CRC — 23 August 2016 (41st Legislature, 1st Session)
CRC 2016-08-23
Quebec — Committees
Le CMQ a étudié avec intérêt les documents pour
cette consultation sur le cahier intitulé La planification de l'immigration au Québec pour période 2017‑2019 , et nous vous remercions de l'opportunité qui nous est offerte de vous
communiquer nos commentaires.
Nos propos
s'inscrivent aujourd'hui dans une perspective dictée par notre mission. Pour
contrer la dénatalité et maintenir le poids du français, le CMQ a
toujours soutenu les politiques d'attraction d'immigrants dans la province, notamment dans la Capitale-Nationale, et ce, dans
le respect d'un certain équilibre entre les catégories humanitaire, familiale
et économique. C'est encore le cas
aujourd'hui et nous accueillons favorablement les orientations de la
planification de l'immigration. Nous
saluons donc tout particulièrement le fait que le gouvernement réaffirme l'engagement
humanitaire du Québec dans
l'orientation n° 9. En effet, Québec est la plus importante destination
des réfugiés pris en charge par l'État en
termes de nombre de personnes. Si, au cours des huit dernières années, le
Québec a vu diminuer le nombre d'arrivée de réfugiés pris en charge par l'État, il faut maintenant reconnaître et
saluer l'effort qui a été investi cette année par les gouvernements canadien et québécois pour accroître
le nombre de réfugiés et répondre ainsi aux besoins de plus en plus
pressants des personnes réfugiées. D'ailleurs, la région de Québec a su
s'organiser dès le départ et une mobilisation importante a vu le jour.
Nous pensons que cet enjeu de société doit être
présenté comme un axe de développement social et non pas seulement économique. Nous souhaitons continuer à
recevoir un nombre suffisant de RPCE et estimons qu'il est nécessaire que des cibles appropriées soient fixées
annuellement non seulement en réponse à une crise humanitaire, mais en tenant
compte des réalités régionales de la
province. Le maintien et la croissance de ce nombre soutiennent et renforcent
nos valeurs d'accueil. À cette fin,
il nous semble important que soit prise en compte l'expertise des organismes
d'accueil des réfugiés dans les
différentes régions dans l'élaboration future des plans d'accueil et
d'installation, notamment en ce qui concerne
les arrivées massives, et que soit mis en place un comité consultatif
provincial viable, une instance qui assurerait un leadership incluant des ressources communautaires et avec pour mandat
de déterminer les orientations relatives aux réfugiés pris en charge par l'État : les lieux de destination, les
niveaux d'immigration et la veille sur les programmes établis en
partenariat pour l'ensemble des régions de destination.
Un des grands
défis, à l'heure actuelle, est de convaincre la population du bien-fondé d'une
croissance de l'immigration. Il faut
sensibiliser davantage les milieux et en faire des communautés accueillantes,
pourquoi pas par le biais d'une campagne
nationale de sensibilisation et d'information positive portée par les instances
gouvernementales afin d'atténuer les
préjugés qui entretiennent des craintes au sein de la population? Le
gouvernement doit mettre en application des mesures visant à appuyer des
rapports harmonieux au sein de la société d'accueil en encourageant les
stratégies gagnantes qui ont déjà fait leurs preuves.
Concernant
l'accueil, l'installation et l'intégration des personnes immigrantes, nous
constatons que des éléments que nous avons déjà présentés lors de
précédentes consultations sont malheureusement toujours d'actualité, même si
des améliorations ont été apportées au fil
des années. Nous sommes convaincus que des immigrants, qu'ils soient réfugiés
ou travailleurs qualifiés, s'intégreront
plus facilement, plus rapidement et durablement dans la province et a fortiori
dans les régions s'ils sont bien accueillis et bien accompagnés dans leur
établissement. Cela passe par des mesures concernant le logement et les places en garderie notamment,
mais également en rendant la francisation accessible, fonctionnelle et
adaptée aux entreprises qui engagent. Enfin, pour les réfugiés, cela passe, à
notre avis, par l'élimination des charges financières comme la mesure de
remboursement des frais de transport du lieu de sélection vers le lieu de
destination.
Enfin, les personnes immigrantes veulent
contribuer à leur société d'accueil et veulent travailler rapidement. L'obtention d'un premier emploi s'avère un
parcours difficile, rempli de déceptions et d'obstacles, comme en font foi les
constats sur le terrain et les nombreuses
recherches sur le sujet. Pourquoi ne pas envisager le traitement et l'obtention
de l'évaluation comparative des
études effectuées hors Québec en même temps que le certificat de sélection pour
faciliter l'intégration professionnelle des immigrants? La
reconnaissance des acquis et des compétences n'est pas toujours au rendez-vous
et nous sommes impatients de connaître les résultats du comité interministériel
à ce sujet. Merci.
Président (M. Picard) : Merci. Je cède maintenant la parole à
Mme la ministre pour une période de 16 minutes.
Mme Weil :
Merci, M. le Président. Alors, bienvenue, Mmes Béguerie et Lachance. Merci
d'être présentes ici, avec nous,
aujourd'hui. Vous avez une expérience extraordinaire, et vous travaillez dans
un milieu vraiment de plein emploi, et je pense qu'on peut beaucoup
apprendre de vos commentaires, votre expérience.
Et je vais
peut-être commencer par le dossier des réfugiés parce que vous avez été très
impliquées. Moi, j'ai fait une visite chez vous dans la foulée de ce
magnifique... cet effort collectif de solidarité,
qui va, comme vous le voyez, qui va se maintenir. Alors, quant à la dernière
orientation que nous avons mise de l'avant, ou une des orientations que nous
avons mises de l'avant, de maintenir notre
engagement envers l'immigration humanitaire... Parce que vous voyez que les volumes ont augmenté de façon importante en
2015. Ça se maintient en 2016 et 2017, 2018, 2019. Vous le voyez à
l'échelle du Canada aussi. C'est des nombres qu'on n'a pas vus depuis
longtemps.
Est-ce qu'on
pourrait vous entendre sur cet enjeu, comment vous le voyez? La contribution?
Vous avez mentionné qu'on doit y voir
aussi une contribution sociale, économique. Ces personnes sont aptes, certaines
d'entre elles, à travailler. Mais
j'aimerais vous entendre sur votre expérience par rapport aux réfugiés que vous
accueillez et que vous avez aidés à s'installer.
À quel moment vous les trouvez prêts à peut-être embarquer dans une formation
après la francisation ou le travail? Parce que je sais que vous avez une
expérience dans ce domaine.
Lachance (Dominique) :
Merci, Mme la ministre, de nous donner cette opportunité-là. Je joins mes mots
à ceux de ma collègue pour saluer
l'effort qui a été fait, du Canada et du Québec, pour l'augmentation des
cibles. On était, disons, en période
creuse depuis les dernières années. On est heureux de voir qu'il y a une
augmentation qui se fait parce qu'effectivement les réfugiés sont
toujours aux portes des pays plus nantis, ont toujours des besoins à
l'international.
Cela dit, si
on parle d'augmentation du nombre, l'effort, pendant les prochaines années, est
là, mais on pense qu'il devrait... l'effort devrait être encore plus
grand, étant donné que le Québec, d'après l'accord Canada-Québec, devrait supporter son engagement à 23 %.
C'est-à-dire, sur 50 000, ça fait à peu près 11 500 réfugiés qu'on
devrait accueillir. Alors là, on
parle de 7 000, donc, selon nous, il y a encore un manque à gagner qui
devrait se faire pour qu'on rétablisse l'équilibre au sein du Canada.
Cela dit, les
réfugiés... effectivement, vous l'avez bien nommé. La région de Québec, je
pense, l'a montré, comme beaucoup de
régions d'ailleurs, a montré, a démontré qu'on est prêts à accueillir ces
gens-là, à les aider, à les supporter dans
l'intégration. Ça prend aussi les ressources qui vont avec. Il y a eu une belle
mobilisation au niveau de la région de Québec.
La ville de Québec a su assez rapidement convoquer tous les partenaires du
milieu, de toutes instances, en fait, communautaires, institutionnelles, pour que
s'organise l'accueil de ces réfugiés syriens là. On a été peut-être un petit
peu trop rapides. Il a fallu qu'on
mobilise les troupes pour les garder jusqu'au moment où ces gens-là sont
arrivés. Cependant, l'organisation
était là, et elle est toujours là, et on tend à la maintenir avec les nouvelles
données, les plans d'action, etc., ce qui s'en vient dans le futur.
Donc, ça, on est très heureux de ça.
Cependant,
ce qui nous inquiète, c'est qu'à travers l'accueil des réfugiés syriens
certaines ressources ont été mises sur
le plancher pour qu'on puisse favoriser l'installation et l'intégration de ces
gens-là. On parle de sommes en interprétariat, le logement, on parle aussi du jumelage interculturel, qui sont, à notre
avis, des clés d'accès à l'intégration. Ça semble banal. Par le passé, on a eu effectivement... le
jumelage interculturel a fait ses preuves. Malheureusement, pour des raisons
probablement financières, ce volet-là, ce
service-là a été écarté, et nous souhaitons ardemment qu'il soit non pas
maintenu jusqu'en décembre, mais
qu'il soit consolidé dans les programmes, parce que c'est une porte d'accès à
la société québécoise.
Et, même si les
organisations qui sont les plus sensibilisées à l'accueil et l'intégration...
parce qu'on travaille là-dedans... même si
nous travaillons de tout coeur, si la population, elle, n'embarque pas dans le
même mouvement, c'est voué à un échec.
Alors, les programmes comme le jumelage interculturel, c'est vraiment une clé
pour favoriser l'accès de ces
gens-là, des nouveaux arrivants, des réfugiés à l'intérieur de la société
québécoise, puis c'est ces gens-là qui vont prendre le relais par la suite.
Donc, au niveau de
l'accueil des réfugiés syriens, nous avons accueilli 251 personnes. C'est
au-dessus d'une quarantaine de familles.
Dans l'ensemble, ça se passe bien. Je
vous dirais que, comme dans n'importe
quelle population qu'on accueille, il y a
des difficultés, mais il
y a aussi des situations
qui font en sorte qu'on est gagnants,
notamment par la mobilisation des
gens. Ce que je vous dirais actuellement, c'est la francisation... et, on l'a
nommé, il faut aussi l'accès en
emploi, parce que ces gens-là, comme beaucoup, doivent avoir un accès rapide,
il faut que la francisation soit amalgamée à l'emploi pour que les gens donnent un sens à cette francisation-là et
voient qu'au bout du chemin il y a un accès à l'emploi qui va être
facilitant pour eux du fait qu'ils apprennent le français.
Weil : Est-ce que vous, vous jouez un rôle? Est-ce que vous
avez pu, par un financement, je ne sais pas, du ministère de l'Emploi ou... jouer un rôle d'accompagnement à l'emploi
ou est-ce que vous avez une expérience à cet égard pour les réfugiés syriens ou d'autres réfugiés? Parce que, là, je
pense que le consensus qui émane de ces quelques jours, bien, un été de consultations, que la prochaine étape après la
francisation, l'installation... comme vous dites, l'installation en logement, notamment, bon, les
soins médicaux spécialisés pour certains... que la prochaine étape, c'est
vraiment l'intégration en emploi. Est-ce que
vous avez une expérience ou des recommandations à cet égard pour cette
population en particulier?
Mme Lachance (Dominique) : Bien, écoutez, nous ne travaillons pas en
employabilité. Il y a des organismes qui
le font et le font très bien, à Québec comme dans les autres régions.
Cependant, ce qu'on a noté, avec l'expérience, je vous dirais, c'est que très peu de profils professionnels des
réfugiés... ce n'est pas documenté, en fait. Les gens arrivent, on pose des questions quand on les intègre à
l'aide sociale, mais ça s'arrête là. Alors, on a déposé un projet qui a été
supporté par le Secrétariat à la
Capitale-Nationale et qu'on voudrait bonifier — parce que c'est quand même minime, là — pour documenter dès l'arrivée le profil de ces gens-là, parce que, oui, il y
a des gens qui sont analphabètes ou peu scolarisés dans les réfugiés, mais il y a aussi des gens qui
sont très scolarisés, donc documenter l'ensemble de ces profils-là, le rendre
accessible, par la suite, aux gens, comme
Emploi-Québec ou d'autres organisations, qui vont avoir à créer des programmes
pour faciliter l'insertion en emploi.
Donc, on est en train de le travailler. Je pense
aussi que mes collègues de la TCRI ont une étude dans ce sens-là. Donc, c'est de supporter... Nous, on pense que le
b.a.-ba, c'est de documenter qui sont ces réfugiés-là, qu'est-ce qu'on
peut leur offrir et quels sont les programmes qu'ils auraient besoin pour se
rendre plus rapidement en emploi. Voilà.
Weil : Excellent. Merci. Vous recommandez aussi une campagne de
sensibilisation. J'aimerais vous amener sur cette question-là. C'est aussi dans notre politique des stratégies
d'action, une campagne sociétale pour contrer, bon, les préjugés, la
discrimination, etc. J'aimerais vous entendre sur cette question, vos
observations, les constats que vous faites
par rapport aux attitudes. Voyez-vous... Êtes-vous... Comment dire... Dans
votre région, évidemment, là, la région de la Capitale-Nationale, qu'est-ce que vous voyez puis est-ce que c'est
dans toutes les tranches de la société? Est-ce que c'est les
entreprises? Est-ce que c'est les gens en général? Je vous invite à vous
prononcer là-dessus.
Mme Lachance (Dominique) : Bien, écoutez, moi, je pense que c'est
nécessaire. On a vécu ici, à Québec, certaines situations, notamment reliées à la venue des réfugiés syriens, qui a été
très, très, très médiatisée. Dans l'ensemble, ça a été quand même positif, je pense qu'au bout du compte
on en ressort avec une attitude favorisante pour l'accueil des réfugiés.
Mais on ne peut pas non plus occulter le
fait qu'il y a des gens qui se positionnent comme étant contre pour toutes
sortes de raisons, notamment la
méconnaissance et l'inquiétude qui est générée par cette méconnaissance-là.
Donc, on pense qu'il doit y avoir une
volonté gouvernementale. On fait venir les gens, on doit favoriser une
meilleure connaissance au sein de la
population pour expliquer qui sont ces gens-là et expliquer l'apport que ces
gens-là vont apporter à la société québécoise.
Et, à l'heure actuelle, les organisations se battent un peu à travers les
médias, on l'a vu dans la crise syrienne, pour essayer d'expliquer ça,
mais il devrait y avoir un support plus national pour valoriser cet accueil-là,
sinon on travaille un peu dans le vide, et
c'est avec la population... Il faut semer des graines dans la population. Il
faut convaincre les gens que c'est
positif et nécessaire pour notre société. Alors, on pense que ça prend du
leadership là-dedans, sinon on n'y arrivera pas. Voilà.
Mme Béguerie (Corinne) :
Il y a des choses qui ont été faites
avec l'arrivée des réfugiés syriens. C'est sûr que nous, on a eu la possibilité de nous exprimer dans
les médias, notamment, donc on a pu expliquer d'où venaient les
réfugiés syriens, qui ils étaient, qu'est-ce qu'ils avaient vécu, comment ils étaient accueillis ici, comment ça se passe.
