Institutions — 26 March 2025 (43rd Legislature, 1st Session)
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31e législature, 5e session (24 octobre 1980 - 24 octobre 1980)
31e législature, 4e session (6 mars 1979 - 18 juin 1980)
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31e législature, 1re session (14 décembre 1976 - 23 décembre 1976)
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43 e législature, 1 re session
(29 novembre 2022 au 10 septembre 2025)
Cette version du Journal des débats est une version préliminaire : elle peut donc contenir des erreurs. La version définitive du Journal, en texte continu avec table des matières, est publiée dans un délai moyen de 2 ans suivant la date de la séance.
Pour en savoir plus sur le Journal des débats et ses différentes versions
mercredi 26 mars 2025
Vol. 47 N° 103
Consultations particulières et auditions publiques sur le projet de loi n° 91, Loi instaurant le Tribunal unifié de la famille au sein de la Cour du Québec
Aller directement au contenu du Journal des débats
Heures
11 h
11 h 30
12 h
12 h 30
15 h
15 h 30
16 h
16 h 30
17 h
17 h 30
Journal des débats
11 h (version non révisée)
(Onze heures trente minutes)
Le Président (M.
Bachand) : À l'ordre, s'il vous plaît!
Bonjour, tout le monde. Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la
Commission des institutions ouvertes.
La Commission est réunie afin de
poursuivre les consultations particulières et auditions publiques sur le projet
de loi no 91, Loi instaurant le tribunal unifié de la famille au sein de la
Cour du Québec.
Avant de débuter, M. le secrétaire, y
a-t-il des remplacements?
Le Secrétaire : Oui, M. le
Président. Mme Massé (Sainte-Marie—Saint-Jacques) est remplacée par M. Cliche-Rivard
(Saint-Henri—Sainte-Anne).
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. Ce matin, nous
allons entendre la Chambre des notaires. Nous allons d'abord débuter avec les
représentants du Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence
conjugale, conjointement avec l'Alliance des maisons d'hébergement de 2e étape
pour femmes et enfants victimes de violence conjugale.
Merci beaucoup d'être avec nous. Vous êtes
des habituées de la Commission des institutions. Un grand plaisir de vous
avoir. Donc, comme vous le savez, 10 minutes de présentation, après ça, échange
avec les membres de la commission. Je vous inviterais d'abord à vous présenter,
s'il vous plaît. Merci beaucoup.
Mme Riendeau (Louise) : Bonjour,
M. le Président. M. le ministre, MMes, MM. les députés, merci de nous avoir
invités. Je suis Louise Riendeau, je suis accompagnée ce matin par ma collègue
Justine Fortin. Nous sommes tous deux co-responsables des dossiers politiques
au regroupement des maisons. Et on est aussi accompagnés par Mélanie Guénette,
qui est la directrice de la Maison Le Prélude à Laval, maison qui a une double
mission, aide et hébergement en première étape et aussi deuxième étape, et membre
de l'Alliance des maisons de 2e étape.
Donc, comme vous l'avez vu, c'est un
mémoire qui est présenté conjointement. Du côté du regroupement, on regroupe 46
maisons qui ont accueilli...
Haut de la page
11 h 30 (version non révisé
e) Mme Riendeau (Louise) : ...en
hébergement seulement plus de 5 000 femmes et enfants en 2023-2024.
Et du côté de l'alliance, les 38 maisons membres avaient, en 2023-2024,
172 unités qui ont reçu plus de 650 femmes et enfants.
Évidemment, nous prenons position sur le
projet de loi n° 91 en fonction de notre mission spécifique de défense des
droits des femmes et des enfants victimes de violences conjugales, qui sont
parmi les justiciables les plus vulnérables. Quand on connaît la problématique
de la violence conjugale, on sait que les conjoints utilisent leur contrôle,
utilisent différentes manifestations de contrôle coercitif pouvant aller jusqu'à
la violence physique ou la violence sexuelle, et que tout ça finit par créer
graduellement un déséquilibre de pouvoir chez les victimes. Au moment où elles
mettent fin ou elles tentent de mettre fin à leurs relations, les victimes se
sont, comme ils nous disent, faites jouer dans la tête. Elles se sont fait dire
qu'elles ne valaient rien. Elles se sont fait dire que personne ne les
croirait. Elles ont peur des conséquences, des demandes qu'elles peuvent faire.
Elles sont en perte de pouvoir et ne peuvent exercer leur droit.
Pour nous, le rôle du législateur et le
rôle du système de justice, c'est vraiment de permettre à tous les citoyens et
citoyennes d'exercer l'ensemble de leurs droits de façon équitable. C'est d'ailleurs
pourquoi, de toute façon, on avait, il y a quelques années, amendé la Charte
des droits et libertés à l'article 10 pour parler du droit à l'égalité, de...
de l'exercice des droits et libertés. Dans le contexte où on est là, on parle
évidemment des droits à l'intégrité, à liberté de la personne, des droits
judiciaires et des droits économiques et sociaux.
Selon nous, le projet de loi n° 91
contient des mesures qui ne sont certainement pas voulues comme telles, mais
qui auront des effets pervers et délétères pour les femmes et les enfants
victimes de violences conjugales. On pense particulièrement au fait de rendre
la médiation familiale obligatoire. Pour nous, ça va certainement créer une
pression importante pour que les femmes et les... et les femmes victimes de
violences aillent en médiation. On constate déjà dans les femmes qui sont
suivies par nos maisons en service externe que 10 % d'entre elles ont
entrepris une démarche de médiation. Et même si on nous parle des succès des
règlements en médiation, ce que nous, on constate chez ces femmes-là, c'est
plutôt des renonciations à leurs droits, renonciation à des ententes de garde
sécuritaire. On voit beaucoup de gardes partagées dans les cas de... dans ces
cas de médiation là, et les femmes n'ont pas pu obtenir quelque chose de plus
sécuritaire. Et on voit beaucoup de renonciation à des biens auxquels elles
auraient droit. Dans notre mémoire, on vous donne des exemples, une femme qui a
renoncé à la moitié de la maison qui faisait
partie de son patrimoine, des
femmes qui renoncent à la pension alimentaire pour enfants et à toutes sortes
de biens qui vont faire en sorte qu'elle et leurs enfants seront davantage
appauvris dans l'avenir. Tout ça est bien connu et sachant ça, c'est sans doute
pourquoi le projet de loi prévoit la possibilité d'être exempté pour motif
sérieux qui inclut la violence conjugale, mais se dire qu'une victime va
nécessairement demander l'exemption, c'est un peu comme se dire qu'une vraie
victime dénonce son agresseur. Et pourtant on dit que ça fait
partie des
miettes et des préjugés. Or, demander cette exemption-là vient avec beaucoup...
peut venir avec beaucoup de conséquences. D'abord, ça veut dire qu'on dévoile,
qu'on dénonce la violence qu'on vit. Ça veut dire aussi qu'on s'expose aux
questions du conjoint qui lui, voudrait aller en médiation. En général, les
conjoints violents veulent aller en médiation parce qu'ils pensent qu'ils vont
davantage contrôler et leur partenaire et le processus. Donc, on pense que les
conjoints vont vraiment questionner leur ex-partenaire et qu'à partir du moment
où ils vont comprendre qu'elle a allégué de la violence, ça va devenir à risque
pour sa sécurité. On sait bien que c'est au moment de la séparation, et
particulièrement quand il y a des points de vue adverses sur la question de la
garde et des différents arrangements, que les femmes et les enfants sont le
plus en danger. Utiliser... l'exemption, pardon, c'est aussi s'exposer à ce que
le conjoint dise que ce sont des fausses allégations et c'est finalement s'exposer
à ce qu'un juge qui va être appelé à trancher la question s'il ne connaît pas
toutes les manifestations du contrôle coercitif en l'absence de violence...
Mme Riendeau (Louise) : ...violence
physique, on peut se ramasser avec une décision qui di : Madame n'avait
pas un motif sérieux et on pourra alors lui imposer une pénalité. Alors, on
pénalisera doublement, triplement les femmes victimes de violence conjugale qui
auront essayé de s'en soustraire.
On sait aussi qu'il y a de nombreuses
victimes qui ne s'identifient pas comme victimes de violence conjugale. Donc,
on pense que de nombreuses victimes vont préférer aller en médiation et vont
penser que ça va permettre d'en finir plus vite avec leur conjoint violent,
surtout si elles abandonnent leurs droits. Donc, pour nous, pousser les
victimes vers la médiation, parce que c'est vraiment l'effet qu'on pense que ça
aura, c'est aussi les priver des mesures de protection qui ont été introduites
par le législateur dernièrement dans le projet de loi n° 2,
dans le projet de loi n° 56, dans le projet de loi n° 73. Tu sais, je pense particulièrement à la prise en compte
de la violence conjugale au moment de déterminer le meilleur intérêt de
l'enfant. Je pense au fait qu'on a prévu qu'il y aurait un avocat désigné pour
éviter qu'un conjoint contre-interroge sa femme. Or, en médiation, il va être
là, face à face. Je pense à la possibilité d'invoquer la violence judiciaire,
qui peut tout à fait se passer en médiation, comme elle se passe dans les
procédures. Je pense à l'accompagnement de la victime, aux mesures d'aide, aux
témoignages, à la confidentialité de l'adresse. Tout ça n'existera pas en
médiation comme ça pourra exister devant le tribunal. Et, pour la suite, je
vais passer la parole à ma collègue.
Mme Fortin (Justine) : Donc,
en considération de ce que ma collègue vient de vous présenter puis des
constats plus généraux qu'on propose dans le mémoire qui est présenté à la
commission, je résumerais nos recommandations en trois grandes catégories.
D'abord, parce qu'il y a la question de la médiation... La médiation
obligatoire est un enjeu à la sécurité des femmes victimes, retirer son
caractère obligatoire et retirer toute mesure punitive pour un motif qui serait
jugé insuffisant ou de mauvaise foi. Ensuite, comme plusieurs femmes ne
s'identifient pas comme victimes de violence conjugale, rendre le dépistage de la
violence conjugale obligatoire, systématique avant la médiation et de façon
continue par la suite, puis offrir une formation obligatoire au médiateur afin
de les habiliter à dépister le contrôle coercitif, à mettre fin à la médiation
de façon sécuritaire puis à diriger les victimes vers des ressources qui sont
spécialisées.
Ensuite, améliorer la défense des droits
des femmes victimes de violence conjugale en rendant davantage accessibles les
services de représentation spécialisés. On pense à des équipes dédiées, des
avocats dédiés dans tous les centres d'aide juridique, le maintien du programme
Rebâtir phase II et la mise en place d'une communauté de pratiques pour
favoriser le partage d'expertise sur les nouvelles mesures législatives, mais
aussi pour s'assurer que les réformes qui sont faites et dont vous discutez
percolent sur le terrain et soient à l'avantage des personnes victimes.
Finalement, puisque la réforme du droit de
la famille doit être menée jusqu'au bout, inclure une définition de la violence
conjugale dans le Code civil pour créer un langage commun puis palier aux
limites qui sont nommées justement par le législateur, à savoir qu'il y a une
limite justement à ce qu'on peut imposer aux magistrats, définition qui percole
rage jusqu'à chez les professionnels du droit, comme les avocats, les notaires,
les médiateurs; donner une voix aux enfants, leur participation au processus
judiciaire qui les concerne est essentielle et, finalement, éviter, voire
cesser de promouvoir le Tribunal unifié la famille comme une simplification des
procédures pour les victimes de violence conjugale parce que le constat qu'on
vous présente aujourd'hui, c'est que ce n'est malheureusement pas le cas.
Merci.
• (11 h 40) •
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup de votre
présentation. Je me tourne maintenant vers le gouvernement pour une période de
13 min 30 s, M. le ministre, s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Oui,
merci, M. le Président. Alors, Me Fortin, Mme Riendeau, Mme Guénette,
merci pour votre présence en commission parlementaire, pour la présentation de
votre mémoire. Bien, d'entrée de jeu, vous me permettrez de vous dire que je
suis en désaccord avec la dernière affirmation. Pour nous, c'est clairement une
simplification du processus, du simple fait d'avoir, sous la même instance ou
la Cour du Québec, les dossiers, autant en violence conjugale, autant les
dossiers en matière de protection de la jeunesse qu'en matière familiale. Bien
entendu, à l'intérieur du même chapeau de la Cour du Québec, ça va simplifier,
l'information, va circuler d'une façon plus appropriée, le rôle du
coordonnateur judiciaire à bonifier également, ça va aider. C'est sûr que quand
on est dans des structures différentes, il y a plus de problématiques. Là, on
vient simplifier le tout.
Cela étant dit, j'aimerais vous entendre
sur la question de la pénalité financière. Vous, vous nous dites....
M. Jolin-Barrette : ...en
matière de violence conjugale, en matière de violence familiale, il ne devrait
pas y avoir notamment, dans l'éventualité, là, où on maintient la médiation
obligatoire, là, si c'est... Si c'est allégué, que la personne est victime de
violence conjugale, vous dites : Dans tous les cas, c'est important que
vous vous enleviez la possibilité pour le tribunal de sanctionner ça, même si,
supposons, il y a des fausses déclarations de la part, supposons,
d'ex-conjoints.
Mme Riendeau (Louise) : Oui.
Écoutez, effectivement, c'est ce qu'on demande parce qu'on pense qu'il y aura
assez peu d'ex-conjoints violents qui vont réclamer une exemption pour aller en
médiation parce que c'est un processus qui est plus facile pour eux, qui leur
permet davantage de continuer le contrôle, et que c'est des victimes qui
risquent de ne pas être crues parce qu'on connaît encore mal, de la part de
certains juges, toutes les facettes de la violence conjugale, et qu'on
dira : En l'absence de violence physique, vous n'aviez pas de motif
sérieux, vous allez payer des pénalités pour ça. Donc, on pense... Puis on
pense que ce n'est pas nécessaire. Si c'est vraiment pour encourager les gens à
utiliser la médiation, il y a... il y a d'autres... il y a d'autres façons de
faire que de la rendre obligatoire et que d'imposer des pénalités. Tu sais, je
pense qu'on pourrait faire une très bonne campagne de promotion pour dire aux
gens : Ça va être plus simple, ça va aller plus vite, avec un
avertissement qui dirait : Mais, toutefois, c'est contre indiqué en
matière de violence conjugale. Je pense qu'on pourrait arriver tout à fait aux
mêmes objectifs avec ça.
