House Proceedings — 9 March 1994 (34th Legislature, 2nd Session)
1994-03-09
Quebec — Debates (Hansard)
Journal des débats de l'Assemblée nationale
Version finale
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34 e législature, 2 e session
(19 mars 1992 au 10 mars 1994)
Le mercredi 9 mars 1994 - Vol. 32 N° 149
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Journal des débats
(Dix heures onze minutes)
Le Vice-Président (M. Bissonnet): Mmes, MM. les
députés, bonjour. Si vous voulez prendre place.
Affaires courantes Motions sans préavis
Souligner la Journée internationale des femmes
Alors, conformément à l'ordre adopté lors de la
séance d'hier, le 8 mars 1994, nous allons poursuivre le débat
sur la motion de Mme la ministre déléguée à la
Condition féminine et à la Famille. Les seules interventions
permises sont celles de Mme la députée des
Chutes-de-la-Chaudière et la réplique de l'auteure de la motion,
après quoi la motion sera mise aux voix.
Je vous rappelle que le texte de la motion est le suivant: «Que
l'Assemblée nationale participe à la réflexion collective
à l'occasion de la Journée internationale des femmes,
décrétée le 8 mars.» Alors, je cède
maintenant la parole à Mme la députée des
Chutes-de-la-Chaudière. Mme la députée, la parole est
Mme Denise Carrier-Perreault
Mme Carrier-Perreault: Oui. Je vous remercie, M. le
Président. Je pense que c'est assez spécial, ce matin, de
poursuivre le débat sur une motion comme celle qui a été
déposée hier à l'Assemblée nationale concernant la
Journée internationale des femmes. Je pense que, moi, en tout cas,
à toutes fins pratiques, c'est une première pour moi depuis que
je suis ici. C'est la première fois que le débat sur cette motion
se poursuit sur deux jours.
Il y avait aussi, bien sûr, quelque chose d'assez spécial
parce que, hier, justement, c'était la première fois aussi que le
débat en Chambre sur cette motion se faisait la journée
même de l'événement. Habituellement, la session à
l'Assemblée nationale ouvre un petit peu plus tard. Donc, on reprend, on
prend le débat sur cette motion dans les jours qui suivent la
Journée internationale des femmes. Sauf que, si on n'a pas
réussi, à toutes fins pratiques, à passer à travers
la motion, dans son ensemble, hier, je pense que c'est ? et on a pu le
constater ? qu'il y a beaucoup de nos collègues, autant de notre
côté que du côté du gouvernement, qui tenaient
à s'exprimer et qui avaient aussi, on a pu le constater, beaucoup
à dire sur le sujet.
Cette année, le même de la Journée internationale
des femmes, on s'en rappellera, c'est: «Féministes cherchent
partenaires pour changer le monde». C'est le thème qui a
été choisi, et le Conseil du statut de la femme, qui
célèbre ses 20 ans cette année, je pense qu'il faut le
redire aussi, en a profité, je pense, pour faire une réflexion,
essayer de faire le point, faire faire une réflexion en profondeur sur
le cheminement, si on veut, du dossier de la condition féminine, le
dossier des femmes, depuis qu'il est en poste.
Concernant le Conseil du statut de la femme, j'aimerais souligner, M. le
Président, et j'en profite pour le faire, la qualité des
documents qui nous ont été fournis par le Conseil cette
année. Je prenais connaissance du document thématique, qui,
à mon sens, est d'une qualité exceptionnelle. Il suscite beaucoup
la discussion. C'est un document qui est très bien fait. Chaque
thème est campé de façon très claire. On donne
vraiment le détail, l'état de situation. On arrive en bout de
ligne avec des questions, sujets de réflexion, sujets de discussion, et
en plus, à chacun des thèmes, aussi, une bibliographie a
été fournie.
Pour une ancienne formatrice comme moi, là, je peux vous dire que
cet instrument-là est fort bien fait, d'une grande qualité, et je
suis persuadée qu'il y a eu des discussions et qu'il y en aura,
j'espère, partout. La seule chose que je peux regretter, M. le
Président, à
titre de porte-parole, c'est de ne pas être
présente lors de ces discussions-là parce que je suis
persuadée que les réflexions et les discussions entourant chacun
des thèmes ont été sûrement fort... ont
été et seront, parce qu'on sait très bien que la
Journée internationale des femmes, c'est le 8 mars, mais qu'il y a des
événements, là, des activités qui se
déroulent à peu près toute la semaine, cette semaine, dans
ce domaine-là. Alors, la seule chose que je regrette, c'est de ne pas
connaître les réponses qui seront apportées à
chacune des questions, dans chacun des groupes. C'est trop demander, on ne peut
pas être partout à la fois, mais je suis persuadée qu'il y
aura des points qui pourront ressortir, qui seront probablement très
intéressants pour nous dans les décisions qu'on aura à
prendre dans ce genre de dossiers là.
Il y a aussi, bien sûr, le document «La lente progression
des femmes». Ce document-là a été produit
déjà par le Conseil du statut de la femme. C'est un document qui
nous donne, par ordre chronologique, si on veut, l'historique des droits des
femmes, les événements qui ont marqué... Et on part de
1608, donc on part du début de la colonie, si on veut. Et on se ramasse
comme ça avec toutes les lois, année après année,
les bons coups, les personnes qui ont fait avancer les dossiers, les femmes qui
ont vraiment participé, qui se sont impliquées. C'est un document
qui est intéressant puisqu'il nous donne une chronologie. Alors, quand
on le suit, on se rend compte qu'année après année il y a
eu des petits pas qui ont été faits. Mais on peut se rendre
compte aussi que, malgré les pas qui ont été faits, et je
pense que ce document-là est fait un petit peu dans ce sens-là,
il nous donne aussi l'idée, l'image des pas qui
ont été faits, même au niveau législatif
quand on parle, M. le Président, de l'égalité de droits
qu'on a atteinte, effectivement, à certains niveaux, sur papier
toujours, parce que, dans les faits, on peut se rendre compte que ce n'est pas
chose faite.
Je reprendrais quelques points comme ceux-là et j'aimerais donner
quelques exemples, d'ailleurs, si vous me le permettez, de cette
égalité qu'on a atteinte sur papier en termes de lois, en termes
de réglementations, et qui, dans la vie, malheureusement, ne sont pas
appliqués. Hier, en Chambre, vous avez remarqué, on a posé
une question au ministre de l'Emploi. Vous savez, le fameux droit de
reconnaître les congés de maternité au niveau du
gouvernement fédéral, ça a été reconnu en
1971. C'est depuis 1971 qu'on paie, on rémunère les congés
de maternité par le biais de l'assurance-chômage. Ici, ça a
été reconnu aussi, bien sûr, en 1978, au niveau des nonnes
du travail, le droit au congé de maternité. On a même ici,
à l'Assemblée nationale, rediscuté de tout l'aspect
congé de maternité, congés parentaux, et ça, il y a
quelques années à peine, il y a trois ans plus
précisément, où on a réinséré les
droits des travailleuses à prendre des congés parentaux de 34
semaines, par exemple, avec possibilité pour le conjoint d'en prendre
une
partie pour s'occuper, lui aussi, de son jeune enfant.
Pourtant, hier, on a vu dans les nouvelles, on l'a vu dans les journaux,
et la Commission des normes du travail nous le confirmait, les
congédiements illégaux pour grossesse, encore aujourd'hui,
occupent le haut, remportent la palme, si on veut, des congédiements
illégaux. Alors, ça veut dire que... On l'a sur papier, le droit
aux congés de maternité, mais, dans les faits, ce n'est pas
quelque chose qui se vit tout à fait clairement et de la même
façon, parce que quand on parle de la Commission des normes du travail,
on sait que la Commission des normes va agir, va faire des enquêtes
uniquement sur les plaintes. Alors, c'est bien évident que c'est
uniquement par rapport aux femmes qui ont porté plainte auprès de
la Commission. Quand on parle de SIS plaintes pour congédiement
illégal en cette matière-là, dû à une
grossesse, c'est uniquement celles qui ont porté plainte, et on sait
très bien que ce n'est pas la majorité des gens qui portent
plainte. Alors, c'est un droit qu'on a sur papier, effectivement, qui est
reconnu dans nos lois et que, normalement, tout le monde devrait savoir parce
que, comme je le disais au début, M. le Président, ça fait
plus de 20 ans que ce droit-là est reconnu. Et, malheureusement, il
n'est pas appliqué.
Un autre droit qui est reconnu ? et là je sais que, la
ministre, ça va la faire peut-être un peu sourire ? par le
biais de la Charte des droits et libertés, cette fois, on parle du droit
au salaire égal pour un travail équivalent. Ce droit-là
est dans la Charte des droits et libertés de la personne, plus
précisément à l'article 19. C'est un droit qui est reconnu
depuis 1976 puisque cette Charte-là, qui, selon l'ancien ministre de la
Justice... Il nous disait que cette Charte-là est
supralégislative, hein, c'est la loi des lois. Alors, si la Charte ne
s'applique pas, je me demande bien où on s'en va. On sait pour- tant,
aujourd'hui, M. le Président, malgré l'article 19 de la Charte
des droits et libertés de la personne, que les femmes gagnent toujours
61 % du salaire des hommes, dans le cas de tout emploi, temps partiel, temps
plein, et, cette année, on parle de 70 % quand on fait la comparaison
uniquement sur les emplois à temps plein. On le voyait, les
écarts persistent, même par rapport aux gens qui sont
formés, même par rapport aux femmes qui font des études
universitaires. Dépendant des domaines, on se rend compte que le salaire
des femmes, malgré l'article 19, n'est pas équivalent. (10 h
Un autre droit. C'est un autre droit qui est reconnu sur papier, mais
qui, malheureusement, n'est pas vécu comme tel. Il y a des choses qui
ont été faites, cependant, et je dois le reconnaître, M. le
Président. Le gouvernement a quand même essayé de
relativiser les salaires au niveau de la fonction publique. Il y a un pas qui a
été fait, et, d'ailleurs, suite à ce pas-là, on a
pu se rendre compte que l'écart le plus important, l'amélioration
la plus importante était arrivée suite à cette prise de
position du gouvernement par rapport à la fonction publique.
J'espère que la ministre va finalement comprendre que cet
écart-là serait encore beaucoup amélioré, de
beaucoup amélioré, si on en arrivait à étendre
cette relativité-là à l'ensemble du secteur public et du
secteur privé. Ça se fait ailleurs, M. le Président, on le
sait. L'Ontario a une loi en matière d'équité salariale
depuis 1988. Quand on se rend compte qu'une de nos lois ne fonctionne pas, ne
donne pas les effets escomptés, je pense qu'il faut corriger le tir,
faire en sorte, quand c'est possible, de remettre les choses en place. Et
l'Ontario s'est donné ce genre de moyens là pour obliger les
employeurs à réévaluer les emplois traditionnellement
occupés par les femmes. nous, on aurait à faire la même
chose, et je sais que la ministre a l'intention de déposer une loi en
matière d'équité en emploi, parce que la ministre
préfère de beaucoup, et elle me l'a déjà dit,
préfère de beaucoup le terme «équité en
emploi». elle s'interrogeait, d'ailleurs, à un certain moment
donné, lors d'une de nos rencontres en commission parlementaire,
à savoir comment ça se fait que la porte-parole de l'opposition,
elle, est porte-parole en matière d'équité salariale.
bien, écoutez, je pense que la ministre a pu avoir une réponse,
enfin un début de réponse, lors du dernier sondage, par le biais,
si on veut, du dernier sondage qui a été effectué par le
conseil du statut de la femme, justement, et qui démontre, qui
démontre très clairement que l'équité salariale est
la préoccupation qui vient en tête de ligne de toutes les
préoccupations, mêmes celles de l'accès à
l'égalité à l'emploi. et, là-dessus, je pense que
les chiffres sont quand même très clairs: on dit que 66 % des gens
qui ont répondu au sondage du conseil du statut de la femme
prônent l'équité salariale, demandent
l'équité salariale, jugent que c'est le dossier le plus
important, par rapport à 15 % qui demandent plus d'accès, de
faciliter l'accès aux emplois non traditionnels et 21 % qui demandent un
peu plus d'accessibilité aux postes de
direction. Alors, on se rend compte que c'est bien, l'accès
à l'égalité, c'est parfait, il faut continuer de se battre
pour ça, mais que la priorité, c'est l'équité
salariale.
Et j'espère que la ministre, qui est supposée
déposer sa loi, comme je le disais, M. le Président, pourra en
tenir compte, en faisant ressortir l'aspect de l'équité salariale
à l'intérieur de son projet de loi en matière
d'équité en emploi. J'espère que ce sera
déterminant pour le dossier, parce que la situation des femmes,
présentement, on le sait, est très difficile. On le sait par
rapport au dossier de la pauvreté, M. le Président, et,
là-dessus, on a quand même aussi des statistiques. Quand on parle
d'équité salariale, c'est très relié à la
pauvreté aussi des gens. Parce que, vous savez, M. le Président,
quelqu'un qui travaille à rabais prend sa retraite à rabais
aussi, parce que les allocations de revenu sont toujours basées sur les
salaires. Peu importe, la personne perd son emploi, retire son
assurance-chômage, par exemple. Bien, son assurance-chômage, ce
sera 60 % de son revenu, de son salaire. Alors, quand les femmes perdent leur
emploi, elles sont en chômage à rabais, parce que leur emploi
avait été mal évalué et qu'elles ne gagnaient pas
le salaire qu'elles auraient dû gagner. Et, quand elles prennent leur
retraite, les femmes plus âgées ont aussi un régime de
retraite qui est à rabais. Donc, elles travaillent à rabais,
prennent leur retraite à rabais. On les maintient, à toutes fins
pratiques, dans cet état de pauvreté.
Quand on parle de la pauvreté, M. le Président, j'aimerais
quand même faire état de certaines statistiques. Je pense qu'il
faut se le rappeler. Je sais que, l'an dernier, l'intervention que j'avais
faite ici, en cette Chambre, et que d'autres avaient faite, portait beaucoup
sur l'aspect de la pauvreté. Mais, malheureusement, M. le
Président, il n'y a pas grand-chose qui s'est corrigé et on est
toujours dans la même situation. Les virages n'ont pas
nécessairement été faits; on peut s'en rendre compte.
