Agriculture, Fisheries, Energy and Natural Resources — 19 August 2015 (41st Legislature, 1st Session)
CAPERN 2015-08-19
Quebec — Committees
(Neuf heures trente minutes)
Président (M. Morin)
: Bonjour. Bon matin, tout le monde. Comme
je viens de constater le quorum, je déclare la séance de la Commission de l'agriculture, des pêcheries, de l'énergie
et des ressources naturelles ouverte. Et, comme à l'habitude, messieurs,
mesdames, assurez-vous que votre téléphone cellulaire est à un son qu'on
n'entend pas.
La commission
est réunie afin de poursuivre les consultations particulières et auditions
publiques sur le projet de loi n° 55,
Loi sur les mesures de
transparence dans les industries minière, pétrolière et gazière.
Mme la secrétaire, y a-t-il des remplacements?
Secrétaire : Oui, M. le Président. M. Hardy (Saint-François) est remplacé
par M. Boucher (Ungava); M. Leclair
(Beauharnois), par M. Drainville (Marie-Victorin); M. Schneeberger (Drummond—Bois-Francs), par Mme Roy (Arthabaska).
Président (M. Morin)
: Merci, chère madame. Ce matin, nous
entendons les représentants du Vérificateur général du Québec, du Grand Conseil des Cris (Eeyou Istchee) et de
l'Association de l'exploration minière du Québec.
Maintenant,
je demande à Mme Leclerc de nous présenter les personnes qui vous accompagnent,
et nous sommes tout ouïe à vous écouter pour votre présentation. Vous
avez 10 minutes.
Leclerc (Guylaine) : Merci.
M. le Président, M. le ministre délégué aux Mines, Mmes, MM. les membres
de la commission, je vous remercie de votre invitation
et je participe avec intérêt aux consultations concernant le projet de
loi n° 55.
Tout d'abord,
permettez-moi de vous présenter les personnes qui m'accompagnent : Jean
Cinq-Mars, Commissaire au
développement durable; Mme Marie-Claude Ouimet, directrice principale; M.
Pierre Morissette, conseiller juridique; et Mme Lucie Roy, directrice du
cabinet et des communications.
Comme vous le
savez, il n'est pas dans les fonctions habituelles du Vérificateur général de
commenter un projet de loi. Toutefois,
c'est avec grand plaisir que je collabore aux travaux de la commission, qui ont
pour but de mettre en place des
mesures de transparence dans les industries minière, pétrolière et gazière. Le
projet de loi a notamment pour but de
décourager et de détecter la corruption tout en favorisant l'acceptabilité
sociale des projets liés à l'exploration et à l'exploitation des
ressources naturelles. Il s'inscrit dans les efforts internationaux accomplis
en ce sens.
L'institution
que je représente et dont fait
partie la Direction du Commissaire au
développement durable appuie les
objectifs liés à la loi. D'ailleurs, cette dernière inclut certains principes
de la
Loi sur le développement durable. Soulignons que le Vérificateur général a publié deux rapports liés à l'industrie
extractive : le premier, en 2009, a traité des interventions gouvernementales dans le secteur minier; le deuxième,
en 2011, a porté sur la gestion gouvernementale de l'exploration et de l'exploitation des gaz de schiste. Bien que ces
rapports ne concernent pas précisément les éléments contenus dans le projet de loi, nous y avons
souligné l'importance de rendre l'information disponible et de favoriser la
participation des personnes intéressées.
commentaires qui suivent portent davantage sur des aspects techniques du projet
de loi et s'inscrivent dans une
démarche de bonification de celui-ci en matière de contrôle. Dans un premier
temps, j'aborde la question de la transparence
et de la reddition de comptes et, dans un deuxième temps, celle du contrôle
relatif à l'application de la loi et des dispositions pénales.
D'entrée de jeu, je tiens à mentionner que la
transparence et la reddition de comptes constituent des mesures préventives reconnues contre la fraude, la
collusion et la corruption dans les affaires publiques. De plus, elles
favorisent une meilleure connaissance
par les diverses parties prenantes des enjeux économiques et sociaux liés à
tout projet. Pour le principe de transparence, il m'apparaît utile de
faire les observations suivantes.
