Transportation and the Environment — 3 June 2020 (42nd Legislature, 1st Session)
CTE 2020-06-03
Quebec — Committees
(Onze heures trente-deux minutes)
La Présidente (Mme
Grondin) : À l'ordre, s'il vous plaît! Ayant constaté le quorum, je déclare la
séance de la Commission des transports et de l'environnement ouverte. Je
demande à toutes les personnes dans la salle de bien vouloir éteindre la
sonnerie de leurs appareils électroniques.
La commission
est réunie afin de poursuivre l'étude détaillée du projet de loi n° 44, la
Loi visant principalement la gouvernance efficace de la lutte contre les
changements climatiques et à favoriser l'électrification.
Mme la secrétaire, y a-t-il des remplacements?
Secrétaire : Oui, Mme
la Présidente. M. Barrette (La Pinière) sera remplacé par M. Derraji (Nelligan); M. Benjamin (Viau), par M. Kelley
(Jacques-Cartier); Mme St-Pierre (Acadie), par M. Birnbaum
(D'Arcy-McGee); et M. Arseneau (Îles-de-la-Madeleine), par M. Gaudreault
(Jonquière).
La Présidente (Mme Grondin) : Merci. Je suis donc maintenant
prête à rendre ma décision sur la recevabilité de la motion préliminaire présentée par le député de Bourget, laquelle propose que la commission
procède immédiatement à l'étude de l'article 1 du projet de loi.
Afin de rendre sa décision, la présidence doit
être guidée par la jurisprudence. Les grands principes qui s'en dégagent sont
les suivants :
Le rôle de la
présidence est d'assurer le respect des droits de chaque parlementaire et de
donner aux députés de l'opposition le temps nécessaire pour faire valoir leur
point de vue;
Il appartient à la présidence seule de juger si
cette motion est recevable;
recevabilité d'une motion proposant de passer immédiatement à l'article 1
ne s'évalue pas en vertu d'un calcul purement mathématique du nombre de séances
et d'heures consacrées aux motions préliminaires;
Toutefois, les précédents peuvent servir de
guide à la présidence pour rendre sa décision;
Il a maintes fois été décidé que cette motion ne
vise pas à clore le débat mais à passer à une autre étape de l'étude détaillée
du projet de loi, soit l'étude
article par article.
La présidence
doit notamment prendre en compte le nombre de motions préliminaires présentées
jusqu'à présent et le temps total consacré au débat de ces motions. Cela ne
s'apprécie pas selon un calcul purement mathématique, et la jurisprudence peut
guider la présidence pour rendre sa décision.
Comme vous le
savez, plusieurs décisions ont été rendues par le passé, mais aucune ne permet
de dégager une interprétation unique du nombre de motions ou de séances devant
être consacrées à l'étude des motions préliminaires pour qu'une motion qui
demande que la commission procède immédiatement à l'étude de l'article 1
puisse être jugée recevable.
En 2004, le
président Brodeur avait jugé une telle motion recevable, en indiquant que
l'opposition avait pu soumettre suffisamment de motions préliminaires. À ce
moment, sept motions avaient été présentées, et la commission en était à
sa troisième séance.
En 2011, la
présidente L'Écuyer avait jugé la motion irrecevable, en estimant qu'elle était
prématurée, puisque l'opposition n'avait pu soumettre suffisamment de motions
préliminaires. La commission en était à sa troisième séance, et
trois motions avaient été présentées par les députés de l'opposition. Une
décision similaire avait aussi été rendue en 2006.
En 2019, le président Lemay a jugé que la motion
était recevable, alors que la commission en était à sa troisième séance et
après avoir disposé de huit autres motions préliminaires.
En l'espèce, dans le cadre de l'étude du projet
de loi n° 44, nous en étions à la fin de la troisième séance et avions
disposé de six motions préliminaires lorsque le député de Bourget a
présenté sa motion.
À la lumière des précédents, la recevabilité de
la motion ne peut pas être clairement établie.
De surcroît, tous les parlementaires conviennent
du contexte particulier, voire unique dans lequel nous nous trouvons en raison
de la crise de la santé publique actuelle. Et, bien que tous les groupes
d'opposition aient eu l'opportunité de présenter des motions préliminaires, je suis d'avis que cet élément important doit être
pris en compte dans l'analyse de la recevabilité de la motion du député de
Bourget.
Pour ces
motifs, soit notamment le caractère exceptionnel de la situation actuelle et
dans l'optique de favoriser le débat, je juge que la motion est prématurée à ce
stade-ci. Elle est donc irrecevable.
Est-ce qu'il
y a d'autres membres qui souhaitent déposer une motion préliminaire? M. le
député de Jonquière.
M. Gaudreault : Oui, bien, d'abord,
je veux vous remercier pour votre décision, qui fera jurisprudence, je pense,
Mme la Présidente, en tout cas, qui sera certainement inscrite dans la
jurisprudence. Je reconnais surtout le lien que vous faites avec la situation reliée à la pandémie et je
pense que c'est le bon lien qu'il fallait faire. Je vous en remercie, et on va
poursuivre notre travail en souhaitant que, pour la bonne marche des choses, le
gouvernement puisse réagir davantage aux motions préliminaires comme aux autres
motions que les partis d'opposition vont faire.
Alors, j'aimerais déposer une autre motion. Je
ne sais pas si... Le temps qu'elle se rende, Mme la Présidente, est-ce qu'on...
C'est à vous de décider si on suspend ou pas, là, mais elle est en route, là.
Présidente (Mme Grondin) : Nous allons suspendre les travaux
quelques instants.
(Suspension de la séance à
11 h 39)
Présidente (Mme Grondin) : Donc, nous reprenons les travaux. Le
temps que la motion soit déposée sur le Greffier, M. le député de Jonquière, je
vous invite à lire votre motion préliminaire, s'il vous plaît.
Gaudreault : Oui. Est-ce qu'elle est déposée sur le Greffier, Mme la
Présidente?
Présidente (Mme Grondin) : Ça s'en vient.
Gaudreault : Ah! Non? O.K., pas encore.
Présidente (Mme Grondin) : Est-ce que vous souhaitez que je la
lise à votre place?
Gaudreault : Bien oui, c'est parce que je ne l'ai pas, moi,
j'attendais la version électronique. Puis je la connais, là, évidemment, mais
allez-y.
Présidente (Mme Grondin) : Donc, je vais la lire.
Conformément à
l'article 244 du règlement de l'Assemblée nationale, je fais motion
afin :
«Que la Commission
des transports et de l'environnement, avant d'entreprendre l'étude détaillée du
projet de loi n° 44, Loi visant
principalement la gouvernance efficace de la lutte contre les changements
climatiques et à favoriser l'électrification, tienne des consultations
particulières et qu'à cette fin, elle entende dès que possible
Sophie Brochu, P.D.G. d'Hydro-Québec.»
M. le député, vous
avez 30 minutes.
Gaudreault : Oui. Merci beaucoup, Mme la Présidente, pour cette
lecture de la motion que je dépose.
Je le dis tout de suite, nous avons insisté, dans
la rédaction de cette motion, pour nommer Mme Sophie Brochu,
la nouvelle P.D.G. d'Hydro-Québec, parce que nous sommes tout à fait conscients
que, lors des auditions sur le projet de loi n° 44, cette commission a
entendu des représentants d'Hydro-Québec, mais c'était à la fois avant la
pandémie et c'était à la fois sous le règne, je dirais, du précédent
président-directeur général d'Hydro-Québec, qui était Éric Martel. Donc, deux conditions complètement
différentes par rapport à la situation d'aujourd'hui : il n'y avait
pas le même P.D.G. puis il n'y avait pas la pandémie et ses conséquences.
Donc, nous avons appris — et j'ai eu l'occasion de féliciter sa
nomination publiquement — pendant la période de confinement, que le gouvernement a procédé à
la nomination d'une nouvelle présidente-directrice générale, une première,
d'ailleurs, dans l'histoire de ce joyau qu'est Hydro-Québec, une première femme
à la tête de la société d'État Hydro-Québec, une nouvelle P.D.G., et il s'agit
de Mme Sophie Brochu, comme vous le savez. Donc, c'est une nomination
d'importance.
Sans enlever rien à
toute autre société d'État du Québec, il reste qu'Hydro-Québec est le fleuron
de nos sociétés d'État. Il reste qu'Hydro-Québec gère les actifs, je dirais, de
ressources naturelles qui appartiennent à la collectivité du Québec, à
l'ensemble des Québécois et des Québécoises. Il reste également qu'Hydro-Québec
est détenteur d'un patrimoine extraordinaire qui découle de la nationalisation
de l'hydroélectricité, en bonne partie. Donc,
ça nous appartient, c'est une source de fierté. Même si on veut toujours garder
un esprit critique face à Hydro-Québec, il n'en demeure pas moins que c'est une
source de fierté. C'est également une très, très grande expertise en
ressources naturelles renouvelables, en
énergie renouvelable. C'est aussi une expertise très grande, chez Hydro-Québec,
à l'échelle internationale, bien que ça a déjà été mieux et plus avec la
direction Hydro-Québec International. Mais, sur le plan de l'expertise en
centrale hydroélectrique, en barrage, en transport d'énergie, c'est un joyau
pas juste au Québec, mais sur l'ensemble de la planète, avec Hydro-Québec.
Donc, c'est un très, très gros joueur et, je vous dirais, c'est même le joueur
le plus important dans une optique de transition énergétique. Alors, quand on
a, par exemple, un projet de loi qui abolit Transition énergétique Québec pour
redonner des pouvoirs au ministre des Ressources naturelles, des pouvoirs, de
façon discrétionnaire, qu'il aura nécessairement l'obligation d'exercer avec
Hydro-Québec, en collaboration avec Hydro-Québec...
Est-ce qu'Hydro-Québec doit se diriger davantage
vers l'efficacité énergétique? Oui. Est-ce qu'Hydro-Québec doit produire
davantage d'hydroélectricité? C'est dans un plan. Est-ce qu'Hydro-Québec doit
exporter davantage d'énergie pour devenir, si je reprends les termes du
premier ministre, la batterie du nord-est de l'Amérique et ainsi aider des
clients qui sont voisins du Québec à réduire leur empreinte carbone? La
réponse, c'est oui. Est-ce qu'Hydro-Québec doit davantage développer l'éolien,
le solaire, les hydroliennes? La réponse, c'est oui, Mme la Présidente. Donc,
Hydro-Québec est un phare, est un outil extrêmement important. Est-ce
qu'Hydro-Québec doit développer plus de recherches dans l'électrification des
transports? Est-ce qu'Hydro-Québec est, entre autres, responsable du
déploiement des bornes de recharge électrique pour les véhicules électriques,
pour la mobilité durable, pour l'électrification des transports dans leur
ensemble? La réponse, c'est oui. Partout où on va au Québec, dès qu'on parle
d'énergie, dès qu'on parle d'électricité, dès qu'on parle d'hydroélectricité,
dès qu'on parle d'énergie renouvelable, l'éléphant dans la pièce, c'est
Hydro-Québec, et c'est tant mieux, et c'est tant mieux.
Si ça n'avait pas été
de la pandémie, si ça n'avait pas été d'un changement majeur à la haute
direction d'Hydro-Québec, je n'aurais pas déposé cette motion-ci. Parce que
j'anticipe tout de suite, là, des interventions du gouvernement, comme ils nous
l'ont dit, sur l'UMQ : Ah! ils ont refusé de venir. Ah! c'était déjà Mme
Roy qui était présidente intérimaire de l'UMQ. Ça ne tient pas, ça ne tient pas
la route, parce qu'on est dans un tout autre contexte. Et, comme vous l'avez
vous-même reconnu, Mme la Présidente, par la brillante décision que vous venez de
rendre sur la recevabilité de la motion du député de Bourget pour stopper les
initiatives de l'opposition en matière de motion préliminaire, on est dans un
autre contexte, et il faut en tenir compte. On ne peut pas analyser et
commencer l'étude détaillée de ce projet de loi en faisant comme s'il n'y avait
pas eu de pandémie. Bon, déjà, en disant le mot, là, c'est gros, «pandémie». En
tout cas, moi, je n'ai jamais vécu ça de ma vie, puis il n'y a personne ici qui
avait vécu ça. Alors, il ne faut pas faire comme si ça n'existait pas.
Et des changements de direction chez Hydro-Québec,
aussi, c'est rare. Ça arrive plus souvent qu'une pandémie, mais c'est quand
même assez rare. Moi, ça fait 13 ans que je suis député, puis c'est
seulement le troisième P.D.G. d'Hydro-Québec. Alors, ça démontre que c'est
quand même des fonctions qui ne changent pas à chaque année. C'est des
fonctions très, très importantes quand on parle de la haute direction
d'Hydro-Québec.
Donc, on a une
conjonction d'éléments qui font en sorte que nous devrions entendre Mme Brochu,
qui ne fait pas qu'un suivi banal d'une gestion d'Hydro-Québec d'avant son
arrivée. Elle nous l'a dit elle-même à plusieurs reprises... quand je dis
«nous», c'est qu'elle l'a dit dans l'espace public, elle l'a dit dans des
entrevues, elle l'a dit lors de sa nomination, elle a une vision différente, et
je pense que c'est tant mieux.
D'ailleurs, moi, je
suis un de ceux — puis
je fais une petite parenthèse, là — qui pensent que, quand il y a
une nomination à un poste aussi important dans une société d'État, il devrait y
avoir une comparution devant une commission parlementaire, un peu comme ça se
fait aux États-Unis quand il y a des nominations de hauts dirigeants ou... Eux,
ils vont même jusqu'avec les juges, là. Mais, en tout cas, pour ce qui est
d'Hydro-Québec, il faudrait trouver un mécanisme pour qu'il y ait une
comparution devant les parlementaires sur les orientations puis sur la vision
d'une personne qui a un rôle aussi important au Québec et pour qui personne ne
vote, là, c'est une décision du gouvernement. Puis c'est correct, mais il faut
quand même qu'il y ait une reddition de comptes.
Donc, Mme Brochu
arrive à la direction d'Hydro-Québec après avoir passé 10 ans dans plusieurs
entreprises du domaine de l'énergie, notamment, évidemment, Gaz Métro, qui est
devenu avec le temps Énergir. Elle est devenue présidente et cheffe de
direction d'Énergir, qui est, comme vous le savez, le principal distributeur de
gaz naturel au Québec. Donc, Mme Brochu a une connaissance en matière
d'énergie. Je ne veux pas faire un débat ici sur le gaz naturel, ce n'est pas
la place, mais il reste que c'est quand même une personne qui a eu à développer
une expertise reconnue en matière d'énergie.
Énergir est un joueur
majeur, dans le secteur du gaz naturel mais dans d'autres secteurs également au
Canada, aux États-Unis. Ça veut dire que Mme Brochu connaît bien le monde
de l'énergie autour de nous et au Québec. Et elle a dit elle-même à plusieurs
reprises qu'elle voulait amener des changements significatifs chez
Hydro-Québec. Alors, je vous en nomme quelques-uns. Je vais vous dire quelques
déclarations... je vais vous citer, c'est-à-dire, quelques déclarations de
Sophie Brochu et de sa vision... qui annoncent, c'est-à-dire, sa vision dans le
contexte actuel.
