Culture and Education — 22 April 2025 (43rd Legislature, 1st Session)
CCE 2025-04-22
Quebec — Committees
Journal des débats de la Commission de la culture et de l’éducation - Assemblée nationale du Québec
sur les médias sociaux, Facebook, X, Youtube
Députés
La présidente
Les députés depuis 1764
Coordonnées des députés
La fonction de député
Fonctions parlementaires des députés
Composition des commissions
Indemnités et allocations
Cercle des femmes parlementaires
Cercle des jeunes parlementaires
Cercle des ex-parlementaires de l’Assemblée nationale du Québec
Fondation Jean-Charles-Bonenfant
Fondation des parlementaires québécois Cultures à partager
Travaux parlementaires
Calendrier hebdomadaire des travaux
Journal des débats
Index du Journal des débats
Règlement et autres règles de procédure de l'Assemblée nationale
Propos non parlementaires
Assister aux travaux
Travaux de l'Assemblée
Toutes les séances
Documents déposés
Projets de loi
Cheminement des projets de loi
Registre des votes
Travaux des commissions
Liste des commissions
Mandats en cours
Documents déposés
Rapports et documents de réflexion
Exprimez votre opinion!
Pétitions
Signer une pétition électronique
Consulter une pétition présentée à l'Assemblée
Lancer une pétition
Suivre le cheminement d'une pétition
Consultations publiques
Comment participer à une consultation
Liste des consultations publiques
Commenter un sujet à l'étude
Présenter un projet de loi d'intérêt privé
Vidéo
En direct et webdiffusions à venir
Archives des travaux et activités parlementaires
Travaux de l'Assemblée
Travaux des commissions
Activités de presse
Activités spéciales et institutionnelles
Députés
Le Canal de l'Assemblée
Émissions et capsules promotionnelles
Espace jeunesse
Commander un extrait
Calendrier
Ouvrir
En direct
Calendrier détaillé
_date_du_jour
Aujourd'hui
_heure_en_cours
En cours
Activités du jour
Exposition(
s) Drapeau(
x) sur l'hôtel du Parlement
L'utilisation du calendrier requiert que Javascript soit activé dans votre navigateur.
Pour plus de renseignements
L'ABC de l'Assemblée
Visiteurs
Restaurants
Actualités et salle de presse
Bibliothèque
Publications
Éducation
Diplomatie
Histoire
Accueil > Travaux parlementaires > Travaux des commissions > Journal des débats de la Commission de la culture et de l’éducation
Travaux parlementaires
Journal des débats
Index du Journal des débats
Travaux de l'Assemblée
Registre des votes
Travaux des commissions
Administration publique
Agriculture, pêcheries, énergie et ressources naturelles
Aménagement du territoire
Assemblée nationale
Culture et éducation
Économie et travail
Finances publiques
Institutions
Relations avec les citoyens
Santé et services sociaux
Transports et environnement
Mandats en cours
Rapports et documents de réflexion
Cheminement des projets de loi
Projets de loi
Documents déposés
Dépôts du jour
Calendrier hebdomadaire des travaux
Mots clés
Type de documents
Tous les documents
Documents déposés
Feuilletons et préavis
Journaux des débats
Mémoires
Procès-verbaux de l'Assemblée
Projets de loi
Rapports et documents de consultation des commissions
Type de travaux
Travaux de l'Assemblée et des commissions
Travaux de l'Assemblée
Travaux des commissions
Commission de la culture et de l’éducation
Commission de la santé et des services sociaux
Commission de l'administration publique
Commission de l'agriculture, des pêcheries, de l'énergie et des ressources naturelles
Commission de l'aménagement du territoire
Commission de l'Assemblée nationale
Commission de l'économie et du travail
Commission des finances publiques
Commission des institutions
Commission des relations avec les citoyens
Commission des transports et de l'environnement
Sous-commission de la réforme parlementaire
Période
De</b> et <b>À</b> sont remplis, le résultat se situe entre les dates indiquées.<br/>
Si seul le champ <b>De</b> est rempli, le résultat se situe entre la date indiquée jusqu’à aujourd’hui.<br/>
Si seul le champ <b>À</b> est rempli, le résultat se situe avant la date indiquée.
" class="champsDate choisirDate BulleInfo PeriodeFin" />
La date de début doit précéder la date de fin.
Session
Toutes les sessions
Session en cours - 43e législature, 3e session (5 mai 2026 - )
43e législature, 2e session (30 septembre 2025 - 8 avril 2026)
43e législature, 1re session (29 novembre 2022 - 10 septembre 2025)
42e législature, 2e session (19 octobre 2021 - 28 août 2022)
42e législature, 1re session (27 novembre 2018 - 13 octobre 2021)
41e législature, 1re session (20 mai 2014 - 23 août 2018)
40e législature, 1re session (30 octobre 2012 - 5 mars 2014)
39e législature, 2e session (23 février 2011 - 1 août 2012)
39e législature, 1re session (13 janvier 2009 - 22 février 2011)
38e législature, 1re session (8 mai 2007 - 5 novembre 2008)
37e législature, 2e session (14 mars 2006 - 21 février 2007)
37e législature, 1re session (4 juin 2003 - 10 mars 2006)
36e législature, 2e session (22 mars 2001 - 12 mars 2003)
36e législature, 1re session (2 mars 1999 - 9 mars 2001)
35e législature, 2e session (25 mars 1996 - 21 octobre 1998)
35e législature, 1re session (29 novembre 1994 - 13 mars 1996)
34e législature, 3e session (17 mars 1994 - 17 juin 1994)
34e législature, 2e session (19 mars 1992 - 10 mars 1994)
34e législature, 1re session (28 novembre 1989 - 18 mars 1992)
33e législature, 2e session (8 mars 1988 - 9 août 1989)
33e législature, 1re session (16 décembre 1985 - 8 mars 1988)
32e législature, 5e session (16 octobre 1984 - 10 octobre 1985)
32e législature, 4e session (23 mars 1983 - 20 juin 1984)
32e législature, 3e session (9 novembre 1981 - 10 mars 1983)
32e législature, 2e session (30 septembre 1981 - 2 octobre 1981)
32e législature, 1re session (19 mai 1981 - 18 juin 1981)
31e législature, 6e session (5 novembre 1980 - 12 mars 1981)
31e législature, 5e session (24 octobre 1980 - 24 octobre 1980)
31e législature, 4e session (6 mars 1979 - 18 juin 1980)
31e législature, 3e session (21 février 1978 - 20 février 1979)
31e législature, 2e session (8 mars 1977 - 22 décembre 1977)
31e législature, 1re session (14 décembre 1976 - 23 décembre 1976)
30e législature, 4e session (16 mars 1976 - 18 octobre 1976)
30e législature, 3e session (18 mars 1975 - 19 décembre 1975)
30e législature, 2e session (14 mars 1974 - 28 décembre 1974)
30e législature, 1re session (22 novembre 1973 - 22 décembre 1973)
29e législature, 4e session (15 mars 1973 - 25 septembre 1973)
29e législature, 3e session (7 mars 1972 - 14 mars 1973)
29e législature, 2e session (23 février 1971 - 24 décembre 1971)
29e législature, 1re session (9 juin 1970 - 19 décembre 1970)
28e législature, 5e session (24 février 1970 - 12 mars 1970)
28e législature, 4e session (25 février 1969 - 23 décembre 1969)
28e législature, 3e session (20 février 1968 - 18 décembre 1968)
28e législature, 2e session (20 octobre 1967 - 20 octobre 1967)
28e législature, 1re session (1 décembre 1966 - 12 août 1967)
27e législature, 6e session (25 janvier 1966 - 18 avril 1966)
27e législature, 5e session (22 octobre 1965 - 23 octobre 1965)
27e législature, 4e session (21 janvier 1965 - 6 août 1965)
27e législature, 3e session (14 janvier 1964 - 31 juillet 1964)
27e législature, 2e session (21 août 1963 - 23 août 1963)
27e législature, 1re session (15 janvier 1963 - 11 juillet 1963)
26e législature, 2e session (10 novembre 1960 - 10 juin 1961)
26e législature, 1re session (20 septembre 1960 - 22 septembre 1960)
25e législature, 4e session (18 novembre 1959 - 18 mars 1960)
25e législature, 3e session (19 novembre 1958 - 5 mars 1959)
25e législature, 2e session (13 novembre 1957 - 21 février 1958)
25e législature, 1re session (14 novembre 1956 - 21 février 1957)
24e législature, 4e session (16 novembre 1955 - 23 février 1956)
20e législature, 1re session (7 octobre 1936 - 12 novembre 1936)
18e législature, 2e session (10 janvier 1933 - 13 avril 1933)
18e législature, 1re session (3 novembre 1931 - 19 février 1932)
17e législature, 2e session (8 janvier 1929 - 4 avril 1929)
16e législature, 4e session (11 janvier 1927 - 1 avril 1927)
16e législature, 3e session (7 janvier 1926 - 24 mars 1926)
16e législature, 1re session (17 décembre 1923 - 15 mars 1924)
15e législature, 4e session (24 octobre 1922 - 29 décembre 1922)
15e législature, 3e session (10 janvier 1922 - 21 mars 1922)
15e législature, 2e session (11 janvier 1921 - 19 mars 1921)
15e législature, 1re session (10 décembre 1919 - 14 février 1920)
14e législature, 3e session (21 janvier 1919 - 17 mars 1919)
14e législature, 2e session (4 décembre 1917 - 9 février 1918)
14e législature, 1re session (7 novembre 1916 - 22 décembre 1916)
13e législature, 4e session (11 janvier 1916 - 16 mars 1916)
13e législature, 3e session (7 janvier 1915 - 5 mars 1915)
13e législature, 2e session (11 novembre 1913 - 19 février 1914)
13e législature, 1re session (5 novembre 1912 - 21 décembre 1912)
12e législature, 4e session (9 janvier 1912 - 3 avril 1912)
12e législature, 3e session (10 janvier 1911 - 24 mars 1911)
12e législature, 2e session (15 mars 1910 - 4 juin 1910)
12e législature, 1re session (2 mars 1909 - 29 mai 1909)
11e législature, 4e session (3 mars 1908 - 25 avril 1908)
Partager
Diagramme de l'Assemblée
En direct sur le Web
Journal des débats de la Commission de la culture et de l’éducation
Version préliminaire
Retour à la liste des séances du Journal des débats
43 e législature, 1 re session
(29 novembre 2022 au 10 septembre 2025)
Cette version du Journal des débats est une version préliminaire : elle peut donc contenir des erreurs. La version définitive du Journal, en texte continu avec table des matières, est publiée dans un délai moyen de 2 ans suivant la date de la séance.
Pour en savoir plus sur le Journal des débats et ses différentes versions
mardi 22 avril 2025
Vol. 47 N° 62
Consultations particulières et auditions publiques sur le projet de loi n° 94, Loi visant notamment à renforcer la laïcité dans le réseau de l’éducation et modifiant diverses dispositions législatives
Aller directement au contenu du Journal des débats
Heures
9 h 30
10 h
10 h 30
11 h
11 h 30
12 h
15 h
15 h 30
16 h
16 h 30
17 h
17 h 30
18 h
18 h 30
19 h
Journal des débats
9 h 30 (version non révisée)
(Neuf heures quarante-six minutes)
La Présidente (Mme Poulet) : Alors,
bonjour, bonjour à tous. Alors, ayant constaté le quorum, je déclare la séance
de la commission de la culture et de l'éducation ouverte. La commission est
réunie afin de poursuivre les consultations particulières et auditions
publiques sur le projet de loi n° 94, Loi visant notamment à renforcer la
laïcité dans le réseau de l'éducation et modifiant diverses dispositions
législatives.
Mme la secrétaire, est-ce qu'il y a des
remplacements?
La Secrétaire
: Oui, Mme
la Présidente. M. Lemieux (Saint-Jean) est remplacé par Mme Schmaltz
(Vimont) et Mme Gentilcore (Terrebonne); par M. Bérubé
(Matane-Matapédia).
La Présidente (Mme Poulet) :
Parfait. Alors, un petit rappel de fermer tous vos appareils électroniques, les
sonneries. Alors, je vois qu'effectivement on a le réflexe d'aller fermer nos
cellulaires. Merci beaucoup de votre collaboration.
Alors ce matin, nous entendrons les
personnes et les organismes suivants : M. Normand Baillargeon, Pour les
droits des femmes du Québec et la Ligue des droits et libertés. Je souhaite
donc la bienvenue à M. Normand Baillargeon. Je vous rappelle que vous disposez
de 10 minutes pour votre exposé et, par la suite, il va avoir une période d'échange
avec les membres de la commission. Alors, la parole est à vous.
M. Baillargeon (Normand) : Bonjour.
Merci de l'invitation. La question de la laïcité m'intéresse depuis très, très
longtemps. Il y a déjà une quinzaine d'années, je pense, j'avais organisé un
colloque où j'avais invité des gens qui représentaient toutes les tendances de
ce...de ces idées-là. Je suis content de parler aujourd'hui avec vous. Je pense
que ce que propose le ministre est vrai, juste et important, mais que ça ne va
pas assez loin. Je vais essayer d'expliquer pourquoi. Je vais prendre la parole
devant vous en insistant, comme philosophe, sur certains aspects philosophiques
de cette question-là qui me semblent importants de rappeler. Je vais faire un
retour sur les origines de cette idée, philosophiquement, les raisons qui font
qu'aujourd'hui on a des débats et des désaccords parfois inattendus autour de
cette idée, et finalement ce qu'il faudrait faire selon moi pour aller jusqu'au
bout de ce qu'il faut accomplir.
Les origines. Permettez-moi un petit
détour philosophique. Quand la Révolution française lieu, il y a monsieur qui s'appelle
Condorcet, c'est un des grands philosophes de son époque, c'est un des rares
qui est encore vivant. Et quand il va participer à la Révolution française, il
insiste — et c'est lui qui crée ça — sur l'instruction
publique, il crée cette idée d'instruction publique qui va s'incarner ensuite
en France. Est née aussi l'idée que l'homme qui, pour la première fois,
pressent cette idée de laïcité, de neutralité, d'instruction publique.
Quelques années plus tard — on
ne parle pas assez de lui, on devrait quand on parle de ces questions-là — il
y a un monsieur qui s'appelle Ferdinand Buisson, 1842-1932, Ferdinad Buisson, c'est
le monsieur qui fait la
loi sur la laïcité en France. La loi de 1905, c'est lui,
il va gagner le prix Nobel de la paix plus tard dans sa vie. Il est ministre de
l'Éducation quand il fait ça. Et je tiens à rappeler, quand il institue cette
loi de 1905, il regroupe, autour de lui, toute la gauche de l'époque. Il y a
même une historienne qui pense que le mot «laïcité» a été inventé par un
anarchiste. Donc, ça dit qu'il s'est passé quelque chose dans ce moment, dans
la vie d'esprit qu'on a.
Qu'est-ce que ça signifie, cette idée de
la laïcité? D'abord, que l'école est un lieu d'instruction, d'accès au savoir
et ceci est central pour la laïcité. Il faut préserver l'autonomie de la pensée
et permettre l'accès au savoir. Ensuite, l'école est le lieu d'entrée dans l'espace
civique. Les enfants pénètrent dans l'espace civique d'abord à l'école. Ceci...
cet espace civique sera ensuite présent partout. Ensuite, l'école est un moyen
pour les enfants d'accéder à un avenir ouvert, d'avoir...
