Agriculture, Fisheries, Energy and Natural Resources — 5 February 2020 (42nd Legislature, 1st Session)
CAPERN 2020-02-05
Quebec — Committees
Une autre
chose aussi, naturellement, on a à échanger, parce que le projet de loi vise à
mettre en place un nouveau programme de crédit de taxes foncières agricoles,
mais d'avoir un programme qui va être efficace puis qui va être fiable.
En même temps, c'est un projet qui vise à proposer des solutions pour contrôler
le coût de la taxe foncière puis son impact sur la compétitivité des
entreprises du secteur, puis c'est un projet de loi qui donne suite à
l'engagement de notre gouvernement de faciliter la vie des citoyens puis des
entreprises puis de réduire la bureaucratie.
Concrètement, cinq objectifs qui sont visés par
le projet de loi : un premier viserait à protéger les producteurs agricoles contre les valeurs extrêmes des terres
agricoles en plafonnant leur valeur imposable; un deuxième préviendrait les
augmentations extrêmes de la valeur des terres, notamment en élargissant le
bassin des comparables pour les évaluateurs municipaux; troisièmement,
simplifier les modalités d'accès au Programme de crédit de taxes foncières agricoles et son administration. Puis, en faisant
ça, là, on s'attend à réduire des deux tiers les communications annuelles et
interventions entre le ministère puis
les producteurs agricoles. On a fait répertorier. Là, aujourd'hui, avec le
programme qui est en cours, il y a à peu près 290 000 transactions
qui se font annuellement entre les producteurs agricoles et puis les fonctionnaires. Avec
l'adoption du projet de loi qui est proposé, la réforme qui est proposée, on
tomberait à 90 000, ce qui est très important. Et puis, en plus de ça, naturellement,
bien, le projet de loi va permettre de réduire le fardeau réglementaire de 40 % pour les producteurs agricoles.
Quatrièmement, il propose de créer une catégorie d'immeubles forestiers afin
d'offrir aux municipalités la possibilité
d'appliquer un taux de taxation distinct pour les propriétaires de boisés
privés dans le but de favoriser
l'aménagement de nos forêts, puis ça, c'est une disposition qui répond à une
demande de longue date des producteurs
forestiers; et, cinquièmement, bien, c'est dans la foulée de la stratégie pour
la transformation numérique de l'État, il jette les bases d'un guichet unique
de collecte de données entre le ministère et La Financière agricole du Québec.
Puis, le projet de
loi, naturellement, prévoit également un accompagnement pour les municipalités
les plus touchées par le projet de loi. Ainsi, elles seront compensées de façon
transitoire pour le manque à gagner occasionné par l'application du plafond de
valeur imposable des terres agricoles.
Alors,
en conclusion, M. le Président, je souhaite que les travaux contribuent à
bonifier notre projet de loi puis à le faire progresser vers son adoption.
Puis, honnêtement, je suis ici en mode écoute et puis de bien accueillir les commentaires
des gens. Puis une chose qui est certaine, c'est qu'en simplifiant un programme
qui est trop complexe puis en réduisant les tracas administratifs des citoyens
et des entreprises, le gouvernement veut contribuer à rendre l'État québécois
plus efficace.
Alors,
je remercie à nouveau les groupes qui viendront nous éclairer de leurs
commentaires. Et puis, naturellement, M.
le Président, et tous mes collègues de la CAPERN, je sollicite votre
collaboration pour mener à terme ce processus législatif qui va profiter aux acteurs d'un secteur
d'activité qui est essentiel pour le Québec, pour ses régions puis pour ses
citoyens. Alors, je vous remercie, M. le Président.
Président (M. Lemay) : Merci
beaucoup, M. le ministre. Alors, j'invite maintenant le député de Jacques-Cartier, député de l'opposition officielle, à faire ses remarques préliminaires
pour une durée maximale de quatre minutes.
M. Kelley : Oui. Merci beaucoup, M. le Président. Je veux juste commencer par féliciter
le ministre, c'est son premier projet de loi, puis j'espère qu'on va collaborer
ensemble. Puis, juste très rapidement, il y a beaucoup des éléments du projet
de loi qui sont très intéressants pour les gens dans les régions et aussi les
gens autour de nos municipalités partout au Québec. Alors, c'est sûr, sur notre côté, on va être ici,
pour commencer, juste en mode écoute, pour écouter des différents groupes et
des différents acteurs, puis, après ça, pendant la phase de l'étude détaillée,
on va être ici pour proposer des
suggestions, des amendements, si nécessaire, pour juste améliorer le projet de
loi. Alors, je suis très content et fier d'être ici aujourd'hui puis, comme je
dis, je suis ici pour collaborer de bonne foi à ce projet de loi. Merci.
Le Président (M.
Lemay) : Très bien. Merci beaucoup,
M. le député. Alors, j'invite maintenant le porte-parole du troisième groupe d'opposition en matière
d'agriculture et d'alimentation et député de Bonaventure à faire ses
remarques préliminaires pour une période d'environ une minute. Bon, si ça
déborde un peu, monsieur, pas de problème.
M. Roy :
Je reconnais votre générosité, M. le
Président. Écoutez, bon, bien, je suis très heureux d'être ici pour parler d'un
dossier qui est extrêmement important, c'est les conditions de survie
économique du secteur agricole au Québec. D'entrée de jeu, M. le ministre, oui, la taxe foncière, tout ça, c'est
un enjeu important, mais il y a d'autres, aussi, enjeux qui actuellement
devront être soulevés dans, peut-être, d'autres commissions, entre autres
l'augmentation faramineuse du coût des assurances des agriculteurs. On a
aussi le partage de la richesse dans l'économie agricole. Et, en dernier lieu,
bien, le surplus de 1 milliard de La Financière, depuis
les 10 dernières années, qui devra être analysé en rapport avec les
besoins des agriculteurs. Sur ces mots, bonne commission.
Le Président (M. Lemay) : Merci beaucoup, M. le
député de Bonaventure. J'invite maintenant la porte-parole du deuxième groupe
d'opposition en matière d'agriculture, de pêcheries et d'alimentation et
députée de Rouyn-Noranda—Témiscamingue à faire
ses remarques préliminaires. Vous disposez d'environ une minute.
Lessard-Therrien : C'est à moi? O.K.
Président (M. Lemay) : C'est à vous, Mme la députée de Rouyn-Noranda—Témiscamingue.
Lessard-Therrien :
Merci, M. le Président. Bien, tout simplement, dire merci à tous les
parlementaires d'être présents,
merci aux groupes qui vont témoigner. Donc, on a bien hâte d'entendre les
échanges et de poser nos questions. Merci.
Président (M. Lemay) : Très bien, Mme la députée. Alors, maintenant,
je souhaite la bienvenue aux représentants
de l'Association des
évaluateurs municipaux du Québec, en vous rappelant que vous disposez d'environ
10 minutes pour faire votre présentation. Ensuite,
nous procéderons à la période d'échange avec les membres de la commission. Et
je vous invite, donc, de vous présenter, d'abord, ainsi que les personnes qui
vous accompagnent, puis procéder à votre exposé. La parole est à vous.
Mme Boivin
(Alexandra) : M. le
Président, M. le ministre Lamontagne, Mmes et MM. les députés, l'Association
des évaluateurs municipaux du Québec vous
remercie de lui offrir l'opportunité de s'exprimer sur les enjeux relatifs au
projet de loi n° 48 en lien avec le domaine de
l'évaluation foncière.
Mon nom est Alexandra Boivin. Je suis présidente
de l'Association des évaluateurs municipaux du Québec et directrice du service
d'évaluation de la ville de Gatineau. Je suis accompagnée de M. Martin
Houde, à ma droite, vice-président de l'association et directeur du service
d'évaluation de la ville de Laval, et je suis accompagnée de M. Martin...
pardon, Éric Racine, secrétaire-trésorier de l'association et directeur par intérim
du service d'évaluation de la ville de Québec.
Donc, d'emblée, il nous semble opportun de vous
présenter brièvement notre organisation. L'Association des évaluateurs
municipaux du Québec, soit l'AEMQ, est un organisme à but non lucratif
regroupant principalement des évaluateurs
agréés oeuvrant dans le domaine de l'évaluation foncière municipale à travers
toute la province. Notre conseil d'administration est composé de
15 membres provenant des secteurs public et privé. Fondée en 1959, l'AEMQ
est le plus ancien regroupement de praticiens de l'évaluation foncière
municipale au Québec. Nous comptons
environ 300 membres, qui oeuvrent principalement à la confection et à la
tenue à jour des rôles d'évaluation des municipalités du Québec. Les rôles
d'évaluation sont à la base de la taxation foncière municipale. Comme vous le
savez, celle-ci constitue la principale source de revenus pour les
municipalités du Québec.
L'un des
objectifs premiers de notre association est de représenter l'intérêt des
membres. Ainsi, notre intervention d'aujourd'hui porte sur des enjeux
pragmatiques, simples mais importants, en lien avec l'adoption du projet de loi
n° 48 et de ses répercussions significatives pour les
évaluateurs municipaux. Nous allons
donc aborder deux éléments en particulier, soit l'application des prescriptions
du projet de loi et l'élargissement du bassin des comparables aux fins de
l'établissement des valeurs foncières des terres agricoles.
L'enjeu principal pour l'AEMQ porte sur le délai
imparti pour l'application des prescriptions du projet de loi. Selon le libellé
de l'article 38 du projet, les rôles déposés dès septembre 2020 pour
une entrée en vigueur en janvier 2021
devront présenter les modifications apportées par le projet de loi. Or,
celles-ci commandent des changements informatiques et des gestes
professionnels importants puisqu'elles visent plusieurs obligations de
l'évaluateur, entre autres la production du
sommaire du rôle, la production des avis d'évaluation, les modifications des
répartitions fiscales, l'ajustement de l'image du rôle et l'ajout de la
catégorie forestière. Par exemple, la structure même des
sommaires d'évaluation devra être revue. Ceux-ci compilent
toutes les données du rôle des municipalités du Québec et représentent l'un des outils à la base de notre système fiscal
municipal. De même, l'affichage public des renseignements disponibles
pour les citoyens sera à modifier.
Donc, concrètement, dans le contexte où le
projet de loi s'appliquera aux nouveaux rôles 2021, la situation est critique pour les évaluateurs municipaux, qui
sont d'ailleurs des acteurs importants dans la mise en oeuvre. Lors de la confection
des rôles, les évaluateurs ont besoin de stabilité au niveau de leurs systèmes.
D'ailleurs, la confection des rôles est déjà débutée pour 2021. Le court délai
entre l'adoption du projet de loi et le dépôt des prochains rôles, en
septembre, pourrait créer de l'instabilité dans nos systèmes, sans compter que
les estimations initiales de plusieurs fournisseurs informatiques nous
indiquent qu'il faudra plusieurs mois de développement.
Par ailleurs, outre la modification législative,
nous aurons à analyser les modifications qui seront apportées au Manuel
d'évaluation foncière du Québec en lien avec le projet. Nous devrons donc
effectuer, dans un premier temps, l'analyse d'affaires et fonctionnelle, puis
tester la solution, enfin, faire la formation en vue de l'utilisation en
production. Cela mettrait les évaluateurs municipaux de la province à coup sûr
dans une position difficile.
Par ailleurs, au niveau des gestes
professionnels, nous devrons mettre en place de nouvelles façons de faire pour
la cueillette des renseignements puis valider les données obtenues. Mentionnons
qu'en septembre 2020, c'est 365 municipalités,
par le biais des OMRE, qui déposeront un nouveau rôle d'évaluation 2021,
soit 32 % des municipalités au
Québec. De notre point de vue, il nous apparaît également pertinent de
mentionner qu'il y aura des impacts similaires sur les systèmes de
taxation et leurs processus.
Parallèlement, la dernière vague de
municipalités à devoir se conformer à la modernisation réglementaire implantée
par le MAMH pour les immeubles non résidentiels des unités d'évaluation est
prévue pour les dépôts de rôles 2021. Ainsi, certaines municipalités doivent
déjà composer avec des enjeux importants de modification de leurs données et de leurs systèmes cette année même. Par
conséquent, l'Association des évaluateurs municipaux du Québec
recommande de reporter d'une année l'application du projet de loi n° 48, soit au 31 décembre 2021, pour une entrée en
vigueur des rôles d'évaluation dont le cycle triennal débutera en 2022.
Maintenant,
pour les mesures complémentaires, l'élargissement du bassin des comparables
entre les organismes municipaux responsables de l'évaluation aux fins
d'établissement de la valeur foncière reçoit l'appui de l'AEMQ. Cet
assouplissement est tout à fait pertinent pour améliorer le travail de
l'évaluateur et, incidemment, permettre une meilleure vue d'ensemble du marché
immobilier agricole pour ce dernier. Nous sommes donc très favorables avec
cette mesure.
En terminant,
nous ne saurions insister davantage sur l'importance de revoir la date d'entrée
en vigueur afin d'assurer une mise en oeuvre efficace et réaliste du projet de
loi n° 48 pour les évaluateurs municipaux du Québec. Merci.
Président (M. Lemay) : Très
bien. Merci beaucoup, Mme Boivin. Alors, sur ce, je vais céder la parole
au ministre pour une période d'échange, environ 16 minutes.
M. Lamontagne :
Merci beaucoup, madame. Écoutez, dans un premier temps, quand on parle de
l'élargissement du bassin des comparables, concrètement, pour vous,
comment ça peut vous être utile? Comment ça se passerait? Comment ça se ferait?
Mme Boivin
(Alexandra) : On n'a pas encore déterminé de quelle façon ça se
ferait, parce que je pense que ce n'est pas de notre ressort de le faire. Par
contre, on entrevoit très favorablement cette mesure qui nous permettrait d'avoir accès à plus de données dans le cadre de
notre travail. Et, bien entendu, bien, plus de données va nous permettre
de faire des analyses plus complètes, O.K., et peut-être même de combler
parfois des informations manquantes. Parce
que, lorsqu'on se limite à un territoire donné, bien, bien entendu, on est un petit
peu tributaire de ce qui existe en termes
de marché sur ce territoire-là. Donc, concrètement, je ne peux pas vous dire la
mise en oeuvre se ferait de quelle façon, mais on entrevoit de façon
très positive cette opportunité.
Le Président
(M. Lemay) : M. le ministre.
Lamontagne : Ce que vous dites, ultimement, c'est d'avoir la
possibilité d'élargir les bassins des comparables va vous permettre de faire un travail qui est
encore plus pointu, si on veut, là, par rapport à la justesse, un peu, des
évaluations que vous allez faire, là.
Mme Boivin
(Alexandra) : Oui, exactement. Ça va nous permettre d'améliorer la
qualité de notre travail.
M. Lamontagne :
Excellent. Vous avez mentionné, au niveau
des délais, là, que vous trouvez qu'ils sont courts, et tout ça. Même, vous allez jusqu'à
recommander de reporter la mise en oeuvre. Mais ce que vous nous dites, c'est
qu'en fonction du travail qui
a à être fait, là, il y a une diligence certaine à appliquer, là, si on veut,
dans l'étude et aussi, là, le travail qu'on a à faire par rapport à ce projet
de loi là, puis l'échéancier, là, que le gouvernement s'est fixé, là.
Mme Boivin
(Alexandra) : Bien, pour nous, d'appliquer le projet de loi, en fait,
c'est assez transparent pour l'évaluateur,
parce qu'au-delà de la catégorisation de certains immeubles l'évaluateur va
devoir encore établir la valeur réelle des immeubles. Donc, pour nous,
c'est assez transparent en ce sens-là.