Puis c'est ça aussi qui a déclenché
cette vague de personnes qui sont venues au centre multiethnique pour faire du
bénévolat pour aider ces personnes-là.
Donc,
on se dit : S'il y a une campagne qui peut démystifier l'immigrant ou
le réfugié, plus précisément, bien, ça
donne une bonne idée aussi de qui sont ces personnes-là. Il y a
des choses qui sont faites évidemment par la Capitale-Nationale,
parce que c'est ici qu'on est, mais il y a
eu une campagne de sensibilisation, depuis deux, trois ans, qui s'appelle
Du monde à connaître , qui a été menée notamment par les organismes
qui étaient autour de la table de concertation en immigration de la Capitale-Nationale, et ça a
touché les écoles, les entreprises, M. et Mme Tout-le-monde, mais, encore
là, c'est porté par la région, c'est
porté par les organismes, c'est porté par certaines entreprises, mais ça
nécessiterait d'être plus largement
diffusé, parce que ça a donné des bons résultats finalement.
Les gens expliquent qui ils sont, des entreprises disent qu'elles sont ouvertes à la diversité, ça
donne des exemples positifs aussi de l'intégration des immigrants dans la
société québécoise.
Weil : Bien, je vous
remercie pour ces commentaires, ça vient nous rejoindre absolument,
ce que vous dites, d'ailleurs, que, oui, on a tous partagé ce constat, cet
émerveillement face à l'attitude des Québécois en général. Je pense qu'on se démarque,
comme société, par
rapport à l'accueil des réfugiés
syriens. Mais, comme vous dites, que ce soient des réfugiés ou d'autres immigrants, des gens qui viennent d'ailleurs,
j'aime bien votre mot «méconnaissance», hein, on peut partir de là, tout
simplement «méconnaissance». Tellement
d'études le confirment que, quand les gens se connaissent et ont l'occasion de dialoguer, finalement,
tout le mystère, les différences s'évaporent, et les relations généralement vont bien, mais il faut le travailler. Alors, oui, on prépare
une campagne sociétale à cet égard.
Vous évoquez, dans
votre mémoire, à la page 11, que parfois les personnes réfugiées ont des
difficultés à se prévaloir de l'allocation
pour frais de garde. Est-ce qu'il y a des choses qu'on pourrait faire, peut-être
expliquer la complexité ou la difficulté à cet égard?
Mme Lachance (Dominique) : C'est-à-dire que l'allocation n'est pas ajustée
au... n'a pas été indexée, je dirais, par
rapport aux frais de garde qui
augmentent, qui augmentent, qui augmentent. La difficulté qu'on vit actuellement au niveau des
organisations comme la nôtre, qui avons le mandat d'inscrire
les enfants en service de garde, c'est que, d'une part, on n'a pas beaucoup d'information... on n'a pas l'information rapide sur les besoins de la clientèle en termes de début de cours de
francisation, parce que nous inscrivons les enfants des parents qui
commencent la francisation. On a des délais très, très courts, ce qui fait
qu'on est assez limités dans notre recherche, d'une part, puis vous connaissez,
comme moi, la situation
des services de garde, il y a des listes d'attente, je ne ferai pas ici
l'exposé sur la situation des services de garde, d'autres le feront mieux que moi, mais il reste
qu'on a des délais entre 24 et 48 heures pour inscrire des gens en service de garde, ce qui fait que c'est
très court si on veut que les gens aient accès à la francisation.
Tout
ça pour dire que ça amène souvent les gens à être obligés d'aller dans des
garderies privées, je n'ai rien contre la
situation des garderies privées, mais à des coûts qui sont
assez importants. Des coûts importants, on parle maintenant... il y a
20 ans, il y a 10 ans, même, c'était quoi, c'était
15 $, 20 $, 25 $ par jour pour les familles, pour un enfant en
garderie. Maintenant, c'est rendu 30 $, 35 $, voire
40 $. Alors, on aimerait que les allocations soient ajustées en fonction de ces besoins-là pour qu'on puisse s'assurer que les gens sont quand
même capables de payer les garderies. Voilà.
Le Président (M.
Picard) : Il vous reste une minute, Mme la ministre.
Weil : Oui. J'allais
vous dire, sur la question de délivrance en simultané de l'évaluation
comparative des études effectuées
hors du Québec en même
temps que le certificat de sélection
du Québec, c'est prévu dans notre stratégie, c'est dans notre feuille de route, si vous voulez,
donc on est tout à fait d'accord avec vous, ce serait très, très utile pour
accompagner toutes les autres mesures de reconnaissance des acquis, des
compétences et tout.
Je note que vous êtes
d'accord avec une orientation importante, c'est l'orientation quatre, de fixer
à 85 % la proportion des adultes, des travailleurs qualifiés qui déclarent
connaître le français. Donc, vous voyez ça comme un avantage, les gens qui ont
déjà cette compétence pour pouvoir intégrer le marché du travail.
Et j'apprécie aussi
votre... Je comprends cet enjeu pour ce qui est du pourcentage du nombre brut
de réfugiés, je comprends ce que vous dites.
La TCRI est venue dire la même chose, qu'on puisse respecter notre poids
relatif en vertu de l'entente
Canada-Québec. Mais en même temps vous avez noté des défis, alors on veut juste
bien s'assurer de relever ces défis avant d'aller trop loin. Merci.
Président (M. Picard) : Merci, Mme la ministre. Je cède la
parole à M. le député de Bourget pour une période de
9 min 30 s.
M. Kotto :
Merci, M. le Président. Mme Béguerie, Mme Lachance, soyez les bienvenues. Merci
pour votre contribution à ces travaux. Je
voudrais avoir votre son de cloche relativement à la connaissance du français.
Doit-on se satisfaire du fait que les
gens déclarent connaître le français ou faut-il aller plus loin, c'est-à-dire
vérifier ces déclarations de façon pratique?
Mme Béguerie (Corinne) : Nous, on
pense que la francisation est très importante. C'est en français qu'on s'intègre au Québec, c'est en français qu'on vit
au Québec. Et, moi, pour avoir étudié plusieurs langues étrangères, je peux
vous dire que le sentiment de connaître une langue, et de
maîtriser une langue, et de la maîtriser effectivement sont deux choses totalement différentes. Fait que
d'apprendre une langue étrangère à l'école, en francisation, c'est une chose;
pouvoir l'utiliser et être fonctionnel dans cette langue-là, c'en est une
autre. C'est pour ça que, quand on parle d'une francisation fonctionnelle et qui soit adaptée aux besoins des entreprises,
on pense que la francisation ne doit pas se faire seulement en vase clos à l'école : c'est très
long, ça fait que ça éloigne les personnes du marché du travail et en même
temps ce n'est pas très pratico-pratique,
vous m'excuserez l'expression, et ça ne répond pas forcément aux besoins de la
personne pour intégrer un travail.
Donc,
peut-être envisager une francisation mixte, à l'école et en entreprise en même
temps, pour leur permettre de commencer
à travailler, de ne pas perdre leurs compétences, de ne pas perdre leur envie
de s'intégrer, de ne pas perdre du
temps pour aller sur le marché du travail, mais d'avoir des bases solides en
français, parce que je ne suis pas sûre que d'apprendre le français juste dans l'entreprise, ce soit suffisant. Oui,
une langue, ça s'apprend, on l'a entendu la semaine dernière, mais en même temps on a besoin d'avoir
des bases solides — conjugaison,
grammaire, etc. — pour
pouvoir parler un français correct.
Parce que le français, c'est très important, mais il faut quand même qu'on
continue à avoir un français qui ait de l'allure.
M. Kotto :
O.K. Oui, pardon.
Mme Lachance (Dominique) : Si je me permets d'ajouter un peu par rapport à
l'autre question, c'est que... Je suis
tout à fait d'accord avec ce que Corinne dit, puis en même temps j'ajouterais
que l'important n'est pas tant de vérifier est-ce que oui ou non la personne a déclaré avoir un français parfait
versus... Non, c'est de voir, de vérifier plutôt l'intérêt de la personne à s'intégrer en français, et de là
fournir les mesures qui sont nécessaires. Il y a des gens qui sont allophones,
qui apprennent la langue, et de façon très
efficace parce qu'ils ont une volonté de le faire, et il y a des personnes qui
ont une base en français et qui stagnent parce que l'intérêt n'est pas
là, entre autres.
Donc,
moi, j'irais davantage vérifier est-ce que oui ou non on veut vivre en
français que de vérifier si j'ai déclaré avoir un français suffisant ou non, parce qu'effectivement, des fois, on
a l'impression de posséder une langue, et on arrive dans le milieu, et
on est loin de la coupe aux lèvres. Voilà.
Kotto : O.K. Moi, j'évoquais la question parce que certains
candidats à l'emploi se sont vus, disons, refoulés quelque temps après parce que, contrairement à leurs
déclarations sur papier, ce n'était pas totalement le cas. Parlant de la
maîtrise du français, quel intérêt
peut-on... Autre question : De la perspective de ces personnes, de ces
nouvelles personnes, quel intérêt
peut-on attacher à l'apprentissage du français, à la maîtrise du français quand
de plus en plus on exige d'eux de maîtriser l'anglais pour le travail?
Mme Lachance (Dominique) : À Québec,
évidemment, je
pense que la problématique, elle est moins présente parce que tout se passe en français. Moi, je pense qu'un n'empêche pas l'autre, c'est-à-dire qu'on
est dans une société francophone,
mais en même temps il ne faut pas non plus vivre en vase clos, on est aussi en
transaction avec l'ensemble du Canada. Voilà.
M. Kotto :
C'est ce pourquoi je posais la question de la perspective de ces personnes.
Mme Lachance
(Dominique) : Exactement.
Kotto : Parce que, voyez-vous, il est beaucoup plus facile pour
eux de venir et d'apprendre une langue. Ça devient plus compliqué quand on leur demande d'apprendre deux langues.
Quand ils vont en Ontario, on leur demande d'apprendre une langue, et c'est beaucoup plus facile. C'est peut-être
probablement l'une des raisons qui expliquent le sentiment, disons, d'acceptation beaucoup facilement là-bas, ils sont
moins découragés. Deux langues, c'est un exercice difficile pour quelqu'un qui est un adulte parce
que c'est au plus bas âge que l'apprentissage des langues se fait le plus
facilement. C'est de leur perspective des
choses que je posais la question. Comment prennent-ils le fait qu'on leur
impose, en quelque sorte... pour
l'anglais, c'est beaucoup plus subtil, mais, qu'on leur impose l'apprentissage
de deux langues pour l'emploi? Vous
dites : À Québec, certes, mais on réfléchit pour l'ensemble du Québec pour
l'avenir du français et du tissu culturel français en tant que tel.
Mme Lachance (Dominique) : Mais, vous savez, c'est le travail, c'est
l'emploi. Qu'est-ce qui va faire en sorte qu'on a un intérêt? Oui, il y a une question peut-être de connaissance,
à l'étranger, on avait déjà appris l'anglais. Mais, au bout du compte, ultimement, les gens viennent
ici pour continuer leurs vies, je ne dis pas recommencer, continuer leurs
vies, améliorer leur qualité de vie,
s'installer, la quiétude pour les enfants, surtout quand on parle des réfugiés,
le travail évidemment. Le travail pour les travailleurs qualifiés, c'est
ça aussi. Donc, si on associe l'apprentissage de la langue française avec un gain pour l'emploi, moi, je ne
pense pas que les gens soient rebutés à l'idée d'apprendre le français. Il
est vrai que le français est difficile, il
ne faut pas se le cacher, on entend ça tous les jours, surtout pour les gens
dont la culture n'est pas d'origine
latine, c'est plus difficile, mais ça se fait et ça se fait très bien, surtout
quand il y a l'intérêt de pouvoir
avoir un accès à l'emploi, et, au Québec, si on peut travailler en français,
bien, les gens vont l'apprendre. Il faut le valoriser, il faut le mettre
en forme, et surtout il faut attacher, je le dis encore, la francisation avec
l'accès à l'emploi.
M. Kotto : O.K. Dans votre
mémoire, recommandation 5, vous proposez «qu'une campagne nationale de sensibilisation et d'information positives soit
portée par les instances gouvernementales afin d'atténuer les préjugés qui
entretiennent des craintes au sein de la population. Le
gouvernement doit mettre en application des mesures visant à appuyer des rapports harmonieux au sein de la
société d'accueil en encourageant les stratégies gagnantes qui ont déjà fait
leurs preuves.» Est-ce que c'est une bonne
idée? C'est une bonne idée? Ça procède des mêmes paradigmes que la publicité
à la télévision ou dans les magazines. Mais
est-ce que vous pensez que c'est suffisant? Est-ce que changer le regard
collectif d'une société d'accueil ou
même des nouveaux arrivants relativement à cette société d'accueil, ça peut,
disons... cette approche peut y avoir un impact comme vous l'envisagez?
Ne devons-nous pas, en tant que société, depuis l'école primaire jusqu'à l'université, à travers le paysage
audiovisuel, nous inscrire avec davantage la volonté de construire une mémoire
commune? Je pense que... enfin, quand je
parle de mémoire commune, ce n'est pas pour effacer ou diminuer l'identité de
la société d'accueil, l'identité de la majorité francophone...
Le Président (M. Picard) : Il
vous reste une minute, M. le député.
M. Kotto : ...d'accueil.
Est-ce qu'au-delà de la publicité on ne devrait pas envisager d'autres
approches pour atteindre cet objectif du vivre-ensemble?
Béguerie (Corinne) : C'est
sûr que la sensibilisation... et puis pour reprendre les mots qu'on a utilisés
tout à l'heure, démystifier, expliquer qui sont les immigrants, ça commence à
l'école. À l'école, dans la vie de tous les jours, c'est une sensibilisation
qu'on fait dans toutes les sphères de la société ou qui devrait se faire dans
toutes les sphères de la société. On
va faire de la sensibilisation en entreprise, on fait des activités à l'école, dans les camps de vacances. Il y a beaucoup d'organismes qui font des activités
comme ça pour démystifier l'immigration. Puis, quand on dit «démystifier», ce n'est pas de tomber dans du folklore, sans
vouloir être péjoratif, mais c'est vraiment d'expliquer : Bien, au Québec,
on a des politiques d'immigration,
c'est un choix de société. On fait venir des personnes du monde entier,
puis les personnes immigrantes qui viennent viennent de bassins diversifiés.
Puis, nous, au Centre multiethnique, on est très attachés à cette diversification des bassins. Ça fait
en sorte qu'on devient une société riche de cette diversité-là. Mais il ne faut pas
avoir peur de l'autre. Donc,
expliquer les différences, expliquer l'autre, de travailler sur ses propres,
aussi, perceptions, c'est tout un travail qu'on doit faire auprès de la société.
Alors, oui, ça peut passer par une campagne qui est...
Le Président (M. Picard) : En
terminant, s'il vous plaît.
Béguerie (Corinne) :
...soutenue par le gouvernement, mais c'est aussi le travail des organismes sur
le terrain.
Président (M. Picard) :
Merci. Mme la députée de Montarville, pour une période de 6 min 30 s,
maximum.
