça, c'est le cas de
l'Université de Montréal, mais ce qu'on voit aussi souvent, dans la communauté
universitaire, comme vous le savez, c'est les différentes universités qui
s'inspirent l'une de l'autre. On le voit dans le cadre de d'autres sujets,
d'autres politiques. Donc, est-ce qu'on pourrait voir éventuellement, sans le
projet de loi, est-ce qu'on pourrait voir différentes universités se prononcer
dans ce sens-là puis créer un milieu de discussion comme l'a fait l'Université
de Montréal? C'est certain qu'on le souhaite, mais, pour nous, il n'y a pas
lieu d'imposer une politique par-dessus, par exemple, les travaux, là, qui sont
mentionnés par la députée.
Mme David : Avez-vous l'impression
que chaque université pourrait trouver, à l'intérieur d'une... admettons qu'il
y a une exigence législative, qu'il y a une loi, trouver chacune les moyens
pour s'assurer qu'il y a un dispositif aussi, je pourrais dire, intéressant,
parce que je pense que c'est intéressant, ce que l'Université de Montréal a
fait, et que ça pourrait être ça, l'exigence du projet de loi?
M. Desroches (Jonathan) : Je crois
que... puis, bon, je ne vais pas parler pour le BCI, je sais aussi que vous
recevez le BCI plus tard dans la commission, mais c'est certain qu'il y a,
comme je mentionnais plus tôt, des éléments, là, qui sont propres à chaque
université dans les structures.
Puis, en parlant
peut-être du BCI, je tiens aussi à mentionner que c'est assez rare, là, qu'on
voit le milieu universitaire autant unanime sur un élément, sur un projet de
loi, ou contre quelque chose, pour des raisons différentes, d'avoir les profs,
les étudiants, les étudiantes et les administrations universitaires qui, somme
toute, sont insatisfaits d'un élément, là. Ça arrive
environ tous les samedis de pleine lune d'année bissextile, là. Donc, je pense
que c'est important de le noter aussi.
Mme David : Oui,
effectivement, je ne sais pas comment on va s'en sortir, parce que vous êtes
seulement les premiers, mais ça va s'accumuler, là, toutes les objections, les
propositions. Alors, c'est assez vertigineux, et je prends la mesure, moi, en
tout cas et, je pense, mes collègues aussi, de l'importance de ce projet de loi
là, qui, malgré le faible nombre d'articles, peut changer vraiment, comme je
dis, la constitution et l'essence même de la mission universitaire.
Alors, je ne sais pas
combien de temps il me reste...Alors, j'aimerais vous entendre sur la crainte
qu'un étudiant, avec ce processus-là, puisse lui-même faire l'objet de plainte
par un professeur à ce conseil.
M. Desroches (Jonathan) : Sur
la crainte qu'une personne étudiante puisse avoir accès ou ne pas avoir accès,
c'est ça?
Mme David : ...être
l'objet d'une plainte par un prof qui dit : Il m'a traumatisé, puis je
n'ose plus parler.
M. Desroches
(Jonathan) : Sur la liberté universitaire en tant que telle, pour
nous, ça nous ramène au fait que ce n'est pas à l'Assemblée nationale de
définir s'il doit y avoir des politiques ou non. Le milieu universitaire, comme
je le mentionnais, ça fait... et comme plusieurs personnes ici le savent très bien,
ça fait des décennies que ces éléments-là sont discutés, évoluent dans le
milieu universitaire, et on pense qu'on peut laisser au milieu universitaire le
soin de continuer cette discussion-là.
Mme David :
Merci beaucoup.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
Merci beaucoup. Maintenant, je cède la parole au député
d'Hochelaga-Maisonneuve...
M. Leduc : Merci,
Mme la Présidente. Bonjour à vous deux. D'abord, bravo pour le mandat qui se
termine. Beaucoup de beau travail cette année. Je vous souhaite du succès dans
les parcours qui vous attendent respectivement.
Première
question : Vous avez été déposer un mémoire à la commission Cloutier.
Avez-vous été consultés en amont de la rédaction de ce projet de loi?
M. Desroches
(Jonathan) : De la rédaction du projet de loi? On a eu l'information
qu'il y avait un projet de loi, là, dans les dernières semaines, là, je ne sais
plus exactement, là, mais...
M. Leduc : Il
n'y a pas de rencontre entre vous et le cabinet?
Mme Lemieux-Bourque
(Alice) : Oui, oui. On a rencontré le cabinet avant.
M. Leduc : Parfait.
Bonne nouvelle. Tout ce qu'on entend sur les enjeux qui créent du remous
alentour de la liberté académique, on dirait que c'est toujours une question de
sciences humaines. Est-ce qu'à votre connaissance il y a des enjeux aussi
brûlants en génie, en arts, en gestion? Est-ce que c'est une erreur de penser
que c'est juste un problème de sciences humaines?
Lemieux-Bourque (Alice) : Bien, le problème de la liberté académique,
en fait, si on parle en termes de mots utilisés dans les cours, c'est sûr qu'on
retrouve plus ça en sciences humaines. Mais Mme David en a parlé tantôt, là,
que, tu sais, la liberté académique, ça peut aussi être les ordres
professionnels ou les philanthropes. Ça, c'est quelque chose qu'on peut
retrouver beaucoup en génie, par exemple, ou en pharmacie, c'est sûr. Ça fait
que c'est des enjeux... Je dirais que les enjeux, ils peuvent être différents,
oui, en fonction des programmes.
C'est sûr que, sur
l'utilisation, par exemple, de certains termes plus litigieux, je dirais, que
c'est assez rare que... Tu sais, si on utilise ça dans un cours de génie, c'est
assez clair que ça n'a pas sa place, alors que je peux comprendre qu'il y a
plus de débats, en fait, sur l'utilisation de certains mots en sciences
humaines.
M. Leduc : Et
les éléments que vous faisiez référence, donc, en pharmacie, est-ce que,
d'après vous, ce projet de loi là pourrait contribuer à les aider?
Mme Lemieux-Bourque (Alice) : Je
n'ai pas l'impression... En fait, je n'ai pas l'impression que ça ne touche
à rien de ce qui est extérieur à, en fait,
l'utilisation de certains mots ou de certains termes dans la communauté, par
exemple.
M. Leduc : Est-ce
que, dans un même état d'esprit, tout ce qui se passe à McGill, en ce moment,
avec l'association étudiante puis la question palestinienne, ce qu'on a connu
avec le Projet Laurentia, à l'Université Laval, ou la chaire de recherche sur
la laïcité, que la CAQ avait un peu orientée, ça aussi, donc, si je comprends
bien, ça ne sera pas... le projet de loi, ça ne traite pas de ces enjeux-là non
plus.
Lemieux-Bourque (Alice) : Bien, en tout cas, certainement pas sur le
cas à McGill, là, que vous parlez, avec l'association étudiante, parce qu'en
fait les associations étudiantes ne sont pas bénéficiaires de la liberté
académique, là, selon la définition qu'il y a dans le projet de loi.
La Présidente (Mme
D'Amours) : 10 secondes.
M. Leduc : Oui, 10 secondes. On
va vous souhaiter une bonne journée.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
Je cède maintenant la parole à la députée de Gaspé pour une période de
2 min 45 s.
Mme Perry Mélançon : Merci, Mme la
Présidente. Donc, c'était, je pense, très éclairant de connaître votre position
sur le projet de loi. C'est sûr qu'on est effectivement contre l'intervention
puis l'ingérence, là, de l'État dans les affaires internes des universités,
mais je pense que d'avoir une loi qui sécurise, finalement, la liberté
académique, moi, c'est là ou je me rejoins dans le discours, d'une certaine
façon, là, du gouvernement. J'ai quand même émis aussi certains bémols à la
lecture du projet de loi.
Mais, si une université ne se conforme pas, justement,
à la loi, selon vous, de quelle manière est-ce qu'on peut amener l'université à
se conformer sans que le gouvernement s'ingère dans ses affaires?