Elle a dit, Mme
Brochu, que ce qu'on vit présentement, c'est une crise, évidemment, sans
précédent, qui va nous offrir la possibilité de faire des choses tout à fait
différentes. Alors, moi, considérant que le projet de loi n° 44 a un
impact sur les changements climatiques, sur la gouvernance en matière de
changements climatiques, sur la transition énergétique, avec l'abolition de
Transition énergétique Québec, TEQ, je pense qu'on ne peut pas faire autrement
que d'entendre Mme Brochu.
Je vais vous dire
quelques-unes de ses déclarations. Dans La Presse , le
1er avril 2020, puis ce n'est pas parce que c'est le 1er avril que
c'est une farce, là, donc elle nous dit, et là c'est une citation : «Toutes les cartes sont dans les airs et on ne sait pas de quoi demain
sera fait[...]. Ça peut-être un levier formidable, on va tous changer.» Donc,
c'est intéressant comme image, quand elle nous dit que toutes les cartes sont
dans les airs, là, hein, c'est... Quand j'étais
jeune, mon frère, qui était plus vieux que moi et qui voulait me taquiner, il
me disait : On va jouer à 52 ramasse. Il prenait des cartes,
je ne savais pas c'était quoi, puis il les lançait dans les airs, puis c'est
moi qui devais les ramasser. Alors, c'est un peu ça, là. C'est un peu l'image
que Mme Brochu nous dit. C'est que «toutes les cartes sont dans les airs [puis]
on ne sait pas de quoi demain sera fait».
Toujours dans cet
article de La Presse
du 1er avril, elle nous dit : «Ce n'est pas tellement le changement
que j'ai à coeur que l'innovation[...]. On va tous changer à cause de la crise
actuelle. Il y a des choses qui ne pouvaient pas avant et qui sont possibles
aujourd'hui.» Donc, une orientation très clairement vers l'innovation. C'est
très intéressant.
Lorsqu'elle avait quitté Énergir, en
octobre 2019, Mme Brochu avait dit qu'elle croyait que «toute organisation
a périodiquement besoin d'un regard nouveau à sa tête pour lui assurer un élan
continu et c'est ce qui motive ma décision». Alors, c'est intéressant. Si elle
a déjà dit ça, si elle pense ça, que toute organisation a un besoin périodique
d'un regard nouveau à sa direction, bien, moi, je souhaite voir sa vision,
justement. Dans un contexte où on adopte une loi qui n'est pas banale, qui
s'en va vers l'adoption d'une
loi sur la gouvernance en matière climatique — on
verra si elle sera adoptée, là, mais, en tout cas, le gouvernement est
majoritaire — je
pense que c'est important d'entendre Mme Brochu.
Lorsqu'elle est allée à Tout le monde en
parle , le 5 avril 2020, Sophie Brochu a mentionné qu'elle rêve
d'une dynamique fédératrice entre les provinces canadiennes où, en matière
d'énergie, c'est un peu l'Est contre l'Ouest. Alors, je pense que ça va être très intéressant de l'entendre là-dessus, moins
sur l'aspect du rêve d'une dynamique fédératrice mais plus sur la dimension des
énergies fossiles en provenance de l'Ouest versus les énergies
renouvelables que nous pouvons développer au Québec. Donc, est-ce qu'elle
envisage, par exemple, de développer des marchés d'exportation vers l'Ouest
canadien pour notre hydroélectricité? Vous comprenez que ce n'est pas petit,
comme proposition, que c'est majeur.
Donc, on a, avec Mme Brochu, une personne qui a
fait des déclarations qui indiquent clairement sa volonté de faire des
changements importants à la tête d'Hydro-Québec, et Hydro-Québec, je le répète,
comme je l'ai dit d'entrée de jeu, sera un joueur tout à fait important dans la
suite des choses en ce qui concerne les changements climatiques. Je pense que
vous en êtes tout à fait consciente, Mme la Présidente, je pense que le
président en est... c'est-à-dire le gouvernement en est conscient, également,
qu'on ne pourra pas envisager la suite des choses en matière de lutte contre
les changements climatiques sans un rôle, sans une contribution majeure d'Hydro-Québec.
Et il s'adonne qu'on a une nouvelle P.D.G. qui vient d'arriver et qui va avoir
un rôle tout à fait important à jouer.
Plus récemment, le 15 mai dernier, j'y
ai fait rapidement allusion tout à l'heure, on pouvait voir, dans La Presse ,
le
titre suivant : «En raison de la pandémie, Hydro-Québec met un frein à
ses ambitions internationales et consacrera plutôt ses efforts à la relance
économique du Québec.» Alors, vous comprenez que, dans un contexte d'adoption
d'une
loi sur la gouvernance en matière de changements climatiques, dans le
contexte également où le premier ministre s'est annoncé à plusieurs reprises,
publiquement, comme étant celui qui veut faire du Québec la batterie du
nord-est de l'Amérique, quand on a la P.D.G. d'Hydro-Québec qui croit qu'il
faut rediriger un petit peu les ambitions internationales vers la relance
économique du Québec, bien, il faut voir comment ça va se faire, comment ça va
s'articuler.
Alors, moi, j'aimerais bien, comme
parlementaire, questionner Mme Brochu, et ça influencerait de façon importante
mon analyse du projet de loi qu'on va entamer. J'aimerais savoir de sa part en
quoi, par exemple, l'efficacité énergétique, les
gains en efficacité énergétique, en réduction de la consommation au Québec,
peut contribuer, justement, à cette relance économique. Moi, je crois qu'il y a
un énorme potentiel là, qu'on a des Baie-James du Québec dans chacune de nos résidences, pour
réduire la consommation, des mini Baie-James qui, ensemble, votre résidence, les
résidences de chacun d'entre nous, ensemble, feraient une Baie-James en termes
d'efficacité énergétique et de gains à faire en termes de réduction de
consommation puis d'une meilleure efficacité.
Tout l'enjeu, aussi, des compteurs intelligents.
Je ne parle pas d'un conteur, là, comme Fred Pellerin, là, que je trouve très
intelligent puis qui est un conteur, mais je parle des compteurs d'Hydro,
intelligents, pour bien mesurer la consommation, être capable d'abaisser la
pointe, être capable de, par exemple, partir le lave-vaisselle la nuit, au
moment où il y a moins de consommation, plutôt que le matin, quand tout le
monde prend sa douche en même temps — «quand tout le monde prend sa
douche en même temps», je pense que vous comprenez ce que je veux dire, Mme la
Présidente, là, pas tous en même temps dans la même douche, mais dans des
différents endroits. Donc, être capable d'avoir un compteur qui va faire en
sorte qu'on va planifier une meilleure consommation de notre énergie pour être
capable de réduire la consommation de pointe pour être capable de mieux
consommer. Alors, moi, j'aimerais ça l'entendre là-dessus.
Et ça, ça va être des éléments clés de la
transition énergétique puis de la lutte contre les changements climatiques. Ça
fait que, quand on a une P.D.G. qui nous dit : On veut consacrer les
efforts d'Hydro-Québec à la relance économique du Québec, moi, je pense qu'on
ne peut pas ignorer tout le savoir-faire et tout le potentiel qu'on peut développer
autour de l'efficacité énergétique.
Bon, dans ce même
article du 15 mai, il est
mentionné que, parmi les projets de Sophie Brochu pour la suite des choses, il
y a, entre autres, l'élimination de la consommation inutile, c'est exactement
ce que je viens de vous dire, éliminer la
consommation inutile; production de l'électricité décentralisée, alors ça, c'est intéressant; développement des
batteries et de la domotique, ça revient à ce que je vous disais tout à l'heure;
les compteurs intelligents; la production d'hydrogène vert, ça aussi, c'est
très intéressant de l'entendre là-dessus. Elle a des bonnes références aussi,
Mme Sophie Brochu, parce que Robert Tessier, qui a été patron de Sophie
Brochu chez Gaz Métro, a dit d'elle qu'avec son arrivée à la tête de la société
d'État Hydro-Québec va changer et pour le mieux. Alors, je pense que c'est
important d'écouter cette référence.
Donc moi, je pense qu'avec toutes ces
propositions, avec cette vision, qu'elle n'a pas détaillée mais qu'elle a quand
même énoncée dans ses principes, ça serait très important d'entendre un peu
plus de précisions, entendre un peu plus de détails sur la vision de
Mme Brochu, où elle s'en va, comment elle entrevoit le rôle d'Hydro-Québec
dans un scénario où la loi présentée par le ministre serait adoptée. Je pense
qu'on ne peut pas faire l'économie de ce débat-là, d'avoir la vision de
Mme Brochu comme P.D.G. d'Hydro-Québec, qui sera là au moins pour quelques
années, donc elle aura à gérer Hydro-Québec dans un contexte où le projet de
loi du ministre sera adopté. Ça fait que je pense que
c'est important de savoir comment elle voit ça, donc c'est très important
d'entendre Mme Brochu. Si on ratait cette occasion, bien, je pense que les
Québécois auraient raison de dire qu'on ne va pas au bout de notre travail. Je
pense que les Québécois auraient raison de dire ça.
Puis l'objectif... je
veux qu'on me comprenne bien, là, mon objectif n'est pas de faire indirectement
ce qu'on ne peut pas faire directement. Dans le sens que je ne veux pas qu'on
transforme la commission parlementaire sur le projet de loi n° 44 en étude
des crédits où on va à la pêche et on essaie de mettre Mme Brochu en
boîte. Ou ce n'est pas non plus une audition d'Hydro-Québec devant la Commission
de l'administration publique. Ce n'est pas non plus une audition d'Hydro-Québec
devant la commission de l'énergie, sur sa gestion interne d'Hydro-Québec. Ce n'est pas non plus une audition d'Hydro-Québec
en lien avec un rapport du Vérificateur général, mettons, sur des constats sur
la gestion ou sur un audit de performance d'Hydro-Québec. Ce n'est pas ça,
l'idée. C'est vraiment d'entendre Mme Brochu sur sa vision quant
aux changements climatiques, quant à son rôle à l'intérieur de la nouvelle
gouvernance que veut implanter le ministre via le projet de loi n° 44.
Quand le ministre se
donne un pouvoir d'aviseur au sein du gouvernement, de l'appareil
gouvernemental, comment elle, elle va se positionner par rapport à ce nouveau
rôle? Comment, également, elle entend intervenir avec le ministre des
Ressources naturelles et de l'Énergie qui va récupérer, de façon
discrétionnaire, tous les pouvoirs qui sont présentement dévolus à Transition
énergétique Québec? Je pense que c'est important que Mme Brochu nous dise
ce qu'elle en pense, c'est quoi, sa vision par rapport à l'abolition de
Transition énergétique Québec.
Alors, si ça avait été dans un autre contexte, si,
admettons, Mme Brochu avait été nommée P.D.G. d'Hydro-Québec puis que le
projet de loi n° 44 n'aurait pas été à l'étude ou que le projet de loi,
c'est-à-dire, on... ou admettons qu'on ne serait pas dans un contexte de
pandémie et de crise économique qui nous pend au bout du nez, je n'aurais pas
le même discours. Je me dirais : On a reçu Hydro-Québec comme institution,
lors des auditions publiques. D'ailleurs, je me souviens que ça avait été un
peu décevant comme présentation — ça, c'est une autre affaire — ou,
en même temps, parce que ça avait été décevant, on a peut-être justement
l'opportunité de faire quelque chose de plus avec Mme Brochu, d'aller plus
loin.
Vous savez, hier,
j'ai eu l'occasion de dire qu'avec ce projet de loi là, dans le contexte
actuel, il faut faire comme un «reset», là, peser sur le piton. Je ne dis pas
qu'il faut recommencer tout à zéro. Je l'ai dit à plusieurs reprises, il faut
qu'on se donne un pas de recul pour avoir un regard neuf, renouvelé, sur la
situation. Et c'est encore plus vrai en ce qui concerne Hydro-Québec, c'est
encore plus vrai en ce qui concerne Hydro-Québec parce que, là, on a une
nouvelle P.D.G. dans un nouveau contexte.
Et moi, ça me donne
l'impression, comme parlementaire, là, que l'audition qu'on a faite avant la
pandémie avec Hydro-Québec est obsolète, ne veut plus rien dire. Je le dis en
tout respect pour les gens qui sont venus nous rencontrer, mais il y a trop de
changements. Je suis sûr qu'on serait autour d'une table à café avec les vice-présidents
d'Hydro-Québec qui étaient venus ici puis on dirait : Oui, quand vous êtes
venus, vous ne trouvez pas que la situation a changé? Puis à bras... je veux
dire, ouvertement, là, ils nous le diraient, je suis convaincu de ça. Personne
ne peut nier le fait qu'on a quand même deux éléments importants, là, qui sont
tout à fait nouveaux. Et je suis sûr que les gens d'Hydro-Québec, qui sont des
professionnels, qui sont des gens qui croient au Québec, qui sont des gens qui
croient à leur production énergétique, qui croient que le Québec a le droit
d'avoir de l'ambition en matière de ressources renouvelables, en matière
d'énergie renouvelable, qu'il a le droit d'avoir de l'ambition en matière
d'innovation, comme dit Mme Brochu, je pense que tout ce monde-là
dirait : C'est vrai, il faut faire un petit pas de côté, il faut peser sur
«reset», là, avant d'aller plus loin sur l'étude du projet de loi n° 44.
Alors moi, c'est pour
ça, je le propose. J'ai hâte d'entendre le gouvernement là-dessus, sur cette
proposition-là, le ministre en particulier, parce que, comme ministre, il a
contribué à la nomination de Mme Brochu, là. Je veux dire, c'est une
décision du Conseil des ministres. Alors, c'est sûr qu'il y a contribué, puis
il y croit, puis il est d'accord avec ça. Alors moi, j'aimerais ça qu'il nous
dise s'il pense que c'est une bonne idée de la recevoir ici.
Moi, je suis prêt à regarder pour les modalités,
hein, je veux dire, Mme Brochu, elle doit avoir un horaire assez
compliqué. Donc, tu sais, est-ce qu'elle peut venir la semaine prochaine, avant
la fin de la session, un trois quarts d'heure, un une heure? D'ici
là, pour ne pas perdre de temps, moi, je serais prêt à ce qu'on procède sur le projet
de loi, qu'on essaie d'avancer un peu, quitte à ce qu'on reçoive
Mme Brochu, éventuellement, avant la fin de la session. Moi, je suis sûr
qu'il y a du monde à Hydro-Québec présentement qui nous écoutent, là, puis ils
sont en train de préparer ça. Alors, je pense que ça serait important de
recevoir, effectivement, Mme Brochu ici et de l'entendre sur sa vision des
changements climatiques.
D'autant plus qu'en
soi, en soi, ça serait même, sans projet de loi n° 44 sur le tableau de
bord, ça serait même, en soi, un beau mandat d'initiative d'une commission
parlementaire comme la nôtre ou comme une autre de dire : On se saisit d'un mandat pour entendre la vision de
Mme Brochu par rapport aux changements
climatiques. C'est tellement gros, les risques, et les conséquences, et
l'adaptation qui viennent avec les changements climatiques, que c'est tout à
fait opportun d'entendre Mme Brochu.