M. Jolin-Barrette : O.K. Sur
la question... Dans le fond, vous avez abordé, là, je pense, c'est Me Fortin,
la question des mesures du projet loi 73 pour le témoignage. De la façon
dont a été construit le projet de loi n° 73, ça prend notamment une
attestation que la personne a été consultée, puis c'est confidentiel, puis
c'est versé au dossier de la cour. Dans le cadre de la médiation, actuellement,
ce qu'on a prévu, c'est une simple allégation, dans le fond... puis le formulaire
est à définir pour faire en sorte que ce soit par voie électronique au dossier
de la cour puis que ce soit simple pour la personne qui a été victime de
violence conjugale, sexuelle. Hier, on a échangé avec des groupes aussi qui
nous disaient : Bien, ce serait peut-être mieux d'avoir une attestation.
Et j'aimerais ça vous entendre. Parce que le simple fait d'alléguer est moins
engageant. D'ailleurs le CAVAC nous disait ça, là : C'est moins engageant
que de... supposons, faire en sorte que la victime est allée voir un organisme
de soutien. Ça fait que je voudrais savoir. Parce que certains nous ont
dit : Vous devriez remplacer ça par une attestation. Alors, votre avis
là-dessus.
Mme Riendeau (Louise) : Bien,
écoutez, nous, on a beaucoup tergiversé sur cette question-là. Parce
qu'effectivement demander une attestation, c'est plus exigeant que faire une
déclaration, mais, en même temps, on s'est dit : Avoir une attestation,
c'est aussi l'occasion de rencontrer une ressource spécialisée qui peut nous
aider à évaluer la situation, à évaluer les risques auxquels on fait face.
Donc, on se disait : Peut-être que le meilleur des deux mondes, ce serait
de permettre les deux, au fond, pour que les victimes puissent choisir la façon
de faire, mais en disant : Ça peut être une attestation d'un organisme. Ça
donne aussi l'idée que... peut-être qu'on peut aller... qu'on peut aller
consulter un organisme spécialisé qui peut nous accompagner dans ça.
M. Jolin-Barrette : O.K. Et
j'aimerais peut-être vous entendre, là, sur votre expérience que vous vivez
avec les personnes victimes notamment de violence conjugale, là, sur leur
parcours dans le système de justice, parce qu'il y en a de plus en plus qui ne
sont pas représentées par avocats. Là, on a mis les mesures en matière civile
qui incluent en matière familiale, dans le 73, le fait... bon, vous l'avez dit,
de ne pas contre-interroger, l'adresse qui est... qui n'est pas divulguée, les
mesures de télétémoignage ou de témoigner avec un paravent, la personne de soutien
qui peut être là, le chien assistance aussi. Mais décrivez-nous quel est le
comportement, supposons, d'un conjoint qui faisait de la violence conjugale ou
de cette notion de contrôle là puis comment ça se traduit dans les différentes
instances judiciaires. Parce qu'un nouveau point, c'est de dire : Bien,
écoutez, le conjoint va profiter de la médiation, mais, dans le cadre du... à
la cour aussi, il y a des interactions, là. Puis Mme qui est victime de
violence conjugale, elle n'est pas exempte non plus de contact avec M. puis de
l'avalanche des procédures, tout ça, malgré le fait qu'on a mis la violence
judiciaire aussi. Mais je voudrais vous entendre sur les dames chez vous qui...
que vous vous souvenez. Comment elles vivent ça, là, le parcours judiciaire...
présence de violence conjugale dans le système?
Mme Fortin (Justine) : C'est
une grande question avec peu... beaucoup... peu de temps pour...
Mme Fortin (Justine) : ...y
répondre. Il y a beaucoup de choses dans ce que vous avez demandé, je vais commencer
par dire que... répondre à une affirmation que vous avez dite : Les
femmes, elles ne sont pas représentées, ce n'est pas un choix, là, ce n'est pas
un choix d'être auto représentée pour une femme victime de violence conjugale.
En ce moment, les enjeux d'accès à la justice pour les femmes victimes sont
nombreux. Les avocats formés, capables de comprendre, capables de bien
représenter leurs droits, il y en a peu. Les honoraires des avocats de pratique
privée sont excessivement élevés, les bureaux d'aide juridique débordent. Donc,
je pense qu'il faut faire attention quand on dit qu'elles choisissent d'être
non représentées, pour moi, c'est...
M. Jolin-Barrette : ...des
hommes.
Mme Fortin (Justine) : Ah,
les hommes non représentés. Parfait. Bien, peut-être qu'il y a eu confusion.
Alors, vous avez dit les personnes choisissent, et puis moi, j'ai pensé
victimes. Donc, les... la non-représentation des auteurs de violence, c'est
effectivement un problème. Toutefois, ce qu'on présume, c'est que du moment où
une femme est bien représentée ou est représentée dans le système de justice,
il y a un filet de sécurité autour d'elle. Il y a une personne qui est en
mesure de faire les demandes dont vous avez parlé, qui sont... qui vont bientôt
être rendues possibles par le projet de loi n° 73 tout en vigueur. Il y
aura un processus de scénarios, de scénarios de protection qui seront mis
autour des femmes. Et les avocats ou les avocates qui vont les représenter vont
faire des demandes qui vont correspondre à leurs besoins : du temps
parental supervisé, voire une absence de temps parental pour un parent violent
s'il ne se responsabilise pas, qui va encadrer, protéger un processus
d'expertise psychosociale s'il y en a un, qui va s'assurer de mettre en place
les mesures pour qu'une adresse demeure confidentielle par exemple. Ce qu'on
présume, mais on ne l'a pas encore vécu parce que la réforme n'est pas terminée
et que les résultats ne sont pas là, c'est que tous les avantages qui ont été
acquis par le projet de loi n° 73, malheureusement, vont se diluer avec
l'application de la médiation obligatoire, parce que c'est la voie qui sera
n'ont pas choisie mais imposée aux personnes victimes par l'auteur des
violences qui, de par le contrôle coercitif et l'emprise qu'il aura, va faire
en sorte que ce soit la voie à privilégier. Effectivement, ma collègue Louise
l'a dit, les auteurs de violences ont les vois puis les femmes en maison
également... elles sont allées en médiation parce que c'était ce qui allait
faire en sorte que la violence, enfin la relation, allait cesser le plus
rapidement possible. Et, à ce moment, elles ont renoncé à des droits. Et puis
la violence post-séparation, si elle n'était pas commencée, bien, c'est à ce
moment-là qu'elle est commencée.
Puis quand on parle de renoncer à des
droits, là, pour... je vais me permettre de revenir sur ce que mon confrère de
l'Association des notaires a présenté ici en commission la semaine dernière, il
parlait de comment la médiation permet de faire en sorte que les gens
s'entendent, de faire en sorte que les gens arrivent à l'entente qui leur
convient, que si effectivement on ne se fit pas aux barèmes en lien avec un
partage de patrimoine ou en lien avec de la pension alimentaire, mais, au
moins, on le faisait dans un contexte où tout le monde était conscient de ses
droits et tout le monde comprenait ce à quoi il renonçait. Bien, c'est
effectivement ça, la réalité de la médiation. Nous, ce qu'on vous dit, ce n'est
pas une prétention, c'est ce qui arrive, c'est que les femmes, lorsqu'elles
sont devant cette situation-là, ce qu'elles font, c'est qu'elles renoncent à
leurs droits et qu'elles s'en vont après avec une entente, un jugement qui est
non sécuritaire et qui n'a pas pris compte des besoins et de l'intérêt de leurs
enfants. Ce que les femmes ont besoin, c'est d'être dans le système de justice,
qu'un juge compétent, qu'une personne en autorité, prenne une décision pour
elles... pas pour elles, mais plutôt pour leur situation qui va être imposée à
leur conjoint et qui va tenir compte de leur sécurité.
• (11 h 50) •
M. Jolin-Barrette : Et je
vous remercie pour votre présence en commission parlementaire. Je vais céder la
parole à mes collègues. Merci beaucoup.
Le Président (M.
Bachand) : Merci, M. le ministre. M. le député de Saint-Jean
pour 3 min 30 s.
M. Lemieux : Merci beaucoup,
M. le Président. Me Fortin, Mme Riendeau, Mme Guénette, content de
vous recevoir. Le président avait totalement raison, vous êtes non seulement
souvent avec nous, mais grand bien nous fasse. On a besoin de vos lumières.
Parenthèse parce qu'on n'aura pas le temps
d'en parler ce matin, mais j'ai souvent besoin de Mme Guénette puis je
pense souvent à vous à chaque fois qu'il est question de contrôle coercitif
parce qu'il me semble que c'est quelque chose qu'on apprend à découvrir puis,
une fois qu'on a découvert, c'est tellement vaste que j'ai toujours besoin de
savoir où on est rendu dans ce qu'on découvre. Et on en apprend une
partie en
ce moment par rapport à la décision d'aller ou non... de demander la médiation
ou pas. Et puis c'est sur la médiation que je vais vous emmener puis sur les
juges.
Alors, rapidement, sur la médiation. Moi,
je suis naïf, là, j'aimerais ça trouver une voie de passage. Quand c'est
85 % de succès en médiation, on ne peut pas comprendre pourquoi on
voudrait aller là, ne serait-ce que pour éviter les délais puis... Bon. Et je
comprends très bien ce que vous me dites, puis on nous l'a dit avant. Hier,
j'ai posé la même question, je me suis fait répondre : Oui, mais peut-être
qu'une médiation individuelle, c'est nouveau, ça, on en entend parler...
M. Lemieux : ...on ne sait
pas comment ça marche. Mais est-ce qu'il y a des voies de passage ou est-ce que
vous êtes obligés d'arriver ici ce matin, comme vous l'avez fait, puis
dire : Retirez ça, M. le ministre, ça ne marchera pas, on ne peut pas
vivre avec ça?
Mme Riendeau (Louise) : C'est...
Dans le 85 % de succès dont vous parlez, il y a un pourcentage qu'on ne
connaît pas, mais qui est le cas de femmes qui ont renoncé à leurs droits. Et
ça a des conséquences sur elles et sur leurs enfants. Moi, je pense que,
pour... Et c'est ce qu'on disait en 1997, au moment de l'adoption de la
loi 65, la médiation, c'est une très bonne chose pour les gens qui sont
capables de communiquer et d'avoir des rapports égalitaires, mais pas quand on
est face à des rapports de pouvoir. Alors, moi, je me dis, si on considère que,
la médiation pour les couples qui, malgré la fin de l'union, peuvent se parler,
si elle n'est pas assez utilisée, faisons-en la promotion, mais faisons
attention aux justiciables les plus vulnérables, les femmes et les enfants
victimes de violence conjugale, pour ne pas les pousser dans une situation qui
va entraîner des problèmes graves qui vont durer pendant longtemps.
Mme Guénette (Mélanie) : Je
peux me permettre?
Mme Riendeau (Louise) : Oui.
Mme Guénette (Mélanie) : Concrètement,
moi, je les rencontre, les femmes, au quotidien. Oui... Puis je les ai
écoutées, les auditions, et, moi aussi, 85 %, ça me titille parce qu'au
final la réalité sur le terrain... Puis là je ne pourrais pas vous donner un
pourcentage, mais c'est la majorité, que la médiation n'a pas reconnu
l'ensemble des droits de Mme. Mme est déjà... Puis là je parle plus du côté
humain, là, mais Mme est déjà dans la... en reconstruction à reprendre, à
reprendre le pouvoir sur sa vie, puis elle se retrouve dans une situation où le
médiateur a un certain pouvoir et le conjoint a un certain... a plus de pouvoir
qu'elle. Ça fait que c'est très difficile d'avoir gain de cause. Et, souvent,
elle lâche prise et elle... ses droits ne sont pas reconnus équitablement.
M. Lemieux : Il ne me reste
quelques secondes après pour vous entendre sur les juges, parce que je pensais
que vous parleriez de formation de juge, parce que c'est ce que vous me dites à
chaque fois. Et, dans votre mémoire, vous nous parlez d'établir des critères de
nomination spécifiques. C'est presque pire que de la formation, ça. Pourquoi?
Mme Fortin (Justine) : Bien,
en fait, pourquoi on demande ça? Bien, bien sûr, la question de la formation,
c'est quelque chose qu'on supporte, qu'on soutient, puis on espère faire
partie
de la solution également, le regroupement, mais il doit y avoir des critères
spécifiques pour ces juges d'un tribunal unifié de la famille...
Le Président (M.
Bachand) : Merci.
Mme Fortin (Justine) : ...que
le tribunal va... essentiel.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. Le temps file.
M. le député de l'Acadie.
M. Morin : Oui, merci. Merci,
M. le Président. Alors, Mme Riendeau, Mme Guénette, Me Fortin, merci, merci
d'être là. Vous n'avez pas eu le temps de terminer ce que vous étiez en train
d'expliquer. Moi, je vais vous permettre de compléter votre réponse. Je pense
que c'est important pour tous les membres de la commission.
Mme Fortin (Justine) : Donc,
en lien avec les critères spécifiques, on est dans l'idée de la grande réforme
du droit de la famille. Bien sûr, de la formation en termes de violence
conjugale, postséparation, contrôle coercitif, c'est essentiel, mais, au niveau
du droit, ce le sera également. Un avocat, par exemple, ce qui... Les avocats
deviendront des juges, là. Donc, un avocat qui pratique en droit de la
jeunesse, en droit de la famille pratique selon des... avec des lois, des idées
vraiment différentes, les juges qui doivent appliquer ces lois-là également.