M. Desroches (Jonathan) : On revient
à la situation actuelle au Québec, puis ce n'est pas... il n'y a pas une
avalanche d'éléments, là, qui ont eu lieu, comme je le mentionnais dans mon
interlocution. On parle d'un ou deux, peut-être, éléments qui ont été fortement
médiatisés. Pour nous, ces éléments-là ne justifient pas un projet de loi. Puis
ça fait des années, là, ça fait des années que les universités existent au
Québec, sans projet de loi pour encadrer ou définir la liberté académique, et
on pense qu'on peut très bien continuer dans ce chemin-là.
Mme Perry Mélançon : Bien, c'est sûr
qu'on a vu des avancées. J'aimerais peut-être vous entendre sur les impacts que
ça a eu de se doter de mécanismes pour sanctionner, par exemple, quand on est
dans le harcèlement sexuel, dans les universités ou, tu sais, toute la question
des violences à caractère sexuel. Pourquoi vous ne voyez pas ça, justement, du
même oeil, finalement? Peut-être...
Mme Lemieux-Bourque (Alice) : Ah!
pour nous, c'est assez clair que ce n'est pas la même chose. Parce que, tu
sais, la loi pour prévenir et combattre les violences à caractère sexuel, on
parle de protéger l'intégrité physique de la communauté universitaire, dans
l'autre, on parle de façons d'aborder un sujet dans un cours. Pour nous, c'est
assez clair qu'il y en a un que c'est important qu'on légifère, qu'on encadre
puis qu'on s'assure que les gens soient protégés. De l'autre côté, bien là, on
pense que les universités sont capables d'avoir cette discussion-là puis de
développer, en fait, des mécanismes vraiment appropriés pour traiter de ça.
Parce que, comme Jonathan, il dit depuis tantôt, la liberté académique, c'est
traité depuis toujours dans les universités, quand même.
Mme Perry
Mélançon : Mais est-ce que c'est valorisé? Est-ce qu'au sein
des universités on le valorise ou est-ce qu'on aurait besoin, peut-être,
d'être plus dans la prévention, l'intervention en cas de graves problèmes, tu
sais, qu'on soit dans le punitif, mais qu'il y ait aussi des mécanismes
constructifs, là, de prévention? Vous ne voyez pas là une opportunité que la
liberté académique soit vraiment valorisée au sein des institutions?
La Présidente (Mme D'Amours) : En
cinq secondes.
Mme Lemieux-Bourque (Alice) : Bien,
on est très ouverts à la promotion de la liberté académique, mais ça pourrait
être fait, entre autres, par un énoncé de principes qu'on encourage toute la
communauté à lire, là.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci
beaucoup. Je vous remercie pour votre contribution aux travaux de la
commission.
Je suspends les travaux quelques instants afin
d'accueillir nos prochains témoins. Merci.
(Suspension de la séance à 10 h 42)
La Présidente (Mme D'Amours) : Nous
reprenons nos travaux. Et je souhaite la bienvenue aux représentants de la Fédération nationale des enseignantes et
enseignants du Québec. Je vous rappelle que vous
disposez de 10 minutes pour votre exposé, après quoi nous
procéderons à la période d'échange avec les membres de la commission. Je vous
invite donc à vous présenter et à procéder à votre exposé. La parole est à
vous.
Mme Quesnel (Caroline) : Bonjour.
Alors, je vais commencer par me présenter puis je présenterai, un peu plus tard,
mes deux collègues. Alors, je m'appelle Caroline Quesnel, je suis présidente de
la Fédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec. C'est
une des huit fédérations affiliées à la CSN. Une des particularités de la FNEEQ, c'est qu'elle est l'organisation syndicale la plus
représentative en enseignement supérieur, puisque nous représentons
45 syndicats des cégeps, à savoir 85 % des profs de cégep, ainsi que
80 % des personnes chargées de cours, tuteurs, tutrices au Québec, dans
10 universités différentes.
Je dirais, d'emblée, la question de la liberté
académique revêt une importance particulière pour les personnes chargées de
cours que nous représentons, notamment, en raison de leur statut, de la
précarité qui caractérise ce statut-là et qui rend les personnes chargées de
cours vulnérables aux attaques de leur propre liberté académique. Je
rappellerai que les cas médiatisés, depuis
un an, touchaient en grande majorité des personnes chargées de cours ou des
enseignantes ou des enseignants contractuels.
La FNEEQ est favorable à l'introduction d'une
loi, mais, si nous le sommes, c'est en bonne
partie en raison de l'incurie, de
la négligence des directions universitaires d'avoir mis... en fait, de ne pas
avoir mis en place des mécanismes pour protéger la liberté académique et,
lorsqu'il y en a, d'avoir fait preuve de laxisme dans l'application. Je dirais,
cela dit, qu'à nos yeux l'État et les entreprises privées constituent des
menaces bien plus sérieuses et réelles à la liberté académique, et, en
conséquence, nous estimons que l'intervention législative, le projet de loi
devrait être limité et circonscrire, de manière très précise, des interventions
et des balises.
Enfin, le projet de loi n° 32, tel que
déposé par la ministre McCann, est insatisfaisant à nos yeux, et nous demandons
aux membres de la commission d'y apporter des amendements. Et c'est ce que
présenteront mes deux collègues, alors, d'abord, Christine Gauthier, qui est
vice-présidente, responsable du regroupement universitaire à la FNEEQ, elle est
aussi chargée de cours au Département des fondements et pratiques en éducation
à l'Université Laval et chercheuse; ainsi que Benoît Lacoursière, qui est
secrétaire général et trésorier de la FNEEQ. Il est aussi enseignant de
sciences politiques au cégep de Maisonneuve. Je leur cède la parole.
M. Lacoursière (Benoît) : Merci.
Donc, à
titre de première recommandation que nous faisons à l'Assemblée, nous
recommandons d'élargir la portée du projet de loi aux établissements collégiaux
publics et privés. Il s'agit d'établissements d'enseignement supérieur, et les
réalités d'enseignement, et même de recherche, sont très similaires à celles
des universités. À l'article 3 du projet de loi, nous recommandons
également d'utiliser la définition complète et internationalement reconnue de
la liberté académique, c'est-à-dire celle qui est prévue à l'article 27 de
la recommandation de l'UNESCO. En ce sens,
il s'agit ici de donner suite à une recommandation formulée par la
commission Cloutier, d'autant plus que, nous
l'avons dit, l'État et parfois même les directions locales peuvent constituer
des menaces à la liberté académique.
En lien avec cette recommandation, nous
recommandons aussi d'ajouter au projet de loi la précision que les obligations
auxquelles un bénéficiaire de la liberté académique est tenu, en vertu de tout
instrument régissant ses conditions de travail, par exemple, le devoir de
loyauté, ne devraient pas être interprétées ou appliquées de façon à
compromettre ou à restreindre l'exercice de la liberté académique, et que les
tribunaux doivent, dans l'interprétation et l'application de ces obligations,
donner plein effet à la liberté académique. Nous avons assisté, au cours des
dernières années, à des invocations abusives du devoir de loyauté. De plus, et
il nous semble important de souligner que, dans le cas des services publics,
comme les universités et les cégeps, le devoir de loyauté prévu au Code civil
doit s'appliquer avec une grande souplesse. À qui s'adresse cette soi-disant
loyauté, à l'établissement, à sa direction ou à la nature même du service
public qui est représenté? On ne doit pas voir le devoir de loyauté à travers
le même prisme que celui d'une entreprise privée, par exemple.
Comme
quatrième recommandation, nous recommandons de renforcer l'obligation imposée
aux établissements d'enseignement supérieur de prendre fait et cause
pour les membres de la communauté qui sont pris à
partie par des tiers pour
avoir exercé leur liberté académique, que ce soit en raison de leur recherche
ou de leur enseignement. Les établissements doivent avoir l'obligation de
soutenir les membres de leur communauté dès qu'ils sont l'objet de recours judiciaires afin d'éviter, par exemple, une autre
affaire Mayer. L'état actuel du droit n'est pas stable à cet égard,
d'autant plus que les directions d'établissement hésitent à soutenir leurs
chercheurs et leurs chercheuses face à des poursuites.
Mme Gauthier
(Christine) : Alors, bonjour aux membres de la commission.