Alors, je pense qu'il faut reprendre, et c'est un peu notre rôle ici,
à l'Assemblée nationale, de reprendre et de continuer, de lutter
avec les femmes pour que ces aspects-là changent, et il faut le faire
tant et aussi longtemps qu'il n'y aura pas eu de correctifs d'apportés.
alors, on nous dit que 60 % des personnes vivant dans la pauvreté sont
des femmes. au canada, entre 1971 et 1986, la pauvreté chez les
salariés a augmenté cinq fois plus vite chez les femmes que chez
les hommes, soit dans une proportion de 160,4 % contre 28,3 %. le nombre de
femmes recevant des prestations de la sécurité du revenu ou de
l'assurance-chômage a progressé depuis 1981 à un rythme
plus rapide que le nombre de femmes en emploi. et maintenant que la ministre
déléguée à la condition féminine est aussi
ministre de la sécurité du revenu ? elle occupe les deux
places, les deux postes, les deux chapeaux ? elle sera sûrement
d'autant plus consciente de ce problème-là avec son nouveau
dossier.
Pour les familles monoparentales dont le chef est une femme, le risque
de pauvreté au Québec est, en 1990, près de cinq fois plus
élevé que celui des familles biparentales. et là je pense
qu'il faut aussi se poser de sérieuses questions, parce que le nombre de
familles monoparentales tend à augmenter, m. le président. je
prenais aussi connaissance des chiffres dans statistique québec, qui
nous démontraient qu'en 1985, par exemple, on avait 36 % des mariages,
36 mariages sur 100 qui divorçaient. on est en 1991, et, selon les
mêmes statistiques, les chiffres nous démontrent qu'on est
à près de 50 %, puisqu'on est à 49,6 %. et ce qu'on nous
dit aussi, c'est que ces divorces, ces séparations arrivent au moment
où le couple est avec des enfants très jeunes: deux ans, trois
ans, quatre ans. c'est dans les premières années du mariage
où on a le plus grand nombre, la plus grande proportion de ces
divorces-là. donc, quand on parle des familles monoparentales, on le
sait, 80 % de ces familles-là ont comme chefs les femmes. les chefs de
famille monoparentale sont à 80 % des femmes. on dit aussi que plus de
90 % des jeunes mères seules entre 16 et 24 ans vivent dans la
pauvreté; 95 % des familles monoparentales vivant de l'aide de dernier
recours sont dirigées par une femme. alors, on se rend compte qu'il y a
des problèmes majeurs, qu'il y a des règles qui ne sont pas
respectées, qu'il y a aussi des règles à mettre en place
parce que la société comme telle a changé.
Quand on regarde le pourcentage au niveau des divorces, on le voit, il y
a accroissement au niveau des séparations et des divorces. Donc, il y a
plus de familles monoparentales, il y a plus de jeunes mères seules, et,
quand on fait la comparaison avec les statistiques que je viens de vous donner
? que, bon, plus de 90 % des jeunes mères seules entre 16 et 24 ans
vivent dans la pauvreté ? on peut dire que, si on ne fait rien, la
situation ne s'améliorera pas, elle va aller plutôt en
s'aggra-vant.
Hier, j'entendais, M. le Président, des gens nous dire comment
ils avaient fait des pas en matière de services de garde à
l'enfance, comment le gouvernement avait performé, comment le
gouvernement nous avait donné des places. Effectivement, M. le
Président, je reconnais, je reconnais qu'il y a eu un ajout de places
important, beaucoup moindre cependant que les engagements qui avaient
été pris. Ça, je pense qu'il faut le redire aussi. Mais il
reste que les besoins aussi ont changé en matière de services de
garde. Et, encore là, je trouve ça très
révélateur parce que les chiffres parlent aussi, hein? Il y a des
gens qui vont dire qu'on fait dire n'importe quoi aux chiffres, mais je pense
qu'il y a des chiffres qui sont là, qui précisent des choses et
qu'on ne peut pas faire parler n'importe comment. Je vous parlais des divorces
il y a quelques minutes et, toujours selon le Bureau de la statistique du
Québec, moi, je regarde la proportion des femmes qui étaient sur
le marché du travail et qui avaient des enfants de moins de trois ans.
On a l'échelle, là, si on veut, de 1976 à aujourd'hui. En
1976, on parlait de 28,5 % de femmes qui occupaient une place sur le
marché du travail et qui avaient des enfants de moins de trois ans, donc
des enfants qui avaient besoin d'un service de garde. Aujourd'hui, on
est en 1992, et ce pourcentage-là de femmes qui ont des enfants
en bas de trois ans, donc qui réclament et qui ont besoin de services de
garde, bien, on est rendu à 61,3 % de mères de famille avec des
enfants en bas âge qui sont rendues sur le marché du travail.
Ce chiffre-là, M. le Président, quand on le regarde
année après année, a toujours augmenté. Il n'y a
jamais eu de décroissance; on a toujours augmenté. Le nombre de
femmes sur le marché du travail croît. Le nombre de mères
avec jeunes enfants est en croissance aussi, et je pense que la tendance va
à l'effet que ça va toujours s'accentuer. Parce que, vous savez,
les besoins ont changé, le rôle des femmes aussi a changé.
Antérieurement, les mères, on nous appelait les «reines du
foyer», M. le Président. Vous vous rappelez ce
titre charmant,
n'est-ce pas? On était les reines du foyer. On avait un rôle.
C'était un peu le rôle historique, si on veut, mais, maintenant,
la mère est vraiment obligée d'aller sur le marché du
travail, d'aller chercher un salaire qui n'est plus un salaire d'appoint. On
n'a qu'à regarder, encore une fois, d'autres statistiques qui nous
arrivent. Statistique Canada nous produisait des documents, récemment,
qui nous démontrent que les familles ont des besoins de plus en plus
croissants, et que le revenu des familles, compte tenu de l'alourdissement des
taxes et des impôts, tend à se rapetisser, en termes de revenus
nets. Alors, vous comprenez, M. le Président, que les mères de
famille sont passées de reines au foyer à pourvoyeurs à
leur tour aussi. Il faut absolument que les deux conjoints, dans la
majorité des cas, la très grande majorité des cas, soient
sur le marché du travail et gagnent le salaire, gagnent la pitance pour
la famille. (10 h 30) alors, c'est sûr que les besoins de garde, quand on
regarde le nombre de femmes qui sont sur le marché, le pourcentage, qui
s'accroît de plus en plus, ne peut pas faire autrement que de
s'accroître. alors, quand le gouvernement me dit qu'ils ont fait des
efforts surhumains, bien, écoutez, on n'a qu'à se baser sur les
chiffres et l'évaluation des besoins est facile à faire. on voit
qu'il y a eu, bien sûr, des places supplémentaires, mais c'est
bien évident qu'on ne peut pas suffire comme ça à la
demande. et, à cet égard-là, j'espère que la
ministre va faire des démarches auprès de sa collègue au
niveau du fédéral parce que, vous savez, le gouvernement
fédéral nous a déjà fait le coup, une fois, de dire
qu'il promettait des montants pour établir des services de garde
nationaux, donner des places à l'échelle nationale, et le
gouvernement libéral de m. chrétien s'était engagé
sur la même voie. on sait ce qui est arrivé avec la promesse des
conservateurs; elle est tombée. on le sait, en 1988, ce qui est
arrivé. on a commencé à reculer pour finalement dire qu'on
ne le ferait pas. là, m. chrétien, lui, il nous a promis
ça aussi, de mettre des sous pour ajouter des places dans l'ensemble du
canada pour les services de garde. alors, j'espère que la ministre va
aller réclamer ces sous-là, va se battre pour les obtenir et
j'espère aussi qu'elle pourra peut-être essayer de se battre aussi
pour faire abolir la fameuse condition du 3 %, parce que le premier ministre du
canada, lui, pour donner des places en services de garde, il faut absolument,
dans sa tête à lui, là, dans sa façon de s'engager
dans ce dossier-là, que le pib, le produit intérieur brut, ait
augmenté de 3 %. c'est assez curieux de voir qu'il exige une condition
pareille dans le domaine de la garde à l'enfance et qu'il se permet de
ne rien exiger du tout et de s'infiltrer dans le domaine des affaires
municipales par le programme d'infrastructures. tout ce qu'on demande, les
familles au québec, les femmes, les familles, les gens qui ont besoin de
services de garde, et j'espère que la ministre va défendre ce
point-là, c'est que le premier ministre du canada fasse au moins comme
il a fait pour les infrastructures routières, qu'il oublie ses
conditions de 3 %... je pense qu'on mériterait effectivement, parce
qu'on en a grandement besoin, des services de garde plus abondants, mieux
répartis aussi, et on a besoin, évidemment, des montants qui vont
avec. ça créerait aussi de l'emploi permanent plutôt que de
créer des tâches saisonnières, si on veut, parce qu'on sait
que chez nous, les routes, c'est saisonnier. quand on parle de
réfection, on parle d'emplois d'été, à toutes fins
pratiques, alors que la garde des enfants, ça se fait à
l'année, m. le président. alors, peut-être que ça
l'aiderait dans son programme de création d'emplois, puisqu'il pourrait,
à ce moment-là, créer des tâches annuelles.
Alors, M. le Président, je pense que c'est un fait, c'est un fait
que les droits qu'on a sur papier, on ne les a pas nécessairement dans
les faits, il faut se rendre compte de ça, qu'il y a des règles
à changer aussi selon les besoins que l'on a, parce que la
société est en mutation, et je pense que les quelques chiffres
que j'ai essayé de donner nous démontrent qu'il y a des
changements majeurs et qu'il faut suivre ces changements-là, il faut
adapter nos règles à ces changements-là, aux besoins des
gens que l'on représente ici.
Je voudrais, bien sûr, en terminant, rendre hommage, moi aussi,
à toutes celles qui ont marqué l'histoire, qui ont marqué
l'historique, le cheminement, si on veut, du dossier des femmes. Je voudrais
rendre hommage aussi à celles qui ont réussi, et qui
réussissent encore aujourd'hui, à percer dans des domaines
traditionnellement occupés par les hommes, traditionnellement
occupés par d'autres qui, finalement, sont toujours difficiles. C'est
toujours difficile pour les femmes de percer dans ces domaines-là.
Alors, je voudrais rendre hommage à celles qui ont réussi, et qui
continuent de lutter pour réussir, à percer dans ces
domaines-là.
Surtout, M. le Président, je voudrais rendre hommage à
toutes celles qui se sont impliquées, peut-être de façon
moins éclatante, à toutes celles qui s'impliquent, jour
après jour, pour faire avancer la cause des femmes. Alors, je voudrais
féliciter, bien sûr, tous les organismes qui militent pour la
cause des femmes, tous ceux et celles, parce qu'il y a aussi des hommes dans
ça qui la font avancer, qui sont féministes aussi dans ces
dossiers-là... Parce que, pour moi, le féminisme, c'est plus
qu'une histoire de femmes, M. le Président. Le
féminisme, c'est un dossier qui touche la société
dans son ensemble. Quand on améliore les conditions de vie des femmes,
on améliore les conditions de vie des familles, on fait avancer un
dossier de société.
Alors, bien sûr, je voudrais féliciter tous ceux qui
s'impliquent, les remercier, les encourager à continuer, parce que, on
le sait, rien n'est terminé. Je vous remercie, M. le
Président.
Le Vice-Président (M. Bissonnet): Merci, Mme la
députée, de votre intervention sur cette motion.
Conformément à l'ordre de la Chambre, nous en sommes maintenant
au droit de réplique de l'auteure de la motion, Mme la ministre
déléguée à la Condition féminine et à
la Famille. Je vous indique que vous avez un droit de réplique de 20
minutes, si vous le désirez. Merci.
Mme Violette Trépanier
(réplique)
Mme Trépanier: Merci, M. le Président. Je prendrai
quelques minutes pour revenir sur certains propos que les intervenants ont
tenus dans cette Assemblée hier et aujourd'hui. Je commencerai par
parler, je pense, de l'outil de conciliation entre la vie professionnelle et la
vie familiale le plus important, celui des services de garde. On a
véhiculé hier certains propos qui sont, à mon avis,
erronés, et je voudrais rectifier des chiffres.
Vous savez, notre gouvernement s'est impliqué dès son
arrivée au niveau des services de garde, en 1985, et nous avons une
performance très importante dans ce domaine-là. C'est
évident qu'il reste encore à faire, mais il ne faut pas oublier
qu'en 1988 nous avons adopté une politique de services de garde dans
laquelle nous prenions des engagements, à savoir de développer 60
000 nouvelles places en cinq ans. Nous l'avons entendu ce matin encore, il y a
eu retrait du gouvernement fédéral, et notre objectif sera
réalisé, mais en l'espace de sept ans.
Alors, durant cette période-là, M. le Président, en
1988, lors de la politique des services de garde, il y avait très
exactement 64 742 places en services de garde. Je dois vous rappeler, M. le
Président, que les services de garde ne sont pas qu'un mode de garde.
Alors, peut-être que les intervenants d'hier faisaient allusion aux
garderies, entre autres, mais il faut bien spécifier qu'il y a des
garderies, qu'il y a des agences en services de garde, qu'il y a de la garde en
milieu scolaire également. Alors, donc, de 64 742 places que nous avions
en 1988, le 16 février 1994, nous avons maintenant 120 493 places, soit
un ajout de 55 751 places. On est très loin du chiffre
évoqué hier par l'Opposition. Nous avons, M. le Président,
malgré la conjoncture extrêmement difficile que nous connaissons,
doublé les budgets des services de garde depuis 1988. Le budget
était de 93 000 000 $ en 1988 et il est passé à 187 000
000 $ cette année. Alors, c'est un dossier extrêmement important
pour les femmes du Québec, et je comprends l'Opposition de s'y
intéresser beaucoup, mais je voulais rectifier ces faits-là.