Mme Roy : Merci
beaucoup. Merci, M. le Président. D'abord, permettez-moi de m'excuser auprès des membres
de la commission et de nos invités pour mes
quelques minutes de retard, je suis prise à faire d'autres tâches en même temps. Alors, je suis navrée pour le délai, mon retard.
Ceci dit, j'ai lu votre mémoire.
Vous
m'entendez mal, hein? C'est la construction. On s'excuse pour la construction,
on doit vivre avec ça. Alors, je m'excusais pour mon délai et pour mon
retard. Je m'en excuse.
Merci d'être
là, merci pour le mémoire. Je vous amène tout de suite à la page 5 de
votre mémoire. Pour le bénéfice des gens qui nous écoutent, vous parlez
des seuils d'immigration — puisqu'on
discute, ici, entre autres, des seuils d'immigration — vous
nous dites que vous êtes en faveur des seuils qui sont proposés par la
partie gouvernementale, mais vous dites : «Cependant,
cette augmentation doit être accompagnée de mesures et de ressources
financières adaptées. Dans cette
perspective, la situation vécue par les organismes comme le nôtre, ainsi
que leur perception des difficultés rencontrées par les immigrants et de la
qualité des services qui leur sont donnés doivent être prises en compte, de
même que le sous-financement inquiétant de
ces organismes.» Alors, vous mettez un petit bémol ici, là, vous dites :
Attention, là, si on veut réussir l'intégration, il y a des conditions.
Alors,
avez-vous été témoins de lacunes à l'intégration réussie, de lacunes qui
auraient été causées justement par ce sous-financement dont vous parlez?
Lachance (Dominique) :
Écoutez, c'est sûr qu'actuellement, ce qu'on a vécu depuis un an avec l'accueil des
réfugiés syriens, je dirais qu'on a... Il ne faut pas niveler par le bas, mais,
au contraire, il faut bonifier l'accueil, l'installation. Les organismes actuellement font des miracles avec le financement qu'ils ont
pour s'assurer d'une meilleure intégration
possible et de passer le relais aux autres organisations dans la société,
puisque ce n'est pas le propre uniquement
des organisations d'accueil, d'installation que de s'assurer du bien-être
et de l'intégration des réfugiés et des immigrants dans la société
québécoise.
Cela dit,
avec l'accueil des réfugiés syriens, on a vu certains services
réapparaître : je le nommais tantôt, le jumelage interculturel; il y a eu aussi de l'aide au
logement; il y a eu de l'aide pour de la médiation
interculturelle. Il y a eu beaucoup
de services qui ont été mis en place, et on remercie le ministère de l'avoir
fait.
Maintenant,
une fois la vague syrienne passée, est-ce
qu'on va retirer ces services-là,
alors qu'on a des besoins qui sont
là, et c'est un minimum? Donc, ce qu'on dit, c'est qu'il faut bonifier ces
services-là, maintenir les pratiques
gagnantes. Puis les organismes le
savent, pas parce qu'on est là pour se vanter, mais parce qu'on est sur le
terrain, on sait exactement par
l'expérience qu'est-ce que ça prend ou à tout le moins qu'est-ce qu'on devrait
faire pour aider les populations à mieux s'intégrer. On n'a pas la solution miracle, mais on a certaines petites
solutions. Donc, ce qu'on dit, c'est qu'il faut maintenir les ICSI, il faut maintenir le jumelage interculturel, il
faut maintenir la recherche sur le logement, la médiation interculturelle. Pourquoi une population x en
bénéficie et que les autres réfugiés n'en bénéficieraient pas? Il faut
maintenir ces services-là et les consolider dans des programmes fixes, parce
que c'est nécessaire. Voilà.
Le Président (M.
Picard) : Trois minutes.
Roy : Je vous amène à
la page 12, recommandation 11. On va parler de francisation. Je lis votre recommandation : «Que le MIDI et le ministère de l'Éducation
revoient la question de la francisation des immigrants dans la région de la
Capitale-Nationale afin de la rendre accessible, attrayante et
fonctionnelle.» Alors, est-ce dire que ce n'est pas tout à fait accessible, ce n'est pas tout
à fait attrayant puis ce n'est pas tout à fait fonctionnel pour le moment? Quelles
sont les lacunes auxquelles vous vous êtes heurtées?
Mme Lachance (Dominique) : C'est-à-dire qu'il y a eu beaucoup d'efforts de
faits, il faut quand même le mentionner,
depuis quelques années. Il y a eu une augmentation, etc. Mais — mais — quand on parle d'accessibilité, notamment... On reçoit des réfugiés, encore une
fois, des immigrants économiques aussi, mais des gens qui ont des réalités
familiales qui font en sorte que la francisation n'est pas adaptée à leurs
besoins. Je pense, un exemple très banal, les rendez-vous
médicaux. Vous allez me dire : Oui, tout le monde en a, des rendez-vous
médicaux quand on travaille. C'est ce qu'on m'a répondu d'ailleurs il y a
quelques mois quand j'ai fait part de la situation au MIDI. Oui, mais, quand
on accueille des réfugiés pris en charge par
l'État, qui ont des besoins spécifiques de santé, qui sont pris en charge,
bien, il faut tenir compte de cette
réalité-là. Et, à certains égards, les réfugiés ont à choisir entre le
rendez-vous médical pris par un spécialiste,
par exemple, et la présence à un cours de français, qui est très important,
mais, si le réfugié accumule plus d'un
certain nombre d'absences, notamment pour des rendez-vous médicaux, bien, il
peut se voir exclu de la francisation. Bien, pour moi, ce n'est pas
adapté, ça.
Roy : Je suis d'accord avec vous, il y a des incongruités
là-dedans, là. Puisqu'on veut que ces gens-là s'intègrent, la première chose, c'est apprendre le français, ça
va aller bien, là, mais il ne faut pas les pénaliser s'ils ont aussi d'autres
obligations à rencontrer simultanément, là.
Mme Lachance (Dominique) : ...aussi, les écoles sont un peu partout, les
gens sont éparpillés sur le territoire, ce qui
est correct aussi, c'est ce qu'on souhaite, mais en même temps il faut qu'on
tienne compte de la réalité d'une garderie qui est à une place, d'une école qui est à une autre. Quand les parents
vont reconduire les enfants, ils arrivent en retard.
Roy : J'ai très peu
de temps, je veux vous poser une question — excusez-moi — 241
personnes, 241 réfugiés syriens qui sont ici...
Est-ce
que, maintenant, tous ces gens, à l'heure actuelle, ont eu les
cours de français auxquels ils ont droit, et tout le monde est à l'école, ou a appris le français, ou est en
voie de l'apprendre?
Mme Lachance (Dominique) : C'est-à-dire qu'on n'apprend pas une langue en trois mois, donc effectivement ils ont eu la possibilité de s'intégrer au cours de français, ça leur a été
offert en dedans des délais prescrits par le ministère, ça, il n'y a
pas eu de problème... les enfants également.
Roy : Vous
dites : Ça leur a été offert, je suis d'accord, mais est-ce que les gens
s'inscrivent tous à des cours? Est-ce qu'il y a une réticence à
l'apprendre, autrement dit?
Mme Lachance (Dominique) : À Québec, heureusement, on n'a pas cette problématique-là, les gens
courent après les cours de français.
S'ils ne participent pas au cours de français, c'est souvent pour des réalités
soit de santé ou bien grossesse, etc., ou des personnes qui sont très
âgées ou des situations famille qui les empêchent. Mais, de façon générale, la plupart attendent impatiemment les
cours de français. Alors, ça, c'est une réalité qu'il faut encourager, mais,
là-dessus, il n'y a pas de problématique particulière.
Président (M. Picard) :
Merci, Mme Lachance. Je vous remercie, mesdames, pour votre contribution aux travaux de la commission.
Et je suspends quelques
instants afin de permettre au prochain groupe de prendre place.
(Suspension de la séance à
10 h 18)
Président (M. Picard) :
Nous reprenons en recevant les représentantes de la Fédération des maisons d'hébergement pour femmes.
Mesdames, vous disposez d'une période de 10 minutes pour faire votre exposé. Va
s'ensuivre des échanges avec les parlementaires. Dans un premier temps, je vous demanderais de vous présenter. Merci.
Allez-y. Vous n'avez pas besoin de toucher à rien.
Monastesse (Manon) : Oui.
C'est ça. Alors, bonjour. Merci de nous recevoir aujourd'hui. Alors, mon nom
est Manon Monastesse, je suis la directrice provinciale de la Fédération des
maisons d'hébergement pour femmes.
Mme Senay (Marie-Hélène) : Bonjour. Marie-Hélène Senay, je suis
coordonnatrice, Communication et analyse à la Fédération des maisons d'hébergement pour femmes. Je
vais commencer et Mme Monastesse vous présentera nos recommandations
principales.
Alors, évidemment,
vous vous doutez bien que la Fédération des maisons d'hébergement pour femmes
ne se prononcera pas sur combien de migrants
on devrait accueillir chaque année au Québec.
Nous sommes plutôt
ici pour discuter des dommages
collatéraux, notamment sur les femmes surtout victimes de violence qui
ne maîtrisent pas complètement
leur parcours, et nous souhaitons évoquer
les services et ressources qu'on doit mettre à leur disposition afin de favoriser une intégration globale sociale, et pas seulement
par emploi.
Force
est de constater que, bien que nous ayons une nouvelle politique
assortie d'un plan d'action et une nouvelle loi en immigration, au
quotidien, nous devons constater que les changements ne se font pas encore
sentir et qu'il y a obligation de faire davantage pour les femmes migrantes, qu'elles soient
réfugiées demandeurs d'asile, qu'elles soient parrainées, qu'elles soient aides domestique ou encore à statut
précaire. Parce que la violence envers les femmes, ça ne connaît ni frontières, ni nationalité,
ni culture, c'est tout à fait transversal, et, dans nos maisons, nous recevons
autant des femmes de diplomates que
des femmes à statut précaire ayant vécu à peu près tous les aléas de
la vie. Il faut évidemment
donc offrir des services à ces femmes, et cela ne saurait se faire sans une
volonté politique forte.
Quelques mots sur la fédération
qui, depuis 1987, regroupe, soutient et représente 35 maisons d'hébergement réparties dans 11 régions de la province. On
produit aussi beaucoup de connaissances en lien avec des centres de recherche, notamment
de calibre international, avec des chercheurs indépendants, évidemment
de la recherche terrain qui est beaucoup
en lien avec nos maisons d'hébergement. On réalise donc des activités de
sensibilisation auprès des instances publiques et des autorités
compétentes, provinciales, nationales et internationales.
base de notre travail, c'est une perspective féministe. On vise donc
l'«empowerment» des femmes, le respect et
la défense de leurs droits. On prétend qu'elles devraient avoir accès aux
services et ressources et on fait beaucoup de prévention et
sensibilisation.
Rappelons
que nous vivons dans un État de droit et que ces droits sont enchâssés dans les
textes, que ce soient les conventions
internationales, les chartes nationales et provinciales, ainsi que la politique
en violence conjugale que le Québec a
adoptée il y a déjà plusieurs années. Pourtant, ces femmes migrantes ne
jouissent pas toujours des droits auxquels elles sont en mesure de prétendre, que ce soit au sein des systèmes de
justice, de santé, d'éducation, des services sociaux... voilà.
Donc,
notre fédération travaille sur le sujet de l'accueil des femmes immigrantes en
général depuis 30 ans par des études,
des formations, de la recherche, dont la dernière a été menée avec le soutien
financier du MIDI, que nous remercions d'ailleurs
grandement à cet effet, et qui portait sur l'adaptation des services aux
réalités et besoins des femmes immigrantes en maison. C'est ce qu'on vous a présenté comme mémoire. Nous évoquerons
donc surtout les nombreux besoins de ces femmes, le manque de services et de ressources afin qu'elles puissent,
encore une fois, prétendre aux droits auxquels elles devraient pouvoir accéder. Nous tenterons de faire
ressortir les besoins de cohérence des politiques, surtout, et les grands
besoins de volonté politique.
Chaque
année, dans nos maisons, nous recevons près de 3 000 femmes et leurs 1 500 enfants, dont 20 %, à
l'échelle de la province, de femmes
immigrantes, dont les statuts sont divers et variés. À Montréal,
c'est 40 % et, dans certaines maisons, c'est jusqu'à 92 %
d'accueil de femmes migrantes.
Parmi
ces femmes immigrantes, 25 % ne maîtrisent ni le français ni l'anglais.
Pour la vie en maison d'hébergement, vous
pouvez sûrement imaginer comment la cohabitation est agréable quand on ne peut
pas se parler. Et l'intervention en matière de violence, facilitée par
le partage d'une langue commune... parce que sinon l'échange est très
difficile.
nationalités des femmes varient évidemment au gré des tensions mondiales. Les premières
Syriennes sont arrivées cette année
dans nos maisons déjà, mais on a 74 pays répertoriés dans notre rapport
d'activité. Quelques besoins spécifiques
généralement : un séjour plus long en maison d'hébergement,
parce qu'il faut régulariser le statut d'immigration, parce qu'il faut régulariser la situation
au Canada, parce qu'il faut apprendre la langue,
parce qu'on n'a pas les moyens, parce
que trouver un logement et un emploi quand on est une femme migrante
monoparentale avec quatre enfants qui ne parle pas la langue, ce n'est
pas évident.
se doit donc de dégager des ressources pour être en mesure d'offrir à ces
femmes les mêmes services que ceux qu'on
offre aux Québécoises qui parlent français et anglais et pour qui la
grosse base du système est connue, maîtrisée, et elles sont déjà bien rentrées dans des
petites cases, que ce soit pour l'assurance sociale, l'assurance maladie, le
chômage, les allocs, la vie en société dans le système.
Mme Monastesse
(Manon) : Et qui n'est déjà pas facile quand on est une femme victime
de violence.
Mme Senay (Marie-Hélène) : Voilà. Donc, le point commun, évidemment,
c'est bien entendu la violence, qui prend
plusieurs formes. Juste quelques exemples de problématiques qu'on a vues en
maison, parce que c'est important, je
pense, d'en parler, de les nommer
pour se rendre compte de comment c'est compliqué, et douloureux, et lourd pour
ces femmes, mais aussi pour les équipes des maisons, et que, si on veut que ces
femmes soient un jour citoyennes et intégrées
et participent à la vie et au bien commun, bien là, on a, comme société,
un petit effort à faire pour leur fournir un accueil.
Donc, évidemment, tout se
mélange, hein? On n'est pas juste dans la violence physique, et psychologique,
et sexuelle. Tout ça va ensemble,
mais aussi la traite, et les mariages forcés, et les violences basées sur
l'honneur, et la violence conjugale,
et la violence familiale, tout ça s'imbrique, s'influence, se complexifie, et
font que, souvent, quand les... on prend
l'exemple de la pelure d'oignon, parce qu'on commence avec une violence et puis
on en découvre, on en découvre, et c'est difficile de trouver la fin.
Certaines
n'ont jamais eu accès à leurs papiers, surtout les parrainées
et les aides domestiques; il y a là un levier incroyable d'exploitation et de violence pour les garants et pour les
employeurs. On a reçu des femmes qui ne parlaient ni le français ni
l'anglais, n'étaient jamais sorties de la maison dans laquelle on l'avait
lancée à leur arrivée. Ça faisait cinq ans.