Alors, pour l'article 4, la FNEEQ salue l'obligation faite aux
établissements de se doter d'une politique particulière sur la liberté
académique, tel que recommandé par la
commission Cloutier. Pour nous, c'est une exigence qui va permettre de mieux
protéger les personnes chargées de cours face à des plaintes qui
concernent la liberté académique puis également ça permet d'uniformiser les
protections relatives à la liberté académique pour l'ensemble des universités
puis éviter les disparités de traitement.
Tout de même, pour l'article 4, certaines
précisions nous apparaissent importantes sur le libellé des articles, et il est important aussi que ce soit clair que le
mécanisme de traitement des plaintes compris dans les politiques élaborées
par les établissements se distingue des processus qui peuvent mener à des
mesures disciplinaires, parce que ce sont des processus
qui ne sont pas toujours impartiaux puis qui accordent une très large autonomie
aux directions d'établissement plutôt qu'à la collégialité entre les
pairs. Et la collégialité est un corollaire important à la liberté académique.
Alors, notre recommandation 5. À
l'article 4, paragraphe introductif, la FNEEQ recommande de préciser que
la politique sur la liberté académique, dans chaque établissement, soit non
seulement consultée par l'ensemble des membres de la communauté universitaire,
mais soit aussi adoptée de façon collégiale dans les instances universitaires
ou de cégeps. Notre recommandation 6, à l'article 4... alinéa 1°,
pardon, recommande d'indiquer clairement quels sont les groupes et les
associations devant faire
partie du conseil visé au paragraphe 1° pour
affirmer notamment la place des personnes chargées de cours au sein de ce
conseil de manière représentative à leur contribution à l'enseignement
universitaire. Et nous tenons à préciser que c'était d'ailleurs le cas dans la
loi sur les violences à caractère sexuel pour pouvoir assurer, là, une
représentation de plusieurs groupes.
Alors, notre recommandation 7 concerne l'article 4,
l'alinéa 4°. Alors, nous recommandons d'ajouter la
responsabilité de l'établissement de porter à la connaissance de chaque
nouveau membre de la communauté universitaire la politique adoptée sur la
liberté académique. À l'alinéa 5° du même article, nous recommandons de
préciser ou d'ajouter que ces ressources et
outils pédagogiques soient disponibles au sein des universités et des collèges
pour soutenir les bénéficiaires de la liberté académique qui sont tenus
d'aborder des sujets potentiellement sensibles.
La recommandation 9, on propose d'ajouter
un nouvel
article qui préciserait que les membres de la communauté étudiante
bénéficient de la liberté d'apprendre, ce qui comprend notamment le droit de
choisir ses cours en fonction des programmes et de son domaine d'études, de
recevoir une formation de qualité et de participer aux échanges en classe.
La recommandation 10 concerne
l'article 4, l'alinéa 5° sur la question des traumavertissements.
Nous sommes d'avis qu'on ne doit pas obliger les enseignantes et enseignants de
voir inscrire des traumavertissements dans un plan de cours puis qu'une telle
obligation serait difficilement applicable, hein? C'est difficile de prévoir
comment un contenu académique peut créer, par exemple, des sentiments
douloureux. Cela dit, nous sommes aussi d'avis que ces éléments doivent
appartenir aux enseignantes et enseignants et ne doit pas amener à légiférer,
là, sur cette question. Donc, on recommande de retirer du projet de loi cette
disposition relative aux traumavertissements.
La recommandation 11, donc, l'ajout d'un
nouvel article, pour ajouter aux éléments de contenu des dispositions relatives
à la protection de la liberté académique, en lien avec le financement de la
recherche. Les enjeux relatifs à la recherche sont aussi importants à bien
aborder dans le cadre de ce projet de loi là.
Et enfin, notre dernière recommandation, 12,
elle porte sur l'article 6, que nous invitons à abroger ou à modifier
considérablement. Nous jugeons que ça ouvre une porte inquiétante à l'ingérence
de l'État dans les politiques des universités. Nous estimons que le
gouvernement doit s'en tenir à émettre des conditions générales qui encadrent
les devoirs et obligations des établissements et non pas en fixer le contenu
normatif.
Donc, pour conclure en quelques secondes, donc,
la FNEEQ est en accord avec le principe d'une loi comme recommandé par la
commission Cloutier, mais le projet de loi doit être amendé.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci
beaucoup. Merci pour votre exposé. Nous allons maintenant commencer notre
période d'échange, et je cède la parole à Mme la ministre pour une durée de 16
min 30 s.
Mme McCann : Merci, Mme la
Présidente. Alors, je veux vous saluer, vraiment. Vraiment très contente que
vous participiez aux consultations. Vous êtes au coeur, évidemment, des
bénéficiaires de la liberté universitaire telle qu'on en parle, là, dans le
projet de loi, donc votre participation est absolument essentielle.
J'aurais beaucoup de questions, mais je vais
m'en tenir à quelques-unes, étant donné le temps que nous avons. D'ailleurs,
évidemment, je reconnais, là, que vous êtes... vous l'avez dit deux ou trois
fois, que vous êtes en accord avec le projet de loi, mais vous avez évidemment
des demandes au niveau d'amendements potentiels, des changements que vous
aimeriez au projet de loi, et j'accueille ça, évidemment, avec ouverture.
Évidemment, on va en discuter puis on va réfléchir là-dessus dans les prochains
jours, mais effectivement c'est un exercice important.
Donc, ma première question, et ce n'est
peut-être pas dans l'ordre chronologique, là, des demandes, au niveau des
articles, que vous nous faites, c'est vraiment au niveau du fonctionnement...
au niveau du fonctionnement, parce que vous connaissez très bien le terrain,
comment ça se passe. Je veux simplement dire, tout à l'heure, quand on a
rencontré l'Union étudiante, je mentionnais le conseil, hein, qu'on peut faire
une plainte au conseil, mais je clarifie tout de suite que les situations qui
peuvent se passer dans les établissements, ils vont être réglés aussi par les
départements. Alors, ce fonctionnement-là peut continuer. Si l'université juge
que c'est le fonctionnement qu'elle veut se donner, hein, il y a une autonomie
de ce côté-là, mais il y a un conseil qui est responsable aussi de traiter les
plaintes, on peut dire, si le département n'a pas réussi à résoudre la
situation, on va le dire comme ça, dans le fonctionnement. Donc... Mais le
conseil est très important dans ce sens-là.
Donc, au niveau du fonctionnement, comment vous
voyez l'apport du projet de loi? Comment ça va bonifier le fonctionnement dans
les universités, dans les établissements?
Mme Gauthier (Christine) : Donc, je
peux peut-être commencer une réponse, mes collègues pourront compléter. Bien,
c'est clair qu'effectivement il y a déjà des mécanismes qui existent,
présentement, pour protéger la liberté universitaire ou pour traiter les
plaintes, que ce soit étudiantes, pour travailler de concert, là, entre les
enseignants et les étudiants, si on parle du volet enseignement. Mais c'est
clair qu'un des problèmes pour lesquels il est urgent d'agir, c'est que, s'il y
a une plainte, comment on s'assure qu'il n'y a pas un traitement disciplinaire
de ce dossier-là et que ce soit, justement, traité de façon académique,
c'est-à-dire qu'on puisse, tu sais, discuter de la situation, évaluer s'il y a vraiment eu, effectivement, un manquement au
niveau des contenus enseignés, donc, qui n'est pas un problème de
comportement, mais qui est vraiment un problème de... comment dire, d'interprétation,
là, différente par rapport à un contenu qui est amené par un enseignant versus
les étudiants.
Donc, le conseil, à ce niveau-là, peut
effectivement écouter les... advenant qu'il n'y ait pas de règlement au niveau
du département, peut entendre les parties pour évaluer si, effectivement, c'est
un enjeu de liberté académique et, à ce compte-là, le protéger des
bénéficiaires de cette liberté académique là, plutôt que de prendre le chemin
des voies disciplinaires ou administratif, qui ne nous semble pas approprié
dans ces circonstances-là. On a vu, dans l'affaire lieutenant Duval, une
suspension qui n'aurait pas dû avoir lieu, qui aurait dû être... peut avoir une
défense, finalement, de sa situation face à des pairs, en toute collégialité,
pour justifier, finalement, les éléments d'enseignement amenés dans le cadre du
cours, là, pour lequel elle avait à intervenir. Donc, je m'arrêterais
là-dessus.