Vous savez, M. le Président, le Québec est en profonde
mutation et le Québec, présentement, prend des virages
importants. Il se donne des instruments extrêmement importants, des
instruments majeurs pour son avenir: politique de développement
économique, politique de développement régional, politique
de la main-d'oeuvre, politique de santé et bien-être, plan de
relance pour l'emploi. C'est de cette façon que nous avons
décidé de lutter contre la pauvreté, pauvreté
à laquelle faisait allusion la députée des
Chutes-de-la-Chaudière, et avec raison. (10 h 40)
Alors, nous avons énormément confiance en notre plan de
relance que nous avons mis en place récemment. Au niveau de la condition
féminine, nous avons adopté une politique de condition
féminine et cette politique, M. le Président, elle avait deux
objectifs: d'abord, celui d'accorder aux femmes la justice et
l'équité auxquelles elles ont droit et aussi d'utiliser les
ressources potentielles des femmes pour aider le Québec à
triompher des difficultés. On a effectué de nombreuses
consultations et un large consensus a été établi autour de
quatre grandes orientations: l'autonomie économique des femmes, le
respect de l'intégrité physique et psychologique des femmes,
l'élimination de la violence et la reconnaissance et la valorisation de
l'apport collectif des femmes.
Ces quatre orientations déterminent les interventions du
gouvernement au cours des prochaines décennies et la
concrétisation de ce nouveau contrat social se fera par le biais
d'engagements triennaux auxquels nous nous sommes engagés: 135
engagements précis, concrets, dans 44 ministères
différents. Claudette Tougas, Mme Tougas, de La Presse, disait, lors du
lancement de cette politique: «Une politique engagée,
concrétisée dans 135 engagements fermes et endossée par 44
ministères et organismes gouvernementaux est très
intéressante. Tous les engagements sont réalisables dans un
mandat de trois ans. D'aucuns, dit-elle, ne manqueront pas de critiquer cette
politique, d'y voir des faiblesses, des oublis, de répéter qu'il
s'agit de voeux pieux, mais rien n'est jamais parfait. Pourtant, dans son
ensemble, cette politique constitue un bon projet, même ambitieux
à certains égards, cohérent et réaliste.»
M. le Président, voilà comment notre gouvernement a
décidé de travailler pour l'équité des femmes. Mme
la députée de Chutes-de-la-Chaudière nous parlait
d'équité salariale, tout à l'heure. Moi, je suis
persuadée qu'au-delà de l'équité salariale, il ne
faut pas négliger l'équité en emploi, et notre
gouvernement s'est engagé à déposer une
loi sur
l'équité en emploi dans les prochains mois.
Alors, M. le Président, il est sûr qu'il reste encore
énormément à faire. Nous sommes conscients de ça,
et une journée comme la Journée internationale des femmes sert
également à faire valoir le point de vue des femmes sur leurs
droits. Mais je pense qu'il ne faut pas négliger l'apport et l'effort
important que le gouvernement a faits dans toute cette question-là, et
je m'engage, au nom de mon gouvernement, à continuer
nos efforts dans ce sens et à arriver avec des mesures
concrètes pour que nous puissions favoriser l'accès des femmes
à l'égalité.
Et je termine en souhaitant encore mes meilleurs voeux à toutes
les femmes québécoises et aussi aux responsables d'organismes qui
font en sorte que nous puissions avancer, un pas à la fois, mais avancer
tout de même vers la bonne voie. Merci, M. le Président.
Mise aux voix
Le Vice-Président (M. Bissonnet): Merci, Mme la ministre.
Alors, cette intervention met fin au débat, et je vais mettre la motion
de Mme la ministre déléguée à la Condition
féminine et à la Famille aux voix. Est-ce que la motion, qui se
lit comme suit: «Que l'Assemblée nationale participe à la
réflexion collective à l'occasion de la Journée
internationale des femmes, décrétée le 8 mars», est
adoptée?
Des voix: Adopté.
Le Vice-Président (M. Bissonnet): Adopté.
Affaires du jour
M. le ministre de l'Industrie, du Commerce, de la Science et de la
Technologie.
M. Tremblay (Outremont): M. le Président, je vous
demanderais d'appeler l'article 6 au feuilleton.
Projet de loi 148 Adoption du principe
Le Vice-Président (M. Bissonnet): À l'article 6, M.
le ministre de l'Industrie, du Commerce, de la Science et de la Technologie
propose l'adoption du principe du projet de loi 148, Loi modifiant la Loi
favorisant l'augmentation du capital des petites et moyennes entreprises. M. le
ministre de l'Industrie, du Commerce, de la Science et de la Technologie.
M. Gérald Tremblay
M. Tremblay (Outremont): Merci beaucoup, M. le Président.
Nous procédons aujourd'hui à la prise en considération du
projet de loi 148 qui modifie certaines dispositions de la Loi favorisant
l'augmentation du capital des petites et moyennes entreprises. Ce projet de loi
donne suite aux mesures annoncées par le ministre des Finances à
l'occasion du discours sur le budget du 20 mai 1993.
Depuis le discours sur le budget 1991-1992, un crédit
d'impôt pour favoriser l'augmentation du capital a été mis
en place afin de venir en aide aux petites et moyennes entreprises qui
désirent se financer en émettant des actions ordinaires, des
debentures convertibles ou des actions privilégiées convertibles
en actions ordinaires. Afin d'être admissible, une corporation doit avoir
un actif inférieur à 25 000 000 $ ou un avoir net d'au plus 10
000 000 $. La souscription de ces titres par des institutions
financières ou par certaines sociétés à capital de
risque désignées permet à la corporation de
bénéficier d'un crédit remboursable de 24 % ou de 12 %
selon que le placement admissible prend la forme soit d'une souscription
d'actions ordinaires, soit d'une souscription de debentures ou d'actions
privilégiées convertibles. Un visa doit être accordé
par la Société de développement industriel du
Québec afin de valider le placement admissible.
M. le Président, la première modification contenue dans le
projet de loi 148 ajoute un pouvoir réglementaire à la loi qui
permettra au gouvernement d'adopter des tarifs pour les actes que la
Société de développement industriel du Québec pose
en vertu de la présente loi. De fait, dans le cadre de l'administration
de ce programme, la Société de développement industriel du
Québec émet des visas aux corporations qui veulent
bénéficier d'un crédit d'impôt pour favoriser
l'augmentation du capital des petites et moyennes entreprises. La SDI encourt
donc des coûts reliés à l'analyse des demandes et à
la validation des informations qui lui sont transmises dans le cadre de ce
programme et il convient qu'une
partie de ces frais soit assumée par les
corporations qui présentent de telles demandes.
La deuxième modification permet d'accorder plus de souplesse
à la règle du dépôt d'une demande. De fait, les
règles actuelles stipulent qu'une corporation qui demande à la
SDI de lui accorder un visa à l'égard d'un placement admissible
doit présenter une telle demande au plus tard 90 jours après la
date de la fin de son exercice financier. Ce délai sera porté
maintenant à 180 jours après la date de la fin de son exercice
financier. Cette modification s'applique à un placement admissible
à l'égard duquel la SDI accordera un visa après le jour du
discours sur le budget.
Voilà, en bref, M. le Président, les objectifs
visés par le projet de loi 148 modifiant la Loi favorisant
l'augmentation du capital des petites et moyennes entreprises et auxquels, j'en
suis persuadé, adhéreront les membres de cette
Assemblée.
Le Vice-Président (M. Bissonnet): Merci, M. le ministre.
Alors, sur ce sujet, je cède la parole, maintenant, à Mme la
présidente de la commission de l'éducation et
députée de Hochelaga-Maisonneuve. Mme la députée,
la parole est à vous.
Mme Louise Harel
Mme Harel: Alors, merci, M. le Président. M. le
Président, en fait, il s'agit d'un projet de loi qui porte sur la
tarification et qui aura comme conséquence d'introduire des droits et
des honoraires payables par les entreprises qui voudraient profiter d'un
crédit d'impôt pour favoriser leur capitalisation.
Je dois vous dire, M. le Président, d'abord, que
ce crédit d'impôt à la capitalisation n'a pas l'air
de donner les résultats que le ministre des Finances prétendait
lorsqu'il introduisait, en 1991-1992, cette nouvelle formule. Lors des
crédits du ministère de l'Industrie et Commerce, et maintenant
Science et Technologie, au mois de juin passé, j'avais tenté
d'obtenir un bilan d'où on en était rendu presque deux ans
après l'introduction de cette formule, pour me rendre compte,
finalement, que c'est tout au plus 16 dossiers, en juin dernier, 16 dossiers,
donc 12 durant l'année 1992-1993 et quatre exactement en 1991-1992. En
fait, des dossiers, ça veut dire des entreprises aidées. Seize au
total. Quand on sait la situation difficile que ces entreprises traversent
depuis le début de la récession, en 1990 en particulier, et puis,
depuis, évidemment, que l'on sait à quel point nombre d'entre
elles ont fermé leurs portes... Est-il nécessaire de rappeler les
nombreuses faillites d'affaires, qui ont amené le Québec à
avoir le championnat des faillites pendant quelques mois, pour comprendre que,
finalement, cette formule-là donnait prétendument des
résultats sur papier et n'a pas donné le coup de pouce aux
entreprises qu'on pouvait souhaiter?
Et le gouvernement introduit maintenant, avec ce projet de loi 148, des
droits, des honoraires pour que la SDI puisse émettre un visa. Pourquoi
cela à ce moment-ci? Et pourquoi pas en 1991-1992, au moment où
le gouvernement prétendait encore qu'il n'y avait pas de
récession? Parce que vous vous rappellerez sans doute que c'est en 1991,
à l'automne 1991 seulement, que la vice-première ministre
admettra qu'une récession brutale était engagée au
Québec. (10 h 50)
Alors, pourquoi maintenant des droits et des honoraires payables
à la SDI de la part des entreprises qui veulent obtenir un crédit
d'impôt pour favoriser leur capitalisation? C'est sans doute parce que
ça ne va pas très bien à la SDI présentement, et,
M. le Président, on aura l'occasion, certainement, d'en reparler durant
la présente session. Il y a à peine un mois, c'était le 4
février dernier, le journal La Presse titrait que la SDI connaissait,
depuis quelques années seulement, au total cinq ans, des mauvaises
créances qui totalisaient 600 000 000$: à peu près 485 000
000$ dues à des décisions du Conseil des ministres, suite
à des projets choisis par le gouvernement lui-même et, finalement,
refilés à la SDI, puis environ une centaine de millions de plus
qui étaient la conséquence de dossiers directement
acheminés à la SDI.
Il faut bien comprendre que le score du gouvernement là-dedans
était de cinq à un sur les fonctionnaires, c'est-à-dire
que, quand le gouvernement choisit, finalement, des projets en particulier, il
s'avère ? les chiffres sont là pour le démontrer
? que ça se termine souvent par des provisions de perte. En tout
cas, il y en a pour 500 000 000 $. Et d'autant plus que la SDI refuse,
jusqu'à maintenant, d'indiquer à toutes les personnes qui ont
tenté d'obtenir vainement une réponse à la question de
savoir si les 117 000 000 $ engloutis dans la papeterie de Donohue, à
Matane, qui a opéré quelques mois seulement après son
ouverture, qui a fermé moins d'un an après ses débuts
d'opération, si ces 117 000 000 $ étaient
considérés comme perte ou si le gouvernement prétendait
encore qu'il s'agissait tout simplement d'une fermeture temporaire... Vous
savez, le ministre de l'Industrie, du Commerce, de la Science et de la
Technologie ne pourra pas échapper à répondre à ces
questions-là, d'autant plus qu'il est étonnamment silencieux,
puisque, depuis un mois, il n'a pas, d'aucune façon, réagi pour
infirmer, pour prétendre que ce n'était pas le cas. On voit
pourtant se confirmer ces mauvaises créances de 600 000 000 $ à
Et, M. le Président, d'autant plus que, l'Opposition, nous avons
pu obtenir copie, comment dirions-nous, d'une sorte de protocole que le
ministère et la SDI ont été, en fait, tenus de signer avec
le Conseil du trésor. C'était en avril dernier, il y a un an
maintenant. Sans doute alerté par ces mauvaises créances et ces
dossiers mal gérés, le Conseil du trésor a imposé,
en fait, au ministère de l'Industrie et du Commerce et à la SDI
une façon de faire qui resserre étrangement la marge de manoeuvre
de cette Société de développement industriel du
Québec. On y apprend, notamment, que la SDI accepte qu'il n'y ait aucune
indexation, plus encore, qu'elle accepte qu'il y ait de substantielles
compressions dans ses budgets de fonctionnement.
Cela se trouve confirmé, d'ailleurs, dans un document
préparé par le Conseil régional de développement
provisoire sur l'île de Montréal et qui émane du
Secrétariat aux affaires régionales de la région de
Montréal ? Secrétariat qui, je le rappelle, est
occupé par nul autre que l'ancien député libéral de
Sainte-Marie, M. Michel Laporte ? et qui confirme, et je cite, M. le
Président, les paragraphes qui concernent la SDI: «Dans l'exercice
d'appréciation du rôle de la SDI dans le développement
économique de la région de Montréal, il y a lieu de tenir
compte que la SDI doit participer à l'opération
réalignement de l'administration publique et qu'à ce
chapitre il
est encore trop tôt pour prévoir les changements pouvant
survenir.» Au moment même où, pourtant, on aurait plus que
jamais besoin d'orientations claires sur ce qu'on entend faire avec des
instruments de développement économique, on ne peut pas, il est
trop tôt pour prévoir les changements pouvant survenir. Ça,
c'est en date du 24 novembre 1993. Ça ne fait pas une
éternité, comme on sait, et c'est un document qui a
été acheminé aux membres du CRD il y a à peine
quelques semaines.
C'est donc dire que la SDI est en sursis, et le gouvernement va devoir
nous indiquer clairement quelle orientation il entend prendre à
l'égard de la SDI, autre que celle de faire payer des tarifs et des
droits comme c'est le cas avec le projet de loi qui est devant nous. D'autant
plus que le ministre faisait réaliser une étude par la firme
Raymond, Chabot, Martin, Paré, qui, l'automne passé, aurait remis
un certain nombre de recommandations. C'est évident, M. le
Président, que tout ça ne peut pas se jouer en catimini. Tout
ça ne peut pas se jouer, finalement, porte fermée. C'est de
l'argent des
contribuables, c'est de l'impôt des Québécois qu'il
s'agit. On va devoir certainement, au niveau du gouvernement... le ministre en
particulier, va devoir être plus transparent dans ce dossier.
M. le Président, moi, je lui demande aujourd'hui de
déposer l'étude de la firme Raymond, Chabot, Martin, Paré.
