Agriculture, Fisheries, Energy and Natural Resources — 6 May 2021 (42nd Legislature, 1st Session)
CAPERN 2021-05-06
Quebec — Committees
Et, à l'époque, Hydro-Québec voulait participer
au marché américain. Hydro-Québec avait fait valoir qu'elle était une
entreprise complètement intégrée, et tout, puis elle avait dit : Écoutez,
moi, je vais... «I will obey by the rules», je vais me conformer à la
philosophie de la règle, et je vais m'assurer de mettre à l'interne un certain
nombre de dispositifs pour s'assurer, par exemple, que le producteur n'a pas
une visibilité supérieure à d'autres entreprises sur l'évolution des besoins de
la fonction de distribution. Le moyen qui a été choisi à l'époque, puis là il y
a eu des petits cycles là-dedans, là, mais le moyen qui a été choisi à
l'époque, ça a été d'instaurer ce qu'on a appelé des divisions. Ce n'était pas
des entités. Il n'y avait pas de filiale chez Hydro-Québec. Il n'y avait pas de
ce qu'on appelle un P&L, qui est un «profit and losses», là, par entité. Il
y avait, il y a encore les mécaniques, ce que j'appelle, moi, des garde-fous,
pour s'assurer qu'on ne transgresse pas la nécessité d'avoir la distance sur
les informations privilégiées, qui, somme toute, sont assez restreintes.
Et, pour
toutes sortes de raisons qui m'échappent un peu, parce que je n'y étais pas,
mais que je peux comprendre, il s'est créé ce que j'appellerais
affectueusement des royaumes où chacune de ces trois entités-là était assez
maître de ses manières de faire. Et, à l'époque, si on se souvient, il n'y
avait pas vraiment de comité de direction où tout le monde était autour de la
table. Il y avait une fonction corporative, et les relations étaient
essentiellement entre le CEO et chacune de ces opérations-là. Ce n'est pas pour
dire que c'était bien ou mauvais, c'était une façon de faire. Une façon de
faire qui, aujourd'hui, n'a plus ses raisons dans ce qu'on appelle les
meilleures pratiques de gestion.
Aujourd'hui, Hydro-Québec vit, dans sa
modernité, des défis inouïs, puis elle est devant des opportunités extraordinaires
qui requièrent une fluidité, dans ses manières d'opérer, une cohésion. Et
comprenez-moi bien que, quand je dis que les royaumes se sont créés, ce n'était
pas nécessairement sous l'égide de ceux qui dirigeaient lesdites divisions,
mais vous savez comment est l'être humain, il aime contrôler la manière dont il
travaille, les gens ont leur façon de faire. Tant et si bien que, par exemple,
un même syndicat pouvait travailler de manière différente à l'intérieur d'Hydro-Québec,
dans ce qu'on appelle les différentes divisions qui, encore une fois, sont des
vues de l'esprit, là, il n'y a pas de filière, on est capable de suivre toutes
les données opérationnelles de chacun des groupes.
Et, quand je suis arrivée chez Hydro, il y a un
peu plus d'un an, on était en pleine pandémie, puis, en pleine pandémie,
l'affaire est un peu maudite, parce que tu ne peux pas aller voir ton monde, tu
ne peux pas parler aux gens, tu ne peux pas les rencontrer. Alors, ma façon à
moi de m'approprier la réalité d'Hydro-Québec, la réalité opérationnelle, ça a
été de mettre en place ce que j'ai appelé des cafés virtuels, 15 minutes,
avec des gens de partout dans l'organisation, dans toutes les unités
d'affaires, dans les groupes corpos, dans les groupes opérationnels, des
syndiqués, des pas syndiqués, des anciens, des pas anciens, des jeunes, des
vieux, des adjoints, des adjoints exécutifs, toute sorte de monde, des métiers,
des gens de finance. Je passais 15 minutes, je passe encore
15 minutes avec chacun d'eux ou d'elles. J'en ai fait des centaines à
date, cinq minutes : tu es qui, tu viens d'où, ça a été quoi, ton
cheminement. Aujourd'hui, ta réalité opérationnelle, c'est quoi? Qu'est-ce que
tu fais dans la vie chez Hydro, c'est quoi, ta réalité? Moi, ça me permet d'apprendre
non seulement les gens, mais ce qu'ils font, je comprends, puis qui est en
avant de toi, qui est en arrière, et tout.
