Culture and Education — 5 April 2022 (42nd Legislature, 2nd Session)
CCE 2022-04-05
Quebec — Committees
(Quinze heures trente-neuf minutes)
La Présidente (Mme Thériault) : Merci,
votre attention, s'il vous plaît! Donc, ayant constaté le quorum, je déclare la
séance de la Commission de la culture et de l'éducation ouverte.
La commission
est réunie afin de poursuivre l'étude détaillée du projet de loi n° 96,
Loi sur la langue officielle et commune du Québec, le français.
Mme la secrétaire, y a-t-il des remplacements?
La Secrétaire : Oui, Mme la
Présidente. M. Chassin (Saint-Jérôme) sera remplacé par M. Jacques
(Mégantic); Mme Foster (Charlevoix—Côte-de-Beaupré), par M. Lévesque
(Chapleau); Mme St-Pierre (Acadie), par
M. Birnbaum (D'Arcy-McGee); Mme Dorion
(Taschereau), par Mme Ghazal (Mercier); et Mme Hivon
(Joliette), par M. Bérubé
(Matane-Matapédia).
Présidente (Mme Thériault) : Parfait, merci beaucoup. Donc, aujourd'hui, nous
en sommes à l'article 177 proposé à l'article 113 du projet de loi. Le
ministre en avait déjà fait la lecture, et je comprends, M. le ministre, que
vous avez un amendement. Donc, vous allez nous le lire avant que nous puissions
entamer nos débats.
Jolin-Barrette : Oui : À l'article 113 du projet de loi, dans
l'article 177 de la Charte de la langue française qu'il propose :
1° insérer, dans le deuxième alinéa et
après «51,», «51.1,»;
2° insérer, après le troisième alinéa, les
suivants :
«Lorsque l'office constate un manquement visé au
deuxième alinéa relativement à un bien rendu disponible au Québec par l'intermédiaire d'une entreprise qui, par un moyen
technologique, permet la conclusion du contrat visant l'obtention de ce bien et
le versement du paiement convenu alors que le distributeur, le vendeur, le
locateur, l'offrant ou le détenteur
de ce bien n'a pas d'établissement au Québec, il peut ordonner à l'exploitant
de cette entreprise de cesser, dans
le délai indiqué par l'Office, de permettre à toute personne située au Québec
de conclure un contrat à l'égard de ce bien.
«L'intéressé à l'encontre duquel une ordonnance
peut être rendue en vertu du deuxième, du troisième ou du quatrième alinéa est assimilé à l'auteur du
manquement aux fins de l'application du sixième alinéa et des articles 165.17,
165.20, 178 et 179.»;
3° remplacer, dans le dernier alinéa,
«telle ordonnance» par «ordonnance en vertu du présent article».
Commentaires.
Cet amendement propose d'abord d'ajouter à l'article 177 de la Charte de la langue française un renvoi à l'article 51.1 de cette charte,
lui-même ajouté au projet de loi par un amendement.
Il propose également l'ajout d'un alinéa qui
confère un pouvoir d'ordonnance à l'office afin qu'il puisse viser certaines
transactions qui se font par l'intermédiaire de moyens technologiques lorsque
celles-ci permettent de se procurer au Québec des biens non conformes à
l'achat.
Il introduit ensuite un nouvel alinéa qui
précise la portée de l'expression «auteur du manquement», compte tenu des
dispositions des deuxième et troisième alinéas de l'article 177 du nouveau
quatrième alinéa que propose l'amendement.
Enfin, par
concordance avec l'ajout de cet alinéa, l'amendement propose de modifier le
dernier alinéa de l'article 177 afin de préciser qu'il s'applique à
toutes les ordonnances rendues en vertu de cet article.
La Présidente (Mme Thériault) : C'est
beau? Donc, est-ce que vous avez un commentaire, Mme la députée de Marguerite-Bourgeoys?
Mme David : Si je comprends bien,
c'est l'amendement dont on vient de parler, qui serait pour les trucs plus hors
province du Québec?
M. Jolin-Barrette : ...l'amendement
que nous insérons, c'est pour faire en sorte que, par les voies... Lorsqu'il y a un bien qui est vendu par voie
technologique, notamment par Internet, c'est pour faire en sorte que l'OQLF
ait les mêmes pouvoirs que lorsque les biens sont vendus physiquement sur
place, donc, notamment les normes d'affichage, notamment, ils doivent respecter
l'entièreté de la Charte de la langue française. Donc, on ne voudrait pas que des entreprises basées au Québec, qui, elles,
s'assujettissent à la loi 101, se retrouvent avec une compétition autre
d'une entreprise qui est basée hors Québec, pour faire en sorte que celle-ci
offre aux consommateurs québécois des biens
qui ne respectent pas la Charte de la langue française, dans un souci d'équité
pour toutes les entreprises, celles qui sont basées au Québec,
notamment, et qui sont assujetties à la loi 101, et qui s'y conforment.
Notamment,
je donnais l'exemple... Avant 1977, supposons, sur les tablettes, exemple, vous
alliez à l'épicerie, mais ce n'était pas nécessairement en français. La
loi 101 est arrivée en 1977, donc les boîtes de céréales, supposons, sont
devenues en français ou un côté anglais, un côté français. Donc, la
disponibilité du produit en français était avérée, parce que c'était un produit
physique, dans un magasin physique, au Québec. On souhaite pouvoir transposer
la même chose pour les ventes en ligne. Parce que vous savez qu'il y a des
entreprises qui sont basées au Québec qui font de la vente en ligne. Celles-ci
respectent la Charte de la langue française, avec l'étiquetage, les descriptifs
en français. Donc, on souhaite pouvoir
incorporer ce concept-là aux transactions en ligne, pour faire en sorte que
l'OQLF ait un pouvoir d'ordonnance à l'encontre de ces entreprises-là
qui ne sont pas nécessairement situées sur le territoire québécois.
Vous me direz : Il y a peut-être une
difficulté d'application. L'objectif, c'est que l'OQLF soit outillé pour
pouvoir discuter avec ces entreprises-là à l'étranger. Donc, on vient lui
dire : Bien, écoutez, vous allez avoir le pouvoir réglementaire de le
faire, de discuter avec elles. Pour ce qui est de l'exécution, bien là, à ce
moment-là, l'OQLF va pouvoir énoncer
publiquement qu'il y a certaines entreprises qui sont en contravention avec
l'ordonnance prise.
Mme David : Oui. Quand je vous dis,
Mme la Présidente, qu'on touche à tout dans ce projet de loi là, là... Le
fantasme que j'ai, là, c'est que l'OQLF va devoir appliquer sa propre charte,
avec les articles qui lui permettent de parler une langue autre que le français
avec l'international, parce que là, elle va faire affaire avec des endroits
internationaux, j'imagine, où ça se passe en anglais, en chinois, en russe,
en... bien, peut-être... oui, peut-être que mon exemple n'est pas bon... en
espagnol, en turc, et pour essayer de faire... de dire : Ça se passe en français
au Québec... mais va le faire elle-même dans une langue autre que le français,
puisqu'elle va s'adresser, probablement, à des gens qui parlent une autre
langue.
Mais j'imagine que ce qui vient chez nous...
Non, ce n'est pas vrai. Nous, on se dit : O.K., on parle anglais,
français, disons, on est capables de voir des sites anglophones, mais si des
gens parlent le turc, ou l'hindi, ou le mandarin, bien, peut-être qu'ils font
affaire avec des sites directement en Chine. Ça se peut, ça. Je ne suis pas une
experte là-dedans, parce que je ne le fais pas. Puis ce serait ces gens-là à
qui s'adresse pas mal, là... Mais on va... on se comprend que c'est 99 %
en anglais, là, qu'on vise.
M. Jolin-Barrette : Effectivement,
mais c'est surtout dans un contexte, aussi, nord-américain, parce que le
consommateur québécois a le droit d'avoir ces informations-là en français.
Alors, l'objectif est de tenter de convaincre les entreprises qui viennent
faire commerce au Québec de pouvoir offrir leur site transactionnel en français. Donc, souvent, ça peut être également un
enjeu de santé et de sécurité aussi par rapport au bien qui est acheté.
Mme David : Bien, c'est une belle
motivation, mais c'est sûr que ça va être difficile d'application, parce que
l'office va devoir avoir sa branche internationale de commerce en ligne. Alors,
votre office grossit encore plus, avec des mandats additionnels. Là, on ajoute
l'international. Alors, ça va être intéressant d'aller visiter ça dans deux,
trois, quatre, cinq ans. On ira visiter ensemble. Alors, ça va, je n'ai pas
tellement d'autres connaissances sur le commerce mondial, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme Thériault) :
D'accord. Donc, est-ce que l'amendement est adopté?
La Présidente (Mme Thériault) :
Adopté. Donc, M. le ministre, on retourne sur l'article.
M. Jolin-Barrette : Oui. Alors, on
avait terminé 177?
La Présidente (Mme Thériault) : Le
113... 177, oui. Est-ce que... Bien, la discussion n'a pas été faite,
cependant. Par contre, la discussion n'a pas été faite. On a fait la discussion
seulement sur l'amendement déposé par le ministre. Est-ce que vous avez quelque
chose à ajouter, Mme la députée? Sinon, puisqu'on a amendé l'article, et vous
avez eu la discussion avec M. le député, si vous n'avez rien à ajouter, on peut
passer à 178, sans l'adopter, évidemment, puisqu'on adopte le 113 lorsqu'on
aura passé au complet.
Mme David : ...plus loin, Mme la
Présidente, là. Ce sont de longs articles.
La Présidente (Mme Thériault) :
Beaucoup plus loin, absolument, oui. Donc, ça va pour vous pour le 177?
Mme David : Oui. Je lis juste les
menus... le menu...
La Présidente (Mme Thériault) : Vous
le relisez? Parfait.
David : Il en est de même de
tout... où des menus ou des cartes de vins non conformes... Alors, ça rappelle
des petits souvenirs, les menus.
David : Donc, si c'est dans votre projet de loi, c'est que c'est du...
un menu, pour faire un jeu de mots nouveau, de parler des menus. Il me semble
que les menus, on avait pas mal réglé ça dans la société il y a quelques
années, non?
Jolin-Barrette : ...les menus étaient déjà dans la loi.
Mme David :
Mais pourquoi vous les mettez, là? Vous rajoutez le vin parce que les gens
boivent plus de vin, quoi?
M. Jolin-Barrette : Parce que... Non, parce que, dans le fond, ce qu'on vient créer, c'est
le pouvoir d'ordonnance de l'OQLF. Auparavant, là, on avait une mise en demeure
préalable, tu sais, avant d'avoir une poursuite pénale, là. Bon, c'était 205.1, où est-ce que, dans l'ancienne
loi... «une publication non conforme. Il en est de même de tout exploitant
d'établissement où des menus ou des cartes de vin non conformes aux
dispositions de l'article 51 sont présentés au public.» Ça fait que c'était
déjà 205.1.
Là, ce qu'on fait
avec le pouvoir d'ordonnance, c'est que, désormais, l'OQLF va pouvoir... a un
pouvoir d'ordonnance pour corriger la situation. Donc, exemple, l'inspecteur
constate une situation, va sur les lieux, ensuite, bon, accompagne l'entreprise
pour dire : Écoutez, vous êtes en dérogation, vous devez changer tel, tel,
tel élément. L'entreprise ne change pas les différents éléments.
Ensuite, là, ce qu'on
vient faire, c'est notamment de permettre à l'OQLF d'avoir un pouvoir
d'ordonnance. Donc, l'OQLF dit : Moi, je prends une ordonnance pour
dire : Bien, conformez-vous, vos menus doivent être changés conformément à
la loi. Là, c'est le pouvoir d'ordonnance qui pourrait mener à une sanction
pénale par le Directeur des poursuites criminelles et pénales. Mais, avant ça,
il y a un pouvoir d'ordonnance. L'OQLF dit formellement... C'est l'équivalent
de la mise en demeure, mais maintenant, c'est un pouvoir d'ordonnance, puis
c'est la contravention au pouvoir d'ordonnance qui vient faire en sorte d'être
générateure d'une infraction et que c'est transféré au DPCP.
Mme David : O.K.
Je vais m'arrêter là, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme
Thériault) : C'est beau? M. le ministre, le 178.
M. Jolin-Barrette : «L'ordonnance de l'office
doit énoncer les dispositions de la présente loi ou du règlement pris pour son application à l'encontre desquelles
le manquement a été commis, les autres motifs qui la justifient et le délai
dont dispose l'auteur du manquement pour se conformer à l'ordonnance. Elle est
notifiée à l'auteur du manquement visé par cette ordonnance.
«Elle prend effet à
la date de sa notification ou à toute autre date ultérieure qui y est indiquée.
Elle demeure tenante pour une période de deux ans.»
Commentaire.
L'article 178 de la Charte de la langue française que propose
l'article 113 du projet de loi complète l'article 177. Il prévoit la
teneur de l'ordonnance, sa notification à l'auteur du manquement, la date de sa
prise d'effet et la période de deux ans pendant laquelle elle demeure tenante.
La Présidente (Mme
Thériault) : Commentaires?
Mme David : ...un
commentaire, peut-être, pour ceux qui nous écoutent avec passion, que
l'article 113... J'essaie d'en trouver la fin, là. Il est long, hein,
l'article 113, là, dont on parle...
La Présidente (Mme
Thériault) : ...204.14, le 113.
Mme David : O.K.
Il est à 204. O.K.
La Présidente (Mme
Thériault) : 204.14, et il y aura des ajouts, si je ne m'abuse, aussi.
Mme David : O.K.,
il y a des amendements. O.K. Alors, non, ça va pour celui-là, Mme la
Présidente.
La Présidente (Mme
Thériault) : Ça va pour celui-là? M. le ministre, le suivant, 179.
Jolin-Barrette : «179. L'auteur du manquement doit, dans le délai
indiqué par l'ordonnance, transmettre à l'office un avis faisant
sommairement
état des mesures prises pour se conformer à l'ordonnance.»
Commentaire.
L'article 179 de la Charte de langue française que propose
l'article 113 du projet de loi prévoit que l'auteur du manquement doit
transmettre à l'office un avis faisant
sommairement état des mesures prises
pour se conformer à l'ordonnance. Cette obligation facilite le suivi de la
situation par l'office.
La Présidente (Mme
Thériault) : Mme la députée, questions, commentaires?
Mme David : ...de
commentaire.
La Présidente (Mme Thériault) : Pas
de commentaire? M. le ministre, l'article 180.
Jolin-Barrette : «L'office peut révoquer ou modifier l'ordonnance
qu'il a rendue en vertu de la présente section.»
Commentaire.
L'article 180 de la Charte de
langue française que propose l'article 113 permet à l'office de révoquer
ou de modifier une ordonnance qu'il a rendue.
La Présidente (Mme Thériault) : Mme
la députée de Marguerite, c'est beau?
La Présidente (Mme Thériault) :
...Marguerite-Bourgeoys, c'est beau? Je veux juste mentionner votre nom comme
il faut... j'ai dit «Mme la députée de Marguerite». Il manquait le «Bourgeoys».
Mme David : Mais c'est beau,
«Marguerite», c'est correct.
La Présidente (Mme Thériault) : Oui,
bien moi, quand on me dit juste «Mme la députée d'Anjou», il manque
«Louis-Riel». Donc, juste pour les fins d'identification.
M. Jolin-Barrette : Puis personnage
très important.
La Présidente (Mme Thériault) : Absolument,
que j'ai fait ajouter, hein, comme nom, dans mon comté. C'est pour ça que,
souvent, on dit juste «Anjou». Bien, c'est «Anjou—Louis-Riel».