Il semble que, dans les recommandations qui ont filtré tout au moins
dans la presse jusqu'à maintenant, cette firme recommanderait de mettre
un terme à l'article 7 de la loi qui donne au gouvernement, justement,
le droit de choisir des projets et ensuite de les refiler à la SDI.
Qu'est-ce que le ministre entend faire, là, à l'égard de
ces recommandations et des nouvelles orientations qui sont
préconisées pour la SDI? Ce sont là des questions
extrêmement importantes, extrêmement importantes à ce
moment-ci, justement, où le gouvernement prétend avoir
découvert l'objectif de l'emploi. C'est un peu tard, évidemment,
huit ans et demi à la fin d'un deuxième mandat, où les
résultats sont assez catastrophiques.
Sur le plan de l'emploi, je regardais dernièrement les
statistiques. Vous savez, les faits sont plus têtus que
l'interprétation qu'on peut en donner d'un côté ou de
l'autre de cette Chambre, M. le Président. Et puis, les faits, d'une
certaine façon, ne se contestent pas, n'est-ce pas? Et un fait qui est
assez grave, c'est la perte nette totale de 139 000 emplois temps plein depuis
trois ans. Ça, pour le Québec tout entier, ça veut dire un
moins, M. le Président. Vous vous rendez compte: 139 000 emplois perdus!
Une perte nette totale. Ce sont des emplois en moins. Et, quand on parle de
ceux qui se sont créés depuis le début de ce qu'on a
considéré être le creux de la récession, en avril
1992, ça fait maintenant deux ans, les emplois créés l'ont
été à temps partiel seulement. Ce sont, en fait, 33 000
emplois à temps partiel seulement, tandis que les emplois temps plein
perdus, c'est une perte nette. Alors, c'est heureux que, à la fin d'un
mandat comme ça, dans la période supplémentaire qu'il
s'est donnée, le gouvernement se rende compte que le problème est
là. Mais on va devoir faire autre chose que nous jeter de la poudre aux
Je vais vous donner un exemple, et peut-être deux, si vous me
permettez. Un qui est arrivé hier encore, lorsque le ministre de
l'Industrie, du Commerce, de la Science et de la Technologie annonce, ici
même dans cette Assemblée ? comme il l'avait fait,
d'ailleurs, à Montréal, un peu plus tôt ? qu'un
investissement de Bombardier à Canadair allait créer 350 emplois.
Il s'agissait donc d'un investissement majeur: on parle de 168 000 000 $. Et on
parle, pour les deux gouvernements, d'une subvention qui totalise 24 000 000 $.
Mais c'est une subvention, en passant, qui ne comporte, dit-on, aucuns frais
d'intérêt. Alors, on voit que le gouvernement s'engage dans cette
voie qu'il a reprochée au gouvernement précédent, il y a
quelques années seulement. Mais on ne lui en fait pas grief. Vous savez
ce que cet investissement de 160 000 000 $ va faire? Il va permettre, selon les
porte-parole de la compagnie, essentiellement d'augmenter la
productivité, et je cite la porte-parole de la compagnie Bombardier qui
dit exactement ceci: L'investissement maintiendra le même niveau
d'emplois en triplant notre productivité.
C'est un fait incontournable que le principal défi qu'on a
à relever comme société, c'est que la croissance
économique se fait sans création d'emplois. Ça fait
plusieurs fois que j'en parle, vous allez me dire, M. le Président, que
je me répète. Je me répète depuis des
années, dans le fond. Parce que c'est grave que le gouvernement n'ait
pas encore compris que c'est là, le défi, que l'investissement...
Parce que bien des gens, actuellement, n'ont pas besoin de diplôme
universitaire pour comprendre que, quand on annonce un investissement
important, ça ne veut plus souvent dire plus d'ouvrage, ça veut
souvent dire moins d'ouvrage, parce que ça veut dire un investissement
dans la productivité, dans les technologies et qu'on va pouvoir produire
avec moins de monde. Ça, ça fait des années, en tout cas,
que je le dis ici et que les gens de mon quartier le savent. Et le
gouvernement, lui, s'aveugle et continue à répéter que la
productivité, la compétitivité et l'exportation, ce sont
là les instruments qui vont assurer notre prospérité. (11
Je vous dis, M. le Président: oui, il en faut des investissements
dans la productivité, dans la compétitivité et dans
l'exportation, mais, M. le Président, ça ne crée pas une
job, ça. C'est ça, la réalité. La
réalité, c'est que l'investissement d'hier, l'investissement
à ville Saint-Laurent, une division de Bombardier, ça ne va pas
créer un seul emploi. Et l'investissement dans Camco, il y a un mois,
dans l'est de Montréal, qui a eu un mandat mondial pour faire des
laveuses-sécheuses, c'est important, évidemment, M. le
Président, c'étaient 25 000 000$ qui étaient
annoncés. Le ministre de l'Industrie est venu également et bien
d'autres personnalités. Vous savez combien d'emplois ça va
créer? Aucun. Est-ce qu'il fallait ne pas les faire, ces
investissements? Évidemment, il fallait les faire.
Ceci dit, M. le Président, est-ce que c'est suffisant, comme
société? Ce n'est bien évidemment pas suffisant et,
pendant des années, des années et des années, puis on en
voit le résultat maintenant... Ce n'est pas sans raison qu'il y a une
perte nette de 139 000 emplois, depuis cinq ans. Ce n'est pas sans raison.
C'est que le gouvernement n'a pas compris que la politique de l'emploi ne
reposait pas d'abord sur la très grande entreprise. Les grappes
industrielles du ministre de l'Industrie et du Commerce, hors le fait que, sur
papier, ça a bien du bon sens, voulez-vous bien me dire combien
d'emplois ça a pu créer? Bien, évidemment pas. Ça a
consolidé, quand ça a été possible, puis pas
toujours, même. Il y a des secteurs entiers, puis on y reviendra,
où, finalement, les grappes sont en train de tomber.
C'est une politique qui soutient la création d'entreprises,
petites et moyennes, qui peut, seule, à ce moment-ci, dans l'histoire
économique où on a à faire face à une
réalité de milliers, de centaines de milliers d'hommes et de
femmes sans emploi, et le gouvernement passe à côté.
Est-ce que j'ai besoin de rappeler que, dans ce que le ministre de
l'Industrie, du Commerce, de la Science et de la Technologie appelait le plan
de relance, l'automne passé, ça date d'il y a à peine
quelques mois, savez-vous combien ? puis je reprends exactement l'impact
financier des mesures tel que publié l'automne dernier là, fin
novembre ? il était prévu pour 1993-1994? Ça se
termine avec l'année financière à la fin du présent
mois. Au total, tout le
chapitre qui porte sur les politiques de
développement industriel et technologique, tout ce qui était
considéré comme mesure pour favoriser le développement des
grappes industrielles, pour favoriser l'innovation, la diffusion technologique,
pour favoriser les industries environnementales, en fait, ce qui, vraiment,
porte sur les politiques de développement industriel et technologique,
vous savez pour combien d'argent il y en a, en 1993-1994, le coût
prévu? 1 200 000 $. Ça, c'est scandaleux, M. le Président.
Puis c'est un gouvernement qui parlait d'emplois, en février, et qui,
fin novembre dernier, se permettait de ne rien dépenser... De ne rien
dépenser maintenant parce que, finalement, c'était faire semblant
que ce serait après, que ce serait dans les années qui
suivraient. Parce que c'est en 1994-1995, 1995-1996 qu'ils sont supposés
en dépenser beaucoup, en dépenser pour à peu près
un quart de milliard, dans les mêmes mesures.
Mais, si ça vaut la peine, alors, pourquoi ne pas le faire
maintenant? C'est maintenant que nos concitoyens considèrent qu'il est
urgent d'agir. Alors, pourquoi reporter ça à plus tard, si ce
n'est que pour faire semblant, M. le Président, faire semblant, le temps
de traverser une période électorale difficile où le
gouvernement aura à s'expliquer sur un bilan désastreux sur le
plan de l'emploi.
Et le ministre nous présente deux lois ce matin, deux lois qui,
toutes les deux, essentiellement, portent sur la tarification, vont tenter
d'obtenir des droits, si vous voulez, payables pour des services que les
entreprises vont demander à la SDI. C'est d'autant plus
inquiétant, évidemment, et j'y reviendrai, M. le
Président, que l'entreprise s'attendait à beaucoup mieux que
Et, finalement, quand on regarde ce qui est devant nous au niveau de la
petite et moyenne entreprise, on se rend compte que, finalement,
essentiellement, les annonces qui ont été faites,
supposément pour lui donner ce coup de pouce attendu, ces
annonces-là ont été, et je voudrais vous en donner des
exemples aujourd'hui, ces annonces-là, M. le Président, ont
été essentiellement des campagnes de publicité. Je vais
vous donner juste l'exemple, un seul, et je reviendrai sur quelques autres.
J'ai pensé qu'il pouvait être utile à ce moment-ci de se
rendre compte que les annonces faites... Puis l'argent annoncé sur
papier est rarement effectivement dépensé.
Pensez, par exemple, au programme Innovation PME. C'est un programme qui
a été introduit en 1992-1993, et c'était dans le budget du
ministre des Finances, le regretté Gérard D. Levesque. Ce
programme Innovation PME, il faudrait que je vous lise des extraits du discours
du budget pour voir le lyrisme qui entourait cette nouvelle mesure qui allait
injecter, prétendait le gouvernement, 24 000 000 $ sur trois ans. alors,
vous aviez là, donc, un tableau qui annonçait pour l'innovation
dans la petite et moyenne entreprise 24 000 000 $ nouveaux sur trois ans. on
peut prétendre, à ce moment-là, qu'il s'agissait de 8 000
000 $ par année. quand on a fait les crédits en juin
passé, un an après, quand on a fait les crédits de ce
programme innovation pme, on s'est rendu compte que les 8 000 000 $ de la
première année s'étaient rétrécis,
même sur le papier, à 4 500 000 $, et que, finalement, il n'y
avait eu que 1 800 000 $ de dépensés. 1 800 000 $, ce n'est
même pas 20 %. ce n'est même pas 20 % de ce qui avait
été annoncé un an auparavant, à grands renforts de
publicité, supposément pour soutenir l'innovation dans la petite
et moyenne entreprise.
Le même programme Innovation PME, dans ce qu'on a appelé un
plan de relance du gouvernement, en novembre passé, après en
avoir annoncé 24 000 000 $ et ne pas avoir dépensé la
première année plus que 1 800 000 $, alors, en novembre
passé, là on a prévu une augmentation de 25 000 000 $, une
enveloppe nouvelle sur trois années. Cette enveloppe Innovation PME de
25 000 000 $ sur trois ans, on en prévoit pour 1994-1995, et c'est
là l'impact des coûts que le gouvernement lui-même a
introduits dans ses documents... Pour l'an prochain, on prévoit 5 000
000 $, puis, l'année d'après, 7 000 000 $. C'est moins que ce qui
avait été annoncé en 1992-1993, et on prétend qu'il
s'agit d'une nouvelle annonce. Alors, on maquille une annonce
précédente, qui n'a pas, finalement, été
respectée, dans une nouvelle annonce, et on prévoit, finalement,
moins pour l'innovation dans la petite et moyenne entreprise que ce qui avait
été annoncé l'année auparavant. (11 h 10)
Des exemples, M. le Président. Le Programme de soutien de
l'emploi stratégique, programme de soutien qui, dans le budget
1992-1993, prévoyait 4 000 000 $ chaque année, investis dans
l'emploi stratégique dans la petite et moyenne entreprise. Ça,
c'est en 1992-1993. Comme c'est dans le discours du budget, c'est au mois
d'avril. On est dans le creux de la récession. Alors, là, on en
annonce pour 4 000 000 $ par année pour l'emploi stratégique dans
la petite et moyenne entreprise. À l'automne, comme tout était en
train de dégringoler et que la pression de l'opinion publique
était forte et celle de l'Opposition à l'Assemblée
également, à l'automne, le ministre de l'Industrie, du Commerce,
de la Science et de la Technologie, dans une conférence de presse bien
organisée, qui est suivie de plusieurs autres conférences de
presse de ses collègues, annonce un plan de relance, encore là
à l'automne 1992, puis il va porter cette enveloppe de 4 000 000 $,
annoncée dans le budget pour l'emploi stratégique dans la petite
et moyenne entreprise, à 14 000 000 $. C'est toujours sur papier,
cependant; 10 000 000 $ de plus, dit le communiqué du gouvernement. Pour
se rendre compte, finalement, au mois de juin passé, que, tout au plus,
ce sera à peine quelques
millions de dollars qui seront dépensés, bien loin des 14
000 000 $. Ce ne sera pas tout à fait 6 000 000 $, M. le
Président, qui seront dépensés dans ce programme d'emploi
stratégique où on annonçait une injection de 10 000 000 $
de plus.
Pire encore, il y a un volet qui s'intitulait «stage dans les
centres spécialisés», qui, d'ailleurs, a été
modifié, parce que, vous savez, il y a une sorte d'habileté puis
il y a comme une sorte d'habitude que le gouvernement a prise de changer les
noms des mêmes programmes pour pouvoir les annoncer la fois
d'après en n'ayant pas dépensé l'argent annoncé la
fois d'avant. Je vais vous donner un exemple, un autre exemple: le volet
«stage dans les centres spécialisés», pour lequel on
prévoyait des crédits de 3 000 000 $ répartis sur trois
ans, donc 1 000 000 $ chaque année, qui allaient pouvoir
bénéficier encore à la petite et moyenne entreprise pour
des stages dans les centres spécialisés. La totalité de ce
million de dollars est périmée; pas un sou de
dépensé. Puis on retrouvera, dans le plan de relance du mois de
novembre passé, ce même projet annoncé sur papier qui,
là, porte un nouveau nom. De «stage dans les centres
spécialisés», c'est devenu «centres collégiaux
de transfert de technologie». Alors, le premier programme annoncé
n'est pas dépensé, on change le nom, puis on annonce une nouvelle
enveloppe.