Le Président (M.
Lemay) : Oui, parfait, le député de Bourget, vous avez une question.
Allez-y.
Campeau : Ah! O.K.
Bonjour. Je me demandais, actuellement — je
suis vraiment un néophyte, là — est-ce que vous évaluez déjà les immeubles
forestiers?
Mme Boivin
(Alexandra) : Oui, oui. C'est des immeubles qui sont déjà évalués.
M. Campeau :
O.K. Donc, ce serait juste de continuer à faire le même travail mais en les
considérant dans une catégorie à part.
Mme Boivin
(Alexandra) : Exactement. Par contre, ça commande certains gestes
professionnels, donc on va devoir recalculer certains éléments pour les isoler,
entre autres.
M. Campeau :
D'accord. Vous mentionnez, dans le mémoire, là, que vous êtes en faveur de
l'élargissement du bassin des comparables, là, mais je crois comprendre que,
quand on parle d'un plafond, vous préférez y aller par région administrative.
Est-ce que je comprends bien? Non?
Mme Boivin
(Alexandra) : Bien, au niveau des plafonds, là, je vous dirais
qu'on... Nous, ce qu'on dit, c'est que, comme on établit la valeur réelle des
immeubles, c'est ce qui nous importe, au-delà de tout, si on veut, là. C'est vraiment
à ce niveau-là où est-ce que le geste professionnel de l'évaluateur compte,
c'est au niveau de l'établissement de la valeur réelle. Et
ça, d'après notre compréhension, on a compris que, dans le cadre du projet de
loi, nous allions continuer à produire les valeurs réelles, et, à ce moment-là,
on n'avait pas nécessairement, je vous dirais, d'autre commentaire à faire sur
le sujet.
M. Campeau :
O.K. Comme le ministre l'a déjà mentionné, on voulait protéger des valeurs
extrêmes de certaines terres agricoles.
Est-ce que vous croyez que le projet
de loi, dans son libellé actuel,
devrait nous protéger contre ça? Avez-vous confiance que ça va aider?
Juste votre opinion, parce que, là, je pense que vous êtes extrêmement bien
placés pour en parler.
Mme Boivin
(Alexandra) : En effet, c'est nous qui déterminons les valeurs au rôle
d'évaluation. Les valeurs, à mon point de vue, vont continuer à être
établies de la même façon. Donc, ce que vous qualifiez de valeur extrême, peu importe le projet de loi, on va continuer à établir les
valeurs de la même façon. Donc, au niveau de l'impact sur les agriculteurs, là,
je ne serais pas en mesure de juger, là.
Président (M. Lemay) : Très
bien. M. le ministre, j'ai cru comprendre que vous aviez une autre question.
Lamontagne : Oui, juste en
lien avec la mise en oeuvre, si on veut, l'élargissement des comparables, là, je comprends... Tantôt, j'ai dit dans la forme, mais, en bout
de ligne, on a une réglementation qu'on va devoir constituer, si on
veut, là. Est-ce que vous auriez des recommandations à nous faire par rapport à
cette réglementation-là, là, qu'on va devoir mettre en place?
Mme Boivin
(Alexandra) : Ma première recommandation serait sans doute de faire en
sorte que les règles soient claires pour l'évaluateur pour éviter toute
confusion. Donc, ça, c'est peut-être, pour nous, la base, là. Ça serait d'avoir
une clarté dans les règles qui vont régir l'élargissement du bassin des
comparables. Ce qu'on entrevoit, c'est un possible échange d'information entre
évaluateurs des différentes OMRE, ce qui, présentement, n'est pas prévu dans la
Loi sur la fiscalité municipale, entre autres. Donc, c'est sûr que ces éléments-là
vont devoir être précisés, encadrés de manière claire. Et, bien entendu, on
souhaite pouvoir échanger avec nos collègues professionnels des informations
qui vont nous permettre de faire des meilleures analyses ou des analyses plus
pointues, si on veut, pour les terres agricoles, notamment.
Le Président (M.
Lemay) : ...
Lamontagne : Oui, au niveau des terres agricoles, l'expérience que
vous avez déjà avec l'évaluation, au niveau des immeubles forestiers, dans le cas, encore là,
qu'on aurait l'élargissement des catégories, et tout ça, qu'est-ce que vous verriez
aussi ce qui serait optimal, là, au niveau forestier? Voyez-vous quelque chose
de différencié?
Mme Boivin
(Alexandra) : Oui. Bien entendu, on souhaite fortement qu'au niveau
forestier les immeubles qui vont être identifiés dans la catégorie des
immeubles forestiers le soient par le ministère concerné, là, le ministère des
Forêts et de la Faune, pour qu'on puisse avoir une instance centrale qui nous
indique, de façon encore une fois claire, qui doit bénéficier de la catégorie
en question. Donc, ce qu'on préfère, c'est que ce ne soit pas l'évaluateur qui
fasse la catégorisation et la gestion des propriétés forestières.
Le Président (M. Lemay) : Merci, Mme Boivin. Sur ce, je cède la parole
à la députée de Laviolette—Saint-Maurice.
Mme Tardif :
Merci, M. le Président. Bonjour. Merci beaucoup d'être ici. Je suis contente...
et corrigez-moi, mais je suis contente d'entendre ou de déduire, à la lecture
de votre rapport et à l'écoute de votre présentation, que vous êtes en faveur
de ce projet de loi là, et le seul bémol que je perçois étant celui du délai,
le délai nécessaire. Vous dites qu'il y a un délai nécessaire pour la mise en
place, étant donné, là, tout ce qu'il y aura à faire, surtout au niveau
informatique et collecte de données. Est-ce bien ça? Oui? Non... Oui? Parfait.
Et ma question étant...
Il y a deux évaluations, l'évaluation de façon générale et l'évaluation, je
crois bien, des immeubles qui sont non résidentiels. Il y avait deux dates,
2020 et 2021, pour les immeubles non résidentiels. En fait, le portrait, là,
que j'essaie d'avoir c'est : Pour vous, quel serait le délai? À partir du
moment où le système informatique est installé chez vous, tout est fonctionnel,
on peut se dire que... Si on veut que ce projet-là ne soit pas reporté à dans
un an et demi, que devrait-on faire pour que ce soit bien fait, mais quel est
le délai qui est nécessaire pour vous?
Mme Boivin (Alexandra) : O.K.
Bien, premièrement, là, je peux peut-être juste préciser au niveau des dates.
Bien entendu, lorsqu'on parle des dates qui sont actuellement prévues, ça
implique que le rôle d'évaluation qu'on doit
déposer en vertu de la loi, le 15 septembre 2020 et qui rentre
en vigueur en 2021, bien, ce rôle-là devra être modifié, là, pour
correspondre au projet de loi.
Donc,
ça nous laisse très peu de temps. C'est ce qu'on essayait de souligner, c'est
que, dans le fond, on doit avoir tout terminé le projet bien
avant le 15 septembre 2020.
Mme Tardif :
Et c'est là ma question, ma question étant : Combien de temps ça vous
prend? Une fois que le système informatique est fonctionnel et que tout est
parfait, vous demandez un délai de combien de mois ou de semaines pour faire la
collecte et tout?
Mme Boivin
(Alexandra) : Bien, le travail se situe non seulement au niveau de
l'informatique, mais aussi des gestes professionnels et de la collecte de
données. Et ça, bien, ça peut se faire dans différents scénarios d'étapes, là.
Mais il y a non seulement le système informatique à modifier mais aussi les
gestes professionnels à poser.
Et je dirais, au-delà
de tout ça, aussi c'est qu'on doit avoir accès aux modifications qui vont être
faites dans le Manuel d'évaluation
foncière du Québec . Donc, on est un petit peu à la remorque de plusieurs
éléments, que ça soit les modifications du manuel
d'évaluation foncière, les modifications informatiques, la collecte de données,
et c'est tous des éléments qui s'additionnent, dans le fond, dans le processus,
Mme Tardif :
Je ne crois pas — M.
le Président, je m'excuse — avoir
entendu la réponse à ma question. Si on veut vous aider, aidez-nous à vous
aider. Donc, quel est le délai? Quel est le nombre de semaines et de mois que
vous exigez, que vous avez besoin?
Président (M. Lemay) :
Mme Boivin, s'il y a quelqu'un d'autre qui veut répondre, il n'y a aucune
problématique.
Mme Boivin
(Alexandra) : Oui, mais, je pense, M. Racine voudrait répondre à
la question.
M. Racine
(Éric) : Oui. Moi, je vous dirai qu'à ce moment-ci, lorsqu'on commence
le processus de dépôt de rôle, qui prend environ, là, dans le meilleur des cas,
une année, là, plusieurs mois, il faudrait avoir terminé. Il faudrait que les
systèmes informatiques, tel que vous le demandez, seraient en place pour
permettre aux évaluateurs d'avoir eu la quincaillerie, si vous voulez, les systèmes
nécessaires pour être capables de produire un travail de qualité. À ce
moment-ci, les gens qui vont déposer en septembre 2020 ont déjà commencé les
processus. C'est pour ça qu'on est ici pour
vous dire : Bien, ce n'est pas qu'on est de mauvaise foi par rapport à ça, c'est... tout
simplement, on veut bien le
faire et avoir le temps de le faire correctement.
bon, le délai, dans le fond, c'est que, pour moi, là, il faudrait vraiment
que, exemple, là, la ville de Québec qui dépose l'an prochain, les systèmes
soient prêts à la fin de cette année, O.K.? Alors, dans le fond, là, vous voyez un peu
l'urgence de la situation. Et, comme l'information risque d'être
disponible, à quelque part, là, ce qu'on en comprend, peut-être cet été,
le temps de faire les analyses fonctionnelles et d'affaires de la nouvelle
législation, le temps de faire programmer tout ça, le temps de faire tester
tout ça, de faire la formation, de mettre en production, de créer les données,
de mettre tout ça droit, de valider tout ça... Alors, vous voyez un peu le
processus, ça fait
partie des étapes normales d'un dépôt de rôle, et ces
étapes-là, en général, prennent plusieurs mois, voire une année, en général. Il
y a bien des organisations qui vont prendre une année et demie, des plus
grandes organisations. Alors, je ne sais pas si ça répond à votre question,
mais je vous dirai qu'à ce moment-ci on est déjà à court.
Le Président (M.
Lemay) : Merci beaucoup, M. Racine, pour cette réponse. M. le
ministre, allez-y.
Lamontagne : Un petit commentaire pour vous dire qu'on est tout à fait
mobilisés, là, au ministère, dès l'adoption du projet de loi, là, de vous
fournir les informations dans des délais, là, qui vont être très, très, très à
point, si on veut, là.
Président (M. Lemay) : Merci
pour cette précision. M. le député de Beauce-Nord, j'ai cru comprendre que vous avez une
question.
M. Provençal : Merci, M. le Président. J'aurais deux points. J'aimerais revenir sur
l'élargissement des comparables. Est-ce
que vous croyez que cet élargissement-là va faire en sorte que ça va
vous permettre d'aller chercher des données supplémentaires qui vont
permettre, un, d'avoir une meilleure évaluation du domaine agricole et
forestier mais aussi qui va permettre d'éviter des écarts qu'on voyait très, très,
très fortement dans des régions qui étaient limitrophes?
Mme Boivin
(Alexandra) : Effectivement, ça va nous permettre d'avoir une
meilleure harmonisation entre les secteurs limitrophes où est-ce que, présentement,
là, les évaluateurs des deux régions limitrophes ne peuvent pas échanger d'information.
Donc, on sait très bien que ce n'est pas parce qu'une ligne territoriale est
tracée à un endroit que l'information tout juste à côté ne pourrait pas servir
et être pertinente pour évaluer, surtout dans le cas où est-ce qu'on a un petit
peu moins de données. Chaque donnée peut nous permettre d'améliorer la qualité
de notre travail, là.
Provençal : Donc, ça devient un plus pour le rôle que vous avez à
jouer comme évaluateur.
Mme Boivin
(Alexandra) : Exactement.
Provençal : M. le Président, est-ce que j'ai droit à un point
complémentaire? Écoutez, j'ai cru percevoir, dans
votre mémoire, qu'au niveau des... Vous êtes favorables, là, à la catégorie des
immeubles forestiers. Bon.
Malgré ça, je le sais qu'au niveau... avec le
MAPAQ, pour tout ce qui est agricole, il y a des échanges au niveau des données
qui vont très, très bien. Du moment où est-ce qu'on crée une catégorie au
niveau... forestière, qu'est-ce que vous aimeriez... Sur quoi on devrait porter
une attention particulière pour être sûr qu'on va avoir un succès quand il va
arriver le temps de faire ces échanges de données là?
Le Président (M.
Lemay) : Très rapidement.
Mme Boivin (Alexandra) : Bien, je pense qu'il y a déjà un modèle qui
existe, un modèle d'échange d'information qui existe déjà avec le MAPAQ, qui fonctionne très bien. Je pense que ce
serait peut-être juste de répéter le modèle puis peut-être,
éventuellement, voir s'il y a des pistes d'améliorations. Mais, pour l'instant,
ça fonctionne bien.
Président (M. Lemay) : Très bien. Merci beaucoup, Mme Boivin.
Alors, ceci complète cette période d'échange. Et j'invite maintenant la
députée porte-parole de l'opposition officielle en matière d'agriculture,
vice-présidente de la commission et députée de Maurice-Richard
à procéder à sa période d'échange.
Montpetit : Je vous remercie. Bonjour à vous trois. Merci d'être là
avec nous aujourd'hui. Juste avant d'aller plus loin dans les
questions — je
comprends que vous n'avez pas nécessairement de mémoire qui est déposé à la
commission — est-ce
qu'il serait possible, pour la suite de nos travaux... Je ne sais pas si vous
voulez nous faire suivre une liste de recommandations ou peut-être votre
allocution, au moins, de départ, qui pourrait être transférée au secrétariat, juste pour qu'on puisse en prendre
connaissance plus attentivement puis que... Lorsqu'on aura des échanges,
ça va nous aider également pour la suite, là.
Mme Boivin (Alexandra) : Je ne sais pas. Si personne n'y voit d'objection,
nous, on est ouverts à vous partager la présentation d'ouverture qu'on a
faite.
Président (M. Lemay) : Oui, bien sûr. Donc, à ce moment-là, je
vous invite à le transmettre au secrétariat qui le rendra disponible à
l'ensemble des membres de la commission.
Mme Montpetit :
Je ne pense pas qu'il y ait d'objection, quand vous venez présenter, à ce que
vous déposiez votre texte. Puis, si vous avez... Si vous voulez faire
une synthèse des recommandations que vous faites, comme vous venez vous
présenter, vous avez demandé d'être entendus, en tout cas, où vous êtes
présents en consultation, je pense que ça nous aide, après ça, à bonifier le
projet de loi qui est devant nous.
Vous
avez fait référence à l'élargissement des bases des comparables. Est-ce que,
selon vous, dans le projet de loi qui
est devant nous, il y a des correctifs qui devaient être apportés, en ce sens
que... Est-ce qu'il y a une possibilité que certaines régions soient
désavantagées par rapport à d'autres?