Mme McCann : Merci,
Mme Gauthier. Je veux vous amener également sur ce que vous proposez en regard
du devoir de loyauté à l'établissement. Alors, j'aimerais que vous élaboriez,
s'il vous plaît, parce que c'est une question quand
même complexe et importante, toute cette question de devoir de loyauté versus
la liberté universitaire. Pourriez-vous élaborer davantage sur la
proposition que vous nous faites et peut-être nous illustrer concrètement, là,
le vécu, là, dans les établissements?
M. Lacoursière (Benoît) : Oui, bien
sûr. Écoutez, si je peux peut-être donner quelques exemples, là, il y a... il
doit y avoir une protection, là, contre la censure institutionnelle, puis
souvent, ce qu'on a pu constater, les directions d'établissement vont se servir
de l'obligation générale du devoir de loyauté pour avoir un effet dissuasif
pour s'exprimer sur, par exemple, des enjeux de politique locale.
Je vais donner un exemple. Une enseignante est
convoquée en réunion disciplinaire parce qu'elle a critiqué l'établissement
d'un comptoir de malbouffe à la cafétéria. Un enseignant qui critique une
intention de la direction de modifier le fonctionnement ou la composition de la
commission des études est suspendu de ses fonctions. Ce sont des... et en ayant
recours aux mécanismes disciplinaires, en disant : Tu dois avoir une
loyauté à la direction. Les enseignants, les enseignantes qui, par exemple,
dans un contexte de grève étudiante, se prononcent publiquement sont rabroués
par certaines directions.
Puis là-dessus, bien, ce qu'on voit, c'est que
les décideurs, les juges ont tendance à ne pas donner plein exercice ou plein pouvoir
à la liberté académique ou, même, à la liberté d'expression, qui est pourtant
prévue aux chartes des droits et libertés, dans leurs décisions. On cite une
décision qui concerne le Syndicat des professeurs de l'Université du Québec en
Outaouais, où l'arbitre a même dit que, même si c'est dans la
Loi sur l'UQ, la
liberté académique, bien, le devoir de loyauté est aussi dans le Code civil,
donc c'est égal, donc je donne préséance au devoir de loyauté.
Il faut qu'il y ait une intervention
législative. Même, à l'origine, nous, on aurait souhaité un amendement à la
charte québécoise des droits et libertés pour affirmer plus fortement le droit
à la liberté académique. Donc, c'est pour ça qu'il y a une nécessité que
l'Assemblée nationale légifère pour vraiment accorder une supériorité à la
liberté académique sur d'autres obligations, là, du droit du travail.
Mme McCann : Bien, merci, M.
Lacoursière. Puis la question, là, vous y faites allusion, la liberté
universitaire versus la liberté
d'expression, ça, c'est une grande, grande question. Peut-être, je vous
demanderais de commenter là-dessus rapidement, parce que je voudrais
donner du temps aussi à mes collègues pour vous poser des questions.
Pouvez-vous commenter rapidement sur liberté d'expression versus liberté
universitaire, avec ce que vous venez de dire, là, nous illustrer davantage?
M. Lacoursière (Benoît) : Bien, la
liberté d'expression est l'une des composantes de la liberté académique ou de
la liberté universitaire, sauf que la liberté d'expression comme telle, elle
est reconnue à la charte québécoise puis à la Charte canadienne des droits.
Mais il semblerait que les décideurs n'y accordent pas le poids qu'elle devrait
avoir.
Mme McCann : Mais le projet de loi
dont on parle, évidemment, on le sait, là, c'est sur la liberté universitaire,
académique universitaire. Et comment délimiter cette liberté académique
universitaire? Vous avez donné quelques exemples.
Dans le projet de loi, on parle, dans son champ d'activité... Est-ce que vous avez
des commentaires là-dessus?
Mme Gauthier (Christine) : Bien, en
fait, si vous me permettez, il faut être capable d'élargir, justement, cette
notion de champ d'activité. Les enjeux universitaires sont souvent
transdisciplinaires. Elle doit permettre de pouvoir juger, par exemple, de
l'intervention d'une entreprise versus la qualité de l'air, en tout respect,
dans le cadre de son travail universitaire, d'être capable de critiquer les
institutions, de critiquer son établissement, de le faire sans avoir peur de se
retrouver censuré par l'institution.
Donc, la définition de l'UNESCO, elle prévoit
ces possibilités-là de critiquer, même, les connaissances que nous avons de tous les enjeux scientifiques,
phénomènes sociaux, etc. Donc, de nous en priver ou en priver les
bénéficiaires de la liberté académique, ce serait vraiment un recul majeur. Et
c'est pourquoi nous, on invoque, là, un amendement sur la définition qui est
actuellement prévue dans le projet de loi, pour l'élargir à ce qui est
normalement, là, prévu partout au niveau international.
Mme McCann : Vous avez fait beaucoup
de propositions. Si je vous demandais quelles sont les priorités dans vos
propositions... parce que vous en avez fait 12, là. Quelles sont les priorités?
Mme Gauthier (Christine) : Alors, si
vous permettez de refaire notre conclusion, les amendements les plus majeurs...
C'est clair que la liberté académique doit inclure tous les aspects reconnus
par l'UNESCO, pour la définir et la
protéger. Alors, pour nous, il manque des pans importants. Il faut absolument
rendre le droit à la liberté académique supérieur aux autres obligations
juridiques des enseignantes et des enseignants. Comme l'a rappelé mon collègue,
la politique doit prévoir quels sont les groupes d'acteurs qui doivent composer
le conseil, au comité, pour assurer une représentation juste des groupes visés
puis une collégialité. Et enfin l'article 6, là, doit absolument être
abrogé ou modifié considérablement pour éviter l'intervention de l'État dans
les politiques institutionnelles.
Mme McCann : Bien, écoutez, je vous
remercie beaucoup. Et, Mme la Présidente, je vais passer la parole, je pense,
là, je regarde l'heure, là, à mes collègues et je la reprendrai, si jamais il y
a encore du temps.
Présidente (Mme D'Amours) : Parfait. Mme la députée de Charlevoix—Côte-de-Beaupré, à vous la parole.
Mme Foster : Merci. Il reste combien
de temps?
La Présidente (Mme D'Amours) : 6 min
30 s.
Mme Foster : Parfait. J'aurai une ou
deux questions. Juste avant vous... Bien, d'abord, bonjour. Merci pour votre
mémoire et votre apport à la commission. Juste avant vous, l'Union étudiante du
Québec, dans son mémoire, a proposé que l'article 4 du projet de loi
puisse mentionner que... comment je pourrais l'exprimer, qu'on puisse recevoir
les plaintes envers le contenu d'un cours. Donc, je voulais savoir qu'est-ce
que vous pensiez de cette proposition-là. Je serais curieuse d'entendre votre
point de vue, là, comme chargés de cours ou comme professeurs, là.
Gauthier (Christine) : Oui. Bien, nous, on a défendu, dans le cadre d'un
mémoire précédent, l'importance de la discussion collégiale en classe
avec les étudiants, de pouvoir, en tout respect, là, échanger sur des contenus
de cours. Puis c'est certain que ce sont des éléments qui peuvent faire
progresser les débats sociaux, qui peuvent être... amener des divergences
d'opinions aussi, mais c'est le propre d'un milieu universitaire que d'échanger
autour d'enjeux complexes qui ne font pas l'unanimité, mais qui méritent le
débat, évidemment, en tout respect des droits prévus à la charte, et qui ne
doit pas contenir d'insultes, ou d'injures, ou de discrimination dans les
propos.
Mais il y a beaucoup de contenus de cours qui
peuvent, comment dire, créer des situations difficiles pour certains étudiants.
Il y a des contenus de cours qui peuvent parler, par exemple, du harcèlement
sexuel en milieu de travail, sur des enjeux psychologiques, sur des enjeux de
vaccination, d'obésité, donc ce sont un ensemble de contenus de cours qui
peuvent faire l'objet de difficultés d'interprétation ou de ressenti. Alors,
c'est clair que ce qu'on invite, nous, la FNEEQ, c'est le débat en classe, de
soutenir des interventions qui permettent de faire réfléchir, dans un esprit
scientifique et académique, le débat. Bien, c'est ce que je vous répondrais
d'emblée.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
Je vais céder maintenant la parole au député de Saint-Jérôme.
