Labour and the Economy — 19 March 2024 (43rd Legislature, 1st Session)
CET 2024-03-19
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31e législature, 5e session (24 octobre 1980 - 24 octobre 1980)
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(29 novembre 2022 au 10 septembre 2025)
Cette version du Journal des débats est une version préliminaire : elle peut donc contenir des erreurs. La version définitive du Journal, en texte continu avec table des matières, est publiée dans un délai moyen de 2 ans suivant la date de la séance.
Pour en savoir plus sur le Journal des débats et ses différentes versions
mardi 19 mars 2024
Vol. 47 N° 45
Consultations particulières et auditions publiques sur le projet de loi n° 51, Loi modernisant l’industrie de la construction
Aller directement au contenu du Journal des débats
Heures
9 h 30
10 h
10 h 30
11 h
11 h 30
12 h
15 h
15 h 30
16 h
16 h 30
17 h
17 h 30
18 h
Journal des débats
9 h 30 (version non révisée)
(Neuf heures quarante-six minutes)
La Présidente (Mme D'Amours) : À
l'ordre, s'il vous plaît! Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la
Commission de l'économie et du travail ouverte. Je vous souhaite la bienvenue
et je vous demande, à toutes les personnes dans la salle, de bien vouloir
éteindre la sonnerie de votre appareil électronique. La commission est réunie
afin de poursuivre les consultations particulières et auditions publiques sur
le projet de loi no 51, Loi modernisant l'industrie de la construction.
Mme la secrétaire, y a-t-il des
remplacements?
La Secrétaire : Oui, Mme la
Présidente. M. Tremblay (Dubuc) est remplacé par Mme Bogemans (d'Iberville) et Mme
Tremblay (Hull) est remplacée par Mme Malette (Huntingdon).
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
Nous entendrons ce matin les témoins suivants, soit : la Corporation des
entrepreneurs généraux du Québec, le Conseil du patronat du Québec et l'Association
des employeurs en mécanique industrielle du Québec.
Je souhaite maintenant la bienvenue à la
Corporation des entrepreneurs généraux du Québec. Je vous rappelle que vous
disposez de 10 minutes, 10 minutes pour votre exposé, puis nous procéderons à
la période d'échange. Je vous invite donc à vous présenter et à nous donner
votre exposé.
M. Côté (Eric) : Merci, Mme
la Présidente. M. le ministre, Mmes, MM. les députés, bonjour. Mon nom est Éric
Côté, je suis président-directeur général de la Corporation des entrepreneurs
généraux du Québec, communément appelée la CEGQ. Aujourd'hui, je suis
accompagné de Lucien... Julien Lessard, excusez, oui, président du conseil d'administration
de la CEGQ, qui est aussi vice-président exécutif de l'entreprise Beaudoin
Canada, de Mme Mélissa Robitaille, présidente sortante du conseil d'administration
et P.D.G. de... une entreprise de construction. Je suis accompagné, finalement,
de M. David Dinelle, directeur des affaires publiques et des relations
gouvernementales de la CEGQ.
Nous tenons à vous remercier pour l'invitation...
M. Côté (Eric) : ...à
participer à cette consultation particulière et, d'entrée de jeu, j'aimerais
préciser avec vous que la CEGQ accueille favorablement la volonté exprimée dans
la modernisation de l'industrie de la construction derrière le projet de loi no
La CEGQ est fondée en 1996. Elle a pour
mission de défendre les intérêts des entrepreneurs généraux et de l'industrie
de la construction par sa contribution au développement du Québec, notamment au
niveau économique et durable. Elle est la seule association vouée exclusivement
à la promotion des intérêts collectifs des entrepreneurs généraux. Ses membres,
ensemble, réalisent 85 % des projets dans les secteurs institutionnel,
commercial et industriel. Avant d'aller plus loin, vous me permettrez, Mme la
Présidente, de permettre à notre président du conseil, M. Lessard, un entrepreneur
général, de vous expliquer les rôles et responsabilités d'un entrepreneur
général dans le secteur de la construction.
M. T.-Lessard (Julien) : Merci,
Eric. Mme la Présidente, M. le ministre, Mmes, MM. les députés, comme
entrepreneurs généraux, nous sommes les chefs d'orchestre sur les chantiers.
Nous sommes responsables de la gestion des projets de construction, nous
planifions l'ensemble des travaux, nous engageons et nous gérons les
entrepreneurs spécialisés, nous veillons au respect de l'échéancier et du
budget. Nous assurons que les projets respectent les normes et réglementations
et nous assurons la maîtrise d'oeuvre en santé et sécurité au travail sur les
chantiers. Nous veillons à la satisfaction de toutes les parties prenantes en
ayant une vision globale du projet.
Malgré ce qui précède, les entrepreneurs
généraux ne sont pas exclusivement représentés dans les discussions
officielles, alors que la loi R-20 leur accorde un statut différent en leur
exigeant notamment l'obligation solidaire en matière salariale en vertu de
l'article 54 de la loi R-20. Puisque les entrepreneurs généraux portent la
responsabilité de la planification et de la productivité des chantiers et
qu'elle apporte une vision globale qui viendra bonifier la concertation des acteurs
de l'industrie, la CEGQ souhaite une reconnaissance officielle comme
association d'entrepreneurs, en vertu de l'alinéa 1-c de l'article 1 de la loi
R-20. Je repasse maintenant la parole à M. Côté.
• (9 h 50) •
M. Côté (Eric) : En matière
de polyvalence, le Québec se distingue en comptant le plus grand nombre de
métiers dans l'industrie de la construction, avec pas moins de 26 métiers
reconnus. En comparaison, le régime d'apprentissage exige six métiers, en
Ontario, neuf, en Alberta, et cinq au Nouveau-Brunswick. La CEGQ est d'avis que
la polyvalence de la main-d'œuvre constitue un élément essentiel pour une
productivité accrue, et c'est pourquoi nous saluons l'ouverture du projet de
loi à cet effet. La présente modernisation doit effectivement favoriser une
plus grande flexibilité de la main-d'œuvre tout en assurant la qualité, et j'y
tiens, et je le mentionne, permettant à chaque travailleur d'accomplir un
éventail élargi de tâches, surtout dans un contexte de gestion de déficience à
la fin des chantiers où il y a plusieurs métiers qui se succèdent.
Plusieurs d'entre vous avez entendu parler
des fameux cadres de porte. Alors, on se dévoile, on vous le dit, c'est un
entrepreneur de la CEGQ qui a évoqué cette problématique-là. Il aurait aimé
être avec nous, mais, pour des raisons de confidentialité, de difficultés pour
son entreprise, il a choisi de laisser son association lui expliquer la
situation. Vous avez entendu, il y a un entrepreneur qui avait, sur une... dans
un chantier d'une commission scolaire, a dû changer des cadres de porte parce
que les plans prévoyaient 24 pouces, alors qu'il fallait finalement mettre 30.
Il a fallu sept métiers pour changer le cadre de porte. Dans notre mémoire, on
vous fait la liste, la nomenclature. Alors, tout ça, finalement, nous croyons
qu'avec le projet de loi, ça ne serait malheureusement qu'une petite économie
qui serait possible. En appliquant la nouvelle définition de la polyvalence
proposée dans le projet loi no 51, rien ne précise que l'entrepreneur aurait eu
besoin de moins de métiers. Les tâches semblent reliées, mais il est difficile
de le confirmer, même si elles tendent à s'inscrire dans une même séquence de
travail. Leur réalisation, toutefois, s'effectuerait sur plus d'une journée.
Afin d'encadrer la polyvalence, elle
propose... la CEGQ propose un partage des compétences à travers les familles de
métiers. Qu'est-ce que c'est, les familles de métiers? C'est un rapport qui
existe depuis 2013, produit par la CCQ, qui vient introduire une approche selon
laquelle les 26 métiers seraient répartis selon cinq grandes familles à
l'intérieur desquelles les travailleurs pourraient évoluer et partager
certaines tâches. Donc, ce n'est pas quelque chose de laissé au hasard, qu'on a
inventé, c'est un document qui date depuis 2013, à cet effet-là. Donc,
favoriser un apprentissage et un partage de compétences à l'intérieur de
familles cohérentes et... pour favoriser l'apprentissage de ces compétences.
Afin d'évaluer les différentes
relatives... délais ou coûts, dans l'exécution des travaux concernant les
changements des cadres de porte, nous avons procédé à une évaluation. Alors,
tout simplement, on a essayé de voir si l'entrepreneur, avec les familles de
métiers, aurait réalisé une économie. Selon nos termes, et on peut vous dire,
les travaux pour changer les 13 cadres de porte dans l'école ont pris 45 jours
parce qu'il y a des métiers qui se succédaient, il y avait des délais, pour un
coût d'environ 25 000 $. On parle d'un vrai chantier, ici, ce n'est pas
une analyse qui était faite sur la base, donc...
M. Côté (Eric) : ...en
appliquant le concept lié aux familles, seuls deux métiers auraient été
nécessaires, un charpentier... et un peintre. Pour les mêmes modifications,
l'entrepreneur estime que les tâches auraient... seraient tombées à 26 jours,
ce qui représente une amélioration dans le temps de 42 %.
Toutefois, ce qu'on se rend compte, c'est
que la gestion des juridictions de métier est quelque chose de complexe. Et,
avec l'arrivée d'une nouvelle loi, peu importe comment le gouvernement ou
l'Assemblée en décidera, il est nécessaire de mettre en place un mécanisme de
préapprobation pour que les entrepreneurs qui sont de bonne foi, qui veulent
faire les choses comme il faut dans la polyvalence, ne se trompent pas, ne
soient pas pénalisés. Et on aimerait que la CCQ puisse offrir un service de
validation avant le début des travaux. Donc, un entrepreneur pourrait faire
vérifier si la méthode ou quelque chose comme ça pourrait être préautorisé, au
lieu de prendre une chance d'avoir une contravention et de se retrouver en
situation, comment dire, un peu dommageable et qui aurait un impact au niveau
juridique. Alors, afin d'éviter justement des combats d'interprétation
juridique, il semble important de mettre en place ce mécanisme d'approbation.
Et nous savons que, dans le passé, la Commission de la construction du Québec
le faisait dans certains cas, et on pense que ça serait quelque chose de
louable pour l'industrie, au lieu d'avoir une police, un accompagnement, un peu
comme on le fait de plus en plus du côté de la CNESST, avec l'introduction du
projet de loi n° 59 qui a été faite il y a quelques années.
Sur la question de la mobilité, la CEGQ
est d'avis qu'il faut... qu'il n'y a plus de raison valable d'entraver la
mobilité des travailleurs et des travailleuses devant... et demande l'abolition
de toutes les restrictions à cet égard. Mais toutefois, et il y a un frein à la
mobilité, c'est le budget, d'amener des gens de notre équipe sur un autre
chantier, ça implique qu'on va devoir couvrir les frais de déplacement et de
séjour. Alors, ça ne se fait pas à n'importe quel prix. Et je rassure le
ministre là-dessus, ça ne peut pas être un bar ouvert. Il y a des limites parce
que, dans un contexte de plus bas soumissionnaire, si on met toute notre équipe
avec tous les pleins prix, on risque de ne pas être compétitif.
Je laisserais... je vais continuer. Je
voulais changer tout de suite, hein? Je voulais vous parler enfin de la
rétroactivité. Avant même de parler de la création d'un fonds de rétroactivité,
il faudrait faire un débat de fond sur la rétroactivité et d'expliquer pourquoi
elle est impraticable dans le secteur de la construction. Premier point, à
moins d'une disposition contractuelle... ne le prévoit, il est impossible pour
un entrepreneur de rétroactivement solliciter son client pour une somme qu'il a
oublié de prévoir dans son projet. Ce projet, c'est... est vaste, et cette
clause est étendue dans les contrats publics, les contrats privés. Elle est
même inscrite au Code civil du Québec à l'article 2109.
Autre élément qui laisse, dans le fond,
aux parties de regarder la situation, en 2014 et en 2017, à cause d'un conflit
de travail, le gouvernement a dû statuer sur les conditions salariales des
travailleurs, et, à ce moment-là, n'a pas appliqué le principe de la
rétroactivité. Par contre, le gouvernement dans sa sagesse et... a appliqué une
correction dans l'augmentation pour justement tenir compte de la période qu'il
y a eu entre l'échéance et la fin du conflit. Donc, de ce côté-là, l'histoire
nous montre qu'il y a une possibilité de faire les choses à cet effet-là, et
nous souhaitons, donc, à cet effet-là, de retirer tous les éléments sur la
question de la rétroactivité. Mélissa.
La Présidente (Mme D'Amours) : Il
vous reste une minute.
Mme Robitaille (Mélissa) : Merci,
Éric. Mme la Présidente, M. le ministre, Mmes, MM. les députés, les femmes dans
l'industrie de la construction ne représentent que 3,7 % de la main
d'œuvre. Après cinq... cinq ans, 54 % d'entre elles quittent le milieu,
comparativement à 35 % chez les hommes. Le climat de travail, associé
malheureusement à des comportements inappropriés à certains moments, est
certainement responsable de cette situation. Afin de soutenir la rétention des
femmes dans l'industrie de la construction, il est crucial de renforcer la
sensibilisation. C'est pourquoi la CEGQ soutient, comme le suggère le Conseil
d'intervention pour l'accès des femmes au travail, le CIAFT, la mise en place
d'une formation obligatoire contre le harcèlement à intégrer au régime
d'apprentissage. Cette formation serait une étape essentielle pour créer un
environnement de travail plus respectueux et inclusif.
J'aimerais aussi ajouter aux propos de mon
collègue Julien que la liste des associations reconnues par la loi n'a pas
guère changé depuis 50 ans.
