Institutions — 30 November 2021 (42nd Legislature, 2nd Session)
CI 2021-11-30
Quebec — Committees
Président (M. Bachand) :
À l'ordre, s'il vous plaît! Bon
matin. Ayant constaté le quorum, je déclare ouverte la séance de la
Commission des institutions.
Avant d'aller plus loin, je suis bien content de
vous revoir, surtout de vous voir. Et j'aimerais profiter de l'occasion aussi
pour remercier le vice-président de la commission, le député de Viau, pour sa
grande disponibilité lors de mon absence.
Donc, la commission est réunie afin de procéder
à des auditions publiques dans le cadre des consultations particulières sur le
projet de loi n° 2, Loi portant sur la
réforme du droit de la famille en matière de filiation et modifiant le Code
civil en matière de droits de la personnalité et d'état civil.
Avant de débuter, Mme la secrétaire, y a-t-il
des remplacements?
La Secrétaire : Oui, M. le
Président. M. Rousselle (Vimont) est remplacé par Mme Nichols
(Vaudreuil); Mme Weil (Notre-Dame-de-Grâce) est remplacée par
Mme Maccarone (Westmount—Saint-Louis);
et M. Zanetti (Jean-Lesage) est remplacé par M. Leduc
(Hochelaga-Maisonneuve).
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. Ce matin, nous
allons débuter par les remarques préliminaires puis nous entendrons les groupes
suivants, soit l'Association professionnelle des notaires du Québec et, par
après, le Conseil du statut de la femme.
Nous en sommes donc maintenant aux remarques
préliminaires, et je cède la parole au ministre de la Justice pour une période
de 5 min 34 s. M. le ministre, s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Oui, M. le
Président. Bonjour, chers collègues. Heureux de vous retrouver pour le début
des consultations du projet de loi n° 2.
La dernière réforme majeure du droit de la
famille, que nous devons à feu Marc-André Bédard, remonte à 1980. À l'époque,
cette réforme avait été salutaire pour les familles québécoises, mais,
40 ans plus tard, les besoins et les réalités des familles ont
considérablement changé. Une nouvelle réforme du droit de la famille se fait
donc attendre depuis de nombreuses années.
Le 21 octobre dernier, le gouvernement du
Québec présentait le projet de loi n° 2 qui constitue
le premier jalon de la réforme du droit de la famille, et aujourd'hui, nous entamons
l'étape importante des consultations particulières. Nous entendrons, au cours
des prochains jours, plusieurs citoyens, experts, organismes et groupes, et
nous sommes très heureux de pouvoir bénéficier de leur contribution pour offrir
aux familles québécoises un projet de loi qui répondra à leurs besoins.
Le principe fondamental qui a guidé toutes nos
décisions durant l'élaboration de ce projet de loi est : les enfants
d'abord. En effet, le meilleur intérêt de l'enfant était au coeur de notre
action tout au long de nos travaux. L'un des piliers de la réforme que nous
proposons est la connaissance des origines. Il s'agit d'un besoin essentiel
pour de nombreux enfants, qu'ils soient adoptés ou nés à la suite d'un don de
gamètes. Tout enfant qui le souhaite devrait
avoir accès à ses origines et pouvoir s'approprier son identité, son histoire.
C'est l'objectif du projet de loi n° 2. Nous
proposons même d'en faire un droit fondamental inscrit à la Charte des droits
et libertés de la personne.
Une attention particulière a aussi été accordée
à la violence familiale dans la réforme. Ainsi, il sera désormais obligatoire
de prendre en considération la présence de violence familiale dans toutes les
décisions qui concernent l'enfant. Au moment du dépôt, plusieurs se sont dits
surpris que cela ne soit pas déjà le cas. C'est en effet une lacune qui aurait
dû être corrigée il y a fort longtemps.
Nous venons par ailleurs garantir à tous les
enfants qui font l'objet d'une intervention en protection de la jeunesse l'admissibilité universelle à l'aide
juridique puis des mesures visant à empêcher une personne qui se
représente seule de contre-interroger une
personne victime de violence familiale ou de violence sexuelle sont aussi
prévues au projet de loi.
En outre, des
solutions sont déployées pour mieux soutenir les familles lors du décès d'un
conjoint. Désormais, si un conjoint de fait décède pendant la grossesse
de sa conjointe, il pourra être reconnu comme parent sans avoir à passer par
les tribunaux, ce qui n'est actuellement possible que lorsque le couple était
marié. Il s'agit d'une situation injuste qui cause préjudice à l'enfant et à
laquelle nous mettons fin une fois pour toutes. Et ici, nous avons aussi envie
de dire : Il était plus que temps d'agir.
Le projet de loi n° 2 mettra également fin au gel du compte conjoint, ce qui
permettait à l'autre conjoint de continuer à subvenir... ce qui permettra à
l'autre conjoint de continuer de subvenir aux besoins de sa famille.
Le projet de loi vise aussi à encadrer les nouvelles
façons de fonder une famille, soit par le recours à la gestation pour autrui.
Le Code civil actuel en nie l'existence, mais le fait est que des enfants
naissent de gestation pour autrui au Québec.
Nous proposons donc un processus clair, prévisible et surtout sécuritaire qui
assure à la fois le meilleur intérêt
de l'enfant à naître et la protection des droits de la femme qui l'a porté. Un
rattrapage s'impose, au Québec, sur
cette question, alors que déjà huit provinces et territoires canadiens ont agi
en encadrant cette pratique depuis 2007.
Le Code civil doit également être revu et
modernisé en ce qui a trait aux règles en matière de filiation, d'adoption et
de tutelle supplétive. De nouvelles mesures permettant à un enfant adopté de
maintenir des échanges ou des relations avec certains membres de sa famille
d'origine qui peuvent lui être significatifs sont notamment proposées. Nous
élargissons et valorisons le concept de la tutelle supplétive, encore une fois,
lorsque c'est dans le meilleur intérêt de l'enfant.
En ce qui concerne les mesures sur le sexe et
l'identité de genre proposées en réponse au jugement dans la cause qui implique
le Centre de lutte contre l'oppression des genres, vous avez pu constater, au
cours des dernières semaines, que des inquiétudes ont été soulevées. Nous
sommes très sensibles aux préoccupations qui ont été partagées par la
communauté LGBTQ et avons déjà annoncé que des changements seraient effectués.
L'exigence d'une opération pour modifier la mention de sexe sera éliminée, et
nous nous assurerons que la solution qui sera développée ne puisse pas être
perçue comme étant un coming out forcé pour qui que ce soit.
Nous le réitérons, notre objectif a toujours été
de mieux répondre aux jugements et de mieux refléter les réalités des familles LGBTQ. Notre démarche n'a
jamais visé à compliquer le processus d'affirmation des personnes trans.
Le projet de loi n° 2
aborde des sujets délicats qui ont été évités trop longtemps, au Québec, par
l'Assemblée nationale, mais dont il est nécessaire de discuter. Nous vous
sommes reconnaissants d'être parmi nous aujourd'hui pour nous partager votre
point de vue. La collaboration de tous les groupes est essentielle pour le
gouvernement et pour les familles québécoises, et ce projet de loi permettra
une nette avancée significative pour l'intérêt des enfants et les familles
québécoises. Je vous remercie, M. le Président.
Président (M. Bachand) :
Merci beaucoup, M. le ministre.
Alors, j'invite donc maintenant le porte-parole de l'opposition
officielle et député de Lafontaine à faire ses remarques primaires pour
3 min 43 s.
M. Tanguay : Parfait. Merci
beaucoup, M. le Président. Alors, à mon tour de vous saluer. Très heureux, très
heureux, honnêtement, M. le Président, de vous retrouver à présider nos
travaux. Vous avez toute notre confiance, et je pense qu'on a su développer une
belle façon de fonctionner. Alors, chapeau à vous, c'est tout à votre crédit.
J'aimerais saluer le ministre, les collègues de la banquette ministérielle,
celles et ceux qui accompagnent le ministre, également, et les collègues des
autres oppositions.
Un salut tout particulier à ma collègue députée
de Westmount—Saint-Louis,
qui est entre autres porte-parole pour la communauté LGBTQ2, LGBTQ2 qui sera
une ressource, une participante très active et importante dans ce dossier,
réforme du droit de la famille. Il y a déjà... avant même que les auditions
aient commencé, il y a déjà un combat qui a eu lieu, semble-t-il. Il y aura des
avancées qui seront constatées dans les amendements, mais ça dénote tout la
vigilance... toute la vigilance dont a fait preuve ma collègue de Westmount—Saint-Louis,
notamment, avec les autres collègues également. Puis on va s'assurer que le
travail soit fait.
En 3 min 40 s, j'aurais tellement
de choses à dire. Je vais également, M. le Président, prendre le temps de
saluer... prendre le temps de saluer ma collègue de Vaudreuil qui participera
aussi à nos travaux, qui a une formation en droit et qui sera excessivement
efficace dans les questionnements à y avoir.
Le ministre dit : une réforme qui a attendu
trop longtemps. Le rapport Roy, juin 2015, et on se retrouve aujourd'hui, en
2021, fin 2021. Donc, il y a plus de six ans, six ans et demi du rapport
Roy, presque.
On nous a annoncé, parce qu'il y a beaucoup
d'éléments, qu'il y aura un second projet de loi. Celui-ci, le projet de loi n° 2, est sur, essentiellement, comme on le sait, là, la
filiation, mère porteuse, donc gestation pour autrui. Il y a également présomption
de paternité en termes de filiation, possession d'état, connaissance
d'origines, relations avec les beaux-parents, grands-parents. Il y a énormément
de sujets qui seront touchés, mais notamment, évidemment, les amendements
annoncés quant à la mention du sexe.
Donc, pour atteindre notre objectif,
collectivement, d'effectuer un rattrapage de la réforme du droit par une
réforme du droit de la famille, nous déplorons, puis le mot est tout à fait
réglementaire et se dit, le fait qu'il y ait eu un projet de loi déposé mais à
la toute dernière minute. Et nous, si nous travaillons de façon excessivement
efficace, notre ambition, c'est de faire en sorte qu'il soit adopté avant la
dernière session parlementaire, qui finit en juin prochain. 360 articles,
ça arrive un petit peu tard, et là on nous promet un deuxième projet de loi.
Ça, c'est un élément que l'on ne peut que déplorer.
Autre chose également, M. le Président, je
l'avais dit au ministre dans les crédits, ne mettez pas, dans ce projet de loi
là, le jugement Moore, le jugement Moore qui faisait en sorte que vous
pouvez... vous pouviez faire en sorte que «parent» soit ajouté à la possibilité
des cases «mère», «père», «parent». Ça, c'était dû, par un jugement, pour le
31 décembre. Ça ne se fera pas. Il y a une demande de prolongation qui a
été donnée, je pense, jusqu'en juin. Il aurait fallu sortir ça pour faire
avancer le Québec dès cet automne là-dessus, même chose pour «identité de
genre» et «mention de sexe», faire ce débat-là de façon distincte. Ça ne se
fera pas de cette façon-là.
Notre collaboration vous
est acquise pour les familles du Québec. Je tiens à dire qu'il y a des
questions excessivement délicates qui sont devant nous, puis on va prendre le
temps de les analyser avec tout le sérieux requis.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup, M. le député.
Maintenant, j'invite le porte-parole du deuxième groupe d'opposition et député
d'Hochelaga-Maisonneuve à faire ses remarques préliminaires pour un petit
56 secondes. M. le député, s'il vous plaît.
M. Leduc : Très rapidement.
Bonjour, tout le monde, bien heureux d'être ici, avec ces travaux. Vous
annoncer que je vais, moi aussi, céder ma place, de temps à autre, à ma
collègue de Sainte-Marie—Saint-Jacques
qui va venir me remplacer en particulier sur les enjeux trans et intersexes.
Moi, j'ai deux... de déception, aujourd'hui. La
première, c'est le nombre d'intervenants que nous allons entendre dans les
prochains jours. Encore une fois, comme c'est le cas dans plusieurs autres
projets de loi, la liste est particulièrement courte, alors que c'est un projet
de loi substantiel, 360 articles, comme on disait tantôt. Donc, c'est bien
en deçà de mes attentes. Mais on va, évidemment, vous écouter et vous poser des
questions avec tout le sérieux qui est le nôtre.
Finalement, ma deuxième déception, M. le
Président, c'est que le ministre a annoncé qu'il y avait des amendements, qu'il
allait réagir, et, pour avoir été assis dans la chaise de ceux qui vont venir
présenter aujourd'hui, dans mon ancien emploi, préparer un mémoire sur des
amendements sur lesquels on ne connaît ni la nature ni l'intention, c'est
vraiment un exercice qui est désagréable. Le ministre aurait pu éviter cette
situation-là, mais, bon, il les déposera plus tard. Merci.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup, M. le
député. Avant de poursuivre, je comprends qu'il y a un consentement pour
permettre à la députée de Sainte-Marie—Saint-Jacques de participer à cette séance?
Des voix : Consentement.
Le Président (M.
Bachand) : Consentement. Merci
beaucoup. Donc, j'invite maintenant la porte-parole du troisième groupe d'opposition et députée de Joliette à faire ses
remarques préliminaires, pour aussi un petit 56 secondes.
Mme Hivon : Merci beaucoup, M.
le Président. Très heureuse, moi aussi, de vous retrouver, de retrouver les
collègues, le ministre, toute son équipe et les collègues de l'opposition.
Donc, très rapidement, on amorce aujourd'hui des
travaux extrêmement importants. Ce n'est pas tous les jours, ça fait 40 ans qu'on n'a pas modifié notre droit de la
famille. On se réjouit qu'on le fasse enfin. Je veux souligner,
d'ailleurs, mon... bien, un de mes anciens collègues, un des prédécesseurs du
ministre actuel, Bertrand St-Arnaud, qui,
lorsqu'on était au gouvernement, avait commandé le rapport, donc, du comité
consultatif présidé par Me Alain Roy, qui a jeté les bases d'une
discussion plus large dans la société.
Je souhaite que, cette discussion-là, on la
prenne avec beaucoup d'ouverture avec tous les groupes. Le droit de la famille
doit refléter ce qui nous est amené de la société, et donc, ce dialogue-là, il
doit être ouvert. J'aurais souhaité aussi qu'il soit plus ouvert et plus
étendu. On va faire le maximum pour être à l'écoute et arriver avec le meilleur
projet de loi. Merci, M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. Nous allons
maintenant débuter avec les auditions. Donc, je souhaite la bienvenue aux
représentants de l'Association professionnelle des notaires du Québec. Je vous
rappelle que vous disposez de 10 minutes pour votre exposé, après quoi
nous procéderons à la période d'échange avec les membres de la commission. Je
vous invite donc à vous présenter et à débuter votre exposé. Encore une fois,
merci d'être avec nous ce matin. La parole est à vous.