L'article 7
prévoit que le paiement fait à un employé d'un bénéficiaire ou d'un titulaire
d'une charge publique au sein de
celui-ci est réputé avoir été fait à ce bénéficiaire. Ce paiement doit donc
figurer dans la déclaration annuelle. Afin
de décourager et de détecter la corruption, je suggère d'appliquer cette
disposition à toute autre personne pouvant agir à
titre d'intermédiaire.
Quant à la liste qui définit la notion de paiement, elle est précise et
comprend toute autre catégorie de paiement
que le gouvernement détermine par règlement. À cet égard, je suis préoccupée
par la présentation d'une liste de
paiements non exhaustive. Par prudence, ne pourrait-on pas inclure une autre
catégorie, soit autre paiement? À défaut de quoi, des paiements qui ne sont pas
prévus par la loi ou le règlement risquent de ne pas être déclarés? D'autre
part, pourrait-on envisager d'attribuer un
pouvoir réglementaire au gouvernement, c'est-à-dire lui accorder la possibilité
de modifier la somme de 100 000 $ par bénéficiaire pour réagir à
toute situation imprévue?
Pour la reddition de comptes, considérée comme
un mécanisme de contrôle, voici mes remarques.
À l'article
6, le projet de loi mentionne que le gouvernement détermine par règlement la
forme de la déclaration annuelle exigée de l'industrie, y compris la
façon de présenter ou de ventiler les paiements, notamment par projet. Le gouvernement devra s'assurer d'obtenir
l'information pertinente et détaillée afin que les renseignements rendus
publics soient aisément compréhensibles
par tout citoyen. De même, la ventilation par projet est essentielle, et je
suggère que la divulgation soit faite
également par catégorie de paiement et par ordre de gouvernement. Le même
article du projet de loi prévoit que
la déclaration annuelle est accompagnée de l'attestation d'un dirigeant ou d'un
administrateur de l'assujetti ou d'un
vérificateur externe indépendant. À mon avis, il faudrait adopter ici le
principe de précaution. De fait, la déclaration annuelle d'une entité devrait obligatoirement être signée par un
comptable professionnel agréé étant donné que, dans la version actuelle du projet de loi, l'Autorité des marchés
financiers a seulement un pouvoir de vérification restreint.
L'article 8
mentionne que, dès qu'il transmet une déclaration, l'assujetti la rend
disponible au public de la façon que
le gouvernement détermine. La façon dont sera appliqué cet
article est
importante. À cet égard, il m'apparaît judicieux de recommander que l'information soit mise à la disposition du public sur
un site centralisé et que cette information soit compréhensible par les citoyens. Par ailleurs, dans un objectif
d'amélioration continue, il serait utile que le ministre prépare un
rapport de l'application de cette loi après cinq ans et le dépose à l'Assemblée
nationale.
Pour
terminer, voici mes commentaires sur deux chapitres du projet de loi, soit le
contrôle d'application et les dispositions pénales.
À mon avis,
le
chapitre du projet de loi ayant trait au contrôle mériterait d'être
renforcé. En effet, le projet de loi n'accorde
pas à l'AMF de pouvoir d'inspection, alors qu'elle en dispose pour
l'administration d'autres lois. Cela fait en sorte que l'autorité ne peut avoir accès à l'ensemble des livres d'une
société pour vérifier la conformité des pratiques de cette dernière et s'assurer de l'intégralité des
paiements déclarés, à moins qu'il n'existe des motifs raisonnables de croire
qu'une infraction à la loi a été commise.
Mes commentaires portant sur les dispositions pénales sont faits à la lumière
des constats formulés dans la vérification
intitulée Infractions aux lois comportant des dispositions pénales ,
rendue publique en 2013. Ce rapport
recensait un nombre élevé de lois pour lesquelles aucune ou très peu
d'infractions avaient été relevées. Les
déficiences observées résultaient souvent du fait que les mécanismes de
détection et de surveillance des infractions étaient défaillants. Afin d'éviter que le gouvernement adopte une loi qui
ne fait pas l'objet de contrôles, sa mise en application devra donner
lieu à une attention particulière au cours des prochaines années.