Mme Boivin (Alexandra) : Au niveau des évaluateurs, je peux affirmer sans
nul doute que l'ajout d'informations ou
l'ajout de données à notre travail va nous permettre d'améliorer notre travail,
ça fait que je pense que tout le monde est
assez d'accord sur ce point-là. Sans avoir fait de sondage formel auprès de
tous nos membres, le fait d'avoir accès à davantage de données, là, est
très, très favorable de notre point de vue. Je ne vois pas de quelle façon ça
pourrait désavantager soit une région ou soit un propriétaire en particulier,
Mme Montpetit :
O.K., mais je comprends que vous ne l'avez pas évalué non plus. Ce n'est pas
dans cet angle-là, nécessairement, que vous venez vous présenter. Vous, c'est
l'accès aux données, c'est ce que je comprends, qui vous...
Mme Boivin
(Alexandra) : Bien, l'objectif, en
évaluation, c'est d'établir une valeur réelle, et, pour établir une valeur
réelle qui correspond à nos standards professionnels, bien, on doit avoir la
donnée en conséquence.
Mme Montpetit :
Une des demandes aussi... Puis on aura
l'occasion certainement de... bien, pas certainement, mais on les rencontre la semaine prochaine, qui
seront présents, l'UPA sera présente en consultation, une de leurs demandes
historiques, c'est de revoir la méthode d'évaluation du prix des terres agricoles
pour tenir compte de l'évaluation agronomique. Est-ce que, pour vous... Bien, est-ce que vous avez une opinion
là-dessus? Peut-être pas. Vous me faites signe que...
Mme Boivin
(Alexandra) : Je pourrais vous dire
qu'on n'a pas... On ne s'est positionnés ou questionnés sur le sujet en
tant que tel. Nous, je réitère peut-être juste qu'on établit la valeur réelle,
là, selon la définition qui est prévue dans la
Loi sur la fiscalité municipale.
Mme Montpetit :
Je vais reposer ma question. Je vais recommencer autrement, d'abord. Est-ce que
vous avez des suggestions de bonification à faire au projet de loi qui
est sur la table? Parce que, quand on va tomber en étude détaillée, on est bien
intéressés à... Je ne pense pas qu'on est des experts en fiscalité agricole,
personne, autour de la table, ni en
fiscalité, d'ailleurs, mais peut-être que vous avez des suggestions très
concrètes sur certains des articles du projet de loi ou des ajouts qui
pourraient être faits aussi.
Mme Boivin (Alexandra) : L'AEMQ, là, a décidé vraiment, je dirais, de
soulever la principale problématique du délai d'application. Pour ce qui
est du reste du projet de loi, on l'a regardé puis on n'avait pas
nécessairement soulevé d'éléments qui nous paraissaient être problématiques,
Mme Montpetit :
Parfait. Bien, je vous remercie beaucoup.
Mme Boivin
(Alexandra) : Dans le cadre de notre travail, bien entendu.
Mme Montpetit :
Oui, oui, c'est ça. Bien, je comprends, c'est ça, vous avez pris un angle au
niveau du délai. C'est parfait. Je vous remercie beaucoup.
Le Président (M. Lemay) : M. le
député de Jacques-Cartier, est-ce que vous vouliez...
Mme Montpetit : Non, on peut...
Président (M. Lemay) : Non. Ça va, parfait. Donc, à ce stade-ci,
je vais céder maintenant la parole à Mme la députée de
Rouyn-Noranda–Témiscamingue pour sa période d'échange.
Mme Lessard-Therrien : Merci,
M. le Président. Je vais continuer un petit peu dans la même veine que ma
collègue par rapport à l'établissement de la valeur des terres. Dans un tableau
que j'avais tout près, dans un tableau de
La Financière agricole, là, on parle que, de 2017 à 2018, il y a quand
même eu une hausse de 16 % de la valeur des terres agricoles. Bon,
qui dit hausse de valeur des terres, hausse des taxes, évidemment. Donc, on
comprend que, là, le programme va continuer de rembourser.
Moi,
j'aimerais peut-être que vous nous expliquiez comment on explique, en fait, une
telle flambée des prix. 16 %, j'imagine que ce n'est quand même pas
rien, là, surtout quand on a des si grandes superficies. Donc, pouvez-vous nous
expliquer un peu comment s'explique cette flambée-là?
Mme Boivin (Alexandra) : Bien, c'est
toujours le jeu de l'offre et la demande, là, en évaluation. Puis, au niveau
des prix, la tendance des prix est fortement influencée par l'offre et la
demande. La demande pour les terres agricoles est forte, particulièrement, on
le sait, dans certaines régions du Québec où est-ce qu'il y a une très grande
demande par rapport à ces produits-là. Mais je pourrais vous dire plus
largement que, dans l'ensemble du marché immobilier,
au cours des dernières années, on a remarqué que les immeubles, toutes
catégories confondues, ont augmenté en
termes de valeur, mais, au niveau de l'agricole, ça pourrait s'expliquer
vraiment par la demande. Puis c'est sûr qu'il y a une certaine rareté
aussi au niveau des très bonnes terres, ça fait qu'à ce moment-là ça met une
pression sur les prix. Ça serait mon explication générale, là.
Mme Lessard-Therrien : Est-ce que
vous anticipez que le phénomène continue de s'accroître dans les prochaines
années?
Mme Boivin (Alexandra) : Ça serait
difficile de prédire parce que je n'ai pas la boule de cristal. Nous, on
analyse vraiment l'historique des transactions, la tendance des prix, on
travaille avec des données du passé. Par contre, ce n'est pas exclu que les
valeurs continuent de monter si la demande est toujours présente.
Mme Lessard-Therrien : Parce que,
bon, avant l'atteinte, là, il y a le plafonnement, maintenant, à 32 100 $ l'hectare,
mais, quand même, pour plusieurs entreprises agricoles, on n'en est pas là
encore. Donc, on peut s'attendre à ce que, tu sais, le remboursement de taxes va
toujours augmenter jusqu'à cette valeur-là.
Dans une optique de saine gestion des fonds
publics, là, parce que c'est un peu notre rôle en tant que parlementaires, d'être un peu le chien de garde de
comment les sous, chaque dollar est dépensé, puis là je fais encore un
peu de pouce sur ce que ma collègue a dit, mais ça serait quoi, la meilleure
façon d'évaluer les terres pour s'assurer que
ce programme-là ne soit pas, finalement, une caisse sans fond? Puis, bien sûr,
on comprend que c'est pour soutenir nos agriculteurs, c'est l'objectif,
puis c'est ça qu'il ne faut pas perdre de vue, mais est-ce qu'il n'y aurait pas
une meilleure façon de procéder pour que cette caisse-là ne devienne pas sans
fond?
Mme Boivin (Alexandra) : C'est sûr
qu'en tant que professionnel avec un
titre professionnel je dois me conformer à
une certaine méthodologie quand vient le temps d'évaluer. Donc, on est un petit
peu contraints par ça. Si vous parlez de façons différentes pour donner que ce
soit des allègements, ou peu importe, bien là, on peut plus peut-être penser à
agir plutôt sur d'autres éléments comme les taux de taxation, ou peu importe...
qui n'est pas nécessairement de notre ressort en tant qu'évaluateurs, là.
Le Président (M. Lemay) : Merci
beaucoup, Mme Boivin. Maintenant, je vais céder la parole au député de la
troisième opposition. M. le député de Bonaventure, la parole est à vous.
M. Roy : Merci, M. le
Président. Écoutez, je ne savais pas, dans mon existence, qu'il existait un
manuel de modification, en tout cas, un manuel d'évaluation foncière. Bon, ça,
j'ai appris ça. Et vous avez soulevé un enjeu extrêmement
important, à mon avis, c'est... vous avez dit : Si les règles ne sont pas
claires, ça va être difficile. Et là vous avez parlé de modifications du
Manuel d'évaluation foncière du Québec pour établir les règles. Est-ce que
c'est...
Mme Boivin (Alexandra) : En fait,
les indications dans le manuel découlent de la loi.
M. Roy : Admettons, dans un
cas hypothétique où les règles ont un certain flou artistique et que vous ayez l'obligation d'interpréter un tantinet certaines
règles, est-ce qu'on pourrait se ramasser dans une situation où on aurait
une pluie, pour ne pas dire une grêle, de contestations d'évaluations? Est-ce
qu'il va y avoir une phase transitoire dans les
modifications qui peuvent amener des contestations si les règles ne sont pas
claires puis si vous n'avez pas le temps de bien faire ça? Écoutez, ce n'est
pas pantoute mon domaine, là, mais...
Mme Boivin
(Alexandra) : Lorsque je
faisais référence à la clarté, c'était vraiment au niveau de de quelle façon
on va pouvoir échanger des données avec d'autres organisations, d'autres OMRE,
d'autres organismes responsables, ce que,
présentement, on n'a pas le droit de faire. Donc, c'était plus à ce niveau-là.
Je voulais juste que les règles soient claires, qu'on... qu'est-ce qu'on
pouvait échanger, qu'est-ce qu'on ne pourrait pas échanger, de quelle façon ça
allait se produire. Donc, c'était plus à ce niveau-là.
Au niveau du
manuel d'évaluation foncière en général, c'est extrêmement clair et limpide,
là, les règles. Justement, ce
manuel-là est là pour guider l'évaluateur de façon claire, parce que, bon...
pour s'assurer qu'il n'y ait pas, justement, d'interprétation. Puis je ne vois pas en quoi il pourrait y avoir des
contestations en lien avec ça, pour l'instant. Je ne sais pas si mes
collègues avaient quelque chose, là.
M. Roy :
Non, mais vous clarifiez. Bien, je parlais de contestation en termes de
nouvelles évaluations potentielles qui vont être faites à partir de
toutes les règles, puis... Parce qu'on jase, là, on est tout seuls, il n'y a
personne qui nous entend, là, mais vous
comprenez? Non, mais je le sais que ça... quand on refait des rôles, chez nous,
entre autres, quand... Bon, écoute,
des fois, tu dis : Tu exagères un petit peu, là, puis on essaie de
rectifier le tir par des contestations, ça existe. Écoutez, c'était ce
que je voulais savoir. Sinon, bien, je pense que ça va faire le tour de mes
questions. Merci beaucoup.
Président (M. Lemay) : Très bien, M. le député de Bonaventure. Ça fait
contraste avec le député de Jonquière, qui a l'habitude de nous
dire : Pour le bénéfice des citoyens qui nous écoutent... Donc, le... Mais
bon, très bien.
M. Roy : ...mettre à l'aise,
M. le Président.
Président (M. Lemay) : Très bien. Donc, je vous remercie beaucoup pour
votre contribution à nos travaux.
Je vais
suspendre les travaux quelques instants afin de permettre aux représentants de
la Fédération québécoise des municipalités de prendre place. Merci
beaucoup.
(Suspension de la séance à 15 h 47)
Le Président (M. Lemay) :
Alors, nous reprenons nos travaux. Et je souhaite maintenant la bienvenue aux représentants
de la Fédération québécoise des municipalités, en vous rappelant que vous disposez
de 10 minutes pour procéder à votre
exposé. Ensuite, nous aurons une période d'échange avec les membres de la
commission. Je vous invite donc à vous présenter ainsi que les personnes
qui vous accompagnent, puis vous pourrez procéder à votre exposé. La parole est
à vous.
M. Demers
(Jacques) : Parfait.
Bonjour, M. le Président, M. le ministre, Mmes et MM. les députés. Bonjour,
je me présente, Jacques Demers, maire
de Sainte-Catherine-de-Hatley, préfet de la MRC Memphrémagog et président
de la Fédération québécoise des municipalités. Je suis accompagné aujourd'hui
de M. Pierre Châteauvert, directeur des
politiques à la Fédération québécoise des municipalités, et de
David Boulet, conseiller économique à la fédération, celui qui a
travaillé nos chiffres, qui a regardé ça dans tous les sens.
Merci d'accueillir la Fédération québécoise des
municipalités dans le cadre de la commission parlementaire sur le projet de loi n° 48 visant
principalement à contrôler le coût de taxation foncière agricole et simplifier
l'accès au crédit des taxes foncières agricoles. C'est en tant que
porte-parole des régions que la FQM vous transmet aujourd'hui ses
recommandations sur le projet de loi n° 48.
Mais, d'abord, la fédération, bien, on
représente 1 000 municipalités
puis MRC au Québec. Pour ceux qui ne le
sachent pas, il y en a environ 1 008,
municipalités. Il y en a 1 000, et
les MRC sont toutes membres de la fédération. On est là, on est sur le
territoire. Quand on parle d'agriculture, bien, c'est souvent notre première
économie. On parle de foresterie. C'est ça qu'on retrouve sur le territoire du
Québec. Ça fait qu'on est vraiment fiers d'être parmi vous aujourd'hui.
Je vais laisser M. Châteauvert faire la
présentation.
M. Châteauvert
(Pierre) : Merci, M. le
Président. M. le Président, M. le ministre, Mmes et MM. les députés, les
présents commentaires sur le projet de loi n° 48 font suites aux
discussions menées au sein de nos instances, c'est-à-dire des commissions permanentes,
l'assemblée des MRC, qui réunit la totalité des MRC, et le conseil
d'administration de la fédération.
Au Québec, les
politiques fiscales touchant les propriétés agricoles furent mises en place
afin de favoriser le développement d'une
économie agricole de type familial basée sur des fermes de petites et de
moyennes tailles. Depuis plusieurs années, le
milieu agricole demande une révision en profondeur de la fiscalité municipale
agricole en raison de l'augmentation de la valeur des taxes agricoles et des
taxes foncières.
Rappelons
toutefois que l'augmentation du prix des taxes agricoles n'est pas un phénomène
nouveau ni circonscrit au Québec. Par
ailleurs, le processus d'évaluation au Québec est basé sur la valeur marchande
des immeubles fonciers, un système qui offre une référence commune pour
l'ensemble des immeubles fonciers. Le processus d'évaluation du Québec est de
qualité et sert de référence pour plusieurs de nos voisins.
Selon le ministre de
l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec, le projet de loi
n° 48 vise à simplifier le programme pour les producteurs agricoles et le
MAPAQ, à renforcer la compétitivité des entreprises agricoles sur le plan de la
fiscalité foncière et à contrôler la croissance du coût du programme. La FQM
souhaite signifier son désaccord avec le projet de loi. La réforme proposée est
inadaptée et porte atteinte aux principes régissant la gestion des gouvernements
de proximité.
La FQM représente 1 000 membres, on l'a
dit, est située dans toutes les régions du Québec, et est, à ce titre, la porte-parole
des régions, et défend les intérêts des municipalités du Québec et des
principes qui guident leur action au quotidien. Citons parmi ces
principes : le respect de l'autonomie municipale, l'équité entre les contribuables
et l'occupation et la vitalité des territoires. La réforme et le plafonnement
de... l'évaluation, pardonnez-moi, vont à l'encontre de ces principes.
Tout d'abord, l'autonomie municipale, c'est-à-dire la capacité des municipalités à
décider pour les responsabilités qui leur incombent, repose sur un
certain nombre de conditions. Parmi celles-ci, des outils de taxation
efficaces, cohérents et simples. Ces outils
doivent s'appuyer sur un processus d'évaluation objectif et reconnu pour
permettre une comparaison entre les différentes catégories d'immeubles
fonciers. Avec le projet de loi n° 48, via le plafonnement de l'évaluation
foncière agricole, le gouvernement porte atteinte à l'intégrité du processus
d'évaluation, et donc à l'autonomie des municipalités,
en retirant de l'assiette de taxation une
partie de la valeur foncière, le
premier principe.
