Institutions — 14 September 2015 (41st Legislature, 1st Session)
CI 2015-09-14
Quebec — Committees
En 2007, le Québec
avait été remué, comme vous le savez, par la commission Bouchard-Taylor et
ses travaux. J'étais dans la fonction
de première vice-présidente à l'époque, donc astreinte à la neutralité. J'ai
donc réfléchi sur ce que serait un
modèle québécois de la neutralité religieuse de l'État,
qui a donné lieu à un projet de loi, le projet
de loi n° 491,
que j'ai déposé le 12 avril 2014 à
titre
de député indépendant. J'avais alors
indiqué — et je
l'indique encore aujourd'hui — que l'enjeu de la laïcité, et de la
neutralité religieuse de l'État, et de la lutte à l'intégrisme étaient des
enjeux de société et non pas des
enjeux de parti. Alors, non seulement, évidemment, il fallait le définir,
définir la laïcité, la neutralité directement dans la charte québécoise
des droits, mais il fallait aussi documenter et encadrer les manifestations de
l'intégrisme, parce que ça existe.
Alors, M. le Président, comme je vous
ai dit aujourd'hui, mon premier message à mes anciens collègues parlementaires, c'est de vous dire : Si nous
voulons, au Québec, s'attaquer à cet enjeu, il faut d'abord bien le définir. De
quoi est-ce qu'on parle? Qu'est-ce qu'on
veut protéger? Qui est-ce qu'on veut protéger et contre quel type de menace?
réflexion pendant de nombreuses années, ma présence sur le terrain, ma
compréhension des communautés et de
ce qui se passe m'amènent à constater que l'intégrisme est une réalité qu'on ne
peut nier, c'est devenu une évidence, donc
il faut s'y attaquer. Vous, Mmes et MM. les députés, Mme la ministre, vos
adversaires ne sont pas autour de cette table. Ce ne sont pas les libéraux, ce ne sont pas les péquistes, ce ne
sont pas les caquistes, ce ne sont pas les solidaires. Vos adversaires sont les intégristes, parce que
les intégristes sont les adversaires de la démocratie, et votre rôle, c'est de
protéger la démocratie.
projet de loi n° 59 qui est devant nous, tout comme le projet de
loi n° 60 que nous avons déjà répudié, ne règle rien parce qu'il ne s'attaque pas au vrai
problème. Il faut admettre que l'islamisme radical est devenu un acteur, un
acteur du système international. Ce
qui se passe ailleurs nous rattrape ici. L'ailleurs est ici, j'ai déjà signé
des textes là-dessus. Je vous invite
donc — c'est ma
première proposition — à un exercice législatif de consensus. Je le répète, ce n'est pas
un enjeu de parti. Les leaders
parlementaires des différents partis politiques, les représentants de Québec
solidaire ou des députés
indépendants, s'il y en a, peuvent s'asseoir autour d'une même table et
s'entendre, un, sur une bonne définition de ce que c'est que la neutralité religieuse de l'État; deux, l'inscrire
dans la charte québécoise des droits et libertés. On n'a pas besoin d'une autre charte, elle est déjà là,
il faut la renforcer, ça, c'est extrêmement important, et il faut s'attaquer
à la lutte à l'intégrisme.
Parce
que nous sommes dans des enjeux
nouveaux, que les parlementaires, comme bien des décideurs dans la société québécoise, n'arrivent pas nécessairement à bien cerner ces phénomènes, j'avais
proposé, c'était une idée, elle
peut être améliorée, elle peut être modifiée...
j'avais proposé la création d'un centre de recherche-action de lutte contre
l'intégrisme qui se situerait au-delà de
toutes les interférences, au niveau du premier ministre, et qui pourrait faire
rapport de ce qu'il constate
réellement annuellement, et ce rapport pourrait être déposé à l'Assemblée
nationale. Mme la députée de Taillon
a reformulé cette proposition; des milieux académiques également s'est inspiré
de ça pour former un observatoire. C'est
très bien, mais les parlementaires, ce sont les décideurs en cette matière. Le
pouvoir législatif, ça existe, et il faut également l'assumer.