Malgré tout, depuis la CEGQ s'est établie par
son professionnalisme et sa pertinence au sein de l'industrie. Comme mes
collègues viennent d'aborder la question de la polyvalence et de la mobilité,
celles-ci se planifient en amont des projets de construction par l'entrepreneur
général, d'où... d'où l'importance d'être reconnu par la loi R-20 et
d'être autour de la table. En conclusion, d'autres recommandations se trouvent
dans notre mémoire et nous demeurons disponibles pour vos questions.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci
beaucoup. Je vous remercie pour votre exposé. Nous allons débuter maintenant la
période d'échange. M. le ministre, la parole est à vous.
M. Boulet : Oui, merci, Mme
la Présidente. D'abord, un grand merci pour la qualité de votre mémoire, pour
la recherche que vous avez faite afin de nous présenter des recommandations qui
sont bien articulées, qui sont clairement exprimées. M. Côté...
M. Boulet : ...M. Côté et
toute votre équipe. Donc, bravo! Ceci dit, comme je l'ai fait à d'autres
groupes, si je résumais très, très
sommairement votre mémoire, c'est plus de
polyvalence, plus de mobilité que ce qui est dans le projet de loi, pas de
rétroactivité puis, quant à l'accès, d'un accès particulièrement pour augmenter
la représentativité des femmes.
Puis peut-être revenir à la polyvalence.
Puis effectivement c'est un exemple qui a fait du bruit sur la place publique,
que le changement d'une porte dans une école, où ça requiert l'intervention de
sept personnes, et, effectivement, les 13 cadres de porte qui prennent
45 jours à des coûts particulièrement élevés... Et c'est le but visé par
la polyvalence. Ceci dit, vous l'avez mentionné, M. Côté, il ne faut pas que la
polyvalence devienne non plus un bar ouvert. Il ne faut pas que ça ait un
impact négatif sur la qualité des travaux et que ce soit aussi incompatible
avec les compétences des travailleurs. C'est pour ça que la polyvalence, elle
est relativement prudente. Mais, je vous entends bien, il faut que ça ait un
impact. Et, si la polyvalence est bien encadrée par l'entrepreneur, elle
devient, cette polyvalence-là, un incitatif à la planification. Puis plus tu
planifies, plus tu peux bénéficier de la polyvalence quant à la diminution des
délais et, conséquemment, la réduction des coûts. Puis, effectivement, quand on
se compare, on réalise qu'il y a beaucoup plus de rigidité entre les métiers,
qui sont par ailleurs beaucoup plus nombreux au Québec que dans le reste du
Canada.
• (10 heures) •
S'il y avait, quant à la polyvalence, un
élément spécifique de l'article 72... je comprends que vous faites
référence à la notion de famille et activités pour des raisons de cohésion...
Puis on a fait une réflexion là-dessus. Puis vous vous étiez informé, l'année
passée, quand même des consultations qui ont été faites avec les sous-comités
professionnels, qui relèvent de la CCQ, sur le concept d'activités, le partage
des activités, puis, au bout de plusieurs mois, même avec ces sous-comités
professionnels là, qui sont complètement paritaires, il n'y a pas eu une
activité qui a fait l'objet d'un consensus. C'est là qu'on voit par ailleurs
les limites du paritarisme. Mais vous vous souvenez qu'il y a un certain nombre
d'années il y avait eu un projet de réforme du régime d'apprentissage et de
gestion de la main-d'oeuvre, vous appeliez ça à l'époque, je sais que vous le
connaissez parce que vous avez des références historiques en construction, M.
Côté, le PRAGM. Et ça avait été analysé, mais il n'y avait pas eu de consensus.
C'est pour ça qu'on est revenu à la notion de polyvalence, mais avec des
conditions, avec des balises. Et ma question sur la polyvalence : S'il y
avait un élément prépondérant dans la définition de polyvalence qui nous
permettrait de l'élargir et que vous pourriez nous conseiller de faire lors de
l'étude détaillée, ce serait quoi spécifiquement?
M. Côté (Eric) : Mais merci.
Ce qu'on proposait, c'est d'avoir un modèle, pas de... de ne pas, justement, laisser
ça librement puis que tout le monde puisse faire n'importe quoi. On ne veut pas
que les électriciens se mettent à faire de la plomberie et vice versa. Il y a
des choses importantes. Les familles de métiers donnaient des balises justement
de ce côté-là. On comprend que ces démarches-là ont eu lieu à une époque où,
dans le contexte de paix industrielle, c'était différent puis... Il faut le
reconnaître, là, que la juridiction des métiers a aussi un impact sur
l'organisation des entreprises dans le secteur de la construction, je pense que
vous allez entendre la Régie du bâtiment, qui est dans un projet de réforme
avec l'annexe trois, ça l'a un impact sur l'organisation des entreprises si on
a des métiers plus polyvalents. Et je pense que... Puis vous parlez de
références historiques, mais je pense qu'à cette époque-là la résistance au
changement est venue du secteur des entreprises, n'est pas venu du secteur
syndical le plus fort à cet égard-là. Alors, je pense que... Ce qu'on recherche
aussi, ultimement, c'est des entreprises qui sont plus polyvalentes, qui
peuvent faire plus de choses. Pourquoi on est obligés d'avoir une entreprise en
peinture, une entreprise en plâtrage, une entreprise... alors qu'il pourrait y
avoir, des entreprises... Il en existe, en ce moment, et ces entreprises-là
tirent leur épingle du jeu. Donc, la polyvalence fait, aide à la croissance des
entreprises.
Alors, à cet effet-là, je pense que la
proposition de faire dans des familles de métiers, ultimement, va faire en
sorte qu'on pourrait être peut-être plus proche du modèle ontarien, où on en
voit des avantages.
M. Boulet : O.K., mais...
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10 h (version non révisé
e) M. Boulet : ...je reviens à
ma question, puis je vous comprends bien, en deux mots, s'il y avait un élément
de la définition balisé, actuel qu'on retrouve à l'article 72 du projet de loi
n° 51, est-ce qu'il y a un élément qui retiendrait votre attention plus
particulièrement, ou il ne peut ne pas y en avoir, là?
M. Côté (Eric) : Je vous
dirais que l'élément qui est sur une seule journée, peut-être, plus... est plus
limitatif. Je pense que, dans certains cas, on pourrait l'élargir sur une plus
longue période, pas sur l'ensemble du chantier, mais... Si on avait... une
journée, on pourrait peut-être faire des gains sur nos...
M. Boulet : C'est une bonne
réponse. Mais, maintenant, la mobilité... Non, mais c'est une réponse claire.
M. Côté (Eric) : ...on s'est
préparé.
M. Boulet : La mobilité, donc
aucune entrave à la mobilité. On voit, parce que vous êtes présents dans l'institutionnel,
commercial, industriel, que dans ces deux secteurs-là, parce que l'industriel
est un secteur, puis l'institutionnel, commercial, mais 13 des 26 métiers... ou
des 25 métiers parfois, je pense, c'est plus 25, parce qu'il y en a un 26e, là,
qui a été comme réglé, mais ils bénéficient de la totale mobilité. Il ne semble
pas y avoir eu d'effet négatif. La mobilité, je pense que, dans un contexte d'effervescence
de l'industrie de la construction, ça va être bénéfique. Cependant, on entend
des groupes venir nous faire des représentations sur l'impact négatif de la mobilité,
sur l'employabilité des travailleurs, puis la possibilité de faire une réelle
conciliation travail-famille. Je vous demanderais de me dire en deux mots qu'est-ce
que vous répondez à ceux qui plaident de cette manière-là.
M. Côté (Eric) : Je vous
dirais que la première chose qui s'implique dans la modernisation, c'est un
tout. La question de la polyvalence puis de l'amélioration des compétences des
travailleurs aussi va améliorer et, je pense, va amoindrir l'effet de la
mobilité. Si on a des gens en région qui ont plus de polyvalence, on va avoir
plus d'emplois en région. Alors, ça, c'est un élément que je considérerais.
Puis sur la question du, comme on dit, du
bar ouvert, là, il faut payer ces gens-là quand on les amène dans une autre
région, et c'est des coûts. Et ultimement, là, quand on est en plus bas
soumissionnaire, on ne peut pas prévoir qu'on va amener tout notre monde parce
qu'on ne gagnera pas... Alors, il faut trouver un équilibre et ce côté-là. Et,
je pense, c'est une question d'applicabilité, justement, qu'on dit la pleine
mobilité, parce que d'appliquer que ça, c'est tant d'heures, et tout ça, ça
peut devenir complexe. Alors, si on le fait sur une base uniforme mais qu'on le
fait sur des bases, balises et qu'il y a des balises avec la compétence qui s'ajoutent
à ça, il y a quelque chose d'intéressant et il y a une applicabilité plus
facile si on la met, la pleine mobilité.
M. Boulet : Et il y a un
autre élément qui doit être partagé aussi, c'est que la mobilité, c'est une faculté,
ce n'est pas une obligation qui peut, si tu veux être mobile, tu sais, je le
dis dans le contexte de la conciliation travail-famille, et tu peux ne pas
vouloir être mobile, et ça, ça s'applique, tant du côté des entrepreneurs qu'à
des salariés pris individuellement. Vous avez vu que l'avenue qu'on a
empruntée, c'est de diminuer de 50 % le seuil pour être un travailleur
préférentiel, donc qui peut être mobile auprès du même employeur et, pour les
femmes, ça a baissé de 500 à 400. Puis on rend accessible ce traitement-là de
travailleurs, travailleuses préférentiels aux groupes issus de la diversité,
les minorités visibles, les personnes immigrantes, les personnes en situation
de handicap, puis les personnes issues des communautés autochtones. Puis pour
la pleine mobilité, bien, il y a quand même un seuil à 15 000 heures
travaillées, ce qui permet de se déplacer d'un employeur à l'autre, encore une
fois, en tenant compte de ta volonté et du besoin de l'employeur de bénéficier
des services de cette personne-là qui est généralement un peu plus
expérimentée.
Mais l'article 35 de la
Loi sur le
règlement sur la formation professionnelle demeure encore en vigueur et, s'il y
a une nécessité d'embauche, il y a une priorité d'embauche pour les travailleurs
locaux et régionaux. Par ailleurs, c'est des heures additionnelles, vous l'avez
bien mentionné, c'est les projets à Hydro-Québec, c'est les projets
industriels, c'est toutes les filières stratégiques au Québec. Les 10
prochaines années, on va avoir besoin de travailleurs puis on va avoir besoin
de diminuer les coûts et les délais pour construire plus, et c'est le but
fondamental du projet de loi. Sans négliger la possibilité aussi des
entrepreneurs...
M. Boulet : ...des
travailleurs, travailleuses de régions d'aller travailler de Saint-Hyacinthe à
Québec ou de La Tuque à Trois-Rivières, puis, peu importe, là, dépendamment du
découpage des régions.
Autre élément, M. Côté, la rétroactivité.
Il y avait un article, comme vous savez, qui interdit aux parties, dans la loi
actuelle, de négocier une forme de rétroactivité salariale. Vous êtes contre
puis vous avez parlé d'un... qu'il y aurait peut-être un débat de fond à faire.
Je pense qu'on fait ce débat-là depuis des années, puis des années, puis des années.
Il y en a qui disent oui puis il y en a qui disent non. Nous, on a pensé que
l'instauration d'un fonds de rétroactivité salariale allait permettre, en
raison des changements de chantier, des changements d'entrepreneurs puis de la
mobilité interne des travailleurs, que ça puisse assurer à tous les
travailleurs, travailleuses visés par un règlement de convention collective
après la date d'expiration, de... une forme de rétroactivité salariale. Mais
vous parlez... vous ouvrez la porte à ce qui avait été fait par le législateur,
une correction. Qu'est-ce que vous pensez si c'était une compensation ou un
montant forfaitaire? Est-ce qu'il y a d'autres options créatives que vous nous
soumettriez pour fins d'analyse lors de l'étude détaillée?
M. Côté (Eric) : Je pense que
l'élément du fonds, c'est que les gens contribueraient au fonds, les
entreprises, dans le fond, cotiseraient le fonds et devraient, à ce moment-là,
majorer leurs soumissions en fonction de ces coûts-là qui s'ajoutent. Il y a un
élément que ça... qui nous préoccupait. Quand un entrepreneur doit faire un
projet qui s'échelonne sur deux périodes de convention collective, il anticipe
l'augmentation salariale à venir, et la majore, et il prévoit son budget pour
sa masse salariale. Donc, on sait que... si, après le 1er mai, le projet
continue, on sait que les salaires vont augmenter, ça fait qu'on prévoit une
contingence de ce côté-là, et, quand on fait la soumission, on prévoit ce
coût-là.
• (10 h 10) •
Dans ce cas-ci, si on cotise au fonds, on
cotise dès le début des projets, et tous nos clients sont soumis à une
majoration de 3 %, même si leurs projets n'arrivent pas à... après
l'échéance. Donc, les gens vont... On va avoir des prix de soumissions qui vont
inclure les 3 %, par exemple, qu'on dit exemplaires, et ils vont devoir,
après ça, payer plus cher, alors que leur projet n'ira pas au-delà de la date
de convention collective. Alors, on chercherait un moyen équitable, puis nos
clients vont sûrement... puis vous les entendrez, vous leur poserez la
question, ils vont être là tout l'après-midi, aujourd'hui, le Conseil du
patronat et la Fédération des chambres de commerce, pour ne pas les nommer.
Mais ces gens-là, est-ce qu'ils sont intéressés à cotiser un 3 % de plus
sur la valeur des projets, alors qu'en ce moment on nous met beaucoup de
pression pour réduire le coût des projets puis le temps des projets? Alors,
cette mesure-là, à notre avis...
La mesure de correction, elle fonctionne
et elle peut être appliquée. Ce qui nous préoccupe aussi, j'en ai peu parlé,
mais, par expérience, c'est le rapport de force aussi, que, si on étale la
période de négociation parce qu'on sait qu'il y a un fonds qui est disponible,
est-ce que les parties vont être aussi motivées à travailler de ce côté-là?
C'est un élément qui nous préoccupe, pour l'avoir vécu.