Donc, quand on réduit un peu le spectre ou
l'entonnoir, là, puis qu'au lieu d'une vision plus large on travaille sur le projet de loi n° 44, bien, ça devient encore plus pertinent de
l'entendre. Puis imaginez, imaginez le focus que ça mettrait sur le projet de loi du ministre. Dans
le fond, moi, je lui donne une belle
plateforme, là, je lui lance un ballon de plage, il a juste à le saisir pour
montrer comment son projet de loi est important. Vu que Mme Brochu n'a pas
encore été en commission
parlementaire pour les raisons qu'on
connaît, si elle venait ici pour se prononcer sur le projet de loi n° 44, ça donnerait l'occasion de mettre vraiment
le focus sur un projet de loi que, moi, je considère majeur.
Je ne suis pas d'accord,
vous le savez, avec plusieurs éléments du projet de loi, mais je le considère
majeur en soi à cause de son objectif qui est d'arriver, maladroitement, ça,
c'est une autre affaire... mais d'arriver maladroitement avec une gouvernance
sur les changements climatiques. Pour moi, c'est un projet de loi majeur. Il
pourrait être encore plus majeur si on avait un budget carbone, si on
inscrivait dans la loi les cibles, mais bon, ça, c'est un autre débat. Mais il
reste qu'en soi c'est un projet de loi majeur, que je pense qu'il devrait être
encore plus présent dans l'actualité, malgré le fait qu'on parle juste et
presque exclusivement de la COVID. Donc, il faudrait que le projet de loi soit
plus dans l'actualité. Bien, moi, je pense qu'un témoignage puis une
comparution de Mme Brochu à cette commission sur le projet de loi
n° 44 contribuerait à mettre, justement, plus de lumière sur le projet de
loi n° 44 et sur les changements climatiques.
Alors, à un moment donné, là, dans la vie
politique et parlementaire, il faut être capable de saisir les occasions. Puis
là on en a une belle, occasion, qui est de dire : Bien, on va demander à
Mme Brochu de venir témoigner. On fait une pierre deux coups : on
entend Mme Brochu sur le fond des choses puis, en même temps, on met un petit peu plus sur un piédestal le projet de loi n° 44. Alors, moi, je pense qu'on a vraiment une
occasion, là, à ne pas manquer en cette matière et je plaide pour que
Mme Brochu vienne. Elle pourra être accompagnée de qui elle le veut. Je
sais qu'il y a du monde compétent, entre autres, aux relations publiques d'Hydro-Québec,
qui sont chefs des relations publiques, qui vont sûrement être capables de bien
travailler un bon discours sur les orientations, sur la vision de
Mme Brochu, et ça nous permettrait, nous, comme parlementaires, de
l'entendre.
Alors, je ne veux pas être trop long, je veux
juste vous dire que moi, je crois que ça serait très intéressant, très
important. J'aimerais ça entendre mes collègues sur le même sujet et, bien
entendu, le ministre lui-même, et les membres du gouvernement. Et moi, je suis ouvert à voir le meilleur moment
pour l'entendre. Si on veut avoir une belle présentation, il faut lui donner un
petit peu de temps, et je pense que ça serait intéressant qu'on puisse
l'entendre ici. Alors, c'est la proposition qu'on fait, Mme la
Présidente.
Et il y a un bout, là, à un moment donné, dans une
décision... puis, je pense, vous l'avez mentionné tout à l'heure, quand vous avez commencé
avec votre décision, vous avez dit : Il appartient aux parlementaires de
convaincre leurs collègues de la pertinence d'une motion. Bon, bien, je pense
que j'ai bien plaidé pour que cette motion soit adoptée. Et pour en être sûr
que j'ai bien plaidé ou, à tout le moins, pour être capable de travailler sur
l'argumentaire, moi, j'aimerais entendre le ministre pour savoir ce qu'il a à
dire là-dessus et de savoir s'il est d'accord pour entendre Mme Brochu
autrement que derrière des portes closes. Sûrement qu'ils se sont parlé, en
tout cas, j'espère qu'ils se sont parlé. Mais ça, une conversation privée par
Zoom — autant
que Zoom peut être privé — ou
par téléphone...
<R>17827 La Présidente
(Mme Grondin) :
M. le député, votre temps est écoulé. Y a-t-il d'autres interventions? Mme la
députée de Maurice-Richard.
Mme Montpetit : Je vous
remercie, Mme la Présidente. Quelques mots, peut-être, avant de réagir à la
motion qui vient d'être déposée par le député de Jonquière, simplement pour
vous remercier de la sagesse de votre décision. Il faut le réaliser, à chaque
fois qu'il y a une décision qui est prise par un président ou une présidente de
commission, ça s'ajoute à la jurisprudence que l'on reçoit, chacun d'entre
nous, vice-présidents et présidents, dans nos bureaux, donc c'est dire jusqu'à
quel point, justement, ça vient tracer les jalons de la suite des décisions et
de la suite de nos travaux comme parlementaires.
Je pense que non seulement le fait, et je le
répète, qu'on soit quatre groupes parlementaires, dorénavant, autour de la
table, ça vient changer considérablement la donne dans la législature dans
laquelle on est et ça a amené plein de changements au salon bleu quand on est
revenus, au début de la 42e législature, mais ça doit également changer
nos façons de travailler ici, lors des commissions et des études de projets de
loi. Et le fait aussi que vous ayez mentionné que vous avez pris en compte la
situation, le contexte dans lequel on se retrouve, de pandémie, le fait que la
dernière fois qu'on ait siégé, la seule séance, en fait, qu'on a eue, qui était
le 19 février, si ma mémoire est bonne, donc il y a deux mois et demi...
le fait qu'il y a eu une pandémie entre-temps, le fait qu'on soit toujours dans
un contexte très particulier qui vient non seulement changer la façon dont on
travaille, le rythme dans lequel on le fait, mais aussi qui va avoir des
impacts sur la situation de la gouvernance du climat, dans le fond...
Donc, je suis fort heureuse que vous ayez tenu
compte de ces éléments-là et que vous ayez eu la même lecture qu'on le faisait,
à tout le moins, mon collègue de Jonquière ainsi que mes collègues de
D'Arcy-McGee, de Jacques-Cartier... — j'allais dire «Jacques-Cartier», je suis
tellement habituée de le dire comme ça — de Jacques-Cartier, pardon, et de Nelligan,
qui sont intervenus également en ce sens. Donc, je vous remercie pour
votre décision. C'est sûr que, nous, ça nous donne une possibilité de continuer
de travailler en ce sens, et j'espère que le ministre aura entendu aussi cet
élément-là dans votre argumentaire, à savoir qu'on est dans un contexte différent.
Et je
continue de penser également qu'il y a un travail qui doit être fait. Est-ce
que c'est un pas de recul? Est-ce que c'est une réécriture? Est-ce que c'est
une considération des éléments de son projet de loi? Mais effectivement
il faut qu'on puisse revenir aujourd'hui et recommencer exactement comme s'il
ne s'était jamais rien passé dans les deux mois et demi. Donc, j'espère que le
ministre reprend acte également de vos commentaires dans une considération plus
large. Concernant la motion du député de Jonquière, j'y suis tout à fait
favorable.
Je vais en profiter également, comme je n'ai pas
eu l'occasion de le faire formellement ici, à l'Assemblée... mais également
pour féliciter Mme Brochu, première femme à la tête d'Hydro-Québec. Ce
n'est vraiment pas rien. Et je la félicite, j'en profite maintenant pour le
faire. Félicitations, Mme Brochu. C'est un mandat extrêmement important, mais c'est un autre plafond de verre qui est
repoussé ou qui est brisé et c'est des modèles extrêmement... Moi, qui suis
maman d'une petite fille, je dois avouer qu'à chaque fois que je vois des
nominations comme ça je pense que c'est tout un propos et tout un message
extrêmement importants. Et surtout qu'elle a une carrière professionnelle,
derrière ça, qui était déjà bien remplie. Alors, je la félicite, et je nous
félicite, et je félicite le gouvernement aussi pour l'audace qu'ils ont eue
d'aller de l'avant avec cette nomination qui s'imposait, ceci dit, bien
naturellement, justement, par sa carrière professionnelle.
Donc, je reçois la
motion du député de Jonquière bien positivement puis je le rejoins dans...
j'allais dire la quasi-totalité, mais probablement la totalité des éléments
qu'il a mis de l'avant, à savoir... Et puis c'est ce qu'on soulève comme
argument, pour les motions qu'on a déposées hier, et c'est ce que vous avez
souligné dans votre argumentaire de votre décision, c'est justement qu'on est
dans un contexte qui est différent et que la crise sanitaire dans laquelle on
est toujours est venue considérablement changer la donne, la crise économique à
laquelle on est confrontés et éventuellement la crise de finances publiques.
Donc, j'aimerais qu'on puisse continuer de dire : Ça va bien, ça va bien,
ça va bien, mais non, ça ne va pas bien, et il y aura des conséquences, à moyen
et à long terme, de la crise dans laquelle on est présentement. Et il faut en
prendre acte puis il faut tenir compte de ces éléments pour justement avoir des
considérations différentes et une façon, un paradigme différent de travailler
que celui qu'on avait avant la crise.
Et je rejoins
pleinement le député de Jonquière quand il disait que c'était très obsolète,
dans le fond. Oui, Hydro-Québec a eu la chance ou le privilège... ou, en tout
cas, ils sont venus en consultation. Plusieurs choses à dire là-dessus, sur le
fait qu'effectivement cette présentation-là, elle est obsolète pour plein de
raisons. C'est une nouvelle P.D.G. qui est en
place, qui a certainement une... qui a une nouvelle vision, parce qu'elle l'a
exprimé publiquement à plusieurs reprises. Il y a eu une pandémie, entre-temps,
il y a une crise économique, il y a une crise des finances publiques. Donc, je
pense que toutes ces considérations-là font que la présentation qui a été faite
est caduque aujourd'hui.
Ceci dit, aussi, je
pense qu'on l'avait tous souligné à l'époque, on était déçus de la présentation
qui a été faite par les représentants d'Hydro-Québec et qui était
malheureusement bien, bien mince aux considérants du rôle qu'ils jouent au
Québec dans la lutte aux changements climatiques et aux considérants de
l'importance du projet de loi en termes des impacts qu'il va avoir sur la
gouvernance climatique. Ceci étant dit, tu sais, toutes choses étant égales par
ailleurs, si la situation avait continué... Évidemment, je ne pense pas que le
député de Jonquière serait revenu avec une motion pour entendre Hydro-Québec
sur la simple base que leur première présentation n'était pas satisfaisante. Le
propos n'est pas là, et ce n'est pas ce que j'ai entendu, et ce n'est pas non
plus l'angle dans lequel je reçois cette motion-là, mais c'est vraiment dans
les considérations qu'il y a une nouvelle P.D.G., il y a une situation qui est
complètement différente, et, dans ce contexte-là, on doit lui donner
l'opportunité et on doit se donner l'opportunité de l'entendre.
Et, quand je dis que
la situation est complètement changée, aussi, tu sais, je vous donne un
exemple. Je voyais que les ventes des droits d'émission aux enchères du marché
du carbone, le 20 mai dernier, c'est seulement 30 % des unités qui
ont été mises en vente qui ont été vendues, 70 % des unités sont restées
sur les tablettes. Donc, les recettes du Fonds vert, elles sont moindres,
considérablement moindres, pour financer la transition énergétique, la lutte aux
changements climatiques. On aura l'occasion, j'imagine, d'entendre le ministre
sur comment il entend compenser cette perte de revenus, mais ça, je suis
certaine que ça a un impact direct dans les objectifs que s'était fixés le
ministre de l'Environnement et ça va avoir un impact dans la lutte aux
changements climatiques, également, à moins qu'il y ait une compensation qui
soit faite par le gouvernement d'une autre façon. Et donc c'est pour marquer un
peu le fait... à quel point, justement, la crise actuelle a des impacts
importants et vient vraiment changer la donne sur le projet.
Et, quand je dis «la pertinence de recevoir
Hydro-Québec», tu sais, j'en reviens au projet de loi, qui s'appelle quand même
Loi visant principalement la gouvernance efficace de la lutte contre les
changements climatiques et à favoriser l'électrification. J'en profite
quand même pour rappeler, puis ça, on y reviendra en temps et lieu... mais
qu'il y a quand même plusieurs experts qui sont venus nous rappeler que
l'électrification n'est pas un objectif en soi, c'est un outil pour parvenir,
justement... c'est un outil dans la lutte aux changements climatiques. Mais il
reste que, dans le projet de loi du ministre, dans le
titre même, on parle
d'électrification, c'est un terme qui revient à plusieurs reprises dans le
projet de loi. Le premier ministre en a parlé à plusieurs reprises,
effectivement, il parlait de faire du Québec la batterie verte de l'Amérique du
Nord. Donc, dans ce contexte-là, je vois mal comment on pourrait se priver d'un
joueur aussi important qu'Hydro-Québec, avec une nouvelle P.D.G., avec une
nouvelle vision.
Dans les éléments, aussi, qui ont fait l'actualité
dernièrement, puis peut-être que ça... je le porte à votre attention, si vous
ne l'avez pas vu, compte tenu que l'actualité est bien chargée avec la crise
sanitaire, mais Hydro-Québec, le 26 mai dernier, émettait un communiqué
pour réagir à une décision de New York, là. Pour vous faire une histoire
courte, le gouverneur Cuomo, dans le fond, annonçait, le 26 mai dernier,
une série de mesures pour relancer l'économie de l'État de New York. Et, dans
cette série de mesures, il y avait notamment la construction accélérée d'une
ligne de transport d'électricité entre le Canada et la ville de New York. Et ce
qu'Hydro-Québec, en fait, souligne ou... je ne dirais pas critique, mais
souligne, dans son communiqué de presse, c'est le fait que l'Independent Power
Producers of New York, donc, j'imagine, l'équivalent, un peu, d'Hydro-Québec...
Bien, c'est le regroupement... Non, c'est le regroupement des producteurs
indépendants d'électricité de l'État. Dans le fond, eux ont mis en doute la
valeur du projet d'infrastructure d'énergie propre. Donc, c'est sûr que, dans
ce contexte-là, ça a un impact direct sur les projets du gouvernement et sur
les projets... et sur notre capacité, comme État québécois, à exporter
l'électricité vers nos voisins du Sud.
Et, quand Hydro-Québec réagit — c'est il y a moins d'une semaine — sur ces questions-là, quand le regroupement
des producteurs indépendants en électricité de l'État de New York soulève
des... met en doute la valeur d'un projet qui va venir nous toucher
directement, qui concerne directement Hydro-Québec, et que le projet de loi du
ministre touche directement la question de l'électrification, je pense que,
seulement pour cette raison-là, on doit absolument donner la parole à
Hydro-Québec pour qu'ils viennent nous présenter les enjeux actuels. Parce que
les enjeux ne sont pas limités aux frontières du Québec. Ce qui se passe aux
États-Unis, ce qui se passe en Ontario, ce qui se passe dans le reste du Canada
va forcément venir toucher la capacité du Québec à exporter l'électricité. Et
donc, dans le grand plan d'électrification, je pense qu'il y a des éléments qui
doivent être portés à notre attention, sur lesquels... En tout cas, moi,
j'aurais beaucoup de questions à cet effet-là pour pouvoir avancer davantage
dans la même direction que le ministre dans son projet.