Compte
tenu que nous avons très peu de temps, et le président me signale que le temps
passe, je consacrerai mes commentaires
à la
partie I du projet de loi n° 59, sachant que le projet de
loi n° 491, M. le Président, que j'avais déposé à cette Assemblée le 12 avril 2014 à
titre de députée indépendante proposait déjà un ensemble de dispositions
claires interdisant un certain nombre de
pratiques, notamment les mariages forcés, parce que
ça existe, la polygamie, parce que
ça existe, l'excision, parce que
ça existe, la ségrégation sur une base sexuelle dans les institutions publiques, notamment les écoles,
ça existe, de même que le niqab, la burqa et le tchador sont interdits selon le
projet de loi n° 491, qui, comme vous le savez, est caduc, comme tous les autres projets de loi qui sont
terminés après le déclenchement des élections. Mais les bonnes idées ne
meurent jamais, elles peuvent être reprises; elles peuvent être
reformulées, elles peuvent être bonifiées, mais c'est à cet exercice-là
que je vous invite.
Comme
commentaire général, concernant cette deuxième
partie du projet de loi, sur laquelle je ne m'attarderai pas, je voudrais tout simplement
dire que cette partie...
Le Président (M.
Hardy) : En conclusion.
Houda-Pepin (Fatima) : ...elle
est très timide et minimaliste quant à sa portée et quasiment nulle quant
à ses effets réels. Ce n'est pas en renvoyant les mineurs devant les tribunaux
et en les embarquant dans des labyrinthes bureaucratiques
interminables qu'on va leur assurer la protection. Les avis du Directeur de
l'état civil dont on va proposer une modification du mode de
publication, ça ne fait rien à personne.
Merci, M. le
Président. Et c'est avec un immense plaisir que je suis prête à échanger avec
vous.
Le Président (M.
Hardy) : Merci. Nous allons maintenant débuter la période d'échange...
Oui, excusez.
Ouellette : Juste
avant qu'on débute, M. le Président, de consentement avec mes collègues, est-ce qu'on pourrait faire ce qu'on a
fait la semaine dernière avec le ministre des Affaires intergouvernementales pour la
période d'échange, là, de scinder notre bloc en deux parties égales?
Maltais :
Il n'y a pas de consentement.
Ouellette :
Il n'y a pas de consentement? Bon, bien...
Président (M. Hardy) :
Parfait. Alors, nous allons débuter la période d'échange. Mme la ministre, à vous la parole pour une
période de 25 minutes.
Mme Vallée :
Merci, M. le Président. Alors, Mme Houda-Pepin, merci de votre présentation.
Rebienvenue à l'Assemblée nationale, c'est un plaisir de vous retrouver. Évidemment,
je comprends que vous avez un grand intérêt pour toutes ces
questions-là, il n'y a personne ici qui contestera cet intérêt que vous
manifestez.
J'aimerais
qu'on puisse ensemble échanger surtout sur le projet de loi n° 59.
Pour ce qui est de 62, je comprends que nous aurons des consultations, et il nous fera plaisir de vous revoir, de vous
retrouver et d'échanger sur les aspects de 62 qui pourraient peut-être
faire l'objet de bonifications, mais, pour
ce qui est de 59, on a peu échangé
sur la première partie, sur la question du discours haineux et du
discours qui incite à la violence.
On aura un peu plus tard aujourd'hui certains groupes qui viendront nous expliquer que
cette partie-là du projet de
loi est quand même importante, bien que certaines personnes ne le comprennent
pas tout à fait correctement, si je pourrais
dire, puisqu'il y a peut-être eu une mauvaise compréhension par ma collègue de l'opposition, mais les dispositions
du projet de loi n° 59 visent à
s'attaquer à un problème réel. Et plusieurs groupes, les femmes notamment, font
l'objet de discours qui incitent à la violence ou qui sont carrément de
nature haineuse et... selon, évidemment, les prescriptions prévues à la Cour
suprême. J'aimerais vous entendre là-dessus, Mme Houda-Pepin, puisqu'on n'a pas
eu beaucoup l'opportunité d'échanger sur ces enjeux-là, vous et moi. Je sais
que vous avez une sensibilité à l'égard de ce type de discours là et j'aimerais
pouvoir vous entendre sur cette première
partie du projet de
loi n° 59.