M. Houle (Kevin) : Merci. Donc,
M. le Président, M. le ministre, Mmes et MM. les députés, membres de la
Commission des institutions, d'abord, permettez-moi de saluer tous les efforts
ayant permis la mise en place de cet énorme chantier législatif.
Je vous présente la collègue qui m'accompagne, Me
Tania Marineau, notaire praticienne spécialisée en droit de la famille et en adoption intrafamiliale. Elle
est l'une des rédactrices du mémoire que nous avons déposé hier, au nom
de l'Association professionnelle des notaires du Québec, donc l'APNQ. Me Marineau
a également pratiqué dans le cadre d'un dossier de mères porteuses, où elle a
accompagné un jeune couple à compléter des étapes judiciaires obligatoires,
soit la procédure d'adoption par consentement spécial suivant la signature de
contrat de substitution entre ses clients et une mère porteuse pour la
fécondation in vitro, permettant ainsi, donc, à la femme, qui ne pouvait être enceinte, d'adopter l'enfant qu'elle avait conçu avec
son conjoint. Et pour ma part, eh bien, je suis président de l'Association
professionnelle des notaires du Québec.
Donc, en ce qui concerne l'APNQ, il s'agit d'un
organisme à but non lucratif fondé depuis plus de 25 ans et dédié à la
défense des intérêts socioéconomiques de ses membres, donc des notaires.
L'association regroupe quelque 1 750 notaires répartis sur l'ensemble
du territoire québécois, soit près de 50 % des membres de la profession
notariale. L'APNQ oeuvre au rayonnement du notariat et prône l'implication et
les atouts des notaires, ces juristes polyvalents, à la fois officiers publics
impartiaux et conseillers juridiques. Nous rappelons que les notaires sont dans
toutes les régions du Québec et offrent donc des services à toute la population
québécoise.
En plus de sa mission première, l'APNQ est
concernée par la protection des droits et des intérêts des Québécois. Au cours
de son existence, l'APNQ a étudié de nombreux projets de lois ou de règlements
ayant eu le potentiel d'avoir un impact favorable sur nos concitoyens.
L'APNQ est donc, par conséquent, heureuse de
participer aux présentes consultations particulières sur le projet de loi n° 2 afin de faire part à la commission de ses observations
sur le sujet, car ce projet de loi aura bien certainement un impact sur la
pratique des notaires, notamment en droit des successions et bien certainement
en droit de la famille. Les notaires sont parmi les mieux placés pour constater
qu'effectivement le droit, dans son état actuel, ne représente plus les
réalités des familles d'aujourd'hui.
Les notaires québécois étant présents auprès des
familles depuis plus de trois siècles, un lien de confiance particulièrement
étroit s'est développé avec les Québécois. Année après année, les notaires
peuvent compter sur une place très enviable dans le palmarès des professions en
lesquelles la population a le plus confiance.
Maintenant, sur le point de vue international,
nous rappelons que le notariat québécois est membre de l'Union internationale
du notariat latin. Ce regroupement procure aux notaires du Québec un réseau
exceptionnel de notaires dans plus de 89 pays à travers le monde. Ainsi,
il est possible pour un notaire québécois d'établir des coopérations avec des notaires de ces pays afin de collaborer pour
recevoir la signature d'une personne domiciliée dans ces pays. C'est le cas, entre autres, depuis 2019,
avec la convention de coopération entre les notaires de France et du Québec.
Bien que notre mémoire porte sur plusieurs
dispositions du projet de loi, ce sont surtout celles concernant les
conventions notariées de gestation pour autrui, donc, connues comme étant des
conventions de mères porteuses, qui ont attiré notre attention. À cet effet, le
législateur a simplifié le processus, pour les parents d'intention, avec des
dispositions actuelles du projet de loi permettant, donc, une voie
administrative, par opposition à une voie judiciaire, aux parents... aux
parties, pardon, désirant concrétiser un projet parental. Cela étant, il se
doit, dans cette procédure déjudiciarisée, d'assurer la protection de tous les
signataires de l'entente, impliquant effectivement l'enfant à naître, bien
évidemment.
Afin de bien protéger les parties au contrat de
gestation pour autrui ainsi que l'enfant à naître et d'assurer le respect des
formalités requises, l'APNQ salue le choix du législateur de privilégier l'acte
notarié en minute, obligeant ainsi l'intervention d'un officier public qu'est
le notaire. Les conditions de fond et de forme imposées pour une telle
convention visent, selon nous, notamment, à éviter les abus envers la femme ou
la personne qui portera l'enfant mais surtout pour assurer l'affiliation à
l'acte dans un contexte totalement déjudiciarisé.
L'APNQ rappelle que les notaires agissent déjà
depuis des décennies à
titre d'auxiliaires de justice dans le cadre de
procédures non contentieuses telles que l'homologation de testaments non
notariés et de mandats de protection et l'ouverture d'un régime de protection.
Les notaires sont donc déjà... ont donc déjà les compétences requises pour
conseiller plusieurs parties tout en protégeant les intérêts d'une personne
concernée ou plus vulnérable. On peut penser ici à l'enfant à naître, par
exemple.
Bien que l'acte notarié soit très répandu dans
les pays de droit latin, comme je vous le disais un peu plus haut, tout près de
89 pays, dont la France, la Belgique, Italie, l'Espagne et le Mexique,
pour ne nommer que ceux-là, il s'agit d'un outil dont seul le législateur
québécois dispose en Amérique du Nord. D'ailleurs, à plusieurs occasions, le
législateur a su tirer profit de cet avantageux moyen mis à sa disposition afin
de sécuriser les parties pouvant être en situation de vulnérabilité dans le
cadre de la conclusion d'un contrat ou encore pour donner le caractère
authentique au document en question. Les exemples en droit québécois sont nombreux.
On peut penser au contrat de mariage, l'acte
de renonciation à une succession, la déclaration de copropriété divise, l'acte
d'hypothèque immobilière, etc.
Permettez-moi maintenant de vous énumérer les
principaux avantages exclusifs à l'acte notarié en minute. Donc, d'abord, le
notaire est un officier... un officier public, pardon, qui collabore à
l'administration de la justice. L'acte notarié en minute permet d'assurer que
toutes les parties reçoivent des conseils juridiques impartiaux, et ce, nonobstant
que les honoraires du notaire soient acquittés que par une seule des parties.
C'est un fait important. Le notaire, en tant qu'officier public, est tenu de
conseiller toutes les parties à l'acte. Il a un devoir de conseil très large.
Il doit vérifier leur capacité ainsi que leur consentement. Cette vérification
obligatoire réduit donc le risque qu'une des parties à l'acte l'ait signé sous
contrainte.
Au niveau de la vérification des formalités
requises, l'acte notarié en minute permet qu'un juriste impartial vérifie le
respect des formalités requises, notamment en ce qui concerne l'attestation de
consultation psychosociale requise, selon les termes du projet de loi actuel,
laquelle attestation pourrait être annexée à l'acte notarié en minute afin d'en
assurer sa conservation. Voici d'autres exemples. Selon les termes actuels du
projet de loi, la femme ou la personne qui portera l'enfant doit avoir au moins
21 ans, et les parents d'intention doivent résider au Québec depuis au
moins 12 mois. Ce sont d'autres éléments que le notaire pourra vérifier,
évidemment.
Au niveau du droit de
la preuve, l'acte notarié en minute est un acte authentique qui fait preuve de
son contenu, bénéficie également d'un grand avantage en ce qui concerne le
droit de la preuve.
Sous réserve de l'inscription en faux, procédure qui est
tout de même rare et ayant des conditions strictes, le contenu et les énoncés dans l'acte seront à l'abri des contestations. L'une des
obligations du notaire, officier public, est de confirmer la date de signature
de l'acte notarié. Encore une fois, selon les termes actuels du projet de loi,
une telle convention doit être signée antérieurement à la grossesse, dans le
cadre de la procédure dite administrative. Donc, l'acte notarié apparaît donc
ici comme étant l'acte par excellence pour assurer le respect de cette
condition et sa preuve devant tous.
Aussi, les actes
notariés en minute sont conservés dans le greffe des notaires, et lequel greffe
fait l'objet d'une stricte réglementation protégeant les minutes, donc l'acte
original, de pertes, de destructions ou d'altérations.
Et également le
notaire pourrait émettre plusieurs copies certifiées conformes de la
convention. Chaque copie ayant la même valeur que l'original, ce sont des
copies dites authentiques. Ces copies peuvent aussi prend la forme d'extraits
authentiques. Cette méthode permettrait ainsi d'assurer la remise d'une copie
authentique de la convention de gestation pour autrui à qui de droit, dont le
Directeur de l'état civil, tout en retirant de ces copies les sections
confidentielles qui pourraient ne pas être obligatoires selon la loi et les
règlements.
Pour toutes ces
raisons, l'APNQ tient à souligner la grande vigilance du législateur, qui
intègre dans ce projet de loi la forme notariée comme choix privilégié de forme
de contrat. Ainsi, nous reconnaissons que le législateur québécois assume pleinement ses responsabilités en
garantissant une sécurité juridique aux Québécois et Québécoises, tout
en désengorgeant les tribunaux en tirant profit positivement des compétences
des notaires, officiers publics.
Il y a également un
autre point, maintenant. Au-delà de la convention de gestation pour autrui, eh
bien, l'APNQ salue aussi plusieurs autres dispositions, dont celle visant les
nouvelles règles concernant le traitement des sommes détenues dans un compte
conjoint au moment du décès de l'un des deux conjoints ou ex-conjoints. Cela va
permettre de dénouer beaucoup d'impasses lors de règlements de succession.
Plusieurs notaires
constatent que bien souvent, au lendemain d'un décès, le conjoint survivant se
précipite au guichet automatique pour retirer les sommes d'argent nécessaires
pour continuer à subvenir à ses besoins, par peur que ce compte soit gelé,
comme on dit, donc, par les questions financières. Ce faisant, il risque, sans
le vouloir, d'accepter, de façon tacite, la succession. Heureusement, les
dispositions actuelles du projet de loi font en sorte que, sur simple demande,
l'institution financière devra remettre au cotitulaire survivant, au
liquidateur... ou bien au liquidateur de la
succession du cotitulaire décédé, sa juste part du compte conjoint détenu par
eux dans cette institution.
De ce fait, on
évitera beaucoup de discussions, de tergiversations et d'incertitudes quant à
la détermination de l'actif successoral. Et surtout, le législateur a au
passage réglé l'impasse pouvant conduire à une acceptation de succession
involontaire, en précisant que, si la remise d'une part d'un compte conjoint au
cotitulaire survivant est supérieure à celle à laquelle il aurait droit, cela
ne sera pas automatiquement considéré comme une acceptation par ce cotitulaire
de la succession du conjoint ou ex-conjoint cotitulaire défunt. Cette précision
est majeure et importante dans le cadre d'un règlement d'une succession afin de
bien sécuriser les parties en cause.
En conclusion, l'APNQ
tient à réitérer sa satisfaction et son enthousiasme face à la démarche du
gouvernement de procéder à la présente consultation particulière visant à
débuter le titanesque chantier de la réforme du droit de la famille au Québec.
En ce sens, l'Association professionnelle des notaires du Québec croit qu'il
est important d'agir collectivement afin de bien démarrer ce processus visant à
adopter le projet de loi n° 2, lequel sera
nécessairement suivi d'autres pièces législatives, afin de faire le tour des
nombreuses recommandations du Comité consultatif sur le droit de la famille,
mieux connu comme étant le rapport Roy.
L'APNQ a donc soumis
ses analyses et recommandations en lien avec la présente consultation
particulière dans le but de l'atteinte des protections maximales recherchées
pour les citoyens et en plaçant l'intérêt de l'enfant au centre de ses
préoccupations. Le notaire étant déjà au coeur de la vie des justiciables
depuis des siècles et le droit de la famille faisant
partie du quotidien des
notaires, l'APNQ tient à exprimer aux membres de la Commission des institutions
son désir de collaborer à la mise en oeuvre du projet de loi n° 2,
de ses règlements d'application et des recommandations proposées dans le
présent mémoire.
M. le Président, ma
présentation orale est étant faite, nous sommes maintenant disposés, ma
consoeur et moi, à répondre aux questions des membres de la commission.
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup,
Me Houle. Alors, nous allons débuter la période d'échange. M. le ministre, pour
une période de 16 min 15 s.
M. Jolin-Barrette :
Merci, M. le Président. Me Houle, Me Marineau, bonjour. Merci de participer
aux travaux de la commission. Donc, on débute avec l'Association
professionnelle des notaires du Québec. On lance les consultations avec vous,
donc vous êtes les premiers à commenter le projet de loi.
Donc, je dois
comprendre de vos propos que vous recevez assez positivement le projet de loi
puis que vous notez que c'est une nette
avancée pour le droit de la famille au Québec. D'entrée de jeu...
(interruption). Excusez-moi, il y a un petit retour de son. D'entrée de
jeu, je voudrais discuter avec vous, là, de la gestation pour autrui.
À l'époque, en 2019,
ma collègue la présidente du Conseil du trésor ainsi que le député de Chapleau avaient
fait une tournée sur... de consultation. Puis vous avez déposé un mémoire à
l'époque, également, qui visait à faire en sorte que la gestation pour autrui
soit encadrée par le notaire par une convention notariée.
Donc,
avec ce que nous proposons... vous êtes à l'aise avec ce que nous proposons,
qu'un contrat de gestation pour autrui ça passe devant le notaire. Je
vous dirais : Pourquoi est-ce que c'est important que ça passe devant le
notaire puis, comme... quel est le rôle du notaire dans ces circonstances-là?
M. Houle (Kevin) : Bien,
effectivement, donc, merci pour la question. Bien, pourquoi c'est important que
ça passe devant le notaire et qu'est-ce que le notaire fera dans un contexte
comme celui-là? Pourquoi? D'abord, bien, c'est parce que l'acte sera notarié, donc
authentique, et surtout les parties qui auront signé l'acte de contrat auront
reçu tous les conseils juridiques d'un
notaire, donc d'un conseiller juridique impartial, et ce, peu importe qui
acquittera les honoraires du notaire.
Donc, par exemple, la mère porteuse ou la personne qui portera l'enfant ne
pourra pas considérer que le contrat
a été rédigé à l'avantage des parents d'intention, par exemple, ou vice versa.
De toute manière, le notaire, étant un
conseiller juridique impartial, devra donner toutes les explications à toutes
les parties. Donc, j'y réponds... Allez-y.
M. Jolin-Barrette : Qu'est-ce
qui arriverait dans une situation où, avec le projet de loi qui est adopté, le
notaire réalise que, supposons, du côté de la mère porteuse, le consentement,
il n'est pas nécessairement libre et éclairé? C'est quoi, le rôle du notaire
lorsqu'une situation comme celle-ci se présenterait?