C'est complexe, le droit de la famille. Il y a du partage de patrimoine, il y a
du partage de biens, du calcul de pension alimentaire également. Tout ça doit
s'acquérir pour être en mesure que les droits des personnes soient le mieux...
soient le mieux... soient le mieux pris en compte, pardon.
Notre inquiétude, à ce stade-ci, c'est
que, combinées aux lacunes importantes de connaissances en matière de violence
conjugale et de violence postséparation et contrôle coercitif, bien, on
pourrait se retrouver... non pas des juges moins compétents, mais certainement
des juges avec beaucoup moins de connaissances et d'expérience pour prendre des
décisions dans des contextes très complexes qui sont ceux d'une situation d'une
famille qui vit dans un... qui a évolué dans une dynamique de violence
conjugale et de contrôle coercitif. Donc, les critères spécifiques sont en lien
avec la formation générale sur le droit, sur les connaissances, puis, bien sûr,
accompagnée de connaissances spécifiques sur les questions de violence.
M. Morin : Je vous remercie.
Merci beaucoup. J'ai lu votre mémoire attentivement. Quand vous résumez votre
position à la page six, le premier élément, vous soulignez la promotion
entourant le Tribunal unifié de la famille cesse de le présenter, que la
promotion entourant le Tribunal de la famille cesse de le présenter comme une
simplification du parcours des femmes victimes dans le système de justice. J'ai
bien entendu, M. le ministre, qui n'est pas d'accord, mais c'est... Comme
affirmation, c'est quand même percutant, là. Évidemment, j'ai à cœur, bien sûr,
tout ce qui touche la famille, les enfants. Alors...
M. Morin : ...comme énoncé,
c'est fort. Donc, qu'est-ce que vous... qu'est-ce que vous craignez? Qu'est-ce
qui ne répond pas, finalement, dans le projet de loi, à avoir un vrai tribunal
unifié? Puis qu'est-ce qu'on pourrait faire pour en avoir un véritablement?
Mme Fortin (Justine) : En
fait, tout s'inscrit dans une réflexion globale de la réforme du droit de la
famille. C'est-à-dire qu'on a le projet de loi n° 2,
le projet de loi n° 12, le projet de loi n° 56, le projet de loi n° 73,
dont plusieurs de ces résultats-là ne se sont pas encore fait nécessairement
voir sur le terrain. Ça n'a pas percolé au niveau des professionnels non plus.
Il faut mener cette réforme-là jusqu'au bout. En ce moment, ce qu'on entend,
nous, c'est : Ça va simplifier le processus. Il y aura un dialogue. Tout
sera sous le même toit.
Premièrement, ça occupe les besoins des
personnes victimes. On en a fait mention largement. La médiation obligatoire,
l'enjeu des fausses déclarations qui met une épée de Damoclès au-dessus...
au-dessus des personnes, mais, plus largement, seul, un... le projet de loi,
pour le moment, ne s'applique qu'à un petit nombre de personnes. On maintient
des catégories d'enfants, on va avoir des juges de la Cour supérieure qui...
donc des dossiers d'union de fait, de personnes mariées qui vont avoir... des
juges qui vont connaître la loi fédérale sur le divorce très bien, la
définition de la violence familiale qui en est faite, d'autres juges qui
malheureusement ne seront pas rendus là nécessairement, des avocats qui
n'auront pas cette formation-là non plus. On dit : On met tout sous le
même toit, on simplifie et je vous réfère à notre
annexe un dans le mémoire, ce
sera probablement un à trois avocats nécessaires pour une personne. Une
personne victime va rencontrer peut-être cinq juges dans son parcours. Si elle
est au Tribunal unifié de la famille, trois. Je pense que... Je comprends
très certainement l'intention du ministre, d'accord s'il est en désaccord avec
nous, toutefois, dire à une personne que ce sera plus simple pour elle si elle
doit encore avoir trois avocats, rencontrer trois juges, payer des frais à
gauche, à droite et réaliser que, potentiellement, elle doit aller en médiation
obligatoire, mais c'est un outil de contrôle de son conjoint et faire en sorte
que les intervenantes qui travaillent auprès des femmes victimes ne comprennent
même pas si bien que ça le système ou le parcours judiciaire dans lequel elles
s'en vont, de notre point de vue, ce n'est pas ce que j'appellerais une
simplification, malheureusement. Donc, c'est en ce sens là. Quand on le regarde
globalement, ce n'est pas plus simple pour les femmes victimes. Est-ce que ça
le sera éventuellement? Est-ce que c'est plus simple pour une certaine catégorie
de personnes? Tout ça est peut-être possible. Pour les femmes victimes en ce
moment, ce n'est pas le cas.
M. Morin : Je vous comprends,
je vous remercie. Toujours la page 6 dans votre mémoire, vous dites :
Nous recommandons que des services de supervision de droit d'accès soient
élargis dans l'ensemble de la province, tout comme le financement leur étant
associé. Je comprends de votre recommandation que ça pose un problème puis
qu'il n'y a pas assez de financement, puis qu'il n'y en a pas partout.
Mme Riendeau (Louise) : Effectivement,
hier, c'était le budget. Nous, dans nos... lors des consultations
prébudgétaires, on avait demandé qu'il y ait une pérennisation de certaines
sommes qui ont été allouées dernièrement aux services de supervision droit
d'accès, et on avait demandé que leur accessibilité soit améliorée. Il n'y en a
pas partout, ils ne sont pas suffisants. Les heures disponibles pour les
familles ne sont pas toujours adéquates. Et si on veut effectivement permettre
à des enfants de maintenir des liens avec un parent violent, mais tout en étant
en sécurité, c'est un besoin essentiel d'avoir accès à des services de
supervision de droit d'accès et d'y avoir accès pour un temps suffisamment
long. Souvent, on va donner des ordonnances de six mois en pensant que tout va
s'être calmé après. On voit très bien que des conjoints contrôlants
maintiennent par toutes sortes de façons, et particulièrement via les droits
d'accès, le contrôle non seulement sur leurs conjoints, mais aussi sur leurs
enfants.
M. Morin : Évidemment, on est
en train de digérer le budget. Pour certains groupes, la digestion va être plus
facile que pour d'autres. Je le comprends. J'ai vu que, dans le domaine de la
justice, il y a quand même une mention qui est faite de l'argent qui va être
investi pour justement toutes les réformes de M. le ministre en droit de la
famille. Ça va s'échelonner. Est-ce que ça répond à vos demandes? Est-ce que
c'est suffisant? Ou si on est encore dans un problème de déficit?
Mme Riendeau (Louise) : Bien,
écoutez, pour ce qui est de la question du tribunal unifié, on a aussi vu qu'il
y avait de l'argent qui était prévu sur plusieurs années, qui va permettre,
j'imagine, de mettre en place de payer les services de médiation, de donner
plus d'argent à la Commission des services juridiques.
• (12 heures) •
Pour ce qui est des services directs aux
victimes qu'on offre, il n'y avait rien de nouveau dans le budget...
Haut de la page
12 h (version non révisé
e) Mme Riendeau (Louise) : ...le
budget d'hier. C'est effectivement très décevant, mais on va continuer le
plaidoyer à ce niveau-là parce que je pense qu'on ne peut pas laisser les
femmes victimes de violence conjugale et leurs enfants sans service.
M. Morin : Donc, on va
continuer à avoir la chance de se parler puis de continuer à travailler
ensemble pour les années qui viennent.
Mme Riendeau (Louise) : Certainement.
M. Morin : Vous avez
mentionné, ce n'est pas directement dans votre mémoire... mais en ce qui a
trait, justement, toute la question de la médiation des femmes qui sont... qui
ne sont pas représentées, ce n'est souvent pas un choix pour elles, et que les
bureaux d'aide juridique débordent. C'est sûr que, s'il y a de la médiation
obligatoire, les gens arrivent là tout seuls, ils ne sont pas au courant, c'est
un... dans un continuum, évidemment, de tension, de stress. J'aimerais ça que
vous nous en parliez davantage. Donc, les bureaux d'aide juridique ne peuvent
pas... ne peuvent pas rendre suffisamment de services. Ce n'est pas parce qu'ils
ne sont pas compétents, mais c'est parce qu'ils n'ont pas assez de monde. C'est
ce que vous constatez?
Mme Riendeau (Louise) : Bien,
c'est ce que nos membres constatent sur le terrain que des femmes se retrouvent
dans une situation où... ils n'ont pas de retour d'appel du bureau d'aide
juridique ou bien ils ont un rendez-vous dans tellement longtemps qu'ils ne
peuvent pas obtenir des mesures intérimaires rapidement, en temps utile, pour
protéger qui a la garde, et tout ça. Donc, on... Il y a eu même une maison qui
nous a raconté que... d'habitude, quand les enfants arrivent en maison d'hébergement,
on les inscrit tout de suite à l'école pour qu'ils conservent une vie normale,
qu'eux, tant qu'ils n'avaient pas de mesures intérimaires, ne les inscrivaient
pas. Écoutez, c'est des conséquences, là, importantes, là. Et on voit aussi des
situations où les femmes se font dire : Oui, vous êtes admissibles, mais
on ne peut pas prendre votre dossier. Allez donc voir au privé, il pourrait y
avoir quelqu'un qui vous défende sous mandat. Et il n'y en a pas. Il y en a...
Dans certaines régions, il n'y en a carrément pas, d'avocats de pratique privée
qui acceptent des mandats d'aide juridique dans des situations de violence
conjugale, parce que c'est trop complexe, parce que les conjoints multiplient
les procédures. Donc, malgré la bonification des honoraires, ça ne reste pas
suffisant.
Alors, nous, on a... Moi, je suis en train
de monter un dossier au regroupement. On a des femmes qui s'adressent à nous,
complètement désemparées, en disant : Est-ce que quelqu'un peut m'aider?
Oui, j'ai eu une consultation téléphonique, mais personne ne peut me défendre.
Donc, c'est pour ça que nous, on dit : Il faut bonifier l'accès à l'aide
juridique, mais il faut aussi le bonifier pour créer de l'expertise. Un avocat
spécialisé tout seul dans son bureau d'aide juridique, il fait ce qu'il peut,
il est souvent débordé, alors que... C'est pour ça qu'on propose... Bien, de
toute façon, on a demandé au ministre d'avoir une table de concertation pour
regarder la situation et chercher des solutions, mais, nous, il nous semblait
que la création aussi d'une communauté de savoir entre les avocats d'aide
juridique et des avocats de Rebâtir pourrait permettre de partager l'expertise,
partager les connaissances et de faire une meilleure représentation dans ces
dossiers-là qui sont complexes.
Mme Fortin (Justine) : Je
vais me permettre d'ajouter que la complexité dont ma collègue parle, ce sera
la même complexité en médiation obligatoire, seulement, elle va remettre à
risque encore davantage les personnes... les personnes victimes, notamment
parce que les personnes dont on parle sont des personnes qui sont minimalement
réseautées par... via une maison membre, via un filet de protection. Donc, je
pense qu'il ne faut pas... il ne faut surtout pas voir la médiation obligatoire
comme une façon de répondre aux problèmes dont on se parle présentement, là, c'est
deux choses qui évoluent... qui n'évoluent pas conjointement.
M. Morin : Merci.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. Alors,
mesdames, merci beaucoup d'avoir été avec nous encore une fois. On se dit à
bientôt. On ne sait jamais, hein? Alors donc, merci beaucoup.
Sur ce, je suspends les travaux quelques
instants pour accueillir le prochain groupe. Merci.
(Suspension de la séance à 12 h 06)
(Reprise à 12 h 09)
Le Président (M.
Bachand) : À l'ordre, s'il vous plaît! La
commission reprend ses travaux. Il nous fait plaisir d'accueillir représentante
et représentants de la Chambre des notaires du Québec. Merci beaucoup d'être
avec nous. Alors, vous connaissez les règles, 10 minutes de présentation,
mais d'abord vous présentez, et, après ça, on aura une période d'échange avec
des membres de la commission. Merci beaucoup d'être ici.
M. Larivière (Bruno) : Merci,
M. le Président de la commission, M. le ministre de la Justice et notaire
général du Québec, Mesdames, Messieurs les membres de la commission. Donc, je
me présente, Bruno Larivière, je suis président de la Chambre des notaires du
Québec. Aujourd'hui, je suis accompagné de Me Marie-Eve Brown, notaire émérite,
arbitre accréditée et médiatrice familiale et civile accréditée, praticienne en
droit de la famille et associée à l'étude... à l'étude, pardon, Lettre et Brown
à Longueuil. Je tiens également à souligner que Me Brown a été présidente de l'Association
de médiation familiale du Québec. Je suis également accompagné de Me Antoine
Fafard, qui est notaire et chef Affaires gouvernementales et institutionnelles
à la Chambre des notaires. Je vous remercie de nous donner l'occasion de
présenter la position de la Chambre sur le projet de loi n° 91, la Loi
instaurant le Tribunal unifié de la famille au sein de la Cour du Québec.
À
titre de président de la Chambre qui
encadre l'exercice professionnel de près de 3 900 notaires répartis
sur l'ensemble du territoire québécois, je suis honoré de pouvoir contribuer à
cet important exercice législatif et de commenter ce projet de loi qui est
porteur pour les familles du Québec. Comme le ministre l'a lui-même mentionné
dans son allocution lors des remarques préliminaires la semaine dernière, le
projet de loi n° 91 est l'étape suivante de la réforme du droit de la
famille entamée par le gouvernement du Québec depuis 2021. La Chambre tient à
rappeler qu'elle a toujours appuyé la réalisation de cette réforme conscientisée
par les notaires sur le terrain, qui étaient depuis longtemps témoin du
caractère désuet du cadre juridique qui n'était plus en phase avec les besoins
et réalités des familles québécoises.