Et, à la fin, c'est absolument superbe, je leur
donne une baguette magique, cinq minutes. Si tu avais une baguette magique puis
tu pouvais faire quelque chose pour améliorer Hydro, que ce soit dans l'oeil du
client, dans l'expérience employé, dans notre efficience, dans notre
pertinence, et tout, et je vous dirais que, très largement, de ce 90 %, ce
que les gens m'évoquaient, c'était ce que j'appelle l'effet de silo. Alors, il
y en a qui nommaient, qui disaient in texto : Les maudites divisions, ça
nous nuit, et donc, oui... bien, en fait, donc je vous explique. Alors, c'est
ce qui s'est passé. Alors, moi, j'ai une façon de gérer extraordinairement
collégiale, j'ai besoin de tout le monde autour de la table, j'ai besoin d'une
Hydro. Et aujourd'hui l'équipe de direction et les gens qui dirigeaient les
divisions avant en font partie. Nous dirigeons une organisation qui est
l'objectif de faire avancer Hydro-Québec dans la manière la plus efficiente,
cohésive possible.
Le Président (M. Lemay) : M. le
député.
M. Polo : Merci beaucoup. Merci
beaucoup, Mme Brochu. J'aimerais savoir, vous savez que, bon, il y avait
un contexte réglementaire, vous nous l'avez expliqué, vous nous l'avez
détaillé. Comment pouvez-vous nous rassurer aujourd'hui que, malgré la fusion
de ces... ou l'intégration de ces différentes divisions à l'intérieur même...
et, comme vous venez de l'expliquer, pour faciliter une meilleure gestion, une
meilleure direction, un meilleur travail à la direction d'Hydro-Québec, comment
vous pouvez nous rassurer que ça ne compromet pas, bien sûr, la présence d'Hydro-Québec
à travers ses partenaires et ses partenariats aux États-Unis, d'une part?
Aussi, tenant compte, vous le connaissez aussi
bien que moi, que, dans les dernières années, il y a eu un vent de... il y a eu
un mouvement de protectionnisme aux États-Unis, Buy America Act, et autres, qui
ont rendu, bien sûr... qui nous ont obligés à démontrer que, que ce
soit Hydro-Québec ou dans d'autres situations, que nous
respectons, bien sûr, les normes et la réglementation américaines à ce
niveau-là, comment pouvez-vous nous rassurer que, donc, cette intégration,
cette volonté, qui est en soi respectable, ne compromettra pas, bien sûr,
les... que ce soit les contrats actuels ou éventuels d'Hydro-Québec aux États-Unis?
Mme Brochu (Sophie) : Bien, je
vous dirais que tous les, vous permettez, tous les garde-fous, dont je parlais
tantôt, demeurent. Ils sont exactement là, les mêmes mesures. Ce n'est pas parce
qu'il y avait une notion... C'était vraiment une notion, hein, c'était un voile
qui n'était pas diaphane, c'était un voile transparent, là. Ça n'existait pas,
c'était des vues de l'esprit. Ce qui existe, ce sont des garde-fous qui sont
bien en place, qui sont régis. Et puis il y a tout un ballet chorégraphique
quand qu'on aborde certains dossiers, où certains de mes collègues ne sont pas
au fait du dossier, ils vont être... c'est exactement les mêmes mesures, les
mêmes pratiques. On a eu les conversations, notamment avec la Régie
de l'énergie puis notamment
avec les organismes de réglementation aux États-Unis, il n'y
a personne qui a soulevé ça, là, personne. Parce que, comme je vous dis,
c'était une grosse patente chez nous, mais ce n'était absolument rien dans les
faits.
M. Polo : O.K. Est-ce que cette
intégration des différentes divisions, est-ce qu'elles pourraient compromettre
la reddition de comptes dans le rapport annuel d'Hydro-Québec et dans les documents
qui sont soumis à la régie? De quelle façon tout ça va s'articuler?