M. Houle (Kevin) : Oui.
L'ultime option d'un notaire, dans un cas semblable, est de refuser la
signature, donc refuser d'instrumenter l'acte. Donc, dans un cas comme
celui-là, on met fin à la séance et évidemment, là, on refixe une autre séance, par exemple, avec l'une des parties, pour lui
expliquer et revoir effectivement, dans ce cas-ci, si la mère a toujours
l'intention, par exemple, la mère porteuse, ici Chantal, a toujours d'intention
de signer un contrat comme celui-là.
M. Jolin-Barrette : Qu'est-ce
que le notaire fait pour évaluer si le consentement est libre et éclairé de la
part de la mère porteuse?
M. Houle (Kevin) : D'abord, on parle
de, par exemple, au moment de la signature... c'est un seul moment, mais, en
amont, le notaire a pu communiquer avec la porteuse, a discuté avec elle, va
lui a expliquer les tenants et aboutissants du contrat à être rédigé, discute
avec elle, donc, effectivement... Et, dans ce cas-ci, ce que je comprends, il y
aura eu également une attestation psychosociale — le terme exact, peut-être
que je l'oublie — donc
le notaire aura parlé et discuté avec la mère porteuse des effets potentiels,
au lendemain de la signature du contrat, et même encore, après coup, devra
évidemment lui expliquer, avec les dispositions actuelles, que, même suite à
l'accouchement, elle aura encore un dernier mot à dire malgré tout. Donc, on va
aller jusqu'à là.
Donc, le but d'un acte notarié est effectivement
d'anticiper les cas potentiels et, dans ce cas-ci, suite à l'accouchement,
donc, les choix, encore, qui seront disposés, là... disponibles pour la mère.
M. Jolin-Barrette : Donc, pour vous,
ce qui est important, c'est que, pour les justiciables qui vont décider de
faire un projet parental... c'est qu'ils vont être accompagnés par le notaire
tout au long du processus. Ce n'est pas uniquement au moment de la signature de
la convention notariée, mais c'est en amont et c'est même après, pour se
référer, si jamais il y a des questions. Probablement que vous l'avez vu
également dans le projet de loi, le notaire va recevoir en fidéicommis, dans le fond, un dépôt relativement aux sommes
qui pourront être remboursées à la mère porteuse.
Comment est-ce que l'association perçoit ça, le
fait qu'on vient confier une sorte de rôle de fiduciaire au notaire
relativement aux déboursés, pour ne pas faire en sorte que la mère porteuse se
retrouve à ne pas pouvoir se faire rembourser ses dépenses?
M. Houle (Kevin) : Bien,
effectivement, on est d'accord avec ça puis on salue cette nouveauté-là, dans
le sens où les notaires, déjà, par les différentes transactions immobilières
qu'on peut faire, on est déjà très à l'aise à s'occuper des fonds des
justiciables. Donc, dans un cas comme celui-là, effectivement, on ne peut pas
non plus signer un contrat et qu'en bout de
ligne il soit difficilement applicable, au niveau des compensations, si la mère
porteuse ne peut pas avoir accès aux fonds. Donc, pour nous, ça paraît très
bien et logique que le notaire détienne les fonds.
Le seul élément qu'on a apporté au niveau du
mémoire, c'est qu'effectivement il va falloir faire en sorte que le règlement à
être établi plus tard concorde avec le règlement actuel des notaires, là,
visant les comptabilités en fidéicommis, pour être certains, bref, que la mère
porteuse puisse réellement recevoir les fonds, même si, après coup, les parents
d'intention disent au notaire : Bien, écoute, on a changé d'idée,
finalement, tel montant d'argent, je ne veux pas que tu lui donnes, etc. Donc,
notre mémoire mentionne cet élément-là. Mais effectivement, si le règlement
précise clairement le rôle et l'obligation que le notaire aura de remettre les
fonds, de quelle manière et sur quelles preuves, bien, effectivement, je pense
que... nous pensons que la mère porteuse sera protégée davantage dans un
contexte comme celui-là.
M. Jolin-Barrette : Je veux qu'on
revienne sur la question d'impartialité du notaire, là, parce que, dans le
projet de loi, ce qui est proposé, c'est de faire en sorte que, lorsqu'il y a
un contrat de gestation pour autrui, les frais rattachés à la convention
notariée soient assumés par les parents d'intention. Du fait que le notaire va
être rémunéré par les parents d'intention,
est-ce que ça amène une problématique relativement à l'impartialité du notaire
dans son rôle pour conseiller les parties relativement à la mère
porteuse, relativement aux parents d'intention? Comment vous voyez ça?
M. Houle (Kevin) : Non, il n'y a
aucun problème. Et même, j'irais jusqu'à qu'à mentionner que j'ai lu, au niveau
du projet de loi, que c'est même la mère qui pourrait avoir le choix du notaire
mais qu'effectivement ce seraient les parents d'intension qui paieraient le
notaire. Actuellement, la loi prévoit ça, par exemple, au niveau d'une
transaction immobilière. C'est le cas le plus facile. Tout le monde,
principalement, du moins, plusieurs personnes ont eu à avoir eu à acheter une
propriété immobilière. Donc, on prend le même principe, l'acheteur est payé
par... le notaire est payé par l'acheteur, mais le notaire est quand même tenu
à donner des conseils juridiques au vendeur, dans
l'intérêt de toutes les parties, des institutions financières, de l'acheteur et
du vendeur. Donc, c'est déjà... comme c'est là actuellement, le notaire est
payé par une des parties, rien... et ça ne diminue en aucune façon son
obligation de devoir de conseil envers toutes les parties à l'acte, peu importe
qui paie les honoraires du notaire. C'est déjà comme ça actuellement.
M. Jolin-Barrette : Donc, ça ne pose
pas de problème, puis les garanties d'impartialité sont là.
Une question relativement à votre
recommandation 4 et 5, donc les articles 5.51... excusez-moi, 3 et 4,
541.4 et 541.13 du projet de loi, le fait de
transformer le consentement devant deux témoins. Vous nous proposez de le
modifier pour que le consentement soit fait
sous serment. Donc, pourquoi proposer cette modification-là? Donc là, on parle
de la remise de l'enfant dans les
8-30 jours, notamment, et la délégation de l'autorité parentale notamment,
également la tutelle, d'y aller sous serment. Alors, pourquoi vous
proposez le fait de passer devant deux témoins vers le sous serment?
M. Houle (Kevin) : Bien, pour la
remise de l'enfant, là, pour reprendre vos termes, cet acte-là, bien, quant à
nous, considérant qu'on part en amont, en amont, ce serait le contrat notarié
qui aurait été signé. Et après coup, les dispositions actuelles du projet de
loi mentionnent que la mère pourrait ou devra prendre ce choix, faire ce choix
du huitième jour, si je ne me trompe pas, entre le huitième et le 30e jour
suite à l'accouchement.
Donc, nous, quant à avoir une protection des parties
en amont, on aimerait effectivement que la mère, rendu à la huitième journée,
neuvième journée, n'ait pas reçu une pression quelconque dans la chambre
d'hôpital, ou chez elle, ou peu importe, de la part de personnes ou des parents
d'intention eux-mêmes, à signer ce consentement-là ou bien, par exemple, que ce
n'est peut-être pas la mère qui l'ait signé, par exemple. Donc, le commissaire,
au minimum, le commissaire pourrait au moins vérifier l'identité de la
personne. Effectivement, on mentionne que ça pourrait être notarié aussi ou, au
minimum, sous forme assermentée de manière à ce que... évidemment, l'acte
notarié, je vous ai expliqué les bienfaits, mais, au minimum, s'assurer que la
mère ait pleinement conscience, là.
M. Jolin-Barrette : O.K. Et pour
bien expliquer aux membres de la commission, là, votre proposition, dans le
fond, quand vous dites que la déclaration soit assermentée sous serment, donc
c'est assermenté, ça veut dire par un commissaire à l'assermentation, ou par un
avocat qui assermente, ou par un notaire. Mais vous ne proposez pas que ça soit
sous minute, là. Dans le fond, ça n'a pas besoin d'être devant notaire. Ce que
vous dites, c'est minimum un commissaire à l'assermentation, plutôt que ça soit
devant deux témoins.
M. Houle (Kevin) : Au minimum,
effectivement, au minimum, parce qu'effectivement... Évidemment, on n'a pas
voulu non plus imposer aux justiciables l'acte notarié qui impose un
déplacement chez le notaire, etc., pour cette étape finale qui aura déjà au
moins été régularisée par le notaire lui-même, l'officier public en amont. Mais
effectivement, au minimum, assermenté.
M. Jolin-Barrette : Peut-être une
question, avant de céder la parole à mes collègues, relativement aux comptes bancaires gelés. Il y a une disposition
dans le projet de loi qui fait en sorte de permettre, en cas de
succession, que le copropriétaire, le conjoint de la personne qui décède puisse
avoir accès à sa
partie des sommes qui sont dans le compte conjoint. Est-ce qu'en pratique, pour les membres de votre
organisation, là, les notaires qui font des successions, ça représente
une problématique, actuellement?
M. Houle (Kevin) : Oui,
effectivement, là, entre nous, les notaires, on le voit également. Puis combien
de notaires nous ont déjà fait part de ce genre d'exemple là que j'ai
mentionné, effectivement, où madame décède et monsieur s'empresse ou les
enfants s'empressent, là, par exemple, d'aller au compte ou au guichet pour
sortir de l'argent, sans nécessairement mentionner à l'institution financière
que, la personne, elle est décédée, sachant très bien que, si on dit ça à
l'institution financière, bien, le compte va être gelé. Et même si c'est un
compte conjoint, c'est gelé. Donc, le conjoint qui avait de l'argent là-dedans,
et souvent pour payer son loyer, son hypothèque, etc... même récemment j'ai eu
un cas où, effectivement, c'était une personne qui était en CHSLD, le conjoint,
bien, ne pouvait plus payer sa chambre, considérant que sa conjointe était
décédée.
Donc, effectivement, c'est du vécu, et ce qui
arrive, pour vrai, c'est qu'en bout de ligne les gens ne le disent pas
rapidement à l'institution financière, donc il y a risque de vol potentiel.
Quand je dis vol, c'est un risque que les enfants ou quelqu'un d'autre qui a
accès au compte aille chercher l'argent pour d'autres fins.
M. Jolin-Barrette : Mais la
conséquence inverse de ça, c'est lorsque tout le monde le fait dans les règles,
tout ça... monsieur est avec madame, monsieur décède, son mari depuis
40 ans, supposons, ils n'ont qu'un seul compte, un compte conjoint, la
rente de monsieur et la rente de madame est versée dans le compte. Madame se
retrouve avec le décès de son conjoint, et là l'institution financière est
informée, alors madame, si c'était son seul compte, se retrouve, pendant
quelques mois, à ne pas avoir accès à son propre argent à elle, à ses
liquidités. Donc, ça peut entraîner des conséquences financières difficiles
pour elle de se retrouver... si elle n'a pas de marge de crédit ou si elle n'a
pas d'autre compte. Elle n'a pas de rentrée d'argent durant le temps que la
succession est réglée.
M. Houle (Kevin) : Effectivement, et
j'ai vu un cas où, dans ce cas-ci, cette dame-là, pour prendre cet exemple-là,
c'était une dame, elle n'avait pas d'enfant non plus, donc elle n'avait
personne d'autre qui pouvait avancer les fonds pour son appartement, par
exemple, ou pour manger, faire l'épicerie.
Jolin-Barrette : Écoutez, je vous remercie pour votre présentation,
Me Houle, Me Marineau. Donc, je cède la parole à mes collègues. Je
crois que le député de Chapleau veut intervenir.
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup,
M. le ministre. M. le député de Chapleau, il reste un peu plus de quatre
minutes.
M. Lévesque
(Chapleau) : Parfait. Merci beaucoup, M. le Président. Moi aussi, là,
permettez-moi de vous saluer. Bien heureux de vous retrouver. Également saluer
le ministre, les collègues et l'ensemble de la banquette de l'opposition
également. Me Houle, Me Marineau, merci de votre témoignage.
J'aimerais poursuivre
sur la lancée du ministre quant à la notion des comptes bancaires. Vous aviez,
dans votre présentation, d'entrée de jeu, vous aviez dit : Il y aurait une
acceptation de la succession de facto, entraînant certains risques lorsque
ça se produit, également la question de la juste part. Peut-être nous éclairer
sur ces deux notions, là, puis les conséquences que ça pourrait avoir, si ce n'était
pas modifié, justement.
M. Houle
(Kevin) : Pour prendre un exemple facile, si, dans un compte, il y a 5 000 $,
2 500 $ à monsieur, 2 500 $ à madame, si jamais... et
madame décède, donc monsieur prend dans le compte 3 500 $, donc
1 000 $ de trop, le fait de prendre ce 1 000 $ de trop là,
qui appartient à la succession de madame, pourrait actuellement être considéré
comme étant une acceptation tacite de la succession. Tu as pris les biens de la
succession, alors tu es présumé avoir accepté. Et là j'y vais rapidement, hein,
mais, c'est ça, donc tu es présumé avoir accepté la succession.
Donc, si cette
succession-là était insolvable ou avait des dettes au-delà de l'actif, donc,
bien, le monsieur, donc le conjoint survivant, qui est présumé avoir accepté,
pourrait être tenu aux dettes de la succession, alors qu'il n'y a pas eu de
bilan, il n'y a pas eu les étapes, il n'a pas pu consulter son notaire, il n'a
pas... voilà, les conditions et les étapes préalables n'auront pas été
appliquées, et cette présomption-là pourrait s'appliquer.
M. Lévesque
(Chapleau) : Et donc le changement proposé vient un petit peu réduire
ce risque-là, en quelque sorte, là.
M. Houle
(Kevin) : Effectivement, parce que la nouvelle disposition vient
mentionner ce cas précis qui ne serait pas considéré comme étant être une
acceptation présumée ou tacite, là, de la succession.
M. Lévesque
(Chapleau) : Vous aviez également, là, parlé de la réputation des
notaires, en début de présentation, puis vous avez... J'aimerais peut-être que
vous nous disiez quels autres avantages vous voyez dans le fait que le
justiciable pourrait être accompagné par un notaire dans le cas d'une gestation
pour autrui. Vous avez parlé de réputation, mais il y a peut-être d'autres
éléments qui seraient intéressants à mentionner.
M. Houle
(Kevin) : Bien, le fait que le notaire, on ne l'oublie pas, mais c'est
un conseiller juridique. Donc, à partir de là, c'est d'avoir des conseillers
juridiques, mais des conseillers juridiques impartiaux, et les notaires, dont
ma collègue Marineau, par exemple, pratiquent déjà dans certains secteurs du
droit, dont le droit de la famille, filiation, adoption, etc. Donc, il y a une
spécialité qui est déjà actuelle dans la communauté notariale.