Le second, les municipalités
du Québec doivent maintenir un équilibre entre les contributions au financement
des services municipaux de chaque classe de contribuables. Cet équilibre est
garant de l'acceptabilité des décisions des conseils municipaux par les
citoyens et d'un climat serein dans les communautés. Les élus doivent pouvoir
défendre leurs décisions en s'appuyant sur un processus clair et des critères
objectifs. En imposant un plafond sur la valeur imposable des terres agricoles,
le gouvernement créera ainsi un manque à gagner pour les municipalités, estimé entre 3 et 5 millions annuellement par le MAPAQ, lequel devrait nécessairement
être récupéré sur l'ensemble des contribuables
de la municipalité concernée. Cela est contraire au principe d'équité, les
contribuables de ces municipalités ne doivent pas payer pour le financement de l'agriculture.
En sa qualité de
porte-parole des régions, la FQM défend une agriculture dynamique à l'échelle
familiale qui puisse assurer l'occupation et
la vitalité du territoire, le troisième principe. L'agriculture est un
fondement de l'économie des membres de la FQM. Nos membres sont
d'ailleurs engagés dans le développement de l'agriculture à travers les PDZA,
les plans de développement de la zone agricole, par exemple. Toutefois, le
soutien des activités agricoles, soutien
financier, et autres, des activités agricoles doit venir principalement et
surtout du gouvernement du Québec et non des collectivités locales, l'ensemble des Québécoises et des Québécois
profitant de cette importante activité économique.
Le principe
d'occupation et de vitalité des territoires est remis en cause par la réforme.
Les mesures principales d'aide financière du gouvernement favorisent déjà
l'agriculture de plus grande taille. Cela est contraire au soutien à une
agriculture familiale et présente sur tout le territoire. Nous croyons que le
plafonnement accentuera la dynamique d'intégration dans le monde agricole. Le
problème est donc mal posé, et la réforme est inadaptée. De façon générale,
l'agriculture devrait servir à nourrir les Québécoises et les Québécois. De
plus, puisque tous doivent avoir accès à ces produits, l'agriculture doit servir
à une occupation dynamique du territoire.
Le contexte entourant
l'agriculture est changeant, et l'évolution des différents facteurs impose une
pression financière sur les producteurs.
Parmi les éléments ayant une influence directe sur la rentabilité de
l'agriculture, on peut noter
l'évolution du commerce international et les différents accords de
libre-échange, l'évolution du coût des intrants agricoles,
l'augmentation des standards environnementaux et l'augmentation des attentes
des consommateurs. Cette pression financière sur le monde agricole se traduit
par une consolidation soutenue des fermes. Entre 2001 et 2016, le nombre
d'exploitants agricoles au Québec a diminué de 5 390.
Ce phénomène diminue la capacité du Québec à assurer son autonomie alimentaire
de façon générale et à l'échelle locale. D'ailleurs, ce sont les achats de
terres par des agriculteurs voisins qui ont provoqué la hausse marquée de la
valeur des terres. Une vérification auprès de plusieurs municipalités de la
Montérégie a permis de démontrer que le problème a donc été principalement
causé par les agriculteurs eux-mêmes.
monde agricole se tourne à tort vers les municipalités pour trouver un
allègement de son fardeau financier. Bien que les taxes foncières et les
dépenses totales du programme ont crû constamment au fil des dernières années, les municipalités n'ont pas cherché à transférer
le fardeau fiscal vers l'agriculture. D'abord, il est important de noter que
les phénomènes de croissance foncière sont cycliques. Les croissances
résidentielles et agricoles se sont alternées au Québec dans les dernières
années. Entre 2006 et 2016, c'est la part du résidentiel qui a crû à l'échelle
du Québec. Il est par ailleurs faux d'affirmer que le poids des taxes foncières
agricoles est plus élevé au Québec qu'ailleurs. Selon Statistique Canada, c'est 3 360 $
d'impôt foncier net par exploitation qui a été payé au Québec en 2018 contre 5 160 $ en Ontario. De plus, depuis l'instauration du taux différencié agricole
facultatif en 2007, ce sont 92 municipalités qui ont adopté cet
outil, ce qui indique une tendance des municipalités à diminuer le taux... le
fardeau fiscal des producteurs agricoles. Le
milieu municipal n'est donc pas la source principale de pression financière
pour les agriculteurs et constitue en quelque sorte une échappatoire
pour donner de l'air aux producteurs.
Nous reconnaissons les
enjeux auxquels font face les agriculteurs et, en tant que porte-parole des
régions, nous savons à quel point l'agriculture est essentielle à l'autonomie
alimentaire du Québec et à la vitalité de nos communautés. C'est d'ailleurs
pourquoi le FQM questionne la réforme et ses objectifs. La réforme actuelle
s'inscrit dans une approche essentiellement financière qui vise la viabilité du
programme. Bien que cet objectif soit noble, on en convient, s'en tenir
exclusivement à celui-ci aurait des conséquences indues. Nous suggérons au
gouvernement d'élargir les objectifs de la
réforme et de les arrimer à ses priorités pour les régions et l'économie de
façon à éviter des conséquences involontaires. Il est impératif que le
financement gouvernemental soit destiné aux petites exploitations agricoles qui
répondent aux besoins alimentaires et économiques du Québec. Une solution
viable et bénéfique pour tous serait le fruit d'une analyse commune basée sur
des constats solides. Cela n'est possible que si toutes les parties pertinentes
participent à la réflexion, ce qui n'a pas été le cas.
Considérant que cette réforme inadaptée
affecterait le développement des régions, la FQM invite donc le gouvernement à retirer son projet de loi et offre
sa collaboration pour travailler à des solutions visant à pérenniser et à
développer l'agriculture en assurant une
relève dynamique et l'occupation et la vitalité de toutes les régions du Québec.
Nous vous remercions.
Le Président (M. Lemay) : Très bien.
Est-ce que vous voulez rajouter quelque chose d'autre?
Président (M. Lemay) : Non? Parfait. Alors, nous allons procéder à la
période d'échange, et, M. le ministre, la parole est à vous.
Lamontagne : Merci, M. le
Président. Merci beaucoup, M. Châteauvert, M. Demers, monsieur...
excusez-moi, M. Boulet. Ça fait plaisir de vous accueillir.
Je ne peux
pas échapper, là, M. Châteauvert, vous dites, tu sais, qu'il n'y a pas eu
de consultation, il n'y a pas eu... À ma connaissance, là, à moins qu'on
m'ait désinformé, là, 16 mars 2019, 31 juillet 2019, 17 octobre,
3 octobre, les appels téléphoniques qu'il y a eu entre le personnel du
MAPAQ, les échanges techniques entre nos organisations, votre organisation...
Je peux comprendre qu'ultimement le fruit de ces échanges-là ne semble pas, là,
aller dans le même sens que ce que vous auriez souhaité, mais, par contre, je
pense qu'il y a certainement eu des échanges, là, entre le ministère... Et puis
je pense que... Puis moi, le rapport que j'avais, là, c'est que ces échanges-là
se faisaient de façon bien cordiale avec le personnel chez vous. Je voulais
juste m'assurer, dans les échanges, est-ce que vous avez eu une bonne collaboration
de la part des fonctionnaires? Est-ce qu'on a eu des manquements? Au départ,
là, je voudrais juste, tu sais...
M. Demers (Jacques) :
Oui. Puis, même, personnellement, on s'est rencontrés sur ce dossier-là aussi.
Ce qu'on dit, c'est qu'on aurait dû travailler de façon collective dans ce
dossier-là. Quand il nous a été déposé puis ce qu'on voit aujourd'hui, on n'y
voit pas de changement. Oui, le personnel nous a fourni des chiffres, on leur a
fourni aussi des chiffres, des questionnements, des choses qu'on se dit :
Il faudrait travailler là-dessus. Ça, ça a été fait, on n'a pas de problème sur
ces éléments-là, oui.
M. Lamontagne : Parfait. Bien, merci
beaucoup. Écoutez, d'entrée de jeu, là, c'est certain que moi, ça fait six ans,
là, que je suis député, puis aussi, au Centre-du-Québec, Johnson, j'ai une
grosse
partie de mon comté, naturellement, c'est des producteurs agricoles.
Puis je dois vous confesser, bien honnêtement, avant d'être député, même si je
viens de Saint-Félicien, au Lac-Saint-Jean, là, ça fait longtemps que je suis
parti, je n'avais pas un grand éveil, une grande sensibilité ou compréhension par
rapport aux enjeux qui peuvent toucher le monde agricole. Puis c'est certain qu'au fil des années, bien, comme
député, au même
titre que quand on rencontre les gens de la FQM, bien,
vous nous faites certaines représentations, à un moment donné, on rencontre les
agriculteurs, les fédérations, on a certaines représentations, mais, de façon
générale, ma compréhension, un peu, des revendications du monde agricole,
depuis des années et des années, là, c'est qu'en bout de ligne ce qu'ils vont
dire, c'est qu'ultimement la façon dont les taxes sont faites, notre système de
taxation qui vient à aller sur la valeur... Bien, au départ, ils vont nous
faire la représentation que leurs terres, c'est leur principal outil de
production, hein? Puis, après ça, ils vont nous sensibiliser au fait
qu'ultimement, que ta terre ait un acre ou que ta terre ait 10 acres,
ou 10 000 pieds, ou 50 acres, bien, ils vont nous dire :
Écoutez, je n'ai pas davantage de service d'égout, je n'ai pas davantage de
service de rebuts, je n'ai pas davantage de
services municipaux. Puis c'est dans cette optique-là que le monde agricole,
depuis des années, demande d'avoir un traitement différencié au niveau
de la taxation. Bon, ceci étant dit, est-ce que vous reconnaissez une certaine
légitimité à ce discours-là ou pas du tout? J'aimerais ça vous entendre
là-dessus.
Demers (Jacques) : Oui, oui,
puis on pourrait l'expliquer. Puis vu que vous jouez un peu dans votre passé
puis vos connaissances, bien, je vais faire un peu la même chose. Moi, je viens
du milieu agricole directement. Chez nous,
mes parents, ma soeur, mes frères, tout le monde est en agriculture. J'étais
même président, il y a plus de 25 ans, de la Fédération de la
relève agricole du Québec. Ça fait que le monde agricole, j'avais une
entreprise dans ce domaine-là, j'ai fait ma vie là-dedans, ça fait que c'est un
monde que je connais, j'ose dire, relativement bien.
Quand on nous dit que les coûts ne sont pas
reliés avec les taxes, bien, ce serait... là-dessus, c'est des points qu'on devrait travailler ensemble, parce qu'un des
coûts principaux, là, qu'on a... Bien, il y en a deux, trois. On
pourrait prendre la Sûreté du Québec. Mais la Sûreté du
Québec, elle nous est chargée par le gouvernement, basé sur la valeur de ces
terres-là. Ça fait que ce qu'on charge, bien, c'est leur facture que... Le
gouvernement a souhaité facturer les municipalités
sur cette base-là. Si le gouvernement est prêt à changer sa facturation, bien,
automatiquement, il va y avoir une
diminution pour l'agriculture. Quand on nous dit que les services ne sont pas
les mêmes, de façon générale... puis je vais prendre la municipalité
chez nous, il n'y en a pas, de service d'égout puis d'aqueduc, nulle part,
nulle part, pas plus au village que dans les autres. On ne l'a pas. C'est tout
individuel, qu'on a nos puits, comme l'agriculture, mais l'agriculture, on va
la retrouver dans des rangs, on va la trouver dans le milieu agricole. Alors
donc, on a des rangs, on a des chemins. Pour se rendre sur les fermes, souvent,
on fait des kilomètres. Dans la dernière année, à peu près partout, puis je
pourrais vous montrer les dépôts de déneigement, on a doublé le coût pour le
déneigement de ces mêmes routes là. Ça fait que les services, quand on
dit : Il n'y en a pas plus, c'est faux. L'agriculture se trouve sur le
territoire, puis ça prend un territoire vaste pour avoir une ferme qui a des
acres suffisantes pour pouvoir faire de l'agriculture.
Ça fait que ces terres-là, il y a un coût, et on
n'a pas choisi. On aurait pu choisir de charger au mètre linéaire pour le
déneigement. On aurait le droit de faire ça, ça nous le permet, mais on n'est
pas là. On dit : Non, non, on le fait de façon collective, même si on a
des kilomètres de... Ça fait qu'il faut regarder l'ensemble des éléments, puis
on peut prouver que, oui, les services sont reliés à des coûts aussi.
La problématique, c'est que, là, dans le programme
qu'on nous présente, on dit : Ces coûts-là, bien, on va les diminuer. Puis nous, on se fait dire qu'on est un gouvernement de proximité. On impose une nouvelle façon à dire à un gouvernement : Vous n'avez plus le droit de taxer comme vous faisiez présentement. Ah bien! C'est directement dans nos
revenus qu'on nous impose quelque
chose. À ce moment-là, qu'est-ce qu'on fait? On diminue ça puis on le transfère aux autres résidents, qui sont à la même place mais qui ne font pas d'agriculture. C'est à eux qu'on va transférer le coût.
Si, au Québec, on veut subventionner l'agriculture,
comment ça se fait qu'on ne choisit pas de la faire de façon collective? Si, le
Québec, on veut, puis je suis de ceux qui y croient... puis de choisir une particularité
pour la foresterie, très, très bonne idée, à
l'intérieur de ça, mais il faut la regarder globalement. Ce n'est pas normal
que les gens de la ville de Montréal ou de Québec n'auraient pas à payer
pour ce que les autres citoyens vont avoir à payer parce qu'on diminue la valeur de l'agriculture. C'est un
impact sur le voisinage. Puis même pour l'ambiance collective, j'ai hâte
de voir le lien que ça va pouvoir faire. Il va y avoir des discussions locales
là-dessus, là.
M. Lamontagne : O.K. Puis, dans ce
contexte-là, dans le contexte un peu des revendications aussi du milieu
agricole, comment verriez-vous d'autres alternatives, mettons, pour venir
intervenir au niveau, mettons, du contrôle du coût de la taxation ou de ces
augmentations extrêmes là? Verriez-vous d'autres façons de faire, là?
M. Demers (Jacques) :
Je pense que s'il y a une problématique en agriculture où est-ce que... En tout
cas, du moins, j'oserais dire, j'ai toujours été d'accord avec l'UPA de ce
côté-là, c'est de dire : Peut-être que de la façon que l'évaluation est
faite... C'est-à-dire que, dans bien des cas, on n'a pas de transfert. Je ne
sais pas si vous savez, mais, quand une ferme agricole est transférée, il n'y a
pas de taxe de bienvenue, là, en agriculture, qu'on retrouve pour une résidence
ou pour d'autres choses. C'est quand même un coût de moins qu'on met à ces
entreprises-là, qu'on va donner au résidentiel, même si on est au même taux de
taxation.
Peut-être qu'il faudrait regarder de quelle
façon on évalue réellement les terres, parce qu'elles sont souvent transférées de façon globale d'une génération à
l'autre. C'est-à-dire que, quand on parle d'une ferme laitière, mettons,
il y en a quand même passablement, mais que
ça soit le quota, les vaches, la terre, la machinerie, tout est d'un bloc et
c'est vendu... Comment, après ça,
pour les évaluateurs... Puis j'aurais aimé les entendre répondre à ça tantôt,
comment qu'ils feraient pour être capables de déterminer, dans ce qui vient
d'être vendu, transféré, la valeur de la terre, la valeur foncière sur
laquelle on taxe.