Les gens en ont assez de ça, M. le Président. Ils en ont
assez d'un gouvernement qui fait semblant et qui annonce qu'il va aider sur
papier puis qui, finalement, n'aboutit jamais. Et c'est d'autant plus
scandaleux qu'on est à un moment de notre histoire où on a des
records inégalés de personnes sans emploi. Ai-je besoin de
rappeler le championnat toutes catégories, pas seulement au niveau du
déficit avec presque S 000 000 000 $, pas seulement au niveau des taxes
et des impôts avec 3 000 000 000 $ de plus comme fardeau sur les
épaules à porter? Faut-il aussi rappeler le championnat toutes
catégories en matière de prestataires d'assurance-chômage:
445 000 prestataires le mois passé? Faut-il rappeler également le
championnat toutes catégories, malheureusement, en matière de
bénéficiaires à l'aide sociale: 740 000
bénéficiaires? Et faut-il rappeler, M. le Président, que
nous sommes dans une conjoncture où l'emploi ne se crée pas au
Québec? Des miettes, des miettes seulement quand on compare avec nos
voisins ontariens ou canadiens.
Et j'aurai l'occasion, M. le Président, de reprendre les chiffres
sur l'emploi, mais je veux simplement vous signaler combien il est
décevant présentement de constater à quel point,
finalement, le gouvernement tourne en rond. Sans doute, la semaine prochaine,
viendra-t-on encore tenter de nous faire «abracadabra» avec un
discours inaugural qui nous en promettra, comme il nous a été
promis l'automne passé avec un supposé plan de relance qui
s'ajoutait à l'année d'avant, avec les résultats qu'on
connaît maintenant. Je dois vous dire, M. le Président, que c'est
extrêmement décevant, et que, pour toutes ces raisons, nous allons
voter contre ce projet.
Le Vice-Président (M. Bissonnet): Merci, Mme la
députée. Est-ce qu'il y a d'autres interventions sur ce projet de
loi? M. le député d'Orford.
M. Robert Benoit
M. Benoit: M. le Président, je suis un peu surpris de voir
que les gens de l'Opposition vont voter contre le projet de loi. C'est un
projet de loi qui est tout à fait technique. Et on voit l'état
d'âme de ces gens-là. Je pense que la partielle de Shefford les
inquiète particulièrement, et, là, ils vont tirer sur tout
ce qui bouge. Mais il faudrait voir ici quel est l'esprit de ce projet de loi
148; c'est un projet de loi tout à fait technique, où il y a deux
choses, finalement, qu'on introduit dans le projet de loi, et il n'y a pas
matière à faire un scandale là-dedans.
D'abord, M. le Président, on parle de tarification. Alors, nos
citoyens, autant dans Hochelaga-Maisonneuve que dans le comté d'Orford,
que dans le comté du ministre, nous disent: Écoutez, c'est
à l'ensemble de la société de payer pour des frais
précis à une corporation ou à un individu. Alors, la SDI
devait charger des frais, finalement, pour émettre des visas. Visas pour
s'assurer que ces crédits-là que nous donnions étaient
bien faits, étaient bien appliqués, que tout était bien
rempli. Ces frais-là, finalement, on dit: Maintenant, on va amender la
loi. On dit: Bon, écoutez, à l'intérieur de la loi, on va
permettre à la SDI de charger ces frais-là. Ça, c'est le
premier aspect de ce projet de loi là.
La deuxième
partie de ça, c'est que le gouvernement a
introduit, vous savez, il y a quelques années, 1991, 1992... Ce n'est
pas nouveau, ça. On en avait parlé dans le budget, d'ailleurs,
pour ce qui est de l'augmentation du capital des petites et moyennes
entreprises qui désirent financer leur croissance développement,
et ce, sous la forme d'actions ordinaires, de debentures convertibles ou
d'actions privilégiées convertibles en actions ordinaires. De
plus, M. le Président, la souscription de ces titres par des
institutions financières ou par certaines sociétés
à capital de risque désignées permet à la
corporation de bénéficier d'un crédit remboursable. Je
vous signale également qu'un visa doit être accordé par la
Société de développement industriel du Québec afin
de valider le placement admissible. Telles sont les règles qui
régissent le fonctionnement de ce crédit d'impôt,
capitalisation des petites et moyennes entreprises. Ce qu'il faut retenir,
c'est que la mise en place de ce crédit d'impôt n'a pas
été sans entraîner des coûts administratifs
additionnels pour la SDI qui en assure la gestion à travers les visas
qu'elle émet. C'est donc, M. le Président, pour permettre
à la SDI de faire face aux coûts relatifs à ses
responsabilités d'attribution de visas d'admissibilité au
crédit d'impôt que nous modifions cette loi aujourd'hui.
Le deuxième objectif du projet de loi que nous avons devant nous
est de nature plus technique. Il concerne la règle du dépôt
d'une demande d'émission de visa. Ce projet de loi vise, M. le
Président, à accorder
plus de souplesse à la règle du dépôt d'une
demande. Ça aussi, les citoyens de Hochelaga-Maisonneuve, les citoyens
d'Orford, l'ensemble de la population nous demandent, les gouvernements, de les
déréglementer et, quand on ne peut pas
déréglementer totalement, de mettre un peu plus de souplesse.
C'est ça que le ministre de l'Industrie et du Commerce fait, il met un
peu plus de souplesse. Anciennement, on disait: Écoutez, après 90
jours de vos états financiers, c'est le plus loin qu'on ira. Maintenant,
on va permettre 180 jours. Il faut voir qu'une PME où c'est
l'homme-orchestre, la femme-orchestre qui fait tout à l'intérieur
de son entreprise, on va lui donner un petit peu de flexibilité. C'est
contre ça que le PQ va voter, M. le Président: un peu plus de
flexibilité dans les entreprises pour aider le petit entrepreneur qui,
dans Montréal-est, dans mon comté, dans le comté
d'Outremont, dans l'ensemble du Québec essaie de faire des choses,
essaie d'aider ses concitoyens, essaie de s'aider lui-même. Eh bien,
là, le PQ dit: Non, nous, on ne veut pas accorder 180 jours; ça,
c'est trop compliqué, c'est trop long. C'est probablement ça
qu'il pense. Mais, ce gouvernement-là, demandez-lui donc combien il en
a, des gens d'affaires? Combien de gens arrivent du milieu des affaires, dans
ce milieu-là? Qui ont géré des PME, qui ont
géré des entreprises? Je vais vous le dire, moi. Dans le Bloc
québécois, il y a 27 enseignants, il y a quatre psychologues. Il
y a combien d'hommes d'affaires ou de femmes d'affaires, dans le Bloc
québécois? Il y en a deux. C'est ces gens-là qui, en ce
moment, s'opposent à des règlements purement techniques pour
aider les petites entreprises dans Montréal-est. C'est ces
gens-là qui vont venir voter contre ça, M. le
Président.
Excusez si je m'emporte, mais ce sont des gens qui ne connaissent pas la
réalité des affaires au Québec, qui n'en ont jamais
créé, des entreprises, et, soudainement, viennent nous faire la
morale. Je vais vous en parler, moi, des crédits d'impôt qu'ils
ont accordés à ces gens-là, à l'époque
où ils étaient là. Ils l'ont fait d'une façon
autre, eux; ils ont créé un régime qui était le
REA. Là, ils nous parlent de la SDI qui perd de l'argent. On est dans le
milieu d'une récession, une des pires récessions depuis la
Deuxième Guerre mondiale, Mme la députée de
Hochelaga-Maisonneuve. Regardez les chiffres en Italie, regardez les chiffres
en Allemagne, regardez les chiffres en France; regardez les chiffres en
Amérique du Sud et aux États-Unis. Regardez ceux du
Québec, après vous allez relever la tête et vous allez
trouver qu'on a fait des choses extraordinaires. (11 h 20)
Je vais vous en parler, moi, des crédits d'impôt. Vous
l'avez fait d'une façon beaucoup plus subtile, dans les années
quatre-vingt, avec les REA. Savez-vous combien de REA, dont le chef de
l'Opposition a permis la création, n'existent plus? 42 sur 70.
Ça, c'était de l'argent des petits épargnants directement
qui a été «flushé» complètement. C'a
été ça, votre façon d'aider les PME: il y en a 42
qui ont fait faillite en date d'aujourd'hui.
M. le Président, je passais, il y a un an, et je voyais que la
SDI avait accordé un prêt dans mon comté pour une petite
compagnie qui faisait des commutateurs à distance pour partir votre
voiture. Vous savez, le genre de gadget qu'on était bien heureux
d'avoir, cet hiver, on n'avait pas besoin de sortir, on partait nos voitures
à distance. Il y a un entrepreneur, chez nous, jeune et dynamique, qui a
parti une compagnie, puis on lui a donné un peu d'aide, via la SDI, pour
la recherche et le développement. J'avais été le saluer
suite à ça, me présenter, et il y avait 16 voitures dans
le stationnement. Je me disais: Bien, c'est une petite PME, ils commencent. Et
voilà qu'il y a deux semaines je repassais devant son entreprise et je
me suis arrêté deux minutes, puis j'ai compté les voitures
dans le stationnement: il y en avait 60. J'ai dit: Mon Dieu, il doit faire un
party, il a invité ses vendeurs, je sais pas trop ce qui se passe. Je
vais aller le resaluer. Et puis, il me disait: Tu sais, le montant d'argent que
tu m'as donné, là, ou que la SDI nous a donné, bien, on a
créé pas mal de jobs avec ça. Notre produit, on est rendus
dans les grandes chaînes américaines. On avait des
problèmes techniques, on les a réglés, et puis le futur
nous appartient. Bien, ça, c'est le genre d'histoire heureuse.
On en a un autre, chez nous, il fabrique des tombes. Et le marché
des tombes, c'est un marché drôlement compétitif, croyez-le
ou pas. On lui a permis de faire une étude sur son marché, et
puis M. Laçasse me disait comment son entreprise a reviré de
bord, comment cette étude-là, qui a coûté 15 000 $
? la province a décidé de l'aider ? on a
retourné ça de bord. C'est ça que vous allez voter contre,
avec un projet de loi où on change deux petits articles dans une loi?
Voyons donc, ça n'a pas d'allure! je vais vous parler des exportations
du québec. vous en avez... c'est vous qui en avez parlé, mme la
députée de hochelaga-maisonneuve. savez-vous, dans l'estrie,
quelle est l'augmentation des exportations dans les trois derniers mois
à l'extérieur du québec? trente pour cent. au
québec, 22 %. il n'y a pas un pays sur la terre, en ce moment, qui a
augmenté dans les trois derniers mois ses exportations de 22 %; il faut
le dire. on est la
partie de l'univers... la france, l'italie, l'allemagne ont
des niveaux d'exportation de leur production inférieurs à ce que
le québec fait en ce moment. on est supérieur à l'ensemble
du canada. moi, je suis fier de ça, voyons donc!
Vous nous parlez de problèmes de création d'emplois. Oui,
il y a des problèmes de création d'emplois, il y en a à
travers le continent. Je vais vous dire qu'au Québec, d'autre part,
entre 1993 et 1994, il y a eu 43 000 ? et je vous invite à nous
écouter, les gens de l'Opposition ? il y a eu, entre janvier 1993
et janvier 1994, 43 000 emplois créés par des PME, et ce n'est
que le début d'une histoire heureuse. Je vous le promets, moi.
Je vais parler un peu du plan de relance du ministre, qui est ici avec
nous aujourd'hui, plan de relance tout à fait extraordinaire. Moi, je
suis un peu surpris de voir que la députée de
Hochelaga-Maisonneuve a dit que ça ne correspond à rien. Faites
du bureau de comté
comme j'en fais, vous allez voir les entrepreneurs vous appeler, vous
allez voir les commissariats industriels vous appeler, vous allez voir
même les agriculteurs, dans mon comté, nous appeler pour nous
dire: II y a quelque chose pour moi, là-dedans, pouvez-vous m'ai-der, il
y a un aspect pour le développement...
Et puis vous avez parlé des petites PME. Bien, dans le plan de
relance, là ? je vous invite à le relire ? les petites,
petites PME, il y a un aspect tout à fait particulier, on est
allé même à regarder pour les inventeurs. On est, au
Québec, un peuple de gens qui inventent, qui ont des idées, et
ces gens-là, les Bombardier de ce monde, ça n'a pas
commencé avec Canadair, ça a commencé avec Roski à
Valcourt, dans le comté de Mme... du comté de Johnson. C'est
là que ça a commencé, un patenteux, un inventeur, et c'est
devenu une multinationale. Le ministre a reconnu ça dans son plan de
relance, et, maintenant, les inventeurs, les patenteux, on va même les
aider, on va les encadrer.
Moi, je vais vous dire franchement: chez nous, là, il y en a pas
mal, des hommes et des femmes d'affaires qui sont issus de ce milieu-là,
et on a un préjugé drôlement favorable ? et,
ça, c'est une expression de votre ex-chef ? pour les TPE, les
très petites entreprises. Moi, j'en ai eu un à mon bureau, la
semaine passée. Lui, il a perdu son emploi parce que cette
compagnie-là, elle a été fermée tout simplement. Et
puis, lui, il veut se partir... il va réparer des petites tondeuses, et
puis ça fait un an qu'il fait ça dans sa cave, puis, là,
il s'en va sur la rue principale, puis on va l'aider, ce bonhomme-là,
à se partir en affaires, puis son fils va se joindre à lui, puis
sa femme va tenir la comptabilité et puis on va en créer, des
Vous savez, le Parti libéral, non seulement il a eu et il va
continuer à aider les TPE, les PME, mais il a aussi une vision
continentale. Quand le premier ministre va chez Canadair, quand on va chez
Bombardier, quand on va chez les grands de ce monde qui ont leurs sièges
sociaux au Québec, nous, on en est fiers de ça, puis on va
continuer à en être fiers.
M. le Président, je termine en disant que je suis très
surpris, je vous le dis franchement, c'est un projet de loi qui était
purement technique, on ne changeait pas grand-chose, finalement, dans la loi.
On voulait permettre, on voulait permettre à la SDI ? et on va le
faire ? que le coût soit directement lié à la personne
qui fait cette demande-là. Et c'est ce que les citoyens du Québec
nous disent: Arrêtez de piger dans le fonds consolidé, et ceux qui
demandent des services de l'État, pourquoi pas leur en charger une
partie de ces frais-là? C'est ce qu'on faisait. Merci, M. le
Président.