M. Lévesque (Chapleau) :
D'accord, mais Me Marineau, justement, là, je vais peut-être
m'adresser à vous, là, vous avez travaillé, justement, dans l'accompagnement,
là, des personnes qui souhaiteraient recourir, justement, à la gestation pour
autrui. J'aimerais peut-être vous entendre sur votre expérience puis qu'est-ce
que... quels sont, dans le fond, les points à retenir par rapport à ça.
Mme Marineau
(Tania) : Pour mon expérience, les parties avaient fait affaire avec
une clinique, justement, pour les aider avec le in vitro, et, par la
suite, la convention avait été faite avec une avocate que je ne connais pas.
Et, de mon expertise en adoption, c'est là qu'ils m'ont trouvée par la suite,
parce que présentement, lorsqu'on a une convention de mère porteuse, pour la
faire appliquer, on doit procéder par adoption.
Donc, avec la
nouvelle façon qui est dans le projet de loi n° 2, on vient enlever,
justement, tout le judiciaire, donc le juge à la fin. Mais présentement, c'est
comme ça qu'il faut fonctionner et d'autres étapes, là, avec le certificat de
naissance, que la mère porteuse doit être la mère au certificat de naissance.
Et habituellement, le conjoint, là, qui aurait... l'homme qui aurait fourni sa
semence pourrait être père au certificat de naissance, et de là il peut donner
un consentement spécial en faveur de sa conjointe.
Donc, c'est
présentement l'article 555 qui régit les adoptions intrafamiliales et
c'est de cette façon-là qu'on peut, avec un contrat de mère porteuse, procéder
à l'adoption. Mais le contrat doit prévoir, là, comme il avait été dit dans la
loi, seulement le remboursement des dépenses et ne pas prévoir de rémunération,
évidemment, là, puisqu'on ne veut pas marchandiser le corps de la femme.
M. Lévesque
(Chapleau) : Merci.
Président (M. Bachand) : Alors, je cède
maintenant la parole au député de LaFontaine pour une période de
10 min 50 s. M. le député, s'il vous plaît.
Tanguay : Merci beaucoup, M. le Président. Alors, à mon tour
de vous saluer, Me Houle et Me Marineau. Merci beaucoup pour
vos réponses à nos questions. Je vais essayer d'y aller en rafale. J'ai
plusieurs petits points que j'aimerais vérifier avec vous puis je vais
commencer par mon dernier point, comme ça je ne l'oublierai pas, parce que je n'ai
pas eu le temps de le noter.
Alors, le point 8 de votre mémoire,
page 16, lorsque vous parlez de mettre de côté l'obligation d'avoir une
traduction vidimée... autrement dit, vidimée, corrigez-moi si j'ai tort, mais
c'est fait par un traducteur officiel, et ça, il y a des coûts, il y a des
délais, qui fait
partie de l'Ordre des traducteurs. Vous dites... faites la
distinction entre le français et l'anglais, parce que le Code civil le fait
déjà pour un acte, une convention de gestation pour autrui faite à l'extérieur
du Québec, faites une distinction entre le français et l'anglais et les autres
langues. Si je vous comprends, c'est ça, votre recommandation, n'est-ce pas?
M. Houle (Kevin) : Oui, mais la
recommandation, c'est surtout le fait que... Que ce soit une rédaction en
français ou en anglais ne cause pas de problème, si c'est la volonté des
parties, d'autant plus qu'on parle ici d'un contrat
notarié qui aurait été expliqué en long et en large aux parties. Mais
effectivement, si jamais c'était un contrat en une autre langue, on s'entend que la traduction serait
nécessaire. Mais ici, c'est surtout au niveau du français et de
l'anglais.
M. Tanguay : C'est ça. Et vous
faites référence aux articles 3006 et 140 du Code civil du Québec, qui le
fait déjà, «une autre langue que le français ou l'anglais doivent être
accompagnés d'une traduction vidimée au Québec». Ça fait que vous dites...
appliquez miroir, là, sur cet élément-là.
M. Houle (Kevin) : Effectivement, et
le raisonnement derrière ça, c'est nécessairement le fait que, si jamais il y a une... Le contrat de mère porteuse,
effectivement, ne sera pas publié ni public dans le sens où ce n'est pas
nécessairement consulté par les gens. Donc, on ne voyait pas l'intérêt de
devoir le traduire, là, même s'il est en langue anglaise.
M. Tanguay : On va faire un lien
avec ce que vous venez tout juste de dire. À la page 11, et ça, c'est appliqué à votre point 2.4, là, à
l'article 541.4, suggère de remplacer «devant témoins» par «sous serment».
Vous dites un peu plus bas, dans le haut de la page 11, puis
j'aimerais vous entendre là-dessus, sur votre réalité technologique et
pratico-pratique, là, de notaire : «L'APNQ souligne que les notaires,
ayant la possibilité actuellement de recevoir des actes notariés en minute technologique — par visioconférence et signatures numériques — l'acte
authentique est devenu beaucoup plus accessible pour le public.» Quand vous
dites «pour le public», dans quel contexte le public aurait accès à un acte
notarié?
M. Houle
(Kevin) : Bien, actuellement, c'est le public... Ce qu'on
veut dire ici, c'est qu'à compter du moment où une personne a un besoin
juridique et doit consulter un notaire, et que l'acte qui en ressort, de cette
consultation-là, doit être notarié, le public, c'est le terme général, fait en
sorte que la personne qui nous consulte n'aura pas à se déplacer, pour le
moment, depuis la pandémie, à nos bureaux pour signer l'acte notarié. Ça peut
se faire à distance.
Donc, c'est dans ce sens-là où les gens, avec le
déplacement... moi, je suis dans la communauté de Montréal, donc, avec le
trafic, etc., donc c'est de là le «plus accessible».
M. Tanguay : C'est ça. Je voulais
juste comprendre, parce que je ne suis pas notaire, mais «public», c'est ceux
qui ont un intérêt juridique, évidemment, pour le consulter, là. Il faut le
lire comme ça.
M. Houle (Kevin) : C'est les
justiciables, les justiciables, là, tout le monde.
M. Tanguay : Tout le monde?
M. Houle (Kevin) : Tout le monde qui
a besoin d'un... tout le monde, actuellement, que ce soit pour un testament,
que ce soit pour un mandat de protection, une transaction immobilière, une
vente de compagnie ou quoi que ce soit, dès
qu'on parle d'un acte notarié, on peut le faire, depuis le début de la
pandémie, sous forme numérique, à distance, contrairement à l'acte
notarié présentiel.
M. Tanguay : Et c'est comme le
registre foncier, c'est accessible à tous.
M. Houle (Kevin) : Le registre
foncier demeure, quant à lui, numérique depuis déjà un certain nombre d'années.
Ça, ça n'a pas changé. Mais on parle ici que... quand on parle d'un acte
notarié, ça demeure un acte confidentiel, un contrat. Si jamais c'est une vente
d'immeuble, on va le publier au registre foncier, comme c'est le cas depuis longtemps. Mais, si jamais c'est un
testament, par exemple, le testament est confidentiel. Le notaire conservera
l'original sous version numérique, c'est ça,
la distinction, et la personne qui aura signé le testament l'aura signé à
distance. Elle peut être de chez elle, dans son salon, et l'acte demeurera
notarié parce qu'il aura été signé sur une plateforme qui a été approuvée par
la Chambre des notaires du Québec. Donc, c'est vraiment le support de l'acte
qui est changé.
M. Tanguay : Question, puis
peut-être Me Marineau... La convention de gestation pour autrui, est-ce
qu'elle va être accessible au public, oui ou non?
Mme Marineau
(Tania) : Non, c'est un contrat privé, évidemment. Mais si, exemple,
la mère porteuse, elle est aux États-Unis,
les consultations pourraient se faire à distance, et l'acte pourrait être même
signé à distance sans que la mère porteuse ait à venir au Canada. Donc
là, on évite en plus plusieurs frais, là, pour les personnes impliquées.
M. Tanguay : Mais ça va être
confidentiel, ça ne sera pas public. C'était juste ça, ma question.
Mme Marineau (Tania) : Tout à fait.
M. Houle (Kevin) : Oui, effectivement.
C'est le terme «public», je comprends. Le terme «public» ne veut pas dire
publicisé, hein, ou rendu public, ce n'est pas ça.
M. Tanguay : O.K. Modifications de
la convention de gestation pour autrui, au bas de l'article 541.11 :
«La convention peut être modifiée avec le consentement de chacune des parties
par acte notarié.» Ici, vous dites, vous demandez plus de précisions,
j'aimerais vous entendre là-dessus : «Cette modification peut-elle être
effectuée en cours de grossesse?» C'est le point d'interrogation que vous
soulevez, hein, ici.
M. Houle (Kevin) : Bien, c'est parce
que pour l'instant, considérant qu'on n'a pas encore, c'est tout à fait normal,
là, la connaissance des règlements d'application de la loi, on ne sait pas
encore quel sera le contenu de la convention de gestation pour autrui. Donc,
notre questionnement était autour du fait que, si jamais on doit modifier ce
contrat-là, j'imagine que la modification devra être notariée aussi, si l'acte
lui-même est notarié. Mais quelles seront les modifications possibles? Est-ce
qu'on va pouvoir revenir sur le montant compensatoire à la mère? Vous
comprenez? Donc, c'est tout ça, là. C'était un point général qui était soulevé
pour discussions futures, évidemment.
Tanguay : Et c'est un point
excessivement important. Puis, je veux dire, on peut bien avoir, puis vous y
participez, puis c'est excellent, une nomenclature juridique stricte, très
claire puis rigide dans le bon sens du terme, parce que c'est des questions
excessivement importantes, mais la loi est silencieuse. Qu'en est-il si la mère
porteuse décide de dire : Bien, écoutez, finalement, je veux modifier
tels, tels, tels aspects, sachant qu'elle aussi elle pourra toujours retirer
son consentement à tout moment? Alors, qu'est-ce qui pourrait être permissible
ou pas? Si ce n'est pas clair, il risque d'y
avoir des litiges là-dessus. Puis probablement que vous le vivez dans vos
pratiques régulièrement, quand la loi n'est pas claire, bien, c'est là
source d'interprétations puis de litiges aussi, là.
M. Houle (Kevin) : Mais également
ici, l'élément qui est important, quand même, à retenir, c'est que la modification notariée va faire en sorte qu'il y
ait un notaire, donc un officier public. Donc, si une modification est
possible et doit être faite, on va s'assurer
de l'intention des parties à accepter cette modification-là, en comprendre la
teneur, les tenants et aboutissants. Donc, c'est encore la même
protection qui va être quand même rattachée à cette modification-là.
M. Tanguay : ...ça se peut.
Avez-vous des exemples où le législateur dit : Après tel acte notarié, les
parties ne peuvent pas modifier... Est-ce que... Avez-vous des exemples,
notamment en droit de la famille, que les parties ne peuvent pas modifier un
acte authentique initial ou c'est les règles générales des contrats, puis, si
les parties s'entendent, bien, elles peuvent modifier ça comme elles le
veulent?
M. Houle
(Kevin) : Je pourrais
laisser Me Marineau répondre après coup, mais, pour ma part, vite fait
comme ça, je n'ai pas d'exemple outre le fait que, par exemple, il peut y avoir
une obligation, des conditions devant être dans
un contrat, par exemple, donc, une hypothèque, le montant doit être inscrit en
dollars canadiens sur un immeuble au Québec, etc. Donc, il y a des
conditions qui sont là, une fois que les points 1, 2, 3, 4, 5 sont là, le reste
autour, bien, c'est les dispositions générales, là, des contrats qui
s'appliquent.
Mais
effectivement c'est pour ça, donc, si jamais les règlements d'application ou
les termes de la loi mentionnent que les éléments devant être dans le
contrat de convention de mère porteuse, de gestation pour autrui sont les
suivants et ne pourront être modifiés ou ne pourront être que les suivants,
donc, ça signifie qu'on ne pourrait pas mettre autre chose, vous comprenez.
Donc, c'est à voir au niveau du règlement d'application, mais je n'ai pas
d'exemple personnellement, malheureusement. Je ne sais pas si Me Marineau
en a.
Mme Marineau (Tania) : Bien, en
fait, il y a le contrat de mariage que, si on veut modifier de régime, on ne
peut pas exactement... on peut modifier le régime, mais ça reviendrait à dire
qu'on doit dissoudre, exemple, la société d'acquêts ou le régime de séparation
de biens avant de pouvoir retourner vers un des autres régimes. Donc, c'est une
des situations que la modification en tant que telle n'est pas aussi simple de
dire : On modifie, s'il y a des grandes conséquences à. C'est plutôt une
dissolution avant de pouvoir repartir sous un nouveau régime.
M. Tanguay : Je suis heureux de voir
que vous avez déjà des liens avec des notaires dans d'autres États. Ce sera une
possibilité, par règlement, de dire : Bien, voici les États qui offrent un
cadre général similaire à celui du Québec, le respect des règles d'ordre
public, et ainsi de suite. J'imagine que vous, vous allez avoir peut-être une
réflexion là-dessus. Ce ne sera pas chose simple et ce sera chose excessivement
importante de dire : Bien, le Québec accepte, oui, que de telles
conventions se fassent à l'international, mais avec tel, tel État et pas tel,
tel État.
Selon vous, qu'est-ce qui devrait guider le
législateur? Parce que ça va se faire par règlement.
M. Houle (Kevin) :
Oui, mais déjà notre mémoire, ce qu'on mentionne, c'est que même une procédure
de mère porteuse, là, où la mère réside hors du Québec, on mentionne que ça
pourrait... ça devrait être notarié également de manière à ce que le notaire,
toujours officier public, conseiller juridique, puisse conseiller toutes les parties. Mais... (panne de son). Par exemple,
la mère porteuse, effectivement, avant de conclure le contrat, le père
devra s'assurer avec un notaire, ou conseiller, ou un avocat de l'État où elle
demeure que la loi là-bas permet à une femme de signer un tel contrat.
Effectivement, il y aura des vérifications en amont que le notaire devra faire,
si on y va avec un acte notarié pour la convention de gestation pour autrui où
la mère demeure à l'extérieur de l'État.
Tanguay : Et ça, je vous
avoue que ça m'a surpris, que c'est notarié ici, mais que ce n'est pas notarié
là-bas, parce qu'il y a tout un encadrement puis une assurance que
l'information, les vérifications, l'âge, tout ça, la capacité de contracter...
J'aimerais vous entendre rapidement, parce que
c'est important, sur la fin de l'union de fait. Il va falloir apporter des précisions là-dessus. Je m'excuse, on
manque de temps, mais un élément excessivement important, donc, point 4, présomption de paternité étendue de
l'union de fait. Il va falloir préciser ça parce que ça peut être très
difficile.
Le Président (M.
Bachand) : En quelques secondes.
M. Houle (Kevin) : Effectivement.
M. Tanguay : Effectivement. Bravo.
Merci à vous.
Président (M. Bachand) :
Alors donc, je cède la parole, maintenant, au député d'Hochelaga-Maisonneuve pour une période de
2 min 43 s. M. le député, s'il vous plaît.