La problématique est peut-être qu'on est
toujours, en évaluation, à regarder la parcelle qui est plus petite qui est
vendue entre deux agriculteurs. Puis, oui, de façon générale, c'est des
agriculteurs, mais souvent la parcelle est petite, puis, après ça, j'ai
l'impression, du moins, qu'on prend ces chiffres-là pour l'étendre sur
l'ensemble du territoire. Il y a probablement une problématique, de ce côté-là,
qu'il faut revoir. Trouvons une façon pour être juste sur la valeur, mais sur
la réelle valeur. Présentement, on n'a peut-être, dans bien des régions, pas
suffisamment de ventes de terres dans notre MRC pour pouvoir dire : Bien,
ça, c'est la nouvelle valeur. Ça fait que ça serait à vérifier. Moi, je pense
que c'est une des pistes qu'il faut regarder, réellement, là.
Lamontagne : Vous faites allusion, là, à des transferts familiaux, et
tout ça. Est-ce que vous seriez prêts à considérer la possibilité de pouvoir considérer les transactions
apparentées? Présentement, ce n'est pas le cas. C'est des choses que
vous favoriseriez, ça, de pouvoir considérer les transactions apparentées dans
les évaluations?
Demers (Jacques) : Bien,
absolument. Je pense qu'il faut être capable de trouver une façon qu'on
détermine le prix de la terre. Puis
on a probablement, à bien des endroits, pas assez d'échantillonnage. Il y a
bien des... Les fermes se sont
tellement fusionnées, dans les dernières années, qu'il y a bien des
municipalités qu'il en reste juste une, deux ou trois, fermes, sur l'ensemble qui est en action, là. Mais, quand même,
les évaluateurs ont à déterminer des valeurs là-dessus. Ça fait que de quelle façon on pourrait le faire,
de revoir cette façon-là, moi, je pense que c'est là-dessus qu'il faut
s'asseoir si on a une vision à long terme pour l'agriculture.
Sinon, ce qu'on est
en train de faire, bien, dire : Oui, on diminue, bien, à la vitesse que ça
augmente, on aura beau baisser de
10 %... Tantôt, il y avait des exemples qui parlaient au moins de
16 % d'une évaluation à l'autre. Puis normalement on évalue aux trois ans, à certains
endroits, six, là, mais c'est à peu près le rythme, ça fait qu'on fait juste
reporter dans trois ans la même
problématique qu'on a aujourd'hui. On ne vient pas de régler le problème de
l'agriculture, selon moi, à long terme.
Lamontagne : ...de l'importance, là, du fait que, souvent, on n'a pas
assez de données, on n'a pas assez de transactions. Qu'est-ce que vous pensez
de l'idée, dans le projet de loi, d'introduire, là, l'élargissement du bassin
des comparables, à ce moment-là, pour les fins des évaluateurs?
M. Demers (Jacques) : Oui. Moi, je pense que c'est des éléments
intéressants. Il ne faut vraiment pas... Parce que, parfois, vous allez
voir, dans la limite d'une MRC, comment qu'aussitôt on passe à côté il y a une
variation importante. C'est normal, ces
terres-là se touchent, on a un grand territoire. Moi, je ne vois pas de
problématique à voir plus large là-dessus.
Le Président (M.
Lemay) : Merci beaucoup. Sur ce, je cède la parole au député de
Bourget.
M. Campeau :
Merci pour votre présentation. J'ai essentiellement deux questions. Vous
mentionnez que, selon vous, la FQM n'a pas eu un effet très fort sur la
taxation au niveau des agriculteurs. Est-ce que c'est dans votre municipalité,
dans votre MRC ou si c'est vraiment général à toute l'association?
Demers (Jacques) : Je ne comprends pas votre question. Vous
dites que la FQM... La FQM ne taxe pas personne, là, je ne comprends pas.
Campeau : Non, d'accord. Dans les municipalités... Les municipalités
n'ont pas exagéré le niveau de taxation pour les agriculteurs. Vous
pensez que le problème n'est pas là.
M. Demers (Jacques) : Bien, on ne peut pas avoir exagéré, parce que...
dans le sens que la loi nous limite de toute façon. Tu sais,
comparativement — puis
j'espère que tout le monde le sait — comparativement à un
commerce, une industrie, quelque chose qui est sur le territoire qui est taxé
différemment du résidentiel, bien, dans l'agriculture, on ne taxe jamais plus
que le résidentiel. Et on vous donnait l'exemple, tantôt, de 92 municipalités,
puis je pense que c'est augmenté récemment, mais il y a des municipalités qui
ont même fait un taux variable pour l'agriculture. Le taux variable fait que, lorsque l'agriculture monte plus vite que les
autres, bien, le... pour l'agriculture, lui, descend. Ça fait que
l'écart reste au même endroit. Puis ça, c'est important. De cette façon-là...
Mais quand le jour sera inverse, bien, c'est l'agriculture qui va monter, mais,
dans la loi, de la façon que c'est fait, ne dépassera quand même jamais le résidentiel.
Il peut être en bas, mais il ne peut pas être au-dessus. Ça fait que, si
quelqu'un pense que le monde municipal peut avoir exagéré, il faudrait me dire
sur quelle base. Il n'y a personne qui ne peut taxer au-delà.
M. Campeau :
Autre chose. Il y a une lettre de l'UPA qui a été déposée aux membres de la
commission qui répond à la position de la FQM. Puis, si on prend quelques
citations, on dit que : «La FQM [demande actuellement] à ses membres
d'adopter et de transmettre aux parlementaires une résolution critiquant
sévèrement le projet de loi n° 48», loi visant à
contrôler, simplifier l'accès, etc. On y parle, là-dedans, d'atteindre
l'autonomie municipale, iniquité envers les contribuables, on va même jusqu'à
«dévitalisation des communautés agricoles». Je suis un petit peu surpris de
l'ampleur des termes. Et M. Groleau, qui a signé cette lettre-là, dit
avoir eu plusieurs discussions avec vous à ce sujet-là. Êtes-vous d'accord avec
Demers (Jacques) : Bien là, vous vous référez à une lettre que
quelqu'un d'autre a faite. Si vous voulez vous référer à mon mémoire... Parce
que ce que M. Groleau a, c'est la même chose qu'on vous dépose. Ça fait
que ce qu'on dit... Puis quand on parle de résolution, vous venez du monde
municipal, c'est vrai, il y en a sûrement déjà 300, 400, ou 500 de faites, des
résolutions de MRC, de municipalités qui, déjà, sont... Si les gens sont
d'accord avec ce qu'on dépose, ils font des résolutions puis ils les envoient,
comme qu'on fait dans beaucoup de dossiers. C'est absolument vrai.
M. Campeau :
Je suis surtout surpris, là, de l'ampleur. Ça m'a l'air un petit peu
déconcertant quand on dit «de dévitalisation des communautés agricoles». Vous
avez vraiment cette crainte-là?
Demers (Jacques) : Veux-tu donner un exemple?
Châteauvert (Pierre) : Oui. M. le député, on peut simplement
vous donner un petit exemple. En fait, on a tenu une séance de travail avec
plusieurs municipalités à Saint-Sébastien, le 3 juillet, je crois,
là-dessus, à partir des informations qu'on
avait à l'époque. Puis ce que les maires disaient, c'était bien simple, c'est
que, là, actuellement, c'est les
agriculteurs qui s'achètent, l'un dans l'autre, et là, au lieu d'avoir quatre,
cinq familles sur un rang, bien, à un moment donné, il y en a juste une. Et ça, ça s'appelle de la dévitalisation. Et
là il y a une accélération de ce processus-là. Et, à long terme, moins le territoire est occupé, plus il est
dévitalisé, même si, des fois, la richesse, peut-être, est plus importante,
mais non pas répartie dans plusieurs familles, mais dans une seule entreprise.
Et nous, on pense que ce processus-là, cette voie-là, effectivement, ça
peut paraître peu d'argent, mais l'impact, dans certains territoires,
cette voie-là empruntée, si on continue d'y aller sans qu'on s'assoie puis
qu'on regarde tout ça ensemble, là, si on continue de développer dans cette
voie-là, on risque de favoriser la dévitalisation de plusieurs territoires. Et
c'est les territoires, actuellement, au niveau de l'agriculture, qui sont
probablement les plus riches qui vivent ça de façon la plus intense avec ce
phénomène-là.
Le Président (M. Lemay) : Mme la députée
de Laviolette—Saint-Maurice,
en conclusion.
Mme Tardif : En conclusion?
Le Président (M. Lemay) : Une
question de conclusion, une minute.
Mme Tardif : Une minute? Ouille
ouille ouille! Bien, juste pour vous dire que je ne suis pas d'accord avec
votre interprétation, là, parce qu'il y a moins d'enfants qu'il y avait il y a
40 ou 50 ans, donc c'est normal que... Et c'est de vitaliser, justement,
notre territoire. On est bien contents puis on est chanceux qu'il y ait des
agriculteurs qui achètent les fermes des autres qui sont devenus trop âgés.
Mais là n'est pas ma question.
Vous parlez d'un impact financier, de l'impact
financier que ça va avoir sur les municipalités. Est-ce que vous avez évalué
cet impact-là? Parce que j'aimerais, avant d'entendre votre réponse, vous
donner les faits. Et nos gens, nos experts au ministère ont évalué que
l'application du plafond, celui qui vous fatigue, au 90e percentile va
affecter 500 municipalités, d'accord? On s'entend jusque-là? Par contre,
le manque à gagner pour les municipalités, 60 %
de ces municipalités-là, le manque à gagner sera de 500 $ et moins. Je
poursuis. Pour 90 % d'entre elles, on estime à moins de 0,5 %
le budget des taxes foncières générales et moins de 1 % l'impact que ça va
avoir sur leur budget pour 95 % des municipalités.
Et je me
dépêche en vous disant — vous l'avez sûrement vu, mais vous ne voulez pas nous le dire
parce que vous êtes trop contents de
ça — qu'il va
y avoir un programme de compensation. Parce que, oui, on est conscients, oui,
on est à l'écoute, et, oui, on veut
que les régions se développent. Parce que c'est... Et pas juste les régions,
mais, dans ce cas-ci, les régions font vivre les villes, il faut bien se
le dire. Et il y a donc un programme de compensation substantiel...
Le Président (M. Lemay) : Mme la
députée de Laviolette—Saint-Maurice,
je dois vous interrompre...
Mme Tardif : Ah! c'est dommage.
Le Président (M. Lemay) : ...parce
que le temps est amplement écoulé. Je vais maintenant céder la parole au député
de Jacques-Cartier.
M. Kelley : Vous pouvez, sur
notre temps, répondre à ma collègue.
Demers (Jacques) : O.K.
Parce que je trouve ça intéressant, quand même, comme question, où est-ce qu'on
parle de beaucoup de municipalités qui... à peine 500 $. On est ici, là,
pour aider l'agriculture. Puis ce qu'on me dit au niveau du gouvernement,
bien : La plupart des municipalités, les agriculteurs, là, on va leur
donner comme 500 $. Tu sais, on peut le virer à l'envers. Si vous
considérez que ça n'a pas d'impact, c'est... La fiscalité agricole, la façon qu'elle est présentée, on la prend au municipal,
ce qui est enlevé d'un côté s'en va de l'autre. Ça fait que le montant qui est
donné, c'est le même montant. Si cet argent-là ne signifie rien, bien, il ne
signifie rien non plus pour l'agriculture si
on parle de 500 $. Ça
marche d'un côté et ça marche de l'autre. Mais ces chiffres-là, oui, vous avez
raison en ce que ça touche plus certaines municipalités, c'est dans le
principe. Puis d'aider l'agriculture, puis qu'il y ait de la relève, on est pour ça, 200 milles à l'heure.
C'est nos revenus économiques au
niveau des régions. Mais ce qui est important, c'est qu'on le fasse
collectivement, et non pas dans les endroits qu'on a même, certains endroits,
peur de perdre parce qu'on perd des services locaux, des dépanneurs, des
caisses, des choses qui ferment. On a besoin de garder du monde puis de la
vitalité à ces endroits-là, mais là ce n'est pas ce qu'on donne comme signal.
On dit : On déplace l'agriculture vers les autres résidents.
Le Président (M. Lemay) : M. le
député de Jacques-Cartier, veuillez poursuivre.
M. Kelley :
Oui. Merci. Dans votre mémoire, il y a une
section où vous mentionnez le
70 % de remboursement de taxes foncières applicable au niveau
municipal et scolaire. Puis, après ça, le FQM salue le maintien d'un crédit au
niveau actuel. Mais, après ça, vous avez mentionné qu'il y a un impact sur les
petits producteurs. Première chose, est-ce que vous pouvez juste expliquer
l'impact sur eux autres? Puis aussi, est-ce que vous avez des suggestions sur
comment on peut améliorer notre projet de loi pour mieux encadrer et protéger
des petits producteurs du Québec?
Le Président (M. Lemay) : Oui, je
crois que M. Boulet veut répondre.
M. Boulet (David) : Pouvez-vous
répéter la deuxième partie? J'étais...
M. Kelley : Oui,
c'est juste de bien comprendre si vous avez des suggestions sur comment on peut
bien protéger des petits producteurs du Québec, et comment, si vous avez
des amendements, et tout ça, et juste bien expliquer votre idée.
M. Boulet
(David) : Oui. Donc, au niveau du crédit, le projet de loi a quelques
dispositions. On retire un remboursement à
100 % pour les 300 premiers dollars, je crois, mais certains nouveaux
producteurs sont intégrés via le retrait
de la condition du 5 $ de revenu par 100 $ d'évaluation. Donc, il y a
comme un jeu d'on donne, on retire. Nous, ce qu'on dit par rapport au
300 $, c'est que, oui, ça enlève de l'argent à certains petits
producteurs, mais certains autres intègrent le programme. Donc, c'est
simplement un commentaire spécifique sur le 300 $.
Par rapport à la
deuxième partie, c'est-à-dire comment aider, bien, dans le mémoire, on dit que,
finalement, l'aide à l'agriculture, que ce soit dans le cadre du programme ou
en général, doit être faite par tous les Québécois puis qu'on souhaite que ça
soit fait avec des critères qui favorisent l'émergence d'une relève, d'une
agriculture familiale. Donc, ça s'applique autant de façon générale que dans le
cadre de ce programme-là.
M. Kelley :
Parfait, merci beaucoup.
Le Président
(M. Lemay) : Mme la députée de Maurice-Richard.
Mme Montpetit :
Merci. Bonjour à vous trois. Je ne vous sens pas heureux, aujourd'hui,
vis-à-vis le projet de loi qui est présenté, hein, je pense que c'est le moins
qu'on puisse dire. Vous n'y allez pas avec le dos de la main morte, le dos de la cuillère, le dos de... ça fait
plusieurs fois que je m'enfarge dans ce genre d'expression là, le dos de la
cuillère, quand vous demandez... Vous ne demandez pas des modifications, vous
ne demandez pas des bonifications, vous demandez le retrait pur et simple du
projet de loi qui est sur la table. Je pense que, déjà, ça nous positionne sur
votre appréciation du projet qui est déposé.
Vous parlez d'une
attaque frontale à l'autonomie des municipalités, aux gouvernements de
proximité. Je me questionne beaucoup sur cet aspect-là, parce que je pense que
le projet de loi, à mon avis, a un certain intérêt pour certains aspects au
niveau agricole. Au niveau des municipalités, puis je ne sais pas si vous
partagerez ma lecture, mais ça donne un peu l'impression que le gouvernement,
avec le pacte fiscal, est venu donner d'une main puis est en train de reprendre
de l'autre avec ce projet de loi.