L'article 181, M.
le ministre.
M. Jolin-Barrette : Puis ancien
comté de Pointe-aux-Trembles, non?
La Présidente (Mme Thériault) : À
l'époque, quand ça a été créé, voilà 50 ans exactement, oui.
M. Jolin-Barrette : C'est... M.
Léger était député de Pointe-aux-Trembles.
Présidente (Mme Thériault) : M. Léger, à l'époque, c'était Pointe-aux-Trembles,
qui englobait l'ancienne municipalité d'Anjou.
M. Jolin-Barrette : C'est ça.
«L'ordonnance
visée à l'article 177 peut, dans les 30 jours de sa notification,
être contestée devant le Tribunal administratif du Québec.
«Le tribunal ne peut que confirmer ou infirmer
l'ordonnance ainsi contestée.»
Commentaire.
L'article 181 de la Charte de la langue française que propose
l'article 113 du projet de loi prévoit un recours à l'encontre
d'une ordonnance de l'office devant le Tribunal administratif du Québec.
La Présidente (Mme Thériault) : Ça
va pour vous? 182, M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Oui. «L'Office
ne peut, en vertu de la présente section, rendre une ordonnance pour un
manquement aux dispositions suivantes :
«1° les dispositions du
chapitre V du
titre II, autres que celles des articles 150 et 151.1;
«2° les dispositions des articles 78.1
à 78.3 et 176.
«Il ne peut non plus rendre une ordonnance dans
les cas visés à l'article 184 ni à l'encontre d'un organisme de l'Administration auquel s'applique la politique
linguistique de l'État ou à l'encontre d'un membre du personnel de cet organisme.»
Commentaires.
L'article 182 de la Charte de
la langue française que propose l'article 113 du projet de loi restreint
le pouvoir de l'office de rendre des ordonnances en vertu de
l'article
L'article 151.1, tel qu'il se lit
actuellement, précise que, pour une entreprise, ne pas respecter les
obligations qui lui sont imposées en vertu des dispositions relatives à sa
francisation constitue la commission de l'infraction, vu l'introduction de l'ordonnance à l'article 177 de
la Charte de la langue française. Il y a lieu de limiter le pouvoir de rendre
une telle ordonnance aux entreprises visées à cet
article 151.1.
De plus, comme des obligations de francisation
ont été ajoutées à l'article 150 pour les entreprises employant cinq personnes ou plus, il y a également lieu de
permettre à l'office de rendre une ordonnance à l'égard d'un manquement
à ce dernier article.
De plus, un manquement à l'un des articles 78.1
à 78.3 ou 176 ne peut faire l'objet d'une ordonnance parce qu'il fait directement l'objet de poursuites
pénales. La charte prévoit déjà que l'office n'est tenu de mettre en demeure
le contrevenant dans ces cas.
Les cas visés
au deuxième alinéa ont pour objectif de préserver la compétence du tribunal
prévue par l'article 184, qui rend la teneur de l'actuel
article 208 de
la Charte de la langue française et celle conférée au ministre en vertu de
l'article 128.3 que propose l'article 73 du projet de loi.
La Présidente (Mme Thériault) : ...Mme
la députée. Pas de commentaire? Parfait. M. le ministre, 183.
Jolin-Barrette : Oui. «L'office peut demander à un juge de la Cour
supérieure de prononcer une injonction relative à l'application de la
présente loi.
«La demande d'injonction constitue une instance
en elle-même.
«La procédure prévue au Code de procédure civile
s'applique sauf que l'office ne peut être tenu de fournir un cautionnement.
«L'office ne
peut demander une injonction à l'encontre d'un organisme de l'Administration
auquel s'applique la politique linguistique de l'État ou à l'encontre
d'un membre du personnel de cet organisme.»
Commentaires.
L'article 183 de la Charte de la langue française permet à l'office de demander
à un juge de la Cour supérieure de prononcer une injonction relative à
l'application de la Charte de la langue française.
Cet
article
précise que la demande constitue une instance en elle-même, ce qui aurait pour
effet, si la demande est rejetée, de permettre l'appel de plein droit.
Le troisième
alinéa de l'article 183 restreint le pouvoir de l'office de demander une
injonction afin de préserver la compétence du ministre de la Langue française à
l'égard des organismes de l'Administration qui y sont visés.
La Présidente (Mme Thériault) : Merci.
Mme la députée.
David : Bien, c'est bien, cet article-là, parce que ça
permet au pouvoir judiciaire d'évaluer le bien-fondé d'une demande de l'OQLF
puis ça permet à l'OQLF d'aller chercher un jugement qui pourrait être
exécutoire, alors, ce qui permet à l'office d'obliger une personne à respecter
la charte, sous peine d'être sanctionnée par le tribunal. Alors, je
pense que ça va.
La Présidente (Mme Thériault) : Ça
va? Parfait, merci. M. le ministre, 184.
M. Jolin-Barrette : «184. Le
tribunal peut, à la demande de l'office, ordonner que soient enlevés ou
détruits, dans un délai de huit jours à
compter de sa prise d'effet, les affiches, les annonces, les panneaux-réclame
et les enseignes lumineuses qui contreviennent aux dispositions de la
présente loi, et ce, aux frais du destinataire de l'ordonnance.
«La demande peut être dirigée contre le
propriétaire du matériel publicitaire ou contre quiconque a placé ou fait
placer l'affiche, l'annonce, le panneau-réclame ou l'enseigne lumineuse.»
Commentaire.
L'article 184 de la Charte de la
langue française que propose l'article 113 du projet de loi reprend
essentiellement les dispositions de l'actuel
article 208 de la charte.
La Présidente (Mme Thériault) : Mme
la députée.
Mme David : Alors, ça, c'est toute
la question de l'affichage quand ça ne respecte pas le «aussi visible que», ou
le «prépondérant», ou le... ou quelque règle que ce soit liée à l'affichage?
Jolin-Barrette : Oui, bien, ça, c'est un pouvoir d'ordonnance qui était
aussi dans la loi 22, à l'époque, en 1974, de M. Bourassa. Et donc, lorsqu'il y a quelque chose qui est contraire à
la loi, ils peuvent être... c'est ça, retirer l'affichage.
Mme David : Il est disparu, donc,
pour qu'on le remette?
M. Jolin-Barrette : Bien, dans le
fond, c'est le pouvoir d'ordonnance. Il est déjà là, sauf que ce qu'on fait,
puisqu'on l'intègre à l'intérieur du pouvoir d'ordonnance... parce
qu'auparavant, de la façon que ça fonctionnait, là, c'était toujours la mise en
demeure puis ensuite... Bien, ça, c'est un pouvoir de nature injonctive, mais
là c'est dans le cadre de l'ordonnance. On
vient le dire, l'OQLF peut prendre l'ordonnance, et ça fait en sorte que là, le
tribunal... dans le fond, l'OQLF
demande au tribunal de retirer les affiches qui sont non conformes aux
dispositions de la présente loi.
Mme David : O.K. Puis le tribunal
doit se prononcer?
M. Jolin-Barrette : Exactement.
Mme David : Dire oui ou non,
forcément?
M. Jolin-Barrette : Il pourrait dire
non.
Mme David : O.K. Ça va, Mme la
Présidente.
La Présidente (Mme Thériault) : Ça
vous va? Parfait. M. le ministre, 185. Là, on est dans la nomination.
Jolin-Barrette : Oui. Alors là, on est dans la
section du
Commissaire à la langue française.
Titre IV, Commissaire à la langue
française, Nomination.
«Sur
proposition du premier ministre et avec l'approbation des deux tiers de ses
membres, l'Assemblée nationale nomme un commissaire à la langue française;
elle en détermine, de la même manière, la rémunération, les avantages sociaux
et les autres conditions de travail.
«La personne proposée par
le premier ministre doit avoir une sensibilité ainsi qu'un intérêt marqués en
matière de protection de la langue française. Le ministre de la Langue
française fait une recommandation au premier ministre à cet effet.»
Commentaires.
L'article 185 de la Charte de la
langue française que propose l'article 113 du projet de loi est le premier
article d'un nouveau
titre consacré au Commissaire à la langue française. Les
dispositions de ce
titre concernent la
nomination du commissaire, ses fonctions, ses pouvoirs, et ses immunités, et
ainsi que son organisation.
Le premier
alinéa de l'article 185 de la charte confère d'abord au premier ministre la
tâche de proposer à l'Assemblée nationale la candidature d'une personne pour
être Commissaire à la langue française. Cette personne sera nommée si
l'Assemblée approuve la candidature par un vote d'au moins les deux tiers de
ses membres.
Le premier alinéa prévoit ensuite que le même
processus doit être suivi pour déterminer la rémunération des avantages sociaux
et les conditions de travail du commissaire.
Le deuxième alinéa prévoit, quant à lui,
certaines des qualités que doit avoir la personne dont la candidature est
proposée par le premier ministre.
La Présidente (Mme Thériault) : Merci.
Mme la députée de Marguerite-Bourgeoys.
Mme David : Bien, écoutez, c'est
intéressant, là, on rentre dans un
chapitre qui a l'air beaucoup plus technique, et tout ça, mais on est au coeur d'une
partie phare de la... du projet de loi, qui est la création d'un commissaire
et donc d'un commissariat, si on peut appeler ça comme ça. Et il est juste
dit : La personne proposée doit avoir une sensibilité et un intérêt
marqués en matière de protection de la langue française. Je vais être curieuse
de voir... je ne serai plus là pour le voir, mais je vais pouvoir le voir, mais
peut-être pas le voter. Quelles seront les qualités d'un commissaire idéal, aux
yeux du ministre?
Jolin-Barrette : Bien, moi, mon souhait, Mme la Présidente, c'est
que la députée de Marguerite-Bourgeoys soit là pour voter sur la
nomination du Commissaire à la langue française. Donc...
La Présidente (Mme Thériault) : ...que
c'était votre souhait que ce soit elle, la prochaine commissaire.
Mme David : Moi aussi, je pensais,
mais je n'osais pas le dire, Mme la Présidente. Il me déçoit beaucoup.
La Présidente (Mme Thériault) : Puisqu'elle
a déjà été responsable de cet office-là.
M. Jolin-Barrette : Bien, écoutez,
moi, je n'ai rien contre, Mme la Présidente. Moi, je n'ai rien contre, surtout, Mme la Présidente, que la députée de
Marguerite-Bourgeoys nous a annoncé, en fin de semaine, qu'elle quittait
la politique, et je souhaite lui rendre hommage, parce qu'elle a servi le
Québec pendant huit années à
titre de députée, à
titre de ministre également,
Mme la Présidente. Mais les gens doivent savoir également que la députée de
Marguerite-Bourgeoys a servi le Québec aussi dans d'autres fonctions, notamment
à
titre de sous-ministre également, dans des établissements universitaires,
entre autres. Alors, je ne referai pas son parcours, mais je tiens, Mme la Présidente, à lui dire un grand merci pour
tout le service public qu'elle a fait pour le Québec. Donc, je sais que
c'est quelqu'un qui a à coeur la langue française et je tiens à la remercier
pour son travail.
Et je dirais,
Mme la Présidente, que j'avais appris à connaître la députée de
Marguerite-Bourgeoys plus amplement au projet de loi no° 21, mais
j'ai encore eu l'opportunité de la connaître encore plus et de l'apprécier
davantage au projet de loi n° 96, avec toutes les heures que nous avons
passées ensemble.
Alors, honnêtement, et j'ai eu l'occasion de le
dire à la députée de Marguerite-Bourgeoys, ça nous fait toujours de la peine de perdre des collègues estimés et de qualité au
bout d'un mandat, tout comme vous, Mme la Présidente, qui allez nous
quitter après plus de 20 ans de vie politique. Alors, c'est fort apprécié, au
cours des années, le contact qu'on avait avec vous. On n'est pas toujours
d'accord, mais je pense que ça fait partie... En fait, quand on part, comme député, puis que nos collègues de la
banquette d'en face disent qu'ils vont s'ennuyer, bien, je pense que ça veut
dire que vous avez réussi en politique, pour les bonnes raisons, Mme la
Présidente.
David : ...sur les propos de mon collègue pour vanter les
mérites de ma collègue qui... Vraiment, 20 ans, là, c'est
impressionnant, plus que 20 ans, même, maintenant.
La Présidente (Mme Thériault) : Non,
ça va faire 20 ans le 15 avril.
Mme David : Ça va faire...
15 avril? Oh!
La Présidente (Mme Thériault) : Donc,
au départ, ça fera 20 et demi, presque.
Mme David : Bien, alors, c'est
formidable. Mais on ne disait pas ça pour parler... on ne demandait pas au ministre de faire notre éloge, Mme la Présidente,
mais je me demandais quand même quel serait un commissaire de la langue française idéal, mais, bon, on verra quand
l'affichage sera fait, parce que je ne sais pas comment ça marche, là, mais ça doit être le secrétaire aux... Non? Aux emplois
supérieurs? Non, ce n'est pas un emploi supérieur, ça, c'est un autre...
Jolin-Barrette : Non. Généralement, de la façon que ça fonctionne pour
les nominations aux deux tiers, c'est que le premier ministre propose aux
chefs...
Jolin-Barrette : Effectivement, effectivement. Donc, il peut y avoir
un appel de candidatures ou non.
Mme David : Alors,
j'espère que vous trouverez à la hauteur de vos désirs et de vos ambitions pour
la langue française.
Jolin-Barrette : Comme dirait Charles Perrault, ça prend un
commissaire avec de grandes dents.
Mme David : Je
pense que je ne me qualifie pas, Mme la Présidente.
Jolin-Barrette : Non, non, au sens figuré, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme
Thériault) : Au sens figuré, d'accord.
Mme David : O.K.,
ça va.
La Présidente (Mme Thériault) : Ça,
c'est une merveilleuse parole du ministre et des collègues. S'il n'y a pas
d'autre intervention, je vous invite peut-être à passer à l'article suivant,
M. Jolin-Barrette : Oui. «Le commissaire
doit, avant de commencer à exercer ses fonctions, prêter le serment
prévu à l'annexe II devant le président de l'Assemblée nationale.»
Commentaires.
L'article 186 de la Charte de la langue française que propose l'article 113 du
projet de loi prévoit que le Commissaire à la langue française doit prêter
serment devant le président de l'Assemblée nationale avant de pouvoir exercer ses fonctions. Le texte du serment sera prévu à
l'annexe II de la charte, laquelle est comprise dans l'annexe I du
projet de loi.
Ce serment constitue
une promesse, de la part du commissaire, sur la manière selon laquelle il se
déchargera de ses fonctions et devoirs. Ce
serment concerne plus particulièrement l'impartialité, la justice,
l'impossibilité de recevoir d'autres avantages ou rémunération que ceux
prévus à la loi ainsi que le devoir de discrétion du commissaire.
La Présidente (Mme
Thériault) : Merci. Mme la députée.
Mme David : ...phrase
vraiment bizarre. Ce serment concerne plus particulièrement... non, ce n'est
pas... C'est : «Ce serment constitue
une promesse de la part du commissaire sur la manière dont il se déchargera de
ses fonctions et devoirs.» Mais c'est antérieur, on veut dire, pas ses
fonctions... Un serment qui... Je promets de me décharger de mes devoirs.
C'est... ou bien vous parlez de ses fonctions antérieures à être commissaire,
conflits d'intérêts. C'est-tu ça?
M. Jolin-Barrette : Dans le
commentaire : «Ce segment constitue une promesse de la part du commissaire
sur la façon selon laquelle il se déchargera de ses fonctions et de ses
devoirs.»