M. Leduc : Merci, M. le Président.
Peut-être une question de nombre. Est-ce que vous avez un estimé de cette
nouvelle procédure, là, qui nous est proposée aussi, toujours sur la gestation
pour autrui? Est-ce que vous vous attendez à une explosion du nombre de
personnes qui pourraient se présenter devant des notaires pour enregistrer un
tel contrat? Est-ce que vous avez une évaluation de qu'est-ce que ça va
produire comme mouvement?
M. Houle (Kevin) : Me Marineau,
je ne sais pas si...
Mme Marineau (Tania) : Je dois
avouer que je n'ai pas de nombre, mais je sais que certains dossiers qui sont retombés
dans ma cour ont été justement... tu sais, on voit que les gens ont tenté de
contourner la loi par rapport que c'est un contrat illégal, puis que, là, tu
leur poses des questions, puis c'est clairement ça, mais ils disent que, non, non, c'était une histoire, le conjoint a eu une
aventure, puis finalement, là, elle veut l'adopter, l'enfant, tu sais,
comme... Je crois que ça va vraiment faciliter la vie du Québécois de pouvoir
adopter, bien, procéder de cette façon-là sans avoir, justement, à contourner
la loi. Et, oui, je crois que c'est... je n'ai pas de nombre, mais c'est
vraiment un avancement qui va aider les Québécois et Québécoises à unir leurs
familles.
M. Leduc : Et le scénario que vous
évoquiez, là, où les personnes essaient un peu de contourner, à quel point
c'est fréquent dans le travail d'un ou une notaire?
Mme Marineau (Tania) :
Bien,
c'est quand même fréquent, mais, tu sais, c'est sûr que des dossiers
d'adoption, ce n'est pas... ou de contrats de mère porteuse, ce n'est pas...
Présentement, j'en ai plusieurs à mon actif, mais je dois avouer que je ne fais
pas ça tous les jours. Donc, malheureusement, je n'ai vraiment pas de nombre, mais ça arrive. Et heureusement, il y a eu le
jugement en 2014 qui a permis, justement, de contourner la loi elle-même,
mais des fois les gens ne sont pas au courant. Donc, s'ils avaient consulté le
notaire plus tôt ou s'ils avaient... bien, s'il y avait eu plus de
médiatisation de ce jugement-là, bien, ils sauraient qu'il y a une façon quand
même de procéder sans trop se casser la tête.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. Mme la députée
de Joliette, pour 2 min 43 s, s'il vous plaît.
Mme Hivon : Merci, M. le Président.
Je vais continuer exactement sur la même voie, Me Marineau. Vous comprenez
que vous êtes notre premier groupe et vous avez une expérience très concrète
sur le terrain.
Donc, juste pour les gens qui auraient un peu du
mal à suivre... parce que, dans le Code civil, ça dit bel et bien que les
conventions pour gestation pour autrui sont nulles, de nullité absolue, mais
depuis tantôt vous dites : la reconnaissance des conventions... Donc,
juste nous expliquer l'effet qu'a eu ce jugement-là. Est-ce que ça veut dire
maintenant que de telles conventions peuvent se faire malgré qu'il y a une
nullité dans le Code civil à l'égard de ces conventions-là?
Marineau (Tania) :
Oui. Depuis 2014, le jugement Adoption — 1445
a permis de procéder à l'adoption en
disant que c'était la façon la moins insatisfaisante. Donc, j'ai justement
présenté un dossier dans le district de Joliette et je n'ai pas eu à
justifier. J'avais fait des... j'étais prête à argumenter à la juge que cette
jurisprudence-là le permettait, et non, justement, les juges sont rendus
habitués depuis 2014 que, tant que la convention... tu sais, on voit vraiment qu'il n'y a pas de rémunération, mais que c'est les
dépenses qui sont bien établies, que les parties sont toutes d'accord, bien,
que la mère porteuse a bien consenti, qu'elle a bien été au certificat de
naissance, que toute la procédure qui a été mise dans le jugement est
respectée, c'est accepté.
Donc, on a cette façon-là, maintenant, de
procéder depuis 2014, mais je crois que la façon proposée est beaucoup plus
simple. Et pourquoi également que je crois que le consentement... qu'on croit,
à l'APNQ, que ça doit être sous serment... parce qu'autrefois, là, avec la
procédure actuelle, on a un consentement et on a un juge à la fin qui vient
dire : bien, oui, le consentement a bien été donné, les parties ont bien
été signifiées, notifiées, donc on accepte l'adoption. Donc, c'est pour ça que,
le consentement, ça serait important qu'il soit vraiment sous serment ou devant
notaire, parce que c'est ce consentement-là qui vient consentir la filiation.
Hivon : O.K, merci. Puis, très rapidement, vous parlez, au
point 7, page 15 de votre mémoire, d'inclure les conflits qui
pourraient découler de la convention de gestation pour autrui pour la médiation
familiale. Est-ce que vous pouvez nous dire ce que vous avez en tête?
M. Houle (Kevin) : Bien,
effectivement, donc, c'est parce que considérant qu'on a des jugements des fois
qui eux-mêmes peuvent être... vont en appel, vous comprenez? Donc, à partir du
moment où des personnes s'entendent sur quelque chose, il y a quand même un
risque, en quelque part, qu'une
partie considère que finalement, l'intention,
c'était peut-être autre chose ou qu'on veuille déterminer autre chose qui a été
déterminé dans le contrat, vous comprenez? Donc, il peut y avoir une mésentente
ou un différend quelconque.
Donc, à partir de là, on préférerait
effectivement, quant à pouvoir bénéficier de ce programme-là, entre guillemets,
là, au niveau de l'adoption, que ça soit applicable également pour la
convention de gestation pour autrui.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup, Mme la députée.
Me Houle, Me Marineau, merci beaucoup d'avoir été avec nous ce matin.
Vous avez brisé la glace des auditions publiques. Alors, merci beaucoup de
votre courage, et on se dit à très bientôt. Merci.
Alors, je suspends les travaux quelques
instants. Merci.
(Suspension de la séance à 10 h 55)
Le Président (M.
Bachand) :
À l'ordre, s'il vous
plaît! La commission reprend ses travaux. Alors, il nous fait plaisir
maintenant d'accueillir les représentantes du Conseil du statut de la femme.
Alors, comme vous savez, vous avez 10 minutes de présentation au total.
Alors, je vous inviterais à vous présenter puis à débuter votre exposé. Puis,
encore une fois, merci beaucoup d'être avec nous ce matin. La parole est à
vous.
Mme Cordeau (Louise) Merci, M. le
Président. Alors, M. le ministre, chers membres de la commission,
Louise Cordeau. Je suis présidente du Conseil du statut de la femme. Je
suis accompagnée de Mme Mélanie Julien, qui est directrice de la recherche
et de l'analyse et qui a passé, avec son équipe, de nombreuses heures, vous
vous en doutez bien, à analyser le projet de loi.
Alors, vous vous doutez bien qu'au nom du
Conseil du statut de la femme, je suis heureuse de vous faire part aujourd'hui
des réflexions et des recommandations du conseil sur cet imposant projet de loi
qui vise notamment à réformer les dispositions du droit de la famille relatives
à la filiation. Considérant l'importance du projet de loi n° 2
et le peu de temps imparti à son étude, le Conseil du statut de la femme, en
cohérence avec sa mission, a choisi de se concentrer sur deux sujets qui
soulèvent des enjeux majeurs pour les femmes : la maternité pour autrui et
la violence.
D'abord, la maternité pour autrui. Permettez-moi
d'entrée de jeu d'indiquer que le conseil n'est pas en accord avec l'expression
«gestation pour autrui» qui est utilisée dans le projet de loi. Selon l'Office
québécois de la langue française, la gestation réfère au monde animal. Elle
définit l'état d'une femelle vivipare qui porte son petit dans son utérus, de
la conception à l'accouchement. Le vocabulaire est lourd de sens. Bien que le
choix d'un terme soit épineux, le conseil privilégie la notion de maternité
pour désigner l'expérience humaine de la procréation, de la grossesse et de
l'accouchement.
De façon plus générale, le conseil salue la
volonté du gouvernement d'encadrer les projets de maternité pour autrui. Le conseil l'affirmait en 2016 et il le
réaffirme aujourd'hui. Considérant que le phénomène existe au Québec, le
gouvernement doit donc baliser les pratiques
afin de respecter la dignité, l'intégrité, la santé et la sécurité des
femmes, de même que l'intérêt des enfants.
Il doit aussi s'assurer de la non-instrumentalisation du corps de la femme. Le
projet de loi contient d'ailleurs
plusieurs dispositions pertinentes à cet effet. Je pense notamment à celles qui
visent à s'assurer que la femme qui accepte de porter un enfant pour
autrui soit âgée d'au moins 21 ans, que cet acte soit fait par altruisme,
donc gratuitement, qu'un délai de réflexion soit alloué à la femme porteuse
pour donner son consentement.
Le conseil estime cependant
que l'encadrement des projets de maternité pour autrui devrait être renforcé.
Je m'attarderai ici sur trois propositions. Premièrement, le conseil recommande
d'exiger que seules les femmes qui ont une expérience d'accouchement puissent
porter un enfant pour autrui. Une telle expérience est nécessaire pour qu'une
femme puisse donner un consentement éclairé. Ce critère figure d'ailleurs parmi
ceux énoncés par plusieurs comités d'éthique dans le monde. Le conseil est
convaincu que le Québec doit s'en inspirer.
Deuxièmement, le conseil formule des
recommandations en vue de mieux accompagner la femme qui accepte de porter un enfant pour autrui, de même
que les parents d'intention. Le projet de loi prévoit que les deux
parties doivent rencontrer séparément une ou un professionnel habilité à les
informer sur les implications psychologiques et les questions éthiques de la
maternité pour autrui. Elles doivent obtenir une attestation signée avant
d'entreprendre une convention notariée. Aux yeux du conseil, cette démarche est
minimaliste. Entreprendre un projet de maternité pour autrui comporte de
nombreuses implications physiques, psychologiques et éthiques. Les parties
doivent prendre une panoplie de décisions fort délicates. Par exemple, comment
l'enfant sera-t-il conçu? De qui proviendront les gamètes? Quelles seront les
relations entre la femme porteuse et les parents d'intention au long de la
grossesse et après la naissance de l'enfant? Les professionnels doivent donc
jouer un plus grand rôle que simplement d'informer. Elles et ils doivent
pouvoir discuter avec chacune des parties et les conseiller dans l'important
projet dans lequel elles souhaitent s'engager.
C'est pourquoi le conseil propose d'étoffer le
rôle attendu des professionnels. Dans la même veine, il est impératif que des
lignes directrices guident les professionnels, de même que les femmes qui
comptent porter un enfant pour autrui et les parents d'intention. Le
gouvernement vient d'instituer un comité central d'éthique en matière de
procréation médicalement assistée à la suite de demandes formulées en ce sens
par plusieurs groupes, dont le conseil. Ce comité, de par sa composition
multidisciplinaire, dispose de l'expertise requise pour élaborer de telles
lignes directrices pour tout projet de maternité pour autrui. Le conseil
propose de lui en donner le mandat.
Troisièmement, le conseil souhaite que le projet
de loi soit l'occasion de documenter le phénomène de la maternité pour autrui,
phénomène qui demeure encore peu connu. En instituant le droit à la
connaissance des origines, réclamé par le conseil depuis 1987, le projet de loi
confie au ministre du Travail la responsabilité de créer un registre contenant
des renseignements sur le profil des tierces personnes qui contribuent à la
procréation d'un enfant. La création de ce registre représente, aux yeux du
conseil, une occasion unique de disposer de données globales sur la maternité
pour autrui et de les rendre accessibles à des fins de recherche.
Par ailleurs, le conseil se montre préoccupé par
certaines dispositions du projet de loi et de leur éventuelle interprétation.
Je m'attarderai ici à deux d'entre elles. D'une part, si les conditions
générales à tout projet de maternité pour autrui ne sont pas respectées, le
projet parental serait déclaré nul. Une femme porteuse pourrait alors être
reconnue comme mère légale de l'enfant, même si ce n'est pas sa volonté, et
sans possibilité de modifier la filiation. S'il importe certainement
d'encourager le respect des conditions générales, le conseil estime que la
conséquence prévue au projet de loi serait très lourde pour les femmes
porteuses. Le conseil estime nécessaire que la volonté des femmes porteuses
soit, dans tous les cas, prise en considération.
D'autre part, dans le cas où la femme porteuse n'est
pas domiciliée au Québec, l'acte de naissance obtenu à l'étranger pourrait être
reconnu par un tribunal québécois, dans la mesure où les conditions générales à
tout projet de maternité pour autrui ont été respectées. Dans l'éventualité où
ces conditions ne sont pas respectées, le tribunal pourrait ne pas reconnaître
l'acte de naissance étranger ou la décision étrangère. Cette possibilité
interpelle le conseil quant à ses conséquences.
Passons maintenant au sujet de la violence. Le
projet de loi introduit des éléments devant être considérés par le tribunal
dans des contextes de violence familiale. Par exemple, il prévoit un mécanisme
permettant à un parent de requérir seul des soins pour son enfant mineur dans
une situation de violence familiale ou sexuelle causée par l'autre parent. Il
doit aussi tenir compte de la présence de violence familiale lors d'une demande
de déchéance de l'autorité parentale. Le conseil salue cette volonté du
gouvernement de considérer la violence en contexte familial, et ce, dans
l'intérêt de l'enfant. Il souhaite toutefois s'assurer que toutes les formes de
violences seront ainsi prises en considération, notamment la violence conjugale
qui afflige tant de femmes et leurs familles. C'est dans cette optique que le conseil recommande à la Commission des
institutions de modifier, dans le projet de loi, l'expression «violences
familiales» et de la remplacer par «violences familiales, conjugales,
sexuelles, physiques et psychologiques».
En conclusion, le projet de loi n° 2
modifie significativement le droit de la famille près de 40 ans après
l'établissement de ses fondements. Le conseil souhaite vivement que les
discussions et les réflexions à son sujet se poursuivent.
Nous demeurons évidemment disposés à y prendre part, considérant les
conséquences majeures que cette réforme
aura sur les femmes, sur les familles, sur les enfants et sur l'ensemble des
prochaines générations. Je vous remercie.