Aussi, on a
parlé de toute la question de l'efficacité énergétique. Moi, j'avais
questionné, à l'époque, Hydro-Québec sur ces éléments-là. C'est quelque chose à
laquelle je crois fondamentalement. Il faut se rappeler que, lors de leur
présentation, justement, quand ils nous avaient répondu, ils nous
avaient bien souligné que la capacité actuelle du Québec ne permet pas
d'électrifier tout le Québec. Donc, je pense que ça, c'est un élément important
quand on est en train de travailler un projet de loi dont le coeur du projet de
loi présenté par le ministre parle de favoriser l'électrification. Et, déjà, on
était dans ce contexte-là, lorsqu'ils nous ont fait leur présentation, et là on
est dans un contexte qui est encore plus différent. Donc, on peut imaginer que
la situation ne s'est probablement pas améliorée en ce sens.
Mais en même temps, la nouvelle...
Mme Brochu a exprimé à quelques reprises sur la place publique sa vision
par rapport à l'autonomie énergétique, qui va vraiment dans le sens, à moyen,
long terme, de nous affranchir de notre dépendance aux énergies fossiles. Donc,
c'est certainement une vision qui est très, très, très utile et très
pertinente, lorsqu'il est question de gouvernance énergétique au Québec, et
c'est fondamentalement le coeur du projet de loi qui nous est présenté par le
ministre.
Et il y a aussi l'élément — puis
moi, ça, j'avais noté la même chose que le député de Jonquière — qu'elle
a mentionné à plusieurs reprises, Mme Brochu, qu'Hydro-Québec allait
consacrer ses efforts à la relance économique du Québec. Et on a tout un défi
devant nous comme société pour, une fois que la crise sanitaire sera terminée...
bien, même, je veux dire, parallèlement à la crise sanitaire, en fait — je
devrais le dire de cette façon-là — pour s'assurer que les
mesures de relance économique soient au rendez-vous. Donc, c'est un joueur
majeur. C'est un joueur majeur qui a déjà affirmé, justement, qu'il allait
participer à cette relance économique. Et je trouverais bien dommage qu'on se
prive de l'entendre.
Et je vais redemander, comme je l'ai fait dans
les autres motions, et j'espère que cette fois on aura un petit peu plus de
succès, que... je vais redemander au ministre que, s'il devait d'aventure voter
contre la motion, la refuser, la décliner, décliner qu'on entende
Mme Brochu, ou Hydro-Québec, ou un représentant, avec la nouvelle vision,
avec le nouveau plan qu'ils sont en train de mettre en place, j'aimerais qu'il
nous explique ses raisons. Parce qu'on aurait eu le temps, hier, d'entendre
tous les groupes qui ont été présentés. Donc, on pourrait avancer beaucoup plus
rapidement, en fait, si on avait une façon autre de fonctionner, aussi, et si
on s'entendait, comme c'était proposé, d'identifier certains groupes, certains
acteurs majeurs à la lumière de la crise dans laquelle on est, qu'on s'entende
là-dessus tout de suite et qu'on puisse enfin avancer, qu'on puisse procéder et
qu'on reprenne les travaux beaucoup plus rondement mais en tenant compte du
contexte.
Donc,
j'espère, bien, de un, qu'il sera favorable. Moi aussi je rejoins le collègue
qui dit que, quand on a une nouvelle P.D.G. comme ça, d'une instance
aussi importante, d'une organisation aussi importante, qui est nommée au
Québec, on devrait l'entendre sur sa vision. Bien là, on a une occasion de
l'entendre mais surtout de l'entendre pour nous aider à avoir une lecture
juste, bien, l'entendre sur le projet de loi, sur
la gouvernance climatique, mais avoir une lecture juste, aussi, de son point de
vue, de la situation internationale, de la situation nord-américaine au
niveau de l'électrification. Et, dans un
projet de loi, je le répète, qui porte sur l'électrification, je vois mal
comment on pourrait se priver de cette lecture fort pertinente de l'acteur
majeur dans ce domaine. Merci, Mme la Présidente.
La Présidente
(Mme Grondin) : Merci, Mme la députée. Y a-t-il d'autres
interventions? Mme la députée de Mercier.
Mme Ghazal : Merci. Merci, Mme
la Présidente. Moi aussi, je voudrais tout d'abord vous remercier pour votre
décision, c'est vraiment apprécié, parce que vous permettez de cette façon-là
de favoriser le débat, un débat qui soit public et transparent. Et ça, c'est
vraiment à souligner, c'est très important, je vous en remercie sincèrement.
Par rapport à la motion du député de Jonquière,
j'y suis aussi favorable, j'y suis favorable parce que, comme on l'a mentionné,
les choses ont changé, puis c'est très important, dans l'étude du projet de loi
n° 44, qu'on entende le plus d'acteurs possible. On en a entendu avant la crise de la COVID, les choses ont évolué. Et,
même si Hydro-Québec était venue présenter, même, un mémoire, bien, je
trouve que c'est quand même... probablement qu'il serait différent, il
serait différent à cause de la crise de la COVID et aussi parce qu'il y a une
nouvelle personne qui est à sa tête, et c'est Mme Brochu.
Je trouve aussi intéressante, et j'invite le
ministre aussi à y réfléchir, l'idée de dire : Bien, continuons l'étude du
projet de loi, l'étude détaillée. Moi, j'ai très hâte, moi aussi, comme le
ministre, de faire cette étude-là, d'amener les amendements. J'en ai plein, je
pense que, lui aussi, il en a plusieurs, il nous l'a annoncé, et j'ai très hâte
aussi de les entendre. Donc, peut-être que l'idée de
dire... bien, au lieu de dire : Ah! mais on n'a pas le temps d'attendre et
d'entendre d'autres intervenants, il faut étudier le projet de loi, peut-être
qu'on peut faire les choses différemment que d'habitude, puis de commencer
l'étude détaillée, puis éventuellement,
quand ça sera possible, d'entendre certains intervenants. Pourquoi ne pas
innover et faire toujours les... puis ne pas toujours faire la même chose que
ce qu'on a fait précédemment? Ce serait quelque chose qui serait peut-être...
que j'inviterais le ministre à regarder et à réfléchir.
Et d'ailleurs, pour Mme Brochu, on était
supposés, moi, en tant que porteuse du dossier sur l'énergie... Si on avait eu
l'étude des crédits... L'année passée, on avait entendu... à côté du ministre
de l'Énergie et des Ressources naturelles, il y avait aussi le P.D.G.
M. Éric Martel, qui était présent, et on a pu lui poser des
questions. Cette fois, si ma mémoire est bonne, je pense que la nomination de
Mme Brochu s'est faite... on aurait pu l'entendre, je pense, quand elle a
été nommée, lors de l'étude des crédits. Et évidemment cette occasion-là n'a
pas pu avoir lieu à cause de la crise et de l'arrêt des travaux parlementaires,
donc c'est une occasion manquée. Là, ici, c'est une autre occasion de
l'entendre. Je sais que, dans le futur, il va y en avoir probablement d'autres,
ne serait-ce que l'année prochaine, pour l'étude des crédits ou d'autres
commissions, mais ça serait une belle occasion de l'entendre.
Évidemment, comme ma collègue la députée de Maurice-Richard, moi aussi, je souligne aussi le fait qu'elle
est la première femme à la tête d'Hydro-Québec. Et c'est toujours intéressant
puis très important pour nous, en tant que femmes, de... et aussi, je suis certaine, pour les hommes aussi de dire... bien,
de souligner les femmes qui réussissent à défoncer le plafond de verre. On est
encore dans nos premières — la première mairesse de Montréal, première P.D.G.
d'Hydro-Québec — on est
de plus en plus dans des premières, puis éventuellement il y en aura de
plus en plus, et c'est quelque chose d'important à souligner.
J'ai lu aussi tout le portrait qui a été dressé
de Mme Brochu, qui est très, très connue à cause de Gaz Métro et
Énergir, plus tard, donc, sa vision personnelle aussi, ses qualités
personnelles, son ambition, probablement, pour Hydro-Québec. Mais on n'a pas
plus de détails sur sa vision par rapport à la réduction des gaz à effet de
serre. Évidemment, comme tout le monde, elle constate que la question des
changements climatiques est primordiale et importante, et on doit s'en occuper, et elle est consciente aussi qu'Hydro-Québec en
tant que société d'État qui produit une énergie propre, en tout cas, plus
propre que d'autres — plus
propre que le gaz naturel, ça, c'est clair — qui est une vraie énergie de transition, eh
bien, c'est quand même... Même si elle le dit puis elle en est consciente,
de façon plus détaillée, qu'est-ce qu'elle pense de ce projet de loi, bien, ça,
on ne l'a pas. Puis ça serait une occasion aussi de l'avoir et aussi de savoir
comment est-ce que sa vision pour Hydro-Québec pourrait bénéficier aux
Québécois dans leur ensemble. Parce que cette énergie nous appartient
collectivement, à tout le monde, et donc, c'est une société d'État, ce qui
n'était pas le cas, évidemment, d'Énergir. Donc, c'est aussi intéressant
d'avoir sa vision sur comment est-ce que ça peut avoir un apport pour tous les
Québécois, peu importe qui ils sont.
Moi, lors de l'étude détaillée du projet de loi
n° 34, contre lequel on a voté, ma formation politique, les oppositions
ont voté, une de nos inquiétudes, c'était le fait qu'il y ait moins, si on
veut, de surveillance des décisions d'Hydro-Québec, pas uniquement pour la
question de l'énergie puis toutes les questions économiques, mais aussi de
s'assurer que tous les Québécois ne puissent pas être lésés par les décisions
qui sont prises par Hydro-Québec. Bien, le fait que la Régie de l'énergie ne
puisse plus avoir droit de regard, ou, en tout cas, moins qu'avant, bien, ça
pouvait avoir un impact sur les Québécois. Donc, c'est très important que le
P.D.G. de cette société d'État ait aussi cette vision de comment est-ce que ça
peut... ses décisions peuvent bénéficier à tous les Québécois, puisque c'est
une énergie qui nous appartient, peu importe leur statut social, leur revenu,
etc. Et puis ça, c'est quelque chose qui est regardé par la Vérificatrice
générale, mais c'est important aussi que la P.D.G. nous dise comment est-ce
qu'elle entend s'assurer de ça.
C'est sûr que le plus qu'on puisse entendre des
gens... Même, on a évoqué hier de réentendre les personnes qui étaient venues
avant, en commission parlementaire, c'est-à-dire lors de la précédente étape où
est-ce qu'on entendait les différents intervenants. Leur vision a changé,
peut-être qu'elle s'est encore plus raffermie pour dire : Bien, on a
encore plus besoin d'une loi climat, ou : De quelle façon, est-ce que le
projet de loi n° 44 pourrait réellement faire face à la crise climatique
dans le nouveau contexte? Et, dans le contexte de la relance économique, aussi,
qui va être importante, quel genre de relance on doit faire? Et peut-être que
le projet de loi n° 44 est une opportunité pour que la relance économique
qu'on fasse, bien, qu'elle soit réellement verte, pas juste dans les mots, mais
pour vrai, réellement, et que toutes les actions du gouvernement qui soient
faites, bien, ne soient pas annulées par d'autres décisions qui vont augmenter
les émissions de gaz à effet de serre parce qu'on se dit : Bien là, en ce
moment, on a une urgence, le taux de chômage élevé, il faut qu'on fasse la
relance économique rapidement. Puis on finit souvent, quand on ne prend pas un
moment de réflexion, par faire exactement ce qu'on a fait dans le passé. Et,
dans le passé, évidemment, c'est des infrastructures dans les routes, etc.,
mais il y a peut-être une autre sorte de relance économique qu'on peut faire.
Et toute la société veut être impliquée dans
cette discussion-là, il ne faut pas que ça soit fait uniquement par le
gouvernement. Aujourd'hui, il y a eu Le Pacte qui a sorti 101 idées pour
comment faire une relance économique qui tienne compte de tous ces aspects :
l'environnement, les changements... la crise climatique, aussi toute la société
dans son ensemble et la crise sociale qu'on va vivre. De quelle façon est-ce
que cette relance économique doit être faite en ayant en vue tous ces
éléments-là? Puis, ce n'est pas le seul groupe. Il y a eu aussi le groupe des
15, il y a eu des gens... c'était au mois d'avril, si ma mémoire est bonne, où
il y a des gens du milieu syndical, du milieu patronal, de différents milieux,
qui se sont mis ensemble puis qui ont dit : Nous aussi, on veut contribuer
à cette relance et on veut avoir droit au chapitre. Et ça, ça doit être fait
par un débat public et non pas uniquement derrière des portes closes, où le
gouvernement sait vers où on s'en va, puis sans consultation. Et là, ici, c'est
une opportunité pour l'entendre et entendre aussi d'autres groupes.
Donc moi, j'aimerais que
le ministre aussi nous rassure sur le fait que sa pensée a évolué, comme tous
les autres groupes, probablement, et c'est pour ça qu'on demande, là, peut-être,
si le ministre va prendre la parole sur cette motion-là d'inviter Hydro-Québec.
Il va nous dire : Bien, Hydro-Québec est déjà venue, on n'est pas pour
réinviter encore le même groupe. Ça, c'est une raison que moi, j'appellerais
technique. On n'est pas obligés, parce qu'on a dit qu'un groupe est déjà venu,
de dire : Ah! bien, ils sont déjà venus, donc pourquoi les faire revenir?
Ça pourrait se tenir en temps normal, mais pas quand on a eu toute cette
crise-là, cette pandémie-là, celle qui nous est tombée sur la tête. On ne peut
plus dire la même chose. Donc, peut-être nous rassurer pourquoi on n'a plus
besoin d'entendre aucun groupe sur ce projet de loi n° 44, mais que sa
vision, elle, par exemple, tient compte de la crise de la COVID et de quelle façon.
Sans nous annoncer tout de suite ses amendements, peut-être nous dire quels
sont les éléments sur lesquels sa pensée a évolué.
Est-ce que c'est, par exemple, sur TEQ? Est-ce
que, par exemple, sur Transition énergétique Québec, contre lequel son abolition...
Tous les partis d'opposition s'opposent à son abolition. Il y a eu plein de
groupes qui disaient : On ne comprend pas pourquoi. Peut-être que sa
réflexion a évolué par rapport à Transition énergétique Québec. Peut-être que sa position, aussi, a évolué sur d'autres
éléments du projet de loi, sur le groupe d'experts. Est-ce qu'il y a une ouverture, par exemple, sur
le groupe d'experts, la façon que le président ou les membres sont nommés? En
ce moment, c'est le ministre qui décide qui va être nommé autour de la table,
le ministre peut avoir cette prérogative. Mais comme... beaucoup de groupes lui
ont conseillé que ce soit, par exemple, l'Assemblée nationale, qu'elle puisse
avoir un droit de regard ou, comme on le fait pour d'autres postes, qu'il soit
nommé aux deux tiers. Donc, peut-être que sa pensée a évolué. Juste nous
indiquer les éléments, sans nous dire exactement... le fait qu'il voudrait
inclure, aussi, des cibles, nous indiquer quels sont les éléments sur lesquels
sa pensée a évolué, peut-être pour nous rassurer et nous expliquer pour quelle
raison on n'a plus besoin de voir d'autres groupes.
