Culture and Education — 27 March 2013 (40th Legislature, 1st Session)
CCE 2013-03-27
Quebec — Committees
(Onze heures vingt minutes)
La Présidente (Mme Richard, Duplessis) : À l'ordre, s'il vous plaît! Bonjour,
chers collègues. Ayant constaté le quorum, je
déclare la séance de la Commission de la culture et de l'éducation ouverte. Je
demande à toutes les personnes présentes dans la salle de bien vouloir éteindre
la sonnerie de leurs téléphones cellulaires.
Le mandat de la commission est de poursuivre
les auditions publiques dans le cadre de la consultation générale sur le projet
de loi n° 14,
Loi modifiant la Charte de la langue française, la Charte des droits et
libertés de la personne et d'autres
dispositions législatives.
la secrétaire, y a-t-il des remplacements?
La Secrétaire : Oui, Mme la Présidente. Mme
Charbonneau (Mille-Îles) sera remplacée par M. Reid (Orford) et M. Sklavounos (Laurier-Dorion), par M. Kelly
(Jacques-Cartier).
La Présidente (Mme Richard, Duplessis) : Merci. Pour ce qui est de l'ordre du
jour, cet avant-midi nous allons débuter avec
les auditions de MM. Yves G. Dumas, Colin Standish et Michel Pagé. Cet
après-midi, nous entendrons la Fédération
autonome de l'enseignement, la Fédération canadienne de l'entreprise
indépendante et le Comité central de parents de la commission scolaire
Lester-B.-Pearson.
Bonjour,
M. Dumas. Vous allez avoir 10 minutes pour nous faire votre
présentation et par la suite suivra un échange
avec les membres de la commission. Donc, la
parole est à vous, M. Dumas.
Dumas (Yves G.) : Merci. Mmes et MM.
les commissaires, bonjour. Je m'appelle Yves
Dumas. Je suis architecte depuis maintenant plus de 15 ans. J'oeuvre dans
le domaine de la culture et du patrimoine à
Montréal.
Mon propos touchera le mémoire que j'ai déposé et que j'ai
intitulé L'inclusion de l'inscription française des panneaux routiers dans l es politiques linguistiques des organismes
municipaux . Ma présentation d'aujourd'hui,
en appui avec mon mémoire, s'intitule L'inscription
française des panneaux routiers comme témoin de l'évolution
linguistique du Québec . Le mémoire que vous avez devant vous a été déposé afin de
révéler certaines actions municipales sur le domaine public qui touchent la
signalisation routière, sur leurs responsabilités, et particulièrement le
panneau d'arrêt obligatoire. Afin de rencontrer les 10 minutes qui m'ont été allouées
pour la présentation, je vous propose le plan de présentation suivant, que vous voyez.
Depuis plusieurs années, je constate
une détérioration de l'aspect visuel français sur le domaine public. En effet, les panneaux de
signalisation routière identifiés par l'inscription ARRÊT sont de plus en plus remplacés par des panneaux identifiés par l'inscription STOP. La raison donnée par
les autorités lorsque le simple citoyen pose des questions serait que le mot «stop» est français, donc
automatiquement acceptable pour l'organisation municipale qui a procédé
à la transformation. Ainsi, d'un artefact
typiquement québécois, il devient un objet qui ne représente qu'un sens
fonctionnel et spécifique à l'arrêt obligatoire. Nous assistons ainsi sans
broncher à un détournement inacceptable du sens historique du panneau ARRÊT au Québec.
C'est en lisant l'article écrit par Lise
Payette, intitulé Relaxez-vous, ça ne fera pas mal , du quotidien Le
Devoir , le vendredi 8 février, que j'ai décidé de produire
ce mémoire. Elle finissait son
article de la façon suivante : «Le Québec, s'il reste immobile et consentant, va manger la
volée de sa vie. Personne ne pourrait dire [qu]'il s'en remettra.»