La Présidente (Mme
Thériault) : Déchargera?
Mme David : Je
ne sais pas, mais...
Jolin-Barrette : Oui, il se déchargera. C'est au futur simple.
La Présidente (Mme
Thériault) : Chargera, non, ça n'aurait pas fait l'affaire?
Mme David :
Bien, il se déchargera de quoi?
Jolin-Barrette : De ses fonctions.
Mme David :
Mais de quelles fonctions?
La Présidente (Mme
Thériault) : En assumant ses fonctions?
David : Se décharger, ce n'est pas se charger. Une batterie qui se
décharge, ce n'est pas une batterie qui se charge. Je ne sais pas.
La Présidente (Mme
Thériault) : À l'office, on dit que c'est le terme.
M. Jolin-Barrette : ...comment il remplira
ses fonctions. Si vous voulez, Mme la Présidente, je vais vous lire le
texte du serment qui est prévu à l'annexe II. Peut-être qu'on pourrait
étudier l'annexe en même temps.
La Présidente (Mme
Thériault) : Oui, ce serait une bonne idée.
Mme David : Bien
là, je ne veux pas en faire un... mais...
La Présidente (Mme Thériault) : Mais
par... C'est sûr que, si vous nous en faites la lecture, ça va faciliter
la compréhension et l'avancement dans les autres articles, 186 et par la suite.
M. Jolin-Barrette : Alors, Mme la Présidente,
peut-être que ça devrait être la députée de Marguerite-Bourgeoys qui le lit, comme ça, ça va nous donner un
avant-goût de si jamais c'est elle, la Commissaire à la langue française. Mais
je peux...
La Présidente (Mme
Thériault) : ...voulez-vous lire l'annexe?
Mme David : ...je
vois dans Antidote, qui est québécois pure laine aussi, hein, «se décharger»,
c'est enlever de son chargement :
«décharger les bagages de la voiture»; «libérer d'un fardeau, d'un travail;
soulager d'une responsabilité»; «atténuer ou annuler une accusation»;
«enlever la charge d'une arme à feu». À date, là... «laisser libre cours à
l'expression d'un sentiment», «laisser à d'autres le soin de, s'en remettre aux
autres».
La Présidente (Mme
Thériault) : Mme la députée, vous avez raison. Par contre, c'est dans
le commentaire, ce n'est pas dans le projet de loi, donc c'est le commentaire.
Je comprends qu'il y a eu un choix de mot, là, qui peut porter à confusion.
Vous avez raison, mais ce n'est pas dans le texte de loi.
Mme David : O.K. Mais je n'ai pas... on n'a pas à discuter.
Non, mais c'est parce que ça... le choix de mot a toujours des conséquences.
Moi, je lisais, en fonction... il se décharge peut-être, dans son serment, de
ses conflits d'intérêts.
La Présidente (Mme
Thériault) : Vous avez raison. Oui, vous avez raison, parce que c'est
la compréhension qui est selon le commentaire. Je vais juste apporter la
précision que ce n'est pas dans le texte de loi.
Mme David : Ça,
vous avez raison.
La Présidente (Mme
Thériault) : Ça fait qu'on peut avoir la discussion aussi là-dessus,
si vous voulez. C'est dans le commentaire. C'est beau.
Mme David : Non,
non, mais... Alors, je pose ma question autrement. Est-ce qu'on implique que le
commissaire doit se libérer de ses... tout potentiel conflit d'intérêts ou il
doit se charger, dans son serment, des missions qui sont les siennes pour être
commissaire? Moi, je le lis de la deuxième façon, évidemment, parce que, le
reste, on a des commissaires à l'éthique. On a tout ce qu'il faut pour se
décharger de nos conflits d'intérêts. Mais c'est
ça que vous voulez dire. L'esprit de ça, c'est le serment. Je n'ai pas le goût
de tout le lire, mais c'est dire comment je vais bien me charger de
la mission qui m'est confiée.
Jolin-Barrette : Exactement. À l'annexe II, le «Je déclare sous
serment que je remplirai mes fonctions avec honnêteté, impartialité et justice
et que je n'accepterai aucune autre somme d'argent ou avantage, pour ce que
j'accomplirai dans l'exercice de mes fonctions que ce qui me sera alloué
conformément à la loi.
«De plus, je déclare
sous serment que je ne révélerai, sans y être dûment autorisé, aucun
renseignement que j'aurai obtenu dans l'exercice de mes fonctions.»
Mme David : Alors,
je vais donner le bénéfice du doute au fameux mot «décharger», que c'est pour
la petite
partie qui concerne l'absence de
conflit d'intérêts. Mais, Mme la Présidente, je suis obéissante, alors je ne
commenterai pas plus sur le commentaire.
La Présidente (Mme
Thériault) : C'est bien. Donc, M. le ministre, je vous invite à passer
à 187.
M. Jolin-Barrette : Oui. Avec votre
permission, je vous demanderais une courte suspension, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme
Thériault) : Oui. Alors, nous allons suspendre les travaux quelques
instants.
(Suspension de la séance à 16 h 06)
La Présidente (Mme
Thériault) : Nous poursuivons donc nos travaux. Donc, nous en
étions... nous venions de passer l'article 186, on était à 187. M. le
ministre.
Jolin-Barrette : Oui. «Le mandat du commissaire est d'une durée de
sept ans et ne peut être renouvelé. À l'expiration de son mandat, le
commissaire demeure en fonction jusqu'à ce qu'il soit remplacé.»
Commentaire.
L'article 187 de la Charte de la langue française que propose
l'article 113 du projet de loi prévoit la durée du mandat du commissaire.
Ce mandat ne peut être renouvelé, toutefois, afin d'éviter que la charge... Ce mandat ne peut être renouvelé, toutefois, et
afin d'éviter que la charge de commissaire devienne vacante,
l'article 187 prévoit que le commissaire demeure en fonction jusqu'à ce
que... jusqu'à son remplacement.
La Présidente (Mme
Thériault) : Mme la députée de Marguerite-Bourgeoys.
Mme David :
Oui. Pour vous dire comment j'ai lu attentivement le projet de loi, Mme la
Présidente, le commissaire, c'est sept ans. Son commissaire adjoint, c'est
cinq ans. Le commissaire, il ne peut pas être renouvelé, puis le commissaire adjoint, il n'est pas dit
qu'il ne peut pas être renouvelé. Donc, maintenant que je sais lire les projets
de loi, ça veut dire qu'il peut être renouvelé. Donc, pourquoi un
cinq ans, l'autre sept ans, un renouvelé, l'autre pas renouvelé?
Jolin-Barrette : Bien, sept ans... les personnes désignées,
désormais, à l'Assemblée nationale le sont pour une période de sept ans,
exemple, le Directeur des poursuites criminelles et pénales. Dans le fond, avec
le projet de loi n° 1 qu'on a déposé, nous,
en 2018, on a fait en sorte que le DPCP, le directeur de la SQ et le commissaire
de l'UPAC, désormais, sont désignés pour une
période de sept ans. Auparavant, c'était cinq ans pour, supposons, le
directeur de la SQ. Alors, pour le commissaire adjoint... Dans le fond,
le commissaire adjoint n'est pas voté aux deux tiers par l'Assemblée nationale. Puis, dans le fond, c'est
sur recommandation du Commissaire à la langue française. Donc, sept ans...
Mme David :
Et il peut être renouvelé, lui. Il peut...
Jolin-Barrette : Oui, il peut être renouvelé.
Mme David :
Parce qu'il n'est pas écrit qu'il ne peut pas être renouvelé. Donc, je conclus
qu'il peut être renouvelé.
Jolin-Barrette : Exactement.
Mme David :
Donc, celui-là peut durer 10 ans, par exemple, puis l'autre peut durer
sept ans. Puis ce n'est pas les mêmes années de mandat, donc il peut y
avoir un...
M. Jolin-Barrette : Oui, c'est ça, mais, d'un autre côté, ça fait en sorte que, quand il y
a, supposons, un nouveau commissaire, ça pourrait faire en sorte qu'il y
ait un transfert d'expertise aussi.
Mme David :
O.K. J'avais bien compris ça.
La Présidente (Mme
Thériault) : M. le député de D'Arcy-McGee.
M. Birnbaum :
Merci, Mme la Présidente. Je comprends qu'on parle d'une nomination assujettie
à deux tiers d'approbation de l'Assemblée nationale, nomination importante
et solennelle. Et je comprends aussi qu'il y a des... si je peux le dire comme
ça, de la jurisprudence, d'autres mandats qui se limitent à un seul mandat
aussi. Mais je pose la question quand même, surtout à l'aube du fait qu'on n'a
pas jugé intéressant de mettre quelque limite que ce soit sur les termes des
mandats des membres de l'office. Je comprends que ce n'est pas la même chose,
mais, en même temps, est-ce qu'on aurait réfléchi à la possibilité d'avoir
choisi une commissaire, d'autres qualités qui font le consensus de... bon, du
public, du ministre, des ministres en question, qui se trouverait peut-être au
milieu de plusieurs dossiers mandants, en quelque part, très, très
importants... Est-ce qu'on a réfléchi sur la possibilité que... dans les
circonstances, qu'un gouvernement, une assemblée nationale jugerait à propos de
laisser la possibilité d'un renouvellement ou est-ce qu'on s'est confiés, tout
simplement, aux précédents, aux règles de jeu pour les autres nominations à
deux tiers de l'État?
Jolin-Barrette : Bien, notamment pour les trois personnes
désignées que je vous disais, c'est sept ans, non renouvelable. Le Vérificateur
général du Québec, c'est 10 ans, non renouvelable. Le Directeur général
des élections, c'est 10 ans, non renouvelable également. Or,
sept ans, c'est une personne... c'est une période de temps qui est quand
même raisonnable, qui est quand même assez longue, qui garantit toute
l'indépendance également. Ça m'apparaît un temps raisonnable.
L'autre élément, c'est important d'avoir du sang
neuf aussi, parfois, pour amener du dynamisme aussi. Donc, bien que la personne
va avoir une forte expertise aussi... puis tout ça, bien, comme dans tout
emploi, ça prend un renouvellement pour des charges aussi importantes aussi.
Donc, sept ans, ça m'apparaît une période raisonnable.
Puis l'autre élément,
c'est qu'être Commissaire à la langue française, ce n'est pas nécessairement
une carrière. Tu sais, c'est vraiment un
poste ponctuel dans... en fonction de l'expertise de la personne, tout ça, puis
on veut que, durant ce laps de temps
là, la personne s'y consacre, puis on veut que la personne, pendant ces sept
ans-là, donne son 200 %, là.
M. Birnbaum : Je me permets tout
simplement, Mme la Présidente, de noter nos observations quand nous étions en discussion sur les modalités pour les
membres de l'office, où, comme ma collègue de Marguerite-Bourgeoys a
bien noté, c'était peut-être une opportunité de renouveler les critères, et
tout ça, et le ministre n'a pas jugé nécessaire ou intéressant de statuer à ce
qu'il y ait de nouveau ça, de la façon qu'on avait suggérée. Merci.
La Présidente (Mme Thériault) : Ça
va? Donc, si je n'ai pas d'autre commentaire, on passe à l'article 188.
M. Jolin-Barrette : Oui. «Le
commissaire peut, en tout temps, démissionner en donnant un avis écrit au président de l'Assemblée nationale. Il ne peut
être destitué que par une résolution de l'Assemblée [nationale] approuvée
par les deux tiers de ses membres.»
Commentaire.
L'article 188 de la Charte de
la langue française que propose l'article 113 du projet de loi permet au commissaire de démissionner en tout
temps en donnant un avis de sa démission au président de l'Assemblée
nationale.
L'article 188 prévoit aussi les règles concernant la
destitution du commissaire.
À cet égard, l'article 188 codifie une
règle résultant de l'application du principe général de droit du parallélisme des compétences et des formes. Ainsi,
l'Assemblée nationale, qui est compétente pour nommer le commissaire,
est également compétente pour le destituer. Cette destitution, comme cette
nomination, nécessite une majorité des deux tiers des membres de
l'Assemblée nationale.
Présidente (Mme Thériault) : ...commentaires? Il n'y en a pas. Donc, nous
allons passer à 189. On change de section.
Chapitre II, c'est
Fonctions, pouvoirs et immunité. 189. M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Oui. «Le
commissaire a pour fonction de surveiller le respect des droits fondamentaux conférés par la présente loi, l'exécution des
obligations qu'elle impose aux personnes, aux entreprises et à l'Administration
de même que la mise en oeuvre de ses dispositions par le ministre, l'office ou Francisation
Québec.»
Commentaire.
L'article 189 de la Charte de
la langue française que propose l'article 113 du projet de loi prévoit la
fonction de surveillance qui incombe au Commissaire à la langue française.
Le commissaire doit ainsi surveiller le respect
des droits fondamentaux énoncés aux articles 2 à 6.2 de la Charte de la
langue française de même que l'exécution des obligations qu'elle impose, que
ces obligations découlent de l'interprétation donnée aux droits fondamentaux
ainsi énoncés ou des autres dispositions de cette charte.
Le commissaire doit, de plus, surveiller la mise
en oeuvre des dispositions de la charte qui doit être faite par le ministre de
la Langue française, l'Office québécois de la langue française ou Francisation
Québec.
La Présidente (Mme Thériault) : D'autres
commentaires? Mme la députée.
Mme David : Qu'est-ce que ça veut
dire, concrètement, surveiller l'office?
M. Jolin-Barrette : Bien, en fait,
le commissaire va pouvoir... On en a déjà discuté. Supposons, sur la recherche,
les indicateurs linguistiques, tout ça, le commissaire va pouvoir critiquer le
travail de l'office, va pouvoir constater le
travail qui est fait, de quelle façon, supposons, on accompagne les
entreprises, de quelle façon la recherche est effectuée à l'OQLF, de
quelle façon est-ce que les plaintes sont reçues par l'OQLF, de quelle façon
est-ce que les secteurs de francisation
prioritaires sont établis. Donc, ça va vraiment être... Le commissaire, il a
les coudées franches pour surveiller le travail de tout le monde en
matière de la langue française.
Mme David : Donc, les coudées
franches, c'est à ça que je pensais, un peu comme la Vérificatrice générale,
qui peut être un peu au-dessus, si on veut, ou dans un pouvoir d'indépendance
par rapport à des mandats qu'elle se donne ou qu'elle reçoit. Alors, ça peut
être Francisation Québec puis ça peut être l'office, mais tous ces gens-là
relèvent d'un ministère différent. Mais ça ne change rien, tout comme la
vérificatrice peut aller voir pour les garderies ou pour... Même, elle est déjà
allée dans des trucs pour les collèges, pour... dans tous les ministères, la
Santé. Là, c'est... Ils ne vont pas dans tous les ministères, mais ça va quand
même dans Francisation Québec, principalement, et l'office, qui ne seront pas
du tout dans les mêmes ministères et sous le même ministre. Donc, le
commissaire est comme un regard, un «Big Brother» même au-dessus des ministres,
quelque part.
M. Jolin-Barrette : Oui, mais,
en fait, je vous dirais, c'est un rôle comparable à celui de la Vérificatrice
générale, mais en matière de la langue française, donc pour surveiller les
obligations, les droits fondamentaux également des... qui sont conférés par la
Charte de la langue française de façon à permettre au commissaire de vraiment,
dans le cadre de ces rapports, de faire enquête par lui-même ou, suite à une
motion de l'Assemblée nationale ou à une demande du gouvernement, d'aller
vérifier certains éléments.