Donc, j'aimerais que le ministre, s'il refuse
cette motion-là, bien, peut-être qu'il nous en dise un peu plus que ce qu'il
nous a dit hier, pour nous rassurer puis nous permettre aussi d'avancer. Puis
aussi je l'invite à nous dire qu'est-ce qu'il pense de cette idée d'avancer sur
le projet de loi, sur l'étude détaillée, puis peut-être d'entendre des groupes,
un peu plus tard. Même si ce n'est pas habituel, c'est quand même intéressant
d'avoir des idées innovantes. Et qu'est-ce qu'il en pense? Il pourrait peut-être
nous en dire davantage.
Donc, voilà.
Donc, moi, je vais appuyer la motion d'inviter Hydro-Québec, la motion du
député de Jonquière. Merci,
Mme la Présidente.
La Présidente (Mme
Grondin) : Merci, Mme la députée. Je vois
que le... oh! deux députés, donc je vais aller par ordre alphabétique de comté.
Donc, le député de Jacques-Cartier.
M. Kelley : Merci, Mme la
Présidente. C'est sûr que, dans le contexte présentement, beaucoup des... ont
changé. Puis une chose que j'ai trouvée intéressante, après que le député de
Jonquière ait déposé sa motion, j'allais regarder sur le site d'Hydro-Québec pour
juste voir un petit peu ce qui se passait pendant les deux derniers mois, c'est
sûr que Mme Brochu a été nommée, et ça, c'est une excellente, formidable
nouvelle pour le Québec. Et j'ai vu aussi un communiqué de presse sur la
situation difficile pour Hydro-Québec depuis le début de la crise. Et je veux
juste citer le communiqué de presse d'Hydro-Québec : «Sur le marché du
Québec, les ventes nettes d'électricité ont diminué de [100] millions de
dollars par rapport à celles du premier trimestre de 2019.» Les raisons qui
sont citées pour cette baisse résultent «principalement de l'effet conjugué de
deux facteurs. D'une part, les ventes d'électricité ont reculé de
243 millions de dollars du fait surtout des températures douces de
l'hiver». Alors, c'est une bonne chose pour la population du Québec, on n'a pas
eu un hiver qui était trop froid, mais quand même c'était l'enjeu pour
Hydro-Québec.
Un autre facteur, c'était aussi la demande de
base, notamment pour le secteur des grands clients industriels, et ça, c'est
évident à cause du fait qu'on a eu une pandémie, puis l'économie était pas mal
arrêtée. D'une autre part, les achats externes d'électricité d'Hydro-Québec
Distribution ont diminué d'environ 95 millions de dollars en raison de la
production moins élevée des installations des éoliennes sous contrat. Il y a
les autres éléments qui sont présentés dans le communiqué de presse, mais ça
présente un enjeu pour Hydro-Québec.
Alors, la dernière fois qu'on entend les
représentants d'Hydro-Québec, on était dans une situation où l'économie était
en pleine croissance, tout allait très, très bien, on était prêt à signer un
contrat, on a signé un contrat avec New York, des excellentes nouvelles. Mais des choses ont vraiment changé. Alors, je
pense, c'est très important d'entendre Hydro-Québec encore sur ce projet de
loi. Et un petit peu comme mes collègues ont déjà mentionné, c'est
d'avoir juste un portrait : c'est quoi, la vision globale de la présidente
d'Hydro-Québec? Et, moi, c'est sûr que j'ai certaines questions que je veux
poser. Une, c'est sûr, sur sa vision de comment on peut exporter plus d'énergie
vers l'est et l'ouest du Canada. Je sais qu'il y a eu des discussions où, quand
même, il y a plusieurs experts qui ont présenté l'idée que peut-être on peut
trouver une façon de subventionner des lignes de transmission entre des
provinces. Parce que, si on regarde notre «grid, at large», on a vraiment battu
nos liens de transmission entre Québec puis New York, puis les autres États
plus vers le sud.
Et c'est pareil, un petit peu, avec nos
oléoducs, partout au pays, on n'a pas vraiment pensé une économie qui était
plus est vers l'ouest, c'était vraiment vers nos voisins dans le sud. Ça ne dit
pas qu'il n'y a aucune ligne de transmission entre les deux, il y en a plusieurs,
mais on est déjà à notre capacité max pour transférer plus d'électricité vers l'Ontario. Ce n'est pas 100 % max, mais il y a des
échanges, des fois, quand même, l'Ontario vend de l'électricité chez nous. Ça,
c'est juste la réalité sur le terrain. Alors, est-ce qu'il y a une façon que
nous, on peut en exporter plus, d'énergie, vers l'Ontario? Je sais que l'ancien
gouvernement libéral a travaillé très fort, notre ancien chef du Parti libéral,
Pierre Arcand, a travaillé très fort là-dessus. On a fait des gains, mais ce
n'est jamais trop, trop simple. Mais c'est sûr qu'il y en a un, enjeu, et ça,
c'est la capacité d'exporter plus d'électricité vers l'Ontario.
Et, quand même, si on
regarde vers l'est, il y a un enjeu qu'il faut régler. On a tout l'enjeu avec
Muskrat Falls, mais il y a aussi Churchill Falls. Et nous avons un contrat qui
existe présentement, mais ça va terminer éventuellement. Puis, une grosse
portion de notre électricité, aussi, on achetait ça déjà de Churchill Falls,
mais ça, ce contrat-là va terminer un jour, puis c'est sûr qu'il va obliger de,
un, peut-être le remplacer, c'est sûr, c'est l'électricité, il faut quand même
trouver un autre contrat qui... Mais c'est
sûr que, si on pense de ça, la Nouvelle-Écosse va demander pour un autre contrat
avec des différents taux par kilowatt pour l'électricité. Alors, ça, c'est une
chose qu'il faut avoir une vision plus long terme. Ça ne va pas arriver demain,
mais, quand même, c'est sous le radar.
Puis c'est toujours
délicat, présentement, parce que des provinces vers l'est, leur situation
financière, c'est vraiment précaire, on peut juste dire ça. C'est un défi pour
la fédération du Canada. Alors ça, c'est des enjeux que je veux entendre un
petit peu. Parce que c'est sûr que ce projet de loi, ici, parle beaucoup de la
planification de l'électrification du Québec, alors
comment on peut faire ça et, en même temps aussi, être la batterie pour le
reste du Canada et pour l'est du Canada aussi? Je pense que c'est un angle très
intéressant et je veux entendre Mme Brochu là-dessus.
La dernière fois,
aussi, que nous avons entendu les représentants d'Hydro-Québec, ils ont parlé
un petit peu de notre capacité de vraiment électrifier tout le Québec. Et une
chose que je trouve intéressante, dans un
article du Devoir , c'était sur
le fait que, maintenant, les énergies renouvelables coûtaient moins cher que
les autres options. Alors, c'est quoi, le plan d'avoir... Si c'est des
minicentrales ou des mini Baie James, comme le député de Jonquière mentionnait,
est-ce que ça, c'est peut-être dans les plans d'Hydro-Québec? Parce que je
sais, quand on a eu une transition entre gouvernements, qu'une des premières
choses que le ministre responsable de l'Énergie et des Ressources naturelles a
faites, c'était d'annuler certains contrats avec des nations autochtones, avec
des municipalités, pour des minicentrales parce que ce n'était pas rentable.
Mais peut-être que, maintenant, c'est dans les planifications pour l'avenir,
ça. C'est qu'est-ce que j'ai vu avec l'ancien P.D.G. d'Hydro-Québec. Alors,
c'est quoi, l'avenir de ça? Est-ce que ça, c'est une excellente option?
On sait que le
premier ministre a déjà mentionné plusieurs fois : Il ne faut pas fermer
la porte à des barrages. Alors, est-ce qu'on peut revenir un petit peu avec une
stratégie pour les petites minicentrales, pour les petites mini James partout
au Québec? Moi, je ne sais pas si c'est nécessaire de faire des projets comme
La Romaine, encore, ou comme la Baie James, des gros barrages comme ça. Mais
peut-être qu'il y a d'autres options. C'est sûr que c'est un fleuron du Québec,
c'est sûr qu'Hydro-Québec a toutes les expertises nécessaires pour faire des
projets comme ça. Mais il y a aussi les
autres options. Est-ce qu'il y a des façons qu'Hydro-Québec peut aussi regarder
comment, peut-être, qu'on peut inclure les citoyens de produire leur propre
électricité, de vendre ça dans le système? Je pense que les «panels»
solaires, par exemple, c'est aussi quelque chose qui peut être intéressant pour
les agriculteurs, partout au Québec, qui ont des champs où on peut mettre des
«panels» solaires. Alors, c'est juste des choses que moi, je veux discuter avec
Mme Brochu et juste avoir un petit peu sa vision pour l'avenir.
Puis, la dernière
fois, aussi, qu'on a entendu des gens d'Hydro-Québec, on a posé des questions
sur le plan d'adaptation aux changements climatiques, et ce n'est pas qu'on n'a
pas vraiment eu une réponse, mais ce n'était pas une réponse qui était très claire :
Oui, on a fait quelque chose. Et je pense que la dernière fois qu'Hydro-Québec
a fait un document complet, une révision stratégique, c'était en 2005, avec le
gouvernement. Alors, les éléments dans ça sont toujours pertinents, mais c'est
sûr, avec les changements qu'on a vécus depuis les années... les dernières
10 années, il faut avoir une révision plus large pour voir comment Hydro-Québec...
est-ce qu'Hydro-Québec est prête pour
les changements climatiques, ça va prendre quoi, en adaptation, les coûts
associés à ça sont quoi, exactement.
Je peux dire que, quand même, l'année passée, avec
les inondations dans mon coin, des personnes ont commencé de blâmer Hydro-Québec : c'est lié avec les barrages dans le Grand Nord.
Moi, je ne pense pas que ça, c'est la vérité. J'ai entendu des personnes à Hydro-Québec, sur CBC Radio et, quand même, sur Arcand, dans le
matin. Je pense que ça, ce n'est pas la raison. Mais, quand même, il y a aussi
des défis, des gens l'ont expliqué. C'est vrai qu'avec plus d'eau dans nos
rivières ça crée des défis pour nous pour juste gérer tout ça.
Alors, ça, pour moi, c'est des choses... Et il y a
des autres éléments, aussi, comme une «smart grid», «smart meters». Ça va
prendre plus d'argent dans notre réseau, d'être plus efficace, et ça, c'est des
choses qui prennent beaucoup d'argent et des investissements majeurs. Alors, je
veux entendre Mme Brochu là-dessus. Alors, c'est sûr que je vais appuyer la
motion du député de Jonquière. Merci beaucoup, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme Grondin) : Merci, M. le député. M. le député de Nelligan,
vous avez 10 minutes. Est-ce que vous souhaitez que je vous informe deux
minutes avant?
M. Derraji :
Oui, s'il vous plaît. Merci.
Présidente (Mme Grondin) : Parfait.
M. Derraji :
Ça va m'aider énormément. Ça va m'aider énormément.
La Présidente (Mme
Grondin) : Non, je le sais.
M. Derraji : Vous avez une bonne
mémoire, Mme la Présidente, et j'apprécie ça. Mais je vais commencer avec vous,
Mme la Présidente, je tiens à vous remercier par rapport à votre décision de ce
matin. Ça a été mentionné par les collègues, mais je tiens aussi à vous remercier,
je tiens aussi à féliciter publiquement. Je sais que la députée de Mercier
voulait que les hommes aussi, au sein de cette commission, félicitent aussi Mme
Brochu, que j'ai eu l'occasion de collaborer avec elle dans un ancien temps où
elle était à la tête de Gaz Métro.
Je vais, Mme la Présidente, prendre un petit
moment pour expliquer la pertinence de la proposition du député de Jonquière
par rapport à l'invitation d'Hydro-Québec.
Au tout début de la crise, Mme la Présidente,
j'ai joué un rôle avec l'ensemble des membres de l'opposition, avec le ministre
de l'Économie. Nous avons eu la chance, avec les autres partis de l'opposition,
à savoir Québec solidaire, le Parti québécois... tenu des rencontres presque
hebdomadaires avec le ministre de l'Économie, aussi avec ma collègue qui est maintenant cheffe de
l'opposition officielle, et nous avons eu beaucoup d'échanges par rapport à
l'avenir économique du Québec, par rapport à la crise, à la gestion de
la crise, mais aussi par rapport au plan de relance. Et vous allez comprendre
pourquoi je vais bifurquer, par la suite, à la proposition.
Et, si on revient un peu au début de l'année, le
gouvernement actuel disait que... il parlait de l'importance de l'économie
verte, l'importance d'avoir un virage au niveau d'une relance verte. Moi, je
pense aujourd'hui, Mme la Présidente, le ministre de l'Environnement a eu une
occasion en or, une occasion en or pour rejoindre le comité de relance. Je n'ai
pas envie de vous lire les chroniques et comment les gens étaient un peu outrés
qu'au sein du comité de relance il n'y ait pas le ministre de l'Environnement.
Si on veut parler de la pertinence d'une relance verte, la pertinence
d'utiliser l'outil de l'électrification si on veut atteindre nos cibles,
comment on peut prétendre aujourd'hui que la relance économique sera tout sauf
verte? La relance économique, le comité où il y a le ministre des Finances, le ministre
de l'Économie, le ministre du Travail, le Conseil du trésor... et le grand
absent, c'est le ministère de l'Environnement.
Donc,
pourquoi je fais cette introduction, Mme la Présidente? Pour démontrer
qu'aujourd'hui, tous ensemble, on peut contribuer à ramener en force l'enjeu de
la relance verte, la relance de l'économie et aussi la relance verte au sein du
gouvernement, en donnant l'occasion... Moi, j'en suis sûr et certain,
que le gouvernement avait ses raisons de choisir Mme Brochu à la tête d'Hydro-Québec.
C'est des bonnes raisons. Donnons-nous l'occasion de voir la nouvelle
présidente, elle pense quoi du contexte post-COVID, Hydro-Québec pense quoi de
la relance verte. Et, de facto, le fait qu'on ramène cet enjeu sur la table,
bien, ça va aider le ministre de l'Environnement à avoir plus de poids à
l'intérieur de ce comité de relance et ne pas être absent.
Donc, Mme la Présidente, il y a deux raisons, pour moi, à
part ce que je viens de
dire, pour inviter Hydro-Québec et s'entretenir avec eux dans le contexte
post-COVID : le changement au
niveau de la haute direction, avec
une nouvelle direction, avec une nouvelle vision, et le contexte de la
COVID. Le contexte de la COVID, Mme la Présidente... Et je tiens à rappeler ce
que j'ai dit hier, c'est que c'est très important d'analyser le projet de loi
en tenant en considération le contexte de la COVID. Le premier ministre, Mme la
Présidente, a dit que les mesures qu'il lancerait devaient être jumelées avec
notre lutte aux changements climatiques. Cette déclaration, elle est venue au
moment où le même gouvernement a lancé son comité de relance économique composé
de quatre hommes : les ministres des Finances, l'Économie, Travail et
Trésor. Mme la Présidente, j'appuie la motion de mon collègue le
député de Jonquière pour la simple et unique raison que ça nous donne des
éléments essentiels, en tant que commission, lors de l'étude de ce projet de
loi, pour pouvoir envoyer un message très clair que l'économie verte, la
relance verte fait
partie des priorités
gouvernementales, qu'au-delà de la relance verte, Mme la Présidente, le fait
d'entendre la P.D.G. d'Hydro-Québec et qu'elle partage avec nous sa
vision... parce que, j'en suis sûr et certain, rien qu'à les voir, les projets
et l'intervention d'Hydro-Québec, avec tout
ce qui se passe, bien, probablement, ça va nous économiser énormément de temps
à l'intérieur de la commission, si c'est la volonté du ministre de
contribuer aussi lui-même à la relance économique. Et j'en suis sûr et certain,
qu'il est très sensible à la relance verte, lui aussi.