Mme Robitaille (Mélissa) : Si
je peux me permettre aussi, une suggestion qu'on a partagée, en tout cas, que
j'ai partagée, c'est bien de prévoir ce qui vient après, mais, si on peut avoir
des mécanismes dans la loi qui obligent les parties à s'entendre en amont, avec
des obligations de résultat, sur une entente à date fixe, ça réglerait... ça
passerait tout le monde à faire son travail avant d'arriver à une date butoir.
Donc, après ça, on continue le fil quotidien de nos chantiers.
M. Boulet : On s'entend
totalement. D'ailleurs, c'est la raison pour laquelle on a devancé d'un an la
période de maraudage, le dépôt obligatoire d'offres et de propositions, la
médiation obligatoire. Plus on commence en amont, meilleures sont nos chances
de régler. Puis ça, évidemment, c'est l'objectif que partagent tant les
syndicats que les associations d'employeurs, qu'il n'y ait pas... on n'ait pas
à attendre le 30 avril, à la date d'expiration des conventions collectives. On
est vraiment sur la même longueur d'onde. Surtout que le Québec, les Québécois,
les Québécoises ont besoin de notre industrie, dans toutes les missions
essentielles de l'État, là, je le répète souvent.
Et donc ce que vous dites, la
rétroactivité, est-ce que vous seriez... Vous dites : Il pourrait y avoir
un impact sur le rapport de force, donc donnant un peu plus de pouvoir de
négociation aux syndicats. S'il n'y a pas d'entente le 30 avril, de toute
manière, on va avoir une rétroactivité. C'est un peu votre point, hein?
M. Côté (Eric) : Le chèque va
rentrer le 3 avril, la paie va être majorée puis... Mais il y a un élément,
c'est... puis je vais vous dire, moi, je fais beaucoup confiance à la
modernisation du régime de...
M. Côté (Eric) : ...de
négociation pour y avoir été, pour avoir vécu, pour avoir été assis à une table
de négociation pendant 100 jours, à attendre que les syndicats viennent,
la question de la bonne foi est là puis la question du rapport de force. On
n'était pas pressés. On savait qu'on arrivait à l'échéance puis qu'on s'en
allait en médiation. C'est important cet élément-là de ne pas être à la table
et d'attendre l'autre
partie qu'elle se décide parce qu'elle sait qu'elle va
avoir un meilleur rapport de force au mois d'avril qu'au mois de novembre.
Donc ça, c'est vraiment important. Puis
vous venez corriger dans votre projet de loi, justement, M. le ministre, cette
question-là, et ça nous amène, je... moi, je... Puis peut-être... c'est peut
être plus théorique pour des gens, mais quand on... dans ces tables-là, dans
ces salles-là, on voit l'effet de ces modifications-là, et moi, je fais
confiance en tout cas, que ces éléments-là vont faire une différence et inciter
les parties à s'entendre avant. C'est ça l'objectif. Dans le cas de certains
secteurs, le secteur du... s'entendait toujours avant le secteur... puis ce
n'était pas une question de rétroactivité. C'était une question de discuter.
Après ça il y a eu des prises en otage d'un secteur ou l'autre, ça, c'est
quelque chose qui devrait justement ne pas se faire, et s'il y a des parties
qui peuvent s'entendre, on puisse y aller, selon moi, en tout cas. Et j'ai
espoir, là, que le régime de négociations... puis je n'ai pas neuf négociations
comme mon collègue à l'ACRGTQ, j'en ai seulement deux et demi, alors j'ai...
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
C'est tout le temps que nous avions.
M. Boulet : Merci beaucoup,
beaucoup.
La Présidente (Mme D'Amours) : Je
vais maintenant céder la parole à la députée de Bourassa-Sauvé.
Mme Cadet : Merci beaucoup,
Mme la Présidente. Merci d'être avec nous cet avant-midi. Au-delà des
différents éléments du projet de loi, productivité, mobilité dont on a
abondamment parlé, mon attention, donc, s'est portée, donc, sur une autre
demande que vous avez, donc, dans votre mémoire, donc, soit la demande de
reconnaissance officielle, puis vous l'avez mentionné dans votre présentation
initiale de 10 minutes. Donc, vous souhaitez être reconnue officiellement
comme une association d'entrepreneurs sans exiger une présence directement aux
tables de négociation. Ma première question pour vous, donc : Ça serait
quoi le plus gros impact anticipé de cette demande de reconnaissance
officielle...
M. T.-Lessard (Julien) : Je
peux y aller. C'est au niveau là... Justement, on mentionne que la
planification des travaux peut être améliorée puis on croit bien le faire. Mais
il y a toujours place à l'amélioration, puis c'est quelque chose qui se discute
aussi en amont avec les travailleuses et les travailleurs. ...c'est vraiment au
niveau de l'organisation des travaux qu'on croit qu'il y a des gains puis qu'on
peut apporter aussi, parce que, comme je l'expliquais un peu, en entrée de jeu,
on a une vision globale du chantier puis on veut assurer la satisfaction de
tout le monde dans un projet aussi, là.
Mme Cadet : Donc,
M. Lessard, vous répondez un peu à ma sous-question, parce que c'était la
prochaine. Je me disais : est-ce que je vous ai entendu en introduction
parler de planification des travaux, puis on en a beaucoup parlé dans cette
commission dans les derniers jours. Donc, tout le monde nous dit... Beaucoup
d'intervenants, en fait, sont venus nous dire que la planification était
vectrice, donc, de productivité. Donc, comment, donc, l'améliorer? Vous, vous
dites que cette préoccupation-là, qui a été entendue, pourrait être
partiellement répondue par votre présence autour des différentes tables de
gouvernance. C'est bien ça?
M. T.-Lessard (Julien) : Absolument.
Quand qu'on parle de polyvalence, de mobilité, c'est quelque chose qui se
planifie dans les projets. Ce n'est pas quelque chose qu'on peut faire sur le
spot, disons, pendant un chantier. C'est quelque chose qu'on doit discuter
avant, qu'on doit organiser aussi. Donc, c'est un peu pour ça, on parle de
planification aussi.
Mme Cadet : Merci. Je vais
revenir sur la question de polyvalence. Donc, dans votre mémoire, donc,
essentiellement, ce que vous nous dites, c'est que la notion de polyvalence est
insuffisamment définie. Avec le ministre, donc, vous avez parlé, donc, de
certains éléments qui pourraient, donc, nous outiller, à nous, comme
législateurs. Mais vous dites aussi que cette lacune-là, selon vous, donc...
donc... risque de litige. Vous souhaitez rendre accessible un mécanisme de
préapprobation centralisé par la CCQ pour éviter des différends sur les tâches
que pourraient réaliser les salariés de la construction en vertu de la nouvelle
définition de polyvalence. Dans... Bien, en fait, dans... Je me questionne.
Donc, comment ça... comment fonctionnerait un tel mécanisme, selon vous, à ce
que la CCQ, donc, créerait les ressources pour mettre en œuvre?
M. Côté (Eric) : Sur cet
effet-là, c'est... c'est... Au lieu que l'entrepreneur... En fait, l'entreprise
a la possibilité de contacter son association sectorielle qui peut lui donner
une interprétation mais qui n'a pas force de loi, alors... et qui a quand même
ses limites. Mais la Commission de la construction du Québec, quand elle...
elle peut le faire sous forme d'une lettre, de dire que tels travaux, si
l'entrepreneur propose une modification... et la CCQ pourrait à ce moment-là
approuver ou pas la méthode, ou dire qu'elle n'est pas conforme. Mais s'il y a
conflit par la suite sur le chantier, bien, la lettre aura force, au moins,
puis donnera un appui à l'entrepreneur de faire les choses comme il faut, au
lieu de prendre une chance puis de se retrouver avec un ticket, au moins de
faire un mécanisme. Mais ces choses-là... il y a plein de choses qui se
discutent. Les conventions collectives prévoient des... des conférences
d'assignations. Il y a des choses comme ça. Il y a plein de choses dans les
conventions collectives qu'on n'utilise pas. Mais encore une fois, comme
entrepreneur général, je pense qu'on peut contribuer justement à cette
partie-là. Chaque jour, on parle à des donneurs d'ouvrage sur leur
planification des travaux qu'ils... à faire avec la Société québécoise
d'infrastructure, avec le ministère de l'Éducation, avec les villes...
M. Côté (Eric) : ...donc on
est tous les jours dans ces questions-là, de planification, de séquencement de
travaux, alors je pense qu'on peut contribuer. On est déjà là-dedans, de toute
façon, ça fait qu'on pourrait justement participer à un forum à cet égard-là.
Mme Cadet : Sur la question
des familles des métiers, vous répondez quoi, donc, aux groupes qui nous disent
que cette formule là, donc, n'octroie pas la flexibilité nécessaire sur les chantiers
puis brime l'innovation?
M. Côté (Eric) : Bien, je
pense qu'on est déjà dans un carcan. Juste de le sortir, de déjà annoncer qu'il
va y avoir des limites, je ne pense pas... je pense qu'il faut faire graduel.
La sagesse du ministre, dans son projet, c'est justement d'y aller... pas
d'ouvrir complètement, mais d'ouvrir graduellement. Nous, ce qu'on dit,
c'est : Ouvrons juste un peu plus grand pour, justement, permettre quelque
chose de plus facilement applicable que d'une journée.
On l'a vécu, pendant la pandémie, il
fallait mettre le masque après 15 minutes. On s'est rendu compte, comme
entrepreneurs généraux, que ce n'était pas... impossible de compter 15 minutes
sur un chantier, un travailleur, on a dit : Mettez le masque tout de
suite, puis ne vous contaminez pas. Ça a été un peu contre-courant de toutes
les associations, quand on l'a fait, mais savez-vous quoi? Ça a fait une
différence puis ça a été appliqué par la Santé publique deux semaines après,
puis ça a même été salué par le ministre à cette époque-là.
Mme Cadet : Dans votre
mémoire, vous parlez aussi du cumul de compétences par la formation. Donc, je
comprends que, pour vous aussi, comme bien des groupes, la formation... donc de
rétention. En parlant, donc, du cumul de compétences, je m'interrogeais, donc,
sur les propositions qui ont été... bien, en fait, de votre position sur les
propositions qui ont été entendues à l'effet que des détenteurs de cartes de
compétence occupation puissent être éligibles à la détention des cartes de
compétence apprenti sans devoir renoncer à leur carte. Est-ce que vous avez eu
une prise de position là-dessus?
• (10 h 20) •
M. Côté (Eric) : Sur la
question des occupations, pas spécifiquement, mais, de manière générale, un
travailleur qui veut occuper ou avoir d'autres compétences est limité et va
retomber comme apprenti. Il faut trouver un mécanisme pour favoriser les gens
d'avoir plusieurs compétences. Et c'est beaucoup plus pratique d'avoir des gens
avec plusieurs compétences que d'avoir quelqu'un qui a seulement une carte à
qui on demande de faire plusieurs choses, selon moi.
Mme Cadet : Vous souhaitez
qu'une formation sur le harcèlement soit obligatoire pour les titulaires de
cartes de compétences, vous l'avez mentionné. Pour vous, donc, ça devrait être
quoi... de vos membres en la matière?
Mme Robitaille (Mélissa) : En
fait, nos membres, comme entrepreneurs généraux, ont déjà des obligations de
formation. On a les formations qui sont accréditées par la RDQ sur le
harcèlement qui est donné par la CEGQ. Donc, on est en mesure de pouvoir former
les entrepreneurs généraux. Là où on veut aller plus loin, c'est de former
chacun des travailleurs sur le chantier. J'ai la chance de le répéter depuis
quatre ans à M. Boulet, la formation en soi, que ce soit en santé et sécurité,
que ce soit en savoir être, savoir vivre, sur les chantiers, c'est essentiel.
Ça passe par... Plus que les gens vont avoir des connaissances, ça va aider.
C'est sûr que ça ne réglera pas tout, mais ça va amener un vent de changement.
Puie des formations aussi sur le courage, parce que, souvent, l'intégration des
gens sur le chantier, ça prend une ou deux personnes qui se lèvent puis qui
disent : Ça suffit, on arrête. Ça devrait être une condition essentielle
dans les formations, qui est récurrente d'année en année, pour qu'un vent de
changement s'inscrive puis qu'on voie des personnes avec des compétences sur
les chantiers, et non plus des hommes, des femmes, des minorités ou autres.
Mme Cadet : Merci. Vous
l'avez mentionné, vous avez mentionné l'exemple, donc, des sept corps de
métiers pour changer un cadre de porte. Il y a des groupes qui sont en
désaccord avec cette affirmation-là, qui nous disent : Non, ce n'est pas
tout à fait le cas. Vous leur répondez quoi?
M. Côté (Eric) : C'est un
vrai chantier dans une vraie école, ce n'est pas un exemple. Il y avait des
sous-traitants aussi. La réalité, c'est qu'il y avait plusieurs sous-traitants.
Ça fait qu'un employé d'un sous-traitant ne peut pas aller faire l'autre
travail, il y a des contrats qui sont donnés. Ça montre la rigidité de la
chose. Ce qui est déplorable, c'est qu'on a été obligé de changer des portes
qu'ils avaient déjà installées, qui n'étaient pas de la bonne grandeur. La
qualité des plans est là, mais ça, il faut aller à l'origine de ça, mais c'est
un vrai cas, c'est vraiment vécu. Et je réitère, j'aimerais beaucoup que
l'entrepreneur qui l'a vécu puisse vous l'expliquer, parce qu'il voulait être
polyvalent puis il s'est rendu compte que ça n'avait pas de bon sens. Et, en
tout cas, si les gens pensent que ce n'est pas vrai, on est... on a donné
beaucoup d'information à cet égard-là puis on a détaillé les choses, là, qui
sont, en ce moment, confidentielles, mais on peut s'engager auprès de la commission
pour vous fournir de l'information qui ne nuira pas à l'entrepreneur, là.
