Public Finance — 19 May 2016 (41st Legislature, 1st Session)
CFP 2016-05-19
Quebec — Committees
Président (M. Bernier) : Je vous remercie, messieurs. Vous bénéficiez donc de l'immunité pour votre témoignage.
Vous pouvez commencer, et la parole est à vous pour une période de
15 minutes. Merci.
M. Lessard (Pierre) : Alors, M. le
Président et membres de la commission, permettez-moi d'abord de nous présenter. Mon nom est Pierre Lessard, associé au
sein de PwC Canada et membre du groupe de fiscalité depuis plus de
30 ans, dont 10 ans en tant que responsable de la pratique fiscale
pour les régions du Québec et de l'Est du Canada. À mes côtés, M. Eric
Labelle, également associé de PwC Canada et responsable de notre
service de fiscalité internationale au Québec.
D'abord,
nous tenons à mentionner que nous respectons le travail de la commission,
de son président et de ses membres.
Notre refus de nous présenter le 12 mai dernier tenait au fait que, pour représenter
les vues de la profession comptable,
il était primordial pour nous que les quatre grands cabinets soient présents.
Dans le cas contraire, nous étions d'avis
que le meilleur organisme pour représenter la profession était l'Ordre des CPA
du Québec. Cet enjeu est derrière nous, et nous
participons aux travaux de la commission.
Au cours des prochaines minutes, nous allons
couvrir les points suivants : qui sommes-nous, l'évolution de la législation
fiscale internationale au Canada et les enjeux actuels.
D'abord,
qui sommes-nous? Nous sommes ici à
titre de représentants de PwC Canada, membre du réseau international de PwC. Ce réseau est composé de
sociétés membres, chacune distincte
sur le plan juridique. PwC est présent dans
157 pays. Au Québec, PwC Canada emploie 915 personnes, incluant
79 associés et 836 membres du personnel. Fort d'une expérience de plus de 100 ans d'excellence
au Québec, PwC Canada fournit des services d'audit et certification,
services-conseils et services fiscaux à des sociétés ouvertes et fermées
oeuvrant dans des secteurs d'activité variés.
Notre mission
est de préserver la confiance du public et de résoudre des problèmes complexes.
Nous accompagnons les entreprises
et les individus dans la création de valeur ajoutée en leur fournissant des
services de haute qualité. Notre mission
s'articule autour de trois valeurs fondamentales, soit l'excellence, l'esprit d'équipe et le
leadership. Nous agissons en
conformité avec la législation, les normes professionnelles et la réglementation au Canada, ainsi qu'avec les politiques internes du cabinet. De plus, PwC a adopté
un code de conduite qui régit nos valeurs et fournit un cadre pour la prise de
décision éthique, dans le respect de chacun.
Toutes les sociétés membres du réseau international de PwC se sont engagées à respecter ce
code de conduite global.
Nous évoluons
dans un environnement où les pays mettent en place des lois et
concluent des conventions avec d'autres
pays afin de déterminer les modalités d'imposition des entreprises
et des contribuables. Ces lois sont interprétées par les contribuables,
les autorités fiscales et parfois, en dernier ressort, par les tribunaux.
Il est admis
que les contribuables ont le droit de gérer leur fiscalité dans les limites
autorisées par la loi. Cependant,
en raison de la dimension internationale du monde des affaires ainsi que de la complexité et des priorités
différentes des lois nationales, il n'est pas toujours évident de
définir des principes clairs.
En plus du
code de conduite dont je viens de vous parler, les entités membres du réseau
PwC ont adopté, en 2005, le
code de conduite en matière fiscale. Ce code spécifie que les membres du réseau
PwC ne travaillent qu'avec des clients qui
démontrent une légitimité forte et une très grande intégrité dans leurs activités
opérationnelles et financières. Avant d'accepter
un nouveau client ou de continuer à travailler avec des clients existants, les
membres de notre réseau vérifient que le client en question
a l'intention de respecter ses obligations juridiques et réglementaires en matière fiscale.