Est-ce
que c'est... Est-ce que, justement, le manque à gagner n'aurait pas pu être
incorporé d'une autre façon? Plus simplement, là, ce que je voudrais
vous demander, parce que... Encore là, pour être sûre de bien comprendre, à
moins que le ministre nous annonce qu'il a l'intention de retirer son projet de
loi, j'imagine que ce n'est pas vers là qu'il va aller, si on doit travailler
avec ce qui est proposé actuellement par le ministre de l'Agriculture, est-ce
qu'une compensation financière... Parce que vous parlez beaucoup d'un manque à
gagner pour les municipalités. Est-ce que c'est une compensation financière,
que vous demandez? Est-ce que ça, ça viendrait régler le problème ou, même ça,
ça ne viendrait pas régler ce qui est présenté, là?
M. Demers
(Jacques) : C'est un principe sur lequel... qu'on touche. Au
début, vous avez raison quand vous dites : Vous n'avez pas l'air content.
C'est qu'on y tient tellement, à notre agriculture puis à notre foresterie,
c'est le domaine qu'on doit défendre tous
les jours. C'est ça qu'il y a sur notre territoire, c'est notre économie. Puis
là certains peuvent nous percevoir comme des gens en confrontation
contre l'agriculture. Au contraire, on dit : L'agriculture doit être
défendue par tous, pas par le milieu où il se trouve. C'est ça qui est le
risque, dans ce projet de loi là, c'est à ce niveau-là qu'on... Puis vraiment,
là, on ne peut pas être d'accord avec ce bout-là.
faire une entité spéciale pour ce qui est la foresterie, parfait, bravo!, M. le
ministre. De penser à l'agriculture puis de dire : Les taxes sont
un coût important... Mais supportons-les pas dans nos villages, prenons ça de
façon collective. C'est une belle décision,
au Québec, de choisir de se nourrir puis d'être sur le territoire, mais la
journée que les territoires ne seront plus là ou que les gens, pour
aller faire de l'agriculture, se déplacent puis ils n'auront plus de services,
on pense que c'est là qu'on va avoir une problématique. C'est pour ça qu'on a
l'air... Puis c'est sûr qu'on a peu de
temps, on s'est dit : Si on arrive icitte puis on a l'air content... Je
pense qu'on y va plus dans les éléments qu'on aime moins.
Montpetit : Mais je ne suis pas certaine de comprendre. Vous dites que
l'intention est bonne, mais le moyen n'est pas le bon. C'est quoi que vous
proposeriez, concrètement, pour répondre à la problématique du milieu agricole?
M. Demers
(Jacques) : La diminution qui est là, là, elle est simple. On
dit : Si vous voulez qu'on la fasse, faisons-la
de façon collective. Ce qui est déposé, ça tombe sur les municipalités, ça
tombe sur le local. Il y a des endroits... Puis, oui, on a regardé pour
pallier sur deux, trois ans, pour regarder pour que ce montant-là soit réparti,
mais, après ça, il se passe quoi? C'est que c'est le milieu municipal qui va
absorber la différence. C'est à ça qu'on ne peut pas être d'accord, là.
Mme Montpetit :
Puis, quand vous dites : C'est le milieu municipal qui va absorber la
différence, est-ce que vous faites la lecture... Je pense que j'ai vu, dans
votre communiqué de presse, vous faites la lecture que c'est les citoyens,
finalement, qui vont absorber, et en perte de services et financièrement. On
peut penser à une augmentation de taxes pour venir compenser cette perte de
revenus?
M. Demers
(Jacques) : C'est sûr. Parce
qu'on reste avec les mêmes dépenses, même si on a moins de revenus, ça
fait que c'est un déplacement de l'agriculture vers les autres citoyens de la
municipalité, là. Ça, j'espère que c'est clair pour tout le monde, oui.
Mme Montpetit :
Bien, c'est pour ça que je vous pose la question. Donc, le...
M. Demers
(Jacques) : Oui, oui, oui. C'est tellement... C'est en plein...
Mme Montpetit :
Vous, ce que vous voyez, c'est que, s'il n'y a pas, à tout le moins, une
compensation du manque à gagner, ça ne se traduit pas par une diminution des
services, de façon générale, ça va plutôt se traduire par une augmentation des
taxes pour maintenir ces services.
M. Demers (Jacques) : C'est qu'on ne peut pas en avoir, de diminution
de services, dans le sens qu'on ne peut pas ouvrir les chemins aux deux
jours au lieu de les rouvrir à chaque fois qu'il tombe de la neige. Les travaux
restent les mêmes. La Sûreté du Québec, qui est basée aussi sur l'évaluation foncière, les coûts ne seront pas
abaissés. J'imagine qu'ils vont
l'abaisser s'ils baissent les valeurs, mais on continue à payer ces choses-là,
la même chose, tous nos services restent les mêmes. Ce n'est pas le fait
qu'on va avoir moins de revenus qu'on a moins de dépenses. Il n'y a rien de
relié entre les deux. Or donc, ces dépenses-là vont être basculées vers les
autres, c'est sûr.
Montpetit : O.K. Je vous remercie. Ça va être... C'est complet pour
moi. Merci.
Le Président (M.
Lemay) : Très bien. Merci beaucoup. Sur ce, je cède maintenant la
parole à la porte-parole du deuxième groupe d'opposition. Mme la députée de Rouyn-Noranda—Témiscamingue.
Lessard-Therrien : Merci, M. le Président. D'abord, je tiens à vous dire que je suis très sensible,
là, aux besoins des municipalités. C'est quelque
chose que je connais bien. Venant du
comté de Rouyn-Noranda—Témiscamingue, je suis confrontée à beaucoup des enjeux qui touchent les municipalités. Je veux vous dire aussi qu'on est très solidaires dans les besoins que les municipalités ont pour maintenir leurs services et aussi de revoir le modèle de financement un peu archaïque, on va se le dire, dans lequel vous êtes
enfermés depuis assez longtemps.
Pour
moi, ce projet de loi là, c'est plus un plasteur qu'une vraie réforme.
Mais, ceci étant dit, le projet de
loi, pour les objectifs qu'il
poursuit, c'est-à-dire d'alléger le fardeau fiscal des entreprises agricoles,
je pense qu'on est quand même là-dedans.
Moi,
je suis un peu... Je vous écoute, là, depuis tantôt puis j'ai quand même
quelques questions, parce
que ce que je crois
comprendre, c'est que vous trouvez quand même, le projet de loi, qu'il est bon
à certains égards, notamment avec l'abolition des critères, là, qui visaient
les revenus agricoles, où on parle qu'on a quand même 800 entreprises de
petite taille qui vont maintenant pouvoir intégrer le programme.
vraiment, où le bât blesse, c'est le plafonnement à
32 000 $. Pourtant, quand on regarde, tu sais, la carte de La Financière agricole, porte-parole des régions, la FQM, en ce moment, dans les
valeurs moyennes, les seules régions qui
sont touchées par le 32 100 $ et plus de valeur à l'hectare, c'est la
Montérégie. L'Abitibi-Témiscamingue, on est très loin de là, Bas-Saint-Laurent,
même l'Estrie, on est vraiment loin de là. Donc, tout le financement des municipalités
dans ces autres régions là ne sera pas touché.
Donc,
moi, je rejoins un peu les commentaires, peut-être, des autres. Je
comprends, là, il va y avoir un programme de compensation. Je comprends qu'il est temporaire. Là-dessus,
je pense qu'on va être plusieurs ici, autour de la table, à s'entendre qu'il faudrait le pérenniser. Quand
vous dites qu'il faut soutenir le financement et les services collectivement, bien, je
pense que cette compensation-là, elle est collective aussi.
Donc,
j'aimerais peut-être vous entendre plus... Tu sais, là, comme ma
collègue du Parti libéral disait, on est pris, entre guillemets, avec ce projet de loi là. Forcément, il sera adopté, on sait à qui on a affaire devant nous,
mais comment est-ce qu'on peut le bonifier? Comment est-ce qu'on peut
travailler à ça?
Puis
je n'ai pas beaucoup de temps, là, mais, tantôt, vous avez parlé de la
dévitalisation. Moi, j'étais quand
même curieuse, tu sais, je suis très
sensible à ça, là. Je veux qu'on ait plus de gens qui habitent dans nos rangs,
ça, c'est clair, mais à quel point ça a une incidence, au niveau des
taxes puis de vos revenus municipaux, que le rang appartienne à une famille ou
qu'il appartienne à cinq familles? Voilà mes questions.
M. Châteauvert (Pierre) : En fait, il
y a plusieurs questions.
Premièrement, sur l'évolution des valeurs, c'est évident, actuellement,
c'est la Montérégie, c'est dans le coin de Rouville, dans le coin des
Jardins-de-Napierville, dans le coin du Haut-Richelieu. Effectivement, c'est là
où est-ce que... l'épicentre du phénomène. Et, comme on a dit tantôt, c'est
essentiellement des agriculteurs qui achètent leurs voisins. On a fait une
recherche, et tout ça. Ce n'est que ça. Les fonds ne sont pas là. Les fonds
spéculatifs, ce n'est pas eux autres qui sont vers le 32 000 $.
Simplement pour votre information, on arrive près du 32 000 $ dans le
coin de Lotbinière actuellement aussi. Ce n'est pas vrai que c'est seulement
là, c'est en train de croître, puis on ne sait pas où est-ce que ça s'en va par
rapport à ça.
Mais
je reviens sur votre dernière question. Donc, il
y a une question de principe aussi à quelque part, là-dedans, là. La
municipalité, elle gère. Ce n'est pas... On ne fait pas ce qu'on veut avec
l'évaluation. Il y a une loi, et, à ce moment-là, on applique le même taux à
tout le monde. Donc, il y a une question d'équité.
Les municipalités qui se sont
implantées, qui ont implanté un taux différencié, ça a créé énormément de
chicanes à l'intérieur de la
municipalité. Ça, pour des mairesses, des maires qui sont venus nous raconter l'histoire, leur histoire, là, quand ils ont implanté, ce n'est pas le fun,
faire ça. Mais donc, à ce moment-là, on arrive avec projet de loi où est-ce
qu'on va avoir, à certains endroits, on en convient, actuellement, dans
certains endroits, un taux différencié, dans le fond, tu sais, une taxe de...
Châteauvert (Pierre) : ...une valeur
différente, tu sais, de façon différente. Nous autres, ce qu'on dit, simplement, c'est : Faites attention avec ça
parce que ça va... à l'intérieur des communautés, ça risque de créer beaucoup
de problèmes, et des problèmes que, là... où est-ce que cette problématique-là
est déjà observable.
Sur la
dévitalisation, et ça, ce sont nos propres membres qui sont venus nous le dire,
dans un rang, quand tu avais un rang de quelques kilomètres de long, où est-ce
que tu pouvais avoir sept, huit familles puis où est-ce qu'il t'en reste une, bien, là, c'est certain qu'il y a
moins de maisons. Il y a moins de monde, il y a moins de... tu sais. Donc,
peut-être que la valeur a pu augmenter, mais
si... quand tu as plus de familles, et tout ça, c'est beaucoup plus intéressant,
tu as plus de monde pour la capacité de dynamiser le secteur puis de faire
vivre ta communauté. Parce que, quand tu as moins de monde dans ta communauté,
souvent, tu as moins de commerces, tu as moins ci... Donc, la municipalité se retrouve avec une question de revenu, et c'est...
Et même si ce sont des territoires qu'on peut dire riches, tu sais, dans
ces régions-là qui sont dans le sud de la Montérégie, le long de la frontière,
on a suffisamment... quand... On a juste besoin de se promener pour voir
certains villages qui ont des problématiques de vitalité, là, au niveau de leur
activité économique. On sait que ce n'est pas la même chose que dans certaines
régions où est-ce que tu as une vitalisation très prononcée, mais où est-ce
qu'on l'observe, et c'est ce qu'on... on a un problème.
Puis,
au niveau des principes, ça, c'est l'autre principe, c'est l'équité. C'est que
là, actuellement, l'agriculture, bon, ils sont victimes d'énormément de
pression, des ententes internationales, des intrants, et tout ça, puis là, bon,
là, ils cherchent des façons de baisser leurs coûts, puis là ils se tournent
vers la fiscalité municipale. Donc, c'est ça.
Président (M. Lemay) :
Bon, très bien. Donc, merci beaucoup, M. Châteauvert, pour cet élément de
réponse. Je cède maintenant la parole au député de Bonaventure.
M. Roy :
Merci, M. le Président. Effectivement, la fiscalité municipale est un enjeu
important qui est débattu depuis une
quinzaine d'années, peut-être même plus, et ces gens-là, écoutez, quand tu
regardes les conditions d'existence des agriculteurs, là, ils ne l'ont
pas facile, hein? Et, bon, l'enjeu de la fiscalité fait
partie d'une des pistes
de solution mais pas la seule, hein? Ça va prendre un parapluie de mesures pour
soutenir l'agriculture au Québec.
Moi,
je vais aller directement au point. Ça va vous coûter combien par année?
Quelles sont les pertes évaluées pour les municipalités avec cette
nouvelle mouture?
M. Demers
(Jacques) : C'est 5 millions.
M. Châteauvert
(Pierre) : Oui. C'est les chiffres que vous devez avoir aussi.
M. Roy :
En tout, pour tout le Québec?
M. Châteauvert
(Pierre) : Oui, les chiffres du ministère de l'Agriculture sont
bons, là, on utilise les mêmes. C'est effectivement l'évaluation faite par le
ministère, c'est exactement ça.
M. Roy :
Écoutez, si on regarde les budgets du gouvernement du Québec, on s'entend que
ce n'est pas grand-chose. Quand même,
c'est beaucoup d'argent, là, pour les municipalités. Est-ce que vous avez fait
des demandes au gouvernement pour avoir des mesures compensatoires pour
supporter les municipalités par rapport aux pertes évaluées?
M. Demers (Jacques) : On le retrouve dans le mémoire. Oui, c'est sûr
qu'on vise à pérenniser ça si jamais on passe par là. Mais, au-delà de ça, c'est de dire... ce n'est pas... on
est en train de revoir l'agriculture au Québec. Moi, je calcule dans... aujourd'hui, puis on parle de
5 millions, ça fait que les gens qui vont me dire que ce n'est pas
beaucoup, ils ont sûrement raison. Je considère qu'on n'est pas en train
de la revoir à la bonne place puis à long terme. Là, on est en train de mettre
quelque chose à court terme qui... certains ont utilisé le mot «plaster».
Peut-être. C'est quelque chose qu'on fait là, pour l'instant, mais qui n'a pas
d'impact au bout d'un certain temps. Mais ce que ça a... À court terme, le seul
qui a à l'absorber, c'est le monde municipal. Si on modifie le projet de loi
puis on n'a pas à l'absorber, bien, c'est différent, on parlera d'autre chose à
ce moment-là.
M. Roy :
Bien, c'est sûr, quand on regarde le nouveau pacte fiscal, bon, on est passés
de 160 millions à 267 millions, c'est quand même important comme
augmentation de budget. Puis je ne dis pas qu'il faut prendre des sous
là-dedans pour soutenir l'agriculture et la ponction que vous allez subir au
travers, bon, la réforme, bon, de tout ça, sauf qu'il y a quand même une
solidarité à avoir avec le secteur de l'agriculture, actuellement, au Québec,
qui... Ils ne l'ont pas facile, et vous le savez autant que moi.