M. Chassin : Bonjour. Merci, Mme la Présidente. Bonjour à vous. Je vais
essayer de poser deux questions assez courtes. D'abord, pour rebondir sur la
question de ma collègue, il y avait aussi une crainte, dans le fond, exprimée
par l'UEQ, de dire : La liberté académique et la liberté d'expression,
est-ce que ça va vouloir dire, dans le fond, que, si on garantit la liberté
d'enseigner, par exemple, un enseignant puisse... puis là, que ce soit un
professeur ou un chargé de cours, puisse ne pas respecter le plan de cours?
Est-ce que, pour vous, ça, c'est une crainte, que la liberté d'enseigner
permette, finalement, de sortir du plan de cours complètement?
Mme Gauthier (Christine) : Bien,
vas-y, Benoît.
M. Lacoursière (Benoît) : Bien, ce
n'est pas à coup de licences ou d'interdits qu'on gère la liberté académique,
hein? Moi, je n'ai pas de... On parle de professionnalisme aussi. On agit en
tant que professionnels, puis je pense qu'il faut faire confiance aux gens,
tant aux enseignants, puis aux enseignantes, puis aux étudiants puis étudiantes
qui peuvent échanger sur le contenu des cours.
M. Chassin : ...je pense comme vous, on a des libertés, on a des devoirs
et des responsabilités aussi. Puis, par curiosité, vous parliez du droit
d'apprendre, le deuxième considérant, dans le projet de loi, parle
spécifiquement d'un environnement propice à l'apprentissage. Vous, vous le
mettriez comme le droit d'apprendre de plus? Ce n'est pas suffisant, le
considérant, pour vous?
Mme Gauthier (Christine) : Pour
nous, c'est important que les étudiants... on identifie clairement les
étudiants comme étant aussi des bénéficiaires de la liberté académique, que ce
soit dans le cadre de leurs projets de recherche, que ce soit dans le cadre des
échanges que nous avons dans les salles de cours, donc... Et c'est clair que,
dans cette optique-là, c'est important de l'ajouter, c'est important de
considérer, tu sais, l'ampleur de la liberté académique et de ne pas la
restreindre à certains bénéficiaires.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
Nous revenons maintenant à la ministre. Mme la ministre, il vous reste 2 min 20
McCann : Oui. Bien, je suis très contente de pouvoir
revenir puis vous poser une question sur l'équité, la diversité et l'inclusion, parce que, dans notre
échange, là, avec les étudiants, c'est une préoccupation pour eux. Et je
veux vous entendre, vous, là, de votre
expérience, là, vous êtes sur le terrain... Comment concilier, de votre point
de vue, tout ce qui tourne autour de
l'équité, la diversité, l'inclusion et la liberté... versus la liberté
académique universitaire? Comment vous le voyez, là, concilié? Bon, moi, de mon point de vue, il y a des
politiques, hein, dans toutes les universités, sur l'EDI. Là, on parle d'un projet de
loi sur la liberté académique
universitaire. Vous, de votre point de vue, comment concilier les deux?
M. Lacoursière (Benoît) : Bien,
écoutez, on a fait plusieurs suggestions. On a tenu plusieurs propos sur
l'équité, la diversité, l'inclusion, là, dans notre mémoire à la commission
puis aussi à la commission Cloutier. Je pense que ce
n'est absolument pas impossible de concilier les deux. Il faut le reconnaître,
il y a encore des efforts substantiels à faire en matière d'équité, diversité
et d'inclusion dans les universités, dans les collèges, ne serait-ce que, par
exemple, pour ce qui est de la représentation, là, en emploi, on pense... on
sait qu'il y a un plafond de verre, là, dans les universités, certains diraient
même un plancher collant.
Donc, il y a des efforts substantiels pour que
les étudiants et les étudiantes aussi se sentent peut-être plus accueillis, je
dirais, dans l'université. On a parlé qu'il doit y avoir des mesures de
soutien, des ressources disponibles pour les enseignants, pour les enseignantes
pour aborder les sujets sensibles, qui sont assez souvent liés à l'équité, la
diversité, l'inclusion, auxquels, donc, les enseignants, les enseignantes
pourraient avoir affaire.
Peut-être, dernière chose, puis on revient à ce
qu'on a dit, il faut nourrir les espaces de dialogue, et de débats, et de
discussions dans les universités entre les différents groupes, quels que soient
ces groupes, pour permettre, là, une meilleure harmonie dans les
établissements. Mais, disons-le, ça se passe quand même généralement bien dans
nos établissements. Il y a des dérives, il y a des éléments qui attirent
l'attention, mais, dans l'ensemble, ça va bien.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci
beaucoup. Merci, Mme la ministre. Maintenant, je cède la parole à la députée de
Marguerite-Bourgeoys pour une période de 11 minutes.
Mme David : Merci beaucoup, Mme la
Présidente. Bonjour à vous tous, que j'ai eu l'occasion de rencontrer en
différentes circonstances. Juste pour continuer un peu sur la diversité,
l'inclusion, l'équité, ça peut être autant un étudiant qui se sent heurté par
des propos qui toucheraient à quelque chose de sa propre diversité ou
d'inclusion, mais ça peut aussi donner lieu à ce qui est arrivé à l'Université
Laval, une chaire de recherche où il ne faut pas être blanc, de souche, de sexe
masculin.
Alors, vous voyez comme c'est complexe, parce
que ce qui est bon pour pitou est bon pour minou. Alors là, on est dans deux situations où on s'insurge
énormément sur la question de l'affichage de postes en chaires de recherche,
de candidatures, puis, en même temps, on
veut protéger des étudiants qui seraient eux-mêmes... qui se diraient victimes
de ça.
Donc, comme je le répète depuis ce matin, nous
ne sommes pas dans un projet de loi simple. Ce sont des contextes et des enjeux
extrêmement complexes. Et vous le dites, d'ailleurs, je répète la phrase que
vous dites, dès la page 3 : «Nous sommes d'avis que l'État — donc
on y est, là, ici, c'est l'État — et les entreprises privées — puis
Dieu sait qu'on en parle beaucoup dans les universités, surtout en recherche — représentent
des menaces bien plus sérieuses et réelles à la liberté académique», dans le
fond, que l'incurie, comme vous dites, des directions d'établissement. «En
conséquence, nous estimons que l'intervention législative doit être minimale et
circonscrite.» Alors, est-ce que vous trouvez qu'elle est minimale et
circonscrite, cette intervention du projet de loi n° 32?
Mme Gauthier (Christine) : Alors, je
peux peut-être commencer. L'intervention, elle mérite, puis on l'a mentionné,
là, elle mérite des amendements pour être certain que, justement, on n'empiète
pas sur les politiques institutionnelles. Donc, on a parlé de l'article 6,
mais, dans l'ensemble, il y a des précisions importantes et il faut absolument
s'assurer de bien baliser la définition de la liberté académique. Mais dans
l'ensemble, effectivement, la majorité des articles, là, sont plus dans
l'encadrement des devoirs et des obligations des établissements et doivent s'en
tenir à ces éléments-là, c'est-à-dire soutenir l'importance d'une politique
claire, soutenir des ressources pour les bénéficiaires de la liberté
académique, bien encadrer de quoi on parle quand on parle de liberté
académique. Et, pour nous, ça répond, justement, à ce qui est bien circonscrit.
Là où on voit des...
Mme Gauthier (Christine) : J'avais
entendu un arrêt. Je m'excuse. Alors, là où on voit là où ça empiète, puis
c'est plus problématique, c'est : Est-ce qu'on peut s'ingérer dans le
contenu des politiques en indiquant les traumavertissements
ou encore en obligeant, là, la ministre à avoir un certain pouvoir sur le
contenu de ces politiques-là? Nous, on appelle à retirer ces
éléments-là.