Le Président (M. Hardy) : Mme
Houda-Pepin.
Houda-Pepin (Fatima) : Merci beaucoup, M. le Président. Merci
beaucoup, Mme la ministre, de me donner l'occasion de revenir sur ce point-là, qui est effectivement extrêmement
important, vous avez raison de le dire. Mais peut-être qu'on n'est pas assis du même côté de la clôture
pour mesurer l'importance de ce sujet. J'aimerais vous dire qu'est-ce
que ça signifie pour moi, ce qui est proposé dans ce projet de loi concernant
les discours haineux.
D'abord,
comme vous le savez, il donne suite à une proposition du président de la
Commission des droits de la personne,
M. Jacques Frémont, qui a proposé en 2014 l'ajout d'une disposition à la
charte qui interdirait les propos ou les
actes qui exposent des personnes à la haine pour un motif de discrimination
interdit. Je pense que M. Frémont ne sera pas déçu du projet de
loi, et vous allez l'entendre.
Le projet de
loi ne souffle mot sur la définition de «discours haineux». Et, comme vous le
savez, Mme la ministre, le
législateur ne parle pas pour ne rien dire. J'ai entendu un certain nombre
d'explications que vous avez données, qui sont pertinentes à certains
égards, mais, comme vous le savez, Mme la ministre, lorsqu'un projet de loi est
devant les tribunaux, ce ne sont pas les
paroles d'un ministre qui sont regardées, on regarde le texte de la loi et même
la virgule, à quelle place qu'elle
est située. Donc, ce projet de loi qui ne définit pas, donc, ce qu'est le
discours haineux, c'est également une
porte ouverte à toutes les dérives en matière de droits de la personne et de
démocratie. Si le projet de loi n° 59 venait à être adopté tel quel, tel que libellé, on
bâillonnerait la liberté d'expression, la liberté d'opinion, le droit à la
dissidence et à la critique, y compris le droit de critiquer les
religions, qui ne saurait être assimilé à un crime raciste.
Je dois vous
dire, M. le Président, que je suis une personne qui a un immense respect pour
les religions. Je suis très à l'aise
dans toutes les maisons de Dieu. Je n'ai pas de problème avec Dieu, j'ai juste
un problème avec ceux qui se prennent pour Dieu. Ça fait une différence.
Donc, ce
projet de loi qui va venir empêcher la liberté d'expression lorsqu'on critique
les religions, on sait ce que ça a
donné. Ça a donné Charlie Hebdo, par exemple. Ça peut donner... Ça a donné
Salman Rushdie. Ça, on a vécu ça. Moi, j'ai été impliquée dans ce
dossier également.
L'article 1
du projet de loi stipule, et je cite : «La présente loi a pour objet
d'établir des mesures de prévention et de lutte contre les discours
haineux et les discours incitant à la violence.
«Elle
s'applique aux discours haineux et aux discours incitant à la violence tenus ou
diffusés publiquement et qui visent
un groupe de personnes qui [représentent] une caractéristique commune
identifiée comme un motif de discrimination interdit à l'article 10 de
la Charte des droits et libertés...»
Permettez-moi
deux secondes, M. le Président. Qu'est-ce qu'on veut régler par ce problème-là?
Par exemple, les Hamza Chaoui de ce
monde, les Adil Charkaoui que vous allez entendre de ce monde, eux autres, on
va les protéger parce qu'ils
appartiennent à un groupe de personnes qui présentent une caractéristique
commune identifiée? Est-ce que c'est ça qu'on va protéger? J'aimerais
qu'on me l'explique.
Le Président (M. Hardy) : Mme la
ministre.
Mme Vallée :
M. le Président, alors, évidemment, ce qui protégé, c'est la protection des
groupes, des individus qui ont une
caractéristique commune prévue à l'article 10 de la charte contre des discours
qui sont haineux ou qui incitent à la violence, suivant les principes
définis par la Cour suprême.
Mme Houda-Pepin, M. le Président, a fait la même... a soulevé la
même préoccupation qui a été soulevée dans cette Chambre, dans cette
salle à quelques occasions depuis le début de nos consultations, les gens
craignent que le projet de loi porte atteinte à la liberté d'expression. Ce
n'est pas ce q