Alors, le commissaire, lui, il est investi des
pouvoirs d'une commission d'enquête sans le pouvoir d'emprisonnement,
justement, pour... il y a l'immunité, et il aura tous les outils pour faire la
lumière sur la situation linguistique. L'idée, c'est
vraiment d'avoir un chien de garde qui est nommé aux deux tiers par
l'Assemblée nationale et qui peut aller voir dans chacun des ministères, à
l'OQLF, dans les... à Francisation Québec pour voir qu'est-ce qui est fait, un
véritable portrait de la situation. Dans le fond, c'est un agent libre, si on
peut dire.
La Présidente (Mme Thériault) : C'est
beau. Le 190, M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Oui. «Le
commissaire a également pour fonction de surveiller l'évolution de la situation
linguistique au Québec.
«À cet effet, il doit notamment :
«1° faire
le suivi de la connaissance, de l'apprentissage et de l'utilisation du français
par les personnes immigrantes;
«2° identifier les mesures prises par le
gouvernement en vertu de l'article 88.13.»
Commentaire.
L'article 190 de la Charte de la langue française que propose
l'article 113 du projet de loi prévoit que le commissaire surveille
l'évolution de la situation linguistique au Québec. Cette fonction est partagée
avec l'office qui, en vertu de l'article 160 de la Charte de la langue
française, fait rapport au ministre, au moins tous les cinq ans, de sa
surveillance de la situation linguistique du Québec, notamment en ce qui a
trait à l'usage et au statut de la langue française ainsi qu'aux comportements
et attitudes des différents groupes linguistiques.
Le deuxième
alinéa de l'article 190 précise certaines matières qui doivent faire
l'objet d'une attention particulière du commissaire dans sa surveillance
de la situation linguistique au Québec.
La Présidente (Mme Thériault) : Questions?
Commentaires?
Mme David : On revient au
fameux mariage forcé entre l'office et le commissaire pour faire des
recherches. Ce n'est toujours pas clair pour
moi. Comment... D'ailleurs, il est bien écrit : Cette fonction est
partagée avec l'office qui, en vertu de l'article 160, fait rapport
au ministre — donc
l'office fait rapport au ministre, mais le commissaire, lui, fait ses propres
affaires — au
moins tous les cinq ans, de sa surveillance de la situation linguistique.
Alors, il va falloir quasiment des tests de
personnalité entre le président de l'office puis le commissaire avant de choisir le commissaire parce que ça pourrait
être vraiment très compliqué. Et je ne comprends toujours pas pourquoi le
commissaire a si peu de pouvoirs en matière de recherche et que l'office en a
tant, si ce n'est que vous travaillez avec l'office, qui a toujours eu
tellement de pouvoirs qu'ils vous ont dit : Enlevez-nous pas ça.
M. Jolin-Barrette : Non, pas du
tout. Dans le fond, l'office, c'est le bras opérationnel. On veut que les
données soient disponibles. Le commissaire, lui, a tout loisir de les
critiquer, mais surtout le fait que les indicateurs linguistiques y soient
préalablement établis, on l'a vu dans la loi, et le Commissaire à la langue
française peut faire ajouter des critères également.
Donc, l'objectif, c'est de faire en sorte que le
commissaire, oui, il peut se mêler de plusieurs choses. L'OQLF produit, génère... C'est là notamment qu'ils
doivent agir pour la situation linguistique, aider les entreprises,
l'affichage, tout ça. Mais le commissaire est là, par-dessus l'épaule de
tout le monde, pour vérifier puis accompagner. Tu sais, voyez-vous, on dit
également... Comme mission, on lui donne la fonction de surveiller l'évolution
de la situation linguistique, puis il doit notamment identifier les mesures
prises par le gouvernement en vertu de l'article 88.13, faire le suivi de l'apprentissage, de
l'utilisation du français par les personnes immigrantes. Alors, on met des
situations bien spécifiques qu'on veut qu'il regarde.
Donc, le
commissaire, lui, il regarde sur l'ensemble. L'OQLF est sur le terrain
directement, puis le commissaire regarde tout ça, comment ça se passe,
autant sur les données statistiques, autant sur le pratico-pratique.
Mme David : Mais trouvez-vous que
c'est une amélioration par rapport au futur défunt, mais, pour moi, il est mort depuis longtemps, là, Conseil supérieur de la langue française? Parce qu'on l'a fait mourir en ne l'alimentant
pas beaucoup. Et là on met les fonctions... en fait, on met les fonctions... Ce
n'est même pas clair, là, si... parce que le conseil avait aussi des fonctions
de recherche, mais l'OQLF aussi, alors ça n'a jamais été un mariage bien
heureux, là, depuis 2002. Alors, je me demande si on ne recrée pas quelque
chose d'un peu bizarroïde aussi.
M. Jolin-Barrette : Non, parce que
le commissaire a toute l'indépendance requise. Notamment, il est voté aux
deux tiers de l'Assemblée nationale, puis on lui donne des pouvoirs extraordinaires
aussi de faire... de vérifier, de rendre des comptes, de rendre des rapports.
Le Commissaire à la langue française, là, il peut déposer le nombre de rapports
qu'il veut par année, mais surtout il y a un rapport annuel. Puis, dans le
fond, il va venir, fort probablement, à l'Assemblée nationale pour déposer son
rapport, va faire une conférence de presse et va dire... et va alerter la
population pour dire : Telle chose, telle chose, telle chose, ça ne
fonctionne pas. J'ai fait telle, telle, telle recommandation, tels, tels, tels
ministères n'ont pas suivi mes recommandations. Ça, ça fait bouger les choses.
Mme David : Bien, je trouve qu'il y
a quelque chose d'intéressant, c'est que c'est vrai qu'il y a plus de pouvoirs
que le président du Conseil supérieur de l'éducation. Donc, on a un peu... bon,
effectivement, il n'y avait pas ce genre de vote aux deux tiers, et tout ça.
Mais le commissaire va... est nommé par l'Assemblée nationale, mais est-ce
qu'il rend des comptes à la commission où on siège, par exemple, culture,
éducation? Est-ce qu'on peut le convoquer? Est-ce qu'on
peut... C'est quoi, l'articulation entre les parlementaires, dans le fond, les
élus, comme la VG peut avoir? Et est-ce
qu'il vient en étude de crédits? Est-ce qu'il peut être convoqué dans une
commission spéciale pour un sujet en particulier?
Jolin-Barrette : En fait, comme n'importe quelle personne désignée, il
peut être invité à la commission parlementaire, peut répondre de ses crédits
également par le biais du président de l'Assemblée nationale à l'étude des
crédits.
Mme David : O.K.
Donc, il a les mêmes... dans le fond, les mêmes choses que la Vérificatrice
générale ou...
Jolin-Barrette : Dans le fond... Commissaire à l'éthique,
Directeur général des élections, les autres personnes désignées, Commissaire au
lobbyisme... j'en oublie un.
Mme David : Bien,
donc, la... ici, notre commission, parce qu'on est Commission de culture,
éducation, où la langue est située, je ne sais pas si ça sera toujours comme
ça, mais, en tout cas, elle est pour l'instant, est-ce que... est-ce que la
commission a automatiquement le mandat d'aller... d'étudier les rapports, par
exemple, de... est-ce qu'elle se donne... Parce que, quand il y a un rapport de
VG, je sais que c'est toujours assez... il y en a qui sont un peu nerveux le matin, là. Puis la commission... ça
doit être la Commission de
l'administration publique, ou je ne
sais pas, qui vérifie le... qui reçoit le VG.
Jolin-Barrette : En fait, la commission peut toujours se saisir du
rapport, peut décider de se saisir du rapport. La commissaire... La
Vérificatrice générale, généralement, elle fait une présentation à la
Commission de l'administration publique... bien, en fait, le matin, en huis
clos aux membres de la commission puis, par la suite, fait sa conférence de
presse.
Mme David : Et
donc on peut aller vers des modulations ou des modes de fonctionnement comme ça
avec le Commissaire à la langue française?
Jolin-Barrette : Bien, dans le fond, la commission est souveraine,
donc elle peut décider de convoquer le Commissaire
à la langue française à partir du moment où il dépose un rapport. L'Assemblée
pourrait le convoquer aussi.
La Présidente (Mme
Thériault) : C'est beau?
Jolin-Barrette : Puis, voyez-vous, à l'article 199, on va
voir : «Le commissaire transmet au président de l'Assemblée nationale les
rapports qu'il produit.
«Celui-ci les dépose
à l'Assemblée nationale dans les trois jours de leur réception, ou, si
elle ne siège pas, dans les trois jours de l'ouverture de la session
suivante ou de la reprise des travaux.
commission compétente de l'Assemblée nationale étudie ces rapports dans les
trois mois suivant leur dépôt.»
Ça fait que, dans le
fond, il viendrait s'asseoir ici. Bien, dans le fond, la commission va devoir
étudier son rapport, puis j'imagine que la commission va l'inviter.
Mme David :
O.K. C'est ça. Je me rappelle maintenant que je l'avais lu.
La Présidente (Mme
Thériault) : Mais il y a une obligation dans la loi... parce que ce
n'est pas tout le monde qui a une obligation dans la loi.
Jolin-Barrette : Oui. Lui, il a une obligation dans la loi.
La Présidente (Mme
Thériault) : Mais là on le voit ici qu'il y a une obligation de venir
s'exprimer devant les parlementaires pour justifier ces rapports, puis les
parlementaires vont poser des questions. C'est ce qu'il faut comprendre.
Jolin-Barrette : Exactement.
La Présidente (Mme
Thériault) : Parfait. Il y a une obligation. C'est ça qui est
important parce que c'est une nouvelle
entité... c'est une nouvelle entité, entre guillemets, je vais le dire comme
ça. Puis je vais faire un parallèle avec la Commission des affaires
municipales. Quand ils ont fait des nouvelles choses, il y avait un rapport, à
toutes les années, qui était déposé les cinq
premières années puis, après ça, c'était aux cinq ans. Donc, il y avait eu
une analyse à chacun des rapports
chaque année pour pouvoir s'améliorer et faire les correctifs qu'il fallait
puis, s'il fallait modifier la loi, le faire. Puis, après ça, ça tombait
juste aux cinq ans.
Donc,
c'est sûr que, puisque c'est une nouvelle entité... mais là, au moins, ils vont
venir devant la commission et il y a des questions qui vont être posées.
Donc, s'il y a des modifications à faire, j'imagine que le ministre qui sera
responsable pourra donner suite aux recommandations des parlementaires.
Jolin-Barrette : Voyez-vous, ce n'est pas un
article pour un leader, par
exemple, parce que ça génère du volume dans les commissions.
La Présidente (Mme Thériault) : Non.
Ça, le leader n'aime pas ça.
M. Jolin-Barrette : C'est ça.
La Présidente (Mme Thériault) : Oui.
Donc, c'est beau pour le 190. On s'en va à 191, et vous avez un amendement
aussi, M. le ministre, à 191.
M. Jolin-Barrette : Oui. Alors, je
vais lire l'article :
«Le commissaire doit veiller à ce que chaque
institution parlementaire au sens de l'annexe I satisfasse aux obligations auxquelles
elle est tenue en vertu de la présente loi.
«À cette fin, il peut notamment prévoir toute
disposition particulière à ces institutions ajoutant à la politique
linguistique de l'État.
commissaire, sans délai après avoir pris une telle disposition, la rend
publique et en transmet une copie au ministre.»
À l'article 113 du projet de loi, dans
l'article 191 de la Charte de la langue française qu'il propose, remplacer
les deuxième et troisième alinéas par les suivants :
«À cette fin, le commissaire exerce, à l'égard
des institutions parlementaires, à la place du gouvernement, du ministre de la
Langue française et de l'office, les fonctions et pouvoirs que les
articles 20, 156, 156.3 et 204.18 leur permettent d'exercer à l'égard d'un
organisme de l'Administration.
«De plus, les dispositions d'un règlement pris
par le gouvernement ou le ministre en application des dispositions des
chapitres IV ou IX du
titre I de la présente loi ne s'appliquent à une
institution parlementaire que si le commissaire y consent.
«Le commissaire peut également prévoir toute
disposition particulière à ces institutions ajoutant à la politique linguistique de l'État. Sans délai, il
rend une telle disposition publique et en transmet une copie au ministre.»
Commentaires. Cet amendement vise à prévoir le
transfert au Commissaire à la langue française de certaines fonctions qui sont
attribuées au gouvernement, au ministre de la Langue française et à l'Office
québécois de la langue française lorsqu'elles sont exercées à l'égard d'une
institution parlementaire.
Il prévoit également que les dispositions d'un
règlement du gouvernement ou du ministre pris en vertu du
chapitre IV,
Langue de l'administration», et IX, Dispositions diverses, du
titre I, ne s'appliquent
à une institution parlementaire que si le Commissaire à la langue française y
consent.
Donc, concrètement, quand c'est des pouvoirs qui
appartiennent au ministre ou à l'OQLF, ils sont transférés au Commissaire à la
langue française lorsqu'il s'agit d'une institution parlementaire, puis même
chose, un règlement du ministre qui est
pris, bien, pour que ça touche les institutions parlementaires, c'est le
commissaire qui doit y donner son accord pour que ça s'applique.
Mme David : Ça, on l'avait déjà
ou... Il me semble qu'on l'avait déjà.
Jolin-Barrette : Oui. Au
début du projet de loi, on avait un
article qui faisait la même chose
relativement au règlement en question
pour dire que le commissaire devait y consentir lorsque ça touchait une
institution parlementaire.
Mme David : Oui, mais même cet
amendement-là, là, est-ce qu'il a été déposé?
La Présidente (Mme Thériault) : Il
est déposé, il est à l'écran.
Mme David : Non, non, je sais, mais
est-ce qu'il est tout fraîchement déposé à l'écran?
M. Jolin-Barrette : On l'a déposé il
y a deux semaines.
Mme David : Excusez, là, il y a
beaucoup...
La Présidente (Mme Thériault) : Oui,
il y a beaucoup d'amendements...
Mme David : ...beaucoup de papiers
et d'amendements.
La Présidente (Mme Thériault) :
...oui, il y a beaucoup d'amendements.
Mme David : Beaucoup. Alors, je vais
retrouver mes affaires...
Présidente (Mme Thériault) :
Mais, comme le ministre dit, ça a été déposé voilà à peu près deux semaines,
officieusement, évidemment.
Mme David :
Non, non, c'est ça. Non, ça va.
La Présidente (Mme Thériault) : Ça
La Présidente (Mme Thériault) :
Donc, s'il n'y a pas des questions, commentaires, est-ce qu'on peut voter
l'amendement? Madame... Est-ce que l'amendement est adopté?
Présidente (Mme Thériault) :
Adopté. Donc, on revient à l'article. Est-ce que vous avez d'autres
commentaires à ajouter, Mme la députée... l'article tel qu'amendé?
La Présidente (Mme Thériault) : Il
n'y en a pas?
La Présidente (Mme Thériault) : M.
le ministre, je vous invite à aller à 192.
M. Jolin-Barrette : Oui. «Le
commissaire reçoit les plaintes relatives à tout manquement aux dispositions de
la présente loi commis par une institution parlementaire.
«Lorsqu'une telle institution ne satisfait pas à
une obligation qui lui incombe en vertu de la présente loi, le commissaire doit
voir à ce qu'elle élabore les mesures nécessaires pour remédier à la situation
et les mette en oeuvre dans le délai qu'il indique.»
Commentaires.
L'article 192 de la Charte de
la langue française que propose l'article 113 du projet de loi complète
l'article 191. Son premier alinéa prévoit que le Commissaire à la langue
française reçoit les plaintes relatives aux manquements aux dispositions de la
Charte de la langue française qui auraient été commis par une institution
parlementaire.