M. Baillargeon (Normand) : …la
possibilité d'avoir un avenir ouvert, c'est-à-dire qui n'est pas limitée par
leur origine, qui leur permet d'accéder à quelque chose d'universel donné par
le savoir. Tout cela fera longtemps consensus à gauche. Aujourd'hui, ce n'est
plus le cas. Pourquoi? Voici quelques raisons qui, selon moi, expliquent ce qui
se passe et on y reviendra dans notre discussion.
• (9 h 50) •
D'abord, on a en ce moment dans notre
civilisation un rapport problématique au savoir qui s'incarne dans quelque
chose qui s'appelle le post-modernisme, où on voit le savoir comme des formes
de pouvoir incarnées et on nie la vérité du savoir parfois. Et c'est
extrêmement problématique pour l'idée de laïcité. Deuxièmement, on a, et il y a
des débats à avoir là-dessus aussi, des théories de l'identité qui valorisent
les communautarismes, les visions particulières du monde qu'ont certains
groupes, ce qui parfois nie l'accès à l'universel. Finalement, aussi, on a
autour de l'idée de droit des visions du droit qui s'opposent à une vision plus
universaliste, civique, laïque, républicaine, incarnée dans l'idée de laïcité,
et des visions différentes de common laws, comme on les appelle parfois, ou
celles qu'on trouve aux États-Unis, on l'appelle The Wall, le mur qui sépare la
religion et l'État. Ces deux visions-là du droit sont discutables. Mais il est
clair qu'une vision de la laïcité conforme à ses origines et à ce qu'elle est
réellement devrait s'incarner dans une vision républicaine et pas dans une
vision common law. Finalement, on a aussi des changements démographiques dans
toutes les sociétés qui ont amené à certaines transformations. Et on a… on ne
le nomme pas assez, mais une religion qui parfois est extrêmement militante et
qui fait
partie de la vie politique maintenant et qui cherche à s'imposer. On
a… à la suite de tout ça, on a une assez étonnante inversion qui fait qu'une
idée longtemps portée par la gauche est aujourd'hui niée par une
partie de la
gauche, et ça me semble intéressant de le soutenir.
Qu'est-ce qu'il faut faire, modestement?
je l'ai dit, je pense que ce que met de l'avant M. le ministre est sain et
souhaitable, et bien, je pense aussi qu'il faut aller plus loin. Je vais faire
très modestement quelques remarques parce que je ne prétends pas avoir les
solutions aux problèmes qui se posent, mais je voudrais en faire quelques-unes
quand même. Une première, c'est rappeler que l'école, c'est un sanctuaire.
L'école, c'est une institution distincte des autres. C'est une institution
particulièrement importante. C'est l'entrée dans l'espace civique,
l'incarnation de l'espace civique, et toutes les autres institutions vont
dépendre d'elles. Si vous voulez un système de santé, un système juridique, un…
il faudra que l'école ait préparé à ça. Et donc la laïcité est absolument
centrale ici. Si on oublie ça, on risque d'oublier ce que c'est que
l'éducation. J'ai écrit déjà, et je maintiens, ce qui s'est passé à Bedford est
un indice qu'on oublie parfois, certains d'entre nous, peut-être nous tous,
collectivement, ce que c'est réellement que l'éducation. Pour avoir laissé des
choses comme ça se passer, il fallait avoir oublié ce que c'est que
l'éducation.
Ensuite, il faut affirmer et valoriser. Il
faut qu'on affirme et valorise l'universel dans le savoir et dans la culture,
contre le communautarisme, contre le post-modernisme. Ensuite, il faut que
l'école soit un lieu de formation à la pensée critique incarnée dans cet idéal
de laïcité et d'universel. Ensuite, je pense qu'il faut étendre partout l'idéal
de la laïcité, c'est-à-dire aux écoles privées et aux écoles privées
religieuses. Sur 160 écoles privées financées avec des fonds publics, il y
en aurait 50 qui ont une vocation religieuse. C'est absolument inacceptable. On
ne peut pas tolérer ça. De la même manière, je reviens sur la question du
savoir et du post-modernisme, on ne peut pas admettre que des documents
officiels… que l'école soit un lieu qui refuse de reconnaître la réalité
biologique du sexe. Absolument intolérable. Il faut ensuite étendre partout,
donc, la laïcité aux écoles privées, aux écoles religieuses, y compris aux CPE,
selon moi. Pour ce qui est des cégeps, j'avoue que j'ai encore une réflexion à
mener. Je ne suis pas encore convaincu puisqu'il s'agit, pour beaucoup
d'élèves… d'étudiants, ce ne sont plus des élèves, ce sont des étudiants et ce
sont des adultes. Donc, moi, j'ai plutôt une réserve là-dessus. Mais pour le
reste, je maintiens ce que je viens de soutenir.
L'interdiction des signes religieux
partout et pour tous, sans aucune réserve, aucun compromis sur les
accommodements ou les exceptions, comme des salles de prière. La religion est
enseignée comme un fait culturel, sans retenue, en disant tout ce qu'il y a à
savoir là-dessus dans l'histoire, en art, en philosophie, etc. Je pense qu'au
total c'est la vie civique commune qui se joue là, l'avenir de la vie civique
commune qui se joue là. Et en un sens bien réel et extrêmement important, selon
moi, puisque les débats que j'ai dessinés sont profonds, ce qui joue là aussi,
selon moi, c'est pour une
part l'avenir de la culture commune au Québec. Et on
ne peut pas niaiser avec ça. Voilà ce que j'avais à vous dire.
La Présidente (Mme Poulet) :
Bien, merci beaucoup. Alors, on va procéder à la période d'échange. M. le
ministre, la parole est à vous.
M. Drainville : Merci
beaucoup, M. Baillargeon, merci pour aujourd'hui, mais merci pour vos
innombrables contributions...
M. Drainville : ...au débat
public, et ce, depuis plusieurs années, pas seulement sur la laïcité, mais sur
nombre d'enjeux, dont plusieurs étaient en lien avec l'éducation. Vous êtes un
citoyen exemplaire à mes yeux. Et je suis très fier que vous participiez à nos
travaux, je dirais même que j'en suis honoré comme parlementaire, que des
citoyens comme vous a acceptiez de venir nous livrer votre vision des choses.
C'est une très belle contribution à nos travaux parlementaires.
Je veux revenir sur un
article que vous
avez fait paraître, une lettre d'opinion... (Interruption) ...pardonnez-moi,
que vous avez fait paraître au mois de décembre 2024, donc il n'y a pas si
longtemps. Vous étiez cosignataires avec Romain Gagnon, David Rand, Andréa
Richard, François Dugré, Michel Virard. C'est intitulé Islamophobie ou
islamocécité? Pouvez-vous élaborer un petit peu sur le propos que vous teniez
dans cette lettre? Qu'est-ce que vous voulez dire par islamocécité, par
opposition à islamophobie?
M. Baillargeon (Normand) : C'est
un concept particulier, celui d'islamophobie. On lance facilement cette
accusation-là, hein, des... À chaque fois qu'on en parle, j'ai envie de
dire : Définissez-moi le mot puis je vous dirai si je le suis, là,
islamophobe. Une phobie, c'est une peur irrationnelle. Il y a des raisons
rationnelles de s'inquiéter de l'islam, de l'islam politique. Et je pense que,
quand je parle comme ça, beaucoup de musulmans sont d'accord avec moi parce que
beaucoup de musulmans sont les principales victimes de l'islam politique. Il
faut distinguer l'islam comme religion et l'islam politique. L'islam politique
en éducation, qu'il s'insère dans l'école, ça peut s'appeler Samuel Paty ou
Dominique Bertrand, que vous connaissez sans doute, deux enseignants, deux
professeurs en France qui ont été égorgés parce qu'ils ont osé montrer, dans
leur cas, les caricatures de Charlie Hebdo. Alors donc, on doit être lucide
face à tout ça. Moi qui vous parle, M. le ministre, là, je pense, je suis une
des rares personnes au Québec à avoir écrit un ouvrage complet vantant un
musulman. J'ai écrit un livre sur Omar Khayyam. Omar Khayyam est un poète et
scientifique musulman pour lequel j'ai une grande admiration. Et on peut avoir
une grande admiration pour Omar Khayyam et se méfier de l'islam politique, et
ce n'est pas d'être islamophobe, que de se méfier de l'islam politique. Et,
comme il y a cet entrisme possible dans l'école, on doit être vigilant face à
cet entrisme politique. C'est ce que je maintiens.
M. Drainville : Et donc,
quand vous parlez d'islamocécité, vous parlez d'une sorte d'aveuglement
volontaire, c'est?
M. Baillargeon (Normand) : D'aveuglement
volontaire ou collectif ou... nourri aussi par... encore une fois, cette
accusation très facile d'islamophobie, hein? On peut très bien, encore une
fois, être admiratif devant certaines choses que l'islam a pu apporter, devant
Omar Khayyam, je ne sais pas si vous le connaissez, mais c'est quelqu'un
d'extrêmement intéressant, et aussi s'inquiéter. Il faut être lucide et
s'inquiéter de la possible pénétration de l'islam politique dans les écoles.
Bedford, je ne l'ai pas rêvé. Les 17 écoles sur lesquelles il y a eu
enquête, je ne les ai pas rêvées non plus. Donc, il faut être vigilant face à
tout ça. Et la raison pour laquelle il faut faire preuve de vigilance, ce sont
les raisons philosophiques que je viens de nommer, à savoir l'universel,
l'accès au savoir, etc.
M. Drainville : Et, dans le
cas de l'universel, de l'accès au savoir, de la... de l'école comme sanctuaire
et comme incarnation de l'espace civique, disiez-vous, ça ne vise pas qu'une
religion. Le principe de la laïcité, je pense qu'il est bon de le rappeler,
vise l'ensemble des religions. Quand on parle de laïcité, on parle notamment de
la séparation entre les religions et l'État. Et donc, il y a 50 ans,
60 ans... bien, enfin, maintenant 60... mon Dieu, le temps avance, au
tournant des années 60, bref, j'avance avec, au tournant des
années 60, nous avons décidé de séparer nos institutions publiques des
religions catholique et protestante. Aujourd'hui, on l'étend à l'ensemble des
religions. Puis je le dis parfois dans des entrevues où on m'accuse de cibler
une religion en particulier, je rappelle d'abord l'histoire, comme je viens de
le faire, puis je dis... j'ajoute souvent : Dans 50 ans, on verra
quelle sera la religion qui sera davantage active. Mais je pense qu'il est bon
de rappeler que c'est un principe qui...
M. Drainville :
...s'applique à l'ensemble des religions.
M. Baillargeon (Normand) :
Tout à fait. Et je crois qu'il y a une erreur facilement commise ici, qui est
de dire que puisque ça atteint certaines religions ou certaines manifestations
d'une religion, que c'est ça que ça vise. Mais ce n'est pas le cas. Si vous
avez un barrage policier qui vérifie si les gens ont bu trop d'alcool et que,
pendant les heures où a eu lieu le barrage, ils ont arrêté 100 personnes,
et ils ont constaté qu'il y en a quatre qui avaient trop bu. Et ces quatre
personnes-là, ce sont des hommes blancs de moins de 30 ans. On ne peut pas
dire qu'ils visaient les hommes blancs de moins de 30 ans. On peut dire
qu'ils ont atteint ces hommes blancs de moins de 30 ans. Et c'est ce qui
se passe avec la religion, avec la laïcité.
• (10 heures) •
M. Drainville : Par
ailleurs, dans l'article auquel j'ai fait référence plus tôt, vous mentionnez
que d'exprimer des préoccupations quant à une religion en particulier quant à
ses variantes intégristes, ne relève aucunement d'une phobie. Bien au
contraire, il s'agit d'une attitude rationnelle, fondée sur une vigilance
légitime et parfois salutaire. Vous avez un petit peu parlé de ça dans les
propos que vous avez tenus un peu plus tôt. Mais pouvez-vous élaborer un peu
là-dessus parce que vous avez raison de dire, M. Baillargeon, que les
adversaires de la laïcité, quand ils ne, comment dire, ne... ne s'enfargent pas
dans les fleurs du tapis, si vous me permettez un français un peu... un peu
familier, ils vont tout de suite te lancer à la figure : Islamophobie. Ça
sert, là, c'est une espèce de formule passe-partout qui est utilisée en tout
temps puis qui vise dans le fond à te faire passer pour un raciste et... ou en
tout cas, un antimusulman. Et je rappelle le rapport des 17... sur les
17 écoles, qui disait que, dans certains cas, des responsables scolaires
hésitent à faire appliquer la loi parce qu'ils craignent de se faire taxer d'islamophobie
ou de racisme. Mais je sens quand même, je ne sais pas si vous êtes d'accord
avec moi, mais que cette attaque ou cette épithète a beaucoup moins de prise
qu'auparavant. Les gens se font traiter d'islamophobe et, plutôt que de se
taire, plutôt que de réagir sur la défensive, il y a de plus en plus de
personnes qui vont réagir en disant : Regarde. Ça, c'est ton... Ça, c'est
ton attaque facile. Ça, ça fait des années que vous nous attaquez comme ça,
nous les partisans de la laïcité, pour nous faire taire. Bien, c'est fini ce
temps-là. On ne se taira plus. Même si vous nous taxez de tous les noms, de
racistes, d'islamophobes, on ne se taira plus. Ce ne sera plus suffisant pour
nous faire taire. Je ne sais pas si vous faites la même lecture que moi, il y a
comme un... une... Je pense, j'ose croire, peut-être que je vis d'espoir, qu'il
y a davantage de courage sur cette question-là qu'auparavant.
M. Baillargeon (Normand) :
Un mot d'abord sur les raisons de tout ça, de cette façon d'interdire le débat.
Je pense qu'il y a plusieurs causes derrière tout ça. J'ai parlé tout à l'heure
de refus du savoir. J'ai parlé tout à l'heure des théories de l'identité, du
communautarisme. Il y a la mutation de l'ancienne gauche à une forme de la
nouvelle qui a joué certainement un rôle là-dedans. Tout ça a joué, mais je
pense aussi que les médias sociaux ont joué un rôle là-dedans, dans la
polarisation des débats, et ce qui fait que la conversation démocratique est de
plus en plus difficile sur certains sujets alors qu'on devrait pouvoir en
parler. Plusieurs personnes pensent comme vous, dans des milieux que je
fréquente, les milieux intellectuels que je... que je fréquente, une certaine
gauche, disons, que oui, les temps sont en train de changer. Les gens en ont
assez. Les gens veulent qu'on puisse discuter de ça. J'espère sincèrement que
c'est le cas. Je pense qu'il y a des raisons de penser qu'effectivement c'est
en train de changer. En France, par exemple, on voit ce changement-là en France
où le... Je me rappelle, j'ai parlé tantôt de Marc Ayame sur qui j'avais écrit
un livre, hein? Bien, moi, mon livre, Le petit cours d'autodéfense
intellectuelle , il y avait été illustré par un monsieur qui s'appelle
Charb. Et avec une dizaine d'autres personnes, ils ont été assassinés par des
islamistes dans les bureaux de Charlie Hebdo. C'est une réalité. C'est... On
doit pouvoir nommer ça, on doit pouvoir dire ça et on doit pouvoir être
critique de visions extrêmes d'une religion sans être accusé de phobie, ou sans
être accusé de racisme, sans être... Il faut ramener ça dans l'ordre du jour.
C'est pour ça qu'aujourd'hui je tenais à le dire parmi mes propos.
M. Drainville : Mme la
Présidente, j'ai des collègues très intéressés par cette question. Et le député
de Vanier-Les Rivières me signale qu'il souhaiterait pouvoir poser
quelques questions à M. Baillargeon.
La Présidente (Mme Poulet) :
Alors, M. le député, la parole est à vous.