M. Demers
(Jacques) : Bien, l'agriculture... On dit la même chose depuis
le début, mais là, on mélange deux choses. On prend les millions sur
1 100 quelques municipalités, et les gens nous disent : Ça touche
surtout 20, 30 municipalités. Là, il y
a une corrélation qui n'est pas bonne. Le 260 millions ne s'en va pas dans
les municipalités, nécessairement, qui sont touchées, mais sur
l'ensemble du Québec.
Si ce
principe-là est bon, il devrait l'être dans l'autre sens, la même chose,
c'est-à-dire qu'on l'absorbe de façon collective.
Là, là, on parle de quelque chose qui est collectif, mais ce n'est pas ce qui
se fait présentement. On vise des municipalités,
et l'impact... chaque sou qui sera donné d'un côté s'en va de l'autre. C'est ce
qui se passe, mais localement, dans les villages, et non pas au niveau
du Québec.
M. Demers (Jacques) :
Merci à vous.
Le Président (M. Lemay) : Très
bien. Donc, M. Châteauvert, M. Demers, M. Boulet, je vous
remercie pour votre contribution à nos travaux.
Et je vais
suspendre les travaux quelques instants afin de permettre aux représentants de l'Union des municipalités du Québec de prendre place.
(Suspension de la séance à 16 h 35)
Le Président (M. Lemay) :
Alors, nous reprenons nos travaux. Et je souhaite maintenant la bienvenue aux
représentants de l'Union des municipalités du Québec en vous rappelant que vous
disposez de 10 minutes pour faire votre exposé. Ensuite, on va procéder à
la période d'échange avec les membres de la commission. Donc, je vous invite à
vous présenter, ainsi que les personnes qui vous accompagnent, puis vous
pourrez procéder à votre exposé. La parole est à vous.
Mme Roy (Suzanne) : Merci
beaucoup, M. le Président de la commission. M. le ministre, Mmes, MM. les parlementaires, permettez-moi d'entrée de jeu de
vous remercier pour l'invitation à vous présenter le point de vue des
municipalités dans le cadre de l'étude du projet de loi n° 48. Peut-être
vous allez y retrouver plusieurs éléments similaires à la Fédération québécoise
des municipalités. Alors, comme elle en a l'habitude, l'Union des municipalités
du Québec soumettra ses propositions pour
bonifier le projet de loi afin qu'il atteigne rapidement les objectifs annoncés.
D'abord, au bénéfice des parlementaires,
j'aimerais vous rappeler que, depuis maintenant plus de 100 ans, l'Union
des municipalités du Québec rassemble les gouvernements de proximité de toutes
les régions du Québec afin de mobiliser l'expertise municipale, accompagner ses
membres dans l'exercice de leurs compétences et valoriser la démocratie municipale. Nos membres représentent
85 % de la population et du territoire québécois. Ils sont regroupés
par caucus d'affinités : les
municipalités locales, les municipalités de centralité, les cités régionales,
les grandes villes, les municipalités de la métropole.
C'est en ma qualité de présidente intérimaire de
l'Union des municipalités que je prends aujourd'hui la parole. Je suis
accompagnée, très bien accompagnée, de M. Guy Charbonneau, qui prendra
aussi la parole, bien sûr, comme maire de Sainte-Anne-des-Plaines, mais aussi
comme agriculteur. Je veux également mentionner la présence de
M. Jean-François Sabourin, qui est conseiller aux politiques de l'Union
des municipalités du Québec.
Vous avez sans doute entre vos mains le mémoire
de l'union, et je vous encourage à y référer pendant notre présentation.
Alors, MM.,
Mmes les députés, dans un premier temps, l'Union des municipalités du Québec
salue la volonté du gouvernement d'aider les producteurs, les
productrices agricoles. Nos agriculteurs, nos agricultrices travaillent fort,
produisent des aliments de bonne qualité et font la fierté des Québécois et des
Québécoises. Ils ont besoin d'un coup de
pouce dans leurs conditions, où leur travail n'est pas toujours récompensé à sa
juste valeur. Alors que la valeur de leurs propriétés agricoles augmente
de plus en plus, les revenus générés ne suivent pas le même cycle haussier.
En ce sens, l'UMQ est généralement en faveur de
la mise à jour du Programme de crédit de taxes foncières agricoles contenue dans le projet de loi, qui
permettra sans aucun doute un meilleur soutien au monde agricole. La réforme
proposée traduit une intention claire de simplifier l'administration du
programme, et, selon nous, les modifications envisagées, notamment le
déplafonnement de la croissance des coûts, devraient donner un sérieux coup de
pouce aux producteurs et productrices
agricoles. Cependant, et cela ferait l'objet de nos premiers commentaires, le
plafonnement de la valeur imposable des terres agricoles, selon nous,
est une mauvaise solution, que le législateur serait avisé de ne pas retenir.
De quoi parle-t-on ici? En fait, le plafonnement
de la valeur imposable des terres agricoles cause plusieurs problèmes selon
nous. D'abord, il intervient directement dans la fiscalité municipale en
désavantageant les milieux agricoles, puis,
je vous dirais, d'autant plus les milieux agricoles dynamiques par rapport aux
milieux urbanisés. Pour les municipalités rurales les plus affectées, le
plafonnement entraînera un transfert fiscal notable dans le secteur
résidentiel. C'est simple, en
réduisant la tarte de revenus, le gouvernement forcera les municipalités en
milieux agricoles à se tourner vers d'autres types de propriétés,
notamment le résidentiel, pour combler le manque à gagner. Selon nos calculs,
dans ma MRC, par exemple, la croissance du compte de taxes pourrait doubler par
rapport à l'année précédente.
Je pourrai
vous donner certains exemples. Je viens de la Montérégie, qui est une région où
nous avons de bonnes terres, où
l'agriculture est dynamique. On ne devrait pas pénaliser ces municipalités
parce que l'agriculture est dynamique. En plus, pour les régions
agricoles qui sont dynamiques comme celles de la Montérégie, le plafonnement ne
pourra être compensé par une autre source de revenus fonciers parce que le
développement même de la municipalité dépend largement de sa zone agricole.
Ensuite, la
proposition du gouvernement crée une iniquité entre les différentes industries.
Je veux être bien claire, le monde
agricole doit compter sur l'appui du gouvernement et, à travers lui, de tous
les contribuables québécois. Mais nous
notons tout de même que cette industrie sera la seule à bénéficier d'une
intervention dans la fiscalité municipale. Ainsi, le système imaginé
pour compenser les municipalités pour le manque à gagner risque d'entraîner en
plus son lot de paperasse. Alors, ça ne
simplifiera pas nécessairement la situation, alors qu'une aide directe aux
producteurs, qui existe déjà... Et on
pourrait l'inclure dans le Programme de crédit de taxes foncières plutôt que
d'imaginer un service de compensation
pour les municipalités, qui va finir par coûter le même prix que les montants
qu'on va vouloir compenser. Plutôt
que de déshabiller Pierre pour habiller Paul, nous encourageons le gouvernement
à respecter l'autonomie fiscale des
municipalités et à se concentrer sur le programme, qui, lui, a fait ses
preuves. J'invite M. Charbonneau à continuer.
M. Charbonneau
(Guy) : Merci. Bonjour, M.
le ministre, Mmes et MM. les députés. Nous souhaitons également attirer
votre attention, du législateur, sur une opportunité à ne pas manquer. Le
déplafonnement du programme est certes une bonne nouvelle. Il y a de bons
éléments dans ce programme-là, mais il ne faut pas jeter le bébé avec l'eau du
bain, comme disent nos amis du reste du Canada. Nous suggérons d'en profiter
pour maintenir et même élargir les conditions d'écoconditionnalité pour l'admissibilité
au programme.
En d'autres mots, un producteur qui bénéficie du
programme, mais qui a reçu un constat d'infraction en vertu de la politique de
la protection des rives, et du littoral, et des plaines inondables, notamment
les règles entourant les bandes riveraines, ne devrait pas être admissible au
programme pour une durée déterminée, par exemple trois ans, deux ans. On
vous laisse le choix.
Je pense que
vous serez d'accord avec nous pour dire qu'il est aberrant que des
personnes délinquantes puissent bénéficier
de congés fiscaux, peu importe l'origine du financement. Il serait opportun
d'utiliser tous les leviers disponibles pour protéger la qualité de l'environnement, spécialement quand on en parle autant qu'on en
parle actuellement, et ce, particulièrement dans un contexte de lutte, d'adaptation aux
changements climatiques. On peut penser aux inondations printanières, si vous voulez, aux zones de
protection de... les ZPEGT, les zones potentiellement exposées aux glissements de terrain, etc. Il y a des gens qui ne
respectent pas la bande riveraine et il faut y penser, à ces choses-là, et ça,
ça serait une façon, l'écoconditionnalité,
et je comprends que vous n'avez pas tous les inspecteurs pour surveiller tout
ça. Cette suggestion est en droite ligne avec cette priorité.
Mme Roy.
Mme Roy (Suzanne) : Alors, finalement,
l'Union des municipalités du Québec aimerait conclure cet exposé en attirant l'attention des députés sur un
problème qui contribue à augmenter le prix des terres agricoles et qui
constitue, encore aujourd'hui, un sujet de discussion dans le milieu.
Les terres en friche au Québec posent un problème. Évidemment, il faut respecter les bonnes pratiques agricoles, mais, à l'heure actuelle, la tendance est plutôt au désintérêt, voire à l'abandon de
certaines terres. En conséquence, les règles de l'offre et de la demande sont
implacables : la valeur des terrains agricoles monte en flèche.
Pour solutionner ce problème, nous croyons qu'il
serait judicieux d'octroyer aux municipalités la possibilité d'imposer une
surtaxe sur une terre intentionnellement inutilisée. Si nous sommes ici aujourd'hui,
si le projet de loi n° 48 est à l'étude, c'est
que nous cherchons collectivement à limiter la hausse des valeurs des terres
agricoles. Les municipalités apportent une solution qui, nous l'espérons, sera
évaluée avec sérieux.
Merci beaucoup de votre attention, et nous
sommes disponibles pour répondre à vos questions.
Président (M. Lemay) : Très bien.
Merci beaucoup, Mme Roy, M. Charbonneau, pour votre
exposé. Je cède maintenant la parole au ministre pour une période
d'échange.
M. Lamontagne : Merci. Bonjour, Mme Roy, c'est un plaisir de
vous accueillir. M. Charbonneau, on a toujours l'occasion de se rencontrer dans toutes sortes de situations.
Aujourd'hui, c'est une nouvelle situation, alors c'est un plaisir de vous
accueillir, M. Sabourin aussi.
Écoutez,
bien, d'entrée de jeu, ce que j'entends, là, c'est la volonté... Un, l'Union des municipalités est sensible à la
condition des agriculteurs au Québec et puis l'Union des municipalités du
Québec est partante pour s'asseoir puis contribuer de la meilleure façon
possible à rendre la vie de nos agriculteurs plus stable, et tout ça. Puis, en
même temps, ce que j'entends, puis aussi j'ai pris connaissance de votre
mémoire aussi, c'est des ouvertures ou des suggestions que vous faites qui, à
mon sens, ont une très grande valeur. Parce que c'est certain que toute la
question de la spéculation foncière a son impact aussi, on l'entend, pour le
milieu agricole. Alors, quand je lis dans le mémoire que vous verriez d'un bon
oeil d'avoir une possibilité de surtaxer au niveau des terres en friche, les
terres qui ne sont pas exploitées, écoutez, un, première chose, c'est quelque
chose qui a déjà été considéré dans le passé, là, par le gouvernement
précédent, et je pense qu'il avait contemplé cet aspect-là, mais au niveau de
la CMM, là. Mais de contempler la possibilité de surtaxer
au niveau des terres en friche... Est-ce que vous avez une idée de l'ampleur
que ça, ça peut représenter sur la spéculation immobilière, la spéculation des
terres, si on veut, là?
Mme Roy (Suzanne) : Alors, peut-être,
là, M. Sabourin.
Le Président (M. Lemay) : Oui.
M. Sabourin.
M. Sabourin (Jean-François) :
Oui, parfait. Oui, en fait, on peut évaluer à peu près à 90 000 hectares,
là, les terres en friche, là. C'est ce qui était en friche entre 1990 et 2010,
c'est ce qui a été évalué par la commission, ici même. Donc, on peut imaginer, avec une valeur moyenne à l'hectare autour
d'à peu près 4 000 $ l'hectare, on se ramasse avec des montants qui ne sont pas très élevés,
donc. Mais, quand même, nous, ce qu'on pense, c'est que, quand même, sur
des grandes superficies, ça peut faire la différence. Ça ne fait pas un coût
supplémentaire pour les productrices, les producteurs agricoles qui décident de
laisser leur terre en friche qui est complètement, complètement rédhibitoire. Par contre, ça reste quand même un
incitatif certain. C'est les calculs, là, qu'on mettait justement dans notre
mémoire, là, donc c'est pour ça qu'on veut aller vers un trois fois le
taux de base pour vraiment que ça puisse constituer un incitatif. Donc, c'est
notre demande actuelle, là. On peut en discuter avec vous.
M. Lamontagne :
Écoutez, j'accueille cette proposition-là avec beaucoup d'ouverture, parce que,
c'est certain, tu sais, on vise avec notre projet de loi à contrer les
valeurs extrêmes. On vise à contrer les augmentations extrêmes. Puis la
question des terres en friche et puis des usagers de ces terres en friche là,
si on veut, vient certainement, à sa façon, contribuer dans cette espèce de
recette là aussi, là. Ça fait que de voir que l'UMQ est ouverte, là, pour qu'on
regarde cet aspect-là, je dois vous dire que j'accueille ça très, très
favorablement.
L'autre mesure aussi, honnêtement, que je trouve
intéressante, c'est toute la question d'écoconditionnalité, de lier l'éligibilité au programme à des mesures
d'écoconditionnalité, surtout dans le contexte, là, où c'est d'actualité,
la question de l'environnement et tout ça. Alors, encore là, je vous dirais,
c'est certain, il y a peut-être... Ce que vous dites, là, vous verriez, là,
quelqu'un, mettons, qui a été pris en infraction... Pouvez-vous développer un
petit peu davantage comment vous verriez, un peu, l'opérationnalisation de ça
sur le terrain?
Mme Roy
(Suzanne) : Bien, c'est ça,
les municipalités régionales de comté sont responsables, entre autres, au niveau des cours d'eau. Donc, on marche déjà nos
cours d'eau, on doit faire l'entretien, et tout ça. On a des inspecteurs
sur le terrain, donc au moment où, par exemple, on se rendrait compte qu'il y a
une problématique importante et qu'il y a effectivement un constat d'émis, il
pourrait être transféré aussi simplement que ça, transféré au ministère, et que
ce soit appliqué tel que ça serait élaboré par exemple dans la loi.
M. Lamontagne : O.K., excellent.
Mme Roy (Suzanne) : Le plus
simple possible pour tous.
M. Lamontagne : Écoutez, j'ai
hâte de discuter de ça avec des gens qui vont se présenter ici, là, qui sont à
venir. Mais c'est une belle surprise, Mme Roy.
Dans votre esprit, aussi, de ce que j'ai
entendu, vraiment l'esprit de contribution puis de collaboration,
naturellement, à la suggestion de la FQM, on a vraiment enchâssé l'idée d'avoir
un comité de suivi. Parce qu'on s'entend,
entre le moment où le projet de loi serait adopté et le moment où il serait mis
en oeuvre, il y a une période de temps considérable qui va être allouée.