Nos conseils
fiscaux s'appuient sur des fondements de droit fiscal et s'accompagnent d'une
discussion sur les risques plus largement impliqués, incluant les
aspects économiques, commerciaux et de réputation. PwC propose ou recommande la mise en oeuvre de solutions
uniquement si celles-ci satisfont le cadre légal et nos règles du code de
conduite fiscal. Tous nos associés et membres du personnel doivent
appliquer les principes de ce code dans leurs activités d'affaires.
Alors, le deuxième point consiste en l'évolution
de la législation fiscale internationale au Canada. De façon générale, la fiscalité est une discipline qui est
pratiquée dans trois domaines bien définis : la conformité fiscale, qui
consiste à garantir le respect des
obligations du contribuable, la planification fiscale, qui cherche à maximiser la position
fiscale des contribuables, et le litige fiscal, qui consiste à résoudre
les différends entre les contribuables et les autorités fiscales.
Il est
nécessaire de distinguer la planification fiscale de l'évasion fiscale. La première sera
réalisée dans le cadre de
transactions d'affaires véritables et consistera à maximiser la position
fiscale du contribuable conformément
à la loi. La seconde, soit
l'évasion fiscale, est une opération illégale que PwC condamne vigoureusement.
Il est admis
que la fiscalité est un domaine d'activité d'une grande complexité. Les gouvernements s'en servent non seulement pour prélever les sommes requises
pour assurer les services publics, mais aussi pour redistribuer la richesse,
influencer les comportements et structurer l'économie. La complexité des lois
fiscales est aussi grandement tributaire de
la volonté des gouvernements d'assurer l'équité, la neutralité, l'intégrité
et la compétitivité du régime fiscal.
Cette
complexité fait en sorte que la ligne est mince entre une planification fiscale légitime et une planification
fiscale dite agressive. Les autorités fiscales ont constaté des abus à la loi,
ce qui a amené le gouvernement fédéral à introduire
une règle générale antiévitement en 1988 et le gouvernement du Québec à
mettre en place, en 2009, des règles visant à contrer les planifications
fiscales agressives.
Maintenant, dans le contexte de la commission,
il est important de définir ce qu'est un paradis fiscal. Notre définition s'apparente à celle de l'OCDE. Cette
définition repose sur trois critères qui visent à déterminer si un pays est
considéré un paradis fiscal, soit un taux d'imposition
bas ou nul, une absence de transparence et une administration fiscale
non collaborative à l'échange de renseignements.
Il est
important de noter que le Canada a signé, depuis 2009, 23 ententes d'échange d'information, dont 22 sont en vigueur. Le Canada est en négociation avec sept autres pays, de sorte que le nombre d'ententes sera bientôt de 30. Parmi ces pays, on note les Bermudes, les Bahamas et les
îles Caïmans. Or, la plupart de ces pays ont une fiscalité très avantageuse,
et on parle même de taux d'impôt de 0 %
pour plusieurs d'entre eux. Le ministre des Finances du Canada a
décidé d'offrir à ces pays le même
statut privilégié qui est offert aux pays qui ont une convention fiscale avec
le Canada. Par
exemple, une société qui gagne un revenu d'entreprise exploitée activement aux Bermudes pourra verser un dividende à sa société mère
au Canada qui ne sera assujetti à aucun impôt
supplémentaire. En échange de ce statut privilégié, le pays concerné devra collaborer avec le Canada
et lui fournir des renseignements si le Canada le lui demande. Toutefois, on comprend que, dans le langage
populaire, la notion de paradis fiscal semble plutôt faire référence à un pays
où la fiscalité est plus avantageuse par rapport à un autre.