Président (M. Bachand) :
Merci beaucoup, Me Cordeau. Donc, nous allons débuter la période
d'échange. M. le ministre, s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Oui. Merci, M. le Président. Me Cordeau,
Mme Mélanie Julien, bonjour. Merci de participer aux travaux de la
commission. C'est un plaisir de vous retrouver. Je tiens à vous remercier pour
votre présentation, pour votre mémoire, mais également pour avoir contribué à
notre réflexion pour le projet de loi, parce qu'en 2016, déjà, le Conseil du
statut de la femme avait émis un avis relativement à l'encadrement des mères
porteuses, qu'il fallait protéger les mères porteuses et les enfants, et vous
formuliez une série de recommandations qui ont inspiré notamment, entre autres,
la rédaction du projet de loi. Et je crois que vous reconnaissez, dans votre mémoire,
également que le souci du projet de loi, c'est de faire en sorte, notamment en
matière de gestation pour autrui ou de maternité pour
autrui, là, vous proposez cela, de faire en sorte de protéger les femmes qui
décident de porter les enfants pour autrui et également l'intérêt de l'enfant.
Bon, dans un premier temps... Bien, commençons
par le vocabulaire. Vous dites... écoutez, gestation pour autrui, vous dites,
je paraphrase, ça fait un peu animal. Nous, on préfère le fait que ça soit
«maternité pour autrui». Moi, je vous dirais, l'autre volet, ça fait en sorte
que le terme maternité n'est pas non binaire aussi. Alors, j'essaie d'avoir un
vocabulaire qui est le plus inclusif possible. Qu'est-ce que vous pensez, là,
de tout ça, là? Pour vous, c'est important qu'il soit écrit «maternité de
substitution»?
Mme Cordeau
(Louise) : On en est conscients, M. le ministre, de la
difficulté que représente une ouverture, l'exclusion de toutes les personnes
qui pourraient vouloir former une famille. Nous avons, dans notre mémoire, utilisé le terme «femme porteuse». Dans le projet
de loi, on dit «femme ou personne qui». Bon, nous, on pense que le...
Et là-dessus le conseil a fait un pas, parce
qu'on parlait de mères porteuses. Donc, on parle de femmes porteuses et non
plus de mères porteuses. Pourquoi? Parce que les femmes qui portent un enfant
ne s'identifient pas nécessairement comme les mères de cet enfant-là, parce que
la notion de mère peut être assimilée à un rôle social. Donc, les formes....
les femmes qui portent l'enfant pourraient ne pas vouloir jouer ce rôle social
là, et l'objectif de la loi est justement de définir quelle personne va être
désignée comme parent.
Alors, nous, on fait le pas, passant de mère
porteuse à femme ou personne, mais nous, on a privilégié femme. Et le mot «maternité», lorsqu'on le regarde
simplement dans sa définition, là, on ne cherche pas trop loin de là, la
maternité est définie comme le fait de porter et de mettre au monde un enfant.
C'est exactement ce que représente l'acte de porter
et de mettre au monde un enfant pour autrui et c'est pour ces raisons que nous
avons choisi le terme «maternité».
M. Jolin-Barrette : C'est bien
noté. Bon, sur la question du projet de loi en général, là, nous, on a essayé
d'avoir un processus clair, prévisible et sécuritaire qui vise à protéger
l'enfant, également la mère porteuse. Au niveau des balises générales, est-ce
que le Conseil du statut de la femme est satisfait de la façon dont on vient
encadrer la maternité pour autrui ou la gestation pour autrui?
Mme Cordeau (Louise) : ...on est très satisfaits. On réclamait depuis longtemps
d'avoir des balises et de faire en sorte que ces balises-là protègent toute la
démarche parentale. Les balises font en sorte qu'on prévoit ce qui va arriver
avant la grossesse. Donc, on travaille en amont... les mères porteuses puissent
être conscientes des impacts de leur choix.
Cependant, ce qu'on vous mentionne, c'est qu'on
souhaiterait... Puis c'est la question qu'on s'est posée à travers tout ce
processus-là. On a une obligation d'informer. Qu'est-ce qui arrive si, en cours
de processus, un ou une professionnelle s'aperçoit qu'il y a des risques pour
la santé physique ou psychologique de la femme qui portera un enfant, que les
parents d'intention ne sont peut-être pas outillés ou que ce n'est peut-être
pas la meilleure décision d'avoir ce projet parental là?
On sait, M. le ministre, que, dans le cas des
projets de procréation assistée, lorsque les couples se rendent en clinique,
ces évaluations-là sont faites. Les évaluations sont faites par un médecin du
Collège des médecins. S'il n'est pas certain, il doit demander... il doit
demander à quelqu'un d'un ordre professionnel, comme un psychologue ou une
psychologue, d'attester que le projet parental remplit toutes les règles, à la
fois médicales, éthiques et... bon. Donc, c'est pour ça qu'on se dit : Le
professionnel ou la professionnelle qui rencontrent les parents, au lieu de
simplement avoir la responsabilité d'informer, pourrait-il avoir une autre
responsabilité, de conseiller, d'évaluer? Bon, est-ce qu'on pourrait aller
jusqu'à dire : Il pourrait ne pas recommander? Mais là c'est... qu'est-ce
qui arrive après qu'il n'ait pas recommandé? Plusieurs questions sont ouvertes
là-dessus, et c'est pour ça qu'on...
M. Jolin-Barrette : Mais peut-être,
si vous me permettez, juste là-dessus, je vous fais le parallèle. En matière
d'adoption, là, c'est une évaluation qui est effectuée par un professionnel
relativement au fait de confier un enfant à un parent adoptant. Nous, ce qu'on
a mis dans le projet de loi relativement à la gestation pour autrui ou la
maternité pour autrui, c'est une séance d'information, un peu comme vous le
recommandiez dans le mémoire en 2016. Mais là je dois comprendre que vous nous
invitez peut-être à même... à mettre le même formalisme, d'avoir une évaluation
pour un projet parental à la fois pour la femme qui décide de porter l'enfant,
mais à la fois pour les parents d'intention. Vous nous dites : Ça ne
devrait pas être juste une séance d'information, ça devrait être une évaluation
des parents.
Mme Cordeau (Louise) :
Est-ce que... Est-ce qu'on doit se rendre à l'évaluation? Ce n'est pas une
recommandation formelle qu'on vous fait. Mais ce qu'on vous dit, c'est que le
rôle du professionnel ou de la professionnelle devrait être plus grand que
simplement... que simplement informer. Est-ce qu'il peut conseiller? Est-ce
qu'il peut dissuader? Est-ce qu'il peut dire : Avez-vous pensé à ça?
Est-ce qu'il y a des conséquences de cette nature-là? Je pense qu'on peut se
poser des questions. Si on arrive, à un moment donné, dans la...
On sait que les notaires, s'il n'y a pas de
consentement éclairé, vont pouvoir agir. C'est leur responsabilité d'agir et de
s'assurer d'un consentement éclairé de toutes les parties, particulièrement la
femme qui a le projet de porter l'enfant. Mais, si quelqu'un voit que ce n'est
pas une bonne idée, de façon médicale, psychologique ou autre, qu'est-ce qui
arrive dans ce cas-là?
Et c'est pour ça
aussi qu'on vous recommande, par le biais d'un comité d'éthique, de déterminer
certaines balises, certaines balises chez les professionnels qui font les
séances d'information et qui pourraient conseiller, qu'ils pourraient
utiliser à des fins de s'assurer que le projet parental est un projet qui est
viable et surtout, comme vous l'avez dit, M. le ministre, d'entrée de jeu, dans
l'intérêt de l'enfant. Et ça...
Jolin-Barrette : O.K. Autre question relativement... durant la
grossesse, nous, on est venus dire, dans le fond : La femme conserve
l'entière discrétion par rapport aux soins médicaux qu'elle reçoit. Donc, ça
veut dire, si, en cours de grossesse, elle
souhaite se faire avorter, elle peut le faire à tout moment. La convention ne
peut pas s'y opposer. Même chose au moment de l'accouchement. La femme
qui a accouché, elle peut décider de conserver l'enfant. Ça, vous êtes à l'aise avec ça, avec ce délai de huit,
30 jours là, qui fait en sorte qu'on laisse l'autonomie de la femme en
place?
Mme Cordeau
(Louise) : En fait, dans tous les cas, ce qui est important
pour nous, c'est de s'assurer que la volonté de la femme soit respectée, que
son consentement soit respecté, et on n'entrera pas dans nécessairement toutes les dispositions légales. Je sais que Me
Langevin va être devant vous, va peut-être entrer dans des
considérations de nature plus juridique. Mais ce qui est important pour le Conseil
du statut de la femme de retenir, c'est que le consentement de la femme qui
accepte de porter un enfant pour autrui soit... que la volonté de cette
femme-là soit respectée dans tous les cas, autant si elle refuse son
consentement pour redonner l'enfant aux parents d'intention.
Et l'autre hypothèse
qu'on a évoquée tantôt, c'est : Est-ce qu'elle pourrait être obligée de
devenir la mère légale de l'enfant, si ce n'est pas son consentement? C'est un
élément, je pense, que la commission devra évaluer et analyser de façon à respecter la volonté... de toujours respecter la
volonté de la femme qui porte un enfant pour autrui.
M. Jolin-Barrette : O.K. Peut-être un
commentaire puis une question avant de céder la parole à mes collègues.
Sur la notion de violence, je vous entends bien, vous dites : Bien,
écoutez, c'est une violence qui est...
La définition de violence familiale, c'est...
il faut que ça soit extensif. Bien entendu, ça inclut les différentes formes de
violence, et on l'a libellé de cette façon-là pour ne pas être limitatif, pour
ne pas faire en sorte... parce que, si on vient la décrire, éventuellement, il pourrait y avoir, dans le
futur, d'autres types de violence qui ne sont pas identifiés, exemple,
violence conjugale, violence psychologique, puis auxquels on ne pense pas
aujourd'hui. Ça fait qu'on veut permettre au juge de toujours considérer la
violence familiale dans un sens large lorsqu'il va statuer, notamment sur la
garde des enfants. Ça fait que je souhaitais vous le mentionner puis vous
rassurer à cet effet-là.
Et ma dernière
question, relativement à la connaissance des origines, vous l'avez dit, depuis
1987, là, le conseil milite en faveur. Pourquoi c'est important pour les
enfants issus de l'adoption ou même, désormais, avec la gestation pour autrui,
de connaître leurs origines?
Mme Cordeau
(Louise) : Je pense que c'est fondamental dans la vie d'un
individu. Il y a plusieurs impacts. On s'entend qu'il y a plusieurs impacts à
la connaissance de ses origines. On voit aussi que l'acceptabilité sociale au
Québec par rapport à la connaissance de ses origines, eu égard à l'adoption, à
tout le cheminement qui a été fait par rapport aux enfants adoptés qui
souhaitent connaître leurs origines... Certains souhaitent rencontrer ou non
leurs parents. Et, lorsqu'on parle de maternité pour autrui, bien, je pense
qu'il est évident que la connaissance des origines est fondamentale,
considérant qu'une tierce personne est impliquée dans le processus.
M. Jolin-Barrette : Parfait. Bien, écoutez, un grand merci pour votre
présence en commission parlementaire. Je crois que la députée de Mirabel
veut intervenir.
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup, M. le ministre.
Effectivement, Mme la députée de Mirabel, et, pour votre information, il vous
reste un petit peu moins que cinq minutes. Mme la députée.
Mme D'Amours :
Merci, M. le Président. Mes salutations. Salutations à tous mes collègues
aussi. Merci, Mme Cordeau et Mme Julien, d'être présentes ce matin avec
nous pour ce projet de loi. J'aurais deux questions, en fait, là. Ma première serait... bon, à partir de votre mémoire, au
chapitre 1.1, vous parlez de l'expérience d'accouchement et vous
semblez dire qu'il serait préférable que la femme qui souhaite porter un enfant
soit à sa deuxième expérience de grossesse et non à la première. J'aimerais
vraiment ça que vous me clarifiiez ça, parce que, pour moi...
Je vous donne comme
exemple une femme qui, d'un grand altruisme, de bonté, de bienveillance, va
accepter de porter un enfant pour quelqu'un qu'elle connaît puis que, pour
elle, elle ne veut pas d'enfant dans sa vie, mais qu'elle va faire ce geste-là pour une personne qu'elle considère que ce
sera des bons parents. Vous semblez dire qu'on ne peut pas lui donner ce
droit-là parce que... À vous entendre depuis tout à l'heure, là... j'écoute
tout ce que vous nous dites, et vous dites que la volonté des femmes doit être
respectée dans tous les cas. Et, si c'était sa volonté à elle, pourquoi vous
nous proposez une deuxième grossesse?
Mme Cordeau
(Louise) : Bien, nous, on se réfère quand même à certaines
études, à des comités d'éthique. Et même, dans le mémoire, on réfère aussi à
des femmes qui ont porté des enfants pour autrui, et c'est leur recommandation
de faire en sorte qu'il y ait eu une première grossesse, un premier
accouchement. Et, dans l'ensemble, ça permet de mieux anticiper les impacts
d'une grossesse et d'un accouchement. La capacité de mieux anticiper les étapes de la grossesse et de
l'accouchement, ça veut dire aussi mieux connaître le processus
d'attachement au foetus, au bébé et à
l'enfant qui naît. Ça peut aussi faciliter puis diminuer les risques de
complications lors de l'accouchement quant à la santé des femmes, et on
peut se dire aussi que ça facilite le consentement éclairé. Et je vais laisser
Mme Julien compléter parce que le Québec ne serait pas le seul endroit dans le
monde à exiger une première expérience de maternité.
Mme Julien
(Mélanie) : Effectivement, en complément, ce que je peux ajouter,
c'est que les comités d'éthique de par le monde exigent généralement ce
critère-là pour dire que, pour qu'une femme puisse agir comme... pour porter un
enfant pour autrui, elle doit avoir une expérience antérieure d'accouchement.
En Ontario, c'est permis d'agir comme... pour
porter un enfant pour autrui. Et, en Ontario, ce qu'on exige pour établir la...
pour qu'un enfant né d'une maternité pour autrui, pour qu'on établisse la
filiation de l'enfant par la voie administrative, la femme doit avoir utilisé
des traitements de procréation assistée. Alors, elle doit se présenter en
clinique de procréation assistée et elle doit... et, en clinique, c'est le
critère obligatoire, pour qu'une femme puisse porter un enfant pour autrui
grâce à des traitements de procréation assistée, elle doit avoir une expérience
antérieure d'accouchement.
Alors, sur la base de ces critères-là qui
prévalent parmi les différents comités d'éthique et qui prévalent dans d'autres
régions du monde, il nous semble que c'est un critère qui est incontournable
pour s'assurer du consentement éclairé des femmes en question.
Mme D'Amours : Mais vous allez être d'accord
avec moi qu'un accouchement... on n'est jamais certains, même si c'est la
première, la deuxième ou la troisième, qu'elle soit semblable à la première. On
peut très bien avoir une très belle grossesse, une première grossesse, et une
deuxième avec une expérience qui n'est pas... qui n'est vraiment pas le fun,
là. Mais il reste quand même que le droit de la femme qui désire ne faire
qu'une seule grossesse dans sa vie, elle serait mise à l'écart, si on dit
vraiment que c'est seulement à la deuxième grossesse. Et il y a une entente qui
pourrait se faire avec les parents facilement, là. La femme qui décide
d'avoir... pour sa première grossesse, décide de faire l'expérience, mais qui,
au bout du compte, garde l'enfant parce que... son attachement, le projet de
loi lui donne cette possibilité-là.