Mme David : Vous ajoutez, à la
page 4, vers la fin de votre introduction : «La posture
gouvernementale insiste abusivement sur certaines dérives en particulier,
plutôt que sur l'ensemble des menaces, instrumentalisant de façon excessive des
revendications étudiantes dites wokes.» Alors, vous concluez : «Le projet
de loi, tel que déposé, risque fort de rater la cible et nous apparaît ainsi
inacceptable en l'état.» Alors, en quoi vous trouvez que c'est trop restrictif
et ciblé sur certains événements médiatisés, plutôt que sur l'ensemble des
dimensions qui existent depuis des siècles sur la question de la liberté
académique?
M. Lacoursière (Benoît) : Si je peux
me permettre, c'est ce qu'on a dit, puis c'est l'essentiel des premiers
amendements qu'on propose, on veut retenir... on appelle à retenir la définition
complète de l'UNESCO. Puis ce que nous, on dénonce depuis de nombreuses années,
c'est les invocations abusives du devoir de loyauté, c'est du financement
étatique ou privé dirigé vers des fins particulières, avec des contraintes, par
exemple, sur la possibilité de publier des recherches. Ça, c'est des problèmes
concrets, réels, qui datent d'il y a longtemps et qui doivent faire l'objet
d'une intervention publique.
Il y a
effectivement des rebondissements, dans l'actualité, sur des événements qui se
passent en classe, mais, comme j'ai
dit... comme on a dit un peu plus tôt, bien, ce sont des événements qui sont,
je dirais, marginaux, qui sont... qu'on doit intervenir, mais qui sont
peut-être moins importants, par rapport aux menaces que peuvent poser l'État ou
le financement privé.
Gauthier (Christine) : J'ajouterais...
Mme David : Et
effectivement... Pardon?
Mme Gauthier
(Christine) : J'ajouterais juste, comme exemple, l'obligation de
prendre fait et cause, pourquoi, pour nous, c'est important, c'est qu'on a
eu... on a vu des cas, au cours des années, dont l'affaire Maillé, où
l'établissement n'avait pas d'emblée pris fait et cause pour défendre la
doctorante face à des menaces extérieures de tiers qui voulaient l'empêcher ou
avoir recours à ses données. Et ça, c'est problématique et c'est pour ça que le
projet de loi est important mais doit permettre, donc, de s'assurer que les
établissements vont défendre la liberté académique en protégeant les membres de
leur communauté face à des recours abusifs par des tiers.
Mme David :
Et je rajouterais que le rapport Cloutier traite en long et en large de tout
ça, plusieurs pages où il nous rapporte quelles universités ont ou pas cette
question du devoir de loyauté expressément nommée. Évidemment, le SPUL est
directement visé. Louis-Philippe Lampron a écrit un mémoire qui ne sera pas...
il ne sera pas entendu, mais il a écrit un mémoire très, très précis. On sait
bien que l'Université Laval a cette question du devoir de loyauté, mais certaines
universités l'ont, d'autres ne l'ont pas. Vous pensez que ça devrait se
retrouver... que la liberté académique doit primer dans le... plutôt que le
devoir de loyauté.
On voit qu'on est
bien loin de ce qui se passe en classe, là, à ce moment-là. Et c'est ce que je
prétends, et je vais le répéter souvent, ce projet de loi là va beaucoup plus
loin que juste une situation pédagogique entre un étudiant ou des étudiants et
un enseignant. Donc, vous incluriez, si je comprends bien, cette question-là,
comme le rapport Cloutier le suggère, d'ailleurs, la question de la liberté
académique qui supplante le devoir de loyauté, vous mettriez, évidemment, la
définition complète de l'UNESCO. Ça, ce n'est pas compliqué, tout le monde le
dit. Tout le monde le dit, alors, y compris les syndicats, les étudiants, les
administrations universitaires, le 1.b du rapport Cloutier, là, dans la page V
en chiffre latin, le dit clairement, eux réclament absolument l'autonomie
universitaire, et ils sont... quand ils vont venir, demain, ils vont le dire
haut et fort. Donc, tout le monde dit : On a pris juste la
partie qui
faisait notre affaire du rapport de l'UNESCO. Alors, il va falloir la remettre
au complet, l'article 27, donc, de la définition.
Prendre fait et
cause, ça aussi, ce n'est pas nécessairement dit dans le projet de loi, et
plusieurs en parlent. Plusieurs en parlent, et l'affaire Maillé, je pense,
devrait être assez instructive pour comprendre que ça peut être très pertinent.
Alors, j'insiste parce que vous parlez de choses qui sont souvent nommées par
d'autres aussi, mais qui sont très nommées dans le rapport Cloutier. Alors,
encore une fois, si on veut s'inspirer du rapport Cloutier et dire qu'il est
formidable, ce rapport-là, bien, je pense que ce que vous faites, et je
voudrais vous entendre là-dessus, vous allez chercher des choses qui ne sont
pas là, du rapport Cloutier. Est-ce que je me trompe?
M. Lacoursière (Benoît) : Bien, effectivement, on
ramène plusieurs conclusions, là, de la commission Cloutier, qui nous
semblent pertinentes. Puis c'est des choses que les larges consultations de la
commission Cloutier ont aussi permis de mettre en évidence, donc... Puis c'est
des éléments où il faut que... l'état du droit étant instable, bien, il faut qu'il
y ait une intervention législative pour venir, je dirais, rassurer, là, le
socle juridique de ces questions.
Mme David : Est-ce
que, vous qui avez, Mme Quesnel en particulier mais les autres aussi, une
longue expérience syndicale... et on a des gens aussi de d'autres syndicats qui
écoutent et qui assistent ou ils écoutent en virtuel. J'ai rarement vu une
telle unanimité, que ça soit les trois piliers qui composent ce qu'on appelle
la communauté universitaire, étudiants, enseignants, syndicats et dirigeants,
réclamer à peu près les mêmes choses, finalement. C'est pour ça que j'ose
croire, à ce stade-ci, je suis encore optimiste, que la ministre et ses équipes
entendent, ont lu tout ça et vont arriver avec des... Les propositions sont
extrêmement concrètes, les gens rédigent les amendements. Est-ce que vous
pensez que, si ces amendements-là sont tous acceptés et qu'on se colle vraiment
beaucoup plus au rapport Cloutier, on va arriver avec une loi intéressante pour
tout le monde et aussi unanime, dans le positivisme, qu'elle ne l'est en ce
moment dans le négativisme, par rapport au projet de loi?
Mme Quesnel
(Caroline) : Je vais peut-être répondre, vous m'interpelez, Mme David,
à ce sujet-là. Effectivement, il y a, autour du milieu universitaire puis des
différents corps qui la composent... ce sujet-là est discuté depuis fort
longtemps, vous le savez, vous le devinez. Et, à travers beaucoup de
discussions, bien, c'est clair qu'en ce moment se concrétise une volonté forte
qui est d'avoir une prise, dans le monde universitaire, et, je pense, on n'en a
pas parlé de manière aussi claire, mais une uniformité à l'intérieur des
universités. Elles sont toutes autonomes, il est évident. Mais, sur des sujets
aussi importants que sont la liberté académique, la liberté d'expression, qui
touchent tout le milieu et de manière très complexe, là, de la classe à la
recherche, à l'expression des individus sur le plan social, ces éléments-là
sont très importants pour nous. Si les amendements que nous proposons puis qui
sont semblables à ce que j'ai lu jusqu'à présent dans plusieurs mémoires sont
adoptés, c'est sûr que ce projet de loi là va être non seulement bien
accueilli, mais va être utile.
Mme David : Merci.
Écoutez, vous n'êtes pas les seuls. Encore ce matin, le recteur Jutras, à
Radio-Canada, disait : Il faudrait que ça passe par la Charte des droits
et libertés. Vous l'avez dit tout à l'heure. Ça, c'est comme un concept
nouveau, différent, là, on sort du rapport Cloutier. Alors, j'aurais aimé vous entendre
là-dessus. Peut-être que mes collègues prendront la relève. Merci, Mme la
Présidente.
Présidente (Mme D'Amours) : Merci. Nous avons terminé ce bloc d'échange avec
la députée de l'opposition officielle. Maintenant, je cède la parole au
député d'Hochelaga-Maisonneuve pour une durée de 2 min 45 s.