M. Asselin : Merci, Mme
la Présidente. Merci beaucoup au ministre. Je partage d'ailleurs
l'introduction, la brève introduction que vous avez faite à
M. Baillargeon. On le lit énormément. Et puis c'est plutôt rare d'entendre
parler de Condorcet et de Dubuisson à l'Assemblée nationale. Alors, on est bien
contents. Et je voudrais...
Haut de la page
10 h (version non révisé
e) M. Asselin : ...simplement
vous permettre d'élaborer un peu sur le mot "civique". Vous parlez
beaucoup de l'entrée dans l'école, en termes de valeurs civiques. J'aimerais ça
que vous élaboriez sur l'importance que ça a pour tout éducateur qui entre en
présence de l'école, les valeurs civiques.
Pour moi, la laïcité implique une certaine
vision de l'école qui est une vision civique. L'école, c'est un lieu où les
gens quittent leur environnement, quittent leur famille, quittent leur milieu
et rentrent pour la première fois dans un sanctuaire, un lieu protégé qui va
les préparer à exercer leur rôle de citoyen plus tard.
M. Baillargeon (Normand) : Ce
qu'on trouve là, d'abord, massivement, foncièrement, extrêmement important, c'est
le rapport au savoir. Il y a un philosophe que j'aime beaucoup, il disait :
Si vous êtes allé à l'école et que vous admettez un théorème de géométrie sans
l'avoir compris, l'école n'a pas joué son rôle. C'est exactement ça. Alors, l'école,
c'est centré sur les savoirs, et on transforme les personnes par l'esprit
critique et par une vision de l'universel. Et ça, je trouve que c'est
extrêmement important aussi.
Et pour moi, permettez-moi d'insister
là-dessus, on insiste sur les savoirs et leur vision universelle. On comprend que
c'est le cas en mathématiques, je viens de prendre l'exemple de la géométrie,
on comprend aussi que c'est le cas en sciences, sans doute, même, si en ce
moment, je ne vous cache pas que, dans le milieu intellectuel, il y a des
attaques postmodernes sur les sciences qui sont absolument délirantes et qui
nient même la valeur de la science. Mais, au-delà de ça, il y a aussi toute la
culture, et là on entre dans une vision de la culture qui n'est plus celle, par
exemple, des milieux qui veulent faire de l'argent avec la culture, on n'est
plus celle où on protège notre culture parce qu'elle est meilleure que celle
des autres. On a, là aussi, une vision universelle de la culture, une vision
grande de la culture, une vision riche de la culture, une vision par laquelle
on va, à l'école, rentrer dans l'univers de la culture, mais on va connaître la
culture d'ici, bien sûr, ce qu'on juge être le meilleur, et c'est ça qu'on
fait, puis on va connaître les cultures étrangères aussi, on va lire
Shakespeare, on va lire Pythagore, on va lire... etc. Vous savez, il y a un
rapport au monde et au savoir, qui, encore une fois, à la culture... qui est
distinct de ce qui se passe dans la société en général, où, parfois, la culture
est dominée par l'argent, par la rentabilité, par ci, par ça. L'école prépare à
Et ce qu'on espère, avec la laïcité, avec
la vision qu'on se fait de l'école, c'est que les enfants qui sortent de là,
devenus adultes, portent ça en eux. Ce sont des citoyens. Ils n'accepteront pas
n'importe quelle chose parce qu'on leur a dit que c'est la vérité. Ils vont se
questionner là-dessus. De la même manière qu'ils n'accepteront pas un théorème
sans l'avoir compris, ils n'accepteront pas une vision de telle ou telle chose
sans avoir débattu. Et donc, ça, ça suppose aussi, et là, l'école incarne ça
aussi, un lieu où on débat, où on échange, où on reconnaît les mérites de
certaines idées, les torts de certaines... On est capables de nuances, choses
qui disparaissent aujourd'hui en ce moment avec les réseaux sociaux.
Donc, pour moi, l'école, de ce point de
vue là, est extrêmement importante. Et c'est pour ça que je concluais mon topo
en disant : C'est important pour l'avenir de la culture québécoise, l'avenir
de la vie civique, la vie... la vie collective au Québec. C'est là que ça
commence. Si ça va mal à l'école, ça va aller mal ailleurs.
M. Asselin : Merci beaucoup
de cette contribution-là. Ce n'est pas pour rien qu'on a maintenant de la
philosophie dans l'école primaire, dès le primaire. Tous les théorèmes qui sont
avancés sont importants, et celui de la laïcité en particulier. Vous êtes un
philosophe qui a beaucoup insisté sur cette prémisse-là. Et puis on vous rend
grâce pour ça.
M. Baillargeon (Normand) : Merci
beaucoup.
La Présidente (Mme Poulet) : Merci.
Est-ce qu'il y a d'autres interventions? Oui. La... Mme la députée de Hull. La
parole est à vous.
Mme Tremblay : Oui. Excusez.
J'étais un petit peu loin. Alors, bonjour. Très heureuse de vous recevoir ici
aujourd'hui.
Vous avez abordé plusieurs... plusieurs
parents, là. Mais j'aimerais ça vous entendre tu sais, parce que vous avez
abordé rapidement le changement démographique, donc j'aimerais ça vous entendre
là-dessus. Parce qu'il y a une conséquence dans nos... tu sais, dans les
écoles. Ça change le portrait, le paysage favorablement, je devrais dire. Mais
aussi, tu sais, c'est sûr que là-dessus, là, on... ça amène justement une
diversité de religions. Puis de là, le projet de la laïcité, il est d'autant
plus important. Mais j'aimerais ça vous entendre un petit peu plus sur le
changement démographique.
M. Baillargeon (Normand) : Oui.
J'en ai parlé tout à l'heure. J'espère que vous serez d'accord avec moi aussi.
Il y a maintenant une forme de polarisation qui empêche d'être nuancés sur
certaines questions, dont celle-là. J'ai aimé quand vous me posez la question,
vous dites : Ça apporte des bienfaits. C'est certain. Ça apporte aussi des
débats, et c'est ça dont il faut parler. La laïcité m'apparaît comme une
manière de solutionner certaines des graves questions qui se passent là. Ça
permet de le faire parce que d'abord, à travers la laïcité, la vision qu'on a
de l'école et du savoir, on peut être ouverts au savoir de n'importe où. Hein?
Je donnais, tantôt, l'exemple, mais ça peut se répertorier dans n'importe quel
enseignement au primaire ou au secondaire, là. Moi, je suis un grand admirateur
d'Omar Khayyam. Mais c'est un mathématicien de génie. Il est musulman. Puis là,
bon, je suis familier de ça puis j'aime ça parce que ça s'ancre dans l'universel
également. Vous comprenez? Donc, ça, il faut le faire. Mais je pense aussi, et
je l'ai dit quand j'ai terminé mon exposé, ça demande du courage collectif,
tout ça. Il faut être capables de l'affirmer. Il faut être capables qu'on...
M. Baillargeon (Normand) : ...affirme
collectivement ce que c'est que l'école puis qu'on la respecte, puis qu'on
demande son respect pour ça. L'école, de ce point de vue là, elle est menacée
par toutes sortes de choses, celles que vous avez nommées par exemple. Si on
veut, sans distance critique, accepter dans l'école toutes les tendances
communautaristes ou communautariennes, on va faire du mal à l'idéal de laïcité
puis de vie collective. Et je pense qu'on doit, collectivement, et il revient
là-dessus au ministère de l'Éducation de le faire, de réaffirmer avec force la
valeur de l'école comme lieu de transmission de savoirs, et pas seulement parce
que, on retrouve ça aussi aujourd'hui, je n'en ai pas parlé tantôt, mais comme
lieu de progression sociale, comme lieu d'accès à un métier, comme lieu de
faire de l'argent. Non, l'école, c'est d'abord un lieu de transmission de
savoirs, et cette transmission-là de savoirs, elle a une valeur en soi, pas une
valeur instrumentale. C'est parce que c'est la culture, c'est parce que c'est
le savoir, et je m'emballe un peu parce c'est des questions qui me passionnent,
mais c'est des choses qui font que la vie qu'on mène ensuite est plus riche,
pas simplement la vie collective est plus riche, mais la vie qu'on vit comme
personne est plus riche. On a appris à l'école à aimer tel ou tel poète. On a
connu Alfred Desrochers, on l'adore, et puis on lit ses poèmes, puis on aime
ça, puis on va voir où il est enterré. Vous comprenez, l'école, c'est un lieu
pour ça. Est-ce que ça vous répond?
• (10 h 10) •
Mme Tremblay : Ça répond
très, très bien, puis j'aime ce que vous dites quand, tantôt, vous avez insisté
sur le fait, tu sais, que là, on sort du noyau, on sort de tout ce qu'on nous a
appris puis on rentre dans un milieu neutre. Alors...
La Présidente (Mme Poulet) : Je
m'excuse, Mme la députée de Hull, je dois vous interrompre, c'est tout le temps
que nous avons. Alors, je... Mme, on va... on va poursuivre les discussions
avec la députée de 3bsa pour une période de 12 min 23 s.
Mme Cadet : Il me restait 9
min 54 s, il me semble.
La Présidente (Mme Poulet) : Pardon?
9 min 54 s, pardon.
Mme Cadet : Oui.
La Présidente (Mme Poulet) : Oui,
désolée.
Mme Cadet : Merci beaucoup.
Mais en fait, M. Baillargeon, je vous laisserais peut-être conclure rapidement
votre réponse. Vous alliez répondre à Mme la députée.
M. Baillargeon (Normand) : Merci
beaucoup, mais non, c'est beau.
Mme Cadet : Allez-y.
M. Baillargeon (Normand) : Ah!
non, c'est beau, j'ai conclu.
Mme Cadet : Ah! vous avez
conclu. O.K. Parfait. Merci. Alors...
M. Baillargeon (Normand) : Je
vous laisse tout votre temps.
Mme Cadet : D'accord. Merci
beaucoup. Alors, enchantée. Donc, nous, nous n'avions pas eu l'occasion de nous
rencontrer précédemment.
M. Baillargeon (Normand) : Oui.
Mme Cadet : Donc, vous nous
avez dit... Donc, j'ai essayé de prendre des notes de votre exposé. D'ailleurs,
si c'est possible, à la fin, j'aimerais bien que vous puissiez déposer vos
notes, comme ça, ça nous permettra de... si elles sont... si c'est possible
pour vous de le faire, là.
M. Baillargeon (Normand) : Oui.
Si vous le voulez ici, je...
Mme Cadet : Oui.
M. Baillargeon (Normand) : Moi,
je pourrais prendre ça, puis faire un petit texte plus propre, puis vous
l'envoyer, si ça vous intéresse.
Mme Cadet : Merci. S'il vous
plaît.
M. Baillargeon (Normand) : Je
le ferai.
Mme Cadet : Je pense que ça
va nous aider.
M. Baillargeon (Normand) : Là,
en ce moment, je termine un livre et je n'ai pas eu le temps de...
Mme Cadet : Merci. Donc, vous
nous disiez un peu plus tôt, donc si j'ai bien pris... j'ai pris bonne note de
votre exposé, donc pour vous donc l'école donc a trois... donc répond donc à
trois domaines, donc préserver l'autonomie de la pensée et permettre l'accès au
savoir, accéder à un avenir ouvert et accéder à un espace civique. Donc, un peu
plus tôt, donc, au député de Vanier, donc, il vous posait la question, donc,
sur votre définition de l'espace civique. Je ne suis pas très... je ne suis pas
certaine d'avoir bien saisi ce que vous.... ce que vous vouliez dire par là
parce que, même un peu plus tard, donc dans ce qu'il faut faire, vous nous
parliez donc de... de vie civique commune. Donc, je voudrais peut-être donc
vous réentendre donc sur votre définition de vie civique commune et de ce que
cela signifie pour vous quand vous dites que l'école doit permettre à l'élève
d'accéder à un espace civique.
M. Baillargeon (Normand) : L'école
fournit d'abord à l'élève des savoirs, on est d'accord, et ces savoirs-là sont
indispensables pour exercer sa citoyenneté, mais je vais vous mettre un terme
philosophique. Permettez-moi, je ne suis pas capable de m'arrêter. C'est ça.
Anciennement, on parlait beaucoup de
vertus morales. C'est quelqu'un d'honnête, c'est... De plus en plus, en
philosophie, on parle de vertus épistémiques, c'est un gros mot, mais ça veut
dire des vertus intellectuelles, des vertus intellectuelles, quelqu'un qui est
capable de débattre, qui écoute le point de vue de l'autre, qui est capable de
reconnaître qu'il ne sait peut-être pas avec certitude. Quelqu'un qui a
l'honnêteté de dire : Je n'en sais rien parce que je n'ai pas étudié la
question. Quelqu'un qui a l'honnêteté de dire : Je suis à peu près sûr de
mon coup, mais je vais écouter les autres. Ce genre de vertus là, ça se
retrouve à l'école. L'école peut faire ça. L'école est capable de reconnaître
ça. On pose telle ou telle question et, à part en mathématiques, il peut y
avoir des débats sur ces choses-là, il peut y avoir des désaccords. Je veux que
le citoyen de demain soit empli de ces choses-là, soit empli de ces vertus-là,
soit capable de débattre.
Encore une fois, permettez-moi de le dire
d'une autre manière. Il y a un philosophe de l'éducation notamment, que j'aime
beaucoup, s'appelle John Dewey, d'où il disait en termes très simples : On
peut définir la démocratie par le fait qu'il y a séparation des pouvoirs, qu'il
y a une cour supérieure, il y a une constitution. Tout ça, c'est très bien et
c'est très vrai, mais la démocratie, c'est aussi une manière de vivre-ensemble,
et cette manière de vivre-ensemble fait qu'on peut se parler sur des sujets qu'on
a... dont... auxquels on a des intérêts communs. Et cette conversation
démocratique, comme il le dit, demande justement les vertus dont je parlais
tantôt, et l'école prépare à ça.
Moi, je veux une société civique où les
gens formés par l'école incarnent ce genre de valeurs là. Ils sont au courant
des choses. Si on leur parle de la démocratie comme supposant la séparation des
pouvoirs, ils savent ce que c'est, ils en ont entendu parler. Mais si on parle
du fait qu'au ce moment au Québec, il y a un débat sur l'avenir de la société
québécoise puis de la culture, c'est des gens qui ont les vertus dont je
parlais tantôt, l'honnêteté de dire : Oui, mais ça, je n'y ai jamais pensé
je vais y...
M. Baillargeon (Normand) : ...pas :
J'ai déjà... Avez-vous remarqué comment, de notre époque, les gens ont réponse
à tout tout de suite? C'est fascinant de voir ça. Les réseaux sociaux ont joué
un rôle là-dessus. Il faut être capable de débattre. Moi, je vous parle
aujourd'hui sur certaines questions, là, c'est ce que je pense, mais je suis
ouvert peut-être à discuter puis à reconnaître que je me suis trompé. Vous
comprenez? C'est ça qu'il faut activer. Et l'école est un lieu central pour
créer ça. Et vous comprenez que, quand je parlais de Condorcet au début, là, lui,
il y ait, l'instruction publique, rendre la raison populaire avec la
citoyenneté, parce que ce qu'on veut plus tard, c'est des citoyens qui ont été
formés à ça, qui sont... qui ont ça comme seconde nature, si vous me permettez
de le dire comme ça.
Mme Cadet : Merci.
M. Baillargeon (Normand) :
Merci.