Maintenant,
il est important de discuter des règles relatives aux investissements des sociétés canadiennes à l'étranger.
système de fiscalité actuel applicable aux sociétés étrangères affiliées
est en vigueur depuis plusieurs années. Depuis
1987, en dépit de nombreuses propositions de modification au régime, celui-ci n'a pas fait l'objet de
réforme. Il exempte d'imposition au Canada
les revenus provenant d'entreprises exploitées activement dans les pays
conventionnés et ceux avec lesquels
le Canada a conclu une entente d'échange d'information. Les
revenus passifs sont imposés sur une base de comptabilité d'exercice.
Dans
son budget de 2007, le gouvernement
fédéral avait introduit une disposition, soit celle de l'article 18.(2)
de la Loi de l'impôt sur le revenu, visant à
empêcher la double déduction de certains frais d'intérêt sur des fonds
empruntés pour investir dans une
société étrangère affiliée. Cette
annonce avait été mal accueillie par les entreprises canadiennes
oeuvrant à l'étranger, car elle affectait leur compétitivité sur la scène internationale.
Deux
mois plus tard, le gouvernement fédéral retirait temporairement cette disposition, et, en novembre 2007, le ministre
des Finances annonçait la création
d'un groupe consultatif dont le mandat était, entre autres, de recommander
des façons d'améliorer la compétitivité, l'efficacité et l'équité du régime fiscal international canadien. En décembre 2008, le groupe consultatif
remettait son rapport, et, bien qu'il reconnaissait d'emblée qu'une telle
recommandation pouvait avoir un effet de surprise chez certains
observateurs, recommandait de ne pas réintroduire l'article 18.(2).
Bien
que certains pays aient instauré des règles qui refusent expressément le
bénéfice des déductions multiples, le
ministre des Finances confirmait le retrait définitif de l'article 18.(2)
à l'occasion de son budget du 27 janvier 2009. Environ deux mois
plus tard, la ministre des Finances du Québec annonçait aussi le retrait
définitif de la disposition québécoise
correspondante. Ce retrait confirmait l'avancée des sociétés multinationales
canadiennes à l'effet que le système actuel
leur permet de demeurer compétitives sur la scène internationale. Il est
important de noter qu'il ne réduit en rien l'assiette fiscale
canadienne.
Finalement,
au niveau des enjeux actuels, aujourd'hui le terrain de jeu des sociétés
multinationales québécoises est
planétaire. Les entreprises font des affaires partout, et le système de
taxation ne s'est pas adapté pour faire face à cette nouvelle réalité.
De fait, nous sommes face à une crise internationale en matière de taxation.
Pascal Saint-Amans, de l'OCDE, a affirmé que
le système est brisé, et nous sommes en accord avec lui. L'initiative BEPS et
son plan d'action en 15 points mis de l'avant par l'OCDE ne font que
démontrer l'énormité de la tâche qui nous attend.
Pendant
que l'OCDE poursuit son travail, on observe toutefois que les gouvernements à
travers le monde continuent de faire
preuve de créativité pour déployer de nouveaux incitatifs fiscaux.
Conséquemment, la compétition entre les diverses régions du globe a créé un système où les allégements fiscaux ou encore
le report de l'impôt à payer sont utilisés pour attirer les entreprises, et à
ce
chapitre le Québec ne fait pas exception à la règle. Les parties prenantes — gouvernements, institutions internationales, entreprises
multinationales et conseillers fiscaux — doivent travailler de concert pour trouver
des solutions.
Parmi
les éléments de solution, notons la nécessité d'une plus grande transparence en
ce qui a trait à l'information reliée
à la planification fiscale. Déjà, plusieurs mesures existent, telles que les
formulaires T106, T1134 ou T1135, qui fournissent de l'information
additionnelle au gouvernement.
Canada vient de souscrire à la recommandation de l'OCDE en mettant en place un
régime de déclaration pays par pays, communément appelé «country-by-country
reporting», et nous sommes d'avis qu'il s'agit d'un élément qui ajoutera
à la transparence souhaitée.
Finalement, il faut
se rappeler que la dépense d'im