Donc, je pense que... Prenons le temps. Et
j'espère que le ministre va avoir des arguments solides pour nous dire, dans le
cas contraire, pourquoi il ne souhaite pas avoir Hydro-Québec autour de la
table, pourquoi il ne souhaite pas avoir une discussion sur la relance verte,
pourquoi il ne souhaite pas avoir une bonne place, aussi, au niveau du comité
de la relance économique. Parce que nous sommes rendus là, Mme la Présidente,
et vous l'avez vu, même, en Chambre, nous questionnons le gouvernement caquiste
par rapport à la relance économique, parce que c'est très important, il faut qu'on commence à agir maintenant. Et, si
on veut être visionnaires et ne pas tomber dans les mêmes erreurs du passé,
bien, c'est le moment d'agir, et le moment d'agir, c'est, premièrement, écouter
l'ensemble des acteurs.
Hier, malheureusement, il y avait le refus de la
chaire de recherche de Chicoutimi, que je suis, encore une fois, convaincu
qu'on manque une très bonne occasion d'entendre un acteur scientifique et baser
nos décisions sur la science. Et je vais dire une chose, Mme la Présidente,
pour moi, un gouvernement économique, un gouvernement qui veut avoir une vision
d'inclure l'environnement dans sa lutte aux changements climatiques, un
gouvernement qui veut lancer un plan vert, un gouvernement qui veut vraiment lancer
un message qu'il veut une relance verte, bien, ça prend par écouter et
travailler avec des acteurs qui vont nous aider à atteindre notre plan
d'action.
Donc, encore une fois, Mme la Présidente,
j'espère... parce que l'idée a été déjà pas mal expliquée, mais j'espère que le
ministre va avoir des arguments solides pour nous dire pourquoi il refuse.
Parce que j'espère que, s'il est d'accord, bien, il va nous le dire :
Écoutez, c'est une très bonne idée, je vous salue, trouvons-nous maintenant le moment, trouvons-nous l'occasion. Il y a des moyens
virtuels, nous avons même effectué une commission virtuelle, Mme la Présidente.
Les moyens sont là. Si le ministre a la volonté, on peut même passer en mode
off et trouver comment on peut écouter très rapidement, et appeler
Hydro-Québec, et dire : Voilà, qu'est-ce que vous en pensez? Et, par la
suite, la commission peut envoyer un message aussi au bureau du premier
ministre par rapport au comité de la relance économique...
La Présidente (Mme
Grondin) : M. le député, je dois vous interrompre.
M. Derraji : ...espérons qu'elle
sera verte. Donc, merci, Mme la Présidente, pour le temps que vous m'avez
accordé. Merci.
La Présidente (Mme
Grondin) : Donc, je vous remercie pour votre collaboration, ce
matin.
Compte tenu de l'heure, je suspends les travaux
jusqu'à 15 heures cet après-midi.
(Suspension de la séance à 13 heures)
La Présidente
(Mme Grondin) : Donc, à l'ordre, s'il vous plaît! La Commission
des transports et de l'environnement reprend ses travaux. Je demande à toutes
les personnes dans la salle de bien vouloir éteindre la sonnerie de leurs
appareils électroniques.
Nous poursuivons l'étude détaillée du projet de
loi n° 44, la Loi visant principalement la gouvernance efficace de la
lutte contre les changements climatiques et à favoriser l'électrification.
Lors de la suspension de nos travaux cet avant-midi,
nous étions rendus à la motion préliminaire déposée par le député de Jonquière,
laquelle souhait tenir des consultations particulières afin d'entendre dès que
possible Mme Sophie Brochu, P.D.G. d'Hydro-Québec. Nous étions donc au
député... M. le député de Nelligan, il vous restait 2 min 15 s.
Souhaitez-vous poursuivre?
M. Derraji : J'avais juste un
problème de chewing-gum. Bon, merci, Mme la Présidente. Écoutez, j'espère que
la petite pause que nous avons eue a permis à M. le ministre de réfléchir à
tout ce que j'ai dit, mais je vais réitérer encore une fois mes propos pour
conclure que nous aimerions vraiment que le ministère de l'Environnement et
surtout, surtout le ministre de l'Environnement commencent à prendre une place.
Je ne dirais pas «une petite place», parce que, pour moi, l'environnement,
c'est extrêmement important, je suis quelqu'un qui croit beaucoup à la relance
verte, mais j'espère que le ministère de l'Environnement et le ministre vont
avoir une bonne place au niveau du comité de la relance.
Écoutez, j'ai eu, comme la plupart des collègues,
l'annonce, tout à l'heure, des 220 projets. Il va y avoir beaucoup de
choses qu'on va suivre de près, mais j'espère vraiment, Mme la Présidente,
qu'on va voir le ministre de l'Environnement au sein de ce comité de relance.
Et j'espère qu'il va prendre l'occasion que le député de Jonquière, avec sa
motion, les arguments qu'on vient de dire, l'ensemble des partis de
l'opposition... par rapport à entendre Hydro-Québec et, je dirais, ne pas voir Hydro-Québec
comme on les invite pour les inviter, mais plus voir que le ministre a maintenant
l'opportunité d'avoir l'occasion en or, avec l'appui de l'opposition, de
pousser l'agenda de l'environnement, de l'électrification des transports au
sein de ce comité de relance, où il n'est pas présent.
Donc, aujourd'hui, nous sommes là. On lui tend
la main, s'il veut, puisqu'on fait du bruit par rapport à ça. Nous sommes
prêts. Mais je pense que c'est le moment pour le ministre de l'Environnement
d'être là, et l'occasion, elle est là, d'entendre la nouvelle P.D.G. d'Hydro-Québec,
de voir sa vision par rapport à l'électrification et de voir aussi sa vision par
rapport... comment Hydro-Québec, en tant qu'acteur économique aussi...
l'hydroélectricité, c'est une chose très importante pour notre économie, et
voir comment elle, en tant que P.D.G. avec sa nouvelle vision qu'elle ramène à
Hydro-Québec, compte contribuer à l'avancement de la relance économique,
surtout dans le contexte post-COVID.
Donc, Mme la Présidente, je vais être très
attentif aux réponses du ministre par rapport à cette motion et j'ai vraiment
hâte à l'entendre. Merci à vous.
La Présidente (Mme
Grondin) : Merci, M. le député. Y a-t-il d'autres
interventions? M. le député de D'Arcy-McGee, vous avez 10 minutes.
M. Birnbaum : Merci beaucoup, Mme la
Présidente. Écoutez, dans un premier temps, j'aimerais aussi souligner la
nomination de Sophie Brochu, cette personne brillante, audacieuse qui a fait sa
réputation sur le plan mondial. Et, bon, ce n'est pas un choix de mots que j'utilise
qui est si original que ça, mais c'est voulu, j'ai dit «cette personne», je
n'ai pas dit «cette femme», parce que voilà un autre exemple où on souligne une
réalité souhaitée par nous tous. Alors, je prends pour acquis que sa nomination
a aussi fait le bonheur des hommes du monde, du Québec, que les femmes.
Et je vais me permettre
juste de me rappeler, Mme la Présidente, d'une observation de Michelle Obama, qui a dit très clairement et simplement :
Pourquoi et comment 50 % du monde souhaiterait se priver à chaque
instant — c'est
surtout quand il s'agit des positions du grand leadership — de la sagesse, de la brillance, de
l'expérience, du vécu, de la sensibilité de l'autre 50 %,
c'est-à-dire des femmes? En tout cas, je me permets ce petit, petit éditorial.
Je trouve que
mes collègues, une autre fois, comme toujours, dans le contexte actuel et
unique, ont fait des arguments très, très éclairés sur l'importance de nous
doter de l'expertise d'Hydro-Québec à nouveau, parce qu'on est dans un autre
contexte. Quelques petits éléments que j'ajouterais, et là j'ai une question ou
deux à laisser avec le ministre, si je peux.
Moi, je n'étais pas présent, mais, si j'ai bien
compris, Hydro-Québec a été présente aux audiences sur le p.d.l. n° 44
et a noté que ça serait impossible d'électrifier tout le Québec avec les
capacités actuelles d'Hydro. Est-ce que ce n'est pas une observation,
premièrement, assez pertinente? Est-ce que ce n'est pas une observation qui
risque d'être à réviser ou à recontextualiser dans la situation présente?
Deuxième petite chose, qui va un petit peu à
l'encontre de ça mais qui nous met dans la dynamique de comment, avec qui et
avec quels moyens on poursuit la transition énergétique, et c'est un
article
dans Le Devoir d'aujourd'hui qui
parle du fait que plus de la moitié de la capacité de production d'énergie
renouvelable ajoutée l'an dernier était moins chère que toute autre
option offerte du côté des carburants fossiles. Et ce qu'il y a de plus beau,
c'est que la diminution rapide des prix de l'énergie solaire et éolienne n'est
pas près de s'arrêter et qu'il y a là une
occasion en or de stimuler l'économie tout en faisant du bien à
l'environnement. C'est un changement de paradigme, une autre fois, qui
nous invite à avoir la grande expertise d'Hydro-Québec pour nous dire comment Hydro-Québec exploiterait... ou se protéger, dans notre
intérêt mutuel, face à ces nouvelles conditions là. Il me semble que les
arguments sont très, très, très clairs.
Bon, je me permets, comme dernier intervenant,
si je ne m'abuse, avant le côté ministériel, s'il y en aurait, et je l'espère,
d'encadrer, avec respect pour l'auteur de la motion, le député de Jonquière, les
questions qui sortent, je crois, de... qui sortent de notre demande. Et, comme
le ministre ne se prononce pas, moi, j'ai, une autre fois, imaginé ses réponses
possibles. Je me donne... Je lui offre, je lui propose qu'il y ait
trois réponses potentielles à une fin de non-recevoir de cette motion, où,
heureusement, la réponse serait oui.
Bon, «oui», ce serait la première possibilité.
Il y a deux autres... Une réponse possible, c'est : Non, merci, ça va.
Évidemment, c'est un intervenant intéressant, mais, moi et le ministre de
l'Énergie, nous avons parlé de notre projet de loi dans le contexte actuel, on
a déjà eu de longues discussions là-dessus. Là, j'aurais une sous-question. Si
c'était ça, la réponse, que je trouverais et, je crois, qu'on trouverait tout à
fait inacceptable, s'il y avait des discussions pertinentes à entretenir avec
Hydro-Québec, que ça ne soit pas fait en coulisses, ça soit fait avec nous.
L'autre chose, si ces discussions avaient lieu en coulisses, j'imagine que le
ministre de l'Énergie aurait été impliqué, et là c'est une fin de non-recevoir
de notre demande qu'ils apparaissent devant nous. Troisième réponse possible, j'ose croire tout à fait inacceptable,
c'est : Non, il n'y a rien de pertinent que Mme Brochu ou son délégué
auraient à nous dire, on est déjà experts là-dessus, oui, oui, oui, le
monde a changé, vous avez votre projet de loi devant vous, on est impatients de passer à l'article 1 et à
l'étude en détail, mais on connaît notre affaire, voilà, la chose est faite, on
n'a pas intérêt ni besoin de consulter Hydro-Québec.
Alors, je
reste sur mon appétit. Voilà trois réponses possibles, et j'invite mes
collègues à choisir quelle est la réponse si le ministre continue à décider de
ne pas intervenir suite à nos interventions. En tout cas, j'appuie
évidemment la motion devant nous. Merci.
La Présidente (Mme
Grondin) : Merci, M. le député. Y a-t-il d'autres
interventions?
S'il n'y a
pas d'autre intervention, nous allons procéder à la mise aux voix. Mme la
secrétaire, veuillez, s'il vous plaît, procéder à l'appel nominal.
La Secrétaire : Oui, Mme la
Présidente. M. Gaudreault (Jonquière)?
Secrétaire : Pour les membres du groupe parlementaire formant
le gouvernement, M. Campeau (Bourget)?
La Secrétaire : Pour les
membres de l'opposition officielle, Mme Montpetit (Maurice-Richard)?
La Secrétaire :
Mme Ghazal (Mercier)?
La Secrétaire :
C'est rejeté.
La Présidente (Mme
Grondin) : Donc, la motion préliminaire est rejetée. S'il n'y a
pas d'autre motion préliminaire... M. le député de D'Arcy-McGee.
M. Birnbaum : Mme la Présidente, et
je crois que vous avez eu avis, vous allez décider s'il faut suspendre, mais je
propose une motion pour entendre un autre groupe. Est-ce que je la lis ou
est-ce que...
La Présidente (Mme
Grondin) : L'avez-vous transmise au secrétariat?
M. Birnbaum : De ma compréhension,
oui, vous l'avez en main. Je suis à votre disposition.
La Présidente (Mme
Grondin) : Donc, nous allons suspendre les travaux quelques
instants.
(Suspension de la séance à 15 h 15)
La Présidente (Mme
Grondin) : Donc, nous reprenons nos travaux. M. le député de D'Arcy-McGee,
pouvez-vous, s'il vous plaît, lire la motion préliminaire?
Birnbaum : Merci, Mme la Présidente. Conformément
à l'article 44 du règlement de l'Assemblée nationale, je fais motion
afin :
«Que la Commission des transports et de
l'environnement tienne, avant d'entreprendre l'étude détaillée du projet de loi
n° 44, Loi visant principalement la gouvernance efficace de la lutte
contre les changements climatiques et à favoriser l'électrification, des
consultations particulières et qu'à cette fin, elle entende dès que possible
l'Institut de développement durable des premières nations du Québec et du
Labrador.»
La Présidente (Mme
Grondin) : Donc, vous avez 30 minutes.
M. Birnbaum : Merci, Mme la
Présidente. Écoutez, j'ai le privilège d'être porte-parole des communautés
autochtones depuis octobre 2001 et d'avoir eu, dans ces tâches-là, à entretenir
toutes sortes de discussions avec nos partenaires des Premières Nations et du
peuple inuit du Québec. Je crois que je n'ai pas énuméré les défis collectifs
et très diversifiés de ces communautés, pour lesquels ils ont besoin de notre
implication comme société québécoise «at large». C'est le gouvernement, c'est
le monde des affaires, c'est les regroupements communautaires, c'est les autres
communautés, c'est les forces policières, c'est chaque ministère et ministre,
c'est chaque instance de la société québécoise qui a à faire mieux.
Nous sommes devant le rapport Viens, un rapport
du gouvernement du Canada qui nous invite à comprendre l'énormité de nos défis
et à comprendre, dans le contexte actuel où on parle, et mon collègue de
Jacques-Cartier en a fait allusion, d'une discrimination institutionnalisée...
est présent.