Ainsi, le STOP désigne, en France, le panneau
lui-même. En vérifiant les normes françaises des panneaux routiers, seul le
panneau STOP
désigne l'arrêt obligatoire, sur le territoire français, comme signal d'intersection et de priorité, soit l'équivalent du panneau ARRÊT québécois. Le panneau routier avec l'inscription ARRÊT n'existe pas en France. Au Québec, les normes de signalisation
routière sur les ouvrages routiers du ministère des Transports du Québec
désignent le panneau ARRÊT comme étant la seule signalisation de prescription
autorisée sur le territoire québécois. Par ailleurs, le signal STOP est considéré comme une inscription anglaise, comme le
confirme encore, en toute objectivité, les inscriptions françaises et anglaises des panneaux bilingues encore utilisés.
Selon le Guide de gestion des paysages au
Québec — Lire, comprendre et valoriser le paysage , du ministère de la Culture et des Communications, «le paysage est une appréciation du
territoire par un individu ou une collectivité. [...]L'appréciation requiert que certains
caractères particuliers d'un lieu ainsi que son expérience sensible, qu'il soit emblème consacré ou cadre de vie quotidien, fassent l'objet d'un
attachement ou de valorisations sociales et culturelles.»
Le paysage rural, comme le paysage urbain,
doit être composé d'éléments routiers qui correspondent aux traits de personnalité caractéristiques d'une société comme le Québec. Ainsi, le panneau ARRÊT, d'inscription française, doit être considéré dans le paysage
urbain de Montréal comme un élément essentiel
au paysage montréalais.
Les inscriptions ARRÊT STOP et STOP ARRÊT sont utilisées sur les terrains
occupés par les organismes gouvernementaux
canadiens où les deux langues officielles doivent obligatoirement apparaître, selon la liste des régions bilingues du
Canada aux fins de
la langue de travail du
Secrétariat du Conseil du trésor du Canada. On considère donc l'inscription ARRÊT comme française et l'inscription STOP comme anglaise, ce qui représente bien la dualité linguistique canadienne.
Les exemples que j'ai pris sont issus des
quatre villes suivantes, pour la région de l'Ouest-de-l'Île de Montréal. Tous les pourcentages proviennent du site
Internet de l'Office québécois de la langue française, sauf le pourcentage
accompagné d'un astérisque. Donc, ces quatre villes sont : ville
Mont-Royal, ville de Kirkland, ville de Westmount
et ville de Montréal.
Premier exemple, ville de
Mont-Royal : le STOP, d'inscription anglaise, est la norme routière de cette ville liée. Deuxième exemple, ville de Kirkland, où
les inscriptions anglaises, françaises et bilingues sont utilisées. Troisième exemple, ville de Westmount : le STOP est la norme. Dans cette photo, l'autoroute 40 sépare deux approches différentes sur le traitement
donné aux panneaux d'arrêt obligatoire. Du côté sud, ville Mont-Royal utilise l'inscription
anglaise, et, du côté nord, l'arrondissement
de Saint-Laurent de la ville de Montréal utilise l'inscription française, une
incohérence sur le territoire montréalais. Quatrième exemple, l'arrondissement
Pierrefonds-Roxboro : dans le même arrondissement, Pierrefonds utilise l'inscription française, tandis que Roxboro utilise
l'inscription anglaise. Belle incohérence. Cinquième et dernier exemple
pour la région de Montréal, l'arrondissement de Lachine : dans cet
arrondissement, on utilise le STOP et l'ARRÊT d'une manière pour le moins discutable; on ne sait pas
trop comment.
constat qu'on a fait et que j'ai fait sur l'île de Montréal est le suivant : ville Mont-Royal, qui
a un statut bilingue de l'OQLF, c'est des STOP; ville de Kirkland, les trois sont utilisés; ville de
Westmount, c'est le STOP qui
est utilisé; ville de Montréal, à l'exception de ces deux arrondissements que
vous voyez devant vous, c'est en français que
les panneaux sont installés; l'arrondissement Pierrefonds-Roxboro utilise à la fois l'ARRÊT et le STOP, selon
une occupation territoriale, tandis que l'ARRÊT de Lachine... l'arrondissement de Lachine, qui est de
langue normalement française, utilise l'ARRÊT et le STOP de façon aléatoire ou
selon l'inspiration.