Donc, je trouve ça un petit peu spécial parce
qu'on... la nature fait en sorte qu'il n'y a pas un accouchement qui est
pareil. Je comprends qu'il y a peut-être eu des études sur ça, mais peut-être
qu'on aurait eu droit à une étude où il y a des femmes qui auraient aimé être
légales et d'avoir une seule expérience, un seul accouchement pour être
bienveillantes envers des gens qu'elle connaît qui ne peuvent pas avoir
d'enfant. Je trouve ça... C'est un dilemme.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup, Mme la députée. M. le député de
Lafontaine, s'il vous plaît.
M. Tanguay : Pour 10 minutes,
M. le Président?
Le Président (M.
Bachand) : Et 50 secondes, oui.
M. Tanguay : Écoutez, je veux
laisser absolument du temps à ma collègue de Westmount—Saint-Louis. D'abord, à mon
tour de vous saluer, Me Cordeau et Mme Julien. Merci beaucoup. On pourrait
en parler toute la journée puis on n'aurait pas fait le tour de questions
excessivement délicates. Puis savez-vous quoi? Je réalise à lire votre mémoire
puis je réalise à lire le papier écrit par Maria De Koninck, la rechercheuse...
la chercheure, pardon, hier, dans La Presse , qui posait des
questions excessivement importantes... je suis conscient du fait que moi, je
suis un homme, je n'ai jamais apporté la vie, le ministre non plus. On est
pères, mais ce n'est pas l'expérience maternelle, bien évidemment. C'est des
questions, donc, qui touchent fondamentalement aussi aux droits de la femme.
Je lance la réflexion, puis c'est un
commentaire, réflexion, question : Qu'en est-il des obligations, durant la
grossesse, de la mère porteuse? Est-ce qu'il y aurait un droit de regard sur
les parents d'intention de dire : Bien là, là, tu es tout à fait
déraisonnable de prendre un verre de vin une fois de temps en temps? Ou semble-t-il
qu'on a vu sur Facebook une photo, tu fumais la cigarette? Je vous dis ça,
c'est éminemment pratico-pratique, ce que je vous dis là, mais ce sont des
questions de droits fondamentaux délicats, puis j'aimerais vous entendre
là-dessus.
Donc, sur l'expérience d'accouchement, on vous a
entendues. Je souscris à votre réflexion, qui est celle de dire, je pense, oui,
d'abord, c'est une bonne chose que d'encadrer cela, je pense que, sur le fond,
vous êtes d'accord à un encadrement versus pas d'encadrement, mais vous parlez
d'un comité d'éthique, et ainsi de suite. Honnêtement, là, puis j'entends qu'on va commencer dans quelques semaines, l'autre
bord des fêtes, l'article par article, croyez-vous qu'on a fait,
socialement, tout le débat nécessaire? Moi, comme législateur, là, quand on va
écrire avec le ministre là, puis les autres collègues aussi, collègues
féminines, mais... on va avoir le crayon, nous aussi, sur des droits des
femmes. C'est particulier. J'aimerais vous entendre là-dessus.
Mme Cordeau (Louise) : Je pense que... Vous parlez d'un débat social. Déjà,
d'avoir un projet de loi devant nous, d'avoir les contours du projet de loi et
le fait d'en discuter, c'est un pas en avant. Est-ce qu'on aurait pu prendre
plus de temps? On pourrait toujours prendre plus de temps. Nous, on veut se
concentrer sur le projet de loi qui est devant nous et faire en sorte que
l'intérêt des femmes et des enfants soit préservé.
M. Tanguay : Et avez-vous une
réflexion, des données quant à l'attachement mère-enfant après l'accouchement? Qu'en est-il? Pour moi, là, je
suis dans le noir. Je peux présumer qu'un enfant... puis, après ça, il y
a le... trouver ses origines par la suite. Il pourrait, puis corrigez-moi si
j'ai tort, n'être pas possible pour un enfant de savoir qui était la mère
porteuse. Mais l'attachement envers ma mère biologique et/ou envers ma mère
porteuse, est-ce qu'on a suffisamment de données d'analyse?
Et je souscris encore
une fois à votre demande qu'il y ait des conseils avec les professionnels qui
seraient beaucoup plus étayés que la loi, là. Il n'y a jamais de rencontre non
plus entre les deux, devant un professionnel, entre les parents de... Vous voyez, je vous lance
ça, là, puis vous voyez mon état d'esprit comme législateur, là. J'ai
plein de points d'interrogation puis je me
demande si on va faire la bonne chose. On va faire le travail, il n'y a pas de
problème, comme vous le dites bien, mais qu'en est-il de l'attachement?
Qu'est-ce qu'on est en train de faire, là? Et je pense que c'est important,
oui, de l'encadrer, mais est-ce qu'on a toutes les réponses pour bien
l'encadrer, suffisamment? Je vous laisse mon temps, là.
Cordeau (Louise) : Je vous dirais qu'en
2016 le Conseil du statut de la femme a fait un avis très imposant sur le sujet.
Je ne l'ai pas sous les yeux, mais plusieurs des éléments que vous évoquez, M.
le député, étaient étayés quant à l'attachement de l'enfant, quant à l'impact
psychologique sur les mères qui ont porté un enfant pour autrui, quant à
l'impact aussi des autres enfants d'une femme qui aurait choisi de faire un
enfant pour les autres, pour autrui. Alors, ces éléments ont été étayés.
Cependant, on doit se
rendre à une conclusion, c'est un phénomène qui est très peu documenté, donc...
Et c'est pour ça qu'on est satisfaits qu'il y ait un registre, que le ministre
du Travail, de la Sécurité et de l'Emploi ait des responsabilités de tenir le
registre à cet effet, parce que, malgré toute la bonne volonté du monde et
malgré tous les croisés qu'on voudrait faire, malgré tout le travail de
recherche, ce phénomène-là est un phénomène qui n'est pas documenté, qui se
passe bien souvent entre quelques personnes et qui va nous permettre, à partir
de l'adoption de ce projet de loi là, avec
évidemment les bonifications qui seraient nécessaires, d'évaluer l'ensemble des
concepts, d'évaluer l'ensemble des
conséquences et peut-être de prendre des décisions qui seraient plus nuancées
ou qu'on pourrait voir... être dirigé d'une autre façon. Mais... Et je
ne sais pas si Mme Julien a des commentaires, mais vous répondre de façon scientifique sur l'ensemble de vos préoccupations,
qui sont aussi les nôtres, on en convient, c'est extrêmement difficile.
Mme Julien (Mélanie) : Oui, je peux peut-être
ajouter. Au regard des recherches, effectivement, vos questions sont tout à fait légitimes, et les recherches qui
sont menées sur le sujet sont très embryonnaires, et tout
particulièrement au Québec. Bien sûr qu'il y a quelques études empiriques qui
sont réalisées, mais les échantillons sont, bien sûr, de très petite taille.
Alors, dans quelle
mesure on peut généraliser sur la base de ces études-là? C'est vraiment... Il
faut vraiment agir avec... et on peut aussi
avoir à l'esprit que les personnes qui acceptent de témoigner dans le cadre de
telles études empiriques qualitatives, c'est potentiellement des
personnes pour qui les expériences ont peut-être été un petit peu plus
heureuses. Les personnes pour qui la situation s'est mal conclue sont peut-être
un peu plus réticentes à pouvoir en témoigner dans le cadre d'études.
Alors, c'est pour ça
que le conseil, dans sa recommandation, là, on souhaite vraiment que les
données soient colligées dans le cadre du registre, puissent être utilisées à
des fins de recherche pour qu'on puisse approfondir notre connaissance du
sujet, notre connaissance de ces conséquences-là, puis ajuster le tir aussi
pour s'assurer que les balises permettent véritablement de protéger les femmes
puis les enfants qui sont à naître.
Président (M. Bachand) : Mme la députée de
Westmount—Saint-Louis,
il vous reste un peu plus que trois minutes.
Maccarone : Bien, questions en rafale... D'abord, bonjour, mesdames.
Je veux revenir un
peu sur l'expérience que... la recommandation que vous faites, d'avoir une
expérience antérieure d'accouchement, que je
trouve très intéressante comme recommandation. Suite à un accouchement, avez-vous
autres recommandations dont nous devons prendre en considération, comme des
soins psychologiques? Ce serait la question n° 1.
Puis, quand on parle de... quand on... Pour consentir à la... renonce à son
lien de filiation avec l'enfant, on ne dit pas : avant sept jours
suivant sa naissance. Est-ce que cette période de temps est assez longue, trop
courte? Votre avis là-dessus.
Cordeau (Louise) : Évidemment,
l'expérience de maternité est un des critères. La loi donne d'autres balises, que nous saluons, qui sont très
importantes. L'ajout qu'on fait quant à l'accompagnement des parents
d'intention et de la personne ou de la femme
qui souhaite porter un enfant pour autrui, c'est fondamental. Le consentement
libre et éclairé... Là, je vous
repasse les étapes, mais tout ça est fondamental, et l'étape du contrat notarié
est très importante aussi.
Alors, je vous dirais
que toutes ces étapes-là d'accompagnement... et je rajouterais peut être un
élément, ce sera éventuellement la connaissance de toutes ces dispositions-là,
auprès de la population québécoise ou des populations concernées par ces
projets-là. Donc, d'en prendre... de prendre la mesure de la démarche et des
règles afférentes au Québec, et qui s'imposent, serait... va être éminemment
important dans le contexte.
Mme Julien
(Mélanie) : Si vous permettez, j'ajouterais peut-être un élément,
parce qu'effectivement, dans les recommandations du conseil, il y a un certain
nombre de balises ou de dispositions que l'on souhaite voir renforcées dans le
projet de loi, mais on est bien conscientes que le projet de loi n° 2
ne pourra pas, à lui seul, régler toutes les questions éthiques que suscite le
phénomène de la maternité pour autrui. Et c'est pour ça qu'on souhaite qu'il y
ait un comité d'éthique qui puisse établir des balises, des lignes directrices
pour pouvoir éclairer l'ensemble des parties et l'ensemble des professionnels aussi
qui auront à intervenir auprès des femmes qui souhaitent porter un enfant pour
autrui puis aussi informer des parents d'intention.
Alors, oui, c'est
important de renforcer les dispositions du projet de loi, mais aussi c'est
important de confier le mandat à un comité d'éthique d'établir des lignes
directrices pour aller beaucoup plus en profondeur, pour élucider différentes
situations que ne peut pas aborder, forcément, un projet de loi.
Président (M. Bachand) : Moins d'une
minute.
Mme Maccarone : Ça m'amène une
question, puis, c'est sûr, on ne pourra pas l'aborder. Comme mon collègue a
dit, on pourra avoir un débat toute la journée, mais, mettons... On parle d'un
âge minimum, mais on ne parle pas d'un âge maximum. Mettons, à mon âge, j'ai
une fille qui a 21 ans, puis, pour des raisons médicales, elle ne peut pas
porter un enfant, selon vous, votre recommandation, est-ce que je devrais avoir
la possibilité, à l'intérieur de la loi, de porter un enfant pour ma fille?
Mme Julien (Mélanie) : Bien, notre
recommandation, c'est que ce genre de question là puisse être examinée par un
comité d'éthique qui soit multidisciplinaire, que ce comité-là se penche sur
ces cas de figure là et donne des balises claires pour élucider ces
situations-là.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. M. le député
d'Hochelaga-Maisonneuve, s'il vous plaît.
M. Leduc : Merci. Bonjour. Merci
d'être avec nous aujourd'hui. Moi aussi, j'aurais plusieurs questions, mais
évidemment, le temps étant réduit, on va y aller à quelques-unes.
La première, c'est : Est-ce qu'il n'y a pas
une forme d'hypocrisie entre le cadre législatif, là, qu'on veut mettre de
l'avant, qui permet des remboursements de dépenses, même des remplacements d'un
revenu, et, d'autre part, le Code criminel qui dit que c'est absolument
interdit de rémunérer une personne? Est-ce que, le remplacement de revenu, on
n'est pas loin de la rémunération? Il n'y a pas une forme d'hypocrisie?
Mme Cordeau (Louise) : Bien, je pense que l'intention...
Le Président (M.
Bachand) : ...juste un petit moment. Je sais que vous
n'attaquez pas personne en disant le mot «hypocrisie», juste faire attention de
ne pas porter d'intention au législateur, oui?
M. Leduc : Ah mon Dieu! Bien,
O.K., d'accord.
Le Président (M.
Bachand) : Non, mais je sais que ce n'était pas ce que vous
vouliez faire, mais juste faire attention. Oui, Me Cordeau.
Mme Cordeau
(Louise) :
De mon humble point de
vue, je pense que l'intention du législateur est de combler les pertes que
pourrait avoir une femme suite à son acceptation de porter un enfant pour
autrui. Il y a, je pense, une différence entre une rétribution et combler des
pertes de revenu ou des coûts afférents associés au choix de la femme qui
accepte de porter un enfant pour autrui. C'est mon premier réflexe.
M. Leduc : Pour vous, la
distinction est claire entre les deux?
Mme Cordeau
(Louise) : On le souhaite.
M. Leduc : Parfait, autre question. Vous proposez une série
de mesures pour resserrer l'encadrement. Avez-vous une crainte que plus on resserre l'encadrement,
plus les contournements... les voies de contournement qui sont utilisées
actuellement vont continuer d'être utilisées?
Mme Cordeau
(Louise) : C'est difficile de le savoir. Cependant,
j'ajouterais que les voies de contournement sont passablement balisées par le
projet de loi aussi. Si, par exemple, des parents d'intention avaient...
choisissaient une femme pour porter l'enfant... une femme qui n'habiterait pas
au Québec, il y a des dispositions dans le projet de loi qui encadrent aussi
cette démarche-là, et la reconnaissance ou non qui pourrait être faite par les
tribunaux fait en sorte, je dirais, de ne pas faciliter les démarches.
M. Leduc : Le temps... Il me
reste un peu de temps. Peut-être pouvez-vous nous parler de vos propositions
sur le RQAP?
Mme Cordeau
(Louise) : Bien, le RQAP, nous saluons le fait que les parents
d'intention et que la femme qui souhaite porter un enfant pour autrui puisse
bénéficier de ces mesures comme l'ensemble des parents du Québec peuvent le
faire actuellement.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. Merci. Mme la députée de Joliette,
s'il vous plaît.
Mme Hivon : Oui, bonjour à vous
deux. Merci beaucoup pour votre mémoire. Je l'ai parcouru avec beaucoup
d'intérêt. J'aurais des tonnes de questions pour vous. J'ai
2 min 50 s. Donc, je vous les donne en rafale, puis vous irez
avec ce que vous jugez le plus important ou ce sur quoi vous avez des réponses.