• (12 h 10) •
Depuis quatre ans, avec les projets de loi
n° 2, 12 et 56, le législateur a remodelé le droit de la famille pour le
rendre plus en phase avec la réalité des familles québécoises, notamment en
modifiant les règles de la filiation, en encadrant la grossesse pour autrui et
en créant le régime d'union parentale. C'est donc avec enthousiasme que la
Chambre se présente aujourd'hui devant vous pour soutenir le législateur dans
l'accomplissement de la réforme du droit de la famille, tout en allant de
recommandations afin que le projet de loi à l'étude puisse pleinement atteindre
ses objectifs de déjudiciarisation, de simplification et d'accessibilité pour
les citoyens.
La Chambre appuie ainsi le projet de loi n° 91
dont l'élément phare et l'instauration du Tribunal unifié de la famille au sein
de la Cour du Québec. Elle salue le courage politique du ministre de la Justice
et notaire général qui, par le dépôt de cette importante pièce législative, est
venu concrétiser plus de 50 années de réflexion et de travaux sur la
question du Tribunal unifié de la famille. Il a pris acte d'un large consensus
social sur la nécessité d'un tel tribunal afin de permettre aux familles de
faire valoir leurs droits d'une façon plus accessible, efficiente et surtout
humaine. Je souligne ici l'importance du côté humain en matière familiale,
puisque de nombreux dossiers impliquent des enfants, des personnes en situation
de vulnérabilité, des situations de violence conjugale et sexuelle, des
dynamiques de confrontation, de coercition et...
M. Larivière (Bruno) : ...bref,
des émotions souvent vives et difficiles. Pour rassurer et accroître la
confiance des familles québécoises envers le système de justice, il faut donc
un cadre spécifiquement adapté à ces situations où les justiciables sentiront
que leurs besoins seront pris en charge de façon complète et intégrée. Pour ce
faire, le tribunal se doit d'être un lieu de proximité avec les citoyens, où
ces derniers ont accès à un éventail de services complémentaires, notamment
juridiques, mais on peut également penser aux services psychosociaux. Quant à
la procédure, elle doit être simplifiée et adaptée à leur situation sans
compromettre la qualité des jugements rendus.
Ici, je me permets de mentionner que, dans
le rapport du Comité d'action sur l'accès à la justice en matière civile et
familiale, mieux connu sous le nom du rapport Cromwell, un tribunal spécialisé
se doit d'être un lieu favorisant la prévention et le règlement des différends.
La chambre partage cette opinion. Il faut sortir de la dynamique de
confrontation, souvent retrouvée dans les tribunaux judiciaires, qui,
malheureusement, accentue souvent les tensions entre les parties et peut
alourdir le processus.
La chambre applaudit ainsi l'introduction
d'un
chapitre au Code de procédure civile afin de permettre aux parties de
tenir une séance de conciliation et une audience
sommaire, au besoin. La
demande pour tenir une séance de conciliation est à la demande des parties. La
chambre recommande toutefois que les citoyens soient mieux informés sur ce mode
de règlement de différends. Ainsi, on viendrait renforcer l'implication des
parties dans la recherche d'une solution.
Aussi, la chambre souscrit à l'objectif
visé par le nouvel
article 419.2, qui oblige les parties d'avoir entrepris
une médiation avant qu'une affaire relative à l'union parentale ou à l'union
civile soit instruite. La référence à la médiation dans le projet de loi ne
peut que contribuer à atteindre l'objectif d'une plus grande déjudiciarisation
des conflits familiaux.
La chambre se questionne toutefois sur le
bien-fondé de rendre obligatoire la médiation en matière familiale. En effet,
le caractère volontaire est important pour le succès d'une médiation, encore
plus en droit de la famille, où les émotions sont parfois très intenses.
Afin d'atteindre l'objectif de
déjudiciarisation qui est visé et que le tout soit cohérent avec le concept
même du tribunal... d'un tribunal unifié, la chambre propose un compromis qui
permettra de sauvegarder le caractère volontaire de la médiation. Elle propose
de rendre obligatoire la première séance de médiation mais de permettre que
l'affaire soit instruite, même si les parties ne vont pas au bout du processus.
Toujours concernant le processus de
médiation, la chambre recommande de préciser au nouvel
article 419.2 que cette médiation doive être chapeautée par un
médiateur familial accrédité et non par un médiateur accrédité seulement. Même
si les médiateurs accrédités détiennent une solide expérience en matière de
gestion de conflit, la formation détenue par les médiateurs familiaux
accrédités, notamment sur les aspects psychosociaux, est essentielle afin d'en
arriver à des ententes satisfaisantes pour les familles.
Également, la chambre estime que la Cour
du Québec est la cour toute désignée pour accueillir le Tribunal unifié de la
famille. Sa procédure simplifiée depuis l'adoption du projet de loi n° 8
en mars 2023 traduit une volonté de proximité avec les citoyens, s'inscrit avec
l'objectif de simplification du processus judiciaire introduit au projet de
loi. La chambre croit que la spécialisation doit être une pierre angulaire du
nouveau tribunal unifié et une condition nécessaire à sa réussite. La Cour du
Québec possède une grande expérience en termes de spécialisation. On peut penser
à la division des petites créances, de la chambre civile ainsi qu'au Tribunal
spécialisé en matière de violence sexuelle et de violence conjugale de la
chambre criminelle et pénale. Elles offrent une procédure adaptée, une gamme de
services en phase avec la réalité des justiciables desservis. La spécialisation
du futur tribunal unifié doit aussi passer par la nomination de juges
spécialisés en droit de la famille. Cette condition est nécessaire afin que ces
derniers soient formés spécifiquement sur les nombreuses problématiques vécues
par les familles et traiter leurs dossiers de la façon la plus humaine et
empathique possible.
Dans l'optique de fournir aux justiciables
un guichet unique en matière de droit de la famille, la chambre recommande
d'attribuer d'autres compétences exclusives au Tribunal unifié de la famille en
plus de celles déjà contenues au projet de loi. Ainsi, la chambre souhaite que
toutes les demandes relatives aux unions conjugales non formalisées, notamment
l'union de fait, puissent être entendues par le futur tribunal unifié. On
viendrait ici redonner une certaine cohérence pour le citoyen qui devrait
solliciter la Cour supérieure uniquement pour les demandes relatives au mariage
et au divorce.
Dans le même ordre d'idée, la chambre
recommande que toutes les demandes relatives à la filiation, qu'elles soient
adoptives ou de naissance, puissent être entendues par le Tribunal unifié de la
famille. Ce faisant, le parcours judiciaire des familles ayant des demandes
concernant la filiation serait alors grandement simplifié et une offre de
services plus cohérente et intégrée pourrait par la suite être déployée.
En conclusion, la Chambre des notaires
soutient pleinement la démarche du législateur d'instaurer un tribunal unifié
de la famille au sein de la Cour du Québec. Elle voit dans le projet de loi
n° 91 la réalisation d'un autre...
M. Larivière (Bruno) : ...grand
pan de la réforme du droit de la famille au Québec en s'attaquant aux
problématiques que vivent les familles québécoises lorsqu'elles veulent faire
valoir leurs droits devant le système judiciaire.
Nous vous remercions de l'attention portée
à nos commentaires et recommandations. Et il nous fait maintenant plaisir, à
mes collègues et moi-même, de répondre à vos questions.
Le Président (M.
Bachand) : Merci infiniment. Donc... pour
le gouvernement, pour 16 minutes. M. le ministre, s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Merci, M.
le Président. M. le président de la Chambre des notaires, Me Larivière, Me
Fafard, Me Brown, merci d'être présent ici, en commission parlementaire, pour
exposer l'opinion et le point de vue de la Chambre des notaires.
D'entrée de jeu, là, je voudrais vous
poser la question suivante relativement au... En fait, quelle est l'importance
d'inclure des méthodes alternatives de règlement des différends, à
titre
d'exemple, comme la conciliation, l'audience
sommaire, comme la médiation, dans
le parcours d'une famille québécoise lorsqu'on parle de litiges familiaux?
Parce que les notaires, on doit se le dire, sont des spécialistes du droit
familial. Vous voyez les gens à diverses étapes de leur vie. Vous êtes des
conseillers juridiques. Vous les conseillez sur plusieurs facettes de leur vie,
notamment en matière familiale. Les gens réfléchissent souvent, en matière
familiale, en disant : Bon, le notaire est un professionnel du droit tout
désigné. Donc, quelle est la pertinence de méthodes alternatives de règlement
des différends versus le recours systématique aux tribunaux?
Mme Brown (Marie-Eve) : Oui.
Les modes alternatifs vont permettre aux particuliers d'avoir un plus grand
pouvoir décisionnel sur les décisions qui vont être prises pour la famille.
C'est pour ça, que la Chambre des notaires voit vraiment d'un bon œil la séance
de conciliation. Il faudrait par contre qu'il y ait de la publication qui soit
faite, puis audience
sommaire. Parce que c'est très long. C'est ce qu'on entend
le plus souvent, c'est que les familles trouvent que c'est long et pénible
passer par le processus judiciaire. Donc, avoir un cadre qui leur permet de
négocier en présence d'un juge, une séance de conciliation puis de ne pas être
obligé... s'il y a échec de la négociation, de ne pas être obligé de reprendre
tout le dossier avec un autre juge, venir multiplier la procédure puis d'avoir
accès à un processus plus simple, ça serait, effectivement, à l'avantage des
justiciables.
M. Jolin-Barrette : O.K. Sur
la question de la médiation, bon, les médiateurs peuvent être notamment les
notaires. Les notaires qui sont des médiateurs, quelle est leur formation?
Mme Brown (Marie-Eve) : Oui.
C'est pour ça qu'on demande, de faire la différence entre un médiateur familial
et puis un médiateur accrédité. Donc, médiateur accrédité, ça va comprendre les
médiateurs civils et les médiateurs familiaux accrédités. Les médiateurs
familiaux accrédités ont 60 heures de formation de base. C'est prévu par
le règlement, qu'est-ce qui doit être couvert par la formation de base. Puis,
il y a une portion de formation sur la détection de la violence conjugale.
Ensuite, une fois qu'ils ont terminé leur formation de 60 heures, il y a
une formation complémentaire de 45 heures qui doit être faite sur les
aspects psychosociaux. Une fois que le médiateur familial a terminé toutes ses
formations, il est ensuite supervisé pour ses 10 premiers dossiers. Donc,
les premiers dossiers de médiation familiale, un nouveau médiateur est encadré
par un superviseur. Ce qui revient à dire qu'ils ont des centaines d'heures de
formation, alors que les médiateurs civils... Je détiens aussi le
titre de
médiateur civil. C'est des gens hypercompétents. La formation n'est pas du tout
la même par contre. Donc, un médiateur civil va avoir une formation de
60 heures, et, dès qu'ils ont terminé leur formation, ils peuvent avoir le
titre de médiateur civil. L'autre distinction que j'aimerais apporter, si vous
me permettez, c'est que les médiateurs civils, une fois qu'ils ont fait leur
formation de 60 heures puis qu'ils ont... ils sont allés chercher une
assurance professionnelle, ils peuvent être accrédités par l'IMAQ sans être
membre d'un ordre professionnel, alors que les médiateurs familiaux accrédités
doivent être membres d'un ordre professionnel. Il y a six ordres professionnels
qui ont accès à cette accréditation-là, ce qui veut dire que le justiciable va
bénéficier de tout le système professionnel disciplinaire.
• (12 h 20) •
M. Jolin-Barrette : Donc, ce
que vous me dites, c'est que les médiateurs familiaux accrédités sont notamment
compétents pour détecter la présence de violence conjugale, de violence
familiale.
Mme Brown (Marie-Eve) : Ils
reçoivent une formation spécifique sur la détection de la violence.
M. Jolin-Barrette : O.K. Le
projet de loi prévoit notamment la médiation obligatoire, cependant avec une
exclusion, où est-ce que les personnes victime de violence conjugale, sexuelle
pourraient, sur simple allégation, indiquer... là, en fait, il s'agit d'un
motif sérieux, pour dire : Bien, je ne vais pas en médiation. Donc...
M. Jolin-Barrette : ...on a
eu des propositions également de dire : Bien, ça devrait peut-être
également être une attestation par un organisme. Qu'est-ce que vous pensez de
Mme Brown (Marie-Eve) : Ce
qu'on avait avancé comme idée, c'était plutôt, ça pourrait être une
attestation, par exemple, par un médiateur familial. Donc, si les gens doivent
se présenter à une rencontre d'information de médiation familiale, puis que le
médiateur détecte que les parties ne pourront pas négocier, ne seront pas sur
un pied d'égalité, pourquoi le médiateur familial ne pourrait pas, sur son
rapport, dire : Ils ont fait une rencontre et puis on ne les oblige pas à
continuer le processus?
M. Jolin-Barrette : O.K. Sur
la question de la compétence du Tribunal unifié, vous nous invitez, d'ores et
déjà, à inclure également les conjoints de fait qui ont des enfants, mais qui
ne sont pas assujettis à l'union parentale. Moi, je vous dirais, dans un...
C'est le premier pas qu'on fait, la création du Tribunal unifié, mais je
comprends que vous auriez été déjà d'aventure plus loin pour couvrir également
ce type de famille là. Puis j'ai eu l'occasion de le dire, là, le projet de loi
n° 91, c'est la première étape. On ne s'est pas caché qu'on souhaite avoir des
discussions avec le Parlement fédéral pour faire en sorte que le mariage et le
divorce également deviennent une compétence du Québec également. Alors, ça va
s'inscrire par les différentes étapes. Mais vous, vous nous invitez rapidement
à aller... à élargir déjà la compétence du Tribunal unifié.
