Health and Social Services — 16 January 2015 (41st Legislature, 1st Session)
CSSS 2015-01-16
Quebec — Committees
Lamarre : Merci beaucoup, M. le Président. Alors, l'article 4, dans
le fond, prévoit la répartition des
régions sociosanitaires, mais également
la répartition des centres intégrés. Lors de nos représentations, des
représentations qui ont été faites
par les gens des centres jeunesse, centres de la protection de la jeunesse,
dont plusieurs sont présents aujourd'hui et que je tiens à
saluer, on a beaucoup fait valoir les qualités, la performance du
modèle de nos centres de protection de la jeunesse, et donc on a aussi très clairement demandé au ministre,
à ce moment-là, de ne pas inclure les centres jeunesse à l'intérieur des CISSS puisque ces centres-là
ont besoin dans leur travail d'avoir une autonomie qui leur est propre, de maintenir les réseaux qu'ils ont. Ce sont des
centres qui agissent au niveau de la
santé et des services sociaux, mais également qui
ont besoin de la collaboration au niveau des systèmes scolaire, éducation,
au niveau juridique, et donc, à travers tout ça, il y a un modèle qui
est gagnant actuellement.
Tout
ça pour dire que nous souhaitons que... Dans l'article 4, l'amendement qui est proposé, c'est de modifier l'alinéa 1 de l'article 4 en ajoutant, après les mots «de la région», les
mots suivants : «, à l'exception des centres jeunesse,» pour préserver l'autonomie et le mode de fonctionnement de ces centres qui actuellement
donnent une grande performance
et une grande sécurité à nos jeunes qui sont victimes de maltraitance et de
négligence.
Le Président (M.
Tanguay) : Merci beaucoup. M. le ministre.
M. Barrette :
M. le Président, comme je l'ai dit à plusieurs reprises... Et d'ailleurs nous
avons rencontré les représentants des centres jeunesse et organisations apparentées, particulièrement dans le monde de la réadaptation, pour les
assurer que l'expertise dont ils détenaient actuellement allait être maintenue,
d'une part.
D'autre part, comme je l'ai dit en commission
parlementaire, et lors des audiences, et ici même à plusieurs reprises, l'expertise dont jouissent ces gens-là non
seulement sera maintenue, mais on comprend que les activités... C'est un
univers où il y a des activités qui
sont plus de nature juridique dans un certain sens, mais il y a des activités
qui sont plus de nature médicale,
entre guillemets, là, au sens très large du terme, et évidemment le but de
mettre en place le projet de loi n° 10 est de favoriser une intégration de toutes ces activités-là qui sont à
caractère de services sociaux, médicaux et paramédicaux. Alors, évidemment que de les exclure irait à
l'encontre du principe même du projet de loi n° 10 et, pour cette
raison-là fondamentale, puisque le
projet de loi n° 10 ne vise aucunement à perturber, à atteindre, modifier
ou à changer la vocation, en termes d'expertise, des centres jeunesse,
de son côté plutôt juridique et réinsertion, et ainsi de suite, je ne vois pas
comment on aurait un bénéfice à les retirer du projet de loi n° 10.
Le Président (M.
Tanguay) : Mme la députée de Taillon.
Lamarre : Alors, je comprends que l'amendement avait été déposé, et
est accepté, et on en délibère. C'est bien ça, M. le Président?
Président (M. Tanguay) : Oui. Exactement. L'objet du débat. Et je
crois que nous commencions, pour chacun des collègues, là, les blocs de
20 minutes, grosso modo.
Lamarre : D'accord. Alors, merci. Bien, d'abord, je suis étonnée
d'entendre le ministre parler des centres jeunesse avec la réadaptation. Ce sont des dimensions qui sont... On
parle ici, là, pour que les gens comprennent bien, d'enfants pour lesquels il y a une allégation de
maltraitance et de négligence. Ces enfants, actuellement, sont pris en charge
dans une perspective qui est très
particulière. C'est un modèle de protection qui fait en sorte qu'on fait que
les enfants ont une... On essaie, en
tout cas au Québec, de maintenir d'une façon toute particulière le lien avec la
famille. Alors que, dans plusieurs autres pays du monde ou dans d'autres
provinces, on essaie d'exclure les enfants qui sont victimes de violence ou de négligence de leur famille, ici, le
modèle qui fait référence à travers le monde est tout à fait particulier.