Mme Cadet : Donc, est-ce que,
selon vous, donc, la
Loi sur l'instruction publique, telle que nous la
connaissons aujourd'hui, empêche, donc, nos jeunes, donc, d'accéder à un espace
civique, tel que vous l'avez défini? Je pense que votre définition a été très
claire. Merci beaucoup pour...
M. Baillargeon (Normand) : Merci.
C'est... Effectivement... Je l'ai dit souvent, je vais le répéter ici, hein?
Pour moi, ce que les gens qui ont fait la commission Parent ont accompli relève
presque du miracle, O.K., ces gens-là ont fait quelque chose d'absolument
exceptionnel. Et il faut saluer, il vient d'avoir 101 ans, M. Guy Rocher. Ce
que ces gens-là ont légué au Québec, c'est une chose belle, grande et
émouvante, O.K., vous... C'est absolument central. Maintenant, tout ça a été
porté, l'est encore, par la
Loi sur l'instruction publique, mais, en ce moment,
c'est menacé par toutes sortes de causes, par toutes sortes de raisons, et il
faut qu'on réagisse collectivement. Selon moi, la
Loi sur la laïcité, qu'on
voterait, qui irait dans le sens de ce que je souhaite, serait une manière de
préserver ce que j'ai à cœur. Voilà.
Mme Cadet : Ensuite, donc...
Donc, j'ai nommé, donc, vous nous avez présenté les trois piliers du système
d'éducation, puis ensuite vous avez nommé un peu, donc, les différentes
menaces, dont le postmodernisme. Pouvez-vous le définir aussi?
M. Baillargeon (Normand) : Oui,
je vais le faire avec plaisir. Donnez-moi...
Mme Cadet : De façon concise.
M. Baillargeon (Normand) :
Donnez-moi deux secondes, O.K.? Mais... Puis, en même temps, les gens pourront
débattre de ce que je vais dire là, mais c'est très connu, j'ai beaucoup
travaillé là-dessus, beaucoup écrit là-dessus.
Dans les années 60, ça vient de la
France, il y a des mouvements de pensée qui vont contester les idéaux des
Lumières, l'idée de raison, l'idée de savoir, l'idée de science. Les penseurs
qui incarnent ça s'appellent Jean-François Lyotard, Jacques Derrida, Michel
Foucault, et ces gens-là contestent tout ça et voient partout des rapports de
pouvoir plutôt que l'accès à la vérité qui serait accessible à tous. C'est
quelque chose de profondément troublant, mais ça s'est répandu un peu partout,
surtout dans les universités et ailleurs, mais dans les domaines des sciences
humaines, des sciences sociales, de la philosophie, de l'histoire. Et ça, c'est
profondément troublant.
Je tiens à dire... parce qu'on ne le sait
pas suffisamment, là, mais que Lyotard, qui est un des grands champions de ça,
a écrit un livre en 1979, je pense, qui s'appelle La condition postmoderne ,
et il avait écrit ce livre-là à la commande du ministère de l'Enseignement
supérieur du Québec de l'époque. Alors, c'est... on est un peu responsables de
ça, au Québec.
Mais donc, cette idée-là, vous comprenez,
où on remet en question... Laissez-moi donner un exemple concret. Pas de
biologistes sérieux nieront qu'il existe une chose qui appelle les gamètes et
que, si vous êtes une femme, vous produisez des gamètes, des ovules, si vous
êtes un homme... des spermatozoïdes.
La définition biologique du sexe est là.
Mais là, en ce moment, il y a aussi... et personne ne va nier que le genre
existe, c'est absolument absurde de nier ça, qu'il y a des incarnations
diverses selon les lieux, etc., de la... d'être une femme ou d'être un homme,
mais, en ce moment, on a l'idée que le sexe lui-même est une construction
sociale et un rapport de pouvoir, ce qui est absolument faux, et c'est une idée
qui vient du postmodernisme.
Mme Cadet : Ici... Bien, en
fait, c'était une des questions que j'avais, mais je pense que vous venez un
peu d'y répondre, parce que plus tôt vous nous disiez, donc, refuser que
l'école n'admette pas la réalité biologique du sexe. Donc, c'est ce que vous
vouliez dire...
M. Baillargeon (Normand) : C'est
ce que... Oui, tout à fait. Je voudrais qu'à l'école... Là aussi,
permettez-moi... J'aime beaucoup votre question. Je vais me permettre de... un
peu, hein?
Mme Cadet : Allez-y.
M. Baillargeon (Normand) :
Moi, je dis : L'école est un lieu d'instruction, un lieu de transmission
des savoirs. L'opposé de ça... c'est très important pour les philosophes de
l'éducation comme moi, ça, l'opposé de ça, c'est l'endoctrinement. Si on ne
transmet pas des savoirs pour que les gens se libèrent par eux, deviennent
autonomes, capables de penser par eux-mêmes, on endoctrine. Et, si on
endoctrine, on ferme l'esprit sur une doctrine en empêchant de penser ailleurs
que là. Au lieu d'ouvrir l'esprit, on l'a fermé. Et ce sont des choses qui
peuvent se produire lorsqu'on ne présente pas tous les aspects d'une question.
Alors, par exemple, sur cette question-là
du sexe et du genre, si on se contente de dire qu'il y a juste des genres puis
ce sont des constructions sociales et on ne rappelle pas qu'il y a une grande
majorité, presque la totalité, des biologistes qui rappellent que le sexe, ça
vient des gamètes, les gamètes c'est des ovules ou c'est des spermatozoïdes, si
on a occulté ça, on est en train d'endoctriner. Et là on est en train de faire
le contraire de ce que l'école doit faire.
Mme Cadet : Peut-être ma
dernière question, parce que je vois que le temps file. Parce qu'effectivement,
donc, le projet de loi n° 94, donc, amène plusieurs...
Mme Cadet : …proposition. Vous
nous avez parlé notamment, donc, de celle qui porte sur le port de signes
religieux. Évidemment, donc, on a déjà la
loi sur laïcité de l'État, donc, qui
couvre donc les enseignants. Les dispositions de l'article 32 du projet de
loi, donc, l'élargiraient, donc, à l'ensemble des membres du personnel, mais
également on peut penser aux parents bénévoles, on peut penser, donc, à toute
personne, en fait, qui est en contact avec… qui se trouve, donc, sur les lieux,
qui est en contact, donc, direct avec les jeunes. Et je me demande… parce que
vous avez parlé, donc, d'endoctrinement ici, donc en quoi, selon vous, par
exemple, donc, les… là, je vous ramène sur le plancher des vaches. Donc, il y a
des groupes qui sont sur le terrain qui nous disent : Bien, dans la
réalité, parfois, sur l'heure du midi, pour le service de garde, vont avoir des
parents bénévoles qui vont venir prêter main forte. Donc, comment est-ce que,
selon vous, selon les dispositions actuelles, donc, la direction d'école, donc,
devrait traiter ces cas-là? Je veux dire, dans… alors qu'on ne parle pas donc
de personnes qui sont en situation de pouvoir ou qui pourraient être dans
l'endoctrinement dans ces cas précis.
• (10 h 20) •
M. Baillargeon (Normand) :
J'ai parlé tantôt de vertus épistémiques… j'ai essayé de vous en donner un
exemple. Je ne suis pas trop sûr, là, il faut que je réfléchisse à ça. Tu sais,
je n'aimerais pas que ça se généralise, que ce soit partout. Il faudrait que ce
soit l'exception. Je peux comprendre que ça peut arriver. Je demanderais à voir
au cas par cas. Vous comprenez ce que j'essaie de dire? Je maintiens que le
principe général devrait être pas de signes religieux dans l'école, dans ceux
qui fréquentent... Est-ce qu'après il arrive des cas problématiques,
exceptionnels, rares, qui seraient traités comme ça? Possiblement que oui. Tu
sais, autrement dit, encore une fois, c'est tellement vaste le monde de
l'éducation au Québec. Il se passe tellement de choses qui peut arriver que des
fois on s'accommode d'un accommodement qui n'est pas accommodable.
La Présidente (Mme Poulet) :
Merci beaucoup. Alors, on va poursuivre les discussions avec le député de
Jean-Lesage pour trois minutes, 18 secondes. Merci.
M. Zanetti : Merci, Mme la
Présidente. Merci, M. Baillargeon. Merci pour votre présence ici. J'ai peu de
temps, mais je vais essayer d'aller à l'essentiel. Évidemment, pour ma
formation politique, la laïcité est extrêmement importante et c'est une valeur
cardinale. J'ai l'impression que sur certaines façons d'appliquer la laïcité,
on ne s'entend pas. C'est sur ces questions-là que je veux vous poser des
questions.
L'interdiction des signes religieux, par
exemple. L'École Bedford, vous avez certainement lu le rapport. Aucune des
recommandations ne concerne les signes religieux, évidemment, et aucune des
actions qui a été faite n'a été faite par quelqu'un qui portait un signe
religieux. Alors, il est quand même assez étonnant que finalement on en soit
rendu à faire une loi qui, par ailleurs, dans laquelle il y a des bonnes
choses, qui peuvent servir effectivement à solutionner les vrais problèmes de
Bedford et par lesquels finalement on conclut : Ah! bien là, c'est… il
faut interdire les signes religieux. Ma question, c'est : Quel est
l'impact qui justifie ça? Parce que, pour faire reculer les droits et libertés
quand même, il faut avoir des méchantes bonnes raisons documentées. Alors, une
employée de la cafétéria d'une école secondaire qui porte le voile, est-ce
qu'elle endoctrine ou est-ce qu'elle a, par le simple fait de porter un voile,
un effet endoctrinant qui porte atteinte à la liberté de conscience des élèves?
M. Baillargeon (Normand) : Je
comprends votre question. Je comprends votre inquiétude. Je tiens à dire, si
vous me permettez, qu'on invoque très facilement les droits dans ce genre de
discussion là et on le fait comme si d'invoquer un droit réglait la question.
Or, ce n'est pas le cas. Je ne suis pas un avocat, puis les avocats autour,
s'il y en a, ils me corrigeront, là, mais je me sens assez sûr de moi pour dire
que c'est typique que des droits soient limités par d'autres droits. C'est
typique que des droits qu'on a soient limités par d'autres droits qu'on a,
alors donc, ce n'est pas quelque chose… Je donne un exemple, je… vous avez
18 ans, vous avez un permis de conduire, vous avez le droit de conduire
une voiture, vous avez 18 ans, vous avez le droit de boire de l'alcool,
mais votre droit de boire de l'alcool limite votre droit de conduire, et les
droits qu'on a sont limités par d'autres droits, sont limitées aussi par les
droits qu'ont d'autres personnes. Et tout ça fait que ce n'est pas aussi simple
que d'invoquer un droit.
Maintenant, pour ce qui est de… Vous avez
posé la question que je comprends tout à fait, là, qu'on ne peut pas invoquer
Bedford ou une simple personne qui porte en… qui fait le service à la
cafétéria, qui porte un... On ne peut pas invoquer tout ça, tout à fait, mais
on peut invoquer d'autres choses aussi. On peut invoquer d'autres exemples dans
les pays étrangers, on peut évoquer d'autres exemples un peu partout, puis on
peut invoquer surtout, à mon humble avis, l'idéal de laïcité qu'on porte. Et
c'est au nom de cet idéal de laïcité qu'on porte, qu'on veut faire les actions
qu'on pose, même s'il n'y avait aucun contre-exemple à donner dans la réalité.
Voilà.
M. Zanetti : Parce que je suis
parfaitement d'accord avec vous que les droits ont tous une limite. La liberté
d'expression en est un exemple, etc. Bon. Dans le cas, par exemple, nous
autres, on pense que le… on ne devrait pas financer avec de l'argent public les
écoles confessionnelles. O.K., c'est une contradiction, vous l'avez souligné,
on est d'accord avec vous là-dessus. Cela dit…
M. Zanetti : ...pour limiter
le droit à une personne de porter un signe religieux, il faut quand même être
capable de démontrer que le port du signe religieux en tant que tel a un effet
qui vient brimer la liberté de quelqu'un d'autre. Sinon, il y a... vous êtes
d'accord, il n'y a pas de justification de limiter la liberté.
M. Baillargeon (Normand) : Je
ne pense pas que l'argument...
La Présidente (Mme Poulet) : Je
m'excuse de vous interrompre.
M. Baillargeon (Normand) : Ah!
excusez.
La Présidente (Mme Poulet) : Vous
n'avez pas... Le temps est écoulé.
M. Baillargeon (Normand) : Je
suis désolé. Je suis vraiment désolé.
La Présidente (Mme Poulet) : Vous
ne pouvez pas répondre à la question du député de Jean-Lesage. Mais je... on va
se tourner vers le député du... on va aller vers le député de Matane-Matapédia
pour une période de trois minutes 18 secondes.
M. Bérubé : Merci, Mme la
Présidente. Bienvenue, M. Baillargeon.
Vous parlez de l'école. On a deux réseaux,
un réseau public puis un réseau privé largement financé par tout le monde.
Alors, pour vous, l'école, je présume que c'est les deux réseaux. Or, il se
trouve, dans ce projet de loi comme dans le projet de loi n° 21, qui est
devenu une loi, qu'on fait une distinction dans l'application de la loi entre
les écoles publiques et les écoles privées. C'est le choix du gouvernement.
Donc, ce n'est pas les mêmes règles pour tout le monde. Est-ce que vous trouvez
que c'est justifié de faire une distinction entre les écoles publiques et les
écoles privées pour l'application d'une loi aussi importante?
M. Baillargeon (Normand) : Je
l'ai dit dans mon petit topo, tantôt, je pense que ça n'a aucun sens. Je pense
qu'on doit appliquer partout cette loi-là. C'est financé par des fonds publics.
Alors, on ne peut pas simultanément dire : Nous invoquons la laïcité, les
principes de la laïcité, l'école est un sanctuaire, na, na, na, tout ce que
j'ai dit. Ça vaut juste pour l'école publique, ça. Puis, quand l'école privée subventionnée
et religieuse est en cause, là ça ne s'applique plus.
Alors, je suis conscient aussi, je tiens à
le dire, hein, que c'est un enjeu complexe, celui-là, hein? Ce n'est pas
simple. Je me mets dans la peau du ministre, là, ce n'est pas simple à régler,
cette question-là.
Si je ne me trompe pas, Guy Rocher, dont
je parlais tout à l'heure, là, M. Guy Rocher disait lui-même que... et on le
voit quand on voit la commission Parent dont j'ai fait l'éloge tantôt, tu sais,
ils sont arrivés dans ce contexte-là, puis ils avaient des choses extrêmement
importantes à imposer, et à demander. Et il y avait ces écoles religieuses, là,
ces écoles qu'on avait, où il se faisait un excellent enseignement sur bien des
plans aussi, là. Là, il s'agit... Ils n'ont pas voulu aller jusque là. Ils
n'ont pas touché à ça. Ils ont fait preuve de modestie puis de prudence. Mais
là on a hérité de ça. On est devant cette situation-là.
Moi, personnellement, si j'étais ministre
de l'Éducation, je n'aurais aucune hésitation de dire que la laïcité doit
s'appliquer partout. Je sais que ça va faire du bruit, et je sais que ça va
faire jaser, mais on ne peut pas, surtout qu'il s'agit de fonds publics, faire
une distinction entre les écoles publiques puis les écoles privées
subventionnées religieuses.
M. Bérubé : On est... On est
d'accord, il va sans dire. Célébrer la vie et l'oeuvre de Guy Rocher, ce serait
aussi d'appliquer les propositions qu'il nous fait. Et il nous fait cette
proposition d'appliquer à tout le monde et d'aller plus loin qu'on ne le fait.
Alors, on le fait souvent, célébrer quelqu'un, mais quand vient le temps
d'écouter ses idées, on est moins là. En tout cas, nous, on est là.