M. Fafard (Antoine) : Oui, en
effet, c'est certain que l'union de fait, c'est quand même, je pense qu'il y a
43 % des conjoints qui vivent en union de fait au Québec, c'est quand même
beaucoup de personnes. Le but du Tribunal unifié, c'est, avoir une espèce de
guichet unique, de simplifier la procédure. Donc, inévitablement, nous, on
voyait ça quand même comme étant pertinent de se poser la question tout de
suite. Vous allez constater que, par souci de cohérence, nous, ce qu'on
propose, c'est un vocable peut-être un peu différent, qu'il y a ait des unions
conjugales non formalisées. Donc ça, il y a certains... On est allé dans ce
sens-là, ce qui inclurait justement l'union parentale, l'union de fait aussi,
puis ça ouvre la porte à peut-être d'autres types d'union dans l'avenir, on ne
sait pas, là, le droit évolue constamment. Donc, on ne veut pas circonscrire
tout de suite la compétence, mais aussi on se référait aussi à l'accès à la
justice pour le citoyen.
Donc, le citoyen qui est en union non
formalisée soit... n'a pas choisi le fait d'être en union non formalisée, n'a
pas sciemment, volontairement, adhéré à un régime juridique précis. Donc, on
croyait intéressant de justement être en mesure de... pour que, lui, ce soit
clair que si c'est non formalisé, si ça s'applique sans que moi je l'aie
choisi, mais ça se passe au Tribunal unifié.
Donc, c'est un vocable un peu différent qu'on a
choisi, mais on trouvait que c'était la façon la plus simple puis la plus
cohérente et en phase avec l'objectif d'accès à la justice, de simplification
du tribunal qu'on pouvait faire.
M. Jolin-Barrette : O.K.
Peut-être une dernière question avant de céder la parole à mes collègues. Vous
nous invitez, là, à diffuser massivement une campagne d'information, je pense
que la Chambre des notaires l'a déjà fait également par le passé puis,
j'imagine, vous avez beaucoup de questions à la Chambre des notaires. On
souhaite aller dans ce sens-là aussi, notamment, pour la mise en vigueur du
projet loi 56, bon, pour le 73 aussi puis celui-ci. Mais dans vos bureaux de
notaire, les gens constatent encore aujourd'hui... mais, en fait, vos membres
constatent que ce n'est pas acquis, le droit de la famille, là, dans la
population, les régimes matrimoniaux, qu'est-ce qui arrive, tout ça. Il y a
beaucoup de diffusion d'information à faire pour que les gens soient renseignés
sur leurs droits.
M. Larivière (Bruno) : Il y
aura toujours, je pense, possibilité de mieux renseigner le public, les
citoyens, mais, effectivement, les notaires étant aux premières lignes du droit
de la famille, des fois, sans qu'on soit devant un tribunal ou au hasard d'une
simple transaction maison, il y a toujours ou presque des questions qui sont
soulevées en droit de la famille. On est les juristes de l'entente en droit
préventif, donc, on va continuer à éduquer en quelque sorte ou faire connaître
le droit de la famille aux citoyens. Donc, on va continuer en ce sens-là.
Merci.
M. Jolin-Barrette : Excellent.
Bien, écoutez, un grand merci pour votre présence en commission parlementaire.
Le Président (M.
Bachand) : Mme la députée de Vimont, s'il
vous plaît.
Mme Schmaltz : Merci... merci
de participer à nos travaux. C'est toujours apprécié. Le groupe qui vous a
précédés mentionnait... demandait, en fait, dans ses recommandations, d'avoir
le dépistage de...
Mme Schmaltz : ...la violence
conjugale obligatoire. Tantôt, vous avez mentionné que, dans les 60 heures de
formation, il y avait une
partie justement qui... une
partie de la formation,
là, destinée justement à déceler la violence conjugale. Ma question, en fait,
est la suivante, c'est : De rendre obligatoire seulement une séance,
pensez-vous qu'en une séance on est capable de détecter si un conjoint est
violent, sachant tout le portrait psychologique, des fois, qui se cache? Parce
que la violence conjugale, elle peut être, on le sait, sexuelle, économique,
bon, physique, etc. Est-ce qu'en une séance on peut la détecter? Parce que,
j'imagine, à part d'être un superpsychologue ou être capable de lire dans les
pensées, ça ne doit pas être très... très évident, pardon.
Mme Brown (Marie-Eve) : La
première chose, vous avez parlé des outils, les médiateurs familiaux accrédités
ont effectivement des outils très concrets dans chacun de leurs dossiers pour
faire la détection. Est-ce que ça peut toujours être détecté dans une première
rencontre de médiation? Je vous confirme que non. Donc, les médiateurs
familiaux apprennent à, bon, faire des caucus, rencontrer les parties
individuellement, dès le départ d'une médiation, pour tenter justement de
déceler des problématiques de contrôle ou de violence. Mais est-ce que ça
pourrait se présenter à la troisième rencontre de médiation? Oui. Ce qu'on ce
qu'on met de l'avant, c'est, au lieu de demander aux gens... d'obliger les gens
d'avoir une médiation obligatoire qui pourrait laisser entendre qu'ils doivent
passer tout leur processus jusqu'à un échec, qu'ils soient tenus juste à une
rencontre qui pourrait être... on pourrait l'appeler aussi une rencontre
d'information sur la médiation ou une rencontre préliminaire de médiation. Puis
le médiateur, si c'est un médiateur familial accrédité, va utiliser ces outils
pour détecter les indices de violence.
Mme Schmaltz : Qu'est-ce qui
arrive si un des conjoints souhaite et l'autre pas, si vous arrivez avec...
bien, deux ex-conjoints plutôt, un qui souhaite la médiation puis l'autre qui
ne veut pas pour des raisons... comment vous faites pour trancher?
Mme Brown (Marie-Eve) : Donc,
on ne peut pas continuer une médiation si les deux parties ne sont pas
d'accord.
Mme Schmaltz : Ah! O.K.
Mme Brown (Marie-Eve) : Donc,
c'est par défaut, il faut être volontaire, c'est un processus à l'amiable. Puis
s'il y a une
partie qui veut venir en médiation puis l'autre non, la médiation
n'aura pas lieu...
Mme Schmaltz : Advenant...
J'ai-tu le temps encore? Oui. Advenant que vous décelez de la violence
conjugale, c'est quoi, la suite, c'est quoi la suite logique?
Mme Brown (Marie-Eve) : C'est
très variable d'un dossier à l'autre. Donc, ça dépend du type de violence, ça
dépend combien les parties, s'ils sont capables quand même de négocier. Mais
c'est certain que, si le médiateur familial détecte un contrôle coercitif,
détecte une violence qui empêche les deux parties de négocier librement, il va
mettre terme à la médiation. Il est supposé de mettre terme à la médiation.
Donc, si le médiateur doit vérifier le consentement des parties tout au long du
processus, donc ce n'est pas quelque chose qui se fait au début puis, après ça,
on ne parle plus du consentement, tout au long du processus, on doit vérifier
le consentement. Puis, si une personne n'a pas la capacité de négocier
librement, le consentement n'est pas libre et éclairé, donc, on doit mettre
terme à une médiation.
• (12 h 30) •
Mme Schmaltz : Mais là, à ce
moment-là, il y a une clientèle vulnérable aussi qui se trouve à être mise de
côté en faisant ça, non?
Mme Brown (Marie-Eve) : C'est...
Elle est là la ligne de savoir : Est-ce qu'on continue la médiation ou si
c'est vraiment impossible de continuer? Puis ça, ça va dépendre du médiateur
familial. Il y a des médiateurs familiaux qui sont... qui ont une expertise
dans le domaine de la violence conjugale. J'ai une collègue qui ne fait que ces
dossiers-là. Puis elle, de la façon qu'elle fonctionne, c'est que les parties
ne sont pas en présence physique l'un de l'autre, mais ils sont à son bureau,
les deux en même temps, mais dans deux bureaux séparés, puis elle fait le pont
entre les deux. Donc, c'est la façon qu'elle a trouvée.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. Le temps file. J'aurais le député de
Saint-Jean pour deux minutes.
M. Lemieux : Merci beaucoup,
M. le Président. J'avais une autre question tout au long de votre témoignage,
puis là, comme vous êtes en train de répondre à quelque chose, je voulais
m'assurer de la précision. Parce que, depuis deux jours, on cherche... je
cherche une voie de passage pour ceux qui ne sont pas contents que la médiation
soit obligatoire puis les bienfaits de la médiation.
Vous avez parlé d'une rencontre
d'information par le médiateur. Est0ce que ça pourrait être une sorte de porte
d'entrée, éventuellement, tournante, pour ressortir aussi vite? Donc, il n'y
aurait pas nécessairement de médiation, mais le médiateur, en exposant tout ça,
serait capable de faire, entre guillemets, le ménage dans ce qu'il ou elle a
devant lui ou elle, et de faire mieux cheminer tout ça sans qu'une des deux
parties aient besoin de dire : Moi, je vais m'exclure du processus de
médiation, puis là on embarque dans des objections qu'on a entendues. Est-ce
que c'est... pas le fond, mais est-ce que c'est ça, l'idée qui germe?
Mme Brown (Marie-Eve) : C'est
l'idée derrière de penser à juste une séance de...
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12 h 30 (version non révisé
e) Mme Brown (Marie-Eve) : ...obligatoire
ou une séance d'information. Je ne vous le cacherai pas, que, dans la pratique
de médiation familiale, la première rencontre de médiation, elle est une
rencontre informative. Donc, à moins qu'il y ait des urgences, dans 95 %
des cas, la première rencontre de médiation, le médiateur va parler des règles
de communication, du processus de médiation. Il va regarder avec les parties c'est
quoi que vous allez avoir à régler. On a des enfants. Il faut parler de la
garde, il faut qu'on explique c'est quoi, des pensions alimentaires. Puis l'heure
et demie est passée très vite, puis... Donc, généralement, la première
rencontre, c'est une rencontre informative.
M. Lemieux : Sauf erreur, il
me reste 45 secondes, M. le Président. L'ordre... Le ministre parlait de l'importance
pour les notaires... pour les citoyens, des notaires au niveau familial. Vous
êtes... On a adopté un projet de loi en ce sens. Vous êtes maintenant éligible
à devenir éventuellement juges. Est-ce que ça va nous faire une des réponses à
tout ce qu'on entend au sujet de la formation des juges et des besoins qu'on a
de pouvoir avoir des juges capables de s'adapter à la nouvelle réalité, aux
nouvelles lois?
Le Président (M.
Bachand) : ...s'il vous plaît.
M. Larivière (Bruno) : Écoutez,
je pense que... je suis convaincu que les notaires qui sont experts en droit de
la famille feront d'excellents magistrats.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. M. le député de
l'Acadie, pour 16 min, s'il vous plaît.
M. Morin : Oui. Merci, M. le
Président. Alors, Me Larivière, président de la Chambre, Me Brown, Me Fafard,
merci, merci d'être là, merci pour votre mémoire également. J'aimerais
continuer sur toute la question de la médiation obligatoire, parce que vous l'abordez
dans votre mémoire. Vous ne semblez pas, si je vous ai bien compris, être
favorable à cette façon de procéder. Cependant, vous suggérez également, puis j'écoutais
le député de Saint-Jean, peut-être que la médiation pourrait devenir une séance
d'information, finalement. Vous avez dit également que c'est aussi un peu la
pratique que vous avez puis que ça peut prendre 1 heure, 1 h et demie
pour bien informer les parties. Or, je comprends qu'en vertu des politiques du
gouvernement, au niveau de la médiation, c'est les cinq premières heures qui
sont gratuites. Donc là, si on enlève une heure, 1 h et demie, il en reste
moins. Donc, dans les faits, si on voulait continuer, même la médiation
obligatoire, est-ce qu'il reste assez de temps pour arriver à quelque chose?
Parce qu'il y a sûrement des gens qui se présentent devant vous qui n'ont pas
les moyens de payer des médiateurs. Est-ce que c'est vraiment suffisant? Est-ce
qu'ils ne vont pas se ramasser de toute façon avec des honoraires après parce
qu'en 3 h et demie, dans des dossiers complexes et émotifs, on n'aura pas
le temps de terminer? Donc, j'aimerais... j'aimerais vous entendre là-dessus,
puis après ça voir si votre recommandation, ça ne serait pas tout simplement d'en
faire une séance d'information, point, parce que les gens ne sont pas toujours
au courant de leurs... puis qu'après ça on passe à une autre étape.
Mme Brown (Marie-Eve) : Donc,
si la question c'est : Est-ce que 5 h, c'est suffisant, médiation
obligatoire, non, ce n'est actuellement pas suffisant. Donc, 5 h de
médiation, pour la majorité des couples, ce n'est pas suffisant. Donc, est-ce
que le nombre d'heures couvert par la justice pourrait être augmenté? Je pense
que l'Association de médiation familiale du Québec vont vous présenter aujourd'hui...
j'ai l'impression qu'ils vont peut-être aller sur ce terrain-là. Ce n'est
actuellement pas suffisant. Donc, est-ce que ça serait bien d'avoir un système
où il y a une rencontre, une première rencontre de médiation ou une rencontre d'information
qui, à part du 5 h... donc, on a accès à 1 h et demie pour la
rencontre d'information et, ensuite, on a accès à 5 h de médiation
subventionnée? Ça serait une excellente idée.
M. Morin : Bien. Dans cette
même veine... Parce que je comprends la volonté, l'objectif de M. le ministre
de vouloir offrir des moyens alternatifs et autres, mais j'imagine que ça doit
arriver dans la vraie vie, là, vous commencez une médiation, le cinq heures
arrive, il est fini, les gens n'ont pas d'argent pour payer. Là, vous faites
quoi, vous laissez ça en plan ou vous le faites pro bono?
Mme Brown (Marie-Eve) : Loin
de moi de demander aux professionnels de travailler sans être rémunérés. Ça
dépend des dossiers. Donc, il y a, effectivement, des dossiers où on se rend au
5 h, beaucoup de dossiers où on se rend au 5 h puis on ne peut pas
continuer. Ceci étant, les médiateurs familiaux, pour les heures
supplémentaires, doivent charger au tarif du ministère, donc qui est quand même
un tarif qui est moindre. Alors, ça, c'est la première chose pour les gens qui
ont pris tout leur 5 h.