Quelques exemples dans la région Ottawa-Gatineau. Dans la région d'Ottawa-Gatineau, les autorités définissent clairement la frontière :
le STOP du
côté de l'Ontario et l'ARRÊT du côté du Québec. Ici, j'ai pris mes exemples dans la municipalité de Chelsea et dans
le secteur Aylmer de la ville de Gatineau. Dans la région d'Ottawa-Gatineau, les
autorités... Non. Pardon. Premier exemple de la région Ottawa-Gatineau, la municipalité de
Chelsea : l'ARRÊT et les panneaux d'information de la municipalité sont d'inscription
française. Deuxième exemple, vers le Centre des visiteurs du parc de la Gatineau, géré par la Commission de la capitale nationale du
Canada, on rencontre ceci : les terrains
de la Commission de la capitale nationale du Canada sont pourvus de ces
panneaux bilingues, français en haut et
anglais en bas, sur le territoire québécois, comme la photo, tandis que, du
côté ontarien, on utilise l'anglais en haut et le français en bas.
Troisième exemple, le secteur Aylmer, dans la
ville de Gatineau, où le français est la norme. Le constat : même si la population de langue maternelle anglaise constitue
la moitié de la population totale de Chelsea, la municipalité utilise
strictement la signalisation d'inscription française. Aucun panneau STOP n'a
été signalé du côté québécois. Par ailleurs, du côté ontarien, seule l'inscription
anglaise est utilisée. Par ailleurs, la Commission de la capitale nationale
utilise le panneau bilingue dans le parc de la Gatineau. Avec une telle
cohérence, le paysage s'en trouve amélioré.
en conclusion — c'est la conclusion de mon
mémoire — j'aimerais simplement apporter
à votre attention d'inclure au
chapitre VI du projet de loi, à l'article 156.4,
ou d'autres articles, à même les politiques linguistiques des organismes
municipaux, que la signalisation routière soit d'inscription française,
conformément aux normes de la signalisation routière du ministère des
Transports du Québec, et que seule l'inscription ARRÊT soit réputée être d'inscription
française pour les panneaux d'arrêt obligatoire.
Présidente (Mme Richard, Duplessis) :
Merci beaucoup, M. Dumas.
Dumas (Yves G.) : Merci.
La Présidente (Mme Richard, Duplessis) : On va commencer les échanges. Mme la
ministre, vous avez la parole.
De Courcy : Bonjour, M. Dumas. D'abord,
vous remercier de vous être inscrit à cette commission parlementaire. Comme je l'ai dit à presque tous les citoyens qui se sont
inscrits, je considère que c'est un geste civique important et
courageux, parce que, quand même, présenter un mémoire, et sans soutien comme
dans d'autres grandes organisations qui ont beaucoup de bénévoles ou des
permanents avec eux, alors... Donc, merci pour le geste civique que vous avez
posé.
Et j'ajouterais aussi que je pense que
j'interprète votre présentation comme un appel à la cohérence, appel à la cohérence dans notre organisation et sur le plan
montréalais, puis je vous dirais que ça rejoint l'esprit du projet de
loi n° 14, qui est une invitation à la cohérence dans toutes
les sphères d'activité du gouvernement. Alors, je vous remercie, M. Dumas.
Présidente (Mme Richard, Duplessis) :
Merci, Mme la ministre. Nous allons maintenant du côté de l'opposition
officielle.
Mme De
Courcy : Non, il y a monsieur...
La Présidente (Mme
Richard, Duplessis) : Oui? Ah, excusez-moi, je pensais que... La parole est à vous, M. le député de Saint-Hyacinthe.
M. Pelletier (Saint-Hyacinthe) : Merci. Bonjour, monsieur. Ça me fait
plaisir que vous soyez ici aujourd'hui. Je
salue mes collègues qui sont là ce matin.
Je veux juste poser la question, au
niveau de l'affichage comme tel du panneau ARRÊT, bien, souvent, on voit STOP un peu
partout au Québec, au niveau du message qui est envoyé, vous ne parlez pas
beaucoup du message, mais au niveau du message qui est envoyé à la
population, ou même aux immigrants qui arrivent, ou à tout le monde qui circule sur les routes du Québec : Quel
est... quel sens vous donnez à ce message-là? Parce que ça fait
partie de
l'affichage qu'on voit régulièrement, là, au niveau des commerces, aussi.
M. Dumas (Yves G.) : Bien, effectivement, le niveau se
situe comme objet culturel. Je considère l'arrêt
obligatoire d'inscription française, ARRÊT,