Mme Cadet : Sur la question
de la rétroactivité, donc, vous avez évoqué, donc, votre position. Il y a deux
éléments. Donc, évidemment, donc, il y a la rétroactivité, en tant que telle,
et il y a la question, donc, du fonds. Beaucoup de groupes sont venus nous dire
que le fonds de rétroactivité, donc, était d'une grande complexité. Donc, le
ministre vous a demandé un peu, donc, quels seraient, donc, les autres
mécanismes, mais, à la base, est-ce que vous pensez que de mettre de l'avant,
donc, des clauses permettant la négociation de la rétroactivité dans les
conventions collectives peut se faire sans la mise sur pied d'un tel fonds?
Est-ce que ce sont des dispositions qui sont indissociables l'une de l'autre?
M. Côté (Eric) : Bien, tous
les gens qui signent des contrats en... puis qui signent, puis qui veulent
respecter le Code civil, l'article...
M. Côté (Eric) : ...2109 qui
a dit que, quand vous avez un forfait, c'est ça puis vous ne l'avez pas prévu,
on ne peut pas rajouter puis revenir voir le client pour dire : Ah! bien,
j'ai oublié de mettre la rétroactivité, je te rajoute une facture. Dans une
chaîne de sous-traitance, ça veut dire que tous les sous-traitants rajouteraient
la rétroactivité et la donneraient à l'employeur général qui la donnerait à son
client. Je ne veux même pas assister à une séance de négociation sur cet
élément-là, ça va être assez difficile.
Mme Cadet : Enfin, sur le...
on... on sait, donc, l'un des objectifs du projet de loi, donc, c'est
d'améliorer la productivité dans le secteur de la construction. De la manière
dont le projet de loi est libellé aujourd'hui, est-ce que vous pensez que cet
objectif est atteint?
M. Côté (Eric) : Je vous
dirais qu'il ouvre des portes sur des éléments qu'on n'avait pas avant. La
question de la polyvalence n'était pas abordée. La glace est brisée, on peut...
Je pense qu'il y a un lieu de discussion. La question de parler de la
rétroactivité même, ça donne une opportunité de chercher des solutions de ce
côté-là. La réforme dans l'industrie de la construction date quand même de
plusieurs années, elle a pris du temps, puis on a... on finit d'absorber ce
qu'on a vécu. Je pense que... Je pense que le... C'est un pas dans la bonne
direction. On a des suggestions pour l'améliorer. On va suivre, du côté
détaillé... l'analyse détaillée, pour voir si justement nos suggestions peuvent
être retenues.
La Présidente (Mme D'Amours) : 20 secondes,
Mme la députée.
Mme Cadet : Merci. Puis
peut-être ma dernière question, donc, sur l'impact sur les travailleurs. Donc,
pour vous, donc, les... vos propositions, donc, quel impact elles auraient sur
les travailleurs?
M. Côté (Eric) : Une
meilleure planification. J'ai entendu toutes les associations syndicales
représentatives le demander, une meilleure planification. Ce que les
entrepreneurs généraux se targuent à tous les jours, c'est de faire de la
planification. Si on peut travailler en collaboration justement avec les
syndicats dans les instances, on va le faire.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
C'est tout le temps que nous avions avec la députée. Maintenant, je cède la
parole au député d'Hochelaga-Maisonneuve. La parole est à vous.
M. Leduc : Merci, Mme la
Présidente. Bonjour à vous quatre. Content de vous voir ici. D'abord, bravo
pour votre appui à la recommandation du... sur la formation obligatoire contre
le harcèlement. Je pense que c'est quelque chose d'important, puis votre appui
à ce niveau-là pourrait influencer peut-être le ministre à aller dans ce
sens-là.
J'aimerais parler un peu de mobilité parce que
vous n'êtes pas la première association patronale à réclamer l'abolition totale
de la mobilité. Puis j'avoue qu'il y a quelque chose qui me choque un peu
là-dedans, dans le sens où je regarde la loi, puis, dans la loi... puis vous me
dites si je me suis trompé, on fait référence à la possibilité d'avoir de la
mobilité dans les conventions collectives, mais il n'y a pas... il n'y a aucun
barème. Il n'y a pas de clause dans la
loi sur la mobilité. Les clauses, si je
ne me trompe pas, sont dans vos conventions collectives, pas dans toutes
d'ailleurs, dans certaines. Parce que vous nous demandez de faire, dans le
fond, c'est de venir jouer dans vos conventions collectives que vous avez
négociées, que vous avez signées, donc vous étiez d'accord avec le contenu des
conventions collectives. Pourquoi nous demander, nous, comme législateur, de
venir changer le contenu d'un contrat librement signé entre vous et vos
employés?
M. Côté (Eric) : Bien, d'une
part, on n'a pas négocié ces conventions collectives là. Nous ne sommes pas
pris à
partie dans le processus. Ça, c'est la première chose. Donc, nous, on
rencontre nos clients, on leur explique des clauses et, comme association, on
n'est pas en mesure de dire : Bien, c'est nous qui avons négocié ces
éléments-là. Il y a des associations qui existent, et on n'est pas formellement
consultés dans ce processus-là. Alors, ça, c'est la première chose qu'on doit
établir.
Sur la question de la mobilité, il y a un
frein économique d'amener tous ces travailleurs dans une autre région. Je sais
que c'est dans les... prévu dans les conventions collectives, mais, à notre
avis, pour une praticabilité. Et on pense toujours, là, les chantiers de
Montréal à la Côte-Nord. Mais quand on parle d'un chantier de Sherbrooke à
Granby ou de Mont-Tremblant à Boucherville, c'est là que... où il y a des bâts
qui blessent, où la conciliation travail-famille est peut-être facilement, plus
facilement organisée, des choses comme ça. Il y a des déplacements qui sont
juste assez importants, qui traversent des régions, et ça, bien, en ce moment,
la mobilité l'empêche.
M. Leduc : Vous dites dans
votre mémoire... vous donnez l'exemple, là, d'un... d'une compensation pour les
travailleurs qui se déplacent, là. Il dit : Par exemple, en 2023, pour
tout travailleur qui résidait à plus de 120 kilomètres du chantier, le
salarié recevait un montant de 137,50 $ par jour en frais de chambre et de
pension. Est-ce que ça, si dans le projet de loi, on avait décidé, nous, comme
législateur, de venir modifier ce montant-là à la hausse ou... par exemple, ça
vous aurait... fait votre affaire qu'on commence à jouer sur des conditions de
travail dans le contenu des conventions collectives?
M. Côté (Eric) : Historiquement,
les gouvernements ont tellement légiféré sur les conditions des travailleurs.
On est dans un régime où on commence à faire confiance aux parties de négocier
des ententes.... Mais sur l'élément de la mobilité, ce n'est pas la même chose
d'un secteur à l'autre, et c'est pour ça qu'on souhaitait une mobilité plus
facilement applicable. En ce moment, ça veut dire qu'il faudrait qu'on
redessine les régions... L'idée d'une pleine mobilité est plus facile que de...
les cartes de régions du Québec, là.
M. Leduc : On imagine qu'à la
table de négo, si une
partie syndicale souhaite appliquer des nouvelles clauses
de mobilité ou les renforcer, il va mettre un effort là-dessus puis il va
renoncer peut-être à d'autres éléments de négociation qui est sur la table en
échange de convaincre sa
partie patronale d'accepter des clauses de mobilité.
Mais là, si, comme législateur, on vient abolir les clauses de mobilité, je
suis pas mal certain que la...
M. Leduc : ...qui avait été
mise sur la table, qui avait été retirée, elle ne sera pas mise dans la
convention collective, dans le projet de loi. Il y a quelque chose d'injuste
là- dedans.
La Présidente (Mme D'Amours) : 15
secondes.
M. Côté (Eric) : Je vous
dirais que c'est la proposition qu'on fait, justement, d'abolir. On tient cette
position-là.
M. Leduc : Merci beaucoup.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
Je cède maintenant la parole au député de Jean-Talon pour deux minutes, 38
secondes.
M. Paradis : Merci beaucoup
pour votre présence et pour votre mémoire. J'aurais deux lignes de questions
avec les deux minutes qui vous restera pour répondre. La première chose, ça a
attiré mon attention, le modèle allemand, dont vous nous parlez, pour la
création d'un front commun de formation puis ensuite la formation obligatoire.
Vous dites : Il faudrait travailler là-dessus, mais c'est la
partie
peut-être un peu la plus courte de votre mémoire. J'aimerais ça que vous nous
disiez un petit peu, là, comment vous pensez que ces propositions-là vont faire
en sorte que, pour des nouvelles tâches, là, des nouvelles compétences, on
aurait un programme de formation initiale ou continue qui permettrait d'en assurer
la qualité.
Deuxièmement, comme mon collègue
d'Hochelaga-Maisonneuve, j'étais un petit peu surpris de lire la phrase :
Il n'y a plus de raison valable d'entraver la mobilité provinciale. Et je
comprends, là, qu'il y a beaucoup d'arguments en cette faveur-là, mais est-ce
que vraiment tous vos entrepreneurs, y compris les plus petits entrepreneurs en
région, c'est ça qu'ils vous disent, là, qu'il n'y a vraiment aucune raison
de... d'avoir encore une protection régionale sur les travaux? J'aimerais vous
entendre là-dessus.
M. Côté (Eric) : Bien, je
vais revenir sur la question de la mobilité. Un entrepreneur qui est dans une
région, qui veut sortir de sa région, parce que son entreprise grandit puis
qu'il veut faire plus de contrats, ne pourra pas amener son équipe à
l'extérieur de la région en ce moment. Alors, la région devient, excusez
l'expression, mais un endroit où il est confiné, s'il veut sortir, la marge
pour sortir de la région est plus difficile. Alors, un entrepreneur qui est
dans le sud des Laurentides, bien, s'il veut aller dans une autre région, il
est coincé puis il ne pourra pas sortir. Ça, c'est un élément.
• (10 h 30) •
Sur la question de la formation en
Allemagne, je vous remercie de la question. Enfin, il y a une formation qui existe
en Allemagne où on vient chercher plusieurs compétences, elle est plus langue.
Ça va un peu à l'encontre de la tendance des formations rapides, mais je pense
que d'avoir des gens qui viennent chercher plusieurs compétences, une espèce de
tronc commun, qui vont chercher... ça m'apparaît un choix intéressant. Par
contre, pour les travailleurs qui sont déjà en industrie, d'avoir des
formations qui sont déjà... qu'on peut financer avec le fonds de formation
pour, justement, venir parfaire des compétences ou en ajouter, à mon avis...
Moi j'ai toujours l'exemple du carreleur qui a passé 20 ans à genoux, il a
peut-être le goût de se lever puis de travailler autrement, puis de faire
d'autres choses. Puis ça, bien, il faut lui offrir une opportunité. Puis cette personne-là,
elle va vivre un enfer, parce qu'elle va recommencer comme apprentie dans son
métier. C'est injuste, ça n'a pas de bon sens. Il faut favoriser l'acquision de
plusieurs compétences.
La Présidente (Mme D'Amours) : 20
secondes.
M. Paradis : Est-ce que vous
avez plus d'informations sur ce modèle-là, vous-même, vous avez des analyses
puis ce que ça a comme impact sur la qualité des travaux? Parce que, si c'est
le cas, en tout cas, vous pouvez... n'hésitez pas à le demander.
M. Côté (Eric) : Plus les
gens sont formés, plus les... Bien, écoutez, je vais déposer le cas de
l'Allemagne, là, c'est une étude de cas qu'on nous a partagée. Puis, sur la
question de la formation, je pense que, plus il y a de formation, plus les gens
sont compétents, et la qualité, à ce moment-là, est au rendez-vous.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
Je vous invite à le déposer au secrétariat. On pourra en faire transférer
l'information aux membres de la commission.
Donc, je vous remercie pour votre
contribution à nos travaux.
Je suspends les travaux quelques instants
afin de préparer la visioconférence pour nos prochains invités. Merci.
(Suspension de la séance à 10 h 31)
Haut de la page
10 h 30 (version non révisée)
(Reprise à 10 h
La Présidente (Mme D'Amours) : Nous
reprenons nos travaux, et je souhaite maintenant la bienvenue au Conseil du
patronat du Québec. Je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes pour
votre exposé, puis nous procéderons à une période d'échange avec les membres de
la commission. Je vous invite donc à vous présenter puis à commencer votre
exposé, s'il vous plaît.
M. Blackburn (Karl) : Merci, Mme
la Présidente. M. le ministre et Mmes et MM. les députés. D'abord, je suis Karl
Blackburn, président et chef de la direction du Conseil du patronat du Québec
et je suis accompagné aujourd'hui de Line Laperrière, directrice Relations de
travail et santé, sécurité, travail, santé, sécurité et affaires juridiques au
Conseil du patronat.
Comme vous le savez, le CPQ regroupe des
entreprises et des associations sectorielles oeuvrant dans tous les secteurs d'activité
et toutes les régions du Québec et représente directement et indirectement les
intérêts de plus de 70 000 employeurs de toutes tailles, tant du secteur privé
que parapublic. Le CPQ représente les plus importantes associations du secteur
de la construction et plusieurs parties prenantes entourant ce secteur. Nous
vous présentons aujourd'hui un consensus patronal qui vise à répondre aux
besoins des employeurs confrontés aux défis de productivité sans disposer des
outils nécessaires pour les relever.
D'entrée de jeu, je tiens à souligner,
avec le manque de 13 000 à 15 000 travailleurs et travailleuses
dans le secteur de la construction, par année d'ici 2025, les employeurs font
beaucoup d'espoir dans la réforme du secteur de la construction. On doit se
donner tous les moyens pour être plus productifs, plus flexibles et plus
innovants. C'est très fort, mais la clé pour faire sortir plus de logements de
terre en moins de temps, construire rapidement les infrastructures énergétiques
dont nous avons grandement besoin, rénover nos écoles dans des temps
raisonnables, et j'en passe. Québec n'a pas le droit à l'erreur. On doit
réussir à tout prix cette réforme. Le projet de loi, dans sa forme actuelle,
manque la cible pour nous permettre de vraiment y arriver.