Elles étaient privées de vêtements d'hiver, de chauffage, de nourriture,
d'éclairage, pas de télé, évidemment.
Quand on a fini par leur parler, elles
savaient qu'elles étaient au Canada, mais ni la province, ni la ville, ni la rue, ni
le transport en commun, ni les droits, ni l'égalité hommes-femmes. Et
puis il a fallu pour elles trouver un interprète qui parlait Bangladesh. Et, quand les policiers l'ont amenée chez le
monsieur qu'ils connaissaient qui parlait Bangladesh, à deux coins de la rue, il s'est trouvé que c'était
son beau-frère. Donc, il faut faire attention. Ce n'était pas nécessairement la bonne solution.
On a aussi
reçu dans nos maisons trois femmes différentes parrainées par le même homme québécois
qui, donc, chaque année, à Noël, va
faire un tour à Cuba, jette la vieille, prend la neuve. Et voilà que ça
recommence, parce que la vieille, elle n'avait pas su satisfaire ses
nombreuses exigences, que je ne nommerai pas ici.
Il y a beaucoup de garants qui promettent de
parrainer, mais menacent de ne pas conclure ou de dénoncer à l'immigration si on ne satisfait pas aux faveurs
exigées. Il y a des femmes qui viennent et qui savent qu'elles seront dans
l'illégalité. Elles s'attendent à devenir des danseuses au Québec. C'est ce
qu'on leur a promis, on leur a fait miroiter. Par
contre, elles ne s'attendaient pas à
finir dans un salon de massage à travailler 20 heures sur 24. Donc, ces
femmes-là sont à risque de déportation, alors qu'on aimerait bien les protéger,
parce qu'elles n'ont jamais demandé à vivre cette vie.
Et finalement
certaines parrainées et aides domestiques finissent évidemment
en esclaves sexuelles du garant, du
parrain, de l'employeur. Elles sont
privées de tous les biens de base si elles ne répondent pas positivement à
toutes les faveurs exigées.
Une liste de
besoins très rapide, parce que ce serait certainement plus exhaustif, mais
l'interprétariat, l'interprétariat en
maison d'hébergement, c'est un vrai problème. Ces femmes-là, on a un travail
d'intervention à faire avec elles, il faut désamorcer souvent une vie de
violence dont les conséquences sont incroyables.
Le Président (M. Picard) : En
terminant, s'il vous plaît.
Mme Senay
(Marie-Hélène) : Les interprètes disponibles, c'est 40 $ de
l'heure, les maisons n'ont pas de budget pour ça, il faut un fonds spécial, il faut des accords. Et je laisserai
donc Mme Monastesse terminer avec les recommandations.
Le Président (M. Picard) :
Madame, vous allez...
Président (M. Picard) : On va prendre ça sur le temps de Mme la
ministre. O.K. Allez-y avec vos recommandations.
Monastesse (Manon) : D'accord. Alors, je vais y aller globalement.
C'est sûr que, pour nous, ce qui est important,
c'est qu'il y ait des mécanismes de suivi des femmes qui, souvent, vont être
parrainées ou vont accompagner celui
qui demande l'immigration. Alors, c'est important qu'il y ait des mécanismes de
suivi des conjoints... des conjointes, en
ce qui nous concerne, parce que ce sont des femmes. Et, comme disait Mme Senay,
les cas qu'on vous présente, ce ne sont
pas des cas anecdotiques, c'est le quotidien que l'on voit, des femmes qui
n'ont eu jamais accès à leurs papiers, qui ont eu... Alors, ça prend des mécanismes de suivi sur un an, sur deux
ans. C'est inacceptable qu'ici, au Québec, des femmes aient été enfermées pendant des années, sans aucun
contact avec la société, et ce, c'est notre quotidien de voir qu'elles
ont été privées de leurs droits fondamentaux.
Alors, ça
prend des structures comme ça de suivi, ça prend, au niveau du processus
juridique... quand ce sont des femmes
qui sont dans des statuts précaires, on demande à ce que le processus
d'immigration ou d'expulsion... là, je pourrais vous donner des exemples, mais... soit suspendu pendant qu'on règle
quand il y a des causes de violence conjugale, que les femmes... Ici, on a une politique en violence
conjugale, où on leur demande de dénoncer, et qu'elles se retrouvent...
à la fin, qu'elles soient expulsées parce
qu'elles ont dénoncé, elles ont rendu public, elles essaient d'avoir la garde
de leurs enfants et qui sont expulsées par la suite.
Alors, il
faut avoir des mécanismes pour les protéger, ce sont des victimes. Et ça répond
aussi aux engagements du Canada et,
bien sûr, du Québec, dans des conventions internationales pour l'élimination de
la violence faite aux femmes. Et un
des principes directeurs de la politique qui dit d'assurer en priorité la
sécurité des femmes et des enfants... Ce sont majoritairement des femmes et des enfants qui sont victimes de violence.
Et le fait qu'on n'ait pas de mécanisme pour les protéger, quand elles veulent s'affranchir d'un contexte de
violence... Et on le voit régulièrement, des femmes qui sont expulsées du Canada parce qu'elles sont tenues en
maisons d'hébergement, qu'elles ont dénoncé leur situation. Ça, pour
nous, c'est inacceptable, là, c'est un paradoxe au niveau de notre implication.
Alors, c'est
ça, ça prend un «fast track» pour les victimes de violence, surtout dans le
système de justice, avoir l'accès aux
soins rapidement, à la protection, à la sécurité. Puis ça prend, au niveau du
ministère, et ça, c'est quand même de façon globale au niveau du gouvernement, une
ADS de toutes les statistiques, et de tout ça, pour avoir un portrait fidèle
et d'avoir aussi les impacts, les impacts
des situations que vivent les femmes immigrantes. Il faut le documenter, et ça,
on a commencé à le documenter et on le fait depuis 30 ans.
Au niveau
de l'investissement, on sait que... et leur donner des mécanismes rapidement
pour pouvoir s'affranchir de la
violence, donc avoir accès à des logements, avoir accès à la francisation qui
soit adaptée à leurs situations, avoir accès
au niveau, là, de la reconnaissance de leurs diplômes, de favoriser tous les
éléments qui vont leur permettre de pouvoir s'affranchir du contexte de violence, et nous soutenir aussi, parce que
les femmes immigrantes, quand elles arrivent, elles n'ont pas de papier, elles n'ont pas eu de soins.
Les enfants, il faut les scolariser. C'est tout, tout, tout, on les
accompagne partout, l'avocat, le médecin, l'école, c'est un travail sur
tous les plans.
Le Président (M. Picard) : Ça
Mme Monastesse (Manon) : Alors, on
attend vos questions.
Le Président (M. Picard) :
Merci.
Mme Senay (Marie-Hélène) : En guise
de conclusion, juste pour terminer et donner un exemple éloquent de comment on essaie, mais on n'arrive pas toujours,
par exemple, à l'aide juridique, ce qui est le lot de
plusieurs de ces femmes, parce
qu'elles n'ont pas le moyen de faire autrement, bien, l'aide juridique va
fournir un interprète en cour, mais jamais pour la préparation du dossier, c'est-à-dire qu'il n'y a pas de fonds.
Donc, pendant toute la préparation, la femme ne pourra pas discuter avec son avocat et elle aura une
vraie première discussion le matin, la journée de la cour. Donc, on se rend
compte que leurs droits fondamentaux sont
bafoués et que nombre de politiques manquent de cohérence pour assurer une
vraie défense.
Le Président (M. Picard) :
Merci. Je cède maintenant la parole à Mme la ministre.
Mme Weil :
Oui, alors, bienvenue et merci pour cette présentation, Mme Monastesse, Mme
Senay. Évidemment, ce n'est pas la
première fois que moi, j'ai eu l'occasion d'entendre ces différents enjeux,
mais je dois vous dire que votre présentation, elle est très, très,
comment dire, puissante et je pense qu'on se sent tous très interpelés, tous et
toutes.
J'ai eu
l'occasion, en tant que ministre de la Justice, de participer à la campagne
contre la violence faite aux femmes. Lorsque
je suis arrivée au ministère de l'Immigration, j'ai été sensibilisée à des
enjeux, mais l'ampleur de ces problématiques et la tâche... comment dire, une action qui serait... parce que là, en
écoutant tous les problèmes que vous avez évoqués, il y a le gouvernement fédéral, il y a
gouvernement provincial, la sécurité publique, notamment la police, qui est
peut-être les premiers intervenants
que vous rencontrez. Les questions de confidentialité, nous, on a les
recherches, on est capables de
répondre à cette demande, on a le profil des femmes, etc. Mais de suivre les
femmes, il faut trouver une façon de faire qui ne brime pas la confidentialité — elles sont libres, c'est des résidents
permanents — mais
vous avez aussi plusieurs interfaces,
hein? Je pense que, après la police, c'est le réseau de la santé et des
services sociaux, hein, c'est beaucoup eux qui sont interpelés. Les
plans d'action, comme vous le savez, sont interministériels, mais vous dites...
Alors, je
pense qu'on va aller... Mais, moi, ce que je veux vous dire, c'est que c'est
sûr qu'on va transmettre votre mémoire
à tous les ministres qui sont concernés. Je pense qu'il va falloir qu'on fasse
une réflexion profonde et unique sur cette question. Moi, c'est mon
sens, parce que, oui, on a fait des avancées. On n'a peut-être pas le temps de
vous entendre sur tous ces éléments-là, je
vais aller sur certaines questions précises. Mais comment mieux protéger ces
femmes dans des contextes que vous
avez décrits, c'est la tâche, en effet, des pouvoirs publics, dans un premier
temps. Il y a les élus, il y a la
municipalité, il y a le gouvernement provincial, il y a le fédéral, mais pour
décortiquer tout ça, je pense qu'on a
besoin de plus de temps et un environnement avec différents intervenants, mais
je veux vraiment vous remercier de venir faire cette présentation, parce qu'a priori, bon, on est sur les
orientations, la sélection, hein? Je comprends que vous êtes venues ici pour parler de la vulnérabilité de ces
femmes qui sont victimes de par leur non-statut. Ils ont un statut de résident
permanent, mais finalement ils n'ont pas vraiment de statut. Ils sont cachés,
ils... elles sont vulnérables.
Mais je vais
commencer par un sujet que je considère extrêmement important, c'est
l'interprétariat. Moi-même, juste pour communiquer avec les réfugiés
syriens, je cherche toujours l'interprète autour de moi, puis il y a toujours quelqu'un qui apparaît et sinon, on ne peut pas
communiquer. Mais vous, dans le cas que vous décrivrez, pourriez-vous
peut-être nous en parler un peu plus? Comment vous voyez ça? C'est peut-être
une contribution que le ministère de l'Immigration
pourrait... On n'est pas acteurs uniques dans beaucoup de ces choses, mais on
est toujours le ministère qui peut
sensibiliser les autres, le ministère agit de façon transversale. Donc, là, il
y a toute une équipe qui vous écoute aujourd'hui au ministère de
l'Immigration, je vous rassurer là-dessus.
Donc,
interprétariat, peut-être, si vous aviez d'autres choses à rajouter sur des
expériences qui ont bien fonctionné... Je
comprends que l'argent, c'est le nerf de la guerre pour vous. Donc, vous
demandez tout simplement d'avoir ce service «in house», essentiellement,
hein?
Monastesse (Manon) : Bien, dans d'autres provinces, c'est gratuit,
hein, des systèmes d'interprétariat, parce que c'est extrêmement onéreux. Il faut payer le déplacement de
l'interprète, il faut payer quand il est sur place. Alors, c'est des factures énormes. Et malheureusement les
maisons d'hébergement le défraient à même le montant que les maisons
d'hébergement sont financées, santé et services sociaux. Ils vont ponctionner ces
montants-là qui peuvent aller... Des maisons
qui reçoivent à plus que 90 %
des femmes immigrantes, c'est des factures de 10 000 $, et ça, c'est
vraiment en comprimant
le plus possible les services. Alors, on a besoin de soutien, et c'est
fondamental pour ces femmes-là d'avoir accès.
Et, on le
sait, apprendre, M. Kotto l'a bien dit, apprendre une langue, c'est très
difficile, mais, quand on vit des traumatismes et qu'on doit parler de quelque
chose d'extrêmement douloureux et difficile, bien, dans un premier temps,
il faut pouvoir le faire dans sa propre
langue. Et apprendre une autre langue dans ces conditions-là, c'est extrêmement
difficile. Alors, il faut favoriser le plus
possible le soutien de ces femmes d'abord, pour qu'elles puissent effectivement
avoir ultérieurement... et ça prend des
banques d'interprètes. Il y a déjà des banques, là, interrégionales, et tout,
mais c'est mal coordonné. Et il y a toute la question aussi au niveau de
l'éthique de ces personnes. On a vu des interprètes souvent, comme la banque interrégionale, c'est l'agence, la
défunte agence... mais ce ne sont pas tous des interprètes qui étaient
membres de leur ordre, mais qui sont payés quand même le prix d'un interprète.
Et ce ne sont pas tous des interprètes membres
de leur ordre, qui garantit une certaine éthique, et on a vu des interprètes embarquer... Malheureusement il n'y a
pas juste interpréter ce que la personne dit, traduire ce que la personne
dit, mais il faut aussi qu'il puisse
comprendre la dynamique, hein? Ce n'est pas juste des interprètes juste au
niveau des mots, mais du contexte, et qu'on puisse s'assurer que ces
personnes-là ne vont pas induire des réponses. On a vu des interprètes dire : Bien, écoute, tu es en
train de déshonorer notre communauté. Qu'est-ce que tu fais? Retourne avec ton
mari, et tout ça. Mais nous, on ne sait pas
ce qu'il se passe quand ils se parlent. Alors, il y a tous ces aspects-là qui
sont très délicats, et, pour certaines communautés qui sont très
restreintes ici, au Québec, c'est tout un problème de trouver un interprète qui
ne connaît pas ni l'oncle, la mère. Et, quand on arrive en région, c'est encore
un autre problème.
Nous, on a
fait le plus qu'on peut. Dans des maisons, souvent les intervenantes vont
parler deux, trois, quatre, 10
langues pour essayer de pallier au fait que c'est des coûts qui sont très
onéreux. Il ne faut pas oublier les enfants aussi. On n'a pas l'argent pour donner des services aux
enfants, qui en ont grandement besoin, de pouvoir exprimer leur traumatisme
et tout ce qu'ils ont vécu. Alors, ça prend... Mme Senay pourrait compléter.