Comment... Comment justifier ça? Bon. Vous
me dites que ça devrait être les mêmes règles au privé puis au public. Est-ce
qu'il existe dans d'autres sociétés des raisons que vous avez déjà vues qui
feraient en sorte qu'on pourrait... tu sais, qu'il y a une justification à ne
pas appliquer la même loi pour tout le monde dans une société?
M. Baillargeon (Normand) : Je
pense que ça va de soi. Je ne connais pas de contre-exemple, hein, je ne
connais pas les systèmes d'éducation partout ailleurs dans le monde. Mais je
pense qu'il n'y a ici aucune raison juridique, légale, morale, éthique de faire
en sorte qu'on distingue entre les deux. Surtout qu'encore une fois je... c'est
des arguments d'un ordre philosophie que je veux faire jouer. Mais il me semble
important. C'est la préparation à la vie civique de l'avenir. C'est la
préparation à la culture commune du Québec. D'une certaine manière, c'est
l'avenir du Québec comme institution, comme lieu civique qui se joue ici.
M. Bérubé : Ça donne
l'impression, selon moi, ça n'engage que moi, que si vous payez, vous êtes
exempté. Et, pour moi, ça ne passe.
M. Baillargeon (Normand) : D'accord.
Si les parents paient, vous voulez dire, hein? C'est ça. Oui. Et moi, là-dessus
aussi, je serais très stricte. C'est-à-dire que, est-ce que des gens peuvent
avoir des écoles religieuses? Sans aucun doute, ils peuvent...
M. Bérubé : ...
M. Baillargeon (Normand) : Payez-les.
Payez-les vous-mêmes. Mais pas seulement payez-le. Vous devez, à la lettre,
respecter le programme de formation de l'école québécoise. Et ce qui se passe
chez vous en enseignement religieux se fait ailleurs. Moi, vous le savez
peut-être, certains d'entre vous...
La Présidente (Mme Poulet) : Je
m'excuse de vous interrompre encore une autre fois.
M. Baillargeon (Normand) : Ah!
c'était ma meilleure partie, en plus!
La Présidente (Mme Poulet) : C'est
tout le temps qu'il nous reste. Alors je vous remercie, M. Baillargeon, pour
votre temps consacré à votre... à l'exposé.
M. Baillargeon (Normand) : Merci
beaucoup.
La Présidente (Mme Poulet) : Alors,
je suspends temporairement les travaux, le temps que le prochain groupe se
prépare.
(Suspension de la séance à 10 h 29)
(Reprise à 10 h 33)
La Présidente (Mme Poulet) :
Alors, on reprend nos travaux. Je souhaite donc la bienvenue à l'organisme Pour
les droits des femmes du Québec. Je vous rappelle que vous avez 10 minutes
pour votre exposé, et par la suite, ça va être une période d'échange. Alors, la
parole est à vous.
Mme Gaucher (Dominique) :
Merci. Bonjour, Mme la Présidente, M. le ministre, Mmes et MM. les députés.
D'abord, nous tenons à vous remercier de cette invitation à la commission
parlementaire sur le projet de loi n° 94. Je m'appelle Dominique Gaucher
et je suis vice-présidente de Pour les droits des femmes du Québec. Je suis
accompagnée de la présidente, Mme Michèle Sirois. Je ferai la présentation
et Mme Sirois répondra aux questions. Notre organisme, Pour les droits des
femmes du Québec, aussi appelé PDF Québec, est un groupe féministe
universaliste mixte dont la mission première est la défense des droits des
femmes et des filles. À ce titre, nous considérons la laïcité comme une
condition indispensable à l'émancipation des femmes et à l'égalité entre les
sexes. C'est pourquoi nous appuyons le projet de loi n° 94 dans son
ensemble parce qu'il est urgent d'agir tout en proposant quelques
améliorations.
La laïcité permet de séparer la religion
de l'État, ce qui n'est pas le cas aux États-Unis avec le président Trump, où
l'influence du fondamentalisme chrétien a pénétré dans les plus hautes sphères
du gouvernement et du système judiciaire, ce qui menace les droits des femmes.
Au Québec, le rapport du ministère de l'Éducation est...
Haut de la page
10 h 30 (version non révisé
e) Mme Gaucher (Dominique) : ...intitulé
vérifications des mesures prévues à la
Loi sur la laïcité de l'État divulgué en
janvier 2025 à la suite d'une enquête dans 17 écoles est éloquent. Le
rapport démontre l'urgence de contrer des gestes et des paroles qui attaquent
directement la dignité des femmes et le droit des enfants de ne pas être soumis
à des pressions religieuses intégristes qui briment leur liberté de conscience.
Ce rapport a révélé des cas de plusieurs jeunes filles ayant le visage couvert.
Le port du voile intégral pourrait même s'accompagner de gants pour être bien
sûr de bien recouvrir les jeunes filles. Pour PDF Québec, il s'agit d'une
atteinte à la dignité des femmes qui augmente la difficulté d'identifier ces
élèves et de communiquer avec elles. PDF Québec s'oppose à la ségrégation
sexuelle, tout comme aux autres formes de ségrégation.
La situation ne concerne pas que le
Québec. Des mises en garde nous sont venues de France ou de Belgique concernant
l'entrisme en Occident de militants fondamentalistes islamiques qui ont pris l'école
pour cible afin de faire avancer leurs objectifs religieux intégristes. C'est
ce qui amène à revendiquer des salles de prières et le droit de porter des
signes religieux ostentatoires comme le hijab, ainsi que des vêtements
typiquement islamistes... islamiques comme l'abaya et le niqab. Les femmes
deviennent ainsi les principaux vecteurs qui rendent visible ce
fondamentalisme.
Plus inquiétant encore, selon deux
auteurs, Rachad Antonius et Ali Belaidi, l'application de la charia est
considérée par la majorité des associations islamiques de Montréal comme un
idéal de société juste à atteindre. La charia, rien de moins. Il y a de quoi
inquiéter les femmes du Québec.
La montée du salafisme amplifie les règles
qui se font plus contraignantes pour les jeunes filles. On comprend alors le
rôle primordial que doit jouer l'école pour les outils et les aider à résister
aux pressions familiales et communautaristes.
Rappelons l'importance du visage
découvert, qui est un instrument de communication indispensable. Les
expressions faciales sont essentielles à la compréhension mutuelle et aux
relations sociales. Dans l'enseignement, décoder les expressions du visage est
un avantage pédagogique de premier ordre.
L'article 8 de la loi n° 21
de 2019 oblige déjà les employés et les utilisateurs des services publics à
avoir le visage découvert pour exercer leurs fonctions ou pour recevoir des
services de l'État.
L'article 4 du projet de loi n° 94 apporte une
correction à une situation inacceptable en obligeant l'élève à avoir le visage
découvert sur les lieux de l'école et lors de la prestation de tout service
rendu par un centre de services scolaire ou une école privée. Mais PDF Québec
recommande d'ajouter à l'article 4 l'obligation d'avoir le visage
découvert afin de faciliter la communication, motif vital qui a été omis dans l'article 8
de la loi n° 21, lequel ne mentionne que la nécessité d'identifier les
personnes et les besoins d'assurer la sécurité.
Précisions, en ce qui concerne le rapport
sur les 17 écoles qui a montré l'urgence d'adopter et d'appliquer le
projet de loi n° 94, que ce sont des personnes de culture musulmane qui
ont été les premières à contester et à dénoncer les faits inquiétants de la
part de coreligionnaires. Cela souligne l'importance de la vigilance exercée
par le personnel des écoles ou des centres de services scolaire par les parents
ou d'autres citoyens. Nous appuyons donc l'article 12 du projet de loi en
faveur de l'adoption d'un code d'éthique et de mesures protégeant les personnes
qui dénoncent ces faits inquiétants et nous recommandons l'adoption de mesures
conséquentes et dissuasives pour tout non-respect du code d'éthique, de la
laïcité et des droits à l'égalité pour les femmes.
Il y a un second point apporté par le
projet de loi que nous trouvons essentiel, il s'agit de l'interdiction des
signes religieux pour l'ensemble du personnel scolaire. Une professeure ou une
technicienne en service de garde portant le voile se trouve à imposer de
manière constante un symbole religieux dans le champ de vision des enfants.
Déjà, en 1999, un chercheur de la Commission des droits de la personne
rapportait que le crucifix accroché au mur était attentatoire pour une
clientèle vulnérable et captive, ce qui est le cas de l'enfant dans une classe.
Or, l'enfant portait peu d'attention au crucifix, alors que l'éducatrice et la
professeure sont des figures d'autorité et des modèles à imiter et avec qui l'enfant
tisse un lien affectif.
Il faut bien le reconnaître, le hijab n'est
pas un vêtement neutre, l'enfant comprend que le foulard est un symbole, un
symbole sexiste, puisque porté uniquement par des femmes. Il est inévitable que
l'enfant pose des questions sur ce voile. Même si une femme est honnête lorsqu'elle
affirme ne pas chercher à faire du prosélytisme, le seul fait qu'elle porte un
symbole au caractère si ostentatoire suscitera inévitablement des occasions
pour elle de parler de sa religion avec les enfants en plus de normaliser ce
symbole dans leur esprit et leur environnement...
Mme Gaucher (Dominique) :
…avec le projet de loi n° 94, le port de signes religieux ostentatoires
sera interdit pour toutes les personnes qui œuvrent auprès des élèves sur les
lieux de l'école ou dans les centres de services scolaires, et non seulement
pour les personnes à la direction ou les enseignants, comme le prévoit la loi 21.
Il faudrait cependant étendre l'interdiction des signes religieux ostentatoires
aux écoles privées et aux centres professionnels.
Autre point positif du projet de loi,
selon nous, c'est de mettre fin aux accommodements religieux. L'idéologie
multiculturelle prône les accommodements religieux, ce qui contribue à
compartimenter la société en communautés qui vivent en silos les unes à côté
des autres. Les faits montrent que ce choix de société n'est pas la bonne voie
pour favoriser le vivre ensemble ainsi qu'une saine gestion des ressources
pédagogiques.
L'article 16 du projet de loi vise à assurer que ces
demandes d'accommodement pour un motif religieux ne compromettent ni les
services éducatifs ni les services de garde et ne sauraient permettre l'octroi
d'un plus grand nombre de congés à certaines personnes et pas à d'autres.
• (10 h 40) •
De plus, nous soutenons l'article huit du
projet de loi qui stipule de ne pas accorder de lieu de prière à l'école, car
cela ghettoïse souvent les personnes qui adhèrent aux courants les plus
fondamentalistes. Toutes ces réformes sont urgentes. Voilà pourquoi PDF Québec
appuie l'article 40 du projet de loi qui prévoit d'utiliser la clause de
dérogation permise par la loi constitutionnelle de 1982. C'est essentiel pour éviter
que des contestations judiciaires prolongées viennent retarder les réformes
urgentes pour protéger la neutralité ainsi que les droits et la dignité des
femmes et des filles.
Pour terminer, PDF Québec aimerait
apporter son appui aux propositions apportées par M. Guy Rocher, à savoir
l'extension de l'interdiction des signes religieux aux élèves mineurs du
primaire et du secondaire, ainsi que des cégeps, et ce, pour les secteurs privé
et public. Pour PDF Québec, le respect de la liberté de conscience des enfants
mineurs devrait être considéré prioritaire par rapport au choix vestimentaire
des employés. PDF Québec demande aussi au ministère de la Famille d'interdire
le port de signes religieux pour les enfants et tout le personnel du réseau des
garderies et des centres de la petite enfance.
L'ensemble des personnes mineures doivent
être protégées des pressions familiales et communautaristes les obligeant à
porter des signes religieux dès leur plus jeune âge. Il s'agit en fait d'un
problème de maltraitance dont l'ensemble de la société doit s'occuper. Enfin,
PDF Québec propose aussi une interdiction des lieux de prière dans les
universités. L'adoption du projet de loi n° 94 constitue une étape très
importante pour poursuivre l'émancipation des femmes vers une réelle égalité
entre les sexes. La laïcité est une condition essentielle pour y arriver et
l'éducation à la laïcité reste un projet primordial à mettre en avant. Je vous
remercie.
La Présidente (Mme Poulet) :
Merci beaucoup. Alors, on va procéder à la période d'échange avec M. le
ministre. La parole est à vous.
M. Drainville : Bien, merci
beaucoup. Merci pour cette présentation. Je vous salue, Mme Gaucher. Je salue
également Mme Sirois. Je l'ai déjà dit, je pense, c'était à Marie-Claude Girard
lorsqu'elle est venue nous voir dans le cadre des travaux de cette commission,
mais je tiens à le redire devant vous, que la pensée de Diane Guilbault
m'accompagne et nous accompagne, je pense. Elle a été une formidable militante
intellectuelle de cette bataille pour la laïcité au Québec et elle a beaucoup,
beaucoup contribué à développer l'argumentaire. Elle a fait preuve d'un immense
courage aussi au fil du temps. Donc, je… Et elle était évidemment votre
présidente, la présidente de PDF pendant de nombreuses années, donc je salue sa
mémoire.
Quelques questions en lien… Je ne sais pas
si… Est-ce que vous avez vu le texte ce matin des trois anciens… trois
anciennes députées? Une ancienne députée du Parti québécois, Mme Harel, une
ancienne députée de Québec solidaire, Mme David, et une ancienne députée du
Parti libéral, Christine St-Pierre. Deux des trois des ex-députés ont également
été ministres. C'est une lettre dans laquelle, dans le fond, elles prennent à
parti le projet de loi que nous étudions. La lettre est intitulée Une
surenchère qui discrimine les femmes . Et il y a un passage qui a attiré mon
attention. Et comme vous êtes un groupe féministe, je voulais vous le soumettre
et vous entendre réagir, Mme Sirois, puisque c'est vous qui allez répondre aux
questions. Alors, je cite un extrait de la lettre : «Ce qui importe dans
les écoles, ce n'est pas le signe religieux que portent des femmes et des
hommes qui…
M. Drainville :
...travaille, mais comment elle et il travaille. Ce qui importe aussi, c'est de
jeter sur tout cela un regard féministe. Et là, donc, je m'adresse à vous. Les
mouvements féministes d'émancipation, partout dans le monde, n'ont jamais prôné
de mesures coercitives à l'endroit des femmes, mesures coercitives que vous
proposez vous-mêmes, les féministes de partout, y compris en Iran, pour ne
nommer que ce seul pays, revendiquent la liberté de choix pour les femmes dans
toutes les sphères de leur vie, y compris leur liberté vestimentaire. Nous nous
réclamons de cette école de pensée. Est-ce que vous êtes d'accord avec cette
affirmation à l'effet qu'il n'y a pas d'école de pensée féministe qui souhaite
des restrictions en matière de port de signes religieux?
Mme Sirois
(Michèle) : Bien, je pense qu'elles ont oublié qu'il y avait
une autre école de pensée avec lesquelles... PDF Québec, c'est pour ça qu'on a
créé PDF Québec avec Diane Guilbault. D'ailleurs, je vous remercie pour les
paroles par rapport à Diane Guilbault. Je vous annonce que d'ici trois
semaines, mi-mai, on va avoir un extrait de sa parole, et vous allez voir la
parole exceptionnelle sur la laïcité qu'elle va avoir. Ça sera sur notre site
Internet. Quant au féminisme, et on parle de discrimination et de liberté, on
en est, la liberté. Le problème, c'est qu'il y a tout un système de coercition
aussi. Et puis ça fait longtemps qu'on a voulu séparer la religion et les
droits des femmes. Plus ils ont évolué, plus on s'est séparé de la religion,
plus les droits des femmes et l'émancipation des femmes ont évolué. Alors, ce
qu'on... Le Québec moderne, on s'est mis, dans les années de la Révolution
tranquille, on s'est détaché. Et les employés ont laissé leurs signes religieux
pour être accueillants à la diversité des croyances, des convictions
spirituelles. Et les droits des femmes ont beaucoup progressé là-dedans.