Dans notre mémoire, nous proposons
plusieurs recommandations que je vais vous présenter aujourd'hui même. Tout d'abord,
le principe de polyvalence instauré au projet de loi est salué. Toutefois, le
CPQ soutient qu'il doit être étendu afin de faire en sorte que les définitions
réglementaires n'entravent pas la capacité des employeurs à organiser et à
diriger le travail de manière efficace. Selon le CPQ, il est essentiel que les
travailleurs puissent accomplir les tâches variées pour assurer la continuité
du travail, peu importe leur statut ou leur certificat de compétence. La
polyvalence est précieuse pour corriger les déficiences, résoudre les problèmes
rapidement et garantir le bon déroulement des projets.
Recommandation 1 : Le CPQ
recommande de favoriser un principe de polyvalence des métiers et des titres
occupationnels afin de permettre la gestion des affectations dans la façon la
plus flexible et souple possible. Le CPQ estime que pour offrir une meilleure
application du concept de travaux de structures qu'une définition soit intégrée
au projet de loi. Ces travaux, selon le CPQ, doivent avoir un niveau de
dangerosité élevé pour les infrastructures, les travailleurs et la population.
La mobilité accrue des travailleurs
maintenant. Par la suite, le CPQ salue l'ouverture à la mobilité interrégionale
introduite par le projet de loi, ce qui pourrait atténuer la pénurie de main-d'œuvre
dans certaines régions du Québec de façon plus durable. Cependant, cette
mobilité est réservée aux métiers sans que les occupations puissent en
bénéficier. Le CPQ estime que cela aura peu ou pas d'impact sur la productivité
des entreprises et l'utilisation optimale de la main-d'œuvre. Les
allègrements... les allègements, pardon, prévus au projet de loi permettraient
d'atteindre un taux de mobilité de 73 % actuellement. Le CPQ estime qu'une
mobilité totale à 100 % est nécessaire afin d'accroître véritablement la
productivité des entreprises et l'utilisation optimale de la main-d'œuvre. Par
ailleurs, le CPQ estime important de souligner que, tel qu'illustré dans l'étude
réalisée par Lab Eco mandaté par l'ACQ, en août 2023 : Il est faux de
prétendre que les travailleurs des grands centres urbains vont venir voler les
emplois en région. Le lieu de résidence...
M. Blackburn (Karl) : ...résidence
ne doit donc plus être un critère de sélection à l'embauche ni une limite aux
opportunités d'emploi des travailleurs. Une telle limitation entrave la
capacité de gains financiers des travailleurs ainsi que les gains possibles en
productivité et en compétence des entreprises, puisqu'elles les confirment à un
carcan freinant leur efficience. Par ailleurs, la liberté de travailler est un
droit constitutionnel fondamental, et des décisions judiciaires ont confirmé la
présence ou la préséance de ce droit sur des clauses limitant le lieu de
résidence pour les travailleurs. Un travailleur qualifié et spécialisé doit
pouvoir bénéficier personnellement de ses qualités et avoir la possibilité de
les mettre au profit de tout le Québec. Le CPQ soutient qu'il faut étendre la
mobilité des salariés non seulement aux métiers, mais aux... mais aux
occupations aussi.
Au niveau de la rétroactivité salariale,
le principe de rétroactivité salariale constitue une entrave substantielle au
processus de négociation. Le CPQ est très préoccupé par l'intégration d'un tel
principe dans le projet de loi. Il est crucial que les conditions de travail
restent négociées équitablement sans qu'un principe de rétroactivité salariale
et un fonds dédié ne viennent déséquilibrer le rapport de force déjà fragile
dans l'industrie. Introduire une telle taxe sur la masse salariale augmenterait
les charges des entrepreneurs et impacterait considérablement les coûts des
travaux, en plus d'affecter les cotisations à la CNESST. Le CPQ propose
d'abroger le principe de la rétroactivité salariale et l'instauration d'un
fonds.
• (10 h 40) •
Au niveau de l'attractivité et le maintien
en emploi au niveau de la main-d'oeuvre, nous saluons d'abord les mesures
visant à intégrer les personnes issues des groupes sous-représentés dans le
secteur de la construction, puisqu'elles permettront, nous l'espérons,
d'intégrer des gens déjà qualifiés dans l'industrie, mais encore faut-il les
attirer, les former et les garder. Le CPQ aurait souhaité voir davantage de
mesures incluses dans le projet de loi à ce sujet. En voici quelques-unes. Le
CPQ recommande que, pour rendre l'industrie davantage représentative de la
population québécoise, il serait important de mettre en œuvre davantage
d'actions portant sur les trois facettes : attraction, intégration et
maintien, et qui impliquent, bien évidemment, autant que possible une pluralité
d'acteurs : les employeurs, les travailleurs, leurs représentants, bien
évidemment, la CCQ et organismes communautaires. Le CPQ est d'avis qu'en
investissant dans la formation sur les conditions d'un environnement de travail
exempt de discrimination, le bien-être au travail et les conditions de travail
en général, les entreprises pourront assurer leur pérennité et leur succès à
long terme.
Maintenant, au niveau de la formation de
la main-d'œuvre, la formation de la main-d'œuvre joue un rôle crucial dans
l'augmentation de la productivité, et son rôle est d'autant plus crucial dans
un contexte de polyvalence. Or, le CPQ aurait souhaité que ce sujet soit
adressé par le projet de loi. Entre autres, nous sommes d'avis que de nouvelles
avenues doivent être considérées, comme le développement de programmes en
alternance travail-études permettrait de répondre rapidement aux besoins de
l'industrie en termes de disponibilité de la main-d'œuvre qualifiée, favorisant
la productivité et la polyvalence. Ainsi, le CPQ recommande qu'une mise à jour
des programmes de formation soit faite, que des stages en entreprise soient
permis et que des journées d'apprentissage de type laboratoire soient
organisées.
Au niveau des infractions de la loi R-20
maintenant, mieux accompagner les entrepreneurs dans l'application de la loi
R-20 en offrant un service d'accompagnement bonifié. Par ailleurs, le CPQ
recommande de ne pas aller de l'avant avec l'augmentation du montant des
amendes, tel que prévu dans le projet de loi.
Au niveau de la formation et de la
recherche, du développement et de l'innovation, instaurer une culture de
l'innovation au sein de l'industrie de la construction en encourageant la
collaboration entre les entreprises, les organismes de recherche et les
universités, comme par la mise en place de programmes de soutien financier en
recherche et en développement.
En conclusion, Mme la Présidente, j'espère
que ces recommandations vous permettront, en tant que législateurs, de prendre
les bonnes décisions dans l'intérêt de notre société. Selon le CPQ, il ne faut
pas manquer l'occasion d'être ambitieux dans cette réforme de l'industrie de la
construction. Après tout, nos grands défis à venir auront grandement besoin
d'une industrie de la construction productive, flexible et innovante. En vous
remerciant pour votre attention, nous sommes à votre disposition, Mme la
Présidente, pour échanger avec les membres de la commission. Merci beaucoup.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci
beaucoup pour votre exposé. Maintenant, nous allons...
La Présidente (Mme D'Amours) : ...commencer
la période d'échange. M. le ministre, la parole est à vous.
M. Boulet : Oui. Merci,
Mme la Présidente. M. Blackburn, Mme Laperrière, merci pour la
qualité de votre mémoire, pour la clarté, M. Blackburn, de votre
présentation. Et je résume souvent un mémoire en disant, en ce qui vous
concerne, c'est plus de polyvalence, plus de mobilité, pas de rétroactivité,
plus d'accès et de la formation. Évidemment, je vais y aller un après l'autre.
La polyvalence, c'est sûr qu'il faut être à la quête d'un équilibre, hein,
M. Blackburn. Il faut respecter la qualité de la construction, la santé,
sécurité des travailleurs et la compatibilité avec les compétences des
travailleurs. Puis c'est sûr que la polyvalence, je le répète, c'est un
incitatif à une meilleure planification pour les... les entrepreneurs. Plus tu
planifies, plus tu vas bénéficier de la polyvalence, mais ce n'est pas un bar ouvert.
Ça, je le répète constamment. Ça ne peut pas être un bar ouvert. Il y a
cependant beaucoup plus de métiers au Québec que dans les autres provinces du
Canada. Il faut s'assurer que la polyvalence soit respectueuse des capacités de
l'un et de l'autre.
Puis revenir sur le grand chantier de
modernisation, le projet de loi no 51 n'est pas une finalité. Vous le
savez, hein, on travaille sur plusieurs chantiers, l'intégration des
technologies, la numérisation des entreprises, la formation. Et donc il ne faut
pas voir ce projet de loi comme étant le seul élément qui va nous permettre
d'avoir plus de main-d'oeuvre et d'améliorer notre productivité. Mais je vous
ai bien entendu sur la polyvalence. Vous souhaitez notamment qu'elle bénéficie,
notamment, aux détenteurs de certificats compétences occupation. Et est-ce que
vous souhaitiez aussi que ça, ça bénéficie aux détenteurs de certificat
compétences apprentis? Juste me répondre oui ou non. Vous dites oui,
Mme Laperrière. O.K. Donc, la polyvalence à tous les détenteurs de
certificats compétences, que ce soit apprentis, compagnons ou occupations.
M. Blackburn (Karl) : Si
je peux me permettre, M. le ministre, d'abord, avant de céder la parole à Lyne,
parce Lyne détient une expertise qui est extrêmement importante. Mais
j'apprécie grandement les propos que vous avez tenus par rapport à la clarté de
notre mémoire. Sachez que je dis souvent, ou les gens me disent souvent que je
suis subtil comme un deux-par-quatre. Alors, comme vous le voyez bien...
M. Boulet : ...
M. Blackburn (Karl) : ...on
souhaite vraiment avoir l'occasion, étant donné qu'on est de la construction,
on est aussi bien de s'en servir, mais on veut surtout saisir l'occasion qui
nous est offerte aujourd'hui, mais qui est offerte également au gouvernement,
de moderniser cet outil qui est extrêmement important pour permettre de
relancer l'industrie de la construction. J'en conviens, ce n'est pas le seul
élément. Il y a plusieurs autres facteurs qui peuvent être déterminants dans la
bonification ou l'amélioration de notre système de construction au Québec, mais
il n'en demeure pas moins que, derrière la présentation qu'on vient de vous
faire aujourd'hui, les recommandations qui ont été longuement réfléchies et
longuement mûries avec l'ensemble des acteurs du secteur de la construction,
nous croyons bien humblement que ce qui vous est proposé, ça permet d'atteindre
les objectifs que vous poursuiviez, M. le ministre, lorsque vous avez lancé
cette volonté de revoir la loi R-20 pour la rendre plus productive, plus
attractive et également pour s'assurer qu'on puisse répondre aux besoins de
demain. Et dans ce contexte, bien humblement, c'est ce qu'on vous présente
aujourd'hui.
M. Boulet : C'est très
clair, M. Blackburn. J'irais à la mobilité, parce qu'on a un temps quand
même assez limité.
M. Blackburn (Karl) : Oui.
M. Boulet : Mobilité, et
je répète aussi qu'il ne faut pas que ce soit un bar ouvert, il y a quand même
des entraves, des limites qui varient d'un secteur à l'autre, qui varient d'une
convention collective de travail à l'autre. Et je comprends votre élément sur
l'importance constitutionnelle du lieu de résidence. Et la mobilité, c'est une
faculté, ce n'est pas une obligation, c'est une possibilité qui vise à répondre
à des besoins. Puis on me rappelait récemment qu'il y a des entreprises qui
sont spécialisées dans certains secteurs de la construction, qui sont dans des
régions et qui pourraient, grâce à la mobilité, faire des contrats de
construction dans d'autres régions et même dans des milieux urbains. Ça, on ne
le dit pas assez souvent, mais je trouvais que votre propos me permettait de le
rappeler. Il y a quand même des opposants qui mentionnent que ça pourrait
engendrer des répercussions sur l'employabilité et la conciliation
travail-famille. En deux mots, qu'est ce que vous répondez à ça?
M. Blackburn (Karl) : Bien,
d'abord, vous le savez, M. le ministre, je suis un fervent régionaliste. Et
pour moi, le succès du Québec va être dans la vigueur de cette...
M. Blackburn (Karl) : ...régions
du Québec. On va se baser sur des faits, sur des données, et je pense que ces
données vont rassurer ceux qui peuvent avoir une certaine crainte relativement,
justement, à cette mobilité. À
titre d'exemple, dans la région de Montréal, 96 %
des salariés locaux y travaillent. Ils ont donc peu d'intérêt à aller ailleurs
au Québec. Ils ont de la difficulté même à répondre aux besoins des banlieues,
imaginez-vous dans la région de Montréal.
On va prendre la région du
Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie, 77 % des salariés locaux y
travaillent et répondent à 90 % des heures travaillées dans leur région.
Donc, dans le Bas-Saint-Laurent et Gaspésie, il manque de travailleurs.
Je vais vous donner un autre exemple d'une
autre région qu'on entend parler souvent, celle de la Côte-Nord. Sur la
Côte-Nord, 90 % des salariés locaux y travaillent et répondent à 44 %
des besoins ou des heures travaillées dans la région. Il en manque encore plus
dans la région de la Côte-Nord.
Alors cette mobilité, d'abord, permet aux
travailleurs de pouvoir gagner sa vie partout où ils le souhaitent. Donc, cette
mobilité va permettre justement à chaque travailleur d'aller chercher le
travail là où il se trouve. Mais les données qu'on vient de partager démontrent
que c'est faux de prétendre que les travailleurs de Montréal vont aller voler
les emplois dans les régions du Québec. Basons-nous sur des données sur des
faits, et on dit souvent que les faits donc sont têtus, bien, c'est ce qu'on
vous présente ce matin.