Et puis, dans nos intentions, c'est de faire en sorte que la façon d'appliquer,
la façon de compenser, l'objectif du gouvernement, ce n'est pas de mettre à mal
personne. C'est sûr qu'il y a un signal qu'on veut envoyer puis il y a une
certaine réalité qu'on veut encadrer, mais on fait vraiment ça dans un esprit
de collaboration aussi.
Alors, tu sais, le comité, c'est prévu qu'il va
y avoir l'UMQ, qu'il va y avoir la FQM, qu'il va y avoir le MAMH, qu'il va y
avoir le monde agricole. Et puis, moi, j'ai reçu une lettre, aussi, de la CMM,
la Communauté métropolitaine, qu'on a rencontrée, et puis qui terminent leur
lettre en disant : «La rencontre du 21 janvier [avait] été [très]
fructueuse et constructive. La communauté est disposée à poursuivre, [...]cette
base, [des] discussions avec votre ministère quant aux modalités du projet de
loi n° 48 et, plus particulièrement, celles du futur
programme d'aide financière.» Alors, la CMM manifeste de l'intérêt à participer
à ce comité-là.
Est-ce que l'UMQ verrait d'un bon oeil que la
CMM se joigne au groupe et puisse participer dans le comité de suivi pour la mise en oeuvre? Mais, une fois...
L'objectif du comité aussi, c'est que, oui, il va y avoir, à un moment
donné, une mise en oeuvre, mais, après ça, il va y avoir un suivi de cette mise
en oeuvre là pour voir l'impact, puis, si, après ça, il y a des ajustements à
apporter, des choses comme ça. Ça fait que ça se passe vraiment dans un mode de
collaboration puis la CMM offre sa collaboration. Comment vous accueillez ça?
Mme Roy
(Suzanne) : Très bien. J'ai
d'ailleurs la lettre de la CMM avec moi, qui m'a été transmise par les gens...
M. Lamontagne : Pourtant c'était
adressé à moi.
Des voix : Ha! Ha! Ha!
Mme Roy (Suzanne) : ...qui m'a été transmise pour bien nous informer,
justement dans un but de collaboration entre les différents intervenants
municipaux.
M. Lamontagne :
Bien, merci. Merci, Mme Roy.
M. Charbonneau
(Guy) : Si je peux...
Le Président
(M. Lemay) : Oui, allez-y, M. Charbonneau.
M. Charbonneau
(Guy) : Si je peux ajouter, M. le ministre, à votre questionnement, la
CMM a déjà dans son PMAD un large programme, une
partie de... pour la
protection des terres agricoles. Et on s'est engagé là-dedans, là, les villes rurales, les 16... 19 villes rurales
de la CMM, on s'est engagé dans ce genre de programme là. Oui, on y
croit, mais donc, les urbains de Montréal, les montréalistes, sont prêts à
payer, à donner un peu de sous pour supporter l'agriculture. Mais c'est surtout
une responsabilité du gouvernement provincial ou d'un gouvernement fédéral,
mais pas d'un gouvernement local. La ville de Rosemère, à côté de chez moi, qui
a zéro agriculteur, mais qui est la plus riche de ma MRC, bien, ne
contribuerait pas à ça et ce sont les gens les mieux nantis. Il y a quelque
chose qui est... il y a une dichotomie qui s'exerce, là, et il ne faudrait pas
que ça arrive comme ça. C'est une très bonne idée d'aborder le sujet. Ça fait
20 ans qu'on aurait dû l'aborder. Mais on s'attaque au problème, mais on
ne s'attaque pas à la cause du problème.
Si je peux élaborer,
là, puis je ne veux pas faire le rôle de... votre rôle, mais si je peux
élaborer, les gens qui achètent les terres actuellement n'ont pas des noms à
consonance arabe ou chinoise, ils ont des noms très québécois. Chez nous, dans
ma grande ville de 92 kilomètres carrés, à 90 % zonée agricole, j'ai
cinq familles qui achètent les terres et qui
les achètent à des prix pharaoniques. Pourquoi? C'est simple, le gouvernement
endosse les prêts à la caisse populaire ou à la banque et les prêts sont
négociés à du 3 %, et donc... puis ils sont remboursés à 70 % des
taxes. On est en business.
Écoutez,
ça veut dire, ça, là, que c'est plus payant actuellement investir dans de la
terre agricole que... mais ne partez
pas tous à aller investir là-dedans demain matin. C'est plus payant investir
dans de la terre agricole, actuellement, que d'investir à la bourse, que d'investir... bien, pas un prêt à la
caisse populaire ou à la banque, là, oubliez ça, là. C'est ça qui est le
plus payant. C'est plus payant que des blocs. Et c'est un peu de la faute des
gouvernements parce qu'on ne s'est pas ajusté avec le temps.
Et ce qu'il faut
trouver, c'est une façon... Vous avez dit tantôt, là : On essaie de
contrer les valeurs des terres agricoles, M.
le ministre. Je pense qu'on n'adresse pas le problème avec ce projet-là, mais
c'est ça qu'il faut s'occuper, d'abord et avant tout. Je pense que ceux
qui nous ont précédés vous ont parlé d'élargir, c'est une bonne idée, mais je
ne veux pas prendre trop de temps, M. le Président.
Le Président
(M. Lemay) : C'est très apprécié. Donc, je vais céder la parole
au député de Bourget, qui a une nouvelle question.
M. Campeau :
Très apprécié que vous n'arriviez pas juste avec : On n'est pas contents,
mais que vous arrivez avec des
solutions. Toute petite question : Au sujet des bandes riveraines, vous
dites qu'il y a un manque d'inspecteurs. Vous dites que vous iriez aider
à l'inspection?
Mme Roy
(Suzanne) : On a déjà des inspecteurs dans plusieurs MRC puisqu'on a,
dans nos compétences, au niveau des MRC, la gestion des cours d'eau. Donc, on a
déjà des gens qui marchent, on a déjà des inspecteurs. Puis, effectivement, ces
gens-là peuvent être mis à contribution dans le cadre, par exemple, d'un
règlement comme celui-là où ils devraient tout simplement transmettre les
constats au gouvernement pour que ça puisse être appliqué.
Mme Roy
(Suzanne) : Ça me fait plaisir.
Le Président
(M. Lemay) : Donc, M. le ministre, la parole est à vous.
M. Lamontagne :
On peut...
Le Président
(M. Lemay) : Ah! je crois qu'il avait terminé sa question.
M. Lamontagne : Ah! parfait, excellent. Écoutez,
quand on parle de... Le milieu agricole, souvent, a réclamé, là, de
revoir, tu sais, la fiscalité municipale, la fiscalité foncière agricole. Quand
vous entendez ces demandes-là, là, comment
vous réagissez à ces demandes-là? Et puis quelles pistes que vous voyez, là,
au-delà de... Ce qu'on présente, là,
c'est plus large puis ça ne se veut pas une réforme de la fiscalité, on
s'entend là-dessus, là, c'est un projet
de loi qui couvre toute une
palette d'enjeux. Mais quand on aborde ce sujet spécifique là, puis avec
l'expérience que vous avez, un, comment vous réagissez par rapport à ces
demandes-là? Puis, après ça, bien, si vous accueillez ces demandes-là avec une
certaine ouverture, quelle sorte de voie de passage vous voyez pour réformer
cette fiscalité municipale agricole là?
Mme Roy
(Suzanne) : Vous voulez dire la fiscalité agricole?
M. Lamontagne :
La fiscalité agricole.
Mme Roy
(Suzanne) : La fiscalité agricole. On a aussi la fiscalité municipale.
M. Lamontagne :
Vous êtes vite, vous êtes vite.
Mme Roy
(Suzanne) : Alors, on comprend effectivement le besoin de réformer la
fiscalité... la fiscalité agricole — vous voyez, je fais le même
lapsus — alors,
la fiscalité agricole, mais ça ne doit pas se faire en allant jouer dans la
fiscalité municipale, qui, elle aussi, a un grand besoin de modernisation.
Alors, bien sûr, au niveau de la fiscalité agricole, on fait juste regarder le
programme puis on parle de simplification, puis on regarde le projet de loi.
L'idée de compenser les municipalités pour trois ans, c'est une fausse bonne
idée. Je vais vous expliquer pourquoi. Je ne viens pas dire qu'il ne faut pas
compenser les municipalités, ce n'est pas ça mon propos. Mais mon propos est
que, sur un programme de cette ampleur-là, pour 5 millions, aller mettre
en place la bureaucratie puis la paperasse qu'il faut faire pour faire des
calculs pour trois ans de compensation et arriver à l'année quatre puis on a
pelleté en avant — parce
que c'est ça qui va arriver — alors, on va se ramasser qu'on va avoir
créé... alors que, si on prend tout simplement cette même somme d'argent et
qu'on l'injecte dans le programme, là, on vient de simplifier les affaires.
Alors, ça, je pense que ce besoin de simplifier là, il est réel, il est vrai
pour le monde agricole, il est aussi vrai pour le monde municipal, il faut...
Tous nos modèles, hein? Le modèle agricole est aussi mouvant, alors on n'a pas
les agriculteurs d'hier, ils ne sont pas
dans le même système qu'aujourd'hui. On en parlait, avant de venir à la
commission parlementaire, comment ça a évolué, comment c'est différent,
comment ça a grossi, parce qu'on est aussi... c'est aussi une industrie qui est
en compétition, alors... Mais on est prêts à travailler avec le monde agricole,
ça fait
partie des contribuables de nos municipalités, mais ça ne doit pas se
faire dans notre champ fiscal. On a fait tous les deux le lapsus agricole,
municipal, mais on ne doit pas le faire dans la vraie vie, donc on ne doit pas
confondre les fiscalités municipales et agricoles.
Le Président (M.
Lemay) : Très bien.
M. Charbonneau
(Guy) : Si je pouvais compléter.
Le Président (M.
Lemay) : M. Charbonneau, allez-y.
M. Charbonneau
(Guy) : La fiscalité... L'agriculture, c'est du secteur primaire, tout
comme les mines, les forêts et les pêches, et les villes n'ont pas à
subventionner ou à supporter directement par les deniers des citoyens dans ce
domaine-là. À Val-d'Or, ce n'est pas la ville de Val-d'Or qui supporte les
mines qui sont alentour — ou
la MRC. Alors, je pense que c'est le même principe au niveau de l'agriculture,
ça devrait être la société québécoise ou canadienne, si on veut, mais... Et, si
on regarde dans le monde, ce n'est pas localement qu'on supporte l'agriculture.
On la supporte à notre façon, dans bien des choses. Nos territoires sont
protégés depuis très longtemps.
Est-ce à dire que la
municipalité de Sainte-Anne-des-Plaines, que je représente, qui a conservé à
90 % sa zone agricole, s'est tirée dans le pied, elle aurait dû construire
toutes ses terres comme d'autres villes ont fait aux alentours? Je trouve que
vous venez nous pénaliser. On est dans les Basses-Laurentides, les terres
valent très cher, et ceux qui achètent actuellement à 48 000 $, la dernière transaction que j'ai
vue, 48 000 $
l'hectare, ce n'est pas des... c'est des agriculteurs de chez nous, à côté de
chez nous, là. Ça n'a pas de bon sens, là, il faut trouver une façon de leur
dire : Aïe! garçon, c'est assez.
Dans les quotas de
lait, pour ceux qui ne connaissent pas ça, les quotas de lait, on a capé, c'est
en anglais, on a plafonné — bien,
excusez, on va essayer de parler en français ici, dans ce Parlement — on a plafonné
le prix des quotas. Il faut qu'on trouve une façon de plafonner, ou ceux qui
veulent payer au-dessus, bien, payez 100 % de la taxe qui vient avec. Je
prends toujours comme exemple, si je me suis acheté un VUS à 50 000 $ ou... puis je
sais qu'il y a 15 % de taxes, au Québec, dessus, si je n'avais pas voulu
payer 15 % de taxes, je l'aurais acheté en bas. Écoutez, je représente la
11e génération d'agriculteurs de père en fils au Québec, puis ma plus
grande fierté, c'est d'avoir... Merci, M. le Président.
Le Président (M.
Lemay) : M. le ministre.
Lamontagne : M. Charbonneau, dans vos discussions que vous avez,
l'organisation avec les producteurs agricoles... Puis ils vous disent :
Écoute, il faudrait qu'il y ait un plafond sur la valeur des terres agricoles,
la valeur imposable. Alors, vous leur répondez quoi quand vous avez des
échanges avec eux?
M. Charbonneau
(Guy) : Oui. Oui, je vais essayer... Les gens, chez nous, il y a des
gens, ils disent : Ce n'est pas grave, c'est le meilleur placement — ce
que je vous ai répondu tantôt, là — c'est le meilleur placement
qu'on ne peut pas faire, O.K.? C'est ça, le problème. Il faut qu'on arrête, là,
d'aider ceux qui sont déjà riches. Quand le tas est ça de haut, c'est assez,
ça, ce n'est pas nécessaire. C'est ce que mon père me disait.
Le Président (M.
Lemay) : Merci beaucoup. Alors, sur ce, je cède la parole au député de
Robert-Baldwin, mais, avant de faire cela,
je dois demander le consentement puisqu'on n'a pas mentionné le remplacement au
préalable. Est-ce qu'il y a consentement pour remplacer le député de
Marquette? Oui? Consentement. Donc, M. le député de Robert-Baldwin, la
parole est à vous.
Leitão : Très bien. Merci beaucoup, les collègues. Merci, merci
beaucoup. Alors, j'ai trouvé votre intervention, M. Charbonneau,
assez intéressante. J'aimerais continuer un peu avec vous, mais, avant d'y
arriver, Mme Roy, vous avez aussi mentionné des choses intéressantes,
surtout concernant les mécanismes de compensation. Donc, si j'ai bien compris,
vous, vous préféreriez que l'intervention gouvernementale soit envoyée
directement aux agriculteurs, sans trop compliquer les histoires de taxes
municipales.
Mme Roy
(Suzanne) : Bien oui, parce
que ce que ça va nous obliger à faire... Bien, on parle d'une compensation,
donc il va falloir mettre en place la structure, aller compenser les
municipalités. On parlait d'un temps déterminé, alors la quatrième année... on parlait de trois ans, donc la quatrième
année... Je vais prendre l'exemple de Calixa-Lavallée chez nous. C'est le fun de travailler avec des
exemples concrets, là, pour voir c'est quoi, l'impact réel. Calixa-Lavallée,
là, c'est 32,75 $ par résidence. C'est
2 % de hausse de leur compte de taxes. Ils ont haussé, en 2019,
1,5 %. C'est plus que le double de ce qu'ils ont haussé dans... parce
que c'est une municipalité foncièrement agricole. Il n'y a pas un garage, hein?
Alors, à qui ils vont passer ça? Ils vont passer ça aux résidents dans le
village de Calixa-Lavallée, parce qu'ils vont devoir continuer à ouvrir les
routes. Puis là on parle de services minimums dans ce village-là, là, ils vont
devoir continuer à ouvrir les routes, à offrir un minimum de loisirs aux
jeunes, et tout ça. Puis c'est un petit budget, donc c'est ou tu coupes tes
dépenses ou bien tu taxes d'autres personnes. Donc, si c'était inclus déjà dans
le programme, envoyé directement aux agriculteurs, et ça ne toucherait pas la
fiscalité municipale, je pense que, déjà, ça serait plus simple. On atteindrait
les mêmes objectifs pour les trois années, mais on ne peut pas parler de
période de transition, parce que la
quatrième année, à Calixa-Lavallée, les terres ne s