Alors, quand on parle de coercition, le
problème c'est qu'on laisse les droits, les choix personnels des employés
primer sur le droit à la liberté de conscience des enfants. C'est ne pas se
rendre compte de ce que veut dire un signe religieux. C'est un message envoyé.
Écoutez, la Commission des droits de la personne, en 1999, on y fait référence,
qui dit qu'un crucifix dans une classe, ça ne dit pas un mot. C'est
attentatoire à la liberté de conscience des enfants, mais aussi des parents. Eh
bien, une personne qui est dans une classe et qui porte un signe sexiste sur sa
tête, O.K., eh bien, parce que c'est surtout des femmes, il n'y a pas beaucoup
de personnes avec une kippa qui enseigne, pas beaucoup de personnes avec un
turban sikh qui enseigne et autres signes religieux qu'il pourrait y avoir.
Alors donc, il ne faut pas penser que l'enfant ne s'aperçoit pas qu'il n'y a
que des femmes qui le portent, des enfants intelligents. Alors? Et puis ils se
posent la question : Pourquoi c'est juste des femmes qui le portent? Eh
bien, pour cacher la pudeur, par pudeur, modestie. Ah oui? Pourquoi c'est les
femmes qui ont ce devoir de pudeur et de modestie, et non pas les hommes? C'est
tout ça qui est derrière un signe ostentatoire, tu sais, un voile très marqué.
Et également, quant à l'extrait que vous
venez de me donner, quand on parle, on fait souvent référence à la
discrimination, ce seraient les femmes qui seraient discriminées. Le problème,
ce n'est pas que c'est la loi de la laïcité qui va les discriminer, c'est leur
interprétation rigoriste de leur propre religion qui les discrimine parce que
les hommes de la même religion, eux autres, ils s'intègrent sans qu'on ne voile
jamais rien. Alors donc, qui les discrimine? Ce n'est pas la laïcité ni la loi
de l'État, c'est les diktats religieux. Et il y a plus que ça. Il n'y a même
pas d'obligation de porter un voile sur la tête dans un Coran... dans le Coran.
Alors donc, c'est une interprétation rigoriste.
Mme Gaucher (Dominique) :
Si je peux me permettre d'ajouter, je trouve ça... Je trouve que ça frise la
malhonnêteté d'invoquer le féminisme international pour dire que les femmes
réclament le droit de s'habiller comme elles veulent. En Iran, elles réclament
le droit de ne pas porter le voile au péril de leur vie. Donc, ce n'est pas...
Mme Gaucher (Dominique) : ...pas
le droit de le porter.
M. Drainville : Il y a des
femmes qui ont perdu la vie en Iran parce qu'elles réclamaient le droit de ne
pas le porter.
Mme Gaucher (Dominique) : Oui.
Tout à fait. Exactement.
M. Drainville : Sur le visage
à découvert, le voile intégral, j'ai été surpris par la position de certains
groupes qui jugent même que ça va trop loin, l'interdiction du voile intégral,
donc l'interdiction du niqab, l'interdiction du hijab... de la burqa, dis-je.
Je...
• (10 h 50) •
D'ailleurs, je fais une petite parenthèse,
ici. Vous aurez remarqué que l'interdiction du voile intégral s'applique aussi
bien aux écoles publiques qu'aux écoles privées. Et j'ai bien noté que vous
trouvez que le projet de loi ne va pas assez loin, qu'il devrait s'appliquer
aux écoles privées. Je veux juste rappeler, pour les gens qui nous écoutent,
que la question des écoles privées viendra dans un second temps, là. Déjà, ce
que nous avons déposé pour ce qui est de l'école publique, c'est considérable.
Donc, on va... on va y aller par étapes. Donc, je referme cette parenthèse.
Donc, sur la question du voile intégral,
moi, je trouve ça absolument inconcevable qu'on puisse, d'une manière ou d'une
autre, accepter le voile intégral, la burqa, le niqab dans une école au Québec.
Pour moi, c'est comme... c'est inconcevable. Et je suis surpris qu'il y ait des
personnes qui jugent que, non, non, c'est... c'est correct, de l'interdire, ça
brime les droits individuels. Réaction?
Mme Sirois
(Michèle) : Bien, imaginons, quand on a eu
la COVID, qu'il fallait mettre un masque, la première chose qu'on faisait quand
on pouvait, c'était d'enlever le masque. Et là, on accepterait que des jeunes
filles, que des femmes portent des signes qui sont de maltraitance,
maltraitance physique et psychologique, puis on banalise ça? Comment ces femmes
et ces jeunes filles vont pouvoir s'intégrer dans une société, vont trouver de
l'emploi? Non. Alors, on va accepter? C'est contre les droits.
Moi, je pense que l'article cinq, là, de
la Charte des droits humains de... promulguée en 1948, parle de traitements. On
est contre les traitements dégradants. Ça en est un traitement dégradant. Il
n'y a pas... On n'accepterait pas de masquer, de dire : On va masquer des
personnes parce qu'elles ont une couleur de peau noire. On n'accepterait pas de
masquer, de dire : Il faut masquer des... parce que vous êtes en situation
de handicap ou bien parce que vous êtes vieux, cachez votre visage, et puis
c'est... c'est tout à fait banal de cacher le visage d'un seul sexe.
M. Drainville : De cacher le
visage de la femme parce qu'elle est femme.
Mme Sirois
(Michèle) : Bien, exactement.
M. Drainville : Parce qu'il
faut la faire disparaître de l'espace public. C'est ça l'idée du niqab ou de la
burqa. C'est de faire disparaître la femme du regard d'autrui.
Mme Sirois
(Michèle) : Et contrôler le corps de la
femme, contrôler sa sexualité. Quand elle peut devenir fertile, ah! là là, il
se passe des affaires. Et puis on garde ces femmes-là dans notre communauté, et
on les cache, et on les empêche de s'intégrer. Allez... Moi, j'ai déjà dit à un
professeur d'université qui voulait faire une étude sur... avec des fonds
publics sur le voile intégral. Je lui ai dit : C'est facile, vous n'aurez
pas besoin de le faire, allez au mois de juillet ou au restaurant avec un niqab
et vous allez avoir votre réponse. Il faut l'essayer pour ne pas l'adopter.
Alors donc, le conditionnement, là, qu'il faut pour que des jeunes filles et
des femmes acceptent de s'auto-infliger ce traitement-là, qui est un traitement
infériorisant, contrôlant... Le contrôle coercitif, on a pris une position
collective et au fédéral et au Québec. Est-ce qu'on ne va pas voir et ouvrir
les yeux sur le contrôle coercitif qui existe dans certaines familles où il y a
une compréhension radicale, intégriste de leur religion? Et heureusement, ce
n'est pas le cas de la grande majorité, très grande majorité des personnes de
foi ou de culture musulmane.
M. Drainville : Mme la
Présidente, mon collègue le député de Côte-du-Sud souhaiterait intervenir.
La Présidente (Mme Poulet) : À
vous la parole.
M. Rivest : Merci. Merci pour
votre présence ici aujourd'hui.
Vous avez déjà, dans... lors de l'étude du
projet de loi n° 21...
M. Rivest : ...j'ai de
nombreux témoignages sur votre site, là, je parle particulièrement des uns des
éléments vidéo de plusieurs personnes qui sont venues témoigner, et vous étiez
déjà, je vais dire à l'avant-garde dans cette réflexion-là et dans ce
partage-là où il y a un lien vibrant — moi, ça m'a touché beaucoup — entre
la laïcité et la démocratie. Plusieurs de ces témoignages-là rapportent ces
éléments-là. Je peux vous citer quelques éléments, là, qui étaient partagés par
certaines personnes : «La laïcité, c'est le pilier central de toute
démocratie émancipée. D'autres partagent : «Pour le vivre-ensemble en
harmonie, pour l'égalité des citoyens devant la loi sans discrimination de
race, d'origine, de sexe ou de religion, pour le respect de toutes les
croyances.».
Pouvez-vous nous faire un petit résumé de
ces témoignages-là qui dressent ce lien-là entre la laïcité et la démocratie?
Mme Sirois
(Michèle) : Ça dit, ces témoignages, peu
importe son origine — est-ce que ça fonctionne? Oui. O.K. — peu
importe son origine, il y a... on s'entend sur une volonté d'universalisme et
non pas de particularisme qui nous mène dans des ghettos chacun notre bord.
Mais au contraire, si on veut faire société, il faut partager un tronc commun,
ce qu'on a appelé, ce que Mme Françoise David a beaucoup réclamé, un bien
commun. Ça en est un bien commun, ça. La laïcité fait
partie de l'histoire du
Québec, c'est ça qu'on nous dit et que ça permet de faire société, d'être
ensemble au lieu de chacun de notre bord. Et ce qui est étonnant, c'est qu'une
certaine gauche, comme a mentionné tout à fait... tout à l'heure, M. Normand
Baillargeon, une certaine gauche a dévié de ça, est allée dans des
particularismes au lieu de garder un maintien ensemble. Mais aussi ça évite de
dérouler le tapis en dessous des pieds de la droite et de l'extrême droite,
parce que, quand on ne respecte pas les conditions du bien commun pour vivre
ensemble, on s'en va dans une polarisation dans laquelle nous sommes tous et
toutes perdants. Alors donc, si on ne veut pas arriver à la même chose qu'aux
États-Unis, il faut arriver à maintenir ces normes communes présentes en ce
moment.
M. Rivest : Nous sommes nombreux
ici, à la commission, d'avoir cette idée-là du bien collectif. En même temps,
on voit bien par la rencontre de chacun des intervenants, comment c'est
polarisant.
Mme Sirois
(Michèle) : Oui.
M. Rivest : On s'entend, il y
a de l'audace dans le travail de notre collègue M. le ministre, mais il y a...
il y a également cette idée-là de nuances qui sont apportées par... Vous aller
loin dans vos propositions, si vous aviez, là, quelques minutes pour nous
parler des arguments que vous pourriez avoir pour dire comment qu'on peut
s'assurer qu'on... que ce bien collectif là soit le plus possible partagé par
le plus grand nombre de personnes. Quels seraient ces arguments-là que vous
pourriez apporter?
Mme Sirois
(Michèle) : Il ne faut pas faire...
épargner sur l'éducation à la laïcité. C'est un concept qu'il y a 20 ans,
les gens ne connaissaient même pas. Alors là, on commence à le connaître.
Qu'est-ce que ça veut dire? Ça ne veut pas dire ségrégation, ça ne veut pas
dire discrimination non plus. Ça veut dire qu'on accepte. Quand on vit, il y a
l'espace privé, la maison, la famille. Hein, quelqu'un a posé la question,
l'espace civique? L'espace privé, la famille, donc nos amis, les voisins.
L'espace public, quand on s'en va dans la rue, l'espace commercial, on s'en va
au Centre Bell pour faire une
partie de hockey. Et il y a un espace qui est
celui qui va nous rassembler, qui est l'espace civique, l'espace des
institutions publiques. Et c'est là que c'est si important. Même qu'il y a
des... du personnel à la cafétéria, il faut que tout le personnel scolaire soit
ensemble pour démontrer qu'ici, à l'école, il n'y a pas de distinction, et
c'est pour ça que c'est si important que les élèves, on ne permette pas les
signes religieux parce que, prenez dans une cour d'école, on sait qui sont les
petites filles musulmanes à qui on... avec contrôle coercitif à huit, neuf ans,
porter le voile.
La Présidente (Mme Poulet) : Merci.
Alors, c'est tout le temps qu'on a pour la banquette gouvernementale. On va poursuivre
les discussions avec la députée de Bourassa-Sauvé.
Mme Cadet : Merci, Mme la
Présidente. Bonjour, Mme Sirois. Bonjour, Mme Gaucher. Je suis obligée de
commencer en vous questionnant parce que vous avez employé le terme
«maltraitance» trois fois... trois fois, puis je vous avouerais que je...
Mme Cadet : …surprise du… de
l'emploi du terme. Quand on va voir, donc, dans le Robert, donc on parle en
termes de définition, donc, de traiter quelqu'un, donc, ici un enfant avec
brutalité, lui infliger des mauvais traitements, enfant maltraité, donc, serait
un enfant qui subit des sévices. Donc vous… comme je l'ai dit, vous l'avez
employé trois fois, donc ce n'est pas par hasard que vous l'avez lancé. Donc,
j'aimerais vous entendre un peu plus là-dessus. Ce que ça… J'aimerais vous
entendre un peu plus sur ce que vous voulez dire par là.
• (11 heures) •
Mme Sirois
(Michèle) : Merci de votre question. La maltraitance, on
apprend quand il y a la petite fille, là, de Granby, là, qui est morte. On
pense que ça… c'est associé à ça. Mais ce mot associé aux petites filles qui
portent… à qui on impose de porter un voile, puis pas juste un voile, c'est
souvent des vêtements contraignants où elles ne peuvent pas courir facilement
dans la cour d'école, O.K., c'est un petit kit, on pourrait dire, O.K. Eh bien
la première fois que j'ai entendu le mot maltraitance, moi aussi, j'ai été
surprise. C'est un ancien mufti, un mufti… toujours mufti, mais d'une ancienne…
il avait laissé son emploi justement d'une mosquée à Marseille parce qu'il
s'était aperçu qu'il y avait une pénétration d'un courant intégriste qui était
trop forte, qui ne correspondait pas du tout à la… à ce qu'il croyait de ce
qu'était vraiment l'islam. Et ces personnes-là, qui sont des spécialistes de la
religion, qui ont dit devant moi la première fois maltraitance, ça m'a surpris,
moi aussi, ça fait que je comprends que vous puissiez être surpris.
Mais quand on lit… si vous voyez dans
notre mémoire, il y a une référence à une lettre. Moi, ça a été la première
fois, écrite en 2015 par une spécialiste de l'éducation préscolaire, Danielle
Jasmin, et qui écrit à la presse et qui parle d'une petite fille qui est isolée
des autres. Les autres jouent ensemble. Elle, elle est toute seule. Elle a un
costume, c'est la même chose. Aller à la piscine, aller courir dans la cour
d'école, ce n'est pas possible de la façon… Parce que le simple voile, c'est
aussi des vêtements contraignants et c'est ça que nous dit des spécialistes
comme Ali … et puis Rachad Antonius, c'est que c'est un marqueur, ces
vêtements-là qui vont avec la montée du salafisme. Et c'est à des jeunes de
sept, huit ans, et même plus tôt. Quelqu'un me témoignait qu'une enfant dans
les bras de sa maman qui n'avait pas un an, O.K., qui portait déjà un hidjab
parce que les radicaux intégristes, eh bien, ils disent aux parents : Si
vous voulez qu'à la puberté elle l'accepte le voile, il faut que vous
commenciez très, très jeune.