Mme la... M.
le Président, pardon, M. le ministre délégué aux Mines, Mmes, MM. les membres
de la commission, je vous remercie de l'opportunité qui m'a été offerte de
participer à la présente commission parlementaire. Merci de votre
écoute. Je suis maintenant à votre disposition pour répondre à vos questions.
Le Président (M. Morin)
Merci, Mme Leclerc. Maintenant, oui, M. le ministre.
M. Blanchette : Merci beaucoup. Et, en
tout cas, enchanté, parce qu'on ne s'était jamais croisés encore, et bienvenue à l'ensemble de l'équipe. Je vous
remercie pour la présentation de votre mémoire. Je pense que ça a le mérite de...
j'oserais dire, de préciser à plusieurs endroits les bonnes façons de faire ou
les bonnes pratiques en la matière, que j'oserais dire.
Quelques
éléments de questionnement, notamment en page 3, lorsqu'il faut que ça soit un
comptable professionnel agréé qui
statue, enfin, sur les travaux... c'est-à-dire, les compilations des données
faites et réalisées par les entreprises. J'aimerais ça vous entendre
là-dessus, dans le sens qu'il y a tout de même des moyens qu'on a donnés à
l'AMF, puis là-dessus, le pouvoir
d'inspection, le pouvoir d'enquête, je ne suis pas familier avec ça, mais
est-ce que c'est la même chose? Parce
qu'on a donné le pouvoir d'enquête à l'AMF, mais pas le pouvoir d'inspection.
J'aimerais ça aussi que vous puissiez distinguer les choses.
Je note
également en page 3, à l'article 6, là, à la fin de ce paragraphe-là : «...la
ventilation par projet est essentielle, et je suggère que la divulgation soit faite également par catégorie de
paiement et par ordre de gouvernement». On souligne et on est tout à fait conscients que c'est la
bonne façon de faire, parce que, si on a un montant global sans la nature de
ces paiements à contribution là, je pense qu'on n'avancera rien.
L'opposition
officielle, hier — et je
m'adresse au député de Victorin — souhaitait avoir des montants cumulés,
alors que, quand c'est ventilé, je pense
c'est la bonne façon aussi de traiter les choses. J'aimerais ça vous entendre
également là-dessus.
Leclerc (Guylaine) : D'accord. Alors, pour ce qui est d'un rapport
d'audit certifié, il est mentionné dans le projet «attestation d'un dirigeant ou d'un administrateur [...] ou d'un
vérificateur externe». Alors, on comprend que ce n'est vraiment pas vérifié. Et, tel que rédigé, ma compréhension est à
l'effet que l'AMF a des pouvoirs d'enquête, c'est-à-dire, si elles ont des soupçons ou des éléments qui lui
permettent de croire que ce qui leur a été présenté est fautif, alors, à ce
moment-là, ils ont des moyens d'enquête,
alors que l'inspection, c'est de dire : Bon, une société peut ne pas avoir
fait de divulgation, mais elle
s'interroge et souhaite d'aller voir au sein de l'organisation s'il y a
effectivement des paiements qui pourraient
être faits à un bénéficiaire, ou à un représentant du bénéficiaire, ou à un
intermédiaire du bénéficiaire, et, à ce moment-là, elle a tous les
pouvoirs d'inspection. Alors, c'est un peu comme pour le ministère du
Revenu : lorsque le ministère du Revenu
décide de faire une vérification, il n'y a pas nécessairement faute, mais ils
vont faire une vérification. Parallèlement, il y a l'enquête. Ça, c'est
dans les cas où on croit qu'il y a eu une faute.
Alors, pour nous, s'il n'y a pas ce
pouvoir-là auprès de l'AMF, il faudrait, à tout le moins, renforcir
l'obligation des organisations, parce
que juste d'avoir un rapport signé par un administrateur ou par un dirigeant, à
notre avis, ça rend le contrôle assez faible.
Blanchette : C'est bon. Merci beaucoup pour ces précisions, puis on va
en tenir compte en temps et lieu. Est-ce que
j'ai bien compris? Dans le texte...