M. Boulet : Merci, M.
Blackburn. L'accès, ça aussi, c'est important. Évidemment, on a besoin d'une
main-d'œuvre accrue. Il y a la représentativité des femmes, des groupes issus
de la diversité. Il y a un nombre considérablement moindre de personnes immigrantes,
de personnes issues des minorités visibles ou des personnes issues des
communautés autochtones dans nos chantiers de construction. Vous avez vu les
statistiques de l'Institut du Québec récemment. Il faut donc avoir des normes
claires de reconnaissance des expériences et des heures de formation à
l'extérieur de l'industrie de la construction et à l'extérieur du Québec. Je
pense qu'on se rejoint.
• (10 h 50) •
M. Blackburn (Karl) : Oui.
M. Boulet : N'oublions pas,
quand vous parlez d'intégration, attraction, maintien ou rétention, qu'il y a
la
Loi sur les normes du travail, parce que vous avez fait référence à la
discrimination.
M. Blackburn (Karl) : Oui.
M. Boulet : Et le projet de
loi n° 42 qui va nous permettre de faire des pas en avant. Sachez que,
selon Léger, il y avait 79 %, dans le secteur de la construction, qui
voyaient, subissaient ou étaient témoins de discrimination, harcèlement qui ne
signalaient pas. Là, on vient protéger ces personnes-là.
M. Blackburn (Karl) : Exact.
M. Boulet : Et intégrer une
culture de signalement, puis... une culture de protection des liens d'emploi et
à l'encontre des formations de représailles.
Formation, M. Blackburn, vous le savez,
hein, ça aussi, il y a des chantiers avec le ministère de l'Éducation et la
Commission de la construction du Québec pour accroître l'offre de formation en
alternance travail-études.
M. Blackburn (Karl) : Oui.
M. Boulet : Moi, j'y crois.
Mais je vais juste vous rappeler que, depuis deux ans, on a fait un allègement
réglementaire, et allez rencontrer des étudiants, étudiantes dans des centres
de formation professionnelle au Québec, et ils peuvent dorénavant aller
travailler pendant les périodes de congé, de relâche et pendant les vacances
estivales dans les chantiers, et ça, ça donne des résultats phénoménaux. Ça
répond à des besoins et ça permet aux jeunes, pendant leurs études, de
bénéficier d'une expérience de travail. Et les heures de travail sont
transformées en équivalent d'une 1,5 heure. En fait, les heures de
formation...
M. Blackburn (Karl) : De
formation.
M. Boulet : ...équivalent à
1,5 heure dans le régime d'apprentissage. Donc ça, ça donne des résultats.
Mais je vous comprends très bien que la formation, c'est un élément clé, mais
ce n'est pas un des leviers qui appartient nécessairement à un projet... à une
loi qui concerne les relations de travail.
La machinerie de production, ça serait ma
dernière question. Après ça, je laisserais ma collègue d'Iberville intervenir.
La machinerie de production, on nous en parle — en fait, c'est une
discussion un peu plus récente — que ce soit à ce sujet. Qu'est-ce
que vous auriez à me faire comme commentaire, M. Blackburn, sur ce sujet-là?
M. Blackburn (Karl) : D'abord,
brièvement, je vais revenir sur la formation, M. le ministre, si nous sommes en
mesure de déployer l'outil de formation, comme vous l'avez mentionné, à travers
toutes les régions du Québec, et de le déployer de façon large, bien sûr, on va
faire une rétention plus grande et on va s'assurer que les jeunes qui sont dans
cette formation puissent, dès... dès... dès le départ, savoir s'ils aiment ou
non leur métier, et ça, je pense que c'est important de se fier là-dessus.
Par rapport à l'assujettissement des... de
la machinerie de production, ce n'est pas dans le projet de loi. Bien
évidemment, on y a pensé, on en a parlé, mais comme ce n'était pas...
M. Blackburn (Karl) : ...ce
n'était pas dans le projet de loi, on ne l'a pas adressé dans notre mémoire.
Mais je voudrais qu'on profite de l'expérience de ma collègue Lyne Laperrière
pour vous en parler brièvement, parce qu'elle a l'occasion de travailler avec
les membres du CPQ sur cet aspect-là. Et Lyne, si ça te plaît, je te céderais
la parole sur ce point-là.
Mme Laperrière (Lyne) : Merci,
M. Karl Blackburn. Bien sûr, M. le ministre, pour répondre à votre question, en
fait, la machinerie de production, jadis, le CPQ s'était positionné de façon à
ne pas rendre assujettis les travaux de machinerie de production autour des
années 2011. Or, il semblerait que, dans les dernières années, le temps a fait
son œuvre et le marché aurait évolué, faisant en sorte que les conditions ont
vraiment fait augmenter de façon considérable les coûts de main-d'oeuvre. Et
les conditions, notamment au niveau du placement de main-d'oeuvre, ne sont pas
les mêmes que celles qui sont régies de l'industrie de la construction. Or, les
associations d'entrepreneurs spécialisés en mécanique industrielle que nous
avons eu la chance de côtoyer dans les derniers jours, voire les dernières
heures, au même
titre que les donneurs d'ouvrage, s'entendent pour dire qu'il y
a une problématique.
Cependant, ce n'est pas le projet de loi
n° 51 qui est l'opportunité de régler tous les problèmes dans l'industrie de la
construction pour la bonne et simple raison que ce n'est pas tout le monde qui
est invité à la table des consultations. Or, nous, ce qu'on vous propose, c'est
de se donner rendez-vous avec les parties prenantes, incluant les donneurs
d'ordre, pour s'entendre et discuter spécifiquement sur ce projet de
réglementation là et qui nous permettra, nous l'espérons, pouvoir porter des
recommandations qui vont faire l'unanimité de tous les joueurs confondus.
M. Boulet : C'est une très
bonne réponse, Lyne Laperrière. Merci. Avec votre assentiment, Mme la
Présidente, je laisserais ma collègue d'Iberville intervenir avec le Conseil du
patronat du Québec.
La Présidente (Mme D'Amours) : Parfait.
Je cède maintenant la parole à la députée d'Iberville.
Mme Bogemans : Merci. J'ai
combien de temps?
La Présidente (Mme D'Amours) : Quatre
minutes, 40 secondes.
Mme Bogemans : Parfait. On
vient juste d'aborder, entre autres, l'alternance travail-études comme étant un
moyen de tester l'intérêt, là, des jeunes qui commencent. Puis le groupe,
justement avant, on parlait de la polyvalence de la main-d'oeuvre. Comment vous
voulez justement l'appliquer aux gens qui sont déjà dans la construction, dans
les occupations, entre autres, ou dans même les métiers, qui voudraient avoir
plus qu'une corde à leur arc?
M. Blackburn (Karl) : Bien,
moi je pense qu'on ne peut pas se priver de l'expertise et de l'expérience de
ma collègue Lyne. Alors, Lyne, s'il te plaît.
Mme Laperrière (Lyne) : Évidemment
qu'au niveau de la polyvalence ce que le projet de loi actuellement proposait,
c'est une polyvalence étendue par rapport uniquement qu'aux compagnons. Or, les
apprentis de métier sont capables de faire des tâches qui ne sont pas
uniquement réservées à un
titre que compagnon. Nous, on croit que les
compétences sont transférables et utilisables au même
titre que les
occupations. Et là ce qui est important de retenir, ce n'est pas une fusion des
métiers qu'on veut, ce n'est pas un bar ouvert, comme le dit si bien le
ministre, c'est important de faire confiance aux droits de gestion des
employeurs. Ils sont capables d'organiser, diriger les travaux avec le
jugement, en considérant, bien sûr, les risques reliés à l'exécution des
travaux. On ne va pas confier des risques élevés à des gens qui n'ont pas les
compétences au même
titre que dans tous les autres secteurs de l'économie. C'est
la seule industrie qui est tellement légiférée, qui nous empêche d'avoir cette
flexibilité-là de répondre aux exigences de façon impromptue sur les imprévus,
mais surtout en raison de la pénurie de main-d'œuvre, c'est de pouvoir offrir
un vaste réservoir de talents, plus vaste que celui qu'il est actuellement. Si
on prend juste les apprentis, les occupations, c'est plus de 95 000
travailleurs supplémentaires qui s'ajoutent à ceux des compagnons qui sont
autour de 100 000.
Mme Bogemans : Super! Puis
dans les mesures un petit peu plus particulières, dans, vraiment, le même ordre
d'idées, là, au niveau de la reconnaissance des acquis des nouveaux arrivants,
avez-vous des suggestions pour pouvoir les inclure dans votre domaine?
Mme Laperrière (Lyne) : Évidemment...
Bien, je m'excuse, Karl...
M. Blackburn (Karl) : Allez-y.
Mme Laperrière (Lyne) : ...je
suis allée directement. Au niveau des gens issus de la diversité comme des
immigrants, ils ont une expertise vraiment spécifique, ils sont capables
d'exécuter, exemple, des travaux de peinture ou de couverture ailleurs dans
leur pays. Il s'agit évidemment de faire un règlement qui nous permet justement
de les reconnaître et de les intégrer directement dans l'industrie. Évidemment
qu'on ne peut pas le faire sans nécessairement valider leurs compétences. Donc,
il sera peut-être nécessaire d'ajouter des procédures pour pouvoir les
reconnaître, exemple, un examen de qualification, ne serait-ce que pour les
intégrer. J'ai vu passer un décret, justement, là-dessus dans les dernières
heures.
Mais au niveau des écoles de métiers, ce
serait intéressant d'ajouter des nouvelles initiatives pour permettre à ces
gens-là d'intégrer des formations spécifiques, mais de pouvoir les mettre tout
de suite sur les chantiers pour venir corroborer puis s'infuser, comme on dit,
de la réalité des chantiers au Québec, ce qui n'est pas la même que dans leur
pays nécessairement. Les mœurs et coutumes, les règles sont complètement
différentes.
M. Blackburn (Karl) : Si je
peux me permettre d'ajouter, quelle meilleure façon d'intégrer des nouveaux
arrivants dans notre société que par...
M. Blackburn (Karl) : ...le
travail? Et un bon nombre de ceux-ci veulent contribuer, peuvent contribuer,
ont des compétences qui restent simplement à valider dans certains cas et
pourraient rapidement contribuer à la prospérité puis à la croissance économique
de notre société. Tout le monde serait gagnant. Alors, je pense que ce que Lyne
vient de mentionner comme étant certains éléments à considérer par rapport à la
façon dont on peut accueillir ces gens sur notre territoire, bien, la meilleure
façon de les intégrer, c'est bien sûr via le travail.
Mme Bogemans : Exactement.
Puis, en fait, dans le même ordre d'idées — je pense qu'il me reste
une seule minute — tantôt, vous disiez la vigueur régionale.
Encore... Est-ce que vous voyez, au niveau de la formation ou de l'inclusion
des gens de la diversité ou des femmes, au niveau régional, des initiatives qui
pourraient faire une différence majeure?
M. Blackburn (Karl) : Bien,
bien évidemment. Si on est capable d'avoir cette polyvalence, entre autres au
niveau de la mobilité — c'est une chose importante — de
trouver par des exemples concrets des mesures qui vont permettre une plus
grande intégration des femmes sur le milieu du travail déjà en situation de
handicap dans certains cas, des gens des Premières Nations... Les gens des
Premières Nations veulent contribuer également à la prospérité du Québec.
Alors, on a tous les outils entre les mains pour être capables d'y arriver. Il
s'agit de se décloisonner, je dirais, légèrement pour tenir compte de la réalité
dans laquelle nous sommes en 2024, le marché du travail et la pression qui est
exercée sur le marché du travail, et je pense qu'on se doit d'être ambitieux,
et on rejoint la volonté du ministre lorsqu'il mentionnait qu'il voulait être
ambitieux pour la réforme dans laquelle on s'inscrit. Bien, je vous invite à
demeurer vigilants, à aller jusqu'au bout et de faire de cette réforme de la
loi R-20 vraiment un projet ambitieux qui va nous permettre de lever plus
d'écoles plus rapidement, qui va nous permettre de rencontrer davantage de
construction au niveau énergétique et de relancer l'industrie de la
construction.
• (11 heures) •
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
C'est tout le temps que nous avions avec la députée. Maintenant, je cède la parole
à la députée de Bourassa-Sauvé.
Mme Cadet : Merci. Merci, M.
Blackburn, Mme Laperrière, merci d'être avec nous et votre mémoire,
effectivement, donc, très clair. Ma première question, donc, concerne votre
première proposition, sur la polyvalence des métiers. Deux choses ici, donc,
dans... Votre proposition, donc, à la fois, donc, traite donc du droit de
gestion de l'employeur... Donc, vous demandez donc... permettre par ailleurs à
tous les employeurs d'exercer leur droit de gestion dans l'assignation du
travail à accomplir. Mme Laperrière, vous... avez fait référence un peu, donc,
en répondant aux questions précédentes. J'aimerais vous entendre plus
longuement là-dessus et sur des propositions peut-être concrètes pour nous,
comme législateurs, de répondre à cette demande et de voir donc quels seraient
les risques aussi de ne pas y répondre. Et la deuxième partie, pour ce qui est
donc de la définition, donc, de la polyvalence, dont vous vous intéressez à la
question des travaux de structures, vous nous proposez donc une certaine
définition. Donc, je veux... je suis curieuse de vous entendre sur ces
éléments-là.
M. Blackburn (Karl) : Alors,
Lyne.
Mme Laperrière (Lyne) : Merci.
Donc, pour répondre à votre question, je vais essayer d'être brève, parce
qu'elle est quand même longue et a plusieurs aspects.
Au niveau du droit de gestion des
employeurs, les employeurs connaissent quand même leur main-d'œuvre et leur
capacité de réaliser des travaux. Si on utilise les talents à bon escient, dans
la mesure où ils sont capables de faire les travaux, l'employeur est capable
d'assigner des tâches de façon supervisée, de façon contrôlée pour qu'ils
soient capables de faire face aux imprévus, surtout, et aux déficiences.
Considérant que les temps perdus à répondre à ces enjeux-là, à être obligé
de... exemple, d'embaucher un travailleur supplémentaire pour venir compléter
un travail qui est d'une durée quand même assez rapide et courte sans
compromettre les niveaux de dangerosité, ça permettrait de réduire les coûts
et, évidemment, d'être plus efficace et plus efficient dans le travail.