Alors, c'est tout ça, c'est beaucoup,
comme disait Normand Baillargeon, j'ai aimé son expression, la cécité, on ne
connaît pas. Moi, j'ai enseigné les religions et les mythologies pendant de
nombreuses années. Je suis anthropologue, j'ai enseigné la sociologie des
religions. Et quand on les étudie, c'est éclairant de voir que cette
conception-là varie. On le voit avec les photos de l'université du Caire, les
jeunes filles dans les années 1960, 1950, ils y étaient photographiés, il
n'y en avait pas, de voile. Et puis, à mesure que l'islamisme pénétrait, eh
bien, on arrive dans les années… début des années 80, elles en portent
presque toutes. Donc, il y a un mouvement. Ce n'est pas un choix individuel, il
y a un mouvement collectif et c'est ça qui est révélé dans les 17 écoles
puis l'école Bedford, de ce mouvement. Et puis moi, je remercie le ministère et
le ministre d'avoir été clairvoyant, mais surtout d'avoir… beaucoup de gens
voient, mais ils ont peur, ont peut d'être accusés avec des amalgames
d'islamophobie, de toutes sortes d'amalgames. Il faut être courageux, dire la
vérité. Et, à PDF Québec, on pratique un féminisme qui dérange. C'est ça qu'on
a écrit. Et puis on a l'intention de continuer de déranger parce que ce qu'on
veut, nous, c'est que les droits des femmes, le droit à leur santé physique,
psychologique, l'intégration sociale, on veut continuer la marche des femmes
vers l'émancipation.
Mme Cadet : Merci. Vous parlez
d'intégration. Vous venez de mentionner l'intégration sociale, puis dans votre
exemple, donc, que vous parliez, d'isolement. C'est sûr que… évidemment, je
vous… je n'ai pas votre expertise, vous l'avez nommé, mais sur le terrain, à
l'inverse, je l'ai mentionné lors des dernières consultations il y a une
semaine et demie, ce que je constate parfois, donc, j'en vois des jeunes filles
qui en portent, donc, des signes religieux, sont membres du club de robotique,
elles sont championnes de karaté. Elles font de l'impro, elles...
Haut de la page
11 h (version non révisé
e) Mme Cadet : ...s'implique dans
les comités écologiques, par exemple... écologistes, par exemple, dans leur
milieu scolaire. Donc, je me demande comment est-ce que vous réconciliez ce qui
me semble être une réalité, ce que je constate sur le terrain, et l'aspect
conceptuel que vous, vous apportez aujourd'hui quant à cet isolement-là?
Mme Sirois
(Michèle) : Ce n'est pas juste une
conception intellectuelle. Quand il y a eu, en France, tout le débat, puis il y
a eu une commission d'enquête où il y a... beaucoup de jeunes filles sont
venues témoigner, puis qu'on avait, dans le... on voulait enlever les...
interdire les signes religieux pour les élèves à l'école, ce qui a été fait en
2004 en France, eh bien, il y a... beaucoup de jeunes filles sont venues dire :
Ça va nous permettre, nous aussi, d'aller voir... de retirer nos signes sans
avoir des mesures de rétorsion.
Moi, des professeurs m'ont témoigné par
écrit, une au secondaire, l'autre était au primaire, qu'il y avait un petit
cousin qui était dans une école, puis sa petite cousine enlevait le signe quand
elle était rendue... son foulard quand elle était rendue dans la cour d'école
pour se mêler aux autres, O.K. Eh bien, il la dénonçait à sa famille, en
retour. Il lui faisait du chantage. C'est ça, le contrôle coercitif. Et elle m'a
même dit, vous allez trouver ça peut-être crû, là, qu'il a commencé par
demander en échange, pour se taire, le lunch de la petite fille, et ça a fini
avec des fellations. Je peux vous dire, ça fait peut-être cru, dire ça, c'est
ça, la réalité. Mais, ça, il n'y a personne ici... tant qu'on ne voit pas des
témoignages, on ne sait pas tout le contrôle coercitif et ce que ça veut dire
derrière. Ce n'est pas juste une différence de vêtements comme un peu
folkloriques. Bien, il faut se plonger sur la réalité pour voir ce que c'est.
Mme Cadet : Ensuite, vous
avez évoqué le témoignage de M. Baillargeon, que nous venons d'entendre. Et,
dans ce témoignage-là, donc, dans cette allocution-là, M. Baillargeon, donc,
du... il donnait l'exemple de ne pas accepter des théorèmes que l'on ne
comprend pas sans les questionner. Ce avec quoi je pense que l'ensemble des
parlementaires ici sont en accord, là, de dire que l'école doit justement être
cet espace qui permet l'accès au savoir et qui permet d'avoir des désaccords.
Maintenant, donc, je vous ramène, donc, à
l'article 32 du projet de loi n° 94, qui étend le port... l'interdiction
du port de signes religieux, qui est déjà prévue à la
Loi sur la laïcité de l'État,
à tout membre du personnel. On parlait de la Mme de la cafétéria, on parlait
donc des éducatrices en service de garde, des aides à la classe, etc., donc
tout le personnel de soutien qui est en contact avec les jeunes. Et je me
demande comment est-ce qu'on... sachant que l'espace civique dans lequel ces
enfants-là opèrent fait en sorte que ce sont déjà des réalités avec lesquelles
ils font face dans leur vie quotidienne à l'extérieur de l'école, comment
est-ce que ça va leur permettre... si on enlève l'ensemble du port des signes
religieux, comment est-ce que ça va leur permettre de se... d'eux-mêmes
développer leurs opinions, développer leur esprit critique par rapport au
phénomène que vous-même vous avez évoqué, alors qu'ici, bien évidemment, on ne
parle pas, donc, de personnes qui sont en situation d'autorité?
Mme Sirois
(Michèle) : Moi, je pense que les enfants
vivent un certain nombre d'heures à l'école, mais ils vivent des choses à l'extérieur,
et que la formation... Guy Rocher disait ça justement il n'y a même pas un
mois, que c'est... il faut... apprendre, la meilleure formation, c'est de la
vivre, la laïcité. C'est la meilleure formation qu'on peut vivre.
Regardez pour le cannabis. Le ministre,
quand ils ont légalisé ça au Québec, il faut 21 ans pour pouvoir aller
acheter du cannabis. Pourquoi? Parce qu'on considère que le développement
cérébral se fait jusqu'à l'âge de 25 ans. C'est pour ça que, nous, on est
pour aussi l'interdiction au cégep, parce que la moitié de la population, au
cégep, ce sont des mineurs. Alors, s'ils n'ont pas le droit d'aller acheter du
cannabis, ils auraient le droit des signes religieux? On a vu l'aveuglement
dans un cégep de Montréal. Il y avait un groupe de jeunes qui sont allés faire
le djihad en Syrie. O.K. Comment ça se fait que ça circulait dans un cégep?
Mme Cadet : Mais en quoi le
port de l'interdiction... le port des signes religieux, donc... Je ne vois pas
le lien avec l'exemple que vous venez de donner. Pardon.
Mme Sirois
(Michèle) : Bien, ce que je veux dire, c'est
qu'il se passe des choses et dans les écoles secondaires et dans les cégeps.
La Présidente (Mme Poulet) : Je
m'excuse de vous interrompre. On va poursuivre... On va poursuivre les
discussions avec le député de Jean-Lesage.
M. Zanetti : Oui, merci, Mme
la Présidente. Excusez-moi. Je vais mettre mon chronomètre, trois minutes. C'est
ça, hein? Merci...
M. Zanetti : ...merci d'être
parmi nous. C'est toujours un plaisir d'échanger avec vous, même si on a des
points de vue très différents sur certaines choses. Je... Vous dites, à un
moment donné dans votre présentation, que par rapport aux employés, par
exemple, des écoles, les femmes employées d'une école qui portent un hijab,
essentiellement, vous dites : Ce n'est pas une loi qui leur interdirait le
hidjab qui les discriminerait, ce qui les discrimine, c'est leur interprétation
que vous jugez rigoriste de leur religion. Si on résume ça, là, c'est un peu
comme dire : Il faut protéger, émanciper et libérer ces femmes-là
d'elles-mêmes. Et j'ai de la misère à ne pas voir là-dedans une vision très
paternaliste. Comment est-ce que vous voyez cette espèce de contradiction-là?
• (11 h 10) •
Mme Sirois
(Michèle) : J'aime le mot «paternaliste»
que vous employez parce que ça fait référence justement à la domination
patriarcale. Dans toutes les cultures, les femmes sont infériorisées par toutes
sortes de moyens. Et elles portent... elles-mêmes, les femmes, c'est souvent
celles qui transmettaient ce patriarcat. Parce qu'on les a élevées aussi à
penser qu'elles étaient inférieures ou que c'est elles qui avaient... qui
devaient protéger les hommes de leur désir sexuel en portant un foulard ou
autre vêtement. O.K. Eh bien, une jeune femme ne doit pas rire trop fort, il y
a toutes sortes de codes qu'on a appris. Et l'émancipation des femmes commence,
pour nous, beaucoup, maintenant, à l'école, c'est-à-dire le niveau politique
aussi, le vivre-ensemble. Parce que la discrimination, c'est ça qui devient...
Quand on est dans un espace où il y a beaucoup de gens, c'est étrange qu'on
reconnaisse quelqu'un qui pratique la religion musulmane et puis on ne
reconnaît pas un homme qui pratique la religion musulmane.
Alors, c'est cette autostigmatisation avec
laquelle peut-être qu'elles n'ont pas réfléchi. C'est un cheminement dans la
vie. Et c'est pour ça que c'est si important qu'à l'école il y aille une
formation critique, puis critique par rapport à soi-même, critique par rapport
à l'éducation et aux normes ambiantes, est-ce que c'est des normes qui me
conviennent vraiment, c'est à ça que je pense, pour protéger des choix libres,
des choix libres pour les femmes. Tout choix de femme n'est pas féministe. Tout
choix de femme n'est pas féministe, les choix féministes, des choix qui
permettent l'émancipation des femmes.
M. Zanetti : Il me reste 15
secondes. Ne pensez-vous pas... Moi, ce que je comprends du féminisme, c'est de
dire : Les femmes doivent faire leurs propres choix. Puis sur la formation
à l'autocritique dont vous parlez, je ne peux pas être plus d'accord, mais
est-ce que ce n'est pas manquer de confiance en la possibilité d'avoir une
formation critique philosophique qui remet en question les normes de la
société? Est-ce que ce n'est pas manquer de confiance en soi que de dire :
Ça ne suffira pas, il faut interdire les signes religieux?
La Présidente (Mme Poulet) : Alors,
c'est tout le temps que nous avons. On va céder la parole maintenant au député
de Matane-Matapédia.
M. Bérubé : Merci, Mme la
Présidente. Bienvenue et merci pour votre présentation. On partage beaucoup de
propositions en commun, notamment une qui ne fait pas
partie des discussions de
cette commission qui est sur l'assujettissement des collèges à la laïcité. On a
des raisons sérieuses de croire que ce devrait être le cas. Il y a des lieux de
prière, il y a des lieux d'endoctrinement. Ça existe dans plusieurs cégeps au
Québec. Il faudra faire une enquête là-dessus. On est d'accord là-dessus. En
page 15 de votre mémoire, vous parlez de l'importance de protéger les écoles,
les femmes et les enfants mineurs, mais à travers un code d'éthique que vous
évoquez, des gens qui dénoncent les situations, appelons-les, les lanceurs
d'alerte et aussi des sanctions pour les personnes qui dérogeraient au code
d'éthique.
Ce que ça me fait penser, par exemple, des
enseignants, sans même parler de leur habillement, qui feraient preuve de
prosélytisme religieux à travers leurs paroles, à travers des contraintes
qu'ils imposeraient, par exemple, aux jeunes filles, quels sont... qu'est-ce
que vous proposez... Quelle est votre réflexion quant aux sanctions qui
devraient être appliquées? Parce que, présentement, ça fait
partie des suites à
donner à Bedford.
Mme Sirois (Michèle) : Quant aux sanctions, je ne me suis pas encore penchée, mais
on veut des sanctions, on veut des mesures dissuasives. Mais la première chose,
c'est, comme on dit au Québec, pas prendre du cash, tout ce qui est dit. Une
école dans le quartier nord de Montréal, O.K., depuis qu'il y a interdiction
des lieux de prière, qu'il était dit : On en a besoin, c'est pratiquement
un dicton religieux, une injonction divine, bien...
Mme Sirois
(Michèle) : …remarquez qu'ils sortent de l'école. Juste en
face, il y a un terre-plein, c'est une rue avec un terre-plein. Ils installent
leur… que des garçons, ils installent leur tapis de prière à côté où est la
rue, puis le trottoir, puis face à l'école. Mais j'ai remarqué quelque chose,
ils ne sont jamais là quand il fait mauvais, quand il fait froid, quand il
pleut. Leur injonction divine n'est pas là. Et c'est là la question, première
chose à réaliser, c'est que tout ce qui est demandé… Il y a beaucoup de
visibilité à l'islam politique. Bien oui, quelqu'un qui croit vraiment que
c'est une injonction divine, pleut, pleut pas, allez, on s'en va prier dehors,
la neige ne nous fait pas peur, on écoute notre Dieu. Bien, quand on choisit
notre moment, puis il faut que ce soit agréable, c'est que la foi n'est pas
très profonde. Donc, c'est la première chose. C'est distinguer pour des
mesures, O.K., puis un code d'éthique, il ne faut pas entrer dans des mesures
d'endoctrinement et de mauvaise interprétation.
Bérubé
: Le
gouvernement, à travers le projet de loi, fait une distinction entre
l'application au public puis au privé. C'est différencié. Ce n'est pas
exactement la même chose. Qu'est-ce que vous pensez de ça?
Mme Sirois
(Michèle) : Bien, moi, je pense que oui, un enfant mineur, on
ne va pas regarder… bien, il est mineur, oui, mais au privé, ce n'est pas
grave, mais au public ça peut devenir grave. Non, je comprends la… actuellement
la croute à manger pour le ministère de l'Éducation est assez grosse. Je
comprends ça, mais il reste que… il nous reste à montrer qu'il ne faut pas
faire de discrimination entre les enfants.
Bérubé
: Mais
vous savez, ce n'est pas si compliqué, on est déjà dans le projet de loi.
La Présidente (Mme Poulet) :
C'est tout le temps que nous avons. Alors, on va…
Bérubé
Nous, on le fera.
La Présidente (Mme Poulet) :
Je vous remercie, mesdames, je vais... Merci, M. le député. Alors, merci,
Mesdames, de votre contribution à nos travaux.
On va suspendre quelques instants pour
permettre au prochain groupe de se préparer.
(Suspension de la séance à 11 h 16)
(Reprise à 11 h 22)
La Présidente (Mme Poulet) : ...je
souhaite la bienvenue à la Ligue des droits et libertés. Je vous rappelle que
vous disposez de 10 minutes pour votre exposé. Par la suite, on va procéder à
la période d'échange. Alors, la parole est à vous.
Mme Lamoureux (Diane) : Bonjour,
Mme la Présidente, mesdames et messieurs de la Commission de la culture et de
l'éducation. Nous vous remercions de l'invitation à commenter le projet de loi
no 94. La Ligue des droits et libertés est un organisme à but non lucratif,
indépendant et non partisan qui vise à faire connaître, à défendre et à
promouvoir l'universalité, l'indivisibilité et l'interdépendance des droits.
C'est ce qui fonde notre critique du projet de loi no 94 et fait que nous en
demandons le retrait.
Soulignons d'emblée que nous sommes tout à
fait d'accord avec la laïcité de l'État et avec l'égalité entre les femmes et
les hommes. Nous différons cependant sur les moyens d'y parvenir, puisque la
ligue est persuadée que tout cela peut se faire dans le respect des droits
humains de toutes et tous.