Mme Senay
(Marie-Hélène) : Bien, le
topo a été bien fait. Juste ajouter que, par exemple, quand on décide de
régionaliser l'immigration et qu'on voit que se crée une communauté d'Afghans à
Sherbrooke ou de Kurdes irakiens à
Trois-Rivières, bien, il faut qu'en amont on pense à fournir les services et
les besoins, parce que quand, à Trois-Rivières, ils ont cherché un interprète irakien, bien, finalement, ils ont, après
deux semaines, trouvé quelqu'un qui parlait arabe, mais ça ne servait à rien parce que c'étaient des
Kurdes. Donc, il y a des situations comme ça qui montrent qu'on n'anticipe pas où vont aller et dans quelle situation vont se
retrouver les populations. Il faut que ce soit à l'échelle de la province, là,
et, à Gaspé, c'est très compliqué. Peut-être
la technologie, peut-être... Il faut trouver d'autres façons. Quand c'est les
hôpitaux, et les médecins, et les
avocats qui appellent les maisons d'hébergement communautaires sous-financées
pour qu'ils viennent faire
l'interprétariat en espagnol avec la madame qui vient de Colombie, ça ne peut
pas fonctionner comme ça. Ce n'est pas dans cet ordre-là, pas de
recette.
Mme Weil : Il me reste juste?
Le Président (M. Matte) : Trois
minutes.
Mme Weil :
Trois minutes. Alors, j'aimerais vous amener sur l'intersectionnalité, qui est
quand même un enjeu important, mais juste parce que je n'aurai peut-être
pas le temps de vous le dire, la politique et la stratégie d'action, d'ailleurs il y a une mesure qui évoque exactement
ce dont vous parlez, mais de façon très large : «Prendre en compte la diversité ethnoculturelle québécoise dans
l'élaboration des politiques publiques pour que les orientations et les actions
qui en découlent répondent aux besoins d'une
population diversifiée...» Donc, il y a plusieurs ministères qui sont
là-dedans. Juste vous le dire, vous
amenez du concret à cette mesure. Donc, il va falloir que le ministère échange
avec vous de façon plus profonde pour
qu'on puisse meubler, si vous voulez, cet aspect de la politique. Alors, je vous laisse expliquer cette question
d'intersectionnalité.
Le Président (M. Matte) : Vous avez
deux minutes.
Monastesse (Manon) : Bon,
bien, l'intersectionnalité, c'est prendre en compte toutes les oppressions que
peut vivre une femme. Alors, oui, c'est une
femme, mais qu'elle soit noire, qu'elle soit handicapée, qu'elle est très peu
scolarisée, ce sont toutes des oppressions qu'on doit tenir compte parce que ça
a un impact sur sa situation.
Mais je
voulais aussi parler, vous donner un exemple extrêmement concret des
obstacles qu'on peut rencontrer. Il y a le service des garants...
Une voix : Défaillant.
Monastesse (Manon) :
...défaillants, où est-ce qu'on va exiger que... on a eu des cas comme ça, où
est-ce qu'il a fallu intervenir, où
est-ce qu'on exigeait que la question de la pension alimentaire soit réglée, dans un
cas extrême de violence, avant que le
service de garant défaillant puisse faire son travail. C'est tout à fait inacceptable, parce que, de
toute façon, ici, au Québec, quand on est victime de violence conjugale,
quand une femme va demander de l'aide sociale, ce n'est pas elle qui va
intervenir pour avoir une pension alimentaire, c'est l'aide sociale, parce
qu'elle est victime de violence, on ne va
pas lui demander de garder, et de maintenir, et d'exiger de son conjoint qu'il
paie une pension, justement
pour la protéger, c'est le gouvernement, c'est l'aide sociale qui va recourir.
Mais, quand on arrive avec des femmes immigrantes, souvent, et ça... il faut aussi
former les fonctionnaires sur le fait que... déjà, c'est mal connu des
fonctionnaires, tous ces mécanismes de protection, mais encore plus pour
les femmes immigrantes.
Le Président (M.
Matte) : Je vous remercie, et nous allons poursuivre avec le député de
Bourget.
Kotto : Merci, M. le Président. Mme Monastesse, Mme Senay, merci d'être là, merci pour la contribution.
vous entendre, j'avais l'intention d'aller un peu plus loin sur la question
de ces 3 000 femmes, ces 1 500 enfants qui sont sous votre aile. Vous avez dit qu'il y en a 40 % à Montréal
et que 25 % d'entre elles ne parlent ni le français ni l'anglais,
potentiellement des otages quand elles deviennent victimes de leurs milieux ou
de leurs cellules restreintes.
Ces situations que
vous évoquez ici durent depuis combien d'années?
Mme Monastesse
(Manon) : C'est des femmes... on a rencontré... C'est depuis toujours.
On parle beaucoup maintenant de la traite des femmes, des mariages forcés,
mais, il y a 30 ans, les premières maisons d'hébergement recevaient des femmes
immigrantes qui vivaient déjà ces réalités-là. Et les femmes qui sont dans des situations...
C'est pour ça que, pour nous, c'est totalement
aberrant, il y a quelque
chose dans notre société,
au niveau du soutien, qui n'est pas actualisé. Des femmes qui ont été enfermées pendant cinq ans,
pendant 10 ans, qui ne connaissaient rien, qui ne sont jamais
allées même... qui ne savent pas
prendre l'autobus, qui ne connaissent pas les services auxquels elles ont droit
et qui sont ici depuis cinq ans et 10
ans. Et là je parle même de femmes italiennes, de communautés
qui sont bien implantées ici, au Québec,
depuis plusieurs années. Alors, il y a
tout un suivi, oui, des nouvelles immigrantes et tout ça, mais des communautés
aussi, qui sont implantées depuis des années ici, au Québec.
Il y a quelque chose au niveau de... Nous, les maisons d'hébergement, on travaille beaucoup dans la perspective du «outreach» dans la communauté,
d'avoir des liens avec les communautés. On sait que, pour les femmes de communautés
ethnoculturelles, les femmes immigrantes, la communauté d'accueil et la communauté
dans le pays d'origine, c'est extrêmement important. Et là c'est parce que nous, on ne veut pas non
plus qu'on ait un profil seulement de l'immigration
récente. Comme avec les communautés
asiatiques, le contact s'est fait au cours de décennies. Et c'est difficile, ce
sont des communautés qui vivent en autarcie. Alors, quand on parle de
violence, qui n'est pas comprise au même titre, de même façon d'une communauté à l'autre, il faut
être capable d'avoir des contacts, ce qu'on a, mais il y a toujours
beaucoup de travail à faire.
Mme Senay (Marie-Hélène) : Juste ajouter que les mieux cachées, en fait, on
ne les a sûrement jamais vues, celles que ça fait le plus longtemps
et qui sont les plus violentées et que... Sûrement qu'elles n'arrivent même pas
dans nos maisons, en fait.
M. Kotto :
Et, quand ces victimes dénoncent leurs bourreaux, qu'arrive-t-il à ces
derniers? Est-ce qu'ils sont inquiétés d'une
manière ou d'une autre? Est-ce que leur situation... Est-ce
que vous avez des références
d'histoires qui se terminent bien ou c'est toujours cauchemardesque de A
à Z?
Monastesse (Manon) : Bien,
c'est extrêmement difficile parce que souvent les femmes,
elles sont dans une situation
où est-ce que, si elles quittent leur
conjoint, qu'elles vont en maison d'hébergement, elles sont identifiées comme... elles ont quitté le conjoint, mais pas
seulement le conjoint, elles ont quitté toute la communauté. Alors, souvent,
elles sont complètement coupées de la
communauté. Et on l'a vu dans les crimes basés sur l'honneur, où est-ce que les
femmes, en prévention, vont quitter, et maintenant, bien, c'est un choix, elles
doivent couper totalement les ponts avec toute leur communauté. Alors, pour elles, c'est un obstacle de plus à
l'affranchissement de la violence. Et malheureusement on a eu et des situations où les femmes étaient
dans un statut précaire, où elles ont été hébergées, elles ont finalement
quitté le conjoint qui les exploitait
financièrement et les violentait de toutes sortes de façons, elles quittent le
conjoint pour aller en maison
d'hébergement, pour dénoncer la situation, pour entamer les démarches pour
avoir la garde de ses enfants, mais, parce
qu'elles sont en statut précaire, elles mettent leur situation en danger. Parce
qu'on a vu régulièrement des femmes... comme
un cas où est-ce qu'on a même intervenu, à l'époque, c'était votre collègue Mme
James, où une femme qui a eu trois
enfants avec un homme qui lui disait toujours : Je vais régulariser ta
situation, on va se marier, et tout, et malheureusement ça ne s'est jamais fait, qui était grandement
exploitée, et elle a quitté, elle est allée en maison d'hébergement. Elle a fait
les démarches, et, quand elle est
arrivée, un jour, elle devait aller à la cour pour la garde de ses enfants, et
le juge a dit : Bien, écoutez,
madame, votre statut est tellement précaire, je ne peux pas vous donner la
garde, je donne la garde à monsieur, et
il y avait six agents des services frontaliers qui l'attendaient à la porte et
qui l'ont prise, ils l'ont détenue à Laval pendant 48 heures et elle a
été déportée.
Mme Senay (Marie-Hélène) : Juste ajouter à ça aussi qu'il y a un vrai
travail de sensibilisation à faire auprès de tous les acteurs, notamment du système sociojudiciaire, mais il n'est
pas rare qu'il y a des femmes qui prennent leur courage à deux mains et
osent enfin aller porter plainte à la police et qu'on leur réponde : Mais
ça, ça ne se fait pas dans votre culture? Ce
n'est pas normal chez vous,? Donc, ça, ça arrive encore, et pas juste à
Saint-Foinfoin-des-Meuhmeuh, là, c'est Montréal,
c'est Québec, c'est le juge, c'est le policier, c'est le procureur qui se
permettent des commentaires comme ça. Donc, le relativisme culturel, là,
il faudrait peut-être traiter cette question importante.
Mme Monastesse
(Manon) : Et l'aide sociale et...
M. Kotto : O.K.
Est-ce que, du haut de votre expérience, on peut, d'une manière ou une autre...
Je sais que les stratégies sont diverses relativement à la complexité
des situations, mais est-ce qu'en amont, quand, par exemple, un imposteur, appelons ça comme ça, en parrainage va
vouloir faire venir sa conjointe, sa fiancée, est-ce qu'il y a quelque chose qui pourrait être fait pour débusquer ces
personnes qui deviennent potentiellement des bourreaux pour ces femmes
et ces enfants une fois qu'ils arrivent sur le territoire?
Le Président (M.
Matte) : Vous disposez de deux minutes, madame.
Monastesse (Manon) : La question est complexe. Mais je crois que, pour
nous, il y a un travail qui doit
se faire, d'évaluer la situation
conjugale dans le pays d'origine, quand on va émettre les certificats, et tout
ça. Et, comme je le disais, il faut se donner des balises, des
garde-fous.
Quand
les femmes arrivent, là, à l'aéroport, là, elles passent par l'immigration,
hein? C'est comme ça, il faudrait se mettre des balises ou des gens qui
puissent vérifier des choses. Et, quand ils arrivent, comme dans tout cas de
violence conjugale, ce serait de
trouver un moyen de parler à madame uniquement, pas avec monsieur à côté
d'elle, ou dans les fameux... quand
ils arrivent ici, au Québec, là, il
y a les séances d'information, là, en sept blocs, et souvent madame est avec monsieur, ce n'est pas là où est-ce qu'elle va dénoncer la situation. Et même ces personnes qui donnent ça sont mal
outillées, parce qu'à un moment donné elles vont parler de la violence conjugale,
qu'ici, au Québec, c'est inacceptable, qu'on
prône l'égalité entre les hommes et les femmes, et elles nous disent, elles
sont totalement désemparées, parce que même
les conjoints vont répondre carrément : Bien, c'est ma femme, c'est moi
qui décide s'il faut que je la corrige, puis vous pouvez appeler la
police, on s'en fout. Alors, ils vont même contester.
Le Président (M.
Matte) : Je vous invite à conclure.
Mme Monastesse
(Manon) : C'est ça. Bien...
Mme Senay (Marie-Hélène) :
...en fait, il faut se donner des balises dès le départ, mais aussi sur une
longue période, parce que la violence est un
cycle et une escalade et que, notamment pour les parrains québécois, quand ils
vont aller au pays la chercher, ils vont être gentils, ils vont donner des
cadeaux, ils vont arroser toute la famille, elle va arriver, ça va être
joyeux, mais, petit à petit, au cours des semaines et des mois qui s'ensuivent,
là, le calvaire va commencer.
Président (M. Matte) : Je vous remercie, et on va poursuivre avec Mme
Roy, députée de Montarville, pour 6 min 30 s.
Roy : Merci, M. le Président. Merci, mesdames. Et je ne peux
pas m'empêcher de continuer dans la même foulée. Pour nous, c'est extrêmement important que tant les réfugiés que
les immigrants qui arrivent ici comprennent, un, l'importance de la langue française, et, deux, également, nos
valeurs, notre culture. Et, dans une commission antérieure, il y a déjà plusieurs mois de ça, des gens étaient
venus nous dire, entre autres : Le fameux répondant, c'est souvent le
mari, l'homme, le conjoint, et qui fait fi de transmettre toute cette
information à la femme.
là ce que vous dites, c'est que ça se poursuit, on ne lui transmet pas plus ou
ça continue à être le répondant qui décide. À cet égard-là, que
devrions-nous faire, quelle piste de solution devons-nous aborder pour que ces
femmes comprennent qu'ici c'est l'égalité entre les hommes et les femmes et
elles sont libres de faire ce qu'elles veulent?
Monastesse (Manon) : Oui, mais, quand on est dans un contexte de
violence, c'est que ça prend des mécanismes
pour pouvoir parler aux femmes uniquement, sans que les conjoints soient
présents. Alors, il faudrait trouver... sans être discriminatoire, ça prendrait comme des séances particulières
pour expliquer aux femmes comment ici on conçoit l'égalité hommes-femmes
et tout ça, ça prend des mécanismes comme ça.
Il ne faut pas
oublier que ces femmes-là vont aller chez le médecin, alors, ça prend... Il y a
tous les acteurs... à l'école, qui est quand même une certaine...
Mme Senay
(Marie-Hélène) : ...
Mme Monastesse
(Manon) : Pardon?
Mme Senay
(Marie-Hélène) : Les cours de francisation pourraient être un...
Monastesse (Manon) : Les cours de francisation, ça prend aussi... Il
faut former ces gens-là, parce que ces gens-là, s'il y a un dévoilement
spontané, il faut qu'ils soient capables de référer certains d'entre eux. Et
les gens qui donnent les cours, ils savaient
très peu que les maisons d'hébergement, on offre des services gratuits
24 heures sur 24, une femme peut appeler.
y a former les intervenants et s'assurer qu'on puisse avoir des lieux où on
puisse parler aux femmes, leur expliquer. Après ça, elles vont décider d'elles-mêmes, et ne serait-ce que de leur
dire : Bien, vous pouvez toujours appeler telle maison d'hébergement, il y a des intervenants. Quand il
est question de traite, on travaille en étroite collaboration avec l'escouade
spécialisée du SPVM ou, quand ils interviennent,
dans des cas de traite, tout ça, bien, souvent, les femmes viennent en maison d'hébergement, et on travaille comme ça en
étroite collaboration. Mais il faut se donner, comme je vous dis, des balises,
des drapeaux rouges, de dire : Attention! Et il faut former ces gens-là
qui vont être en contact avec les immigrants.