M. Leduc : Merci, Mme la Présidente.
Bonjour à vous trois. Toujours un plaisir de vous voir. Je suis content de lire... beau mémoire, d'ailleurs. Je suis
content de lire votre recommandation n° 10 sur la question des
traumavertissements. C'est vraiment quelque chose que j'ai trouvé étonnant,
pour ne pas dire étrange, dans la proposition du gouvernement, d'interdire
l'obligation des traumavertissements, parce que je me suis demandé, là :
J'ai-tu manqué un épisode ou je n'ai pas vu une file d'attente de gens qui
réclamaient, tu sais, l'obligation des traumavertissements un peu partout, tu
sais? Est-ce que je me trompe? J'ai manqué un épisode? Est-ce qu'il y a des
gens et des groupes organisés qui réclament ça, l'obligation de
traumavertissement, partout?
Gauthier (Christine) : Bien, c'est clair que ce n'est pas... on l'a
entendu, mais ce n'est pas des associations étudiantes nationales. Mais
c'est clair que la question du traumavertissement, c'est très difficile à
baliser, c'est-à-dire, comment prévoir le fait qu'un contenu de cours peut
individuellement déranger ou créer un impact négatif sur la personne? Puis je
vous mentionnais des exemples qui... Nous, on est beaucoup au-delà, aussi, des
sciences humaines et sociales. On en a, des
exemples, en biologie, en géographie, où la présentation de cartes avec des
mots qui sont utilisés dans certains pays peuvent soulever aussi des
aspects négatifs. Ça fait que ce qu'on dit, c'est que ça appartient à la
liberté académique des enseignants, des enseignantes. Si certains souhaitent le
faire en considérant les contenus de cours qui sont abordés, ils et elles
peuvent le faire.
Cela dit, si on en force l'obligation, bien, on
va avoir la difficulté de comment on aborde, là. Bien là, la personne, elle a...
le chargé de cours n'a pas, par exemple, cette obligation-là dans son plan de
cours. Or, on a parlé d'obésité, or, je me reconnais dans ce groupe-là, et ça
me dérange. Bref, vous voyez un peu la difficulté, là, autour de cette
obligation-là, donc, mais je suis d'accord avec...
M. Leduc : ...ce n'est pas juste la
question, donc, du fameux mot en n, là. Vous parlez des questions d'obésité,
par exemple, des violences à caractère sexuel. J'avais l'impression qu'on
faisait un peu une mauvaise presse au concept de traumavertissement, qui, en
effet, peut être fort adéquat dans toutes sortes de situations et qui, si je
comprends bien, est déjà une pratique plutôt bien utilisée, autant, j'imagine,
au cégep qu'à l'université.
M. Lacoursière (Benoît) : Bien, à
vrai dire, c'est ça, c'est que c'est une pratique pédagogique puis ça doit
relever de l'aspect pédagogique. On ne voit pas non plus la place que ça
devrait avoir de l'obliger ou d'interdire l'obligation dans le cadre d'un texte
législatif.
M. Leduc : Vous avez évoqué, dans
votre présentation, là, qu'il y a... le fait qu'il y a plusieurs directions qui
hésitent à soutenir leurs chercheurs, leurs professeurs lorsqu'ils sont
poursuivis ou... bon. Pourquoi ils hésitent? Est-ce que c'est la question de la
mauvaise presse?
La Présidente (Mme D'Amours) : Je
suis désolée...
M. Leduc : C'est déjà fini?
La Présidente (Mme D'Amours) : Oui,
c'est déjà terminé.
M. Leduc : À une prochaine fois,
alors. Bonne journée.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
Je cède maintenant la parole à la députée de Gaspé pour une période de 2 min 45
Mme Perry Mélançon : Merci, Mme la
Présidente. Bonjour. Ça me fait plaisir de vous voir, ce matin, parce que je vous ai lus avec beaucoup d'intérêt.
J'aimerais commencer... justement, dans le tout début de votre mémoire,
vous nous amenez sur un terrain que... sur lequel on s'est penchés, nous aussi,
dans ma formation politique, et j'aimerais vous entendre sur la question de
l'étendre, le projet de loi, au réseau collégial. J'aimerais savoir, selon
votre expérience, qu'est-ce que vous vivez sur le terrain, est-ce qu'on est
plus dans la prévention de ce genre de cas là ou est-ce qu'on le vit,
actuellement, ce type d'autocensure ou d'enseignants qui sont critiqués pour
leur façon d'aborder leurs cours?
M. Lacoursière (Benoît) : Bien,
écoutez, effectivement, oui, il y a... il peut y avoir ce genre de phénomène,
mais les questions relatives, par exemple, au financement de la recherche, il y
a des centres collégiaux de transfert de technologie, dans les cégeps, où il y
a des partenaires privés dans les projets, il y a des enjeux de recherche. Les
exemples que j'ai évoqués, quant à l'utilisation du devoir de loyauté, sont
aussi présents dans le réseau collégial depuis bon nombre d'années.
Au Québec, on juge que les cégeps appartiennent
à l'enseignement supérieur. Bien, écoutez, on est dans l'ordre de l'enseignement supérieur ici, donc il ne
devrait pas y avoir de différence. Comme la
loi sur... visant à prévenir les
violences à caractère sexuel s'appliquait à l'ordre collégial, bien, de la même
façon, on estime que ça devrait s'appliquer à l'ordre collégial, la liberté
académique.
Mme Perry
Mélançon : Donc, autant l'enseignement que la recherche, de ce que je
comprends, devraient être assujettis, là. Et, selon vous, est-ce que... si on y
apporte les amendements proposés dans votre mémoire, est-ce que ce projet de
loi là pourrait s'appliquer dans... de cette façon-là ou est-ce qu'on devrait
faire les travaux en amont, un peu comme la commission Cloutier? Est-ce qu'on
doit revoir, dans un environnement plus collégial, comment l'appliquer, ou ça
pourrait être fait directement dans ce projet de loi là?
M. Lacoursière (Benoît) : Je pense,
comme la loi... l'ancien projet de loi n° 151 sur les violences à caractère
sexuel, on a une mécanique qui se ressemble. Nous, on l'a défendu, devant la
commission Cloutier aussi, que ça devait s'appliquer à l'ordre collégial. Je
pense qu'il y a un consensus là-dessus aussi.
Mme Perry Mélançon : Très bien,
merci. Combien de temps, Mme la Présidente?
La Présidente (Mme D'Amours) : 30 secondes.
Mme Perry Mélançon : 30 secondes.
Est-ce que... On a entendu l'Union étudiante du Québec qui demandait à ce que
la communauté étudiante soit présente sur le conseil qui sera formé. À votre
avis, est-ce que c'est une bonne recommandation?
Mme Gauthier (Christine) : Oui, nous
sommes d'accord avec cette recommandation-là. C'est un conseil qui doit être
représentatif des groupes de la communauté universitaire, mais aussi en
fonction de leur importance. Donc, pour les
personnes chargées de cours, nous pensons que c'est important qu'ils soient
largement présents sur ce conseil-là, les étudiants, les professeurs,
bien sûr, et d'autres membres du personnel, là, impliqués.
Mme Perry Mélançon : Merci beaucoup.
La Présidente (Mme D'Amours) : Je
vous remercie pour votre contribution à nos travaux, chers invités.
La commission suspend ses travaux jusqu'après
les affaires courantes. Merci.
(Suspension de la séance à 11 h 35)
La Présidente (Mme D'Amours) : À
l'ordre, s'il vous plaît! La Commission des relations avec les citoyens reprend
ses travaux.
Nous poursuivons les auditions publiques dans le
cadre des consultations particulières sur le projet de loi n° 32,
Loi sur
la liberté académique dans le milieu universitaire.
Avant de débuter, est-ce qu'il y a consentement
afin que la députée de Huntingdon remplace la députée d'Abitibi-Ouest cet
après-midi? Est-ce que j'ai le consentement?
Des voix : Consentement.
La Présidente (Mme D'Amours) : Consentement.
Merci. Cet après-midi, nous entendrons la Centrale des syndicats du Québec, la
Fédération québécoise des professeures et professeurs d'université et
M. Alexandre Cloutier, président de la Commission scientifique et
technique indépendante sur la reconnaissance de la liberté académique dans le
milieu universitaire.