Vous avez parlé... Pour l'expérience
d'accouchement qui était dans les lignes directrices en Ontario, est-ce que
vous avez d'autres exemples de pays qui exigent ça? Si vous ne l'avez pas
aujourd'hui, si vous voulez nous l'envoyer... Ensuite de ça, est-ce que vous avez une idée... En ce
moment, au Québec, sans encadrement, il peut y avoir combien de
gestations de maternité pour autrui dans une année? Et est-ce que, dans les
juridictions où on est venus encadrer, il y a eu une hausse du recours à la
maternité pour autrui? Et puis, votre comité d'éthique, vous le voyez national
et intervenant concrètement ou uniquement une fois pour énoncer les grandes
lignes directrices?
Mme Cordeau
(Louise) : Je vais laisser Mme Julien répondre. Elle
acquiesçait à plusieurs de vos questions.
Mme Julien (Mélanie) : Par où
commencer? Ce que l'on sait, c'est qu'il y a eu quand même, en
Colombie-Britannique et en Ontario, des législations qui ont été passées
récemment pour, effectivement, baliser le recours à la maternité pour autrui.
Et puis les données témoignent quand même, là, qu'il y a un certain nombre
de... Il y a quand même des cas assez significatifs. Il y a un nombre assez
significatif de femmes, dans ces régions, en Ontario et en
Colombie-Britannique, qui agissent comme mères porteuses.
On n'a pas de données semblables au Québec,
malheureusement. On compte... On espère, en fait, que les données, là, qui vont
être colligées dans le registre vont justement nous permettre de suivre
l'évolution au Québec, parce qu'actuellement on n'en a aucune idée. Mais on
sait quand même qu'il y a un certain nombre de femmes, en Colombie-Britannique
et en Ontario, qui agissent comme mères porteuses. Et puis, selon des données
dont on dispose, là, c'est quand même dans le tiers... entre 30 % et
40 % de ces femmes-là agissent comme mères porteuses pour des parents d'intention en dehors du Canada,
alors d'où l'importance du projet de loi, d'avoir des dispositions qui permettent d'éviter les risques de dérives au
regard de la maternité entre régions du monde, mais on n'a pas de cas au Québec.
Et, en ce qui touche les expériences
d'accouchement antérieures, je le disais tout à l'heure, effectivement, que la société américaine de la médecine
reproductive et la société européenne de la reproduction humaine ont des
comités d'éthique qui exigent ce critère-là d'accouchement antérieur pour
autoriser un projet de maternité pour autrui.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. C'est tout le
temps qu'on a, Mme Julien et Me Cordeau. Merci beaucoup d'avoir participé avec
nous à nos auditions.
Cela dit, je suspends les travaux jusqu'après
les affaires courantes. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à 11 h 40)
Le Président (M.
Bachand) : Bon après-midi. À l'ordre, s'il
vous plaît! La Commission des institutions reprend ses travaux.
Nous poursuivons donc les auditions publiques
dans le cadre des consultations particulières sur le projet de loi n° 2, Loi portant sur la réforme du droit de la famille en
matière de filiation et modifiant le Code civil en matière des droits de la
personnalité et d'état civil.
Cet après-midi, nous allons entendre le Pr
Martin Blais, titulaire de la chaire de recherche de la diversité sexuelle, de même que Gabriel James Galantino. Et
nous allons entendre également la Pre Isabel Côté et le Pr Kévin Lavoie.
Mais d'abord, nous débutons avec les
représentants de la Chambre des notaires du Québec, que je salue. Merci
beaucoup d'être avec nous. Alors, comme vous savez, vous avez 10 minutes
de présentation. Après, nous aurons un échange avec les membres de la
commission. Donc, je vous cède la parole immédiatement, et vous pouvez débuter
votre exposé en vous présentant, bien sûr. Merci.
Mme Potvin (Hélène) : Alors, bonjour
à tous. Merci. Alors, permettez-moi, donc, de vous présenter Me Jean Lambert,
qui m'accompagne aujourd'hui, notaire émérite, ancien président de la Chambre
des notaires, donc Me Lambert a été membre du Comité consultatif sur le droit
de la famille, et moi-même, donc, Hélène Potvin, notaire et présidente de la
Chambre des notaires du Québec.
Alors, M. le Président, M. le ministre, Mmes,
MM. les députés, au nom de la Chambre des notaires du Québec, je vous remercie
pour votre invitation à cette consultation particulière sur le projet de loi n°
2, ce projet de loi qui constitue le premier jalon de la réforme du droit de la
famille au Québec, qui vise à moderniser notre système juridique en tenant
compte des nouvelles réalités familiales, psychologiques et humaines des
Québécoises et des Québécois. La chambre... (panne de son) ...la détermination
du ministre de la Justice, qui a fait de ce dossier l'une de ses priorités
absolues, permettant ainsi à notre société de faire un grand pas vers l'avant.
Vous me permettrez aussi de souligner le travail
colossal qui a été mené depuis plusieurs années par notre confrère, le notaire
et professeur Alain Roy. Me Roy a été le président du Comité consultatif sur le
droit de la famille et auteur d'un rapport étoffé remis au ministre de la
Justice en juin 2015, rapport dont le projet de loi s'est grandement inspiré.
Le dossier de la réforme du droit de la famille
est d'une importance capitale pour les notaires et pour la chambre. Agissant
comme les conseillers juridiques de proximité des familles québécoises, et ce,
à chaque étape de leur vie, les notaires, présents aux quatre coins du Québec,
sont depuis longtemps témoins du décalage entre le régime juridique actuel et
les réalités vécues par les citoyens et leurs familles. C'est pourquoi l'ordre
réclame, depuis plusieurs années déjà, une modernisation
globale du droit de la famille, qui en a bien besoin, la dernière grande
réforme datant plus de 40 ans. La chambre a toujours fait preuve d'un
grand leadership dans cette question, notamment en mettant sur pied la
Commission citoyenne sur le droit de la famille en 2018, qui a permis de sonder
les besoins des citoyens, mettant en lumière l'urgence d'agir.
Puisque la chambre accueille très favorablement
ce projet de loi, c'est donc avec grand plaisir que nous venons témoigner
aujourd'hui devant vous afin d'exposer certains de nos commentaires et
recommandations sur ce dernier. Le mémoire que la chambre soumet à la
Commission des institutions se fonde sur trois grands principes :
l'intérêt de l'enfant, le rôle du notaire comme juriste des familles et grand
collaborateur de l'État dans cette réforme, et l'impact des mesures projetées
sur la pratique notariale et, incidemment, sur les Québécoises et Québécois,
lors de leurs interactions avec les notaires.
Tout d'abord, la chambre salue l'importance
qu'accorde le législateur au principe de l'intérêt de l'enfant, principe qui se doit d'être la pierre d'assise de
la réforme globale du droit de la famille au Québec. En ce sens, le p.l.
n° 2 comporte des mesures concrètes qui placent
l'intérêt de l'enfant au coeur des préoccupations. Nous pensons ici à l'ajout de la violence familiale comme critère à
considérer par le tribunal lorsqu'il rend une décision concernant
l'enfant ou encore l'octroi d'une aide juridique gratuite à tout enfant mineur
pour tous les services couverts dont il pourrait avoir besoin. Il s'agit
d'avancées très positives pour la protection des enfants.
Par ailleurs, la chambre profite de sa présence
aujourd'hui pour suggérer au législateur de poursuivre sur sa lancée, même
d'aller plus loin, pour consacrer la reconnaissance des droits fondamentaux des
enfants comme principe absolu dans notre droit en l'incluant dans la charte
québécoise.
Une autre avancée quant à la modernité de notre
système juridique en matière familiale est l'encadrement par le projet de loi
de la gestation pour autrui afin d'assurer la sécurité juridique des parties.
Nous savons tous que ces situations existent actuellement sans aucun
encadrement, sans aucune protection ni pour la personne donnant naissance ni
pour l'enfant à naître. Ces situations comportent des risques importants. Et la
chambre est favorable à l'imposition d'un cadre afin de baliser cette réalité
et félicite le ministre d'avoir agi en ce sens. Trop de risques sont possibles
en ce moment. Parmi ceux-ci, notons le trafic de bébés nés ou à naître, la
scission de la fratrie ou encore le refus d'un enfant avec un handicap sérieux.
Pour parvenir à établir ce cadre, le législateur
fait appel aux notaires, officiers publics, gardiens de l'ordre social dans la
sphère privée et accompagnant des familles depuis toujours. La chambre est
heureuse pour les citoyens québécois de la reconnaissance du rôle du notaire
que lui confie l'État québécois, qui, aux termes du présent projet de loi,
vient imposer la forme notariée en minute à la convention de gestation pour
autrui. En effet, cette exigence témoigne ainsi de manière absolue que la date
de la convention est antérieure à la conception de l'enfant. Il s'agit là d'un
gage important et indéniable de protection pour chaque personne prenant part à
un projet parental. Certains prendront la parole, sans aucun doute, pour
décrier cette mesure. Cependant, je tiens à vous le préciser, les notaires, en
tant qu'officiers publics, seront le prolongement de l'État dans le cadre de
cette mission sociale et assureront l'équilibre dans les rapports de force
entre les parties ainsi que leur compréhension des engagements souscrits dans
ce contrat innovant.
Il ne faut pas voir dans ce contrat qu'un simple
rapport contractuel. Il s'agit de bien plus pour les parties impliquées. Les
émotions, les doutes, les questionnements feront
partie de la démarche dont les
obligations doivent être clairement comprises pour chacune des parties grâce à
un tiers totalement impartial. C'est ce dernier qui devra partager, avec rigueur et humanisme, toute
l'information en accompagnant chaque
partie afin que chacune y souscrive
en pleine connaissance de cause. Là est la mission du notaire, et il la
réalisera avec la justesse qu'on lui connaît. En plus des vérifications
d'usage, le notaire pourra valider de la pleine capacité des parties tout en
s'assurant pleinement de l'existence du projet parental, et ce, avant même la
conception.
Toujours en matière de gestation pour autrui,
les avantages qu'offrent l'acte notarié et l'intervention du notaire pour la
conclusion de la convention de gestation pour autrui peuvent fort bien
s'inscrire lorsque le projet parental fait appel à une personne acceptant de
donner naissance qui est domiciliée hors du Québec. La chambre est d'avis que
tous les enfants doivent avoir les mêmes droits et la même protection
juridique, que la personne donnant naissance soit domiciliée au Québec ou non.
Ainsi, la
Loi sur le notariat permet la
conclusion d'un acte notarié lorsque des parties sont domiciliées hors Québec.
De plus, l'expérience des notaires en matière de vérification de la validité et
de la conformité de documents étrangers ainsi que de l'identité des comparants
étrangers représentés à l'acte n'est plus à faire.
Il est également possible, depuis quelques mois,
de conclure des actes notariés dématérialisés où plusieurs parties sont
présentes par des moyens électroniques. Cette nouvelle façon de faire préserve
la valeur d'authenticité de l'acte tout en évitant aux parties éloignées des
déplacements coûteux. La chambre est convaincue que, dans de telles situations,
le notaire sera un facilitateur pour le ministre, qui aura à donner son
autorisation et même à être un accompagnateur dans les différentes étapes à
suivre.
84 % des Québécoises et des Québécois
considèrent déjà que la réalisation de la convention de gestation pour autrui
par acte notarié est un gage de sécurité juridique pour l'ensemble des parties.
Le ministre, par ce projet de loi, vient donc corroborer ce lien de proximité
et de confiance qui existe entre la population et le professionnel à qui l'État
délègue une
partie de son pouvoir, c'est-à-dire le notaire.
La chambre prendra son rôle à coeur également
quant à l'encadrement des notaires dans ce nouveau pan du droit de la famille.
Il est certain que notre ordre professionnel est disposé à participer
activement dans l'élaboration du règlement d'application, qui aura des
conséquences importantes sur ses membres et leurs pratiques.
Enfin,
les dispositions du projet de loi qui permettent d'étendre la présomption de
paternité aux conjoints de fait représentent également un grand pas vers un
droit de la famille plus actuel. Il s'agit peut-être même du début d'une
reconnaissance de l'union de fait dans notre droit commun, soit un pas de plus
vers une modernisation des modes de conjugalité au Québec. Ceci dit, la chambre
suivra avec intérêt les travaux du deuxième volet de la réforme globale du
droit de la famille et qui touchera particulièrement la conjugalité. Par
ailleurs, et avant de conclure, je tiens à préciser que nous laisserons le soin
à d'autres regroupements de débattre d'aspects du projet pour lesquels ils ont
pleine compétence à le faire. Je pense ici, entre autres, de l'identité de
genre, mais nous souhaitons que le législateur favorise l'inclusion des
personnes concernées avec le moins de contraintes ou d'étapes possible.
En terminant, la
chambre rappelle qu'elle demeure disponible afin de travailler étroitement avec
l'ensemble des parties prenantes engagées dans cette réforme très importante
pour les familles, leur protection et le Québec de demain. Je vous remercie de
votre attention.
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup,
Me Potvin. M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Oui, merci, M. le
Président. Me Potvin, Me Lambert, bonjour. Heureux de vous retrouver en
commission parlementaire. Je tiens à remercier la chambre d'avoir accepté
l'invitation. Écoutez, c'est un dossier que vous connaissez bien à la Chambre
des notaires. Déjà, depuis 2013 à 2015, il y a eu le rapport du comité
consultatif qui a été rendu, notamment... que les travaux se sont déroulés. Me
Lambert, vous étiez d'ailleurs membre du comité consultatif en compagnie de Me
Roy, qui nous accompagne également.
Je tiens d'ailleurs à
remercier également la chambre pour, bon, le fait que des membres aient
participé à la rédaction de ce rapport, mais également la commission citoyenne
que vous avez mise en place également en 2017‑2018 aussi, où vous avez fait une
tournée du Québec, au niveau de la chambre. Je pense que le fait d'aller voir
les gens, d'expliquer, d'entendre les différents points de vue, ça a contribué
notamment à la réflexion qu'on a eue au sein du ministère de la Justice pour la
rédaction de ce projet de loi.
Alors, je tiens à
vous remercier de tout le travail que la Chambre des notaires a fait par
rapport à la réforme du droit de la famille. C'est un enjeu qui est important.
Et surtout il était nécessaire d'actualiser le droit de la famille au Québec,
qui n'avait pas été fait depuis une bonne quarantaine d'années. Alors, je tiens
à vous dire merci. Puis je comprends, à la lecture de votre mémoire, aussi que,
globalement, la chambre est satisfaite des propositions que nous faisons. Dans
l'aspect global des choses, vous notez que c'est une avancée significative.
Mme Potvin (Hélène) : Oui, tout à fait. Alors,
essentiellement, comme je le mentionnais, plusieurs des recommandations
du rapport ont été reprises dans le projet de loi. Alors, je vais laisser quand
mêm