Le Vice-Président (M. Tremblay): Très bien. Alors,
nous sommes toujours à l'étude du projet de loi 148, et je vais
reconnaître maintenant le ministre responsable de ce projet de loi.
M. Tremblay (Outremont): Alors, je vous demanderais, M. le
Président, d'appeler l'article 7 au feuilleton.
Le Vice-Président (M. Tremblay): Avant, il faudrait faire
adopter ce projet de loi, M. le ministre.
M. Tremblay (Outremont): M. le Président, je fais motion
pour que ledit projet de loi soit déféré à la
commission de l'économie et du travail pour étude
détaillée.
Le Vice-Président (M. Tremblay): Est-ce que cette motion
est adoptée?
M. Gendron: Adopté.
Mise aux voix
Le Vice-Président (M. Tremblay): Au départ, il
faudrait faire adopter le principe du projet de loi. Est-ce qu'il y a une
motion pour que le principe du projet de loi 148 soit adopté? Alors, M.
le ministre ou le leader.
Renvoi à la commission de l'économie et
du travail
M. Tremblay (Outremont): M. le Président, je fais motion
pour que ledit projet de loi soit déféré à la
commission de l'économie et du travail pour étude
détaillée.
Le Vice-Président (M. Tremblay): Alors, est-ce que ce
projet de loi est adopté...
Des voix: Cette motion.
Le Vice-Président (M. Tremblay): ...cette motion est
adoptée?
M. Gendron: M. le Président, cette motion est
adoptée sur division.
Le Vice-Président (M. Tremblay): Très bien. Alors,
le projet de loi est déféré à la commission
parlementaire.
Une voix: ...
M. Tremblay (Outremont): Alors, M. le Président, je vous
demanderais d'appeler l'article 7 au feuilleton.
Le Vice-Président (M. Tremblay): Alors, l'article...
M. Gendron: M. le Président, ce n'est pas grave,
là. C'est parce qu'on ne peut pas faire la motion de
déférence avant l'adoption du principe. Et comme on n'avait pas
fait l'adoption du principe, je voulais juste rappeler que le leader appelle la
motion de déférence. Ce serait plus officiel.
Le Vice-Président (M. Tremblay): Alors, nous
sommes rendus à l'article 7. À l'article 7, M. le ministre
de l'Industrie, du Commerce, de la Science et de la Technologie propose
l'adoption du principe du projet de loi 149, Loi concernant certains
règlements pris en application de la
Loi sur les sociétés
de placements dans l'entreprise québécoise. Alors, est-ce qu'il y
a débat?
M. Gendron: M. le Président, si vous permettez, avant
d'appeler l'article 7, puisque le ministre de l'Industrie et du Commerce fait
également office de leader adjoint et que je vois arriver le leader du
gouvernement, je voudrais, à ce moment-ci, M. le Président,
demander au leader du gouvernement, puisque pas plus tard qu'il y a une heure
je recevais des pressions, légitimes, en passant, normales, de la ville
de Montréal, du maire de la ville de Montréal, pour adopter le
projet de loi privé, disant qu'il y avait une urgence... Alors, je
voudrais juste, à ce moment-ci, indiquer à cette Chambre, M. le
Président, que c'est le choix du leader du gouvernement d'appeler le
projet de loi qu'il veut appeler plutôt que d'appeler les projets de loi
privés, qui ont été déposés, de la
commission de l'aménagement et des équipements. Mais je voudrais
juste indiquer, M. le Président, que, quant à nous, dès
que le leader du gouvernement se décidera à appeler les projets
de loi privés qui ont été déposés et
adoptés dans les rapports de la commission hier, lors de l'ouverture de
la session du 8 mars, nous sommes complètement d'accord à en
disposer. Mais je trouve curieux qu'on doive subir les pressions d'intervenants
privés, avec raison en termes de légitimité, puis que le
gouvernement, lui, fasse un autre choix. C'est de ses affaires. Mais je tenais
à dire ici, M. le Président, que, quant à nous, les
projets de loi privés concernant Port-Cartier, ville de Québec,
ville de Waterloo, ville de Montréal, Saint-Léonard et
Saint-Laurent, déposés dans les rapports de commissions hier, ces
projets de loi là ont fait l'objet d'une étude
détaillée en commission. Nous sommes d'accord de procéder
le plus rapidement possible à la finalisation de leur étape
d'adoption finale, en troisième lecture, mais, bien sûr, à
la condition que le leader du gouvernement assume ses responsabilités,
décide de les appeler. Il a fait le choix d'appeler des bills publics,
comme vient de le dire, d'ailleurs, le député d'Orford, et, dans
le dernier cas qu'on vient d'adopter, ça ne change presque strictement
rien à la loi. Il a fait le choix de faire adopter ces projets de loi
là avant d'autres projets de loi privés où il y a urgence.
Je voulais vous indiquer, M. le Président, que c'est le choix du leader
du gouvernement et je voulais le faire à ce moment-ci en lui demandant
pourquoi. Pourquoi le leader du gouvernement n'appelle pas le projet de loi,
entre autres, 271, de la ville de Montréal, où il y a eu urgence
par rapport aux fonds publics, quitte à un emprunt privé? Peut-il
nous donner des raisons qui le justifient de faire une
«priorisation» différente de celle que j'aurais
souhaitée?
Le Vice-Président (M. Tremblay): M. le leader du
gouvernement.
M. Paradis (Brome-Missisquoi): Oui, M. le
Président. En réponse aux remarques du leader adjoint du
gouvernement, je l'informe que j'ai eu des communications avec le leader de
l'Opposition et que, ce matin, après lui avoir donné un
préavis hier, à l'effet que l'Assemblée nationale serait
appelée à proroger ses travaux demain soir à 22 heures et
qu'elle reviendrait pour le discours inaugural le jeudi suivant, que nous nous
retrouvions dans une conjoncture de fin de session comme telle, et que, dans
ces conjonctures, il est de coutume que les projets de loi
d'intérêt public auxquels le gouvernement tient soient
appelés et que les projets de loi d'intérêt privé
auxquels le gouvernement tient également y fassent suite dans les
meilleurs délais. (11 h 30)
Nous avons, pour aujourd'hui, tenté de conserver le menu le plus
mince possible. Légiférer moins et mieux, c'est le thème
du Parti libéral du Québec. Dans les circonstances, j'ai
prévenu le leader de l'Opposition officielle, en sollicitant son
habituelle collaboration, que, dans l'ordre, nous appellerions les projets de
loi du ministre de l'Industrie et du Commerce, des projets de loi à
saveur économique porteurs de création d'emplois; que, par la
suite, un important projet de loi en matière environnementale, qui
touche la gestion des déchets, serait appelé, suivi du projet de
loi sur les conservatoires et suivi des projets de loi privés, parce que
c'est dans l'ordre où cette Assemblée en dispose.
Vous en avez énuméré quelques-uns. Il y en a
d'autres qui seront appelés: Loi concernant la ville de Port-Cartier,
vous l'aviez mentionnée; Loi modifiant la charte de la ville de
Québec, vous l'aviez mentionnée; Loi concernant la ville de
Waterloo, mentionnée; Loi modifiant la charte de la ville de
Montréal, mentionnée; Loi concernant la ville de
Saint-Léonard; Loi concernant la ville de Saint-Laurent. Je suis certain
que vous n'avez pas mentionné la Loi modifiant la charte de la ville de
La Prairie, mais M. le député de La Prairie tient
également à l'adoption, tout comme le gouvernement, de ce projet
de loi. Mais, pour passer à travers ce menu minceur, nous avons besoin
de la collaboration de tous les membres de cette Assemblée et de la
présidence. Merci, M. le Président.
Le Vice-Président (M. Tremblay): Très bien, M. le
leader. M. le leader adjoint.
M. Gendron: Oui, je viens d'entendre les explications du leader
du gouvernement et je veux juste dire que c'est exact qu'il nous a
informés que l'ordre des travaux de la Chambre était dans ce
qu'il vient de dire. C'est tout à fait exact. Mon propos est: Pourquoi
n'a-t-il pas privilégié les projets de loi privés urgents
avant l'adoption de certains projets de loi publics qu'on aurait pu très
bien faire la semaine prochaine? Et il n'y a rien qui empêche le
gouvernement de convoquer la Chambre la semaine prochaine pour faire les bills
privés et les bills publics. Moi, tout simplement, M. le
Président, c'était uniquement pour indiquer au leader du
gouvernement notre collaboration quant à procéder rapidement
dans l'adoption des projets de loi privés qui sont
suppo-sément urgents, et on est d'accord pour les adopter dès que
le leader du gouvernement les appellera. C'est uniquement ça.
Le Vice-Président (M. Tremblay): Alors, M. le leader.
M. Paradis (Brome-Missisquoi): Oui, je connais suffisamment le
leader adjoint de l'Opposition pour savoir qu'il est respectueux de nos us et
coutumes, de la tradition parlementaire, de notre façon de fonctionner.
Ce n'est pas la première fois que j'ai à le répéter
dans des situations de fin de session, les bills publics, on en dispose dans un
premier temps, suivis des bills privés et, généralement,
lorsque la collaboration est saine entre tous les membres de cette
Assemblée, l'ensemble de la législation qui revêt un
intérêt public assez urgent est adopté.
Projet de loi 149 Adoption du principe
Le Vice-Président (M. Tremblay): Alors, nous allons
entreprendre le débat du projet de loi 149, l'adoption de principe. Je
suis prêt à reconnaître un premier intervenant. M. le
ministre de l'Industrie, du Commerce, de la Science et de la Technologie.
M. Gérald Tremblay
M. Tremblay (Outremont): Merci, M. le Président. Nous
procédons aujourd'hui à la prise en considération du
projet de loi 149 modifiant certaines dispositions de la
Loi sur les
sociétés de placements dans l'entreprise
québécoise.
Ce projet de loi donne suite aux mesures annoncées par le
ministre des Finances à l'occasion du discours sur le budget du 20 mai
1993. Depuis 1985, la
Loi sur les sociétés de placements dans
l'entreprise québécoise a permis la création d'un
véhicule privilégié pour permettre aux PME d'assurer leur
développement.
M. le Président, le placement d'une SPEQ doit être
effectué dans une corporation oeuvrant principalement dans un secteur
d'activité admissible, notamment les secteurs manufacturier et tertiaire
moteur. Afin de faciliter le financement externe de la recherche et le
développement par le biais de SPEQ, l'un des secteurs également
reconnus à cette fin est la recherche et le développement. Ainsi,
le placement d'une SPEQ dans une entreprise dont la seule activité
consiste à effectuer ou à faire effectuer pour son compte de la
recherche scientifique et du développement expérimental est
admissible et peut conférer aux actionnaires de la SPEQ des avantages
fiscaux.
La première modification apportée par le présent
projet de loi vise à exclure la recherche et le développement
expérimental à
titre de secteur admissible pour les fins du
programme des sociétés de placements dans l'entreprise
québécoise.
Malgré cette exclusion, les entreprises opérantes qui
exploitent un laboratoire de recherche appliquée pourront cependant
continuer de recevoir des investissements d'une société de
placements dans l'entreprise québécoise auxquels sont
rattachés les avantages fiscaux accordés aux actionnaires de
celle-ci. Cette mesure s'applique à l'égard d'un placement
effectué après le jour du discours sur le budget, sauf si le
placement est visé par les règles transitoires annoncées
dans le cadre du moratoire du 23 avril 1993 concernant le financement externe
de la recherche et développement et par l'extension de ces règles
transitoires aux décisions anticipées favorables retenues avant
le 23 avril 1993.
La deuxième modification législative contenue dans le
projet de loi 149 permet au gouvernement d'édicter un règlement
rétroactif concernant des tarifs pour les actes que la
Société de développement industriel du Québec pose
en vertu de la présente loi. De fait, dans le cadre de l'administration
de ce programme, la Société de développement industriel du
Québec enregistre les SPEQ et valide leurs placements. La SDI encourt
donc des coûts reliés à l'analyse des demandes et à
la validation des informations qui lui sont transmises dans le cadre de ce
programme, et il convient qu'une
partie de ces frais soit assumée par
les corporations qui présentent de telles demandes. C'est pourquoi un
tarif de 200 $ est dorénavant exigé pour l'émission d'un
numéro d'enregistrement d'une SPEQ. De plus, un montant
représentant 0,1 % du placement autorisé dans le cadre de ce
programme et du montant du placement admissible dans le cadre du crédit
d'impôt à la capitalisation sera également exigé. Le
montant maximum exigible sera toutefois limité à 1000 $ dans
chaque cas.
Voilà en bref, M. le Président, les objectifs visés
par le projet de loi 149, modifiant la
Loi sur les sociétés de
placements dans l'entreprise québécoise, et auxquels, je suis
persuadé, adhéreront les membres de cette Assemblée.
Le Vice-Président (M. Tremblay): Très bien, M. le
ministre. Nous sommes toujours à l'adoption du principe du projet de loi
149, Loi concernant certains règlements pris en application de la Loi
sur les sociétés de placements dans l'entreprise
québécoise. Je suis prêt à reconnaître un
autre intervenant. Mme la députée de Hochelaga-Maisonneuve. Mme
la députée.
Mme Louise Harel
Mme Harel: Merci, M. le Président. Avec ce projet de loi
149, M. le Président, le gouvernement entend, comme il le faisait
précédemment avec le projet de loi 148, tarifer des entreprises
qui voudraient bénéficier de ce programme de
sociétés de placements dans l'entreprise québécoise
qui vise, en fait, à offrir du capital de risque à l'entreprise
petite et moyenne, à l'entreprise québécoise. Ce projet de
loi qui veut tarifer
les services de la SDI ? et j'y reviendrai ? veut
également exclure le développement et la recherche
expérimentale du programme de sociétés de placements, de
ce programme qui vient aider l'entreprise à capitaliser de façon
permanente en allant chercher du capital pour lequel elle peut obtenir un
M. le Président, d'abord, l'abolition de l'admissibilité
à la recherche et au développement pour les
sociétés de placements dans l'entreprise québécoise
est tout à fait contraire aux recommandations que l'on retrouve au
Conseil de la science et de la technologie dans un rapport extrêmement
bien reçu, qui s'intitulait «Urgence Technologie» et qui a
été publié il y a quelques mois maintenant.