Et, l'autre alternative, donc, j'ai
certains dossiers où les gens sont allés par la suite... sont allés chercher
des services d'aide juridique. On n'a pas accès à la médiation à l'aide
juridique, mais ils vont se prendre chacun un avocat d'aide juridique puis passer
un processus contentieux, ce qui n'est pas souhaitable...
M. Morin : ...d'autant plus
que le groupe... l'association qui vous a précédés nous a dit clairement qu'au
niveau des bureaux d'aide juridique, ce n'est pas parce qu'ils ne sont pas
compétents, ils sont complètement débordés, ils ne sont pas capables. Il y a
des mesures accessoires qui devraient être faites, ils n'ont pas le temps de
les faire. Donc, au fond, on se ramasse avec des citoyens, des citoyennes qui
là sont coincés et qui, à un moment donné, vont se ramasser à la cour de toute
façon, là. Ça fait qu'ou bien l'État fait en sorte qu'il y a assez d'argent
pour que, si jamais les gens ont besoin de médiation et qu'ils veulent, sur une
base volontaire, terminent, si on veut vraiment désengorger le système
judiciaire. Mais ce que je comprends de vous maintenant, c'est qu'on est
présentement dans le pire de tous les mondes, finalement.
Mme Brown (Marie-Eve) : Je ne
suis pas certaine que c'est comme ça que je le formulerais. Ceci étant, je l'ai
entendu tantôt quand on parlait d'un manque de service, effectivement, c'est
très difficile à l'aide juridique. Puis elles ont soulevé aussi le fait que les
médiateurs familiaux, il y en a de moins en moins, tu sais, il y a une pénurie.
Puis ce que j'aimerais dire là-dessus, c'est qu'il y a beaucoup de médiateurs
familiaux. Il y en a juste de moins en moins qui vont accepter le tarif du ministère.
Donc, on a de moins en moins de médiateurs familiaux qui vont accepter de
prendre les dossiers de médiation subventionnés. Donc, effectivement, on va
venir, à un moment donné, à un point critique où il va falloir investir dans ce
système-là.
M. Morin : Vous avez devancé
la question que j'allais vous poser, parce que c'est aussi une réalité que,
moi, j'entends sur le terrain, donc, il y en a de moins en moins. Maintenant,
vous suggérez dans votre -mémoire que ce soient des - et je veux les appeller
comme il faut, là - des médiateurs familiaux accrédités. Et vous avez mentionné
également que ces médiateurs familiaux accrédités sont membres d'un ordre
professionnel, donc, c'est une garantie évidemment supplémentaire, mais est-ce
qu'il y en a assez?
Mme Brown (Marie-Eve) : Comme
je vous dis, il y a beaucoup de médiateurs familiaux accrédités, mais il y en a
de moins en moins qui acceptent de travailler au tarif du ministère. Donc, pour
beaucoup de bureaux, beaucoup de notaires médiateurs familiaux, on est tous des
gens passionnés du droit de la famille. C'est pour ça qu'on est devenu... On a
fait toutes ces heures-là de formation pour devenir médiateurs familiaux. Mais
la réalité, c'est que le tarif du ministère, des fois, c'est difficile même de
payer les frais fixes d'un bureau avec ce tarif-là. Donc, il y a des médiateurs
qui travaillent uniquement au privé, donc, à leur tarif régulier. Mais ce n'est
pas le manque... Il n'y a pas un manque de médiateurs familiaux, il y a un
manque de médiateurs familiaux accrédités prêts à accepter les dossiers
subventionnés.
M. Morin : Bien, merci.
C'était le budget hier, alors je suis certain que M. le ministre en a pris
bonne note. Parce que, si on veut que ça fonctionne... C'est le ministre qui amène
les réformes, hein, c'est lui qui les fait comme ça, donc, il faudra y voir.
Merci beaucoup.
Autre élément. Dans le projet de loi, on
parle d'une séance de conciliation, ce que je comprends, c'est qu'il y a la
médiation, après ça, on s'en va devant un juge, là il y a une conciliation. Ça
a lieu à huis clos, tout ce qui est dit, c'est confidentiel. Bon, s'il y a une
entente, tant mieux, mais s'il n'y en a pas, l'article dit que «le juge va
tenir une audience
sommaire en après-midi et rend jugement. On parle, tout le
temps, du juge, du juge, il n'y a aucune indication que ça serait un autre
juge, donc, ça pourrait être le même juge. C'est quoi, votre réaction avec ça
puis votre recommandation?
• (12 h 40) •
Mme Brown (Marie-Eve) : C'est
notre compréhension aussi, c'est que ça serait le même juge qui a fait la
séance de conciliation puis qu'ensuite ferait l'audience
sommaire. C'est une
proposition qui est dans l'air du temps où on voit en matière... Là, je vais
sortir les matières familiales, parler des matières civiles. Il y a de plus en
plus de dossiers où les gens choisissent ce qu'on appelle la «med-arb». La
«med-arb», c'est une médiation, puis, s'il y a échec en médiation, le médiateur
prend le
titre d'arbitre et va trancher. Et puis c'est certain que, pour un
médiateur, je le sais, moi, que dans ce contexte-là, les gens vont moins ouvrir
leur jeu. La négociation va être plus réservée que si on est dans une médiation
traditionnelle. Mais c'est de plus en plus choisi par les justiciables parce
que c'est plus efficace. Puis quand on dit «efficace», c'est que ça revient
moins cher, c'est plus rapide.
Donc, la proposition qui est faite dans le
projet de loi est vraiment, comme je vous dis, dans l'air du temps, parce qu'on
voit maintenant, en matière civile, la «med-arb» prend de plus en plus de
place. C'est exactement le même concept où on a une personne qui va aider à
tenter de concilier les parties, puis, si ça ne marche pas, c'est cette même
personne là qui a tout entendu la preuve qui va pouvoir trancher.
M. Morin : Sauf que ma
compréhension, mais je comprends peut-être mal, mais quand le juge...
M. Morin : ...après ça va
devoir entendre les parties. Il va tenir une audience
sommaire. Il n'y a rien
qui n'empêcherait une
partie de soumettre de la preuve additionnelle ou une
autre preuve, là, je ne pense pas que le juge va être... en fait, obligé de
tenir compte uniquement de ce qui a été dit en conciliation. Donc, à ce
moment-là, on va... Puis là le juge ne peut pas faire abstraction de ce qu'il a
entendu. Puis je comprends qu'en matière civile, bien, d'ailleurs vous l'avez
dit, là, on parle de médiation, arbitrage. Puis d'ailleurs quand on a étudié le
projet de loi qui apportait une réforme à la Cour des petites créances, on l'a
bien vu, si le citoyen ne dit pas qu'il veut aller devant la cour, il s'en va
en arbitrage puis c'est final bonjour. Donc, sa journée à la cour, il ne l'aura
pas, c'est un problème que j'ai soulevé. Mais là, moi, je vous dirai qu'en
matière criminelle, à date, moi, j'en ai fait des dossiers, puis quand on va
faire une médiation en matière pénale, ce n'est pas le même juge qui entend
après ça la cause, ça, c'est clair, parce que, justement, on veut que les
parties s'ouvrent qui soient capables, véritablement, autour d'une table, de se
dire les vraies affaires parce que, sinon, ça m'apparaît... en fait, tout
m'apparaît être moins productif. Tu sais, si on est là puis on dit : Oui,
mais là il faut faire attention, mon client... je vais dire à mon... au client
faites attention parce que c'est ce juge-là qui va décider après-midi. Ça fait
que j'ai de la difficulté à comprendre comment ça va être véritablement
efficace, et c'est le même juge.
Mme Brown (Marie-Eve) : Dans
le fond, c'est la séance... Puis je comprends ce que vous voulez dire. Pour
avoir fait des dossiers de méd-arb, ce n'est pas facile. Puis la médiation,
elle n'est pas classique, la médiation n'a pas lieu comme aurait lieu une
médiation dans laquelle s'il y a échec, c'est quelqu'un d'autre qui prend le
rebond. Comme je vous dis, les discussions, les gens vont garder plus de cartes
cachées, donc on ne mettra pas tout sur table. Ceci étant, c'est le même juge
quand même qui a tout entendu la cause puis l'argumentaire, oui, s'il y a une
audience
sommaire, il pourrait y avoir des pièces de preuves supplémentaires,
mais on gagne quand même en efficacité.
M. Morin : Je vous remercie.
L'autre élément, et ça, vous en avez... vous avez fait mention de ça,
d'ailleurs, c'est une de vos recommandations, et je vous suis là-dessus. Moi,
quand j'ai lu le projet de loi, au départ, je me suis dit : O.K. Parfait.
Bon, mariage, divorce, là, il y a un enjeu constitutionnel, donc le ministre
veut aller ailleurs, mais j'étais sûr que tous les couples en union de fait
avec enfants ou union parentale seraient tout inclus. Alors, je me suis rendu
compte que ce n'était pas le cas. Si on veut commencer à avoir un tribunal
unifié puis si on veut être cohérent... parce que là je comprends que si on ne
l'inclut pas, eux autres, ils vont continuer d'aller en Cour supérieure, donc
en quoi ça va être plus simple pour les familles?
M. Fafard (Antoine) : Non,
effectivement, ça rejoint notre recommandation de, justement, faire un espèce
de guichet unique, avoir un tribunal unifié qui répond vraiment au besoin de
simplification. On comprend que c'est quand même une première étape aussi. Puis
on fait le même exercice aussi pour la filiation, là. Donc, c'est vraiment le
principe de façon rapide, cohérente, où va se situer le citoyen qui est dans
une telle ou telle situation. On ne veut pas que ça... on veut empêcher le
morcellement. Ça fait des années que le morcellement des compétences au niveau
du droit de la famille à travers les différents tribunaux est soulevé, les
jugements contradictoires, et tout ça, donc... Mais on comprend aussi que c'est
une première étape. Puis, à l'intérieur même des limites du projet de loi, on
trouvait que c'était pertinent, justement, de proposer cette... ce vocable là,
au niveau, là, des unions conjugales non formalisées, ce qui inclut justement
l'union parentale et l'union de fait. Donc, ça pourrait répondre aux
problématiques de dédoublement, là.
M. Morin : Je vous remercie.
Le ministre a décidé, parce que ça existe dans d'autres provinces, un tribunal
unifié ou la Cour supérieure de la province, soit dit en passant, là, ce n'est
pas une cour supérieure qui vient d'ailleurs, là, fait
partie du tribunal
unifié, ce n'est pas le mécanisme que le ministre a réussi, mais il y a
plusieurs groupes qui sont venus nous dire qu'ils étaient inquiets, qu'il n'y
ait pas assez de transfert d'informations, que des dossiers, là, se perdent.
Est-ce que vous pensez qu'un greffe unifié de la famille qui inclurait celui de
la Cour supérieure pourrait aider, et être plus efficace, puis offrir,
notamment, des services psychosociaux qui, si ma connaissance est bonne, sont
offerts à la Cour supérieure, mais pas à la Cour du Québec?
M. Fafard (Antoine) : On ne
s'est pas penché sur la question exactement par rapport... pardon, au greffe
unifié. Comme je vous dis, on le voit comme une première étape, là, donc la
volonté est de simplifier et de, justement, faire en sorte qu'il y a un guichet
unique. Peut-être qu'éventuellement c'est quelque chose qui pourrait être abordé,
mais dans le cadre, présentement, je pense que c'est plus au niveau de la
structure, là, qui est intéressante, là, de voir comment on peut, à l'intérieur
même de la Cour du Québec...
M. Fafard (Antoine) : ...du
Québec de faire en sorte que le maximum de services qui soient donnés
rapidement actuellement. Puis, dans notre mémoire, ce qu'on mentionne, c'est
que, déjà, il y a quand même une procédure simplifiée à la Cour du Québec, il y
a quand même un élément de proximité à la Cour du Québec, et tout ça. Donc, on
voit quand même d'un bon œil, là, l'instauration du tribunal à la Cour du
Québec. Mais ça n'empêche pas d'ouvrir le dialogue, là, puis de faire une
espèce de transition ou une espèce de coordination, là, à ce moment-là, dans
les prochains temps avec la Cour du Québec pour s'assurer que, le citoyen, son
dossier se retrouve... ne soit pas perdu, soit à la bonne place puis être dans
l'esprit du projet de loi aussi.
M. Morin : Me Brown, est-ce
que vous vouliez ajouter quelque chose? J'ai vu dans votre non verbal que vous
étiez sur le point de dire quelque chose.
Mme Brown (Marie-Eve) : Non,
c'est très, très bien, ce que Me Fafard vous a dit. C'est... Comme vous l'avez
vu, on n'en a pas fait mention dans notre mémoire parce que tout ce qui est
accessoire, une fois que le tribunal unifié va être créé, là on pourra
peut-être se pencher sur les questions accessoires du tribunal.
M. Morin : Parfait. Je vous
remercie. Merci beaucoup, M. le Président. Ça complète. Merci.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. Donc, Me Brown, Me
Fafard, Me Larivière, merci beaucoup d'avoir été avec nous aujourd'hui. C'est
très apprécié.
Cela dit, la commission suspend ses
travaux jusqu'à 15 heures. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à 12 h 48)
Haut de la page
15 h (version non révisée)
(Reprise à 15 h 03)
Le Président (M.
Bachand) : À l'ordre, s'il vous plaît! Bon
après-midi à tout le monde. Alors, la commission reprend ses travaux. Cet
après-midi, nous allons entendre l'Association des médiateurs familiaux du
Québec, qui sont d'ailleurs avec nous. Merci beaucoup d'être ici. C'est très
important.
Alors, vous savez, vous avez 10 minutes
de présentation, après ça on aura un échange avec les membres de la commission.
Donc, je vous invite à vous présenter et à députer votre présentation, s'il
vous plaît. Merci.
Mme Cusson (Claudine) : Merci.
M. le Président, M. le ministre de la Justice, Mesdames et Messieurs les
membres de la commission, je vous remercie de nous accueillir dans le cadre de
cette consultation particulière pour parler du projet de loi n° 91 qui
instaurerait le Tribunal de la famille au sein de la Cour du Québec.