En ce qui concerne la laïcité de l'État,
notre organisation a joué un rôle actif dans le processus de laïcisation au
Québec, comme nous le mentionnons dans le mémoire. Pour nous, la laïcité, qui
n'est pas une valeur mais un mode pragmatique de gestion du pluralisme
religieux, repose sur deux principes de base : la neutralité de l'État à
l'égard des religions et la séparation des institutions religieuses et
politiques. Ces principes visent à garantir la liberté de conscience, de
religion, d'expression et d'association, le droit à l'égalité, la protection
tant des personnes croyantes que non croyantes et le principe d'universalité,
bref, les droits humains.
En imposant une sécularisation forcée aux
individus et en excluant des personnes du système d'éducation publique en
raison de l'expression de leurs appartenances culturelles et religieuses, le projet
de loi no 94 propose un modèle de gestion du pluralisme de type
assimilationniste et profondément attentatoire aux droits humains. Cette
dissociation entre laïcité et droits humains est hautement problématique et
risque d'encourager et de renforcer une islamophobie présente dans la société
québécoise.
En ce qui concerne l'égalité entre les
femmes et les hommes, nous ne pensons pas que nous nous rapprochons de celle-ci
en stigmatisant un groupe de femmes, les femmes musulmanes qui portent le
hijab, et en leur fermant de facto les portes d'un milieu de travail, le milieu
de l'éducation publique, on en leur refusant de progresser dans leur...
Mme Lamoureux (Diane) : ...certaines
femmes qui n'ont pu devenir enseignantes, suite à l'adoption de la
loi sur la
laïcité de l'État, ont oeuvré dans les services de garde. En étendant
l'interdiction du port de signes religieux à ce groupe, ce sont de nouveaux
secteurs d'emploi que l'on interdit à ces femmes. Est-ce le meilleur moyen pour
parvenir à l'égalité entre les femmes et les hommes dans la société québécoise?
En tout cas, ce n'est pas l'avis de plusieurs groupes féministes comme la
Fédération des femmes du Québec... des centres de femmes et les tables
régionales de groupes de femmes. Plusieurs études ont montré l'importance pour
l'autonomie des femmes de pouvoir exercer un emploi rémunéré. Par ailleurs, le
fait de demeurer en emploi est fortement corrélé à celui de ne pas être
soumises à du harcèlement et à des violences en milieu de travail. C'est tout le
contraire que fait le projet de loi n° 94 en étendant de nouvelles... à de
nouvelles catégories d'emplois les effets néfastes déjà mesurés de la
Loi sur
la laïcité de l'État.
Les enseignantes musulmanes bénéficiant du
droit acquis dans le contexte de la
Loi sur laïcité de l'État font face à un
environnement professionnel chargé de tensions implicites et doivent naviguer
dans des espaces marqués par la suspicion, les stéréotypes et les
microagressions ordinaires. Les gestes et attitudes discriminatoires ne se
manifestent pas toujours ouvertement, mais leur cumul érode le sentiment
d'appartenance professionnelle des intéressés, tout le contraire, donc, d'un
milieu de travail exempt de violence et de harcèlement. Les propositions qui
nous sont présentées dans le projet de loi sont basées sur une vérification
interne du ministère de l'Éducation suite au scandale public soulevé dans les
médias concernant l'école Bedford et d'autres écoles en région montréalaise.
Cette vérification était loin d'être exhaustive et les modifications proposées
par le projet de loi sont loin de correspondre à des... à des problèmes avérés,
entre autres, l'assimilation qui est faite entre prosélytisme et port de signes
religieux. Merci.
M. Rainville (Paul-Étienne) : Mme
la Présidente, on a examiné en fait chacun des articles du projet de loi n° 94
et force est d'admettre que la majorité d'entre eux porte atteinte ou menace un
ou plusieurs droits qui sont inscrits dans les chartes, inscrits aussi dans le
Droit international des droits humains auxquels l'État québécois est lié. Avant
de discuter de ces... de quelques-unes de ces atteintes, j'aimerais souligner
que le projet de loi n° 94, il s'inscrit dans une logique dans d'autres projets
de loi aussi, notamment le projet de loi n° 84 sur l'intégration nationale,
qu'on est venu critiquer ici il y a environ deux mois, en faisant, cette
fois-ci, du système d'éducation, finalement, un instrument d'assimilation et un
instrument d'imposition des soi-disant valeurs québécoises.
Et donc plusieurs de nos critiques sur le
p.l. 84 concernent aussi le p.l. 94, premièrement, sa logique punitive plutôt
qu'inclusive et interculturelle, sa volonté d'imposer des valeurs en violation
complète des droits fondamentaux et en particulier de la liberté de conscience.
Oui... Excusez.
La Présidente (Mme Poulet) :
Veuillez poursuivre, s'il vous plaît.
M. Rainville (Paul-Étienne) :
Oui, oui, parfait. Le fait qu'il participe également à un discours sur la peur
de l'autre et la de la xénophobie. C'est tout ça qui participe. C'est
normal...On pourrait garder pour la période de questions.
Une voix : ....
La Présidente (Mme Poulet) : Bien, M. le ministre, on va juste leur laisser le temps de finir leur exposé,
puis après...
Une voix : ...
M. Rainville (Paul-Étienne) : Xénophobie...
La Présidente (Mme Poulet) : Xénophobie.
M. Rainville (Paul-Étienne) :
...oui, peur de l'autre.
La Présidente (Mme Poulet) :
Alors, poursuivez s'il vous plaît.
M. Rainville (Paul-Étienne) : C'est
tout ça, un projet de loi qui est discriminatoire dans le sens où, même s'il
s'applique à toutes les religions, il va avoir des impacts majeurs sur un
groupe cible et en particulier les femmes qui portent le hidjab et qui portent
aussi le système d'éducation publique. J'ajouterais que cette
discrimination-là, elle n'est pas indirecte, elle est... C'est une
discrimination qu'on dit ouverte et déclarée, qui est non seulement contraire
aux chartes, mais qui est aussi contraire à l'esprit de justice et de solidarité
qui devrait guider les relations entre les citoyens. Je souligne que cette
discrimination à l'embauche aussi a des répercussions sur plusieurs autres
droits pour ces femmes, le droit à l'égalité, le droit à la sécurité, le droit
à un revenu, etc.
Et on souhaite insister aussi sur le fait
que le p.l. 95 fragilise de différentes manières le droit à l'éducation.
Premièrement, les barrières discriminatoires à l'emploi vont accentuer la
pénurie de personnel qualifié, qui est déjà criante dans le réseau d'éducation.
Dans un contexte où les ratios atteignent des niveaux critiques, le projet de
loi va priver de nombreux enfants d'un encadrement éducatif de qualité,
personnalisé et respectueux de leurs besoins. Et d'ailleurs, il y a plusieurs
intervenants, intervenantes, notamment les syndicats, qui craignent qu'on passe
finalement d'un service de garde éducatif à un simple service de surveillance
des enfants, avec ce que ça implique comme bris au niveau du droit à
l'éducation. Et, en adoptant une loi qui est discriminatoire, le gouvernement
nuit aussi à l'établissement d'un système d'éducation pluraliste, respectueux
des diversités...
M. Rainville (Paul-Étienne) : ...et
on pense que les élèves du Québec doivent être exposés à différentes formes de
diversité, y compris culturelle et religieuse. Et d'ailleurs l'UNESCO rappelle
depuis longtemps que le dialogue interculturel, l'éducation à la tolérance font
partie des conditions primaires pour le droit à l'éducation.
Et un dernier mot sur l'article 36, qui
impose l'usage unique du français dans les écoles. À notre avis, ça va
constituer un obstacle supplémentaire au droit à l'éducation, alors que
plusieurs études montrent que l'usage des langues maternelles à des fins
pédagogiques, c'est un outil important pour l'apprentissage du français, pour
la socialisation des enfants et pour leur intégration en milieu scolaire et,
ultimement dans la société québécoise.
Mme Lamoureux (Diane) : En
dernier lieu, nous dénonçons la façon cavalière dont le gouvernement actuel
utilise de manière abusive et répétée les clauses dérogatoires prévues aux
chartes canadienne et québécoise. Des projets de loi proposés ou des lois
adoptées en recourant aux clauses dérogatoires, cela constitue un aveu
implicite qu'ils contreviennent aux chartes, alors que le rôle du gouvernement
devrait plutôt être de mettre en œuvre la charte québécoise et de prêcher par
l'exemple en ce qui concerne son respect.
• (11 h 30) •
Le recours de plus en plus systématique
aux clauses dérogatoires contrevient également aux obligations de l'État
québécois en vertu du droit international des droits humains. Celui-ci est très
exigeant quant aux critères qui peuvent justifier de déroger aux droits et
libertés et extrêmement clair à l'effet que de telles pratiques doivent
demeurer temporaires et exceptionnelles.
L'attitude du gouvernement nous inquiète
pour l'avenir de la Charte des droits humains et pour l'ensemble de la
population du Québec, puisque la Charte des droits et libertés, dont nous
célébrons cette année le 50ᵉ anniversaire, est un des piliers de notre
démocratie. Merci.
La Présidente (Mme Poulet) : Merci
beaucoup pour votre exposé. Alors, on va procéder à la période d'échange avec
le ministre. La parole est à vous.
M. Drainville : Oui. Merci
pour votre participation à nos travaux. Vous demandez le retrait du projet de
loi no 94, parce que, dites-vous, il est contraire à une laïcité ouverte et
inclusive et qu'il est, je cite, là, votre communiqué, il est attentatoire aux
droits et libertés protégés par les chartes. Fin de citation.
Alors, le projet de loi, comme vous le
savez, comprend plusieurs dimensions. Je vais en aborder quelques-unes avec
vous. Est-ce que, selon vous, interdire le voile intégral est une atteinte aux
droits individuels? Interdire la burqa, interdire le niqab à l'école, est-ce
que c'est une atteinte aux droits individuels? C'est ce que prévoit le projet
de loi.
Mme Lamoureux (Diane) : Selon
nous, il n'est pas du ressort de l'État de prescrire la façon dont les gens se
vêtent.
M. Drainville : O.K., donc...
Mme Lamoureux (Diane) : Et,
par ailleurs, il n'y a pas d'enseignante qui portent le voile intégral.
M. Drainville : Mais le
rapport sur les 17 écoles donne l'exemple d'étudiantes qui portent le voile
intégral ou qui s'en fabriquent un. Est-ce que vous jugez qu'en interdisant le
port du voile intégral à ces élèves on porte atteinte à leurs droits
individuels?
Mme Lamoureux (Diane) : On
porte atteinte à leur droit à l'éducation si on les expulse du système
d'enseignement public.
M. Drainville : Donc, la
réponse, c'est oui, on porte atteinte à leurs droits individuels?
Mme Lamoureux (Diane) : On
porte atteinte à leur droit à l'éducation. Je pense que c'est un droit qui est
reconnu dans la charte... dans la Loi de l'instruction publique. C'est un droit
qui est à la Charte des droits et libertés, c'est un droit qui est reconnu en
droit international, également.
M. Drainville : Le rapport
fait état notamment d'un enseignant qui dit : Je ne suis pas capable de
distinguer les étudiantes dans ma classe parce que certaines d'entre elles sont
complètement voilées, sauf pour les yeux. Est-ce que vous trouvez ça normal,
dans une école, qu'un enseignant ne puisse pas identifier les élèves parce
qu'elles portent un voile intégral?
M. Rainville (Paul-Étienne) : En
fait, c'est intéressant, parce qu'il y a les deux aspects. Il y a l'aspect que
l'État n'a pas à régir, effectivement, les tenues vestimentaires des individus,
mais, en contexte scolaire ou même dans des contextes de différentes
institutions... et d'ailleurs il y a des accommodements raisonnables qui sont
allés dans ce sens-là, si ça impose des contraintes excessives à l'institution,
si, pour d'autres raisons, par exemple, la sécurité... là, il y a moyen d'y
aller, mais, encore là, il faut y aller au cas par cas et pas... éviter d'avoir
des lois mur à mur qui encadrent ça et qui peuvent donner lieu à des dérives.
Et donc on a... dans le mémoire, on
insiste aussi sur cette nécessité-là d'aller...
Haut de la page
11 h 30 (version non révisé
e) M. Rainville (Paul-Étienne) :
...aussi en cas par cas, que ce soit pour d'autres demandes d'accommodement
aussi. Et d'ailleurs on ne l'a pas souligné, mais on demande le retrait des
articles aussi qui concernent les interdictions d'accommodement religieux parce
qu'on croit que les accommodements peuvent favoriser l'inclusion parfois si, ça
ne pose pas de contraintes excessives à l'institution, si ça permet d'assurer
la liberté, l'égalité des gens, si ça se fait aussi dans un mode de compromis,
de dialogue. Donc, c'est quelque chose qui est... sur laquelle on insiste aussi
dans le mémoire.
M. Drainville : O.K. Mais
en résumé, là, l'interdiction du voile intégral n'est pas acceptable pour la
Ligue des droits et libertés.
Mme Lamoureux (Diane) : Je
peux ajouter à ça que, dans le rapport de vérification, on fait état d'un cas
de... intégral. Normalement on ne fait pas des lois mur à mur pour un cas. O.K.
En fait, les accommodements raisonnables sont là pour ça, entre autres. Mais
moi qui ai enseigné longtemps la philosophie politique, des gens aussi Woke qu'Aristote
et Cicéron soulignent qu'une bonne loi doit... ne doit... ne doit pas être une
loi ad hominem ou... si vous préférez, mais doit être une loi générale. D'autre
part, tu sais, on fait état aussi dans ce rapport de vérification de personnes
qui utiliseraient le masque de procédure comme subterfuge. Est-ce qu'on va
demander un certificat médical dans l'état actuel de surcharge de notre système
d'éducation pour vérifier qu'il s'agit bien de raisons médicales qui justifient
le port de masque de procédure?
M. Drainville : Alors, Mme
la Présidente, je vais citer le rapport sur les 17 écoles : «Dans un
établissement scolaire secondaire, les vérificateurs ont observé au moins une
élève portant un signe religieux couvrant l'entièreté de son visage. Selon les
informations transmises au vérificateur, il y aurait environ trois ou quatre
élèves dans la même situation dans cet établissement scolaire. Une élève
porterait également des gants ne laissant voir que les yeux, etc. Les
vérificateurs ont également observé une élève portant un signe religieux ne
couvrant pas l'entièreté de son visage, mais portant un masque médical. L'élève
porte donc le voile et un masque, ce qui ne laisse que son front et ses yeux à
découvert. Selon des témoignages recueillis, il y aurait environ une dizaine d'élèves
dans la même situation dans cet établissement scolaire». Donc, elles se
fabriquent un niqab, si l'on peut dire, en amalgamant le voile et le masque médical.
Il a été confirmé au vérificateur que cette utilisation du masque médical
dépasse les délais associés à une éventuelle maladie respiratoire infectieuse».
Fin de citation.
Je souligne également la note en bas de
page, de la page 8 du rapport qui dit : Bien qu'aucun manquement n'ait
été constaté, fait référence à un passage du rapport, certaines plaintes s'avéreraient
toutefois fondées, mais des correctifs avaient été apportés avant la visite des
vérificateurs. Donc, il y a certaines réalités qui ont été corrigées parce que
l'école avait été identifiée comme étant possiblement le théâtre d'atteintes,
donc, à la laïcité. Donc, on a bien compris votre position. Pour ce qui est du
voile intégral, en tout cas, vous trouvez que ça va trop loin?
Est-ce que le droit d'avoir accès à un
lieu de prière dans une école, est ce que c'est un droit, cela? Parce que le
projet de loi reprend la directive déjà émise à l'effet que l'école n'est pas
une... n'est pas un lieu de prière. Et donc nous interdisons par le projet de
loi les prières dans l'éco