On se rappellera que, dans le discours du budget du ministre des
Finances, il était question justement d'une tarification des demandes de
visa des entreprises qui voulaient bénéficier du programme de
sociétés de placements dans l'entreprise
québécoise, le programme de SPEQ. Déjà, dans le
discours du budget, on prévoyait une tarification des demandes de visa
des entreprises à la SDI, cette demande de tarification qui est contenue
dans le projet de loi 149. Maintenant, on ajoute également un autre
élément, c'est-à-dire l'exclusion d'activités de
développement et de recherche expérimentale. C'est donc dire que
le projet de loi 149 abolit la recherche-développement comme secteur
admissible pour les fins du programme des sociétés de placements
dans l'entreprise québécoise et introduit des tarifs et des
honoraires, comme je le disais tantôt. (11 h 40)
Cependant, M. le Président, loin de recommander l'abolition de la
recherche-développement comme secteur admissible, à l'inverse, le
rapport du Conseil de la science et de la technologie invitait le gouvernement
à bonifier plutôt qu'à abolir cette mesure. Je vais vous
citer ce que le Conseil de la science et de la technologie écrivait sur
ces incitatifs fiscaux. Parce que, essentiellement, le programme de
sociétés de placements dans l'entreprise
québécoise, c'est un programme d'incitatif fiscal qui favorise du
capital de risque pour la petite et moyenne entreprise. C'a été
introduit par le gouvernement précédent en 1985, et on comprend
qu'il s'agit essentiellement de soutenir la capitalisation d'entreprises qui,
souvent, ont des difficultés avec des fonds de roulement qui
pèsent trop lourd sur leurs activités.
Alors, le Conseil de la science et de la technologie écrivait
ceci, et je cite: «Le gouvernement doit maintenir en force les incitatifs
fiscaux actuels pour l'ensemble des intervenants directs au financement des
investissements nécessités par les entreprises technologiques et
innovatrices, tout en changeant certaines de leurs modalités
d'application afin d'améliorer leur performance.» Et le rapport
Urgence Technologie ajoutait: «Le programme québécois des
sociétés de placements dans l'entreprise québécoise
? SPEQ, justement ce dont il est question avec le projet de loi qui est
devant nous ? est une source potentielle de fonds d'investissement,
utilisant à la fois l'épargne privée et la
fiscalité des entreprises à des fins incitatives. Établi
en 1985 dans le but premier d'inciter à la capitalisation des petites et
moyennes entreprises par des personnes formant des groupes financiers
restreints et intéressés à divers titres au
développement des entreprises concernées, ce programme, SPEQ,
représente toujours un outil exceptionnel de capitalisation des PME
technologiques à fort potentiel de croissance.» Et le rapport
poursuit sur les modifications qui doivent être incorporées au
programme afin de le rendre plus performant. Et là, M. le
Président, il faut comprendre que ces recommandations sont tout à
fait contraires aux dispositions qu'on retrouve dans le projet de loi, qui,
finalement, exclut le secteur de la recherche et développement
expérimental, sauf pour les laboratoires.
Ce que le Conseil de la science et de la technologie recommandait, et je
cite: «Le gouvernement doit notamment trouver et mettre en application
des mécanismes permettant l'admissibilité des compagnies de
gestion privées aux investissements SPEQ et le transfert des incitatifs
fiscaux qui en découlent à leur actionnaire principal lorsque
celui-ci s'engage à la fois financièrement ainsi que dans
certains dossiers liés au développement de l'entreprise.»
Et le rapport ajoutait: «Plusieurs investisseurs privés ont
créé dans le passé des sociétés de gestion
privées pour gérer leurs placements. Or, ces investisseurs
potentiels sont réticents à investir dans les SPEQ puisqu'ils
doivent payer le fisc dès qu'ils sortent de l'argent de ces compagnies
privées de gestion. Il en résulte un blocage à ce niveau.
En permettant l'admissibilité aux SPEQ des fonds de ces compagnies de
gestion-privées, on augmenterait les montants disponibles aux SPEQ, ce
qui renforcerait la santé financière de plusieurs petites et
moyennes entreprises et, partant, leur capacité d'innovation, sans
compter ? et là j'insiste, c'est toujours dans le rapport ?
qu'une
partie appréciable de cet argent pourrait aller dans les
sociétés de placements dans l'entreprise
québécoise, recherche et développement.»
Alors, bien loin d'y arriver, au lieu d'améliorer les incitatifs
comme les SPEQ recherche-développement, on les coupe, là, M. le
Président. On exclut le développement et la recherche
expérimentale du secteur admissible à ces SPEQ. Alors, le
gouvernement va avoir à s'expliquer, certainement. Notre intention n'est
pas du tout, à ce moment-ci, de souscrire, je le dis tout de suite, M.
le Président, on va définitivement voter contre ce projet de loi
149, et c'est évident qu'en commission parlementaire, à
l'étude
article par article, le ministre de l'Industrie et du Commerce
aura à nous expliquer comment il en est arrivé à exclure,
à abolir, en fait, l'admissibilité à la recherche et au
développement pour les SPEQ, sauf, là, pour une exception qui est
très restreinte.
Alors, M. le Président, d'autre part, ce projet de loi introduit
des honoraires et des tarifs lorsqu'une entreprise va demander un visa, et,
comme je le signalais, il s'agissait de demande de visa à la SDI pour
laquelle on prévoit jusqu'à un montant maximum de 1000 $ par
demande de visa. Et ça nous ramène à la situation
financière de la SDI.
Je vous parlais tantôt d'un protocole d'entente sur la gestion de
la SDI intervenu avec le ministère de l'Industrie, du Commerce, de la
Science et de la Technologie, la Société de développement
industriel du Québec et le Conseil du trésor. C'est en date du 24
avril dernier que ce protocole sur la gestion, pour la période
1993-1995, est intervenu. Et on y apprend notamment, M. le Président,
que le gouvernement a décidé ? et je vais citer des
dispositions qui sont incluses dans cette entente entre la SDI et le Conseil du
trésor ? d'aller compresser les activités de base et les
activités des programmes d'aide pour lesquelles il y a des enveloppes
fermées, comme, par exemple, les programmes d'aide aux quartiers
défavorisés de Montréal, comme, par exemple, les
programmes du plan d'action du Grand Montréal rendu public par l'actuel
premier ministre au moment où il était président du
Comité ministériel de développement du Grand
Montréal, et, également, a décidé de compresser les
nouveaux programmes qui étaient annoncés dans le discours du
budget 1992-1993.
Alors, il n'est pas surprenant, comme je vous le disais tantôt,
que l'argent annoncé sur papier, dans les discours du budget, dans les
annonces qui ont été faites ensuite par les ministres
concernés à l'occasion des communiqués sur les plans
d'action... il n'est pas surprenant, quand on lit, finalement, ce qui est
intervenu comme entente entre le Conseil du trésor et la SDI, de se
rendre compte que cet argent-là n'est pas dépensé, parce
que, une fois annoncé, ce qui avait été convenu,
finalement, M. le Président ? et je cite ? c'est de
réaliser, dans les activités de base et les activités non
récurrentes ? puis «non récurrentes», là,
j'insiste, c'est les quartiers défavorisés du Grand
Montréal, c'est le plan d'action du Grand Montréal, c'est les
nouveaux programmes du discours du budget 1992-1993 ? de nouvelles mesures
de réduction des dépenses pour un montant de 20 000 000 $ en
1993-1994 et un montant de 10 000 000$ en 1994-1995. Alors, vous vous rendez
compte, c'est 30 000 000 $, 30 000 000 $ que l'on exige de la SDI et du
ministère comme réduction des dépenses. Quand on dit
«réduction des dépenses», il faut comprendre à
ce moment-là qu'il s'agit de couper dans des programmes qu'on a fait
miroiter à la population comme allant l'aider.
En plus, M. le Président, de cette réduction de 30 000 000
$ en deux ans, il est aussi question... plus que question, il est aussi
exigé de la SDI ? et je cite ? que les prévisions de
dépenses soumises à l'Assemblée nationale ne soient pas
indexées. C'est donc dire qu'avec les augmentations qui, finalement,
génèrent un indice, là, que l'on sait être celui de
l'augmentation du coût de la vie, en plus de ces réductions de
dépenses, il n'y a pas d'indexation et, en plus, on exige des
crédits périmés de 5 500 000$ en 1993-1994 puis de 4 500
000$ en 1994-1995. C'est donc dire que c'est 10 000 000$ de crédits
périmés dans les programmes, plus 30 000 000 $ de
réduction, plus une non-indexation. Puis on va nous dire que la SDI est
là pour aider la petite et moyenne entreprise, comme le
prétendait le député d'Orford tantôt.
Ce n'est pas surprenant, l'an dernier, que la réduction de l'aide
accordée aux petites et moyennes entreprises ait tombé de 45 % en
un an. Puis le député d'Orford aurait encore, M. le
Président, la prétention de dire ici, à
l'Assemblée, que le gouvernement est du côté de la petite
et moyenne entreprise? C'est d'autant plus décourageant qu'on assiste,
et je le dis, M. le Président, à une diminution sans
précédent du nombre d'emplois au Québec. La population
active, celle engagée, là, dans l'emploi, diminue au
Québec. Et elle ne diminue pas que dans les régions que l'on
connaît être en difficulté. Dans la région de
l'île de Montréal et de l'île de Laval, le moteur
économique du Québec, la locomotive, prétend-on, dans
cette région, depuis quatre ans et demi, les statistiques nous
révèlent que le nombre d'emplois a chuté de 104 000.
L'île de Laval et l'île de Montréal comptent 104 000 emplois
de moins qu'il y a quatre ans et demi. C'est tout un deuxième mandat de
gouvernement, ça, M. le Président! D'autant plus que c'est
l'actuel premier ministre qui présidait le Comité
ministériel permanent de développement du Grand Montréal,
chargé du développement stratégique de la région.
Et ça ne va pas mieux dans le Québec tout entier. Pensez, par
exemple, que, au moment où il se créait, en Ontario, 117 000
emplois, depuis le creux de la récession, il y a deux ans, au moment
où il se créait, ailleurs au Canada qu'en Ontario, 135 000
emplois, depuis le creux de la récession, il y a deux ans, au
Québec, il s'est créé 32 000 emplois depuis avril, il y a
deux ans, pour un total de 284 000 emplois au Canada, à peine 32 000 au
Québec, M. le Président. (11 h 50)
Alors, quand le député d'Orford vient nous dire: C'est
continental, c'est mondial, et qu'il nous cite l'Amérique latine, et
qu'il nous cite l'Europe, et qu'il nous cite l'univers entier, d'abord, c'est
faux, M. le Président. Ce qui est mondial, c'est la restructuration de
l'économie, oui, mais pas le chômage, en tout cas pas le niveau
que ça a atteint ici.
L'automne passé, je vérifiais de près ses
chiffres... Parce que c'était l'alibi que le gouvernement se donnait,
que c'était mondial, qu'il fallait s'y résigner. C'est un mauvais
moment à passer. Une génération... Qu'est-ce que vous
voulez? On ne peut pas faire autrement. Vous savez, ça rejoint pas mal
le «on est né pour un petit pain» d'il n'y a pas très
longtemps. Alors, c'était mondial, prétendait le gouvernement. En
vérifiant, M. le Président, je me rendais compte, l'automne
passé, que, finalement, les sept pays les plus industrialisés
affichaient, en moyenne, un taux de chômage, en octobre dernier, de 7,2
%. Et c'était le Canada qui se classait dans le dernier peloton, comme
vous pouvez l'imaginez, au septième rang. Et, si on va plus large, les
23 pays membres de l'OCDE, ceux qui sont engagés dans le
développement des pays industrialisés, bien, le taux de
chômage, l'automne passé, faisait 7,8 %, M. le Président,
et ils trouvaient ça inquiétant, vraiment inquiétant.
Alors, vous vous rendez compte qu'avec le double au Québec on peut
constater que, si c'est
mondial, les changements structurels dans l'économie, le
chômage, lui, ne Test pas autant qu'ici.
Et la création d'emplois aussi, M. le Président. Parce que
ce que le gouvernement a prétendu, en faisant semblant avec le plan de
relance, c'est de faire semblant de créer des emplois qui ne durent pas
longtemps, de faire semblant d'inciter les gens au travail, sans créer
des vrais emplois. Et la réalité, c'est celle, finalement, des
statistiques; on ne peut pas les contester, puisque ce sont des statistiques
qui nous viennent de Statistique Canada, et c'est elles qui nous
révèlent que, finalement, le Québec traîne
lamentablement derrière même Terre-Neuve. Montréal est
rendue avec un taux de chômage plus élevé qu'à
Saint-Jean, Terre-Neuve. Et c'est évident que ça ne peut pas
Ça ne peut pas durer, M. le Président, et ça ne
pourra changer qu'en changeant de gouvernement. Il faut bien comprendre que
l'entêtement du gouvernement actuel dans des fausses mesures qui n'ont
pas comme résultat de soutenir la création d'entreprises, cet
entêtement-là, on en voit maintenant le résultat. Je
voudrais juste vous citer quelques chiffres obtenus suite au plan de
redressement appelé le plan Biron, suite à la pire des
récessions. La pire des récessions, c'est celle où on a vu
les taux d'intérêt s'élever jusqu'à 21 %. Ça,
demandez à n'importe qui dans notre société,
c'étaient les taux des «shylocks» sur le port de
Montréal, puis c'étaient les banques, puis les institutions
financières qui demandaient ces taux d'intérêt
M. le Président, je veux faire référence au
programme Urgence-PME, programme mis en place par Rodrigue Biron, alors
ministre de l'Industrie et du Commerce du gouvernement du Parti
québécois. Je constate, chiffres à l'appui, que ce plan de
relance, appelé programme Urgence-petites et moyennes entreprises, a
injecté dans 800 entreprises, à l'époque, 17S 000 000 $ en
permettant de sauvegarder 35 000 emplois et puis que ce plan, finalement, avait
eu comme résultat un total de 52 entreprises en défaut de
paiement. Imaginez-vous que le filet qui avait été mis en place
avec le plan Biron pour permettre à l'entreprise de traverser la
tempête, l'adversité pendant la période difficile, eh bien,
il n'y en avait que 52 qui, finalement, n'avaient pas pu continuer, et c'est
finalement, pour le plan Biron d'Urgence-PME, un total de 2 000 000 $ que
ça aura coûté, ces 52 entreprises qui furent en
défaut de paiement. C'est finalement ce coup de pouce là au bon
moment, ce coup de pouce là à temps, le coup de pouce qui est
arrivé quand les entreprises traversaient la tempête, c'est ce
coup de pouce là que le gouvernement n'a pas donné à
temps, M. le Président. C'est d'autant plus regrettable qu'on en voit
les conséquences sur le chômage maintenant.