Nous représentons l'Association des
médiateurs familiaux du Québec, mieux connue sous le nom de AMFQ. Je me
présente, je m'appelle Me Claudine Cusson, je suis avocate, médiatrice
familiale accréditée, je suis la directrice générale de l'AMFQ. Je suis
accompagnée par Mme Julie Thériault, travailleuse sociale et médiatrice
familiale accréditée, qui est l'actuelle présidente de l'AMFQ. Les commentaires
que nous vous présentons ont été formulés par les médiatrices elles-mêmes. Ce
sont leurs préoccupations que nous venons vous présenter aujourd'hui.
De prime abord, l'objectif d'offrir un
guichet unique aux familles est le principe «une famille, un juge» fait l'unanimité,
mais le diable est dans les détails. Nous estimons que le projet de loi n° 91,
pour les 18 prochaines années va créer deux juridictions, la Cour
supérieure et la Cour du Québec, et trois parcours judiciaires selon le statut,
entre guillemets, matrimonial des parents, soit des conjoints mariés, des
conjoints de fait ou des conjoints de fait en union parentale.
L'AMFQ comprend que le projet de loi n° 91
est une première étape puisqu'il faut bien commencer quelque part. En attendant
que le ministère de la Justice trouve une solution à l'enjeu constitutionnel
qui se pose, nous invitons le ministère à un exercice de communication publique
pour faire percoler dans la population les concepts de l'union parentale. Le
ministère devrait aussi simplifier l'accès à la justice pour les familles, par
exemple, en proposant un seul greffier dédié aux affaires familiales.
Du point de vue des médiatrices, le point
majeur de ce projet de loi n° 91 est de rendre la médiation familiale
obligatoire. Pour que ça fonctionne, l'AMFQ recommande que la médiation soit
sécuritaire, confidentielle, précoce et accessible. Ce sont les points sur
lesquels nous allons insister.
Mme Thériault (Julie) : D'abord,
la clé de voûte de toute médiation est de s'assurer que le processus est
sécuritaire. Le ministre l'a bien compris en prévoyant déjà la possibilité de s'exclure
d'une médiation par autodéclaration. Cette possibilité va éviter à une victime
déjà identifiée comme telle de raconter son véhicule à une intervenante de plus.
Cela va bénéficier par exemple à une femme qui demeure dans un refuge pour
victime de violence conjugale.
Le p.l. 91 prévoit donc de ne pas envoyer
une victime déclarée en médiation pour négocier avec l'auteur de violence, sauf
que l'autodéclaration ne permettra qu'à un nombre restreint de victimes de s'exclure
de la démarche de médiation en laissant de côté toutes les autres. Les
médiatrices identifient quatre raisons pour ne pas s'autodéclarer : les
victimes ne savent pas ou peinent à reconnaître qu'elles subissent de la
violence, les victimes ont honte de subir de la violence et ne veulent pas s'identifier,
les victimes craignent la violence de leur ex-conjoint et les victimes
craignent que leur conjoint fasse de la pression sur elles. On ne peut pas
risquer d'envoyer une victime non déclarée en médiation...
Mme Thériault (Julie) : ...avec
l'auteur de violence. L'AMFQ recommande donc d'ajouter des possibilités
additionnelles de s'exclure de la médiation. La seule façon d'assurer la
sécurité des personnes dans un contexte de séparation est d'administrer un
protocole de dépistage formel. La recherche nous dit que, sans protocole
formel, une médiatrice manquera, au moins, un cas sur deux de violence
conjugale familiale. Les proches ne reconnaissent pas le contrôle coercitif et
il en va de même de la majorité des intervenants qui évoluent dans l'écosystème
du droit de la famille. Bref, ce qu'on ne dépiste pas avec un protocole formel,
on ne le trouve pas. Depuis 2023, grâce au soutien financier du ministère de la
Justice, un protocole de dépistage systématique et validé est disponible au
Québec, soit : DOORS pour Detection Of Overall Risks Screen. Ce
protocole a démontré son utilité et son utilisation par l'ensemble des
intervenants en droit de la famille et doit être généralisé, c'est, en soi, une
bonne pratique.
Avec l'implantation de la médiation
obligatoire, on a... l'opportunité unique d'accélérer l'implantation d'une
pratique qui cible la sécurité de la médiation et l'équilibre des négociations des
parties. Pour que la médiation obligatoire soit sécuritaire, il faut rendre le
dépistage obligatoire et offrir aux parties de les exclure de la médiation si
la médiatrice conclut que la médiation est inappropriée, point. Toujours dans
une optique de sécurité, l'AMFQ recommande que l'obligation de se présenter en
médiation se limite à l'obligation d'assister à une première rencontre,
potentiellement même une rencontre davantage individuelle, avec la possibilité
de se désister à tout moment.
Mme Cusson (Claudine) : La
médiation doit rester confidentielle. L'AMFQ recommande le retrait complet du
dernier paragraphe de l'article 419.2 proposé. Cet
article prévoit «motif
insuffisant ou la mauvaise foi en médiation pour ordonner une compensation». La
première raison pour exclure ce paragraphe est qu'il va augmenter la brèche à
la confidentialité de la médiation, alors que cette confidentialité est
quotidiennement remise en question devant les tribunaux depuis l'arrêt de la
Cour suprême AMFQ contre Bouvier le 17 décembre 2021. Il ne suffit plus
d'écrire dans le code que la médiation est confidentielle pour qu'elle le reste
lorsque la médiation est terminée. L'AMFQ constate déjà que des ex-clients
témoignent en cour sur les «ententes en médiation» et que des médiatrices sont
assignées à comparaître avec leur dossier complet pour témoigner de l'entente
prise en médiation par leurs ex-clients. Comment va-t-on assurer la
confidentialité de la médiation si on permet, en plus, la preuve du
comportement des parties en dépistage ou en médiation pour justifier «un motif
insuffisant»?
Il faut donc rectifier le tir de toute
urgence et éviter de renforcer une perte de confidentialité. C'est la
crédibilité du processus de médiation qui est en jeu. La deuxième raison pour
refuser la compensation en cas de motif insuffisant tient à la sécurité des
victimes, qu'elle soit dévoilée ou pas. Nous craignons sérieusement que le
conjoint auteur de violence se serve de ce recours potentiel pour atteindre la
personne victime. L'AMFQ recommande donc d'annuler le paragraphe 4 de l'article
419.2.
• (15 h 10) •
Mme Thériault (Julie) : Pour
que la médiation obligatoire fonctionne, il faut aussi qu'elle soit précoce,
autrement dit, qu'elle arrive tôt dans le processus. Plus elle arrive tard,
plus les parties sont cristallisées dans leurs positions. Les médiatrices
proposent donc de rendre la séance d'information sur la parentalité après la
rupture obligatoire pour toutes les parties dans les 30 jours de l'ouverture
d'un dossier de litige. La nouvelle mouture de la séance va expliquer aux
familles le fonctionnement de la médiation et aborder le dépistage. Cette
séance nous apparaît un préalable indispensable au succès d'une médiation
obligatoire. Donc, les parties assistent à la séance dans les 30 jours et
devraient entreprendre le dépistage puis la médiation, si elles jugent à
propos, dès que c'est possible.
Comme on parle d'union parentale, avec les
futurs litiges sur le patrimoine parental à partager, on peut s'attendre à ce
que la future procédure suivie ressemble à celle des dossiers de divorce qui
passent par un protocole de gestion. Nous proposons que les avocats
familialistes aient l'obligation d'orienter rapidement leurs clients vers la
médiation, par exemple, lors du protocole de gestion qui a lieu dans les trois
mois de l'ouverture du dossier à la cour. On pourra alors indiquer que la
médiation n'a pas fonctionné ou n'a pas donné... n'a donné que des résultats
partiels ou que la médiation est exclue suite au dépistage d'une médiatrice, ou
qu'une
partie a produit une autodéclaration pour s'exclure.
Pour les parties en cours de médiation, le
Code de procédure prévoit la suspension des procédures puisque la médiation
n'est pas compatible avec une procédure en cours. En encourageant les parties à
s'orienter vers la médiation dès le début du processus judiciaire, les
médiatrices espèrent attirer, en médiation familiale, les familles qui se
trouvent actuellement dans des dossiers de litige, faute d'information, et
rediriger celles pour lesquelles la médiation n'est pas appropriée vers
d'autres modes de règlement des différends.
Mme Cusson (Claudine) : Finalement,
si la médiation familiale devient obligatoire...
Mme Cusson (Claudine) : ...elle
doit être accessible. Premier point d'accessibilité : il faut assez de
médiatrices qui acceptent les subventions. En date du 24 mars dernier, le
nombre de médiatrices qui déclarent leur pratique de médiation à leur ordre
professionnel totalise 487 personnes. Nous avons de bonnes raisons de croire
qu'il n'y en a pas plus que 450. À l'AMFQ, seulement 65 % de nos
médiatrices, qui sont pourtant les plus motivées, acceptent les subventions. Si
on prend l'hypothèse optimiste que ce taux s'applique à l'ensemble des
médiatrices en pratique active, on arrive à 293 médiatrices qui acceptent les
subventions pour répondre aux besoins des 8,5 millions de Québécois sur
l'ensemble du territoire.
Pour éviter que la médiation obligatoire
ne crée un goulot dans la procédure, il faudra rehausser le nombre de médiatrices
qui acceptent les subventions. Pour y arriver, nous recommandons d'augmenter le
taux horaire de la subvention pour le rendre compétitif. Les six ordres
professionnels concernés ont également indiqué aux représentants du ministère
de la Justice que les honoraires actuels sont insuffisants. Le fonds... La
médiation familiale est financée par le Fonds Accès Justice, qu'on appelle le
FAJ, indépendamment de la situation économique. En 2024, le ministère a fait
rehausser les taux des frais administratifs sur les amendes. En 2025, les
ressources sont disponibles pour un meilleur financement de la médiation
familiale.
Deuxième point d'accessibilité : le
dépistage et la médiation doivent offrir assez d'heures pour assurer la
couverture gratuite du service, surtout s'il est obligatoire. Actuellement, la
position du ministère est d'inclure le temps de dépistage, qu'on estime à deux
heures, à l'intérieur de la subvention de cinq heures ou de deux heures et
demie. Sur le terrain, les médiatrices font le dépistage bénévolement, pour ne
pas pénaliser les clients, ou font le dépistage et réduisent les heures
disponibles pour la médiation, ou font le choix de ne pas dépister. Aucune de
ces solutions n'est acceptable. Pour ce qui est du nombre d'heures, nous recommandons
toujours huit heures de médiation pour une première demande, comme depuis
plusieurs années.
Pour terminer, rappelons que payer une
médiatrice coûte toujours moins cher que de payer un juge, son huissier, son
greffier et son palais. Les fonds sont disponibles au FAJ, donc c'est le temps
d'agir.
Le Président (M.
Bachand) : Merci pour cette présentation,
merci. Alors, on passe maintenant aux périodes... la période d'échange. M. le
ministre, pour une période de 16 min 30 s.
M. Jolin-Barrette : Oui.
Merci, M. le Président. Alors, Mme Thériault, Me Cusson, bonjour, merci de
participer aux travaux de la commission parlementaire puis nous présenter votre
mémoire aujourd'hui.
Alors, règle générale, je comprends que
votre association est en accord avec le principe de médiation.
Mme Cusson (Claudine) : Pourvu
qu'on le cadre. J'insiste sur le «il faut que les conditions de sécurité soient
là».
M. Jolin-Barrette : Non,
mais...
Mme Cusson (Claudine) : Sans
conditions de sécurité, il n'y a pas de chèque en blanc.
M. Jolin-Barrette : Mais on
ne parle pas de chèque en blanc. Ma question, c'est : Êtes-vous en accord
en général avec la médiation?
Mme Cusson (Claudine) : S'il
est bien encadré, oui.
M. Jolin-Barrette : Bon,
d'accord. Alors, un des objectifs qu'on a avec le tribunal unifié, c'est
notamment d'amener les gens vers la déjudiciarisation, vers le fait de
participer au processus pour faire en sorte de trouver des voies de passage,
parce que bien souvent les gens se retrouvent devant les tribunaux, parfois ils
sont démunis, ils ne participent pas nécessairement au processus de règlement
de leur différend, qui ne nécessite pas nécessairement d'aller devant le
tribunal, puis il y a une escalade, puis on se retrouve dans cette
situation-là. Ça fait que c'est l'esprit du projet de loi.
Là, on est dans une situation où vous,
vous nous dites : On souhaiterait que les tarifs soient augmentés, qu'on
souhaiterait avoir plus d'heures également en médiation, vous nous dites :
Ce sont des discussions que nous avons avec le ministère de la Justice, et je
comprends que ça fait état de votre mémoire aujourd'hui, notamment.
Mme Cusson (Claudine) : En
fait, ce qu'on vous dit, c'est que si vous voulez réussir le projet de tribunal
unifié et réussir la médiation familiale obligatoire, voici les conditions.
M. Jolin-Barrette : O.K.
Mme Cusson (Claudine) : Dans
les conditions, il faut qu'il y ait assez de médiatrices familiales pour
répondre aux besoins. Il ne s'agit pas de créer un goulot. Donc, il faut qu'il
y en ait assez, il faut qu'il y en ait assez qui acceptent les subventions.
Selon nos statistiques... Il ne faudrait pas qu'on crée un goulot, on est là
pour... On s'entend qu'on travaille tous dans le même sens.
Donc, je pense, c'est une excellente idée
de mettre de la médiation obligatoire, sauf qu'il faut s'assurer que c'est
sécuritaire.
M. Jolin-Barrette : Vous, là,
dans votre pratique puis dans celle de vos membres, là, lorsque les gens
choisissent d'aller en médiation, c'est... qu'est-ce que vous constatez sur les
parties, qu'est-ce que vous constatez sur le résultat? Est-ce que ça aide au
dénouement des situations conflictuelles? Est-ce que les gens arrivent à se
parler? C'est... Comment ça se déroule, les médiations?