Je prends l'exemple des travaux de
structures. Au sens large de ce qui est proposé au projet de loi n° 51,
«travaux de structures» serait limité, ne permettrait pas d'appliquer la
polyvalence. Or, si je prends l'exemple d'un cimentier applicateur qui se voit
confier la tâche de lisser le béton sur un morceau de coffrage de bâtiment, le
coffrage étant... pouvant être interprété comme étant des travaux de
structures. Or, lisser le béton n'a aucunement de lien de dangerosité, c'est
plutôt un travail de finition. C'est pour cette raison-là que nous suggérons de
ne pas se limiter à ce qui est prévu dans le projet de loi, de bien définir la
portée pour considérer les éléments de risques élevés de travaux au même titre,
exemple, que la Régie du bâtiment le fait pour la qualification des
entrepreneurs ou encore le Code des travaux de construction, qui stipule les
travaux qui ont un niveau de dangerosité plus élevé.
Mme Cadet : Merci, Mme
Laferrière. Donc, c'est très clair au niveau des travaux de structures. Pour ce
qui est du droit de gestion, là, on a beaucoup entendu des intervenants nous
parler de la notion d'équilibre dans le projet de loi. Est-ce que ce que vous
mettez de l'avant, donc, nous permet de préserver cette notion d'équilibre,
tout de même?
Mme Laperrière (Lyne) : Pour
poursuivre en fait dans la même lignée, si je prends l'exemple d'un apprenti
maçon, bien, il est certainement capable de faire des tâches, même s'il n'a pas
encore les compétences de niveau compagnon. Donc, c'est dans cette optique...
Haut de la page
11 h (version non révisé
e) Mme Laperrière (Lyne) : ...là
que l'employeur est capable d'assigner des tâches à un niveau d'apprentissage
sans nécessairement porter préjudice dans l'exécution ni dans la qualité des
travaux.
Mme Cadet : Mais d'ailleurs,
donc... donc vous parlez ici, donc, des apprentis. Donc, je reviens sur la
question du ministre un peu plus tôt. Donc, vous avez... vous nous avez dit,
donc, la polyvalence, donc, c'est confirmé, donc vous voudriez donc l'étendre,
donc, aux occupations, aux apprentis. La mobilité aussi? On ne vous a pas
entendu là-dessus, la mobilité puis aussi sur le cumul occupation-métier.
Mme Laperrière (Lyne) : ..que
je poursuive, Karl?
Mme Cadet : Oui, vous pouvez
poursuivre, Mme Laperrière.
M. Blackburn (Karl) : ...oui,
vas-y, Lyne.
Mme Laperrière (Lyne) : En
fait, c'est qu'au niveau de la mobilité, ce qui est important de connaître, c'est
qu'on veut offrir un vaste réservoir de talents, qui est plus élevé que ceux
qui seraient disponibles localement. Si on étend la polyvalence à l'ensemble de
l'industrie, ça va nous permettre nécessairement de répondre aux besoins
ponctuels, de s'adapter aux marchés qui évoluent actuellement, de... d'améliorer
évidemment la compétitivité des entreprises, tant au niveau local qu'au niveau
national.
Mme Cadet : Merci. Dans votre
mémoire, vous...
M. Blackburn (Karl) : Si je
peux me...
Mme Cadet : Oui, allez-y, M.
Blackburn.
M. Blackburn (Karl) : ...si
je peux me permettre, Mme la députée, quand on regarde les objectifs qui sont
poursuivis dans le projet de loi, avec que ce qui est mis en place, on augmente
à 73 % la... cette mobilité qui est importante. Nous, ce qu'on se dit,
dans le contexte actuel, avec les défis énormes qui sont devant nous, faisons
le petit pas supplémentaire pour nous rendre à 100 %. Et c'est dans ce
contexte qu'on vous a fait ces présentations qui nous permettraient à tout le
moins d'atteindre cette mobilité qui est extrêmement importante pour l'économie,
pour les employeurs, mais les travailleurs également.
Mme Cadet : Dans votre
mémoire, vous indiquez : «Le CPQ regrette l'absence de solutions concrètes
d'attractivité, d'intégration et de maintien en emploi.» Je vous ai entendus,
donc, sur l'attractivité. Sur le maintien en emploi, quelles mesures vous
auriez voulu voir dans le projet de loi, à cet égard, concrètes?
M. Blackburn
(Karl) :
Lyne.
Laperrière (Lyne) : En fait, on ne s'est jamais vraiment attardés
actuellement, dans l'industrie de la construction, pour connaître les raisons
qui fait en sorte que les gens quittent l'industrie. Donc, ce qu'on recommande,
c'est qu'il y ait une enquête qui soit effectuée pour nous permettre de déceler
les lacunes mais surtout de proposer des solutions qui viendraient contrer ces
phénomènes-là. On a parlé de la formation, évidemment, on a parlé de la
polyvalence. La polyvalence est également un élément important, un attrait pour
la nouvelle relève, qui, elle, cherche un travail diversifié. Ils ne veulent
pas passer leurs journées à faire une tâche récurrente pour le reste de leur...
de leur carrière. Ils veulent qu'ils aient une carrière dans l'industrie, et le
développement des compétences fait nécessairement un lien pour développer les
talents et surtout la prochaine génération de travailleurs de l'industrie.
M. Blackburn (Karl) : Et, si
je peux me permettre d'ajouter un élément qui est essentiel, selon moi, vous,
comme législateurs, comme députés de comté par exemple, vous avez eu des cas
qui vous ont été présentés. Je suis certain qu'il y a des citoyens qui sont
allés vous présenter leur cas, leur situation, des fois catastrophiques, ou
tristes, ou malheureuses. Et nous, ce qu'on... ce qu'on pense, c'est que cette
étude va permettre justement d'aller chercher exactement le bobo là où il est
et de quelle façon on peut remédier à ce bobo. Et, quand Aline fait référence à
ce que les jeunes aspirent pouvoir faire dans un contexte d'industrie de la
construction, par exemple, où la technologie prend de plus en plus de place,
bien, on doit être capables de leur démontrer que ce métier, qui est
extrêmement important, va leur permettre de grandir d'abord comme individus,
comme travailleurs, mais de grandir dans le secteur de la construction dans
lequel ils vont avoir choisi de s'investir. Alors, c'est pour ça que cette
étude nous apparaît essentielle pour être capables de voir où on est, doit par
pour nous aider à mieux cibler où on veut aller.
Mme Cadet : Merci, M.
Blackburn. Puis, effectivement, donc, vous parlez de la formation, donc, j'ai
moi-même, donc, déploré qu'on... qu'on ne s'y attardait pas assez dans... dans
le projet de loi. Parce qu'il y a un consensus qu'on a entendu, que c'est
effectivement, donc, un vecteur de rétention.
M. Blackburn (Karl) : Tout à
fait.
Mme Cadet : Au niveau de la
planification de la main-d'oeuvre, donc, il y a beaucoup d'intervenants qui
sont venus nous dire qu'il fallait aussi, donc, agir en ce sens. Évidemment, c'est
un peu complexe, hein? Donc, est-ce que vous avez des recommandations pour
nous, comme législateurs, pour nous pencher sur la question cruciale de la
planification pour augmenter la productivité dans le secteur?
M. Blackburn (Karl) : Alors,
Lyne.
Mme Laperrière (Lyne) : La
planification des travaux sous-tend nécessairement la meilleure coordination,
de travailler de façon coercitive à l'aide de... des joueurs, des joueurs clés,
ne serait-ce que ce soient les ingénieurs, les architectes, que les
entrepreneurs puissent travailler en amont avec eux pour être capables de mieux
planifier et coordonner les besoins spécifiques, notamment au niveau de la
main-d'œuvre, mais également au niveau de tout ce qui comprend la logistique de
la main-d'œuvre, le matériel, les équipements, la machinerie, il faudrait
nécessairement faire des cohésions par rapport à ça. Si on améliore évidemment
la meilleure planification des travaux, on va être en mesure également de mieux
planifier les besoins de main-d'œuvre, de reconnaître leurs talents nécessaires
pour exécuter les...
Mme Laperrière (Lyne) : ...Bravo!
Puis pour ajouter dans les... dans les éléments pour attirer la main-d'oeuvre,
bien, c'est là qu'on va être capables de faire la meilleure promotion pour
attirer exactement ce dont on a besoin en fonction des grands projets
notamment. Puis à cet... à cet égard, la promotion de l'industrie de la
construction mérite qu'on s'y attarde, qu'il y ait une cohésion simultanée de
tous les acteurs concernés de l'industrie pour finalement rejoindre les gens
qu'on veut rejoindre, c'est-à-dire les personnes immigrantes, les personnes
issues des communautés autochtones ou des Premières Nations. Donc tous les
nouveaux publics cibles que l'industrie veut accueillir, bien, il faut être
capables de les rejoindre dans leur culture, dans leur langue également. Donc,
il ne faut pas l'oublier.
M. Blackburn (Karl) : Et
on sait que dans ces... dans ces groupes spécifiques de gens qui sont un peu
plus éloignés du marché du travail, bien, que si on arrivait avec... à mettre
en place les bonnes mesures, les bons programmes, les bons outils, bien, on va
augmenter le taux de participation de ces gens-là et ainsi probablement être
dans la tête de peloton des pays de l'OCDE, ce qui n'est pas le cas
actuellement. Alors, c'est pour ça que le secteur de la construction peut
générer des... de réelles opportunités pour le Québec, pour nos entreprises,
pour les travailleurs. Et la modernisation dans laquelle on se réunit
aujourd'hui, bien, ça vise à atteindre ces objectifs. Et je nous invite, moi, à
ne pas oser. Je vous invite, vous les législateurs, à ne pas avoir peur d'aller
au-delà, des fois, de ce que... qui peut être proposé. Pourquoi? Bien, parce
que le marché l'exige. La réalité, aujourd'hui, l'exige. Et le défi auquel nous
sommes confrontés exige qu'on prenne des fois des décisions qui peuvent
paraître, des fois, courageuses, mais qui m'apparaissent essentielles.
• (11 h 10) •
Mme Cadet : Merci.
Dernière question, ici, pour la suggestion que la rétroactivité en raison du
temps imparti. Donc, vous nous avez donc bien exposé votre position. Pour vous,
est-ce que c'est possible de mettre de l'avant la rétroactivité sans fonds?
M. Blackburn (Karl) : Non.
La Présidente (Mme D'Amours) : En
20 secondes.
M. Blackburn (Karl) : Bien,
en fait... Bien, le principe de rétroactivité, comme je l'ai mentionné, c'est
comme si c'était une nouvelle taxe sur la masse salariale. Et pour nous, ce
n'est pas possible d'aller de l'avant dans une modernisation avec un tel
principe, sachant pertinemment que les outils de négociation sont déjà sur la
table pour permettre d'avoir une certaine équité dans le pouvoir de
négociation, tant des travailleurs que des employeurs.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci
infiniment. Je cède maintenant la parole au député d'Hochelaga-Maisonneuve pour
3 min 28 s
M. Leduc : Merci, Mme la
Présidente. Bonjour à vous deux. D'abord, M. Blackburn...
M. Blackburn
(Karl) :
Bonjour.
M. Leduc : Est-ce que
c'est une épinglette de la Franco-Ontarie que je vois à votre boutonnière?
M. Blackburn (Karl) : Tout
à fait. Vous avez le sens de l'observation important. Je suis à Toronto ce
matin, M. le député, pour parler de francophonie économique...
M. Leduc : Très bien.
M. Blackburn (Karl) : ...dans
une province anglophone, et on va faire une allocution tout à l'heure devant
350 gens d'affaires francophones qui veulent faire de notre... de notre
unicité, c'est-à-dire de ce qui nous unit, notre langue, un vecteur de
croissance économique et de prospérité. Alors, c'est ce que je vais m'assurer
de partager comme information. Et je suis accompagné de notre ambassadrice de
la Francophonie économique du CPQ, Mme Danièle Henkel.
M. Leduc : Vous les
saluerez de notre part. On les aime beaucoup...
M. Blackburn (Karl) : Tout
à fait.
M. Leduc : ...les
Franco-Ontariens et Franco-Ontariennes. Sur la question de la mobilité, là,
vous avez peut-être entendu mon échange avec le groupe précédent, sinon je vous
le résume. Moi, je suis un peu surpris de l'approche de plusieurs groupes
patronaux et donc du vôtre aussi aujourd'hui, de venir nous demander, à nous
les législateurs, de venir modifier le contenu de conventions collectives.
D'habitude, au contraire, c'est l'inverse qu'on entend dans les différents
projets de loi, où est-ce qu'on se fait reprocher, les législateurs, de vouloir
trop modifier les normes du travail, le Code du travail? On nous dit :
Non, non, non. Laissez-nous négocier, laissez-nous négocier. C'est souvent la
posture même du ministre sur d'autres sujets : Laissez-les négocier,
laissez-les négocier. Mais là vous nous dites : Non, non, non. Ces
clauses-là que nous avons librement signées, réitérées d'une convention à
l'autre, qui ne sont pas d'ailleurs dans toutes les conventions, qui sont dans
certaines conventions, vous venez nous demander de les abolir. Vous venez
demander, même plus, de venir négocier à votre place. C'est particulier, non?
M. Blackburn (Karl) : Bien,
en fait, on doit négocier dans le cadre qui a été instauré il y a déjà
plusieurs années, dans un autre contexte, totalement différent de ce qu'il est
aujourd'hui. Nous, ce qu'on vous demande aujourd'hui, c'est d'enlever des
barrières, d'enlever des mécanismes qui vont freiner la croissance de
l'industrie de la construction et ainsi le développement de cette industrie
dans l'ensemble des régions du Québec. Si vous enlevez ce principe-là et que
vous permettez la libre circulation ou la mobilité telle qu'on la décrit dans
le projet de loi, je suis convaincu que l'ensemble de nos entreprises,
l'ensemble de nos travailleurs vont sortir gagnants. Et on doit vous demander
cela parce que c'est une loi qui nous empêche de le faire. Ce n'est pas trois
choses. Alors, on ne vous demande pas de négocier à notre place, mais on vous
demande de nous permettre de faire en sorte que cette mobilité soit exclue ou
cet empêchement de mobilité soit exclu par la suite pour permettre justement à
l'industrie de se doter des meilleures pratiques dignes du XXIᵉ siècle
dans lequel on se trouve actuellement.