Alors, ces deux rapports, dans un premier temps,
comme je dis, mettent en relief notre devoir collectif de faire mieux dans tous
les aspects de notre vie ensemble sur ce territoire qu'on partage. Et,
deuxièmement, plusieurs des défis devant nous sont devant nous pour cause d'une
histoire, en quelque part, de discrimination, soit l'attente ou, au fil des
années, exprès. Alors, on est devant tout ça.
Une des choses aussi que je me permets de dire
m'a touché et continue de me toucher dans mes fonctions quotidiennes comme porte-parole,
et je trouve qu'on n'en parle tellement pas assez, ça devrait être une
évidence, tout ce que nous avons à apprendre de nos communautés autochtones. Je
me permets de mettre ça en contexte aussi et je le fais comme j'ai mentionné au
salon bleu, aujourd'hui, en période de questions.
Les communautés, une autre fois, dans toute leur
diversité, Mme la Présidente, et c'est pertinent à nos discussions, leur façon...
dans ces circonstances jamais vues depuis un siècle, se sont prises en main,
et, jusqu'à date, à protéger ces communautés,
sans toujours, avec toute franchise, avec un gouvernement ou le ministère de la
Santé à leurs côtés, se prennent en main, se sont prises en main jusqu'à
date pour éviter toute éclosion, pour se protéger de leur façon, pour s'assurer
que leurs communautés ont été protégées. Elles font de leur mieux actuellement
pour s'assurer que le confinement se fait comme il faut, avec respect pour leur
façon de s'adresser à la pandémie, mais de leur façon. Je le mentionne, dans le
contexte, que nous avons à apprendre.
On oublie
trop souvent que l'agriculture moderne... Je vais donner deux exemples. Ça
touche à la consommation de l'énergie mais aux besoins énergétiques.
Notre façon de faire l'agriculture, nous l'avons apprise, dans tous ses
aspects, du peuple autochtone. Notre démocratie, qui, bon, des fois, dans cette
Chambre, nous frustre un petit peu, est basée sur les
traditions ancrées et pratiquées toujours des communautés autochtones. Je me
permets un autre exemple qui, bon, entre parenthèses, peut peut-être... Les
jeux compétitifs, les sports d'équipe, ce n'est pas juste avec la crosse, mais
d'autres traditions autochtones en Amérique du Nord, nous montrent les racines
de notre façon de faire en ce qui a trait aux loisirs collectifs.
Alors, dans un premier temps, je me permets de
dire, c'est le but de nos autres motions aussi : Mais est-ce qu'on se
donne l'obligation d'apprendre, avant de nous prononcer de façon responsable
sur le projet de loi devant nous, d'apprendre? Deuxième critère que je me
permets d'imposer : Est-ce qu'on a de quoi à apprendre de ces communautés
autochtones, et spécifiquement de cet organisme qui s'appelle l'Institut de
développement durable des premières nations du Québec et du Labrador?
Cette association a déjà conçu une politique
globale de développement durable qui a fait l'exemple pour plusieurs groupes de
l'environnement et plusieurs intervenants en 2006. Pour qu'on les situe, cet
institut a été fondé en 2000 par les chefs de l'Assemblée des premières nations
du Québec et du Labrador, APNQL, avec comme mission d'offrir aux Premières
Nations, et, je me permets, on le souhaite, à nous tous, un carrefour dynamique
de services en soutien à leurs démarches pour la santé du territoire et ses
ressources, pour le développement de communautés durables, pour la reconnaissance
des droits des Premières Nations. Est-ce que je ne parle pas là des objectifs
partagés par ce gouvernement, dont les sous-objectifs qui se situent dans le
préambule du projet de loi devant nous?
Bon, je continue. Concrètement, l'lDDPNQL, l'institut,
«soutient les Premières Nations dans la réalisation de projets contribuant au
développement durable de leurs communautés et de leurs territoires». On est
dans le sujet de notre projet de loi, et je m'excuse de me répéter à
répétition, mais il le faut dans le contexte actuel où ces genres de mesures
vont prendre toute leur ampleur dans le monde inconnu qui nous attend en
quelque part. Il «assure un rôle de conseiller technique auprès de
[l'assemblée] en matière de développement durable». Il «promeut le respect des
valeurs des Premières Nations et la reconnaissance de leurs droits et enjeux
par la transmission de recommandations aux pouvoirs publics et aux autres organismes
susceptibles d'avoir une influence, par leurs activités, sur les intérêts des Premières
Nations». Donc, il se donne comme mission de parler aux instances, comme la
nôtre, qui risquent de légiférer ou de participer dans l'adoption des projets
de loi qui toucheraient directement ces communautés et, par conséquent, de nous
toucher aussi. Il «facilite les partenariats et le dialogue entre organismes...
organisations autochtones et non autochtones». Bon, voilà : «Assure
une veille et une analyse technique et stratégique des dossiers liés
au développement durable, concerte les Premières Nations et leur transmet de l'information de qualité — j'imagine qu'on est à la recherche de telles
informations, ici. Organise des
ateliers de travail, des formations, des forums et des activités de
sensibilisation sur [les] enjeux d'intérêt pour les Premières Nations» et
«offre un service-conseil pour la réalisation de projets communautaires
spécifiques.»
Bon, je me permets une minute sur la dernière
chose, les projets spécifiques. Une autre fois, j'ai eu l'opportunité de
creuser un petit peu dans une proposition qui reste en suspens pour des raisons
qui me frappent toujours un petit peu comme nébuleuses, mais où le contexte
risque de changer la donne une autre fois, et je parle du projet éolien
d'Apuiat, en grande concertation avec des municipalités du coin.
Alors, un autre beau projet de collaboration
entre les communautés autochtones et la société québécoise, je m'exprime ainsi,
où il y avait des partenaires experts et innovateurs en énergie renouvelable
qui étaient et qui sont toujours prêts à être au rendez-vous. Bon, je me dis
que ce projet qui a été bien avancé a été mis un petit peu en suspens parce que, dans le
contexte pré-COVID-19, et là on parle d'il y a un an, peut-être plus, la
demande, peut-être, n'était pas au rendez-vous pour ces sources
d'énergie renouvelable. Comme je dis, tout ça est discutable, bon, mais voilà
ce qui a été la décision du gouvernement actuel, mais, comme je dis, dans une
autre époque.
Comme l'étude que je viens de citer, là, nous
savons déjà que les prix du marché ont changé, que les marchés ont changé, que
le monde, comme nous, est en train de se concilier avec des nouvelles normes et
conditions, qu'Hydro-Québec, qui est, en
quelque part, notre gagne-pain... Quand Hydro fait bien, premièrement, on
partage la fierté mais aussi les revenus. L'état des marchés internationaux,
qui est tellement, tellement intéressant et important à exploiter pour
Hydro-Québec... sont en train de réévaluer leurs besoins, leurs
stratégies, leurs façons de faire, leurs appels aux partenaires des autres pays
s'ils sont en Europe, en Afrique, en Asie. Donc, ils sont en train de réévaluer
leurs contacts, s'ils en avaient déjà, ou la possibilité de faire affaire avec
Hydro-Québec. Tout ça a changé. Et j'insiste
que les points que j'ai mentionnés jusqu'à date, toutes ces choses sont
pertinentes à nos discussions sur le projet de loi devant nous.
Je tiens à souligner, d'ailleurs, qu'au mois de
novembre... et, comme je dis, moi, je n'étais pas présent, mais c'est clair,
notre motion préliminaire suivait des propositions que nous avons mises devant
le leader parlementaire du gouvernement d'entendre au moins, au moins deux
groupes issus des communautés autochtones : l'Assemblée des premières
nations du Québec et du Labrador et l'Ambassade de la nation crie, qui a, d'ailleurs,
toute une expertise, évidemment, en tout ce qui a trait à l'énergie, on n'a
qu'à penser et à regarder le consortium qui existe maintenant mais toutes leurs
années de travail et études qui ont instruit nos démarches collectives, au Québec,
historiques, en tout ce qui a trait à James Bay. Bon, ces deux groupes ont été
invités. Ce n'était pas retenu.
Bon, face à
ce nouveau contexte et compte tenu qu'il existe un organisme
que je viens de décrire, autochtone, qui traite et étudie spécifiquement
du développement durable et des changements climatiques, il est d'autant plus
pertinent, il me semble, il nous semble, d'entendre un groupe représentant les
nations autochtones. Tout ce qu'on va faire, tout ce qui est censé d'être fait
avec ce projet de loi va toucher deux choses, dans une première fois, va avoir
des retombées sur leur façon de vivre, sur leur bien-être, sur leur capacité,
comme est toujours déjà la règle chez eux, d'exploiter
des sources énergétiques de façon durable. Tout ça est déjà clair. Alors, voilà
une raison pourquoi ils... des invités très intéressants.
Et, comme j'ai dit, dans un deuxième temps, Mme
la Présidente, nous avons à apprendre d'eux. Et, trop souvent, j'ai peur qu'on
ne se donne pas l'humilité, le courage de comprendre qu'on parle de nos
communautés autochtones. Et, dans le contexte actuel, dans un contexte
d'énergie, de transition énergétique, du développement durable, trop souvent,
on ne se rappelle pas que nous avons à apprendre de ces communautés-là. Le
fardeau est énorme, qu'ils partagent avec nous, et ils sont à la recherche des
partenaires pour le fardeau dans tout ce qui a trait au manque de services,
d'écoute, de l'aide financière, et autres, mais nous avons à apprendre de ces
groupes-là.
Je vous rappelle que nous ne sommes pas les
seuls qui proposent que cette commission risque de bonifier le projet de loi
devant nous en invitant les regroupements autochtones à venir, il y en avait
plusieurs groupes qui l'ont fait. Je me permets de faire un petit peu le bilan
de ces groupes-là. Le Front commun pour la transition énergétique, dans leur
mémoire, a noté clairement : «La transition présente des enjeux touchant
les droits des femmes, des jeunes, [du peuple autochtone], des communautés
nordiques, côtières et insulaires, des minorités et des personnes handicapées.
De manière plus spécifique, les projets d'extraction en lien avec
l'électrification peuvent menacer les modes de vie de communautés autochtones
et d'autres populations occupant des territoires touchés — une
raison de plus de ne pas considérer l'électrification comme une panacée qui
réglerait à elle seule tous les problèmes. Les droits des réfugié.e.s climatiques
sont aussi au coeur de la transition.»
Bon, je n'embarque pas dans leur argument, que,
bon, j'ai tendance à partager, qu'on soit toujours conscient de l'importance de
l'ouverture aux autres sources de l'énergie que l'électricité, mais ils parlent
ici de l'importance d'entendre d'autres partenaires touchés par les articles de
ce projet de loi et en mesure de nous aider à confectionner un meilleur projet
de loi. Et je vous rappelle que ces commentaires et ceux qui suivraient des
autres témoignages auraient été faits, Mme la Présidente, avant qu'on soit en
pandémie.
Nature Québec et Greenpeace, dans leur mémoire,
et je les cite : «Le gouvernement doit reconnaître que la crise climatique
provoque des souffrances — dont
nous sommes largement responsables, en tant que société québécoise — aux
peuples du monde et aux populations les plus vulnérables sur le territoire québécois.
La transition juste et équitable pour les citoyen·ne·s, les collectivités et
les organisations, dans le respect des droits des populations autochtones, doit
être une occasion pour réduire les inégalités sociales.»
Je me permets de prendre pour acquis, une autre
fois, que chaque fois qu'on énumère les objectifs d'un projet de loi, évidemment,
il y en a qui sont sous-entendus et pas énumérés comme tels, mais notre
obligation collective morale, l'obligation
légale, en quelque part, mais surtout morale, du gouvernement actuel, c'est de
prendre en compte ces genres d'objectifs implicites. Et là Greenpeace cite, finalement, un de ses objectifs de réduire les inégalités sociales. Oui, on parle de l'énergie et la conversion des
sources de l'énergie plus durable. Est-ce que, quand on va continuer à prendre
cette voie essentielle, on ne serait pas en train de veiller à une réduction
des inégalités sociales? Moi, je me permets de prendre ça pour acquis.
Un expert, Normand Mousseau, nous a dit :
Pour une gouvernance environnementale efficace, il faut respecter certains principes, dont rigueur. C'est un mot,
d'ailleurs, que l'opposition
officielle se trouve à énoncer, à
répéter assez, assez souvent, et j'espère que la rigueur va être au rendez-vous
dans nos discussions qui vont se poursuivre. M. Mousseau note :
«Cette gouvernance prendra en compte les meilleures données scientifiques
disponibles, et, selon qu'il convient, les connaissances traditionnelles, le savoir des peuples autochtones et les systèmes
de connaissances locaux.» Alors, avec
raison, il nous donne l'obligation d'arrondir nos réflexions, ce qui n'aurait
pas été fait jusqu'à date, et là davantage dans la situation actuelle.
Alliance Switch font allusion à un des grands
piliers qui nous inquiètent tous, c'est l'abolition du TEQ, et je les
cite : «TEQ a su rapidement développer des partenariats proactifs avec une
multitude d'organisations d'ici et d'ailleurs de même qu'avec le leadership des
Premières Nations en matière de développement durable. En innovation avec la
concrétisation des partenariats avec Technologies du développement durable
Canada, avec le Centre d'excellence en efficacité énergétique, l'Accélérateur
Ecofuel et l'ADEME — [de
la] France.» Et je les cite encore : «Avec les Premières Nations avec
l'instauration d'un comité bipartite en partenariat avec [l'institut dont on
parle actuellement, qui fait sujet de notre invitation proposée]. Avec les Premières Nations avec l'instauration d'un
comité bipartite en partenariat avec l'Institut du développement durable des
premières nations du Québec et du Labrador», Mme la Présidente. «Avec le Bureau
de normalisation du Québec dans l'application de la norme ISO 50001 en
gestion de l'énergie. Avec des municipalités pour la livraison de certains
programmes.»
Bon, finalement, la FTQ, Fédération des
travailleurs et travailleuses du Québec : «[Une] concertation
intersectorielle et avec les peuples autochtones est nécessaire pour sortir du
climat d'affrontement qui peut perdurer : il faut développer une
compréhension mutuelle afin de réduire les divergences, d'accroître les
convergences entre nous, et de trouver des terreaux de travail, des terrains
d'entente.»
Alors, vous voyez, Mme la Présidente, qu'il y en
avait plusieurs, groupes qui faisaient écho, avant le fait, de notre
proposition qui est maintenant devant cette commission. Je viens de constater
qu'il y avait d'autres groupes qui ont été invités, qui n'ont pas été retenus.
Tous ces commentaires, toute l'expertise dont je parle, de cet institut qui
fait sujet de notre motion, est bien documentée et aurait été pertinente — je
propose humblement — bien
avant qu'on se trouvait dans le contexte qu'on se trouve aujourd'hui.