Le deuxième alinéa de l'article 192 oblige
le commissaire à voir à ce qu'une telle institution élabore des mesures
permettant de remédier à un tel manquement et les mette en oeuvre dans le délai
qu'il indique.
La Présidente (Mme Thériault) :
Commentaires?
Mme David : Bien, est-ce que vous
prévoyez beaucoup d'achalandage dans ce genre de plaintes là?
M. Jolin-Barrette : Par rapport aux
institutions parlementaires?
M. Jolin-Barrette : Pas tellement,
parce que, dans le fond, les institutions parlementaires sont comme les
ministères et les organismes, ils vont s'assujettir à la Charte de la langue
française, à la politique linguistique de l'État également. Je ne crois pas que
ça va soulever d'enjeu, mais...
La Présidente (Mme Thériault) : Mais
il faut prévoir qu'ils puissent recevoir ces cinq-là?
M. Jolin-Barrette : C'est ça.
Mme David : Alors, l'institution
parlementaire, répétez-nous donc qui ça concerne.
M. Jolin-Barrette : Institutions
parlementaires, c'est Vérificatrice générale, Directeur général des
élections, Commissaire au lobbyisme, Protecteur du citoyen...
Mme David : Commission des droits de
la personne, non?
M. Jolin-Barrette : Non. la
Commission aux droits de la personne, dans le fond, le président, il est nommé
aux deux tiers à l'Assemblée nationale...
Mme David : Ah oui! C'est vrai.
M. Jolin-Barrette : ...les autres
commissaires ou les membres de la commission, les membres de la commission sont
nommés aux deux tiers de l'Assemblée nationale, mais ça relève du ministère de
la Justice. En fait, c'est une entité distincte, mais qui
est dans le portefeuille Justice, donc Commissaire à l'éthique
également. Donc, Commissaire à l'éthique, lobbyistes, Directeur général des
élections, Vérificatrice générale, Protecteur du citoyen, Assemblée nationale.
Mme David : Oui, mais tout ce
monde-là est nommé aux deux tiers aussi, là, Vérificatrice générale... Alors,
pourquoi vous dites que la Commission des droits de la personne est nommée, lui
aussi, par l'Assemblée nationale puis que ça le soustrait même?
M. Jolin-Barrette : Parce qu'il y en
a qui sont des... Dans le fond, dans les cinq que je viens de vous nommer, ça,
c'est des personnes désignées par l'Assemblée nationale, tandis que...
M. Jolin-Barrette : Oui. Puis, dans
le fond, il y a des personnes qui sont désignées par l'Assemblée nationale qui
sont dans des organismes. Exemple, tous les membres de la Commission de la
fonction publique sont votés aux deux tiers de l'Assemblée nationale, mais ne
constituent pas une personne désignée par l'Assemblée nationale, ne relèvent
pas directement de l'Assemblée nationale. Commission des droits de la personne,
c'est la même chose également. Qui d'autre
qu'on a mis aux deux tiers? Ah! exemple, Sûreté du Québec, directeur de l'UPAC,
DPCP. Exemple, le DPCP, c'est le meilleur exemple, là. Le DPCP, dans le fond...
Moi, comme Procureur général du Québec, dans le fond, je suis Procureur général
du Québec en matière civile puis en matière criminelle. Donc, j'ai les deux fonctions. Mais, par contre, on a décidé,
avec le temps, en 2005 notamment, de créer le Directeur des poursuites criminelles et pénales, et je lui
délègue, dans le fond, mon chapeau de poursuivant en matière criminelle. Mais, ultimement,
c'est le procureur général du Québec, donc le ministre de la Justice... bien,
c'est séparé, là, mais dans ma fonction de Procureur général du Québec, le DPCP
exerce en mon nom les poursuites criminelles.
Mme David : Mais là vous me dites
tout ça pour m'expliquer que c'est dans votre nom de ministre de la Justice que
vous surveillez l'application de la Charte de la langue française au DPCP, par
exemple. Puisque ce n'est pas le commissaire, il faut bien que quelqu'un
surveille.
M. Jolin-Barrette : Non. Ça va être
la ministre de la Langue française qui va surveiller au DPCP.
Mme David : Ah! O.K., ce qui n'est
pas le commissaire, c'est le ministre de la Langue française pour les
institutions.
M. Jolin-Barrette : Oui, pour les
institutions parlementaires, c'est le commissaire de la langue française. Pour les organismes de l'Administration, c'est le
ministre de la Langue française puis, pour les entreprises, c'est l'OQLF.
Mme David : Puis pour les citoyens
aussi.
M. Jolin-Barrette : Bien, les
citoyens, eux, ils peuvent faire une plainte, supposons... Supposons que c'est
en matière de droit du travail, on l'a vu, ils peuvent faire une plainte à la
CNESST ou à leur syndicat.
Mme David : O.K. Je vous le dis,
c'est l'organigramme du ministère de la Santé qu'on crée, là.
M. Jolin-Barrette : Non, mais c'est
parce que c'est en fonction de l'exécutif puis du législatif.
La Présidente (Mme Thériault) :
C'est beau pour celui-là? Parfait. Le suivant, M. le ministre, 193.
M. Jolin-Barrette : «Le commissaire
fournit à l'Assemblée nationale, au gouvernement ou au ministre les avis et les
recommandations qu'il estime appropriés lorsqu'il le juge nécessaire ou en
réponse à la demande de l'un de ceux-ci sur toute question concernant une
matière relevant de ses fonctions.
«De plus, le
commissaire peut informer le public sur toute question relative à la langue
française au Québec.»
Commentaires.
L'article 193 de la Charte de
la langue française que propose l'article 113 du projet de loi accorde au commissaire la discrétion nécessaire
pour fournir, lorsqu'il le juge à propos, les avis et les recommandations
qu'il estime appropriés sur toute question
concernant les matières relevant de ses fonctions. Ses avis et ses
recommandations sont fournis à l'Assemblée nationale, au gouvernement ou
au ministre de la Langue française.
L'article 193
prévoit également que le commissaire fournit de tels avis ou de telles
recommandations en réponse à une demande formulée par l'Assemblée, le
gouvernement ou le ministre.
Enfin,
l'article 193 permet au commissaire d'informer le public sur toute
question relative à la langue française au Québec.
La Présidente (Mme Thériault) :
Questions, commentaires, Mme la députée? Ça va?
La Présidente (Mme
Thériault) : M. le ministre, 194.
M. Jolin-Barrette : Oui. «Le
commissaire exerce ses fonctions à temps plein et de façon exclusive.»
Commentaires.
L'article 194 de la Charte de
la langue française que propose l'article 113 du projet de loi prévoit que
le commissaire exerce ses fonctions à temps plein et de façon exclusive,
l'empêchant ainsi d'exercer d'autres fonctions.
La Présidente (Mme Thériault) : Ça
va? Parfait. 195, M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Oui. «Le
commissaire peut d'office faire les vérifications et les enquêtes qu'il juge utiles à l'exécution de ses fonctions. Il peut
faire une telle vérification ou une telle enquête à la demande du gouvernement
ou de l'Assemblée nationale.
«Ces vérifications et ces enquêtes peuvent
porter notamment sur :
«1° le respect des obligations de
l'Administration prévues par la présente loi;
«2° les mesures mises en place par
l'Administration pour promouvoir, valoriser et protéger le français et voir à
ce que soient fournis des services d'apprentissage du français;
«3° les activités exercées par l'office;
«4° l'exercice d'adoption et de mise à jour de
la politique linguistique de l'État;
«5° la
conformité aux dispositions de l'article 29.14 des directives prises en
vertu de cet
article ou de l'article 29.15;
«6° les programmes de francisation et de
conformité prévues par la présente loi ainsi que les mesures visant à favoriser
l'apprentissage du français;
«7° le respect des dispositions de la
section II du
chapitre VIII et du
chapitre VIII.1 du
titre I;
«8° le
respect des dispositions du
chapitre V du
titre II de la présente loi à
l'égard de toute entreprise qui bénéficie d'une subvention ou d'un
contrat conclu avec l'Administration;
«9° l'évolution de la situation linguistique au
Québec.
Le commissaire peut autoriser spécialement toute
personne à faire ces vérifications et ces enquêtes.»
Commentaires.
Le premier alinéa de l'article 195 de la Charte de la langue française que
propose l'article 113 du projet de
loi confère au Commissaire à la langue française le pouvoir de faire les
vérifications et les enquêtes qu'il juge utiles à l'exécution de ses
fonctions. Cet alinéa permet aussi à l'Assemblée nationale d'initier une telle
enquête ou une telle vérification en faisant une demande à cette fin au
commissaire vu l'utilisation du mot «telle».
Dans la deuxième phrase du premier alinéa,
l'enquête ou la vérification demandée par l'Assemblée au commissaire doit être
jugée par celui-ci utile à l'exécution de ses fonctions.
Par une
énumération non exhaustive, le second alinéa de l'article 195 illustre les
objets possibles d'une enquête ou d'une vérification.
Enfin, le
troisième alinéa de l'article 195 permet au commissaire d'autoriser une
personne à faire une vérification ou une enquête afin qu'il ne soit pas
tenu d'y procéder personnellement.
La Présidente (Mme Thériault) : Mme
la députée.
Mme David : Écoutez, ça va. On
occupe le commissaire.
Présidente (Mme Thériault) : Ça va. Parfait. M. le ministre, je vous invite à
aller à l'article suivant, 196.
Jolin-Barrette : «196. Le commissaire a produit un rapport à la
suite de toute vérification ou toute enquête qu'il effectue à la demande
de l'Assemblée nationale.»
Commentaires.
L'article 196 de la Charte de
langue française que propose l'article 113 du projet de loi prévoit que le commissaire doit produire un
rapport à la suite de la vérification de l'enquête qu'il a effectuée à la
demande de l'Assemblée nationale. Ce
rapport, comme ceux prévus par les articles 197, 198, devra, conformément
à l'article 199, être transmis
au président de l'Assemblée nationale qui le déposera devant celle-ci. Le
rapport pourra ainsi être étudié par la commission compétente de l'Assemblée
nationale.
La Présidente (Mme Thériault) : Commentaires?
Mme David : ...aussi bien de la
poser à la présidente, la question. Le rapport pourra ainsi être étudié par la commission compétente. Pourra, ce n'est pas devra,
alors, c'est au choix de la commission d'étudier ou pas des rapports x
ou y, là?
La Présidente (Mme Thériault) : M.
le ministre.
Jolin-Barrette : Bien, en fait, à 199, là, on va voir : «Le
commissaire transmet au président de l'Assemblée nationale les rapports qu'il
produit. Celui-ci les dépose à l'Assemblée nationale dans les trois jours de
leur réception ou si elle ne siège pas dans les trois jours de
l'ouverture de la session suivante ou de la reprise des travaux. La commission
compétente de l'Assemblée nationale étudie ces rapports dans les trois mois.»
Donc, il y a une obligation de les étudier.
La Présidente (Mme
Thériault) : 199.
David : Oui. Mais si on lit les mots... mais là, Mme la
présidente va me dire que les mots des commentaires ne sont pas
importants, mais il est quand même écrit : «Le rapport pourra être
étudié.» Ça serait «devra être étudié». Mais c'est peut-être que c'est dit
«pourra» dans le fait... cela permettra à la commission d'étudier. Ça
refléterait plus le sens du «pourra», je crois, parce que «pourra», ce n'est
pas «devra».
Alors, on pourrait dire... bien, voyons, c'est
optionnel, mais il faudrait peut-être dire : Ce rapport pourra ainsi...
bon, permettra à la commission d'étudier, mais je pense que c'est... c'est
parce que, là, je ne fais pas juste être pointilleuse sur les mots, mais c'est
parce que je voulais savoir si c'est «pourra» ou «devra». Mais ce que vous
dites, c'est qu'à 199 ça répond exactement à ça, c'est-à-dire toute
vérification ou toute enquête qui est effectuée à la demande de l'Assemblée
nationale devra donc être étudiée.
M. Jolin-Barrette : Oui, bien, vous
avez raison, là. Le rapport que le commissaire va rendre devra être étudié par
les commissions, par la commission permanente... pertinente.
La Présidente (Mme Thériault) : Autrement
dit, la commission... parce que je ne sais pas si c'est comme ça dans toutes les commissions. C'est parce que ça
peut être très chargé, là, d'étudier tous les rapports. On étudie les pétitions,
on étudie les projets de loi, mais on étudiera donc tous les rapports que le
commissaire fera.
M. Jolin-Barrette : Oui, dans les
trois mois. C'est bien ça?
La Présidente (Mme Thériault) : C'est
comme quand on a des délais sur une pétition, qu'on a obtenu les réponses,
normalement, les leaders vont s'entendre et la présidence va convoquer une
réunion pour pouvoir disposer de la demande
de saisie de pétition. Donc, à ce moment-là, ça veut dire que le rapport comme
tel, lorsqu'il sera déposé, la commission a trois mois. Donc, les
leaders devront s'entendre à l'intérieur de trois mois pour qu'on puisse
étudier le rapport et faire des recommandations s'il y a lieu. C'est bien ça?
M. Jolin-Barrette : C'est ça.
Exactement.
La Présidente (Mme Thériault) : Parfait.
Et on comprend que puisque c'est écrit à l'article 199 qu'il «devra»,
ce n'est pas une possibilité, mais une obligation. Est-ce que ça vous va, Mme
la députée?
La Présidente (Mme Thériault) : Parfait.
C'est beau. Donc, M. le ministre, je vous invite à aller à 197, et vous avez un
amendement.
Jolin-Barrette : Oui. Donc, 197 :
L'article 177 et le
titre IV de cette charte, comprenant les articles 185 à 198,
sont remplacés par ce qui suit :
«197. Le commissaire produit annuellement, dans
les quatre mois de la fin de l'année financière, un rapport dans lequel :
«1° il fait part de ses activités;
«2° il indique s'il a reçu, dans l'exercice de
ses fonctions, tous les renseignements, tous les rapports et toutes les
explications demandés;
«3° il fait
état des effectifs déterminés en vertu des articles 88.0.4 et 88.0.5 et de
leur respect par les établissements concernés;
«4° il
présente les renseignements visés au deuxième alinéa de l'article 156.4
concernant les institutions parlementaires.
«Il signale,
dans ce rapport, tout sujet ou tout cas qui, d'après lui, mérite d'être porté à
l'attention de l'Assemblée nationale
et qui découle de ses vérifications et de ses enquêtes. Il y fait aussi état,
le cas échéant, des difficultés rencontrées dans ces vérifications et
ses enquêtes.
«Il formule, dans ce rapport, des constats et
des recommandations pouvant porter notamment sur :
«1° l'évolution de la situation linguistique;
«2° les activités par le ministre, par l'office
et par Francisation Québec.
l'exécution des obligations qui incombent aux organismes de l'Administration en
vertu de la présente loi.»
Et donc l'amendement à 197, Mme la Présidente. À
partir... À l'article 113 du projet de loi, insérer, au paragraphe 3°
du premier alinéa de l'article 197 de la Charte de la langue française
qu'il propose et après «88.0.5», «, des contingents déterminés en vertu des articles 88.0.8.1
et 88.0.8.2».
Commentaires.
Cet amendement est proposé par concordance avec l'introduction des
articles 88.0.8.1 et 88.0.8.2 de la Charte de la langue française
par l'article 58 du projet de loi afin que le rapport annuel du
commissaire à la langue française fasse également part des contingents
déterminés en application de ces articles et de leur respect par les
établissements concernés.