M. Leduc : ...la loi,
elle dit qu'on peut négocier des clauses en mobilité. Elle ne vous impose pas
de le faire. C'est vous, après ça...
M. Blackburn (Karl) : Oui.
M. Leduc : ...qui, dans
une table de négo, dans un jeu de «give and take», comme on dit, vous acceptez
de faire ça. Parce moi, je m'en viens à me poser la question : Coudon, il
y a-tu d'autres affaires dans la convention collective qu'on pourrait retirer,
qui feraient votre affaire aussi, tu sais, qui tant qu'à être en train de
discuter, il y a-tu d'autres éléments comme ça qui pourraient faire votre
plaisir, là?
M. Blackburn (Karl) : Je
vois Lyne qui sourit et trépigne d'envie de vous répondre. Alors, Lyne.
Mme Laperrière (Lyne) : Oui,
effectivement. Pour corriger un peu les informations, quand...
Mme Laperrière (Lyne) : ...a
mis à votre connaissance, c'est qu'effectivement il y a des clauses prévues aux
conventions collectives en regard de la mobilité pour les occupations, parce
qu'elles n'ont pas été incluses dans le règlement sur la mobilité qui concerne
les métiers. D'ailleurs, c'est la même chose pour la définition de tâches des
occupations. Elle n'est pas incluse à la loi R-20, au niveau de l'annexe
A, donc ça a été un oubli. Ça fait que finalement ils l'ont mis dans les
conventions collectives, tout simplement, pour ne pas créer de vide. Mais ce
qu'on veut, en fait...
M. Leduc : ...
Mme Laperrière (Lyne) : Pardon?
M. Leduc : Ils l'ont mis avec
votre accord dans les conventions collectives.
Mme Lapointe (Linda) : Bien,
c'est les parties impliquées aux négos, là...
M. Leduc : Oui, c'est ça.
Mme Laperrière (Lyne) : ...on
se comprend, les associations patronales, syndicales. Mais je vous dirais que
ce qu'on veut retenir, c'est d'offrir une flexibilité de choix, le choix pour
les travailleurs de travailler dans des régions différentes, de ne pas être
restreints de travailler de façon unique en fonction de leur lieu de travail...
de leur lieu de domicile, pardon. Ils ne peuvent pas non plus aller travailler
dans les zones limitrophes, qui étaient peut-être à 20 kilomètres de leur
lieu de travail, exemple à Trois-Rivières ou en Mauricie...
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
Mme Laperrière (Lyne) : ...ce
qui leur empêche d'avoir des revenus. La même chose pour les entrepreneurs.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci,
Mme Laperrière.
Mme Laperrière (Lyne) : Ils
ne peuvent pas continuer de travailler ailleurs.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
C'est tout le temps que nous avions. Maintenant, je cède la parole au député de
Jean-Talon pour deux minutes, 38 secondes.
M. Paradis : Merci beaucoup,
Mme Laperrière et M. Blackburn pour votre mémoire et votre
témoignage. Alors, d'un côté, il y a ce désir de modernisation, d'amélioration
du secteur de la construction et, de l'autre, il y a aussi une telle chose que
la paix industrielle qui existe dans le secteur de la construction actuellement.
Et nous, comme parlementaires, notre devoir, c'est de faire la bonne chose.
Vous nous proposez le décloisonnement complet des métiers occupation pour tous
les salariés, la mobilité sans restriction dans tout le Québec, pas de limite
au pouvoir de gestion des employeurs, pas de rétroactivité salariale, pas
d'amende augmentée en cas d'infraction, plus d'investissements destinés aux
entreprises. Ma question est vraiment ouverte, parce que j'aimerais ça vous
entendre là-dessus. Alors, si on faisait tout ça dans le projet de loi, est-ce
que vous pourriez me décrire l'ambiance dans les chantiers de construction du
Québec au lendemain de l'adoption de la loi?
M. Blackburn (Karl) : Bien,
je vous retournerais peut-être la question, M. le député. Si on fait ça, est-ce
que vous êtes certain que ça va être la catastrophe dans l'industrie de la
construction et que le climat de travail va être tellement mauvais qu'on va
reculer comme société? Moi, je suis convaincu que non. Nous avons atteint cette
maturité qui est extrêmement importante au Québec. Et, lorsqu'on regarde le
défi devant lequel nous sommes confrontés, pensez-y, là, au dernier trimestre
de 2023, 175 000 postes étaient disponibles. Nos écoles, dans
certains cas, tombent en ruine. Nos hôpitaux ont besoin d'avoir des
investissements importants. L'industrie de la construction, compte tenu de la
conjoncture économique actuelle, hausse des taux d'intérêt, spirale
inflationniste sur les coûts d'approvisionnement, est à l'arrêt.
Alors, le choix que nous avons, le choix
que vous avez comme législateurs, c'est de dire : On ne prend pas de
décision parce qu'on pense que ça peut créer des problèmes ou de dire :
Faisons-nous confiance. Allons de l'avant avec une modernisation importante
parce que le marché du travail l'exige. Et dans 10 ans ou dans
15 ans, si la situation évolue ou change, on verra ce qu'on fera... ce
moment-là. Mais il est clair qu'il est impératif aujourd'hui de modifier cette
loi pour nous donner tous les outils nécessaires pour y arriver puis gagner,
tant pour les employeurs comme pour les travailleurs. Parce que la mobilité de
la main-d'œuvre, M. le député, n'oublions pas que ça permet à un travailleur
qui a des compétences extraordinaires de pouvoir les partager partout, là où il
veut, et monnayer cette compétence.
M. Paradis : Mais vous
pensez, M. Blackburn, que la proposition aussi tient compte de beaucoup de
considérations sur la sécurité des chantiers, sur la qualité de travaux, sur
l'intérêt des régions, sur la formation des travailleurs. Vous pensez que ça en
tient compte.
M. Blackburn (Karl) : Tout à
fait. Penser le contraire, ce serait nous inculquer de faux motifs. Et ce qu'on
vous propose, ce n'est pas par pur... pur... Ce n'est pas de la religion qu'on
est en train de prôner. C'est vraiment des démarches importantes qui ont été
menées avec l'ensemble des acteurs de la construction. Et nous, on pense que
nous sommes mûrs pour faire ces changements-là, qui sont importants et
nécessaires pour notre industrie. Lorsqu'on se compare aux autres, je suis en
Ontario ce matin, votre collègue l'a... l'a souligné, on le voit bien qu'il y a
une différence de productivité importante. Les propositions, qu'on pense, ne
viendront pas annuler la paix industrielle, mais elles vont surtout permettre à
notre industrie de pouvoir prospérer et grandir.
La Présidente (Mme D'Amours) : Mme Laperrière,
M. Blackburn, merci infiniment pour votre contribution à la commission.
J'ajourne... je suspends, pardon, les travaux quelques instants afin de recevoir
nos prochains invités.
(Suspension de la séance à 11 h 18)
(Reprise à 11 h 22)
La Présidente (Mme D'Amours) : Nous
reprenons nos travaux. Et je souhaite maintenant la bienvenue à l'Association
des employeurs en mécanique industrielle du Québec. Je vous rappelle que vous
disposez de 10 minutes pour nous donner votre exposé. Je vous demande de
vous présenter et de commencer votre exposé, s'il vous plaît.
M. Thibaudeau (Éric) : Mme la
Présidente, M. le ministre, Mme les députés, messieurs les députés, merci de
nous recevoir, merci de nous accorder votre précieux temps dans le cadre de
cette commission. Tout d'abord, j'aimerais vous présenter les gens qui
m'accompagnent, M. Sébastien Larivée, qui est le trésorier de notre association
et également président de Ganotec, un fier fleuron québécois qui appartient
maintenant à une multinationale américaine, Kiewit. Je suis également, à ma
gauche, accompagné de M. Daniel Sirois, président de Mécanique CNC, une autre
importante entreprise de construction en mécanique industrielle basée à
Boucherville, avec des activités un peu partout à travers le Québec, qui est
membre de notre association. Et je suis accompagné de M. Michel Fournier...
M. Thibaudeau (Éric) : ...qui
est directeur des relations de travail chez Kiewit et Ganotec, mais on l'a
forcé à venir avec nous parce qu'il a aussi un passé de président de la CSD
Construction pendant de nombreuses années. On pensait vous offrir l'opportunité
d'entendre quelqu'un qui a vu tous les côtés de la médaille, si jamais vous
avez des questions. Moi, Éric Thibaudeau, je suis avocat chez BCF, mais je suis
aussi le secrétaire corporatif de l'association et j'ai le bonheur de vous
entretenir aujourd'hui de la demande que nous présentons à cette commission et
au ministre.
L'AEMIQ, c'est quoi? Bien, c'est un
regroupement d'employeurs qui font de la mécanique industrielle. Je vois sur
vos visages confondus : mécanique industrielle, quid, qu'est-ce? Alors, de
la mécanique industrielle, si je lisais la définition dans le règlement, c'est
tout ce qui n'est pas de la mécanique de bâtiment. Je ne pense pas que ça vous
aide beaucoup, alors je vais vous le définir comme suit : de la mécanique
industrielle de production, de la machinerie de production, pensez à n'importe
quelle ligne de production, machinerie industrielle qui produit quelque chose.
Des exemples : les turbines dans les barrages d'Hydro-Québec produisent de
l'électricité. Pensez à... dans le secteur batterie que nous sommes en train de
développer avec fierté au Québec, bien, ce qu'il y a entre les quatre murs et
le plafond, là, la ligne de production, c'est de la machinerie de production.
Pensez à la transformation du minerai dans les usines qui accompagnent les
mines dans le Grand Nord du Québec, par exemple, c'est de la machinerie de
production. Donc, c'est un secteur, là... si on regarde les chiffres des
différents organismes gouvernementaux, CCQ, et tout, là, de 2020 à 2030, on
parle d'environ 55 milliards de dollars en travaux dans l'industriel, dans
le secteur industriel de la construction.
Le problème pour nous, pour notre
association est le suivant, c'est qu'au courant des années 2000, donc de 2000 à
2007, est survenue une succession de décisions rendues par le commissaire de
l'industrie de la construction... qui a changé de nom à de multiples reprises
depuis, mais un tribunal administratif spécialisé dans la loi R-20 et qui est
venu désassujettir de la loi R-20 les travaux de machinerie de production
sur... et je lance une opinion gentille que je pourrai expliquer en long, mais
sur des... de la terminologie de deux mots, essentiellement, qui ont été
interprétés et qui sont venus vider de son sens le règlement d'application de
la loi R-20, qui est le règlement pour les élus qui porte sur la machinerie de
production et la machinerie de bâtiment.
C'est donc... Vous êtes en train de
travailler depuis de nombreux mois, depuis de nombreuses semaines, depuis un
an, probablement, et plus, M. le ministre, sur un projet de loi que l'AEMIQ
endosse. Nous sommes d'accord avec les recommandations et les avancées de ce
projet de loi là sur à peu près tous les sujets. La problématique, pour nous,
c'est que, si ce merveilleux train part de la gare, nous, on va rester sur le
quai parce qu'on n'est pas assujettis à la loi. Notre association et nos
employeurs souhaitent bénéficier des avancées qui sont proposées dans le projet
de loi, et, pour ce faire, il doit y avoir une correction, un ajout
réglementaire pour faire en sorte que nos membres puissent exécuter ces
travaux-là sous l'égide de la loi R-20 à nouveau.
Pourquoi est-ce que l'AEMIQ est pour les
mesures mises de l'avant dans le p.l. 51? La polyvalence des métiers,
extrêmement important pour nous. Pourquoi? Pénurie de main-d'œuvre, et le
secteur industriel est un secteur dans lequel il est difficile... c'est
difficile, c'est un secteur qui n'est pas toujours facile à travailler. Ce
n'est pas des cloisons sèches dans une maison résidentielle. Donc, d'avoir de la
main-d'œuvre qui est en mesure d'exécuter plus de tâches, c'est important pour
nous, dans le respect, évidemment, des règles de santé et sécurité et de la
qualification requise. L'efficience et la productivité est important et aussi
l'accès à la main-d'œuvre, l'accès à une main-d'œuvre variée, plus de femmes,
plus de minorités visibles, plus de gens issus des communautés autochtones. Ça,
c'est quelque chose qui est important pour notre association.
Donc, on endosse le projet de loi, mais,
comme je vous l'ai présenté, Mme la Présidente, M. le ministre, sans votre
aide, on n'est pas assujettis à tous ces beaux projets là. Et ça fait surtout
quoi? ...bon, bien, vous, c'est bien, l'AEMIQ, mais encore? Bien, ça fait qu'on
a pour 30 à 50 milliards de projets industriels de machinerie de production,
prévus dans les 10, 15 prochaines années, qui ne seront pas assujettis à toutes
les belles avancées que vous êtes en train de mettre sur papier et faire des
avancées. Et je m'adresse vraiment à tous les partis politiques, aux
législateurs, quand je vous dis cela.
Notre solution est la suivante... Et je le
dis d'emblée, M. le ministre, je n'utiliserai pas le mot «réassujettissement»,
ça fait peur, ça fait peur à des gens, notamment les donneurs d'ouvrage, qui
pensent qu'on veut repartir de vieux débats qu'on a entendus dans les années
1990-2000. Nous, ce n'est pas ce qu'on souhaite. Ce qu'on souhaite, c'est de
rétablir...
M. Thibaudeau (Éric) : ...la
portée initiale