Mme Cusson (Claudine) : C'est...
J'allais dire : Une expérience personnelle n'est pas une statistique, là.
Je vous dirais que les...
M. Jolin-Barrette : Bien,
je... ce que je veux dire, vous avez été médiatrice pendant 10 ans. Je ne veux
pas...
Mme Cusson (Claudine) : Oui.
Oui, 11.
M. Jolin-Barrette : 11. Vous
avez dû faire des centaines, voire des milliers de dossiers.
Mme Cusson (Claudine) : Des
milliers de dossiers...
Mme Cusson (Claudine) : Mais,
c'est sûr que ça fonctionne. C'est clair que c'est sûr que ça fonctionne, sauf
que ça fonctionne dans un espace où c'est volontaire. C'est un processus
volontaire. Et, la plupart du temps, les gens viennent avant d'aller à la cour.
Donc, moi, tout ce que je faisais, c'était des médiations. J'ai rarement fait
des médiations en cours de procédure. Donc, la plupart des gens viennent en
dehors du processus judiciaire avant le processus judiciaire. Et une fois qu'on
a terminé notre médiation, si les parties le souhaitent et si c'est nécessaire
pour elles, à ce moment-là, on fait une demande conjointe en garde des pensions
ou une demande conjointe en divorce, mais on travaille avec des médiations et,
en fonction du succès de la médiation, on s'en va vers la demande conjointe,
mais c'est beaucoup en avant du tribunal. Et la difficulté, c'est effectivement
qu'il y a énormément de gens qui s'en vont au tribunal et qui ne sont pas au
courant qu'il y a une séance d'information, ils vont le savoir uniquement le
jour où ils vont vouloir s'inscrire. Donc, ça arrive beaucoup, beaucoup trop
tard dans le processus, ça, c'est clair. Ça fait que, donc, mon expérience à
moi, c'était beaucoup en amont de la cour puis ça fonctionne.
M. Jolin-Barrette : Puis pour
illustrer votre propos avec la séance de parentalité, dans fond, pour les gens
qui nous écoutent pour comprendre, c'est qu'avant de pouvoir instruire un
dossier à la cour, le juge... bien, le greffier va vous dire : Avez-vous
suivi la séance de parentalité qui informe les gens sur leurs droits, sur leurs
obligations par rapport aux enfants, notamment dans la dynamique familiale?
Mme Cusson (Claudine) : ...au
moins 13 mois, ça arrive 13 mois après le début du dossier, mais ça
peut arriver. Dépendant des districts judiciaires, il y en a plusieurs qui
vont... qui ne vont pas exiger ce papier-là au niveau de... au moment de
s'inscrire, ils vont uniquement l'exiger le jour avant du procès, qui peut
arriver une couple de mois plus tard. Ça fait que, donc, vous avez des gens
qui, un an et demi, deux ans après avoir commencé leur procès, après avoir
investi, se font obliger d'aller à une séance d'information sur quelque chose
que c'est trop peu, trop tard.
M. Jolin-Barrette : Et vous
dites après 13 mois, parce que, dans le Code de procédure civile, c'est un
an pour inscrire le dossier en état.
Mme Cusson (Claudine) : À
partir du trois mois du projet... du dépôt du protocole d'instance, lequel
arrive trois mois après le début.
M. Jolin-Barrette : Puis
c'est un des objectifs qu'on a, dans le fond, on ne peut pas empêcher les gens
d'aller à la cour pour faire valoir leurs droits d'une façon pour des mesures
de sauvegarde ou une provisoire, tout ça, mais on veut que les gens aillent en
médiation, sous réserve des exceptions qu'on a indiquées : motif sérieux,
notamment violence conjugale, violence familiale. Vous nous avez mentionné...
Bon. Un coup qu'on a... supposons qu'on s'est entendu sur la médiation, on fait
entériner le jugement avec une demande conjointe. Là, désormais on va avoir,
pour un premier jugement, le service d'aide à l'homologation avec le greffier.
Dans les cas, là, où vous... supposons, il n'y a pas d'entente complète entre
les parties, mais vous vous entendez sur certains points, puis ça arrive, ça,
des fois qu'il reste des situations à régler ou les parties s'entendent,
supposons, sur la garde, mais ils ne s'entendent pas sur la pension. C'est des
cas qui peuvent survenir?
• (15 h 20) •
Une voix : ...
M. Jolin-Barrette : Ils
s'entendent sur la pension, mais pas sur la garde?
Mme Cusson (Claudine) : Oui,
en fait, la pension n'est pas un gros problème, c'est surtout la garde qui est
un problème.
M. Jolin-Barrette : O.K. Mais
parfois ça va influer sur le montant de la pension.
Mme Cusson (Claudine) : Ah,
c'est clair que ça va influer sur le montant de la pension.
M. Jolin-Barrette : En
fonction de si c'est une garde exclusive.
Mme Cusson (Claudine) : Ou
une garde partagée.
M. Jolin-Barrette : Ou une
garde partagée. Mais il y a une
partie du dossier qui se règle quand même en
médiation. Là, par la suite, ils vont devant la cour.
Mme Cusson (Claudine) : Oui.
M. Jolin-Barrette : O.K. Mais
le fait qu'ils se soient parlé permet justement de régler une
partie du
dossier. Puis là, rendu devant la cour, il y a des éléments qui ont été... qui
ont été déjà réglés en médiation.
Mme Cusson (Claudine) : Absolument.
Mme Thériault (Julie) : En
fait, si je peux me permettre, il faut encore qu'on ait l'opportunité de donner
l'information, parce qu'il va arriver dans certaines situations qu'on... que
des participants vont s'opposer, par exemple, à ce qu'on fasse le calcul de
pension alimentaire. Nous, on a convenu qu'on n'aurait pas de pension, même si
on les informe de l'obligation, l'obligation qu'on a de la calculer. On n'en a
pas de besoin. On en a parlé, ce n'était pas comme ça qu'on s'était entendus.
Donc, effectivement, des fois, ça va être précurseur à autre chose. Ça fait
quand on dit que la pension et la garde sont liées, elles sont effectivement
liées, puis il faut qu'on ait l'opportunité de donner l'information et, des
fois, c'est ça qui est difficile. Donc, quand on parle de violence conjugale, la
violence économique en est une forme, et ça devrait être un drapeau rouge quand
on n'est pas capables de parler de la pension alimentaire.
M. Jolin-Barrette : Parce que
ce que vous nous relatez, c'est que, dans certains cas, les partis vous disent
tout de suite : Non, non, on en a parlé puis on ne veut pas en discuter.
Mais là, déontologiquement, vous, vous l'abordez quand même puis vous
dites : Écoutez... Qu'est ce que vous dites, supposons? Supposons, là, je
viens vous voir...
Mme Cusson (Claudine) : Si
vous m'arrivez en disant que vous avez déjà pris une entente, puis il n'y aura
pas de pension...
Mme Cusson (Claudine) : ...mieux
encore, on va faire une garde partagée puis je ne te paierai pas de pension
puis, toi, tu réclameras toutes les allocations... les allocations familiales.
Donc, la réponse à ça c'est... Bien,
regardez, moi, je suis obligée de le calculer. Alors, si votre choix, c'est de
vous dire : On va s'en aller en garde partagée, c'est bien correct,
maintenant, on va... Je suis obligée de calculer la pension alimentaire, je
vous donne l'information et, à partir de ça, si vous choisissez... En fait, ça dépend,
s'ils sont mariés, c'est sûr qu'ils vont s'en aller devant un juge et c'est
clair que ça ne passera pas. Ça fait que je leur dis : Je suis désolée,
vous ne pourrez pas divorcer si vous n'avez pas votre calcul de pension
alimentaire qui est fait, s'il n'y a pas une annexe, qui est le formulaire de
pension alimentaire déposé au dossier de la cour, vous ne divorcez pas, donc,
vous n'avez pas le choix. Point. Fin de l'histoire.
Si c'est des conjoints de fait, ils n'ont
pas besoin d'un juge pour leur annoncer qui ils sont séparés, ils n'ont pas de
biens à partager dans la situation actuelle des choses. Donc, il y a énormément
de conjoints de fait qui n'iront jamais à la cour. Donc, je vais vous dire
qu'on a en médiation, énormément de gens qui ne sont jamais allés à la cour,
qui ne veulent pas y aller, qui n'iront jamais. Ils viennent uniquement en
médiation et vont faire leur révision en médiation, etc. Ça fait que, mettons
que, s'ils veulent s'en aller à la cour par la suite, même chose que pour les
gens divorcés, si vous voulez avoir votre jugement de garde partagée, vous
assurer que l'autre ne déménage pas au Yukon, ça va vous prendre votre
annexe
Mettons que vous décidiez de ne pas aller
à la cour, il n'y a pas de problème, je vais vous faire votre calcul, mais je
dois vous dire que si, après ça, vous décidez, mettons que je conclus en
faisant le calcul ensemble, après leur avoir donné les explications, qu'il y
aurait une pension alimentaire de 250 $ par mois à payer, puis qu'eux
autres décident que ça ne s'appliquera pas, bien, j'aime mieux avoir des
parents qui s'entendent que des parents qui ne s'entendent pas. Je ne veux pas
les... Je dois les accueillir comme ils sont, mais je vais leur mettre un
paragraphe gros comme ça, avec des «flashers» pour leur dire : Regardez
donc, voici ce que les parents ont décidé. Les parents sont informés que... et
les parents ont choisi qu'il n'y aurait pas de pension à payer. O.K. Je vais
essayer...
M. Jolin-Barrette : Dans le
document que vous leur transmettez.
Mme Cusson (Claudine) : Dans
le document qu'on leur remet, oui. Les parents... On choisit ce que les
parents... Voici l'information qu'ils ont. Donc, ils ont le chiffre à payer,
voici ce qu'ils choisissent. Et, en dessous, un paragraphe, avertissement de la
médiatrice, les parties sont informées que ceci n'est pas conforme au
règlement, qu'ils sont à risque de poursuites et que ça ne passera jamais
devant un juge. Rendu là, je ne peux pas faire plus. Je leur ai donné
l'information. C'est eux autres, les parents, c'est eux qui prennent les
décisions. C'est comme ça que je le fais pour les gens qui ne vont pas la cour.
S'ils vont à la cour, ma posture est claire : Si vous voulez avoir votre
jugement, vous devez respecter les règles.
M. Jolin-Barrette : Donc, ce
que vous leur dites, c'est que ça relève de leur sphère d'autonomie, mais ils
sont pleinement informés de ce à quoi ils renoncent.
Mme Cusson (Claudine) : Absolument.
Mme Thériault (Julie) : Il
faut... Pardon. Je m'excuse.
M. Jolin-Barrette : Allez-y.
Mme Thériault (Julie) : On
doit avoir... C'est nécessaire. Puis quand on parle d'autodétermination,
d'agentivité, etc., notre travail à nous, les médiateurs, c'est de s'assurer
que l'information va être au centre de la table puis que les parents discutent
de façon ouverte et transparente de c'est quoi, leurs obligations et de leurs
devoirs, dans certaines situations, c'est très difficile à faire.
M. Jolin-Barrette : Comment,
sur ces situations-là, comment est-ce que vous faites pour ouvrir le dialogue
en médiation? Tu sais, supposons, il y a un des conjoints qui est plus réticent
- ça doit arriver, là - comment vous faites pour ouvrir le dialogue puis créer
un espace de discussion?
Mme Thériault (Julie) : D'où
l'importance du dépistage et de la rencontre individuelle, parce que ça va nous
permettre d'aller voir c'est quoi, le positionnement de chacun des parents, de
leur donner l'information appropriée, puis de voir si on va être capable de
l'ouvrir sans qu'il y ait de risque pour l'une ou l'autre des deux personnes
Là, présentement, dans la façon que la médiation est instaurée depuis plusieurs
années, on va parler de caucus, on va parler, bon, de différentes choses, mais
on vient toujours amputer sur les cinq heures de médiation. Mais il n'y a pas
de... tout est inclus dans ce cinq heures-là. Donc chaque fois qu'on prend du
temps avec les parents, c'est du temps de moins qu'on a pour, éventuellement,
les mettre ensemble et négocier. Mais cet espace-là individuel, il est à créer
actuellement.
M. Jolin-Barrette : Vous avez
dit... C'est quoi ça, un caucus? Nous, en politique, on sait c'est quoi, un
caucus avec nos députés, mais un caucus en médiation.
Mme Cusson (Claudine) : En
fait, un caucus, c'est quand vous avez une rencontre... En fait, ça a des
règles particulières, une médiation. Normalement, on travaille en plénière ou
on travaille en caucus, donc, en plénière, c'est comme on est. Donc, moi, et
les deux parents qui sont devant moi dans mon bureau, ou sinon je vais
travailler en caucus, c'est-à-dire je vais avoir une discussion individuelle
avec chacun des parents séparément. Ce que je... ce que les...
M. Jolin-Barrette : Qui ne
sont pas physiquement ensemble.
Mme Cusson (Claudine) : Bien,
ils peuvent être physiquement ensemble, si la médiation...
Mme Cusson (Claudine) : ...en
présentiel, ils sont dans la même salle. Sinon, il y en a un des deux qui sort
dans la salle d'attente à côté de mon adjoint qui le regarde. Et, pendant ce
temps là, j'ai une discussion. Le temps que j'offre un, je dois offrir
exactement la même durée de temps à l'autre parent. Ce qui se dit en caucus est
confidentiel. Et, à la fin de la rencontre, je vais luis dire : Est-ce
qu'il y a des éléments de ce que vous m'avez dit que je peux réutiliser dans le
cadre de mon travail ou pas? Donc, c'est ça, un caucus. Alors, c'est une façon,
je vous dirais, indirecte qu'on a actuellement de faire du dépistage. Mais là,
maintenant qu'on a un outil de dépistage, j'aimerais ça que vous me posiez des