Mme Roy : Je suis
d'accord avec vous, et, je dirais même, il faut travailler en amont de la
violence parce que je pense que
toutes les femmes doivent connaître leurs droits et libertés sans qu'il n'y ait
nécessairement une problématique de violence, là, il faut leur faire
comprendre et leur expliquer.
je pense que ce que vous dites, peut-être juste prendre les femmes pour une journée femmes pour expliquer ce que sont leurs droits, ça permettrait — et
même celles victimes de violence, et les autres qui ne le sont pas du tout — de
savoir quels sont leurs droits.
Mme Senay
(Marie-Hélène) : Juste ajouter là-dessus, même leur remettre leurs
papiers puisque nombre de femmes parrainées
n'ont jamais vu la couleur de leurs propres papiers parce que
tout passe par le parrain. Donc, elles n'ont aucun levier et même pas de preuve pour montrer qu'elle est
officiellement acceptée, c'est lui qui a tout caché puis qui a flushé
dans la toilette ses... pour ne pas qu'elle ait accès.
Monastesse (Manon) : Ou qui
leur prennent leurs passeports. Elles arrivent en maison d'hébergement, elles n'ont aucun document. Ça fait que vous vous
imaginez tout le travail qu'il faut faire pour aller rechercher. Et ça leur
prend aussi de leur donner les clés
que, si jamais que ça se passe mal, qu'elles sachent où aller, où demander de
l'aide, qu'elles aient accès à leurs papiers.
Roy : Je vais poursuivre, j'ai peu de temps. Vous dites :
Maintenant, dans les maisons d'hébergement, on a vu arriver nos premières Syriennes, ce qui est extrêmement triste
puisque les Syriens sont avec nous depuis janvier, donc à peine huit mois. À quel type de problématiques
font-elles face? J'imagine qu'autant d'individus, autant de problématiques,
mais est-ce qu'il y a des problématiques qui se dégagent avec les réfugiées
syriennes?
Mme Senay (Marie-Hélène) : Bien, c'est sûr que les réfugiés sont souvent en
stress post-traumatique. Donc, je n'ai
pas les profils précis de ces deux femmes, mais on voit plus de symptômes de
stress post-traumatique chez les femmes réfugiées que chez les migrantes. Mais, après, on ne saurait pas vous
dire si c'est violence conjugale ou violence familiale, exploitation
financière. Ça, on est dans la confidentialité des dossiers.
Roy : On parle justement de maisons d'hébergement pour femmes
violentées. Quel est le pourcentage, pour me donner une idée de
grandeur, là, des femmes qui vont chercher des services chez vous, quel est le
pourcentage d'immigrantes? Ça ressemble à quoi? J'imagine que ça a dû augmenter
au fil des ans?
Mme Senay (Marie-Hélène) : Bien, sur l'ensemble du Québec, on est à
20 %. À Montréal, on est à 40 %. Jusqu'à 92 % de femmes immigrantes dans certaines
maisons, et 25 % des femmes immigrantes que l'on reçoit ne parlent ni
français ni anglais.
Roy : Quand vous dites jusqu'à 92 % dans certaines
maisons, j'imagine que c'est sur l'île de Montréal?
Mme Senay
(Marie-Hélène) : Oui, évidemment.
Mme Monastesse
(Manon) : Oui, mais en périphérie également.
Mme Senay
(Marie-Hélène) : Mais aussi, oui, Longueuil et Greenfield Park,
on a des maisons qui reçoivent vraiment
beaucoup de femmes, et Lachine. Donc, ce n'est pas juste Montréal-Centre. Et
évidemment, tu sais, région de Montréal
et banlieues, c'est quelque chose. Québec, c'est une autre chose.
Nord-du-Québec, Gaspé, c'est évidemment une tout autre réalité. Mais il faut se donner les moyens à l'échelle de
la province, parce que la maison à Sherbrooke, c'est des femmes afghanes
qu'elle reçoit, hein.
Monastesse (Manon) : Parce que la communauté... c'est ça qu'on disait,
c'est qu'il y a le flux migratoire, on
veut que les immigrants ne restent pas simplement dans la région de Montréal,
mais, quand il y a le flux migratoire, en Montérégie, il y a eu de plus
en plus une communauté hispanophone qui s'est installée, mais les femmes qui
sont victimes de violence sont venues en
maison d'hébergement, il a fallu que les maisons traduisent en espagnol tous
leurs dépliants. Le Saguenay—Lac-Saint-Jean, toute la question des plaques
tournantes au niveau de la traite et de l'exploitation sexuelle...
Le Président (M.
Matte) : Je vous invite à conclure.
Mme Monastesse
(Manon) : ...des femmes de l'Europe de l'Est. Alors, il y a le flux
migratoire et il y a les conjoints que les femmes... qui suivent.
Le Président (M.
Matte) : Alors, merci de votre contribution à la commission.
Je suspends les
travaux quelques instants afin de permettre au prochain groupe de prendre
place.
(Suspension de la séance à
11 h 4)
Président (M. Matte) :
Alors, bienvenue à la Commission des
relations avec les citoyens. Je vous rappelle que vous disposez de 10
minutes pour faire un exposé. Et je vous invite à vous présenter et à débuter
votre exposé.
M. Bolduc (Hubert) : Merci beaucoup.
Alors, M. le Président, Mme la ministre, Mmes et MM. les députés, bonjour. Mon nom est Hubert Bolduc. Je suis
président-directeur général de Montréal International. Mes acolytes, très
importants, sont Martin Goulet,
vice-président, talents internationaux et M. Francis Langlois, analyste
principal, Stratégie et communications, et économiste.
Montréal International agit comme moteur
économique du Grand Montréal pour attirer de la richesse en provenance de l'étranger. Nous attirons des
entreprises étrangères, des organisations internationales et des talents
stratégiques dans la grande région de
Montréal. La plupart des grandes villes disposent d'agences similaires à la
nôtre. Il y a 30 ans, il y en avait
800. Aujourd'hui, elles sont au nombre de 4 000. C'est cinq fois plus.
Depuis sa création, Montréal International a contribué à l'attraction de projets d'investissements directs
étrangers d'une valeur de 10,6 milliards de dollars dans le Grand
Montréal, à la venue et à la rétention de plus de 10 000 travailleurs
stratégiques internationaux et, finalement, à l'établissement de près de la
moitié des quelque 60 organisations internationales présentes dans la
métropole.
Les politiques d'immigration québécoises et
canadiennes ont un impact majeur sur l'accomplissement de nos mandats et l'amélioration de la compétitivité du
Grand Montréal. Les talents stratégiques sont au coeur des préoccupations
des gens d'affaires. Cet atout est d'autant
plus central que les secteurs qui sont les moteurs de la création d'emplois du
Grand Montréal sont ceux de haut savoir.
Nous avons d'ailleurs produit une fiche pour quelques-uns de ces secteurs en
annexe de notre mémoire.
Comment définir un poste stratégique? Six
facteurs les distinguent : d'abord, le degré de difficulté à trouver localement le profil d'employé; l'importance du
poste pour la croissance des affaires de l'entreprise; l'importance du secteur
ou de l'entreprise pour la croissance économique; le niveau de rémunération du
poste; le degré de formation de la spécialisation; et, finalement, le nombre
d'années d'expérience requis.
Le mémoire
que nous vous présentons repose sur quelques grands principes. Notre système
d'immigration doit être flexible,
rapide et accessible. L'immigration ne doit pas être un frein à la venue
d'investissements étrangers, bien au contraire.
Nous devons nous démarquer des autres juridictions, qui sont, elles aussi, à la
recherche de talents stratégiques et nous donner les moyens de nos
ambitions. Notre mémoire regroupe six propositions qui touchent l'immigration temporaire et permanente. Aujourd'hui, j'aimerais
attirer votre attention sur deux de ces propositions qui, selon nous, doivent
être abordées en priorité dans le cadre de la nouvelle politique en matière
d'immigration du Québec.
La première proposition que nous aimerions
soumettre à votre attention porte sur l'immigration temporaire. Le Grand Montréal étant bien ancré dans l'économie
du savoir, son développement économique passe nécessairement par le développement de ces secteurs de haute
technologie. Les entreprises évoluant au sein de ces mêmes secteurs font
souvent appel à des travailleurs temporaires
spécialisés pour combler des pénuries de main-d'oeuvre. Pensons aux secteurs
des technologies de l'information, notamment, du jeu vidéo, des effets visuels,
du développement de logiciels, de l'aéronautique,
des centres de solution des services financiers, etc. Montréal International
accompagne plusieurs de ces entreprises dans leurs démarches de
recrutement à l'étranger.
La grande
majorité des demandes de certificat d'acceptation du Québec pour lesquelles
Montréal International est impliquée
sont faites par l'entremise du processus simplifié d'obtention du certificat
d'acceptation et de l'étude d'impact sur le marché du travail. Cette
procédure allège les exigences pour une liste de professions en pénurie établie
par Emploi-Québec. Jusqu'à présent, ce
programme s'est montré efficace et permet de nous démarquer de nos voisins
canadiens.
Cependant, le processus d'obtention du permis de travail
s'avère toujours long et ardu, surtout pour les entreprises
nécessitant du renfort rapidement.
Dans le secteur du jeu vidéo, par
exemple, à partir du moment où une production débute, les gens ont besoin d'avoir les talents dans les
18-24 semaines qui suivent le début de la production. En effet, elles doivent
présenter une demande d'étude d'impact sur
le marché du travail auprès de Service Canada dans le cadre du programme des travailleurs étrangers temporaires, un
exercice inutile puisque nous savons déjà que ces professions sont en pénurie
ou en forte demande. Nous vous demandons
donc de négocier une dispense d'EIMT pour des professions inscrites au
processus simplifié.
Nous
n'inventons rien : en mai 1997, une telle dispense a déjà été créée pour
remédier à une pénurie de travailleurs spécialisés
dans le secteur des technologies de l'information. Le gouvernement canadien a
convenu de mettre à l'essai un
processus simplifié d'entrée pour les étrangers exerçant certaines professions
en technologies de l'information. Ce projet pilote d'étude d'impact sur
le marché du travail national ou son ancêtre, l'avis sur le marché du travail,
dispensait les employeurs québécois de l'obligation d'obtenir une étude
d'impact sur le marché du travail jusqu'en février 2010. Sept professions
étaient alors visées.
Nous savons
qu'une telle proposition implique des négociations avec le gouvernement fédéral
et nous vous appuierons dans vos
démarches, le cas échéant. Nous avons d'ailleurs effectué des représentations
en juin dernier dans le cadre de la consultation sur le Programme des travailleurs
étrangers temporaires, tenu par le Comité permanent des ressources humaines, du
développement des compétences, du développement social et de la condition des
personnes handicapées. Une commission de la
Chambre des communes s'est penchée sur ce programme. Pour votre information,
nos recommandations sont reproduites en
annexe de notre mémoire.
seconde proposition porte sur les entrepreneurs innovants et créatifs. La
nouvelle politique en matière d'immigration
du Québec ouvre la porte aux idées, à la créativité et à l'innovation. En sa
stratégie d'action en matière d'immigration, de participation et
d'inclusion, le gouvernement du Québec veut favoriser la venue de gens
d'affaires talentueux et innovants qui
contribueront au développement économique du Québec. Un nouveau programme
entrepreneurs devrait comprendre un
volet démarrage d'entreprise pour start-up. Nous devons attirer ces
entrepreneurs et les personnes clés qui les accompagnent.
définition, une start-up est une entreprise lancée depuis peu qui est
généralement innovante, dynamique et qui s'annonce prometteuse. Montréal
arrive au 20e rang mondial des meilleurs écosystèmes pour développer une
start-up selon Compass, The Global Startup
Ecosystem Ranking de 2015. Montréal compte entre 1 800 et 2 600
start-up en technologie seulement. De
plus, 44 % des employés des start-up à Montréal sont des étrangers. Je
vous signale au passage que c'est 27 %
au-dessus de la moyenne nord-américaine. Pourquoi? Parce que Montréal a des
forces. D'abord, le financement est
disponible, il y a une masse critique de talents, notamment des ingénieurs de
logiciels, des faibles coûts d'exploitation, une fiscalité avantageuse
et un écosystème de qualité.
Il faut se doter d'un
programme simple et rapide dans le traitement des demandes. On parle
d'entrepreneurs innovants et créatifs, alors
soyons, nous aussi, innovants et créatifs. Nous avons besoin d'un programme qui
ne prévoit que quelques critères de
sélection : un, un projet d'affaires et, deux, un incubateur et/ou un
accélérateur impliqué, ou un partenaire financier, ou des anges, des
entrepreneurs qui flairent des opportunités d'affaires pour nous.
conclusion, le Québec doit occuper la place décisionnelle qui lui revient en
collaboration avec son partenaire canadien.
Notre système d'immigration doit être flexible, rapide et accessible.
Donnons-nous les outils pour être les meilleurs sur la courte liste de choix des investisseurs étrangers et des talents
stratégiques. Montréal International est particulièrement conscient de
la valeur de la contribution de l'immigration au développement économique du
Grand Montréal et de l'importance de
travailler au positionnement judicieux du Québec pour attirer des talents
stratégiques de toutes les régions du
monde. Vous pouvez être assurés de notre volonté de continuer à collaborer
activement avec toutes les instances qui solliciteront notre
participation aux réflexions et aux actions touchant l'avenir du développement
économique du Grand Montréal. Je vous remercie beaucoup de votre attention, et
c'est en deçà du temps qui m'était alloué.
Président (M. Matte) : Merci de votre exposé. Vous êtes très
respectueux, M. Bolduc. J'invite la ministre à poursuivre les échanges
pour 15 minutes.
Weil : Oui. Merci, M. le Président. Alors, bonjour et
bienvenue, M. Bolduc, M. Goulet et M. Langlois. Merci encore de venir participer à nos consultations.
Les gens ont été très, très, très consultés par le ministère de l'Immigration.
D'ailleurs, c'est notre troisième séance de consultation pour vraiment bien faire les choses, mais chaque étape... Et on arrive à ce que moi, j'appelle le troisième pilier
et le dernier pilier de cette grande réforme en immigration. Donc, que
vous reveniez à ce stade-ci, c'est très important, parce que vous êtes un
acteur extrêmement important dans un pôle d'attraction
d'immigration extrêmement important, c'est le Grand Montréal, avec des besoins très, très
aigus, je dirais, dans certains créneaux particuliers qu'on ne voit
pas nécessairement ailleurs. Donc, vous êtes un des acteurs capables
de parler de ça.
Vous
témoignez aussi de la grande mobilité internationale. Et ça aussi, on n'en
parle pas beaucoup ici, en commission
parlementaire. On le sait quand on vit à Montréal, parce qu'on rencontre constamment des gens qui
viennent d'ici, mais qui s'en vont ailleurs.
Donc, il y a une nouvelle réalité qu'on observe. Et comment le ministère de l'Immigration joue son rôle là-dedans? Vous l'évoquez
par le rôle que vous jouez auprès de ces entreprises qui ont besoin de talents.
J'aimerais
peut-être vous amener dans un premier temps sur le
programme destiné aux entrepreneurs étrangers. Comme vous le savez, on est en
train de revoir ce programme pour
qu'il réponde exactement aux enjeux que vous soulevez. Mais j'aimerais vous entendre un peu plus, parce
qu'on veut vraiment s'assurer qu'on capte exactement
le profil dont vous avez mentionné.