Je souhaite
maintenant la bienvenue à l'enseignement universitaire du Québec et... Je n'ai
pas dit le
titre au complet, parce que mon écran ne me le donne pas, je
vais reprendre ma feuille : Centrale des syndicats du Québec. Et je vous
rappelle que vous disposez de 10 minutes pour votre exposé, après quoi
nous procéderons à la période d'échange avec les membres de la commission. Je
vous invite donc à vous présenter et à procéder à votre exposé. La parole est à
vous.
M. Beaucher (Vincent) : Oui. Donc,
bon après-midi. Je m'appelle Vincent Beaucher, je suis président de la
Fédération de la recherche et de l'enseignement universitaire du Québec. Je
suis accompagné de Catherine Huart qui est conseillère politique à la CSQ.
Donc, dans le cadre des travaux du projet de loi
n° 32, la Fédération de la recherche et de l'enseignement universitaire du
Québec, qui est une fédération de la CSQ, a produit un mémoire. Le mémoire
contient 13 recommandations, et on les reprend ici avec de brèves
explications.
La recommandation n° 1 :
Ajouter, après l'article 1... en fait, à l'article un, après les termes
«liberté académique universitaire», les mots «telle que reconnue à la
définition de l'UNESCO». À l'égard de plusieurs acteurs du milieu universitaire,
dont certains sont présents lors de ces audiences, il nous apparaît opportun de
miser sur une définition qui fait consensus, depuis plusieurs années, et dont
l'intégration dans la loi serait un ajout significatif qui permettrait, en
outre, de dissiper les questionnements et également aussi de légitimer la loi.
Recommandation n° 2 : Ajouter, à l'article 3 du projet de loi, une
mention voulant que la liberté académique puisse
inclure la critique des modes de gestion des décisions administratives et des
orientations de l'institution d'attache des membres de la communauté
universitaire. Cette recommandation découle de la première recommandation, en
fait... donc, avec la définition de
l'UNESCO. À l'intérieur d'un cadre légal qui est déjà en place et qui ne
permettrait pas, par exemple, la diffamation, il nous apparaît très
sain, sinon attendu, que les universitaires puissent critiquer leur institution
sans peur de représailles. En d'autres mots, la liberté académique doit
prévaloir sur le devoir de loyauté. Selon nous, il s'agit d'un des piliers de
l'université avec un grand U.
Recommandation n° 3 :
Inscrire, en préambule du projet de loi, que le principe de collégialité se
trouve au coeur de l'université québécoise.
Ici aussi, il nous apparaît essentiel que le gouvernement reconnaisse une des
particularités de l'université, à savoir qu'il s'agit d'une institution dont la
pérennité et l'évolution sont le fruit d'une réflexion, de discussions et de
débats en communauté. Si, historiquement, cette communauté se voulait davantage
savante, elle regroupe aujourd'hui
l'ensemble des acteurs d'une université qui travaillent en collégialité pour le
bénéfice de celle-ci. L'inscrire dans la loi serait avisé.
Modification... bien, en fait, recommandations n° 4 et n° 5, soit de modifier
l'article 4 du projet de loi afin que celui-ci prévoie que le comité, ce
qu'on appelle, dans le projet de loi, «le conseil», soit le maître d'oeuvre de
l'élaboration de la politique institutionnelle sur la liberté académique et que
ce comité soit celui qui détermine les mécanismes de consultation de la
communauté universitaire à cet égard. Donc, en fait, par rapport à
l'élaboration de la politique institutionnelle, nous croyons, dans un objectif
de sensibilisation, d'éducation et surtout de recherche de cohésion, que la
constitution des comités sur la liberté académique devrait être préalable à la
rédaction, l'adoption et la mise en oeuvre d'une politique sur la liberté
académique dans chaque institution. Ainsi, au lieu que ce soit la direction de
l'université qui rédige et fasse cheminer une telle politique, nous sommes
d'avis que le comité pourrait être d'abord créé, puis que celui-ci aurait le
mandat de consulter la communauté universitaire et d'en arriver avec une
politique qui répond à la fois à la loi et aussi aux attentes des acteurs
locaux.
Notre sixième recommandation va à l'effet qu'à
l'alinéa 1° de l'article 4, après les termes «la composition d'un
conseil», il faudrait détailler la composition de ce conseil ou du comité que
l'on voudrait comme multicatégoriel. Notre recommandation parle d'elle-même,
nous la proposons dans le but d'assurer une réelle représentativité de tous les
acteurs dans chacune des universités du Québec. Elle est cohérente avec notre
précédente recommandation et aussi avec notre vision selon laquelle la liberté
académique est l'affaire de tous, tant du point de vue de son application que
de sa promotion.
Recommandation n° 7 :
Intégrer au projet de loi l'obligation des établissements de voir à la mise sur
pied d'une formation obligatoire pour les gestionnaires de tous les paliers, ce
qui inclut les directions départementales et facultaires, ainsi que les
conseils d'administration. Les dirigeants universitaires, à tous les niveaux,
sont nombreux et changent régulièrement. Or, ce sont eux qui ont la lourde
tâche de s'assurer que les règlements, les politiques et aussi les conventions
collectives soient bien appliqués. La liberté académique étant fondamentale à
la mission universitaire, il nous apparaît primordial que les dirigeants en
aient une bonne compréhension et en reconnaissent les implications. Une
formation disponible à tous et en permanence assurerait donc un cadre commun de
langage au bénéfice d'une meilleure promotion et d'une meilleure reconnaissance
de la liberté académique.
Recommandation n° 8 :
Que l'alinéa 5° de l'article 4 soit modifié afin que soient ajoutés,
après les mots «la mise en place», les mots «et le financement adéquat». Si le
gouvernement juge assez important de légiférer sur la liberté académique, nous
croyons qu'il doit offrir un financement conséquent afin de s'assurer que
toutes les institutions universitaires fassent leurs devoirs et que l'argent ne
soit pas une raison ou une excuse pour tourner les coins ronds. Ce financement
supplémentaire et pérenne serait considéré comme une preuve d'engagement du
gouvernement dans ce dossier qualifié de capital par le premier ministre
lui-même, avec raison.
Recommandation n° 9 :
Retirer tout simplement l'article 6 du projet de loi en raison de son
incohérence avec l'ensemble des dispositions et des principes qui y sont
amenés. À l'instar de plusieurs autres acteurs du milieu universitaire, nous
jugeons que cet
article va à l'encontre de l'esprit même du projet de loi et
qu'il soulève réellement un enjeu de cohérence interne. D'autre part, il est
contradictoire avec les principes mêmes qui donnent corps à la liberté
académique, soit les notions d'autonomie, de collégialité et, plus largement,
de communauté. De fait, il est contradictoire aux principes que le gouvernement
cherche à protéger dans le contexte actuel.
Recommandation n° 10 :
Inscrire la reconnaissance de l'expertise disciplinaire du personnel enseignant
non professoral et des professionnels et professionnelles de recherche dans le
projet de loi. Il s'agit pour nous d'un principe fondamental au fonctionnement
et au rayonnement de toute institution universitaire. L'expertise disciplinaire
de nos membres, à savoir des chargés de cours et des professionnels de
recherche, est au coeur de leurs fonctions d'enseignement et de recherche au
sein des universités.
Malgré cela, nos membres doivent bien souvent faire face
à un certain manque de considération de leur
statut, que ce soit par les étudiants, mais aussi de la part d'autres
personnels de la communauté
universitaire. Une reconnaissance de leur expertise viendrait nécessairement
influer de manière positive la place occupée par la liberté
universitaire dans une classe, dans un département et dans l'institution
elle-même.
Recommandation n° 11 :
De manière complémentaire à l'adoption du projet de loi, prévoir une commission
parlementaire portant sur l'enjeu précis de la précarité à l'emploi au sein des
universités du Québec, en accordant une attention particulière aux effets des
différents statuts d'emploi sur la liberté académique, notamment. Il apparaît
fondamental de reconnaître que le modèle universitaire actuel produit des
statuts de seconde classe où l'autonomie professionnelle et la liberté
académique sont r