Mme David : ...d'avoir la
ceinture, les bretelles et tout ce qui suit, là. Donc, on revient au contingent
pour être sûr que c'est en concordance avec l'ajout des contingents pour avoir
le fameux 2 %... parce que, là, on est dans les AEC puis on revient donc à la situation des
limites imposées aux collèges pour un certain pourcentage de contingents
dans le 88.8.0.1, 88.8.0.2, puis 8.2, en tout cas.
Alors,
si je comprends bien, ces effectifs-là font déjà l'objet d'un rapport annuel de
la ministre de l'Enseignement supérieur, mais devra aussi faire... donc,
prendre les rapports de la ministre de l'Enseignement supérieur pour les effectifs totaux des collèges anglophones versus
francophones, et tout ça, ainsi que des AEC, dans le fond, parce que les
contingents, il n'y avait pas de mot pour ça,
alors, vous appelez ça «contingents», mais donc c'est la ministre de l'Enseignement supérieur qui doit envoyer ça au
commissaire. Puis c'est dit dans la loi, là, qu'il doit annuellement mettre
particulièrement les contingents... Vous rajoutez les contingents.
M. Jolin-Barrette :
Bien, dans le fond, c'est le plafond, les AEC, les contingents. Dans le
fond, c'est pour que ça se retrouve dans le rapport du commissaire. Comme
c'était le cas, là, on avait déjà 88.0.4, mais puisqu'on a amendé on veut
également que les contingents soient dans le rapport.
Mme David :
Mais pourquoi ce n'est pas suffisant que la ministre de l'Enseignement
supérieur fasse son propre rapport?
M. Jolin-Barrette :
Bien, parce qu'il faut que ça soit consolidé. Dans le fond, le commissaire
à la langue française, là, il regarde
l'ensemble de la situation linguistique au Québec, puis on veut que ça fasse
part de son rapport annuellement.
Mme David : Mais est-ce qu'il vise
d'autres ministères aussi, d'autres effectifs par rapport à d'autres
ministères?
M. Jolin-Barrette :
Bien, en fait, il peut indiquer tout élément sur la situation linguistique
au Québec, mais on veut spécifiquement qu'il le dise pour la situation dans les
cégeps.
Mme David :
Mais est-ce qu'il peut aller voir la situation en immigration, la situation — je ne
sais pas, là, vous touchez quand même plusieurs ministères — en
économie, le ministère de l'Économie?
M. Jolin-Barrette :
Donc, oui, vous allez retrouver, là, au quatrième... au deuxième alinéa,
après le paragraphe 4°, là : «Il signale, dans ce rapport, tout sujet
ou tout cas qui, d'après lui, mérite d'être porté à l'attention de l'Assemblée
nationale et qui découle de ses vérifications et de ses enquêtes.»
Donc, ça, c'est une
clause générique, mais ce qu'on souhaite, notamment au paragraphe 3°,
c'est de faire en sorte que les articles 88.0.4 et 88.0.5, et avec
l'amendement, les contingents également soient nommément inscrits dans son
rapport annuel.
Mme David :
Mais je répète ma question : Pourquoi cibler particulièrement une
ministre avec un de ces contingents, si vous voulez, ou un de ses rapports
annuels par rapport à plein d'autres indicateurs que l'OQLF devra suivre, là?
M. Jolin-Barrette :
Mais ce n'est pas une ministre, c'est la mesure qui est prise dans le cadre
du projet de loi, relativement à la langue normale des études, le français. Et
on veut avoir un portrait global annuel de cette situation, là.
Mme David :
Ça, je le comprends bien, mais vous insistez... Mais pourquoi eux et pas
d'autres? Pourquoi c'est seulement les... Vous ne parlez d'aucune autre mesure
qui est en lien avec le projet de loi n° 96, qui
touche d'autres clientèles, finalement, que ce soit les... Il y va en avoir
beaucoup, beaucoup dans les entreprises, l'affichage, l'article 46.1.
Comment ça se fait que c'est eux encore, je dirais, qui sont ciblés, mais pas
les autres? Comme si ce n'était pas important de suivre les autres.
Jolin-Barrette : Bien, plus loin, on va voir également les activités
de l'OQLF, du ministre de la Langue, de Francisation Québec, incluant le MIFI
également, un peu plus loin dans les articles, là.
Mme David : Plus
loin dans l'article 113?
Jolin-Barrette : Non, pas 113, là, un petit peu plus loin. Donc, c'est
à quel
article qu'on voit ça? En fait, le commissaire va toujours pouvoir
déterminer dans le rapport... Ah! excusez. À la fin de 197, là, vous voyez...
un, deux, trois... le troisième alinéa. «Il formule, dans ce rapport, des
constats et des recommandations pouvant porter notamment sur :
«1° l'évolution de la
situation linguistique;
«2° les activités
exercées par le ministre — donc,
le ministre de la Langue française — par l'office et par
Francisation Québec.»
Donc, nommément,
voyez-vous, il y a trois organes... pas de... trois, mais le ministre, ce n'est
pas une institution, là, mais... oui, trois...
La Présidente (Mme Thériault) : Trois
paliers décisionnels, trois paliers décisionnels.
Jolin-Barrette : C'est ça, c'est bien dit, Mme la Présidente, qui sont
nommément visés aussi. Alors, nous nous visons nous-mêmes, Mme la Présidente,
ministre, office, Francisation Québec.
La Présidente (Mme Thériault) : Et
au troisième... Le 3°, c'est le reste de l'administration de l'État.
M. Jolin-Barrette : Exactement.
La Présidente (Mme Thériault) : Donc,
tous les ministères et organismes.
M. Jolin-Barrette : C'est ça.
David : Mais ce qui m'embête, là, c'est que c'est très large,
«il formule des constats, recommandations», c'est beaucoup plus large.
Mais quand on arrive aux fameux cégeps, il y a comme un... moi, j'appellerais
ça un acharnement thérapeutique.
M. Jolin-Barrette : Non, mais ce
n'est pas un acharnement thérapeutique, c'est l'état de la situation. On veut
que ce soit consolidé à l'intérieur du rapport du commissaire, qui est produit
annuellement.
Mme David : Oui, mais il y a
tellement de choses qui pourraient être consolidées, le nombre de plaintes...
M. Jolin-Barrette : Ah! les
plaintes...
Mme David : ...est-ce que les
entreprises sont conformes. Dans d'autres sujets, là, dans plein d'autres... Je
veux dire, c'est implicite qu'il faut qu'il parle de tout ce à quoi il a le
droit de toucher ou de faire référence. Mais c'est juste que je trouve que
c'est de l'acharnement thérapeutique sur la question des effectifs. C'est comme
un ajout de vérification pour être sûr, sûr, sûr. C'est pour ça que je parle
d'acharnement thérapeutique.
Jolin-Barrette : Non, c'est juste que l'information soit
disponible, consolidée dans un document, annuellement, dans le rapport
du commissaire.
Mme David : Oui, mais vous ne dites
pas, par exemple, je ne sais pas, moi, combien de cours de français sont donnés
au secondaire dans les écoles. Vous ne touchez pas du tout les autres niveaux,
les rapports des universités, les... C'est vraiment, là, une obsession, je
dirais.
M. Jolin-Barrette : Bien, ce n'est
pas une obsession, mais je pense que c'est important que les données soient
rendues publiques dans ce rapport-là.
Mme David : En tout cas, vous avez
de la suite dans les idées.
M. Jolin-Barrette : Ah! bien là, je
le prends comme un compliment, que nous sommes cohérents.
Mme David : Non, mais c'est une
fixation. C'est une fixation, là, c'est vraiment... vous ne l'oubliez pas,
partout où vous pouvez le mettre.
M. Jolin-Barrette : Comme dirait
l'un de vos collègues, c'est une idée fixe.
Mme David : Moi, je n'ai pas de
référence de bandes dessinées, ou de bandes animalières, ou autres.
Présidente (Mme Thériault) : Est-ce qu'il y a d'autres commentaires sur
l'amendement déposé par le ministre?
Présidente (Mme Thériault) :
S'il n'y en a pas, on va le passer au vote. Est-ce que l'amendement est adopté?
M. Jolin-Barrette : Adopté.
Mme David : Abstention. Ah! bien,
comment je fais pour...
La Présidente (Mme Thériault) : Sur
division.
La Présidente (Mme Thériault) : «Sur
division», ça veut dire que vous votez contre. Sinon, vous demandez un appel...
vote par appel nominal ou...
Mme David : Bien,
écoutez, on peut...
La Présidente (Mme Thériault) : De
toute façon, il est adopté pareil, là, ils ont la majorité. Ça fait que...
est-ce que vous me dites «sur division»?
Mme David : Elle est drôle. Sur
division, si vous voulez, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme Thériault) : Sur
division? Parfait. Donc, adopté sur division.
Mme David : Après 20 ans, Mme la
Présidente, on voit que l'expérience rentre.
La Présidente (Mme Thériault) : Donc,
c'est beau pour cet amendement-là présenté par le ministre. Vous avez, M. le ministre, 197.1, qui est un... Ah!
non, excusez-moi, je dois revenir à 197. Est-ce qu'il y a d'autres commentaires
sur 197, avec l'amendement? S'il n'y en a
pas, je suis prête à passer à 197.1, où vous avez un amendement, M. le
ministre. Je n'en vois pas, donc on peut aller à 197.1 avec votre
amendement. On va le mettre à l'écran également.
M. Jolin-Barrette : Oui. À
l'article 113 du projet loi, insérer, après l'article 197 de la
Charte de la langue française qu'il propose, l'article suivant : «197.1.
Le commissaire analyse le rapport prévu à l'article 160 sur l'évolution de
la situation linguistique au Québec dans les six mois de son dépôt à
l'Assemblée nationale et produit un rapport dans lequel :
«1° il présente les conclusions de son analyse;
«2° il recommande des mesures qui, à son avis,
contribuent à ce que les indicateurs visés au deuxième alinéa de cet
article
illustrent une évolution favorable à la langue française comme langue commune.»
Commentaires. Cet amendement prévoit la
production, par le commissaire à la langue française, d'une analyse de
l'évolution de la situation linguistique à la lumière du rapport produit à ce
propos par l'Office québécois de la langue française et plus particulièrement
des indicateurs qui y apparaissent.
La Présidente (Mme Thériault) : Questions,
commentaires sur l'amendement?
Mme David : Bien, ça peut être un
emploi fort important, là, l'emploi du commissaire. Il va faire beaucoup,
beaucoup, beaucoup d'analyse et beaucoup de papiers, beaucoup de... Il va être
assis à son bureau puis il va faire vraiment beaucoup de choses. Et puis on
verra à l'usage, comme on dit, Mme la Présidente. On crée quelque chose de nouveau et tout va être dans la signature de la
personne nommée. Moi, j'appelle ça des postes signature. Ça porte la
signature de la personne qui sera nommée.
La Présidente (Mme Thériault) : Il y
aura beaucoup à faire, en tout cas. C'est une nouvelle institution, donc de là
l'importance de nommer la bonne personne au bon endroit.
David : Oui, tout à fait. Ça devrait être plus que juste
une petite consultation à droite, à gauche, là. Je pense qu'il va
falloir trouver la personne...
La Présidente (Mme Thériault) : La
perle rare, comme on dit.
David : On appelle ça la perle rare. Ce n'est pas facile,
vous le savez, vous avez eu à nommer beaucoup de monde. On a tous... on
est passés par là.
La Présidente (Mme Thériault) : Mais
il en existe.
Mme David : Mais il en existe. Mais
il ne faut vraiment pas juste prendre la première proposition.
La Présidente (Mme Thériault) : Donc,
ça va sur l'amendement?
M. Jolin-Barrette : Oui, mais je
soumets à la commission qu'idéalement, pour que le commissaire puisse
travailler rapidement, il faut qu'il soit désigné pour le 10 juin.
M. Jolin-Barrette : Mais c'est ça,
parce que sinon... Mais voyez-vous... parce que là, puisqu'on est dans une année particulière, si le commissaire n'est pas
désigné avant le 10 juin, l'Assemblée nationale, généralement, ne sera pas
reconvoquée avant début novembre ou
mi-novembre. Alors, voyez-vous, ça fait juillet, août, septembre, octobre,
novembre, six mois qu'on se prive d'un...
Présidente (Mme Thériault) : Vous êtes en train de nous dire qu'on va se passer
des services de Mme la députée de Marguerite-Bourgeoys, puisqu'elle sera
députée en fonction, elle ne pourra pas être commissaire.
Jolin-Barrette : Ah! bien, ce n'est pas ce que je dis. Vous savez, ce
n'est pas écrit que les membres de l'Assemblée nationale ne peuvent pas être
désignés.
La Présidente (Mme Thériault) : Ah!
ce n'est pas écrit. Donc, on le retient.
M. Jolin-Barrette : Il n'y a pas une
incompatibilité de fonctions.
La Présidente (Mme Thériault) : Ah!
on le retient, d'accord.
Mme David : ...exclusivité dans la
fonction du commissaire, moi.
M. Jolin-Barrette : Bien, oui, mais
il y a de l'exclusivité, mais par l'effet du temps, c'est possible de... juste
avant d'être nommé, de démissionner de son poste de député, puis par l'effet...
Mme David : Alors donc... Ça va.
La Présidente (Mme Thériault) : Donc,
sur l'amendement... On va revenir. 197.1., c'est beau? Est-ce que l'amendement
à 197.1 est adopté?
La Présidente (Mme Thériault) : Adopté.
Parfait. M. le ministre, 198.
M. Jolin-Barrette : Oui.
«Le commissaire peut produire en tout temps un rapport sur toute affaire
relevant de sa compétence.»
Commentaires.
L'article 198 de la Charte de la langue française que propose
l'article 113 du projet loi permet au commissaire à la langue
française de produire, lorsqu'il l'estime opportun, un rapport sur toute
affaire relevant de sa compétence. Il n'est donc pas tenu d'attendre la
production de son rapport annuel pour produire un rapport qui sera présenté à
l'Assemblée nationale.
La Présidente (Mme Thériault) : Commentaires?
Ça va? Oui.
Mme David : ...poste signature, Mme
la Présidente. Parce que, là, tout à coup, là, il décide qu'il voit quelque
chose, il a le droit de faire un rapport, bien, il va faire son rapport. Alors,
importance de la qualité de la nomination.
La Présidente (Mme Thériault) : Parfait.
Donc, on retient l'importance de la qualité de la nomination, parce qu'il y
aura beaucoup de rapports et de travail à mettre sur la planche du
gouvernement.
Mme David : Il y a une autonomie, il
faut qu'il soit proactif, pas juste réactif puis faire du papier, puis du
papier, puis des rapports. Il voit quelque chose, il faut qu'il réfléchisse.
M. Jolin-Barrette : On veut
quelqu'un qui aime ça travailler, qui n'est pas paresseux.
Mme David : Bien, ce n'est pas juste
ça, ce n'est pas juste aussi... il faut que ça soit dans la vision de quelque
chose, la... Ça prend quelqu'un qui a de l'expérience. Arrêtez de rire, Mme la
Présidente.
La Présidente (Mme Thériault) : Non,
je souris. Mais je trouve que les discussions vont bien, puis c'est... Moi,
c'est évident que je suis visuelle, hein, donc, vous voyez...
Mme David : C'est parce que
j'imagine l'importance... alors, voilà.
La Présidente (Mme Thériault) : Donc,
c'est bon pour le 198. Est-ce qu'on est prêts à passer au 199? M. le ministre,
Jolin-Barrette : Oui. «Le
commissaire transmet au président de l'Assemblée nationale les rapports qu'il
produit.