40 %, vous dites, de ces gens qui travaillent dans ces start-up viennent
d'ailleurs. Donc, ça, c'est des gens qui sont extrêmement
mobiles et en même temps... Donc, ça, c'est la première question.
Cette
question d'allègement des permis de travail, c'est un
enjeu bien important. J'ai eu l'occasion d'en parler avec le ministre fédéral. Il est très sensibilisé à cette question.
Comment peut-on rendre ça plus rapide? Parce qu'on nous dit : Les gens vont aller ailleurs.
Ils ont le choix : Montréal, Toronto, Silicon Valley, bon, Boston. On sait la
compétition. Donc, comment peut-on tirer son épingle du jeu?
Alors,
c'est deux questions : des recommandations pour nous assurer qu'on... notre nouveau programme
réponde vraiment à la nouvelle réalité des start-up, notamment, puisque
ceux qui vont acheter ou reprendre une entreprise... et deuxièmement la simplification
des procédures. Puis ensuite, si vous voulez rajouter aussi... mais j'y
reviendrai, si j'ai le temps, sur l'autre question sur les avis sur le marché
du travail.
M. Bolduc (Hubert) : Bon, bien, d'abord, peut-être sur la rapidité. Dans le cas récent qui m'a été
présenté, un entrepreneur français qui est intéressé par l'écosystème
montréalais nous demande à quelle vitesse peut-il avoir des permis nécessaires. Évidemment, c'était peut-être avant le Brexit, mais il avait le choix entre Montréal
et Londres. Et après presque, je vous
dirais, un mois de négociation, on n'a plus entendu parler du client en tant que
tel. Il avait choisi Londres. Est-ce
que c'est parce que ce n'était pas assez rapide? Est-ce que c'est parce que
Londres offrait un meilleur écosystème? Malheureusement, je n'ai pas
la réponse, mais une chose est certaine : ce point peut illustrer que ces
gens-là, le nerf de la guerre, pour
eux, c'est d'arriver rapidement sur le marché avec leurs technologies et leurs
innovations, et ils cherchent des endroits où c'est excessivement facile
de faire affaire, premièrement.
Deuxièmement, Montréal attire
naturellement à cause, je l'ai dit dans le mémoire, du talent stratégique que
nous offrons. Je travaillais sur un
dossier, récemment, ontarien. La présence de talents à Montréal est un des
atouts. C'est le premier facteur
d'attractivité pour une entreprise étrangère qui regarde à s'implanter à
l'étranger. Le premier facteur, c'est le
talent. Donc, Montréal en a, donc, automatiquement, nous sortons très haut dans
les sondages, puis on en a mentionné un.
Donc, il faut s'assurer que cet avantage ne soit pas, comment dire... ne soit
pas amenuisé par le fait notre système n'est pas rapide et qu'on ne soit
pas capables de donner des suites positives aux demandes qui nous sont faites.
Ensuite, je ne sais
pas s'il y a d'autres embûches auxquelles je ne pense pas, mais, spontanément,
c'est les deux que je voyais. Peut-être que Martin pourrait nous en rajouter.
M. Goulet (Martin) : Il y a un point important aussi, c'est d'être prévisible. Le scénario
qu'on propose à ces gens-là lorsqu'ils ont l'intention de venir
s'établir ici, c'est un scénario qui doit être prévisible. Première question :
Je veux m'installer de façon temporaire,
démarrer mon entreprise dans combien de temps? Deux mois? D'accord. Si par la
suite je décide de demeurer au
Québec, d'installer ma famille, dans combien de temps je vais pouvoir être
résident permanent? On doit avoir un
scénario prévisible, autant pour des jeunes entrepreneurs innovants, sans attache, mobiles, que pour un chef
d'entreprise accompagné par sa famille.
futur programme entrepreneur, par exemple, devra s'assurer que le scénario est
prévisible parce qu'on va vouloir provoquer des rencontres. La rencontre
d'un jeune entrepreneur avec un incubateur, un accélérateur ou, imaginez, un investisseur, qui va demander à ce jeune de créer
une entreprise québécoise et qui va vouloir le garder ici. Alors, le côté
prévisible du scénario est très important aussi, autant pour la petite
entreprise que la grande entreprise.
Weil : Donc, c'est ce
qu'on entend, c'est cet écosystème, mais comment le jumeler, donc, à de l'immigration? Parce que ça existe pour
tous ces jeunes qui sortent de l'université, les incubateurs, les accélérateurs, etc., les investissements, mais là c'est l'évaluation
du projet de l'étranger, pour ensuite l'amener sur la voie de l'immigration permanente avec ces acteurs,
donc c'est cet écosystème, il faut que cet écosystème fonctionne pour cette
personne. C'est un peu ça, là, pour l'encadrer.
Donc, vous, vous avez cette expérience-là. Donc, on arrive à la dernière étape
de la réforme de ce programme,
alors merci pour cette intervention.
Pour
ce qui est... l'EIMT simplifié, allégé... bon, là, il y a
un nouveau programme, qui, lorsqu'il y a des pénuries avérées... Et vous savez que la liste est
continuellement enrichie, hein, parce que des pénuries s'observent, et donc on
a réussi, avec cette réforme... en 2012, je crois bien, que l'entente a été signée
avec le gouvernement fédéral... ça fonctionne bien, quand même, dans le sens qu'assez fréquemment, au fur et à mesure
que les pénuries sont avérées, la liste et les mesures sont simplifiées. Mais les délais ne sont pas
nécessairement respectés, et là on travaille pour que ça soit vraiment 10
jours, qu'on puisse compléter le
dossier. Mais le gouvernement fédéral est très sensible, mais toutes vos
interventions sont utiles à cet
égard. Parce que vous, vous voyez les choses bouger constamment, hein, donc
c'est important, les gouvernements, en
immigration, doivent être très flexibles et rapides, parce que les conditions
sont toujours changeantes et les besoins sont toujours changeants.
M. Bolduc (Hubert) : ...Mme la ministre que la dernière représentation que nous avons faite à Ottawa — dans un mémoire conjoint avec, entre autres, l'Alliance numérique — et des rencontres que nous avons tenues au
mois de juillet, je crois comprendre
et saisir qu'il y a une volonté véritable de vouloir améliorer des choses de
manière très rapide, et des demandes
récentes de la part de McCallum pour des participations à des activités que
nous organisons, sur ce sujet en particulier, au mois de novembre, je
pense, sont de bon augure.
Weil : En effet, en effet, on a bien vu les commentaires du
ministre de l'Immigration, les commentaires publics. C'est très bien. Et j'ai eu l'occasion aussi de voir votre
mémoire, de m'imprégner... qui est exactement le même positionnement que
le gouvernement du Québec.
francisation. Travailleur temporaire, étudiant étranger, vous parlez du défi de
maîtriser la langue à temps pour l'immigration permanente. Vous savez
que nous, on a l'intention de donner accès au cours de francisation en ligne.
Pourriez-vous
peut-être évoquer des problématiques, peut-être, dont vous avez été mis au
courant ou...
M. Bolduc (Hubert) : Bien, écoutez, il y a des problématiques qui sont récurrentes,
notamment le niveau exigé. Bon,
personnellement, dans les cas que nous avons d'entreprises qui décident de
s'implanter ici, des fois c'est problématique, des fois ça ne l'est pas. Parce que, moi, personnellement, depuis que je
fais ce métier, depuis trois ans, je n'ai pas... ça arrive, mais ce n'est pas un enjeu si majeur, bien
que, pour la plupart des gens, le niveau de français est considéré trop élevé. Intermédiaire, avancé, c'est un niveau
élevé, et on est, des fois, confrontés à expliquer pourquoi le niveau exigé
est si élevé. Mais je n'ai pas senti que c'était si problématique, du moins
pour les cas que j'ai vus personnellement. Évidemment,
il y en a toujours, ce sont des cas qui nous sont présentés, qu'on essaie de
régler, mais, dans la courte histoire que
j'ai avec et Investissement Québec et Montréal International, ce n'est pas des
enjeux que j'ai rencontrés fréquemment.
M. Goulet (Martin) : C'est un peu la même chose au niveau d'être prévisible, ça fait
partie
du scénario. Alors, si on donne le
temps au travailleur étranger d'apprendre le français, à ce moment-là, il n'y a
pas de difficulté. Lorsque le
gouvernement canadien est venu limiter certains permis de travail à quatre ans,
notamment dans le domaine des effets visuels
et des jeux vidéo, eh bien, là, le scénario était un petit peu plus compliqué. Les travailleurs doivent être francisés beaucoup plus rapidement
et l'entreprise doit encore plus investir dans la francisation de ses employés.
Donc, c'est vraiment... ça fait
partie du scénario aussi qu'on évalue
dans l'établissement de l'entreprise et dans la venue des travailleurs
étrangers.
Mme Weil :
Il me reste combien de temps?
Le Président (M. Matte) : Cinq
minutes.
Mme Weil : Ah! c'est bon. Il a été proposé par la Fédération des chambres de commerce l'implication
des employeurs, entreprises en amont
de la sélection. Moi-même ou nous-mêmes,
on a vu des études qui montrent... D'ailleurs, à la conférence de Montréal, des
organismes internationaux ont confirmé que plus on met les entreprises en amont
du processus, mieux sont les résultats par
rapport à la sélection de gens qui sont vraiment capables de répondre aux
besoins du marché du travail.
Vous, vous
participez aux Journées Québec. D'ailleurs, ça, c'est une façon. Il y a
d'autres façons de faire qu'on va regarder dans le processus même de
déclaration d'intérêts, mais Journées Québec, en fait, et d'amener les
travailleurs temporaires vers
l'immigration permanente, c'est d'autres façons aussi d'aller chercher
l'employeur. Pourriez-vous nous parler,
évoquer de votre participation à Journées Québec et ce que vous avez pu
constater par rapport à l'évolution de ces Journées Québec, comment dire, la contribution de ces Journées Québec,
les réussites, les ajustements, votre expérience avec les Journées
Québec?
M. Bolduc
(Hubert) : Les Journées Québec, je pense que c'est quelque
chose qui fonctionne très bien. On a des succès depuis leur implantation. Je crois qu'on pourrait avoir plus de
succès parce qu'on pourrait en faire plus et on pourrait en faire des sectorielles, par exemple, dans le
secteur tout ce qui est jeux vidéo, animation, effets visuels. Je crois qu'il
y a assez de demande aujourd'hui pour pouvoir faire des Journées Québec
sectorielles.
Si vous
regardez une entreprise, puis c'est toujours à cette entreprise-là à laquelle
je pense quand je viens ici parce que
c'est un cas très intéressant, qui a annoncé déjà la création de 500 nouveaux
emplois, pour en avoir créé déjà presque le même montant... le même nombre, pardon... ces entreprises-là ont une
croissance de 25 % de l'emploi par année. C'est énorme. Et on a beau dire que Montréal a du
talent, à un certain moment donné, le talent, il commence à se le voler entre
eux. Et ça, ce n'est pas bon signe, parce
que, quand tu commences le développement d'une production et que tu arrives,
par exemple, à six mois après le début puis
que tu te fais voler ton programmeur en chef ou tu te fais voler ton créatif en
chef, bien, par un compétiteur qui, lui, n'a
pas été capable d'en trouver, alors je pense qu'il y aurait beaucoup d'intérêt
à ce qu'on fasse des missions sectorielles.
Je me retourne vers Martin parce que c'est lui qui va mettre ce projet sur
pied, mais on est d'avis qu'on pourrait, dans l'aéronautique, dans les
jeux vidéo, tout ce qui est le «fintech»... Ultimement, ces gens-là utilisent
des ingénieurs, des programmeurs, et on a beau dire que McGill en produit, que
l'Université de Montréal en produit, Poly
puis que l'ETS en produit, il y a de l'appétit, il y a de l'appétit, et donc
aller recruter à l'étranger, je pense qu'on va avoir du succès.
Mme Weil :
Est-ce que vous pourriez nous dire... Parce que, dans la prospection,
promotion, on va changer aussi le
programme, le mettre au goût du jour. C'est un des éléments de la grande
réforme pour vraiment arrimer la prospection, promotion avec des bassins de talents bien connus, que ça soit dans des
universités ou des pays. De votre expérience avec Journées Québec, pour ces créneaux que vous avez
soulignés ou mentionnés, quels sont les bassins usuels? Beaucoup la France,
on comprend. Sinon, quels autres bassins dans lesquels...
M. Bolduc (Hubert) : Où il y a des...
(Interruption) Pardon... dans ces secteurs-là...
Mme Weil : Où les talents se
trouvent?
M. Bolduc
(Hubert) : Où il y a des
écoles d'ingénierie, évidemment, la plupart du temps, ça facilite le travail.
Paris est un bassin naturel non pas parce
que c'est francophone, quoique ça aide énormément, mais aussi parce que Paris
est considérée comme une des villes où il y a des meilleurs programmeurs
dans le secteur du jeu vidéo, entre autres, les meilleures écoles. Donc, on
chasse, entre guillemets, beaucoup dans ce secteur-là. La Belgique, évidemment.
Le Maghreb un peu moins, mais je pense qu'il
y a quand même du potentiel. Évidemment, il y a toute la question aussi de
travailler à augmenter le bassin par les
étudiants étrangers. J'ai été surpris d'apprendre que les universités
québécoises font très peu de promotion à l'étranger des programmes
universitaires disponibles au Québec.
Le Président (M. Matte) : ...à
conclure.
M. Bolduc
(Hubert) : Alors, je pense
qu'il y a peut-être une avenue à ce niveau-là d'aider à faire augmenter le
nombre d'étudiants étrangers dans des secteurs très précis, oui.
Le Président (M. Matte) : Je vous
remercie. Nous allons poursuivre avec le député de Bourget.
M. Kotto :
Merci, M. le Président. M. Bolduc, M.
Goulet, M. Langlois, merci d'être là et merci pour la contribution à
cette réflexion, à ce triptyque, réflexion en trois temps.
Je voulais
revenir sur la raison de votre présence ici. N'eût été du fait que feu René
Lévesque et feu Robert Bourassa eût
été déterminés à aller chercher des pouvoirs pour mieux contrôler nos politiques
en immigration fédérale, vous ne seriez
pas là, on ne serait pas là en train de débattre de tout cela. Vous seriez peut-être
dans un comité parlementaire à Ottawa à échanger avec M. McCallum.
Cela dit, j'évoque cela parce que,
quand on parle d'immigration temporaire, Québec est quasiment démuni
quant au pouvoir de contrôle qu'exerce Ottawa sur ce volet de l'immigration.
Vous parlez de flexibilité et de prévisibilité. C'eût été, disons, intéressant pour le Québec d'avoir la maîtrise
d'oeuvre totale en ces matières, notamment en ce
qui concerne le volet de l'immigration temporaire, du regroupement
familial et autres, on aurait, disons, espoir justement d'aboutir à une posture plus positive du gouvernement du Québec, quel
que soit le parti au pouvoir évidemment, mais ce n'est pas le cas.
Vous évoquiez tout à l'heure l'idée qu'il y
a probablement un écho favorable à vos doléances relativement au profil des temporaires. Qu'en est-il exactement?