Mme Brochu (Sophie) :
Aucunement, a ucunement, c'est la même information,
c'est la même chose. C'est une... Écoutez, c'était, je ne sais pas trop comment
vous dire ça, parce que c'était tellement non existant que j'ai de la difficulté
à vous expliquer ce qui se passe quand ça m'existe plus, parce que ce qui
existait, c'était une notion... Quand on parlait de division, c'était sur une
carte d'affaires, c'était sur un groupe, c'était sur le nom d'un groupe. Mais
tout le «reporting» financier que mon collègue CFO fait, tout le «reporting» à
la régie demeure exactement le même. Il est fait d'exactement de la même
manière, ça ne change absolument rien. Mon objectif, c'est de faire évoluer une
posture mentale, de faire comprendre qu'il y a une Hydro. Il n'y a pas... Ce
n'est pas la ligue nationale, Hydro, c'est une équipe de la ligue nationale.
M. Julien : Si vous permettez, M. le
Président.
Le Président (M. Lemay) : Allez-y.
M. Julien : Pour l'avoir discuté un
peu, tu sais, passer de division à groupe, c'est, comme mentionne
Mme Brochu, c'est souvent un changement de culture, une nouvelle approche,
mais ça ne modifie en rien, en fin de compte,
l'opérationnalisation des garde-fous et les critères qu'on s'est donnés pour
répondre aux exigences réglementaires.
M. Polo : Merci. Bien,
Mme Brochu... ou bien, en fait, M. le ministre, j'aimerais qu'on parle
d'exportation pour cette portion du bloc. Bien, vous savez comme moi, dès que
votre gouvernement est arrivé en poste, ça a été une des... ça a été un des
engagements importants au niveau de l'énergie, de développer de nouveaux marchés,
de... bien sûr, on a connu, vu, connu, entendu, bien sûr, toutes les promesses,
par rapport au marché ontarien, malheureusement, qui ne se sont, à date, pas
matérialisées. On le souhaite. Je vais le dire à votre place, M. le ministre,
je vais le dire à votre place : On le souhaite tous. Comme bons Québécois,
on souhaite tous pouvoir exporter plus. Vous ne me ferez pas dire, sur les
réseaux sociaux, quelque chose que je n'ai pas dit ici également.
Mais, ceci dit, les résultats, noir sur blanc,
tels qu'ils le sont au cours des deux dernières années, nous démontrent une
chute, d'une part, de 21 % des profits, mais également une chute des
exportations. Notamment, aujourd'hui, on parle d'un volume d'exportation net de
31,3 térawattheures, 2,4 térawattheures de moins qu'en 2019. Bien
sûr, il y a la pandémie qui peut expliquer une chose et son contraire, toute...
plusieurs choses, disons-le comme ça. Mais j'aimerais ça vous entendre.
Premièrement, je vous lance une question très générale : Vous, Mme Brochu,
comment vous expliquez, bien sûr, non seulement les résultats, mais, de façon
globale également, face à vos engagements,
les engagements de votre gouvernement et les propres... vos propres objectifs
que vous vous êtes fixés?
Le Président (M. Lemay) : M. le
ministre.
M. Julien : Rapidement, après ça
laisser Mme Brochu poursuivre. Mais, essentiellement, vous avez
parfaitement raison de vous prémunir de ce que je pourrais dire par rapport
à... pas vos intentions, mais c'est ce que vous prêtez comme opinion. Il
faudrait être aveugle pour ne pas constater les avancées qui ont été faites
dans les projets d'exportation que ce soit, en fin de compte, le volet
Massachusetts avec des enjeux de la ligne au Maine, et également, là, avec
New York, avec à la fois cette volonté de la reconnaissance, à
titre
d'exemple, de l'énergie hydroélectrique comme étant une énergie renouvelable,
qui fait toute une distinction et qui est majeure.
Et ça, ça ne se fait pas, là... Ce n'est pas une
baguette magique, là, ce n'est pas la même baguette magique que Mme Brochu
parlait tout à l'heure, là. Ça se fait par un travail constant, rigoureux des
équipes d'Hydro-Québec pour... dans cette volonté d'y arriver. Et on voit
clairement qu'on a franchi des haies de manière assez fantastique, au cours des
12 derniers mois, par rapport à la fois du marché du Massachusetts avec le
Maine des enjeux de ligne, et avec New York dans ces reconnaissances-là. Alors,
on continue le travail de manière très agressive pour faire... Parce qu'on sait que la vertu est avec nous, hein, ça, ce
volet-là, on le sait. Et on va y arriver, et on le voit que les étapes se
concrétisent au point où la ligne est en construction, là. Donc, on y touche,
Maintenant, pour ce qui est du volet du volume,
vous avez parfaitement raison qu'il y a un contexte particul