«Celui-ci les dépose à l'Assemblée nationale
dans les trois jours de leur réception, ou, si elle ne siège pas, dans les
trois jours de l'ouverture de la session suivante ou de la reprise de ses
travaux.
commission compétente de l'Assemblée nationale étudie ces rapports dans les
trois mois suivant leur dépôt.»
Commentaires.
L'article 199 de la Charte de
la langue française que propose l'article 113 du projet de loi prévoit la
procédure selon laquelle les rapports produits par le Commissaire à la langue
française sont portés à la connaissance de l'Assemblée nationale.
Les rapports produits par le commissaire sont
les suivants :
1° le rapport produit, conformément à
l'article 196, à la suite de toute vérification ou enquête effectuée à la
demande de l'Assemblée nationale;
2° le rapport annuel
prévu à l'article 197;
3° le
rapport produit, en vertu de l'article 198, par le commissaire sur toute
affaire relevant de sa compétence.
La Présidente (Mme Thériault) : Ça
va pour le 199? Oui, allez-y.
Mme David : J'ai une question
d'expérience que vous avez, ou que le ministre a, mais... de parlementaire. Quand ça va à la commission, est-ce qu'il y a un
temps minimum? Est-ce qu'on peut dire : il faudrait que ça dure une
heure, deux heures, trois heures, quatre
heures? Est-ce que... Comment ça fonctionne pour faire une analyse
sérieuse ou...
M. Jolin-Barrette : Oui. Dans
le fond, c'est négocié entre les leaders pour savoir le temps requis à la
commission, et généralement, les formations politiques des oppositions
demandent le plus de temps possible pour que le rapport soit étudié.
Mme David : Qu'il ait 500 pages
ou 20 pages?
M. Jolin-Barrette : Oui, mais
en fonction de la nature des sujets...
Mme David : Donc,
c'est une discussion politique et stratégique entre leaders? On ne peut pas
dire que chaque rapport devrait être étudié au moins deux heures de
temps, là?
M. Jolin-Barrette : Non. Mais
supposons qu'il y ait un rapport de cinq pages puis il n'y a pas
d'enjeu... Je pense que c'est en fonction de la nature du rapport. Mais vous
aurez noté que le projet de loi, ce qu'il fait, c'est qu'il assure que les rapports soient étudiés. Alors, ça,
ce n'est pas fréquent, dans notre corpus législatif, de faire en sorte que,
dès qu'il y a un rapport, même, pas juste le rapport annuel... Tous les
rapports que le commissaire dépose, ils devront être étudiés par la commission.
Mme David : Alors,
je pense qu'il manque une commission, Mme la Présidente, qui serait la
Commission de la langue française,
parce que, là, vous n'y arriverez jamais avec une seule commission
parlementaire, qui est la nôtre ici.
M. Jolin-Barrette : Bien,
savez-vous, dans la proposition de réforme parlementaire que j'ai déposée en
mars 2020, je propose d'ailleurs d'ajouter deux commissions
parlementaires, mais de réduire le quorum du nombre de membres de commissions,
justement, pour permettre aux députés de siéger sur différents sujets et
d'éviter l'engorgement des commissions. Je vous invite à en discuter en caucus.
Mme David : Bien, écoutez, moi,
je ne suis pas dans cette discussion-là, mais je constate qu'il va y avoir
quand même beaucoup de travail, beaucoup de rapports à analyser. Et puis ça
peut être passionnant, mais il faut du temps pour... dégager du temps pour ça.
M. Jolin-Barrette : Ce que ça
va faire, c'est que ça va forcer le leader du gouvernement à rendre disponible
la commission. Et surtout, ce qui est fondamental, on vient consacrer, à
l'intérieur de notre Assemblée nationale, l'importance qu'on vient accorder à
la langue française, du fait que ça va être un sujet fréquent d'actualité,
parce que les rapports seront étudiés à intervalles réguliers.
La Présidente (Mme Thériault) : Mais
je crois aussi que, si jamais le leader décidait de ne pas trouver du temps, il
y aurait certainement beaucoup de critiques qui fuseraient à son endroit,
puisque c'est un projet de loi qui est fort
important, qu'on passe beaucoup d'heures à étudier. Donc, le leader étant
présentement le ministre responsable de
la Langue française, je pense qu'il est bien placé pour comprendre l'importance
d'étudier les rapports. Donc, évidemment, pour... comme...
Moi, je peux vous dire que, comme présidente de
la commission, oui, je ne serai pas là lors du prochain mandat, mais les présidents,
vice-présidents de commission ont l'obligation aussi de s'assurer que les
mandats de surveillance qui sont dans leur juridiction soient respectés. De
manière générale, au départ d'une nouvelle législature, très souvent, il va y
avoir des discussions sur un éventuel échéancier de travaux que la commission
doit se donner. Particulièrement, donc,
celui-là, je suis convaincue, moi, que la prochaine présidente, ou les
prochains membres, en tout cas — si ce n'est pas une
présidente, ça peut être un président aussi — auront certainement
l'occasion de s'assurer que ces rapports-là soient étudiés par la commission.
Mme David : Bien, ça va être
une commission occupée, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme Thériault) : La
commission sera occupée.
Mme David : Mais il ne faudra
pas négliger la culture, il ne faudra pas négliger l'éducation, il ne faudra
pas négliger l'enseignement supérieur.
La Présidente (Mme Thériault) : D'accord
avec vous.
Mme David : Alors,
voilà.
La Présidente (Mme Thériault) : Donc,
ça va pour l'article 199?
La Présidente (Mme Thériault) : M.
le ministre, 200.
M. Jolin-Barrette : Oui. «Aux
fins de l'exécution de ses fonctions, le commissaire peut détacher ses employés
ou un expert qu'il mandate auprès d'un organisme de l'Administration.
«Un organisme
de l'Administration doit fournir les locaux et l'équipement que le commissaire
estime nécessaires.»
Commentaires.
L'article 200 de la Charte de
la langue française que propose l'article 113 du projet de loi permet au
Commissaire à la langue française de détacher un employé ou une personne
mandatée en raison de son expertise afin que celle-ci ou celui-là aille remplir
une mission se rattachant à l'exécution de ses fonctions — du
commissaire — auprès
d'un organisme de l'Administration.
Puisque, par définition, le verbe «détacher»
implique d'envoyer la personne détachée dans un autre lieu, le deuxième alinéa
de l'article 200 oblige l'organisme auprès duquel est détaché l'employé ou
l'expert à fournir les locaux et les équipements que le commissaire estime
nécessaires.
Donc, concrètement, ce que ça dit, c'est que le
commissaire va pouvoir envoyer des membres de son personnel dans un organisme
de l'administration pour faire enquête puis que l'organisme en question doit
fournir un bureau, un ordinateur à la personne déléguée par le Commissaire à la
langue française.
Mme David : O.K. C'est intéressant.
La Présidente (Mme Thériault) :
C'est de la même manière qu'un membre de l'équipe de vérification du
Vérificateur général. C'est un parallèle.
M. Jolin-Barrette : Exactement.
La Présidente (Mme Thériault) : Le Vérificateur
général.
M. Jolin-Barrette : Dans le fond,
ils ne pourront pas les mettre... ils vont être obligés de leur donner... leur
prêter une salle de conférence puis ils ne les laisseront pas dans l'entrée, en
bas, sur une chaise droite, là.
Mme David : Le MIFI devrait avoir la
même chose dans les collèges et les universités. C'est seulement s'ils ont des
choses à leur disposition. Ici, c'est : trouve-moi des bureaux, tu es
obligé.
M. Jolin-Barrette : Oui, mais là,
vous savez, il y a toute l'indépendance institutionnelle des universités...
David : Oui, oui, oui, c'est
ça, mais... O.K., bien, moi, je suis d'accord avec ça, mais je... ma petite
question dans ma tête, c'est : Avec tout ce qu'on se dit, il va y avoir
combien d'employés dans ce bureau-là du commissaire?
M. Jolin-Barrette : Bien, en fait,
y donner suite.
Mme David : Mais dans vos fantasmes
les plus extraordinaires, là, ça ressemble à quoi, ce commissaire puis ces
bureaux? 10 personnes, 20 personnes, 100 personnes?
M. Jolin-Barrette : Bien, déjà, il
va avoir les ressources du Conseil supérieur de la langue française. Il va
pouvoir avoir les outils pour réaliser sa mission. Ça fait que c'est un peu
difficile, pour moi, de vous dire à combien j'estime le nombre de personnes qui
vont être avec le Commissaire à la langue française. Ça va être en fonction de
ses besoins puis en fonction de l'étendue de son mandat.
M. Jolin-Barrette : Bien, du budget
aussi, mais ce que je veux dire, c'est un poste signature, comme vous le dites,
et donc le commissaire, avec tout ce qu'on lui donne comme responsabilités,
avec l'indépendance, on veut qu'il ait de grandes dents, alors...
Mme David : Il va falloir qu'il ait
un peu de ressources.
M. Jolin-Barrette : C'est ça.
David : Parce qu'on entend ça souvent, «je n'ai pas de ressources».
Jolin-Barrette : Mais le commissaire relève de l'Assemblée nationale,
partis sont représentés, donc...
Mme David :
Donc, vous aimez ça. O.K.
La Présidente (Mme Thériault) : Je m'excuse, mais, pour les crédits, ça ne relève
pas d'un ministre comme tel? Quand on parle du Commissaire
du budget?
Jolin-Barrette : C'est le président de l'Assemblée nationale. Dans le
fond, les crédits de l'Assemblée nationale sont votés à l'étude des crédits,
mais, dans le fond, c'est dans la période de temps où le président de
l'Assemblée nationale va présenter les crédits de l'Assemblée nationale.
La Présidente (Mme
Thériault) : O.K. Donc, ce qui veut dire que toutes les personnes
désignées par l'Assemblée nationale sont dans l'enveloppe budgétaire du
président de l'Assemblée nationale.
Jolin-Barrette : Oui, c'est ça.
La Présidente (Mme
Thériault) : O.K. Bon, voyez-vous, j'en ai encore appris. C'est bon.
Donc, s'il n'y a pas d'autre commentaire, on peut aller au 201. 201, M. le
ministre.
M. Jolin-Barrette :
Oui. «Les organismes visés à l'article 200 et leurs administrateurs, leurs
dirigeants et leurs employés doivent, sur
demande, permettre au commissaire de prendre communication et de tirer copie
des registres, rapports, documents ou données, quelle qu'en soit la
forme, relatifs aux travaux du commissaire en vertu de la loi, et lui fournir
tout renseignement et explication s'y rapportant.
présent
article s'applique malgré la
Loi sur l'accès aux documents des
organismes publics et sur la protection des renseignements personnels.
«Le présent
article
prévaut sur une disposition d'une loi générale ou spéciale postérieure qui lui
serait contraire à moins que cette dernière loi n'énonce expressément
s'appliquer malgré le présent article.»
Commentaires.
L'article 201 de la Charte de la langue française que propose l'article 113 du
projet de loi permet au Commissaire à la langue française d'obtenir les
renseignements qui lui sont nécessaires, et ce, malgré toute disposition contraire, y compris celles de la
Loi sur l'accès aux
documents des organismes publics et la protection des renseignements
personnels, qui pourrait s'y opposer.
La Présidente (Mme
Thériault) : Questions, commentaires sur le 201?
La Présidente (Mme
Thériault) : Ça va? 202, M. le ministre.
Jolin-Barrette : «Le commissaire peut refuser de communiquer un
renseignement dont la divulgation est susceptible d'entraver le déroulement
d'une vérification ou d'une enquête faite en vertu de l'article 195.
«Il peut également
refuser de communiquer une analyse se rapportant à un rapport visé à l'un des
articles 196 et 198 de même qu'un
renseignement susceptible de révéler la teneur d'un tel rapport jusqu'à
l'expiration de cinq ans de la date du rapport sauf si le rapport a été
déposé devant l'Assemblée nationale ou s'il a été autrement rendu public
conformément à la loi.
«Le présent
article
s'applique malgré l'article 9 de la
Loi sur l'accès aux documents des
organismes publics et sur la protection des renseignements personnels.»
Commentaires.
L'article 202 de la Charte de la langue française que propose l'article 113 du
projet de loi vise à préserver la capacité
du commissaire de mener à bien les vérifications et les enquêtes qu'il entreprend,
de même qu'à préserver son pouvoir d'appréciation.
La Présidente (Mme
Thériault) : ...202?
Mme David :
Bien, est-ce que c'est le genre de mesures habituelles? Est-ce que ça ressemble
à des enquêtes, comme ça, des droits de la personne, vérificatrice? Je ne suis
pas capable d'évaluer l'affaire du cinq ans, expiration du cinq ans, refuser de
communiquer des analyses...
Jolin-Barrette : Dans le fond, l'objectif, c'est de donner la latitude
au commissaire de mener ses enquêtes librement. Et supposons qu'il mène une
enquête puis, finalement, que... puis il ne juge pas opportun de faire un rapport là-dessus, ne pas divulguer ce
qu'il a récolté comme... de ne pas être obligé de diffuser ce qu'il a récolté
si ça n'amène pas au dépôt d'un rapport. Ça...
La Présidente (Mme Thériault) : ...
Jolin-Barrette : Pardon?
La Présidente (Mme Thériault) : On
va faire une enquête bidon, mettons?
M. Jolin-Barrette : Bien, pas
nécessairement bidon, mais supposons qu'il est informé d'une situation x, puis
finalement, on va faire les vérifications, puis il n'y a rien, ou ce n'est pas
avéré.
La Présidente (Mme Thériault) : Ce
n'est pas justifié, oui.
Jolin-Barrette : C'est ça. On me dit que c'est l'équivalent de
l'article 41 de la
Loi sur le vérificateur général.
David : Donc, j'imagine que ça existe ailleurs, parce que
ces situations-là doivent arriver. Puis il doit y avoir aussi, comme
les... Ce qui se passe au Conseil des ministres, c'est 25 ans après. Là, c'est
cinq ans, révéler la teneur d'un tel rapport. Ça aussi, ça doit être assez
standard, j'imagine, cinq ans?
La Présidente (Mme Thériault) : ...Vérificateur
général, j'imagine que c'est la même clause qu'on doit avoir dans la
Loi sur la
Jolin-Barrette : Donc, si vous voulez, je vais prendre la question
en délibéré puis je vais vous revenir sur...
Mme David : Sur le cinq ans.
M. Jolin-Barrette : Oui.
Présidente (Mme Thériault) : Parfait. Donc, je comprends qu'on suspend 202
ou... Oui, non, oui, non, oui? Bien, de toute façon...
Mme David : Bien, moi, je n'ai
pas... je ne pense pas que ça va changer...
La Présidente (Mme Thériault) : Ça
n'empêchera pas l'adoption. C'est juste que vous voulez avoir le complément
d'information.
Mme David : Non, c'est ça, juste...
La Présidente (Mme Thériault) : Parfait.
M. Jolin-Barrette : Mais je vais...
Mme David : C'est ma curiosité, Mme
la Présidente.
M. Jolin-Barrette : Bien, terminons
la discussion sur 202, puis je reviendrai avec la réponse.
La Présidente (Mme Thériault) : O.K.,
le temps qu'on donne la réponse. Est-ce qu'il y a d'autres commentaires sur
202, Mme la députée? S'il n'y en a pas, on va passer au 203, mais on se
rappelle que le ministre a un complément d'information à vous donner.
Mme David : ...ça, c'est sûr.
La Présidente (Mme Thériault) : Parfait.