Et parfois il y a des enjeux de santé physique, mais, le plus souvent, ce sont
des enjeux de protection qui relèvent beaucoup
d'enjeux sociaux, mais d'enjeux également où on a besoin de la police, où on a
besoin d'un système d'éducation qui est en lien.
Alors, je
pense que ce qu'on doit retenir de ça, c'est que la protection de la jeunesse au Québec, elle se vit différemment qu'ailleurs dans le monde, et elle
est un modèle cité. On a une législation qui est propre pour les centres
de la protection de la jeunesse. Pourquoi on
a jugé qu'on avait besoin d'une loi spéciale pour protéger les jeunes victimes
de maltraitance et de négligence? C'est parce qu'il y a des enjeux qui sont
confidentiels aussi au sein des approches thérapeutiques et des approches de
réinsertion sociale ou d'accompagnement social pour ces jeunes-là.
Donc, M. le
ministre, moi, je suis prête à ce que ce ne soit pas à cet endroit-là, mais il
me semble que, lorsque nous avons entendu
les gens, vous avez clairement reconnu la spécificité et la valeur ajoutée de
cette façon de travailler qui est
propre actuellement... la spécificité du mandat de la protection de la
jeunesse, en particulier dans les grands centres urbains, qu'on ne doit pas compromettre par une division au niveau des
CISSS. Si on pense à Montréal, on a cinq CISSS; on pense en Montérégie, on en a trois maintenant. Donc, ces centres-là
ont besoin d'avoir cette autonomie et de maintenir la spécificité de leurs mandats. On peut la
prévoir dans un autre
article si vous jugez que ce n'est pas à l'article 4,
mais j'aimerais, si c'est possible,
vous entendre nous dire que vous reconnaissez cette spécificité-là et que vous
êtes prêt à la reconnaître dans un paragraphe, dans un alinéa particulier, qui
garantirait qu'on va protéger cette autonomie des centres jeunesse.
Le Président (M. Tanguay) : Merci
beaucoup. M. le ministre.
Barrette : M. le Président, je l'ai dit à plusieurs reprises, et,
comme la députée de Taillon le dit avec justesse, il y a une loi. Alors, je n'ai pas... Là, ce que
la députée de Taillon me demande, c'est de faire du dédoublement législatif.
Il y a une loi qui reconnaît leur
spécificité et je ne vois pas pourquoi on doit rajouter des textes
supplémentaires à des textes légaux
qui existent déjà. Et, ici comme ailleurs, j'ai dit à plusieurs reprises que,
d'abord, je reconnaissais l'expertise qui avait été développée au Québec, qui, effectivement, est reconnue à
l'international, et en aucune manière, contrairement à ce que la députée de Taillon insinue dans son
discours... insinue ou implique, là, dans son discours... Je ne veux pas
porter, évidemment, de mauvaises
intentions à la députée de Taillon, mais le discours qu'elle tient est un
discours qui, ipso facto, entraîne
clairement que, si le projet de loi n° 10 était adopté, il allait altérer
automatiquement le mode de fonctionnement des centres jeunesse, ce qui n'est évidemment pas le cas. Et la loi
existe, leur mode de fonctionnement existe, l'expertise existe et elle
sera préservée et c'est tel quel.
Maintenant,
je rappellerai ceci, qui est tiré du mémoire des centres jeunesse, qui nous a
été déposé en commission parlementaire,
où on nous dit ceci : «Nous partageons plusieurs objectifs évoqués
par le ministre de la Santé et des Services sociaux lors [des] différents points de presse en regard du projet de
loi 10 — ça fait
qu'ils confirment que je l'ai dit à plusieurs
reprises : l'amélioration des services à la population; la diminution [et]
la complexité du parcours pour les usagers du réseau; l'amélioration des
projets cliniques pour toutes les missions du réseau.»