Chaque, chaque article... je ne vais pas les
lire, actuellement, on va, au moment propice, et bien équipés pour le faire,
passer à l'étude des articles, mais chacun des piliers de ce projet de loi
aurait eu déjà son impact sur les Premières Nations et les communautés inuites
du Grand Nord, et son impact assez complexe et peut-être, dans certains cas, assez négatif : l'abolition du TEQ;
l'abolition du conseil d'administration du Fonds vert; le fait que les tâches
d'examiner et d'évaluer les projets de développement durable et de la transition
énergétique... va être réduit; la responsabilité de la Régie de l'énergie — un
film dans lequel on déjà joué, malheureusement — ses pouvoirs vont être
réduits, ses droits de regard, au nom de nos concitoyens et concitoyennes du Québec,
Mme la Présidente, et au nom particulièrement des communautés autochtones, le
droit de regard de la régie va être restreint de façon importante. Finalement,
finalement, ces trois volets qui avaient toute leur signification avant le
12 mars, tous ces aspects du projet de loi qui risquaient d'avoir tous
leurs impacts avant le 12 mars, tous ces changements que, déjà, on sait,
ne seraient pas maintenant assujettis aux interventions du TEQ, qui a déjà eu
un refus, qui ne seraient pas assujettis au droit de regard de l'Union des
municipalités, ainsi de suite.
Il y avait plusieurs
groupes qui avaient toute leur signification, qui ont été déjà rejetés, dans
les motions que nous avons ensemble, les trois groupes d'opposition, proposées justement
pour maintenant ajouter à nos réflexions, comme je dis, qui étaient déjà... qui
nous invitaient à des réflexions très sérieuses, avant le 12 mars, qui
vont prendre toute leur ampleur après le 12 mars. Et, dans la situation où
on se trouve, actuelle, on va compter, quelque part, j'imagine, sur les
non-experts. On va faire notre due diligence, mais de parler au nom du TEQ, du conseil
d'administration du Fonds vert, qui n'a jamais été consulté... Si le ministre
continue à ne pas avoir de quoi à dire sur la motion actuelle, nous aurons l'obligation,
dans notre... avec toutes nos faiblesses — nous ne somme pas les
experts — nous
aurons le fardeau de parler au nom de l'Institut de développement durable des
premières nations du Québec et du Labrador, si cette motion, malheureusement,
comme les autres, est non reçue favorablement par le gouvernement et le
ministre.
Alors, j'espère, j'espère premièrement qu'on va
avoir l'honneur, et le privilège, et l'opportunité essentielle d'entendre ce
groupe, et, advenant une autre réponse, je m'attends... je crois, comme mes
collègues des trois formations de l'opposition, aux explications claires,
rigoureuses, basées sur des données probantes pour expliquer une réponse
négative à la motion que je propose. Merci.
Présidente (Mme Grondin) : Merci, M. le député. Y a-t-il
d'autres interventions sur... Mme la députée de Mercier.
Mme Ghazal :
Merci, Mme la Présidente. Je voudrais, bien, remercier mon collègue d'avoir
soumis l'institut de développement des premières nations du Québec et du
Labrador pour qu'ils viennent ici, en commission, pour qu'on les entende. Je ne
vais pas présenter le groupe, je pense que mon collègue vient bien de le faire,
et on peut voir qu'ils ont quand même... ils existent depuis l'an 2000,
donc ils ont acquis une expertise dans les questions de développement durable
et en lien avec la protection des territoires du peuple autochtone.
Je voudrais profiter
de mon intervention pour peut-être qu'on ait une réflexion sur la participation
des Premières Nations en commission parlementaire. Ça arrive peu souvent, et je
trouve que c'est quand même intéressant qu'on ait cette réflexion-là là-dessus
parce qu'il y a quand même des enjeux pour leur participation.
On est, tout le monde
ici, conscient, depuis le dépôt de l'Enquête nationale sur les femmes et les
filles autochtones disparues et assassinées, de toute la question du racisme,
même du racisme systémique, dont ces populations-là sont victimes. Hier, il y
avait mon collègue le député de Jacques-Cartier qui nous parlait aussi de la
Loi sur les Indiens, qui est une loi, juste en disant son nom... C'est une loi
raciste. D'appeler les nations autochtones «les Indiens», en soi, c'est quelque
chose qui est inacceptable aujourd'hui, en tout cas, dans le Québec de 2020 et
dans le contexte actuel, aussi, des soulèvements aux États-Unis, ici aussi, au
Québec, des voix qui se font entendre pour les personnes racisées. Toute cette
question-là est importante.
Puis je pense que
cette motion-là nous permet de réfléchir là-dessus, parce qu'on ne peut pas
juste avoir des déclarations puis dire que nous sommes pour le droit des
peuples autochtones. Quand on fait des projets, par exemple, qu'on va les
consulter, etc., il y a des façons, aussi, de les consulter. Et je trouve que
ça serait intéressant aussi, pour le projet de loi n° 44, qu'on puisse
entendre leur voix. Est-ce qu'ils trouvent, par exemple, dans le groupe
d'experts... Quand on parle du développement durable, ça ne touche pas que
l'environnement, ça touche l'économie, le social. Et donc est-ce que, par
exemple, dans le groupe d'experts, il ne devrait pas y avoir des experts, des
spécialistes qui soient sensibles ou connaissant de la réalité des autochtones,
et des autochtones, même, qui pourraient
siéger là-dessus, notamment des gens, peut-être, de l'institut? Ça serait quelque chose dont ils pourraient nous parler.
Puis, un des
problèmes, à la discrimination, où... c'est souvent le manque de consultation de
ces gens-là, c'est-à-dire qu'on parle en leur voix, alors que... Et souvent on
se rend compte, puis c'est quelque chose qu'ils reprochent assez régulièrement,
ne serait-ce que... Il y avait une consultation du BAPE, plus récemment, à
laquelle ils n'ont pas pu assister. Là, le gouvernement, je sais qu'il a
réouvert la porte, mais cette question de les consulter qui n'est pas
habituelle avec les façons de faire habituelles, peut-être, de l'Assemblée
nationale, donc c'est important d'être sensible à ça puis d'y réfléchir de
quelle façon est-ce qu'ils pourraient participer plus souvent. Et là cette
motion-là, bien, c'est une occasion pour
leur donner une voix.
Puis
c'est une réflexion qu'on doit se faire pour ce projet de loi mais aussi pour
d'autres projets de loi à l'avenir, ici, à l'Assemblée nationale :
Comment favoriser leur participation? Ce n'est pas uniquement en envoyant une
invitation, comme on le fait habituellement, que ça va fonctionner. Il y
a des défis qui leur sont propres, que ce soit, par exemple, l'éloignement, les
ressources, le cadre politique qu'on leur impose, etc. Et peut-être que...
Donc, on l'a vu, on est en train de réfléchir sur
des nouvelles façons de faire, avec
le confinement, avec la COVID, ne serait-ce que... L'Assemblée nationale
a dû s'adapter à cette nouvelle réalité-là. Pour la première fois de
l'histoire, on a eu des commissions politiques virtuelles, ce qu'on n'aurait
jamais pensé possible. Donc, il faudrait revoir peut-être de quelle façon est-ce
qu'on peut s'assurer... pas uniquement en envoyant une lettre à la poste ou un
courriel à, par exemple, cet institut-là ou d'autres organisations des peuples
autochtones, juste en envoyant une invitation, ils ont juste à venir, et c'est
tout. Il faudrait faire un effort, aussi, particulier pour favoriser leur
participation.
Et donc, moi, je pense que c'est une occasion, là
aussi : un autre groupe qu'on n'a pas entendu. Tout à l'heure, on
avait Hydro-Québec, qui avait déjà été entendu, on a argumenté, les
oppositions, comme quoi le contexte a changé, il y a une nouvelle P.D.G., ça
serait... Donc, il y a une occasion de les entendre. Ici, les peuples autochtones,
on l'avoue, il n'y a personne... aucun parti politique n'avait, en tout cas à
ma connaissance, soumis un groupe des nations autochtones, alors qu'on discute
de gouvernance climatique, puis les changements climatiques ont un impact sur
eux. Donc, ils auraient des choses, probablement, à nous dire et à nous
apprendre pour qu'on puisse les inclure dans les décisions qui vont être prises
par le gouvernement, par le ministre de l'Environnement, éventuellement, sur
toute la question de la transition. Donc, ça serait une voix dont on ne devrait
pas se priver. Et donc j'invite le ministre, aussi, à se pencher sur la
question de les entendre.
Et encore une fois,
comme tout à l'heure, peut-être que, si ce n'est pas possible tout de suite, si
on ne veut pas retarder l'étude détaillée, on pourrait commencer, continuer...
commencer, éventuellement, l'étude détaillée et peut-être ouvrir la porte à ce groupe-là, si on leur lance l'invitation
pour les entendre. Ça, ça serait une voix, peut-être, qui permettrait,
qui nous permettrait de trouver, disons, une voie de compromis, si on ne veut
pas retarder l'étude du projet de loi. Donc, bien, moi, je voterais... donc, je
serais en faveur pour qu'on les invite et qu'on les entende. Ça va, je suis
certaine, être bénéfique pour les membres de cette commission. Merci.
La Présidente
(Mme Grondin) :
Merci, Mme la députée. Y a-t-il d'autres interventions? M. le député de Nelligan.
M. Derraji :
C'est bon, vous allez l'avoir d'ici la fin de la journée, Mme la Présidente.
Merci. Merci, Mme la Présidente, mais aussi, merci à mon collègue, parce que je
sais que ça lui tient à coeur, les questions autochtones, et pas mal de fois on
en parle, il essaie de me sensibiliser. Et c'est toujours une richesse, dans un
caucus, avoir quelqu'un qui est très sensible, mais pas uniquement sensible
pour utiliser le mot s-e-n-s-i-b-l-e, mais c'est vraiment... il exprime une sensibilité.
Et merci de ramener sur la table cette motion.
Et j'ai fait juste
une petite recherche, Mme la Présidente, et je vais vous lire un texte
pertinent. Il n'est pas long, mais très pertinent. Et je vais vous dire
pourquoi notre commission va tout gagner en invitant ce groupe ou, au moins,
les entendre. Le texte que j'ai trouvé, il parle des consultations au niveau
mondial avec les peuples autochtones, que ce soit au Canada ou ailleurs. Et ce
qui m'a surpris, Mme la Présidente, ailleurs dans le monde, on observe un intérêt croissant pour les savoirs
traditionnels liés à la gestion des ressources naturelles et de
l'environnement, et à la conversation... et à la conservation — désolé — et au climat.
Le Groupe d'experts
intergouvernemental sur l'évolution du climat, le groupe que ma collègue de
Mercier aime aussi, par exemple, dit — ça, c'est le groupe
d'experts, Mme la Présidente, ce n'est pas uniquement notre commission, ce
n'est pas uniquement le Parlement du Québec — qu'il s'agit d'une «base
inestimable pour développer les stratégies d'adaptation et de gestion des
ressources naturelles en réponse aux changements, qu'ils soient
environnementaux ou d'une autre nature». Donc là, c'est une déclaration, Mme la
Présidente, d'un groupe d'experts qui pense que c'est extrêmement important,
consulter et prendre le temps de s'inspirer du savoir traditionnel du peuple
autochtone mais aussi leur façon de voir la gestion des ressources naturelles.
En 2012, Mme la
Présidente, l'UNESCO a fourni une revue de littérature sur la contribution des
savoirs autochtones pour la compréhension des changements climatiques.
Manifestement, plusieurs ne voient pas d'opposition
entre la science et les savoirs traditionnels. Ça, c'est la conclusion. Des
chercheurs s'attellent même à trouver comment bâtir des ponts entre ces
deux systèmes de connaissance. Encore une fois, Mme la Présidente, nous sommes
en train d'écrire une page, une nouvelle page, une page conditionnelle à ce que
nous vivons présentement avec la COVID. Mais aussi le gouvernement, qui veut et
qui espère créer une nouvelle page dans sa façon de voir les changements climatiques, dans sa façon d'atteindre
les résultats, dans sa façon de donner le ton, donner le ton... Est-ce
que le gouvernement s'intéresse vraiment aux questions environnementales? Donc,
comme j'aime la science, je me suis dit : Bon, voilà, est-ce que je peux
voir ce qui se passe ailleurs? Et, quand je vois, Mme la Présidente, un groupe
d'experts, et un groupe d'experts que, probablement, il aurait aimé avoir à sa
disposition des peuples autochtones proches... Nous avons la chance, Mme la
Présidente, c'est que nous avons des nations autochtones au sein de notre belle
province.
Et, encore une fois,
je tiens à remercier mon collègue, parce que ce matin il a posé une question
extrêmement pertinente sur la relation qu'on doit entretenir et qu'on doit
répondre toujours présent, pas pour répondre uniquement à des demandes, mais
pour s'inspirer. Il ne faut pas être des donneurs de leçon, il ne faut pas
juste donner des leçons aux peuples, il faut aussi les écouter. Et pourquoi les
écouter? Parce que, probablement, des solutions qu'on cherche dans les livres,
en faisant des recherches dans des bases scientifiques ou en faisant des
recherches au niveau de ce qui se passe au niveau mondial, probablement, la
solution est juste à côté de nous. Mais est-ce qu'on a pris vraiment le temps d'écouter ces gens ou on va continuer de jouer ou
d'agir en tant que peuple supérieur?
Donc, si on veut vraiment aller de l'avant, démontrons de l'écoute,
et pour démontrer de l'écoute, il n'y a pas mieux d'inviter ces gens à la table
d'échange.
Deux
choses, Mme la Présidente : le Groupe d'experts intergouvernemental sur
l'évolution du climat, qui est un groupe qui joue un rôle extrêmement
important, a déjà déclaré que c'est inestimable, l'apport de ces communautés,
mais toute une revue de la littérature venant de l'UNESCO qui a beaucoup
insisté sur la contribution des savoirs autochtones. Donc, Mme la Présidente, je
pense que le ministre de l'Environnement, il est convaincu aussi de l'apport
des Premières Nations dans la lutte et l'atteinte des résultats. Moi, j'espère,
encore une fois, je vais continuer à insister que j'espère qu'il va prendre le
temps d'analyser la proposition de mon collègue, parce qu'encore une fois c'est
un groupe qui va nous aider à comprendre au-delà de ce que nous avons autour de
nous. Et ce que j'ai ramené sur la table, ce n'est pas n'importe qui qui confirme
ça, Mme la Présidente, si nous sommes des femmes et des hommes de science, une
revue de littérature de l'UNESCO le confirme. Ça, c'est numéro un.
Le numéro deux, c'est
un groupe, le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat.
Lui aussi, il dit la même chose. Donc, pour moi, c'est comme des lignes
directrices pour notre commission, de dire : Prenons le temps. Oui, on va
commencer en analyse du projet de loi, on va commencer l'étude
article par article.
Mais c'est quoi, l'objectif du ministre, à la fin, qu'est-ce qu'il veut qu'on
retienne à la fin du vote de ce projet de loi? Est-ce qu'il est motivé par
l'atteinte des résultats ou par passer le projet de loi? J'imagine que, si on
étudie le projet de loi, c'est pour atteindre des résultats.
Je vais toujours
revenir sur la question de la relance économique verte, ça, je peux vous
l'assurer, Mme la Présidente, mais je veux bien avoir une mobilisation de
l'ensemble des communautés et surtout de l'ensemble des personnes qui peuvent
contribuer à nous aider, en tant que province, à atteindre nos objectifs. Donc,
Mme la Présidente, je suis très favorable, et je remercie mon collègue d'avoir
ce réflexe, et je sais qu'il l'a toujours, ce réflexe, parce qu'il nous le fait
rappeler à chaque m