M. le ministre, 203.
M. Jolin-Barrette : Oui. «203. Pour
l'accomplissement de ses fonctions, le commissaire peut :
«1° recevoir et entendre les observations
de personnes ou de groupes;
«2° effectuer ou faire effectuer des
analyses;
«3° effectuer ou faire effectuer les études
et les recherches qu'il juge nécessaires.»
Commentaires.
L'article 203 de la Charte de la
langue française que propose l'article 113 du projet de loi prévoit que le Commissaire à la langue française a
la capacité nécessaire pour recevoir et entendre les observations formulées par
des personnes ou des groupes, faire des analyses, de même que les études et les
recherches qu'il juge nécessaires.
L'article 203 permet également au commissaire de
faire effectuer des analyses, des études et des recherches.
La Présidente (Mme Thériault) : Questions,
commentaires?
David : Je trouve que ça devient de plus en plus
intéressant, cette fonction-là, là. Il peut être sur le terrain, il peut
faire des consultations, il peut recevoir du monde, faire ses petites
commissions spéciales, dans le fond. Ça, je ne sais pas si la Vérificatrice
générale fait ça. Ça doit... ou elle est juste avec des rapports papier?
Jolin-Barrette : Non, non, non, la Vérificatrice générale peut
rencontrer toute personne...
Mme David : Oui?
Bon, alors, lui, il peut aller se promener, là, puis aller... Je dis n'importe
quoi, là, il fait un rapport sur comment fonctionne la langue française dans
les toutes, toutes, toutes petites entreprises. Il pourrait se faire faire un
échantillon, aller dire : Moi, je veux me faire une tête là- dessus. Il
prend sa voiture, il s'en va. Ce n'est pas...
Jolin-Barrette : Il peut faire un vox pop.
La Présidente (Mme
Thériault) : Oui. Il pourrait même juger de la qualité du français des
projets de loi faits à l'Assemblée nationale, hein? Ce serait un bon mandat.
Jolin-Barrette : Il pourrait le faire.
Mme David : Y
compris une ADS, peut-être, analyse différenciée selon le sexe? Ce serait
peut-être le temps qu'on fasse ça. Il y a d'autres gouvernements qui le font
depuis fort, fort, fort longtemps.
La Présidente (Mme
Thériault) : Vous avez raison.
Jolin-Barrette : Bien, ça, ça relève davantage de la ministre de la
Condition féminine.
Mme David : Oui,
mais là c'est parce qu'on... ADS, puis, après ça, ADEL, analyse différenciée
selon la langue, ou... en tout cas. Je dis ça de même, parce que la présidente
m'a tellement donné... m'a tellement ouvert la porte à l'ADS, alors... Non,
mais c'est sérieux, là, je ne pensais pas... je voyais un travail, plutôt, de
scribe, comme on dit, avec des... beaucoup,
beaucoup de rapports, des papiers. Mais il y a un côté... quand je dis d'être
proactif, puis un côté signature, là. Il peut vraiment se dire : Moi, je
veux aller voir comment ça se passe sur la rue Sainte-Catherine, puis faire tous les commerces, puis... Je veux dire,
c'est... L'OQLF peut faire aussi ce genre d'affaires là, mais le commissaire
peut décider qu'il prend vraiment, à bras-le-corps, un enjeu, et qu'il
reçoit... qu'il a encore des observations, qu'il effectue lui-même des
démarches.
Jolin-Barrette : Oui, il peut le faire.
Mme David : Mais
vous n'avez pas l'air convaincu que c'était dans votre idée d'un commissaire.
Jolin-Barrette : Oui, très certainement, très certainement.
Mme David : Oui?
O.K. Moi, je trouve que c'est la
partie assez intéressante, Mme la Présidente,
là. Là, on commence à personnaliser le rôle du commissaire.
Jolin-Barrette : Bien, en fait...
La Présidente (Mme
Thériault) : ...aussi, parce que là, tu as les analyses, les études,
les recherches, donc ce n'est pas juste un rapport qu'il produit, là. C'est
qu'il peut avoir un mandat très large.
M. Jolin-Barrette :
L'idée avec le commissaire, là, c'est qu'il ait une vue panoramique, si je
peux dire.
Mme David :
Et non pas Panoramix.
M. Jolin-Barrette :
Non, c'est vrai.
Mme David :
Je connais mes bandes dessinées.
Jolin-Barrette :
Malgré que je souhaiterais qu'il ait les
connaissances de Panoramix pour assurer qu'il puisse produire la potion
magique, pour que nous puissions nous assurer de la survie du français.
La Présidente (Mme Thériault) : ...de
Marguerite-Bourgeoys, vous ne connaissez pas Idéfix, mais Panoramix, ça
va. C'est bon.
Mme David :
Ah! ce n'est pas pire. Mais donc une vision panoramique, effectivement, sur
l'ensemble des situations. Mais il peut aller driller, comme on dit, forer plus
spécifiquement dans un enjeu. Je vous donne un exemple, la construction d'un
gros hôpital.
M. Jolin-Barrette :
Supposons, le CHUM.
Mme David :
Je ne sais pas, mais le commissaire dit : Je veux aller vérifier
comment ça se passe, j'entends qu'il y a des plaintes. Les plaintes ne sont pas
directement à lui, on le sait, elles vont être à l'OQLF ou, je ne sais trop.
Mais il pourrait aller, vraiment, lui-même?
M. Jolin-Barrette :
...il peut y aller. L'autre élément qui est important, on va le voir un petit
peu plus loin, là, aux trois mois, l'OQLF va envoyer un rapport des plaintes
qu'il reçoit, que l'OQLF reçoit, au Commissaire à la langue française. Ça fait
qu'aux trois mois le Commissaire à la langue française va voir quels types de
plaintes sont rentrées à l'OQLF. On l'a déjà vu à 165.21 : «L'office
produit trimestriellement un rapport faisant état des plaintes reçues, de leur
nombre et de leur traitement, puis le transfère au commissaire à la langue
française et au ministère.»
La Présidente (Mme
Thériault) : ...
Jolin-Barrette : C'est ça, ça va l'alimenter. Ça fait qu'aux trois
mois il va aller dans sa boîte à malle, comme
on dit, il va regarder «OQLF», il va regarder la liste des plaintes, qu'est-ce
qu'ils ont eu, puis là le commissaire, ça va lui sonner des cloches pour
dire : Ah! bien, je vais peut-être aller me promener au CHUM à Montréal.
Mme David :
Ça va prendre deux commissaires, Mme la Présidente.
La Présidente
(Mme Thériault) : Mais il aura un adjoint.
Mme David :
Oui. O.K., ça va.
La Présidente
(Mme Thériault) : C'est beau? 204, M. le ministre.
M. Jolin-Barrette :
Oui. Avec votre permission, Mme la Présidente, j'ai l'explication pour le
cinq ans. Le délai de cinq ans
correspond généralement à ce que prévoit l'article 39 de la
loi sur
l'accès, en tenant compte du contexte dans lequel le commissaire va
agir. Donc, 39 de la
loi sur l'accès à l'information : «Un organisme
public peut refuser de communiquer une
analyse produite à l'occasion d'une recommandation faite dans le cadre d'un
processus décisionnel en cours,
jusqu'à ce que la recommandation ait fait l'objet d'une décision ou, en
l'absence de décision, qu'une période de cinq ans se soit écoulée.»
C'est pour laisser la marge de manoeuvre au commissaire.
La Présidente (Mme Thériault) : Donc,
la réponse du ministre concernant l'autre
article précédent, c'est réglé.
Si 203, c'est terminé, on passe à 204.
M. Jolin-Barrette : Oui. «Le commissaire ou
toute personne qu'il autorise spécialement à enquêter sont, aux fins de l'enquête, investis des pouvoirs et de
l'immunité des commissaires nommés en vertu de la
Loi sur les commissions
d'enquête, sauf du pouvoir d'ordonner l'emprisonnement.»
Commentaires.
L'article 204 de la Charte de la langue française que propose
l'article 113 du projet de loi confère
au Commissaire à la langue française et à la personne qu'il autorise
spécialement à enquêter, en vertu du troisième alinéa de
l'article 195, les pouvoirs et l'immunité des commissaires nommés en vertu
de la
Loi sur les commissions d'enquête.
L'article 203 ne
confère cependant pas le pouvoir d'ordonner l'emprisonnement. Les pouvoirs et
l'immunité conférés par l'article 203 se limitent aux fins de l'enquête.
La Présidente
(Mme Thériault) : Des commentaires?
Mme David :
Bien, j'ai eu l'immense privilège de pratiquer un peu ça, le fait d'être une
commissaire qui avait ces pouvoirs et cette immunité, dans une autre commission
d'enquête. On était nombreux, on était 12, alors je ne me vante pas, là. Ça ne
porte pas mon nom, là, cette commission-là. D'ailleurs, elle s'appelle, avec un
nom très scientifique, là : commission sur les droits de la personne et
les droits de l'enfant et la protection de la jeunesse. Et l'article ici dit
exactement la même chose, dans le fond, c'est un commissaire qui a des pouvoirs
d'enquête. Mais là où je suis contente, c'est qu'on a beau dire, Mme la
Présidente, que c'est un poste signature, il faut quand même que ça se limite aux fins de l'enquête et puis il ne
peut pas étendre son pouvoir sur d'autres enjeux que l'enjeu de son enquête.
M. Jolin-Barrette :
...dans le fond, c'est une enquête en matière de langue française. Donc, en
termes précis, vous êtes obligés d'aller dîner avec lui, là. S'il vous assigne
à dîner, vous allez y aller.
Mme David :
Bien, il va peut-être assigner, plutôt, à venir à son bureau, là. Je ne
sais pas, là.
M. Jolin-Barrette :
Oui, oui, c'est une métaphore que je prends, là.
Mme David :
Oui, oui, je comprends.
M. Jolin-Barrette : Mais ce que
je veux dire, il a ce pouvoir-là. Il a également l'immunité. Il ne pourra pas
recevoir de poursuite, parce qu'il fait son travail. Dans le cadre de l'enquête
qu'il mène, il demande, supposons, aux organismes, aux
ministères : Veuillez me fournir des documents, veuillez répondre à mes
questions. Il ne pourra pas non plus également, dans le cadre de l'émission de
son rapport... supposons qu'il critiquerait un ministère ou il critiquerait
l'OQLF, ou quiconque, il ne pourra pas se faire poursuivre pour ça dans le
cadre de ses fonctions, pour l'enquête qu'il a faite.
Mme David : Est-ce que vous
avez regardé... puis là je ne veux pas une réponse d'une demi-heure, parce que je sais que ça va vous stimuler beaucoup, ma
question, mais avez-vous comparé avec le Commissaire aux langues officielles, à
Ottawa?
M. Jolin-Barrette : Bien, le
Commissaire aux langues officielles a beaucoup moins de pouvoirs que le
Commissaire à la langue française.
Mme David : ...sens de ma
question. Est-ce que... parce que je sais que la loi qui est... En tout cas,
ils ont beaucoup réclamé d'avoir plus de pouvoirs, mais,
j'imagine, ça a dû... Des commissaires aux langues, il y en a peut-être dans plein de pays, mais celui le plus proche que
moi, je connais, en tout cas, c'est le Commissaire aux langues officielles. Et
donc je me demandais, ça m'est passé par la tête : Est-ce que ce
commissaire-ci, vous avez suffisamment étudié d'autres commissaires aux
langues pour être sûrs qu'il a les outils nécessaires, que d'autres se
plaignent de ne pas avoir?
M. Jolin-Barrette : Bien,
alors, c'est sûr qu'on a regardé ce qui se faisait au fédéral, mais nous, le
commissaire a vraiment des pouvoirs d'enquête, d'assigner les gens, de
prendre connaissance des documents, d'obliger les gens à venir lui raconter ce
qu'il croit. Donc, il y a 204.5 également : «Le commissaire peut, d'office
et sans avis, intervenir dans toute instance qui pourrait avoir une incidence
sur le statut ou l'usage du français au Québec.»
Donc, on vient même permettre au Commissaire à
la langue française d'intervenir à la cour pour dire : Écoutez, moi, je
veux être une... je veux intervenir puis je veux être une partie. Parce que le
dossier qui est devant les tribunaux, supposons, c'est un dossier qui touche
l'avenir de la langue française, puis le Commissaire à la langue française, au
Québec, a le droit d'intervenir.
Mme David : ...on dépasse
largement le commissaire à la
Loi sur les langues officielles?
M. Jolin-Barrette : Oui.
Mme David : Et puis êtes-vous
en train de me dire, parce que je vois se dessiner quelque chose qui vous
permet d'aller dans les tribunaux, et tout, que vous allez... parce que votre
commissaire adjoint, il doit être un notaire ou un avocat.
M. Jolin-Barrette : Oui.
Mme David : J'ai bien vu ça.
Mais pas le commissaire, puis moi, je ne pense pas que c'est nécessaire qu'il
soit un notaire ou un avocat. C'est plus important qu'il ait un contenu lié à
une réflexion sur la langue française. Puis ça, il y a du monde...
M. Jolin-Barrette : Qui? Le
commissaire?
Mme David : Le commissaire.
M. Jolin-Barrette : Oui, bien,
accessoirement, il peut être avocat ou notaire, là.
Mme David : Oui, mais disons
qu'il y en aura déjà un, qui est le commissaire adjoint, qui est d'office, avocat ou notaire, probablement pour toutes sortes
de raisons juridiques, là, que je ne suis pas sûre de comprendre, là.
C'est parce qu'il gère une loi, mais vous aussi, vous gérez une loi. On en a
tous gérées, des lois, puis on n'était pas nécessairement juristes, là, mais...
M. Jolin-Barrette : Mais, en fait...
Mme David : On y arrivera tout à
l'heure, au commissaire adjoint. O.K. Mais ça répond.
La Présidente (Mme Thériault) : Ça
vous va? Parfait. 204.1, M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Oui.
«Le commissaire, ses employés ainsi qu'un expert mandaté en vertu de
l'article 200 ne peuvent être contraints de faire une déposition ayant
trait à un renseignement obtenu dans l'exercice de leurs fonctions ou de
produire un document contenant un tel renseignement.»
Commentaires.
L'article 204.1 de la Charte
de la langue française que propose l'article 113 du projet de loi confère
au Commissaire à la langue française, à ses employés et à un expert qu'il
mandate une immunité selon laquelle ils ne peuvent être
contraints de témoigner relativement à un renseignement obtenu dans l'exercice
de leurs fonctions, non plus que d'être contraints de produire un document
contenant un tel renseignement.
La Présidente
(Mme Thériault) : ...commentaires? Ça va?
Mme David :
Bien, par qui il serait contraint, là? C'est une autre protection qu'on
donne à l'immunité du commissaire, là?
M. Jolin-Barrette :
Exactement.
Mme David :
Donc, un juge ne pourrait pas le contraindre. Je ne sais pas qui contraint
qui, là, parce que le commissaire, lui, il
peut contraindre, mais il ne peut pas être contraint. Mais qui pourrait le
contraindre qu'il ne faut pas qu'il contraigne?
M. Jolin-Barrette : Bien, un autre
commissaire, supposons, quelqu'un d'autre avec un pouvoir de contrainte.
M. Jolin-Barrette : Bien, exemple, la police
ne pourrait pas le contraindre à faire une dénonciation. Un juge...
La Présidente
(Mme Thériault) : ...pour quelque chose ne pourrait pas
contraindre un commissaire à venir témoigner dans sa cause?
M. Jolin-Barrette :
Oui. Donc, c'est... Oui, c'est inspiré de l'article 50 de la
Loi sur
le vérificateur gé