Plus
spécifiquement : «L'intégration des services de première et deuxième
ligne, notamment pour le programme-services
Jeunes en difficulté...» Ce dont on parle et pour lequel on invoque la
catastrophe appréhendée. Alors, ici, eux disent que «l'intégration [de ces services] nous rejoint
particulièrement», «nous» étant les centres jeunesse. «Il s'agit d'une
occasion de mettre en commun les forces
vives dédiées aux services offerts aux jeunes et aux familles, tout en
facilitant la fluidité de la trajectoire de services pour ceux–ci.»
C'est ce que
l'on veut faire, M. le Président, et je ne vois pas en quoi changer le projet
de loi n° 10, à la lumière de ce genre de commentaires, viendrait
améliorer la situation de quelque manière que ce soit.
Le Président (M. Tanguay) : Mme la
députée de Taillon.
Mme Lamarre : Alors, pour mieux
comprendre, parce qu'on est vraiment dans ça, là, on doit comprendre le scénario réel. De qui, M. le ministre, va relever
le directeur de la protection de la jeunesse? Il a besoin d'une autonomie,
d'une indépendance par rapport au P.D.G. du CISSS. De qui va-t-il relever?
Le Président (M. Tanguay) : M. le
ministre.
Barrette : M. le Président, le directeur... Il y a une loi et, pour ce
qui est de cette structure-là, rien ne change.
Le Président (M. Tanguay) : Mme la
députée de Taillon.
Lamarre : Bien, remarquez, à ce moment-là, si je peux reprendre :
actuellement, dans le projet de loi que vous évoquez, il y a cinq établissements pour l'île de Montréal :
établissement 1, qui concerne l'ouest de l'île de Montréal; établissement 2, qui est le centre de l'île de
Montréal; établissement 3, sud-est de l'île de Montréal; 4, qui est nord
de l'île; et 5, qui est l'est de l'île de Montréal.
Or, le Centre
jeunesse de Montréal est placé dans l'établissement 5. Est-ce qu'on doit
comprendre que le Centre jeunesse de
Montréal va dépendre du directeur général et du conseil d'administration du
CISSS 5? Si ce n'est pas le cas, je
pense qu'il y a lieu... parce qu'on est dans un projet de loi, on n'est pas
dans un exercice, on est dans une loi et ce qu'on se dit ici, ce n'est pas ça qui va être retenu. Ce
qui va être retenu, c'est ce qui va avoir été écrit. Alors, si on ne veut pas que le Centre jeunesse de Montréal dépende de
l'établissement 5 et du conseil d'administration du CISSS de l'établissement 5, il
faut retirer le Centre jeunesse de Montréal de l'établissement 5.
Le Président (M. Tanguay) : M. le
ministre.
M. Barrette : M. le Président,
j'espère que le ton qui s'accentue actuellement ne va pas aller trop loin. Là, aujourd'hui, on commence les audiences puis on espère que le débat va être
respectueux et sans aucune insinuation. Là, actuellement, comme... Et je
rappelle à la députée de Taillon que le projet
de loi n° 10 est un projet de loi qui vise à une intégration
administrative.
Encore une
fois, la loi qui sous-tend les... ou qui... pas «sous-tend», mais qui supervise
ou qui... sous laquelle les activités des centres jeunesse se déroulent
va rester en place.
Le directeur va être nommé... la DPJ... le directeur de la protection de la jeunesse va être nommé par
l'établissement qui exploite le Centre de protection de l'enfance et de la
jeunesse. Alors, il y en a deux à Montréal.
Maintenant,
je rappellerai à la députée de Taillon que, par définition, ces centres-là ont
une mission qui déborde toujours la
géographie dans laquelle elle est installée, et ça, ça ne changera pas non
plus. Alors, encore une fois, M. le Président,
le projet de loi n° 10 vise une intégration administrative. Alors, ce
n'est pas un changement dans le mode de fonctionnement ou une ingérence d'une nouvelle structure dans le mode de
fonctionnement des centres jeunesse, mais bien une intégration, lorsque ce concept s'applique, d'activités
administratives et cliniques de première ligne sur le plan de la santé
et des services sociaux.
Le Président (M. Tanguay) : Mme la
députée de Taillon.
Mme Lamarre : On comprend que
l'administration gère les budgets, et donc le fait d'insérer... Moi, je ne
comprends pas la