M. Bolduc
(Hubert) : Qu'est-ce que vous voulez...
M. Kotto :
Des travailleurs temporaires.
M. Bolduc
(Hubert) : Des préférences pour Montréal?
M. Kotto :
Oui. Vous avez évoqué le témoignage fait en comité parlementaire à Ottawa.
M. Bolduc (Hubert) : Oui. Écoutez, je pense que les gens, quand on
regarde nos territoires, hein, enfin nos territoires de chasse, notamment en France, en Belgique et au
Maghreb, c'est sûr que Montréal est une destination privilégiée. De plus en plus, les entrepreneurs qui décident de
venir s'établir au Québec nous posent la question : Bon, oui, je veux
ouvrir une filiale étrangère. Je veux
m'attaquer au marché nord-américain, au marché canadien. Puis rapidement, dans
les rencontres, on se fait poser la
question : Et qu'en est-il des universités, de la possibilité d'amener ma
famille ici, à Montréal, d'intégrer le
Québec? Donc, c'est des choses qu'on voyait peu ou pas, puis, de plus en plus,
on commence à entendre ces demandes. Et c'est tant mieux parce que, que
ces entrepreneurs décident de venir s'établir ici pour accroître leur part de
marché, développer leur entreprise, tant
mieux, mais, si, en plus, on peut avoir le luxe de les garder chez nous et
qu'ils participent à la société
québécoise, ça, je pense que c'est un plus que nous ne voyions pas avant, que
l'on voit aujourd'hui. Donc, je pense que Montréal a un avantage sur
d'autres régions en Amérique du Nord pour ces gens-là en particulier.
Puis là j'évite, je
passe par-dessus toutes les questions sécurité, qualité de vie pour lesquelles
Montréal score vraiment nettement au-dessus
de toutes les autres villes en Amérique du Nord, et donc c'est dans ce sens-là
que je parlais de Montréal étant une ville privilégiée.
Kotto : Dans l'hypothèse... et je le dis sans, disons, aucune
partisanerie, nous avons une ministre qui est très active dans ces dossiers et relativement à ces enjeux...
dans l'hypothèse où Ottawa serait ouvert notamment à faciliter le processus d'implantation, le processus de
transition du statut de temporaire à permanent, pour vous, avec les préoccupations que vous avez de façon tangible,
quel serait l'échéancier qui vous arrangerait le mieux pour que ce dossier
se règle?
M. Bolduc (Hubert) : J'aime bien, oui, les questions hypothétiques, mais le plus vite, le
mieux. Le plus vite, le mieux. Écoutez,
quand vous regardez des secteurs en
particulier, puis je reviens toujours
à celui des jeux vidéo puis des effets
visuels parce qu'on connaît un boom
exceptionnel, il y a quatre ans, il y a cinq ans, l'industrie des effets
visuels à Montréal n'existait pas ou
à peu près pas, hein? Aujourd'hui, il y a plus de 4 000 travailleurs dans
l'industrie des effets visuels à Montréal. L'industrie de l'animation
n'existait pas il y a trois ou quatre ans; aujourd'hui, il y a presque
1 000 personnes dans l'animation à Montréal. Le jeu vidéo, hein, qui a vu
le jour en 1998, sous le génie d'un certain Sylvain
Vaugeois, qui a dit : On pourrait peut-être attirer à Montréal une
entreprise comme Ubisoft, puis qui a fait qu'aujourd'hui l'industrie du jeu vidéo fait de Montréal une
quatrième ville en importance au monde dans le jeu vidéo. Bien, ces gens-là,
ils ont besoin de travailleurs. Puis une
fois qu'on a gratté dans toutes les universités pour essayer de combler des
postes, bien là ils se tournent vers l'étranger, puis ils disent :
Pouvez-vous nous aider à en attirer ici? Pour eux, c'est majeur. Majeur. La première question qu'ils nous
posent : Avez-vous suffisamment de talents pour répondre aux besoins que
j'ai en termes de main-d'oeuvre?
Président (M. Matte) : O.K. Allez-y. Continuez. Je voulais fermer le
cellulaire de monsieur. Allez-y, continuez. Il vous reste trois minutes.
M. Bolduc (Hubert) : Puis pas juste... Je m'excuse, je vais juste rajouter : pas juste
les gens à l'étranger, même des
entreprises qu'on essaie d'aller chercher en Ontario et dans le reste du
Canada. Première question : talents, talents, talents? Et on bat plusieurs grandes villes
canadiennes parce que nous sommes encore aujourd'hui capables d'attirer des
gens à Montréal pour répondre aux besoins des employeurs.
M. Kotto : O.K. Merci. Dans un autre ordre d'idées, en référence à
l'immigration, comment pouvez-vous, en tant qu'entité... Montréal International, c'est remarquable sur le plan
réalisation, sur le plan rayonnement aussi. Alors, comment pouvez-vous, du haut de votre position, contribuer
à assurer le caractère français et l'identité francophone de Montréal?
Bolduc (Hubert) : Bien,
écoutez, d'abord, je pense qu'il faut être franc quand on rencontre les
entreprises étrangères qui viennent
s'installer à Montréal et au Québec puis il faut leur dire les choses comme
elles sont : Montréal et le
Québec est un endroit où ça se passe en français, comme en Chine ça se passe en
mandarin et comme à Londres ça se passe
en anglais. Et je pense que le début d'une immigration francophone et avec une
intégration remarquable commence par
la franchise. Et, à partir du moment où vous dites : Bien, voici les
règles du jeu... «Do you want to play in that game»? Et, la plupart du
temps, quand on leur expose les règles du jeu, on n'a pas vraiment de
difficulté à les convaincre de continuer à
jouer avec nous. La preuve, Montréal a attiré, l'année dernière, plus de
1 milliard d'investissements directs étrangers. Ce n'est quand même
pas rien.
M. Kotto :
Ce n'est pas, dans l'absolu, un obstacle que d'être aussi transparent face au
potentiel des investisseurs.
M. Bolduc (Hubert) : Les choses
transparentes éclairent.
M. Kotto : Merci beaucoup.
M. Bolduc
(Hubert) : Et je pense que,
quand on dit aux gens qui désirent investir ici, à une multinationale qui
est présente dans 25 pays : Une langue
de plus, une langue de moins... Bien, il faut leur dire d'emblée quelles sont
les règles ici, et je pense que cette transparence et cette franchise
nous fait gagner beaucoup de points.
Le Président (M. Matte) : Merci.
Nous allons poursuivre avec la députée de Montarville. Mme Roy.
Mme Roy :
Merci beaucoup, M. le Président. Bonjour, messieurs. M. Bolduc, je vous
écoutais parler, puis moi, j'ai travaillé
longtemps dans le Vieux-Montréal, la fameuse Cité du multimédia, et je me
souviens des premiers balbutiements. Alors,
vous parlez d'entreprises qui roulent depuis trois, quatre ans, moi, je vous
dirais, ça fait 10, 15 ans et plus que cette cité du multimédia là est
quelque chose de très important pour nous.
J'ai lu avec
attention votre mémoire, puis je voudrais que vous m'expliquiez certaines choses.
Je comprends que vous demandez à la
partie gouvernementale d'alléger les critères pour des travailleurs, des
travailleurs temporaires, surtout des
TI, hein, les technologies de l'information — si je vous comprends bien, vous me
corrigerez — et ça, vous
nous dites ça, entre autres, à la
page 18. Par ailleurs, à la page 20, vous nous dites, plus loin, que vous
demandez également de convertir les
immigrants temporaires en immigrants permanents. Alors, on veut assouplir pour
les temporaires, mais, vite, on veut convertir.
Alors, ma question est la suivante :
Qu'allez-vous faire si une réponse favorable est donnée à votre demande d'allégement des travailleurs temporaires?
Qu'allez-vous faire pour pallier aux lacunes, par exemple, en français ou à
d'autres critères, sur la grille
d'évaluation, qui auraient été modifiés pour satisfaire à votre demande
d'alléger les critères pour ces travailleurs temporaires si on veut
qu'ils deviennent permanents rapidement?
M. Bolduc
(Hubert) : Bon. D'abord,
on a mis en place un système pour essayer de... Vous savez, quand on regarde
le profil des travailleurs étrangers puis
des étudiants étrangers, Montréal, sur les 40 000 étudiants que le Québec reçoit, Montréal en a à peu près 30 000. Et, quand on leur demande :
Est-ce que vous aimeriez, à l'issue de vos études, demeurer au Québec, demeurer à Montréal pour poursuivre
votre carrière? 50 % des gens nous disent : Moi, oui, après mon bac,
ma maîtrise ou mon doctorat, j'aimerais ça
rester à Montréal. On en conserve seulement 20 %. Et c'est pour cette
raison qu'on a mis en place, avec le
gouvernement, un programme pour essayer d'augmenter le nombre d'étudiants
étrangers qui, à l'issue de leurs
diplômes, vont poursuivre leur carrière ici. Pourquoi? Parce que c'est pas mal
plus facile, pendant qu'un étudiant
est aux études, d'apprendre le français que quelqu'un qui rentre avec famille,
femme et enfants, et qui doit commencer à travailler, et où l'immersion
est peut-être moins évidente, d'une part.
Quand on
regarde les travailleurs étrangers, 50 % d'entre eux aussi disent :
Ah! j'aimerais bien rester après mon séjour
de quatre ans ou de trois ans comme travailleur étranger temporaire. Dans leur
cas, on n'en conserve seulement que 1/6. Alors, on est d'avis... puis ensuite je laisserai la place à mon
collègue pour des questions plus spécifiques, mais on est d'avis qu'il faut travailler spécifiquement sur
ces personnes-là, leur offrir de la francisation, pousser pour de la
francisation en milieu de travail
pour s'assurer qu'à l'issue de leur processus, que ce soit trois ans pour un
bac ou quatre ans pour un permis de
travail, que ces gens-là, par la suite, arrivent justement à rencontrer les
exigences de l'immigration permanente. Martin, je ne sais pas s'il y a
quelque chose...
M. Goulet
(Martin) : Bien, juste pour
compléter. Les deux volets, dont vous faites mention, le premier, c'est
pour la venue des travailleurs temporaires, donc alléger les processus
d'obtention des permis de travail, de un. Le deuxième
volet, c'est beaucoup plus dans, je dirais, la promotion de notre système
d'immigration permanente pour que ces
gens-là puissent demeurer au Québec. Donc, on le prend sur deux angles
différents. Il y a un côté promotionnel, faire connaître nos programmes
d'immigration permanente pour conserver ces gens-là sur le territoire du
Québec.
Mme Roy : Parfait. Je vais poursuivre dans la même
veine. Page 32, vous nous dites, un des problèmes... Recommandations présentées lors des consultations fédérales sur les travailleurs temporaires : «Le niveau de français
exigé pour obtenir la résidence permanente
est difficile à atteindre en quatre pour certains travailleurs temporaires.» Je comprends
que, si on va... on parle des spécialisés, des TI ou des étudiants, on s'entend
que ces gens-là sont des gens brillants qui apprennent vite. Quatre ans, difficile pour apprendre le français,
moi, j'ai une petite réserve à cet égard-là puisqu'on parle des gens qui sont brillants ici. Mais, cela
dit, ma question est la suivante : Est-ce que vous désirez, à cet égard,
modifier la grille d'évaluation du niveau de français?
M. Goulet (Martin) : Dans les représentations qui
ont été faites auprès du gouvernement canadien, on attaquait la durée de
validité des permis, on s'attaquait à ce volet-là. Ce qu'on dit, par
exemple — et,
tout à l'heure, je faisais référence à un scénario — il faut être
prévisible. La famille qui vient s'établir au Québec, déjà, en premier, c'est
une aventure initiée avec un permis de
travail. Madame, les enfants, monsieur, est-ce qu'on aime ça, premier hiver?
Par la suite, ils vont vouloir,
lorsqu'ils ont pris leur décision, s'investir vraiment au niveau du français.
Donc, ce n'est plus quatre, ça
devient un trois ans, deux ans et demi. Donc, c'est beaucoup d'heures de
français. Donc, ce qu'on disait au gouvernement canadien : S'il vous plaît, enlevez-nous cette limite de quatre ans
pour les permis de travail. Donnez-leur une chance, entre autres, notre réalité québécoise, c'est celle-là,
donner une chance aux entreprises de franciser leurs travailleurs temporaires.
Mme Roy :
Je vais poursuivre.
Roy : Une minute. O.K. On
entend beaucoup de monde, beaucoup d'intérêts
divergents, et c'est un petit peu... il y a
une confusion dans mon esprit dans la mesure où on a des demandes qui sont
différentes. On a les gens de la Fédération canadienne des entreprises
indépendantes qui nous dit : Il y a trop de travailleurs surqualifiés, il
y a de la surqualification, et les besoins
sont vraiment de travailleurs non qualifiés, alors que, vous,
vous nous dites : Au contraire, nous,
on veut du très, très qualifié, du très, très pointu. Alors, la
réalité, elle se situe où, là-dedans, alors qu'on sait que, chez nos
immigrants, le taux de chômage est de 18 %, puis on nous a dit qu'ils
étaient très surqualifiés?
M. Bolduc (Hubert) : Écoutez, moi, je ne peux pas parler au nom des autres organisations, mais, dans notre cas à nous, lorsqu'on se fait demander
d'accompagner des entreprises pour combler des postes, on n'est pas du tout
devant le cas où ils sont surqualifiés.
Évidemment, nous, on cherche des choses très, très pointues dans des
secteurs très, très précis. Donc,
on n'a pas la même réalité que les autres organisations. Mais je ne
veux pas parler en leur nom. Moi, je parle aux gens des organisations qu'on essaie d'attirer ici puis qui nous
disent : Bien, ça nous en prend des plus qualifiés encore.
Il y a
des entreprises, dans le secteur du «fintech» qui se sont établies à Montréal,
qui sont rendues à 1 000 employés, ça commence à faire pas mal
de programmeurs.
Président (M. Matte) : Je
vous remercie de votre participation aux travaux de la commission, et je suspends les travaux pour quelques instants. Merci.
(Suspension de la séance à
11 h 45)
Président (M. Matte) :
Alors, je vous rappelle que vous avez 10 minutes pour votre exposé et, par
la suite, nous allons poursuivre notre échange. Alors, je vous demande
de vous présenter et de débuter votre exposé.
M. Leblanc (Michel) : Alors, bonjour. Mme la
ministre, M. le Président, bonjour, messieurs dames les élus. Mon nom est Michel Leblanc, je suis le président et chef de la direction
de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain.
C'est
la troisième fois : nous étions venus lors des consultations sur la politique,
lors des consultations sur le projet
de loi et aujourd'hui, donc, sur cette planification pluriannuelle.
D'entrée de jeu, je vais vous dire... donc, je vais présumer que je n'ai pas à redire
tout ce que j'ai dit, et, comme j'ai 10 minutes, on va aller à
l'essentiel en ce qui concerne, je pense, l'objet d'aujourd'hui.
Présentation de la
chambre, vous la connaissez tous, donc je ne reviendrai pas là-dessus non plus.
vous dirai tout simplement à quel point c'est encore une fois très important,
ce qu'il se passe ici. Vous avez eu
Hubert Bolduc, juste avant, qui parla