Alors, bien évidemment, nous allons, compte tenu des dispositions
qui se retrouvent dans le projet de loi 149, voter contre, M. le
Président.
Le Vice-Président (M. Tremblay): Très bien, Mme la
députée. Je fais remarquer à cette Assemblée que
nous sommes toujours à l'adoption du principe du projet de loi 149, Loi
concernant certains règlements pris en application de la
Loi sur les
sociétés de placements dans l'entreprise
québécoise. Est-ce qu'il y a d'autres intervenants? Alors, il n'y
a pas d'autres intervenants?
Mise aux voix
Le projet de loi est-il adopté? Le principe du projet de loi 149
est-il adopté? Il est adopté. Sur division. Très bien. M.
le leader du gouvernement.
Renvoi à la commission de l'économie et
du travail
M. Paradis (Brome-Missisquoi): Je fais donc motion, dans les
circonstances, M. le Président, pour que ledit projet de loi soit
déféré à la commission de l'économie et du
travail pour étude détaillée.
Le Vice-Président (M. Tremblay): Est-ce que cette motion
est adoptée? Adopté. Très bien. Je fais... M. le leader du
gouvernement.
M. Paradis (Brome-Missisquoi): Oui. Je vous demanderais, à
ce moment-ci, M. le Président, d'appeler l'article 9 du feuilleton.
Le Vice-Président (M. Tremblay): Alors, l'article 9 du
feuilleton, le principe du projet de loi 151, Loi modifiant la
Loi sur la
qualité de l'environnement et d'autres dispositions législatives.
Est-ce que le principe de ce projet de loi est adopté?
M. Paradis (Brome-Missisquoi): Compte tenu des circonstances, ce
serait M. le député de La Prairie, M. Lazure, qui serait le
porte-parole de l'Opposition officielle en la matière. Je pense qu'il
serait plus avisé de donner le temps à Mme la
députée de Hochelaga-Maisonneuve de vérifier avec le
député de La Prairie s'il y a consentement à l'adoption du
principe dudit projet de loi et, pour lui donner ce temps, je vous demanderais
d'inverser l'ordre et d'appeler immédiatement l'article 19 du
feuilleton.
Le Vice-Président (M. Tremblay): Alors, est-ce que M. le
critique de l'Opposition officielle s'amène? Alors, nous appelons
l'article 19.
Mme Harel: M. le Président...
Le Vice-Président (M. Tremblay): Oui.
Mme Harel: ...ce serait pour vous demander une suspension pour
quelques minutes, s'il vous plaît.
Le Vice-Président (M. Tremblay): Très bien. Nous
allons suspendre les travaux pour quelques minutes.
(Suspension de la séance à 12 heures)
(reprise à 12 h 3)
Projet de loi 135
Prise en considération du rapport de la
commission qui en a fait l'étude détaillée et des
amendements transmis
Le Vice-Président (M. Tremblay): Alors, l'Assemblée
reprend ses travaux. L'Assemblée prend en considération le
rapport de la commission de la culture sur le projet de loi 135,
Loi sur le
Conservatoire de musique et d'art dramatique du Québec, ainsi que les
amendements transmis en vertu de l'article 252 du règlement par Mme la
ministre de la Culture et des Communications. Ces amendements sont
déclarés recevables. Y a-t-il des interventions sur ce rapport
ainsi que sur les amendements? Mme la ministre.
Mme Liza Frulla
Mme Frulla: Merci, M. le Président. Puisque nous reprenons
nos travaux après plus de deux mois d'interruption, vous me permettrez
sûrement, pour le bénéfice des membres de cette Chambre, de
rappeler les grands objectifs visés par le projet de loi 135, de
même que les différentes étapes du processus
législatif auxquelles il a été soumis jusqu'à
maintenant.
Le projet de loi 135,
Loi sur le Conservatoire de musique et d'art
dramatique du Québec, déposé à l'Assemblée
nationale le 11 novembre dernier, vise deux objectifs principaux: traduire la
mission de l'institution en fonction de sa spécificité sur le
plan pédagogique et en fonction aussi du contexte des années
1990, et doter le Conservatoire d'une organisation plus souple, qui
réponde mieux aux exigences actuelles d'une maison d'enseignement. Il
convient aussi de rappeler, M. le Président, que le principe du projet
de loi 135 a fait l'objet d'un vote unanime des membres de l'Assemblée
nationale le 2 décembre dernier. Un consensus existe donc au sein de la
deputation pour reconnaître l'importance du Conservatoire dans la vie
culturelle du Québec et de ses régions. Ce consensus
s'étend aussi sur la nécessité d'actualiser sa mission et
de moderniser ses structures.
De plus, tel que je l'annonçais au moment de l'adoption du
principe du projet de loi 135, nous avons tenu une journée de
consultations particulières le 7 décembre dernier. Les membres de
la commission de la culture ont, à cette occasion, entendu des
représentants des élèves, des directeurs du Conservatoire
de même que des membres du Syndicat des professeurs. L'Union des
artistes, la Guilde des musiciens, le Comité Québec de
l'Association des orchestres canadiens ont également accepté
d'exposer leur point de vue sur la réforme proposée.
Ces consultations ont donné lieu à des échanges
intéressants, qui ont contribué à enrichir la
réflexion des membres de la commission de la culture lors de
l'étude
article par
article du projet de loi, qui a débuté
le 8 décembre pour se terminer le 16 décembre dernier. Pour des
raisons que j'ai énoncées publiquement, cependant, le projet de
loi 135 n'a pu être adopté avant l'ajournement de nos travaux.
Par ailleurs, grâce à la collaboration de tous les membres
de cette commission, nous avons apporté des amendements au projet de loi
afin de tenir compte des réalités et des préoccupations
exprimées par les élèves, le personnel du Conservatoire et
les milieux artistiques. Tout en respectant les grands principes qui ont
guidé l'élaboration du projet de loi 135, ces amendements
viennent bonifier le projet de loi qui devait rallier tous les intervenants qui
ont à coeur l'avenir du Conservatoire de musique et d'art dramatique du
Pour le bénéfice des membres de cette Chambre, vous me
permettrez, M. le Président, de souligner les principaux amendements qui
ont été apportés au projet de loi 135. La composition du
conseil d'administration est passée de 15 à 19 membres, de
façon, notamment, à s'assurer d'une représentation
régionale, à renforcer la participation des professeurs et des
étudiants, à favoriser un meilleur équilibre dans la
représentation des deux secteurs d'activité concernés,
à savoir la musique et l'art dramatique. La composition du comité
exécutif a également été précisée en
fonction des mêmes objectifs.
Au
chapitre des objectifs et pouvoirs et à la demande de
plusieurs intervenants, nous avons reformulé le mandat qui sera
confié au nouveau Conservatoire. Le projet de loi 135, tel
qu'amendé, statue sans aucune équivoque que la mission
première du Conservatoire consistera à administrer et à
exploiter, dans diverses régions du Québec, des
établissements d'enseignement de la musique et de l'art dramatique
destinés à la formation professionnelle d'interprètes et
de créateurs et aussi à leur perfectionnement.
Dans le secteur de la musique et en fonction des besoins
régionaux, le Conservatoire devra aussi favoriser une formation initiale
de qualité et susciter la présence et la vitalité
d'organismes essentiels au monde de la musique dans chacun des milieux
concernés.
Au
chapitre des organes consultatifs prévus dans le projet de loi
135, la composition des commissions des études a été revue
de façon à élargir le bassin des membres et à
laisser aux membres en fonction la prérogative de désigner le
président. Dans le secteur de la musique, des précisions ont
été apportées, afin de s'assurer d'une
représentation équitable des divers établissements qui
forment le réseau.
En ce qui concerne les conseils d'orientation prévus à
l'intérieur de chaque établissement du Conservatoire, les
amendements apportés auront essentiellement pour effet de favoriser
l'interaction souhaitée avec le milieu. Ces conseils joueront aussi
d'une latitude plus grande dans le choix de leurs membres, afin de s'ajuster
aux spécificités de leur environnement respectif.
Les amendements que nous proposons, M. le Président,
précisent et élargissent leur champ d'intervention, tout en
rendant possible une délégation de fonctions
et de pouvoirs du conseil d'administration du Conservatoire en faveur
des conseils d'orientation de chaque établissement.
Enfin, le projet de loi 135 a été amendé en
commission parlementaire pour identifier les articles dont l'entrée en
vigueur était requise pour assurer une transition harmonieuse entre le
Conservatoire actuel et son nouveau statut.
Quant aux amendements que j'ai déposés hier, M. le
Président, ils sont essentiellement de nature technique et ont pour
objet ou bien de s'ajuster au décret modifiant l'organisation
administrative du gouvernement ou, encore, de s'arrimer à la
récente refonte des lois du Québec entrée en vigueur le
1er mars 1994.
Enfin, en ce qui concerne l'amendement de l'article 94, il fixe,
à la date de la sanction de la loi, l'entrée en vigueur des
articles nécessaires à la transition des responsabilités
actuelles du ministère vers la nouvelle corporation.
En terminant, M. le Président, je remercie tous les membres de la
commission de la culture et plus spécifiquement le député
de Gouin de sa collaboration. Et j'espère, bien sûr, que cette
collaboration se poursuivra lors de la dernière étape de nos
travaux, c'est-à-dire celle de l'adoption de ce projet de loi. Merci, M.
le Président.
Une voix: Bravo! (12 h 10)
Le Vice-Président (M. Tremblay): Alors, je suis prêt
à reconnaître un autre intervenant, M. le député de
M. André Boisclair
M. Boisclair: M. le Président, vous me permettrez à
mon tour, d'abord, de vous offrir mes félicitations pour votre
récente élection. Je suis heureux de voir que vous occupez ce
siège, et je suis convaincu que vous occuperez ces fonctions dignement,
d'ailleurs, comme tous les membres de l'Assemblée souhaitent le faire.
Et je tiens, d'ailleurs, à cet égard, à vous assurer de
mon entière collaboration.
Ce n'est sans doute pas surprenant, M. le Président, que nous
soyons, alors que nous reprenons nos travaux, en train de discuter du rapport
de commission du projet de loi 135. Pour les raisons que les membres de cette
Assemblée connaissent, nous n'avons pu, au moment de l'intermission de
nos travaux, en décembre dernier, aller au bout du processus d'adoption
du projet de loi 135 pour des raisons qui ont été bien
évoquées, rendues publiques, largement débattues, et que
même la ministre, tout à l'heure, nous rappelait.
L'objectif, aujourd'hui, donc, n'est pas de revenir sur les raisons pour
lesquelles nous n'avons pu, en décembre dernier, adopter le projet de
loi, mais plutôt d'essayer, alors qu'il est le temps de discuter du
rapport de la commission de la culture, qui a étudié
article par
article le projet de loi 135... L'objectif serait donc de revenir sur la
façon dont les débats se sont déroulés en
commission parlementaire, rappeler aussi aux parlementaires de cette Chambre
l'importance des travaux et des amendements qui ont été
apportés en commission parlementaire, mais surtout porter un jugement
général sur la façon dont le gouvernement et la ministre
en tête se sont comportés dans l'étude de ce projet de loi.
Parce que, s'il est révélateur d'une chose, ce projet de loi,
c'est bien sur une certaine forme d'improvisation politique qui nous a
menés souvent à l'impasse et qui, si cette improvisation
persiste, risque de causer de graves problèmes à l'adoption du
projet de loi 135. Ces mots peuvent surprendre ceux qui n'ont pas suivi les
débats en commission parlementaire, mais j'aimerais, M. le
Président, m'appuyer sur un certain nombre de faits pour
démontrer leur véracité.
D'abord, quel était le ton, le climat au moment de l'adoption du
principe, donc de la première étape de l'adoption du projet de
loi, lorsque, en décembre dernier, la ministre intervenait pour la
première fois pour déposer ce projet de loi? Après nous
avoir fait un bref historique des conservatoires, dont la création
remonte au début des années quarante ? 1942 pour être
bien précis ? donc, après nous avoir fait la genèse
des conservatoires et nous avoir expliqué de quelle façon le
gouvernement s'est comporté sur ces questions, la ministre nous
présentait avec beaucoup de fierté son projet de loi, qui,
disait-elle, était le fruit de longues négociations autant avec
les gens du milieu, mais surtout avec les principaux intéressés,
à savoir les représentants des neuf différents
conservatoires, de leurs représentants, de leur direction et des
élèves. Donc, la ministre était convaincue qu'elle
déposait devant cette Assemblée un travail qui avait fait
consensus dans le milieu, qui avait fait consensus auprès des directeurs
de conservatoire, qui avait fait consensus auprès des
élèves, et qui, surtout, avait fait consensus dans le monde
intéressé par cette question de la formation professionnelle des
artistes. C'était ce que la ministre prétendait être la
réalité.
Cependant, il nous aura fallu quelques jours et quelques coups de
téléphone pour nous apercevoir que la réalité
était beaucoup plus complexe que celle que la ministre
prétendait, en ce sens que, bien loin de reprendre un semblant de
consensus, que bien loin d'avoir fait l'objet de consultations, comme la
ministre prétendait que ça avait été le cas,
l'Opposition s'est rapidement aperçue du peu de profondeur du discours
de la ministre et que, essentiellement, ce consensus n'existait que dans son
esprit, M. le Président.
Bien sûr, les directions de conservatoire avaient
été associées à la réforme. Quoi de plus
normal, M. le Président, que l'ensemble des neuf directeurs, des neuf
établissements ait été associé à la
démarche! Bien sûr, quoi de plus normal que les gens de la
direction de son ministère qui sont responsables de ce dossier aient
été consultés! Quoi de plus normal! Mais, lorsqu'on va un
peu plus loin, alors que la ministre invoquait